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		<title>Bienvenue &#224; l'Anthropoc&#232;ne</title>
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		<dc:creator>Mike DAVIS </dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Adieu &#224; l'Holoc&#232;ne. C'est la fin d'un monde, le monde dans lequel nous avons v&#233;cu ces 12 000 derni&#232;res ann&#233;es, m&#234;me si aucun journal d'Am&#233;rique du Nord ou d'Europe n'en a encore publi&#233; la n&#233;crologie scientifique. &lt;br class='autobr' /&gt; ________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site Contretemps &lt;br class='autobr' /&gt;
Au mois de f&#233;vrier dernier, alors que le chantier du gratte-ciel Burj Duba&#239;, bient&#244;t deux fois plus haut que l'Empire State Building, se voyait rajouter un 141e &#233;tage, la commission stratigraphique de la Geological Society of (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH93/arton2815-27c41.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Adieu &#224; l'Holoc&#232;ne. C'est la fin d'un monde, le monde dans lequel nous avons v&#233;cu ces 12 000 derni&#232;res ann&#233;es, m&#234;me si aucun journal d'Am&#233;rique du Nord ou d'Europe n'en a encore publi&#233; la n&#233;crologie scientifique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Contretemps&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Au mois de f&#233;vrier dernier, alors que le chantier du gratte-ciel Burj Duba&#239;, bient&#244;t deux fois plus haut que l'Empire State Building, se voyait rajouter un 141e &#233;tage, la commission stratigraphique de la Geological Society of London, ajoutait quant &#224; elle un nouvel &#233;tage &#224; l'&#233;difice des couches g&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La London Society, fond&#233;e en 1807, est la plus ancienne soci&#233;t&#233; savante consacr&#233;e aux sciences de la Terre et sa commission agit comme haute autorit&#233; en mati&#232;re de d&#233;finition des &#233;chelles de temps g&#233;ologiques. Les stratigraphes d&#233;coupent l'histoire de la Terre, pr&#233;serv&#233;e dans les strates s&#233;dimentaires en une hi&#233;rarchie d'&#232;res, de p&#233;riodes et d'&#233;poques, marqu&#233;e par les pointes li&#233;es aux extinctions de masse, aux diff&#233;renciations d'esp&#232;ces et aux changements abrupts dans la chimie de l'atmosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;ologie, comme en biologie ou en histoire, la p&#233;riodisation est un art controvers&#233;. La pol&#233;mique la plus aig&#252;e au sein de la science britannique du 19e si&#232;cle fut la &#171; grande controverse du d&#233;vonien &#187;, qui se livra &#224; propos d'interpr&#233;tations concurrentes de roches galloises famili&#232;res et de calcaire rouge anglais. Plus r&#233;cemment les stratigraphes se sont battus &#224; propos de la mani&#232;re de d&#233;marquer stratigraphiquement les oscillations glaciaires au cours des 2,8 derniers millions d'ann&#233;es. Certains n'ont jamais accept&#233; que l'intervalle interglaciaire temp&#233;r&#233; le plus r&#233;cent, l'holoc&#232;ne, soit distingu&#233; comme une &#233;poque &#224; part enti&#232;re du seul fait qu'il comprend toute l'histoire des civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, les stratigraphes contemporains ont fix&#233; des crit&#232;res particuli&#232;rement rigoureux pour la cons&#233;cration de toute nouvelle division g&#233;ologique. Malgr&#233; le fait que l'id&#233;e d'&#171; anthropoc&#232;ne &#187; &#8212; &#233;poque d&#233;finie par l'&#233;mergence de la soci&#233;t&#233; urbaine-industrielle comme force g&#233;ologique &#8212; ait &#233;t&#233; d&#233;battue de longue date, les stratigraphes ont refus&#233; jusqu'ici d'admettre les preuves de son av&#232;nement. Mais, du moins, pour la London Society, cette position vient d'&#234;tre abandonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question &#171; Vivons-nous maintenant dans l'anthropoc&#232;ne ? &#187;, les 21 membres de sa commission ont unanimement r&#233;pondu OUI. Ils invoquent des preuves solides que l'&#233;poque holoc&#232;ne &#8212; l'intervalle interglaciaire au climat particuli&#232;rement stable qui a permis l'&#233;volution de la civilisation agricole et urbaine &#8212; est termin&#233; et que la Terre est entr&#233;e dans &#171; un intervalle stratigraphique sans pr&#233;c&#233;dent comparable au cours des derniers millions d'ann&#233;es. &#187; En plus de l'accumulation de gaz &#224; effet de serre, les stratigraphes &#233;voquent la transformation humaine des paysages qui &#171; d&#233;passe maintenant sensiblement la production s&#233;dimentaire naturelle &#187;, ainsi que l'acidification inqui&#233;tante des oc&#233;ans et la destruction implacable du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nouvel &#226;ge, expliquent-ils, est d&#233;fini simultan&#233;ment par la tendance au r&#233;chauffement (dont l'analogue le plus proche est peut-&#234;tre la catastrophe connue sous le nom de maximum thermique du Pal&#233;oc&#232;ne-Eoc&#232;ne, il y a 56 millions d'ann&#233;es) et par l'instabilit&#233; radicale qu'on peut attendre des environnements futurs. Dans une prose fort sombre, ils avertissent que &#171; la combinaison d'extinctions, de migrations globales d'esp&#232;ces et de remplacement &#224; grande &#233;chelle de la v&#233;g&#233;tation naturelle par des monocultures agricoles est en train de produire une signature bio-stratigraphique contemporaine distincte. Ces effets sont permanents, du fait que l'&#233;volution future aura lieu en partant des souches survivantes (fr&#233;quemment relocalis&#233;es par l'homme). &#187; L'&#233;volution elle-m&#234;me a &#8212; en d'autres termes &#8212; &#233;t&#233; contrainte d'adopter une nouvelle trajectoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers une &#171; d&#233;carbonisation &#187; spontan&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;cration de l'anthropoc&#232;ne par la commission co&#239;ncide avec la controverse scientifique croissante &#224; propos du 4e rapport d'&#233;valuation, publi&#233; l'an dernier, par le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'&#233;volution du climat.) Le GIEC a pour mandat d'&#233;tablir les bases scientifiques communes pour les efforts internationaux d'att&#233;nuation du r&#233;chauffement global, mais certain-e-s des plus &#233;minent-e-s chercheurs/ses dans ce domaine contestent aujourd'hui ses sc&#233;narios de r&#233;f&#233;rence, les consid&#233;rant comme exag&#233;r&#233;ment optimistes, voir comme relevant de la croyance au p&#232;re No&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sc&#233;narios actuels ont &#233;t&#233; adopt&#233;s par le GIEC en 2000 pour mod&#233;liser les &#233;missions globales sur la base de diff&#233;rentes hypoth&#232;ses concernant la croissance d&#233;mographique, ainsi que le d&#233;veloppement technique et &#233;conomique. Certains des sc&#233;narios principaux du GIEC sont bien connus des d&#233;cideurs politiques et des militant-e-s engag&#233;s dans le domaine du climat, mais peu de gens en dehors de la communaut&#233; des chercheurs/ses en ont, en fait, lu ou compris les d&#233;tails, en particulier la confiance du GIEC dans le fait qu'une plus grande efficacit&#233; &#233;nerg&#233;tique serait un sous-produit &#171; automatique &#187; du d&#233;veloppement &#233;conomique futur. En effet, tous les sc&#233;narios, m&#234;me la variante du &#171; business as usual &#187;, postulent qu'au moins 60% des r&#233;ductions d'&#233;mission de carbone auront lieu ind&#233;pendamment de mesures volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, le GIEC mise tout &#8212; en l'occurrence notre plan&#232;te &#8212; sur une progression non planifi&#233;e, dict&#233;e par le march&#233;, en direction d'une &#233;conomie mondiale post-carbone, une transition qui exige implicitement que la richesse g&#233;n&#233;r&#233;e par les prix accrus de l'&#233;nergie se retrouve en fin de compte investie dans de nouvelles technologies et des &#233;nergies renouvelables (L'Agence internationale pour l'&#233;nergie AIE a r&#233;cemment estim&#233; qu'il faudrait d&#233;penser 45 mille milliards de dollars pour diminuer de moiti&#233; les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre d'ici 2050). Les accords de type Kyoto et les march&#233;s du carbone sont donc con&#231;us &#8212; presque par analogie avec un m&#233;canisme keyn&#233;sien d'&#171; amor&#231;age de la pompe &#187; &#8212; pour cr&#233;er un pont entre la d&#233;carbonisation spontan&#233;e attendue et les cibles de r&#233;duction d'&#233;missions requises par chacun des sc&#233;narios. Opportun&#233;ment, ceci r&#233;duit les co&#251;ts de l'att&#233;nuation du r&#233;chauffement global &#224; des niveaux qui s'alignent avec ce qui para&#238;t politiquement possible, du moins th&#233;oriquement, tel que l'expose le rapport britannique Stern de 2006 et d'autres rapports de ce type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extraction de charbon conna&#238;t en particulier une renaissance dramatique, le 19e venant ainsi hanter le 21e si&#232;cle. Des centaines de milliers de mineurs travaillent maintenant dans des conditions qui auraient horrifi&#233; Charles Dickens, afin d'extraire le minerai sale permettant &#224; la Chine d'inaugurer chaque semaine deux nouvelles centrales &#233;lectriques au charbon. Pendant ce temps, on pr&#233;voit une augmentation de 55% de la consommation totale de combustibles fossiles pour la prochaine g&#233;n&#233;ration, avec un doublement du volume des exportations de p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Programme des Nations-Unies pour le D&#233;veloppement (PNUD), qui a fait sa propre &#233;tude en ce qui concerne les objectifs &#233;nerg&#233;tiques &#171; soutenables &#187;, avertit qu'il faudra &#171; une r&#233;duction de 50% des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre &#224; l'&#233;chelle mondiale par rapport aux niveaux de 1990 &#187; pour que l'humanit&#233; n'entre pas dans la zone rouge d'un emballement du r&#233;chauffement climatique (habituellement d&#233;fini comme une hausse de plus de 2 degr&#233;s au cours du si&#232;cle). Mais l'Agence internationale pour l'&#233;nergie pr&#233;dit que, selon toute probabilit&#233;, ces &#233;missions augmenteront en fait de 100% au cours de cette p&#233;riode, avec suffisamment de gaz &#224; effet de serre &#233;mis pour nous faire basculer au-del&#224; de plusieurs points critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment m&#234;me o&#249; les prix plus &#233;lev&#233;s de l'&#233;nergie tendent &#224; l'extinction des 4x4 et attirent plus de capital-risque vers les &#233;nergies renouvelables, ils ouvrent aussi la bo&#238;te de Pandore de la production d'hydrocarbures &#224; partir des sables goudronn&#233;s canadiens et du p&#233;trole extra-lourd v&#233;n&#233;zu&#233;lien. Or, comme nous met en garde un savant britannique, la derni&#232;re chose &#224; souhaiter c'est l'ouverture de nouvelles fronti&#232;res en mati&#232;re de capacit&#233; de production d'hydrocarbures qui, sous