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Rôle et tâches de la IVème Internationale

dimanche 30 mars 2008

1. La nouvelle phase politique et la tâche stratégique de la période
(1) La nouvelle phase politique dans l’activité, l’orientation programmatique-politique et l’organisation du mouvement ouvrier et social mettent à l’ordre du jour, pour toute une étape, la résistance contre l’offensive brutale des classes dominantes, et posent comme tâche stratégique de battre la social-démocratie néolibérale, toujours majoritaire dans le mouvement ouvrier et populaire, afin de (re)construire celui-ci sur une base anticapitaliste et internationaliste, écologiste et féministe. Cette bataille se joue autour du double enjeu : s’opposer à la politique de guerre et à la politique néolibérale dans la perspective de la lutte pour le socialisme.

(2) Cette opportunité existe parce que dès le début de ce nouveau cycle :

— le discours néolibéral entre en crise ; la politique néolibérale étale sa nature socialement régressive et, surtout, la « troisième voie » de la social-démocratie « néolibérale » (sous ses différentes variantes organisationnelles et régionales) révèle sa vacuité. Sur le terrain de la politique concrète, le choix sera de plus en plus entre la politique néolibérale, au service de la globalisation capitaliste, et une orientation anticapitaliste pour satisfaire les besoins sociaux des masses exploitées et opprimées ;

— la menace de guerre, qui engendre une remontée des courants racistes, réactionnaires, fascistes a éveillé une nouvelle génération jeune prête à se mobiliser et s’organiser ;

— la crise historique des courants dominants (sociaux-démocrates, staliniens, populistes-nationalistes) et le déclin du mouvement ouvrier traditionnel dégagent un large espace pour une alternative politique et organisationnelle ;

— le mouvement contre la globalisation capitaliste est un puissant levier pour le renouveau du mouvement ouvrier et social et le dégagement d’une nouvelle perspective émancipatrice. Dès l’ouverture de ce nouveau cycle, des forces militantes radicales (politiques, sociales, syndicales, citoyennes, intellectuelles) se situant en dehors du contrôle des bureaucraties du mouvement ouvrier traditionnel en sont parties prenantes, voire à l’initiative ;

— une fusion est désormais possible entre une nouvelle génération jeune, porteuse de la repolitisation et d’un nouveau radicalisme, et les militants toujours en activité des générations expérimentées des cycles « 1968 » et « 1985-95 » ;

— la conjoncture socio-politique et économique où une offensive néolibérale se poursuit et la résistance se consolide, favorise la polarisation entre les classes et renforce le débat politique au sein de la société et le mouvement social ;

— un nouvel internationalisme s’est manifesté d’une manière spectaculaire dans des mobilisations sans précédent depuis les années 60, portées par un nouvel internationalisme et un anticapitalisme spontané ;

— le mouvement féministe a revitalisé et relancé l’activité au plan national, régional et international, en particulier contre les politiques néolibérales et les violences contre les femmes.

(3) La mutation historique du mouvement ouvrier et social n’en est qu’à sa phase initiale. Une longue période de reconstruction est devant nous.

Le tournant dans la situation mondiale a rompu un sentiment massif d’impuissance politique et le fatalisme dans les milieux militants. A défaut d’un événement historique et emblématique qui bouleverserait spectaculairement la situation internationale, la réorganisation du mouvement social anticapitaliste/anti-impérialiste se fera à travers une succession d’expériences sociales et politiques, susceptibles de réunifier, autour de choix revendicatifs et sociaux, les couches exploitées et opprimées aujourd’hui fragmentées et divisées, de reconstituer des équipes militantes et des cadres militants du mouvement social, et de développer un programme anticapitaliste « transitoire » à portée globale, produit des contradictions actuelles du capitalisme et de l’activité des classes exploitées et opprimées.

Nous connaissons une nouvelle situation très particulière où la classe ouvrière se trouve encore dans une position de faiblesse sur la défensive, mais où la gauche radicale se redresse et reprend l’initiative politique à une large échelle. Le but est d’affirmer une gauche anticapitaliste, sociale et politique, audacieuse, qui vise à influencer et orienter les luttes et les mobilisations.

Le parcours qui s’ouvre sera long et difficile, entre « le moment présent » où la réorganisation du mouvement social débute et l’étape ultérieure où le retournement du rapport de force entre les classes relancera des batailles offensives à l’échelle internationale, créant le climat idéologique et politique propice à la perspective socialiste.

2. Soutenir les luttes, construire le mouvement de masse
(1) Une de nos premières tâches est et reste de participer en première ligne aux luttes, aux mobilisations, aux campagnes et à l’organisation de la classe salariée, de la jeunesse, des femmes, des immigrés, sur le plan national et international. Nous sommes engagés dans la construction du mouvement de masse tel qu’il est, nous y prenons des tâches et des responsabilités, nous nous identifions à ses objectifs, nous sommes en pointe pour l’unité et la collaboration avec d’autres militants et courants. Ce travail de longue haleine vise à renforcer le mouvement syndical, le mouvement des femmes, des jeunes, anti-guerre, écologiste, antifasciste et antiraciste. Il vise en même temps à les faire progresser sur le plan de l’orientation politique, des revendications et de la stratégie ainsi qu’à développer la conscience des enjeux stratégiques, impliquant notamment la formulation de revendications transitoires : nous soutenons toutes les réformes qui sont susceptibles d’améliorer les conditions d’existence et les droits des travailleurs, toute avancée qui stimule l’auto-organisation et la confiance en la lutte collective, toute revendication qui permet de prendre conscience par l’expérience des limites rencontrées dans le capitalisme pour rendre effectifs et stabiliser les acquis. Notre intervention se fait aussi dans la conviction que l’essor du mouvement de masse dégagera les militants pour construire un nouveau parti socialiste-révolutionnaire de masse, enraciné dans le prolétariat.

(2) Nous continuons à soutenir et à construire le « mouvement contre la globalisation néolibérale » autour des Sommets de l’impérialisme afin de dénoncer la politique néolibérale internationale, délégitimer les « nouvelles institutions » du capitalisme global et affirmer un pôle anticapitaliste/anti-impérialiste internationaliste. Les rencontres internationales de Porto Alegre (Forum Social Mondial), la décentralisation vers les différents continents et sa fusion avec le « mouvement réel » dans les différentes sociétés ont changé et changeront encore les conditions pour aller vers un renouvellement radical du mouvement ouvrier et social.

