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		<title>ESPAGNE - Zapatero : la gauche en apparence</title>
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		<dc:date>2008-10-11T02:11:53Z</dc:date>
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		<dc:creator>Joan Guitart</dc:creator>



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&lt;p&gt;ESPAGNE - Zapatero : la gauche en apparence &lt;br class='autobr' /&gt;
Joan Guitart &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; d'inprecor N&#176; 539-540, 2008-06-08 &lt;br class='autobr' /&gt;
Joan Guitart est collaborateur de la revue espagnole Viento Sur (www.vientosur.info). &lt;br class='autobr' /&gt;
Les intertitres sont de la r&#233;daction d'Inprecor. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 25 mai le journal P&#249;blico a publi&#233; un dossier sur Berlusconi. Dans ce dossier un dessin humoristique montrait une conversation dans un caf&#233; entre un homme &#224; l'aspect &#171; progressiste &#187; et le pr&#233;sident Jos&#233; Luis Rodr&#237;guez Zapatero ; l'homme lisait un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ESPAGNE - Zapatero : la gauche en apparence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joan Guitart&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; d'inprecor N&#176; 539-540, 2008-06-08&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Joan Guitart est collaborateur de la revue espagnole Viento Sur (&lt;a href=&#034;http://www.vientosur.info&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.vientosur.info&lt;/a&gt;).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les intertitres sont de la r&#233;daction d'Inprecor.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 mai le journal P&#249;blico a publi&#233; un dossier sur Berlusconi. Dans ce dossier un dessin humoristique montrait une conversation dans un caf&#233; entre un homme &#224; l'aspect &#171; progressiste &#187; et le pr&#233;sident Jos&#233; Luis Rodr&#237;guez Zapatero ; l'homme lisait un journal qui titrait &#171; Il cavaliere &#187; et faisait le commentaire suivant : &#171; quelle horreur, si l'exemple de Berlusconi s'&#233;tendait en Europe ! &#187;. Zapatero lui r&#233;pondait : &#171; oui, comment pourrions-nous faire la m&#234;me chose de mani&#232;re &#224; ce que cela apparaisse de gauche ? &#187; Ce dessin est une parfaite illustration de la m&#233;thodologie politique du pr&#233;sident espagnol, confirm&#233;e par les critiques de plusieurs de ses ministres envers Berlusconi, tandis qu'on applique en Espagne une politique de r&#233;pression de plus en plus dure de la dite &#171; immigration clandestine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien reconna&#238;tre que Zapatero a utilis&#233; avec succ&#232;s cette &#171; apparence de gauche &#187;, en Espagne comme &#224; l'ext&#233;rieur du pays (1). L'objectif de cet article est de montrer les contradictions les plus &#233;videntes entre cette apparence et la politique r&#233;elle du gouvernement espagnol depuis la victoire &#233;lectorale du PSOE en mars 2004. J'ai pr&#233;f&#233;r&#233; utiliser une forme sch&#233;matique pour donner le plus d'informations concr&#232;tes dans l'espace disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zapatero a &#233;t&#233; &#233;lu secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PSOE en juillet 2000. Il obtient une victoire tr&#232;s serr&#233;e (41,6 % des voix face aux 40 % de son principal opposant de l'appareil socialiste, Jos&#233; Bono, qui allait devenir ministre de la D&#233;fense et qui est actuellement pr&#233;sident du parlement). Il &#233;tait jusqu'alors un d&#233;put&#233; sans grand rayonnement ce qui finalement lui a &#233;t&#233; favorable : sa victoire fut le r&#233;sultat d'une image de r&#233;novation et d'un usage tr&#232;s habile (et exempt de scrupules : parmi ses principaux alli&#233;s se trouvait un courant corrompu du PSOE de Madrid) des divisions internes dans l'appareil du PSOE, en crise ouverte depuis la victoire &#224; la majorit&#233; absolue du Parti populaire (PP) dirig&#233; par Jos&#233; Mar&#237;a Aznar aux &#233;lections g&#233;n&#233;rales qui avaient eu lieu quelques mois auparavant, le 12 mars 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'aux pr&#233;mices de la guerre en Irak, le PSOE mena une opposition assez faible au Parlement