le slogan trompeur de l'&#171; ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique &#187;, augmentent &#171; la capacit&#233; de l'humanit&#233; &#224; acc&#233;l&#233;rer le r&#233;chauffement global &#187; et retardent la transition urgente vers &#171; des cycles &#233;nerg&#233;tiques sans carbone ou &#224; cycle de carbone ferm&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un boom de fin du monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelle confiance pouvons-nous avoir dans la capacit&#233; des march&#233;s &#224; r&#233;allouer les investissements vers les nouvelles formes d'&#233;nergie ou, par exemple, de la production d'armement vers une agriculture durable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous soumet &#224; une incessante propagande, particuli&#232;rement t&#233;l&#233;visuelle, sur la fa&#231;on dont de grandes multinationales comme Chevron, Pfizer ou Archer Daniel Midlands, travaillent dur &#224; sauver la plan&#232;te en r&#233;investissant des profits dans des recherches et explorations qui nous fourniront des combustibles &#224; faible &#233;mission de carbone, de nouveaux vaccins et des r&#233;coltes plus r&#233;sistantes &#224; la s&#233;cheresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme le boom r&#233;cent des biocarburants l'a d&#233;montr&#233; de mani&#232;re si affligeante, qui a d&#233;tourn&#233; 100 millions de tonnes de grain de l'alimentation humaine, essentiellement vers les moteurs des bagnoles am&#233;ricaines, les &#171; biocarburants &#187; peuvent &#234;tre un euph&#233;misme pour le subventionnement des riches et la famine des pauvres. De m&#234;me, le &#171; charbon propre &#187;, si vigoureusement soutenu par le s&#233;nateur Barack Obama (qui appuie aussi la production d'&#233;thanol), est aujourd'hui une vaste fumisterie, une campagne de lobbying et de publicit&#233; &#224; 40 millions de dollars en faveur d'une technologie hypoth&#233;tique que Business Week a caract&#233;ris&#233;e comme &#233;tant &#171; &#224; des d&#233;cennies d'une quelconque viabilit&#233; commerciale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il y a des signes inqui&#233;tants selon lesquels les compagnies &#233;nerg&#233;tiques sont en train de revenir sur leurs engagements publics en mati&#232;re de d&#233;veloppement de technologies alternatives et de capture du carbone. Le projet pilote de l'administration Bush en la mati&#232;re, FutureGen, a &#233;t&#233; abandonn&#233; cette ann&#233;e, apr&#232;s que l'industrie du charbon ait refus&#233; de payer sa part de ce &#171; partenariat public-priv&#233; &#187;. De m&#234;me, la plupart des projets de &#171; s&#233;questration du carbone &#187; du secteur priv&#233; ont r&#233;cemment &#233;t&#233; annul&#233;s. Pendant ce temps, au Royaume-Uni, Shell vient de se retirer du plus important projet mondial de g&#233;n&#233;ration &#224; base d'&#233;oliennes, le London Array. Malgr&#233; des niveaux h&#233;ro&#239;ques d'efforts&#8230; publicitaires, les multinationales de l'&#233;nergie, comme les compagnies pharmaceutiques, pr&#233;f&#232;rent continuer &#224; faire des profits imm&#233;diats sur le dos du bien commun, tout en laissant les imp&#244;ts, et non les profits, payer pour les quelques recherches &#8212; indispensables depuis bien trop longtemps &#8212; qui sont effectivement entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, le butin tir&#233; des prix &#233;lev&#233;s de l'&#233;nergie continue &#224; se d&#233;verser dans l'immobilier, les gratte-ciels et le capital financier. Que nous soyons ou non au sommet du pic de Hubbert &#8212; le pic p&#233;trolier, que la bulle des prix p&#233;troliers &#233;clate ou non, ce dont nous sommes probablement les t&#233;moins, c'est le plus important transfert de richesses de l'histoire moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un oracle &#233;minent de Wall Street, le McKinsey Global Institute, pr&#233;dit que si le prix du baril de p&#233;trole reste au-dessus des 100 dollars &#8212; alors qu'il frise les 140 dollars aujourd'hui &#8212; les seuls six Etats du Conseil de coop&#233;ration du Golfe engrangeront &#171; des rentr&#233;es cumulatives inattendues de pr&#232;s de 9000 milliards de dollars d'ici 2020 &#187;. Comme dans les ann&#233;es 70, l'Arabie saoudite et ses voisins du Golfe, dont le PIB total a presque doubl&#233; en trois ans, sont submerg&#233;s de liquidit&#233;s : &#224; hauteur de 2400 milliards de dollars dans les banques et les fonds de placement, selon une estimation r&#233;cente de The Economist. Ind&#233;pendamment de la tendance des prix, l'Agence internationale pour l'&#233;nergie pr&#233;dit que &#171; de plus en plus de p&#233;trole viendra de moins en moins de pays, au premier chef des membres moyen-orientaux de l'OPEP &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dubai, qui a peu de revenus p&#233;troliers propres, est devenu le centre financier r&#233;gional pour ce vaste amas de richesse, avec l'ambition &#224; terme de concurrencer Wall Street et la City de Londres. Durant le premier choc p&#233;trolier des ann&#233;es 70, une bonne part du surplus de l'OPEP a &#233;t&#233; recycl&#233;e en achats militaires aux USA et en Europe, ou parqu&#233;e dans des banques &#233;trang&#232;res pour &#234;tre transform&#233;e en pr&#234;ts &#171; subprimes &#187;, qui ont d&#233;vast&#233; ensuite l'Am&#233;rique latine. A la suite du 11 septembre, les Etats du Golfe sont devenus bien plus prudents sur le fait de confier leurs avoirs &#224; des pays comme les USA, dirig&#233;s par des fanatiques religieux. Cette fois-ci, ils utilisent des &#171; fonds souverains &#187; dans le but d'arriver &#224; un contr&#244;le plus actif d'institutions financi&#232;res &#233;trang&#232;res, tout en investissant des parts importantes de leurs fabuleux revenus p&#233;troliers afin de transformer les sables d'Arabie en villes hyperboliques, en paradis commerciaux et en &#238;les priv&#233;es pour rock stars britanniques et gangsters russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ans, alors que les prix du p&#233;trole &#233;taient &#224; moins de la moiti&#233; de leurs niveaux actuels, le Financial Times estimait que les nouvelles constructions pr&#233;vues en Arabie saoudite et dans les &#233;mirats d&#233;passaient d&#233;j&#224; une valeur de 1000 milliards de dollars. Aujourd'hui, ce chiffre doit &#234;tre plus pr&#232;s de 1500 milliards de dollars, bien plus que la valeur totale annuelle du commerce mondial de produits agricoles. La plupart des cit&#233;s-Etats du Golfe se b&#226;tissent d'hallucinants centres urbains, et parmi eux Duba&#239; est la superstar incontest&#233;e. En moins de dix ans, y ont &#233;t&#233; &#233;rig&#233;s plus de 500 gratte-ciels et ils louent aujourd'hui plus d'un quart des grues de haute altitude du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce turbo-boom du Golfe, dont l'architecte vedette Rem Koolhaas pr&#233;tend qu'il est en train de &#171; reconfigurer le monde &#187;, a conduit les promoteurs de Duba&#239; a proclamer l'av&#232;nement d'un &#171; style de vie supr&#234;me &#187; repr&#233;sent&#233; par des h&#244;tels &#224; sept &#233;toiles, des &#238;les priv&#233;es et des yachts de classe J. Ainsi, il n'est pas surprenant que les Emirats Arabes Unis et leurs voisins aient la plus forte empreinte &#233;cologique par t&#234;te de la plan&#232;te. Pendant ce temps, les propri&#233;taires l&#233;gitimes de la richesse p&#233;troli&#232;re arabe, les masses entass&#233;es dans les bidonvilles de Bagdad, du Caire, d'Amman et de Khartoum, n'en profitent d'aucune mani&#232;re au-del&#224; de quelques emplois p&#233;troliers et d'&#233;coles coraniques subventionn&#233;es par les Saoudiens. Pendant que les h&#244;tes des chambres &#224; 5000 dollars la nuit du Burj Al-Arab, le c&#233;l&#232;bre h&#244;tel de Duba&#239; en forme de voilure, en profitent, les ouvriers/res du Caire participent &#224; des &#233;meutes contre le prix inabordable du pain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les march&#233;s peuvent-ils affranchir les pauvres ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les optimistes en mati&#232;re d'&#233;missions, souriront de ces images sombres et &#233;voqueront le miracle &#224; venir du commerce des droits d'&#233;mission de carbone. Ce qu'ils n&#233;gligent, c'est la possibilit&#233; qu'un tel march&#233; &#233;merge en effet, comme pr&#233;vu, mais qu'il ne produise que des am&#233;liorations minimes dans le bilan global d'&#233;missions, tant qu'il n'y aura pas de m&#233;canisme r&#233;el pour imposer une v&#233;ritable r&#233;duction nette de l'usage des combustibles fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les discussions courantes &#224; propos du commerce de droits d'&#233;mission, on est souvent victimes d'illusions. Par exemple, la riche enclave p&#233;troli&#232;re d'Abu Dhabi (qui est comme Duba&#239; l'un des partenaires des Emirats Arabes Unis) se vante d'avoir plant&#233; plus de 130 millions d'arbres, chacun desquels fait son office en absorbant du CO2 de l'atmosph&#232;re. Mais cette for&#234;t artificielle dans le d&#233;sert consomme aussi, pour son irrigation, d'&#233;normes quantit&#233;s d'eau, produites ou recycl&#233;es gr&#226;ce &#224; de co&#251;teuses usines de dessalement d'eau de mer. Ces arbres permettent donc peut &#234;tre au Sheik Ahmed ben Zayed de se parer d'une aur&#233;ole lors de conf&#233;rences internationales, mais la r&#233;alit&#233; crue, c'est qu'ils sont une simple parure cosm&#233;tique, &#224; haute consommation d'&#233;nergie, comme beaucoup de choses issues du pr&#233;tendu &#171; capitalisme vert &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, pendant que nous y sommes, posons-nous la question : et si l'achat et la vente de droits &#224; polluer et de cr&#233;dits de carbone ne r&#233;duisait pas le thermostat ? Qu'est-ce qui motiverait alors les gouvernements et les industries globalis&#233;es &#224; engager une croisade pour r&#233;duire les &#233;missions par des r&#232;glements et des taxes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diplomatie climatique type Kyoto pr&#233;suppose que tous les acteurs principaux, une fois accept&#233;e la science des rapports du GIEC, se d&#233;couvriront un int&#233;r&#234;t commun &#224; contr&#244;ler le d&#233;rapage de l'effet de serre. Mais le r&#233;chauffement global ce n'est pas la Guerre des mondes, o&#249; les envahisseurs martiens visent l'annihilation de toute l'humanit&#233; sans distinction. Le changement climatique produira au contraire, pour commencer, des effets dramatiquement in&#233;gaux sur diff&#233;rentes r&#233;gions et classes sociales. Il renforcera plut&#244;t qu'il ne diminuera les in&#233;galit&#233;s et les conflits g&#233;opolitiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rapport du PNUD l'a soulign&#233; l'an dernier, le r&#233;chauffement global est avant tout une menace pour les pauvres et les g&#233;n&#233;rations futures, &#171; deux secteurs sans gu&#232;re de poids politiques &#187;. Une action globale coordonn&#233;e en