(3) Nous continuons à soutenir et renforcer les campagnes en cours ou à (re)développer et à construire les mouvements, qui les portent, notamment :

— l’annulation de la dette du Tiers-Monde ;

— l’imposition de la taxe Tobin comme levier pour mettre en question le capitalisme financiarisé ;

— plus généralement, la bataille pour délégitimer les institutions para-étatiques les plus en vue : OMC, FMI/BM...

— contre le nouvel esclavagisme, en particulier le travail des enfants et la super-exploitation des femmes ;

— pour le droit des femmes de contrôler leur reproduction, l’accès à la formation pour les jeunes femmes, l’accès à l’eau potable et à la santé ;

— contre les organismes génétiquement modifiés (OGM) (écologie ; cf. résolution 15e CM).

(4) Nous contribuons à la relance du mouvement féministe dans nos pays et à l’échelle internationale en s’appuyant, entre autres, sur la réussite de la Marche mondiale des femmes. Celle-ci vise à garantir le caractère pluraliste et anti-néolibéral du mouvement, mobilise contre la violence dont les femmes sont victimes, et joue un rôle essentiel dans le renouveau des luttes féministes. Elle constitue un puissant levier pour permettre l’interaction du mouvement des femmes avec le mouvement contre la mondialisation capitaliste.

Notre intervention vise également à préserver l’autonomie du mouvement dans une perspective d’auto-émancipation, ce qui implique le refus de toute subordination de celui-ci à tout parti politique ou à toute institution étatique.

(5) Sous prétexte de la lutte contre le trafic illégal des étrangers ou « contre le terrorisme » les gouvernements — tant impérialistes que ceux des pays capitalistes dominés — préparent des nouvelles attaques contre la liberté de circulation et d’installation. La précarité, la flexibilité, la re-réglementation des acquis sociaux imposés, au premier-chef, aux travailleurs migrants n’ont pour but que d’être à terme, étendues aux nationaux.

La communautarisation des politiques migratoires dans l’Union européenne (UE) et ailleurs se traduit par une harmonisation répressive et sécuritaire qui se manifeste par la succession de mesures restrictives dans les différents pays : surveillance militarisée aux frontières, généralisation des empreintes digitales.

En Europe, des signes de résistance d’une partie des travailleurs migrants sont apparus en 1996 en France, avec l’auto-organisation des Sans-Papiers. Une large solidarité est née avec un mouvement de soutien à leurs luttes dans l’État espagnol, au Portugal, en Italie.

Dans divers pays dominés il y a eu des procédés de contrôle répressif des immigrés (par ex. contrôle des immigrés sud-asiatiques dans les pays du Golfe et attaques brutales contre les immigrés du Bangladesh en Inde, sur des bases religieuses).

La tâche du mouvement ouvrier est de développer la résistance à cette politique au nom de l’égalité des droits. Ainsi, la loi de juin 2002, du gouvernement Berlusconi, concernant l’immigration, a provoqué des grèves d’ouvriers italiens et étrangers dans des entreprises du nord.

Dans ce cadre, la IVème Internationale propose d’intégrer systématiquement la dimension démocratique des luttes pour l’égalité des droits entre nationaux et immigrés, pour le droit de circuler et de s’installer comme un droit inaliénable des humains. Les deux luttes sont liées car la parité ne pourra pas être obtenue sans l’ouverture des frontières.

La IVème Internationale propose à ses sections de mener une campagne internationale large et unitaire, pour l’égalité des droits, pour l’ouverture des frontières, la libre circulation et l’installation des individus.

(6) L’offensive mondiale de l’impérialisme américain « contre le terrorisme global » annonce une série de guerres et d’interventions militaires pendant une période prolongée. Cela mènerait inévitablement à une croissance massive des dépenses militaires des États (grands et petits), à la multiplication des foyers de tension et à l’exacerbation des conflits. Les libertés démocratiques seront de plus en plus menacées. Cela impliquerait aussi des attaques systématiques contre la condition sociale du prolétariat. Il faut (re)construire un mouvement anti-guerre (« de la paix ») permanent qui analyse, dénonce et combatte tous les aspects de ce nouveau militarisme (conquête de l’espace, armes de destructions massives, subsides étatiques généreux pour la recherche militaire, garantie étatique de la commercialisation, etc.).

En même temps, il faudra réagir tout de suite, internationalement et dans l’unité la plus large, dès qu’une intervention militaire se prépare et s’enclenche. Nous lutterons pour la dissolution de l’OTAN. Dans les conditions actuelles, nous serons pratiquement amenés à dénoncer, en premier et fortement, le rôle du gouvernement américain. Mais nous dénoncerons d’emblée la militarisation de l’impérialisme européen, allié et concurrent de l’impérialisme américain. L’UE n’est davantage pacifique que parce qu’elle est loin derrière les États-Unis quant à sa force militaire. Nous nous opposons aussi au rôle de nos États qui fomentent ou soutiennent des « guerres locales » au service de « nos » entreprises transnationales qui visent l’exploitation des matières premières dans les pays de la périphérie (l’Afrique subsaharienne).

(7) La IVème Internationale prêtera, dans la période qui vient, une attention renforcée à son activité au sein du monde du travail. Cela se concrétisera par une intervention, une coordination et une publicité plus systématiques dans les luttes sociales. Globalement, à l’échelle mondiale, le mouvement syndical accuse un retard dramatique face à la centralisation du Capital et de ses officines étatiques. Notre objectif est la construction d’un mouvement syndical actif, internationaliste et féministe.

(a) Cela concerne en premier lieu le renforcement de la solidarité, de l’unité et de l’organisation entre travailleurs/euses des pays impérialistes et ceux/celles de la périphérie dès lors que la fragmentation du prolétariat mondial se développe parallèlement à son extension numérique, avec une préoccupation particulière pour les travailleurs/ses les plus exploité(e)s : les exclus, les précaires, le nouvel esclavagisme, y compris des travailleurs immigrés au sein du monde impérialiste, les jeunes travailleurs/euses sans droits dans la « nouvelle économie », la masse des pauvres qui vivent dans des conditions inhumaines. Ceci implique un souci particulier pour les travailleuses et dès lors, l’intégration des revendications des femmes dans les négociations syndicales, notamment en ce qui concerne l’égalité des salaires, la sécurité d’emploi et autres acquis dans le cas du travail à temps partiel ou pour une durée limitée.

La structure hiérarchique du capitalisme mondial impose une inégalité structurelle similaire au sein du prolétariat mondial, entre la classe ouvrière du noyau central et les pays de la périphérie, mais aussi au sein de chacune des classes ouvrières. Il en résulte la multiplication et l’aggravation de la concurrence entre les classes ouvrières et leurs différentes fractions. Le mouvement syndical y est de plus en plus confronté à une problématique bien connue mais qui s’aggrave (USA-Canada + Amérique latine ; Japon + Asie du Nord-est). Dans l’Union Européenne, le monde du travail est directement confronté à un proto-État supranational, ce qui est une arme puissante pour la concurrence entre classes ouvrières nationales, aggravée par l’imminent élargissement vers l’Europe de l’Est.

