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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>UN PASSIONNANT FORUM SOCIAL DES ETATS UNIS (US SOCIAL FORUM)</title>
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		<dc:creator> Gustave MASSIAH</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site du Centre d'&#201;tudes et d'Initiatives de solidarit&#233; internationale &lt;br class='autobr' /&gt;
30 juin 2010 __________________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Forum Social des Etats Unis (USSF) qui s'est tenu &#224; Detroit, du 22 au 26 juin 2010, a &#233;t&#233; un grand succ&#232;s, un des &#233;v&#233;nements majeurs de l'Ann&#233;e globale d'action 2010 du FSM. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus de 15000 personnes ont particip&#233; &#224; l'USSF (13500 inscrits payants au matin du deuxi&#232;me jour). Environ 2000 associations, pour plupart des mouvements de base, ont anim&#233; 1300 ateliers (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Amerique-du-Nord-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique du Nord&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site du Centre d'&#201;tudes et d'Initiatives de solidarit&#233; internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 juin 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le Forum Social des Etats Unis (USSF) qui s'est tenu &#224; Detroit, du 22 au 26 juin 2010, a &#233;t&#233; un grand succ&#232;s, un des &#233;v&#233;nements majeurs de l'Ann&#233;e globale d'action 2010 du FSM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 15000 personnes ont particip&#233; &#224; l'USSF (13500 inscrits payants au matin du deuxi&#232;me jour). Environ 2000 associations, pour plupart des mouvements de base, ont anim&#233; 1300 ateliers et initiatives autog&#233;r&#233;es. Le plateau culturel a &#233;t&#233; activement pr&#233;sent et anim&#233;. L'enthousiasme des participants a &#233;t&#233; constant pendant tout le forum, particuli&#232;rement pour la marche de d&#233;part et les c&#233;r&#233;monies d'ouverture et de cl&#244;ture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participants &#233;taient &#224; une tr&#232;s grande majorit&#233; tr&#232;s jeune. La mixit&#233; &#233;tait totale du point de vue du genre, des &#226;ges et des origines. On y retrouvait m&#234;l&#233;s toutes les composantes de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, des natives, des europ&#233;ens, des afro-am&#233;ricains, des latinos, des asiatiques et, moins nombreux, des arabes. La pr&#233;sence commune n'annulait pas les contradictions, dans les r&#233;f&#233;rences et les pr&#233;occupations. Des discussions ont &#233;t&#233; fortes notamment sur les contradictions entre les afro-am&#233;ricains et les natives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de Detroit a mis la crise au centre des d&#233;bats. La ville est bombard&#233;e par la crise. Pr&#232;s de 40% des b&#226;timents sont abandonn&#233;s, mur&#233;s et en ruine. Seul le centre a &#233;t&#233; r&#233;habilit&#233; ; ailleurs les maisons sont en lambeaux dans des quartiers entiers. Une partie significative de la population n'a pas acc&#232;s &#224; l'eau et &#224; l'&#233;lectricit&#233;. Les coupures sont fr&#233;quentes. Les services publics sont en crise permanente, &#224; la d&#233;rive, avec le passage de la population de 2 millions d'habitants &#224; 0,8 millions. Des &#233;coles &#224; l'abandon sont nombreuses. Pendant le forum la municipalit&#233; a annonc&#233; son intention d'arr&#234;ter l'entretien et de fermer 120 parcs et jardins. La crise, d'abord celle de l'industrie automobile am&#233;ricaine, a commenc&#233; il y a d&#233;j&#224; longtemps. Elle a &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e par la crise immobili&#232;re et &#233;conomique en cours. Detroit est ainsi un exemple achev&#233; du mod&#232;le capitaliste et de sa crise. Detroit est aussi une des villes des Etats-Unis qui a &#233;t&#233; marqu&#233;e dans toute son histoire par des grandes luttes ouvri&#232;res et par des r&#233;voltes urbaines. Plusieurs des leaders de ces luttes ont &#233;t&#233; pr&#233;sents au forum et ont particip&#233; &#224; ce passage entre les g&#233;n&#233;rations militantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact du forum sur la ville a &#233;t&#233; relativement faible, sauf dans certains secteurs. Les m&#233;dias locaux ont fait mod&#233;r&#233;ment &#233;tat du forum. La population de la ville est concentr&#233;e sur ses probl&#232;mes et sur les difficult&#233;s de la vie quotidienne. Un des participants a fait &#233;tat de la contradiction entre &#171; high tech &#187;, une grande part des participants avait leur ordinateur, et &#171; low-tech &#187;, une partie des habitants &#233;taient priv&#233;s d'eau et d'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact sur les Etats-Unis est le pari majeur de l'USSF. La naissance d'un mouvement social am&#233;ricain est un enjeu consid&#233;rable. Des premiers pas ont &#233;t&#233; effectu&#233;s. La d&#233;termination et l'&#233;nergie des mouvements de base &#233;taient impressionnants. Ils venaient de toutes les parties des Etats-Unis et portaient toutes les mobilisations en cours dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement social am&#233;ricain se construit &#224; partir des mouvements de base, des &#171; grass-roots &#187;. Il s'organise sur les grandes questions de la vie politique, la pauvret&#233;, l'emploi, les femmes, les discriminations, les migrants, l'environnement, la guerre, l'imp&#233;rialisme US, etc. Il discute de la situation politique et de la sc&#232;ne politique formelle mais avec une volont&#233; affirm&#233;e de pr&#233;server son autonomie. Dans les discussions sur la situation politique, je retiens deux analyses sur la droite US et sur la pr&#233;sidence Obama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re concerne la droite US, son implantation, sa strat&#233;gie de financement et d'organisation de ses mouvements de base, ses offensives id&#233;ologiques, son contr&#244;le des m&#233;dias et de la bataille des id&#233;es, sa capacit&#233; de jouer sur la peur et la x&#233;nophobie. La droite US n'a pas &#233;t&#233; affaiblie, elle conserve toutes ses chances de conqu&#233;rir la majorit&#233; du S&#233;nat et la Maison Blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la pr&#233;sidence Obama, les discussions &#233;taient nombreuses mais je ne les ai pas trouv&#233;es tr&#232;s passionn&#233;es. Pas de grande attente mais pas non plus de grande d&#233;ception. Le rappel que de voir des africains &#224; la Maison Blanche reste important sur le plan symbolique et que la bataille pour un syst&#232;me public de sant&#233; n'&#233;tait pas n&#233;gligeable. Le rappel aussi que le poids des structures administratives et politiques et des pesanteurs de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine et que l'action coordonn&#233;e des grands groupes de pression, les militaires, les multinationales, les m&#233;dias, &#233;taient omnipr&#233;sents. Une analyse r&#233;sumait bien un certain attentisme : aux Etats-Unis, un gouvernement de &#171; centre-gauche &#187; au sens am&#233;ricain du terme, ne remet pas longtemps en cause la l&#233;gitimit&#233; de la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs questions controvers&#233;es ont &#233;t&#233; soulev&#233;es sur les rapports entre les mouvements et la sc&#232;ne politique : comment discuter des &#233;lections ; comment articuler la priorit&#233; aux questions sociales et environnementales internes avec la remise en cause de la position dominante de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a marqu&#233; l'USSF, c'est la pr&#233;sence massive des mouvements de base, des &#171; grass-roots &#187;. Elle a &#233;t&#233; accompagn&#233;e de m&#233;thodes correspondant &#224; la culture am&#233;ricaine, tr&#232;s participative : parole partag&#233;e, un homme, une femme, priorit&#233; de parole aux &#171; minorit&#233;s &#187;, pas plus de deux interventions par personne, &#233;clatement en groupes de discussion apr&#232;s les premi&#232;res interventions, manifestation bruyante de solidarit&#233; et d'approbation, interventions slam&#233;es, etc. L'ambiance g&#233;n&#233;rale qui se d&#233;gageait &#233;tait celle d'une tr&#232;s large assembl&#233;e &#233;clat&#233;e et tr&#232;s d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#232;mes de d&#233;bat port&#233;s par les mouvements recoupaient assez largement ceux des autres forums avec des forts caract&#232;res sp&#233;cifiques accentu&#233;s par les exp&#233;riences des mouvements de base. Ainsi par exemple sur les migrants, les ateliers partaient de la fronti&#232;re mexicaine, des diff&#233;rentes r&#233;gions, de &#171; des ponts pas des murs &#187;, etc. Ce qui &#233;tait central c'&#233;tait le r&#233;f&#233;rendum en Arizona, la criminalisation des migrants, le slogan repris partout &#171; we are not illegal, we are human being ! &#187; Le sommet sur la pauvret&#233; a &#233;t&#233; inaugur&#233; par la marche des pauvres depuis la Nouvelle Orl&#233;ans et par le Tribunal des femmes contre la pauvret&#233;. Les mouvements de femmes ont &#233;t&#233; pr&#233;sents dans tous les d&#233;bats. Les mouvements des natives et des afro-am&#233;ricains ont &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;sents et tr&#232;s &#233;cout&#233;s. Les questions du ch&#244;mage ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par &#171; Jobs with justice &#187;. Les syndicats &#233;taient tr&#232;s pr&#233;sents, Unite mais aussi AFL CIO. L'environnement a &#233;t&#233; abord&#233; par plusieurs aspects, l'eau et Climate justice. L'&#233;ducation et la sant&#233; ont &#233;t&#233; tr&#232;s largement suivies. La question de la violence a surtout &#233;t&#233; abord&#233;e &#224; partir des armes. Le mouvement contre la guerre &#233;tait largement pr&#233;sent. La Palestine et l'Am&#233;rique Latine ont &#233;t&#233; abord&#233;s dans un tr&#232;s grand nombre d'ateliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les d&#233;bats organis&#233;s, celui entre Immanuel Wallerstein et Grace Boggs, une des grandes figures des luttes am&#233;ricaines qui a f&#234;t&#233; ses quatre vingt quatorze ans a attir&#233; plusieurs centaines de jeunes am&#233;ricains fascin&#233;s et tr&#232;s soucieux d'inscrire leurs engagements dans la m&#233;moire des luttes sociales am&#233;ricaines et dans les d&#233;bats intellectuels sur la compr&#233;hension du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois s&#233;ances pl&#233;ni&#232;res ont &#233;t&#233; organis&#233;es. La premi&#232;re, &#171; de Detroit aux Etats-Unis &#187;, a port&#233; sur les luttes sociales &#224; Detroit sur les mots d'ordre : Another world is possible, another US is necessary, another Detroit is happening. La deuxi&#232;me &#171; des Etats-Unis au monde &#187; a donn&#233; la parole &#224; des repr&#233;sentants des mouvements en lutte dans le monde et aux migrants. Un moment tr&#232;s fort a &#233;t&#233; la d&#233;claration d'une soldate afro-am&#233;ricaine du mouvement des v&#233;t&#233;rans contre la guerre en Irak, rappelant les mouvements contre la guerre au Vietnam. La troisi&#232;me s&#233;ance pl&#233;ni&#232;re a port&#233; sur les alternatives autour des r&#233;sistances et des pratiques d'&#233;mancipation. On a pu noter une tr&#232;s grande convergence avec les propositions d'alternatives discut&#233;es dans les diff&#233;rents forums depuis celui de Porto Alegre en 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des innovations les plus int&#233;ressantes a &#233;t&#233; celle des People Movements Assembly, les Assembl&#233;es de mouvements populaires. Cette proposition est de m&#234;me nature que celle des Assembl&#233;es qui ont eu lieu &#224; Bel&#233;m. Elles sont orient&#233;es vers deux pr&#233;occupations majeures : des propositions d'action et la solidarit&#233;. Par rapport &#224; Bel&#233;m, elles ont fait l'objet de pr&#233;parations par des rencontres et des r&#233;unions des groupes de base avant le forum. Par exemple, l'assembl&#233;e Climate justice a &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;e par une cinquantaine de r&#233;unions dans diff&#233;rentes r&#233;gions des Etats Unis. Il y a eu environ 50 assembl&#233;es qui ont eu lieu avant le forum et 52 assembl&#233;es pendant le forum. Celles qui le voudront pourront continuer apr&#232;s le forum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rencontre nationale des People movements assembly a &#233;t&#233; comparable, en plus dynamique, &#224; l'Assembl&#233;e des assembl&#233;es de Bel&#233;m. Elle a commenc&#233; par un film collectif donnant &#224; voir les travaux des assembl&#233;es et ensuite des interventions courtes (effectivement courtes) citant les propositions d'action des principales assembl&#233;es. La d&#233;marche n'est pas encore aboutie, mais les progr&#232;s sont nets depuis Bel&#233;m.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons aussi une consolidation du processus &#224; travers la cr&#233;ation d'une association des fondations et associations qui veulent soutenir le processus de l'USSF et du FSM. Pr&#232;s de trente soutiens (funders) ont d&#233;cid&#233; de travailler en commun dans le respect de l'autonomie des mouvements de l'USSF et de son processus. Ils ont affirm&#233; leur intention de soutenir l'&#233;mergence d'un mouvement social am&#233;ricain, construit &#224; partir des &#171; grass-roots &#187; et de la diversit&#233; et affirmant une n&#233;cessaire transformation radicale de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine et de la soci&#233;t&#233; mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me USSF a confirm&#233; et d&#233;pass&#233; les espoirs du premier USSF &#224; Atlanta. C'est un processus difficile qui se d&#233;ploie depuis Seattle. On lira dans l'excellente interview de Michael Guerrero, un des organisateurs du forum, interview&#233; par Nicolas Haeringer, reprise ci-dessous la difficile et passionnante histoire de ce processus et l'espoir qu'il suscite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisateurs et les participants de l'USSF sont d'accord l&#224;-dessus. Le renouveau du mouvement social et citoyen des Etats-Unis n'aurait pas &#233;t&#233; possible sans le processus du Forum Social Mondial. C'est une v&#233;rification, au-del&#224; des difficult&#233;s et des limites, de l'actualit&#233; et de la vigueur du processus du FSM. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les dangers et les opportunit&#233;s de la crise globale</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Les-dangers-et-les-opportunites-de-la-crise-globale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Les-dangers-et-les-opportunites-de-la-crise-globale</guid>
		<dc:date>2009-02-23T14:21:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Gustave MASSIAH</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Contribution &#224; la Commission Strat&#233;gie du Conseil International du Forum Social Mondial. &lt;br class='autobr' /&gt; _____________________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte reprend les th&#232;mes de l'article &#171; Le mouvement altermondialiste et la crise de la mondialisation &#187; de novembre 2008 [1], d&#233;velopp&#233; &#224; partir des discussions men&#233;es au Conseil d'Administration du CRID, au Conseil Scientifique d'Attac, des r&#233;unions du CEDETIM, de l'AITEC et d'IPAM (Initiatives Pour un Autre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contribution &#224; la Commission Strat&#233;gie du Conseil International du Forum Social Mondial.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte reprend les th&#232;mes de l'article &#171; Le mouvement altermondialiste et la crise de la mondialisation &#187; de novembre 2008 [1], d&#233;velopp&#233; &#224; partir des discussions men&#233;es au Conseil d'Administration du CRID, au Conseil Scientifique d'Attac, des r&#233;unions du CEDETIM, de l'AITEC et d'IPAM (Initiatives Pour un Autre Monde) et du r&#233;seau Alternatives International.