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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Alex Callinicos : O&#249; va la gauche radicale ?</title>
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		<dc:date>2008-11-28T02:34:58Z</dc:date>
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		<dc:creator>Alex Callinicos</dc:creator>



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&lt;p&gt;Alex Callinicos est un dirigeant du Socialist Workers Party (Parti socialiste ouvrier) de Grande-Bretagne, ainsi que de son courant international, l'IST (International Socialist Tendency). L'article ci-apr&#232;s est une version abr&#233;g&#233;e d'un texte publi&#233; dans le n&#176; 120 (automne 2008) de la revue International Socialism. &lt;br class='autobr' /&gt; Chemins divergents &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces derni&#232;res ann&#233;es, la gauche radicale a connu des fortunes tr&#232;s diverses. Le cas le plus important du c&#244;t&#233; n&#233;gatif est celui du Partito della (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alex Callinicos est un dirigeant du Socialist Workers Party (Parti socialiste ouvrier) de Grande-Bretagne, ainsi que de son courant international, l'IST (International Socialist Tendency). L'article ci-apr&#232;s est une version abr&#233;g&#233;e d'un texte publi&#233; dans le n&#176; 120 (automne 2008) de la revue International Socialism.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chemins divergents&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, la gauche radicale a connu des fortunes tr&#232;s diverses. Le cas le plus important du c&#244;t&#233; n&#233;gatif est celui du Partito della Rifondazione Comunista en Italie. Le parti de G&#234;nes et de Florence vira brutalement &#224; droite &#224; partir de 2004 et participa au gouvernement de coalition de centre-gauche de Romano Prodi, qui fut bri&#232;vement au pouvoir en 2006-8. Les d&#233;put&#233;s et les s&#233;nateurs du PRC ont vot&#233; pour le programme &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral de Prodi et pour la participation de troupes italiennes &#224; l'occupation de l'Afghanistan ainsi qu'&#224; la mission de &#171; maintien de la paix &#187; de l'ONU au Liban. Ils en furent punis aux &#233;lections g&#233;n&#233;rales d'avril 2008 o&#249; ils perdirent tous leurs si&#232;ges parlementaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche radicale a connu des revers ailleurs. En Grande-Bretagne le Scottish Socialist Party puis Respect scissionn&#232;rent : quand les fragments rivaux se sont pr&#233;sent&#233;s les uns contre les autres, les deux c&#244;t&#233;s subirent une pr&#233;visible &#233;clipse &#233;lectorale [1]. Lors des &#233;lections g&#233;n&#233;rales au Danemark en novembre 2007, l'Alliance Rouge-Verte a perdu deux des six si&#232;ges qu'elle occupait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, il y a des exp&#233;riences plus positives. La plus passionnante d'entre elles est l'initiative prise par la Ligue communiste r&#233;volutionnaire de lancer un nouveau parti anticapitaliste. En Allemagne, Die Linke, constitu&#233;e officiellement en parti en juin 2007 et qui r&#233;sulte d'une convergence entre des sociaux-d&#233;mocrates dissidents &#224; l'ouest de l'Allemagne et le Parti du socialisme d&#233;mocratique (PDS), l'h&#233;ritier de l'ancien parti au pouvoir en Allemagne de l'Est, continue de mener des incursions &#233;lectorales dans la base du Parti social-d&#233;mocrate allemand (SPD).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me en Italie, le pays qui a vu l'effondrement le plus catastrophique de la gauche radicale, la tendance n'est pas uniform&#233;ment n&#233;gative. En r&#233;action &#224; l'&#233;clipse &#233;lectorale, le congr&#232;s national du PRC, quand il s'est r&#233;uni en juillet 2008, est all&#233; vers la gauche. Bertinotti et ses alli&#233;s ont &#233;t&#233; d&#233;faits par une coalition de courants de gauche men&#233;e par Paolo Ferrero. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#233;lus par des assembl&#233;es auxquelles ont particip&#233; 40 000 membres, ont vot&#233; un document appelant &#224; &#171; un tournant &#224; gauche &#187; et d&#233;clarant la fin de &#171; la collaboration organique avec le Parti D&#233;mocrate [de centre-gauche] au gouvernement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La primaut&#233; de la politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, le sentiment de participer &#224; un mouvement g&#233;n&#233;ral vers l'avant qui pr&#233;valait il y a quelques ann&#233;es a &#233;t&#233; remplac&#233; par une divergence marqu&#233;e. Quel est la cause de ce changement ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question nous devons comprendre les forces motrices de la mont&#233;e de la gauche radicale, en particulier en Europe. Deux coordonn&#233;es objectives principales &#233;taient en &#339;uvre. D'abord, l'&#233;mergence d'une r&#233;sistance de masse au n&#233;olib&#233;ralisme et &#224; la guerre, qui a d&#233;but&#233; avec les gr&#232;ves dans le secteur public en France en 1995 mais est mont&#233;e en puissance apr&#232;s Seattle. Deuxi&#232;mement, l'exp&#233;rience du social-lib&#233;ralisme : des gouvernements sociaux-d&#233;mocrates amen&#233;s au pouvoir dans toute l'Europe dans la deuxi&#232;me moiti&#233; des ann&#233;es 1990 par l'opposition populaire au n&#233;olib&#233;ralisme ont appliqu&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales et, dans certains cas &#8211; le &#171; New Labour &#187; sous Tony Blair en Grande-Bretagne et la coalition Rouge/Verte men&#233;e par Gerhard Schr&#246;der en Allemagne &#8211;, sont all&#233;s plus loin que ne l'avaient os&#233; leurs pr&#233;d&#233;cesseurs conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;placement vers la droite des principales forces social-d&#233;mocrates a ouvert un espace &#224; sa gauche. De plus, la renaissance des r&#233;sistances a cr&#233;&#233; une pression pour occuper cet espace. Diff&#233;rentes formations politiques, d'origines et d'histoires tr&#232;s diverses, se sont donn&#233; pour t&#226;che d'essayer de l'occuper. En g&#233;n&#233;ral, elles ne l'ont pas fait sur un programme explicitement r&#233;volutionnaire. Dans certains cas, cela a correspondu &#224; une d&#233;cision tactique d'organisations d'extr&#234;me-gauche pour attirer des alli&#233;s et une audience plus large, mais tout aussi souvent, c'&#233;tait la cons&#233;quence du fait que beaucoup des dirigeants des nouvelles formations &#233;taient eux-m&#234;mes r&#233;formistes, cherchant souvent &#224; restaurer une social-d&#233;mocratie plus &#171; authentique &#187;, qui avait &#233;t&#233; corrompue, pensaient-ils, par les semblables de Blair et de Schr&#246;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de cette gauche radicale a marqu&#233; un d&#233;veloppement extr&#234;mement important et positif. Elle a repr&#233;sent&#233; une opportunit&#233; pour refonder la gauche sur une base principielle plus forte que ce qui avait domin&#233; durant l'&#226;ge d'or des partis sociaux-d&#233;mocrates et staliniens. Mais, tout en &#233;tant un pas en avant, ceci a engendr&#233; ses propres probl&#232;mes. Le champ politique a sa logique sp&#233;cifique, qui assujettit &#224; ses dangers et &#224; ses contingences tous ceux qui tentent de s'y attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une p&#233;riode initiale d'avanc&#233;es, born&#233;e en gros par les ann&#233;es 1998 et 2005, les diff&#233;rentes formations de la gauche radicale ont &#233;t&#233; confront&#233;es &#224; la question de comment continuer dans un environnement moins favorable &#8211; par exemple, parce que la vague d'opposition de masse &#224; la guerre en Irak refluait. Un probl&#232;me similaire s'est pos&#233; au mouvement altermondialiste, qui n'a pas r&#233;ussi &#224; le traiter de mani&#232;re efficace et a par cons&#233;quent subi un d&#233;clin significatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse des formations de la gauche radicale a &#233;t&#233;, bien s&#251;r, conditionn&#233;e par les pens&#233;es politiques qui y dominaient. Pour deux figures-cl&#233;s &#8211; Fausto Bertinotti en Italie et George Galloway en Angleterre &#8211; celles-ci &#233;taient celles d'un r&#233;formisme qui commen&#231;ait &#224; aller &#224; droite. Bertinotti a r&#233;agi au d&#233;clin des forums sociaux, qui s'&#233;taient &#233;tendus en Italie apr&#232;s G&#234;nes et qui avaient men&#233; les mobilisations pour Florence et les manifestations contre la guerre, en se tournant de nouveau vers le centre-gauche, avec les d&#233;sastreuses cons&#233;quences not&#233;es ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de Galloway et de son entourage, le d&#233;clin du mouvement anti-guerre depuis le sommet atteint en 2003 s'est combin&#233; au pessimisme quant &#224; la capacit&#233; des travailleurs organis&#233;s de r&#233;sister de mani&#232;re efficace aux attaques du New Labour et du patronat, pour amener la conclusion que, pour aller de l'avant, Respect devait nouer des alliances avec des notables musulmans locaux qui pourraient faire gagner des voix. Mais ce raisonnement &#8211; et la scission qu'il a produit dans Respect &#8211; se superposait &#224; une r&#233;conciliation croissante entre Galloway lui-m&#234;me et le New Labour. Ceci se refl&#233;ta d'abord dans son soutien &#224; la campagne de r&#233;&#233;lection de Ken Livingstone comme maire de Londres, qui connut l'&#233;chec, puis quand il vint en aide au gouvernement assi&#233;g&#233; de Gordon Brown lors de l'&#233;lection partielle de Glasgow-est en juillet de cette ann&#233;e, o&#249; une candidate blairiste fut d&#233;faite par un transfert massif de voix au b&#233;n&#233;fice du Scottish National Party.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs les politiques ont lieux fonctionn&#233;, pour le moment. Dans un contexte de d&#233;sarroi g&#233;n&#233;ral de la gauche fran&#231;aise, la majorit&#233; de la direction de la LCR a pris l'initiative &#8211; avec la candidature d'Olivier Besancenot au premier tour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle fran&#231;ais en avril 2007, puis en capitalisant sur son succ&#232;s relatif pour lancer le NPA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Die Linke est une organisation beaucoup plus solidement r&#233;formiste que tout ce que la LCR peut envisager. Cependant, elle est d&#233;finie par la lutte entre deux tendances &#8211; une droite, puissante &#224; la fois num&#233;riquement et dans l'appareil, constitu&#233;e notamment de l'ex-direction du PDS, et un courant r&#233;formiste de gauche group&#233; autour de la figure d'Oskar Lafontaine, qui a comme projet de reconstituer la social-d&#233;mocratie allemande sur une base plus &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel genre de parti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avanc&#233;es r&#233;centes de Die Linke et de la LCR montrent que les coordonn&#233;es objectives responsables de la mont&#233;e initiale de la gauche radicale restent en place. Mais les exp&#233;riences du PRC et de Respect soulignent les dangers politiques auxquels ces formations sont confront&#233;es. Comment faire face &#224; ces dangers ? La r&#233;ponse de la LCR est particuli&#232;rement int&#233;ressante. Elle est influenc&#233;e par les exemples n&#233;gatifs de gouvernements de centre-gauche, non seulement en Italie, mais en France m&#234;me et au Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa d&#233;termination &#224; &#233;viter toute r&#233;p&#233;tition d'une situation o&#249; la gauche radicale pourrait &#234;tre int&#233;gr&#233;e dans un gouvernement de coalition social-lib&#233;ral, a structur&#233; l'attitude de la majorit&#233; de la LCR envers la tentative de faire des collectifs qui avaient men&#233; la campagne pour le Non &#224; la Constitution Europ&#233;enne en 2005 le terrain de lancement d'une candidature unitaire &#171; antilib&#233;rale &#187; lors de la campagne pr&#233;sidentielle de 2007. Le scepticisme de la LCR envers le projet de candidature unitaire antilib&#233;rale a amen&#233; &#224; une attitude n&#233;gative et parfois ultimatiste envers les collectifs, ce qui causa son isolement temporaire. Mais la politique de la Ligue fut au moins partiellement justifi&#233;e par le comportement de Jos&#233; Bov&#233; lors de