et avec peu de retentissement sur les mobilisations sociales qui surgirent contre la politique de plus en plus droiti&#232;re du gouvernement ; il faut savoir que ces mobilisations ne furent pas importantes, sauf &#224; certains moments tr&#232;s pr&#233;cis : en particulier lors de le gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de juin 2002, contr&#244;l&#233;e par les syndicats majoritaires, les Commissions Ouvri&#232;res (CCOO) et l'Union g&#233;n&#233;rale des travailleurs (UGT), et dans le cas des mobilisations contre la mar&#233;e noire apr&#232;s le naufrage du p&#233;trolier &#171; Prestige &#187; au large des c&#244;tes de Galice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, Zapatero prit l'initiative en juin 2002 de n&#233;gocier avec le PP une &#171; loi sur les Partis &#187; justifi&#233;e par des arguments comme &#171; la lutte des d&#233;mocrates contre le terrorisme &#187;, mais qui a &#233;t&#233; utilis&#233;e depuis lors contre toute manifestation de dissidence au Pays basque, qualifi&#233;e par d&#233;finition comme faisant partie de &#171; l'entourage de l'ETA &#187;. Des dizaines de militants sociaux, sans la moindre relation avec les actions terroristes de l'ETA, sont en prison gr&#226;ce &#224; cette loi, dont le PP a fait son &#233;tendard, bien utile y compris pour critiquer les suppos&#233;es faiblesses du gouvernement Zapatero dans la lutte contre l'ETA et ses &#171; concessions &#187; au nationalisme basque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la menace d'une deuxi&#232;me guerre du Golfe commen&#231;ait &#224; prendre forme, et &#224; g&#233;n&#233;rer en Espagne une &#233;norme opposition, expression d'une large contestation citoyenne, &#224; peine organis&#233;e et avec une faible influence de la gauche alternative : rien &#224; voir avec les grandes mobilisations contre l'OTAN de la premi&#232;re partie des ann&#233;es 1980. Le PSOE a bien compris la profondeur du refus de la guerre et des possibilit&#233;s de renforcer l'opposition au gouvernement du PP ; d'autre part ce caract&#232;re massif mais d&#233;structur&#233; du mouvement ne comportait pas de risques de d&#233;bordement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le 16 mars Aznar a int&#233;gr&#233; le &#171; trio des A&#231;ores &#187; aux c&#244;t&#233;s de Bush et de Blair, un mois apr&#232;s les immenses mobilisations du 15 f&#233;vrier contre la guerre, le rejet fut tr&#232;s important, mais il exprimait davantage une &#171; opinion publique &#187; qu'un mouvement social. Dans ces conditions, il fut facile pour le PSOE d'&#234;tre son &#171; expression politique &#187; et le retrait des troupes espagnoles d'Irak devint l'atout majeur de Zapatero pour les &#233;lections g&#233;n&#233;rales de mars 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on s'en souvient, ces &#233;lections eurent lieu dans le climat &#233;motionnel de l'horrible attentat du 11 mars &#224; Madrid et sous l'effet d'une r&#233;bellion politique citoyenne contre la manipulation &#233;hont&#233;e des faits par le gouvernement en fonction du PP. Une majorit&#233; &#233;lectorale du PSOE signifiait par-dessus tout la possibilit&#233; de chasser le PP du gouvernement ; c'est l&#224;-dessus que Zapatero a fond&#233; sa victoire &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;ologie vaporeuse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zapatero partait d'une position de faiblesse dans l'appareil du PSOE ; ses soutiens fondamentaux &#233;taient des dirigeants de &#171; second plan &#187; sans aucun poids dans les familles traditionnelles du parti. C'est pour cela qu'il va affirmer un leadership personnel tr&#232;s fort en cr&#233;ant une base sociale de soutien identifi&#233;e, au-del&#224; du parti, &#224; sa personne &#224; partir de laquelle il a tent&#233; et r&#233;ussi &#224; &#233;tablir son contr&#244;le sur l'appareil &#224; moyen terme. Il obtint cette base sociale en premier lieu par le retrait des troupes d'Irak et imm&#233;diatement apr&#232;s par diff&#233;rentes r&#233;formes &#171; de soci&#233;t&#233; &#187; (mariage homosexuel, &#233;galit&#233; de genre, loi sur la d&#233;pendance&#8230;) qui eurent un grand impact sur la population et un faible co&#251;t budg&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contr&#244;le de cette base sociale &#233;tait un objectif