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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Quelques pistes sur la situation difficile (mais pas d&#233;sesp&#233;r&#233;e) du NPA apr&#232;s la Conf&#233;rence nationale de juin 2011</title>
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		<dc:date>2011-07-18T10:26:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) (France)</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; Ne succombez jamais au d&#233;sespoir : il ne tient pas ses promesses. &#187; Repris dans Victor Malka, Mots d'esprit de l'humour juif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le NPA appara&#238;t dans une situation particuli&#232;rement difficile &#224; la sortie de sa Conf&#233;rence nationale consacr&#233;e aux &#233;lections pr&#233;sidentielles. Il ne servirait &#224; rien de le nier en jouant &#224; l'autruche. Apr&#232;s une s&#233;rie de nets reculs (baisse importante du nombre de ses adh&#233;rents, tr&#232;s peu d'apports militants nouveaux suite &#224; un mouvement social sur les retraites (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-France-66-" rel="directory"&gt;France&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Nouveau-Parti-anticapitaliste-NPA-France-+" rel="tag"&gt;Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) (France)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ne succombez jamais au d&#233;sespoir : il ne tient pas ses promesses. &#187; &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Repris dans Victor Malka, Mots d'esprit de l'humour juif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA appara&#238;t dans une situation particuli&#232;rement difficile &#224; la sortie de sa Conf&#233;rence nationale consacr&#233;e aux &#233;lections pr&#233;sidentielles. Il ne servirait &#224; rien de le nier en jouant &#224; l'autruche. Apr&#232;s une s&#233;rie de nets reculs (baisse importante du nombre de ses adh&#233;rents, tr&#232;s peu d'apports militants nouveaux suite &#224; un mouvement social sur les retraites pourtant particuli&#232;rement massif et scores &#233;lectoraux en berne, principalement), une forte logique de polarisation et de division interne s'est enclench&#233;e dans ses cercles dirigeants. Mais comment aborder les diff&#233;rents fils qui se nouent dans ces difficult&#233;s ? Je formulerai (subjectivement) quelques rapides rep&#232;res sch&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 - De la conjoncture politique et des questions secondaires de tactique &#233;lectorale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les divisions au sein du NPA depuis son congr&#232;s constitutif (comme au sein de la LCR dans les derni&#232;res ann&#233;es de son existence) ont principalement concern&#233; des probl&#232;mes de tactique &#233;lectorale, qui pourraient pourtant appara&#238;tre comme secondaires. C'est dans un tel cadre que se sont affront&#233;es les deux principales positions (A et B) lors de la CN, en d&#233;laissant la question, &#224; mon avis principale, du renouvellement des pratiques politiques (dans la liaison entre l'interne et l'externe). Question principale, si le NPA prenait vraiment au s&#233;rieux le qualificatif de &#171; nouveau &#187; de son anticapitalisme, c'est-&#224;-dire s'effor&#231;ait d'inventer une politique renouvel&#233;e d'&#233;mancipation &#224; partir du quotidien des exploit&#233;-e-s et des opprim&#233;-e-s et avec elles/eux, en &#233;vitant la tentation de la focalisation sur la politique institutionnelle (tentation pr&#233;sente dans la position B) comme la tentation avant-gardiste et substitutiste (tentation pr&#233;sente dans la position A).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accord tactique global avec la position A&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan tactique des prochaines &#233;lections pr&#233;sidentielles, je suis plut&#244;t d'accord avec la position A. Car rien ne servait de prolonger les discussions avec les diverses composantes du Front de gauche (les principaux effectivement concern&#233;s par la dialogue entam&#233; par le NPA, car la forte revendication d'autonomie &#8211; l&#233;gitime apr&#232;s des d&#233;cennies de m&#233;saventures staliniennes - des mouvements sociaux, des syndicats et des associations vis-&#224;-vis des partis en France aujourd'hui rend peu op&#233;ratoire d'un point de vue politique un dialogue avec eux, en-dehors de la constitution utile de cadres unitaires larges, mais qui ne sont pas inscrits dans les m&#234;mes horizons temporels que les &#233;lections), tant les premi&#232;res discussions avaient montr&#233; que le blocage des alliances &#233;lectorales du PCF avec le PS n'&#233;tait pas, cette fois encore, susceptible de sauter. Une prolongation ne pouvait qu'entretenir les illusions pr&#233;sentes et les d&#233;ceptions ult&#233;rieures. Et si l'on consid&#232;re le plan principal du renouvellement des pratiques politiques, cela ne pouvait que nous enkyster un peu plus sur le terrain trop pr&#233;gnant de la d&#233;finition &#233;troitement institutionnelle de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, une petite ombre au tableau de mon accord se profile : la tentation d'effacement d'un texte vot&#233; &#224; une large majorit&#233; lors de notre congr&#232;s il y a &#224; peine quelques mois, &#171; Nos r&#233;ponses &#224; la crise &#187;. Cela pose des probl&#232;mes du point de vue des r&#232;gles d&#233;mocratiques minimales. Et cela quels que soient les avis (plus ou moins positifs ou n&#233;gatifs) que l'on ait sur ce texte : ce qu'un congr&#232;s a institu&#233;, seul un autre congr&#232;s peut le d&#233;faire, pas une conf&#233;rence nationale ! Pour ma part, je pense que, malgr&#233; ses faiblesses, ce texte portait d'ailleurs quelques avanc&#233;es du point de vue des rep&#232;res d'une nouvelle force politique radicale : place de la question &#233;cologiste, reconnaissance de l'utilit&#233; politique et p&#233;dagogique d'exp&#233;riences alternatives d&#232;s la soci&#233;t&#233; capitaliste malgr&#233; leurs in&#233;vitables limites, ou &#233;largissement de l'analyse des contradictions principales du capitalisme (contradiction capital/travail, mais aussi contradiction capital/nature, contradiction capital/d&#233;mocratie et contradiction capital/individualit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on s'arr&#234;te sur le r&#233;sultat de la CN du point de vue de notre candidat aux &#233;lections pr&#233;sidentielles, je pense que la candidature de notre camarade Philippe Poutou constitue dans la conjoncture une plut&#244;t bonne solution qui, si nous r&#233;ussissons &#224; recueillir les 500 signatures (ce qui n'est pas le cas le plus probablement envisageable), pourrait r&#233;v&#233;ler de bonnes surprises. C'est la candidature d'un non-professionnel de la politique, par ailleurs salari&#233; et militant syndical, qui pourrait devenir un des rares ouvriers candidats dans l'histoire de la Ve R&#233;publique, permettant alors de clairement se distinguer des autres candidats. Ce serait une fa&#231;on de combattre en actes le d&#233;crochage de la gauche vis-&#224;-vis des milieux populaires et ouvriers comme de mettre en cause la d&#233;valorisation des notions de &#171; populaire &#187; et d'&#171; ouvrier &#187; dans le champ politique et dans l'espace m&#233;diatique. Et cela n'implique pas n&#233;cessairement une campagne ouvri&#233;riste, car notre classe de r&#233;f&#233;rence c'est le salariat dont les cat&#233;gories ouvri&#232;res sont une des composantes principales mais pas la seule. D'autre part, la question &#233;cologiste, la question f&#233;ministe, le combat contre les discriminations (racistes et postcoloniales, homophobes, etc.) et la prise en compte des pr&#233;carisations devraient pouvoir enrichir notre conception de la question sociale au cours de la campagne &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#171; parti anti et hors syst&#232;me &#187; ? Une intuition juste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, comme nos camarades L&#233;on Cr&#233;mieux et Fran&#231;ois Sabado en ont eu la juste intuition &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;dans &#171; Pour un d&#233;bat strat&#233;gique dans le NPA &#187;, ESSF (article 20968), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la remont&#233;e du Front national nous lance un d&#233;fi particulier : &#234;tre encore davantage &#171; le parti anti et hors syst&#232;me &#187;. Mais pas seulement au sens marxiste du terme : anti-syst&#232;me capitaliste, mais aussi en un sens libertaire du terme : anti-syst&#232;me de la repr&#233;sentation politique professionnelle. Et si les deux logiques sont aujourd'hui en interaction (syst&#232;me capitaliste et syst&#232;me de la repr&#233;sentation politique professionnelle), elles constituent bien deux logiques, ne renvoyant pas aux m&#234;mes m&#233;canismes. C'est la force sur ce plan du point de vue libertaire : le capitalisme pourrait dispara&#238;tre sans que la domination proprement politique associ&#233;e &#224; la repr&#233;sentation politique professionnelle ne disparaisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne conduit pas n&#233;cessairement &#224; un point de vue arrogant selon lequel, face &#224; la menace de l'extr&#234;me-droite, nous disposerions &#171; avec nos petits bras &#187; de la seule r&#233;ponse, car personne ne poss&#232;de les cl&#233;s de l'histoire (et notre caract&#232;re encore groupusculaire pourrait largement faire sourire si certains d'entre nous manifestaient une telle arrogance). Il y a plusieurs r&#233;ponses qui vont vraisemblablement &#234;tre avanc&#233;es face &#224; la remont&#233;e du FN, dont les mobilisations unitaires antiracistes et antifascistes sur le plan associatif et syndical (auxquels nous participerons et que nous tenterons m&#234;me de stimuler) ainsi que les politiques publiques sociales-lib&#233;rales de la gauche officielle. Mais si ces diff&#233;rentes r&#233;ponses &#233;chouent &#224; freiner une progression du FN, la constitution d'un &#171; parti anti et hors syst&#232;me &#187; de la gauche radicale constituera une autre corde &#224; l'arc des r&#233;ponses anti-fascistes. Et il n'y a gu&#232;re que nous qui pourrions l'apporter : c'est de notre responsabilit&#233; propre en tant que parti anticapitaliste. Il n'y a donc rien l&#224;-dedans d'une &#171; politique du pire &#187; (&#224; la mani&#232;re de la politique des staliniens allemands dans les ann&#233;es 1920-1930 privil&#233;giant la lutte contre la social-d&#233;mocratie &#224; celle contre le nazisme, avec les r&#233;sultats catastrophiques que l'on conna&#238;t). Au contraire, ce serait une fa&#231;on, avec les ressources qui sont les n&#244;tres, d'&#233;viter une &#171; politique du pire &#187;, en contribuant &#224; la constitution d'un arsenal plus vari&#233; face &#224; la menace de l'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand la focalisation sur la tactique &#233;lectorale nous fait oublier le principal : le renouvellement de pratiques politiques &#233;mancipatrices&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois la tactique &#233;lectorale ne constitue qu'un plan secondaire quant aux r&#233;ponses face &#224; la menace de l'extr&#234;me-droite comme, plus largement, quant &#224; la constitution d'un &#171; parti anti et hors syst&#232;me &#187; anticapitaliste et libertaire. Le principal rel&#232;ve &#224; mon sens du renouvellement de pratiques politiques &#233;mancipatrices, au carrefour de l'interne et de l'externe.&lt;br class='autobr' /&gt;
La campagne pour les &#233;lections pr&#233;sidentielles pourrait d'ailleurs &#234;tre un terrain int&#233;ressant pour le renouvellement des pratiques politiques. Mais la pr&#233;gnance des conceptions &#233;troitement propagandistes (qui sont une forme soft d'avant-gardisme que l'on retrouve au sein des deux positions principales du NPA) nous &#233;loigne de cette perspective. D'ailleurs, bien au-del&#224; des campagnes &#233;lectorales, le NPA - souvent englu&#233; dans des routines, un d&#233;faut d'imagination pratique et de faibles dispositions exp&#233;rimentales, du sommet &#224; la base (ce qui pointe les limites des discours &#171; basistes &#187; qui se focalisent sur la d&#233;nonciation des comportements de &#171; la direction &#187; ; &#171; basisme &#187; qui dans une certaine rh&#233;torique trotskyste traditionnelle se nourrit paradoxalement d'une vision &#233;litiste du monde, puisque le principal rel&#232;verait presque toujours des &#171; probl&#232;mes de direction &#187;) - est pour l'instant largement pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; des enjeux du renouvellement des pratiques politiques, quelles que soient les &#171; positions &#187;. Ces &#171; positions &#187; n'en font d'ailleurs pas, le plus souvent, une question suffisamment digne d'int&#233;r&#234;t politique pour en nourrir leurs textes si fr&#233;quemment abscons et si proches finalement dans leurs langues de bois.&lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; nos maigres r&#233;sultats (nos quelques r&#233;sultats positifs ont surtout &#233;t&#233; dus aux fa&#231;ons renouvel&#233;es d'intervenir en public port&#233;es par notre camarade Olivier Besancenot, qui d'ailleurs appartenait &#224; &#171; la direction &#187; et non pas &#224; &#171; la base &#187;), le NPA devrait faire preuve d'humilit&#233;, d'inventivit&#233; et surtout de praxis vers et avec les exploit&#233;-e-s et les opprim&#233;-e-s. Or ce qui sort de la CN et de l'&#233;tat de nos milieux dirigeants, c'est plut&#244;t l'arrogance comp&#233;titive, la surproduction rh&#233;torique et les petits plaisirs des guerres intestines. C'est peut-&#234;tre que le NPA n'est pas encore n&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 - Quelques pistes sur le principal : pr&#233;server les possibilit&#233;s de naissance du NPA et d'&#233;mergence de pratiques politiques &#233;mancipatrices renouvel&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut s'efforcer de sortir de ce climat d&#233;pressif et de la forte tentation d'une semi-paralysie par surinvestissement de nos milieux dirigeants dans des dynamiques de ranc&#339;ur tendant &#224; nous focaliser sur notre nombril collectif (chacun ayant des montagnes de &#171; bonnes raisons &#187;, avec l'appui de listes impressionnantes des &#171; turpitudes &#187; des &#171; autres &#187;), il nous faut peut-&#234;tre d&#233;placer un peu notre perspective quant &#224; notre propre histoire r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hypoth&#232;se principale : le NPA n'est pas encore n&#233; !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, mon hypoth&#232;se principale est donc la suivante : le NPA n'est pas encore n&#233; ! Pas ce que nous appelons factuellement le NPA, bien s&#251;r, mais le projet du NPA, l'id&#233;al du NPA tel qu'il s'est exprim&#233; au cours du processus ayant men&#233; au congr&#232;s constitutif et tel qu'il s'est, de mani&#232;re certes imparfaite, cristallis&#233; dans nos &#171; Principes fondateurs &#187; : une force anticapitaliste pluraliste, renouvelant &#224; la fois le contenu de ce que pourrait &#234;tre une politique alternative au capitalisme (le contenu programmatique et le projet de soci&#233;t&#233;) et le rapport m&#234;me &#224; la politique (les pratiques politiques, en interne, &#224; l'ext&#233;rieur et dans le rapport entre les deux), &#224; vis&#233;e majoritaire (et non pas groupusculaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette non-encore naissance du NPA, le plan du renouvellement des pratiques politiques appara&#238;t le plus nettement sous-d&#233;velopp&#233;. On conna&#238;t peu les exp&#233;riences (internes/externes/entre les deux) men&#233;es au sein du NPA en ce sens - nos instances dirigeantes n'ayant pas trouv&#233; le temps de monter des circuits de mutualisation, tout &#224; leurs occupations autrement &#171; s&#233;rieuses &#187; -, mais elles ne semblent pas, &#224; vue de nez, tr&#232;s nombreuses. On conna&#238;t par ailleurs les d&#233;boires de deux tentatives m&#233;diatis&#233;es (quoiqu'on pense des raisons de leurs &#233;checs respectifs) allant dans ce sens : 1) le comit&#233; &#171; l'appel et la pioche &#187; &#224; destination des pr&#233;caires, et 2) le comit&#233; quartier populaire d'Avignon en direction des couches populaires particuli&#232;rement discrimin&#233;es parce qu'issues de l'immigration postcoloniale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on part de cette hypoth&#232;se et que l'on ne croit pas &#224; une philosophie d&#233;terministe de l'histoire, cela signifie que le NPA pourrait encore na&#238;tre, mais que ce n'est pas une n&#233;cessit&#233; (une forme d&#233;g&#233;n&#233;rescente pourrait tout &#224; fait sortir de ce que factuellement on appelle le NPA aujourd'hui et d'autres groupes pourraient ult&#233;rieurement reprendre le flambeau dans d'autres conditions, par exemple). Nos consid&#233;rations tactiques sur le court terme devraient alors &#234;tre soumises &#224; deux exigences prioritaires : 1) pr&#233;server les possibilit&#233;s de naissance ult&#233;rieure du NPA, et 2) pr&#233;server les possibilit&#233;s d'&#233;mergence de pratiques politiques &#233;mancipatrices renouvel&#233;es &#224; partir de l'embryon de l'encore-&#224; na&#238;tre NPA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux pistes pour envisager de sortir de la mouise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avancerai deux pistes, &#224; la crois&#233;e