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste s'est affirm&#233; comme un mouvement antisyst&#233;mique porteur d'avenir par rapport &#224; la phase n&#233;olib&#233;rale de la mondialisation capitaliste. L'ouverture de la crise globale ouvre de nouvelles perspectives et lui donne des responsabilit&#233;s particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Le mouvement altermondialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste dans ses diff&#233;rentes significations est porteur d'un nouvel espoir n&#233; du refus de la fatalit&#233; ; c'est le sens de l'affirmation &#171; un autre monde est possible &#187;. Nous ne vivons pas &#171; La Fin de l'Histoire &#187; ni &#171; Le Choc des civilisations &#187;. La strat&#233;gie du mouvement altermondialiste s'organise autour de la convergence des mouvements sociaux et citoyens qui mettent en avant la solidarit&#233;, les libert&#233;s et la paix. Dans l'espace du FSM, ils confrontent leurs luttes, leurs pratiques, leurs r&#233;flexions et leurs propositions. Ils construisent aussi une nouvelle culture politique fond&#233;e sur la diversit&#233;, les activit&#233;s autog&#233;r&#233;es, la mutualisation, &#171; l'horizontalit&#233; &#187; pr&#233;f&#233;r&#233;e &#224; la hi&#233;rarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers les forums, une orientation strat&#233;gique s'est d&#233;gag&#233;e, celle de l'acc&#232;s pour tous aux droits fondamentaux. C'est la construction d'une alternative &#224; la logique dominante, &#224; l'ajustement de chaque soci&#233;t&#233; au march&#233; mondial &#224; travers la r&#233;gulation par le march&#233; mondial des capitaux. A l'&#233;vidence impos&#233;e qui pr&#233;tend que la seule mani&#232;re acceptable pour organiser une soci&#233;t&#233; c'est la r&#233;gulation par le march&#233;, nous pouvons opposer la proposition d'organiser les soci&#233;t&#233;s et le monde &#224; partir de l'acc&#232;s pour tous aux droits fondamentaux. Cette orientation commune donne son sens &#224; la convergence des mouvements et se traduit par une nouvelle culture de la transformation qui se lit dans l'&#233;volution de chacun des mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats en cours dans le mouvement mettent en avant la question strat&#233;gique. Elle soul&#232;ve la question du pouvoir qui renvoie au d&#233;bat sur l'Etat et recoupe celle des partis, et la question du mod&#232;le de transformation sociale et de la nature du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste ne se r&#233;sume pas aux Forums Sociaux, mais le processus des forums y occupe une place particuli&#232;re. Le mouvement altermondialiste ne cesse de s'&#233;largir et de s'approfondir. Elargissement g&#233;ographique, social, th&#233;matique, il a connu une mont&#233;e en puissance consid&#233;rable en moins de dix ans. Pour autant, il n'a pas gagn&#233;, m&#234;me si la crise par bien des aspects valide nombre de ses analyses et justifie son appel aux r&#233;sistances. Le mouvement altermondialiste est un mouvement historique qui s'inscrit dans la dur&#233;e. Il prolonge et renouvelle les trois mouvements historiques pr&#233;c&#233;dents. Le mouvement historique de la d&#233;colonisation ; et de ce point de vue l'altermondialisme a modifi&#233; en profondeur les repr&#233;sentations Nord-Sud au profit d'un projet mondial commun. Le mouvement historique des luttes ouvri&#232;res ; et de ce point de vue, est engag&#233;e la mutation vers un mouvement social et citoyen mondial. Le mouvement des luttes pour la d&#233;mocratie &#224; partir des ann&#233;es 1960-70 ; et de ce point de vue le renouvellement de l'imp&#233;ratif d&#233;mocratique apr&#232;s l'implosion du sovi&#233;tisme en 1989 et les r&#233;gressions port&#233;es par les id&#233;ologies s&#233;curitaires. La d&#233;colonisation, les luttes sociales, l'imp&#233;ratif d&#233;mocratique et les libert&#233;s constituent la culture de r&#233;f&#233;rence historique du mouvement altermondialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Forum Social Mondial (FSM) de B&#233;l&#232;m, ouvre un nouveau cycle du mouvement altermondialiste. Le FSM aura lieu en Amazonie au c&#339;ur des limites de l'&#233;cosyst&#232;me plan&#233;taire et devra se poser la question majeure des contradictions entre la crise &#233;cologique et la crise sociale. Il sera marqu&#233; par le nouveau mouvement social et citoyen en Am&#233;rique Latine, l'alliance des peuples indig&#232;nes, des femmes, des ouvriers, des paysans et des sans-terre, de l'&#233;conomie sociale et solidaire. Ce mouvement civique a construit des nouveaux rapports entre le social et le politique qui ont d&#233;bouch&#233; sur de nouveaux r&#233;gimes et ont renouvel&#233; la compr&#233;hension de l'imp&#233;ratif d&#233;mocratique. Il a infl&#233;chi l'&#233;volution du continent montrant ainsi l'importance des grandes r&#233;gions dans la mondialisation et face &#224; la crise de l'h&#233;g&#233;monie des Etats-Unis. Le mouvement altermondialiste devra aussi r&#233;pondre &#224; la nouvelle situation mondiale n&#233;e de la crise ouverte de la phase n&#233;olib&#233;rale de la mondialisation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La crise de la mondialisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste est confront&#233; &#224; la crise de la mondialisation que l'on peut caract&#233;riser comme une crise de la mondialisation capitaliste dans sa phase n&#233;o-lib&#233;rale. Cette crise n'est pas une surprise pour le mouvement ; elle &#233;tait pr&#233;vue et annonc&#233;e depuis longtemps. Plusieurs analyses faisaient l'hypoth&#232;se d'une crise ouverte de la mondialisation. Nous y sommes ! Il s'agit d'une crise structurelle : &#233;conomique et sociale ; &#233;cologique ; g&#233;opolitique ; politique et id&#233;ologique. La s&#233;quence actuelle crise financi&#232;re, mon&#233;taire, immobili&#232;re, alimentaire, &#233;conomique en est une d&#233;clinaison en situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois grandes questions d&#233;terminent l'&#233;volution de la situation &#224; l'&#233;chelle mondiale et marquent les diff&#233;rents niveaux de la transformation sociale (mondiale, par grande r&#233;gion, nationale et locale). Le syst&#232;me dominant est confront&#233; &#224; une triple crise : la crise &#233;cologique mondiale qui est devenue patente ; la crise du n&#233;olib&#233;ralisme ; la crise g&#233;opolitique avec la fin de l'h&#233;g&#233;monie des Etats-Unis. La crise de l'h&#233;g&#233;monie &#233;tats-unienne s'approfondit rapidement. L'&#233;volution des grandes r&#233;gions se diff&#233;rencie, d'autant que les r&#233;ponses de chaque r&#233;gion &#224; la crise de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine sont diff&#233;rentes. La lutte contre la pr&#233;tendue guerre des civilisations et la tr&#232;s r&#233;elle guerre sans fin constituent une des priorit&#233;s du mouvement altermondialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La phase n&#233;olib&#233;rale semble &#224; bout de souffle. La nouvelle crise financi&#232;re est d'une particuli&#232;re gravit&#233;. Ce n'est pas la premi&#232;re crise financi&#232;re de cette p&#233;riode (Mexique, Br&#233;sil, Inde, Argentine, etc.) et elle ne suffit pas &#224; elle seule &#224; caract&#233;riser l'essoufflement du n&#233;olib&#233;ralisme. La d&#233;clinaison des diff&#233;rentes crises est plus singuli&#232;re. La crise mon&#233;taire accro&#238;t les incertitudes sur les r&#233;am&#233;nagements des monnaies. La crise immobili&#232;re aux Etats-Unis r&#233;v&#232;le le r&#244;le que joue le surendettement, et ses limites, en tant que moteur de la croissance. La crise &#233;nerg&#233;tique et la crise climatique r&#233;v&#232;lent les limites de l'&#233;cosyst&#232;me plan&#233;taire. La crise alimentaire d'une exceptionnelle gravit&#233; peut remettre en cause des &#233;quilibres plus fondamentaux. L'approfondissement des in&#233;galit&#233;s et des discriminations, dans chaque soci&#233;t&#233; et entre les pays, atteint un niveau critique et se r&#233;percute sur l'intensification des conflits et des guerres et sur la crise des valeurs. Les institutions responsables de la r&#233;gulation du syst&#232;me &#233;conomique international (FMI, Banque Mondiale, OMC) n'ont plus de l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le G8,camoufl&#233; en G20, se pr&#233;sente comme porteur de solutions &#224; la crise. Ce G20 est certes plus pr&#233;sentable que le G8 puisque les 20 pays repr&#233;sentent les deux-tiers de la population mondiale. Pour autant, il reste ill&#233;gitime en tant que directoire autoproclam&#233;. Et il reste aussi inqui&#233;tant. En 1977, le pr&#233;curseur du G8 avait cr&#233;&#233; la crise de la dette en appelant les pays p&#233;troliers &#224; recycler les p&#233;trodollars et les banques &#224; leur pr&#234;ter sans trop regarder. Il avait ainsi cass&#233; le front des pays du Sud en ralliant les