leur faveur pr&#233;suppose soit un acc&#232;s r&#233;volutionnaire au pouvoir de leur part (un sc&#233;nario que ne prend pas en compte le GIEC), soit une transmutation de la d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts particuliers, par les pays et les classes les plus riches, en une &#171; solidarit&#233; &#187; &#233;clair&#233;e, sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire. Dans la perspective d'acteurs rationnels, cette derni&#232;re issue ne peut sembler r&#233;aliste que si l'on peut montrer que les groupes privil&#233;gi&#233;s n'auraient aucune autre &#171; porte de sortie &#187; pr&#233;f&#233;rable, qu'une opinion publique internationaliste pourrait conduire la politique dans les pays cl&#233;s et que l'att&#233;nuation des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre pourrait &#234;tre atteinte sans sacrifices majeurs pour le niveau de vie de la strate sup&#233;rieure des pays du Nord. Toutes hypoth&#232;ses hautement improbables&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si les turbulences croissantes, environnementales et sociales, au lieu de galvaniser une innovation et une coop&#233;ration internationale h&#233;ro&#239;ques, conduisaient simplement les &#233;lites &#224; des tentatives encore plus fr&#233;n&#233;tiques de se d&#233;tacher du reste de l'humanit&#233; ? L'att&#233;nuation globale de l'effet de serre, dans ce sc&#233;nario inexplor&#233;, serait tacitement abandonn&#233;e (comme elle l'a pour part d&#233;j&#224; &#233;t&#233;) au profit d'investissements acc&#233;l&#233;r&#233;s en vue d'une adaptation s&#233;lective au profit des passagers de premi&#232;re classe de notre plan&#232;te. Nous parlons ici de la possibilit&#233; de cr&#233;er derri&#232;re des murs, des oasis vertes, petits &#238;lots de bien-&#234;tre privatis&#233;s sur une plan&#232;te par ailleurs sinistr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r qu'il y aurait alors toujours des trait&#233;s, des cr&#233;dits d'&#233;mission, des secours urgents contre les famines, tout un cirque humanitaire, avec peut &#234;tre la conversion int&#233;grale de quelques villes ou petits Etats europ&#233;ens aux &#233;nergies alternatives. Mais le passage &#224; des modes de vies &#224; faible ou &#224; z&#233;ro &#233;missions aurait un co&#251;t gu&#232;re imaginable. (En Grande-Bretagne aujourd'hui, il en co&#251;te 200 000 dollars de plus pour construire un seul eco-foyer de &#171; niveau 6 &#187; &#224; z&#233;ro &#233;missions de carbone, par rapport &#224; une maison standard dans la m&#234;me r&#233;gion). Et ceci deviendra certainement plus inimaginable encore, aux environs de 2030 peut-&#234;tre, lorsque les impacts convergents du changement climatique, du pic p&#233;trolier, du pic de l'eau et d'un milliard et demi de plus d'habitant-e-s sur la plan&#232;te, commenceront &#224; &#233;trangler s&#233;rieusement la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La dette &#233;cologique du Nord&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vraie question est de savoir si les pays riches mobiliseront un jour la volont&#233; politique et les ressources &#233;conomiques n&#233;cessaires pour atteindre les objectifs de le GIEC, ou pour aider les pays plus pauvres &#224; s'adapter au quota de r&#233;chauffement in&#233;vitable d&#233;j&#224; engag&#233;, et qui nous vient par le biais de la lente circulation des oc&#233;ans du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre plus percutant : les &#233;lectorats des pays riches renonceront-ils &#224; leurs pr&#233;jug&#233;s et aux &#171; murs &#187; aux fronti&#232;res de leurs Etats pour admettre les r&#233;fugi&#233;-e-s des &#233;picentres pr&#233;dits de la s&#233;cheresse et de la d&#233;sertification comme le Maghreb, le Mexique, l'Ethiopie ou le Pakistan ? Est-ce que les Etats-uniens, les plus avares en montant d'aide internationale par t&#234;te, seront d'accord de se taxer pour aider &#224; la r&#233;installation des millions de gens qui seront probablement chass&#233;s par l'inondation de m&#233;gas-deltas dens&#233;ment peupl&#233;s, comme le Bangladesh ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les optimistes du march&#233; &#233;voqueront ici encore une fois les programmes de compensation d'&#233;missions de carbone, comme le Clean Development Mechanism, dont-ils attendent qu'il conduira &#224; un flux de capital vert en direction du Tiers-Monde. Cependant, la plus grande partie du dit Tiers-Monde pr&#233;f&#233;rerait que le Premier-Monde reconnaisse le d&#233;sastre environnemental qu'il a cr&#233;&#233; et assume la responsabilit&#233; de son nettoyage. Il proteste &#224; juste titre contre le fait que la charge la plus lourde de l'ajustement, &#224; l'&#233;poque de l'anthropoc&#232;ne, incombe &#224; ceux qui ont le moins contribu&#233; aux &#233;missions de carbone et qui ont le moins profit&#233; de 200 ans d'industrialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;tude d&#233;grisante r&#233;cemment publi&#233;e dans les Annales de l'Acad&#233;mie nationale des sciences (USA), une &#233;quipe de chercheurs/ses a tent&#233; de calculer le co&#251;t environnemental de la globalisation &#233;conomique depuis 1961, tel qu'exprim&#233; en termes de d&#233;forestation, de changement climatique, de surp&#234;che, de destruction de la couche d'ozone, de conversion de mangroves et d'expansion agricole. Apr&#232;s avoir pris en compte des ajustements pour refl&#233;ter les charges de co&#251;ts relatives, ils sont arriv&#233;s &#224; la conclusion que les pays riches avaient engendr&#233; 42% des d&#233;gradations environnementales de par le monde du fait de leurs activit&#233;s, en n'en assumant que 3% des co&#251;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les radicaux du Sud mettront en avant aussi, et &#224; juste titre, une autre dette. Depuis 30 ans, les villes des pays en d&#233;veloppement ont pouss&#233; &#224; toute vitesse, sans investissements &#233;quivalents dans les services d'infrastructure, dans le logement ou la sant&#233; publique. En grande part, c'est le r&#233;sultat de dettes &#233;trang&#232;res contract&#233;es par des dictateurs, de payements forc&#233;s dict&#233;s par le FMI et de secteurs publics an&#233;antis par les programmes d'&#171; ajustement structurels &#187; de la Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ficit global d'opportunit&#233;s et de justice sociale est refl&#233;t&#233; par le fait que plus d'un milliard de personnes, selon les chiffres de l'ONU concernant l'habitat, vivent aujourd'hui dans des taudis et qu'on s'attend &#224; un doublement de leur nombre d'ici 2030. Un nombre &#233;quivalent, ou plus encore, recherchent leur subsistance dans le secteur dit informel (un euph&#233;misme du Premier-Monde pour le ch&#244;mage de masse). Pendant ce temps, la simple inertie d&#233;mographique fera cro&#238;tre la population urbaine mondiale de 3 milliards d'individus au cours des 40 prochaines ann&#233;es (pour le 90% dans des villes pauvres) et absolument personne n'a la moindre id&#233;e de comment une plan&#232;te de bidonvilles et de taudis, en crise &#233;nerg&#233;tique et alimentaire croissante, s'accommodera de leur simple survie biologique, encore moins de leurs aspirations in&#233;vitables &#224; la dignit&#233; et au bonheur &#233;l&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout cela semble ind&#251;ment apocalyptique, consid&#233;rez que la plupart des mod&#232;les climatologiques anticipent des impacts qui renforceront &#233;trangement la pr&#233;sente g&#233;ographie des in&#233;galit&#233;s. L'un des pionniers de l'analyse de l'&#233;conomie du r&#233;chauffement climatique, William R. Cline, a r&#233;cemment publi&#233; une &#233;tude, pays par pays, des effets probables du changement climatique sur l'agriculture des derni&#232;res d&#233;cennies de ce si&#232;cle. M&#234;me dans les simulations les plus optimistes, les syst&#232;mes agricoles du Pakistan (avec une baisse de 20% annonc&#233;e de sa production) et du Nord-Ouest de l'Inde (avec une baisse de 30%) seront probablement d&#233;vast&#233;s, ainsi que ceux d'une bonne partie du Moyen-Orient, du Maghreb, de la ceinture du Sahel, du Sud de l'Afrique, des Cara&#239;bes et du Mexique. Vingt-neuf pays en voie de d&#233;veloppement perdront 20% ou plus de leur production agricole actuelle du fait du r&#233;chauffement climatique, alors que les agricultures des pays d&#233;j&#224; riches du Nord conna&#238;tront probablement en moyenne une expansion de 8%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lumi&#232;re de telles &#233;tudes, la concurrence implacable actuelle entre les march&#233;s de l'&#233;nergie et des aliments, amplifi&#233;e par la sp&#233;culation internationale sur les mati&#232;res premi&#232;res et la terre agricole, n'est qu'une modeste pr&#233;figuration du chaos qui pourrait bient&#244;t &#234;tre exponentiellement engendr&#233; par la convergence de l'&#233;puisement des ressources, des in&#233;galit&#233;s sans rem&#232;de et du changement climatique. Le vrai danger c'est que la solidarit&#233; humaine elle-m&#234;me, comme le plateau de glaces de l'Ouest de l'Antarctique, ne se fracture soudain et ne s'&#233;miette en mille morceaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mike Davis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : revue www.solidarit&#233;s.ch (traducteur du texte, Pierre Vanek)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mike Davis - Le capitalisme et la grippe porcine</title>
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&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, les groupes de touristes partis &#224; Cancun pour les vacances de printemps ont ramen&#233; dans leurs bagages des souvenirs aussi invisibles qu'inqui&#233;tants. &lt;br class='autobr' /&gt; _________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