de ces deux exigences, susceptibles de nous aider &#224; nous sortir des graves difficult&#233;s actuelles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) l'&#233;mergence et la consolidation de r&#233;seaux transversaux aux diff&#233;rentes &#171; positions &#187; et hors-&#171; positions &#187; (voir l'int&#233;ressante plate-forme locale de Lyon pour la CN, ayant refus&#233; la polarisation en cours sur des questions de tactique &#233;lectorale) comme le r&#233;cent R&#233;seau de r&#233;flexions et de pratiques autogestionnaires et libertaires dans le NPA et sa liste [libertaires-au-npa@googlegroups.com], susceptibles de d&#233;velopper une culture pratique imaginative et exp&#233;rimentale au sein de notre organisation ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et, surtout, _b) l'arriv&#233;e de nouvelles vagues militantes (du moins des vaguelettes !) apportant un nouveau dynamisme : soit li&#233;es &#224; des mouvements sociaux (sur ce point, on ne doit pas oublier que le NPA n'a presque pas b&#233;n&#233;fici&#233; d'un point de vue militant du r&#233;cent mouvement social des retraites, contrairement &#224; la LCR par rapport &#224; d'autres mouvements sociaux ant&#233;rieurs, ce qui met en &#233;vidence que r&#233;p&#233;ter le plus souvent &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187; et &#171; Prol&#233;tariat &#187; ne suffit gu&#232;re &#224; &#234;tre audibles dans les secteurs les plus radicalis&#233;s des exploit&#233;-e-s et des opprim&#233;-e-s concrets), soit li&#233;es aux campagnes &#233;lectorales (comme cela a &#233;t&#233; le cas pour la LCR avec les deux campagnes pr&#233;sidentielles d'Olivier Besancenot ; la candidature de Philippe Poutou, si elle peut passer le difficile barrage des 500 signatures, offre quelques atouts en ce sens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des risques de la polarisation interne (A/B) et des dangers de r&#233;tr&#233;cissement dogmatique du p&#233;rim&#232;tre politico-intellectuel du NPA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, en l'&#233;tat, les forces innovatrices et exp&#233;rimentales n'apparaissent gu&#232;re suffisantes et suffisamment constitu&#233;es au sein de notre organisation. Et la logique de polarisation interne en cours ne peut que d&#233;grader tant l'outillage existant (effets de paralysie, nouveaux d&#233;parts, etc.) que notre attractivit&#233; vis-&#224;-vis des exploit&#233;-e-s et des opprim&#233;-e-s. D'autant plus que si la position minoritaire (B), fort h&#233;t&#233;rog&#232;ne, r&#233;v&#232;le bien en son sein des tentations institutionnalistes, qui en pratique &#233;loignent de l'invention d'une nouvelle politique &#233;mancipatrice &#224; partir du quotidien des opprim&#233;-e-s et avec elles/eux, la position majoritaire (A), elle aussi fort h&#233;t&#233;rog&#232;ne, r&#233;v&#232;le en son sein des tentations avant-gardistes et dogmatiques nous &#233;loignant &#233;galement en pratique de l'&#233;ventuelle naissance du NPA. Il ne s'agit pas ici de reprocher &#224; des camarades d'avoir telle ou telle lecture du trotskysme, du l&#233;ninisme et du marxisme, mais de pointer la tentation de certains d'entre eux d'en faire le c&#339;ur de l'identit&#233; du NPA, en contradiction avec le pluralisme de l'anticapitalisme constitutif de nos &#171; Principes fondateurs &#187;, qui ne d&#233;finissent d'ailleurs le NPA ni comme &#171; marxiste &#187;, ni comme &#171; l&#233;niniste &#187;, ni comme &#171; trotskyste &#187;. Faut-il rappeler la formulation tr&#232;s ouverte de ces derniers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous voulons que le NPA fasse vivre le meilleur de l'h&#233;ritage de celles et ceux qui ont affront&#233; le syst&#232;me depuis deux si&#232;cles, celui de la lutte des classes, des traditions socialistes, communistes, libertaires, r&#233;volutionnaires. Un parti qui h&#233;rite des luttes d&#233;mocratiques et antifascistes. Un parti qui garde la m&#233;moire des combats contre les d&#233;rives autoritaires et bureaucratiques qui ont terni les espoirs &#233;mancipateurs. Un parti qui se nourrit du f&#233;minisme, de l'anticolonialisme, de l'antiracisme comme des luttes contres toutes les discriminations. Un parti qui donne une tonalit&#233; clairement anticapitaliste &#224; l'&#233;cologie politique radicale et une tonalit&#233; clairement &#233;cologiste &#224; l'anticapitalisme. Un parti soucieux des aspirations individuelles &#224; la reconnaissance et &#224; la cr&#233;ativit&#233; face &#224; l'uniformisation marchande de la vie quotidienne. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un penchant dogmatique r&#233;cusant de fait ce pluralisme pourrait nous entra&#238;ner intellectuellement bien en de&#231;&#224; du pluralisme effectif qui fut celui de la LCR ; la figure regrett&#233;e de notre camarade Daniel Bensa&#239;d ayant particuli&#232;rement incarn&#233; depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990 le dialogue critique d'un marxisme h&#233;r&#233;tique et ouvert avec une diversit&#233; de radicalit&#233;s intellectuelles. Il faut ici prendre garde que des consid&#233;rations tactiques justes ne permettent pas de couvrir de telles r&#233;gressions. Car s'il s'agissait de cr&#233;er le NPA pour revenir en arri&#232;re par rapport &#224; la LCR&#8230; ?!!! &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, les deux principales &#171; positions &#187; mettent en avant, chacune de leur c&#244;t&#233;, des exigences justes : en particulier, l'importante critique des risques de l'engluement dans politique institutionnelle et professionnalis&#233;e pour la position A et la n&#233;cessit&#233; de l'ouverture du NPA pour la position B.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En attendant la naissance du NPA : un n&#233;cessaire compromis entre A et B pour des raisons pragmatiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de forces inventives pour l'instant suffisantes, la moins mauvaise solution, dans l'objectif de pr&#233;server la possibilit&#233; de naissance ult&#233;rieure du NPA, pourrait &#234;tre un compromis entre la position A et la position B pour animer l'organisation, dans une logique que Proudhon appelait &#171; l'&#233;quilibration des contraires &#187;, en faisant le pari pragmatique que les risques respectifs port&#233;s par les uns et les autres seront contrebalanc&#233;s par les apports respectifs des uns et des autres. L'&#233;tat des tensions, leurs composantes affectives, les ranc&#339;urs et les arrogances concurrentes semblent certes nous &#233;loigner de ce moindre mal raisonnable. Mais, &#224; d&#233;faut d'une telle attitude raisonn&#233;e et raisonnable de nos secteurs dirigeants, le risque est grand d'une non-naissance quasi-d&#233;finitive du NPA. Il faudrait rappeler &#224; ceux qui seraient tent&#233;s de passer outre que dans une telle dynamique mortif&#232;re, au nom du &#171; parti anti et hors syst&#232;me &#187; pour les uns et de &#171; l'ouverture contre le sectarisme &#187; pour les autres, la possibilit&#233; m&#234;me de l'&#233;mergence d'un &#171; parti anti et hors syst&#232;me &#187; et/ou d'une force politique anticapitaliste ouverte pourrait &#234;tre gravement, voire irr&#233;m&#233;diablement, affect&#233;e. La nouvelle gauche radicale embryonnaire retournerait alors aux d&#233;rives groupusculaires de la vieille extr&#234;me-gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas o&#249; le d&#233;raisonnable aurait eu le dernier mot, sur le plan personnel, tout en demeurant adh&#233;rent du NPA (les menaces successives de d&#233;part comme mode de dramatisation du d&#233;bat sont particuli&#232;rement p&#233;nibles dans notre organisation et, surtout, l'on ne voit gu&#232;re pour l'instant o&#249; la possibilit&#233; de naissance de quelque chose comme le NPA pourrait germer ailleurs ?), je me mettrai de c&#244;t&#233; par rapport &#224; la polarisation A/B, en me contentant de modestement contribuer &#224; l'&#233;ventuelle campagne de Philippe Poutou. &#202;tre conscient que l'on va dans le mur et continuer &#224; participer aux logiques qui y m&#232;nent serait encore plus d&#233;primant. Il restera alors surtout &#224; nourrir des initiatives transversales comme le R&#233;seau de r&#233;flexions et de pratiques autogestionnaires et libertaires dans le NPA, des exp&#233;rimentions locales et des espaces de recherche radicale et pluraliste sur le plan th&#233;orique. Comme le d&#233;sespoir, la participation &#224; un suicide collectif n'a rien d'obligatoire, mais ne constitue qu'une possibilit&#233;, qui a peut-&#234;tre ses charmes, mais vraisemblablement tr&#232;s surfaits&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Corcuff&lt;/strong&gt; (comit&#233; NPA N&#238;mes), 13 juillet 2011&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;dans &#171; &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article20968&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour un d&#233;bat strat&#233;gique dans le NPA&lt;/a&gt; &#187;, ESSF (article 20968), rubrique &#171; Strat&#233;gie du Ph&#233;nix &#187;, 5 avril 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* Ce texte est une version l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e d'une contribution envoy&#233;e le 12 juillet 2011 sur la liste du R&#233;seau de r&#233;flexions et de pratiques autogestionnaires et libertaires dans le NPA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article22236&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Europe solidaire&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>CIN&#201;MA Je doute, donc je suis&#8230; moderne</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/CINEMA-Je-doute-donc-je-suis-moderne</link>
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		<dc:date>2010-04-07T03:02:15Z</dc:date>
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		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>



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&lt;p&gt;Tir&#233; du site : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article16912 2 avril 2010 &lt;br class='autobr' /&gt;
Shutter Island, le film de Martin Scorsese et surtout le magistral roman noir de Dennis Lehane, nous entra&#238;ne dans les m&#233;andres extr&#234;mes des incertitudes humaines, aux confins de la parano&#239;a, l&#224; o&#249; les th&#233;ories du complot prosp&#232;rent. 11 Septembre 2001, grippe A&#8230; les conspirationnismes les plus extravagants font flor&#232;s sur Internet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le doute participe bien de la constitution de la figure de l'individu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Culture-26-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article16912&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article16912&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
2 avril 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Shutter Island, le film de Martin Scorsese et surtout le magistral roman noir de Dennis Lehane, nous entra&#238;ne dans les m&#233;andres extr&#234;mes des incertitudes humaines, aux confins de la parano&#239;a, l&#224; o&#249; les th&#233;ories du complot prosp&#232;rent. 11 Septembre 2001, grippe A&#8230; les conspirationnismes les plus extravagants font flor&#232;s sur Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le doute participe bien de la constitution de la figure de l'individu occidental moderne. En t&#233;moigne un des premiers &#171; pr&#233;ceptes &#187; &#233;nonc&#233; par Descartes : &#171; Ne recevoir jamais aucune chose pour vraie [...] que je n'eusse aucune occasion de le mettre en doute. &#187; [1] Or ce doute est susceptible de r&#233;v&#233;ler des pouvoirs envahissants, voire autod&#233;vorants. O&#249; poser la limite sugg&#233;r&#233;e par Descartes mettant en garde contre les sceptiques, &#171; qui ne doutent que pour douter &#187; ? O&#249; se d&#233;ploie la l&#233;gitime mise en doute des pr&#233;jug&#233;s dominants et o&#249; commence le d&#233;lire parano&#239;aque ? Les cheminements narratifs cisel&#233;s par Lehane &#233;pousent tout d'abord ces interrogations : &#171; Si on vous juge d&#233;ment, alors tous les actes qui devraient prouver le contraire sont interpr&#233;t&#233;s comme ceux d'un d&#233;ment. Vos saines protestations constituent un d&#233;ni. Vos craintes l&#233;gitimes deviennent de la parano&#239;a. Votre instinct de survie est qualifi&#233; de m&#233;canisme de d&#233;fense. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la plus grande partie du r&#233;cit, le h&#233;ros semble avoir raison contre les accusations de parano&#239;a port&#233;e contre lui. Mais, dans les plis du roman et dans les plans du film, perce timidement une autre (petite) voix, qui prendra le dessus dans le d&#233;nouement : et si cet homme &#233;tait vraiment fou ? Car Shutter Island appara&#238;t principalement au bout du compte comme une critique des th&#233;ories du complot et de leur circularit&#233; : &#171; Vous avez r&#233;ussi &#224; vous convaincre que vous &#233;tiez toujours marshal et qu'&#224; ce titre vous &#233;tiez venu enqu&#234;ter &#224; Shutter Island. A cette occasion, vous avez d&#233;couvert une vaste conspiration ; par cons&#233;quent, tout ce que nous pouvons dire ou faire pour vous prouver le contraire ne sert qu'&#224; entretenir l'illusion du complot. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans que le trouble ne soit tout &#224; fait &#233;teint, une v&#233;rit&#233; probable se fait jour au final : un auto-illusionnement aurait servi &#224; recouvrir un drame intime chez notre (ancien) marshal. Le r&#233;cit ne d&#233;bouche-t-il pas alors sur la possibilit&#233; d'un doute plus raisonn&#233;, freinant les d&#233;rives d'un doute absolu tout en laissant ouvertes des zones floues qu'aucune r&#232;gle rationnelle ne pourrait r&#233;genter par avance ? On a l&#224; quelques convergences avec des pistes livr&#233;es en philosophie par Ludwig Wittgenstein [2]. Le doute illimit&#233; rev&#234;tirait selon lui un caract&#232;re autor&#233;futant, la pr&#233;tention de &#171; douter de tout &#187; supposant de douter aussi du doute. Plus largement, tant nos doutes que nos certitudes auraient besoin d'appuis sur du non-interrog&#233;, &#171; comme des gonds sur lesquels tournent nos questions et nos doutes &#187;. Cette double fragilit&#233; pratique, dans nos doutes et nos certitudes, ne m&#232;nerait pas n&#233;cessairement au nihilisme, ce dernier ayant lui-m&#234;me des chausse-trapes. Et puis tout doute ne serait pas &#171; raisonnable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;ricain Stanley Cavell a prolong&#233; l'inspiration wittgensteinienne dans une direction stimulante : &#171; L'enseignement de Wittgenstein est partout dirig&#233; par le souci de r&#233;agir au scepticisme [&#8230;] On manque ce qu'on pourrait appeler &#171; l'effet Wittgenstein &#187; si [&#8230;] on ne s'ouvre pas &#224; la menace du scepticisme &#8211; c'est-&#224;-dire, au sceptique que l'on a en soi. &#187; [3] Endiguer le scepticisme ne passerait pas par sa n&#233;gation, mais par une confrontation avec les doutes et les incertitudes tiraillant la condition humaine. Le scepticisme serait &#224; contenir, au double sens d'int&#233;grer et d'emp&#234;cher que cela d&#233;borde. &#171; Une marche sur la corde raide &#187;, ajoute Cavell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position d'&#233;quilibriste appara&#238;t comme un trait particuli&#232;rement pr&#233;gnant de la mobilit&#233; individualiste promue par le capitalisme contemporain. N'y a-t-on pas affaire &#224; des individus plus autonomes, mais soumis aux pressions de la logique marchande dans un univers p&#233;tri d'in&#233;galit&#233;s et de pr&#233;carisations ? L'autonomie personnelle donne acc&#232;s &#224; des marges suppl&#233;mentaires de libert&#233;, mais accro&#238;t les zones d'incertitude. La commercialisation des d&#233;sirs s'engouffre dans cette incertitude, mais en avivant les frustrations. Le management pr&#233;tend solliciter les personnalit&#233;s de chacun, mais la loi du profit dans le cadre demeur&#233; hi&#233;rarchique de l'entreprise capitaliste &#233;corche les demandes de reconnaissance, renfor&#231;ant les ind&#233;cisions sur soi et sur les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique officielle n'arrive pas &#224; se coltiner ces fragilit&#233;s actuelles, sises dans les flottements entre doutes et certitudes. Elle pr&#233;f&#232;re se caler unilat&#233;ralement sur les fermetures rassurantes du langage de &#171; la s&#233;curit&#233; &#187; et de &#171; la protection &#187; : &#171; Ne vos inqui&#233;tez pas, on s'occupe de tout ! &#187; Sans d'ailleurs vraiment remettre en cause le cadre si manifestement instabilisant du n&#233;ocapitalisme globalis&#233;. Le discours d'ordre de la droite entretient des fantasmes s&#233;curitaires ethnicis&#233;s, attisant les peurs et &#233;rodant les libert&#233;s individuelles. Dans les moments &#233;lectoraux, le PS retrouve, quant &#224; lui, une rh&#233;torique de la protection sociale, bien qu'acceptant au nom d'un suppos&#233; &#171; r&#233;alisme &#187; un certain recul. Mais il ne sait pas quoi faire des individualit&#233;s h&#233;sitantes dans un tel am&#233;nagement social-lib&#233;ral du capitalisme. Deux conservatismes distincts, mais qui ne prennent pas &#224; bras-le-corps une des tensions travaillant les exp&#233;riences contemporaines, dont Shutter Island pr&#233;sente une forme limite : entre un besoin de rep&#232;res stabilis&#233;s et une aspiration &#224; l'ouverture de terrains pour les p&#233;r&#233;grinations singuli&#232;res de nos inconstances. Qui invitera les individus du XXIe si&#232;cle aux aventures postcapitalistes des solidarit&#233;s stabilisantes et des subjectivit&#233;s t&#226;tonnantes ? Entre certitudes et doutes, en assumant les fluctuations et les perplexit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par PHILIPPE CORCUFF, sociologue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#171; Discours de la m&#233;thode &#187;, 1637.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; De la certitude &#187;, 1949-1951.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; Les Voix de la raison. Wittgenstein, le scepticisme, la moralit&#233; et la trag&#233;die &#187;, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Paru sur Lib&#233;ration. fr&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune r&#233;ponse &#224; &#8220;CIN&#201;MA Je doute, donc je suis&#8230; moderne&#8221;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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<item xml:lang="fr">
