<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.lagauche.ca/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>La Gauche</title>
	<link>https://www.lagauche.ca/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.lagauche.ca/spip.php?id_auteur=140&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>La Gauche</title>
		<url>https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L144xH75/siteon0-d17a8.jpg?1629928024</url>
		<link>https://www.lagauche.ca/</link>
		<height>75</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La lente d&#233;faite d'Ernesto Che Guevara </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-lente-defaite-d-Ernesto-Che-Guevara</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/La-lente-defaite-d-Ernesto-Che-Guevara</guid>
		<dc:date>2008-10-16T05:06:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Rov&#232;re</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Par Michel Rov&#232;re Tir&#233; de Critique Communiste n&#176;151, hiver/printemps 1998 &lt;br class='autobr' /&gt; La lente d&#233;faite d'Ernesto Che Guevara Par Michel Rov&#232;re le jeudi, 15 juin 2006 Le Che, c'est une l&#233;gende. Avec ses s&#233;ductions romantiques, mais aussi ses clich&#233;s et ses erreurs. Or, nombre d'&#233;tudes s&#233;rieuses et d'informations in&#233;dites permettent de faire la lumi&#232;re sur bien des probl&#232;mes majeurs, qui jusque l&#224; repr&#233;sentaient des zones d'ombres de l'histoire politique et militante du Che, et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Par Michel Rov&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de Critique Communiste n&#176;151, &lt;br class='autobr' /&gt;
hiver/printemps 1998&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La lente d&#233;faite d'Ernesto Che Guevara &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Michel Rov&#232;re le jeudi, 15 juin 2006 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Che, c'est une l&#233;gende. Avec ses s&#233;ductions romantiques, mais aussi ses clich&#233;s et ses erreurs. Or, nombre d'&#233;tudes s&#233;rieuses et d'informations in&#233;dites permettent de faire la lumi&#232;re sur bien des probl&#232;mes majeurs, qui jusque l&#224; repr&#233;sentaient des zones d'ombres de l'histoire politique et militante du Che, et de l'histoire du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; de plus ou moins bon ton, au cours de ces derniers mois, &#224; l'occasion du trenti&#232;me anniversaire de sa mort, dans certaine presse de &#034; gauche &#034; de gloser longuement sur le gauchisme et l'irr&#233;alisme fonciers des th&#232;ses &#233;conomiques, strat&#233;giques, militaires d' Ernesto &#034;Che&#034; Guevara. Quitte quelquefois &#224; prendre, pour mieux appuyer cette th&#232;se, quelques libert&#233;s avec la v&#233;rit&#233; historique : si l'on s'en tient au seul terrain &#233;conomique, la d&#233;cision de diversifier, sans pr&#233;paration, &#224; un rythme ultrarapide l'agriculture cubaine au d&#233;but des ann&#233;es soixante afin de desserrer la contrainte de la monoculture sucri&#232;re, et qui aboutit &#224; l'effondrement des zafras de 1963, 1964 et 1965, ne fut pas celle du Che mais bien de Fidel Castro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, les tournants &#233;conomiques &#034;gauchistes&#034; de la fin des ann&#233;es soixante, avec les vagues de nationalisation du petit commerce et des entreprises artisanales, ou avec le pari ultra-volontariste de la &#034;zafra des 10 millions&#034; en 1970, peuvent difficilement &#234;tre imput&#233;s au Che. Ce dernier a dans les faits abandonn&#233; depuis la fin 1964 la direction du minist&#232;re de l'Industrie, et ses &#233;quipes de collaborateurs ont &#233;t&#233; ensuite dispers&#233;es, en semi-disgr&#226;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fidel Castro reconna&#238;tra d'ailleurs &#224; la fin des ann&#233;es soixante, plusieurs mois apr&#232;s l'annonce de la mort du Che, que les &#233;checs &#233;conomiques rencontr&#233;s ne peuvent &#224; bon droit lui &#234;tre attribu&#233;s comme une simple continuation de sa politique ou la mise en &#339;uvre de ses id&#233;es. Mais il convient aussi de comprendre dans quelle situation d'isolement politique au sein de la direction cubaine se trouvait le Che lors de son abandon du minist&#232;re de l'Industrie en mars 1965, et de son d&#233;part pour aller soutenir la gu&#233;rilla dans l'Est du Congo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE TOURNANT : LA GESTION DE L'APR&#200;S CRISE DES FUS&#201;ES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers la fin de l'ann&#233;e 1962 et le d&#233;but de l'ann&#233;e 1963 que se nouent, de fa&#231;on souvent non explicite, au sein de la direction cubaine des d&#233;bats strat&#233;giques qui aboutiront, de facto, &#224; l'isolement puis &#224; la d&#233;faite d'un certain nombre des id&#233;es force qui fondent le corpus strat&#233;gique qu'&#233;labore le Che dans cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappel : sous l'impulsion du Che notamment, la direction castriste, qui a d&#233;fait la dictature de Batista aux premiers jours de 1959, engage le pays dans un processus de r&#233;volution permanente face aux pressions, aux menaces puis aux actes d'hostilit&#233; ouverte mis en &#339;uvre par les Etats-Unis avec le