<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.lagauche.ca/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>La Gauche</title>
	<link>https://www.lagauche.ca/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.lagauche.ca/spip.php?id_auteur=127&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>La Gauche</title>
		<url>https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L144xH75/siteon0-d17a8.jpg?1629928024</url>
		<link>https://www.lagauche.ca/</link>
		<height>75</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>1983 : Grenade et la restauration de l'ordre capitaliste mondial, un pr&#233;lude aux catastrophiques ann&#233;es 1980 </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/1983-Grenade-et-la-restauration-de-l-ordre-capitaliste-mondial-un-prelude-aux</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/1983-Grenade-et-la-restauration-de-l-ordre-capitaliste-mondial-un-prelude-aux</guid>
		<dc:date>2010-09-08T02:40:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Richard Poulin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article15019 13 septembre 2009 _______________________________ Il y a 30 ans, le 13 mars 1979, la premi&#232;re r&#233;volution de Noir-es anglophones r&#233;ussissait &#224; renverser le r&#233;gime n&#233;ocolonial de Sir Eric Gairy et &#233;tablissait un gouvernement r&#233;volutionnaire dans l'&#238;le de Grenade. Cette r&#233;volution conna&#238;tra une double d&#233;faite : &#224; l'int&#233;rieur avec le coup d'&#201;tat op&#233;r&#233; par une faction stalinienne [1] dirig&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article15019&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article15019&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
13 septembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il y a 30 ans, le 13 mars 1979, la premi&#232;re r&#233;volution de Noir-es anglophones r&#233;ussissait &#224; renverser le r&#233;gime n&#233;ocolonial de Sir Eric Gairy et &#233;tablissait un gouvernement r&#233;volutionnaire dans l'&#238;le de Grenade. Cette r&#233;volution conna&#238;tra une double d&#233;faite : &#224; l'int&#233;rieur avec le coup d'&#201;tat op&#233;r&#233; par une faction stalinienne [1] dirig&#233;e par Bernard Coard ; &#224; l'ext&#233;rieur avec l'invasion des marines am&#233;ricaines, le 25 octobre 1983.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'importance des &#233;v&#233;nements &#224; Grenade&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette &#238;le n'est pas plus grande que celle de Martha's Vineyard et sa population, en 1983, aurait pu remplir le Stade du Centenaire &#224; Montevideo, en Uruguay. Ce stade peut accueillir 108 000 spectateurs. L'importance des &#233;v&#233;nements ne tient donc pas au poids d&#233;mographique ou encore &#224; l'importance &#233;conomique de l'&#206;le des &#233;pices. Elle tient &#224; d'autres facteurs. Tout d'abord, ce fut le plus grand d&#233;ploiement militaire &#233;tatsunien apr&#232;s la d&#233;faite du Vietnam et sa premi&#232;re op&#233;ration &#224; &#171; visage d&#233;couvert &#187;. Cela pavera la voie &#224; d'autres interventions du m&#234;me ordre, notamment au Panama. L'arm&#233;e de la superpuissance &#233;tatsunienne avait finalement r&#233;ussi &#224; surmonter le syndrome de la d&#233;faite vietnamienne et recompos&#233; sa capacit&#233; d'intervention dans le monde. Ensuite, le renversement du gouvernement r&#233;volutionnaire par une faction stalinienne (ou prosovi&#233;tique dans certaines circonstances) s'est r&#233;p&#233;t&#233; dans d'autres endroits, de l'Afghanistan &#224; l'&#201;thiopie, en passant par le Burkina Faso. Cette r&#233;currence n'est sans doute pas al&#233;atoire. Elle exige r&#233;flexion et analyse, m&#234;me si l'URSS n'est plus un facteur dans les processus r&#233;volutionnaires d'aujourd'hui, car les ph&#233;nom&#232;nes de contre-r&#233;volutions politiques ou thermidoriens, qui m&#232;nent &#224; des dictatures bonapartistes [2], sont vraisemblablement r&#233;cursifs et, malgr&#233; des modalit&#233;s et des formes qui varient, affectent tout processus r&#233;volutionnaire. En &#234;tre conscient permet de penser &#224; des mesures pour contrer ce type de contre-r&#233;volution. Enfin, cette d&#233;faite de la r&#233;volution est annonciatrice d'autres d&#233;faites, notamment en Am&#233;rique centrale et en Afrique, et du retour &#224; l'ordre bourgeois &#224; l'&#233;chelle mondiale, ainsi que d'une profonde d&#233;sorientation dans les Antilles, plus particuli&#232;rement dans les &#238;les anglophones.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Essor r&#233;volutionnaire et offensive contre-r&#233;volutionnaire victorieuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite &#233;tatsunienne au Vietnam en 1975 et l'incapacit&#233; de Washington d'intervenir militairement, gr&#226;ce &#224; la d&#233;composition de son arm&#233;e, a permis &#224; plusieurs luttes de lib&#233;ration nationale de conna&#238;tre un succ&#232;s rapide, du Mozambique &#224; la Guin&#233;e-Bissau en passant par l'Angola. Des r&#233;volutions ont &#233;clat&#233; un peu partout, du Nicaragua &#224; l'Iran. M&#234;me le c&#339;ur de l'imp&#233;rialisme mondial a &#233;t&#233; &#233;branl&#233;, du moins &#224; ses pourtours : les dictatures en Gr&#232;ce et au Portugal ont &#233;t&#233; renvers&#233;es et celle de l'Espagne est disparue avec la mort du Caudillo Franco. Un peu partout, les mouvements sociaux ont fait des gains non n&#233;gligeables et les syndicats, m&#234;mes ceux dont l'origine &#233;tait de type corporatif ou catholique, se montraient combatifs. Plusieurs d'entre eux se r&#233;clamaient du socialisme et &#233;taient tent&#233;s par l'action politique ouvri&#232;re ind&#233;pendante des partis bourgeois. Bref, l'&#233;poque &#233;tait plut&#244;t favorable aux domin&#233;-es. Et le monde aurait pu changer de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des premiers actes de la contre-r&#233;volution en marche, l'invasion militaire de Grenade, sera un &#233;l&#233;ment significatif de la restauration de l'ordre capitaliste mondial, un des lin&#233;aments de la catastrophique d&#233;cennie 1980, caract&#233;ris&#233;e par l'offensive r&#233;actionnaire victorieuse, laquelle imposera ce qui est d&#233;sormais connu comme la mondialisation n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays capitalistes du Centre, les attaques contre les acquis du mouvement ouvrier ont &#233;t&#233; ponctu&#233;es par les d&#233;faites brutales des contr&#244;leurs a&#233;riens aux &#201;tats-Unis en 1981 et des mineurs en Grande-Bretagne en 1984. Les gouvernements Thatcher et Reagan ont pu d&#232;s lors imposer leurs politiques mon&#233;taristes antisociales &#8212; premi&#232;re mouture des politiques n&#233;olib&#233;rales &#8212;, proc&#233;der &#224; la privatisation des services publics, affaiblir les droits sociaux et relancer les profits des entreprises. Dans les autres pays capitalistes dominants, il n'y a pas eu un &#233;crasement du mouvement ouvrier, mais les r&#233;gressions ont &#233;t&#233; importantes : le niveau de vie des salari&#233;-es stagnait ou baissait et le salaire indirect (ou salaire social) &#233;tait en recul. Le mouvement ouvrier &#233;tait d&#233;sormais sur la d&#233;fensive. Dans les pays de la P&#233;riph&#233;rie capitaliste, on a assist&#233; &#224; l'enlisement puis &#224; la d&#233;faite des processus r&#233;volutionnaires, de l'Iran au Nicaragua, de l'&#201;thiopie au Burkina Faso, du Salvador &#224; l'Afghanistan. Dans les pays du &#171; socialisme (ir)r&#233;ellement existant &#187;, l'&#233;chec de la r&#233;volution en Pologne en 1981 et la reconstitution de l'ordre bureaucratique (coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Jarulevski) assureront la pr&#233;dominance des courants favorables &#224; la restauration du capitalisme qui, en 1989, capteront &#224; leur profit les fruits des mobilisations de masse en faveur de la d&#233;mocratie politique. En 1979, &#224; la suite de l'invasion par les troupes vietnamiennes du Cambodge des Khmers rouges, ce qui a arr&#234;t&#233; le g&#233;nocide, une guerre a oppos&#233; la R&#233;publique populaire de Chine au Vietnam r&#233;cemment lib&#233;r&#233;. Au plan intellectuel, les adieux au prol&#233;tariat se sont multipli&#233;s, de nombreux chantres de la &#171; Grande R&#233;volution culturelle prol&#233;tarienne &#187; mao&#239;ste ont retourn&#233; leur veste et condamn&#233; toute r&#233;volution devenue pour eux synonyme de dictature totalitaire. Le &#171; socialisme &#187; &#233;tait d&#233;sormais largement d&#233;consid&#233;r&#233;, ce qui au niveau id&#233;ologique a laiss&#233; le champ libre aux forces r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse de la r&#233;volution et de la contre-r&#233;volution &#224; Grenade peut nous aider non seulement &#224; comprendre les dynamiques internes au processus tumultueux de la prise du pouvoir par les domin&#233;-es et de la construction d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, mais &#233;galement les moyens mis en &#339;uvre par les dominants pour restaurer l'ordre bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'invasion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de cinq ans apr&#232;s une r&#233;volution qui, sans effusion de sang, avait r&#233;ussi &#224; vaincre le pouvoir bourgeois n&#233;ocolonial de Sir Eric Gairy, chef du Grenada United Labour Party, et permit d'importantes am&#233;liorations des conditions de travail et de vie, l'imp&#233;rialisme le plus puissant de la plan&#232;te imposait par les armes sa contre-r&#233;volution. Il a fallu 7 000 hommes de troupes pour venir &#224; bout de l'aspiration &#224; l'ind&#233;pendance, &#224; la d&#233;mocratie et au socialisme des Grenadien-nes, ce qui repr&#233;sente un GI pour 14 habitants. C'est l'&#233;quivalent du d&#233;barquement de 830 000 marines &#224; Cuba. Les troupes &#233;tatsuniennes avaient comme auxiliaires 300 soldats et policiers de la Barbade et d'autres &#238;les de la Cara&#239;be, lesquels ont &#233;t&#233; maintenus &#224; l'arri&#232;re des combats. Toutefois, cela a conf&#233;r&#233; &#224; l'op&#233;ration Urgent Fury une &#171; couverture multinationale &#187; visant &#224; l&#233;gitimer l'agression contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 octobre 1983, &#224; cinq heures du matin, commen&#231;ait l'invasion de Grenade. Les combats ont dur&#233; quelques jours. Le camp grenadien comptait 1 500 soldats ainsi que 700 Cubains, en majorit&#233; des ouvriers du b&#226;timent, et 60 conseillers militaires originaires de l'URSS, de la Cor&#233;e du Nord, de l'Allemagne de l'Est, de la Bulgarie et de la Libye. La r&#233;sistance &#224; l'envahisseur a &#233;t&#233; suffisamment importante pour que l'arm&#233;e &#233;tatsunienne ait &#233;t&#233; oblig&#233;e d'envoyer sur place deux bataillons suppl&#233;mentaires. Il y a eu 19 morts et 116 bless&#233;s au sein des troupes am&#233;ricaines ; 45 militaires grenadiens ont &#233;t&#233; tu&#233;s et 358 bless&#233;s ; 24 Cubains ont trouv&#233; la mort, 59 furent bless&#233;s et 638 faits prisonniers [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;par&#233;e longtemps &#224; l'avance [4], l'invasion a profit&#233; de l'opportunit&#233; cr&#233;&#233;e par l'affaiblissement de la r&#233;volution &#224; Grenade &#224; la suite du renversement par un coup d'&#201;tat du Gouvernement r&#233;volutionnaire populaire (GRP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 octobre Maurice Bishop a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et d&#233;mit de ses fonctions de Premier ministre sous l'accusation de comploter pour assassiner Bernard Coard. Le 19 octobre, le peuple de Grenade s'est soulev&#233; pour r&#233;tablir au pouvoir le GRP. Les lieux de travail ont &#233;t&#233; ferm&#233;s, les rues de la capitale, St. George, ont &#233;t&#233; envahies par les manifestant-es et Maurice Bishop, qui avait &#233;t&#233; plac&#233; en r&#233;sidence surveill&#233;e, a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;. On a estim&#233; que de 15 000 &#224; 30 000 personnes ont manifest&#233;, soit l'&#233;quivalent de 1,4 &#224; 2,8 millions de personnes au Qu&#233;bec. Les troupes arm&#233;es fid&#232;les &#224; Coard ont tourn&#233; leurs armes contre la manifestation de masse, blessant et tuant de nombreuses personnes. Le nouveau pouvoir, le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire (CMR), a ex&#233;cut&#233;, le 19 octobre, plusieurs dirigeant-es du New Jewel Movement (NJM), du GRP et des syndicats, notamment Maurice Bishop, Unison Whiteman, Fitzroy Bain, Jacqueline Creft, Vincent Noel et Norris Bain. Comme dans l'URSS stalinienne au tournant des ann&#233;es 1920 et 1930, la contre-r&#233;volution politique d&#233;vorait ses enfants : le nouveau pouvoir assassinait ceux qui avaient dirig&#233; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'h&#233;ritage colonial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#238;le de Grenade a &#233;t&#233; une colonie fran&#231;aise puis britannique pendant plus de 300 ans. Elle a obtenu de la Grande-Bretagne son ind&#233;pendance en 1974. L'h&#233;ritage colonial et n&#233;ocolonial auquel a fait face la r&#233;volution grenadienne &#233;tait lourd : 40 % de la population &#233;tait analphab&#232;te (70 % des femmes), 50 % &#233;tait au ch&#244;mage, 60 % habitait des maisons sans eau courante. Le revenu moyen s'&#233;tablissait &#224; 325 dollars canadiens par ann&#233;e, soit un dollar par jour. Quelque 80 % des exportations (cacao, noix de muscade et banane) &#233;taient orient&#233;es vers l'Europe, 75 % des importations alimentaires en provenaient. L'infrastructure industrielle &#233;tait d&#233;risoire : sur 120 entreprises recens&#233;s en 1977, la moiti&#233; embauchait moins de cinq personnes. En 1978, le secteur manufacturier n'employait que 6 % de la force de travail et contribuait dans une proportion encore plus faible au PNB. La principale industrie de l'&#238;le &#233;tait la brasserie qui faisait travailler 76 personnes sur une base permanente. Toutefois, c'&#233;tait dans les docks que l'on retrouvait la plus importante concentration de salari&#233;-es de l'&#238;le [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population rurale constituait la tr&#232;s grande majorit&#233; de la population. Le recensement de 1961 indiquait que plus de la moiti&#233; des terres et des plantations sup&#233;rieures &#224; 500 acres &#233;tait non cultiv&#233;e et que 89 % des paysan-nes ne poss&#233;dait que 24 % des terres alors que 1 % des propri&#233;taires fonciers d&#233;tenait 56 % des terres [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, l'&#233;migration &#233;tait tr&#232;s &#233;lev&#233;e. Environ 1 000 personnes quittait l'&#238;le chaque ann&#233;e, soit 1 % de la population. Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, on retrouvait quatre fois plus de Grenadien-nes en Grande-Bretagne, aux &#201;tats-Unis et &#224; Trinidad qu'&#224; Grenade m&#234;me. &#192; cause de cette &#233;migration massive, la pyramide d'&#226;ge &#233;tait d&#233;s&#233;quilibr&#233;e : en 1980, on estimait que 47 % de la population avait moins de 15 ans. C'&#233;tait donc une situation o&#249; une tr&#232;s forte proportion de la population &#233;tait d&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie touristique &#233;tait d&#233;ficiente, puisqu'il n'y avait aucun a&#233;roport international, ce &#224; quoi le gouvernement r&#233;volutionnaire a voulu pallier. Cela &#233;t&#233; l'un des pr&#233;textes invoqu&#233;s par les autorit&#233;s &#233;tatsuniennes pour envahir Grenade. Une publication du minist&#232;re de l'Agriculture des &#201;tats-Unis soulignait, en 1971, qu'&#233;tant donn&#233; la qualit&#233; et la quantit&#233; incertaines des produits locaux, les h&#244;teliers importaient leurs produits, surtout des &#201;tats-Unis, pour desservir leur client&#232;le [7].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'&#201;tat n&#233;ocolonial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance politique de 1974 n'a pas chang&#233; les probl&#232;mes auxquels faisait face la population. Grenade restait pour la Grande-Bretagne une source de produits agricoles trait&#233;s et empaquet&#233;s par des compagnies britanniques. Le gouvernement Gairy, d&#233;j&#224; en place sous l'administration coloniale directe, est rest&#233; au pouvoir apr&#232;s l'ind&#233;pendance. Dans les ann&#233;es 1950, Gairy avait obtenu un appui populaire en tant que dirigeant de la lutte pour l'ind&#233;pendance et organisateur de la syndicalisation des travailleurs agricoles. Profitant du pouvoir, il s'est construit un petit empire dans les biens mobiliers, le tourisme et le commerce. Son gouvernement nationaliste bourgeois a permis &#224; quelques Grenadiens et surtout &#224; lui-m&#234;me de s'enrichir rapidement. L'&#201;tat n&#233;ocolonial a &#233;t&#233; utilis&#233; essentiellement pour cr&#233;er une nouvelle bourgeoisie nationale. Comme au Nicaragua de Somoza, l'&#201;tat n'&#233;tait pas un instrument du capitalisme collectif [8], mais servait surtout &#224; intervenir en faveur d'une coterie limit&#233;e de nouveaux bourgeois li&#233;s de tr&#232;s pr&#232;s au despote et largement inf&#233;od&#233;e &#224; ce dernier. L'&#201;tat &#233;tait un instrument de &#171; concurrence d&#233;loyale &#187; [9]. Apr&#232;s la prise du pouvoir, le NJM a condamn&#233; toute forme d'expropriation (nationalisation sans indemnisation) et de nationalisation comme du &#171; gayrisme &#187; puisque Gairy utilisait ce type d'intervention &#233;tatique pour &#233;liminer ses concurrents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'interventionnisme &#233;conomique de Gairy, l'&#233;conomie grenadienne restait domin&#233;e par le capital financier britannique, canadien et &#233;tatsunien. Afin de d&#233;fendre son r&#233;gime corrompu, Gairy a fait passer une s&#233;rie de lois contre le droit de gr&#232;ve et les libert&#233;s d&#233;mocratiques. En 1967, il a mis sur pied le Mongoose Gang, un corps r&#233;pressif &#233;quivalent &#224; celui des Tontons Macoutes ha&#239;tiens [10]. Despote illumin&#233;, Gairy a tent&#233; &#224; chacune de ses interventions &#224; l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de convaincre l'ONU de mettre sur pied une agence de surveillance des ovnis.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; L'insurrection&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous reconnaissons &#224; Grenade, tout comme les imp&#233;rialistes le reconnaissent, que sans la r&#233;volution cubaine de 1959, il n'y aurait pas eu de r&#233;volution en 1979 ni &#224; Grenade ni au Nicaragua. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Maurice Bishop [11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1973, la fusion du Movement Assemblies of the People (MAP), dirig&#233; par Maurice Bishop et Kendrick Radix, et du Joint Endeavor for Welfare, Education and Liberation (JEWEL), dirig&#233; par Unison Withman, a donn&#233; naissance au New Jewel Movement. Cette organisation &#233;tait anim&#233;e aussi bien par des militant-es se r&#233;clamant du marxisme que du Black Power. L'influence de la r&#233;volution cubaine &#233;tait notable ainsi que celle des luttes de lib&#233;ration nationale d'Angola et de Guin&#233;e-Bissau [12]. La base du MAP &#233;tait essentiellement urbaine, tandis que celle du JEWEL &#233;tait rurale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'accession &#224; l'ind&#233;pendance de Grenade a &#233;t&#233; marqu&#233; par le durcissement du r&#233;gime. Le 18 novembre 1973, lors du &#171; dimanche sanglant &#187;, le Mangoose Gang s'est attaqu&#233; aux dirigeants du NJM. Comme au Nicaragua en 1979, des &#233;l&#233;ments de la bourgeoisie sont entr&#233;s en dissidence et ont appel&#233; avec le NJM &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en janvier 1974. Le 21 du m&#234;me mois, lors d'une manifestation violemment r&#233;prim&#233;e, la police a assassin&#233; le p&#232;re de Maurice Bishop. Le droit de gr&#232;ve a &#233;t&#233; suspendu pour les employ&#233;-es des services publics et des restrictions ont &#233;t&#233; port&#233;es aux libert&#233;s d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa formation, le NJM a montr&#233; une capacit&#233; importante de mobilisation. Ses r&#233;unions de masse r&#233;unissaient plus de 10 000 personnes. Il a exig&#233; la d&#233;mission de Gairy et la participation des travailleurs et des travailleuses au processus d'ind&#233;pendance. Tr&#232;s rapidement, la nouvelle organisation a initi&#233; et men&#233; les luttes ; plusieurs de ses membres dirigeaient les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1976, le NJM a fait alliance avec deux formations politiques bourgeoises, le Grenada National Party et le United People's Party. Cette &#171; People Alliance &#187;, bas&#233;e sur un programme minimum de r&#233;formes, a obtenu 48,5 % du suffrage populaire et six si&#232;ges de d&#233;put&#233;s, dont trois pour le NJM. Les &#233;lections ont toutefois &#233;t&#233; entach&#233;s de fraudes, de r&#233;pression et d'interdictions. Toutefois, Maurice Bishop &#233;tait d&#233;sormais le chef de l'opposition officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine pr&#233;c&#233;dant l'insurrection du 13 mars 1979, les dirigeants du NJM ont appris que Gairy complotait pour les faire assassiner. C'est cette information qui a provoqu&#233; l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mars, une cinquantaine de militant-es du NJM en armes ont pris le contr&#244;le d'une caserne (True Blue) et de la radio. L'appel &#224; l'insurrection a &#233;t&#233; entendu : un millier de salari&#233;-es ont particip&#233; &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale tandis que des centaines d'autres ont investi des commissariats de police et d'autres lieux strat&#233;giques. Les forces r&#233;pressives ont &#233;t&#233; paralys&#233;es. Le co&#251;t humain de l'insurrection a &#233;t&#233; limit&#233; &#224; trois morts dont un accidentel. Le 20 mars, 20 000 personnes, soit un habitant sur cinq, ont f&#234;t&#233; le renversement du r&#233;gime de Gairy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre de l'Internationale socialiste, le NJM avait d&#233;velopp&#233; un programme ax&#233; avant tout sur les revendications d&#233;mocratiques et anti-imp&#233;rialistes (d'o&#249; cette possibilit&#233; d'alliance avec des partis bourgeois). Il faisait la promotion d'une &#233;conomie mixte. &#192; l'origine, le NJM ne visait pas la construction d'une soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NJM &#233;tait li&#233; de tr&#232;s pr&#232;s au People's National Party de la Jama&#239;que, dirig&#233; par Michael Manley. En 1979, deux dirigeants du NJM ont publi&#233; un livre qui citait l'exp&#233;rience de la Jama&#239;que sous Manley comme preuve de la possibilit&#233; d'une voie gradualiste non-capitaliste de d&#233;veloppement [13]. Maurice Bishop exprimait en ces termes le programme de son gouvernement, qui comptait des repr&#233;sentants de la bourgeoisie : &#171; Nous disons clairement que le secteur priv&#233; a un r&#244;le &#224; jouer. Mais nous disons aussi clairement que toutes les soci&#233;t&#233;s et tous les hommes d'affaires doivent respecter les droits des ouvriers. Nous sommes un gouvernement ouvrier. &#187; [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; sa d&#233;faite en novembre 1980 au profit du tr&#232;s r&#233;actionnaire Jama&#239;ca Labour Party dirig&#233; par Edward Seaga, le gouvernement de Manley a aid&#233; de fa&#231;on importante le GRP. En d&#233;pit de r&#233;formes sociales importantes, l'exp&#233;rience du &#171; socialisme d&#233;mocratique &#187; jama&#239;quain s'est sold&#233;e par un &#233;chec, lequel a &#233;t&#233; en partie d&#251; &#224; l'hostilit&#233; des institutions financi&#232;res internationales et &#224; celle des compagnies multinationales de bauxite qui ont tout mis en &#339;uvre pour pr&#233;cipiter sa chute ; le refus de bouleverser les institutions politiques westminst&#233;riennes du type Commonwealth britannique, a &#233;galement pes&#233; lourdement dans la balance. Plus fondamentalement, les r&#233;formes sociales se sont but&#233;es au fait que le gouvernement Manley s'est refus&#233; de remettre en cause la source m&#234;me de la domination bourgeoise : les rapports sociaux de production capitalistes. L'arriv&#233;e au pouvoir de Seaga a exerc&#233; &#224; coup s&#251;r une influence importante sur le sort et l'orientation de la r&#233;volution grenadienne. L'&#233;tau imp&#233;rialiste se resserrait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Du nationalisme d&#233;mocratique au socialisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme le Mouvement du 26 juillet &#224; Cuba en 1959, le NJM d&#233;fendait un programme d&#233;mocratique et un ensemble de mesure sociales, &#233;conomiques et politiques progressistes compatibles avec le syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parall&#232;le avec Cuba &#233;claire le processus enclench&#233; par l'insurrection &#224; Grenade. Dans un article du magazine Coronet de f&#233;vrier 1958, Castro d&#233;clarait qu'il n'avait pas l'intention d'exproprier ou de nationaliser les investissements &#233;trangers : &#171; J'en suis venu personnellement &#224; consid&#233;rer les nationalisations comme, au mieux, un instrument encombrant. Elles ne semblent pas renforcer r&#233;ellement l'&#201;tat, alors qu'elles affaiblissent l'entreprise priv&#233;e. Et, plus important encore, toute tentative de nationaliser globalement mettrait en difficult&#233; l'&#233;l&#233;ment principal de notre programme &#233;conomique &#8211; l'industrialisation au rythme le plus rapide possible. C'est la raison pour laquelle les investissements &#233;trangers seront toujours les bienvenus et seront toujours ici en totale s&#233;curit&#233;. &#187; [15]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine du Mouvement du 26 juillet, un programme nationaliste d&#233;mocratique, mais qui par des mesures successives impos&#233;es par la situation, s'est transform&#233; en un programme socialiste. Parvenu au pouvoir, Castro, avec l'aide des lib&#233;raux bourgeois ralli&#233;s, donnait toutes les garanties au capitalisme : droit &#224; la propri&#233;t&#233; et libert&#233;s institutionnelles. L'appareil d'&#201;tat ainsi que la partie de l'ancienne direction militaire ralli&#233;e &#224; Castro sont rest&#233;s en place. Les premi&#232;res mesures du gouvernement de Castro ont &#233;t&#233; de bannir les jeux d'argent, de r&#233;primer la prostitution et de saisir les propri&#233;t&#233;s de Batista et de ses copains. Elles ont &#233;t&#233; suivies par une modeste r&#233;forme agraire laquelle &#233;tait conforme &#224; la constitution bourgeoise de 1940. Le gouvernement a &#233;galement proc&#233;d&#233; &#224; une baisse des bas loyers de 50 %, ainsi que des tarifs du t&#233;l&#233;phone et de l'&#233;lectricit&#233;, ce qui lui a valu quelques accrochages avec les compagnies &#233;tatsuniennes de l'&#233;lectricit&#233; et du t&#233;l&#233;phone. &#192; cette &#233;poque, Castro niait non seulement toute intention r&#233;volutionnaire, mais condamnait &#233;galement de fa&#231;on explicite le communisme [16]. Le premier gouvernement, qui a &#233;t&#233; constitu&#233; de diverses personnalit&#233;s lib&#233;rales, ne comprenait aucun dirigeant de la gu&#233;rilla. Il s'agissait de toute &#233;vidence de pr&#233;senter un visage rassurant &#224; l'opinion bourgeoise cubaine et internationale, particuli&#232;rement &#233;tatsunienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Cuba, le passage au socialisme a &#233;t&#233; largement d&#233;termin&#233; par la r&#233;action imp&#233;rialiste. Le nouveau gouvernement cubain a fait face aux multiples tentatives de Washington de le soumettre au moyen de pressions &#233;conomiques. Au lieu de vilement c&#233;der, comme nombre d'autres gouvernements du tiers-monde, le pouvoir a commenc&#233; par exproprier des industries comme la United Fruit Compagny, leur proposant une compensation uniquement fond&#233;e sur la taxe fonci&#232;re que ces derni&#232;res s'&#233;taient arrang&#233;es pour maintenir artificiellement basse. Quand les raffineries de p&#233;trole d&#233;tenues par les multinationales ont refus&#233; de traiter le brut sovi&#233;tique et que Washington a supprim&#233; le quota de sucre, Castro a expropri&#233; en ao&#251;t 1960 les avoirs des &#201;tats-Unis &#224; Cuba : des raffineries de sucre (Cuban American Sugar Co.), des compagnies p&#233;troli&#232;res (Texaco et Standard Oil), la compagnie d'&#233;lectricit&#233; (General Electric), celle des t&#233;l&#233;phones (ITT), Coca-Cola et les grands magasins (Sears Roebuck). En octobre, le gouvernement a nationalis&#233; toutes les banques ainsi que 382 entreprises, soit 80 % des industries du pays. Ces nationalisations ont liquid&#233; la bourgeoisie en tant que classe. Ce n'est que le 16 avril 1961 que Castro a annonc&#233; que la r&#233;volution avait &#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ann&#233;es ont donc vu un pouvoir d&#233;fendant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production se transformer en un pouvoir la supprimant. Non pr&#233;vue au d&#233;part, cette rupture avec la bourgeoisie a &#233;t&#233; l'aboutissement d'une lutte pour l'ind&#233;pendance r&#233;elle du pays face &#224; l'imp&#233;rialisme. Il y a eu transcroissance d'une r&#233;volution nationale d&#233;mocratique en r&#233;volution socialiste [17]. Cette transcroissance est plut&#244;t exceptionnelle, car la plupart des gouvernements issus d'une lutte de lib&#233;ration nationale ont pris le chemin de la consolidation du pouvoir bourgeois national et, pour cela, nombre d'entre eux ont &#233;t&#233; transform&#233;s en dictatures. La r&#232;gle qui veut qu'une bourgeoisie faible ait besoin d'un &#201;tat fort s'est v&#233;rifi&#233;e &#224; de trop nombreuses reprises.