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Selon Edgardo Lander, le référendum réaffirme l’autonomie populaire

Alex Rodrigues *

samedi 8 décembre 2007

Le rejet de la proposition du président du Venezuela, Hugo Chávez, de modifier la Constitution nationale, vient non seulement de démontrer que le Venezuela était un pays démocratique, mais il a également prouvé clairement que les Vénézuéliens avaient de l’autonomie, a affirmé le sociologue Edgardo Lander.

" La population a dit qu’elle était capable de penser et de décider avec sa propre tête. On peut suivre un leader, être d’accord avec lui, mais sans forcément être aveugle. L’adhésion populaire n’est pas inconditionnelle et celle-ci peut parfois discorder sur certains points ».

Pour E. Lander, qui est professeur à l’Université Centrale du Venezuela (UCV), le résultat a également donné une plus grande légitimité au gouvernement et au projet de construction d’un pays socialiste, en cours depuis 1992, date de l’arrivée de Chavez au pouvoir.

« L’un des arguments utilisés par l’opposition était que le gouvernement n’avait pas de légitimité, parce que les élections n’étaient pas transparentes. Il a aujourd’hui été catégoriquement démontré que cela ne se passait pas de cette manière et que le système électoral de notre pays était fiable ».

E. Lander relève le fait que le projet de réforme constitutionnelle, enclenché par Chávez à l’Assemblée Nationale, n’était pas effectivement admis et impératif. Pour ce spécialiste en sciences politiques, la Constitution actuelle ne représente en aucun cas un obstacle à des transformations dans la structure politico-sociale du pays.

« Le processus de changements n’a pas rencontré de barrière constitutionnelle qui le limite. Et si cela s’était produit, une Assemblée Nationale Constituante aurait dû être convoquée, afin que puisse avoir lieu un débat public, large et démocratique ».

Lander n’écarte pas la possibilité que la Constituante soit convoquée d’ici à cinq ans au maximum, moment où le mandat de Chávez prendra fin. Selon lui, beaucoup des changements présentés dans le projet de réforme voté hier figurent déjà dans l’actuelle Carta Magna du pays, promulguée en 1999.

Le sociologue a. par exemple. cité les articles qui traitent de l’extension vers la main-d’œuvre informelle de droits liés au travail et à la sécurité sociale ainsi que de la réduction de la journée de travail. « Si les lois n’ont pas encore été édictées pour réglementer ces sujets, c’est par incapacité de l’Assemblée Nationale, et non par une impossibilité liée à la Constitution ».

Toujours selon lui, à voir la manière dont le débat sur la réforme a eu lieu en divisant le pays, il est clair que l’approbation de la modification aurait généré des problèmes. « Si le projet avait été accepté par un écart disons de 2% des votes, alors ce serait un désastre parce que sa légitimité serait remise en question et le nouveau texte constitutionnel serait une source constante d’instabilité ».

Une fois le référendum passé, Lander a alerté le gouvernement sur la nécessité d’accorder toute son attention sur des sujets tels que l’efficacité de la gestion publique et la sécurité, sujets considérés par beaucoup de Vénézuéliens comme faisant partie des plus grands problèmes du pays. « Si non, nous courons le risque que les gens perdent confiance. Les conditions de vie de la population se sont transformées au cours des dernières années, il y a eu dans la politique populaire des avancées extraordinairement importantes en termes d’organisation et de changement culturels. Une population qui vivait auparavant totalement en marge du système politique, apathique et sans confiance à l’égard de la politique des partis et de l’Etat, se sent aujourd’hui réinvestie de sa dignité de participante, mais il existe bien sûr des pressions. Et le moment où toute cette confiance s’écroulerait peut survenir ». (Traduction : A l’Encontre)

* Alex Rodrigues a écrit cet article pour le MST (Mouvement des Sans-terre) du Brésil. L’article date du 4 décembre 2007.