relais des classes dominantes locales. Aux r&#233;formes agraires de plus en plus radicales, &#224; l'&#233;puration de fond en comble de l'appareil d'Etat de Batista (&#224; commencer par la dissolution de son arm&#233;e et de ses organes de r&#233;pression), succ&#232;de la nationalisation des biens des grandes compagnies &#233;trang&#232;res, am&#233;ricaines pour la plupart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action am&#233;ricaine, depuis les premi&#232;res mesures d'embargo et tentatives de d&#233;stabilisation, d'isolement international (Alliance pour le progr&#232;s en Am&#233;rique latine), va culminer avec l'op&#233;ration d'invasion de groupes de mercenaires et d'exil&#233;s cubains appuy&#233;s et arm&#233;s par la CIA &#224; la Baie des Cochons en avril 196l. Il s'agit pour les Etats-Unis de r&#233;p&#233;ter une op&#233;ration du m&#234;me type que celle men&#233;e en 1954 contre le gouvernement r&#233;formiste d'Arbenz, coupable d'avoir voulu s'en prendre au monopole de l'United Fruit au Guatemala, et qui fut l'un des tournants dans la maturation r&#233;volutionnaire du Che alors pr&#233;sent sur les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conscient que l'&#233;chec am&#233;ricain &#224; Playa Giron ne mettrait pas fin aux tentatives s&#233;ditieuses des Etats-Unis et de leurs agences, les dirigeants cubains qui affirment d&#233;sormais, &#224; partir de la 2e D&#233;claration de la Havane, le caract&#232;re socialiste de leur r&#233;volution, vont spontan&#233;ment se tourner vers l'URSS pour y rechercher une forme de parapluie militaire, de m&#234;me qu'ils se sont tourn&#233;s vers la m&#234;me Union sovi&#233;tique pour trouver des d&#233;bouch&#233;s de compensation &#224; leur sucre ou des sources d'approvisionnement en biens d'&#233;quipement apr&#232;s la mise en &#339;uvre de l'embargo &#233;conomique par les Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite est connue : Nikita Khrouchtchev enverra sur l'&#238;le cara&#239;be des troupes et des missiles, dont certains charg&#233;s de t&#234;tes nucl&#233;aires. Mais malgr&#233; l'insistance des Cubains, N.K. refusera de rendre public cet envoi et donc de signifier haut et clair par avance que Cuba &#233;tait d&#233;sormais incorpor&#233; au syst&#232;me d'alliances central de l'URSS, signifiant par l&#224; que toute attaque imp&#233;rialiste contre l'&#238;le serait assimilable &#224; une attaque contre tout autre &#034;pays fr&#232;re&#034; du glacis. Apr&#232;s la d&#233;couverte des missiles, le blocus am&#233;ricain et le retrait des missiles par Khrouchtchev, sans m&#234;me consulter les Cubains, une crise importante se noue entre la direction cubaine et la direction sovi&#233;tique. D'autant que la m&#234;me ann&#233;e une crise politique interne avait &#233;clat&#233; entre l'aile marchante de la direction du Mouvement du 26 juillet autour de Castro et une partie des cadres de l'ancien PSP stalinien qui, autour de la figure d'Anibal Escalante, avait entrepris de prendre en main les rouages essentiels de l'&#233;conomie, de l'appareil d'Etat et surtout de l'organisation qui allait donner naissance au Parti communiste cubain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ENJEU DU D&#201;BAT &#201;CONOMIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le printemps 1963, et la signature par Castro d'un nouvel accord sucrier avec l'URSS, commence &#224; se nouer un important d&#233;bat &#233;conomique dont les r&#233;percussions strat&#233;giques pour la R&#233;volution cubaine seront d&#233;terminantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution s'est pos&#233;e la question du type de transition en cours &#224; Cuba. Pour le Che, d'abord en poste &#224; la Banque centrale, puis au minist&#232;re de l'Industrie, l'enjeu &#233;conomique est li&#233; aux &#233;l&#233;ments cl&#233;s de la transformation politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cuba doit sortir, malgr&#233; le blocus imp&#233;rialiste, du cercle du sous d&#233;veloppement, dont le principal symbole est le poids de la fili&#232;re sucri&#232;re, par un double mouvement de diversification agricole et de d&#233;veloppement industriel. Le d&#233;veloppement de l'industrie, en fonction des besoins de l'&#233;poque, mais aussi &#224; venir, doit garantir l'autonomie &#233;conomique de l'&#238;le et renforcer tant le poids de la classe ouvri&#232;re urbaine que la liaison ville-campagne (en fournissant aux paysans des biens d'&#233;quipement, et des biens de consommation &#224; des prix qui ne soient pas d&#233;connect&#233;s des prix et des salaires agricoles, mais aussi des d&#233;bouch&#233;s en emplois au fur et &#224; me-sure que les progr&#232;s des rendements et de la productivit&#233; ; tout comme l'&#233;l&#233;vation des niveaux de vie et culturel pousseraient une partie des populations rurales vers les villes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette optique, l'aide que pourront fournir l'URSS et les autres Etats dits &#034;socialistes&#034; est cl&#233; : il ne s'agit pas seulement de fournir un d&#233;bouch&#233; au sucre ou de pallier les effets imm&#233;diats du blocus, mais de fournir &#224; Cuba socialiste les moyens d'un autre d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les illusions que le Che lui-m&#234;me a pu entretenir lors de ses