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Quand le loup traîne en justice le petit chaperon rouge...

vendredi 26 septembre 2008

Imaginez que dans le fameux conte retranscrit par Charles Perrault, le loup en appelle à la justice pour faire taire le petit chaperon rouge et mieux ainsi le croquer tranquillement,
cela n’aurait pas de bon sens, hein ?
Et bien, c’est ce qui arrive à la maison d’édition Écosociété aux prises avec une poursuite-baillon de la compagnie ’’Barrick Gold’’.

Montréal, 23 septembre 2008 –

Écosociété et les auteurs de Noir Canada bâillonnés au carré


Les Éditions Écosociété et les trois auteurs de Noir Canada – Alain Deneault, William Sacher et Delphine Abadie – ont reçu le 19 septembre dernier une nouvelle lettre signée Me William Brock, avocat de Barrick Gold.

La compagnie met en demeure Écosociété et les auteurs de Noir Canada de cesser « dans le cadre de la campagne de financement ou de solidarité, de lobbying politique, d’événements promotionnels, d’entrevues médiatiques ou sur des sites Internet », de qualifier de « poursuite-bâillon » la poursuite qu’elle leur intente.

La lettre avise les auteurs et l’éditeur de Noir Canada qu’ils s’exposent ce faisant à « davantage de dommages punitifs » et que leur « comportement rendra d’éventuelles rétractions, excuses publiques, ou actions réparatrices encore plus difficiles et embarrassantes ».

Après avoir intenté une poursuite faramineuse de 6 M$ qui menace la survie même d’Écosociété et risque de pousser les trois auteurs à la faillite, voilà que Barrick tente à nouveau de limiter notre droit de parole, en nous niant jusqu’au droit de nous défendre en justice.

En effet, l’abandon de la campagne de solidarité et de financement reviendrait à nous priver des seules ressources permettant d’assumer les frais que suppose pareille poursuite, et entraînerait illico la disparition d’Écosociété.

Persistant à présenter les références bibliographiques de Noir Canada comme des « fausses affirmations », Barrick voudrait bien traiter Noir Canada comme un cas classique de libelle diffamatoire. Il n’en est rien. Les sources citées dans l’ouvrage, rapportant des écarts de conduite, des abus, voire des crimes de la part de compagnies canadiennes, sont suffisamment nombreuses et crédibles pour justifier la tenue d’un débat public sur la question, et l’introduction d’une commission indépendante d’enquête, chargée de faire la lumière sur toutes ces allégations.

Ironiquement, pas plus tard que la semaine dernière, Patrick J. Garver, vice-président directeur et directeur des affaires juridiques de Barrick, publiait dans le quotidien Le Devoir une lettre dans laquelle il en appelait à « un débat public et transparent ».

Une poursuite-bâillon a pour effet d’entraver le débat public et de restreindre la liberté d’expression, en contraignant les défendeurs à mobiliser toutes leurs ressources financières et humaines pour assurer leur défense. Barrick semble aujourd’hui atteindre des sommets dans ses tentatives de censure.

En effet, la multinationale souhaite interdire à Écosociété et aux auteurs de Noir Canada l’usage même du terme de poursuite-bâillon ! Il s’agit d’une Slapp au carré. Rappelons ici que la Commission parlementaire de l’Assemblée nationale du Québec, chargée de se pencher sur le projet de loi 99 visant à prévenir les poursuites-bâillons, a invité le coordonnateur d’Écosociété Guy Cheyney à venir témoigner le 7 octobre prochain.

Depuis quelques mois également, on assiste à un important mouvement de mobilisation publique qui nous soutient dans notre lutte. Nous ne reculerons pas devant de telles menaces. Nous poursuivrons notre travail d’éditeur et d’auteurs engagés. Et nous entendons dénoncer haut et fort ces poursuites-bâillons qui limitent le droit à l’information, la liberté d’expression et la démocratie.