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		<title>UNION EUROP&#201;ENNE / IRLANDE : La constitution europ&#233;enne r&#233;&#233;crite enterr&#233;e ?</title>
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		<dc:date>2008-10-11T02:12:52Z</dc:date>
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		<dc:creator>john Meehan</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;tir&#233; d'inprecor juin 2008 &lt;br class='autobr' /&gt;
John Meehan, membre fondateur de la Campagne contre la Constitution europ&#233;enne (CAEUC) en R&#233;publique d'Irlande, collabore &#224; la presse de la IVe Internationale. &lt;br class='autobr' /&gt; UNION EUROP&#201;ENNE / IRLANDE : La constitution europ&#233;enne r&#233;&#233;crite enterr&#233;e ? &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; d'inprecor juin 2008 illustration : Fresque r&#233;publicaine &#224; Derry (Irlande du Nord). Phototh&#232;que Rouge/Franck Houlgatte &lt;br class='autobr' /&gt;
John Meehan, membre fondateur de la Campagne contre la Constitution europ&#233;enne (CAEUC) en R&#233;publique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH96/arton1785-5d1f2.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;tir&#233; d'inprecor juin 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Meehan, membre fondateur de la Campagne contre la Constitution europ&#233;enne (CAEUC) en R&#233;publique d'Irlande, collabore &#224; la presse de la IVe Internationale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;UNION EUROP&#201;ENNE / IRLANDE : La constitution europ&#233;enne r&#233;&#233;crite enterr&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; d'inprecor juin 2008&lt;br class='autobr' /&gt;
illustration : Fresque r&#233;publicaine &#224; Derry (Irlande du Nord). Phototh&#232;que Rouge/Franck Houlgatte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Meehan, membre fondateur de la Campagne contre la Constitution europ&#233;enne (CAEUC) en R&#233;publique d'Irlande, collabore &#224; la presse de la IVe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du r&#233;f&#233;rendum du 12 juin 2008 les &#233;lecteurs de la R&#233;publique d'Irlande ont rejet&#233; le Trait&#233; de Lisbonne, une version r&#233;&#233;crite de la Constitution europ&#233;enne. Jose Manuel Barroso, pr&#233;sident de la Commission europ&#233;enne, et son gang d'adeptes de la privatisation et d'aventuriers militaires aspirants &#8212; une &#233;lite de la classe dominante toujours sous le coup du rejet du projet de la Constitution europ&#233;enne en 2005 par les &#233;lecteurs de France et des Pays-Bas &#8212; se souviendront longtemps de ce vendredi 13, lorsque les r&#233;sultats du r&#233;f&#233;rendum irlandais furent annonc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; non &#187; l'a remport&#233; avec 862 415 voix (53,4 % des suffrages exprim&#233;s) contre 752 451 voix (46,6 %) en faveur du &#171; oui &#187;. La participation fut de 53,1 % : 1 621 037 &#233;lecteurs ont pris part au r&#233;f&#233;rendum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formellement le Trait&#233; de Lisbonne a &#233;t&#233; rejet&#233;, il devrait donc &#234;tre mort et enterr&#233;, &#224; l'image du perroquet de Monthy Python. N&#233;anmoins on ne peut exclure des mesures de renaissance &#224; la Dracula. Un Trait&#233; ne peut entrer en vigueur que s'il est ratifi&#233; par tous les &#201;tats de l'Union europ&#233;enne (UE). Pourtant, le Trait&#233; de Nice &#8212; soit dit en passant, unanimement consid&#233;r&#233; aujourd'hui comme un mauvais Trait&#233;, m&#234;me si c'est pour des raisons diff&#233;rentes &#8212; a pu entrer en vigueur parce que les &#233;lecteurs irlandais ont &#233;t&#233; appel&#233;s &#224; le voter non pas une fois, mais deux. Comme le nom de New York, qui fut &#171; si bon &#187; qu'il a servi deux fois, pour nommer la ville et la province, les Irlandais ont eu droit &#224; exp&#233;rimenter par deux fois le Trait&#233; de Nice : en 2001 ils rejet&#232;rent &#171; Nice 1 &#187;, alors pour ne pas les priver de ce bijou, en 2002 ont leur pr&#233;senta &#171; Nice 2 &#187;. Et ils finirent par r&#233;pondre &#171; oui &#187;. Mais cette fois l'organisation d'un second r&#233;f&#233;rendum ne sera pas aussi ais&#233;e. La classe dominante irlandaise pourra-t-elle prendre le risque de renouveler une telle op&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire adopter le Trait&#233; de Nice, le gouvernement irlandais a d&#251; organiser deux r&#233;f&#233;rendums. Lors du premier le &#171; non &#187; l'avait emport&#233;, mais le taux de participation &#233;tait faible : 34,8 %. Les enqu&#234;tes r&#233;alis&#233;es alors indiquaient que bon nombre de ceux qui avaient vot&#233; contre le Trait&#233; de Nice l'avaient fait pour protester contre le manque d'informations concernant ce trait&#233;. Le gouvernement organisa alors un &#171; Forum national pour l'Europe &#187; avec un r&#232;glement relativement d&#233;mocratique, garantissant le m&#234;me temps de parole aux partisans et aux adversaires de ce Trait&#233;. Ainsi le &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187; a sans aucun doute favoris&#233; en fin de comptes la victoire du &#171; oui &#187; lors du second r&#233;f&#233;rendum o&#249; le taux de participation s'&#233;tait am&#233;lior&#233; (49,5 %).