premiers voyages en URSS ont vite fait place &#224; d'intenses d&#233;sillusions : l'URSS et les autres pays de l'Est faisaient payer au prix fort des biens d'&#233;quipement de qualit&#233; m&#233;diocre, souvent inadapt&#233;s aux r&#233;alit&#233;s cubaines. Mais surtout l'aide &#233;conomique sovi&#233;tique s'accompagnait de deux pr&#233;suppos&#233;s politiques antagonistes aux conception du Che :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une vision de la division internationale du travail qui conf&#233;rait durablement &#224; Cuba le r&#244;le de fournisseur de mati&#232;res premi&#232;res agricoles (le sucre) ou mini&#232;res (le nickel) sur le mod&#232;le de l'organisation des relations &#233;conomiques entre l'URSS et certains pays satellites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le transfert, avec les contingents d'experts et de conseillers &#233;conomiques ou de techniciens sovi&#233;tiques, des m&#233;thodes bureaucratiques de gestion de l'&#233;conomie en &#339;uvre en URSS. Sur place, cette politique &#233;tait activement relay&#233;e et valid&#233;e par les r&#233;seaux des militants du PSP qui occupaient, apr&#232;s la reprise en main du mouvement syndical et la fuite vers Miami d'une part importante des couches moyennes, les postes cl&#233;s dans les entreprises, tant au niveau de la hi&#233;rarchie fonctionnelle que de l'appareil syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte qu'a pris place le d&#233;bat sur la loi de la valeur et sur le r&#244;le des stimulants mat&#233;riels. On conna&#238;t les points essentiels de l'argumentation du Che : on ne peut esp&#233;rer construire une soci&#233;t&#233; socialiste et l'Homme nouveau en calquant les m&#233;thodes &#233;conomiques sur ce qui se fait dans une &#233;conomie de march&#233; et en privil&#233;giant les stimulants mat&#233;-riels par rapport aux stimulants moraux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au-del&#224; de ce d&#233;bat tr&#232;s abstrait, se jouaient dans les faits des batailles r&#233;ellement politiques. La forte extension des stimulants mat&#233;riels dans le secteur agricole, dirig&#233; par Carlos Rafa&#235;l Rodriguez (le dirigeant du PSP qui avait rejoint Fidel dans la Sierra), ou la m&#234;me demande impuls&#233;e par les syndicats contr&#244;l&#233;s par le PSP, avaient une double fonction. Reconstituer une base d'appui pour un courant dont la majorit&#233; des membres avait longtemps h&#233;sit&#233; &#224; soutenir le Mouvement du 26 juillet et la lutte arm&#233;e contre le r&#233;gime Batista. Mais aussi renforcer, par la dynamique de diff&#233;renciation salariale qu'entra&#238;ne in&#233;luctablement toute politique de stimulants mat&#233;riels, les diverses couches d'administrateurs, de directeurs dans les entreprises, les coop&#233;ratives, les centrales d'achat, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qui a &#233;t&#233; dit, le Che n'avait pas de position extr&#233;miste sur la question des stimulants mat&#233;riels. Il en acceptait m&#234;me le principe d&#232;s lors qu'il ne s'agissait pas seulement de r&#233;mun&#233;rer &#224; l'instant une quantit&#233; de surtravail, mais qu'il s'agissait par exemple de r&#233;compenser les efforts d'&#233;ducation, de formation professionnelle, des salari&#233;s des villes et des champs. Mais le d&#233;bat sur la loi de la valeur touchait directement trois autres terrains autrement br&#251;lants...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quels peuvent &#234;tre les outils de r&#233;gulation des diverses instances de l'&#233;conomie si ce ne sont pas des m&#233;canismes de march&#233; ? Comment d&#233;ci-der, par exemple au niveau d'une entreprise, d'une fili&#232;re, d'un secteur &#233;conomique des objectifs &#224; atteindre en fonction des moyens disponibles ? Comment r&#233;partir les surplus ou les gains de productivit&#233; d&#233;gag&#233;s entre les utilisateurs, les salari&#233;s, la collectivit&#233;, l'investissement productif ? A l'&#233;vidence, c'est ici que prendrait naturellement place un d&#233;bat sur l'articulation entre plan, exercice par les producteurs et les consommateurs de la d&#233;mocratie directe &#224; c&#244;t&#233; de la subsistance de m&#233;canismes de march&#233;s. Il est certain que l'on trouve des textes du Che qui se prononcent fortement contre l'instrumentalisation trop pouss&#233;e des CDR, voire des syndicats, comme organes de contr&#244;le social. Mais, sous r&#233;serve de d&#233;couvertes in&#233;dites dans les papiers non publi&#233;s du Che (on pense par exemple &#224; ses notes critiques sur le manuel sovi&#233;tique d'&#233;conomie politique qui n'ont jamais &#233;t&#233; &#233;dit&#233;es), il appara&#238;t que l&#224; r&#233;side sans doute l'aspect le plus lacunaire d'une pens&#233;e r&#233;volutionnaire qui a &#233;t&#233; par ailleurs l'une des plus globales qui soient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lacune englobe &#233;galement la conception de la repr&#233;sentation politique dans la phase de transition : s'il a particip&#233; activement &#224; la lutte contre Escalante en 1962, le Che est rest&#233; en marge des d&#233;bats sur l'institutionnalisation du pouvoir, qui a pris la forme de la constitution d'un parti unique &#224; partir des trois composantes que constituaient le Mouvement du 26 