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Salvador : sur la victoire du FMLN

dimanche 29 mars 2009

Avec un taux de participation de 60%, le candidat à la présidentielle Mauricio Funes, du parti de gauche Frente Farabundo Martí para la Liberación Nacional (FMLN), a été élu dimanche 15 mars, avec 51.27% de votes favorables.

Pour la première fois de son histoire, la population salvadorienne se dote d’un gouvernement populaire. Cette victoire marque la fin de l’ère nationaliste, oligarchique et violente du parti d’extrême droite l’ARENA (Alianza Republicana Nacionalista).

Pour comprendre les enjeux de cette victoire populaire, il faut en savoir pus sur le FMLN. Quelle est son histoire ? Quelle est sa proposition politique actuelle ? Pourquoi est-ce une avancée pour les démocraties latino-américaines ?


Tiré du site de la lcr belge
Par Felipe de la Fuente le samedi, 28 mars 2009


Les années 70 et 80

Dans les années 70, le gouvernement du Salvador était composé de militaires du PCN (Partido de Conciliación Nacional). Ce dernier a mené une politique anticommuniste fortement encouragée par le gouvernement nord américain, qui voulait avant tout empêcher l’influence de la révolution cubaine sur le continent. Cette époque est marquée par le massacre de milliers de paysans, de prêtres catholiques-jésuites (de la théologie de la libération), de syndicalistes, d’ouvriers, de membres de coopératives, de militants, d’étudiants, …

La politique du PCN, basée sur la répression des mouvements sociaux, a déclenché au sein du Parti Communiste Salvadorien une crise d’ordre stratégique. Les multiples fraudes électorales et l’état policier ont amené certains membre du PC salvadorien à rompre avec le parti, en optant pour la création d’une organisation armée qui sera l’avant garde des luttes pour la libération. C’est ainsi que se forme la première force révolutionnaire et la plus importante durant les 12 ans de guerre révolutionnaire, les FPL (Fuerzas Populares de Liberación).

Au début des années 80, les atrocités militaires envers les masses combattantes sont marquées par l’assassinat de l’archevêque du Salvador, Monseñor Oscar Arnulfo Romero, qui demandait le retrait des troupes nord-américaines et l’arrêt de la violence militaire envers le peuple. Ces années étaient explosives. Les luttes de base se sont organisées et ont choisi la voie armée comme principale et dernière solution pour changer les choses.

Le FMLN voit le jour au début des années 80. Il est le résultat d’une union entre différents groupes guérilleros (entre autres les FPL), des syndicats révolutionnaires et plusieurs forces populaires de masse. Son objectif est de faire front face au gouvernement en lançant, sans succès, une vaste « offensive finale » (10 janvier 1981) pour renverser le pouvoir par la voie armée. Les 12 ans de guerre et les changements de réalité politique, ont amené le FMLN à entamer un dialogue avec le pouvoir gouvernemental (le parti ARENA) pour un accord de paix et la transformation du FMLN en parti politique officiel. L’accord a été signé en 1992 au Mexique. C’est alors le début de l’ère électorale du FMLN.

Le FMLN comme parti politique

Depuis les accords de paix, le parti de gauche salvadorien obtient des résultats importants aux élections législative en 1994. Malgré son échec aux élections présidentielle de la même année, le FMLN représente la deuxième force politique du pays. En 1999, le FMLN fait sa deuxième tentative présidentielle. Il perd encore une fois mais accuse la droite de fraudes significatives. La grande investiture à la présidentielle de Schafik Hándal en 2004 n’arrive pas a vaincre les nationalistes, le passé de ce candidat étant trop lié à la guerre pour gagner un nouveau type d’électorat. Enfin, la première grande victoire comme parti politique du FMLN, a été celle de Violeta Menjivár qui, en 2006, est élue bourgmestre de la capitale, San Salvador.

Les élections du 15 mars de 2009

La victoire présidentielle du FMLN casse une logique, ancienne et fortement appliquée dans ce pays, qui consistait à ce que les masses populaires soient forcées à coup de machette à voter pour l’oligarchie. Cette nouvelle période est avant tout une victoire populaire et donc une victoire pour la démocratie. D’autant plus que les moyens de communications sont directement dirigés par de membres du parti nationaliste.

Mais la composition de l’Assemblée législative, élue depuis les élections du 18 janvier de 2009, avec laquelle le nouveau gouvernement va devoir travailler, n’est pas favorable au FMLN. Le parti de gauche est le plus représenté, avec 35 députés plus un député du CD (coalition démocratique), mais la coalition de droite tire sa force de l’union, dans une alliance composée par l’ARENA (32 députés), le PDC (11 députés) et le PCN (5 députés). Il ne sera donc pas très facile pour le FMLN de gouverner le pays avec une telle opposition à l’assemblée.