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Le processus r&#233;volutionnaire &#224; Grenade&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le pouvoir ait &#233;t&#233; conquis par un processus urbain insurrectionnel a d&#233;termin&#233; le type d'&#201;tat mis en place. L'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re ainsi que le Mongoose Gang ont &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;s et dissous. Ils ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par le People's Revolutionary Army et par une milice populaire. Les bandes arm&#233;es de l'&#201;tat n&#233;ocolonial ont &#233;t&#233; d&#233;truites au profit du peuple en arme. En effet, la milice qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour d&#233;fendre l'&#238;le en cas d'intervention militaire &#233;trang&#232;re incorporait une fraction importante de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'impulsion du NJM, la mobilisation populaire et l'auto-organisation des masses ont connu un r&#233;el d&#233;veloppement. Les droits d&#233;mocratiques ont &#233;t&#233; &#233;largis. D&#232;s 1979, le taux de syndicalisation est pass&#233; de 30 &#224; 90 % [18]. Des organisations nationales de la jeunesse, des femmes, des brigades de travail communautaire et des organisations d'&#233;ducation permanente ont &#233;t&#233; mises sur pied et ont rapidement obtenu une influence de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les budgets de 1982 et de 1983 ont &#233;t&#233; adopt&#233;s apr&#232;s une large discussion publique. Le GRP a cr&#233;&#233; un minist&#232;re de la Mobilisation nationale pour dynamiser les organes de participation populaire. Au printemps 1981, six conseils de district ont &#233;t&#233; form&#233;s pour discuter tous les mois, en pr&#233;sence des ministres concern&#233;s, des propositions gouvernementales et des dol&#233;ances de la population. Par la suite, ces six conseils ont &#233;t&#233; subdivis&#233;s en 30 conseils de zone, puis en conseils de mini zone. Les organes de coordination des mini zones &#233;taient des structures repr&#233;sentatives qui devaient d&#233;signer en leur sein les d&#233;l&#233;gu&#233;-es &#224; une assembl&#233;e de district qui, de la m&#234;me mani&#232;re, &#233;liraient les repr&#233;sentant-es &#224; l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle constitution en pr&#233;paration visait &#224; institutionnaliser cette d&#233;mocratie directe populaire. Les principes sous-jacents de ce projet &#233;taient les suivants : d&#233;mocratie directe pour favoriser une participation populaire permanente ; transformation de Grenade afin d'assurer un meilleur niveau de vie aux travailleurs et aux travailleuses ; construction d'une soci&#233;t&#233; juste ; garantie contre toute violation des droits d&#233;mocratiques ; pratique de comptes-rendus publics par les responsables ; droit de r&#233;vocation en tout temps desdits responsables. D&#232;s le d&#233;but, le GRP a r&#233;duit le nombre de ministres et diminu&#233; d'un tiers leur traitement et allocations diverses [19]. Les ministres devaient aussi, pour la premi&#232;re fois &#224; Grenade, payer l'imp&#244;t sur le revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GRP &#233;tait en train de mettre sur pied un &#201;tat ouvrier ; un &#201;tat fond&#233; sur l'auto-organisation des masses laborieuses ; un &#201;tat de la majorit&#233; pour la majorit&#233; ; un &#201;tat des classes exploit&#233;es et opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les mesures politiques, sociales et &#233;conomiques prises par le pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176; La loi sur la publication des journaux en vigueur sous Gairy obligeait tout fondateur de journal &#224; d&#233;poser 2 500 dollars US aupr&#232;s du gouvernement avant d'obtenir la permission de para&#238;tre. Elle a &#233;t&#233; abolie [20]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; La loi sur l'ordre public a &#233;t&#233; aussi abolie. Elle interdisait les hauts parleurs lors des r&#233;unions en plein air et accordait de larges pouvoirs au chef de la police pour interdire lesdites r&#233;unions [21]..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Les services de sant&#233; ont &#233;t&#233; am&#233;lior&#233;s et leur accessibilit&#233; &#233;tendue gr&#226;ce &#224; l'apport de 16 nouveaux m&#233;decins et dentistes cubains. De plus, le gouvernement les a rendus gratuits [22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; Une campagne d'alphab&#233;tisation a &#233;t&#233; lanc&#233;e. Elle a r&#233;ussi &#224; r&#233;duire le taux d'analphab&#233;tisme &#224; 2 % de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; Les droits scolaires &#224; l'&#233;cole secondaire ont &#233;t&#233; r&#233;duits de 12,5 &#224; 3,1 dollars. Pour le primaire, le gouvernement a financ&#233; des d&#233;jeuners chauds &#224; tr&#232;s bas prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 &#176; Le prix des produits essentiels comme le riz, le sucre, l'huile et le ciment ont &#233;t&#233; r&#233;duits gr&#226;ce &#224; la mise sur pied d'un Conseil national des importations, lequel g&#233;rait le commerce ext&#233;rieur de ces biens pour le compte de l'&#201;tat [23]. Du lait &#233;tait distribu&#233; gratuitement &#224; des centaines de familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176; Le budget de 1980 a exon&#233;r&#233; 30 % de la force de travail du paiement de l'imp&#244;t sur le revenu, tandis que le taux d'imposition des entreprises moyennes et larges augmentait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8&#176; En 1981-1982, les salaires ont augment&#233; de 10 %, mais l'inflation &#233;tait de 7 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9&#176; En avril 1982, les chiffres indiquaient que le taux de ch&#244;mage &#233;tait pass&#233; de 49 % &#224; 14,2 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10&#176; Le principe &#171; &#224; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187; a &#233;t&#233; introduit dans les lois en faveur des femmes. La nouvelle loi sur la maternit&#233; a accord&#233; trois mois de cong&#233; aux femmes, dont deux pay&#233;s, et a oblig&#233; les employeurs &#224; les r&#233;embaucher. Une loi contre le harc&#232;lement sexuel a &#233;t&#233; adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11&#176; Quelque 75 % des familles ont re&#231;u des pr&#234;ts sans int&#233;r&#234;t et du mat&#233;riel subventionn&#233; pour r&#233;nover leurs maisons. Le plan Sandino visait la construction de 500 nouvelles maisons par ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12&#176; Un plan d'assurance sociale a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;. Il couvrait les travailleuses et travailleurs &#224; la retraite (pensions), celles et ceux victimes de maladie ou d'accidents de travail et assurait un revenu aux d&#233;pendant-es d'un travailleur ou d'une travailleuse d&#233;c&#233;d&#233;-e [24].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#233;conomie en transition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au niveau &#233;conomique, le GRP n'a pas confisqu&#233; les entreprises des capitalistes et les terres des propri&#233;taires fonciers. R&#233;sultat des mesures du r&#233;gime Gairy, 40 % des fermes et des plantations de plus de 100 acres, soit le tiers des propri&#233;t&#233;s cultivables, &#233;taient d&#233;j&#224; des propri&#233;t&#233;s de l'&#201;tat. Elles ont &#233;t&#233; transform&#233;es en fermes collectives. L'absence de reforme agraire donnant la terre &#224; ceux et celles qui la travaillent a &#233;t&#233; un facteur dans la d&#233;saffectation des agriculteurs et de travailleurs et travailleuses agricoles. Cette politique s'inspirait de la voie &#171; non-capitaliste de d&#233;veloppement &#187; des th&#233;oriciens sovi&#233;tiques [25], c'est-&#224;-dire pour les pays du tiers-monde la mise en place d'une &#233;conomie mixte o&#249; le secteur priv&#233; &#233;tait cens&#233; coexister avec un secteur d'&#201;tat important. Pour les th&#233;oriciens sovi&#233;tiques, il s'agissait d'&#234;tre conscients dans le tiers-monde des potentialit&#233;s r&#233;volutionnaires des mouvement dirig&#233;s par la petite-bourgeoise alli&#233; avec la paysannerie, les prol&#233;taires et les semi prol&#233;taires ainsi que les secteurs progressistes de la bourgeoisie nationale naissante [26]. Bernard Coard et ses camarades de l'OREL (Organisation for Revolutionary Education and Liberation) ont fait du concept de la voie non-capitaliste de d&#233;veloppement la pierre angulaire des politiques &#233;conomiques du GPR. Bernard Coard &#233;tait consid&#233;r&#233; au NJM, y compris par Maurice Bishop, comme le th&#233;oricien marxiste du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#233;orie de la voie non-capitaliste de d&#233;veloppement r&#233;actualisait le concept de r&#233;volution par &#233;tapes &#233;nonc&#233; par Staline dans les ann&#233;es 1920 et appliqu&#233; dans les pays coloniaux et semi-coloniaux qui, avec leurs strat&#233;gies d'alliance ou de collaboration de classe avec la bourgeoisie nationale, a &#233;t&#233; la cause de d&#233;faites r&#233;volutionnaires tragiques, notamment en Chine [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seules nationalisations r&#233;alis&#233;es ont affect&#233; les propri&#233;t&#233;s de Gairy ainsi que la Canadian Imperial Bank of Commerce (CIBC) qui avait annonc&#233; sa fermeture. La banque a &#233;t&#233; indemnis&#233;e. La nouvelle Granada National Commercial Bank a &#233;t&#233; install&#233;e dans les locaux de la CIBC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur priv&#233; dominait toujours l'&#233;conomie de l'&#238;le. Les trois principales banques du pays, la Barclay's Bank, la Banque royale du Canada et la Banque de Nouvelle-&#201;cosse ont pris une part importante au financement du projet de construction Sandino et ont accord&#233; des pr&#234;ts au GRP. Norris Bain, un dirigeant du NJM, ancien ministre de la Sant&#233;, &#233;tait lui-m&#234;me un gros commer&#231;ant de St. George. N&#233;anmoins, le GRP se consid&#233;rait un gouvernement ouvrier. &#192; terme, comme au Nicaragua, un conflit entre les mesures sociales progressistes et le maintien d'un large secteur d'&#233;conomie priv&#233;e aurait entra&#238;n&#233; une confrontation avec la bourgeoisie internationale et nationale. Toutefois, m&#234;me si son pouvoir &#233;conomique &#233;tait intact, la bourgeoisie en tant que classe avait &#233;t&#233; expropri&#233;e du pouvoir politique. Plus important encore, l'&#201;tat mis en place par la r&#233;volution avec ses organes de d&#233;mocratie directe et ses corps arm&#233;s populaires (milice et arm&#233;e) &#233;tait l'embryon d'un &#201;tat ouvrier en construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'invasion imp&#233;rialiste, les acquis de la r&#233;volution grenadienne ont &#233;t&#233; an&#233;antis. L'&#201;tat r&#233;volutionnaire a &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233; [28]. Les industries contr&#244;l&#233;es par l'&#201;tat ont &#233;t&#233; ferm&#233;es [29]. Pour pouvoir continuer ses op&#233;rations, la Granada National Commercial Bank a d&#251; accepter la condition de l'administration &#233;tatsunienne selon laquelle 51 % de ses avoirs devaient &#234;tre vendus &#224; des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. D&#232;s d&#233;cembre de 1983, d&#233;j&#224; un tiers de la population active n'avait plus d'emploi. Les services de sant&#233; et d'&#233;ducation se sont effondr&#233;s &#224; cause, entre autres, de l'expulsion des m&#233;decins et des dentistes cubains ainsi que celle des enseignants de Trinidad, de Tobago et de Guyana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution connaissait des rat&#233;s et avait des probl&#232;mes. Ces derniers ont &#233;t&#233; multipli&#233;s et aggrav&#233;s par la politique agressive et le blocus de Washington. La faiblesse du potentiel &#233;conomique, le poids de la domination &#233;trang&#232;re, notamment dans la finance, le maintien du pouvoir &#233;conomique de la bourgeoisie dans les secteurs du commerce et du tourisme et des propri&#233;taires fonciers dans l'agriculture &#233;taient autant d'&#233;l&#233;ments accroissant les difficult&#233;s sur la voie d'une v&#233;ritable ind&#233;pendance &#233;conomique et politique. &#192; cela s'ajoutaient les diff&#233;rends et les luttes internes dans la direction du NJM, dont on a appris, apr&#232;s coup, qu'ils duraient depuis un an.