juillet, le Directoire &#233;tudiant et l'ex-PSP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le deuxi&#232;me terrain &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment couvert par les textes que consacra le Che &#224; d&#233;finir ce qu'est un v&#233;ritable communiste, et surtout sa pratique de tous les jours contre cette dialectique des avantages mat&#233;riels r&#233;serv&#233;s aux &#233;lites dirigeantes qui a toujours accompagn&#233; les processus de bureaucratisation r&#233;ellement existants. Le d&#233;bat sur les stimulants mat&#233;riels dans une soci&#233;t&#233; de transition va sou-vent de pair avec les non-d&#233;bats sur les avantages mat&#233;riels - dans des soci&#233;t&#233;s de p&#233;nurie g&#233;n&#233;ralis&#233;e - r&#233;serv&#233;s aux &#034;cadres dirigeants&#034;. Au-del&#224; des multiples textes du Che, il ne fait aucun doute que l'immense popularit&#233; dont a joui le Che &#224; Cuba, bien avant sa geste h&#233;ro&#239;que au Congo et en Bolivie, tient aux mille et une anecdotes sur son sens de l'&#233;galit&#233;, voire du d&#233;pouillement pour lui et ses proches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette attitude ultra-rigoriste n'a pas peu contribu&#233; &#224; accentuer une certaine forme d'isolement au sein des hautes couches de l'appareil d'Etat cubain. (Sans parler de l'impact &#233;videmment &#034;d&#233;plorable&#034; sur les bureaucraties des &#034;partis fr&#232;res&#034;...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le troisi&#232;me terrain &#233;tait la critique implicite, puis de plus en plus explicite (comme dans cet entretien avec les &#233;tudiants cubains pr&#233;sents lors d'un s&#233;jour &#224; Moscou en novembre 1964), sur le lien &#233;troit &#233;tabli par le Che entre les positions de la direction sovi&#233;tique en mati&#232;re de coexistence pacifique et le nouveau cours &#233;conomique suivi &#224; la m&#234;me &#233;poque, avec la mise en &#339;uvre des r&#233;formes Liberman-Trapeznikov de recours partiels aux m&#233;canismes de march&#233;, ainsi qu'avec le maintien des formes d'&#233;change in&#233;gal entre l'URSS et les autres pays, qui seront au c&#339;ur du discours d'Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CHE ET LE CONFLIT SINO-SOVI&#201;TIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit sino-sovi&#233;tique est totalement synchrone, dans sa phase la plus exacerb&#233;e entre 196l et 1967, de ces ann&#233;es d&#233;cisives d'&#233;volution de la pens&#233;e du Che et de prise de distance &#224; l'&#233;gard de l'URSS, de sa politique interne de r&#233;forme &#233;conomique et de la coexistence pacifique con&#231;ue comme pilier des relations entre Etats (aussi bien Etats-Unis que &#034;pays fr&#232;res&#034; ou pays du tiers- monde) et aussi comme ligne directrice de conduite et d'alignement du mouvement communiste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, jusqu'au bout, le Che d&#233;fendra une position singuli&#232;re au sein d'une direction cubaine qui d'ann&#233;e en ann&#233;e ira vers un alignement sans cesse croissant sur la diplomatie sovi&#233;tique. On conna&#238;t, aussi bien dans le dis-cours d'Alger que surtout dans son message &#224; la Tricontinentale, le th&#232;me r&#233;current des interventions du Che jugeant comme criminelle la politique de conflit initi&#233;e entre l'URSS et la Chine, au moment o&#249; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain reprend &#224; partir de 1964-1965 l'offensive contre les luttes de lib&#233;ration en Asie (Vi&#234;t-nam), en Afrique (Congo ex-belge) et en Am&#233;rique latine (invasion de Saint-Domingue et s&#233;rie de coups d'Etat militaires). On conna&#238;t aussi le nombre d'initiatives diplomatiques prises par les Cubains, souvent sous l'impulsion du Che, pour maintenir des liens avec une Chine contre laquelle Moscou va entrer en confrontation de plus en plus violente (le conflit sino-indien o&#249; l'URSS appuie diplomatiquement et militairement l'Union indienne date de 1962, la m&#234;me ann&#233;e que la crise des missiles...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alliance privil&#233;gi&#233;e - y compris pour organiser tr&#232;s mat&#233;riellement le soutien des gu&#233;rillas en Am&#233;rique latine (cf. la pr&#233;paration et l'appui logis-tique de l'op&#233;ration de gu&#233;rilla de J. Masseti en 1963 vers le Nord de l'Argentine) - avec le r&#233;gime d'Ahmed Ben Bella en Alg&#233;rie, les liens tiss&#233;s avec les r&#233;gimes les plus radicalis&#233;s en Afrique, le projet de constitution de la Tricontinentale, avec le soutien actif de Mehdi Ben Barka, et m&#234;me le choix du Che de participer aux op&#233;rations de gu&#233;rilla au Congo ne peuvent pas &#234;tre compl&#232;tement intelligibles sans les mettre en perspective avec la volont&#233; d'ouvrir, pour les mouvements r&#233;volutionnaires du tiers-monde, une &#034;troisi&#232;me voie&#034;, qui permette de relativiser puis de d&#233;passer le conflit sino-sovi&#233;tique. Mais &#233;galement d'ouvrir des marges de man&#339;uvre pour le r&#233;gime cubain et lui &#233;viter &#034; l'&#233;treinte mortelle &#034; qu'implique le face &#224; face solitaire avec l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE TOURNANT INTERNATIONAL DE 1965&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etendre