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PLAIDOYER CONTRE LA BANQUE MONDIALE

mardi 21 mars 2006, par Eric Toussaint

Ce plaidoyer fait partie du prochain livre d’Eric Toussaint intitulé « La Banque mondiale : Le coup d’Etat permanent. L’agenda caché du Consensus de Washington » à paraître sous peu (coédition CADTM - Syllepse - Cetim, Liège - Paris - Genève, 2006).
par Eric Toussaint
8 mars 2006

1) Au cours de ses soixante années d’existence, la Banque mondiale a soutenu activement toutes les dictatures et tous les régimes corrompus du camp allié des Etats-Unis.
2) Malgré qu’elle ait détecté des détournements massifs, elle a maintenu, voire augmenté, les montants prêtés (voir le cas emblématique du Congo-Zaïre du Maréchal Mobutu après le rapport Blumenthal en 1982).
3) Elle a soutenu quelques régimes dictatoriaux (Roumanie de 1973 à 1982, Chine à partir de 1980) de l’autre camp afin d’affaiblir l’URSS avant l’implosion de celle-ci en 1991.
4) Elle a soutenu les pires dictatures jusqu’à ce que celles-ci soient renversées. Exemples : le soutien emblématique à Suharto en Indonésie de 1965 à 1998 ou à Marcos aux Philippines de 1972 à 1986.
5) Elle a activement saboté des expériences démocratiques et progressistes (de Jacobo Arbenz dans la première moitié des années 1950 au Guatemala aux sandinistes au Nicaragua dans les années 1980 en passant par Salvador Allende au Chili de 1970 à 1973).
6) La BM exige des peuples qui ont subi ces tyrans financés par elle-même qu’ils remboursent les dettes odieuses contractées par ceux-ci.
7) De même, la BM a exigé des pays qui ont accédé à l’indépendance à la fin des années 1950 et au début des années 1960 qu’ils remboursent les dettes odieuses contractées par les anciennes puissances coloniales pour les coloniser.
8) La Banque a soutenu financièrement des pays (Afrique du Sud et Portugal) qui faisaient l’objet d’un boycott financier international décrété par l’ONU. 9) La Banque a soutenu un pays qui en avait annexé un autre par la force (annexion du Timor oriental par l’Indonésie en 1975).
10) En matière d’environnement, elle poursuit le développement d’une politique productiviste désastreuse pour les peuples et néfaste pour la nature.
11) Parmi les projets les moins respectueux des droits humains, directement soutenus par la Banque, on peut mettre en exergue le projet « transmigration » en Indonésie dont plusieurs composantes sont assimilables à des crimes contre l’humanité (destruction du milieu naturel de populations indigènes, déplacement forcé de population).
12) La Banque mondiale (tout comme le FMI) a favorisé l’émergence des facteurs qui ont provoqué la crise de la dette qui a éclaté en 1982. En résumé : a) la Banque mondiale a poussé les pays à s’endetter dans des conditions menant ceux-ci au surendettement ; b) elle a poussé, voire forcé, les pays à lever les contrôles sur les mouvements de capitaux et sur le change, accentuant la volatilité des capitaux et facilitant ainsi fortement leur fuite. Cela a donné également des armes invincibles aux spéculateurs (à moins de revenir à un strict contrôle des mouvements des capitaux) ; c) elle a poussé les pays à abandonner l’industrialisation par substitution d’importation au profit d’un modèle basé sur la promotion des exportations. Cet accroissement des exportations des pays en développement sur le marché mondial a provoqué une baisse des prix et une dégradation des termes de l’échange.
13) Elle a dissimulé les dangers qu’elle avait pourtant elle-même détectés.
14) Dès que la crise a éclaté, la Banque mondiale a systématiquement favorisé les créanciers et affaibli les débiteurs.
15) Avec le FMI, elle a recommandé, voire imposé, des politiques qui ont fait payer la facture de la crise de la dette par les peuples, tout en favorisant les plus puissants.
16) Avec le FMI, elle a poursuivi la « généralisation » d’un modèle économique qui augmente systématiquement les inégalités entre les pays, et à l’intérieur de ceux-ci.
17) Elle a renforcé les grandes entreprises privées et a affaibli à la fois les pouvoirs publics et les petits producteurs. Elle a aggravé l’exploitation des salariés et les a précarisés davantage. Elle a fait de même avec les petits producteurs.
18) Sa rhétorique de lutte pour la réduction de la pauvreté cache mal une politique concrète qui reproduit et renforce les causes même de la pauvreté.
19) La libéralisation des flux de capitaux qu’elle a favorisée systématiquement a renforcé l’évasion fiscale, la fuite des capitaux, la corruption.
20) La libéralisation des échanges commerciaux a renforcé les forts et écarté les faibles. La plupart des petits et moyens producteurs des pays en développement ne sont pas en mesure de résister à la concurrence des plus grands, qu’ils soient du Nord ou du Sud.
21) La BM agit en étroite concertation avec le FMI et l’OMC pour imposer un agenda radicalement opposé à la satisfaction des droits humains fondamentaux.
22) La Banque affirme qu’elle maintient un dialogue permanent avec la société civile et avec les pauvres mais cela ne s’est matérialisé par aucun acte sérieux. On constate la répétition de simulacres de dialogue, au cours desquels le cadre macro-économique est le cadre dominant promu par la BM et ne peut être discuté. Et quand les Commissions indépendantes, qu’elle a elle-même désignées, lui adressent des recommandations tout à fait légitimes, elle refuse de les suivre (voir le rapport sur les industries extractives).
23) Elle engrange systématiquement des bénéfices même pendant les pires crises économiques. La BM s’enrichit sur le dos des membres les plus pauvres de la communauté internationale.
24) Elle maintient ceux-ci, bien qu’ils constituent la majorité de ses membres, dans la marginalité, privilégiant une poignée de gouvernements des pays riches.
25) La BM a démontré une incapacité totale d’auto-réforme. La désignation de Paul Wolfowitz, un des principaux stratèges de l’invasion criminelle de l’Irak, à la présidence de la Banque mondiale renforce son cours néfaste.
26) En résumé, la Banque mondiale constitue un instrument despotique aux mains d’une oligarchie internationale (une poignée de grandes puissances et leurs sociétés transnationales) qui renforce un système international destructeur de l’humanité et de l’environnement.
27) Il est urgent de construire une nouvelle institution internationale démocratique qui favorise une redistribution des richesses et soutienne les efforts des peuples pour la réalisation d’un développement socialement juste, respectueux de la nature.