important de la politique de Zapatero, en revitalisant pour cela les structures du parti en ce qui concerne le f&#233;minisme, les organisations locales, les organisations de jeunes&#8230; et en recherchant des rapports de collaboration subordonn&#233;e avec l'&#233;cologie, les ONG&#8230;, &#224; travers des accords politiques sans grande port&#233;e et un usage habile des subventions publiques. L'institutionnalisation des grands syndicats CCOO et UGT rendait inutile une politique sp&#233;cifique envers ces derniers et encore plus inutile, si on tient compte des relations privil&#233;gi&#233;es entre le PSOE et la UGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zapatero s'est orn&#233; d'une vaporeuse id&#233;ologie inspir&#233;e par les id&#233;ologues les plus mod&#233;r&#233;s du &#171; r&#233;publicanisme &#187;, en particulier Philippe Pettit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fonction de cette id&#233;ologie &#233;tait purement ornementale, pour les d&#233;clarations et les discours ; Zapatero aime s'entourer de la flatterie de personnalit&#233;s de la sph&#232;re intellectuelle m&#233;diatique &#171; n&#233;odem &#187; (de l'entourage du Parti d&#233;mocrate des &#201;tats-Unis et en transit vers celui-ci depuis la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne : son programme &#233;lectoral pour 2008 a b&#233;n&#233;fici&#233; d'un &#171; comit&#233; des sages &#187; form&#233; par Pettit, George Lakoff, Joseph Stiglitz, Jeremy Rifkin entre autres dont le travail semble avoir &#233;t&#233; de se faire photographier avec le pr&#233;sident).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette id&#233;ologie, et toujours de fa&#231;on ornementale, mais en direction de la sc&#232;ne internationale, Zapatero a promulgu&#233; &#171; l'alliance des civilisations &#187; comme alternative au &#171; choc des civilisations &#187; de Huntington et des &#171; n&#233;ocon &#187; (n&#233;oconservateurs am&#233;ricains). La proposition trouve son explication dans ses premiers d&#233;fenseurs : le secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral des Nations Unies, le gouvernement turc d'Erdogan, l'ayatollah Khatami et Tony Blair. Cela n'a servi qu'&#224; organiser de co&#251;teuses r&#233;unions internationales qui n'ont pas obtenu l'&#233;cho m&#233;diatique attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin son programme de gouvernement s'appuie outre les &#171; r&#233;formes de soci&#233;t&#233; &#187; sur trois piliers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; la r&#233;forme des statuts d'autonomie, en tentant d'actualiser le pacte d'&#201;tat r&#233;alis&#233; pendant la Transition (le projet a &#233;t&#233; appel&#233; &#171; seconde Transition &#187;) et de cette fa&#231;on de donner un cadre d'alliance &#224; moyen terme entre le PSOE et les partis nationalistes basque et catalan essentiellement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; la solution du d&#233;nomm&#233; &#171; conflit basque &#187; par la n&#233;gociation avec l'ETA ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; la continuit&#233; d'une politique &#233;conomique d'une stricte orthodoxie n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Promesses et r&#233;alisations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;velopper une critique des principaux th&#232;mes de la politique de Zapatero d&#233;passerait les limites de cet article. Mais bien que de mani&#232;re synth&#233;tique, je r&#233;sumerai quelques faits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Zapatero ordonna le retrait des troupes espagnoles d'Irak imm&#233;diatement apr&#232;s avoir &#233;t&#233; nomm&#233; pr&#233;sident du gouvernement. Cette d&#233;cision lui a donn&#233; un capital de cr&#233;dibilit&#233; qui lui rapporte encore des dividendes. Mais ce fut la premi&#232;re et la derni&#232;re divergence significative de sa politique &#233;trang&#232;re par rapport &#224; celle des &#201;tats-Unis. En Afghanistan, au Moyen Orient, en Colombie ou au Mexique, la diplomatie espagnole agit avec une stricte &#171; discipline atlantique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le renforcement du compromis politique et militaire dans l'OTAN a &#233;t&#233; accompagn&#233; du soutien par de nombreux fonds publics &#224; l'industrie de l'armement, poursuivant ainsi la