la r&#233;volution en Afrique ou en Am&#233;rique latine n'est pas pour le Che, ni pour la direction castriste dans ces ann&#233;es l&#224;, une simple question de solidarit&#233; : cela d&#233;coule aussi d'une conviction alors partag&#233;e au moins entre le Che et le noyau fid&#233;liste de la direction cubaine : le sort ultime de la r&#233;volution cubaine se jouera dans son extension internationale, en Afrique et surtout en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le soutien, affirm&#233; d&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es de la R&#233;volution cubaine, aux mouvements de gu&#233;rilla en Am&#233;rique latine, dont la responsabilit&#233; est largement d&#233;volue au Che. Les ann&#233;es 1964-1965, quand le Che quitte ses fonctions officielles &#224; Cuba, sont des ann&#233;es charni&#232;res qui marquent l'apog&#233;e de la contre-offensive imp&#233;rialiste : coups d'Etat militaires au Br&#233;sil puis en Bolivie, intervention imp&#233;rialiste au Congo, d&#233;but des raids massifs au Nord Vi&#234;t-nam, intervention des marines &#224; Saint-Domingue, coup d'Etat de Boumedienne en Alg&#233;rie, puis le coup d'Etat indon&#233;sien et l'assassinat de Ben Barka &#224; Paris : la liste est longue, et tragique, des coups port&#233;s en quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA STRAT&#201;GIE DU FOCO EN AM&#201;RIQUE LATINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Che et le noyau de l'&#233;quipe de direction fid&#233;liste partagent alors peu ou prou la m&#234;me conception strat&#233;gique sur les modalit&#233;s op&#233;rationnelles d'extension de la r&#233;volution latino am&#233;ricaine : les derniers manuels du Che sur la guerre de gu&#233;rilla ne diff&#232;rent gu&#232;re, dans leur approche, de ce que R&#233;gis Debray &#233;crira dans &#034; R&#233;volution dans la r&#233;volution &#034; et qui est directement inspir&#233; de ses entretiens avec Fidel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble de ces textes on remarque une sous &#233;valuation globale du caract&#232;re exceptionnel de la victoire du Mouvement du 26 juillet &#224; Cuba : ce caract&#232;re exceptionnel tenait &#224; six facteurs combin&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un contexte international o&#249; un pays comme le Mexique laisse s'entra&#238;ner sur son sol une arm&#233;e de lib&#233;ration puis continue de servir de base logistique pour le M26 jusqu'&#224; la victoire finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une arm&#233;e et un appareil policier du r&#233;gime Batista qui n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;organis&#233;s par l'imp&#233;rialisme pour faire face &#224; la gu&#233;rilla rurale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'absence, entre le d&#233;barquement du Granma et la victoire contre Batista, de toute intervention militaire am&#233;ricaine massive, directe ou indirecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La liaison forte entre la gu&#233;rilla et le mouvement urbain qui est la cons&#233;quence tant de l'enracinement historique de l'&#233;quipe fid&#233;liste que de sa capacit&#233; politique &#224; rallier autour de son projet d'autres forces : le Directoire &#233;tudiant, mais aussi une partie du PC cubain, le PSP (cf. la mont&#233;e &#224; la Sierra de Carlos Rafa&#235;l Rodriguez)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'isolement, &#224; Cuba, mais aussi dans la r&#233;gion, de la dictature Batista et l'entr&#233;e en opposition de secteurs significatifs de la bourgeoisie cubaine et des classes moyennes urbaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, l'ampleur et la sp&#233;cificit&#233; de la question agraire (importance des grandes plantations sucri&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA CONTRE-OFFENSIVE IMP&#201;RIALISTE EN AM&#201;RIQUE LATINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du succ&#232;s de la R&#233;volution cubaine et de sa transcroissance, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain va adopter un tout autre positionnement strat&#233;gique : d&#232;s 1962 avec l'&#233;pisode de la Baie des Cochons, puis surtout avec le d&#233;barquement des marines &#224; Saint-Domingue en 1965, Washington montre sa volont&#233; d'aller jusqu'&#224; l'intervention militaire directe pour bloquer toute extension r&#233;gionale du processus r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, Washington va d&#233;velopper un effort sans pr&#233;c&#233;dent de centralisation et d'accumulation des exp&#233;riences de contre-insurrection : toute une s&#233;rie de fondations et d'instituts li&#233;s financi&#232;rement au Pentagone et aux agences de renseignement am&#233;ricaines vont s'employer &#224; tirer toutes les le&#231;ons des exp&#233;riences contre-r&#233;volutionnaires accumul&#233;es par les Anglais (Gr&#232;ce, Malaisie, Kenya), les Fran&#231;ais (premi&#232;re guerre d'Indochine, Alg&#233;rie) et par leurs propres arm&#233;es (Philippines, premiers enseignements de la deuxi&#232;me guerre d'Indochine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement de r&#233;flexion va s'articuler avec la modernisation &#224; marche forc&#233;e des appareils militaro-policiers latino am&#233;ricains :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'Alliance pour le progr&#232;s va servir de cadre au doublement des budgets d'aide militaire et polici&#232;re ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; plusieurs dizaines de milliers d'officiers et de policiers seront entra&#238;n&#233;s dans les centres d'apprentissage de la contre-insurrection bas&#233;s aux Etats-Unis (Fort Bragg) ou dans la zone am&#233;ricaine du canal de Panama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de former le noyau central des dispositifs militaro policiers autochtones aux m&#233;thodes contre-insurrectionnelles : mise sur pied de troupes sp&#233;ciales (&#034;rangers&#034;), m&#233;thodes d'encadrement des populations civiles paysannes, recours massifs aux formes modernes de renseignement (y compris la g&#233;n&#233;ralisation de la torture).