		<title>Le NPA, le foulard et l'&#233;mancipation : avec Ilham Moussa&#239;d</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Le-NPA-le-foulard-et-l-emancipation-avec-Ilham-Moussaid</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Le-NPA-le-foulard-et-l-emancipation-avec-Ilham-Moussaid</guid>
		<dc:date>2010-02-24T03:16:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site M&#233;diapart 12 F&#233;vrier 2010 Par Philippe Corcuff &lt;br class='autobr' /&gt;
Le NPA Vaucluse, en pr&#233;sentant Ilham Moussa&#239;d en quatri&#232;me position de ses candidats aux &#233;lections r&#233;gionales en PACA, a orient&#233; opportun&#233;ment la radicalit&#233; politique dans le sens du pragmatisme et du souci de l'individualit&#233;, sans pour autant contrevenir &#224; une orientation la&#239;que et f&#233;ministe. On est bien loin du brouhaha &#233;lectoraliste et manich&#233;en qui a accueilli cet &#233;v&#233;nement du c&#244;t&#233; des gauches bien pensantes (PS, PCF, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site M&#233;diapart&lt;br class='autobr' /&gt;
12 F&#233;vrier 2010 Par Philippe Corcuff&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le NPA Vaucluse, en pr&#233;sentant Ilham Moussa&#239;d en quatri&#232;me position de ses candidats aux &#233;lections r&#233;gionales en PACA, a orient&#233; opportun&#233;ment la radicalit&#233; politique dans le sens du pragmatisme et du souci de l'individualit&#233;, sans pour autant contrevenir &#224; une orientation la&#239;que et f&#233;ministe. On est bien loin du brouhaha &#233;lectoraliste et manich&#233;en qui a accueilli cet &#233;v&#233;nement du c&#244;t&#233; des gauches bien pensantes (PS, PCF, PG...)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias se sont d&#233;cha&#238;n&#233;s, ainsi que les repr&#233;sentants des principaux partis, &#224; l'extr&#234;me-droite, &#224; droite, &#224; gauche et dans la gauche de la gauche. Dans la r&#233;action du Mouvement Ni Putes Ni Soumises (&#171; Le voile de Besancenot - Le NPA scelle le mariage islamo-gauchiste &#187;, 5 f&#233;vrier 2010) transpara&#238;t m&#234;me une des formes de raisonnement les plus pauvres intellectuellement et politiquement : la figure conspirationniste du complot &#171; islamo-gauchiste &#187; (voir mon texte &#171; &#034;Le complot&#034; ou les aventures tragi-comiques de &#034;la critique&#034; &#187;, Mediapart, 19 juin 2009) ! Et cette association pousse le ridicule jusqu'&#224; envisager de porter plainte contre la liste du NPA... Des turbulences ont &#233;galement gagn&#233; le NPA en interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Ilham Moussa&#239;d, tr&#233;sori&#232;re du NPA dans le Vaucluse, se d&#233;finissant comme &#171; anticapitaliste, f&#233;ministe, la&#239;que, antiraciste et internationaliste &#187;, est croyante et porte un foulard islamique comme signe de cette croyance, priv&#233;e mais publiquement visible. Martine Aubry, Aur&#233;lie Filippetti et Lionel Jospin, pour le PS, Marie-Georges Buffet et Pierre Laurent, pour le PCF, comme Jean-Luc M&#233;lenchon, pour le Parti de Gauche, ont-ils raison de s'inqui&#233;ter pour l'avenir de l'&#233;mancipation ou ont-ils fait preuve d'un &#233;lectoralisme flirtant avec des passions troubles traversant la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ? Je crains que le deuxi&#232;me terme de l'alternative ne soit le plus proche de la v&#233;rit&#233;. Ce qui me rend dubitatif quant &#224; l'avenir de ces gauches.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La&#239;cit&#233; : des chr&#233;tiens de gauche des ann&#233;es 1970 &#224; Ilham Moussa&#239;d&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En quoi la la&#239;cit&#233;, en tant notamment que n&#233;cessaire s&#233;paration entre les pouvoirs politiques et les pouvoirs religieux, est-elle mise en danger ? On confond ici souvent la la&#239;cit&#233; (qui fait partie des &#171; Principes fondateurs &#187; du NPA), en tant que garantissant au contraire la diversit&#233; des croyances et incroyances, et l'ath&#233;isme (qui ne fait pas partie des &#171; Principes fondateurs &#187; du NPA). Jean Baub&#233;rot, titulaire de la chaire &#171; Histoire et sociologie de la la&#239;cit&#233; &#187; &#224; l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, a bien mis en &#233;vidence la possibilit&#233; d'une la&#239;cit&#233; ouverte et interculturelle (voir son blog et la vid&#233;o de sa conf&#233;rence &#224; l'Universit&#233; Populaire de N&#238;mes, le 12 d&#233;cembre 2008 sur &#171; Vers une la&#239;cit&#233; interculturelle &#187;), &#224; l'&#233;cart des raidissements la&#239;cards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La croyance d'Ilham Moussa&#239;d est visible, mais reste une affaire priv&#233;e, comme un des attributs de sa personnalit&#233; bigarr&#233;e. Elle ne fait pas l'objet d'un pros&#233;lytisme religieux dans l'espace politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si nos socialistes et communistes aujourd'hui courrouc&#233;s se rappelaient de la belle aventure des &#171; chr&#233;tiens de gauche &#187; dans les ann&#233;es 1970, qui a accompagn&#233; la mont&#233;e de l'Union de la gauche ? Le passage du &#171; christianisme social &#187; (qui &#233;tait encore celui de l'Abb&#233; Pierre, d&#233;put&#233; en soutane du MRP, puis dissident, en 1946-1951) aux &#171; chr&#233;tiens de gauche &#187; avait justement &#224; voir avec l'incorporation des valeurs de la la&#239;cit&#233;, du f&#233;minisme et de l'anticapitalisme parmi ces croyants, dans le choc de l'apr&#232;s-1968. La croyance de ces militants (dans le PSU, au PS, au PCF ou hors de ces partis) &#233;tait visible publiquement, mais sans que cela ne remette en cause la s&#233;paration des &#233;glises et de l'&#201;tat. Elle &#233;tait m&#234;me visible dans les campagnes &#233;lectorales. C'est notamment ce qui a contribu&#233; &#224; faire de la Bretagne une terre enracin&#233;e &#233;lectoralement &#224; gauche. Par exemple, lorsqu'en 1983 j'ai &#233;t&#233; &#233;lu jeune conseiller municipal PS dans la municipalit&#233; d'Union de la gauche de Floirac dans la banlieue populaire de Bordeaux, il y avait sur notre liste des socialistes, des communistes et des &#171; personnalit&#233;s locales &#187;, dont un &#171; chr&#233;tien de gauche &#187; estampill&#233; publiquement comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce qu'associ&#233; &#224; la revendication l&#233;gitime de la&#239;cit&#233;, il n'y a pas alors aujourd'hui un rapport plus trouble &#224; un islam diabolis&#233; et discrimin&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;F&#233;minisme : de la pluralit&#233; des usages du foulard et des conditions de l'&#233;mancipation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ilham Moussa&#239;d se d&#233;clare &#171; f&#233;ministe &#187;, d'autres militantes f&#233;ministes l'associent &#224; un symbole uniforme d'oppression des femmes. Peut-on tenter de clarifier le probl&#232;me sans manich&#233;isme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait peut-&#234;tre ici faire droit &#224; des ressources philosophiques et sociologiques nous &#233;loignant d'une tendance g&#233;n&#233;rale &#224; essentialiser les d&#233;bats politiques. Ainsi, contre les approches en termes de &#171; substances &#187; ou d'&#171; essences &#187;, c'est-&#224;-dire partant d'entit&#233;s suppos&#233;es homog&#232;nes, intemporelles et fixes, le philosophe Ludwig Wittgenstein a mis en avant dans sa &#171; seconde philosophie &#187;, la diversit&#233; des usages du langage en fonction des contextes. Les sciences sociales contemporaines, quant &#224; elles, sont fr&#233;quemment amen&#233;es &#224; insister sur la pluralit&#233; des pratiques, dans les divers domaines de la vie sociale, ne rentrant gu&#232;re dans de telles &#171; essences &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ainsi acter : 1) que les origines religieuses du foulard portent une tendance principale &#224; la discrimination sexiste ; 2) que l'obligation de porter le foulard dans certains pays de culture musulmane reconduit cette tendance ; 3) que certains usages du foulard en France font de m&#234;me ; mais 4) que cela n'englobe pas la diversit&#233; des rapports au foulard dans notre pays. C'est en tout cas ce que montrent les enqu&#234;tes sociologiques existantes (voir en particulier la synth&#232;se, qui n'a rien d'&#171; islamo-gauchiste &#187;, de Fran&#231;oise Gaspard et Farhad Khosrokhavar, Le foulard et la R&#233;publique, La D&#233;couverte, 1995). Le rapport f&#233;ministe, la&#239;c et anticapitaliste au foulard d'Ilham Moussa&#239;d s'inscrit dans cette galaxie plurielle d'usages du foulard islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces usages contemporains du foulard, revendiquant une rupture avec l'oppression des femmes, ne restent-ils pas marqu&#233;s par un inconscient historique discriminatoire, non pr&#233;sent &#224; la conscience de celles qui le portent aujourd'hui ? Ce n'est pas impossible, mais comme certaines de nos pratiques d'homme et de femmes &#178;de gauche peuvent rest&#233;es travaill&#233;es inconsciemment par des bouts de machisme, de racisme, d'arrogance coloniale, d'homophobie ou de racisme de classe (de m&#233;pris du populaire si pr&#233;sent dans les classes moyennes et sup&#233;rieures de gauche dans les discours &#171; anti-beaufs &#187;, &#171; anti-Bidochon &#187;...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces adh&#233;rences du &#171; vieux monde &#187; en nous, la tentation de la strat&#233;gie l&#233;niniste (en gros : &#171; je dois t'apporter de l'ext&#233;rieur la v&#233;rit&#233; sur ta condition d'opprim&#233;, car tu es trop compl&#232;tement ali&#233;n&#233; pour t'&#233;manciper toi-m&#234;me &#187;), qui semble hanter certaines interventions f&#233;ministes dans le d&#233;bat, n'est-elle pas contraire &#224; la perspective m&#234;me de l'&#233;mancipation ? Car a-t-on alors affaire &#224; un processus d'&#233;mancipation d'opprim&#233;-e-s ou pr&#233;tend-on plut&#244;t les &#233;manciper de l'ext&#233;rieur ? Quid alors de &#171; l'&#233;mancipation des opprim&#233;s sera l'&#339;uvre des opprim&#233;s eux-m&#234;mes &#187;, c'est-&#224;-dire de la composante d'auto-&#233;mancipation ? Et qui garantit que les fameux &#233;mancipateurs des autres ne sont pas &#233;galement travaill&#233;s par des adh&#233;rences inconscientes de st&#233;r&#233;otypes dominants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de l'&#233;mancipation individuelle et collective, si elle suppose la participation des opprim&#233;-e-s &#224; leur propre &#233;mancipation, n'appelle-t-elle pas alors une dynamique d'apprentissages coop&#233;ratifs ? C'est la voie pragmatiste qu'a mis en &#339;uvre le NPA du Vaucluse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;NPA Vaucluse : une logique pragmatiste novatrice dans &#171; un chaos cr&#233;ateur &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation du NPA a constitu&#233; ce que j'ai appel&#233; ailleurs &#171; un chaos cr&#233;ateur &#187; (voir &#171; L'aventure &#034;NPA&#034; : un chaos cr&#233;ateur - Et comment &#034;le mort saisit le vif&#034; dans la gauche de la gauche &#187;, Mouvements.info, 12 d&#233;cembre 2008) mettant en branle des itin&#233;raires militants, culturels, intellectuels, etc. h&#233;t&#233;rog&#232;nes. Cela peut d&#233;boucher sur des &#233;cueils, des difficult&#233;s, des rat&#233;s, mais aussi une certaine capacit&#233; d'innovations dans le rapport avec les souffrances et les imaginaires &#233;mergeant de notre soci&#233;t&#233;. Avec l'audace d'avoir pr&#233;sent&#233; Ilham Moussa&#239;d aux &#233;lections r&#233;gionales, le NPA du Vaucluse appara&#238;t aux avant-postes de la cr&#233;ativit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est proche de ce qu'on appelle en philosophie le pragmatisme, avec tout particuli&#232;rement les apports de l'Am&#233;ricain John Dewey (voir notamment son ouvrage Le public et ses probl&#232;mes, 1&#232;re &#233;d. am&#233;ricaine 1927, trad. fran&#231;., Publications de l'Universit&#233; de Pau/Farrago/&#201;ditions L&#233;o Scheer, 2003). Pas grand-chose &#224; voir avec ce que l'on appelle &#171; pragmatisme &#187; en un sens courant, c'est-&#224;-dire une recherche de l'efficacit&#233; pour l'efficacit&#233;. Dewey &#233;tait un d&#233;mocrate radical, qui avait une vue exp&#233;rimentale de la politique &#233;mancipatrice. L'exploration d'un monde commun appelait exp&#233;riences pratiques, t&#226;tonnements, essais-erreurs, rectifications...Philippe Pignarre a r&#233;cemment relanc&#233; cette inspiration dans son livre Etre anticapitaliste aujourd'hui - Comprendre le NPA (La D&#233;couverte, 2009 ; voir des extraits sur Contretemps web), afin de dessiner une association de radicalit&#233; anticapitaliste et de pragmatisme pour le NPA. La sociologue et militante libertaire Ir&#232;ne Pereira s'est inscrite dans une voie analogue, mais &#224; partir principalement de la tradition anarchiste (dans Peut-on &#234;tre radical et pragmatique ?, Textuel, collection &#171; Petite Encyclop&#233;die Critique &#187;, f&#233;vrier 2010).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas du NPA Vaucluse me semble exemplaire de ce point de vue. Ainsi, &#224; travers la mobilisation contre les massacres &#224; Gaza, Ilham Moussa&#239;d a nou&#233; des liens avec les militants anticapitalistes (voir Hendrik Davi, militant du NPA &#224; Avignon, &#171; Une candidate anticapitaliste portant le voile ! Et pourquoi pas ! &#187;, Mediapart, 3 f&#233;vrier 2010), puis s'est inscrite dans le collectif militant NPA et y a pris progressivement des responsabilit&#233;s. Les conceptions des uns et des autres de l'anticapitalisme, du f&#233;minisme, de l'antiracisme, de l'internationalisme et de la la&#239;cit&#233; ont pu se confronter, s'ajuster, s'&#233;claircir, se d&#233;placer mutuellement dans une dynamique faite de pratiques communes, de d&#233;bats, d'apprentissages et de vivre ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est vraiment loin du manich&#233;isme, du conspirationnisme et de l'&#233;lectoralisme des gauches bien pensantes !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand les &#233;mancipateurs crachent sur l'individualit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle d'&#233;mancipation, ne vise-t-on pas l'&#233;mancipation individuelle et collective ? Si en tout cas on suit Marx et Engels, plus individualistes que les lectures exclusivement collectivistes qui ont souvent &#233;t&#233; faites de leurs &#233;crits. Ils &#233;crivent ainsi dans Le Manifeste communiste (1848) : &#171; L'ancienne soci&#233;t&#233; bourgeoise, avec ses classes et ses conflits de classes, fait place &#224; une association o&#249; le libre &#233;panouissement de chacun est la condition du libre &#233;panouissement de tous. &#187; Marx reconnaissait ainsi la place &#233;minente de l'individualit&#233; de chacun, en tant qu'unicit&#233;, singularit&#233;, dans une perspective &#233;mancipatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nos gauches bien-pensantes ne se sentent pas tellement g&#234;n&#233;es pour cracher &#224; r&#233;p&#233;tition sur l'individualit&#233; d'Ilham Moussa&#239;d. Pour elles, Ilham Moussa&#239;d ne renvoie pas une personnalit&#233; unique, m&#233;tiss&#233;e de diff&#233;rents traits et exp&#233;riences (sur le m&#233;tissage propre aux identit&#233;s singuli&#232;res, voir mon texte &#171; De nos identit&#233;s m&#233;tisses &#187;, Le Z&#232;bre, novembre 2008), mais est r&#233;duite &#224; un objet (en tant que &#171; femme objet &#187; ?), un foulard. On pi&#233;tine, on m&#233;prise, on caricature, on essentialiste, sans vergogne. Au nom de l'&#233;mancipation, on &#233;crase l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la question religieuse &#224; une question sociale &#233;largie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un NPA du c&#244;t&#233; de la nuance, du pragmatisme, de la complication, de l'individualit&#233;, sans pour autant &#233;mousser sa radicalit&#233; anticapitaliste. Des gauches bien pensantes du c&#244;t&#233; du manich&#233;isme et du conspirationnisme. Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sarkozyste sur &#171; l'identit&#233; nationale &#187;, r&#233;cup&#233;rant de mani&#232;re soft des th&#232;mes ethnicisants longtemps port&#233;s par le FN (voir mon analyse dans &#171; Du d&#233;go&#251;t vis-&#224;-vis du sarkozysme et des r&#233;ponses politiques &#187;, Mediapart, 17 d&#233;cembre 2009), est pass&#233; par l&#224;. Les gauches ont courageusement r&#233;cus&#233; ce d&#233;bat, &#224; cause de ses relents islamophobes trop apparents. Mais, dans un t&#233;lescopage avec une bonne conscience la&#239;que et f&#233;ministe, ne surfent-elles pas maintenant de mani&#232;re &#233;lectoraliste sur des peurs vis-&#224;-vis de l'islam qui travaillent certains secteurs de notre soci&#233;t&#233; ? C'est en tout cas une question que l'on peut poser aux Aubry, Filippetti, Jospin, Buffet, Laurent et autres M&#233;lenchon. Apr&#232;s les promesses envol&#233;es de l'apr&#232;s-1981, apr&#232;s les attentes d&#233;&#231;ues des Marches pour l'&#233;galit&#233; de 1983 et 1984, apr&#232;s la poursuite de la marginalisation sociale des banlieues populaires et l'approfondissement des discriminations, de quel droit ces gauches de gouvernement donnent-elles des le&#231;ons &#224; Ilham Moussa&#239;d ? Si arrogants &#224; l'&#233;gard de cette jeune femme, sont-ils bien certains que ce ne sont pas aussi des bouts d'inconscient colonial mal dig&#233;r&#233;s qui lui demandent ainsi de montrer patte blanche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois la critique n&#233;cessaire du climat islamophobe et de ses effets mal ma&#238;tris&#233;s jusque dans les gauches ne doit surtout pas nous conduire &#224; faire de la question religieuse le c&#339;ur du d&#233;bat public. C'est d'ailleurs Ilham Moussa&#239;d qui le demande elle-m&#234;me, en ne faisant de son foulard qu'un des traits de sa personnalit&#233;, et non pas l'axe de son combat politique. Il faudrait m&#234;me d&#233;placer le d&#233;bat politique des questions ethnico-religieuses, dans lesquelles tente de nous enfermer le sarkozysme, &#224; la question sociale. Mais pas une question sociale r&#233;duite &#224; la seule contradiction capital/travail. Une question sociale &#233;largie &#224; la diversit&#233; des dominations et des discriminations : discriminations sexistes, discriminations racistes et postcoloniales affectant syst&#233;matiquement et structurellement les personnes immigr&#233;es et issues de l'immigration, discriminations homophobes, etc., en interaction avec les m&#233;canismes d'exploitation capitaliste et imp&#233;rialiste, mais non r&#233;ductibles &#224; ces m&#233;canismes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des risques &#224; venir pour le NPA ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le pragmatisme du NPA 84, la situation n'est pas sans risques pour le NPA en g&#233;n&#233;ral suite &#224; cet &#233;v&#233;nement. Car son Comit&#233; ex&#233;cutif national a annonc&#233;, dans une d&#233;claration du 8 f&#233;vrier 2010, que son prochain Congr&#232;s se saisirait du d&#233;bat &#171; Religion et &#233;mancipations &#187;. Selon quelles modalit&#233;s ? On ne le sait pas encore. Mais il pourrait y avoir un danger &#224; trancher pr&#233;matur&#233;ment et d&#233;finitivement ce type de d&#233;bat au niveau national, en rupture avec le pragmatisme rencontr&#233; dans le Vaucluse. Pourquoi ne pas laisser les comit&#233;s et les f&#233;d&#233;rations du NPA exp&#233;rimenter pratiquement ce type de questions, l&#224; o&#249; elles se posent, dans le rapport avec des pratiques militantes et des collectifs militants ? Pourquoi trancher, en g&#233;n&#233;ral, en avivant les passions, dans un espace o&#249; les pr&#233;jug&#233;s et les m&#233;connaissances seront moins contenus par des exp&#233;riences v&#233;cues dans la sociabilit&#233; militante ? Pourquoi continuer &#224; concevoir la politique radicale dans le vocabulaire traditionnel de &#171; l'unit&#233; &#187;, de &#171; l'unification &#187; et de &#171; la centralisation &#187; ? Il faudrait poser autrement la question du rapport entre le pluriel et le commun, en cherchant par exemple du c&#244;t&#233; de la philosophie politique d'Hannah Arendt (dans son livre Qu'est-ce que la politique ?, manuscrits de1950 &#224; 1959, publication posthume), o&#249; la politique consiste &#224; cr&#233;er un espace commun en partant de la pluralit&#233; humaine, sans &#233;craser cette pluralit&#233; au nom de l'Un (risque totalitaire). C'est d&#233;j&#224; pr&#233;sent &#224; titre d'amorce dans le vocabulaire des &#171; convergences &#187;, des &#171; coordinations &#187; et des &#171; coop&#233;rations &#187; utilis&#233; dans la galaxie altermondialiste (voir mon texte &#171; Esquisse d'une m&#233;thodologie altermondialiste pour l'&#233;mancipation au XXI&#232;me si&#232;cle &#187;, Mediapart, 30 novembre 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'un d&#233;but, continuons la radicalit&#233; pragmatiste...En attendant, souhaitons une patience radicale &#224; Ilham !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*******************************************&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en savoir plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Entretiens (t&#233;l&#233; et radio) d'Ilham Moussa&#239;d&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ilham Moussa&#239;d et Julien Salingue : &#171; Avec ou sans foulard, nous sommes d'abord la&#239;cs &#187;, Rue 89, 11 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Communiqu&#233; du NPA 84 du 3 f&#233;vrier 2010 : &#171; A propos de la candidature d'une femme portant un voile en PACA &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Communiqu&#233; d'une minorit&#233; de membres du NPA Vaucluse &#224; propos de la candidate portant le voile, 3 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Liste des candidats vauclusiens du NPA aux &#233;lections r&#233;gionales en PACA, 7 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#233;claration du Comit&#233; ex&#233;cutif national du NPA (8 f&#233;vrier 2010)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hendrik Davi (militant NPA Avignon) : &#171; Une candidate anticapitaliste portant le voile ! Et pourquoi pas ! &#187;, Mediapart, 3 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Philippe Marli&#232;re (politiste &#224; Londres, ancien membre du PS et militant du NPA) : &#171; Voile et NPA : &#034;Cher Jean-Luc M&#233;lenchon, tu d&#233;rapes !&#034; &#187;, Rue 89, 4 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; L'insoluble contradiction du voile anticapitaliste &#187;, enqu&#234;te de St&#233;phane Alli&#232;s, Mediapart, 4 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; St&#233;phane Lavignotte (pasteur &#233;colo-libertaire) : &#171; Le NPA et le voile : la contradiction de quel c&#244;t&#233; ? &#187;, Mediapart, 5 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#171; Soutien large &#224; la candidature d'Ilham &#187;, 5 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pierre Haski (directeur de la publication de Rue 89) : &#171; Et si la candidate au foulard &#233;tait une bonne nouvelle ? &#187;, Rue 89, 9 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sadri Khiari (Mouvement des Indig&#232;nes de la R&#233;publique) : &#171; Foutez donc la paix &#224; d'Ilham Moussa&#239;d ! &#187;, 10 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres billets sur Mediapart rep&#233;r&#233;s apr&#232;s la publication initiale de mon billet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Patrick Daquin : &#034;Un racisme &#224; peine voil&#233;&#034; (la vid&#233;o du film documentaire du m&#234;me titre de 2004 de J&#233;r&#246;me Host), 12 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Velveth : &#034;Samuel Johsua (NPA) et la campagne x&#233;nophobe visant Ilhem Moussa&#239;d&#034;, 13 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#034;Avatar&#034; contre Cohn-Bendit : l'&#233;cologie doit &#234;tre anticapitaliste</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Avatar-contre-Cohn-Bendit-l-ecologie-doit-etre-anticapitaliste</link>
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		<dc:date>2010-02-16T04:47:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Tir&#233; du site Rue89 : http://www.rue89.com Philippe Corcuff 01/03/2010 &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'&#233;chec du Copenhague institutionnel et la vivacit&#233; du Copenhague mouvementiste, on peut &#234;tre tent&#233; de se tourner vers la vitrine du marketing &#233;lectoral d'Europe Ecologie. La bonne nouvelle ne viendrait-elle pas plut&#244;t, et paradoxalement, d'un vieux routier de l'industrie hollywoodienne, James Cameron, avec son &#171; Avatar &#187; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1998, dans &#171; Une envie de politique &#187; (La D&#233;couverte), pass&#233; alors du statut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-musique-" rel="directory"&gt;musique&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-224-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH100/arton2706-48200.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Rue89 : &lt;a href=&#034;http://www.rue89.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.rue89.com&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; Philippe Corcuff&lt;br class='autobr' /&gt; 01/03/2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;chec du Copenhague institutionnel et la vivacit&#233; du Copenhague mouvementiste, on peut &#234;tre tent&#233; de se tourner vers la vitrine du marketing &#233;lectoral d'Europe Ecologie. La bonne nouvelle ne viendrait-elle pas plut&#244;t, et paradoxalement, d'un vieux routier de l'industrie hollywoodienne, James Cameron, avec son &#171; Avatar &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1998, dans &#171; Une envie de politique &#187; (La D&#233;couverte), pass&#233; alors du statut d'ic&#244;ne soixante-huitarde &#224; celui d'inspirateur d'un capitalisme vert, Daniel Cohn-Bendit &#233;crivait ceci : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Ce que la gauche doit donc faire valoir aujourd'hui, c'est que cette &#233;volution a des aspects destructeurs, car la production menace de d&#233;truire la plan&#232;te. Faire cette d&#233;monstration n'est pas facile, mais on peut le faire au nom m&#234;me de l'&#233;conomie de march&#233;, car je suis pour le capitalisme et l'&#233;conomie de march&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pas le plus &#233;colo, Marx pointait d&#233;j&#224; la contradiction capital/nature&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En se faisant le chantre d'un capitalisme chlorophyllis&#233; et d'une &#233;cologie politique chloroform&#233;e, l'agit&#233; du bocage politicien a rejoint les rangs d'une d&#233;fense consensuellement aseptis&#233;e de la nature : les Al Gore, Yann Arthus-Bertrand, Nicolas Hulot et autres Jean-Louis Borloo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, quelque peu fascin&#233; par le productivisme industriel de son &#233;poque, n'&#233;tait pas exempt d'ambigu&#239;t&#233;s quant au rapport capitalisme/nature. Toutefois, il avait &#233;galement commenc&#233; &#224; percevoir une des contradictions principales travaillant le capitalisme en interaction avec la contradiction capital/travail : la contradiction capital/nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour lui, la production capitaliste &#233;puisait &#171; les deux sources d'o&#249; jaillit toute richesse : la terre et le travailleur &#187; (&#171; Le Capital &#187;, livre I, 1867).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour Gorz, impossible d'&#233;viter la catastrophe sans rupture radicale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Gorz prolongea cette analyse en notre d&#233;but de XXIe si&#232;cle : &#171; La question de la sortie du capitalisme n'a jamais &#233;t&#233; plus actuelle &#187;, &#233;crit-il dans &#171; Ecologica &#187; (&#233;d. Galil&#233;e, 1998). Et d'ajouter par avance contre une possible cohn-benditsation de la radicalit&#233; &#233;cologiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est impossible d'&#233;viter une catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les m&#233;thodes et la logique &#233;conomique qui y m&#232;nent depuis cent cinquante ans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans une telle perspective que s'est r&#233;cemment situ&#233; le journaliste Herv&#233; Kempf : &#171; Pour sauver la plan&#232;te, sortez du capitalisme &#187; [1] (&#233;d. du Seuil, 1999).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Avatar &#187; : Hollywood dans la galaxie anticapitaliste ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;nonciations gauchistes du capitalisme hollywoodien sont si courantes que les esprits anticapitalistes pourraient avoir du mal &#224; reconna&#238;tre des potentialit&#233;s critiques dans une de ses productions. Et pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A des ann&#233;es-lumi&#232;re de la Terre, la plan&#232;te Pandora est sous colonisation am&#233;ricano-occidentale. Un minerai rare suscite la convoitise d'une multinationale (&#171; The Company &#187;, comme dans la s&#233;rie des &#171; Aliens &#187;), appuy&#233;e par des troupes militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument de la rentabilit&#233; financi&#232;re (la r&#233;tribution des actionnaires est directement &#233;voqu&#233;e dans le film) pousse &#224; la double destruction de la nature et du peuple Na'vi. Ecocide et g&#233;nocide constituent ici un double horizon de la logique du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cameron met en quelque sorte en images et en son une forme extr&#234;me de la contradiction capital/nature. La trame narrative de la science-fiction, reconfigur&#233;e avec de nouveaux effets sp&#233;ciaux num&#233;riques, projet&#233;e en 3D, donne une v&#233;rit&#233; &#233;thique et politique proprement cin&#233;matographique &#224; une composition fictionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une critique sociale, sur un plan sensible et intelligible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce dispositif cin&#233;matographique nous permet d'explorer au plus pr&#232;s de nos sensations un autre monde, celui de Pandora et des Na'vis, en jouant tour &#224; tour sur la frayeur, la surprise ou la joie de la d&#233;couverte. La critique sociale s'exprime sur un double plan sensible et intelligible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet univers &#233;trange en 3D, qui nous fait d'abord peur, puis nous &#233;merveille, constitue moins un des &#171; autres mondes possibles &#187; des altermondialistes que l'envers de notre propre monde, un lieu imaginaire qui permet de mieux rep&#233;rer les failles de notre r&#233;alit&#233; quotidienne &#224; la mani&#232;re de l'&#238;le d'Utopia chez Thomas More.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes les Na'vis ont comme un parfum New Age, tra&#238;nant une vision st&#233;r&#233;otyp&#233;e de la communion de &#171; primitifs &#187; et de la nature. Mais le savoir-faire particulier des auteurs les plus originaux des films et des s&#233;ries t&#233;l&#233;vis&#233;es hollywoodiens consiste justement &#224; prendre appui sur certains st&#233;r&#233;otypes pour en interroger d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes pris par la main dans la familiarit&#233; d'autoroutes standardis&#233;es, mais &#231;a et l&#224; s'ouvrent des sentiers critiques, dans un cocktail d&#233;tonnant de douces &#233;vidences et de piments plus cors&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sully vit une conversion existentielle, comme ces militants anticapitalistes&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'anticapitalisme d'&#171; Avatar &#187; est indissociablement collectif et individuel. Se d&#233;sintoxiquer de l'imaginaire capitaliste passe aussi par une transformation de soi. Jake Sully (Sam Worthington, d&#233;j&#224; remarqu&#233; dans &#171; Terminator 4 &#187;), ancien marine immobilis&#233; dans un fauteuil roulant devenant &#171; pilote &#187; mental d'un avatar (corps hybride d'ADN humain et de Na'vi), va conna&#238;tre une v&#233;ritable conversion : d'inflitr&#233; chez les Na'vi &#224; protecteur de leur mode de vie, de soldat imp&#233;rialiste &#224; eco-warrior.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sully a quelque parent&#233; avec la figure des &#171; militants existentiels &#187; anticapitalistes, caract&#233;ris&#233;e &#171; par un travail spirituel et politique de chacun de nous sur lui-m&#234;me, soutenu par des communaut&#233;s de vie &#187;, promue r&#233;cemment par le philosophe de l'&#233;conomie Christian Arnsperger dans son stimulant ouvrage &#171; Ethique de l'existence post-capitaliste &#187; (&#233;d. du Cerf, 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;volution culturelle personnelle prend les chemins de la fragilit&#233; dans &#171; Avatar &#187; : un handicap&#233; &#224; l'&#226;me guerri&#232;re, fascin&#233; au d&#233;part par les capacit&#233;s suppos&#233;es illimit&#233;es de son avatar, finira par assumer ses faiblesses d'&#234;tre humain mortel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#233;cologie radicale, loin des niaiseries de Borloo ou Cohn-Bendit&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Cameron ne suivrait pas Arnsperger dans son choix de la conversion existentielle contre la voie r&#233;volutionnaire classique des rapports de forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une conjoncture de menace extr&#234;me, &#171; Avatar &#187; justifie le recours au combat et &#224; la force. Dans certaines circonstances, l'anticapitaliste vert cons&#233;quent doit aussi savoir prendre les armes (au sens m&#233;taphorique, n'impliquant pas n&#233;cessairement le maniement de la kalachnikov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;cologie radicale n'a pas grand-chose &#224; voir avec les niaiseries consensualistes de l'arc Borloo/Cohn-Bendit. Elle appelle des clivages, des conflits, des affrontements. La transformation personnelle et l'action collective contre les forces dominantes apparaissent associ&#233;es et non pas oppos&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#201;cosocialisme, d&#233;croissance et anticapitalisme</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Ecosocialisme-decroissance-et-anticapitalisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Ecosocialisme-decroissance-et-anticapitalisme</guid>