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le 12 juin dernier la participation a &#233;t&#233; encore plus &#233;lev&#233;e &#8212; 53,1 % &#8212; ce qui rend plus complexe la r&#233;p&#233;tition de l'op&#233;ration qui a finalement permis de faire adopter le Trait&#233; de Nice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;crivant le 14 juin dans le Guardian, le chroniqueur irlandais Fintan O'Toole, un partisan lib&#233;ral de gauche du Trait&#233; de Lisbonne, &#233;crit justement : &#171; Lors du premier r&#233;f&#233;rendum concernant le Trait&#233; de Nice le taux de participation fut si bas que le gouvernement pouvait sans h&#233;siter demander au peuple de voter une fois encore. Le taux de participation concernant le Trait&#233; de Lisbonne a &#233;t&#233; tellement plus &#233;lev&#233;, que r&#233;p&#233;ter une telle op&#233;ration alimenterait le sentiment que l'on tente d'intimider les &#233;lecteurs. &#187; Car en 2008 une majorit&#233; importante de ceux qui ont particip&#233; aux r&#233;unions du Forum disait qu'elle voterait &#171; non &#187; et donc cette fois-ci le facteur du &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187; a favoris&#233; le &#171; non &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment le Trait&#233; de Lisbonne a-t-il perdu pied ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 2008 le r&#233;f&#233;rendum irlandais semblait n'&#234;tre qu'une formalit&#233; et le succ&#232;s du Trait&#233; de Lisbonne, acquis d'avance. Le sondage r&#233;alis&#233; par Red C annon&#231;ait que 43 % des Irlandais &#233;taient favorables au Trait&#233;, contre 25 %, alors que 32 % ne se pronon&#231;aient pas. Cela annon&#231;ait une participation assez importante et une victoire du &#171; oui &#187; par 64 % contre seulement 36 %. Au d&#233;but avril les r&#233;sultats, toujours favorables, paraissaient plus incertains : 35 % en faveur du &#171; oui &#187; contre 31 % en faveur du &#171; non &#187; &#8212; en tenant compte de la marge d'erreur la victoire du &#171; oui &#187; n'&#233;tait plus certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que le premier ministre Bertie Ahern commen&#231;ait &#224; s'embrouiller dans ses comptes bancaires, pr&#233;tendant d'abord avoir &#171; oubli&#233; &#187; la provenance de grandes quantit&#233;s de livres sterling, puis racontant qu'il les avait gagn&#233;es en pariant dans les courses hippiques en Angleterre&#8230; Poursuivi pour corruption depuis deux ans, Ahern ne parvenait pas &#224; justifier devant le Tribunal d'Investigation de la Planification et des Paiements, dirig&#233; par le juge Alan Mahon, les fortes sommes qu'il avait re&#231;ues au d&#233;but des ann&#233;es 1990 des patrons de grandes entreprises et d'un millionnaire, alors qu'il &#233;tait Ministre des Finances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s avril de cette ann&#233;e Bertie Ahern fut forc&#233; d'annoncer sa d&#233;mission et de transmettre ses fonctions gouvernementales au chef-adjoint de Fianna F&#225;il, Brian Cowen. L'annonce de la d&#233;mission de Betrie Ahern a co&#239;ncid&#233; avec une nouvelle hausse des intentions de vote en faveur du Trait&#233;. Tout semblait revenir dans les normes officiellement voulues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'annonce de sa d&#233;mission &#8212; et en pr&#233;vision de la campagne r&#233;f&#233;rendaire &#8212; les titres critiquant Bertie Ahern ont disparu de la presse, laissant place durant plus d'un mois &#224; une campagne d'&#233;loges. Le public irlandais se voyait rappeler sans cesse que depuis l'&#233;lection d'Ahern au poste de Premier ministre en juin 1997 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le leader de Fianna F&#225;il a jou&#233; un r&#244;le majeur dans le &#171; processus de paix &#187; qui a mis fin aux &#171; troubles &#187; en Irlande du Nord et permis l'installation d'un gouvernement de &#171; partage de pouvoirs &#187; entre les unionistes et les nationalistes, dirig&#233; par le bouillant pasteur d'extr&#234;me droite Ian Paisley (1). F&#234;t&#233; partout dans le monde, Ahern a &#233;t&#233; invit&#233; &#224; faire un discours devant une session commune du S&#233;nat et du Congr&#232;s des &#201;tats-Unis &#8212; un honneur que peu de dirigeants ont partag&#233; avec lui &#8212;, discours transmis par les m&#233;dias irlandais et suivi par des kilom&#232;tres d'articles &#233;logieux dans la presse irlandaise. Le pr&#233;sident Bush remerciait ainsi &#224; peu de frais les gouvernements irlandais dirig&#233;s par Fianna F&#225;il qui ont permis &#224; l'arm&#233;e am&#233;ricaine d'utiliser l'a&#233;roport Shannon pour le transport des troupes, des armes et des victimes de la torture dans les deux sens entre l'Irak, l'Afghanistan, Guantanamo et d'autres endroits sur le continent am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La p&#233;riode des gouvernements dirig&#233;s par Bertie Ahern a co&#239;ncid&#233; avec un boom &#233;conomique sans pr&#233;c&#233;dent dans la R&#233;publique des 26 comt&#233;s d'Irlande, appel&#233; les ann&#233;es