la campagne pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour &#233;loigner ce type de danger que la LCR insiste pour que le nouveau parti soit anticapitaliste, et non simplement oppos&#233; au n&#233;olib&#233;ralisme. Il doit &#234;tre un &#171; un parti pour la transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233; &#187;, mais cependant pas un parti r&#233;volutionnaire au sens sp&#233;cifique o&#249; on l'a entendu dans la tradition marxiste classique. Dans cette tradition, particuli&#232;rement du fait des exp&#233;riences de la r&#233;volution russe d'octobre 1917 et des premi&#232;res ann&#233;es de l'Internationale Communiste (1919-24), il est compris que la r&#233;volution socialiste doit prendre une forme particuli&#232;re, o&#249; jouent un r&#244;le des gr&#232;ves de masse, le d&#233;veloppement d'un double pouvoir o&#249; s'opposent des institutions de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re et l'Etat capitaliste, une insurrection arm&#233;e pour r&#233;soudre la crise en &#233;tablissant la domination des conseils ouvriers, et, en fil rouge, l'&#233;mergence d'un parti r&#233;volutionnaire soutenu par la majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s la LCR, le NPA ne devrait pas s'engager sur cette compr&#233;hension sp&#233;cifique de la r&#233;volution, mais simplement sur la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; rupture avec le capitalisme &#187;. Si cette notion peut para&#238;tre vague, sa signification politique se trouve dans ce qu'elle exclut : plus sp&#233;cifiquement, comme le d&#233;fend avec raison la Ligue, il ne suffit pas de s'opposer au n&#233;olib&#233;ralisme en tant qu'ensemble de mesures, il faut s'opposer au capitalisme en tant que syst&#232;me. Ne pas faire cette distinction peut mener &#224; la participation dans des gouvernements de centre-gauche dans l'espoir (g&#233;n&#233;ralement, l'illusion) qu'ils mettront en &#339;uvre une politique plus b&#233;nigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception que la LCR a du NPA est louable &#224; beaucoup d'&#233;gards. L'exp&#233;rience politique du vingti&#232;me si&#232;cle montre clairement que, dans les pays capitalistes avanc&#233;s, il est impossible de construire un parti r&#233;volutionnaire de masse sans briser l'h&#233;g&#233;monie de la social-d&#233;mocratie sur la classe ouvri&#232;re organis&#233;e. A l'&#233;poque de la r&#233;volution russe, il a &#233;t&#233; possible pour un grand nombre de partis communistes europ&#233;ens de commencer &#224; le faire en scissionnant les partis sociaux-d&#233;mocrates et en gagnant un nombre substantiel de travailleurs auparavant r&#233;formistes directement au programme r&#233;volutionnaire de l'Internationale Communiste. Octobre 1917 exer&#231;ait un immense pouvoir d'attraction dans le monde entier pour quiconque voulait combattre les patrons et l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las, &#224; cause de l'exp&#233;rience du stalinisme, c'est le contraire qui est vrai aujourd'hui. Le social-lib&#233;ralisme est repoussant pour beaucoup de travailleurs aujourd'hui, mais, en premier lieu, ce qu'ils recherchent est une version plus authentique du r&#233;formisme que leurs partis traditionnels leur promettaient autrefois. Par cons&#233;quent, si les formations de la gauche radicale doivent &#234;tre habitables pour ces r&#233;fugi&#233;s de la social-d&#233;mocratie, leurs programmes doivent laisser ouvertes les conceptions strat&#233;giques sp&#233;cifiques &#233;labor&#233;es par les marxistes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la navigation entre le Scylla de l'opportunisme et le Charybde du sectarisme n'est jamais chose ais&#233;e. D'un c&#244;t&#233;, tracer la fronti&#232;re entre l'antilib&#233;ralisme et l'anticapitalisme n'est pas forc&#233;ment simple. Etant donn&#233; que, ainsi que la LCR le formulerait, l'anticapitalisme a &#171; des d&#233;limitations strat&#233;giques incompl&#232;tes &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire qu'il laisse ouverte la question de comment la &#171; rupture avec le capitalisme &#187; sera accomplie &#8211;, il