		<dc:date>2009-06-15T05:05:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Conf&#233;rence de Philippe Corcuff &#224; Qu&#233;bec : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;cosocialisme, d&#233;croissance et anticapitalisme&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence de Philippe Corcuff &#224; Qu&#233;bec :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cosocialisme, d&#233;croissance et anticapitalisme&lt;/p&gt;
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		<title>Keny Arkana ou la radicalit&#233; m&#233;lancolique</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Keny-Arkana-ou-la-radicalite-melancolique</link>
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		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>

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&lt;p&gt;par CORCUFF Philippe Paru dans l'hebdomadaire Politis n&#176;994, &#233;dition du 20 mars 2008. &lt;br class='autobr' /&gt;
La gauche radicalement m&#233;lancolique n'a pas grand-chose &#224; voir avec la b&#233;chamel m&#233;lancolique que nous a r&#233;cemment servie le conseiller en inintelligence de S&#233;gol&#232;ne Royal dans son dernier opuscule, Ce grand cadavre &#224; la renverse. &#193; la diff&#233;rence de BHL, elle ne se compla&#238;t pas dans le dernier chic du renoncement &#224; l'&#233;mancipation. Elle n'a pas perdu ses id&#233;aux, mais son rapport au monde appara&#238;t lest&#233; par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH124/arton2206-5917c.jpg?1629993661' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='124' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;par CORCUFF Philippe&lt;br class='autobr' /&gt;
Paru dans l'hebdomadaire Politis n&#176;994, &#233;dition du 20 mars 2008.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La gauche radicalement m&#233;lancolique n'a pas grand-chose &#224; voir avec la b&#233;chamel m&#233;lancolique que nous a r&#233;cemment servie le conseiller en inintelligence de S&#233;gol&#232;ne Royal dans son dernier opuscule, Ce grand cadavre &#224; la renverse. &#193; la diff&#233;rence de BHL, elle ne se compla&#238;t pas dans le dernier chic du renoncement &#224; l'&#233;mancipation. Elle n'a pas perdu ses id&#233;aux, mais son rapport au monde appara&#238;t lest&#233; par les longues douleurs et les &#233;clats de bonheur du pass&#233;. Elle sait qu'il y a eu des moments intenses qui ont laiss&#233; des traces dans nos imaginaires : 1848, 1871, 1936, 1945, 1968&#8230; Elle ne m&#233;conna&#238;t pas les acquis sociaux et soci&#233;taux conquis de hautes luttes, et que justement le rouleau compresseur n&#233;olib&#233;ral s'efforce d'&#233;liminer au nom d'une &#171; modernit&#233; &#187; patronalement orient&#233;e. Mais elle est bien oblig&#233;e de constater que, depuis presque deux si&#232;cles, d'exp&#233;riences locales noy&#233;es dans les logiques dominantes en impasses totalitaires, d'institutionnalisations affadissantes en r&#234;veries gauchistes sans effets, l'esp&#233;rance d'une soci&#233;t&#233; non-capitaliste sur des bases d&#233;mocratiques et pluralistes a &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche radicalement m&#233;lancolique comprend qu'il n'y va pas seulement des m&#233;chants oppresseurs et de leurs m&#233;chants m&#233;dias - m&#234;me si ce sont bien des composantes du probl&#232;me -, mais aussi de nous, collectivement et individuellement. Si elle demeure d&#233;termin&#233;e, elle n'est donc point arrogante. Sa t&#233;nacit&#233; s'est aiguis&#233;e &#224; ses fragilit&#233;s. Elle n'est pas, non plus, nostalgiquement enferm&#233;e dans le culte du pass&#233;, mais face aux &#233;vidences d'un pr&#233;sent capitaliste qui se croit &#233;ternel, elle n'h&#233;site pas &#224; puiser de mani&#232;re critique dans les traditions lib&#233;ratrices d'hier. &#171; Et mon pass&#233; revient du fond de sa d&#233;faite &#187;, chante Charles Aznavour dans &#171; Non je n'ai rien oubli&#233; &#187; ! Ce pourrait &#234;tre son embl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche radicalement m&#233;lancolique ne prise gu&#232;re les langues de bois et les solutions toutes faites. Elle est en qu&#234;te, elle explore, elle t&#226;tonne. Elle esp&#232;re une autre gauche, une vraie gauche, mais ne croit plus les beaux parleurs sur leur seule bonne mine. Elle cherche dans les universit&#233;s populaires, elle agit dans les r&#233;seaux associatifs, elle col&#232;re dans la rue, elle lit Politis, elle fur&#232;te sur Internet&#8230; Elle a eu plaisir &#224; participer &#224; d&#233;gommer quelques caciques UMP aux derni&#232;res &#233;lections municipales, mais la gueule de ravis des anciens et nouveaux notables socialistes n'est pas loin de la faire vomir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gauche radicalement m&#233;lancolique ne sait peut-&#234;tre pas qu'une rappeuse de 24 ans, altermondialiste et marseillaise d'origine argentine, fait &#233;cho &#224; ses combats, ses aspirations, ses doutes. Apr&#232;s le magnifique Entre Ciment et Belle &#201;toile (2006), Keny Arkana nous offre d'autres interf&#233;rences avec nos sonorit&#233;s int&#233;rieures et nos cris collectifs dans son tout nouvel album, D&#233;sob&#233;issance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde est &#224; changer, radicalement : injustices sociales et in&#233;galit&#233;s internationales (&#171; Apartheid social et culturel &#187;), d&#233;chirures &#233;cologiques de la plan&#232;te (&#171; Terre m&#232;re, patrimoine ancestrale de vie, consid&#233;r&#233;e comme une vulgaire marchandise &#224; leur service &#187;) et mal-&#234;tre intime (&#171; Expuls&#233;s de nos villes comme expuls&#233;s de nos vies &#187;). La d&#233;mocratie se r&#233;tr&#233;cit et &#233;chappe de plus en plus aux peuples (&#171; C'est le jeu de l'illusion que vous appelez d&#233;mocratie &#187;). Sous la tutelle des puissants, le pr&#233;sent ob&#232;re le futur (&#171; &#193; cause de leurs profits imm&#233;diats l'avenir est g&#226;ch&#233; &#187;). Il est urgent de r&#233;sister : &#171; Ils veulent dessiner l'apartheid, on dessinera le maquis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;-veil-lez vous ! &#187; lance Keny dans une logique de &#171; D&#233;sob&#233;issance civile &#187;, son premier titre. Pour cela, contre l'effacement de l'histoire des vaincus (le &#171; Nouvel Ordre mondial &#187;, &#171; A tu&#233; la m&#233;moire pour mieux tuer l'avenir &#187;), les luttes anticipant demain proposeront une alliance m&#233;lancolique entre le pass&#233; humili&#233; et les possibles futurs. Au carrefour d'un messianisme juif la&#239;cis&#233; et d'un marxisme h&#233;t&#233;rodoxe, le philosophe Walter Benjamin notait d&#233;j&#224; dans ses th&#232;ses Sur le concept d'histoire (1940), peu de temps avant de se suicider &#224; la fronti&#232;re franco-espagnole en fuite devant le nazisme : &#171; &#193; chaque &#233;poque, il faut chercher &#224; arracher de nouveau la tradition au conformisme qui est sur le point de la subjuguer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les obstacles &#224; l'&#233;mancipation ne se situent pas uniquement dans &#171; le syst&#232;me &#187; et &#171; les puissants &#187; qui en profitent : &#171; Le syst&#232;me est un mirage. &#187; Les ordres dominants savent se rendre d&#233;sirables et nous rendre complices de ce qui nous &#233;crase. Au XVIe si&#232;cle, &#201;tienne de La Bo&#233;tie d&#233;tonait avec son libertaire Discours de la servitude volontaire. Au XXe si&#232;cle, Pierre Bourdieu parlera de &#171; violence symbolique &#187;. Ainsi, ce serait &#233;galement une certaine participation des opprim&#233;s &#224; leur propre oppression qui donnerait une telle long&#233;vit&#233; aux diverses formes historiques de la domination. Les lyrics de Keny rebondissent &#171; Les barri&#232;res sont l&#224;, dans nos t&#234;tes, bien au chaud &#187; ou encore &#171; On s'est construit nos propres prisons/Enferm&#233;s dans les forteresses de nos ego &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de transformation du monde sans travail sur soi (&#171; Il faut garder sa vigilance pour ne pas s'&#233;loigner de soi &#187;), donc, mais pas de changement de soi sans implication dans l'action collective. &#171; La vraie r&#233;volution sera le changement de nos &#234;tres &#187;, individuellement et collectivement, indissociablement. &#171; R&#233;approprions-nous nos vies &#187;, contre l'h&#233;g&#233;monie de la loi du profit et contre les pouvoirs &#233;tatiques. Chez Keny, pas de recette d&#233;finitive : ni bons politiciens, ni bon &#201;tat. Car &#171; La r&#233;volution totale n'est pas qu'un but, c'est un chemin et une qu&#234;te &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette double r&#233;volution spirituelle et sociale a &#224; voir avec l'exp&#233;rience de nos d&#233;faillances. L'ordre recourt &#224; la l&#226;chet&#233; de la force brutale (&#171; Tout comme les larmes, les faiblesses/N'ont pas de place dans leur syst&#232;me &#187;), l'&#233;mancipation valorise la force convergente de nos fragilit&#233;s. Apr&#232;s tant de cul-de-sac historiques, Keny pointe l&#233;gitimement le risque que nos solutions ne ressemblent trop &#224; ce qu'elles pr&#233;tendent remplacer : &#171; On nique pas le syst&#232;me en voulant le d&#233;truire, on nique le syst&#232;me en construisant sans lui &#187;. La Bo&#233;tie, encore lui, formulait il y a bien longtemps cette &#233;nigme, qui semble encore la n&#244;tre : comment &#171; chasser le tyran &#187; sans &#171; retenir la tyrannie &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche radicalement m&#233;lancolique entend tant de discours convenus et aseptis&#233;s, sans vie, y compris dans les gauches anti-lib&#233;rales qui ont davantage sa sympathie, tant de slogans ivres de leurs pauvres certitudes, que l'&#233;nergie rageuse et po&#233;tique du flow de Keny Arkana appara&#238;tra plus &#224; m&#234;me d'alimenter ses questionnements. Elle y trouvera aussi des contradictions, des h&#233;sitations, voire des jugements p&#233;remptoires et des st&#233;r&#233;otypes, participant de son humaine fragilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Distribu&#233; par Because, disponible le 7 avril 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-S.&lt;br class='autobr' /&gt;
Paru dans l'hebdomadaire Politis n&#176;994, &#233;dition du 20 mars 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Roman noir am&#233;ricain, philosophie et critique sociale : David Goodis, James Crumley, Dennis Lehane </title>
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		<dc:date>2009-05-03T03:35:26Z</dc:date>
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		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le texte d'une conf&#233;rence, explorant les connexions entre la qu&#234;te du sens et les rapports sociaux chez trois auteurs am&#233;ricains de polars, prononc&#233;e &#224; Montr&#233;al lors de &#171; La nuit de la philosophie &#187; des 21-22 mars 2009&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; _______________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site M&#233;diapart &lt;br class='autobr' /&gt;
Introduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette conf&#233;rence va mettre l'accent sur les liaisons entre la teneur philosophique d'un certain roman noir am&#233;ricain et sa port&#233;e de critique sociale. Je tenterai donc de croiser &#233;clairage (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Culture-26-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le texte d'une conf&#233;rence, explorant les connexions entre la qu&#234;te du sens et les rapports sociaux chez trois auteurs am&#233;ricains de polars, prononc&#233;e &#224; Montr&#233;al lors de &#171; La nuit de la philosophie &#187; des 21-22 mars 2009&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site M&#233;diapart&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette conf&#233;rence va mettre l'accent sur les liaisons entre la teneur philosophique d'un certain roman noir am&#233;ricain et sa port&#233;e de critique sociale. Je tenterai donc de croiser &#233;clairage philosophique et &#233;clairage sociologique dans une perspective &#233;thico-politique engag&#233;e. Car je suis &#224; la fois, professionnellement, sociologue et philosophe politique, et engag&#233; dans le mouvement altermondialiste, au sein d'ATTAC France, du Nouveau Parti Anticapitaliste initi&#233; par Olivier Besancenot et du r&#233;seau des universit&#233;s populaires alternatives relanc&#233; par Michel Onfray.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me centrerai simplement sur trois auteurs am&#233;ricains qui ont marqu&#233; le genre &#171; roman noir &#187; &#224; des p&#233;riodes diff&#233;rentes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;David Goodis&lt;/strong&gt; (1917-1967) n&#233; &#224; Philadelphie-Pennsylvanie , &#233;crivant dans les ann&#233;es 1930-1960 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;strong&gt;James Crumley&lt;/strong&gt; (1939-2008), n&#233; &#224; Three Rivers-Texas et ayant longtemps v&#233;cu &#224; Missoula-Montana, &#233;crivant dans les ann&#233;es 1960-2000 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et &lt;strong&gt;Dennis Lehane&lt;/strong&gt; (n&#233; en 1966 &#224; Dorchester-Massachusetts), qui vit dans la r&#233;gion de Boston, dans le Massachusetts, &#233;crivant &#224; partir des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le cin&#233;ma s'est d'ailleurs int&#233;ress&#233; &#224; deux de ces auteurs : Goodis surtout (avec : avec notamment Les passagers de la nuit &#8211; Dark Passage &#8211; en 1947 aux &#201;tats-Unis, mais aussi en France : Tirez sur la pianiste en 1960, Le casse en 1971, La lune dans le caniveau en 1983 ou Rue barbare en 1984), et d&#233;j&#224; Lehane : Mystic River en 2003, et Gone baby gone en 2007. Crumley a, quant &#224; lui, &#233;t&#233; sc&#233;nariste pour le cin&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces trois auteurs, j'insisterai un peu plus sur Goodis, qui constitue pour moi un des ma&#238;tres du genre ; Crumley et Lehane se pr&#233;sentant dans mon expos&#233; comme des contrepoints contemporains, proposant des tonalit&#233;s diff&#233;renci&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'inscris mes analyses dans le cadre de quelque chose comme une philosophie litt&#233;raire, qu'a esquiss&#233;e l'&#233;crivain italien Claudio Magris &#224; propos de la grande litt&#233;rature moderne(1). Philosophie litt&#233;raire, c'est-&#224;-dire une attention &#224; la port&#233;e philosophique de la litt&#233;rature, dans un &#171; jeu de langage &#187; diff&#233;rent de la philosophie, celui de la litt&#233;rature. Entre philosophie et roman noir, il faudrait envisager alors tout &#224; la fois les sp&#233;cificit&#233;s des deux registres (et ne pas tout m&#234;ler indistinctement dans un grand &#171; tout &#187; culturel &#224; la mani&#232;re &#171; post-moderne &#187;), mais aussi les analogies dans un dialogue transfrontalier, propre justement &#224; nourrir cette philosophie litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, le roman noir participe du &#171; grand style &#187; de la litt&#233;rature moderne tel qu'il est caract&#233;ris&#233; par Magris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; le roman moderne serait en fait l'anti-&#233;pop&#233;e du d&#233;senchantement, de la vie fragmentaire et d&#233;sagr&#233;g&#233;e &#187; (op. cit., p.33), en contant &#171; souvent l'histoire d'un individu &#224; la recherche d'un sens qui n'existe pas &#187;&lt;/i&gt; (p.31).