(b) Cela implique la lutte contre et aussi au sein des entreprises multinationales qui constituent le noyau central du capitalisme globalisé : par des campagnes « civiles » contre certaines multinationales particulièrement visées ; par la solidarité internationale avec les travailleurs d’une multinationale en lutte ; par une participation active aux campagnes menées par les Secrétariats Professionnels Internationaux (SPI, liés à la CISL) et les comités d’entreprise au sein des multinationales.

(8) Dans l’Union Européenne, la brutale politique néolibérale émane d’un appareil proto-étatique supranational qui affecte directement tous les aspects de la vie quotidienne et, partant, la condition salariale. Face à cela, le mouvement syndical européen officiel (la CES) présente un bilan désastreux. Il faut activer les structures existantes et prendre des initiatives directes. Cela comporte : la solidarité avec une lutte particulière dans un pays mais emblématique pour tous, la coordination des grèves sectorielles, le développement de campagnes revendicatives partielles et de mobilisations et l’établissement d’un programme social d’ensemble. Mais surtout : ces problèmes syndicaux soulèvent tout de suite la nécessité d’une stratégie politique du mouvement ouvrier et social, et une alternative à la société et aux institutions étatiques (cf. les résolutions du dernier congrès mondial).

Nous continuons notre tâche stratégique de contribuer à un mouvement syndical actif en Europe à la fois par une activité dans les grandes Confédérations nationales de la CES, les syndicats radicaux, et tout mouvement ou association lié au prolétariat (ex. le mouvement des Euromarches, ...). Il faut aussi établir des liens pratiques entre les militants syndicaux (délégués syndicaux, etc.) pour construire une véritable solidarité internationale au sein des sociétés géantes et de leurs filiales.

3. Battre le néolibéralisme, prendre la voie anticapitaliste
(1) La lutte pour battre le « néolibéralisme » est au coeur de notre combat politique. La persistance de l’offensive patronale et impérialiste fait peser une véritable menace sur la vie de millions de gens, sur la planète, la démocratie, le mouvement ouvrier et social lui-même. La résistance qui se renforce, s’organise et se politise, n’a pas stoppé les attaques, qui peuvent prendre des formes très brutales et très dures.

(2) Plus la résistance obtient de succès, plus la social-démocratie se discrédite, et plus se développera une vaste zone « anti-néolibérale » et « altermondialisation », et plus aussi celle-ci se différenciera. En son sein, dans le mouvement ouvrier traditionnel, dans les « nouveaux » mouvements sociaux, dans le mouvement altermondialiste international, se développeront différentes options politiques, stratégiques et organisationnelles.

(3) Cela exige une bataille politique de clarification et d’orientation, à deux niveaux distincts avec des enjeux différents.

Premièrement, en direction des courants opposés au néolibéralisme mais qui prennent la voie réformiste : soit qu’ils soutiennent et intègrent les institutions internationales au nom d’un internationalisme généreux contre un nationalisme étroit et haineux ; soit qu’ils appuient leur État bourgeois national au nom de sa supériorité démocratique.

Deuxièmement : au sein de la mouvance radicale, face à une vaste pluralité d’analyses, d’opinions, de méthodes de lutte, d’idéologies, de formes d’organisation hybrides, nous engageons le débat sur le passage de l’anticapitalisme/anti-impérialisme spontané vers un programme anticapitaliste-socialiste ; du radicalisme politique vers une stratégie majoritaire de rupture avec le capitalisme et son État, basée sur l’auto-activité et l’auto-organisation du prolétariat et des couches opprimées ; de l’engagement militant dans le mouvement vers la construction d’un Parti et une Internationale socialistes-révolutionnaires qui comprennent les exigences stratégiques fondamentales en mesure d’assurer la prise de pouvoir par la classe ouvrière... C’est tout le sens, à cette étape, de notre intervention programmatique, idéologique et pratique.

4. Pour l’unité de la classe ouvrière et un syndicalisme « lutte de classe »
(1) En vingt ans, le mouvement syndical a connu un affaiblissement considérable, en nombre d’adhérents, en capacité de mobilisation et de combativité, et en autonomie politique et programmatique. Cela reflète la dégradation du rapport de force. C’est aussi le résultat de la perte de cohésion du monde du travail lui-même, suite à ce recul de grande ampleur. Il y a aussi une responsabilité politique : le ralliement actif de la social-démocratie à la politique néolibérale en général et sa subordination accrue aux institutions étatiques nationales et internationales. Le redressement du mouvement syndical est une tâche fondamentale.

(2) Il ne s’agit pas seulement de constituer et de fédérer des « gauches syndicales ». C’est une véritable « re-syndicalisation » de masse et une profonde réorganisation qu’il faut opérer, en liaison avec le monde du travail, dans et en dehors de l’entreprise, avec trois volets :

— une créativité soutenue pour élaborer des revendications sociales qui portent sur la restructuration du travail exploité en général, mais aussi qui émanent des changements importants dans la vie en société et dans la conscience qui touchent surtout les femmes et les jeunes ; cette prise en compte est un facteur puissant de politisation ;

— la nouvelle configuration du prolétariat où, variable selon les continents, les femmes, les immigrés et surtout les jeunes seront en première ligne dans les combats de classe sans pour autant avoir droit au chapitre dans l’écrasante majorité des syndicats. Avec aussi la masse croissante de travailleurs/euses à la marge du noyau relativement stable du prolétariat, qui sont exclu(s) ou précaires, et vivent dans la misère. Cela implique une attention particulière à la syndicalisation dans les nouvelles industries des pays capitalistes dépendants établies au sein de zones franches ou n’existent ni loi sociale ni la moindre protection ;

— les nouvelles formes d’action, de mobilisation et d’organisation que la nouvelle montée sociale créera -comme cela a toujours été dans l’histoire du mouvement ouvrier. Son aspect internationaliste sera d’emblée un facteur de la reconstitution syndicale.

(3) Ces resyndicalisation et réorganisation seront forcément fort inégales selon les continents et les pays. Elles trouveront des points de départ fort variables.

Dans les grandes confédérations établies de longue date dans les pays au taux de syndicalisation très élevé, avec une grande tradition syndicaliste, la remobilisation passera certainement à travers ces organisations. La resyndicalisation y trouvera certainement des points d’appui. Toutefois, la dialectique entre la base ouvrière, les délégués dans les entreprises et les différentes couches de la bureaucratie syndicale pourra prendre à coup sûr des voies plus complexes.