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le conflit interne au NJM&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon la direction du Parti communiste cubain, les divisions au sein du NJM relevaient davantage du conflit de personnalit&#233;s et de diff&#233;rences de conception des m&#233;thodes de direction, que de d&#233;saccords sur le fond. Selon elle, &#171; aucune doctrine, ni principe ou position se pr&#233;tendant r&#233;volutionnaire, ni division interne justifie des proc&#233;d&#233;s atroces comme l'&#233;limination physique de Bishop &#187; [30]. Elle a condamn&#233; l'ex&#233;cution de Bishop et de ses camarades et pris ses distances politiques avec le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire (CMR) mis en place par Coard et dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral Hudson. Imm&#233;diatement apr&#232;s le coup d'&#201;tat, elle a d&#233;clar&#233; que l'imp&#233;rialisme chercherait &#224; utiliser cette trag&#233;die pour balayer la r&#233;volution grenadienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;moignages des anciens dirigeants du NJM qui ont &#233;chapp&#233; aux assassinats, Kendrick Radix [31], George Louison et Don Rojas [32], ont confirm&#233; l'analyse des divisions internes de la direction cubaine. Radix et Rojas ont reproch&#233; au groupe Coard de vouloir aller trop vite. Ils l'ont qualifi&#233; d'ultragauchiste et soup&#231;onn&#233; d'&#234;tre li&#233; &#224; des organisations staliniennes pro-Moscou comme le Workers Party of Jama&#239;ca dirig&#233; par Trevor Munroe. Le Workers Party a avalis&#233; les accusations de Coard &#224; l'endroit de Bishop et critiqu&#233; la non-intervention militaire cubaine lors du d&#233;barquement des marines &#233;tatsuniens. Pour George Louison, la r&#233;volution a &#233;t&#233; d&#233;truite de l'int&#233;rieur lors de l'accession au pouvoir du groupe Coard. Pour Fidel Castro, ce groupe ne comprenait que des &#171; ambitieux &#187;, des &#171; opportunistes &#187; et des &#171; hy&#232;nes &#187; issus du mouvement r&#233;volutionnaire. Il l'a m&#234;me compar&#233; &#224; Pol Pot et &#224; Ieng Sary, responsables du g&#233;nocide cambodgien : &#171; &#192; Cuba, depuis le tout d&#233;but de la crise &#224; Grenade, nous avons qualifi&#233; le groupe Coard, pour lui donner un nom, de groupe Pol Pot. &#187; [33]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe Coard se d&#233;signait lui-m&#234;me comme plus marxiste et plus prol&#233;tarien que le reste du NJM. Bishop et Withman &#233;taient trait&#233;s de sociaux-d&#233;mocrates et de petits-bourgeois. Coard et son groupe exigeaient un fonctionnement plus l&#233;niniste (qu'eux seuls &#233;taient &#224; m&#234;me de d&#233;finir) de la direction du NJM et critiquaient Bishop pour son pr&#233;tendu individualisme (one-manism) et son incapacit&#233; &#224; travailler dans une direction collective [34].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Gary Williams, Coard &#233;tait un dogmatique, un &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187; favorable &#224; une politique prosovi&#233;tique intransigeante. Gr&#226;ce &#224; sa position dans le Comit&#233; organisateur, le Bureau politique et le Comit&#233; central, il a tent&#233; de construire un parti tr&#232;s centralis&#233;, hi&#233;rarchique et &#233;litiste en conformit&#233; avec sa vision du &#171; l&#233;ninisme &#187;. Soutenu par ses camarades de l'ex-OREL, Coard a pu attribuer &#224; ses partisans des postes strat&#233;giques dans le parti, les organisations de masse et les minist&#232;res [35]. Selon toute vraisemblance, Coard avait d&#233;velopp&#233; depuis longue date un plan concert&#233; pour &#233;carter Bishop du pouvoir [36].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains expliquent que la crise qui a d&#233;truit le GRP reposait davantage sur la d&#233;ception de la faction Coard face aux transformations sociales et &#233;conomiques insuffisamment rapides et aux difficult&#233;s rencontr&#233;es pour &#233;tablir une structure &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187; contr&#244;lant le syst&#232;me [37]. D'autres laissent entendre que la division au sein du GRP n'&#233;tait pas id&#233;ologique, mais reposait pour l'essentiel sur les tactiques politiques diff&#233;rentes et sur le probl&#232;me de la discipline de parti [38]. Quoi qu'il en soit, Bishop &#233;tait plus pragmatique dans son approche de la formulation des politiques et enclin &#224; faire usage des structures de masse mises en place dans le pays pour discuter des orientations politiques, tandis que Coard pr&#233;f&#233;rait la prise de d&#233;cisions dans un environnement tr&#232;s structur&#233; [39] et r&#233;serv&#233; &#224; une &#171; &#233;lite &#187; autoproclam&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faction Coard s'est plainte de l'effondrement du parti et des organisations de masse tout en accusant la direction du parti d'&#171; opportunisme de droite &#187;. Elle a exig&#233; &#171; un retour &#224; la discipline et &#224; l'organisation l&#233;niniste &#187;, une plus grande clart&#233; id&#233;ologique et de nouvelles strat&#233;gies et des tactiques pour reconstruire du parti afin de faire progresser la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re, le NJM &#233;tait entr&#233; dans une p&#233;riode de stagnation et de d'ind&#233;cision. Ses appuis de masse &#233;taient moindres. La phase dite de &#171; r&#233;volution nationale d&#233;mocratique &#187; &#233;tait &#224; un tournant. Pour Bishop, la solution r&#233;sidait dans un effort massif pour mobiliser politiquement et p&#233;dagogiquement les masses afin de consolider cette phase, et de passer &#224; la suivante, celle de la transition au socialisme. Le r&#244;le du NJM &#233;tait de pr&#233;parer les masses diriger cette transition. Dans ce cadre, Bishop a appel&#233; &#224; un &#233;largissement de la composition du parti, tandis Coard voulait rendre encore plus rigoureuses les proc&#233;dures d'admission au parti. Cette contradiction &#8211; entre une vision du parti comme une organisation d'une &#233;lite &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187; par rapport &#224; celle d'une organisation de masse &#8211; a &#233;t&#233; la contradiction politique centrale divisant les deux courants. Elle a &#233;t&#233; r&#233;solue par le coup d'&#201;tat. Si l'intention de Bishop &#233;tait d'&#233;largir la base du parti en vue de le lier aux organisations de masse, celle de Coard visait la centralisation du processus de prise de d&#233;cisions et l'inf&#233;odation des organisations de masse, du gouvernement et du parti au Bureau politique [40]. C'&#233;tait un projet typiquement bureaucratique et stalinien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple dramatique du NJM montre une nouvelle fois les cons&#233;quences &#233;pouvantables d&#233;coulant du manque de d&#233;mocratie. L'inexistence d'instances d&#233;mocratiques pour que les militant-es de base du parti puissent contr&#244;ler la direction du parti a permis &#224; une petite faction sectaire et autoritaire de gagner l'h&#233;g&#233;monie dans les organes de direction du NJM et d'&#233;liminer les r&#233;volutionnaires de la premi&#232;re heure, et ce malgr&#233; l'appui de la majorit&#233; des membres du parti &#224; ces derniers. En ce qui concerne l'&#201;tat, c'&#233;tait le m&#234;me probl&#232;me. L'absence d'instruments d&#233;mocratiques a permis &#224; cette faction de contr&#244;ler l'appareil d'&#201;tat et l'arm&#233;e, institution hi&#233;rarchique et bureaucratique par excellence, et d'&#233;carter du pouvoir les dirigeants des masses populaires. Avec l'assassinat de Bishop et d'autres dirigeants du NJM, le r&#233;gime a perdu sa base populaire. La d&#233;mocratie n'est pas un luxe &#171; petit-bourgeois &#187;. Elle est l'une des conditions de la victoire de la r&#233;volution et de la construction d'une soci&#233;t&#233; socialiste. La fondatrice du Parti communiste allemand, Rosa Luxembourg a &#233;crit en 1918 que &#171; sans &#233;lections g&#233;n&#233;rales, sans une libert&#233; de presse et de r&#233;union illimit&#233;e, sans une lutte d'opinion libre, la vie s'&#233;tiole dans toutes les institutions publiques, v&#233;g&#232;te, et la bureaucratie demeure le seul &#233;l&#233;ment actif &#187;. [41]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'affaire Escalante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tant dans ses accusations que dans son mode d'action, le groupe Coard ressemble &#233;norm&#233;ment au groupe Annibal Escalante, lequel avait dirig&#233; le Parti socialiste populaire (PSP) de Cuba, l'ancien parti communiste pro-Moscou. &#192; la fin de 1961, le Mouvement du 26 juillet a fusionn&#233; avec le PSP et le Directoire r&#233;volutionnaire pour cr&#233;er les Organisations r&#233;volutionnaires unifi&#233;es (ORI), dans le dessein de fonder un nouveau parti, le Parti uni de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annibal Escalante, qui &#233;tait charg&#233; du secr&#233;tariat &#224; l'organisation, a tent&#233; de prendre le contr&#244;le de ce parti, du gouvernement et de l'administration. Pour Ren&#233; Dumont, la d&#233;faite de cette fraction secr&#232;te a probablement &#233;vit&#233; &#171; &#224; Cuba une phase pr&#233;coce de n&#233;o-stalinisme &#187; [42]. Fidel Castro a &#233;t&#233; accus&#233; comme Bishop d'&#234;tre insuffisamment marxiste, d'individualisme et de s'opposer &#224; une direction collective du parti. Pour Castro, &#171; Escalante a converti l'appareil du Parti en un nid de privil&#232;ges [&#8230;] Le noyau nommait et r&#233;voquait, ordonnait, gouvernait [&#8230;] Un parti de domestiques, de vaniteux, d'orgueilleux [&#8230;] Une arm&#233;e de r&#233;volutionnaires dress&#233;s et domestiqu&#233;s. &#187; [43]. Escalante a utilis&#233; sa position dans l'appareil pour construire et renforcer une fraction &#224; partir de privil&#232;ges et de pratiques bureaucratiques. L'URSS a accueilli Escalante lors de son exil, apr&#232;s la d&#233;faite de sa fraction [44].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prise du pouvoir par Escalante aurait eu pour cons&#233;quence une purge des dirigeants de la r&#233;volution, leur assassinat &#233;ventuel, une inf&#233;odation totale de Cuba &#224; l'URSS et une bureaucratisation stalinienne de l'&#201;tat, du parti et des organisations de masse. Une telle contre-r&#233;volution thermidorienne aurait tellement affaibli le pays et d&#233;mobilis&#233; les masses que peut-&#234;tre une invasion comme celle de la Baie des Cochons en 1962 ne se serait pas termin&#233;e par un fiasco pour les forces restaurationnistes et imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un discours devant les membres du minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; de l'&#201;tat, Ernesto &#171; Che &#187; Guevara tirait cette le&#231;on de la bataille contre Escalante : &#171; Nous nous &#233;tions engag&#233;s dans ce chemin qu'on a appel&#233; sectaire, mais qui est encore plus stupide que sectaire : le chemin qui s'&#233;carte des masses [&#8230;] De tout ceci, nous devons non seulement tirer une le&#231;on, mais aussi une grande v&#233;rit&#233; : les corps de s&#233;curit&#233;, quels qu'ils soient, doivent &#234;tre sous le contr&#244;le du peuple. &#187; [45] Cela pose une nouvelle fois la question fondamentale de la d&#233;mocratie socialiste, seul instrument pour contrer la d&#233;g&#233;n&#233;rescence bureaucratique de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur l'&#201;tat et le pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sans la destruction de l'appareil r&#233;pressif de l'&#201;tat bourgeois, il est impossible d'entreprendre la transition au socialisme. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, c'est par l'insurrection populaire qu'une telle destruction a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e. Les strat&#233;gies r&#233;formistes de passage pacifique (&#233;lectoral) au socialisme n'ont jamais r&#233;alis&#233; leur ambition. Tout simplement parce qu'elles ne visaient pas cette destruction, ne convoitant que les fonctions gouvernementales. Les gouvernements ne sont pas l'&#201;tat. Les gouvernements passent, la police, l'arm&#233;e et les hauts fonctionnaires restent. Les appareils d'&#201;tat r&#233;pressifs bourgeois rest&#233;s en place peuvent renverser en tout temps les gouvernements r&#233;formistes quand le besoin s'en fait sentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette condition est n&#233;cessaire (l'insurrection), elle s'av&#232;re n&#233;anmoins insuffisante. Car l'&#201;tat bourgeois ne se d&#233;finit pas uniquement par ses appareils r&#233;pressifs ou int&#233;grateurs. Il s'inscrit dans des rapports sociaux de production qui lui conf&#232;rent sa nature de classe. Sans la transformation des rapports sociaux de production, un &#201;tat m&#234;me issu d'une insurrection populaire, reste fragile, incertain et transitoire. De tels cas de figure se sont r&#233;p&#233;t&#233;s &#224; plusieurs reprises dans les pays du tiers-monde, de la r&#233;volution alg&#233;rienne o&#249; le gouvernement de Ben Bella a &#233;t&#233; renvers&#233; par un coup d'&#201;tat de Boumedienne, &#224; celle du Burkina Faso, avec le renversement de Thomas Sankara par Blaise Compaor&#233;, en passant par Grenade. Des marxistes comme Joseph Hansen ont d&#233;velopp&#233; le concept de gouvernement ouvrier et paysan pour caract&#233;riser les gouvernements issus de r&#233;volutions, mais o&#249; le pouvoir d'&#201;tat n'est pas encore radicalement m&#233;tamorphos&#233; par une transformation r&#233;volutionnaire des rapports sociaux de production [46]. De tels gouvernements sont n&#233;cessairement &#233;ph&#233;m&#232;res et ne peuvent durer que quelques mois voire quelques ann&#233;es : soit ils sont renvers&#233;s par un coup d'&#201;tat comme en Alg&#233;rie et au Burkina Faso, soit comme &#224; Cuba ils approfondissent la r&#233;volution en d&#233;truisant le pouvoir socio-&#233;conomique de la bourgeoisie &#233;trang&#232;re et nationale ainsi qu'en bouleversant de fond en comble les rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les situations r&#233;volutionnaires se caract&#233;risent par des situations de double pouvoir. &#192; Grenade, il y avait d'un c&#244;t&#233; le gouvernement ouvrier et paysan du NJM, issu d'une insurrection qui avait d&#233;truit les principaux appareils r&#233;pressifs de l'&#201;tat n&#233;ocolonial, de l'autre le pouvoir socio-&#233;conomique de la bourgeoise imp&#233;rialiste et nationale. Cette contradiction ne pouvait durer &#233;ternellement. Le conflit de classe devait se r&#233;sorber dans un sens ou dans l'autre. Malheureusement pour les domin&#233;-es, l'imp&#233;rialisme a frapp&#233; l&#224; o&#249; le maillon a &#233;t&#233; affaibli par un coup d'&#201;tat stalinien. Il a pu ainsi effectuer sa reconqu&#234;te contre-r&#233;volutionnaire et imposer son ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] William Eric Perkins (&#171; Requiem for Revolution : Perspectives in the U.S. / OECS Intervention in Grenada &#187;, Contributions in Black Studies, vol. 7, 1985), Gary Williams (&#171; Prelude to an Intervention : Grenada 1983 &#187;, Journal of Latin American Studies, n&#176; 29, 1995, p. 131-169) et Fr&#233;d&#233;ric Morizot (Grenade, &#233;pices et poudre : une &#233;pop&#233;e cara&#239;be, Paris, L'Harmattan, 1988) qualifient cette faction de &#171; prosovi&#233;tique &#187;. Aucune preuve n'appuie le fait que le groupe Coard aurait eu des liens sp&#233;cifiques ou &#233;troits avec l'URSS ou qu'il aurait agi avec l'appui en coulisse du Pari communiste d'Union sovi&#233;tique. Par ailleurs, par cette caract&#233;risation, ces auteurs soulignent l'opposition au coup d'&#201;tat du gouvernement cubain et l'influence des th&#233;ories sovi&#233;tiques sur la faction Coard. Le stalinisme est la forme prise par la contre-r&#233;volution politique de nature bureaucratique dans un &#201;tat ouvrier. Il se caract&#233;rise par la dictature d'un parti unique o&#249; un leader autocratique impose sa politique par la r&#233;pression, la terreur et l'&#233;limination physique de ses adversaires politiques ou consid&#233;r&#233;s comme tels. Le stalinisme est &#233;galement un ph&#233;nom&#232;ne mondial : c'est la subordination du mouvement ouvrier international aux int&#233;r&#234;ts de la bureaucratie nationale de l'&#201;tat postcapitaliste. La caract&#233;risation de la faction Coard de stalinienne permet, d'une part, de mieux saisir le processus de contre-r&#233;volution politique qu'elle a op&#233;r&#233;e et, d'autre part, de mettre en &#233;vidence son mode de fonctionnement ainsi que son id&#233;ologie. Nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le concept de bonapartisme renvoie &#224; la contre-r&#233;volution politique qui d&#233;truit les formes d&#233;mocratiques du pouvoir et instaure une dictature personnelle. Il se caract&#233;rise par le fait que ce pouvoir personnel joue un r&#244;le d'arbitre et semble par cons&#233;quent au-dessus des classes sociales en conflit. Pour L&#233;on Trotski (Bolchevisme contre stalinisme, 1935, &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/tr..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxists.org/francais/tr..&lt;/a&gt;.), le bonapartisme est &#171; un r&#233;gime o&#249; la classe &#233;conomiquement dominante, apte aux m&#233;thodes d&#233;mocratiques de gouvernement, se trouve contrainte, afin de sauvegarder ce qu'elle poss&#232;de, de tol&#233;rer au-dessus d'elle le commandement incontr&#244;l&#233; d'un appareil militaire et policier, d'un &#8220;sauveur&#8221; couronn&#233;. Une semblable situation se cr&#233;e dans les p&#233;riodes o&#249; les contradictions de classes sont devenues particuli&#232;rement aigu&#235;s : le bonapartisme a pour but d'emp&#234;cher l'explosion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ronald H. Cole, Operation Urgent Fury : The Planning and Execution of Joint Operations in Grenada 12 October-2 November 1983, Washington, Joint History Office of the Chairman of the Joint Chiefs of Staff, 1997, &lt;a href=&#034;http://www.dtic.mil/doctrine/jel/hi..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.dtic.mil/doctrine/jel/hi..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] En 1981, les forces arm&#233;es &#233;tatsuniennes ont simul&#233; l'invasion de Grenade dans une &#238;le d&#233;pendante de Porto Rico. L'op&#233;ration baptis&#233;e Amber and Amberines r&#233;f&#233;rait ouvertement &#224; la situation g&#233;ographique de Grenade et des Grenadines. Voir Maurice Bishop, &#171; An armed attack against our country is iminent &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, New York, Pathfinder Press, 1983, p. 282. Voir &#233;galement Fr&#233;d&#233;ric Morizot, op. cit., qui d&#233;taille d'autres pr&#233;paratifs &#224; l'invasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] World Bank, Current Economic Position and Prospects of Grenada, World Bank Report, Latin America and Carribbean Regional Office, 19 avril 1979, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] John S. Brierly, Small Farming in Grenada, West Indies, Dept. of Geography, University of Manitoba, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Dans Socialisme utopique et socialisme scientifique [1880] (&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/ma..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxists.org/francais/ma..&lt;/a&gt;.), selon Friedrich Engels, &#171; L'&#201;tat moderne n'est &#224; son tour que l'organisation que la soci&#233;t&#233; bourgeoise se donne pour maintenir les conditions ext&#233;rieures g&#233;n&#233;rales du mode de production capitaliste contre des empi&#233;tements venant des ouvriers comme des capitalistes isol&#233;s. L'&#201;tat moderne, quelle qu'en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste : l'&#201;tat des capitalistes, le capitaliste collectif en id&#233;e &#187;. Rien de plus compr&#233;hensible le fait mat&#233;riel et id&#233;el que l'&#201;tat soit le capitaliste collectif en id&#233;e, puisque la concurrence entre capitalistes exige un pouvoir d&#233;fendant non pas les int&#233;r&#234;ts individuels des capitalistes, mais leurs int&#233;r&#234;ts collectifs g&#233;n&#233;raux, y compris au d&#233;triment, &#224; l'occasion, de capitalistes individuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Ce qui explique au Nicaragua le ralliement d'une partie de la bourgeoisie au renversement de Somoza. Cela ne sera pas sans influence sur le processus r&#233;volutionnaire et le type d'&#201;tat mis en place apr&#232;s le renversement du dictateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Arnaldo Hutchinson, &#171; The long road to freedom &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 16-23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Maurice Bishop, &#171; Cuba, Nicaragua, Grenada : Together we shall win &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 96. Notre traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Maurice Bishop, &#171; The struggle for democracy and against imperialism in Grenada &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 16-23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Richard and Ian Jacobs, Grenada : The Road to Revolution, La Havane, Casa de las Americas, 1979, p. 83.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Interview de Maurice Bishop, L'Express, 27 novembre 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Cit&#233; par Tony Cliff, La r&#233;volution permanente d&#233;vi&#233;e, &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/cl..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxists.org/francais/cl..&lt;/a&gt;. cliff_19630000.htm&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Joseph Hansen, Dynamics of the Cuban Revolution : A Marxist Appreciation, New York, Pathfinder Press, 1978.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Pour les r&#233;volutions de 1848, Karl Marx avait qualifi&#233; le processus de r&#233;volution en permanence dans son Adresse &#224; la Ligue des communistes d'Allemagne, 1850, &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/ma...&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxists.org/francais/ma...&lt;/a&gt;. Voir &#233;galement Friedrich Engels, La r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise en Allemagne, Paris, &#201;ditions sociales, 1951. Ce concept a &#233;t&#233; repris et d&#233;velopp&#233; par L&#233;on Trotski, De la r&#233;volution, Paris, &#201;ditions de Minuit, 1963.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Intercontinental Press, 19 novembre 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dennis Sinclair DaBreo, The Grenadian Revolution, Castries (Sainte-Lucie), MAPS, 1979, p. 213.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Arnaldo Hutchinson, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Steve Clark, &#171; Grenada's workers and farmers government : Its achievements an its overthrow &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. XXIII.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] On assistait donc &#224; la mise en place d'un embryon de monopole du commerce ext&#233;rieur, instrument vital de toute forme de planification &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] &#171; Maurice Bishop speaks to US working people &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 287-312.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Plus particuli&#232;rement de V. Solodovnikov and V. Bogoslovsky, Non-Capitalist Development : An Historical Outline, Moscow, Progress Publishers, 1975 ; I. Andreyev, The Non-Capitalist Way, Moscow, Progress Publishers, 1974 ; et R. Ulyanovsky, Socialism and the Newly Independent Nations, Moscow, Progress Publishers, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Clive Thomas, &#171; &#8220;The non-capitalist path&#8221; as theory and practice of decolonization and socialist transformation &#187;, Latin American Perspectives, vol. 2, printemps 1978, p.11.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Voir, entre autres, Pierre Brou&#233;, La question chinoise dans l'Internationale communiste, Paris, EDI, 1976 ; Harold Isaacs, La trag&#233;die de la r&#233;volution chinoise, Paris, Gallimard, 1967 ; L&#233;on Trotski, Problems of the Chinese Revolution, New York, Ann Arbor, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Interview de Kendrick Radix, Inprecor, n&#176; 169, mars 1984, p. 5-9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Mohammed Oliver, Inprecor, n&#176; 169, mars 1984, p. 3-5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] &#171; Statement of the Cuban Government and the Cuban Communist Party &#187;, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 313-316. Notre traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Kendrick Radix, George Louison and Kendrick Radix Discuss : Internal Events Leading to the U.S. Invasion of Grenada, Grenada Foundation, 1984.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Interview de Don Rojas, Intercontinental Press, 26 d&#233;cembre 1983.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] &#171; Fidel Castro on the events in Grenada &#187;, 14 novembre 1983, dans Maurice Bishop Speaks, op. cit., p. 326-342. Notre traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] &#192; une &#233;chelle plus restreinte, le processus de &#171; l&#233;ninisation &#187; des organisations, c'est-&#224;-dire de leur stalinisation, proc&#233;dera au moyen des m&#234;mes accusations. Le but &#233;tait d'isoler les dirigeants fondateurs r&#233;fractaires &#224; ce processus et de les expulser. Pierre Beaudet, dans son livre On a raison de se r&#233;volter (Montr&#233;al, &#201;cosoci&#233;t&#233;, 2008) livre un t&#233;moignage poignant sur la stalinisation (mao&#239;sation) du groupe Mobilisation qui sera lui-m&#234;me accus&#233; d'&#234;tre petit-bourgeois par les mao&#239;stes staliniens qu&#233;b&#233;cois d&#233;j&#224; organis&#233;s en parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Gary Williams, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Manning Marable, African and Caribbean Politics : From Kwame Nkrumah to the Grenada Revolution, London, Verso, 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] Anthony Payne, Paul Sutton et Tony Thorndike, Grenada : Revolution and Invasion, New York, St. Martin Press, 1984, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] Fitzroy Ambursley et James Dunkerley, Grenada : Whose Freedom, Latin American Bureau, Research and Action, 1984, p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] Tony Thorndike, Grenada : Politics, Economics and Society, Boulder, Lynne Rienner Publishers, 1985, p. 76.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] William Eric Perkins, op. cit., p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Rosa Luxembourg, &#171; La r&#233;volution russe &#187;, &#338;uvres II, Paris, PCM, 1978, p. 84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Ren&#233; Dumont, Cuba est-il socialiste ?, Paris, Seuil, 1970, p. 37.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Cit&#233; par Louis Dumont, ibidem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[44] Jean Lamore, Cuba, Paris, Que sais-je ?, 1973, p. 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[45] Cit&#233; par Michael L&#246;wy, &#171; Las organizaciones de masas, el partido y el estado &#187;, dans Jos&#233; Luis Coraggio et Carmen Diana. Deere (dir.), La transici&#243;n dif&#237;cil. La autodeterminaci&#243;n de los peque&#241;os pa&#237;ses perif&#233;ricos, M&#233;xico, Siglo XXI, 1987. Notre traduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[46] Joseph Hansen, The Workers and Farmers Government, New York, National Education Department, Socialist Workers Party, 1974. Ce concept tr&#232;s utile pour saisir ces moments r&#233;volutionnaires me semble toutefois inad&#233;quats lorsqu'il est question du r&#233;gime mis en place apr&#232;s la prise du pouvoir sur toute la Chine, par exemple, du Parti communiste. Voir &#224; ce propos, Richard Poulin, La politique des nationalit&#233;s de la R&#233;publique populaire de Chine, de Mao Zedong &#224; Hua Guofeng, &lt;a href=&#034;http://www.cslf.gouv.qc.ca/publicat..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.cslf.gouv.qc.ca/publicat..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Richard Poulin &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;partement de sociologie et d'anthropologie &lt;br class='autobr' /&gt;
Universit&#233; d'Ottawa &lt;br class='autobr' /&gt;
Pavillon Desmarais, bureau 8122 &lt;br class='autobr' /&gt;
55, rue Laurier Est &lt;br class='autobr' /&gt;
Ottawa, ON, Canada &lt;br class='autobr' /&gt;
K1N 6N5 &lt;br class='autobr' /&gt;
T&#233;l. : (613) 562-5800 , poste 1249 &lt;br class='autobr' /&gt;
T&#233;l&#233;copieur : (613) 562-5906 &lt;br class='autobr' /&gt;
Courriel : poulin uottawa.ca&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le vagin industriel : vers une &#233;conomie politique du sexe commercial mondialis&#233;e</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Le-vagin-industriel-vers-une-economie-politique-du-sexe-commercial-mondialisee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Le-vagin-industriel-vers-une-economie-politique-du-sexe-commercial-mondialisee</guid>