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le roman moderne, comme le roman noir, n'ont pas abandonn&#233; pour autant la question du sens. D'o&#249; leur tonalit&#233; m&#233;lancolique, dans les tensions entre les d&#233;chirures v&#233;cues du non-sens et la qu&#234;te du sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de m&#233;lancolie renvoie ordinairement dans nos dictionnaires &#224; un &#233;tat de tristesse, de d&#233;pression, de spleen, de vague &#224; l'&#226;me. Il inclinerait au pessimisme. Le philosophe Daniel Bensa&#239;d, dans son livre Le pari m&#233;lancolique (2), distingue toutefois deux formes historiques de m&#233;lancolie. Le premier type de m&#233;lancolie est la &#171; m&#233;lancolie romantique &#187;, une m&#233;lancolie fortement nostalgique, surtout tourn&#233;e vers le pass&#233;. Mais il y aurait aussi une deuxi&#232;me m&#233;lancolie : ce qu'il nomme la &#171; m&#233;lancolie classique &#187;, que l'on pourrait aussi appeler m&#233;lancolie radicale, une m&#233;lancolie ouverte sur l'avenir, sur la construction d'un avenir diff&#233;rent, puisant dans le pass&#233; des ressources pour ouvrir un autre futur. C'est cette seconde m&#233;lancolie radicale qui a &#233;t&#233; particuli&#232;rement travaill&#233;e par le philosophe et &#233;crivain allemand Walter Benjamin, dans ses th&#232;ses &#171; Sur le concept d'histoire &#187; de 1940 (3), dans un croisement original entre un juda&#239;sme la&#239;cis&#233; et un marxisme h&#233;t&#233;rodoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la m&#233;lancolie serait aussi associ&#233;e &#224; la fragilit&#233;. Cette piste a &#233;t&#233; ouverte en 1765 dans le livre-symbole de la philosophie des Lumi&#232;res : l'Encyclop&#233;die d'Alembert et Diderot. Ainsi l'article &#171; m&#233;lancolie &#187; de l'Encyclop&#233;die s'ouvre ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le sentiment habituel de notre imperfection &#187; (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tristesse, pessimisme, rapport erratique &#224; l'avenir, fragilit&#233; : la galaxie m&#233;lancolique propre au roman noir rencontre souvent ces rep&#232;res dans l'exp&#233;rience du d&#233;senchantement. Mais tant Goodis que Crumley et Lehane ont davantage &#224; voir avec la m&#233;lancolie radicale qu'avec une m&#233;lancolie exclusivement nostalgique : le d&#233;senchantement entre donc en tension avec l'utopie (au sens de l'attente d'un ailleurs) dans un couple d&#233;tonnant, qui nous ouvre peut-&#234;tre de nouveaux horizons politiques. En quel sens de nouveaux horizons politiques ? Si l'on suit encore Claudio Magris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le d&#233;senchantement est une forme ironique, m&#233;lancolique et aguerrie de l'esp&#233;rance &#187;&lt;/i&gt; (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot m&#234;me &#171; d&#233;senchantement &#187; suppose un rapport &#224; un &#171; enchantement &#187; ant&#233;rieur chronologiquement ou du moins logiquement, comme &#233;talon plus ou moins implicite du v&#233;cu de la d&#233;sillusion. Pour Magris, le d&#233;senchantement &#171; corrige l'utopie &#187; m&#234;me (ibid., p. 18). Il ne la laisse pas se complaire dans un optimisme b&#233;at, il la leste de pessimisme. On ne repartirait pas comme avant, avec comme boussole les seuls scintillements des &#171; lendemains qui chantent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait incorpor&#233; un sens du tragique, c'est-&#224;-dire une conscience des &#233;v&#233;nements qui nous &#233;chappent et qui peuvent nous &#233;craser. Apr&#232;s les trag&#233;dies politiques du XX&#232;me si&#232;cle, ce ne serait pas du luxe. Mais sans abandonner l'aiguillon utopique, sans se noyer compl&#232;tement dans un discours fataliste, voire cynique. Les philosophies m&#233;lancoliques qui travaillent un certain roman noir am&#233;ricain ont quelque chose d'un art funambulesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet art funambulesque sera d&#233;compos&#233; dans cet expos&#233; en quatre mouvements : 1) le mouvement des d&#233;senchantements ; 2) un mouvement &#233;tablissant des passages entre la question philosophique du sens et la dimension sociologique de la critique sociale ; 3) le mouvement de l'utopie ; et 4) le mouvement du peut-&#234;tre. On conclura sur des questions philosophiques avec l'aide de Cl&#233;ment Rosset et de Maurice Merleau-Ponty.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1er mouvement : D&#233;senchantements&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;senchantement donne fr&#233;quemment une tonalit&#233; particuli&#232;re aux histoires et aux personnages de ces romans noirs am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) Goodis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-nous d'abord sur la noirceur du d&#233;senchantement chez Goodis. Dans Vendredi 13 (Black Friday, 1954 ; trad. fran&#231;. en Gallimard/&#171; S&#233;rie noire &#187;), Hart a suivi un parcours du d&#233;senchantement. Quand il se retourne vers sa jeunesse &#233;tudiante, il voit des promesses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#224; l'&#233;poque, Hart &#233;tait alors un jeune homme romanesque qui adorait errer seul &#224; l'aventure pour recueillir des impressions &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, &#224; presque 34 ans, il est pouss&#233; vers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le vide, le n&#233;ant ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un personnage de Rue barbare (Street of the Lost, 1952 ; trad. fran&#231;. en Rivages/&#171; Noir &#187;) lance aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; &#171; Le couvercle saute, l'eau d&#233;borde. On ne peut pas &#233;chapper &#224; &#231;a. On ne peut pas &#233;chapper &#224; la douleur. M&#234;me si on fait semblant de l'ignorer, elle est toujours pr&#233;sente &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Goodis, le noir de l'existence a souvent la forme d'un engrenage, aux accents fatalistes. Celia avance ainsi dans Sans espoir de retour (Street of no return, 1954 ; trad. fran&#231;. en Gallimard/&#171; Folio-Policier &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous n'aurions pas du commencer. Maintenant, je crois que c'est trop tard &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans La p&#234;che aux avaros (The Raving Beauty, 1967 ; trad. fran&#231;. en Gallimard/&#171; Folio-Policier &#187;), Jander avouant son amour pour Vera se voit r&#233;pondre par le vieux Renziger :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ca ne vous m&#232;nera nulle part. Cette petite est compl&#232;tement perdue dans le noir et n'a pas envie d'en sortir &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) Crumley&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;senchantement chez James Crumley est teint&#233; de l'humour et de l'ironie contestataires de la fin des ann&#233;es 1970. Dans le chef d'&#339;uvre de Crumley, Le dernier baiser (The Last Good Kiss, 1978 ; trad. fran&#231;. en Gallimard/&#171; Folio-Policier &#187;), le d&#233;tective Sughrue plante ainsi le d&#233;cor de son existence :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ca faisait une paye que je causais tout seul moi aussi. C'&#233;tait exactement ce que j'&#233;tais en train de faire l'apr&#232;s-midi o&#249; l'ex-femme de Trahearne m'avait appel&#233; - assis dans mon petit bureau de Meriwether, dans le Montana, &#224; contempler la benne-poubelle du Prisunic qui d&#233;bordait dans la ruelle par-derri&#232;re, en train de me dire que &#231;a m'&#233;tait &#233;gal que les affaires soient au point mort, en train de me dire qu'en fait &#231;a me convenait parfaitement &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humour all&#232;ge donc la noirceur par rapport &#224; Goodis. Mais cette atmosph&#232;re ironiquement maussade, d&#232;s les premi&#232;res pages de l'ouvrage, gagne quelque peu en aigreur par la suite, en position instable entre ironie et tragique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Personne ne vit &#233;ternellement, personne ne reste jeune assez longtemps. Mon pass&#233; m'apparaissait comme autant d'exc&#233;dent de bagages, mon avenir comme une longue s&#233;rie d'adieux et mon pr&#233;sent comme une flasque vide, la derni&#232;re bonne lamp&#233;e d&#233;j&#224; am&#232;re sur la langue &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est souvent le contexte du d&#233;senchantement post-contestataire de la fin des ann&#233;es 1970 qui irrigue nombre de pages de Crumley, donnant une tonalit&#233; politique &#224; son ironique amertume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) Lehane&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les romans de Lehane sont aussi fabriqu&#233;s avec des morceaux de pessimisme noir (crimes abjects, horreurs et, plus largement, constat de la persistance du &#171; mal &#187;). Ce sont ces dures images qui accompagnent les enqu&#234;teurs lors de la disparition d'une petite fille de quatre ans dans Gone, baby, gone (1998 ; trad. fran&#231;. en Rivages/&#171; Noir &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; la premi&#232;re nuit de fra&#238;cheur depuis des semaines, apportant un sentiment de pessimisme, de froide d&#233;sesp&#233;rance &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me roman, se dessine &#233;galement une froide lucidit&#233; sur l'impasse d'une vie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'avais le sentiment qu'il d&#233;couvrait tout au bout de ce long trajet int&#233;rieur le final consternant de sa propre d&#233;liquescence, le gaspillage de sa vie &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais chez Lehane, comme chez Crumley, la distance et l'ironie all&#232;gent par moments la duret&#233; du constat. On n'est pas aussi plomb&#233;s par la gravit&#233; de la fatalit&#233; que chez Goodis. Le sourire s'interpose. C'est par exemple le cas dans Un dernier verre avant la guerre (A drink before the War, 1994 ; trad. fran&#231;. en Rivages/&#171; Noir &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Beaucoup de gens faisaient le point sur leur vie, ces jours-ci. &#193; en juger par Devin et Angie, je n'&#233;tais pas trop s&#251;r que ce soit une id&#233;e g&#233;niale &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2e mouvement : Le sens et le sociologique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chez Goodis, Crumley et Lehane, il y a comme un cadrage sociologique de la qu&#234;te du sens des personnages. On va voir que cela prend des tonalit&#233;s pour une part diff&#233;rentes chez les trois auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) Goodis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perte de sens a une forte inscription sociale chez Goodis. Elle appara&#238;t g&#233;n&#233;r&#233;e par une soci&#233;t&#233; d&#233;shumanis&#233;e par la loi de l'argent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En vieillissant, on s'aper&#231;oit que le monde a un c&#339;ur de pierre et que la seule chose &#224; laquelle on puisse vraiment se fier, c'est une machine &#224; calculer &#187;,&lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
entend-on dire &#224; Charley dans Vendredi 13. Ce sont aussi les contraintes sociales qui nourrissent le non-sens quotidien dans Tirez sur le pianiste ! (Down There, 1956 ; trad. fran&#231;. en Gallimard/&#171; S&#233;rie noire &#187;). Goodis d&#233;crit ainsi les clients du vendredi soir du &#171; Harriet's Hut &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les gars avaient travaill&#233; dur toute la semaine aux usines de Port Richmond et quand ils venaient l&#224;, c'&#233;taient pour boire, pour boire encore, oublier les soucis, noyer dans l'alcool la r&#233;alit&#233; de ce monde, trop sec et trop gris, qui les attendait au-del&#224; de la porte &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un roman de Goodis o&#249; questionnement existentiel et analyse quasi-sociologique apparaissent particuli&#232;rement emm&#234;l&#233;s tout en renvoyant &#224; des registres autonomes l'un de l'autre : c'est La lune dans le caniveau (The Moon in the Gutter, 1953 ; trad. fran&#231;. en Fayard/10-18). William Kerrigan, docker de 35 ans, habite Vernon Street, rue de la d&#233;ch&#233;ance sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William est hant&#233; par le suicide de sa jeune s&#339;ur apr&#232;s un viol. La question philosophique du sens de l'existence est constamment agit&#233;e en lui. Cette interrogation existentielle n'est pas le simple produit des d&#233;terminations sociales, sans pouvoir &#234;tre d&#233;tach&#233;e d'elles. Elle d&#233;borde le sociologique tout en &#233;tant tram&#233;e par lui. C'est comme si Goodis avait trouv&#233; une articulation originale entre une philosophie existentielle et le sociologique, sans que la premi&#232;re soit la couche profonde sur laquelle surnagerait le second (comme souvent chez les philosophes), ni que la premi&#232;re ne soit qu'un simple effet du second (comme chez nombre de sociologues). Les deux niveaux apparaissent nou&#233;s l'un &#224; l'autre, sans qu'il y ait une hi&#233;rarchie de ces niveaux, ni que l'un ne soit enti&#232;rement r&#233;ductible &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre amoureuse avec une femme d'un autre milieu social se pr&#233;sente alors brusquement &#224; William Kerrigan, l'entra&#238;ne dans des sensations inconnues, emporte son imagination. Pourtant, malgr&#233; la pers&#233;v&#233;rance de cette Loretta Channing, cela s'av&#232;rera impossible. Car William appara&#238;t trop alourdi par la fatalit&#233; de sa condition sociale. Comme dans la sociologie de Pierre Bourdieu, le rapport subjectif &#224; sa propre trajectoire sociale vient renforcer les probabilit&#233;s sociales objectives : c'est ce que Bourdieu a appel&#233; &#171; la causalit&#233; du probable &#187; (6). Un passage de La lune dans le caniveau appara&#238;t significatif de ce point de vue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Puis soudain elle disparut de ses pens&#233;es, et tout le reste de m&#234;me, sauf les choses qu'il avait devant les yeux, la rue pleine d'orni&#232;res, le caniveau et les seuils d&#233;fonc&#233;s des maisons d&#233;labr&#233;es. Cela le frappa de plein fouet, cette prise de conscience in&#233;vitable qu'il traversait la vie avec un billet de quatri&#232;me classe &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis &#224; la fin du livre, son histoire et celle de sa s&#339;ur se rejoignent dans un double fatalisme social et tragique existentiel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Et quel que soit l'endroit o&#249; les plus faibles se cachaient, ils ne parvenaient jamais &#224; &#233;chapper &#224; la lune de Vernon. Elle les tenait pris au pi&#232;ge. Elle les tenait pris dans leur destin. T&#244;t ou tard, ils seraient mutil&#233;s, d&#233;molis, &#233;cras&#233;s. Ils apprendraient &#224; la dure que Vernon Street n'&#233;tait pas un lieu pour les corps d&#233;licats et les &#226;mes timides. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'o&#249; la s&#233;paration finale avec Loretta, ainsi d&#233;crite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Elle avait les yeux humides : Si on pouvait seulement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais on ne peut pas, dit-il. Tu ne vois pas ce qui se passe ? On n'est pas sur les m&#234;mes rails. Je ne peux pas vivre &#224; ta fa&#231;on, et toi, tu ne peux pas vivre &#224; la mienne. C'est la faute &#224; personne. C'est juste la fa&#231;on dont les cartes sont distribu&#233;es &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) Crumley&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de l'int&#233;rieur de la d&#233;composition &#171; soixante-huitarde &#187; et de la r&#233;cup&#233;ration n&#233;ocapitaliste des d&#233;sirs d'ailleurs que Crumley peint souvent le tableau de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. Dans un recueil de nouvelles de 1988 intitul&#233; Putes (Whores ; trad. fran&#231;. en Rivages/&#171; Noir &#187;), Crumley r&#233;sume d'une phrase :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#034;Drogue, Sexe et Rock'n'Roll&#034; n'est plus le cri de la libert&#233;, mais un slogan commercial de plus &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme tente de tout attraper dans sa machine &#224; marchandiser, m&#234;me ses critiques et ses contestataires. On rejoint les analyses plus r&#233;centes des sociologues Luc Boltanski et &#201;ve Chiapello dans Le nouvel esprit du capitalisme (7). La critique sociale chez Crumley rev&#234;t imm&#233;diatement une tonalit&#233; politique. Apr&#232;s l'effervescence &#171; soixante-huitarde &#187;, le sens unique de la marchandise se substitue au foisonnement des r&#234;ves, le non-sens politique remplace la qu&#234;te d'un sens politique alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) Lehane&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Lehane, le sociologique dote les quartiers d'une empreinte historique et contribue &#224; les red&#233;couper en fonction de l'arriv&#233;e de nouvelles populations et de l'ascension sociale des plus anciennes. La dimension &#171; classe sociale &#187; appara&#238;t alors tr&#232;s imbriqu&#233;e avec la dimension &#171; ethnique &#187;. Les mat&#233;riaux du sens sont bien sociaux, inscrits dans le cours de rapports sociaux. C'est particuli&#232;rement le cas dans la s&#233;rie des enqu&#234;tes des d&#233;tectives Patrick Kenzie et Angela Gennaro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier ouvrage de cette s&#233;rie (Un dernier verre avant la guerre, 1994), est ainsi d&#233;crit le Dorchester de son enfance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le Dorchester dans lequel j'ai grandi &#233;tait ouvrier traditionnel, avec des quartiers d&#233;limit&#233;s le plus souvent pas les &#233;glises catholiques qu'ils entouraient. (&#8230;) Nous &#233;tions tous irlandais ou polonais, ou assez proche pour que &#231;a passe. Nous &#233;tions tous blancs &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pointe aussi les fortes tensions pr&#233;sentes au sein des classes populaires entre blancs et noirs. Il parle ainsi de &#171; Rage blanche r&#233;actionnaire &#187;, qu'&#171; On entend surtout parmi les pauvres et les travailleurs &#187;, ceux-l&#224; m&#234;me qui suscitent justement la nostalgie de son enfance. Ce qui l'&#233;cart&#232;le entre critique ext&#233;rieure et compr&#233;hension de l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le sociologique et