Dans les pays où un mouvement syndical de masse est né un siècle plus tard (COSATU en Afrique du Sud, CUT au Brésil,..), celui-ci restera plus perméable aux sentiments de la base. Dans l’un et l’autre cas, des courants de gauche syndicale seront certainement un des points d’appui pour la relance du syndicalisme. Par ailleurs, dans toute une série de pays, la carence des grandes confédérations a laissé des espaces où se sont développés de nouveaux syndicats en général très minoritaires dans la classe ouvrière dans son ensemble, mais avec des positions fortes, voire dominantes, dans certains syndicats, certaines entreprises, certaines régions ou villes.

L’avenir tranchera quel cheminement prendra la resyndicalisation de masse. Cette « resyndicalisation » est d’autant plus complexe que le monde du travail a connu un bouleversement énorme dans ses structures, ses habitudes, sa conscience, etc. Cela vaut notamment pour les jeunes qui viennent d’arriver récemment sur le marché du travail dans des conditions précaires, qui ne s’identifient pas au « mouvement ouvrier historique » et ne sont pas prêts à le rejoindre. Ceci est aussi le cas des femmes du secteur public qui sont les premières à subir les effets des coupures budgétaires dans les programmes sociaux et de la privatisation des services publics.

(4) Dans la mesure où les marxistes-révolutionnaires jouent un rôle pratique et visible, ils portent une grande responsabilité dans l’organisation pour la réalisation des objectifs du mouvement social. L’unité devient une question d’autant plus impérieuse que la relance sociale reste défensive et fragile, l’affaiblissement du mouvement ouvrier traditionnel (syndical et politique) se poursuit, alors que les forces radicales alternatives sont encore dispersées et très minoritaires.

À l’étape actuelle, cette unité prend deux formes distinctes selon l’objectif :

— la bataille pour le front unique classique, c’est-à-dire l’unité du maximum de forces organisées du prolétariat en vue de l’action pratique pour des objectifs déterminés. Sachant l’incurie des organisations sous direction social-démocrate quant à la défense des revendications élémentaires, nous ne renonçons pas pour autant à les impliquer dans l’action de masse. Mais notre positionnement politique et tactique tiendra désormais dûment compte de la profonde désaffection des masses populaires et, singulièrement, de la jeunesse.

— l’unité d’action et de convergence au sein et entre mouvements sociaux, courants syndicaux, campagnes prolongées, milieux intellectuels, etc. en lutte contre le néolibéralisme, qui combinent souvent une activité de type « front unique » avec une intense activité politique proto-partidaire, et qui, de ce fait, sont des lieux fertiles de recompositions sociales et de dynamiques politiques. Notre démarche est à la fois la co-organisation et le débat politique. Ce faisant, nous tenons dûment compte des caractéristiques propres du milieu, ses sensibilités, ses méthodes de travail, son « sens commun », etc.

5. La nouvelle radicalisation de la jeunesse
Une nouvelle génération militante s’est levée dans le combat contre la globalisation du capitalisme néolibéral. Une nouvelle radicalité est née qui suivra ses propres voies. C’est une génération qui est d’emblée internationale, internationaliste dans le sens le plus large, plus radicale, et plus engagée sur le plan de l’organisation. Elle est porteuse de ses propres symboles, méthodes d’action (désobéissance) et organisationnelles, en rupture avec la culture politique dominante dans les mouvements.

La jeunesse lycéenne et étudiante est la composante la plus nombreuse dans le mouvement. Elle partage les conditions sociales (notamment la précarité) des jeunes travailleurs/euses qui entrent dans la vie professionnelle. Gagner cette nouvelle génération au socialisme, à la révolution est une tâche fondamentale.

Pour cela, nous devons nous adresser à cette jeunesse spécifiquement, avec le but de renforcer le processus de radicalisation dans un sens anticapitaliste et anti-impérialiste. Cette intervention autonome des camarades jeunes, en lien étroit avec le projet politique de la section, est indispensable pour le renouvellement des forces révolutionnaires, seule garantie de notre capacité de répondre à l’évolution du mouvement social et ouvrier et aux nouvelles aspirations des exploités et opprimés.

Les militant(e)s jeunes de la IVème Internationale intervenant dans les mouvements de masse doivent veiller à ce que ces mouvements adoptent une attitude inclusive des différents terrains de lutte (anti-raciste, féministe, écologiste, syndical, libération lesbienne/gay…). L’utilité de la IVème Internationale se vérifie en particulier par notre capacité de relier les luttes sur tous ces terrains à l’échelle internationale.

Le Camp de Jeunes doit rester un élément central de notre travail. Il est un outil pour développer des liens et une conscience internationaliste, féministe et écologiste, préparant ainsi les nouvelles générations de révolutionnaires.

6. Construire de larges partis anticapitalistes du prolétariat
(1) Notre objectif est de constituer des partis du prolétariat qui :

— soient anticapitalistes, internationalistes, écologistes et féministes ;

— soient larges, pluralistes et représentatifs ;

— soient profondément attachés à la question sociale et relayent sans entraves les revendications immédiates aux aspirations sociales du monde du travail ;

— expriment la combativité des travailleurs/euses, la volonté d’émancipation des femmes, la révolte de la jeunesse, la solidarité internationale, et se saisissent de toutes les injustices ;

— axent leur stratégie sur le combat extraparlementaire, l’auto-activité et l’auto-organisation du prolétariat et des opprimé(e)s ;

— soient clairement pour l’expropriation du capital et pour le socialisme (démocratique autogéré).

En ce qui concerne l’Amérique latine, notre objectif est de construire des partis et/ou des regroupements anticapitalistes larges, pluralistes et réellement implantés dans le prolétariat et les mouvements sociaux, qui articulent la résistance anti-néolibérale dans le cadre de la lutte contre la mondialisation capitaliste. En tant que courant marxiste-révolutionnaire, nous sommes pour la construction du « noyau dur » de la gauche. Cette perspective ne peut aboutir si on remplace la réflexion stratégique, l’action radicale et les initiatives audacieuses par une attitude sectaire d’« auto-affirmation » et un conservatisme de « notre identité ».

(2) La lutte pour de tels partis passera par une série d’étapes, de tactiques et de formes organisationnelles qui seront spécifiques à chaque pays. Une telle recomposition anticapitaliste poursuit d’emblée un objectif-clé : créer une polarisation efficace et visible vis-à-vis de toutes les forces adeptes du néolibéralisme social (social-démocratie, post-stalinisme, écologistes, populistes) en vue d’accélérer leur crise et lui donner une issue positive.