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La grippe porcine mexicaine, une chim&#232;re g&#233;n&#233;tique probablement n&#233;e dans la fange f&#233;cale d'une porcherie industrielle, menace aujourd'hui le monde d'une fi&#232;vre globale. Les premi&#232;res contagions en Am&#233;rique du nord r&#233;v&#232;lent des taux d'infection &#233;voluant &#224; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, les groupes de touristes partis &#224; Cancun pour les vacances de printemps ont ramen&#233; dans leurs bagages des souvenirs aussi invisibles qu'inqui&#233;tants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur Contretemps (&lt;a href=&#034;http://contretemps.eu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://contretemps.eu&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La grippe porcine mexicaine, une chim&#232;re g&#233;n&#233;tique probablement n&#233;e dans la fange f&#233;cale d'une porcherie industrielle, menace aujourd'hui le monde d'une fi&#232;vre globale. Les premi&#232;res contagions en Am&#233;rique du nord r&#233;v&#232;lent des taux d'infection &#233;voluant &#224; une vitesse d'ores et d&#233;j&#224; sup&#233;rieure &#224; celle de la derni&#232;re souche pand&#233;mique officiellement r&#233;pertori&#233;e, la grippe de Hong Kong en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Volant la vedette &#224; notre ancien ennemi num&#233;ro 1 &#8211; le virus H5N1 ou grippe aviaire, aux mutations autrement plus rapides &#8211; ce virus porcin constitue une menace d'une magnitude inconnue. S'il semble beaucoup moins meurtrier que ne le fut le SRAS en 2003, en sa qualit&#233; de grippe, il s'annonce beaucoup plus durable et beaucoup moins enclin &#224; retourner sagement dans son antre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; que le virus saisonnier de la grippe tue, sous sa forme classique, pr&#233;s d'1 million de personnes chaque ann&#233;e, il est clair qu'une aggravation de la virulence, m&#234;me modeste, et surtout si associ&#233;e &#224; une forte incidence, pourrait entra&#238;ner un carnage &#233;quivalent &#224; celui d'une guerre majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des premi&#232;res victimes du virus fut cependant la croyance, longtemps pr&#234;ch&#233;e par les cardinaux de l'OMS, que les pand&#233;mies pouvaient &#234;tre facilement endigu&#233;es gr&#226;ce &#224; une r&#233;ponse rapide des bureaucraties m&#233;dicales, et ceci ind&#233;pendamment de la qualit&#233; des syst&#232;mes de sant&#233; locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les premiers d&#233;c&#232;s constat&#233;s &#224; Hong Kong en 1997, l'OMS a promu main dans la main avec la plupart des autorit&#233;s m&#233;dicales nationales une strat&#233;gie fond&#233;e sur l'identification et l'isolement des pouss&#233;es pand&#233;mique dans leurs p&#233;rim&#232;tres d'&#233;mergence, assortie d'un d&#233;versement sur la population de m&#233;dicaments anti-viraux et de vaccins (si disponibles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est cependant trouv&#233; toute une arm&#233;e de sceptiques pour contester, &#224; juste titre, cette approche de type contre-insurrectionnel en mati&#232;re virologique, en faisant notamment valoir que les microbes peuvent &#224; pr&#233;sent voyager &#224; travers le monde (tr&#232;s litt&#233;ralement dans le cas de la grippe aviaire) beaucoup plus rapidement que l'OMS ou les autorit&#233;s locales ne sont capables r&#233;agir face &#224; une premi&#232;re &#233;ruption de la maladie. Les critiques ont aussi point&#233; l'insuffisance d'une surveillance de premier niveau, souvent inexistante, des interfaces entre maladies animales et maladies humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la mythologie d'une intervention hardie, pr&#233;emptive (et peu co&#251;teuse) contre la grippe aviaire reste tr&#232;s pris&#233;e par les pays riches qui pr&#233;f&#232;rent, comme les USA et la Grande-Bretagne, investir dans leurs propres lignes Maginot biologiques plut&#244;t qu'accro&#238;tre massivement l'aide anti&#233;pid&#233;mique dans les pays du sud. Il faut citer &#233;galement les mastodontes de l'industrie pharmaceutique qui ont syst&#233;matiquement combattu les initiatives du Tiers-monde visant &#224; produire, de fa&#231;on publique et g&#233;n&#233;rique, des antiviraux aussi cruciaux que le Tamiflu des laboratoires Roche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant, la grippe porcine pourrait faire bient&#244;t la preuve que la &#171; pr&#233;paration &#224; la pand&#233;mie &#187; de l'OMS et des Centres de Pr&#233;vention et de Contr&#244;le des Maladies (CDC) rel&#232;ve &#8211; en l'absence de tout nouvel investissement massif dans les syst&#232;mes de surveillance, les infrastructures scientifiques, la r&#233;glementation sanitaire, le syst&#232;me de sant&#233;, et l'acc&#232;s global aux m&#233;dicaments vitaux &#8211; d'une gestion pyramidale des risques du m&#234;me genre que celle des produits financiers d&#233;riv&#233;s d'AIG ou des fameuses &#171; s&#233;curit&#233;s &#187; de Bernard Madoff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas tant que le syst&#232;me d'alerte pand&#233;mique a &#233;chou&#233;, mais plut&#244;t qu'il est inexistant &#8211; y compris en Am&#233;rique du Nord et en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sera peut-&#234;tre pas surpris qu'il ait manqu&#233; au Mexique &#224; la fois la capacit&#233; et la volont&#233; politique de surveiller les maladies du b&#233;tail et leurs impacts sur la sant&#233; publique, mais le fait est que la situation est &#224; peine meilleure au nord de la fronti&#232;re, o&#249; la surveillance se perd dans le patchwork juridictionnel de multiples Etats et o&#249; les &#233;leveurs industriels traitent les r&#233;glementations sanitaires avec le m&#234;me m&#233;pris que leurs travailleurs et leurs animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, une d&#233;cennie de cris d'alarmes pouss&#233;s par les scientifiques a &#233;chou&#233; &#224; op&#233;rer le transfert des techniques virologiques de pointe aux pays qui &#233;taient pourtant les plus susceptibles d'&#234;tre touch&#233;s par de nouvelles pand&#233;mies. Alors que le Mexique compte des experts mondiaux en pathologie, le pays a du envoyer ses &#233;chantillons &#224; un laboratoire situ&#233; &#224; Winnipeg au Canada (&#224; peine 3% de la population de la ville de Mexico) afin d'identifier le g&#233;nome de la souche virale. Cons&#233;quence : pr&#232;s d'une semaine de perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en termes de vitesse de r&#233;action, personne ne fut moins alerte que les fameuses autorit&#233;s de contr&#244;le sanitaire d'Atlanta. Selon le Washington Post, le CDC n'a entendu parler de l'&#233;pid&#233;mie que six jours apr&#232;s que le gouvernement mexicain ait pris les premi&#232;res mesures d'urgence. Le journal ajoutait : &#171; quinze jours apr&#232;s que l'identification de l'&#233;pid&#233;mie, les autorit&#233;s sanitaires am&#233;ricaines ignorent toujours tr&#232;s largement ce qui se passe au Mexique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Dans cette affaire, il n'y a aucune excuse. Le ph&#233;nom&#232;ne n'a en effet rien avec le quelconque battement d'ailes impr&#233;visible d'un &#171; cygne noir &#187;. Le paradoxe fondamental avec cette panique de la grippe porcine est en effet que, bien que totalement inattendue, elle a &#233;t&#233; depuis longtemps parfaitement pr&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a six ans, la revue Science publiait un long article [1] de l'excellente Bernice Wuethrich montrant qu' &#171; apr&#232;s des ann&#233;es de stabilit&#233;, le virus nord-am&#233;ricain de la grippe porcine &#233;tait brusquement entr&#233; dans un cycle d'&#233;volution rapide &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis sa premi&#232;re identification au d&#233;but de la Grande D&#233;pression, la grippe porcine H1N1 n'avait que peu d&#233;riv&#233; de son g&#233;nome d'origine. Mais, &#224; partir de 1998, rien ne va plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e l&#224;, une souche hautement pathog&#232;ne se met &#224; d&#233;cimer des truies dans une ferme porcine industrielle en Caroline du Nord. De nouvelles mutations, plus virulentes encore commenc&#232;rent &#224; appara&#238;tre presque chaque ann&#233;e, dont une &#233;trange variante du H1N1 contenant des g&#232;nes du H3N2 - c'est-&#224;-dire l'autre grippe de type A, &#224; transmission humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chercheurs interview&#233;s par Wuethrich s'inqui&#233;taient de ce que l'un de ces hybrides puisse se transformer en grippe humaine (on estime que les pand&#233;mies de 1957 et de 1968 furent caus&#233;es par la combinaison de virus aviaires et humains dans des organismes de porcs), et exigeaient la mise en place urgente d'un syst&#232;me de surveillance de la grippe porcine. Cet avertissement demeura bien entendu lettre morte dans un Washington bien d&#233;cid&#233; &#224; d&#233;verser des milliards sur des fantasmes de bioterrorisme, quitte &#224; n&#233;gliger des dangers autrement plus &#233;vidents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle fut la cause de cette acc&#233;l&#233;ration de l'&#233;volution de la grippe porcine ? La raison en fut probablement la m&#234;me que pour la reproduction de la grippe aviaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les virologues pensent depuis longtemps que le syst&#232;me d'agriculture intensive du sud de la Chine &#8211; un &#233;cosyst&#232;me extr&#234;mement productif, combinant riz, porcs, oiseaux domestiques et sauvages &#8211; est le principal instrument des mutations de la grippe, offrant &#224; la fois des pics saisonniers et des mutations g&#233;nomiques &#233;pisodiques[1] [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'industrialisation capitaliste de l'&#233;levage du b&#233;tail a d&#233;sormais bris&#233; le monopole naturel de la Chine sur l'&#233;volution de la grippe. Comme de nombreux commentateurs l'ont montr&#233;, l'&#233;levage s'est transform&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies en quelque chose qui a davantage &#224; voir avec l'industrie p&#233;trochimique qu'avec les joies de la ferme d&#233;crites dans les manuels scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1965 par exemple, il y avait aux Etats-Unis 53 millions de porcs, r&#233;partis dans plus d'1 million de fermes. Aujourd'hui, 65 millions de porcs sont concentr&#233;s dans 65 000 exploitations, dont la moiti&#233; dans des exploitations g&#233;antes comptant plus de 5000 animaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a assist&#233; &#224; unchangement de nature des exploitations, qui a transform&#233; les anciens enclos de l'&#233;levage traditionnel en de vastes enfers satur&#233;s d'excr&#233;ments, concentrant des dizaines, voire des centaines de milliers d'animaux aux syst&#232;mes immunitaires affaiblis, r&#233;duits &#224; suffoquer dans la chaleur et le lisier tout en &#233;changeant &#224; grande vitesse leurs agents pathog&#232;nes avec leurs compagnons d'infortune et leur path&#233;tique prog&#233;niture.