		<dc:date>2009-03-31T04:15:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Richard Poulin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Professeure &#224; l'Universit&#233; de Melbourne, la f&#233;ministe radicale Sheila Jeffreys approfondit avec son plus r&#233;cent essai, &#171; The Industrial Vagina. The Political Economy of the Global Sex Trade &#187; [1], ses analyses sur l'oppression des femmes, plus particuli&#232;rement sur l'exploitation sexuelle &#224; une &#233;chelle industrielle. &lt;br class='autobr' /&gt; Avec talent, Sheila Jeffreys examine la croissance des industries du sexe au niveau mondial et rend compte de leurs effets dommageables sur les femmes et les fillettes qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Femmes-" rel="directory"&gt;Femmes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Professeure &#224; l'Universit&#233; de Melbourne, la f&#233;ministe radicale Sheila Jeffreys approfondit avec son plus r&#233;cent essai, &#171; The Industrial Vagina. The Political Economy of the Global Sex Trade &#187; [1], ses analyses sur l'oppression des femmes, plus particuli&#232;rement sur l'exploitation sexuelle &#224; une &#233;chelle industrielle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avec talent, Sheila Jeffreys examine la croissance des industries du sexe au niveau mondial et rend compte de leurs effets dommageables sur les femmes et les fillettes qui y sont exploit&#233;es ainsi que sur les relations entre les sexes. Cet essai universitaire de haute vol&#233;e a la qualit&#233; d'&#234;tre &#233;crit pour que tous et toutes, sp&#233;cialistes comme non-sp&#233;cialistes, puissent comprendre non seulement les raisons de cette croissance importante, mais &#233;galement les d&#233;bats qui, depuis les ann&#233;es 1980, divisent les universitaires, y compris celles se r&#233;clamant du f&#233;minisme, sur ce qu'est la prostitution et sur les politiques &#224; promouvoir pour l'abolir ou pour cautionner son expansion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sheila Jeffreys vit et travaille en Australie, pays dont plusieurs &#201;tats et un territoire ont l&#233;galis&#233; le prox&#233;n&#233;tisme et r&#233;glement&#233; la prostitution. Elle est &#224; m&#234;me de tirer un bilan de cette normalisation de l'exploitation sexuelle des femmes. Elle couvre &#233;galement une r&#233;gion &#8212; les &#238;les du Pacifique Sud &#8212; dont on n'est que tr&#232;s peu inform&#233; en Am&#233;rique, o&#249; des transformations majeures dans les m&#339;urs chez les peuples autochtones, notamment en termes d'essor de la violence sexuelle, sont dues, selon des recherches r&#233;centes, &#224; l'envahissement pornographique rapide et &#224; la banalisation de la prostitution. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteure fait des liens, &#224; l'occasion in&#233;dits, entre les diff&#233;rents secteurs des industries du sexe et certaines pratiques &#171; culturelles &#187; patriarcales. Elle donne des explications &#233;clairantes. Elle pol&#233;mique avec force avec le courant f&#233;ministe lib&#233;ral pro-prostitution ou &#171; pro-travail du sexe &#187;. Elle d&#233;construit avec efficacit&#233; son discours manipulateur qui est, dans cette &#232;re n&#233;olib&#233;rale, &#224; la fois s&#233;duisant et mensonger (nous y reviendrons). Enfin, elle propose quelques pistes pour combattre l'industrie mondiale du sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses analyses s'appuient sur une somme de recherches universitaires impressionnante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une hypoth&#232;se &#224; fouiller&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant les ann&#233;es 1980, les f&#233;ministes analysaient la prostitution comme une institution d'oppression des femmes, de toutes les femmes, et non seulement de celles qui &#233;taient prostitu&#233;es. Selon Jeffreys, jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1970, il y avait &#233;galement un consensus au niveau des gouvernements et des organisations internationales contre la l&#233;galisation du prox&#233;n&#233;tisme et l'organisation (r&#233;glementation) par les &#201;tats de la prostitution. Ces consensus ont pris fin &#224; la suite des &#171; r&#233;volutions conservatrices &#187; qui ont permis aux politiques n&#233;olib&#233;rales de triompher, ce qui &#233;videmment a eu des cons&#233;quences majeures dans les soci&#233;t&#233;s. Le business de la prostitution en bordels &#233;tait l&#233;galis&#233; dans diff&#233;rents pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, les clubs de danse nue devenaient des industries banales de loisir et de divertissement, et la pornographie &#233;tait promue par des multinationales comme General Motors, qui y trouvaient une source de profits non n&#233;gligeable. L'activit&#233; prox&#233;n&#232;te &#233;tait transform&#233;e en un &#171; secteur marchand profitable &#187; tandis que les maquereaux devenaient des hommes d'affaires respectables &#171; pouvant adh&#233;rer au Rotary Club &#187; (p. 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces transformations radicales profitaient au crime organis&#233; qui, depuis, fait des affaires d'or .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeffreys constate une industrialisation et une mondialisation de la prostitution. La traite &#224; des fins de prostitution et le tourisme de prostitution ne sont que des facettes de l'industrialisation mondialis&#233;e de la prostitution. Cette industrialisation a plusieurs racines, dont les guerres. La soumission sexuelle des femmes aux soldats et l'exploitation de leur prostitution par les arm&#233;es ont cr&#233;&#233; les infrastructures prostitutionnelles en Asie et en Europe, notamment dans l'ex-Yougoslavie, sur lesquelles ont prosp&#233;r&#233; l'industrie de la prostitution et ses extensions internationales : la traite &#224; des fins d'exploitation sexuelle et le tourisme de prostitution (chap. 5). Les politiques n&#233;olib&#233;rales du Fonds mon&#233;taire international (FMI) et de la Banque mondiale sont l'autre racine de l'expansion sans pr&#233;c&#233;dent de la prostitution. Dans tous les cas, il n'y aurait pas eu une telle expansion si on n'observait pas dans les soci&#233;t&#233;s un retour en force des pratiques patriarcales, dont la prostitution d'autrui n'est qu'une expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une hypoth&#232;se avanc&#233;e dans cet ouvrage m&#233;rite une attention particuli&#232;re. S'appuyant sur diff&#233;rentes recherches, Jeffreys &#233;met l'id&#233;e que le d&#233;collage &#233;conomique capitaliste du Japon (accumulation premi&#232;re du capital) est en partie li&#233; &#224; l'exploitation sexuelle des femmes par un syst&#232;me florissant de prostitution d&#232;s le XIXe si&#232;cle. Ce qui permet &#233;galement d'expliquer l'ampleur de la prostitution dans ses colonies (Cor&#233;e et Taiwan) pour &#171; satisfaire &#187; ses ressortissants, et le ph&#233;nom&#232;ne pendant la guerre du Pacifique, dans tous les pays conquis, des &#171; femmes de r&#233;confort &#187; au profit des officiers et des soldats japonais, ainsi que l'organisation massive de la prostitution des Japonaises au profit des troupes &#233;tats-uniennes d'occupation &#224; partir de 1945. Aujourd'hui encore, la prostitution repr&#233;sente environ 3 % de produit national brut (PNB) du Japon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1970-1980, des &#233;conomistes tentaient de comprendre l'essor industriel de la Cor&#233;e du Sud, de Ta&#239;wan, de Hongkong et de Singapour (les petits dragons de l'Asie). Ils concluaient que les traits culturels propres &#224; ces pays permettaient seuls de saisir ce d&#233;collage singulier, ce qui est une explication fort peu convaincante. En aucun temps, les rapports de sexe n'&#233;taient int&#233;gr&#233;s &#224; leur analyse. L'industrie de la prostitution, source d'accumulation de capital, y &#233;tait pourtant tr&#232;s importante &#8212; en Cor&#233;e du Sud, elle a repr&#233;sent&#233; jusqu'&#224; 5 % du PNB. L'hypoth&#232;se d'une accumulation primitive de capital par l'exploitation sexuelle massive des femmes et des fillettes explique peut-&#234;tre davantage l'essor industriel de ces pays que des traits culturels plus ou moins bien d&#233;finis et fort variables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce mod&#232;le d'accumulation a &#233;t&#233; reproduit par d'autres pays asiatiques, ceux notamment qui ont servi de bases aux troupes &#233;tats-uniennes dans la guerre contre le &#171; communisme &#187; vietnamien. C'est notamment le cas de la Tha&#239;lande et des Philippines. Il faut sacrifier une g&#233;n&#233;ration de femmes au profit du d&#233;veloppement &#233;conomique, affirmait un Premier ministre tha&#239;. Ce que relayait &#224; leur fa&#231;on les organismes internationaux comme le FMI et la Banque mondiale, qui &#233;taient &#224; tout le moins complices sinon g&#233;n&#233;rateurs de ce type de &#171; d&#233;veloppement &#233;conomique &#187;, et d'autres organisations comme l'Organisation internationale du travail qui, d&#232;s 1998, recommandait dans un rapport sur les pays du Sud-Est asiatiques la reconnaissance officielle de la prostitution comme une activit&#233; lucrative comme une autre. Depuis, l'OIT ne prend en compte la traite des &#234;tres humains que lorsqu'elle implique un &#171; travail forc&#233; &#187;, la prostitution &#171; forc&#233;e &#187; &#233;tant une forme de &#171; travail forc&#233; &#187;. Ce sont donc les modalit&#233;s de la traite qui sont mises en &#233;vidence, non ses buts. Ce qui a pour cons&#233;quence de minorer l'ampleur de la traite des humains &#224; des fins de prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; D&#233;construction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'analyse des diff&#233;rents secteurs exploitant sexuellement les femmes et les fillettes, Jeffreys &#233;chafaude ses th&#232;ses en d&#233;construisant syst&#233;matiquement les arguments des organisations et de leurs alli&#233;es universitaires qui sont favorables &#224; la prostitution d'autrui et qui la r&#233;duisent &#224; un travail choisi rationnellement et librement, dont les seules cons&#233;quences nuisibles seraient les infections sexuellement transmissibles (IST) et l'usage de la force. La reconnaissance de la prostitution au titre de travail comme un autre permettrait de fa&#231;on magique d'&#233;liminer de pareilles cons&#233;quences. Ne sont pas prises en compte, chez les avocat&#183;e&#183;s de la prostitution d'autrui, les multiples cons&#233;quences pour la sant&#233; physique et mentale de l'activit&#233; prostitutionnelle. Pourtant, ces cons&#233;quences sont fort bien document&#233;es. Tout comme est pass&#233; sous silence le fait que le recrutement dans la prostitution s'effectue tr&#232;s majoritairement &#224; un &#226;ge mineur, ce qui met &#224; mal l'id&#233;e d'un choix libre et rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeffreys conna&#238;t de fa&#231;on approfondie la litt&#233;rature produite en langue anglaise par les avocat&#183;e&#183;s de la prostitution d'autrui. Elle discute de fa&#231;on intelligente leurs propos et montre les faiblesses de leurs analyses, si ce n'est leur n&#233;gation de la r&#233;alit&#233; des dommages intrins&#232;ques caus&#233;s par l'exploitation sexuelle quotidienne. Elle discute de fa&#231;on &#233;clairante des euph&#233;mismes qui sont devenus des pivots centraux de ce courant, dont le concept de &#171; stigmatisation &#187; (stigma en anglais). Elle explique que cette id&#233;e sugg&#232;re que les dommages caus&#233;s dans la prostitution sont le fait non pas de sa pratique quotidienne, mais des attitudes n&#233;gatives qui stigmatisent l'activit&#233; et les femmes prostitu&#233;es. Autrement dit, les dommages pour la sant&#233; des femmes prostitu&#233;es ne sont pas dus aux prox&#233;n&#232;tes et aux prostitueurs [clients des prostitu&#233;es ; on trouve aussi prostituteurs, ndlr] qui les exploitent en tant que marchandises, mais seraient le r&#233;sultat de la stigmatisation sociale (p. 167-169). Une normalisation de la prostitution en tant que travail r&#233;soudrait ces probl&#232;mes. Cette normalisation l&#233;galiserait le prox&#233;n&#233;tisme et conf&#233;rerait aux prostitueurs une impunit&#233; totale, ce qui leur donnerait un pouvoir l&#233;gitime accru. En r&#233;duisant la question des dommages pour la sant&#233; des personnes prostitu&#233;es &#224; la stigmatisation, on met de c&#244;t&#233; les rapports de domination en faveur des hommes, qu'ils soient prox&#233;n&#232;tes ou prostitueurs, qui s'exercent dans la prostitution au profit &#8212; ce qui est tr&#232;s grave &#8212; d'un renforcement de leur pouvoir. D'o&#249; la n&#233;gation par les f&#233;ministes lib&#233;rales de ce courant de la prostitution en tant qu'institution d'oppression des femmes. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Droits humains&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jeffreys propose de comprendre l'exploitation sexuelle comme une atteinte aux droits humains fondamentaux. Elle montre que ces pratiques vont &#224; l'encontre desdits droits. Elle met en &#233;vidence le mod&#232;le su&#233;dois qui, depuis son adoption, essaime un peu partout dans le monde, de la Norv&#232;ge &#224; l'Afrique du Sud. Ce mod&#232;le analyse la prostitution comme une violence faite aux femmes. Cons&#233;quemment, les femmes prostitu&#233;es ont acc&#232;s &#224; tous les services existants pour les femmes victimes de violence. Elles ont acc&#232;s &#233;galement &#224; des services pour quitter la prostitution, ce qui est pratiquement inexistant dans les autres pays, notamment dans ceux qui consid&#232;rent cette activit&#233; comme un travail comme un autre. L'autre originalit&#233; de ce mod&#232;le est la p&#233;nalisation des prostitueurs. Ils sont consid&#233;r&#233;s responsables de la prostitution d'autrui et donc coupables de violence prostitutionnelle. Enfin, des moyens importants d'information publique en g&#233;n&#233;ral et dans les &#233;coles en particulier ont &#233;t&#233; mis en &#339;uvre. Ils ont eu pour effet non seulement un appui g&#233;n&#233;ralis&#233; de la population su&#233;doise &#224; la loi, mais surtout un frein substantiel du recrutement des jeunes filles comme prostitu&#233;es et des jeunes hommes comme prostitueurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Sheila Jeffreys, la prostitution est une pratique culturelle dommageable et nuisible (cultural harmful practice). Elle doit donc &#234;tre abolie et non pas &#234;tre am&#233;nag&#233;e au profit des prostitueurs et des prox&#233;n&#232;tes. C'est, en effet, la seule voie possible d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POULIN Richard&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Sheila Jeffreys, The Industrial Vagina. The Political Economy of the Global Sex Trade, Routledge, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Paru dans le p&#233;riodique suisse &#171; solidarit&#233;S &#187; n&#176;144 (19/03/2009), p. 9-10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Richard Poulin est sociologue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Prostitution mondialis&#233;e et lib&#233;ralisme, femmes et fillettes marchandises sexuelles</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Prostitution-mondialisee-et-liberalisme-femmes-et-fillettes-marchandises</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Prostitution-mondialisee-et-liberalisme-femmes-et-fillettes-marchandises</guid>