Cela nécessite :

— la présence de forces politiques significatives là où des courants marxistes révolutionnaires collaborent avec des courants ou des représentants importants ou emblématiques qui rompent avec des partis réformistes sans nécessairement atteindre des positions marxistes révolutionnaires ;

— un rapport respectueux mais étroit avec le mouvement social, dont la recomposition relaye les demandes et les actions ;

— une représentativité reconnue dans la société qui brise le monopole des partis adeptes du social-néolibéralisme, et qui, grâce au suffrage universel, a des élu(e)s dans les assemblées sur le plan, local, régional, national, (éventuellement) international (européen) ;

— un fonctionnement pluraliste, qui, au-delà de la simple démocratie interne, favorise à la fois la convergence et le débat, pour permettre le maintien et le fonctionnement d’un courant marxiste-révolutionnaire comme élément accepté au sein d’un ensemble plus large.

(3) L’expérience des dix dernières années montre que la gauche révolutionnaire non-sectaire peut jouer un rôle clé pour garder le cap sur une telle orientation à la fois radicale et unitaire, extraparlementaire et de représentativité électorale. Pour y arriver, elle devra traverser un parcours complexe fait d’étapes et de détours pour accumuler des forces, clarifier pas à pas les enjeux, réactiver les milieux militants et patiemment construire des liens avec le mouvement social.

Quatre éléments importants de la dernière décennie doivent être incorporés dans la tactique à ce début d’une nouvelle phase politique :

— aucun courant de gauche ample dans les partis établis ne s’est organisé et présenté pour une recomposition anticapitaliste ;

— les tendances de la gauche social-démocrate sont timorées, peu fiables et peu cohérentes ;

— les grands partis communistes « maintenus » sont en fin de cycle, leurs prises de position contre le néolibéralisme et l’impérialisme n’ont pas débouché sur un projet politique anticapitaliste et un mode de fonctionnement démocratique-pluraliste (à l’exception du Parti de refondation communiste d’Italie), et aucune tendance de gauche non-stalinienne vertébrée nationalement n’a vu le jour ;

— les grands partis verts n’ont pas réussi à incarner une vraie alternative politique et sociale, certains (comme les Grünen allemands) passant carrément du côté de l’État bourgeois ; l’opposition interne dans ces partis ne débouche pas sur l’organisation d’une véritable opposition de gauche socio-économique .

(4) Cela ne signifie pas que, dans ces partis et dans le mouvement social, il n’y aurait pas d’intérêt et de disponibilité pour une recomposition anticapitaliste. Elle peut prendre des formes diverses. La conclusion n’est pas de se détourner de ces partis et de leurs militants. Au contraire, élargir la recomposition dans cette direction par une politique systématique de collaboration et de convergence est indispensable pour créer un pôle d’attraction très large afin de battre le social-néolibéralisme. Mais la conclusion fondamentale qui en découle, c’est qu’il dépendra, beaucoup plus que par le passé, du développement d’un pôle fort et autonome et d’un rapport de force extérieur pour attirer et organiser ces sympathies.

Il n’y a que la gauche révolutionnaire qui est en position, à cette étape, de prendre l’initiative de la recomposition anticapitaliste, et maintenir le cap sur un projet radical et pluraliste, socialement enraciné, à caractère de masse. Mais cela implique un refus profond, raisonné et pratiqué du sectarisme. Cela implique aussi que les rapprochements au sein de la gauche révolutionnaire ne peuvent s’envisager que dans le cadre et à travers l’expérience commune de cette recomposition anticapitaliste.

(5) Néanmoins, ces processus inscrivent aussi la question du regroupement des forces révolutionnaires à l’ordre du jour, puisque la gauche révolutionnaire ne peut pas agir comme catalyseur pour de larges regroupements sans aborder ses propres divisions.

(6) Pendant que la Quatrième Internationale contribue à une vaste réorganisation du mouvement ouvrier, social et populaire au niveau international, avec la perspective de créer une nouvelle force pluraliste, internationaliste, révolutionnaire, militante, avec un impact auprès des masses, nous devons en même temps renforcer notre propre organisation. Ceci n’est pas dans le but de concurrencer et battre les autres courants révolutionnaires internationaux, mais pour contribuer autant que possible à la construction de cette nouvelle force, tout en clarifiant les leçons théoriques essentielles à tirer des expériences des révolutions du 20e siècle.

7. Refonder le programme de transition
(1) La nouvelle période historique du capitalisme et du combat socialiste-révolutionnaire exigera une véritable refondation programmatique qui prendra toute la mesure des bouleversements structurels sociaux et culturels du capitalisme et des classes exploitées et couches opprimées ; qui incorpore le bilan critique de 150 ans du mouvement ouvrier et de l’expérience des premières révolutions socialistes victorieuses et de leur dégénérescence ; qui tienne dûment compte de la conscience actuelle des masses populaires et qui s’accroche à leurs revendications et à leurs modes d’action et d’organisation. Nous y contribuerons au maximum, sachant qu’un tel programme transitoire pour le 21e siècle ne sera pas l’apanage d’un groupe ou un courant particulier. Il ne s’agit pas d’un rapide exercice livresque. Comme ce fut le cas pour les programmes transitoires qui se sont succédés depuis Marx, il faudra une vaste discussion libre, une élaboration collective, une collaboration « mondialisée », un débat critique et autocritique, et une ouverture sur les expériences sociales en cours et à l’avenir. C’est un vrai défi dans la mesure où la lutte politique entre courants et organisations ne cesse pas, et, alors que toute organisation a besoin, dans l’urgence militante, de donner des réponses immédiates.

(2) Dans le débat programmatique-stratégique qui embrasse l’ensemble des problèmes de la lutte pour le socialisme, nous alimenterons un débat sur :

(i) La nécessité de formuler un programme universel des besoins sociaux et des droits humains à partir de la crise écologique mondiale, de la régression sociale généralisée, de l’extrême pauvreté de la majorité de l’humanité et des inégalités sociales au sein du monde du travail.

(ii) La nécessite d’un programme éco-socialiste, faisant entièrement partie du combat anticapitaliste, comme seule alternative radicale aux catastrophes écologiques par la logique destructrice du système capitaliste (contre l’effet de serre et "le marché des droits de polluer", pour la sortie du nucléaire et un moratoire sue les OGMs).