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Quiconque est d&#233;j&#224; pass&#233; en voiture par Tar Heel en Caroline du Nord ou par Milford dans l'Utah &#8211; o&#249; les filiales de la compagnie Smithfield Foods produisent chaque ann&#233;e plus d'un million de porcs et des centaines de lagons d&#233;bordant de merde toxique &#8211; peut saisir intuitivement &#224; quel point l'agrobusiness fait d&#233;sormais profond&#233;ment ing&#233;rence dans les lois de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e derni&#232;re, une tr&#232;s respectable commission du Pew Research Center a rendu un rapport sur &#171; la production animale dans les fermes industrielles &#187;, qui soulignait le danger aigu que &#171; le cycle continu de transmission des virus (&#8230;) dans des cheptels ou des troupeaux de grande taille n'augmente les opportunit&#233;s de cr&#233;ation de nouveaux virus par mutation ou recombinaison, r&#233;sultant en une transmission d'homme &#224; homme plus efficace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La commission mettait &#233;galement en garde sur le fait que l'usage inconsid&#233;r&#233; des antibiotiques dans les fabriques porcines (une alternative bon march&#233; aux syst&#232;mes de tout &#224; l'&#233;gout ou &#224; des environnements de production plus humains) &#233;tait en train d'accro&#238;tre les infections de staphylocoques r&#233;sistants en m&#234;me temps que l'&#233;pandage des eaux us&#233;es entra&#238;nait des concentrations cauchemardesques de bact&#233;ries E. Coli et d'algues Pfiesteria[2] [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute tentative pour am&#233;liorer ce nouvel &#233;cosyst&#232;me pathog&#232;ne aura cependant &#224; se confronter au gigantesque pouvoir des conglom&#233;rats de l'&#233;levage - tels que Smithfield Foods (porc et b&#339;uf) ou Tyson (poulets). Les membres de la commission pr&#233;sid&#233;e par l'ancien gouverneur du Kansas John Carlin ont rapport&#233; des tentatives d'obstruction syst&#233;matique de leurs investigations de la part de ces firmes &#8211; dont des menaces ouvertes de retrait des financements aux chercheurs qui accepteraient de coop&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut ajouter qu'il s'agit l&#224; d'une industrie hautement mondialis&#233;e, qui jouit en cons&#233;quence un poids politique important &#224; l'&#233;chelle mondiale. De m&#234;me que Charoen Pokphand, le g&#233;ant du poulet bas&#233; &#224; Hong Kong, a r&#233;ussi &#224; faire arr&#234;ter l'enqu&#234;te sur son r&#244;le dans la propagation de la grippe aviaire en Asie du sud est, il est probable que les recherches &#233;pid&#233;miologiques sur l'&#233;ruption de la grippe porcine se heurteront au mur financier de l'industrie porcine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut cependant pas dire que l'on ne retrouvera jamais l'arme du crime : la presse mexicaine [4]bruisse d&#233;j&#224; d'une rumeur d'&#233;picentre de grippe aux portes d'un sous-traitant de Smithfield dans l'Etat de Vera-Cruz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui compte davantage (et tout sp&#233;cialement compte-tenu de la menace persistante du H5N1), c'est la configuration d'ensemble : la strat&#233;gie pand&#233;mique d&#233;ficiente de l'OMS, le d&#233;clin aggrav&#233; du syst&#232;me global de sant&#233; publique, la mainmise des g&#233;ants de l'industrie pharmaceutique sur les m&#233;dicaments vitaux et la catastrophe plan&#233;taire de l'&#233;levage industrialis&#233;, v&#233;ritable d&#233;lire &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mike Davis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(traduit par Gr&#233;goire Chamayou)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[1] [5] De fa&#231;on plus rare, le virus peut passer directement des oiseaux aux porcs ou aux humains, comme le H5N1 en 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] [6] Un protozoaire apocalyptique qui a tu&#233; plus d'un milliard de poissons dans les estuaires de Caroline du Nord et rendu malade des dizaines de p&#233;cheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interventions&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;URL source : &lt;a href=&#034;http://contretemps.eu/interventions/mike-davis-capitalisme-grippe-porcine&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://contretemps.eu/interventions/mike-davis-capitalisme-grippe-porcine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Obama et les c&#339;urs bris&#233;s : le lib&#233;ralisme de gauche peut-il rena&#238;tre aux USA ?</title>
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		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>

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&lt;p&gt;Cette semaine, quarante ans se seront &#233;coul&#233;s depuis que le Parti d&#233;mocrate &#8211; parti du &#171; syst&#232;me Jim Crow &#187; [1] et de la guerre froide, mais aussi du &#171; New Deal &#187; [2] &#8211; a connu une chute orageuse et d&#233;primante, suite &#224; l'impopularit&#233; de la guerre du Vietnam et &#224; la r&#233;action blanche contre l'&#233;galit&#233; raciale. &lt;br class='autobr' /&gt; L'&#171; apparition d'une majorit&#233; r&#233;publicaine &#187; &#8211; formule fameuse de l'astucieux conseiller de Nixon, Kevin Phillips &#8211; s'est en r&#233;alit&#233; toujours traduite par des r&#233;sultats tr&#232;s serr&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L113xH150/arton1947-f428f.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette semaine, quarante ans se seront &#233;coul&#233;s depuis que le Parti d&#233;mocrate &#8211; parti du &#171; syst&#232;me Jim Crow &#187; [1] et de la guerre froide, mais aussi du &#171; New Deal &#187; [2] &#8211; a connu une chute orageuse et d&#233;primante, suite &#224; l'impopularit&#233; de la guerre du Vietnam et &#224; la r&#233;action blanche contre l'&#233;galit&#233; raciale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#171; apparition d'une majorit&#233; r&#233;publicaine &#187; &#8211; formule fameuse de l'astucieux conseiller de Nixon, Kevin Phillips &#8211; s'est en r&#233;alit&#233; toujours traduite par des r&#233;sultats tr&#232;s serr&#233;s lors des &#233;lections nationales. Mais une ferveur id&#233;ologique et religieuse forte, de m&#234;me que les subsides prodigu&#233;s par un patronat &#224; l'offensive contre les programmes sociaux et syndicaux issus du &#171; New Deal &#187;, ont contribu&#233; &#224; galvaniser ce processus. Les r&#233;publicains &#8211; parti d'ordinaire minoritaire au Congr&#232;s &#8211; sont ainsi parvenus &#224; dominer l'agenda politique (nouvelle guerre froide, &#171; r&#233;volte contre les imp&#244;ts &#187;, guerre contre les drogues, etc.), et se sont montr&#233;s capables d'orienter la restructuration des t&#226;ches gouvernementales (abolition de l'aide f&#233;d&#233;rale directe aux villes, usage d&#233;lib&#233;r&#233; de la dette pour emp&#234;cher les d&#233;penses sociales, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse des d&#233;mocrates &#224; la &#171; r&#233;volution Reagan &#187; de 1981 ne se traduit pas par une r&#233;sistance de principe, mais par une l&#226;che adaptation. Les &#171; nouveaux d&#233;mocrates &#187;, dirig&#233;s par Bill Clinton (dont le mod&#232;le &#233;tait Richard Nixon), ne se contentent pas d'institutionnaliser les politiques &#233;conomiques de Nixon et de Reagan, mais d&#233;passent parfois les r&#233;publicains dans leur z&#232;le &#224; mettre en pratique la doctrine n&#233;olib&#233;rale. Par exemple, les croisades de Clinton en faveur de la &#171; r&#233;forme &#187; des politiques sociales (consistant en r&#233;alit&#233; &#224; cr&#233;er davantage de pauvret&#233;), de la r&#233;duction des d&#233;ficits budg&#233;taires et de la signature d'un accord comme le NAFTA (sigle anglais pour le Trait&#233; de libre-&#233;change de l'Am&#233;rique du Nord : USA, Mexique et Canada), sans protection du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le noyau de la classe ouvri&#232;re du &#171; New Deal &#187; ait continu&#233; &#224; accorder 60 % de ses suffrages au Parti d&#233;mocrate, la politique de ce dernier s'orientait en tous points &#8211; conform&#233;ment &#224; l'obsession des Clinton &#8211; en faveur de la d&#233;fense des &#233;lites de la &#171; nouvelle &#233;conomie &#187;, des roitelets de l'industrie des loisirs, de la prosp&#233;rit&#233; des quartiers r&#233;sidentiels, des &#171; yuppies &#187; et &#233;videmment du monde entier fa&#231;on Goldman Sachs. Les d&#233;sertions cruciales du vote d&#233;mocrate en faveur de Georges Walker Bush, lors des scrutins de 2000 et 2004, r&#233;sultent ainsi bien plus de l'enthousiasme d'Al Gore et de John Kerry [3] pour une globalisation qui a ravag&#233; de nombreuses fabriques et zones industrielles, que de la manipulation r&#233;publicaine des &#171; valeurs familiales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, les &#233;lections de cette semaine laissent augurer &#224; la fois un r&#233;alignement et une continuit&#233;. Les r&#233;publicains vont d&#233;sormais &#233;prouver ce qu'a signifi&#233; 1968 pour les d&#233;mocrates. Des victoires bleues [la couleur des d&#233;mocrates] dans d'anciens bastions rouges [la couleur des r&#233;publicains] marquent des incursions &#233;tonnantes au c&#339;ur du territoire ennemi. On peut les comparer aux succ&#232;s obtenus, il y a plus d'une g&#233;n&#233;ration, par George Wallace [4] et Richard Nixon dans le nord ethniquement blanc, sur les terres du syndicat CIO [Congress for Industrial Organization]. Parall&#232;lement, le mariage sulfureux, en catastrophe, de Sarah Palin et de John McCain annonce le divorce imminent entre les fid&#232;les de la m&#233;ga-&#233;glise et les p&#234;cheurs des country club. La coalition de Bush, qu'il doit au g&#233;nie du truand Karl Rove [5], se trouve en pleine d&#233;composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus important encore, des dizaines de millions d'&#233;lecteurs-trices ont renvers&#233; le verdict de 1968, optant cette fois-ci pour la solidarit&#233; &#233;conomique plut&#244;t que pour la discrimination raciale. En r&#233;alit&#233;, ces &#233;lections ont &#233;t&#233; un pl&#233;biscite virtuel sur le futur de la conscience de classe aux USA ; et le sens du vote &#8211; sp&#233;cialement gr&#226;ce aux femmes travailleuses &#8211; est une extraordinaire revanche des esp&#233;rances progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut en dire autant du candidat d&#233;mocrate, sur lequel nous ne devrions nous faire aucune illusion. M&#234;me lorsque la crise &#233;conomique et la dynamique particuli&#232;re de sa campagne dans les Etats industriels ont finalement oblig&#233; Obama &#224; aborder la question des postes de travail, son &#171; socialisme &#187; a &#233;t&#233; trop suave pour percevoir l'&#233;norme indignation publique suscit&#233;e par le criminel sauvetage des banques, ou m&#234;me pour critiquer les grands trusts p&#233;troliers (comme l'a fait un McCain, par moment populiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes politiques : quelle serait la diff&#233;rence, si Hillary Clinton avait gagn&#233; cette &#233;lection ? Peut-&#234;tre un plan d'assistance &#224; la sant&#233; publique un peu meilleur, mais pratiquement le m&#234;me r&#233;sultat. En r&#233;alit&#233;, on peut affirmer qu'Obama est davantage prisonnier de l'h&#233;ritage de Clinton que les Clinton eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour donner le ton aux premiers 100 jours de pr&#233;sidence d'Obama, on trouve d&#233;j&#224; une &#233;quipe d'hommes d'Etat de Wall Street, d'imp&#233;rialistes &#171; humanitaires &#187;, d'op&#233;rateurs politiques de sang froid et de r&#233;publicains &#171; r&#233;alistes &#187; recycl&#233;s qui donneront un petit souffle d'enthousiasme aux petits c&#339;urs du Conseil des relations ext&#233;rieurs et du Fonds mon&#233;taire international. Malgr&#233; les fantasmes d'&#171; esp&#233;rance &#187; et de &#171; changement &#187; suscit&#233;s par le masque attractif du nouveau pr&#233;sident, son administration sera domin&#233;e par les meilleurs zombies bien connus et pr&#233;programm&#233;s du centre-droit. Clinton, le retour...