la qu&#234;te du sens peuvent aussi se rejoindre chez Lehane. Toujours dans Un dernier verre avant la guerre, il nous interpelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L.A. br&#251;le, et dans tant d'autres villes, le feu couve en attendant le jet d'essence qui arrosera les braises, et nous &#233;coutons des politiciens qui alimentent notre haine et notre &#233;troitesse d'esprit, qui nous disent qu'il s'agit simplement de revenir aux vraies valeurs, alors qu'eux sont assis dans leurs propri&#233;t&#233;s de bord de mer &#224; &#233;couter les vagues pour ne pas avoir &#224; entendre les cris des noy&#233;s. Ils nous disent que c'est une question de race, et nous les croyons. Ils appellent &#231;a une &#034;d&#233;mocratie&#034;, et nous hochons la t&#234;te, tellement content de nous-m&#234;mes. (&#8230;) nous fermons les yeux et nous nous endormons, troquant nos corps, nos &#226;mes, contre les vernis rassurants de la &#034;civilisation&#034; et de la &#034;s&#233;curit&#233;&#034;, fausses idoles de notre r&#234;ve humide du XX&#232;me si&#232;cle &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le questionnement existentiel et la critique sociale s'&#233;paulent mutuellement. Car les d&#233;r&#232;glements des cadres collectifs posent des probl&#232;mes &#224; l'&#226;me individuelle. Le sens de l'orientation individuelle ne se constitue pas sans rep&#232;res collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3e mouvement : L'utopie, malgr&#233; tout&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;senchantement n'est pas exclusif de trou&#233;es utopiques dans un certain roman noir am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; a) Goodis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;senchantement, le pessimisme, voire le fatalisme, ne sont pas seuls en piste chez Goodis. Ils rencontrent sur leur chemin l'utopie (au sens de l'aspiration &#224; un ailleurs, &#224; un tout autrement), et tout particuli&#232;rement l'utopie amoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'utopie se maintient, malgr&#233; tout, c'est qu'il y a des r&#233;sistances humaines &#224; la d&#233;shumanisation de la soci&#233;t&#233; marchande. On le saisit dans ce passage o&#249; Vanning pense &#224; Martha face &#224; Fraser dans La nuit tombe (Nigthfall, 1947 ; trad. fran&#231;. en Gallimard/&#171; S&#233;rie noire &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Et moi qui me croyait plein de bon sens, dit-il. Moi qui croyait conna&#238;tre quelque chose &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils rest&#232;rent plant&#233;s sur le trottoir, immobiles. Fraser alluma une cigarette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous croyons tous savoir quelque chose de la vie. Nous croyons tous nous conna&#238;tre. S'il en &#233;tait ainsi, nous serions des machines &#224; calculer, non des &#234;tres humains. Vous &#234;tre amoureux de cette fille et vous ne voulez pas bousiller sa vie. (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ainsi chez Goodis la possibilit&#233; d'&#233;chapper, parfois seulement un moment, mais un moment &#224; jamais grav&#233; en soi, un instant d'&#233;ternit&#233;, aux pesanteurs de non-sens. Dans La p&#234;che aux avaros est ainsi d&#233;crite la magie de La Rencontre (avec un L et un R majuscules) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La seule chose qui me revienne, c'est une sorte de fr&#233;missement int&#233;rieur, une vibration, une sorte de contact entre deux personnes. Seulement, &#231;a n'a rien de physique. C'est beaucoup plus profond que &#231;a. Et quand on l'a &#233;prouv&#233; une fois, on en reste marqu&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent cet instant d'&#233;ternit&#233; n'&#233;vite pas l'impasse, m&#234;me s'il demeure pr&#233;sent en soi infiniment. Mais de temps en temps il ouvre un autre chemin, comme dans Cauchemar (Dark Passage, 1946 ; adapt&#233; au cin&#233;ma avec Humphey Bogart et Lauren Bacall ; trad. fran&#231;. en Gallimard/&#171; Folio-Policier &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Il avait l'impression d'avoir longtemps chemin&#233; sur un mauvais sentier boueux, crev&#233; d'orni&#232;res, au trac&#233; incertain, et que, soudain, il d&#233;bouchait sur une route ciment&#233;e, blanche, large, lisse, propre et qui s'&#233;tendait jusqu'&#224; l'infini &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si elle s'av&#232;re une possibilit&#233; avort&#233;e, l'utopie reste vive en soi, dans la confrontation justement avec le tragique, dans ce qui est appel&#233; &#171; la souffrance pourpre des d&#233;sirs impossibles &#187; dans La P&#234;che aux avaros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni l'utopie, ni le tragique ne se trouvent compl&#232;tement indemnes de leur confrontation. &#201;merge alors le funambulisme du peut-&#234;tre, qui constituera notre quatri&#232;me et dernier mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) Crumley&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais envisageons, avant ce fil du peut-&#234;tre, &#224; l'utopique chez Crumley. Dans Le dernier baiser, le d&#233;tective Sughrue va partir &#224; la recherche d'une femme (Betty Sue) qu'il ne rencontrera qu'apr&#232;s une longue s&#233;rie de p&#233;rip&#233;ties (comme dans le magnifique Sylvia d'Howard Fast de 1960, trad. fran&#231;. en Rivages/&#171; Noir &#187;). La magie du baiser, comme sortie humaine du noir, appara&#238;t alors au rendez-vous, comme une trou&#233;e utopique au c&#339;ur d'un monde d&#233;glingu&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Et elle s'est pench&#233;e pour m'embrasser l&#233;g&#232;rement sur le coin de la bouche, un baiser de grande soeur, mais son haleine sentait les herbes et les fleurs s&#233;ch&#233;es. Et l'eau de source, bonne et rafra&#238;chissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A dix heures, alors, elle a chuchot&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que je l'ai embrass&#233;e sur la bouche. Ses l&#232;vres se sont entrouvertes l&#233;g&#232;rement, nos langues se sont touch&#233;es un bref instant &#233;lectrique et ses yeux se sont agrandis. Ils se sont assombris, d'un bleu orageux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d&#233;sol&#233;e, elle a fait, s'excusant pour quelque chose qu'elle n'avait pas fait. Quelque chose qu'elle ne voulait pas faire &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fil du baiser est t&#233;nu. Le rapprochement de leurs corps n'ira pas plus loin. Car, m&#234;me si Sughrue va sauver la vie &#224; Betty Sue, il refusera de faire l'amour avec elle. Justement parce qu'il est amoureux d'elle et qu'il sent que ce n'est pas r&#233;ciproque. Une fa&#231;on de se tenir, entre tragique et utopique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c) Lehane&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Lehane, l'utopie amoureuse perce &#233;galement. Par exemple, dans les rapports compliqu&#233;s entre Kenzie et Gennaro. C'est ainsi que s'ach&#232;ve Sacr&#233; (Sacred, 1997 ; trad. fran&#231;. en Rivages/&#171; Noir &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'ornement de la beaut&#233;, a &#233;crit Shakespeare, est suspect. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il avait raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la beaut&#233; pure, d&#233;pourvue d'ornement et d'affectation, est sacr&#233;e, digne de notre respect, de notre loyaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de ces nuits au bord de la mer, je prenais la main d'Angie pour la porter &#224; mes l&#232;vres. Je l'embrassais. Et parfois, alors que les flots se d&#233;cha&#238;naient sous un ciel de plus en plus sombre, je me sentais empli d'admiration. Je me sentais humble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me sentais combl&#233; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme chez Goodis, l'harmonie n'est jamais d&#233;finitive, l'exp&#233;rience des discordances revient p&#233;riodiquement, les tensions ne sont jamais compl&#232;tement d&#233;pass&#233;es. Hegel n'a plus la main.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4e mouvement : Les funambules du peut-&#234;tre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans peut-&#234;tre, le verbe &#234;tre est caract&#233;ris&#233; par le possible (peut). Mais un tel possible est marqu&#233; par le doute et l'incertitude souvent induits par l'emploi de l'adverbe. Justement l'adverbe peut-&#234;tre exprime une h&#233;sitation entre le pessimisme et l'optimisme, appr&#233;hend&#233;s comme deux &#233;ventualit&#233;s incluses dans un processus non strictement d&#233;termin&#233; &#224; l'avance. C'est la figure du pari, avec son lot de risques, qui &#233;merge d'une telle philosophie du peut-&#234;tre (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a) Goodis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Chez Goodis, cette figure du peut-&#234;tre appara&#238;t directement dans La blonde au coin de la rue (The Blonde on the Street Corner, 1954 ; trad. fran&#231;. en Rivages/&#171; Noir &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tout ce temps pass&#233;, c'&#233;tait un pari sur l'avenir ; leur num&#233;ro sortirait peut-&#234;tre un jour, ou il ne sortirait jamais. Mais tant que les d&#233;s n'avaient pas cess&#233; de rouler, il y avait toujours un certain &#233;clat dans ce qu'ils faisaient. Le simple fait de se dire que leur num&#233;ro sortirait peut-&#234;tre, ou qu'il pouvait ne jamais sortir...Peut-&#234;tre et encore peut-&#234;tre ou peut-&#234;tre pas. Mais tant qu'il y avait un &#034;peut-&#234;tre&#034;, il leur restait l'&#233;clat &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peut-&#234;tre est l'aiguillon du r&#234;ve, malgr&#233; la conscience de la noirceur du monde, en affrontant la noirceur du monde, sans se la masquer dans la mi&#232;vrerie. Dans le cas de ce roman, le r&#234;ve de Ralph n'aboutira pas. La figure aim&#233;e d'Edna s'&#233;loignera, et celle de Lenore (la blonde au coin de la rue, incarnant une existence plus banalement m&#233;diocre) s'imposera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;quilibrisme du peut-&#234;tre ne tombe pas in&#233;luctablement du mauvais c&#244;t&#233; chez Goodis. L'utopie ne se r&#233;v&#232;le pas toujours impossible. Ainsi les choses &#233;taient plut&#244;t mal parties pour Andrew dit Rif dans L'allumette facile (Fire in the Flesh, 1957 ; trad. fran&#231;. en Gallimard/&#171; Folio-Policier &#187;). La police &#233;tait sur les talons de ce marginal alcoolique, r&#233;put&#233; &#234;tre un incendiaire. Pourtant, la fin du roman se pr&#233;sente comme le r&#233;veil d'un cauchemar, sous le regard gorg&#233; d'esp&#233;rances de Leila (ce sont les derni&#232;res lignes du roman) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il leva la t&#234;te et regarda Leila. Il sentait toujours la ti&#233;deur des doigts de la jeune fille sur les siens. Cette chaleur se m&#234;lait &#224; son parfum, &#224; l'&#233;clat de ses yeux qui semblaient verser sur lui, faire p&#233;n&#233;trer en lui une douceur inconnue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est pour toi, dit-il en lui-m&#234;me. Tout ce que je ferai d&#233;sormais, tout ce que j'aurai &#224; offrir, ce sera pour toi.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un soupir, elle se pencha vers lui comme si elle l'avait entendu. Et brusquement, pour lui faire un pr&#233;sent, &#224; son tour, pour bien lui montrer qu'elle lui appartenait et qu'elle lui appartiendrait &#224; jamais, elle souleva les deux mains d'Andrew et les posa sur ses seins &#187; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me quand le d&#233;sespoir prend le dessus chez Goodis, il reste ce qui constitue une double &#233;thique et esth&#233;tique de l'existence : celle de &#171; l'&#233;clat &#187; (&#171; il leur restait l'&#233;clat &#187;, &#233;crit Goodis dans La blonde au coin de la rue).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Rue barbare (Street of the Lost, 1952), la lucidit&#233; quant aux d&#233;r&#232;glements du monde d&#233;bouche aussi sur quelque chose comme une telle esth&#233;tique et &#233;thique de &#171; l'&#233;clat &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faut faire quelque chose, pourtant. Garder la t&#234;te haute, un peu au-dessus des autres &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici &#171; l'&#233;clat &#187;, c'est le maintien d'une int&#233;grit&#233;, d'une dignit&#233;. Cette r&#233;sistance de la dignit&#233; peut puiser dans des ressources du pass&#233; qui avaient &#233;t&#233; oubli&#233;es. C'est le cas de Corey Bradford, dans Les pieds dans les nuages (Night Squad, 1961 ; trad. fran&#231;. en Gallimard/&#171; Folio-Policier &#187;). Corey est un ancien flic corrompu, vir&#233; de la police et alcoolique, qui va trouver des forces dans l'image de son p&#232;re mort, flic int&#232;gre lui, pour se r&#233;tablir. C'est ce que pointe un autre flic McDermott :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; - (&#8230;) Vous avez re&#231;u le message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quel message ? D'o&#249; &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De la tombe, dit McDermott. De votre p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corey frissonna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; De votre p&#232;re, r&#233;p&#233;ta McDermott. De votre p&#232;re qui &#233;tait mon ami intime. Qui &#233;tait un vrai policier. Qui &#233;tait un c&#339;ur absolument pur et qui consid&#233;rait l'insigne comme quelque chose de sacr&#233; ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Retour &#224; la vie (Retreat from Oblivion, 1938, le premier roman de Goodis ; trad. fran&#231;. en Rivages/&#171; Noir &#187;), le point d'interrogation du peut-&#234;tre a m&#234;me quelque chose d'ind&#233;passable, d'infini :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; On se sent parfois englouti d'une sourde tristesse que viennent soudain dissiper un sourire et un rire. Et puis une autre tristesse, un sentiment d&#233;licat, beau, ineffable, vient s'y superposer. Tout simplement. Et voil&#224; qu'elle aussi s'efface, engloutie par un autre sourire, un autre rire. Parfois plus rien ne bouge. Restent la douleur et puis le rire. Et par-dessus, un grand point d'interrogation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Goodis ne cherche pas alors &#224; refermer sur une certitude d&#233;finitive les d&#233;s de la vie et ses interrogations existentielles. Pas de &#171; Grand soir &#187; (amoureux ou politique) qui transformerait le bonheur en absolu sans contradictions. Pas de grande &#171; synth&#232;se &#187; d'inspiration h&#233;g&#233;lienne et ses pr&#233;tentions &#224; l'harmonie finale. Mais une qu&#234;te sans fin, qui garde les traces des r&#234;ves comme des blessures pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tissage des singularit&#233;s individuelles que le roman noir am&#233;ricain &#224; la Goodis met en avant n'est pas le m&#233;tissage lisse et heureux que la figure d'Obama incarne aujourd'hui sur les Unes des magazines. C'est un m&#233;tissage d'identit&#233;s rapi&#233;c&#233;es, d'identit&#233;s caboss&#233;es, mieux exprim&#233; au cin&#233;ma r&#233;cemment par le catcheur jou&#233; par un Mickey Rourke boursoufl&#233; dans The Wrestler (de Darren Aronofsky, 2008) ou par Charlize Theron, elle perdue et tortur&#233;e de l'int&#233;rieur par le pass&#233; sous l'apparence d'un corps magnifique, dans Loin de la terre br&#251;l&#233;e (The Burning Plain, de Guillermo Arriaga, 2008)(9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b) Crumley&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les peut-&#234;tre de Crumley ont un parfum iconoclaste. Par exemple, on lit dans Les serpents de la fronti&#232;re (Bodersnakes, 1996 ; trad. fran&#231;. en Gallimard/&#171; Folio-Policier &#187;) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; - Je suis lesbienne, vous savez, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne suis pas s&#251;r que vous sachiez ce que vous &#234;tes, dis-je, et m&#234;me si vous le savez, ch&#233;rie, j'aime assez l'id&#233;e d'&#234;tre amoureux d'une femme que je ne peux pas baiser. D'une certaine mani&#232;re je trouve &#231;a pur et simple. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en s'adressant &#224; Kate, une jeune femme crois&#233;e au cours de ses p&#233;r&#233;grinations, que Sughrue s'interroge ainsi de mani&#232;re abrupte sur l'identit&#233; sexuelle de cette derni&#232;re. Son interrogation, tr&#232;s queer, bouscule les identit&#233;s fig&#233;es, leur pr&#233;f&#233;rant des identit&#233;s mobiles et ouvertes, laissant une place &#224; l'incertitude. Le &#171; Je ne suis pas s&#251;r que vous sachiez ce que vous &#234;tes &#187; de Sughrue signale aussi une h&#233;sitation, un trouble, une perplexit&#233;, typiquement crumleyens, dans la d&#233;finition de l'identit&#233; personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le questionnement crumleyen ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Dans la deuxi&#232;me partie de l'&#233;change avec Kate, Sughrue ajoute donc un &#233;trange &#171; j'aime assez l'id&#233;e d'&#234;tre amoureux d'une femme que je ne peux pas baiser &#187;. Apr&#232;s avoir instill&#233; le doute quant aux assignations identitaires fig&#233;es, notre d&#233;tective crumleyen dynamite le co&#239;t comme point de passage oblig&#233; de l'amour en r&#233;gime post-soixante-huitard de libert&#233; sexuelle. Crumley n'&#233;tait pas un de ces gauchistes &#224; dogmes uniques. Plut&#244;t un gauchiste de la curiosit&#233; et de la pluralit&#233;, salivant par avance aux saveurs de l'in&#233;dit, un verre de whisky &#224; la main, trinquant avec les peut-&#234;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; c) Lehane&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement des peut-&#234;tre chez Lehane, venant &#233;quilibrer les d&#233;senchantements. Par exemple, un peut-&#234;tre politique dans cet &#233;change entre un jeune chef de gang noir et Angie dans Un dernier verre avant la guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; - L'homme blanc&#8230;a commenc&#233; Roland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Angie a laiss&#233; tomber son sac et elle a dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Roland, nous n'allons pas &#233;couter ce discours &#224; la con. Nous savons tout sur l'homme blanc. Nous savons qu'il a le pouvoir et nous savons que l'homme noir ne l'a pas. Nous savons comment marche le monde et nous savons que c'est pourri. Nous savons tout &#231;a. Nous ne sommes pas trop contents de nous-m&#234;mes non plus, seulement voil&#224;. Et peut-&#234;tre que si tu avais quelques suggestions sur le moyen d'am&#233;liorer les choses, on aurait de quoi discuter. Mais tu tues des gens, Roland, et tu vends du crack. Ne t'attends pas &#224; des violons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui a souri. Ce n'&#233;tait pas le sourire le plus chaleureux que j'aie jamais vu (&#8230;) mais il n'&#233;tait pas compl&#232;tement froid non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Peut-&#234;tre, peut-&#234;tre, a-t-il dit. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bien infime espoir donc, mais qui a la fonction d'une boussole dans les confusions du monde. Vivre avec le peut-&#234;tre, pour Lehane encore dans Un dernier verre avant la guerre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ca s'appelle vivre avec la r&#233;alit&#233; de sa vuln&#233;rabilit&#233; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref assumer dans le risque, avec la tristesse et les joies aff&#233;rentes, ses fragilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En guise de conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les figures du roman noir am&#233;ricain que nous avons explor&#233;es sont ainsi travaill&#233;es par des interrogations philosophiques dans la chair vive des rapports sociaux et politiques modernes. Cela tranche avec les morceaux les plus standardis&#233;s de la culture am&#233;ricaine qui sont largement diffus&#233;s chez nous par les industries culturelles, mais cela tranche aussi avec la vision st&#233;r&#233;otyp&#233;e de produits culturels compl&#232;tement homog&#232;nes et standardis&#233;s dans laquelle un certain anti-am&#233;ricanisme primaire se compla&#238;t en France, particuli&#232;rement dans les gauches radicales. On aimerait d'ailleurs que les anticapitalistes et les altermondialistes r&#233;cusant le monde-marchandise et en qu&#234;te d'&#171; autres mondes possibles &#187; s'int&#233;ressent davantage &#224; de telles dimensions existentielles et spirituelles plut&#244;t que de ressasser des langues de bois traditionnelles ou d'&#234;tre trop soumis &#224; des pr&#233;occupations &#233;troitement politiciennes. Je dis bien entendu cela de l'int&#233;rieur, en tant que militant d'ATTAC France et du Nouveau Parti Anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces figures du roman noir am&#233;ricain nous ram&#232;nent &#233;galement &#224; une question philosophique aux tonalit&#233;s politiques : l'utopique constitue-t-il en un sens nietzsch&#233;en un &#171; arri&#232;re monde &#187; illusoire nous masquant le tragique, nous emp&#234;chant de nous confronter au tragique (ce qui serait alors la fonction principale des diff&#233;rentes religions, morales et politiques du &#171; bonheur &#187;) ? On peut tirer cette question d'un des livres les plus stimulants du philosophe Cl&#233;ment Rosset, La philosophie tragique datant de 1960 (Rosset avait alors 21 ans !) (10). Le tragique, c'est par exemple pour Rosset, dans le sillage de Nietzsche, se cogner &#224; une mort accidentelle, dans ses dimensions &#171; insurmontables &#187;, &#171; irr&#233;m&#233;diables &#187; et &#171; imm&#233;rit&#233;es &#187;. Quand un &#233;v&#233;nement, dans ses douleurs et dans ses joies, d&#233;borde les cat&#233;gories morales traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Rosset, Goodis, Crumley et Lehane r&#233;cusent une &#233;thique qui consentirait &#224; cet &#171; oubli du tragique &#187;. Mais, contrairement &#224; Rosset, l'id&#233;e de bonheur, comme aspiration &#224; un mieux en fonction d'un certain syst&#232;me de valeurs, donc d'une morale, ne serait pas &#224; jeter aux orties. L'utopique ne serait pas qu'un &#171; arri&#232;re-monde &#187; nous masquant le caract&#232;re tragique de la condition humaine. L'utopique, en tant qu'aspiration &#224; un ailleurs, serait partie-prenante du monde, participerait de notre exp&#233;rience du monde avec le tragique, en tension avec le tragique. Dans cette perspective, l'utopique ne renverrait pas n&#233;cessairement, comme le pense Rosset, &#224; une couche superficielle et illusoire qui serait surajout&#233;e au monde pour emp&#234;cher d'en saisir les rugosit&#233;s, mais se pr&#233;senterait comme une composante de ce monde : les r&#234;ves d'ailleurs sont bien produits ici-bas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ne pas nous coltiner alors, comme les h&#233;ros de nos polars, les antinomies de l'aventure humaine : tragique et utopique, solitaire et solidaire, singulier et commun, pessimiste et optimiste. Reconna&#238;tre la force de l'&#233;v&#233;nement tragique, et nos fragilit&#233;s face &#224; lui, ce ne serait donc pas in&#233;luctablement r&#233;cuser la part utopique de nos existences. C'est le sens de la philosophie du peut-&#234;tre en germe chez Goodis, Crumley et Lehane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est bien s&#251;r fortement redevable &#224; Cl&#233;ment Rosset de la question forte qu'il pose. Mais on pr&#233;f&#232;rera &#224; sa r&#233;ponse unilat&#233;rale, la philosophie politique de l'ambivalence d'un Maurice Merleau-Ponty dans son livre Humanisme et terreur de 1947 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;i&gt;&#171; Le monde humain est un syst&#232;me ouvert ou inachev&#233; et la m&#234;me contingence fondamentale qui le menace de discordance le soustrait aussi &#224; la fatalit&#233; du d&#233;sordre et interdit d'en d&#233;sesp&#233;rer &#187; (11).&lt;/i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, pour Merleau-Ponty, la contingence de l'histoire humaine, sa part d'impr&#233;visibilit&#233;, rendrait compte tout &#224; la fois de sa composante tragique et de sa composante utopique, de la possibilit&#233; de la barbarie et de la possibilit&#233; de l'&#233;mancipation, indissociablement. Cette mise en tension du tragique et de l'utopique rev&#234;t alors la tonalit&#233; m&#233;lancolique du peut-&#234;tre, qui a illumin&#233; notre travers&#233;e du roman noir am&#233;ricain &#224; une heure particuli&#232;rement adapt&#233;e &#224; sa po&#233;sie (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe Corcuff&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Texte d'une conf&#233;rence prononc&#233;e dans le cadre de &#171; La nuit de la philosophie &#187; (24 H de philosophie avec des centaines de conf&#233;rences et d'activit&#233;s, du samedi 10h du matin au dimanche 10h du matin : pr&#232;s de 8500 participants pour cette quatri&#232;me &#233;dition : voir &lt;a href=&#034;http://www.nuitdelaphilo.com/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.nuitdelaphilo.com/&lt;/a&gt;), Montr&#233;al, Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al (UQAM), 21-22 mars 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Dans Claudio Magris, L'Anneau de Clarisse - Grand style et nihilisme dans la litt&#233;rature moderne (1&#232;re &#233;d. : 1984), trad. fran&#231;., Paris, L'Esprit des P&#233;ninsules, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Daniel Bensa&#239;d, Le pari m&#233;lancolique, Paris, Fayard, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Walter Benjamin, &#171; Sur le concept d'histoire &#187; (1940), trad. fran&#231;., dans &#338;uvres III, Paris, Gallimard, collection &#171; Folio-Essais &#187; , 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Voir aussi P. Corcuff, &#171; M&#233;lancolie : une radicalit&#233; de l'imperfection ? &#187;, Mediapart, 14 d&#233;cembre 2008, &lt;a href=&#034;http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/141208/melancolie-une-radicalite-de-l-imperfection-0&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/141208/melancolie-une-radicalite-de-l-imperfection-0&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Dans Claudio Magris, Utopie et d&#233;senchantement (1&#233;re &#233;d : 1999), trad. fran&#231;., Paris, Gallimard, collection &#171; L'Arpenteur &#187;, 2001, p.19.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) Voir Pierre Bourdieu, &#171; Avenir de classe et causalit&#233; du probable &#187;, Revue Fran&#231;aise de Sociologie, vol. 15, n&#176;1, janvier-mars 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) Luc Boltanski et &#200;ve Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(8) Pour une exploration de cette pens&#233;e du peut-&#234;tre, &#224; travers le cin&#233;ma, la litt&#233;rature, la chanson, le philosophie et la sociologie, voir P. Corcuff, La soci&#233;t&#233; de verre - Pour une &#233;thique de la fragilit&#233;, Paris, Armand Colin, collection &#171; Individu et Soci&#233;t&#233; &#187;, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(9) Pour un prolongement, voir P. Corcuff, &#171; Mickey Rourke/Charlize Theron : de nos identit&#233;s rapi&#233;c&#233;es &#187;, Rue 89, 17 mars 2009, &lt;a href=&#034;http://www.rue89.com/2009/03/17/mickey-rourkecharlize-theron-de-nos-identites-rapiecees&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.rue89.com/2009/03/17/mickey-rourkecharlize-theron-de-nos-identites-rapiecees&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(10) Cl&#233;ment Rosset, La philosophie tragique (1&#233;re &#233;d. : 1960), Paris, PUF, collection &#171; Quadrige &#187;, 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(11) Dans Maurice Merleau-Ponty, Humanisme et terreur (1&#232;re &#233;d. : 1947), Paris, Gallimard, collection &#171; Id&#233;es &#187;, 1980, p.309.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(12) Cette conf&#233;rence-d&#233;bat s'est tenue le dimanche 22 mars entre 5h et 7h du matin&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une gr&#232;ve dans le Bronx</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Une-greve-dans-le-Bronx</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Une-greve-dans-le-Bronx</guid>
		<dc:date>2009-04-22T05:40:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Une gr&#232;ve ouvi&#232;re dans le Bronx, &#224; New York city, dans l'usine de biscuits Stella D'Oro, depuis ao&#251;t 2008, &#224; deux pas en m&#233;tro de Wall Street... &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un reportage-photo de notre camarade Philippe Corcuff, du Nouveau Parti Anticapitaliste. En visite &#224; New York, il a &#233;t&#233; inform&#233; de cette gr&#232;ve par mes camarades dugroupe politique am&#233;ricain Solidarity, organisation associ&#233;e &#224; la IVe Internationale : &lt;br class='autobr' /&gt;
http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/130409/une-greve-dans-le-bronx&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Amerique-du-Nord-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique du Nord&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une gr&#232;ve ouvi&#232;re dans le Bronx, &#224; New York city, dans l'usine de biscuits Stella D'Oro, depuis ao&#251;t 2008, &#224; deux pas en m&#233;tro de Wall Street...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un reportage-photo de notre camarade Philippe Corcuff, du Nouveau Parti Anticapitaliste. En visite &#224; New York, il a &#233;t&#233; inform&#233; de cette gr&#232;ve par mes camarades dugroupe politique am&#233;ricain Solidarity, organisation associ&#233;e &#224; la IVe Internationale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/130409/une-greve-dans-le-bronx&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-corcuff/130409/une-greve-dans-le-bronx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Congr&#232;s de fondation npa : entrevue avec Philippe Corcuff</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Congres-de-fondation-npa-entrevue-avec-Philippe-Corcuff</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Congres-de-fondation-npa-entrevue-avec-Philippe-Corcuff</guid>
		<dc:date>2009-03-10T05:29:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Entrevue avec Philippe Corcuff lors du congr&#232;s du NPA &#224; Paris &lt;br class='autobr' /&gt; Congr&#232;s de fondation npa 6 ieme partie envoy&#233; par lcrmarseille&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-musique-" rel="directory"&gt;musique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Entrevue avec Philippe Corcuff lors du congr&#232;s du NPA &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;div&gt;&lt;object width=&#034;168&#034; height=&#034;143&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/k5wDWnwsJq40v7Xkvs&amp;related=1&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowScriptAccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed src=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/k5wDWnwsJq40v7Xkvs&amp;related=1&#034; type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; width=&#034;168&#034; height=&#034;143&#034; allowFullScreen=&#034;true&#034; allowScriptAccess=&#034;always&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/x8f2mu_congres-de-fondation-npa-6-ieme-par_news&#034;&gt;Congr&#232;s de fondation npa 6 ieme partie&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;envoy&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/lcrmarseille&#034;&gt;lcrmarseille&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;senchantement et &#233;thiques du polar</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Desenchantement-et-ethiques-du-polar</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Desenchantement-et-ethiques-du-polar</guid>
		<dc:date>2009-03-10T05:28:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Philippe Corcuff</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la revue Mouvement n&#176;15-16, mai-ao&#251;t 2001 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; - Je suis lesbienne, vous savez, dit-elle. Je ne suis pas s&#251;r que vous sachiez ce que vous &#234;tes, dis-je, et m&#234;me si vous le savez, ch&#233;rie, j'aime assez l'id&#233;e d'&#234;tre amoureux d'une femme que je ne peux pas baiser. D'une certaine mani&#232;re je trouve &#231;a pur et simple. &#187; James Crumley, Les serpents de la fronti&#232;re (Bordersnakes), 1996. &lt;br class='autobr' /&gt;
Roman noir : la noirceur du d&#233;senchantement tend &#224; donner une tonalit&#233; particuli&#232;re &#224; ce genre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Culture-26-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la revue Mouvement&lt;br class='autobr' /&gt; n&#176;15-16, mai-ao&#251;t 2001&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; - Je suis lesbienne, vous savez, dit-elle. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne suis pas s&#251;r que vous sachiez ce que vous &#234;tes, dis-je, et m&#234;me si vous le savez, ch&#233;rie, j'aime assez l'id&#233;e d'&#234;tre amoureux d'une femme que je ne peux pas baiser. D'une certaine mani&#232;re je trouve &#231;a pur et simple. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
James Crumley, Les serpents de la fronti&#232;re (Bordersnakes), 1996.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roman noir : la noirceur du d&#233;senchantement tend &#224; donner une tonalit&#233; particuli&#232;re &#224; ce genre litt&#233;raire. C'est comme s'il y avait, dans la d&#233;ception des &#233;preuves de la vie, un fil analogique qui reliait des trajets biographiques, des conditions d'&#233;criture et des conjonctures socio-historiques disparates. Le scepticisme &#224; l'&#233;gard du monde et de ses conventions, comme des humains qui s'y &#171; agitent &#187;, l'ironie sombre &#224; l'&#233;gard de soi (dans le cas du h&#233;ros-narrateur) et des autres, voire le cynisme et un relativisme immod&#233;r&#233; (dans le &#171; tout se vaut &#187;) sont souvent au rendez-vous. Une telle ambiance peut nourrir une radicalisation de la critique des institutions de nos soci&#233;t&#233;s. Mais cette critique sociale semble h&#233;siter entre la r&#233;ouverture de l'espace des possibles face &#224; la fermeture dominante du monde et un fatalisme du &#171; tout est gangren&#233; &#187; et du &#171; &#224; quoi bon &#187;. De ce point de vue, le polar nous invite fr&#233;quemment &#224; marcher sur une corde raide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;suite : &lt;a href=&#034;http://www.preavis.net/breche-numerique/article1371.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.preavis.net/breche-numerique/article1371.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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