		<dc:date>2008-09-26T04:34:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Richard Poulin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;chelle de la plan&#232;te, des centaines de milliers, voire des millions de femmes et de fillettes sont, chaque ann&#233;e, recrut&#233;es, achet&#233;es, vendues et lou&#233;es par des r&#233;seaux de prostitution. Cette industrie profite autant d'une culture hypersexualis&#233;e que de la mon&#233;tarisation des rapports sociaux typiques du capitalisme n&#233;olib&#233;ral mondialis&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Tous les observateurs s'accordent sur le fait que la traite &#224; des fins de prostitution est l'activit&#233; du crime organis&#233; qui conna&#238;t actuellement la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Femmes-" rel="directory"&gt;Femmes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'&#233;chelle de la plan&#232;te, des centaines de milliers, voire des millions de femmes et de fillettes sont, chaque ann&#233;e, recrut&#233;es, achet&#233;es, vendues et lou&#233;es par des r&#233;seaux de prostitution. Cette industrie profite autant d'une culture hypersexualis&#233;e que de la mon&#233;tarisation des rapports sociaux typiques du capitalisme n&#233;olib&#233;ral mondialis&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tous les observateurs s'accordent sur le fait que la traite &#224; des fins de prostitution est l'activit&#233; du crime organis&#233; qui conna&#238;t actuellement la plus grande expansion parce qu'elle est la plus profitable. Elle concerne 90-92 % des cas, &#233;tant de loin plus importante que la traite &#224; des fins de travail forc&#233; (aides domestiques, travailleurs agricoles, etc.)[1]. Selon le Bureau international du travail, les femmes et les fillettes constituent, en 2005, 98 % des personnes victimes de la traite &#224; des fins d'exploitation sexuelle. L'Office des Nations Unies pour le contr&#244;le des drogues et la pr&#233;vention du crime estime, en 2006, que pratiquement aucun pays du monde n'est &#233;pargn&#233; de la traite des &#234;tres humains : il recense 127 &#201;tats comme pays d'origine et 137 comme pays de destination. Les Pays-Bas apparaissent comme l'une des dix plaques tournante de la traite internationale &#224; des fins de prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avatars de la l&#233;galisation de l'exploitation sexuelle des femmes&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux Pays-Bas, 80 % des personnes prostitu&#233;es sont d'origine &#233;trang&#232;re dont 70 % sans papiers. Le secteur ill&#233;gal y est plus important que le secteur l&#233;gal. Selon toute vraisemblance, elles sont victimes de la traite des &#234;tres humains &#224; des fins de prostitution, laquelle est sous l'emprise du crime organis&#233;. Ce pays, qui a l&#233;galis&#233; en 2000 le prox&#233;n&#233;tisme et r&#233;glement&#233; la prostitution en bordels et en zones de tol&#233;rance, r&#233;colte un milliard d'euros d'imp&#244;t par ann&#233;e en provenance du seul secteur l&#233;gal de la prostitution. Les bordels sont d&#233;sormais licenci&#233;s et les tenanciers prox&#233;n&#232;tes op&#232;rent en toute l&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;galisation de la prostitution en bordels et en zones de tol&#233;rance devait mettre fin &#224; la prostitution des mineurs, or l'Organisation pour les Droits de l'enfant, dont le si&#232;ge est &#224; Amsterdam, estime que le nombre de mineurs qui sont prostitu&#233;s est pass&#233; de 4 000 en 1996 &#224; 15 000 en 2001. Et la traite des mineurs non accompagn&#233;s y est en plein essor comme dans les autres pays europ&#233;ens qui ont r&#233;glement&#233; la prostitution et l&#233;galis&#233; le prox&#233;n&#233;tisme (Allemagne, Gr&#232;ce, Suisse, etc.). Les r&#233;fugi&#233;es d'&#226;ge mineur qui demandent l'asile d&#232;s leur arriv&#233;e &#224; l'a&#233;roport d'Amsterdam sont conduites dans des foyers sp&#233;cialis&#233;s d'o&#249; elles disparaissent[2]. Le rythme rapide de ces disparitions a mis la puce &#224; l'oreille des forces de l'ordre qui ont d&#233;mantel&#233; en octobre 2007 un important r&#233;seau de traite des mineures &#224; des fins de prostitution en provenance du Nigeria et qui se sont retrouv&#233;es, pour une partie d'entre elles, dans des bordels du pays ainsi que d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;galisation de la prostitution devait &#233;galement mettre fin au contr&#244;le du crime organis&#233; sur l'industrie. Mais celui-ci, au contraire, a &#233;tendu son emprise et y prosp&#232;re comme jamais. La mairie d'Amsterdam a ferm&#233; le tiers des bordels de son red light district en rachetant les &#233;difices, au co&#251;t de 15 millions d'euros, afin de changer leur vocation. &#171; Au lieu d'assainir la fili&#232;re, la politique de licences accord&#233;es depuis octobre 2000 aux maisons closes a abouti &#224; une situation incontr&#244;lable &#187;, affirme Karina Schaapman, ex-prostitu&#233;e et conseill&#232;re municipale. Pour le maire de la ville, le &#171; quartier rouge &#187; est un &#171; refuge pour les trafiquants [d'&#234;tres humains] et les dealers et la r&#233;glementation n'a pas atteint son but : briser ses liens avec le crime organis&#233; &#187;. Un conseiller municipal du Parti du travail explique : &#171; Auparavant, on voyait la l&#233;galisation de la prostitution comme une question de lib&#233;ration des femmes ; aujourd'hui on la voit comme une question d'exploitation des femmes et &#231;a doit cesser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le constat d'&#233;chec du r&#233;glementarisme n&#233;erlandais est patent. Un bilan similaire vient d'&#234;tre tir&#233; en ce qui concerne la prostitution r&#233;glement&#233;e au Nevada (&#201;tats-Unis) et en Australie[3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une industrie mondiale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des centaines de milliers voir des millions de femmes et de fillettes sont recrut&#233;es, achet&#233;es, vendues et revendues, chaque ann&#233;e, par des r&#233;seaux organis&#233;s sur les march&#233;s locaux, nationaux et internationaux et, &#224; chaque &#233;tape ou presque de leur transport, lou&#233;es aux clients prostitueurs. Elles sont transport&#233;es clandestinement ou, selon les circonstances, l&#233;galement - les visas d'&#171; artiste &#187; pour les danseuses de cabaret sont &#233;mis par de nombreux &#201;tats[4] et d&#233;nonc&#233;s par diff&#233;rentes organisations internationales et europ&#233;ennes comme moyen utilis&#233; par les trafiquants pour prostituer les femmes - au-del&#224; des fronti&#232;res nationales sur le march&#233; du sexe du monde entier, des pays les plus pauvres aux pays moins pauvres jusqu'aux pays riches. Ainsi, par exemple, on estime que depuis dix ans, 200 000 jeunes femmes et fillettes du Bangladesh ont &#233;t&#233; victimes de la traite &#224; des fins de prostitution vers le Pakistan et 150 000 jeunes femmes en provenance des Philippines, de Taiwan, de Tha&#239;lande et de Russie sont prostitu&#233;es au Japon. Les trafiquants pratiquement inconnus &#224; Londres, au Royaume-Uni, vers le milieu des ann&#233;es 1990, contr&#244;lent d&#233;sormais 80 % des jeunes femmes prostitu&#233;es sur le trottoir. Interpol estime qu'ils sont en mesure de fournir au &#171; march&#233; &#187;, dans les 48 heures, des jeunes femmes des Balkans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;chelle plan&#233;taire, la traite des femmes et des enfants ne saurait &#234;tre spontan&#233;e. Des mouvements de population qui concernent des millions de personnes chaque ann&#233;e supposent des organisations bien structur&#233;es, aux ramifications internationales, aux complicit&#233;s innombrables, aux moyens financiers &#233;normes, avec ses lots de recruteurs, de rabatteurs, de convoyeurs, de gardes-chiourme, de &#171; dresseurs &#187;, de tauliers et de tueurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
La traite &#224; des fins de prostitution est une v&#233;ritable industrie o&#249; font fortune les vendeurs et les revendeurs, qui sont acheteurs &#224; tour de r&#244;le. Comme pour n'importe quelle industrie, une multitude de personnes profitent des &#171; flux de marchandises &#187; : du &#171; souteneur &#187; en passant par l'interm&#233;diaire, du recruteur au propri&#233;taire du bordel, du douanier corrompu au policier, du trafiquant &#224; l'&#201;tat qui engrange taxes et imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un syst&#232;me bien rod&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel trafic &#224; l'&#233;chelle mondiale ne se fait pas au petit bonheur la chance. Il exige pots-de-vin et corruption du plus bas au plus haut niveau de la soci&#233;t&#233;. Il exige &#233;galement des moyens qui vont de l'achat d'enfants sous de fausses repr&#233;sentations &#224; l'enl&#232;vement, de la tromperie aux faux papiers. Les organisations criminelles peuvent tout g&#233;rer, du recrutement, au transport et &#224; la mise en march&#233; des personnes prostitu&#233;es. Elles peuvent fonctionner par sous-traitance ou contr&#244;ler directement l'ensemble des op&#233;rations. Elles peuvent &#233;galement prosp&#233;rer au moyen de collaborations &#233;troites avec d'autres groupes criminels, dans le cadre d'une division internationale ou r&#233;gionale du travail. Elles embauchent des sp&#233;cialistes : financiers charg&#233;s du blanchiment des revenus, faussaires, avocats, professionnels du lobby. Elles peuvent op&#233;rer de fa&#231;on int&#233;gr&#233;e verticalement, du recruteur au g&#233;rant des &#233;tablissements de prostitution, en passant par les transporteurs aux personnes charg&#233;es du recouvrement des dettes des victimes, des corrupteurs qui sont charg&#233;s de distribuer les pots-de-vin aux op&#233;rateurs des bureaux de placement et aux escorteurs des victimes de la traite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fili&#232;res recrutent les femmes et les enfants sur place, fournissent les visas et les faux papiers et organisent leur transport. Les m&#233;thodes de recrutement varient. La m&#233;thode la plus r&#233;pandue consiste &#224; faire para&#238;tre des petites annonces proposant un emploi dans un autre pays comme coiffeuse, baby-sitter, domestique, serveuse, jeune fille au pair, mannequin ou danseuse. Une autre m&#233;thode consiste &#224; recruter au moyen de bureaux de placement, d'agences de voyages ou de mariage et de rencontres, qui sont de simples paravents pour les rabatteurs. Des victimes de la traite ont &#233;t&#233; &#233;galement vendues par leur famille, leur petit ami ou par des institutions comme des orphelinats. Une fois recrut&#233;e, la personne est plac&#233;e dans une situation de d&#233;pendance tout au long de sa traite. La victime passe alors de main en main jusqu'&#224; son arriv&#233;e dans le pays de destination. Une jeune fille de 14 ans, rapatri&#233;e de la Bosnie-Herz&#233;govine par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a &#233;t&#233; vendue 22 fois &#224; diff&#233;rents r&#233;seaux prox&#233;n&#232;tes et propri&#233;taires de bordels ! &#192; chaque fois, elle a eu &#224; subir viols et autres agressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trafiquants se succ&#232;dent lors du d&#233;placement des victimes de la traite, mais le sort des filles ne varie pas : les viols et les autres formes d'assujettissement sont fr&#233;quemment employ&#233;s m&#234;me pour la minorit&#233; qui conna&#238;t le but de sa traite : sa prostitution. Sit&#244;t arriv&#233;es dans le pays de destination, les personnes voient leurs papiers confisqu&#233;s et sont imm&#233;diatement prostitu&#233;es. Les r&#233;calcitrantes passent par un camp de &#171; dressage &#187;, o&#249; elles sont bris&#233;es psychologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pays de destination, la victime de la traite, qu'elle soit une personne d&#233;j&#224; prostitu&#233;e dans son pays ou non, verra son passeport et ses autres papiers confisqu&#233;s par ceux qui organisent sa prostitution. Elle devra rembourser la &#171; dette &#187; du voyage. &#192; cela s'ajoutent les frais de logement, de nourriture, d'habillement, de maquillage, de pr&#233;servatifs, lesquels sont d&#233;duits de ses &#171; revenus &#187;. Une fois tous les &#171; frais &#187; pay&#233;s, il ne lui reste pratiquement rien, m&#234;me souvent sa dette augmente. Elle sera surveill&#233;e, c'est-&#224;-dire &#171; prot&#233;g&#233;e &#187; selon le point de vue des membres du r&#233;seau qui exploitent sa prostitution. Elle sera menac&#233;e de vente &#224; un autre r&#233;seau, o&#249; elle devra &#224; nouveau rembourser une &#171; dette &#187;. Si elle r&#233;ussit &#224; &#233;chapper aux prox&#233;n&#232;tes, elle risque l'expulsion en tant qu'immigrante clandestine, ce qui, selon l'OIM, ne fait que nourrir les r&#233;seaux de traite op&#233;rant dans les pays d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lib&#233;ralisme triomphant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sir pour soi et ses enfants d'une vie meilleure pousse les gens &#224; &#233;migrer ou &#224; faire &#233;migrer leurs enfants. C'est ce qui explique, par exemple, qu'une famille albanaise accepte de vendre son b&#233;b&#233; &#224; des