(iii) L’existence de la propriété privée des richesses et des moyens de production et d’échange, qui constitue la base d’une classe dominante et possédante, comme obstacle à la réalisation de ce programme social, et partant la nécessité incontournable de leur expropriation en faveur de la collectivité humaine

(iv) Face à une analyse superficielle et moraliste qui se base sur les « pauvres contre les riches » et « les exclu-e-s », nous mettons au cœur de notre analyse l’exploitation des hommes et femmes en tant qu’ouvriers, employés, cadres (salariés), chômeurs, précaires, exclus, c’est-à-dire la classe salariale, qui est obligée de vendre sa force de travail à un patron.

(v) Le rôle décisif, pour la stratégie anticapitaliste et socialiste, de la classe salariée mondialisée dont il faudra déployer une analyse renouvelée ample et concrète, ainsi que pour mettre en évidence son unité face à l’exploitation et l’oppression capitaliste et la multiplicité de ses situations concrètes, ses méthodes de lutte, ses revendications immédiates, ses formes d’organisation.

(vi) Le rôle décisif du droit à l’organisation autonome des femmes et des lesbiennes et gays.

(vii) L’exigence de démocratie, de transparence et de contrôle comme principes et pratique, compris comme l’intervention active de la société et de sa partie exploitée et opprimée en particulier, comme élément critique de l’expérience stalinienne et comme mise en question radicale de la démocratie bourgeoise.

(viii) Une conception du Parti qui tienne compte de l’expérience historique et des nouvelles conditions sociales et culturelles des sociétés et des classes exploitées.

(ix) La nécessité de la lutte pour le pouvoir, qui s’engagera dans cet affrontement en dégageant ses traits les plus fondamentaux.

(3) En Amérique latine en particulier, ce « programme de transition » passe par des questions comme :

— le caractère de la recolonisation économique et la question de la souveraineté nationale (anti-impérialisme concret) ;

— la reformulation des processus d’intégration régionale en tant qu’alternative à la ZLÉA (propositions d’un développement réel) ;

— le non-paiement de la dette ;

— le combat des mouvements paysans pour la terre et pour une réforme agraire radicale ; la lutte des communautés indigènes pour leurs droits ou pour l’autonomie ; enfin, le rôle des mouvements paysans et indigènes dans la constitution de nouvelles forces politiques anticapitalistes au Mexique, en Bolivie, en Équateur et ailleurs ;

— la lutte contre les privatisations ;

— la question de la démocratie politique, de la ré-appropriation des droits confisqués, tout comme du caractère, de la portée et des limites d’une orientation de démocratie participative au niveau local ou municipal (la gauche latino-américaine dirige des villes importantes et des petits villages au Brésil, en Uruguay, au Mexique, au Salvador, en Équateur, au Pérou et en Colombie) ;

— les rapports entre les luttes rurales et urbaines ;

— les rapports entre la résistance sociale et l’organisation politique ;

— les nouvelles formes acquises par les « sujets » qui se reproduisent du fait de la fragmentation de la classe ouvrière (piqueteros, assemblées populaires, occupations des terres et coopératives alimentaires,

— les expériences d’autodéfense, luttes des quartiers pour les services publics, espaces jeunes, femmes qui organisent l’autosubsistance, diverses expériences de l’économie de troc) ;

— les politiques d’alliances sociales et politiques.

8. Vers une nouvelle Internationale révolutionnaire de masse
(1) La construction des Internationales qui ont existé dans l’Histoire a répondu, chaque fois, à de nouvelles tâches liées à des évolutions socio-politiques de grande ampleur. La nouvelle phase politique de réorganisation pose d’emblée le problème d’une nouvelle Internationale anticapitaliste/anti-impérialiste, révolutionnaire de masse. Ce « nouvel internationalisme » apparaît en force depuis « Seattle ». Une série d’impulsions l’avait préparé, dès le tournant des années 1989-91 : l’émergence du néo-zapatisme, l’Appel de la Bastille inaugurant la longue campagne pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde, les Euro-Marches, le « collier » des contre-sommets face aux institutions de la globalisation capitaliste FMI/BM, la longue série de réunions où « la société civile » (souvent les ONG) faisait face aux sommets officiels (la Terre, Femmes, Sommet social de Copenhague…). Après les deux réunions du FSM à Porto Alegre et la perspective d’une troisième réunion au Brésil, venant après les FS régionales, un processus de consolidation organisationnelle et programmatique est engagé. En parallèle un processus de clarification et de différenciation est apparu sous l’impact des grands événements politiques dans le monde.

(2) À l’opposé de la période « internationaliste » des années 60-70, il ne s’agit pas en priorité d’une solidarité et d’un soutien politique à un processus social ou démocratique-révolutionnaire. Sa force d’impulsion provient d’un mouvement de résistance d’emblée internationale contre une nouvelle étape d’internationalisation du capitalisme, sa politique et ses institutions. Il apparaît à cette étape comme un mouvement social « nouveau » très légitime, porté par des forces sociales-politiques qui échappent au contrôle des bureaucraties traditionnelles du mouvement ouvrier et populaire. Il se situe aussi à l’écart des organisations révolutionnaires internationales, et, en général, récuse l’intégration des partis politiques. En même temps, ce mouvement est profondément politique : il a imposé spectaculairement une polarisation face aux classes dominantes, réouvert une perspective anticapitaliste et une espérance d’émancipation, créé un espace public à la fois centralisé et décentralisé où se combinent réflexion analytique, confrontation politique et engagement militant, un terrain où des courants politiques organisés existent de fait.

On n’imagine pas la percée vers une nouvelle Internationale anticapitaliste/anti-impérialiste sans un apport important de ce nouveau mouvement. Ces forces notables mais diverses ne peuvent pas aujourd’hui former une nouvelle organisation politique internationale mais elles peuvent être renforcées politiquement par un processus d’expérience et de clarification et par l’intervention dans ces débats des forces révolutionnaires, notamment la IVème Internationale elle-même.

(3) Les regroupements pluralistes de gauche, internationaux, anticapitalistes/anti-impérialistes — restent faibles et informels, car, en l’absence d’une puissante montée sociale, ils peinent à se dégager de l’inertie historique et de leur « culture politique » totalement inefficace pour aborder la nouvelle étape de la lutte de classe (la faiblesse de la gauche social-démocrate, l’impasse programmatique et les comportements staliniens des différents courants issus des PC, le sectarisme congénital de la plupart des organisations révolutionnaires). Les progrès initiaux se situent avant tout au niveau d’une région/continent : en Amérique Latine, le Forum de Sao Paulo dont la dynamique initiale a reculé, le rôle qu’a joué le PT brésilien dans le FSM ; en Europe, l’effort des Conférences de la Gauche Anticapitaliste Européenne, les rencontres en Asie... Face à l’UE, la perspective de former un « parti » anticapitaliste européen est à l’ordre du jour.

