La Gauche

Accueil > Société > musique > Victoria par Keny Arkana

Victoria par Keny Arkana

vendredi 9 octobre 2009


Victoria par Keny Arkana

Moi c’est Victoria, née il y a 14 printemps
Dans un village près de Salta dans lequel je vivais avant
Cela fait maintenant, plus de 10 ans,
Qu’avec papa et maman
Mes frères et mes soeurs
On a quitté nos champs.
On est venu s’entasser dans une de ces cabanes, à l’entrée de la ville
C’est papa qui l’a construite, mais elle n’est pas finie
Je n’ai que des vagues souvenirs du village
Maman pleure quand elle m’en parle car elle n’aime pas la vie ici
Des étrangers ont brûlé nos maisons pour nous voler nos terres
Papa s’énerve moi je comprends pas, il parle d’agro-alimentaire
Il dit que les politiques sont des prédateurs qui sèment la peur
Et qu’ils ont un estomac à la place du coeur
Ici pas de travail, aucune prière ne s’exauce
Après les cours avec ma soeur on va vendre des bracelets deux pesos
Et malgré tous ces efforts, demeurent ces jours sans repas
La nuit maman pleure, la nuit maman ne dort pas

Refrain :

No llores hija mia (ne pleure pas, ma fille)
Yo, no perdì las esperanzas (moi, je n’ai pas perdu l’espoir)
Des los bandidos dictadores (des bandits dictateurs)
Jamàs podràn destruir la lucha de los pueblos (jamais ils ne pourront détruire la lutte des peuples)
que no pueden olvidar a sus desaparecidos.(qui ne peuvent pas oublier leurs disparus)

Mon voisin m’a dit pendant la dictature c’était plus dur
Alors j’vais pas me plaindre même si ici y a pas de futur
Moi j’aime bien les études, on m’a dit c’est bien mais inutile
Ici beaucoup ont arrêté avant même de savoir écrire
Dans mon jardin secret, j’cultive le rêve d’être médecin,
Soigner tous ces enfants malades, qui ne mangent pas à leur faim.
J’comprends pas dans la ville j’vois bien tous ces petits faire la manche,
Devant le mépris de ceux qu’on appelle les gens bien.
J’m’interroge, ne voient-ils pas la misère ?
Il nous écrasent pour bénir l’homme venu de l’autre hémisphère.
Papa dit qu’on est traités comme des chiens
Dieu merci j’ai ma famille, plus loin y a des orphelins qui vivent dans les décharges.
Des fois je pleure en cachette,
Mais pas longtemps car j’pense à mes aînées qui ont connu le chant des mitraillettes.
Et puis grand-mère disait toujours, la vie c’est l’espoir,
Si t’en as plus, t’es comme mort, et vivre relève de l’exploit

(Refrain)

Papa est à bout, il a frôlé la folie,
Quand un matin il a appris
Que la banque lui avait volé ses économies
Impuissant, tout le monde était affolé
Il était pas le seul, c’est la nation entière qui s’était fait voler.
Depuis ce jour, avec beaucoup de gens de la ville
Ils bloquent les routes, pour bloquer l’économie du pays
C’est leur façon de se faire entendre
Mais moi j’ai peur quand il s’en va, y’en a qui revienne pas, la police est violente,
Ils les appellent Piqueteros
Et les journaux sont des menteurs
Ils disent que c’est des bandits après il y a des gens qui ont peur
Papa dit, ils peuvent tuer des hommes, mais ils ne tueront pas la mémoire
Les mères des disparus chantent toujours contre l’oubli
On vit le fruit d’une démocratie ratée,
Dans un pays si riche tant d’enfants ont dans le ventre qu’une tasse de Mate.
Parce qu’on est dirigés par la mafia du crime,
Moi j’comprends pas et quand j’demande pourquoi
on m’répond toujours « parce qu’on est en Argentine »