p&#233;troliers contre les plus pauvres. Il tente aujourd'hui la m&#234;me strat&#233;gie avec les pays &#233;mergents. Et la docilit&#233; de ceux-ci dans les propositions mises au point par les occidentaux laisse craindre le pire. Le G20 est pour l'instant un camouflage du G8, toujours ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste donc les Nations Unies ! Certes, il est difficile de leur faire confiance quand on les regarde de trop pr&#232;s. Le d&#233;fil&#233; de ces chefs d'Etat ne donne pas confiance dans la r&#233;forme radicale indispensable. Et pourtant les Nations Unies arrivent parfois &#224; se d&#233;passer et &#224; adopter des positions bien meilleures que ceux qui les portent. Confront&#233;s &#224; la tentative de marginalisation men&#233;es par le G8 d&#232;s 1980, le syst&#232;me des Nations Unies a organis&#233; les conf&#233;rences mondiales et a r&#233;ussi des alliances avec les soci&#233;t&#233;s civiles &#224; Rio en 1992, sur environnement et d&#233;veloppement, et &#224; Istanbul, en 1996, avec les collectivit&#233;s locales. L'adoption du protocole facultatif sur les droits &#233;conomiques, sociaux et culturels en est une illustration, il a &#233;t&#233; adopt&#233; malgr&#233; l'opposition de presque tous les gouvernements. Au c&#339;ur des Nations Unies, la D&#233;claration Universelle des Droits Humains, permet &#224; des alliance de forces sociales et intellectuelles de transcender le syst&#232;me et de le forcer &#224; se transcender. Certes contestables, les Nations Unies restent sup&#233;rieurs &#224; tous les directoires. Comme le disait Churchill de la d&#233;mocratie, les Nations Unies sont le pire des syst&#232;mes internationaux &#224; l'exception de tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Penser la crise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'incertitude demeure sur les temps et les horizons de la crise. L'analyse &#171; braud&#233;lienne &#187; de la crise conduit &#224; l'hypoth&#232;se de la fin d'un cycle de Kondratieff. Il est probable qu'un nouveau cycle caract&#233;risera les 25 &#224; 40 prochaines ann&#233;es. Il n'est pas pr&#233;d&#233;termin&#233; et plusieurs sorties sont possibles. La crise du n&#233;olib&#233;ralisme, du point de vue id&#233;ologique, est fortement li&#233;e &#224; la mont&#233;e en puissance de l'altermondialisme qui a aiguis&#233; les contradictions internes au syst&#232;me. Pour autant, la crise du n&#233;olib&#233;ralisme ne signifie pas sa disparition in&#233;luctable. De plus, le mouvement altermondialiste n'est pas le seul mouvement antisyst&#233;mique par rapport &#224; la logique dominante du syst&#232;me. D'autres mouvements int&#233;gristes divers peuvent aussi contester le cours dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux grandes tendances sont possibles &#224; moyen terme. Plusieurs variantes sont possibles autour de chaque tendance. La premi&#232;re tendance est celle d'une dominante conservatrice avec une confortation d'un n&#233;olib&#233;ralisme de guerre ou d'autres formes de r&#233;gulation. La deuxi&#232;me tendance est celle d'une r&#233;forme en profondeur du capitalisme sous une forme n&#233;okeyn&#233;sienne et &#233;cologique ou un &#171; Green New-Deal &#187;. Une issue altermondialiste est tr&#232;s peu probable &#224; court terme, les conditions n'&#233;tant pas encore remplies ; mais le renforcement du mouvement altermondialiste p&#232;sera sur les issues possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les cinq &#224; dix ans que se formalisera la nouvelle rationalit&#233; &#233;conomique, comme le n&#233;olib&#233;ralisme s'est impos&#233;, &#224; partir de tendances existantes, entre 1979 et 1985. Il reste une discussion sur la suite de ce cycle &#224; venir. Immanuel Wallerstein fait l'hypoth&#232;se d'un retournement du cycle s&#233;culaire, voire m&#234;me multis&#233;culaire, posant pour les trente ou quarante prochaines ann&#233;es, la question historique d'un d&#233;passement du capitalisme et donnant ainsi une port&#233;e nouvelle &#224; l'altermondialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire de penser la crise pour ne pas se laisser porter par les turbulences. Sans entrer dans le d&#233;tail, quelques r&#233;f&#233;rences aux le&#231;ons du pass&#233; peuvent &#234;tre utiles. Sans oublier que chaque crise est nouvelle, que chaque situation est sp&#233;cifique. Rappelons quelques points d'appui parmi beaucoup d'autres qui peuvent contribuer &#224; construire une pens&#233;e de la crise globale actuelle. Les analyses de l'accumulation capitaliste mondiale, notamment celles de Samir Amin et de Andr&#233; Gunder Frank remettent l'&#233;volution en perspective et soulignent l'importance de la colonisation transform&#233;e en repr&#233;sentation Nord-Sud. L'analyse des &#233;conomies mondes de Fernand Braudel et des syst&#232;mes-mondes de Immanuel Wallerstein resituent les phases de la mondialisation capitaliste et articulent les cycles longs, s&#233;culaires, et les cycles courts, de Kondratieff, qui pr&#233;cisent les phases du capitalisme d&#233;j&#224; &#233;clair&#233;es par Schumpeter. L'analyse des crises par Baran, Sweezy et Magdoff rappelle que l'&#233;volution peut-&#234;tre analys&#233;e comme une succession de crises s&#233;par&#233;es par des p&#233;riodes de croissance. Ils proposent aussi une analyse des secteurs d'entra&#238;nement de chaque phase, aujourd'hui l'automobile, qui conduit &#224; s'interroger sur l'&#233;mergence des industries du num&#233;rique et de l'environnement. Ilya Prigogine a mis l'accent sur les ruptures et les conditions de stabilit&#233; et d'instabilit&#233; des syst&#232;mes. Henri Lefebvre rappelle, il y a vingt ans, qu'une crise ne s&#233;pare pas toujours deux moments favorables et que l'interrogation majeure porte sur la remise en cause du travail comme valeur social et culturelle. Ren&#233; Dumont, et plus r&#233;cemment Anil Argawal, relient d&#233;j&#224; l'environnement &#224; la g&#233;opolitique. Sur la nature des transitions, La critique du programme du Gotha de Karl Marx fait la part entre l'am&#233;nagement et la transformation. Rosa Luxembourg explicite le r&#244;le de l'imp&#233;rialisme dans les crises. Castoriadis parmi d'autres a mis l'accent sur l'importance des libert&#233;s et les risques de totalitarisme dans les transitions. Ho Chi Min insiste sur la n&#233;cessit&#233; de partir de ses faiblesses pour les transformer en forces. La contradiction v&#233;cue entre l'urgence et la transformation sociale installe la question strat&#233;gique comme la question centrale de la p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les dangers de la crise de la mondialisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#21361;&#26426; L'id&#233;ogramme chinois qui repr&#233;sente la crise, fort ancien et v&#233;n&#233;rable, associe deux signes, contradictoires comme il se doit pour toute bonne dialectique, celui des dangers et celui des opportunit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier danger concerne la pauvret&#233;. La sortie de crise recherch&#233;e consiste &#224; faire payer la crise aux pauvres, et d'abord aux discrimin&#233;s et aux colonis&#233;s. Il s'agit aussi de raboter les couches moyennes. Et m&#234;me, si &#231;a ne suffit pas, de faire payer certaines cat&#233;gories de riches ; ce qui laisse pr&#233;figurer de fortes contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire passer de telles politiques, il faudra beaucoup de r&#233;pression, de criminalisation des mouvements sociaux, de p&#233;nalisation de la solidarit&#233;, d'instrumentalisation du terrorisme, d'id&#233;ologie s&#233;curitaire, d'agitation raciste, islamophobe et nationaliste, d'exploitation des boucs &#233;missaires, des migrants et des rroms. Cette &#233;volution ira dans certaines r&#233;gions vers des r&#233;gimes autoritaires et r&#233;pressifs et m&#234;me vers des fascismes et des populismes fascisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre sortie de crise cible des pays qui seront marginalis&#233;s et ruin&#233;s. Les risques de guerre sont aussi une issue classique des grandes crises. N'oublions pas que le monde est d&#233;j&#224; en guerre et que pr&#232;s de un milliard de personnes vivent dans des r&#233;gions en guerre. Les conflits sont permanents et la d&#233;stabilisation syst&#233;matique. Les formes de guerre ont