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La visite princière au Québec

Une campagne pour nous imposer la monarchie

jeudi 7 juillet 2011, par Yves Bergeron

Près de 1 000 personnes ont pris la rue afin de manifester leur désapprobation face à la campagne de marketing visant à doter la monarchie britannique d’une nouvelle légitimité au Québec.

Promue par les conservateurs à Ottawa et reprise de la balle au bond par le gouvernement Charest et la mairie de Québec, la visite des héritiers de la couronne britannique a été présentée par les médias comme la monarchie “proche du peuple”. Heureusement, une frange particulièrement dynamique du mouvement indépendantiste a voulu mettre un grain de sel dans la belle unanimité construite par les médias de masse.

La manifestation

Appelée par le RRQ (Réseau de Résistance du Québécois) et appuyée par le député Amir Khadir, la manifestation du dimanche 3 juillet coïncidait avec l’anniversaire de la Ville de Québec. Bien décidés à jouer le rôle des parfaits colonisés, Jean Charest et Régis Labeaume ont offert plusieurs tribunes aux monarques. Présentés à une foule triée sur le volet et en tenant les opposants à distance et sous surveillance policière, les élites ont tout fait pour que leur passage soit perçu comme une œuvre de bienfaisance.

Ainsi, le couple princier a fait une halte à la Maison Dauphine, un organisme qui intervient auprès des jeunes de la rue. Il est triste de constater qu’un organisme sérieux comme la Maison Dauphine joue le rôle de faire-valoir à ces individus d’une autre époque alors qu’en Grande-Bretagne, le gouvernement est à faire la casse des services publics et met le monde ordinaire à la rue. Sur quelle réalisation du couple princier la Maison Dauphine peut-elle s’appuyer pour déterminer si ces individus peuvent soutenir une cause comme celle de l’itinérance ? Peut-être ont-ils tout simplement utilisé l’organisme comme mise en scène pour se gagner des sympathies ? N’est-il pas préoccupant qu’un organisme communautaire comme la Maison Dauphine se prête à ce jeu ?

Plus tard, le couple s’est dirigé vers l’Hôtel de ville de Québec afin de passer en revue les militaires du 22e Régiment et assister à la cérémonie du Droit de Cité. Le maire Labeaume très confortable dans son rôle de roi-nègre a présenté la visite comme une activité qui plait à tout le monde. Or, une rapide tournée des quartiers de la Capitale aurait informé le maire qu’une majorité de personnes n’en ont que faire. Il y avait une poignée de personnes qui ont assisté à la parade des monarques (pas les papillons, les princiers), triées sur le volet pour s’assurer que rien ne vienne bouleverser les cérémonies.

Au bas de la Côte de la Montagne, un important cordon de policiers tenait en respect les centaines de manifestantEs présentEs. Diabolisés par les médias et les bien-pensants, le RRQ a appelé à une manifestation pacifique mais bruyante. Amir Khadir avait appuyé la manifestation et avait annoncé sa présence. Pourtant, outre quelques individus, Québec solidaire était absent. Un avion avec une bannière ‘Vive le Québec libre” a fait des passages au-dessus de la foule.

Au terme d’une série de slogans déclamés pendant une trentaine de minutes afin de faire sentir la présence d’une opposition jusque sur le parvis de l’Hôtel de ville, les gens ont rebroussé chemin et ont pris la voie de l’Assemblée nationale. Une fois sur place, une partie des manifestanEs a grimpé jusqu’à la porte de l’Assemblée et ont déployé les drapeaux du Québec et des Patriotes. Puis, c’est vers la porte St-Louis que le cortège s’est dirigé afin de se faire voir et entendre par le cortège de voitures officielles qui gagnaient la Citadelle avec le couple princier à son bord.

Puis la manifestation a pris le chemin de la Côte d’Abraham, est descendu vers la basse-ville pour emprunter les rues principales et recueillir la sympathie des passantEs. La manifestation s’est terminée par une réunion publique au Centre Durocher.

Le discours du RRQ

Qualifiant le Canada de colonie, scandant “le Québec aux Québécois” ou encore “William dégage”, le discours du RRQ et de ses militantEs demeure un discours nationaliste qui ne tient pas vraiment compte des différences de classes qui traversent la société québécoise. Comme si Pierre-Karl Péladeau, Paul Desmarais ou encore Laurent Beaudoin pourraient un jour se convertir à l’idée d’indépendance. Comme si les pétrolières d’ici (Junex, Pétrolia ou autres) étaient différentes des compagnies impérialistes qui veulent exploiter les ressources québécoises avec la complicité des gouvernements en place. Toutefois, on a pu entendre des slogans qui sont prononcés davantage lors des manifestations de solidarité internationales comme "Unis, un peuple ne sera jamais vaincu” avec la variante “Unis, le peuple ne sera jamais PQ”.

Nous avons aussi pu remarquer la présence de collectifs comme le Mouvement progressiste pour l’indépendance du Québec (MPIQ) qui déployait une bannière où était inscrit “Vive la révolution québécoise” et qui permet d’espérer un tournant à gauche de cette mouvance.

La couverture de presse

La couverture de presse de l’événement relève de la désinformation. Menée par la Société Radio-Canada qui a systématiquement sous-estimé la participation à la manifestation anti-monarchiste parlant de quelques dizaines de manifestants (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/07/03/002-visite-princiere-kate-et-william-ville-de-quebec.shtml), la grande presse a monté en épingle la tournée princière et minimisé l’impact des opposants. Le Soleil a parlé de 300 personnes présentes à la manifestation, Le Devoir tout comme la Presse canadienne ont compté autour de 200 manifestants pour ensuite parler de foules en liesse pour accueillir le couple princier. Pourtant sur place, il était facile de voir de nombreuses intersections complètement vides sur le parcours des parasites royaux (notamment mais pas seulement les coins de rue Ste-Angèle/rue Dauphine et rue St-Ursule/rue Dauphine).

Les journalistes devraient cesser de se prêter à ce type d’opération de relation publique des puissants de ce monde au risque de se ridiculiser, car il était aisé, sur place, de dénombrer au moins 500 personnes auxquelles se sont greffé quelques centaines de personnes supplémentaires lors des actions devant l’Assemblée nationale et sur la rue St-Louis. À la descente vers la basse-ville, il devait y avoir près de 1 000 personnes.

Plus globalement, il était clair que les médias de masse étaient en mission et de mèche. L’utilisation systématique des prénoms Kate et William au lieu de leurs titres monarchistes avait pour effet de présenter les monarques comme des gens proches du monde ordinaires. Une visite dans un hôpital, chez un groupe communautaire ou en serrant les mains de badauds, tout a été mis en oeuvre pour présenter ces élites plusieurs fois qualifiées de parasitaires comme au contraire des gens d’en bas (Kate n’est-elle pas une roturière). Il est désolant de constater que des gens qui se disent professionnels de l’information tombent dans ce panneau en racontant des bobards et des histoires de princesses.