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement de professionalisation va se conjuguer avec le r&#244;le politique croissant des appareils militaro-policiers : d'octobre I960 &#224; juin 1966, onze coups d'Etat militaires vont mettre en place des r&#233;gimes dictatoriaux et policiers dans dix pays du continent (Salvador, Argentine, P&#233;rou, Guatemala, Equateur, Saint-Domingue, Honduras, Br&#233;sil, Bolivie et Panama), le tout avec l'appui r&#233;it&#233;r&#233; des administrations am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les r&#233;gimes militaires issus de ces coups d'Etat, qui consacrent aussi l'&#233;chec des politiques d&#233;veloppementistes des ann&#233;es cinquante-soixante (Mouvement c&#233;paliste, politiques nationalistes de l'Apra p&#233;ruvienne, du MNR bolivien, des gouvernements populistes de Goulart et Quadros au Br&#233;sil, etc.) disposeront au sein de leur pays d'appuis sociaux, parfois populaires (cf. la reconnaissance par l'arm&#233;e bolivienne du d&#233;but de r&#233;forme agraire engag&#233;e par le MNR) qui les distingueront radicalement des &#034;dictatures familiales&#034; de la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente : Batista &#224; Cuba, Trujillo &#224; Saint-Domingue, Stroessner au Paraguay, Somoza au Nicaragua, Duvalier &#224; Ha&#239;ti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout &#224; fait un hasard si, depuis 1959, les seules situations r&#233;volutionnaires en Am&#233;rique latine qui ont d&#233;bouch&#233; sur la possibilit&#233;, m&#234;me provisoire, pour le mouvement r&#233;volutionnaire de prendre le pouvoir par la voie arm&#233;e, avec un r&#244;le d&#233;cisif de la paysannerie dans la constitution des zones lib&#233;r&#233;es et des arm&#233;es r&#233;volutionnaires, se sont d&#233;velopp&#233;es dans ces pays (Cuba 1959, Saint-Domingue 1965, Nicaragua et Am&#233;rique centrale 1979-1982). Ces &#034;dictatures familiales&#034; s'appuyaient sur des arm&#233;es qui &#233;taient en fait des milices priv&#233;es. Leur comportement pr&#233;bendier avait entra&#238;n&#233; des ruptures successives et cumulatives au sein de leurs propres bourgeoisies, entr&#233;es en opposition. Ces dictatures avaient pouss&#233; au paroxysme l'explosivit&#233; de la question agraire en combinant maintien de la grande propri&#233;t&#233;, poli-tique institutionnelle de terreur blanche et parfois question indig&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, &#224; des moments particuliers, ces r&#233;gimes ont &#233;t&#233; partiellement d&#233;l&#233;gitim&#233;s sur la sc&#232;ne r&#233;gionale ou inter-nationale, rendant plus complexe l'intervention directe des Etats-Unis ou favorisant l'obtention d'appuis r&#233;gionaux aux mouvements r&#233;volutionnaires (cf. le r&#244;le complexe du Mexique dans les crises centro-am&#233;ricaines de la fin des ann&#233;es soixante-dix).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contraste, on mesure la faiblesse des analyses que le Che, Castro ou l'ensemble de la gauche r&#233;volutionnaire (y compris le mouvement trotskiste) ont pu d&#233;velopper, entre 1965 et 1967, sur ces dictatures militaires et les moyens de les affronter. Dans des pays comme la Bolivie, le P&#233;rou, ou &#224; plus forte raison le Venezuela, le Br&#233;sil ou l'Argentine (qui &#233;tait sans doute l'objectif final d'intervention que s'&#233;tait fix&#233; le Che avant m&#234;me le choix de la Bolivie), il &#233;tait impossible d'assimiler ces dictatures, pour sanguinaires qu'elles soient, &#224; des dictatures militaires &#233;trang&#232;res ou compl&#232;tement &#034;fantoches&#034; permettant de reproduire, grosso modo, le sch&#233;ma des luttes de lib&#233;ration nationale qui avaient pr&#233;valu en Asie ou en Afrique apr&#232;s la seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut aussi sans doute l'illusion forte de croire que la cr&#233;ation de un, deux, trois focos, dans leur phase d'accumulation de force initiale, conduirait obligatoirement les Etats Unis &#224; intervenir militairement de fa&#231;on massive et modifier ainsi du tout au tout le contexte d'affrontement r&#233;gional. Cela explique aussi que le projet bolivien du Che, au moins dans sa phase initiale, avant la trahison du PCB, se proposait, plut&#244;t que d'engager directement les hostilit&#233;s, de cr&#233;er un centre r&#233;gional pour entra&#238;ner les gu&#233;rillas de la r&#233;gion qui devaient ensuite essaimer vers diff&#233;rentes r&#233;gions de Bolivie (Alto B&#233;ni, Chapar&#233;) mais aussi