chang&#233; avec la militarisation des soci&#233;t&#233;s, l'apartheid global, la guerre des forts contre les faibles, la banalisation de la torture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lutter contre ces dangers il faudra renforcer les r&#233;sistances et &#233;largir les alliances et les coalitions pour les libert&#233;s, la d&#233;mocratie et la paix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Les opportunit&#233;s de la crise globale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les dangers sont connus, les opportunit&#233;s ouvertes le sont moins. Pourtant, comme le dit H&#246;lderlin, cit&#233; par Edgar Morin, &#171; L&#224; o&#249; cro&#238;t le p&#233;ril, cro&#238;t aussi ce qui sauve &#187;. Retenons six opportunit&#233;s ouvertes par la crise. D'abord, la d&#233;faite id&#233;ologique du n&#233;olib&#233;ralisme favorise la mont&#233;e en puissance de la r&#233;gulation publique. Ensuite, la redistribution des richesses et le retour du march&#233; int&#233;rieur redonnent une possibilit&#233; de stabilisation et de garantie des revenus et de la protection sociale, de red&#233;ploiement des services publics. De m&#234;me, l'urgence &#233;cologique n&#233;cessite une mutation du mode de d&#233;veloppement social. Dans le m&#234;me sens, la crise du mod&#232;le politique de repr&#233;sentation renforce la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;mocratie sociale et de la d&#233;mocratie participative et une nouvelle r&#233;flexion sur les pouvoirs. De plus, le r&#233;&#233;quilibrage ente le Nord et le Sud ouvre une nouvelle phase de la d&#233;colonisation et une nouvelle g&#233;opolitique du monde. Il s'accompagne d'une nouvelle urbanisation et des migrations qui sont les nouvelles formes du peuplement de la plan&#232;te. Enfin un syst&#232;me de r&#233;gulation mondiale permettant de penser et de r&#233;guler la transformation sociale &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te et ouvrant la perspective d'une citoyennet&#233; mondiale. Le mouvement altermondialiste est porteur de ses opportunit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces opportunit&#233;s ne s'imposera d'elle m&#234;me ; elles ne pourront d&#233;boucher vers des situations meilleures que si les r&#233;sistances s'amplifient et si les luttes sociales, &#233;cologiques, pour les libert&#233;s, contre les guerres s'intensifient. D'autant que la crise ouvre aussi des opportunit&#233;s pour les &#233;lites dirigeantes qui se partageront entre celles qui pencheront vers des formes d'oppression renouvel&#233;es et celles qui basculeront vers une refondation du capitalisme. Cette refondation n'est pas in&#233;luctable, mais elle n'est pas impossible. Elle ne sera cr&#233;dible que quand toutes les voies permettant aux &#233;lites de conserver les formes actuelles du pouvoir se r&#233;v&#233;leront insuffisantes. Le capitalisme a d&#233;montr&#233;, notamment apr&#232;s la crise de 1929, avec le New Deal explicit&#233; par Roosevelt, sa capacit&#233; &#224; &#171; r&#233;volutionnariser &#187; ses rapports sociaux. C'est toujours le capitalisme et comme le fait dire dans son film Visconti au Gu&#233;pard, &#171; il faut que tout bouge pour que rien ne change &#187;, mais les situations sont profond&#233;ment diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste sera confront&#233; aux tentatives de refondation, d'autant que pour les couches populaires, les interrogations sont pressantes sur les mesures &#224; prendre pour sortir de la premi&#232;re phase aigu&#235; de la crise. De m&#234;me qu'il n'y a pas, &#224; moyen terme, &#233;quivalence entre une tendance conservatrice et un tendance r&#233;formatrice. Les questions restent ouvertes sur la capacit&#233; de ces r&#233;formes pour faire face &#224; la crise et pour leur insuffisance par rapport &#224; une &#233;mancipation v&#233;ritable ; et les appr&#233;ciations sur ces questions diff&#233;reront dans le mouvement. Il restera &#224; d&#233;finir en situation, et en fonction des diff&#233;rentes situations dans les pays et dans les grandes r&#233;gions, sur la position &#224; prendre par rapport aux forces politiques tent&#233;es par ces r&#233;formes que nous qualifierons de mani&#232;re sch&#233;matique de &#171; Green New-Deal &#187;. Deux interrogations sont d&#233;j&#224; pos&#233;es. Comment &#233;viter l'alliance, entre les forces n&#233;olib&#233;rales et conservatrices avec les r&#233;formateurs, fond&#233;e sur des r&#233;formes minimales et des r&#233;gimes verts et autoritaires ? Comment radicaliser un &#233;ventuel mouvement des r&#233;formes au profit des couches populaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste ne n&#233;glige pas les am&#233;liorations possibles et n'h&#233;site pas &#224; s'engager pour &#233;viter les situations insupportables. Il est aussi, pour sa plus grande part, concern&#233; par une transformation radicale et prend tr&#232;s au s&#233;rieux les possibilit&#233;s, ouvertes par la crise, d'un d&#233;passement du capitalisme. Ce d&#233;passement s'inscrit dans le temps long et n'est pas pr&#233;d&#233;termin&#233;. Il existe d&#233;j&#224;, dans la soci&#233;t&#233; actuelle, des rapports sociaux qui le pr&#233;figurent, comme des rapports sociaux capitalistes ont &#233;merg&#233; dans les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales. Il ne s'agit pas de rapports nouveaux achev&#233;s ; il s'agit de tentatives de d&#233;passement qui &#233;mergent dans les pratiques sociales mais qui ne se d&#233;gagent pas compl&#232;tement des rapports dominants. La rupture ne se produit pas avec l'&#233;radication des anciens rapports sociaux mais avec le moment ou de nouveaux rapports deviennent dominants, subordonnent les anciens rapports sociaux et les transforment profond&#233;ment. Le nouveau monde n&#233; dans l'ancien se construit progressivement ; il part des contradictions v&#233;cues et en construit des nouvelles. Le mouvement altermondialiste est porteur de ces nouveaux rapports &#224; travers les r&#233;sistances et les pratiques sociales innovantes. Les forums sociaux en sont les espaces d'exp&#233;rimentation et de visibilit&#233;. Ils facilitent aussi le travail intellectuel critique qui permet de diff&#233;rencier ce qui peut consolider la reproduction des rapports capitalistes de ce qui annonce de nouvelles perspectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement altermondialiste doit intervenir aujourd'hui par rapport aux trois horizons. A court terme, il doit r&#233;sister, renforcer les r&#233;sistances contre les dangers. A moyen terme, il doit peser, peser sur les strat&#233;gies des r&#233;formateurs. A long terme, il doit transformer, transformer pour d&#233;passer le capitalisme. Pour chaque opportunit&#233;, il faudrait d'abord indiquer ce que la crise met en &#233;vidence et ce contre quoi il faut se battre pour &#233;viter un maintien du syst&#232;me et les dangers qu'il porte. Il faudrait ensuite identifier les propositions qui &#233;mergent et qui sont envisag&#233;es par les r&#233;formateurs et qu'il faut radicaliser. Il faudrait enfin esquisser ce qui affleure et qui indique les amorces et les pistes possibles d'une transformation radicale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;gulation publique et citoyenne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e en puissance de la r&#233;gulation publique ach&#232;vera la d&#233;faite id&#233;ologique du n&#233;o-lib&#233;ralisme. Cet effondrement de l'id&#233;ologie fissure le bloc h&#233;g&#233;monique n&#233;olib&#233;ral et annonce une nouvelle phase de la mondialisation. Le n&#233;olib&#233;ralisme est toujours dominant mais il lui sera difficile de s'en relever. Pour autant, il est indispensable de continuer &#224; prendre en compte la rationalit&#233; n&#233;olib&#233;rale. D'une part les forces sociles n&#233;olib&#233;rales sont encore puissantes et sont candidates &#224; faire partie des blocs au pouvoir et de peser lourdement sur les politiques dominantes. D'autre part, m&#234;me si un autre syst&#232;me s'impose, les rapports sociaux du n&#233;olib&#233;ralisme resteront &#224; l'&#339;uvre, m&#234;me transform&#233;s et subordonn&#233;s, dans les logiques &#233;conomiques, sociales, id&#233;ologiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention des Etats dans l'&#233;conomie a retrouv&#233; toute sa l&#233;gitimit&#233;. Les