Seule la confrontation directe entre la classe dominante et le prolétariat, seule la lutte des masses pour défendre leurs conditions de travail et de vie seront à même de bousculer le rapport de force, de donner un enracinement social et de dégager les militants pour construire, au niveau national, une nouvelle force politique — anticapitaliste, internationaliste, féministe — dans la perspective de la construction d’une nouvelle Internationale.

Le mouvement actuel contre la globalisation a créé une espérance, une référence et un point d’appui importants, mais tel quel, il n’en constituera pas la force d’initiative. Les débats politiques et stratégiques reflétant les différenciations politiques existantes deviendront de plus en plus présents dans ce mouvement et rendront la nouvelle phase beaucoup plus complexe.

(4) Il y a une évolution importante au sein et entre certains courants, issus ou se réclamant du « trotskysme ». Toutes les organisations, y compris la IVème Internationale, ont dû faire un important effort pour être à la hauteur de la nouvelle situation mondiale, sur le plan de l’analyse, de l’orientation et de l’activité. La capacité d’y répondre, à temps et dans de bonnes conditions, a eu un impact sur la continuité de tous les courants. Il existe aujourd’hui une très grande diversité de groupes issus ou se réclamant du « trotskysme », certains ont maintenu une organisation internationale relativement cohérente, d’autres ont éclaté en groupes nationaux ou fédérés. Cela vaut encore plus pour les organisations ex-« maoïstes ». L’unification des « trotskystes » ou ex-maoïstes, au nom d’un programme ou d’une politique, tournés vers une époque révolue du mouvement ouvrier révolutionnaire et appuyés sur la défense du bilan de l’organisation, ne peut aucunement servir à un regroupement, voire une fusion. Un rapprochement entre organisations se réclamant du marxisme et de la révolution socialiste, ne peut avoir un sens qu’en rapport avec les batailles, le mouvement réel et les tâches d’aujourd’hui et du futur.

Nous constatons qu’il y a ces trois développements politico-organisationnels de type internationaliste juxtaposés : le « mouvement réel » contre la globalisation et ses courants sociaux-politiques ; la convergence des courants politiques anticapitalistes et pluralistes ; les courants de la gauche révolutionnaire. Cette situation pourrait se prolonger pendant toute une période. Cela dit, là où des accords et rapprochements sont possibles, nous prendrons des initiatives unitaires pour aboutir à des regroupements sérieux.

9. La IVème Internationale, hier, aujourd’hui et demain
(1) La IVème Internationale est née en résistance aux plus grandes défaites du prolétariat et du mouvement ouvrier (fascisme, stalinisme, guerre mondiale). Très minoritaires dans le mouvement ouvrier international, et réprimées par toutes les forces contre-révolutionnaires (sociaux-démocrates, staliniens, États bourgeois fascistes ou démocratiques), nos sections n’ont pas réussi à se transformer en véritables partis (révolutionnaires). Malgré un engagement en pointe dans tous les grands combats révolutionnaires et quotidiens, elles ont trop souvent été réduites à commenter les événements et à préserver les acquis du marxisme révolutionnaire face aux falsifications bureaucratiques. Dans les années 1970, les montées révolutionnaires dans le monde ont pu laisser penser que l’heure était venue de faire des avancées vers une Internationale de masse. La IVème Internationale disputait alors aux autres regroupements internationaux trotskystes (lambertistes, morénistes, le courant « Militant », le courant « capitalisme d’État »/SWP) la légitimité du courant « trotskyste » (il en était de même au sein de la IVème Internationale avec le SWP américain face à la majorité de l’Internationale). Même si la IVème Internationale n’est jamais tombée dans les délires sectaires des autres regroupements, elle se considérait néanmoins comme l’avant-garde politique légitime, le noyau autour duquel se ferait la recomposition d’une Internationale révolutionnaire.

(2) Le changement de période, patent dans les années 1980, la crise de la IVème Internationale et la chute du Mur ont provoqué un retour de balancier qui a même risqué de remettre en cause son existence. Notre résistance à l’énorme offensive réactionnaire des années 1980 et 1990 n’a pas eu recours à une crispation sectaire qui se cantonnerait dans la propagande socialiste incantatoire, le parasitage du mouvement de masse et l’auto-affirmation identitaire. Les organisations qui l’ont fait n’ont pas évité de graves crises internes. La IVème Internationale a aussi payé le prix organisationnel du recul général du mouvement ouvrier international, mais elle a réussi à traverser la période réactionnaire en maintenant son unité organisationnelle et sa cohésion politique, par :

— le développement d’un marxisme critique et actuel ;

— un débat sans tabous sur le « bilan du siècle » ;

— un régime intérieur favorisant une continuité de discussion et une confrontation d’analyses autour des grands événements constitutifs de la nouvelle situation mondiale ;

— un enracinement et un engagement en pointe dans le mouvement ouvrier et social (national et international) ;

— un travail unitaire systématique ;

— un comportement unitaire et radical, notamment par la lutte pour une recomposition anticapitaliste pluraliste.

(3) Aujourd’hui la IVème Internationale, comme organisation, peut se définir comme :

— une organisation internationale de révolutionnaires sur la base de la méthode du Programme de Transition et de la stratégie et la tactique qui en découlent ;

— un ensemble incomparable de références programmatiques et d’expériences politiques notamment sur des questions comme l’oppression des femmes, l’oppression des gays et des lesbiennes, des thèmes historiquement peu élaborés par d’autres courants révolutionnaires, avec des sections en plusieurs pays centrées sur les besoins de la classe ouvrière de la région ;

— une organisation respectueuse de l’autonomie des mouvements de masse et de leur démocratie, pratiquant en son sein le pluralisme de tendance ;

— donc un outil vivant, mais encore instable vu la faiblesse de ses parties, et la difficulté de recomposer une coordination et une structure de direction qui puisse correspondre à cette réalité militante. Le fait d’avoir conservé cette structure et qu’elle soit sans aucun doute le seul regroupement international de ce type est un atout dans la nouvelle période politique où de nouvelles générations militantes sont actives.

(4) Notre tâche principale comme IVème Internationale consiste à contribuer à une vaste réorganisation du mouvement ouvrier et social à l’échelle mondiale avec comme perspective la constitution d’une nouvelle force internationaliste, pluraliste, révolutionnaire, militante et avec un impact de masse. Cette perspective passera inévitablement par un long processus d’expériences et de clarifications politiques.