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233; &#224; la nouvelle &#171; Grande d&#233;pression &#187; induite par la globalisation, la barque de l'Etat nord-am&#233;ricain, quel qu'en soit l'&#233;quipage, se tournera vers des solutions connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis, trois choses sont extr&#234;mement probables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Il n'y a pas le moindre espoir qu'apparaisse par g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e un nouveau &#171; New Deal &#187; (ou, pour ce qui importe ici, un lib&#233;ralisme de gauche rooseveltien), sans l'engrais fourni par des luttes sociales &#224; une &#233;chelle de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Apr&#232;s l'&#233;ph&#233;m&#232;re Woodstock que d&#233;clenchera l'investiture d'Obama, des millions de c&#339;urs seront bris&#233;s par l'incapacit&#233; de la nouvelle administration &#224; g&#233;rer la banqueroute et le ch&#244;mage de masse, ainsi qu'&#224; mettre fin aux guerres du Moyen Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Il se peut que les partisans de Bush soient morts, mais la droite originelle, semeuse de haine &#8211; notamment la tendance de Lou Dobbs [6] &#8211; est assez bien plac&#233;e pour rena&#238;tre de mani&#232;re spectaculaire apr&#232;s l'&#233;chec des solutions n&#233;olib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand d&#233;fi pour les petites organisations de gauche, c'est d'&#234;tre capable d'anticiper cette d&#233;ception pr&#233;visible des masses et de comprendre que notre t&#226;che ne consiste pas &#224; trouver la fa&#231;on de &#171; tirer Obama vers la gauche &#187;, mais &#224; chercher la mani&#232;re de sauver et de r&#233;organiser des esp&#233;rances bris&#233;es. Le programme de transition pour cela ne peut &#234;tre rien d'autre que celui du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DAVIS Mike&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] &#171; Jim Crow &#187; : nom du syst&#232;me s&#233;gr&#233;gationniste radical en vigueur &#8211; principalement, mais pas seulement &#8211; dans les Etats m&#233;ridionaux et frontaliers des USA (membres de la Conf&#233;d&#233;ration des Etats esclavagistes du Sud en 1861-1865), de 1877 au milieu des ann&#233;es 1960. Cette l&#233;gislation discriminatoire a mis &#224; l'&#233;cart de la vie politique les Noirs affranchis, permettant le retour au pouvoir des anciennes &#233;lites &#171; conf&#233;d&#233;r&#233;es &#187;, alors repr&#233;sent&#233;es par le Parti d&#233;mocrate (et dans un registre beaucoup plus muscl&#233; par le groupe terroriste supr&#233;matiste blanc du Ku-Klux-Klan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#171; New Deal &#187; : nom de la politique &#233;conomique men&#233;e par le pr&#233;sident Franklin D. Roosevelt, dans les ann&#233;es 1930, en r&#233;ponse &#224; la crise suscit&#233;e par le krach de Wall Street.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Al Gore : candidat d&#233;mocrate contre George W. Bush en 2000 ; John Kerry : candidat d&#233;mocrate contre George W. Bush en 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] George Wallace : gouverneur de l'Etat sudiste d'Alabama dans les ann&#233;es 1960, lors des manifestations du mouvement des droits civiques. D&#233;fenseur de la supr&#233;matie blanche, il se pr&#233;sente comme candidat ind&#233;pendant aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la Maison Blanche et principal conseiller de George W. Bush, de 2001 &#224; 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Lou Dobbs : chroniqueur c&#233;l&#232;bre de la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision CNN, connu comme le &#171; fl&#233;au m&#233;diatique de l'immigration ill&#233;gale aux USA &#187;. Sa d&#233;magogie suave, son agressivit&#233; impertinente et sa capacit&#233; &#224; communiquer la haine et le ressentiment contre toutes les valeurs politiques et morales progressistes et humanistes, en font une figure de proue du conservatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Publi&#233; sur le site de la revue Sinpermiso, le 2 novembre 2008. Paru en fran&#231;ais dans le p&#233;riodique suisse &#171; solidarit&#233;S &#187; . Trad. de l'espagnol et notes par la r&#233;daction de solidarit&#233;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Parmi les ouvrages de Mike Davis traduits en fran&#231;ais : City of quartz : Los Angeles, capitale du futur, La D&#233;couverte, Paris, 1997 ; G&#233;nocides tropicaux : catastrophes naturelles et famines coloniales (1870-1900) : aux origines du sous-d&#233;veloppement, La D&#233;couverte, Paris, 2003 ; Plan&#232;te bidonvilles, Ab irato, Paris, 2005 ; Au-del&#224; de Blade Runner : Los Angeles et l'imagination du d&#233;sastre, Allia, Paris, 2006 ; Le pire des mondes possibles : de l'explosion urbaine au bidonville global, La D&#233;couverte, Paris, 2006 ; Petite histoire de la voiture pi&#233;g&#233;e, La D&#233;couverte &#8211; Zones, Paris, 2007 ; Le stade Duba&#239; du capitalisme, Les Prairies ordinaires, 2007 ; Paradis infernaux : les villes hallucin&#233;es du n&#233;o-capitalisme, Les Prairies ordinaires, Paris, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis en ligne le 26 novembre 2008&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sommes-nous face &#224; un New deal ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mike DAVIS </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La classe dirigeante am&#233;ricaine cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; sauver son syst&#232;me de la catastrophe. Mike Davis examine ce &#224; quoi le nouveau titulaire de la Maison-Blanche sera confront&#233; et ce que cela signifie pour les Am&#233;ricains ordinaires. &lt;br class='autobr' /&gt; _____________________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Initialement publi&#233; en anglais par TomDispatch.com, le 15 octobre 2008, et Truth Out, le 17 octobre. Publi&#233; en fran&#231;ais par A L'encontre. Traduction A l'Encontre _____________________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Amerique-du-Nord-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique du Nord&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La classe dirigeante am&#233;ricaine cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; sauver son syst&#232;me de la catastrophe. Mike Davis examine ce &#224; quoi le nouveau titulaire de la Maison-Blanche sera confront&#233; et ce que cela signifie pour les Am&#233;ricains ordinaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Initialement publi&#233; en anglais par TomDispatch.com, le 15 octobre 2008, et Truth Out, le 17 octobre. Publi&#233; en fran&#231;ais par A L'encontre. Traduction A l'Encontre&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Cet article a &#233;t&#233; &#233;crit avant le r&#233;sultat des &#233;lections. Depuis lors, Barack Obama a choisi des personnes cl&#233;s de son administration. Ses choix ont re&#231;u l'appui de la presse financi&#232;re et de Wall Street. On y trouve Timothy Geithner (patron de la FED de New York) pour le minist&#232;re des finances, Lawrence Summers qui sera &#224; la t&#234;te du tr&#232;s important &#171; National Economic Council &#187; ; Peter Orszag, un proche de Robert Rubin (le ministre des finances de Clinton et un personnage d&#233;cisif du syst&#232;me bancaire am&#233;ricain). Tout laisse penser que Barack Obama va reconduire dans ses fonctions le ministre de la D&#233;fense de G.W Bush : Robert Gates. Tout un programme. (R&#233;d)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe dirigeante am&#233;ricaine cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; sauver son syst&#232;me de la catastrophe. Mike Davis examine ce &#224; quoi le nouveau titulaire de la Maison-Blanche sera confront&#233; et ce que cela signifie pour les Am&#233;ricains ordinaires. Cet article a &#233;t&#233; &#233;crit avant le r&#233;sultat des &#233;lections. Depuis lors, Barack Obama a choisi des personnes cl&#233;s de son administration. Ses choix ont re&#231;u l'appui de la presse financi&#232;re et de Wall Street. On y trouve Timothy Geithner (patron de la FED de New York) pour le minist&#232;re des finances, Lawrence Summers qui sera &#224; la t&#234;te du tr&#232;s important &#171; National Economic Council &#187; ; Peter Orszag, un proche de Robert Rubin (le ministre des finances de Clinton et un personnage d&#233;cisif du syst&#232;me bancaire am&#233;ricain). Tout laisse penser que Barack Obama va reconduire dans ses fonctions le ministre de la D&#233;fense de G.W Bush : Robert Gates. Tout un programme. (R&#233;d)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissez-moi commencer, de fa&#231;on apparemment tr&#232;s indirecte, par le Grand Canyon et le paradoxe consistant &#224; essayer de voir au-del&#224; de ce qui nous pr&#233;c&#232;de uniquement sur le plan culturel ou historique. Le premier Europ&#233;en &#224; jeter son regard dans les profondeurs de la grande gorge est le conquistador Garc&#237;a L&#243;pez de C&#225;rdenas, en 1540. Il est horrifi&#233; parce qu'il voit et se retire donc au plus vite du South Rim [un des points de vue les mieux situ&#233;s pour voir le Grand Canyon]. Plus de trois si&#232;cles passeront avant que le Lieutenant Joseph Christmas Ives, du Corps des Ing&#233;nieurs en topographie de l'Arm&#233;e am&#233;ricaine, ne devienne le second visiteur de ces lieux. Comme Garc&#237;a L&#243;pez, il &#233;voque un &#171; effroi presque douloureux &#224; vivre &#187;. Malgr&#233; le fait qu'un artiste allemand tr&#232;s connu soit de l'exp&#233;dition, les croquis officiels du canyon sont largement d&#233;form&#233;s (&#233;chelle autant que perspective).