vers le P&#233;rou, le nord de l'Argentine (reprenant le vieux projet de Masseti), voire le Br&#233;sil pour y ouvrir simultan&#233;ment plusieurs fronts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FIDEL ET LES PC LATINO AM&#201;RICAINS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agissait &#224; l'&#233;vidence d'un projet de longue dur&#233;e, destin&#233; dans l'esprit du Che &#224; cr&#233;er r&#233;ellement les conditions d'un &#034;deuxi&#232;me ou d'un troisi&#232;me Vi&#234;t-nam&#034; pour reprendre les termes de son discours &#224; la Tricontinentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au-del&#224; du jugement que l'on peut porter sur le projet strat&#233;gique militaire, on ne peut manquer de continuer d'&#234;tre frapp&#233;, trente ans apr&#232;s la mort du &#034;gu&#233;rillero h&#233;ro&#239;que&#034; et de ses compagnons d'armes, de deux d&#233;calages majeurs et tragiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le premier tient &#224; l'ab&#238;me qui s&#233;pare l'ampleur du projet des moyens mis &#224; la disposition du Che par l'appareil cubain pour le r&#233;aliser,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le deuxi&#232;me tient aux illusions entretenues par Fidel et par le petit noyau des appareils de s&#233;curit&#233; castriste en charge du projet, &#224; la fois sur la situation en Bolivie et surtout sur leur capacit&#233; de faire &#034;basculer&#034; tout ou partie du PC bolivien, voire d'autres PC de la r&#233;gion, et de b&#233;n&#233;ficier d'une forme de &#034;non-intervention&#034; de la direction sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, une fois encore, a s&#233;vi l'id&#233;e que pouvait se r&#233;p&#233;ter le sc&#233;nario cubain qui avait vu une partie du PSP rejoindre la Sierra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les temps ont chang&#233;. Les circonstances de la trahison du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC bolivien (aujourd'hui businessman &#224; Moscou, o&#249; il s'est r&#233;fugi&#233; depuis trente ans) ont &#233;t&#233; assez vite connues : tout au long de l'ann&#233;e 1967, lors de ses s&#233;jours &#224; Cuba, Mon-je s'engage aupr&#232;s de Castro &#224; soutenir le projet du Che en Bolivie. Mais fin d&#233;cembre Monje coupe les ponts avec la gu&#233;rilla (cf l'entrevue Monje-Che du 31 d&#233;cembre 1966) et exclut du PCB les quelques militants qui continuent de la soutenir (les fr&#232;res Peredo, Loyola Guzman, les fr&#232;res Vasquez Viana, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE TOURNANT OBSCUR DU PRINTEMPS 1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, m&#234;me si toutes les archives sovi&#233;tiques ne sont pas ouvertes (on pense par exemple au compte rendu de la visite &#224; la Havane de Kossyguine en juillet 1967), les t&#233;moignages de certains anciens responsables sovi&#233;tiques, corrobor&#233;s par les archives d&#233;classifi&#233;es de la CIA, jettent une lumi&#232;re crue sur la trag&#233;die bolivienne et le r&#244;le des uns et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des moyens mis en &#339;uvre par l'Etat cubain, on pourrait presque s'en tenir &#224; la nouvelle pr&#233;fa-ce que Fran&#231;ois Maspero a &#233;crit en 1995 pour la r&#233;&#233;dition du Journal de Bolivie. Texte tr&#232;s sobre, et mod&#232;le d'honn&#234;tet&#233; et de clairvoyance, qui prend toute la mesure de ce &#034;tournant obscur&#034; qui se passe dans la direction castriste entre le printemps et l'&#233;t&#233; 1967, et qui sera confirm&#233; par les nouveaux t&#233;moignages recueillis par des auteurs comme Kalfon et surtout Anderson et Castaneda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon une &#233;valuation interne de la CIA, l'investissement dans la totalit&#233; du projet bolivien n'aurait pas exc&#233;d&#233; 500.000 dollars, somme d&#233;risoire au regard du projet &#034;continental&#034; envisag&#233;. Il n'y aura pas plus de quatre cadres &#034;traitant&#034; l'affaire bolivienne au niveau de l'appareil de s&#233;curit&#233; cubain, et gu&#232;re plus d'hommes de liaison avec la Bolivie. Au moment du d&#233;but des combats, en mars 1967, alors qu'une partie du r&#233;seau de soutien urbain est &#034; br&#251;l&#233; &#034; (&#034;Tania&#034;), les Cubains font revenir dans l'&#238;le le dernier agent de liaison du r&#233;seau urbain (&#034; Ivan &#034;). Il ne repartira jamais en Bolivie ni ne sera remplac&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est maintenant av&#233;r&#233; que le PC bolivien, par le biais de ses dirigeants centraux, Kolle et Monje, avait d&#233;voil&#233;, plusieurs mois avant l'entr&#233;e du Che en Bolivie, le projet bolivien &#224; leurs homologues des autres PC du C&#244;ne Sud ainsi qu'aux Sovi&#233;tiques. Ils avaient d'ailleurs fait de m&#234;me en 1963, au moment du transit par la Bolivie des &#233;quipes de Masseti et de B&#233;jar respectivement en route vers le nord de l'Argentine et vers le P&#233;rou pour y implanter des foyers de gu&#233;rilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps et &#224; l'&#233;t&#233; 1967, alors que la junte bolivienne et la CIA savent que le Che est en Bolivie, et tandis que la direction du PCB organise un v&#233;ritable cordon de s&#233;curit&#233; pour emp&#234;cher que ses militants soient inform&#233;s