nationalisations dites temporaires, le temps de sortir de la crise, consistent surtout &#224; socialiser les pertes, mais elles seront difficiles &#224; renvoyer au cabinet des d&#233;barras. Nous sommes loin du temps ou Reagan affirmait &#171; Cessez d'invoquer l'Etat. l'Etat n'est pas la solution, l'Etat est le probl&#232;me &#187;. Les fonds souverains avaient d&#233;j&#224; ouvert la voie &#224; des interventions inattendues des Etats au niveau de la mondialisation. L'&#233;valuation des privatisations, jusque l&#224; demand&#233;es sans succ&#232;s, r&#233;servera certainement des surprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution ouvre une opportunit&#233; d'ampleur. Elle souligne l'importance des politiques publiques fond&#233;es sur l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. La nouvelle rationalit&#233; pourra difficilement continuer &#224; subordonner compl&#232;tement la r&#233;gulation aux march&#233;s et &#224; abandonner la d&#233;cision politique aux capitaux et &#224; leurs march&#233;s. Elle devra lib&#233;rer les investissements de la recherche de profits d&#233;mesur&#233;s &#224; court terme, du &#171; court-termisme et lib&#233;rer les entreprises de la dictature des actionnaires et du march&#233; mondial des capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arbitrages dans le moyen terme d&#233;pendront de la capacit&#233; de mobilisation des mouvements sociaux et citoyens. La remise en cause de la financiarisation n&#233;cessitera la remise en cause de l'oligopole bancaire, la socialisation sous contr&#244;le d&#233;mocratique du syst&#232;me bancaire. Les contrats de moyen terme, et leur transparence, pourront assurer la base des &#233;changes, li&#233;s &#224; une stabilisation des cours des mati&#232;res premi&#232;res et des grands produits. Les activit&#233;s boursi&#232;res sur les transactions &#224; moyen terme, dont le seul but est sp&#233;culatif, seraient interdites. Cette socialisation devra articuler les instances nationales et celles des grandes r&#233;gions. Plusieurs mobilisations donnent des orientations. L'une des plus urgentes est la suppression des paradis fiscaux et judiciaires. Soulignons aussi les normes juridiques contraignantes pour la responsabilit&#233; sociale et environnementale des entreprises. Soulignons aussi la n&#233;cessaire mont&#233;e en puissance de la d&#233;mocratie dans l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois grandes questions, celle de l'Etat, celle du march&#233; mondial et celle des formes de propri&#233;t&#233; s'inscrivent dans la perspective d'un d&#233;passement possible du capitalisme et sont port&#233;es d&#232;s aujourd'hui par les mouvements. La question de l'Etat est pr&#233;sente par plusieurs aspects. La prise de conscience de la nature contradictoire de l'Etat tout d'abord, &#224; la fois protecteur et oppresseur, &#224; la fois porteur de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et d&#233;fenseur des privil&#232;ges. La d&#233;mocratisation et le contr&#244;le citoyen de l'Etat, le rapport de ce qu'on appelle pour simplifier les soci&#233;t&#233;s civiles, sont au centre de la r&#233;alit&#233; du caract&#232;re d&#233;mocratique des soci&#233;t&#233;s. La nature des politiques publiques est d&#232;s maintenant en cause. la discussion sur les nationalisations en sera une &#233;tape importante. La question du march&#233; mondial pose la n&#233;cessit&#233; d'une alternative au libre-&#233;change. L'&#233;mergence des grandes r&#233;gions comme espace politique, &#233;conomique et financier, culturel, ouvre de r&#233;elles perspectives. Elle implique aussi une nouvelle conception de la monnaie. La question des rapports de propri&#233;t&#233; et de leur transformation est fondamentale. Celle de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re au centre de l'agriculture et de la ma&#238;trise de l'urbanisation. Cette propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est encore au centre des logiques de colonisation toujours pr&#233;sentes dans bien des situations. Les rapports juridiques et sociaux de propri&#233;t&#233; d&#233;terminent la pluralit&#233; des formes de production. On retrouve cette question dans la discussion sur l'&#233;conomie sociale, associative, solidaire et locale. Sur les nationalisations aussi avec la discussion sur l'&#233;tatisation, la socialisation et la gestion d&#233;mocratique. Sur les formes de propri&#233;t&#233; collective, celle des parties prenantes ou &#171; stake-holders &#187;, les salari&#233;s, les usagers et les clients, les sous-traitants et fournisseurs, les actionnaires, les institutions territoriales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La redistribution des richesses et des revenus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La redistribution des richesses, n&#233;cessaire par rapport &#224; la logique du n&#233;olib&#233;ralisme et &#224; ses exc&#232;s, ouvre une tentation n&#233;o-keyn&#233;sienne. Elle conforte la tendance &#224; r&#233;habiliter le march&#233; int&#233;rieur, plut&#244;t &#224; l'&#233;chelle des grandes r&#233;gions qu'&#224; l'&#233;chelle nationale. Elle pourrait se traduire par la r&#233;habilitation des syst&#232;mes de protection sociale et d'une relative stabilit&#233; salariale. Les planchers des revenus et leur progression permettraient &#224; la consommation populaire de retrouver un r&#244;le en tant que moteur de croissance par rapport au surendettement qui a d&#233;clench&#233; la crise des &#171; subprimes &#187;. L'acc&#232;s aux droits pour tous, dont les Objectifs du Mill&#233;naire pour le D&#233;veloppement (OMD) sont un p&#226;le succ&#233;dan&#233; retrouveraient droit de cit&#233;. Il permettrait d'envisager le red&#233;ploiement des services publics, avec une implication importante des institutions locales et avec une forte composante associative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux conditions &#224; cette hypoth&#232;se qui ne se confond pas avec l'id&#233;e d'un simple retour au mod&#232;le keyn&#233;sien d'avant le n&#233;olib&#233;ralisme. La premi&#232;re condition est la n&#233;cessit&#233; de r&#233;pondre aux limites &#233;cologiques qui rendent dangereux un prolongement du productivisme. La contradiction entre l'&#233;cologique et le social est devenue d&#233;terminante, son d&#233;passement est primordial. La deuxi&#232;me condition est la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;gulation ouverte &#224; l'&#233;chelle mondiale par rapport &#224; la r&#233;gulation nationale compl&#233;t&#233;e par le syst&#232;me de Bretton Woods des ann&#233;es soixante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de la crise, il y a les in&#233;galit&#233;s, la pauvret&#233; et les discriminations. La ponction sur les couches populaires et moyennes a atteint un tel niveau qu'elle a fini par mettre en danger le syst&#232;me dans son ensemble. La redistribution des revenus est celle d'une &#233;volution vers plus de justice sociale. Il s'agit plus de valoriser les revenus issus du travail que de distribuer des compensations. Et, comme la crise est mondiale, la r&#233;ponse est celle d'un revenu minimum &#224; l'&#233;chelle mondiale. Des propositions existent. Le revenu minimum paysan est une des composantes, comme on a pu le voir en Inde, ou il y a deux ans, apr&#232;s le Forum Social de Mumba&#239;, une loi non encore appliqu&#233;e a &#233;t&#233; vot&#233;e : la garantie pour chaque paysan indien de cent jours de travail pay&#233;s par an ! Dans toutes les &#233;conomies, le salaire minimum dans l'industrie et les services devra &#234;tre structurellement valoris&#233; et garanti. La proposition, plusieurs fois &#233;voqu&#233;e aux Nations Unies est que toute personne dans le monde doit disposer d'un revenu sup&#233;rieur au seuil de pauvret&#233;. Celui-ci est calcul&#233;, pays par pays : c'est la moiti&#233; du revenu m&#233;dian, c'est &#224; dire celui qui s&#233;pare la population en deux moiti&#233;s, l'une gagnant plus que le revenu m&#233;dian, l'autre moins. Cette mesure est vertueuse, elle fixe un plancher &#224; l'effondrement des &#233;conomies r&#233;elles. Pour cela, il faut une taxation, elle aussi internationale, pour permettre son financement. Il faut aussi aborder la question d'un plafond des ressources. Le d&#233;bat est ancien. La discussion ne porte pas