du &#171; Tigre celtique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette campagne a permis au gouvernement irlandais de regagner de la popularit&#233;. Le nouveau chef du gouvernement, Brian Cowen, en a tir&#233; profit pour lui-m&#234;me. Et une pouss&#233;e provisoire en faveur du Trait&#233; de Lisbonne a vu le jour dans les sondages, annon&#231;ant pr&#233;matur&#233;ment le succ&#232;s du &#171; oui &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais progressivement la campagne pour le &#171; non &#187; prenait de l'ampleur, permettant aux citoyens de comprendre que le Trait&#233; de Lisbonne, comme le projet de la Constitution europ&#233;enne abandonn&#233; &#224; la suites des r&#233;f&#233;rendums en France et aux Pays-Bas, n'avait d'autre but que de graver dans le marbre la politique n&#233;olib&#233;rale et les caract&#232;re absolutiste des institutions europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inqui&#233;tude en ce qui concerne la ratification du Trait&#233; de Lisbonne r&#233;apparut le 25 mai. Le sondage r&#233;alis&#233; ce samedi par Red C annon&#231;ait un rapport de 5:3 contre le Trait&#233;. Mais le rapport des sondeurs restait intitul&#233; &#171; Le camp du &#8220;oui&#8221; lutte pour une claire sup&#233;riorit&#233; &#187; et affirmait que cette sup&#233;riorit&#233; serait certainement atteinte du fait de la mobilisation des h&#233;sitants, encore nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis un clair tournant de l'opinion contre le Trait&#233; de Lisbonne a balay&#233; les &#171; oui &#187;. Comment et pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;trospectivement, en lisant les rapports des militants du CAEUC sur notre liste e-mail ainsi que les informations publi&#233;es sur des cites web tel &lt;a href=&#034;http://www.sayno.ie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.sayno.ie&lt;/a&gt;, les signes qui indiquent une victoire du &#171; non &#187; sautent aux yeux. Il y appara&#238;t par exemple qu'&#224; l'issue des meetings organis&#233;s en faveur du &#171; oui &#187; la majeure partie des participants interrog&#233;s se prononce&#8230; en faveur du &#171; non &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le Parti travailliste avait appel&#233; &#224; un meeting le 14 avril au Liberty Hall de Dublin. A la tribune six orateurs, dont des parlementaires irlandais et un &#233;lu europ&#233;en, ont expliqu&#233; les raisons pour voter &#171; oui &#187;. Interrog&#233;s &#224; la sortie, 70 % des participants (environs 80 pr&#233;sents) se disaient favorables au rejet du Trait&#233; de Lisbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mai un meeting du CAEUC se d&#233;roulait en m&#234;me temps qu'un d&#233;bat public organis&#233; par le Comit&#233; parlementaire des affaires europ&#233;ennes dans la ville de Limerick. Ce dernier, b&#233;n&#233;ficiant naturellement de ressources beaucoup plus grandes, avait &#233;t&#233; bien mieux annonc&#233;. Pourtant la r&#233;union du CAEUC fut plus nombreuse (65 participants contre 30) et surtout, apr&#232;s avoir fini de pr&#233;senter tous les avantages du Trait&#233; de Lisbonne, les parlementaires pr&#233;sents se rendirent compte qu'aucune des 30 personnes pr&#233;sentes n'avait l'intention de voter en sa faveur. Ainsi, les 95 personnes qui &#224; Limerick se sont d&#233;plac&#233;es dans des r&#233;unions concernant le r&#233;f&#233;rendum &#233;taient des opposants au Trait&#233;, certains m&#234;me suffisamment convaincus pour aller &#224; un meeting en sa faveur. Les r&#233;sultats du vote r&#233;f&#233;rendaire donn&#232;rent finalement 21 191&#171; non &#187; (54,0 %) contre 18 085 &#171; oui &#187; avec un taux de participation de 51,4 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 juin le Groupe d'action communautaire et ouvri&#232;re (CWAG) a organis&#233; un d&#233;bat contradictoire dans la circonscription centre-sud de Dublin. Joan Collins (CWAG), un conseiller municipal socialiste ind&#233;pendant, et Brandan Young du CAEUC arguaient en faveur du &#171; non &#187;, alors que Charlie Ardagh (Fianna F&#225;il) et Ruair&#237; McGinley (Fine Gael) repr&#233;sentaient le camp du &#171; oui &#187;. A la fin du d&#233;bat il a &#233;t&#233; demand&#233; aux 70 personnes pr&#233;sentes de voter &#224; main lev&#233;e pour ou contre le Trait&#233; et&#8230; tous les pr&#233;sents ont lev&#233; le bras pour le &#171; non &#187;. Les r&#233;sultats du r&#233;f&#233;rendum dans cette circonscription furent de 25 264 &#171; non &#187; (61,0 %), contre 16 410 &#171; oui &#187;, la participation s'&#233;tablissant &#224; 51,6 % des inscrits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un Trait&#233; volontairement abscons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Constitution de l'UE a-t-elle &#233;t&#233; rejet&#233;e par les r&#233;f&#233;rendums fran&#231;ais et hollandais en 2005 ? La r&#233;ponse est : oui. Le processus en a-t-il &#233;t&#233; stopp&#233; pour autant ? La r&#233;ponse est : non. Le Trait&#233; de Lisbonne est l'enfant post-mortem de la Constitution europ&#233;enne. Il n'en diff&#232;re que dans quelques aspects et Berthie Ahern &#8212; le premier ministre irlandais de 