politique d&#233;velopp&#233;e par le gouvernement Aznar : actuellement les entreprises espagnoles d'armement doivent 26 000 millions d'euros &#224; l'&#201;tat (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Le 22 mars 2006, l'ETA annon&#231;ait une nouvelle tr&#234;ve (&#171; Cessez-le-feu permanent &#187;). Une repr&#233;sentation au plus haut niveau du gouvernement et de l'organisation militaire entam&#232;rent des n&#233;gociations qui avaient de plus grandes perspectives de r&#233;ussite que les pr&#233;c&#233;dentes, surtout parce qu'on consid&#233;rait que cette fois l'ETA, tr&#232;s affaiblie par la r&#233;pression en France et en Espagne, ne pouvait pas faire marche arri&#232;re. Comme on l'a &#233;crit plus tard (3), le gouvernement avait accept&#233; &#224; la table des n&#233;gociations des propositions de l'ETA d'une importante port&#233;e politique comme, par exemple, la ratification par les institutions de l'&#201;tat des d&#233;cisions qui seraient prises par les institutions autonomes du Pays Basque. Il s'agissait, bien entendu, d'une pure tactique de n&#233;gociation : sans aucun doute, le gouvernement, si cela s'&#233;tait produit, aurait fait une &#171; lecture &#187; de l'accord qui aurait &#233;limin&#233; le moindre aspect le rapprochant du droit &#224; l'autod&#233;termination du peuple basque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pratique, le gouvernement n'a fait aucun geste de d&#233;tente significatif durant le processus de n&#233;gociation, par exemple, en mati&#232;re de politique p&#233;nitentiaire envers les quelque 500 prisonniers de l'ETA. Finalement, un brutal attentat de l'ETA &#224; l'a&#233;roport de Madrid le 30 d&#233;cembre 2006 interrompit de fait la tr&#234;ve et les perspectives de n&#233;gociations pour une longue p&#233;riode. Le gouvernement a r&#233;cup&#233;r&#233; et renforc&#233; la politique antiterroriste traditionnelle, tr&#232;s semblable &#224; celle du gouvernement Aznar, l'ETA a repris l'activit&#233; arm&#233;e. Effectivement le &#171; conflit basque &#187; manque actuellement d'horizon politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Zapatero s'est engag&#233; publiquement &#224; soutenir toute proposition de r&#233;forme du statut d'autonomie de la Catalogne qui aurait &#233;t&#233; approuv&#233; par le parlement autonome catalan. Mais la proposition de r&#233;forme du statut, approuv&#233;e fin septembre 2005 par une tr&#232;s large majorit&#233; du Parlement catalan, fut consid&#233;r&#233; comme &#171; inconstitutionnelle &#187; et donna lieu &#224; un conflit politique et social qui traversa tout l'&#201;tat espagnol. &#171; L'anticatalanisme &#187; resurgit, une composante de base du nationalisme espagnol le plus r&#233;actionnaire, instrumentalis&#233; en bonne partie par le Parti Populaire mais aussi avec des appuis importants au sein du PSOE. Apr&#232;s des changements importants de ce projet de r&#233;forme, qui all&#232;rent jusqu'&#224; le transformer en une pure transformation technique sans importance politique, le texte fut approuv&#233; en Catalogne par un r&#233;f&#233;rendum auquel participa moins de la moiti&#233; de l'&#233;lectorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Depuis, la &#171; seconde Transition &#187; est partie &#224; la poubelle et Zapatero s'est acharn&#233; &#224; disputer au PP l'&#233;tendard du nationalisme espagnol, pr&#233;sentant le PSOE comme &#171; la force structurante de l'unit&#233; de l'Espagne &#187; et comme garant de l'orthodoxie constitutionnelle face aux revendications nationales catalanes et basques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Quelques unes des r&#233;formes &#171; de soci&#233;t&#233; &#187; r&#233;alis&#233;es par le gouvernement m&#233;ritent d'&#234;tre soutenues, par exemple la l&#233;galisation du mariage homosexuel ou les r&#233;formes l&#233;gales contre la &#171; violence de genre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mais d'autres ont eu plus de retentissement dans les m&#233;dias que dans la r&#233;alit&#233;. Par exemple le gouvernement a pr&#233;sent&#233; la loi d'aide aux personnes d&#233;pendantes comme une &#171; r&#233;volution sociale &#187; (4). En r&#233;alit&#233;, dans le meilleur des cas, la nouvelle l&#233;gislation attribuera des subventions &#224; quelque 40 % des personnes d&#233;pendantes, lesquelles