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AHMET SAADATE

Un point de vue palestinien

dimanche 9 janvier 2005

Ahmet Saadate est le secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), actuellement détenu dans une prison palestinienne près de Jéricho. À quelques jours de l’élection présidentielle du 9 janvier, il nous a livré l’analyse de son organisation.

Ahmet Saadate est détenu avec les trois membres du commando qui ont exécuté, en octobre 2001, le ministre d’extrême droite israélien du Tourisme, en réponse à l’assassinat par les Israéliens d’Abou Ali Mustafa, dirigeant du FPLP. Tout comme la mascarade de procès qui s’était déroulée en avril 2002 à l’intérieur de la Mouqata’a de Ramallah assiégée, pour se plier aux exigences de Sharon, leurs conditions de détention sont ubuesques. Ils sont gardés par des Palestiniens, mais surveillés depuis les toits et écoutés en permanence par des soldats des États-Unis ou de Grande-Bretagne, dans des locaux truffés de micros et de systèmes de brouillage des communications, le tout au nom de leur " protection ". Un des membres du commando, condamné à un an de prison en avril 2002, est toujours détenu, " dans son propre intérêt " bien sûr, alors qu’il aurait dû être libéré il y a huit mois.

La Haute Cour palestinienne a ordonné votre remise en liberté il y a plusieurs mois. Pourquoi êtes-vous toujours en prison ? Ahmet Saadate - Ce n’est pas la première fois qu’une décision de la Haute Cour n’est pas appliquée. Une partie des obligations " sécuritaires " de l’Autorité palestinienne est de se plier aux exigences des Américains et des Israéliens. C’est pour cela que nous restons ici, détenus en otages.

Yasser Arafat était décrit par les Israéliens et les Américains comme un " obstacle à la paix ". Est ce que sa disparition va changer quelque chose ? A. Saadate - Pour Israël, tout dirigeant palestinien qui n’accepte pas l’intégralité de ses exigences est un obstacle. Si Abou Mazen et le prochain gouvernement défendent les droits fondamentaux des Palestiniens, ils seront eux aussi considérés comme des obstacles. D’ailleurs, Olmert vient de déclarer qu’il serait impossible de signer un accord de paix avec Abou Mazen à cause de son soutien à la revendication du droit au retour des réfugiés !

Le FPLP ne présente pas de candidat à l’élection du 9 janvier. Pourquoi ?

A. Saadate - Nous ne présentons pas de candidat d’abord parce que nous refusons de cautionner l’Autorité palestinienne issue des accords d’Oslo. Il est déjà inacceptable de participer à des élections sous l’occupation mais, de plus, ces élections auraient dû être globales, avec le renouvellement de toutes les institutions de l’Autorité palestinienne, le Conseil législatif palestinien, les municipalités. La séparation dans le temps des élections présidentielle et législatives nous fait douter qu’il s’agisse d’un pas vers la démocratie. Ces élections devraient être aussi un moyen de lutter contre l’occupation, un mécanisme pour le droit à l’autodétermination. Israël et les États-Unis prétendent nous imposer un changement démocratique qui correspond à leurs besoins et nous refusent le droit à l’autodétermination. Nous avons néanmoins essayé d’initier une candidature commune de la gauche. Nous avons eu des rencontres avec d’autres groupes, avec le Parti du peuple palestinien (PPP, ex-Parti communiste), avec le Front démocratique de libération du peuple (FDLP), etc. Nous avons entrepris des discussions autour d’un programme. Nous voulions un programme qui soit réellement de gauche. Nous avions des divergences avec le FDLP, qui inclut la " feuille de route " dans son programme, et le PPP qui accepte les principes de " l’initiative arabe " sur le droit au retour des réfugiés (une conception qui détruit le principe même du droit au retour puisqu’elle introduit des quotas, et qu’elle donne à Israël le pouvoir d’accepter ou non le retour des réfugiés). Nous avons tout de même poursuivi les discussions. Et puis, nous avons eu la désagréable surprise d’apprendre que le PP et le FDLP avaient déjà désigné leurs candidats : Bassam Sahali pour le PP et Tayser Khaled pour le FDLP.

Le FPLP a décidé de soutenir la candidature de Mustafa Barghouti, de l’Initiative nationale palestinienne...

A. Saadate - Nous aurions préféré une candidature nettement anticapitaliste et Mustafa Barghouti n’est pas un marxiste. Mais il a été clair et honnête avec nous, il a accepté les points essentiels de notre programme, comme le droit au retour et le soutien à la résistance du peuple palestinien sous toutes ses formes. Mustafa Barghouti est un symbole, en tant que président de la plus grande ONG médicale palestinienne. Ses positions n’ont peut-être pas toujours été très claires, notre rôle est de l’aider à évoluer. Si nous n’y arrivons pas, nous n’avons rien à perdre. Nous avons nos propres positions politiques, notre propre programme.

Si Marwan Barghouti s’était finalement présenté, auriez-vous soutenu sa candidature ? A. Saadate - Marwan Barghouti est un dirigeant du Fatah. Il a été formé par le Fatah et se pliera toujours à la ligne du parti. Bien sûr, nous faisons la distinction entre Abou Mazen et lui, mais au bout du compte, ils représentent la même idéologie, le même programme au service de la bourgeoisie palestinienne.

Pensez-vous que la solution des deux États est viable ?

A. Saadate - La solution des deux États est un point de départ qui créera le climat nécessaire à une solution pacifique. Bien sûr, la lutte pour un seul État, démocratique, sans aucune forme de discrimination ethnique ou religieuse, ne doit jamais cesser, car c’est la seule solution possible pour résoudre les problèmes, celui des Palestiniens de 1948 et celui du droit au retour. Dans ce combat, nous avons besoin de la solidarité internationale et de l’unité de ceux qui se battent à nos côtés. En tant que Palestiniens et que FPLP, nous sommes fiers de toutes ces actions de solidarité avec le peuple palestinien.


Propos recueillis à Jéricho par Mireille Terrin et Chris de Hond