y a beaucoup de place pour le d&#233;bat sur les &#233;tapes concr&#232;tes n&#233;cessaires. Il y a des strat&#233;gies r&#233;formistes de gauche, parfaitement respectables pour accomplir une rupture avec le capitalisme, dont on peut supposer qu'elles auront le droit &#224; la parole dans ces d&#233;bats. Mais ces strat&#233;gies se confondent avec des propositions qui visent le n&#233;olib&#233;ralisme plut&#244;t que le capitalisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, m&#234;me si la LCR a enti&#232;rement raison de s'opposer par principe &#224; une participation dans un gouvernement de centre-gauche, elle ne peut pas consid&#233;rer comme allant de soi que tous ceux qui sont attir&#233;s par le NPA auront la m&#234;me attitude. Au contraire, beaucoup d'entre eux peuvent vouloir voir Besancenot au gouvernement. 18 % des sond&#233;s lors d'une enqu&#234;te en ao&#251;t 2008 ont d&#233;clar&#233; que le PS devrait s'entendre avec lui. [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le des r&#233;volutionnaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me sous-jacent ici est que c'est la br&#232;che dans le r&#233;formisme qui a ouvert un espace &#224; la gauche radicale : comment d&#232;s lors essaie-t-elle d'attirer ceux qui viennent d'une tradition r&#233;formiste tout en &#233;vitant les trahisons du r&#233;formisme &#8211; trahisons r&#233;capitul&#233;es de fa&#231;on hautement concentr&#233;e par la trajectoire de Bertinotti ? La solution de la LCR &#224; ce probl&#232;me semble &#234;tre d'installer une sorte de verrou programmatique &#8211; l'engagement sur l'anticapitalisme et l'opposition aux gouvernements de centre-gauche. Mais il est peu probable que cela fonctionne : plus le NPA conna&#238;tra de succ&#232;s, plus il sera probable qu'il subisse des pressions et des tentations r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'il commen&#231;ait &#224; s'engager dans le processus de regroupement &#224; gauche au d&#233;but de la d&#233;cennie actuelle, le Socialist Workers Party proposa sa propre conception de la nature des nouvelles formations de gauche radicale. Elle a &#233;t&#233; formul&#233; par John Rees ainsi : &#171; La meilleure mani&#232;re de consid&#233;rer la Socialist Alliance (le pr&#233;curseur de Respect) est donc comme un front unique d'un type particulier appliqu&#233; au champ &#233;lectoral. Il cherche &#224; unir des militants r&#233;formistes de gauche et des r&#233;volutionnaires dans une campagne commune autour d'un programme minimum &#187; [3]. Il est extr&#234;mement heureux que nous ayons refus&#233; de liquider le SWP, car dans ce cas la crise de Respect aurait men&#233;, non seulement &#224; l'&#233;clipse &#233;lectorale temporaire de la gauche radicale en Grande-Bretagne, mais &#224; une fragmentation et un affaiblissement beaucoup plus profonds de la gauche socialiste organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que le NPA devrait &#234;tre con&#231;u comme un front unique d'un type particulier a &#233;t&#233; r&#233;cemment critiqu&#233;e par l'un de ses principaux architectes, Fran&#231;ois Sabado :&#233;cemment critiqu&#233;e par l'un de ses principaux architectes, Fran&#231;ois Sabado :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il n'y a pas de continuit&#233; lin&#233;aire entre le front unique et le parti, comme le &#8216;&#8216;politique'' n'est pas la simple continuation du social. Il y a des &#233;l&#233;ments de continuit&#233; mais aussi de discontinuit&#233;, des sp&#233;cificit&#233;s, li&#233;s justement &#224; la lutte politique (...) C'est de ce point de vue qu'il n'est pas correct de consid&#233;rer le nouveau parti comme un cadre de front unique. Il y a alors une tendance &#224; sous-estimer les d&#233;limitations n&#233;cessaires, &#224; ne consid&#233;rer le NPA que comme une alliance ou un cadre unitaire &#8211; m&#234;me d'un type particulier &#8211; et donc &#224; sous-estimer sa propre construction comme un cadre ou une m&#233;diation pour construire les directions r&#233;volutionnaires de demain. Il y a le risque, si nous consid&#233;rons le NPA comme un cadre de front unique, de