1997 &#224; mai 2008 &#8212; l'a correctement interpr&#233;t&#233; en disant qu'il contient 90 % de la Constitution rejet&#233;e. Mais entre les deux il y a une diff&#233;rence fondamentale : seuls les citoyens de la r&#233;publique d'Irlande furent autoris&#233;s &#224; voter sa ratification, dans les 26 autres &#201;tats de l'Union seuls les parlementaires eurent le droit de se prononcer &#224; ce sujet. Barroso and Co. ne voulaient &#224; aucun prix prendre le risque d'un rejet r&#233;f&#233;rendaire de leur projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Trait&#233; de Lisbonne est difficile &#224; lire et encore plus difficile &#224; comprendre. Comme l'a tr&#232;s justement formul&#233; un des principaux partisans de ce Trait&#233;, le ministre belge des affaires &#233;trang&#232;res, Karel De Gucht, &#171; le but du Trait&#233; Constitutionnel &#233;tait d'&#234;tre lisible ; le but de ce trait&#233; est d'&#234;tre illisible (&#8230;) La Constitution &#233;tait trop claire, alors que ce trait&#233; devait &#234;tre peu clair. C'est un succ&#232;s. &#187; (2) Le principal auteur du Trait&#233; constitutionnel rejet&#233; par les Fran&#231;ais et les Hollandais ne disait pas autre chose : &#171; L'opinion publique sera donc amen&#233;e &#224; adopter, sans les conna&#238;tre, des propositions que nous n'osons pas lui pr&#233;senter directement (&#8230;) Toutes les propositions pr&#233;c&#233;dentes se trouvent dans le nouveau texte, mais elles y sont cach&#233;es et d'une certaine mani&#232;re, d&#233;guis&#233;es &#187; (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'ai montr&#233; de telles citations &#224; un &#233;lecteur, ce dernier m'a imm&#233;diatement demand&#233; si De Gucht &#233;tait en faveur du &#171; non &#187;&#8230; Cela semble en effet raisonnable pour qui n'est pas compl&#232;tement cynique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux citations &#8212; et quelques autres provenant des politiciens de haut rang &#8212; pouvaient &#234;tre lues dans une brochure de 32 pages que le CAEUC a distribu&#233; &#224; dix mille exemplaires au cours de la campagne. Ils se trouvaient aussi sur le web. Maintes fois les militants du &#171; non &#187; ont popularis&#233; ces citations tout en expliquant les principales dispositions cach&#233;es du Trait&#233;, en particulier celles qui concernent la privatisation des services publics. Car, autre sp&#233;cificit&#233;, les r&#233;dacteurs du Trait&#233; de Lisbonne ont eu recours &#224; la &#171; novlangue &#187; orwelienne, et les services publics y apparaissent sous le seul nom de &#171; services d'int&#233;r&#234;t &#233;conomique g&#233;n&#233;ral &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les d&#233;fenseurs du &#171; oui &#187; pr&#233;tendaient d&#233;fendre la traditionnelle politique de neutralit&#233; militaire irlandaise, les militants du CAEUC n'avaient aucun mal &#224; pr&#233;senter au public les dispositions du Trait&#233; qui exigent l'accroissement des d&#233;penses militaires, dispositions qui contrastent avec l'absence de quelques mesures que se soit en ce qui concerne l'accroissement des d&#233;penses publiques en faveur des services de sant&#233;&#8230; De cette mani&#232;re une perplexit&#233; croissante envahissait ceux qui menaient la campagne en faveur du Trait&#233; de Lisbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti Fianna F&#225;il dispose d'une forte base populaire et se dit fier de son enracinement. Son nouveau premier ministre, Brian Cowen, n'est pas fou. Il a donc d'embl&#233;e admis qu'il &#171; n'a pas lu les 440 pages de ce labyrinthe &#187;, ni &#171; son ensemble confus de protocoles et d'amendements aux amendements &#187;, et a parl&#233; &#171; d'un langage d&#233;lib&#233;r&#233;ment confus &#187;. De ce fait les militants du &#171; non &#187; pouvaient se permettre de sympathiser avec le dilemme du chef d'&#201;tat, sachant qu'en fin de comptes, en tentant de pr&#233;server sa l&#233;gitimit&#233; &#171; populaire &#187;, il leur facilite la t&#226;che. Et un sondage publi&#233; le 6 juin indiquait clairement que &#171; la raison la plus cit&#233;e parmi ceux qui s'appr&#234;tent &#224; voter &#8220;non&#8221; au r&#233;f&#233;rendum, avec 30 % de r&#233;ponses, est celle de ne pas savoir ce que ce Trait&#233; repr&#233;sente &#187; (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations en faveur du &#171; oui &#187;, tel Fianna F&#225;il, employaient des slogans impr&#233;cis, du genre &#171; Oui &#224; l'Europe &#187; ou &#171; C'est bon pour l'Irlande &#187; sans discuter le contenu du Trait&#233;. Ils le pr&#233;sentaient seulement comme une simplification administrative, r&#233;duisant le nombre de Commissaires, accordant des pouvoirs suppl&#233;mentaires au Parlement europ&#233;en, permettant &#224; la machine d'&#234;tre plus efficace avec ses 27 &#201;tats, mais ils &#233;taient incapables &#8212; et pour cause &#8212; de dire en quoi ces modifications r&#233;duisaient le caract&#232;re absolutiste et non d&#233;mocratique de cette &#171; machine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une campagne orient&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine avant que les &#233;lecteurs