trafiquants qui l'emm&#232;neront en Italie ou qu'une famille tha&#239;e du nord du pays f&#234;te la naissance d'une fille, car promesse de revenus par sa prostitution future dans le sud du pays. Vu sous cet angle, mettre fin &#224; la traite des &#234;tres humains exige plus que des lois s&#233;v&#232;res et des mesures de protection des victimes. On doit s'attaquer au socle sur lequel repose 90-92 % de la traite : l'industrie de la prostitution. Mais la victoire du n&#233;olib&#233;ralisme dans les ann&#233;es 1980 a permis une acc&#233;l&#233;ration de la mon&#233;tarisation des rapports sociaux qui s'est traduite par un essor consid&#233;rable des industries du sexe et par leur l&#233;gitimit&#233; accrue. Le sexe tarif&#233; a connu, dans les derni&#232;res d&#233;cennies, une expansion consid&#233;rable ; la soumission aux r&#232;gles du march&#233; et aux lois lib&#233;rales contractuelles d'&#233;change entra&#238;ne une acceptation de plus en plus &#233;tendue de l'acte marchand, qui donne acc&#232;s, contre une somme variable d'argent, au sexe des femmes et des fillettes. La prostitution &#233;tant m&#234;me d&#233;sormais, pour un nombre important d'&#201;tats d'Europe de l'Ouest et du Pacifique Sud, un &#171; travail &#187; l&#233;gitime et, pour certains, un &#171; droit &#187; et une &#171; libert&#233; &#187;. Dans des &#201;tats du Sud, la prostitution est consid&#233;r&#233;e comme l'un des moyens de &#171; d&#233;veloppement &#187; &#233;conomique du pays. La prostitution fait m&#234;me partie de la strat&#233;gie de d&#233;veloppement. En outre, sous l'obligation de remboursement de la dette, de nombreux &#201;tats d'Asie, et plus r&#233;cemment d'Afrique, ont &#233;t&#233; encourag&#233;s par les organisations internationales comme le Fonds mon&#233;taire internationale et la Banque mondiale - qui ont offert des pr&#234;ts importants - &#224; d&#233;velopper leurs industries du tourisme et de &#171; divertissement &#187;. Dans chacun des cas, l'essor de ces secteurs a permis l'envol&#233;e de l'industrie du commerce sexuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les deux derni&#232;res d&#233;cennies, la prostitution comme la pornographie sont devenues des industries l&#233;gitimes et triviales : elles sont rebaptis&#233;es &#171; travail du sexe &#187; ou &#171; vente de services sexuels &#187;, &#171; sexualit&#233; r&#233;cr&#233;ative &#187; (pour qui ?) ; les prox&#233;n&#232;tes sont des &#171; managers &#187;, des &#171; entrepreneurs &#233;rotiques &#187; ; les recruteurs des &#171; chasseurs de t&#234;te &#187; ; les bars de danse nue ou les maisons closes sont des &#171; lieux de divertissement &#187; et des &#171; &#233;tablissements &#233;rotiques &#187; (pour qui ?). Les danseuses nues sont &#171; &#233;rotiques &#187; ou &#171; exotiques &#187; et obtiennent de nombreux gouvernements des &#171; visas d'artiste &#187;. Au nom de l'&#171; autonomie &#187; des personnes et du droit de &#171; contr&#244;ler son propre corps[5] &#187; (au profit au plaisir masculin) est d&#233;fendu le &#171; droit &#187; &#224; la prostitution et &#224; la traite des femmes aux fins de prostitution (consid&#233;r&#233;e comme une migration des &#171; travailleuses du sexe &#187;). Cette id&#233;ologie lib&#233;rale s'est impos&#233;e peu &#224; peu. Pendant longtemps, elle n'a pas sembl&#233; normale, &#171; morale &#187; ou &#171; naturelle &#187;. Il a fallu des changements profonds et un ensemble de conditions propices &#224; sa formulation en tant que &#171; libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation n&#233;o-lib&#233;rale est le facteur dominant aujourd'hui dans l'essor de la prostitution et de la traite des femmes et des enfants aux fins de prostitution. Elle accro&#238;t les in&#233;galit&#233;s sociales et exploite les d&#233;s&#233;quilibres entre les hommes et les femmes qu'elle renforce singuli&#232;rement. Elle s'incarne dans une marchandisation des &#234;tres humains et dans le triomphe de la v&#233;nalit&#233; sexuelle. Cette industrie est &#224; la confluence des relations marchandes capitalistes et de l'oppression des femmes, deux ph&#233;nom&#232;nes &#233;troitement entrem&#234;l&#233;s. Malgr&#233; cela, la tr&#232;s grande majorit&#233; des analyses de la mondialisation capitaliste contemporaine ne prend pas en consid&#233;ration l'impact sur les soci&#233;t&#233;s et sur les rapports sociaux de sexe de l'industrie du commerce sexuel. Dans la tr&#232;s importante litt&#233;rature produite sur le sujet, bien des aspects ont &#233;t&#233; examin&#233;s - privatisation, financiarisation, ajustement structurel, d&#233;r&#233;glementation, enrichissement et appauvrissement, croissance des in&#233;galit&#233;s, n&#233;o-lib&#233;ralisme, r&#233;duction des budgets sociaux, programmes d'aust&#233;rit&#233;, paradis fiscaux, etc. - mais rares sont les &#233;tudes int&#233;grant dans la dynamique de la mondialisation l'essor des industries du sexe. Pourtant, le processus de marchandisation des biens et des services, et plus particuli&#232;rement la commercialisation du vivant, y compris des corps et des sexes, ainsi que la mon&#233;tarisation des relations sociales sont au c&#339;ur de l'actuelle accumulation capitaliste. Nombre d'opposants &#224; la mondialisation n&#233;o-lib&#233;rale et &#224; l'extension du r&#232;gne de la marchandise dans l'&#233;ducation et la sant&#233; n'en d&#233;fendent pas moins la l&#233;galisation de la prostitution et du prox&#233;n&#233;tisme, au nom des droits des &#171; travailleuses du sexe &#187; (jamais au non du &#171; droit &#187; des clients prostitueurs), c'est-&#224;-dire la l&#233;galisation de l'exploitation sexuelle des femmes et des filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se conjugue &#224; cela la culture qui est de plus en plus hypersexualis&#233;e (au profit du &#171; divertissement &#187; masculin), alors une &#171; carri&#232;re &#187; dans la prostitution et la pornographie appara&#238;t m&#234;me comme &#233;tant glamour. Le recrutement pour ces industries s'en trouve facilit&#233;. C'est l'un des effets notables, mais souvent pass&#233;s sous silence, de la banalisation des industries du sexe &#224; l'&#233;chelle mondiale. Par exemple, dans les pays de l'Est, o&#249; la prostitution, la pornographie et la traite &#224; des fins d'exploitation sexuelle ont connu une explosion aux cours des ann&#233;es 1990, des sondages ont r&#233;v&#233;l&#233; que pr&#232;s d'un sixi&#232;me des &#233;l&#232;ves ukrainiennes percevait la prostitution de fa&#231;on positive, croyant que celle-ci n'&#233;tait que luxe et plaisir &#224; l'Ouest, et que le quart des filles de Moscou, &#233;l&#232;ves au secondaire, envisageait de se prostituer. Lorsque la prostitution et la pornographie apparaissent comme un m&#233;tier comme un autre, elles deviennent des voies d'&#171; avenir &#187;&#8230; pour les filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prostitution n'est plus consid&#233;r&#233;e par beaucoup, notamment &#224; gauche et chez les f&#233;ministes lib&#233;rales, comme une forme d'assujettissement du sexe f&#233;minin aux hommes, au syst&#232;me patriarcal, elle est d&#233;sormais un &#171; droit &#187;. Les ann&#233;es 1990 ont &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;es par la l&#233;gitimation de la marchandisation sexuelle des femmes et des enfants au profit du syst&#232;me prostitutionnel, au nom de la mise en &#339;uvre de certaines modalit&#233;s de sa r&#233;gulation (r&#233;glementarisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prostitution, qu'elle soit l&#233;gale ou ill&#233;gale, comme les autres industries du sexe, n'est pas organis&#233;e pour les personnes prostitu&#233;es, elle les marchandise et les monnaye. Elle est organis&#233;e par un syst&#232;me prox&#233;n&#232;te en faveur des clients prostitueurs. O&#249; sont donc les prox&#233;n&#232;tes et les clients dans les propos des souteneurs de la prostitution d'autrui ? Au mieux, les clients prostitueurs n'apparaissent que comme parties contractantes de l'&#233;change, que comme consommateurs. Ils ont le &#171; droit &#187; de consommer les personnes prostitu&#233;es, puisque cela rel&#232;ve du droit contractuel bourgeois : c'est une entente conclue entre deux personnes consentantes (comme si la tierce personne, le prox&#233;n&#232;te, n'&#233;tait jamais impliqu&#233;e). Pourquoi ne pas d&#233;fendre un autre droit du consommateur, celui de voir renouveler la marchandise p&#233;riodiquement - la traite aux fins de prostitution ne sert-elle pas pr&#233;cis&#233;ment &#224; cela ? En effet, cette traite ne leur pose pas probl&#232;me, puisqu'elle est consid&#233;r&#233;e, elle aussi, comme &#171; volontaire &#187; et est assimil&#233;e &#224; une migration de &#171; travailleuses du sexe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, les &#201;tats qui ont l&#233;galis&#233; cette exploitation sexuelle et qui consid&#232;rent une bonne partie de la traite &#224; des fins de prostitution comme une migration de &#171; travailleuses du sexe &#187; op&#232;rent une distinction entre &#171; prostitution forc&#233;e &#187; et travail &#171; illicite &#187;. Alors, une victime de la traite consid&#233;r&#233;e comme &#171; consentante &#187; &#224; sa prostitution n'aura droit &#224; aucune protection particuli&#232;re et, souvent, sera catalogu&#233;e immigrante ill&#233;gale. Elle est d&#232;s lors une menace &#224; &#171; l'int&#233;grit&#233; territoriale &#187; de l'&#201;tat. Elle n'est donc pas une victime, mais une criminelle - son entr&#233;e dans le pays ayant &#233;t&#233; ill&#233;gale - dont le &#171; travail &#187;, c'est-&#224;-dire sa prostitution, est &#171; illicite[6] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;finir la prostitution ou la traite aux fins de prostitution par la contrainte ou l'absence de contrainte implique qu'il n'est plus n&#233;cessaire d'analyser la prostitution en tant que telle : son sens, ses m&#233;canismes, ses liens avec le crime organis&#233;, son inscription dans les relations marchandes et patriarcales, son r&#244;le dans l'oppression des femmes, etc. La l&#233;gitimation de la prostitution passe par cette op&#233;ration de r&#233;duction lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme n&#233;o-lib&#233;ral trouve son expression achev&#233;e dans le domaine des industries du sexe. Ce r&#233;gime d'accumulation &#233;troitement li&#233; aux d&#233;r&#233;gulations de la mondialisation renforce d'une fa&#231;on consid&#233;rable le syst&#232;me d'oppression des femmes et leur asservissement au plaisir d'autrui, au plaisir masculin. En r&#233;duisant les femmes &#224; une marchandise susceptible d'&#234;tre achet&#233;e, vendue, lou&#233;e, appropri&#233;e, &#233;chang&#233;e ou acquise, la prostitution affecte les femmes en tant que groupe. Elle renforce l'&#233;quation archa&#239;que entre femme et sexe, r&#233;duisant les femmes &#224; une humanit&#233; moindre et contribuant &#224; les maintenir dans un statut inf&#233;rieur partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes et les fillettes en paient un lourd tribut.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;NOTES&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Organisation internationale du travail (OIT) &#233;value que 2,45 millions de personnes sont victimes de la traite &#224; des fins d'exploitation sexuelle chaque ann&#233;e. Mais ce chiffre d&#233;coule d'une &#233;tude sur la traite &#224; des fins de prostitution &#171; forc&#233;e &#187;, assimil&#233;e au &#171; travail forc&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire ne prend pas en compte l'ensemble de la traite &#224; des fins de prostitution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux Pays-Bas, la majorit&#233; des mineurs non accompagn&#233;s proviennent de la Chine, de la Somalie, de la Sierra Leone et, plus r&#233;cemment, de l'Angola et du Nigeria. &lt;br class='autobr' /&gt;
Melissa Farley, Prostitution and Trafficking in Nevada. Making the Connections, San Francisco, PRE, 2007 ; Mary L. Sullivan, Making Sex Work : A Failed Experiment with Legalized Prostitution, North Melbourne, Spinifex, 2007. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 2004, les ambassades suisses ont d&#233;livr&#233; 5 953 visas destin&#233;s aux danseuses de cabaret, moyen privil&#233;gi&#233; des trafiquants prox&#233;n&#232;tes pour prostituer les femmes. La m&#234;me ann&#233;e, la Slov&#233;nie a d&#233;livr&#233; 650 visas, dont une grande majorit&#233; &#224; des Ukrainiennes, le Luxembourg environ 350, Chypre 1 200 visas et le Canada 500 visas &#224; des Roumaines (et sans doute plus si on tient compte des autres nationalit&#233;s). En 2004, le gouvernement japonais a d&#233;livr&#233; 71 084 visas &#224; des femmes en provenance des Philippines. Plusieurs pays des Cara&#239;bes, dont Sainte-Lucie, les Bahamas, la Jama&#239;que, le Surinam, d&#233;livrent des visas &#224; des &#171; danseuses &#187; pour qu'elles puissent &#339;uvrer dans l'industrie du divertissement pour hommes. C'est &#233;galement le cas des Antilles n&#233;erlandaises o&#249; la prostitution est r&#233;glement&#233;e, notamment St. Marteen, Cura&#231;ao et Bonaire. Le Canada et le Luxembourg ont mis fin &#224; leurs programmes de visas d'artiste &#224; la fin de 2004. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour &#201;lisabeth Badinter, par exemple, la prostitution s'int&#232;gre dans un &#171; droit ch&#232;rement acquis depuis &#224; peine trente ans [qui] appelle le respect de tous : la libre disposition de son corps &#187;. La distinction entre prostitution &#171; libre &#187; et &#171; forc&#233;e &#187; lui permet de d&#233;noncer le discours qui pr&#233;tend que les personnes prostitu&#233;es sont &#171; les victimes de la logique &#233;conomique lib&#233;rale et de la domination masculine propre au patriarcat &#187;. Les qualifier de &#171; victimes &#187; serait admettre l'existence d'une oppression sociale structurelle, ce qui n'est plus le cas : &#171; Le patriarcat [est] agonisant dans nos soci&#233;t&#233;s. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mme Zwerver, Pays-Bas, SOC, Migrations li&#233;es &#224; la traite des femmes et &#224; la prostitution, Rapport Commission sur l'&#233;galit&#233; des chances pour les femmes et les hommes, Assembl&#233;e parlementaire, Conseil de l'Europe, doc. 9795, 23 avril 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