auraient &#224; leur charge 33 % des co&#251;ts du service. D'autre part ces aides ne vont pas dans le sens d'une am&#233;lioration des services publics de sant&#233; qui sont soumis &#224; une tr&#232;s grave pression visant &#224; la privatisation, sp&#233;cialement dans les communaut&#233;s autonomes dirig&#233;es par le Parti populaire (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La politique &#233;conomique du gouvernement Zapatero est rest&#233;e dans le cadre de l'orthodoxie lib&#233;rale et n'a pas corrig&#233; de fa&#231;on significative le &#171; sous-d&#233;veloppement social &#187; de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La part des salaires dans le revenu national a atteint en 2006 un niveau historique de 46,4 % du PIB, c'est-&#224;-dire une chute de 3,2 points en dix ans ; l'exc&#233;dent d'exploitation a gagn&#233; deux dixi&#232;mes avec 45,1 % et les imp&#244;ts nets sur la production et les importations, essentiellement support&#233;s par les travailleurs, augmentent de 2,9 % et vont jusqu'&#224; 11,5 %. D'autre part la pression fiscale a atteint en 2007 41 % du PIB, soit quatre points en dessous de la moyenne europ&#233;enne ; l'Espagne occupe le 15e rang dans ce domaine, parmi les pays de l'Union europ&#233;enne. Malgr&#233; cela, Zapatero maintient une politique de r&#233;duction d'imp&#244;ts, avec un argument particuli&#232;rement idiot : &#171; baisser les imp&#244;ts, c'est de gauche &#187; ; son objectif imm&#233;diat est d'&#233;liminer l'imp&#244;t sur le patrimoine et tout ceci au moment o&#249; selon &#171; l'enqu&#234;te financi&#232;re des familles &#187; de la Banque d'Espagne, l'&#233;cart du revenu moyen entre les 20 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches de la population espagnole est pass&#233;, entre 2001 et 2005, de 1:12,03 &#224; 1:17,4 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les projets de r&#233;forme de la S&#233;curit&#233; sociale inspir&#233;s par les politiques de privatisation d&#233;velopp&#233;es par la Banque mondiale sont en cours. On a d&#233;j&#224; vot&#233; le fait que le Fonds de r&#233;serve de la S&#233;curit&#233; sociale qui a accumul&#233; un patrimoine de 40 334 millions d'euros, puisse investir en Bourse, non seulement sur la dette publique comme c'&#233;tait le cas jusqu'&#224; pr&#233;sent (&#224; taux fixe), mais aussi sur les produits &#224; taux variable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que les 35 plus grandes entreprises espagnoles aient obtenu des b&#233;n&#233;fices de 24 508 millions d'euros au premier trimestre 2007, soit 34 % de plus qu'au cours des six premiers mois de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Entre 1999 et 2006 les entreprises espagnoles ont augment&#233; leur b&#233;n&#233;fice net de 73 %, soit plus du double que la moyenne de l'Union europ&#233;enne (des 15, c'est-&#224;-dire sans les nouveaux membres) mais les co&#251;ts salariaux ont augment&#233; de seulement 3,7 %, soit cinq fois moins que la moyenne de l'Union europ&#233;enne (18,2 %). On comprend mieux pourquoi Zapatero a &#233;t&#233; le candidat pr&#233;f&#233;r&#233; des patrons espagnols aux derni&#232;res &#233;lections g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; En revenant au th&#232;me initial de cet article, c'est dans sa politique d'immigration que &#171; la gestion des apparences &#187; par Zapatero est la plus &#233;vidente. Par exemple, le gouvernement d&#233;veloppe une politique d'externalisation des fronti&#232;res avec les pays africains d'o&#249; sont originaires une tr&#232;s petite partie de l'&#171; immigration ill&#233;gale &#187;, &#224; peine 1 %. Il s'agit d'une immigration sans int&#233;r&#234;t &#233;conomique pour la florissante &#233;conomie souterraine espagnole et qui concentre les craintes x&#233;nophobes de la population. C'est pour cela qu'on l'utilise comme symbole de la fermet&#233; du gouvernement espagnol, envelopp&#233;e dans un langage politiquement correct selon les r&#232;gles des apparences. Ainsi, les patrouilles navales espagnoles destin&#233;es &#224; emp&#234;cher les pauvres &#171; cayucos &#187; (embarcations de fortune) qui viennent des c&#244;tes africaines, re&#231;oivent le nom officiel de &#171; Noble sentinelle &#187; et que les camisoles de force qu'on impose aux immigrants qui r&#233;sistent s'appellent &#171; v&#234;tements immobilisateurs homologu&#233;s de r&#233;tention &#187; (6). Les subventions aux gouvernements africains pour acheter leurs services de gardes-fronti&#232;res s'appellent &#171; coop&#233;ration au d&#233;veloppement &#187;. A ce propos le gouvernement Zapatero se vante d'avoir augment&#233; de fa&#231;on substantielle la quantit&#233; et la qualit&#233; des aides officielles au d&#233;veloppement. Il est vrai qu'il y a une am&#233;lioration consid&#233;rable par rapport &#224; la gestion du Parti populaire. Mais l'augmentation quantitative, jusqu'&#224; 4 200 millions d'euros en 2007, doit &#234;tre mise en rapport avec les subventions &#224; l'&#201;glise catholique (5 060 millions d'euros) et l'argent que les immigr&#233;s envoient &#224; leurs pays (plus de 8 000 millions d'euros), les am&#233;liorations qualitatives se limitent quant &#224; elles &#224; certains aspects (apports aux institutions internationales non financi&#232;res du syst&#232;me des Nations Unies, subventions &#224; certaines ONG&#8230;) tandis que sont renforc&#233;s les processus d'int&#233;gration des entreprises priv&#233;es dans la gestion de fonds de coop&#233;ration gr&#226;ce aux &#171; alliances public-priv&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Forces et faiblesses de Zapatero&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, trois facteurs ont contribu&#233; de fa&#231;on d&#233;cisive &#224; soutenir l'action du gouvernement Zapatero depuis 2004 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Une p&#233;riode prolong&#233;e de forte croissance &#233;conomique, de l'ordre de 3,5 % par an, fond&#233;e sur une croissance d&#233;mesur&#233;e du secteur immobilier et l'endettement massif en cr&#233;dits hypoth&#233;caires ; plus de 70 % des familles espagnoles consacrant plus de 40 % de leurs revenus au paiement des cr&#233;dits hypoth&#233;caires de leur logement. Mais la crise &#233;conomique affecte d&#233;j&#224; gravement cette croissance. Les effets en seront consid&#233;rables et tr&#232;s dangereux si on ne trouve pas une r&#233;ponse sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'agressivit&#233; de l'opposition du PP, soutenue par la hi&#233;rarchie de l'&#201;glise catholique et de puissants groupes de presse, fr&#233;quemment exprim&#233;e par des mobilisations sociales massives dans lesquelles la pr&#233;sence de l'extr&#234;me droite et d'un franquisme social ressuscit&#233; a &#233;t&#233; &#233;vidente. La peur face aux menaces du PP, en particulier d'un retour possible de ce dernier au gouvernement, a &#233;t&#233; un atout important entre les mains de Zapatero. Mais apr&#232;s son &#233;chec &#233;lectoral, le PP est entr&#233; dans un crise tr&#232;s profonde ; dans ces conditions, son caract&#232;re mena&#231;ant se trouve affaibli et par l&#224; m&#234;me l'usage que pourrait en faire le PSOE .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; L'absence concr&#232;te d'opposition parlementaire de gauche, &#233;tant donn&#233; qu'Izquierda unida (7) a tout juste &#233;t&#233; un lobby, politiquement subordonn&#233; au PSOE, constitu&#233; de politiciens professionnels sans influence politique ni cr&#233;dibilit&#233; sociale, &#224; la merci de l'establishment socialiste. Mais apr&#232;s des &#233;lections IU se trouve dans une crise terminale. Peut-&#234;tre pourrait-elle maintenir une faible pr&#233;sence institutionnelle dans certains Parlements et municipalit&#233;s, mais elle n'obtiendra plus &#8212; ni aucun de ses courants &#8212; une influence sociale significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions un quatri&#232;me facteur peut jouer un r&#244;le beaucoup plus important que dans l'&#233;tape pr&#233;c&#233;dente. Il faut reconna&#238;tre que le gouvernement Zapatero a pu b&#233;n&#233;ficier de la faiblesse des mouvements sociaux, des organisations sociales et de la gauche alternative, qui n'avait plus d'existence autonome significative depuis l'&#233;chec de l'unification entre le MC et la LCR (8), il y a plus de quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acceptant le fait que le point de d&#233;part des mouvements sociaux et de la gauche alternative est tr&#232;s modeste, est-il possible qu'une revitalisation conjointe, car elle ne peut &#234;tre que conjointe des uns avec des autres, ait une influence importante &#224; court terme sur l'an&#233;mique situation politique espagnole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que l'on peut raisonnablement esp&#233;rer que dans un avenir pas trop lointain des efforts et des exp&#233;riences qui sont d&#233;j&#224; men&#233;s &#8212; entre autres organisations et courants par l'Espacio alternativo &#8212; r&#233;alisent cette possibilit&#233;. &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madrid, 25 mai 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Ignacio Ramonet le d&#233;finit comme &#171; une ic&#244;ne de la gauche internationale &#187;, Le Monde Diplomatique, mars 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Diagonal n&#176; 78 du 15 avril 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Petxo Idoyaga. &#171; El conflicto vasco sin horizonte pol&#237;tico &#187; (Le conflit basque sans horizon politique), Viento Sur n&#176; 97 de mai 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. El Pa&#237;s du 5 mars 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Ana Hernando, &#171; Una cr&#237;tica feminista a la Ley de Dependencia &#187;, Viento Sur n&#186; 88 de septembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. El Pa&#237;s du 16 ao&#251;t 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Izquierda unida (IU, Gauche unie) fut fond&#233; en 1986 en tant qu'alliance &#233;lectorale du PC espagnol &#8212; en fort d&#233;clin apr&#232;s avoir soutenu la &#171; transition d&#233;mocratique &#187; et frein&#233; les luttes au nom du &#171; compromis historique &#187;, n'obtenant plus que 4 d&#233;put&#233;s en 1982 &#8212; et de divers petits partis de gauche. En 1989 cette alliance s'est transform&#233;e en un mouvement politique et social. Maintenant une politique d'ind&#233;pendance envers le PSOE au cours des ann&#233;es 1990, IU se d&#233;veloppe et gagne des &#233;lecteurs, atteignant 10,54 % des suffrages et 21 d&#233;put&#233;s en 1996. Mais des scissions successives vers la droite, puis le changement de cap vers une alliance avec le PSOE en 1999 sonnent le glas de cette tentative. En 2000 l'IU obtint seulement 5,45 % des voix (8 d&#233;put&#233;s) et en 2008 seulement 3,8 % des suffrages et 2 d&#233;put&#233;s. Dirig&#233;e actuellement par Gaspar Llamazares, l'IU appara&#238;t comme politiquement subordonn&#233;e au gouvernement de Zapatero et au PSOE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le Mouvement communiste (MC), d'origine mao&#239;ste, et la Ligue communiste r&#233;volutionnaire (LCR, section de la IVe Internationale), qui ont collabor&#233; ensemble en particulier en initiant et animant la campagne contre l'OTAN et contre les bases militaires &#233;tats-uniennes en Espagne, mais aussi dans les luttes f&#233;ministes et pour la reconnaissance des droits &#233;gaux des homosexuel(le)s, au cours des ann&#233;es 1980, se sont unifi&#233;s en 1991, fondant la Gauche alternative. Mais rapidement des divergences sont apparues entre les deux courants historiques, concernant tant l'orientation politique que la forme m&#234;me du parti commun et, un an plus tard, la s&#233;paration a eu lieu, alors qu'un tiers des militant(e)s de la gauche alternative abandonnaient l'activit&#233; partisane. Le courant d'origine mao&#239;ste se transforma en une ONG, qui poursuit quelques activit&#233;s environnementalistes et de solidarit&#233; avec les immigr&#233;s, mais s'est concentr&#233; surtout sur une activit&#233; philosophico-id&#233;ologique. Le courant de la IVe Internationale a pour sa part int&#233;gr&#233; l'Izquierda unida, y animant le p&#244;le anticapitaliste Espacio alternativo et poursuivant la publication de la revue politique Viento Sur. Lors de sa quatri&#232;me Rencontre conf&#233;d&#233;rale (2006) l'Espacio alternativo s'est d&#233;fini comme une organisation qui s'efforce &#171; &#224; combiner le d&#233;veloppement et la construction de notre organisation propre avec l'intervention en tant que courant dans les mouvements sociaux et dans les luttes et la configuration d'un p&#244;le anticapitaliste dans IU (par le biais et des membres d'Espacio alternativo impliqu&#233;s dans cette derni&#232;re et d'un bloc de gauches diff&#233;renci&#233; de ses directions actuelles) et hors de l'IU &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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