ne lui faire mener que des batailles de front unique. Par exemple, nous ne conditionnons pas l'unit&#233; d'action de tout le mouvement ouvrier et social &#224; un accord sur la question gouvernementale ; mais est-ce une raison pour que le NPA ne m&#232;ne pas voire relativise une bataille sur la question du gouvernement ? Non, nous ne le croyons pas. Le NPA fait de la question gouvernementale &#8211; refus de la participation &#224; des gouvernements de collaboration de classes &#8211; une d&#233;limitation de son combat politique. Cela montre, &#224; l'&#233;vidence sur cette question, mais nous pouvons aussi en &#233;voquer d'autres, que le NPA n'est pas un cadre de front unique. Ce n'est pas parce que nous voulons le construire comme une confluence d'exp&#233;riences et de militants que nous devons perdre de vue que ce parti est un des maillons d&#233;cisifs d'une alternative politique globale et d'une accumulation des cadres lutte de classe et m&#234;me r&#233;volutionnaires pour les crises futures. &#187; [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sabado a raison sur deux questions importantes. D'abord, le succ&#232;s dans la construction de la gauche radicale aujourd'hui est un pas en avant, et non un pas qui &#233;loignerait de la construction de partis r&#233;volutionnaires de masse. Deuxi&#232;mement, le fait que des formations de la gauche radicale interviennent dans le champ politique forme leur caract&#232;re. M&#234;me si leur structure organisationnelle est celle d'une coalition, comme c'&#233;tait le cas pour Respect, elles doivent d&#233;finir leur identit&#233; politique globale au moyen d'un programme, et fonctionner de bien des mani&#232;res comme un parti politique conventionnel, particuli&#232;rement quand elles sont engag&#233;es dans une activit&#233; &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce &#224; quoi la formule du front unique d'un type particulier correspond, c'est l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; politique caract&#233;ristique de la gauche radicale contemporaine. Il n'y a pas que la question de l'histoire sp&#233;cifique de diff&#233;rentes formations : la forme particuli&#232;re prise par la crise de la social-d&#233;mocratie aujourd'hui a cr&#233;&#233; les conditions d'une convergence d'&#233;l&#233;ments de la gauche r&#233;formiste et de la gauche r&#233;volutionnaire en opposition au social-lib&#233;ralisme. Le fait que cette convergence politique n'est que partielle, et en particulier qu'elle n'abolit pas le choix entre r&#233;forme et r&#233;volution, demande des structures organisationnelles qui, si elles ne sont pas explicitement celles d'une coalition, donne cependant aux diff&#233;rents courants de l'espace pour respirer et pour coexister. Mais elle contribue aussi &#224; expliquer la base programmatique que Sabado cherche &#224; donner au NPA, et qui est essentiellement contre le social-lib&#233;ralisme plut&#244;t que contre le r&#233;formisme en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tr&#232;s important de ne pas prendre peur devant les ambigu&#239;t&#233;s politiques inh&#233;rentes &#224; la gauche radicale contemporaine. Tout r&#233;volutionnaire digne de ce nom doit se jeter avec enthousiasme dans la construction de ces formations. Mais ceci ne change pas le fait que ces ambigu&#239;t&#233;s peuvent mener &#224; une r&#233;p&#233;tition du genre de d&#233;sastres qu'ont connu le PRC et Respect. De mani&#232;re plus positive, si le NPA est vraiment ce que Sabado appelle &#171; une accumulation des cadres lutte de classe et m&#234;me r&#233;volutionnaires pour les crises futures &#187;, alors ceci ne se produira pas de mani&#232;re automatique. Cela demandera un effort consid&#233;rable pour former dans la tradition marxiste r&#233;volutionnaire les nouveaux militants gagn&#233;s au NPA et aux autres formations de m&#234;me type. Mais qui s'occupera de cette t&#226;che ? Une certaine formation politique peut avoir lieu au sein du parti lui-m&#234;me. Mais ceci ne peut se faire qu'&#224; l'int&#233;rieur de limites bien d&#233;finies ; sans quoi les r&#233;volutionnaires dans le NPA pourront &#234;tre avec quelque raison accus&#233;s de violer l'ouverture politique du parti, et de chercher &#224; exploiter ses structures pour imposer leur propre politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est juste de construire la gauche radicale sur une base large et ouverte, mais dans les formations qui en r&#233;sultent, les socialistes r&#233;volutionnaires doivent s'organiser et d&#233;fendre leur propre politique. Chacune des deux parties de cette phrase m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;e &#224; sa juste valeur. Il est erron&#233; d'essayer de d&#233;finir les d&#233;limitations des partis de la gauche radicale de mani&#232;re trop &#233;troite. Mais, tout en construisant sur une base large et ouverte, les socialistes r&#233;volutionnaires doivent maintenir leur propre identit&#233; politique et organisationnelle. La forme pr&#233;cise que ceci peut rev&#234;tir variera naturellement &#8211; parfois une organisation ind&#233;pendante au sein d'une coalition, comme pour le SWP au sein de la Socialist Alliance et de Respect, parfois un courant dans une organisation plus grande. Une identit&#233; socialiste r&#233;volutionnaire dans le cadre de la gauche radicale large est n&#233;cessaire, non pour des raisons d'&#233;troite loyaut&#233; sectaire, mais parce que la th&#233;orie et la politique du marxisme r&#233;volutionnaire ont un r&#244;le &#224; jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont un r&#244;le &#224; jouer parce qu'elles offrent une compr&#233;hension de la logique du capitalisme en tant que syst&#232;me, et parce qu'elles r&#233;capitulent les exp&#233;riences r&#233;volutionnaires accumul&#233;es des deux derniers si&#232;cles. Bien s&#251;r, la pertinence d'une telle tradition pour le pr&#233;sent n'est pas quelque chose qui va de soi. Au contraire, elle doit &#234;tre d&#233;montr&#233;e en pratique, et ceci veut toujours dire un processus de s&#233;lection, d'interpr&#233;tation et de d&#233;veloppement cr&#233;atif de la tradition. Mais, &#224; cause de l'importance de la pratique, les r&#233;volutionnaires doivent conserver la capacit&#233; de prendre leurs propres initiatives. En d'autres termes, ils doivent conserver leur identit&#233; au sein de la gauche radicale large, non comme club de d&#233;bat th&#233;orique mais, quelles que soient les circonstances, comme organisation interventionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la pr&#233;sence de r&#233;volutionnaires organis&#233;s peut &#234;tre une source de tensions dans une formation de gauche radicale. Ils peuvent &#234;tre stigmatis&#233;s et d&#233;nonc&#233;s par la droite dans le parti. Ceci peut &#234;tre une question particuli&#232;re si les r&#233;volutionnaires poss&#232;dent un poids relativement substantiel, comme pour le SWP au sein de Respect, et comme l'ex-LCR en aura un dans le NPA. Les &#233;l&#233;ments d'extr&#234;me-gauche qui ont scissionn&#233; avec Galloway ont tent&#233; de justifier leurs actions en accusant le SWP de chercher &#224; dominer Respect. C'&#233;tait le contraire de notre intention : nous aurions &#233;t&#233; tr&#232;s heureux d'&#234;tre une force relativement plus petite au sein d'une coalition beaucoup plus grande de la gauche radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me &#233;tait que malgr&#233; l'&#233;norme bouleversement politique autour de la participation de la Grande-Bretagne &#224; l'invasion de l'Irak, Galloway a &#233;t&#233; la seule figure dirigeante du parti travailliste pr&#234;te &#224; rompre avec lui sur cette question. Ceci a signifi&#233; qu'il y avait une instabilit&#233; structurelle inh&#233;rente &#224; Respect depuis le d&#233;but. La coalition &#233;tait domin&#233;e par deux forces &#8211; Galloway et le SWP. Cela ne posait pas de probl&#232;me tant qu'ils travaillaient ensemble en harmonie. Mais il &#233;tait fort probable qu'un conflit entre une organisation r&#233;volutionnaire et un politicien r&#233;formiste se d&#233;velopperait t&#244;t ou tard, et qu'une fois survenu, il n'y aurait pas d'autres forces assez puissantes pour le contenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;s&#233;quilibre