et puissent rejoindre la gu&#233;rilla, la Havane fait l'&#233;trange choix de ne pas d&#233;voiler urbi et orbi la pr&#233;sence du Che en Bolivie, y compris &#224; l'occasion de la conf&#233;rence de l'OLAS en ao&#251;t 1987. Alors que la junte bolivienne a d&#233;j&#224; exhib&#233; &#224; une r&#233;union de l'OEA les photos du Che trouv&#233;es dans les caches de Nancahuazu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, Castro et les responsables de la s&#233;curit&#233; cubai-ne d&#233;mobilisent sans explication, quelques jours apr&#232;s la visite de Kossyguine en juillet 1967, le &#034;commando de secours&#034; form&#233; pour aller en cas de besoin &#034;exfiltrer&#034; de Bolivie le Che et ses compagnons survivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Sovi&#233;tiques ont alors manifestement mis dans la balance la menace d'interrompre brutalement leur aide au r&#233;gime cubain en cas &#034;d'aventure&#034;. Tous les t&#233;moignages concourent &#224; indiquer que ce sont les dirigeants sovi&#233;tiques qui ont pouss&#233; les dirigeants du PCB &#224; ne pas rompre imm&#233;diatement avec la direction castriste quand celle-ci leur a d&#233;voil&#233; l'essentiel du projet bolivien, mais d'attendre d'&#234;tre sur place pour organiser la rupture et l'isolement de la gu&#233;rilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#233;tait en place d&#233;sormais pour que le pi&#232;ge bolivien puisse se refermer sur le Che et ses compagnons. Mais on comprend mieux aujourd'hui, &#224; la lumi&#232;re des derniers t&#233;moignages et ouvrages publi&#233;s, le lien historique et dramatique qui relie les positions prise par le Che &#224; propos du d&#233;bat &#233;conomique &#224; Cuba et ses positions internationalistes. Son discours d'Alger, et la crise qui en a r&#233;sult&#233; au sein de la direction cubaine, mais aussi la d&#233;cision de Fidel de rendre publique sa fameuse lettre d'adieu alors qu'il se trouve au Congo, ne laisseront pas d'autre choix au Che que de rechercher &#224; tout prix un nouveau champ le bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CHE, UN R&#202;VEUR DE JOUR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons rappel&#233; bri&#232;vement, et donc parfois sans pouvoir entrer dans toutes les nuances ou explications n&#233;cessaires, quelques unes des erreurs strat&#233;giques qui furent celles du Che (et quelquefois les n&#244;tres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous voulons, pour conclure provisoirement, d&#233;noncer une fois encore ces jugements &#224; l'emporte pi&#232;ces sur l'aspect pr&#233;tendument &#034;mystique&#034;, &#034;illumin&#233;&#034; de sa d&#233;marche politique. Le Che, ministre ou gu&#233;rillero, &#224; l'heure de la victoire ou de la d&#233;faite, n'a jamais mesur&#233; la distance qui s&#233;pare le possible du n&#233;cessaire &#224; l'aune du r&#233;alisme, de la m&#233;diocrit&#233; ou de l'ambition personnelle. En ce sens, il a sans doute &#233;t&#233; pour beaucoup de politiques professionnels &#034; un r&#234;veur &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mot, dans leur bouche, vaut habituellement condamnation, sans appel... Nous le revendiquons comme Ernst Bloch c&#233;l&#233;brait les &#034;r&#234;veurs de jour&#034; : &#034;Celui qui r&#234;ve le jour est visiblement diff&#233;rent de celui qui r&#234;ve la nuit. Celui qui r&#234;ve les yeux ouverts poursuit souvent des chim&#232;res et s'&#233;gare. Mais il ne dort pas et ne sombre pas dans les brumes de la nuit.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce terrible et court XXe si&#232;cle, commenc&#233; en 1914 et qui s'est achev&#233; avec l'effondrement du bloc sovi&#233;tique, il y eut heureusement quelques uns des ces &#034;r&#234;veurs de jour&#034; pour dire Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non &#224; la barbarie de la guerre mondiale. Non &#224; la barbarie du stalinisme. Non &#224; la barbarie du nazisme. Non &#224; la barbarie imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'entre eux sont morts assassin&#233;s. Les plus connus s'appelaient Luxemburg, Nin, Trotsky, Guevara. Et tous les autres, anonymes, tous les N&#244;tres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique Communiste n&#176;151, hiver/printemps 1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie limit&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Che Guevara, &#338;uvres, en 6 volumes, petite collection Masp&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Humberto Vasquez Viana, Hum-berto Aliaga Saravia, Bolivia, ensayo de revolucion continental (ron&#233;ot&#233;, Paris, 1970).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; R&#233;gis Debray, La gu&#233;rilla du Che, Seuil, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Fran&#231;ois Masp&#233;ro, pr&#233;face &#224; l'&#233;dition 1995 du Journal de Bolivie, La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Kalfon, &#034;Che&#034;, Ernesto Guevara, une l&#233;gende du si&#232;cle, Seuil, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; John Lee Anderson, Che Guevara, una vida revolucionaria, Emece, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Jorge G. Castaneda, La vida en rojo, una biografia del Che Guevara, Alfaguara, 1997.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