irlandais soient appel&#233;s aux urnes, pour la premi&#232;re fois les sondages d'opinion du 6 juin annon&#231;aient clairement une victoire possible du &#171; non &#187;. Selon ces sondages, 35 % de la population irlandaise avait l'intention de rejeter le Trait&#233;, 30 % s'appr&#234;taient &#224; le ratifier et 35 % autres &#233;taient ind&#233;cis. En &#233;cartant les ind&#233;cis &#8212; ou les abstentionnistes potentiels &#8212; on obtenait 54 % en faveur du &#171; non &#187; contre 46 % en faveur du &#171; oui &#187; &#8212; une pr&#233;diction qui s'est av&#233;r&#233;e &#234;tre mortellement pr&#233;cise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans du &#171; oui &#187; ont tout fait pour tenter d'inverser le r&#233;sultat pr&#233;vu au cours de la derni&#232;re semaine de la campagne, mais &#8212; comme cela appara&#238;t maintenant clairement &#8212; l'oie &#233;tait d&#233;j&#224; cuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat final est remarquable, car le ban et l'arri&#232;re-ban des &#233;lites dominantes se sont mobilis&#233;s en faveur du &#171; oui &#187;. Au sein du Parlement de Dublin (D&#225;il &#201;ireann) 160 d&#233;put&#233;s ont appel&#233; &#224; voter en faveur du &#171; oui &#187;, contre six seulement qui se sont prononc&#233;s pour le &#171; non &#187;. Un seul parti repr&#233;sent&#233; au Parlement &#8212; le Sinn F&#233;in &#8212; avait fait campagne pour le &#171; non &#187;. Les partis de la coalition gouvernementale (Fianna F&#225;il, le Parti Vert et la Coalition des d&#233;mocrates pour le progr&#232;s) ont &#233;t&#233; rejoints dans le camp du &#171; oui &#187; par les principaux partis de l'opposition : Fine Gael (droite) et le Labour Party (Parti travailliste, une organisation social-d&#233;mocrate qui &#224; l'instar du New Labour britannique a adopt&#233; le tournant n&#233;olib&#233;ral de Tony Blair).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sentant venir le danger, toutes ces organisations, qui nous ont habitu&#233; &#224; ne se pr&#233;occuper que de leurs propres int&#233;r&#234;ts et &#224; tirer partie de chaque affaiblissement des concurrents, ont rassembl&#233; leurs forces au cours de la derni&#232;re semaine pr&#233;c&#233;dant le scrutin. &#171; L'Alliance pour l'Europe &#187;, anim&#233;e par l'ancien dirigeant du Parti travailliste, le d&#233;put&#233; Ruair&#237; Quinn, disposait &#224; elle seule d'un budget de 50 000 euros pour cette campagne. Pour la premi&#232;re fois l'organisation patronale IBEC (Conf&#233;d&#233;ration irlandaise des employeurs et hommes d'affaires) s'est directement engag&#233;e dans la campagne r&#233;f&#233;rendaire en faveur du &#171; oui &#187;, avec ses propres affiches et son mat&#233;riel de publicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contraste, la principale campagne de gauche &#8212; la Campagne contre la Constitution europ&#233;enne (CAEUC), une coalition de quatorze organisations et de militants ind&#233;pendants (&lt;a href=&#034;http://www.sayno.ie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.sayno.ie&lt;/a&gt;) disposait seulement d'un budget inf&#233;rieur &#224; 10 000 euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de la campagne, apr&#232;s des mois d'h&#233;sitations, l'ex&#233;cutif de la principale centrale syndicale irlandaise ICTU a appel&#233; &#224; voter &#171; oui &#187;. Mais pour la premi&#232;re fois depuis des ann&#233;es, cette d&#233;cision a mis &#224; jour des divergences internes : la motion a &#233;t&#233; adopt&#233;e par 14 voix contre 5 et 8 abstentions. Seulement quelques mois plus t&#244;t le &#171; oui &#187; aurait pass&#233; sans faire des vagues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde grande centrale syndicales, UNITE, a appel&#233; &#224; voter &#171; non &#187;, de m&#234;me que le Syndicat des &#233;lectriciens. La Campagne contre la Constitution europ&#233;enne avait son si&#232;ge dans les locaux de UNITE. Deux autres grands syndicats, qui sont fortement pr&#233;sents dans le secteur priv&#233;, SIPTU et MANDATE, n'ont pas donn&#233; de consignes de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orientation n&#233;olib&#233;rale de l'Union europ&#233;enne au cours des derni&#232;res ann&#233;es &#224; fini par alerter les organisations syndicales. Les r&#233;centes d&#233;cisions de la Cour de justice europ&#233;enne &#8212; les cas Laval et Viking &#8212; qui permettent aux employeurs d'embaucher la force du travail au niveau du salaire minimum et d&#233;truisent ainsi les conventions collectives n&#233;goci&#233;es au niveau des &#201;tats, sont conformes aux dispositions du Trait&#233; de Lisbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des derniers jours de la campagne, Cowen et ses alli&#233;s ont accus&#233; le camp du &#171; non &#187; de ne pas vouloir discuter le contenu du Trait&#233; et de propager des fausses informations, tout en lan&#231;ant la menace que l'Irlande souffrirait si le &#171; non &#187; l'emportait. C'&#233;tait une changement fondamental d'une campagne qui, des mois durant, s'&#233;tait limit&#233;e aux &#233;loges du &#171; Tigre celtique irlandais &#187; et des &#171; succ&#232;s &#187; li&#233;s &#224; l'adh&#233;sion de l'Irlande &#224; l'UE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans du Trait&#233; dans les m&#233;dias &#8212; tout particuli&#232;rement ceux qui avaient un pass&#233; de gauche ou qui soutiennent actuellement le Parti travailliste &#8212; ont pour leur part mis en valeur les opposants au Trait&#233; li&#233;s &#224; l'extr&#234;me-droite, tout en tentant de marginaliser le &#171; non &#187; de gauche. Un exemple notoire fut l'histoire, invent&#233;e de toute pi&#232;ce par l'Irish Times, selon laquelle le fasciste fran&#231;ais Jean-Marie Le Pen comptait venir en Irlande pour faire campagne en faveur du &#171; non &#187;. Les journalistes de ce quotidien favorables au Trait&#233; de Lisbonne ne pourraient trouver quiconque pr&#234;t &#224; inviter Le Pen en Irlande et plusieurs animateurs centraux de la campagne du &#171; non &#187; ont indiqu&#233; qu'ils seraient dans la rue pour s'opposer &#224; une telle visite. Mais cela n'a pas suffi pour emp&#234;cher les m&#233;dias dominants d'illustrer le camp du &#171; non &#187; au lendemain du r&#233;f&#233;rendum par des images de la &#171; Youth Defence &#187;, une organisation marginale d'activistes anti-avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;s&#233;quilibre des informations pr&#233;sent dans toute la campagne a encore servi lors de l'enterrement du Trait&#233;. Dans les d&#233;bats t&#233;l&#233;vis&#233;s et tout au long des pages des principaux quotidiens ceux qui ont perdu le r&#233;f&#233;rendum occupaient le terrain, discutant entre eux sur ce qui a &#233;t&#233; &#171; rat&#233; &#187; et sur comment &#171; nous &#187; allons pouvoir continuer, s'interrogeant comment le peuple a-t-il pu se tromper ainsi et r&#233;fl&#233;chissant comment &#171; l'Europe &#187; devait &#171; pr&#233;parer sa revanche &#187;. Tous ces discours consid&#233;raient comme acquis qu'il faut trouver la voie pour que le r&#233;sultat irlandais rejoigne &#171; la d&#233;termination des 26 autres pays &#187; d'adopter le Trait&#233; de Lisbonne, en omettant simplement que le seul r&#233;sultat d'un vote populaire rendait ce Trait&#233; l&#233;galement et moralement mort, comme les r&#233;f&#233;rendums en France et aux Pays-Bas ont enterr&#233; le pr&#233;c&#233;dent Trait&#233; Constitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une coalition gouvernementale affaiblie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rejet majoritaire du Trait&#233; de Lisbonne constitue un retour &#224; la r&#233;alit&#233;. La lune de miel du nouveau premier ministre Brian Cowen (Fianna F&#225;il) est termin&#233;e. La coalition gouvernementale est pr&#233;caire (Fianna F&#225;il) et vuln&#233;rable (Parti Vert). L'ancien chef de Fianna F&#225;il, Ahern est de nouveau devant le Tribunal Mahon &#8212; une affaire comique et tordue comme peut l'&#234;tre une tromperie intelligente qui en suit d'autres mises &#224; jour par les enqu&#234;teurs l&#233;gaux d&#233;m&#234;lant les arrangements financiers intentionnellement complexes. Par exemple, une semaine avant le r&#233;f&#233;rendum, l'ex-Premier ministre, interrog&#233; en tant que t&#233;moin, fut incapable de r&#233;pondre au rapport des avocats-conseils du Tribunal concernant &#171; 86 versements sur les comptes bancaires de M. Ahern entre 1993 et 1995&#8230; pour lesquels il est impossible &#8220;&#224; 99,99 %&#8221; de d&#233;terminer la source &#187; (5). Un total d'au moins 62 000 &#224; 79 000 livres sterling vers&#233;es en esp&#232;ces seulement au cours de ces deux ann&#233;es. L'ancien Premier ministre a pour sa part expliqu&#233; sans rire qu'il ne disposait pas de compte en banque entre 1987 et 1993 et gardait ses &#233;conomies dans un coffre. Pris en tenailles entre l'&#233;chec r&#233;f&#233;rendaire et le proc&#232;s pour corruption de son principal dirigeant, le parti Fianna F&#225;il se trouve en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre partenaire de la coalition gouvernementale, le Parti Vert, est lui aussi vuln&#233;rable. Une conf&#233;rence extraordinaire des d&#233;l&#233;gu&#233;s du Parti Vert s'est prononc&#233;e en faveur du Trait&#233; de Lisbonne, mais le vote ayant &#233;t&#233; acquis par une majorit&#233; n'atteignant pas les deux tiers, le parti n'a pas pu faire publiquement campagne en faveur de l'un ou de l'autre camp. Les sommets ont &#233;t&#233; pris de panique. Le ministre &#201;amonn Ryan &#224; mis en garde contre le &#171; chaos &#187; en cas de rejet du Trait&#233;. Un des six d&#233;put&#233;s Verts, Ciar&#225;n Cuffe, s'est am&#232;rement plaint que le d&#233;bat &#233;tait envahi par des &#171; activistes anti-avortement et des trotskistes &#187; ! Ciar&#225;n Cuffe et ses coll&#232;gues connaissent pourtant parfaitement les militants du &#171; non de gauche &#187; qui ont men&#233; la campagne contre le Trait&#233; de Lisbonne, car avant d'int&#233;grer le gouvernement du Fianna F&#225;il en mai 2007, le Parti Vert &#233;tait une des composantes de la Campagne contre la Constitution europ&#233;enne (CAEUC.