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Que signifie la souveraineté politique et en quoi est-elle nécessaire ?

mercredi 1er juillet 2009, par Bernard Rioux


Que signifie la souveraineté politique et en quoi est-elle nécessaire ?
jeudi 25 juin 2009, par Bernard Rioux

Tiré du site PTAG


Le discours de la globalisation capitaliste soutient que les frontières se sont effacées devant l’envergure des échanges internationaux, que l’État nation est en déclin et est devenu impuissant devant les acteurs économiques mondiaux. La régulation de l’économie, la plus légère possible, est la tâche des institutions internationales. Il en découle donc que la lutte pour la souveraineté nationale est complètement décalée et passéiste.

Ce discours semblait, hier encore, un tissu d’évidences… prétendant fonder la naturalité de la globalisation mais il est en fait un tissu de généralités hâtives et d’approximations douteuses.

Les objectifs du discours néolibéral sont clairs :

Il s’agit de
présenter la globalisation capitaliste comme un processus naturel et incontournable,
discréditer l’État comme gardien du bien commun ;
convaincre la population que la souveraineté populaire doit désormais être mise au rancart et que les humains n’ont plus aucune maîtrise sur leur destin.

En somme, il s’agit de légitimer l’impuissance politique de la majorité populaire ! On se rappellera le fameux mot de Margaret Thatcher : There is no alternative !

La globalisation n’a pas marginalisé l’État

Il faut déconstruire les évidences trompeuses sur la prétendue marginalisation de l’État. Et ceci est un exercice particulièrement facile à la lumière de la crise économique actuelle qui a porté un coup sérieux à la rhétorique néolibérale. Enfin, la réalité s’impose. Les États nations des pays dominants continuent d’être des acteurs cruciaux dans l’économie mondiale. Il n’y a pas de crise totale de l’État et encore moins une crise terminale. Aujourd’hui, avec la crise économique mondiale, tout est remis en jeu. Le protectionnisme refait surface. Les États-Unis se moquent des accords du libre-échange quand il est temps de protéger ses entreprises et de mousser l’achat chez soi états-unien. En Europe, chaque économie nationale cherche d’abord à sauver leur mise. On retrouve les vertus du rôle économique de l’État. Plus, l’État apparaît comme étant la seule institution capable d’instaurer une certaine régulation pour contrer la spéculation et autres manœuvres du capital financier. Il sert même d’instrument essentiel pour sauvegarder des institutions financières ou des secteurs industriels qu’on n’hésite plus à nationaliser – temporairement - pour les garder à flot. Ce soutien se matérialise par le sauvetage d’importantes entreprises, par l’utilisation pour les besoins de ces entreprises des impôts payés par les classes subalternes, par des réformes du Code du travail orientées vers la précarisation et la flexibilité de la main-d’œuvre… L’État national reste un acteur incontournable du système international… Il faut donc en finir avec les discours trompeurs sur l’obsolescence de l’État et de la souveraineté nationale.

États dominants – États dominés et formes de la souveraineté

Les États dominants affirment leur souveraineté et étendent leur champ d’action. On assiste à une véritable transnationalisation de leur domination. Ces États impérialistes ne sont déjà plus de simples États nationaux. Ce sont des États qui utilisent leurs forces économiques et militaires pour ouvrir et protéger de nouveaux territoires à l’exploitation des capitaux des entreprises multinationales qui ont leur base principale dans ces États. Dans la phase actuelle d’internationalisation du capital, l’État nation de ces pays, certes transformé, reste pourtant, pour la bourgeoisie, le garant de sa reproduction. L’État des pays avancés assure
le droit au pillage des pays dominés par les entreprises des pays dominants (accès aux ressources naturelles -et d’abord pétrolières - ;
le droit à l’exploitation de l’eau, droit de détruire l’agriculture vivrière et la souveraineté populaire des États dominés et de tourner l’économie de ces pays vers les besoins des pays avancés… )
le droit à l’ingérence - humanitaire (droit à la guerre et l’exportation de ses valeurs et des modes d’organisation politique.)

La domination des grandes entreprises transnationales n’a pas été spontanée. Elle a été le résultat d’initiatives politiques consciemment prises par les États dominants aidés par complicité agissante de leurs agences et lieutenants (le FMI, la Banque mondiale, l’OMC…).