Cela n’implique nullement l’affaiblissement ou la dissolution de notre organisation. Au contraire, nous voulons nous renforcer, non pas pour battre les autres courants révolutionnaires-internationaux, mais dans le but de contribuer au maximum à cet objectif : la construction d’une nouvelle force tout en clarifiant les leçons théoriques fondamentales à retirer de l’expérience des révolutions du XXe siècle.

(5) Dans toute cette période transitoire, nous apporterons une réponse à trois niveaux :

— dans le mouvement altermondialiste comme dans le mouvement syndical et d’autres mouvements sociaux, nous luttons pour le « front unique » dans les luttes et les mobilisations, et pour créer ou solidifier les mouvements, en même temps nous participons au débat programmatique et politique. Nous favorisons la création de mouvements internationalistes anticapitalistes de masse autour de leurs objectifs respectifs.

— sur le plan partidaire, selon la situation concrète régionale/continentale, nous militons pour un travail en commun des forces politiques anticapitalistes qui pourrait prendre des formes diverses.

— sur le plan de la gauche révolutionnaire, nous engagerons un dialogue plus systématique et plus général par des rencontres bilatérales, des participations à des réunions internes et publiques avec d’autres courants qui ont une compréhension commune de la situation mondiale actuelle et des grandes orientations et tâches.

(6) Nous faisons un double constat. D’abord, il y a un écart important entre notre influence diffuse au sein des mouvements et le renforcement politique et organisationnel de nos organisations. Cette influence idéologique diffuse ou personnelle ne se transfère que difficilement au parti. La qualité de nos analyses, l’engagement des militants et la mise en avant de la perspective socialiste sont nettement insuffisants. Ensuite, le processus de repolitisation en cours ne mène pas spontanément à l’engagement dans un parti (révolutionnaire ou autre), l’obstacle étant particulièrement grand dans la jeunesse.

L’issue c’est que l’organisation marxiste-révolutionnaire doit être à même de démontrer qu’elle a, dès aujourd’hui, une fonction politique propre à remplir en ce qui concerne l’activité courante, le travail de masse et le mouvement. Cela nécessite notamment une propagande plus régulière et soutenue pour nos idées, une agitation plus consistante, une volonté de débat politique et stratégique, un système d’organisation renforcé comme support. Bref : une autonomie politique qui nous différencie et nous identifie clairement dans la société, dans le mouvement et par rapport aux autres courants idéologiques ou politiques dans le mouvement social.

(7) Cette autonomie ne vise pas à inaugurer un cours sectaire de dénonciations, de polémiques, ou d’opérations « entristes » visant des gains à court terme. Elle part de la compréhension traditionnelle, propre à notre courant marxiste-révolutionnaire, du rapport entre le mouvement de masse et le Parti : (i) le respect pour l’autonomie et la démocratie interne, ce qui signifie aussi une compréhension des sensibilités et des mécanismes de fonctionnement spécifiques du mouvement, et (ii) le rejet du concept d’une avant-garde éclairée et arrogante, qui parasite ou se soumette le mouvement.

Entre son simple accompagnement et l’auto-affirmation sectaire-idéologique parasitaire sur le mouvement, il y a une autre voie, qui se distingue des courants radicaux sectaires qui, eux, s’emparent des jeunes à la recherche de solutions révolutionnaires fortes et d’un engagement militant. Notre réponse ne peut être la même.

(8) Mais notre problème principal ne se situe pas, en général, sur le plan du sectarisme, mais plutôt sur un comportement politique et organisationnel qui sous-valorise ou dilue l’organisation marxiste-révolutionnaire. La correction porte sur trois plans combinés :

— une orientation, un profil et un comportement politiques, autonomes du mouvement ;

— une intervention plus visible et plus cohérente ;

— cela nécessitera une coordination interne plus forte.

(9) Nous avons besoin d’une structure de direction renforcée à même de remplir les tâches décrites ci-dessus.

La réforme des statuts, qui s’appuie sur notre expérience des dernières années, donne une base cohérente, qui favorisera à la fois le débat continu, ouvert et critique dans l’instance centrale, le Comité International (CI), et d’autre part le rôle du Bureau Exécutif (BE), comme centre actif de coordination du travail.

Le CI (l’ancien CEI) devra continuer à jouer son rôle de centre de gravité d’un débat continu et contradictoire. Ce débat est d’autant plus libre que les statuts codifient une autonomie des sections nationales qui n’impose plus aucune obligation de reprendre à leur compte des prises de position adoptées à la majorité du CI. Et d’autant plus ouvert par la présence au CI d’organisations extérieures qui participent à nos discussions sans engagement organisationnel à notre égard.

Le BE aura la tâche-clé (à côté de la direction courante sur le plan de l’administration, des finances, de la presse, des contacts intérieurs et extérieurs) de construire des liens renforcés avec et entre les organisations nationales, et avec les cadres des organisations. Cela vaudra sur le plan de l’élaboration, de l’initiative, de la coordination et des prises de position publiques. Le développement de la presse de l’Internationale (revues, bulletins électroniques, website) constitue une priorité.

Cela implique, pour le BE, de profiter de la meilleure santé de plusieurs sections nationales pour renforcer le Bureau avec des camarades partie prenante de directions d’organisations nationales (notamment européennes, grâce à la proximité géographique). Ensuite, le BE aura à construire ou à renforcer le rôle de structures de travail, certaines à l’échelle européenne, d’autres plus clairement internationales (travail entreprises, réseaux mondialisation, femmes, jeunes, travail associatif). Suite au développement de la dimension régionale/continentale du capitalisme mondialisé, il faudra envisager des structures de travail selon les conditions concrètes (Europe, Amérique Latine, Asie). Étant donné le développement de l’UE comme structure étatique, une tâche spécifiquement européenne est d’arriver à mettre sur pied une réelle direction européenne à même de répondre aux multiples nécessités imposées par le cadre de l’UE, en développant le poids et le rythme des actuelles instances (BPs européens, Secrétariat européen).

Toutes ces structures devant jouer à la fois un rôle de coordination, d’initiative et aussi d’élaboration politique collective sur les multiples questions du monde d’aujourd’hui. Elles doivent permettre aussi le développement et la construction d’organisations nationales et le renforcement des liens entre leurs directions.

La Commission des Femmes assurera en particulier :

— une couverture féministe et la publication des articles de femmes dans notre presse internationale ;

— une formation féministe dans le cadre de l’école internationale ;

— une aide aux sections visant à introduire une politique d’action positive ;

— une collaboration étroite, en vue d’intégrer la perspective féministe dans notre travail altermondialiste et immigration/antiracisme, avec les structures correspondantes.