aujourd'hui sur l'amplitude des in&#233;galit&#233;s, elle porte sur le principe des limites. Le revenu minimum mondial, et le plafond des revenus, sont une r&#233;ponse &#224; la crise mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation des mouvements p&#232;sera de tout son poids sur l'importance et la nature de la redistribution des richesses et sur les formes et les modalit&#233;s de cette redistribution. De mani&#232;re plus radicale deux grandes questions sont d&#233;j&#224; pos&#233;es, celle de la valeur du travail et celle de l'acc&#232;s aux droits. D'abord celle de la valeur du travail en commen&#231;ant par reconna&#238;tre la valeur que repr&#233;sente le travail et en contestant la r&#233;alit&#233; et la supr&#233;matie d'une valeur-profit. Pour cela, les revenus doivent se rattacher aux prix des produits du travail primaire plut&#244;t qu'en fonction des fluctuations des march&#233;s sp&#233;culatifs du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s aux droits pour tous est propos&#233; comme un axe strat&#233;gique. Ce qui diff&#233;rencie l'approche keyn&#233;sienne d'une approche plus radicale, c'est la mise en avant de l'&#233;gal acc&#232;s aux droits par rapport &#224; une approche de la d&#233;finition des droits minimums consid&#233;r&#233;s comme constitutif d'un filet social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'urgence &#233;cologique et sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'urgence climatique et l'&#233;puisement des ressources rendent impossible un mode de d&#233;veloppement fond&#233; sur le productivisme et les gaspillages. L'urgence &#233;cologique impose une rupture pour une transformation des soci&#233;t&#233;s qui combine le social, l'&#233;cologique, la paix et les libert&#233;s. C'est un projet d'avenir qui ne se r&#233;sume pas &#224; une utopie concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tape de la prise de conscience de l'urgence &#233;cologique est aujourd'hui d&#233;pass&#233;e. Il ne s'agit plus simplement de se rendre compte des limites et de l'importance de red&#233;finir le mode de d&#233;veloppement. Le d&#233;bat politique porte sur la nature du mod&#232;le &#224; promouvoir. La prolif&#233;ration des industries d'environnement et des processus productifs sans gaspillages seront tr&#232;s probablement insuffisantes. Les deux discussions portent sur la r&#233;partition des richesses entre les classes sociales et les soci&#233;t&#233;s et la compatibilit&#233; entre urgence &#233;cologique, urgence sociale et les libert&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence &#233;cologique peut faciliter une approche plus radicale. Elle confirme la n&#233;cessit&#233; d'une d&#233;marche de red&#233;finition des revenus et de l'indispensable taxation internationale. Elle encourage l'approche par les Biens Communs et les Biens Publics. Plus encore, elle d&#233;bouche sur une red&#233;finition des richesses, de leur production et de leur r&#233;partition. Pour r&#233;duire la croissance productiviste, sans alt&#233;rer la satisfaction des besoins fondamentaux, il faut en changer la nature. L'&#233;volution des comportements individuels et collectifs est n&#233;cessaire, mais il ne suffit pas de moraliser pour tendre &#224; la simplicit&#233; et la sobri&#233;t&#233; volontaires. Plusieurs pistes sont envisageables. La plus importante est celle du recul des cat&#233;gories marchandes, de la &#171; d&#233;marchandisation &#187;. Cette tendance, notamment dans les services publics de l'&#233;ducation et de la sant&#233; avait marqu&#233; des points dans la p&#233;riode de 1945 &#224; 1980. Le n&#233;olib&#233;ralisme n'a eu de cesse que de la combattre, notamment par les privatisations et la sacralisation du march&#233; capitaliste. D'autres pistes sont possibles. La satisfaction des besoins fondamentaux, renforc&#233;e par l'&#233;gal acc&#232;s aux droits pour tous, ne p&#226;tirait pas d'une r&#233;duction des d&#233;penses militaires et d'armement. Elle b&#233;n&#233;ficierait d'une r&#233;duction du temps de travail r&#233;sultant d'une r&#233;orientation de la productivit&#233; et de la red&#233;finition des productions. Elle serait facilit&#233;e par une politique d'&#233;conomie des transports correspondant &#224; la recherche des localisations, et des relocalisations, en fonction des acc&#232;s &#233;conomes aux ressources et des consommations, sans prendre la basse r&#233;mun&#233;ration du travail pour seule valeur d'ajustement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les mod&#232;les de repr&#233;sentation et les libert&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La crise des mod&#232;les de repr&#233;sentation et de pouvoir est une des dimensions de la crise globale. La remise en cause des libert&#233;s est un des dangers principaux des cons&#233;quences de cette crise. Un &#171; Green New-Deal &#187; n'est pas en soi une garantie pour les libert&#233;s et la d&#233;mocratie. On peut avoir une r&#233;gulation &#233;tatique et des interventions publiques faisant peu de cas des libert&#233;s. De plus, l'urgence &#233;cologique peut servir de support &#224; des d&#233;rives autoritaires. C'est la mobilisation des mouvements sociaux et citoyens qui d&#233;terminera l'&#233;volution &#224; moyen terme dans les diff&#233;rents pays et &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les opportunit&#233;s, plusieurs concernent les mod&#232;les de repr&#233;sentation. La reconstruction du lien social pourrait trouver de nouvelles opportunit&#233;s par rapport aux formes juridiques et formelles de la d&#233;mocratie impos&#233;es par le haut. Les formes d'articulation entre la d&#233;mocratie participative, qui prendrait sa force en r&#233;f&#233;rence &#224; la d&#233;mocratie directe, et la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, tr&#232;s souvent d&#233;l&#233;gataire et &#171; notabilaire &#187;, devraient progresser et se diversifier. L'acc&#232;s aux droits individuels et collectifs pour tous devrait fonder une d&#233;mocratie sociale sans laquelle la d&#233;mocratie politique perdrait beaucoup de son attractivit&#233;. Les syst&#232;mes institutionnels et &#233;lectoraux pourraient plus difficilement &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme ind&#233;pendants des situations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alliance strat&#233;gique entre les collectivit&#233;s locales et les mouvements associatifs sera au fondement du rapport entre les populations et les territoires et donnera une l&#233;gitimit&#233; plus grande &#224; la citoyennet&#233; de r&#233;sidence. Elle modifiera la repr&#233;sentation du changement social qui repose aujourd'hui exclusivement sur deux acteurs sociaux, les entreprises et l'Etat, r&#233;duit aux administrations. Le rapport entre pouvoir &#233;conomique et pouvoir politique qui donne son sens aux formes de la d&#233;mocratie devra tenir compte de la pr&#233;sence active des citoyens et des pouvoirs locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une approche plus radicale devra donner toute sa place &#224; la dimension culturelle. Elle donnera droit de cit&#233; aux identit&#233;s multiples qui renouvellera le rapport entre l'individuel et le collectif. Elle donnera sa place aux formes d'activit&#233;s autog&#233;r&#233;es et d'auto-organisation d&#233;mocratiques. Elle permettra aux formes de la soci&#233;t&#233; civile, au sens que d&#233;finissait Gramsci, de d&#233;passer la seule r&#233;f&#233;rence aux contre-pouvoirs pour &#233;largir le contr&#244;le citoyen et construire des espaces d'autonomie populaire. Cette d&#233;marche permettra de fonder les libert&#233;s en reliant les droits et les responsabilit&#233;s, les droits commen&#231;ant avec le respect des droits des autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Une nouvelle phase de la d&#233;colonisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;&#233;quilibrage entre le Nord et le Sud ouvre une nouvelle phase de la d&#233;colonisation et une nouvelle g&#233;opolitique du monde. Elle pourrait clore la phase qui va de 1979 &#224; 2008, de reprise en main par la gestion de la crise de la dette, le contr&#244;le des mati&#232;res premi&#232;res et les interventions militaires. pour les termes de l'&#233;change international. Entre trente et cinquante pays &#233;mergents, dont les trois les plus