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L’Assemblée Générale du Réseau du Forum Social :

Un débat politique de fond et l’unité contre Charest

Sacha A. Calixte

dimanche 25 janvier 2004

Alors que le troisième Forum Social Mondial battait son plein à Mumbaï (anciennement Bombay) en Inde, une cinquantaine de personnes ont participé à l’Assemblée Générale du Réseau du Forum Social de Québec Chaudière-Appalaches qui s’est tenue le samedi 24 janvier à Québec. D’ailleurs, le Réseau prépare son deuxième Forum Social qui se tiendra dans la région du 15 mars au 4 avril 2004, avec une fin de semaine intensive du 2 au 4 avril. Avis aux intéresséEs qui n’auraient pu se rendre à Mumbaï…

Reliant des groupes et des personnes progressistes de la région 03-12, le Réseau du Forum Social est le résultat direct du premier Forum Social Régional qui s’était tenu en septembre 2002 à Québec et auquel avaient participées plus de 300 personnes et déléguéEs de groupes sociaux des régions 03-12. Organisé autour de quatre commissions de travail permanentes (paix, démocratie participative, ZLÉA et environnement), le Réseau du Forum Social poursuit depuis un an le travail visant à " faire converger les groupes et personnes progressistes de la région afin de réfléchir sur les moyens de construire un autre monde, plus respectueux des personnes et de l’environnement ". S’insérant dans la mouvance du Forum Social Mondial qui cherche lui aussi à faire converger des forces progressistes animées de valeurs communes comme la justice sociale, le féminisme, la démocratie ou l’écologisme, le Réseau du Forum Social et ses commissions sont au coeur de plusieurs des initiatives qui ont animé la vie militante de la dernière année dans la région dont : les manifestations contre la guerre en Irak (commission Paix), la consulta sur la ZLÉA (commission ZLÉA), la constitution à l’échelle nationale du Réseau de vigilance (commission Démocratie) et les activités de dénonciation du Congrès Forestier Mondial (commission environnement).

Au terme de cette journée de travail se dégage donc une analyse commune de la conjoncture sociale et politique québécoise, des éléments de riposte au durcissement de l’offensive néolibérale des gouvernements provincial et fédéral et l’évidence d’un défi de plus en plus incontournable quant à l’élaboration des formes qui pourraient articuler concrètement les volontés d’un changement social véritable.

Alimentés par l’intervention des panélistes Pierre Mouterde (À bâbord !) et Ann Gingras (CSN-conseil central de Québec) les participants et participantes ont examiné l’état de la conjoncture politique au Québec, située entre l’effondrement du modèle national-populiste du Parti Québécois et les étincelles du mouvement altermondialiste visibles ici surtout depuis le Sommet des Amériques d’avril 2001. Comme trait d’union bien sûr le virage à droite des élites politiques québécoises mais aussi et surtout l’ouverture d’un espace politique béant à la gauche du Parti Québécois, espace qu’il s’agit maintenant pour la gauche de réussir à occuper. Mais seulement pour ce faire, il apparaît aujourd’hui impérieux de prendre acte et de chercher à remédier à un ensemble de facteurs qui minent le développement d’un mouvement populaire combatif et progressiste et l’établissement d’un rapport de force favorable à l’avancée d’alternatives politiques de gauche.

En ce sens la reconnaissance du rôle fondamental du mouvement syndical au Québec comme force sociale la plus puissante et la mieux organisée, l’identification claire des stratégies libérales de division du mouvement d’opposition -soit par l’opposition des syndicats entre eux, soit par leur opposition au reste de la population- et la reconnaissance des effets néfastes du corporatisme syndical sur l’unité des luttes populaires ont été des affirmations de la dirigeante syndicale qui ont été reçues avec satisfaction par l’assemblée, tout comme celle de la prise en compte d’une communauté fondamentale d’intérêts entre les syndiquéEs et la population. Et si la rupture avec la concertation sociale ne semble toujours pas entièrement consommée du côté de la CSN, la nécessité affirmée d’une option politique alternative à celle des trois partis néolibéraux (PQ, PLQ, ADQ) semble être un pas en avant à tout le moins dans la rupture avec l’inféodation au Parti québécois.

Par ailleurs quant à la férocité des attaques du gouvernement Charest au niveau provincial et au militarisme sous-tendant le rapprochement des Libéraux fédéraux avec nos voisins du Sud, eh bien, comment mieux dire qu’en disant qu’il faut s’y opposer ?

Sans doute en disant comment s’y opposer. C’est donc ce à quoi se sont employés les participants de l’assemblée dans la seconde partie de leurs activités de la journée. Parmi une dizaine de propositions tactiques, la priorisation de la lutte contre le gouvernement Charest et sa prise en charge par l’ensemble des commissions et groupes du Réseau, la constitution d’un comité de mobilisation central relevant du comité de coordination, l’appui des principales actions anti-Charest à venir (dont le Bed-In du 15 février à l’Université Laval et la manif étudiante du 16 février) et la proposition au Réseau de vigilance de l’organisation d’un référendum populaire sur l’abrogation des lois votées sous le bâillon à la fin de la dernière session parlementaire ont été adoptées.

Un point cependant ressort de cette Assemblée qui selon l’avis de plusieurs a été nettement plus politique qu’à l’habitude. S’il apparaît clair aujourd’hui que la lutte contre le gouvernement Charest se doit de figurer en tête de liste du plan d’action des organisations progressistes québécoises, les perspectives à long terme sont rien moins qu’évidentes à définir. En effet, il n’échappe à personne que la simple réélection d’un parti néolibéral après l’autre ne change en rien le sort de la population. Au vu de la situation actuelle, ce serait plutôt le contraire. Il faudra donc bien en arriver à une " gouvernance " politique alternative, dans le sens des intérêts de la majorité de la population, ce qui impliquera l’articulation d’un projet politique alternatif concret. Mais en même temps, comment ne pas voir l’échec des modèles de transformation " par en haut " de la société ainsi que la trahison générale depuis 25 ans des organisations politiques traditionnelles du mouvement ouvrier et populaire (partis sociaux-démocrates, socialistes et communistes de masse), que l’on a vu appliquer avec plus de vigueur encore que leurs homologues libéraux le programme libéral apprêté à la sauce du social-libéralisme ? Faut-il dès lors bannir la forme d’organisation partidaire et la prise du pouvoir institutionnel ? Pourtant tout le monde sait que la politique a horreur du vide. Si nous n’exerçons pas le pouvoir nous-même, on peut être sur que d’autres le ferons pour nous et contre nous. Voilà donc le grand défi. Et au vu des débats de cette Assemblée, c’est entre le rejet d’un parlementarisme vide et la nécessité d’un pouvoir citoyen, entre le travail de masse et le dépassement de la sclérose bureaucratique, entre la mémoire d’un passé riche d’expériences et la pratique d’une nouvelle combativité qu’il faudra chercher les formes d’une nouvelle pratique politique progressiste. Alors, comme le disait joliment l’un des participants, la prise du pouvoir pourra n’être dans l’entreprise de transformation sociale qu’un simple dommage collatéral.

Le Réseau publie un bulletin électronique hebdomadaire compilant les différentes activités militantes qui ont lieu dans la région. Pour vous inscrire :

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