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours d'un d&#233;bat public sur les probl&#232;mes du d&#233;veloppement et le trait&#233; de Lisbonne le s&#233;nateur vert Deirdre de B&#250;rca, repr&#233;sentant la campagne pour le &#171; oui &#187;, ancien membre de la CAEUC, a d&#233;clar&#233; que si son parti n'&#233;tait pas au gouvernement il aurait men&#233; la campagne contre le Trait&#233; de Lisbonne ! Voulant s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une erreur, l'auteur de cet article a demand&#233; au s&#233;nateur de confirmer ce qu'il venait de dire et Deirdre l'a r&#233;p&#233;t&#233; &#8212; mes oreilles entendaient bien ce soir-l&#224; ! Cet &#233;change avait eu lieu le mercredi 7 mai (6). De B&#250;rca argumentait aussi en faveur du &#171; oui &#187; au nom de la n&#233;cessit&#233; de lutter contre le changement climatique, mais un militant en faveur du &#171; non &#187; lui a rappel&#233; que le Trait&#233; ne contient que six mots pouvant avoir un rapport avec ce sujet&#8230; Quelques semaines plus tard, le leader du Parti Vert et ministre dans le gouvernement actuel, John Gromley, a d&#233;clar&#233; que m&#234;me s'il &#233;tait dans l'opposition, il recommanderait de voter en faveur du Trait&#233; de Lisbonne, mais le mal &#233;tait fait. Le Parti Vert voudra sans doute rester au gouvernement apr&#232;s les prochaines &#233;lections l&#233;gislatives (qui sont programm&#233;es pour juin 2012 au plus tard), mais le parti de Gromley aura beaucoup de chances s'il arrive &#224; survivre &#224; cette &#233;ch&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons qu'une d&#233;put&#233;e europ&#233;enne &#233;lue sur la liste des Verts, Patricia McKenna, fut une des principales porte-parole du camp du &#171; non &#187;. Lors de la prochaine &#233;ch&#233;ance elle recherchera encore la nomination de ce parti, relan&#231;ant les d&#233;bats en son sein, avec d'autant plus de force que le &#171; non &#187; l'a emport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question si le parti de Gromley pourra encore rester en coalition avec Fianna F&#225;il sera alors ouverte et ce sera un coup de chance pour lui s'il parvient &#224; se maintenir au sein du gouvernement. Mais m&#234;me si tel est le cas, le destin des D&#233;mocrates progressistes (PD) menacera le Parti Vert. Le PD &#8212; un parti de la droite n&#233;olib&#233;rale, disposant d'importants moyens financiers &#8212; s'est retrouv&#233; &#224; l'issue des l&#233;gislatives de 2007 avec seulement deux d&#233;put&#233;s, un recul important car il disposait pr&#233;c&#233;demment de huit &#233;lus. Son dirigeant, Michael McDowell, n'a pas &#233;t&#233; r&#233;&#233;lu et a imm&#233;diatement abandonn&#233; sa carri&#232;re politique. Actuellement le seul ministre de ce parti, Mary Harney, est en charge de la privatisation de la sant&#233; et a provoqu&#233; des nombreuses manifestations de masse contre sa politique. Ce n'est plus qu'une question de temps pour que le PD soit absorb&#233; par Fianna F&#225;il, ou par Fine Gael, alors que des fragments pourraient d&#233;river vers le Parti travailliste ou le Parti Vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un espace pour une alternative de gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination accablante du camp pourtant d&#233;fait, tant dans le d&#233;bat national que dans les couloirs des institutions europ&#233;ennes (o&#249; les &#233;lites de l'UE ne tiennent nullement compte du choix populaire irlandais et font pression sur les &#233;lites irlandaises pour que ces derni&#232;res &#171; trouvent une solution &#187;) indique que seule la remobilisation des mouvements qui ont impos&#233; le &#171; non de gauche &#187; en France et aux Pays-Bas peut imposer le respect du choix d&#233;mocratique de la majorit&#233; en Irlande. Autrement dit, les &#171; non &#187; populaires fran&#231;ais, n&#233;erlandais et irlandais doivent &#234;tre internationalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion au sein du CAEUC comme dans les mouvements des autres pays devrait se concentrer maintenant sur les alternatives au Trait&#233; de Lisbonne et au projet de la Constitution europ&#233;enne, tous deux rejet&#233;s par les peuples. Pour notre part, nous avons bien l'intention de leur opposer &#171; l'Europe que nous repr&#233;sentons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela diff&#232;re de la ligne pr&#233;conis&#233;e par Sinn F&#233;in, qui est &#224; la recherche d'un &#171; meilleur accord &#187; qui pourrait &#234;tre n&#233;goci&#233;. Les politiciens astucieux tels que Brian Cowan seront en effet heureux d'offrir quelques concessions mineures &#8212; par exemple pr&#233;server un poste de Commissaire europ&#233;en pour l'Irlande ou de bricoler quelques veto &#8212; si cela permet de pr&#233;server la substance n&#233;olib&#233;rale et absolutiste d'un quelconque nouveau Trait&#233;. Ceux qui en doutent au sein du Sinn F&#233;in devraient se souvenir de la trajectoire du Parti vert : d&#232;s qu'il est entr&#233; dans le gouvernement aux c&#244;t&#233;s du Fianna F&#225;il ses anciennes politiques radicales se sont enfuies par la fen&#234;tre. L'opposition bienvenue du Sinn F&#233;in au Trait&#233; de Lisbonne, sur une orientation g&#233;n&#233;ralement progressiste, se heurte en effet &#224; toute perspective visant &#224; &#234;tre &#171; disponible pour le gouvernement &#187;, une politique qui fut au centre de sa campagne &#233;lectorale en mai 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite qui a appel&#233; &#224; voter &#171; non &#187; peut tenter de pr&#233;senter une alternative politique lors des &#233;lections europ&#233;ennes de juin 2009. Cela rend d'autant plus n&#233;cessaire une meilleure coordination du &#171; non de gauche &#187;. La victoire remport&#233;e par le &#171; non de gauche &#187;, dont l'unit&#233; durant la campagne fut r&#233;elle, m&#234;me si elle &#233;tait loin d'&#234;tre id&#233;ale, remet &#224; l'ordre du jour la question du regroupement de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principaux concern&#233;s par un tel regroupement sont : Le Parti socialiste (7), dont le repr&#233;sentant le plus connu, Joe Higgins, a r&#233;alis&#233; un &#233;norme travail durant la campagne r&#233;f&#233;rendaire, coop&#233;rant tr&#232;s efficacement avec le CAEUC, ce qui ne l'emp&#234;chait nullement de promouvoir son parti ; La Coalition le peuple avant le profit, dont la principale composante est le Parti socialiste des travailleurs (8) ; Le Groupe d'action communautaire et ouvri&#232;re (CWAG), dont le principal porte-parole est le conseiller municipal socialiste ind&#233;pendant Joan Collins ; Le syndicat UNITE (9) ; et divers autres militants. Au cours de la campagne r&#233;f&#233;rendaire les militants du CAEUC ont travaill&#233; avec les animateurs de la Campagne pour la d&#233;fense de la Sant&#233;, parvenant &#224; persuader ses principaux dirigeants de voter contre le Trait&#233; de Lisbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections locales auront lieu en m&#234;me temps que les &#233;lections europ&#233;ennes et tous les secteurs de la &#171; vraie gauche &#187; devront mener la campagne dans les deux &#233;lections, car il est impossible d'&#234;tre visible en se limitant &#224; l'une d'elle. De ce fait les syndicats et les organisations qui (au moins) s'opposent &#224; l'attaque n&#233;olib&#233;rale contre les services publics, sont en faveur de l'&#233;galit&#233; et donc veulent mettre fin &#224; l'interdiction constitutionnelle de l'avortement (qui date de 1983), refusent de mani&#232;re inconditionnelle toute coalition gouvernementale avec les partis bourgeois comme Fianna F&#225;il ou Fine Gael, et n'ont d'autre choix s'ils veulent se faire entendre que d'agir ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ian Paisley, pasteur et homme politique ultra-unioniste en Irlande du Nord, dirigeant du Parti unioniste d&#233;mocrate (DUP) a &#233;t&#233; connu pour son refus de toute n&#233;gociation avec les ind&#233;pendantistes irlandais et pour son comportement provocateur contre les catholiques irlandais. Apr&#232;s la victoire du DUP et du Sinn F&#233;in aux &#233;lections de l'Assembl&#233;e d'Irlande du nord en 2006, il accepte sous la pression britannique de rencontrer le chef du parti nationaliste, Gerry Adams et n&#233;gocie le 26 mars 2007 la formation d'un gouvernement d'union avec ses anciens ennemis mortels. Selon les termes de l'accord, le 8 mai 2007, il a &#233;t&#233; nomm&#233; Premier Ministre d'Irlande du Nord, son vice-premier ministre &#233;tant le Sinn F&#233;iner Martin McGuinness. Le 4 mars 2008 il a pr&#233;sent&#233; sa d&#233;mission de son poste de pr&#233;sident du DUP ainsi que de celui de Premier ministre d'Irlande du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Flanders Info, 23 juin 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Sunday Telegraph du 1 juillet 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Irish Times du 6 juin 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Irish Times du 6 juin 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Sur le site web du CAEUC on peut trouver le mat&#233;riel diffus&#233; &#224; cette occasion ainsi que le rapport de la r&#233;union &#233;crit par Liz Curry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Le Socialist Party (SP), la plus importante organisation de l'extr&#234;me gauche irlandaise, fait partie du Comit&#233; pour une Internationale ouvri&#232;re (CWI). Son dirigeant le plus connu, Joe Higgins, a &#233;t&#233; d&#233;put&#233; de 1997 &#224; 2007. Ce parti dispose de plusieurs &#233;lus municipaux en Irlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le Socialist Workers Party (SWP) d'Irlande est l'organisation s&#339;ur du SWP britannique et fait partie de la Tendance socialiste internationale (IST).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. UNITE &#8212; the Union (Unit&#233; &#8212; le syndicat) est un syndicat britannique et irlandais form&#233; le 1 mai 2007 par la fusion d'AMICUS (important syndicat industriel, regroupant &#224; la fois les &#171; cols blancs &#187; et les &#171; cols bleus &#187; dans la m&#233;tallurgie, l'&#233;lectricit&#233; etc.) et du Syndicat des travailleurs des transports et g&#233;n&#233;raux (TGWU, Transport and General Workers Union). En Grande-Bretagne il s'agit actuellement du plus important des syndicats et c'est le second en Irlande.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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