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Sahara occidental : l’indispensable autodétermination

mardi 12 août 2008

Créé il y 35 ans, le Front Polisario continue de se battre pour l’indépendance du Sahara occidental, toujours en partie occupé par les forces marocaines. Depuis février dernier, Omar Mansour est le représentant en France du Front Polisario.

MANSOUR Omar, GRUE Jean-Luc
Tiré de Rouge du 31 juillet 2008 n°11034

Créé il y 35 ans, le Front Polisario continue de se battre pour l’indépendance du Sahara occidental, toujours en partie occupé par les forces marocaines. Depuis février dernier, Omar Mansour est le représentant en France du Front Polisario.


● Quel est le combat du Front Polisario ?

Omar Mansour – Le Front Polisario est un mouvement de libération, créé en 1973, au Sahara Occidental. Il regroupe l’ensemble des forces patriotiques. Depuis sa création, il a initié une activité politico-militaire contre les forces espagnoles du général Franco, présentes dans la région. En 1975, il avait libéré 90% du territoire. Après le départ de l’Espagne, en 1975, le Maroc et la Mauritanie se lancent à leur tour dans le guêpier saharien1. Deux ans plus tard, la Mauritanie se retire, reconnaissant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, mais le Maroc décide de continuer son aventure coloniale. En 1991, il reconnaît également le droit à l’autodétermination et signe un accord de cessez-le-feu avec le Polisario. Tous deux décident de résoudre pacifiquement le conflit, sur la base d’un référendum qui serait organisé par les Nations unies. L’ONU envoie les Casques bleus pour surveiller le cessez-le-feu au Sahara occidental. Chaque belligérant reste dans le territoire qu’il occupait, le Maroc dans la partie ouest (65 %) et le Polisario dans la partie est (35 %). Mais le Maroc, sachant qu’il le perdrait, continue à repousser le référendum. Il s’emploie à gagner du temps et à faire des acrobaties pour obtenir le soutien de la France et des États-Unis. Le Maroc se sert du Sahara occidental pour détourner l’opinion du peuple marocain des problèmes intérieurs et pour occuper les militaires.

● Qu’est ce qui justifie votre revendication de l’autodétermination ? En quoi les Sahraouis ne se sentent-ils pas marocains ?

O. Mansour – Notre revendication se fonde sur le fait que le peuple du Sahara occidental n’a jamais fait partie du Maroc, ni de la Mauritanie. C’est un peuple qui a sa culture, son organisation et son identité propres. Les organisations internationales ont reconnu son droit à l’autodétermination et à l’indépendance, depuis 1963 (ONU) et 1965 (Union africaine). Et, dans son avis du 10 octobre 1975, le Tribunal international de justice de la Haye affirme : « Les éléments apportés par le Maroc et l’Ensemble mauritanien ne sont pas susceptibles d’empêcher l’exercice par le peuple du Sahara occidental de son droit à l’autodétermination. »

● Quelle est la situation actuelle du peuple sahraoui ?

O. Mansour – La situation est marquée par le fait que le Maroc bloque la solution pacifique et par la recrudescence des affrontements entre la population du territoire occupé et les forces de répression marocaines. Les organisations des droits de l’Homme et de la presse internationale sont interdites d’accès au territoire. On compte plus de 260 prisonniers politiques et plus de 500 disparus.

● Quelles sont les prochaines échéances ?

O. Mansour – Les prochaines échéances seront déterminées par l’efficacité des Nations unies dans l’application de la résolution du Conseil de sécurité, qui demande la réouverture des négociations entre le Maroc et le Front Polisario, afin de trouver une solution pacifique sur la base du respect du droit à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental.

● Comment les autres forces politiques de la région se positionnent-elles ?

O. Mansour – L’Algérie et la Mauritanie reconnaissent la République sahraouie. Elles appuient la solution pacifique, à travers l’organisation d’un référendum d’autodétermination, organisé par les Nations unies. Pour ce qui est des forces démocratiques marocaines, seule Voie démocratique a eu le courage de reconnaître le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ; les autres forces soutiennent le régime dans son approche chauvine. Les organisations qui participent au Forum social régional au Maroc font des pas timides, restant en deçà des positions du Conseil de sécurité.

Notes

1. Le Front Polisario annonce en février 1976 la création de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

MANSOUR Omar, GRUE Jean-Luc
* Paru dans Rouge n° 2263, 31/07/2008. Propos recueillis par Jean-Luc Grué.