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Pourquoi le SPQ-Libre veut-il délégitimer Québec solidaire ?

jeudi 16 octobre 2008, par Bernard Rioux

Dans leur article "Élections fédérales : Où loge Québec Solidaire ?", Marc Laviolette et Pierre Dubuc du SPQ-Libre mettent au défi Québec solidaire de se ranger clairement et simplement derrière le Bloc québécois. Pour ces derniers, il s’agit moins de mener le combat pour contrer l’élection d’un gouvernement Harper avec les moyens que chacun jugera nécessaire que de se rallier aux partis nationalistes (Bloc et PQ) présentés comme la seule planche de salut.

Tiré de Presse-toi à gauche


Réplique au texte Élections fédérales : Où loge Québec Solidaire ? de Marc Laviolette et Pierre Dubuc du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec Libre (SPQ-Libre)

Québec solidaire identifie la cible, mais des stratégies différentes coexistent en son sein.

Québec solidaire a, dès le début de la campagne fédérale, souligné l’importance de se mobiliser contre la réélection d’un gouvernement Harper. Dans les rangs de Québec solidaire, des membres soutiennent le Bloc ; d’autres soutiennent le NPD, d’autres encore votent sans doute pour les Verts. Québec solidaire n’a pas jugé bon de définir une majorité et des minorités dans ses rangs sur cette question à partir d’un débat démocratique sur les enjeux portés par les élections fédérales. On peut questionner ce choix. Il n’en reste pas moins que Québec solidaire a clairement défini l’objectif de la gauche, le combat contre le gouvernement conservateur de Harper.

La pure tactique électorale ne peut mener qu’au suivisme derrière des grands partis politiques néolibéraux

Québec solidaire aurait pu suivre une logique électoraliste pure, celle de la CSN, et soutenir qu’il faut voter pour le parti le plus à même de battre le Parti conservateur dans une circonscription donnée poussant à sa logique ultime du « n’importe qui sauf un député conservateur ». Toute la question, c’est de savoir à partir de quel moment les convictions doivent s’imposer par-delà les considérations tactiques. Nous croyons que les convictions doivent s’imposer d’emblée au lieu des suppositions pour le moins hypothétiques sur l’influence d’une composition particulière de la Chambre des communes sur les politiques qui seront mises de l’avant par les grands partis néolibéraux. Les personnes qui défendent le vote stratégique ne posent pas, le plus souvent, la question du remplacement du gouvernement conservateur. Ceci est particulièrement vrai pour le Bloc qui rejette à l’avance toute politique d’alliance avec les progressistes du Reste du Canda au nom de la souveraineté réduite à un objectif sans stratégie pour un horizon indéterminée.

Le Bloc québécois rejette toute politique d’alliance avec les progressistes du Reste du Canada

Refusant toute alliance et se cantonnant dans un cadre stratégique purement québécois, le Bloc ne peut se donner comme objectif que celui d’un gouvernement conservateur minoritaire. Et Gilles Duceppe prend bien soin d’annoncer qu’il pourra à l’occasion soutenir le gouvernement conservateur s’il juge ses politiques bonnes pour les intérêts du Québec. Voilà la stratégie "réaliste " à laquelle il faudrait se rallier. Pour nous convaincre, Laviolette et Dubuc sont capables de relayer des déclarations de personnalités du Canada-anglais qui reprennent l’appel à voter Bloc. Mais ils se montrent complètement aveugles et sourds à la mobilisation de secteurs importants du mouvement syndical du Canada derrière le Nouveau Parti Démocratique. Ce dernier porte d’ailleurs sa part de responsabilité dans la division de la gauche, en ne défendant pas de façon claire et nette les droits du Québec contre les attaques d’Ottawa.

L’esprit critique paralysé par le nationalisme interclassiste

Québec solidaire n’est pas écartelé entre son aile souverainiste et son aile fédéraliste. Mais il porte une volonté, celle d’en finir avec les partis qui prétendent défendre les intérêts de toutes les classes sociales confondues au nom de l’unité nationale et qui, comme le PQ, ont participé à identifier la souveraineté à une série d’attaques antisyndicales et antipopulaires. Québec solidaire a toujours refusé la mission militaire canadienne contrairement au Bloc. Et la question de la guerre n’est-elle vraiment déterminante en politique ?

L’ indépendance du Québec passera par l’indépendance de classe

Prétendre que Québec solidaire reste ambiguë sur la nécessité de la souveraineté du Québec relève de la pure mauvaise foi. Les déclarations des porte-parole sur cette question sont suffisamment nombreuses et claires pour montrer que les animateurs du SPQ-libre tombent dans une démagogie facile. Québec solidaire comme parti a effet refusé sa satellisation autour de l’axe Bloc/PQ , car il entend poser de nouveaux axes stratégiques dans la lutte pour l’indépendance du Québec. Il est à définir ses stratégies d’alliance…

Un projet de société pour la vaste majorité de la population du Québec reste à définir collectivement

Heureusement, la question nationale n’est pas porteuse d’un seul projet de société mais de plusieurs. Si ce sont des secteurs des classes dominantes qui se font les chantres de la souveraineté, on voit à quel projet de société on en arrive : celui du soutien au libre échange, celui du refus de l’élargissement des droits démocratiques du mouvement syndical, celui des concessions mesquines aux marches des femmes… celui du soutien aux opérations militaires du gouvernement canadien, celui du vote de budgets présentés par le gouvernement conservateur. Le projet d’indépendance peut être porteur d’un autre projet de société, celui d’un Québec écologiste, de justice et d’égalité… Et dans la construction de ce projet de société, des alliances avec les forces sociales progressistes du Canada anglais et du continent devront être construites. Et ce n’est pas la logique de la forteresse assiégée, où les classes ouvrières et populaires devraient se réfugier derrière leurs élites nationales qu’il sera possible de le construire. C’est ce que refusent obstinément de comprendre les animateurs du SPQ-libre.

L’appel du SPQ-Libre au ralliement au Bloc national conduit logiquement à un appel au soutien au Parti québécois

L’objectif du texte de Laviolette et Dubuc est clair. Il vise à délégitimer le projet même de Québec solidaire, un parti qui refuse de rejoindre le bloc nationaliste interclassiste, qui pose la nécessité de construire un véritable parti de gauche. Dans la période, leur discours n’est qu’un appel à rallier le Parti québécois. C’est une voie sans issue où les partisans du SPQ-libre ne sauraient nous entraîner.