La souveraineté des nations dominées est, elle, rapetissée

Les États dominants visent à soumettre les économies périphériques en diminuant la souveraineté de ces États sur leur économie et en diminuant le champ d’application de la souveraineté populaire.

Les initiatives des États dominants ont affaibli les États de la périphérie, car elles ont conduit
au démantèlement du secteur public de ces pays afin de générer des excédents destinés au paiement de la dette ;
à la réduction au minimum les budgets publics pour sacrifier les dépenses vitales en matière de santé, de logement, d’éducation provoquant la détérioration radicale de la qualité de la vie de vastes secteurs de la population de ces pays.
à la privatisation des entreprises publiques vendues à des prix dérisoires aux grandes entreprises des pays du nord pour augmenter leurs profits.

Les États de la périphérie sont des États dominés. Leur champ d’action se trouve réduit et contrôlé par les États impérialistes. Dans les situations les plus difficiles, ils deviennent les relais directs de l’impérialisme où l’espace de l’expression citoyenne est réduit à un presque rien.

L’indépendance politique – voie de la résistance à la globalisation capitaliste

Mais, il n’y a rien d’inévitable dans la globalisation capitaliste. Bloquer les objectifs des États dominants est possible. On peut résister. L’exemple latino-américain est là pour le démontrer. Les mouvements sociaux réunis dans l’Alliance sociale continentale et les gouvernements progressistes (Venezuela, Bolivie, Équateur) ont été capables de faire échouer la ZLEA qui visait à rendre irréversible les politiques d’ajustement structurel des dernières décennies. Ils ont refusé de constitutionnaliser l’ordre néolibéral qui visait à limiter leurs domaines de souveraineté. Ils ont refusé d’identifier l’ouverture de leur économie à la soumission aux diktats des tenants du grand capital international. Ils ont revendiqué des espaces d’autonomies et de souveraineté pour définir leurs politiques publiques et leurs options économiques. Ils ont lutté pour pouvoir exercer la souveraineté démocratique des peuples, leur souveraineté nationale et populaire.

La globalisation capitaliste oblige en effet à une redéfinition du projet indépendantiste québécois

Cette expérience de la lutte des peuples latino-américains nous démontre que la résistance à la logique néolibérale fondant la globalisation est possible. La lutte pour l’indépendance du Québec doit s’inscrire dans cette résistance.

La voie du soutien au libre-échange par les dirigeants péquistes a été un vaste dévoiement de la lutte d’émancipation nationale. En ralliant le modèle néolibéral, en s’en faisant le défenseur conséquent, le PQ abandonnait le terrain de la résistance nationale à la domination. Il s’est fait le chantre du libre-échange qui visait la libre circulation des capitaux des grandes entreprises et le libre investissement dans toutes les sphères de la vie sociale au détriment du bien commun. Seule la culture devait avoir droit à échapper au rouleau compresseur du libre-échange. Il a soutenu le ralliement aux alliances militaires impérialistes. Il s’est inscrit contre toute la logique de la lutte indépendantiste dans l’histoire. Il a brouillé les cartes sur les alliances qu’il fallait nouer. Il a négligé d’inscrire l’aspiration à l’indépendance du Québec dans une logique de souveraineté populaire.

Une telle logique se construit sur :

le refus de se faire dicter ses politiques par les institutions du grand capital ;
le refus de la déréglementation et la privatisation, et qui met de l’avant
une logique économique qui est centrée sur la protection de l’environnement
des initiatives pour prendre le contrôle de nos richesses naturelles
le développement du secteur public et le contrôle public de la santé et de l’industrie pharmaceutique
la prise en main des secteurs de l’énergie, des mines, des forêts…
le développement de la démocratie citoyenne… qui passe d’abord par l’égalité sociale et l’égalité de genre…

L’indépendance, un combat internationaliste

La lutte pour l’indépendance du Québec s’inscrit dans un contexte continental. La question des alliances dans l’État canadien et avec les organisations syndicales et populaires des Amériques et avec les peuples et gouvernements qui s’inscrivent dans une logique anti-impérialiste est essentielle. Le combat pour l’indépendance est un combat inter-nationaliste… qui passe par la fusion des souverainetés populaires inscrites dans la perspective d’un monde altermondialiste faisant toute sa place à la souveraineté populaire, à l’égalité et un environnement viable !