repr&#233;sentatifs, le Br&#233;sil, l'Inde, et la Chine, peuvent d&#233;fendre leur point de vue et leurs int&#233;r&#234;ts. Il ne s'agit pas d'un monde multipolaire mais d'un nouveau syst&#232;me g&#233;opolitique international. Les cons&#233;quences pourraient &#234;tre consid&#233;rables, notamment pour les termes de l'&#233;change international et pour la nature des migrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux conditions &#224; cette &#233;volution qui ne se fera pas sans bouleversements. La premi&#232;re condition est que les pays &#233;mergents soient capables de changer leur mod&#232;le de croissance en privil&#233;giant le march&#233; int&#233;rieur et la consommation des couches populaires et moyennes par rapport aux exportations. Cette d&#233;connexion est possible. La deuxi&#232;me condition est que les pays &#233;mergents construisent des formes d'unit&#233; entre les pays du Sud, et ils peuvent y avoir int&#233;r&#234;t. La premi&#232;re phase de la d&#233;colonisation avait &#233;chou&#233; en grande partie quand les pays p&#233;troliers, apr&#232;s le choc de 1977, avaient laiss&#233; la division s'installer entre les pays du Sud, permettant au G7, appuy&#233; sur le FMI et la Banque Mondiale, d'imposer l'ajustement structurel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement social et citoyen mondial peut, dans cette &#233;tape, mettre en avant plusieurs propositions, notamment l'annulation de la dette, la stabilisation des cours des mati&#232;res premi&#232;res, la souverainet&#233; alimentaire, le respect des droits des migrants. Cette &#233;volution correspondra, du point de vue g&#233;opolitique, &#224; une double mutation. Le renforcement d'une des contre-tendances de la mondialisation dans sa forme actuelle, celle des grandes r&#233;gions auto-centr&#233;es. Le d&#233;passement de la contradiction entre le Nord et le Sud dans la construction d'un syst&#232;me international &#233;quilibr&#233; et d'une r&#233;gulation publique mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La r&#233;gulation publique mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec des institutions internationales de la mondialisation est patent. L'OMC devait compl&#233;ter le syst&#232;me de Bretton Woods et l'OTAN coiffer les alliances militaires. Ce projet n'a pu aboutir. La r&#233;gulation par le march&#233; mondial des capitaux a sombr&#233; dans la crise du n&#233;olib&#233;ralisme mettant en &#233;vidence l'importance d'une r&#233;gulation publique mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche d'alternatives &#224; la transformation de chacune des soci&#233;t&#233;s implique un autre syst&#232;me international. Les guerres li&#233;es au contr&#244;le des ressources et des territoires sont toujours d'actualit&#233;, la dimension identitaire des conflits s'accentue alliant s&#233;gr&#233;gation spatiale et purification dite &#171; ethnique &#187;. La dialectique entrem&#234;l&#233;e des terrorismes de r&#233;seaux et des terrorismes d'Etat fait r&#233;gresser les droits civils et politiques au nom d'un &#171; choc des civilisations &#187; qui justifie la doctrine de la guerre pr&#233;ventive, du &#171; non-droit &#187; et de la torture, la strat&#233;gie des guerres du fort au faible et la surprise de d&#233;couvrir la capacit&#233; des faibles &#224; trouver la vuln&#233;rabilit&#233; des forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appuy&#233;e sur les luttes pour la d&#233;mocratisation, une r&#233;forme du syst&#232;me international peut &#234;tre propos&#233;e. Elle comprend : la d&#233;mocratisation du fonctionnement des institutions qui doivent mettre en &#339;uvre la r&#233;gulation internationale ; la mise en place d'instances d'arbitrage et de recours efficaces ; un syst&#232;me international de plaintes ouvert &#224; la saisine des associations citoyennes ; la priorit&#233; dans le syst&#232;me international de la lutte contre l'impunit&#233; ; l'int&#233;gration effective dans le syst&#232;me direct des Nations Unies des institutions financi&#232;res et commerciales internationales, FMI, Banque mondiale, Soci&#233;t&#233; Financi&#232;re Internationale et OMC ; une nouvelle architecture pourrait &#234;tre fond&#233;e sur des ensembles r&#233;gionaux de coop&#233;ration et un syst&#232;me de repr&#233;sentation r&#233;gionale au niveau mondial ; l'obligation des accords et pactes internationaux et de toutes les institutions internationales de respecter la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau syst&#232;me &#224; d&#233;finir doit prendre en compte trois dimensions essentielles : la construction de la paix et le r&#232;glement des conflits ; la r&#233;duction des risques &#233;cologiques ; le syst&#232;me de relations internationales favorisant la transformation des soci&#233;t&#233;s dans un sens de libert&#233;, d'&#233;galit&#233;, de solidarit&#233;. L'approche par les droits, par l'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux droits, dessine la perspective d'un contrat social mondial. Elle renouvelle la conception de la transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin dans la d&#233;finition d'une strat&#233;gie, proposons une ligne directrice organis&#233;e autour de deux imp&#233;ratifs : une nouvelle constitution du monde fond&#233;e sur la d&#233;mocratie mondiale ; un contrat social mondial fond&#233; sur le respect et la garantie des droits, tant civils et politiques, qu'&#233;conomiques, sociaux et culturels. L'&#233;volution du droit international est aujourd'hui, du point de vue de cette ligne directrice, le lieu strat&#233;gique des confrontations. Le droit international ne peut &#234;tre fond&#233; que sur la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme et la Charte des Nations Unies. C'est le point fixe autour duquel construire le syst&#232;me des relations internationales, le point d'appui qui donne sa l&#233;gitimit&#233; aux Nations Unies dans le syst&#232;me mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indispensable r&#233;gulation mondiale n&#233;cessitera une refonte du syst&#232;me des relations internationales bas&#233;e sur une r&#233;forme radicale des Nations Unies et une progression du droit international fond&#233; sur la mise en &#339;uvre de la D&#233;claration Universelle des Droits de l'Homme et rejetant la subordination des droits individuels et collectifs au droit commercial et au droit des affaires. Cette r&#233;gulation mondiale pourrait faire progresser la r&#233;alit&#233; d'une citoyennet&#233; mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Et pour conclure provisoirement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques r&#233;flexions sur les opportunit&#233;s ouvertes par la crise montrent l'imbrication entre les r&#233;am&#233;nagements et les ruptures correspondant &#224; des perspectives plus radicales. En mettant en &#233;vidence le potentiel port&#233; par les r&#233;sistances, les pratiques actuelles et les exigences intellectuelles l'altermondialisme donne une perspective &#224; la sortie de la crise globale dans ses diff&#233;rentes configurations. Il permet de renforcer, en poussant les r&#233;sistances contre les conservatismes autoritaires et r&#233;pressifs et les revendications pour la modernisation sociale, les coalitions pour les libert&#233;s ,et la d&#233;mocratie. Il permet de lutter contre la constitution d'un nouveau bloc h&#233;g&#233;monique form&#233; par une alliance entre les n&#233;olib&#233;raux et les n&#233;okeyn&#233;siens et de pousser le Green New-Deal mondial &#224; d&#233;passer ses limites. Il permet d'esquisser les alternatives qui caract&#233;riseront un autre monde possible. Il permet d'aller plus loin. Un nouveau projet d'&#233;mancipation collective est &#224; l'ordre du jour. Le capitalisme n'est pas &#233;ternel, la question de son d&#233;passement est d'actualit&#233;,. Et nous devons commencer d&#232;s maintenant &#224; revendiquer et &#224; construire un autre monde possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MASSIAH Gustave&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Voir sur ESSF : Le mouvement altermondialiste et la crise de la mondialisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Gustave Massiah est Pr&#233;sident du CRID.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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