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Présomption d’immoralité...

lundi 18 juillet 2011, par Hélène Roger

L’« affaire DSK » nous en apprend tous les jours beaucoup sur la façon dont est prise en compte la parole des femmes victimes de violences et sur le sexisme ambiant de notre société. Petites phrases, commentaires, tout y passe. Tout le monde a son avis sur ce qui s’est passé dans la suite 2 806 du Sofitel de New York.

Pourtant, aujourd’hui, personne ne le sait vraiment, sauf les deux protagonistes et la vérité sur les faits se joue donc à parole contre parole, dans un duel absolument inégal de pouvoir et d’argent.

Dans ce type de crimes et délits, la preuve du non-consentement est très difficile à établir. C’est l’une des raisons pour lesquelles la majorité des femmes victimes de viol ne portent pas plainte.

Depuis quelques semaines surtout, on joue le procès de Nafissatou Diallo, de son passé et de ses actions, espérant y trouver une faille. Même si elle avait menti sur sa demande d’asile, cela minimiserait-il les faits supposés ?

Se prostituerait-elle que cela changerait-il sa position de plaignante, voire l’aurait-elle bien cherché ? Devrait-on supposer qu’elle serait une personne de seconde zone ? Sa vie n’est peut-être pas exemplaire : est-ce suffisant pour estimer qu’elle a forcément menti ?

Cette affaire a été très médiatisée mais révèle au fond quelque chose d’assez banal quant au traitement des violences faites aux femmes : la parole de la victime est systématiquement mise en doute, ses propos minimisés et décrédibilisés. C’est à la présumée victime de faire la preuve de ce qui lui a été fait, la présomption d’innocence devenant dans ce cas présomption de crédibilité.

En France près de 75 000 femmes sont victimes de viol tous les ans, et seule une sur dix ose porter plainte, exactement pour ces raisons. Les victimes vivent généralement dans la honte et tentent de survivre après cet acte de domination.

Le viol est un crime, il est la négation du désir de l’autre, et détruit la personne humaine.

Si la médiatisation de cette affaire peut permettre à certaines les femmes de s’exprimer et d’oser dénoncer ce qu’elles subissent au quotidien, nous ne pouvons que les encourager et les inciter à aller porter plainte si nécessaire. Libérer cette parole est un enjeu vital pour l’émancipation des femmes.

Il y a encore aujourd’hui beaucoup trop de femmes victimes de violences pour que cela ne nous regarde pas : il s’agit bien d’un problème politique que nous devons prendre à bras le corps. Il nous faudrait pour cela des moyens pour assurer la prévention, pour multiplier les centres d’accueil pour les femmes victimes de violences. Il s’agit d’un choix de société.

Et les femmes ne peuvent pas attendre.


Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 111 (14/07/11)