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, ni le conquistador ni l'ing&#233;nieur de l'arm&#233;e n'ont r&#233;ussi &#224; trouver un sens dans ce qu'ils ont essay&#233; de voir. L'horreur primitive et l'effroi les ont &#233;cras&#233;s. Au sens propre du terme, ils se sont retrouv&#233;s aveugles, parce que ne disposant pas des concepts n&#233;cessaires permettant d'organiser une vision coh&#233;rente d'un paysage compl&#232;tement diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des descriptions pr&#233;cises du canyon sont venues seulement une g&#233;n&#233;ration plus tard lorsque celui-ci est devenu l'obsession d'un h&#233;ros de la guerre civile &#224; un bras, John Wesley Powell [1834-1902, soldat, g&#233;ologue et explorateur] et de ses c&#233;l&#232;bres &#233;quipes form&#233;es de g&#233;ologues et d'artistes. Ces hommes &#233;taient l&#224; comme des astronautes victoriens sur une autre plan&#232;te, le Plateau du Colorado. Il a fallu des ann&#233;es de recherche sur le site pour parvenir &#224; construire un cadre conceptuel pour saisir ce paysage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de ce travail, The Tertiary History of the Grand Canyon, publi&#233; en 1882, est illustr&#233; par des croquis magistraux qui, comme l'a d&#233;montr&#233; l'historien Wallace Stegner, &#171; sont plus parlants que n'importe quelle photo &#187;, parce qu'ils reproduisent des d&#233;tails de la stratigraphie qui sont usuellement obscurcis sur les images de cam&#233;ra. Quand nous visitons l'un de ces fameux points de vue aujourd'hui, la plupart d'entre nous oublions combien nos yeux ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s pour voir la structure du canyon &#224; travers ces images devenues des ic&#244;nes ou combien nous avons &#233;t&#233; influenc&#233;s par l'id&#233;e, popularis&#233;e par Powell, du canyon en tant que mus&#233;e g&#233;ologique se r&#233;v&#233;lant &#224; nous sous la forme d'un cake aux tr&#232;s nombreuses couches de strates s&#233;dimentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vertige&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi donc suis-je en train de parler de g&#233;ologie ? Parce que, comme les premiers explorateurs du Grand Canyon, nous sommes en train de regarder au fond d'un abysse de bouleversement &#233;conomique et social sans pr&#233;c&#233;dent, qui trouble nos perceptions pr&#233;c&#233;dentes de ce qu'est un risque historique. Notre vertige est intensifi&#233; par notre ignorance de la profondeur de la crise et de jusqu'o&#249; nous risquons de tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissez-moi vous avouer qu'en tant que socialiste militant, je me retrouve tout &#224; coup comme le T&#233;moin de J&#233;hovah qui ouvre sa fen&#234;tre pour regarder les &#233;toiles en train de tomber du ciel. Malgr&#233; le fait que j'aie pr&#234;ch&#233; la th&#233;orie des crises chez Marx pendant des d&#233;cennies, je n'ai jamais pens&#233; que je vivrais assez longtemps pour voir le capitalisme financier se suicider ou pour entendre le Fonds Mon&#233;taire International (FMI) mettre en garde contre l'imminent &#171; effondrement syst&#233;mique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ma premi&#232;re r&#233;action lors de l'abominable plongeon de 777.7 points [du Dow Jones &#224; Wall Street en octobre] d'il y a un mois fut une joie un peu ringarde, tr&#232;s ann&#233;es soixante. &#171; T'avais raison, Karl &#187; ai-je cri&#233;. &#171; Bouffez-les vos produits d&#233;riv&#233;s, puis crevez, salopards de Wall Street ! &#187;. Comme le Grand Canyon, la chute des banques peut constituer un spectacle terrifiant mais sublime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les v&#233;ritables coupables ne sont bien s&#251;r pas conduits &#224; la guillotine ; ils sont en train de flotter gentiment en direction de la terre dans des parachutes dor&#233;s. Nous autres pouvons bien rester dans un avion sans pilote en train de br&#251;ler, tant que le m&#233;prisable Richard Fuld [CEO de Lehman Brothers ayant arrach&#233; des salaires et bonus vertigineux], accus&#233; d'utiliser Lehman Brothers pour piller des fonds de pension et des &#233;pargnes-retraite, peut, lui, tranquillement continuer &#224; naviguer sur son yacht. La gauche am&#233;ricaine n'a pas de temps &#224; perdre. Face &#224; une nouvelle d&#233;pression qui promet un monde inconnu de douleur aux gens de Wasilla [capitale de l'Alaska d'o&#249; venait la vice-candidate &#224; la pr&#233;sidence de McCain] &#224; Tombouctou [Mali], comment reconstruisons-nous notre compr&#233;hension de ce qu'est l'&#233;conomie globalis&#233;e ? Et jusqu'&#224; quel point pouvons-nous nous tourner vers Barack Obama ou vers tout autre d&#233;mocrate pour nous aider &#224; analyser la crise et pouvoir ensuite agir effectivement pour la r&#233;soudre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le d&#233;bat pr&#233;sidentiel du 9 octobre 2008 &#224; la mairie de Nashville [Tennessee] a la moindre signification, alors nous aurons bient&#244;t un nouvel aveugle comme pr&#233;sident. Aucun des candidats n'a eu les tripes ou l'information n&#233;cessaire pour r&#233;pondre aux questions simples pos&#233;es par une audience inqui&#232;te. Que va-t-il se passer pour nos emplois ? Quelle ampleur la crise va-t-elle prendre ? Quelles mesures urgentes devraient-elles &#234;tre prises ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela, les candidats sont rest&#233;s coll&#233;s comme des mouches &#224; leurs discours obsol&#232;tes. La seule surprise apport&#233;e par McCain a &#233;t&#233; une nouveaut&#233; dans le registre de la tromperie : un plan de sauvetage hypoth&#233;caire qui profiterait aux banques et aux investisseurs sans n&#233;cessairement sauver les propri&#233;taires de maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Obama quant &#224; lui, a r&#233;cit&#233; son programme en quatre points, infiniment mieux sur le principe que l'option pr&#233;f&#233;rentielle de McCain pour les riches, mais celui-ci &#233;tait abstrait et manquait de d&#233;tails, constituant plus une promesse rh&#233;torique qu'un plan directeur pour une v&#233;ritable machinerie de r&#233;formes. Ce n'est qu'en passant qu'il a fait r&#233;f&#233;rence &#224; la prochaine phase de la crise qui surviendrait avec l'effondrement de l'&#233;conomie r&#233;elle et l'apparition d'un ch&#244;mage de masse &#224; un niveau probablement jamais vu depuis 70 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une courtoisie d&#233;concertante &#224; l'&#233;gard de l'administration Bush, Obama n'a r&#233;ussi &#224; mettre en lumi&#232;re aucun autre maillon faible du syst&#232;me &#233;conomique : le dangereux &#233;boulement de la masse des CDS [contrat entre deux parties ; l'acheteur d'obligations paie une prime au vendeur et, en contrepartie, il est cens&#233; recevoir une protection en cas de d&#233;faut ; e qui s'av&#232;re impossible aujourd'hui] provoqu&#233; par la chute de Lehman Brothers ; le trou noir gigantesque laiss&#233; par la dette de l'ensemble des cartes de cr&#233;dit des consommateurs [ne pouvant payer] qui risque de menacer la solvabilit&#233; de la JP Morgan Chase et de la Bank of America ; l'implacable d&#233;clin de la General Motors et de l'industrie automobile am&#233;ricaine ; les fondations des finances publiques en train de se fissurer ; le massacre des actions du secteur des hautes technologies et du venture capital [capital engag&#233; par des fonds priv&#233;s ou des investisseurs dans des nouvelles firmes dont l'avenir n'est pas assur&#233;] &#224; Silicon Valley ; et, fait des plus inattendus, les soudaines fissures apparaissant dans la solidit&#233; financi&#232;re d'une compagnie telle que la General Electric [un des conglom&#233;rats les plus importants des Etats-Unis].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, dans leur soutien au plan de 700 milliards de dollars du secr&#233;taire au Tr&#233;sor Henry Paulson [qui a connu d&#233;j&#224; trois versions depuis lors], aussi bien Obama que son partenaire &#224; la vice-pr&#233;sidence, Joe Biden, &#233;vitent toute discussion sur les in&#233;vitables cons&#233;quences que produiront un cataclysme de restructurations et de sauvetages accord&#233;s par le gouvernement : ce ne sera pas le &#171; socialisme &#187; qui en ressortira, mais l'ultra-capitalisme qui va, selon toute vraisemblance, concentrer le contr&#244;le du cr&#233;dit dans quelques monstres bancaires, aux mains, en large partie, des fonds souverains, tout en &#233;tant subventionn&#233;es sur plusieurs g&#233;n&#233;rations par la dette publique et l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soutenant Obama, un nombre sans pr&#233;c&#233;dent d'Am&#233;ricains ordinaires a fait un choix conscient en faveur d'une solidarit&#233; &#233;conomique au-del&#224; des divisions raciales. Pourtant les slogans de campagne d'Obama s'adressent &#224; peine aux priorit&#233;s existentielles de ses plus fervents supporters : les femmes c&#233;libataires coinc&#233;es dans des jobs de service mal pay&#233;s, des employ&#233;s d'h&#244;pitaux et d'h&#244;tels qui se trouvent face &#224; des r&#233;ductions d'emplois, des &#233;tudiants qui se d&#233;battent dans des frais d'&#233;colage en hausse, des enseignants plus en mesure de payer leur hypoth&#232;que et des familles urbaines qui ne peuvent pas faire face aux factures de chauffage en hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un ami proche, exasp&#233;r&#233; par mon pessimisme chronique, m'a r&#233;primand&#233; l'autre jour en disant : &#171; Ne sois pas si injuste. FDR [Franklin D. Roosevelt] n'avait pas non plus un programme tout ficel&#233; en 1933. D'ailleurs personne n'en avait. &#187; Selon mon ami, ce que Franklin D. Roosevelt poss&#233;dait en ces ann&#233;es de files d'attente pour le pain et de faillites de banques, c'&#233;tait une &#233;norme empathie avec les couches populaires et une volont&#233; de faire l'exp&#233;rience d'une intervention gouvernementale en d&#233;pit de l'hostilit&#233; monolithique des classes ais&#233;es. Selon ce point de vue, Obama serait une sorte de clone de notre 32&#232;me pr&#233;sident, relook&#233; &#224; la fa&#231;on MoveOn.org [r&#233;f&#233;rence &#224; son site de campagne], &#224; savoir un homme calme, fort, profond&#233;ment en phase avec les besoins ordinaires et d&#233;sireux d'accepter les conseils des meilleurs et des plus brillants esprits que le pays connaisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si nous accordons au s&#233;nateur de l'Illinois une force de caract&#232;re v&#233;ritablement rooseveltienne ou, ce qui est encore mieux, lincolnienne, cette analogie porteuse de beaucoup d'espoir se trouve mise en d&#233;faut sur au moins trois points essentiels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, nous ne pouvons consid&#233;rer la Grande D&#233;pression comme &#233;tant analogue &#224; la crise actuelle, ni voir dans le New Deal un mod&#232;le de solution. Il est certain qu'il y a une grande quantit&#233; de d&#233;j&#224; vu dans les tentatives forcen&#233;es pour tranquilliser la panique et rassurer le public en lui laissant croire que le pire est pass&#233;. Beaucoup des d&#233;clarations de Henry Paulson pourraient en effet avoir &#233;t&#233; directement piqu&#233;es &#224; Andrew Mellon, secr&#233;taire au tr&#233;sor du pr&#233;sident Herbert Hoover [et grand banquier], et il est vrai que les deux campagnes pr&#233;sidentielles se calquent clairement sur la rh&#233;torique h&#233;ro&#239;que du d&#233;but du New Deal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme la presse &#233;conomique l'a martel&#233; pendant des ann&#233;es, nous ne vivons plus dans la Vieille &#233;conomie am&#233;ricaine, mais dans une sorte de nouveau machin enti&#232;rement farfelu, construit sur la base des morceaux sous-trait&#233;s et hyperexploit&#233;s [textile sur place, agriculture, restauration, nettoyage, etc.] dans le cadre de march&#233;s mondiaux instantan&#233;s dans tous les domaines, allant du dollar aux faillites, en passant par le d&#233;sastre des march&#233;s &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes en train de voir les cons&#233;quences d'une restructuration perverse, commenc&#233;e sous la pr&#233;sidence de Ronald Reagan, qui a invers&#233; la part de l'industrie manufacturi&#232;re dans le PIB (21% en 1980 ; 12% en 2005) et ceux des services financiers (15% en 1980 ; 21% en 2005). En 1930, les usines ont &#233;t&#233; boulevers&#233;es mais la machinerie &#233;tait encore intacte ; celle-ci n'avait pas encore &#233;t&#233; brad&#233;e &#224; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, nous ne devrions pas faire des remarques d&#233;sobligeantes sur les miracles de la technologie de march&#233; contemporaine. Le capitalisme de casino a prouv&#233; son courage en transmettant le virus mortel de Wall Street &#224; chaque centre financier de la plan&#232;te, et cela &#224; une vitesse sans pr&#233;c&#233;dent. Ce qui a pris trois ans au d&#233;but des ann&#233;es 1930 n'a pris cette fois que trois semaines. C'est cela la globalisation totale de la crise. Que Dieu nous vienne en aide si, comme cela semble &#234;tre le cas, le ch&#244;mage explose &#224; la m&#234;me vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, Obama n'h&#233;ritera pas de l'ultime avantage de Roosevelt : &#224; savoir des instruments nouveaux d'intervention de l'Etat et un management de la demande (appel&#233; plus tard le &#171; keyn&#233;sianisme &#187;) potentialis&#233; par un soul&#232;vement des ouvriers industriels au sein des usines les plus productives du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous avez vu n'importe laquelle des tristes parades des gourous de l'&#233;conomie &#224; la t&#233;l&#233;vision am&#233;ricaine, alors vous savez qu'&#224; Washington les rayons o&#249; l'on peut trouver des intellectuels sont maintenant presque vides. En un consensus n&#233;olib&#233;ral sur le commerce et la privatisation, aucun parti d'importance n'avance autre chose que quelques &#233;nigmatiques fragments provenant de traditions politiques diff&#233;rentes. En effet, si on laisse de c&#244;t&#233; les pseudo-populistes, on ne sait pas bien si quelqu'un &#224; Washington, m&#234;me parmi les conseillers &#233;conomiques d'Obama, parvient &#224; penser clairement au-del&#224; du kit de pens&#233;e que leur a procur&#233; Goldman-Sachs, celui qui a endoctrin&#233; deux des plus &#233;minents secr&#233;taires au Tr&#233;sor de la derni&#232;re d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Keynes, que l'on semble pleurer soudainement, est en fait plut&#244;t mort. Rappelons qu'&#224; l'&#233;poque, le New Deal n'avait pas surgi spontan&#233;ment de la bonne volont&#233; ou de l'imagination de la Maison Blanche. Tout au contraire, le contrat social pour le deuxi&#232;me New Deal d'apr&#232;s 1935 &#233;tait une r&#233;ponse complexe et adapt&#233;e au plus grand mouvement de la classe ouvri&#232;re de toute l'histoire am&#233;ricaine, &#224; une p&#233;riode o&#249; de puissantes forcces en dehors des deux partis [syndicats entre autres, dont la CIO, cr&#233;&#233; en 1935] continuaient d'occuper le champ politique et o&#249; le marxisme exer&#231;ait encore une extraordinaire influence sur la vie intellectuelle am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement serai-je le dernier &#224; saisir la possibilit&#233; ou la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;surgence ouvri&#232;re, mais m&#234;me avec le plus grand optimisme ou la meilleure volont&#233;, il est difficile d'imaginer le mouvement ouvrier am&#233;ricain se remettre de sa d&#233;faite aussi radicalement qu'il l'a fait entre 1934 et 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a encore un troisi&#232;me probl&#232;me lorsqu'on veut faire l'analogie avec le New Deal et c'est peut-&#234;tre le plus important : le keyn&#233;sianisme militaire qui ne repr&#233;sente plus une th&#233;rapie miracle envisageable. Laissez-moi m'expliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1933, quand FDR est arriv&#233; au pouvoir, les Etats-Unis &#233;taient en retrait total par rapport &#224; leurs enlisements &#224; l'&#233;tranger, et il y avait peu de controverse autour du fait de faire rentrer quelques centaines de marines d'Ha&#239;ti [1915-1934] ou du Nicaragua [1927-1933] qui &#233;taient occup&#233;s. Il a fallu deux ans de guerre mondiale, la d&#233;faite de la France et le quasi collapsus de l'Angleterre pour finalement gagner une majorit&#233; du Congr&#232;s pour le r&#233;armement. Mais lorsque la production de guerre a finalement commenc&#233; en 1940, elle est devenue une immense machine pour la r&#233;embauche des travailleurs et travailleuses am&#233;ricains, une v&#233;ritable th&#233;rapie pour le march&#233; du travail d&#233;prim&#233; des ann&#233;es 1930. Par la suite, la puissance mondiale am&#233;ricaine, li&#233;e au plein emploi, allait gagner la loyaut&#233; de plusieurs g&#233;n&#233;rations de votants de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le complexe militaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la situation est bien s&#251;r radicalement diff&#233;rente. Des rallonges dans le budget du Pentagone ne cr&#233;ent plus automatiquement des centaines de milliers d'emplois industriels stables, depuis que des parts significatives de la production d'armes sont maintenant, dans les faits, sous-trait&#233;es et que le lien id&#233;ologique entre taux &#233;lev&#233; d'emploi et intervention (des &#171; bons boulots &#187; et la Vieille Gloire sur des rives &#233;trang&#232;res) est structurellement plus faible que jamais depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1940. M&#234;me dans la nouvelle arm&#233;e (une caste h&#233;r&#233;ditaire de pauvres blancs, de Noirs et de Latinos), la d&#233;moralisation est en train d'atteindre le stade du m&#233;contentement actif et d'ouvrir ainsi de nouveaux espaces &#224; des id&#233;es alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les deux candidats aient endoss&#233; des programmes incluant l'expansion de la force de combat de l'arm&#233;e de terre et de la marine, du dispositif des missiles (&#171; Guerre des &#233;toiles &#187;) et en m&#234;me temps une guerre renforc&#233;e en Afghanistan &#8211; ce qui va aboutir &#224; d&#233;velopper le complexe militaro-industriel &#8211; rien de cela ne r&#233;approvisionnera le pays en emplois d&#233;cents, ni ne r&#233;activera une &#171; pompe nationale &#187; bris&#233;e [pour une relance]. Cependant, dans un tel effondrement, ce qu'un immense budget militaire peut faire, c'est d'enterrer les r&#233;formes modestes mais essentielles qu'ont laiss&#233; esp&#233;rer les projets d'Obama pour la sant&#233;, les &#233;nergies alternatives et l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, les armes et le beurre de Roosevelt sont devenus une contradiction dans leurs termes m&#234;mes, ce qui signifie que la campagne d'Obama est en train de fabriquer une collision catastrophique entre ses priorit&#233;s de s&#233;curit&#233; nationale et ses objectifs de politique int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi ces gens ne voient-ils pas le Grand Canyon ? Peut-&#234;tre qu'ils le voient, et dans ce cas, on peut vraiment penser que la d&#233;ception est le lait maternel des politiques am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cas o&#249; quelqu'un aurait manqu&#233; l'ensemble des d&#233;bats am&#233;ricains, le candidat d&#233;mocrate s'est encha&#238;n&#233; lui-m&#234;me &#224; une strat&#233;gie globale dans laquelle la &#171; victoire &#187; au Moyen-Orient (et en Asie Centrale) reste la pr&#233;misse num&#233;ro une de la politique &#233;trang&#232;re. C'est comme ce que fut la folie d'un Dick Cheney ou d'un Paul Wolfowizt [secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense de 2001 &#224; 2005] sur la construction &#224; l'irakienne d'une nation, mais on relooke ce discours d&#233;lirant avec des termes tels que confiance &#171; r&#233;aliste &#187; en une &#171; stabilisation &#187; globale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, l'&#233;normit&#233; de la crise &#233;conomique risque d'obliger le pr&#233;sident Obama &#224; manquer &#224; certaines promesses sonnantes du candidat Obama afin de soutenir un syst&#232;me idiot de &#171; bouclier antimissile &#187; ou de d&#233;fendre l'id&#233;e provocatrice d'une adh&#233;sion de la G&#233;orgie et de l'Ukraine &#224; l'OTAN. N&#233;anmoins, comme il le dit avec insistance dans presque tous les discours et d&#233;bats, la mise en &#233;chec les Talibans et d'Al-Qaida, en m&#234;me temps qu'une d&#233;fense r&#233;solue d'Isra&#235;l, constituent la priorit&#233; de son agenda sur la s&#233;curit&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous une forte pression des R&#233;publicains et des Blue Dog D&#233;mocrates [d&#233;mocrates tr&#232;s conservateurs sur le terrain budg&#233;taire] qui risquent de couper le budget et de r&#233;duire l'augmentation exponentielle de la dette nationale, quels choix le pr&#233;sident Obama pourrait-il &#234;tre forc&#233; de faire d&#232;s le d&#233;but dans son administration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est plus que probable que le projet de syst&#232;me de sant&#233; complet sera rogn&#233; au maximum, que les &#171; &#233;nergies alternatives &#187; ne signifieront pas plus grand-chose et que tout ce qui pourra bien rester dans les caisses, apr&#232;s que Wall Street aura fini son pillage, servira &#224; acheter des bombes pour pulv&#233;riser plus de villages pachtounes afin de produire encore plus de g&#233;n&#233;rations de moudjahidin aigris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suis-je injustement cynique ? Peut-&#234;tre, mais j'ai v&#233;cu les ann&#233;es de Lyndon Johnson et assist&#233; &#224; son programme de Guerre contre la Pauvret&#233;, le premier vrai programme de New Deal qui a &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; n&#233;ant pour un g&#233;nocide au Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est am&#232;rement ironique, mais je pense qu'il est historiquement pr&#233;visible que des millions de votants qui ont soutenu le candidat pour sa promesse de terminer la guerre ont hypoth&#233;qu&#233; leur vote, bien malgr&#233; eux, dans une escalade militaire plus d&#233;cid&#233;e que celle de McCain sans espoir, en Afghanistan et &#224; la fronti&#232;re tribale pakistanaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le meilleur des cas, les d&#233;mocrates vont &#233;changer une guerre brutale, perdue, pour une autre. Je crains que nous assistions non pas &#224; la r&#233;surrection de l'espoir, mais &#224; un r&#233;veil douloureux. (Traduction A l'Encontre)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Mikes Davis est l'auteur de nombreux ouvrages, traduits en fran&#231;ais, tels que Le pire des mondes possibles. De l'explosion urbaine au bidonville global (Ed. La D&#233;couverte, 2007. Poche), G&#233;nocides tropicaux. Catastrophes naturelles et famines coloniales (1870-1900) aux Editions de La D&#233;couvertes (2006) ou encore Paradis infernaux. Les villes hallucin&#233;es du n&#233;o-capitalisme, Ed. Les prairies ordinaires &lt;i&gt;2008)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(25 novembre 2008)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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