La situation d’opposition parlementaire est inédite pour les nationalistes de l’ARENA. Cette victoire du FMLN représente la fin d’une dynastie militaire et pro-impérialiste que a dirigé le Salvador depuis 1932. L’ARENA a privatisé les ressources naturelle (l’agriculture, l’énergie géothermique, les ressources maritime, les communications, etc.) en les remettant aux mains des compagnies nord-américaines et européennes. Il n’a jamais investi dans l’industrie nationale et est au contraire le plus grand soutien des mafias appelé « Maras », qui entretiennent une grave violence civile, dans le but d’encourager les profits des entreprises de sécurité privées.

Il ne faut pas oublier que le parti nationaliste est aussi l’auteur de la « dollarisation » de l’économie nationale. Ce passage au dollar comme monnaie officielle a réduit dramatiquement le pouvoir d’achat de la population, ce qui a fortement aggravé les conditions de vie des Salvadoriens.

C’est dans un climat de changement que Mauricio Funes est donc le nouveau président. Les militants du FMLN voient enfin un rapprochement entre l’Etat et le peuple. L’espoir de faire du Salvador un pays plus digne, sans analphabétisme et sans violence est finalement à l’ordre du jour. Il est vrai que le parti de gauche est le mieux à même d’ entamer un changement politique plus social et plus stable face à la crise néo-libérale. C’est pour cela que milliers de personnes se sont rassemblées au rond-point de la capitale pour célébrer avec les dirigeants du parti l’historique victoire du peuple salvadorien.

Cependant, le nouveau président Mauricio Funes n’a pas l’objectif de changer l’ordre constitutionnel du Salvador vers une constitution populaire. Ainsi, il n’a pas la volonté de changer l’ordre économique en profondeur. En réalité, nous sommes dans un moment d’incertitude face aux possibilités de grandes œuvres politiques. En voyant l’histoire de ce parti, on peut remarquer une évidente transformation du parti révolutionnaire vers un parti social-bourgeois. Correspondrait-il à un changement de mentalités que se traduit historiquement par la préférence d’une lutte électorale à celle de la lutte armée ? Quelle place le gouvernement de FMLN aura-t-il dans la construction de l’union latino-américaine que propose le Venezuela ? Que reste-t-il de la volonté de construire un pays socialiste et pluriel ?

Le discours de Funes nous donne une idée de ce que nous pouvons espérer. La tendance socio-bourgeoise y est belle et bien claire. Dimanche soir, accueilli par des milliers de militants du FMLN, Mauricio Funes, a promis travailler avec la constitution et la bible. En effet, le futur président prône un gouvernement d’union avec l’opposition, sur les bases « démocratique » de la constitution. L’apogée « sociale » de son discours a été la référence au théologien de la libération, Moseñor Romero, en soulignant qu’il gouvernera « pour les pauvres et avec les pauvres ».

Deux voies

Les paroles consacrées à l’union latino-américaine et à la « révolution bolivarienne » ont été prononcées par le vice-président, Salvador Sanchez Ceren, qui a seulement remercié le soutien apporté par Hugo Chavez pendant la campagne électorale. Reste à savoir si la victoire du 15 mars reflètera une gouvernance social-démocrate ou bien si c’est seulement une amorce en douceur pour ne pas choquer Washington.

Cette victoire sert avant tout comme symbole pour la population que ce pays peut tourner la page de la guerre et vivre sans peur. Briser l’oligarchie peut aussi encourager divers secteur de la société (social, culturel et politique) à une participation et une mobilisation plus active. En effet, le succès de la gestion du FMLN dépendra de sa relation avec sa base sociale, car la victoire du 15 mars est dûe au soutien presque inconditionnel du prolétariat salvadorien envers le FMLN. Une distance entre le parti et cette base sociale pourrait dégénérer facilement en une rupture interne, ce qui amènerait sans aucune doute la destruction de la force politique actuelle que porte le FMLN.

Trouver un équilibre interne entre les deux lignes directrices du parti (socialiste et social-démocrate), promouvoir une politique capable de changer la situation d’injustice sociale et de développer une économique solide et construire une politique d’alliance avec la gauche latino-américaine, sont en effet quelques défis de la démarche du FMLN au gouvernement dans les cinq années à venir. Il reste à savoir si le tournant à gauche du continent aura un nouveau allié au projet du « socialisme du XXIe siècle » ou un nouvel acteur dans les tendances capitalistes « sociales ». Indiscutablement, le continent latino-américain, marque encore une fois sa tendance sociale et revendicative de gauche ce qui fait de son peuple l’avant-garde des luttes sociales.

Du Salvador, Felipe de la Fuente