structurel est une cons&#233;quence de la forme particuli&#232;re prise par le d&#233;clin de la social-d&#233;mocratie aujourd'hui. La base sociale du r&#233;formisme se r&#233;tr&#233;cit, non pas du fait de scissions organisationnelles, mais par un processus graduel de d&#233;saffection. Ceci ne change pas le fait qu'il y a un espace que la gauche radicale peut occuper, mais cela prendra probablement la forme d'un processus &#224; assez long terme d'interventions &#233;lectorales et d'autres campagnes qui attireront graduellement des &#233;lecteurs et des militants. Et l'&#233;rosion de l'ancienne base sociale r&#233;formiste donne &#224; l'extr&#234;me-droite une occasion de s'adresser aux membres de la classe ouvri&#232;re qui se sentent priv&#233;s de droits et de repr&#233;sentation, comme le montrent de mani&#232;re tr&#232;s crue les forces racistes hideuses d&#233;cha&#238;n&#233;es par la victoire de Berlusconi et de ses alli&#233;s en Italie. D'o&#249; l'importance du cas de Die Linke, o&#249; une vraie fissure s'est creus&#233;e dans le monolithe du SPD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une des raisons pour lesquelles il serait imprudent de pr&#233;tendre que le r&#233;formisme est en train de chanter son chant du cygne, comme la LCR le sous-entend parfois, par exemple quand elle d&#233;clare : &#171; la social-d&#233;mocratie est en train d'achever sa mutation. Apr&#232;s avoir expliqu&#233; que le socialisme pouvait se construire pas &#224; pas dans le cadre des institutions de l'Etat capitaliste, elle accepte d&#233;sormais sa conversion au capitalisme, aux politiques n&#233;olib&#233;rales. &#187; [5] Ceci semble supposer une tendance unilin&#233;aire pour les partis sociaux-d&#233;mocrates &#224; se transformer en partis simplement capitalistes comme les D&#233;mocrates aux Etats-Unis. En cela, c'est une erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;formisme ne peut pas &#234;tre identifi&#233; simplement &#224; des organisations sp&#233;cifiques, il na&#238;t de la tendance des travailleurs, tant qu'ils manquent de confiance dans leur capacit&#233; de renverser le capitalisme, &#224; limiter leurs luttes &#224; la conqu&#234;te d'am&#233;liorations dans le cadre du syst&#232;me existant. Cette tendance trouve une expression politique malgr&#233; le d&#233;veloppement du social-lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de comprendre ceci pour des raisons politiques imm&#233;diates. Le pouvoir d'attraction des politiques r&#233;formistes signifie qu'il n'y a pas de baguette magique qui puisse exclure son influence des nouvelles formations de la gauche radicale. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que les r&#233;volutionnaires doivent maintenir leur identit&#233; au sein de ces formations. La gauche radicale doit &#234;tre ouverte aux r&#233;formistes si elle veut r&#233;aliser pleinement son potentiel, mais les exemples de Bertinotti et de Galloway devraient servir de rappel que les r&#233;formistes de gauche peuvent aller vers la droite comme ils peuvent aller vers la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de garder ceci en t&#234;te dans le cas de Die Linke. Lafontaine a &#233;t&#233; un pilier de la gauche, mais, s'il devait d&#233;cider que le moment est venu de faire affaire avec le SPD, il est tout &#224; fait capable de s'y affronter brutalement. Mais la pr&#233;servation par les r&#233;volutionnaires de leur autonomie politique et organisationnelle ne devrait pas &#234;tre vue comme une forme d'attitude d&#233;fensive sectaire. Au contraire, cette autonomie devrait nous donner la confiance n&#233;cessaire pour construire hardiment la gauche radicale sur la base la plus large et la plus dynamique &#8211; tout en pr&#233;servant un instrument qui sera n&#233;cessaire pour mener les batailles politiques que tout succ&#232;s r&#233;el am&#232;nera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alex Callinicos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Traduction Sylvestre Jaffard&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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