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		<title>La Gauche</title>
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		<title>LA PENS&#201;E DE FANON : QUELQUES UNS DE SES IMPACTS DANS LA SPH&#200;RE SOCIO-POLITIQUE ALG&#201;RIENNE </title>
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		<dc:date>2009-06-15T05:41:34Z</dc:date>
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		<dc:creator>Sadek Hadjer&#232;s </dc:creator>



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&lt;p&gt;Intervention &#224; la table ronde organis&#233;e le 9 Mai 2009 par l'Association Culturelle Berb&#232;re de Paris autour de l'oeuvre de Frantz Fanon. Ce texte a aussi &#233;t&#233; publi&#233; par le Quotidien d'Oran du jeudi 14 mai dans la rubrique &#034;L'Actualit&#233; autrement&#034; en pages 7 et 8. ____________________________________ &lt;br class='autobr' /&gt; Pour une &#339;uvre aussi riche et attachante que celle de Fanon, il m'a fallu en raison du temps limit&#233; pour chaque intervention, m'en tenir aux seuls aspects les plus controvers&#233;s de son &#339;uvre. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Intervention &#224; la table ronde organis&#233;e le 9 Mai 2009 par l'Association Culturelle Berb&#232;re de Paris autour de l'oeuvre de Frantz Fanon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte a aussi &#233;t&#233; publi&#233; par le Quotidien d'Oran du jeudi 14 mai dans la rubrique &#034;L'Actualit&#233; autrement&#034; en pages 7 et 8.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pour une &#339;uvre aussi riche et attachante que celle de Fanon, il m'a fallu en raison du temps limit&#233; pour chaque intervention, m'en tenir aux seuls aspects les plus controvers&#233;s de son &#339;uvre. Il y avait donc risque de donner une apparence simpliste ou partiale &#224; mon opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais faire preuve de vigilance critique n'enl&#232;ve rien ni &#224; ce que Fanon nous a apport&#233;, ni &#224; notre estime envers son engagement. Il va sans dire, mais je tiens &#224; le souligner, que le regard critique justifi&#233; et n&#233;cessaire port&#233; par ceux qui se sont jet&#233;s corps et &#226;me dans la lutte lib&#233;ratrice n'a ni les m&#234;mes motivations ni le m&#234;me contenu que ceux qui pr&#233;tendent que, tout compte fait, l'insurrection alg&#233;rienne aurait &#233;gal&#233; en f&#233;rocit&#233; la barbarie colonialiste ou bien que la lutte pour l'ind&#233;pendance ne pouvait mener qu'aux d&#233;rives actuelles de l'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tout avait &#233;t&#233; aussi noir, on ne comprendrait pas pourquoi et comment l'abn&#233;gation de millions de femmes, d'hommes et d'enfants, l'&#233;nergie et l'audace de milliers de cadres politiques et militaires respectueux du peuple, a r&#233;ussi avec le contexte international, &#224; colmater victorieusement bien des d&#233;faillances pour le r&#233;sultat d'une ind&#233;pendance qui a fait l'admiration du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les ressorts de cette mobilisation que Fanon a eu le m&#233;rite de montrer. Quant aux faiblesses de la lutte nationale, leur constat pouvait inciter &#224; les surmonter et surtout aujourd'hui &#224; en tirer des enseignements. Si Fanon avait &#233;t&#233; aujourd'hui encore parmi nous, nul doute selon moi que son intelligence, sa sensibilit&#233; et sa proximit&#233; aux gens qui souffrent, auraient fait r&#233;sonner une fois de plus sa voix dans le combat pacifique des jeunes g&#233;n&#233;rations, celle des intellectuels et scientifiques comme le psychiatre Boucebsi et tant d'autres, assassin&#233;s dans la tourmente d'une soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne jet&#233;e dans une esp&#232;ce de schizophr&#233;nie par l'arbitraire des pouvoirs successifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fanon fut en effet un porte parole et un analyste talentueux du soul&#232;vement arm&#233;, dans la guerre psychologique sans piti&#233; qui nous opposait aux &#171; Services psychologiques &#187; de l'arm&#233;e colonialiste. Il a mis l'accent sur l'importance des facteurs culturels et pour tout dire, de civilisation, dans l'ampleur et la vigueur du soul&#232;vement national. Il a per&#231;u les dangers qu'allaient g&#233;n&#233;rer la rapacit&#233;, l'autoritarisme et le cynisme des clans pr&#233;dateurs qui visaient avant tout le pouvoir en trahissant les espoirs populaires. Il a enfin appel&#233; &#224; d&#233;passer les enfermements r&#233;gionaliste et nationaliste et &#224; ouvrir des horizons internationalistes et humanistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une question s'est pos&#233;e dans les faits : l'&#233;lan insurrectionnel pouvait-il &#224; lui seul fonder un projet r&#233;volutionnaire &#224; la fois radical et ancr&#233; sur le r&#233;el ? Ce qui manquait le plus aux Alg&#233;riens n'&#233;tait ni la ferveur patriotique ni la volont&#233; de libert&#233;. Les couches sociales mises en mouvement en avaient &#224; revendre. Ce dont elles avaient le plus besoin &#233;tait de forger des armes th&#233;oriques et politiques assez coh&#233;rentes et ad&#233;quates au contenu de libert&#233; et de justice sociale assign&#233; &#224; l'ind&#233;pendance. C'est &#224; cette aune que les id&#233;es de Fanon, au-del&#224; de l'unanimisme national, ont &#233;t&#233; per&#231;ues de fa&#231;on diversifi&#233;e selon les int&#233;r&#234;ts sociaux des uns et des autres, leurs parcours culturels et id&#233;ologiques, leurs ambitions politiques &#224; court ou plus long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les impacts suscit&#233;s, je laisserai de c&#244;t&#233; les r&#233;actions tardives de ceux qui apr&#232;s l'ind&#233;pendance ont reproch&#233; &#224; Fanon de n'avoir pas &#233;t&#233; un Alg&#233;rien musulman de souche. Comme si certains des &#171; musulmans &#187; qui lui font ce reproche n'avaient pas brill&#233; avant l'insurrection et &#224; ses d&#233;buts par leur manque de sensibilit&#233; patriotique, allant jusqu'&#224; la condamnation envers les orientations de lutte radicales. Ce th&#232;me m&#233;riterait &#224; lui seul un autre d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'envisage donc les r&#233;actions de deux autres sortes d'acteurs engag&#233;s dans le mouvement de lib&#233;ration. Les uns, croyant ou pr&#233;tendant retrouver chez Fanon leurs propres convictions &#233;troites, ont perverti une partie de ses id&#233;es et les ont instrument&#233;es dans le champ socio-politique. D'autres acteurs, plus ouverts sur les aspirations populaires et sur l'int&#233;r&#234;t national, n'ont pas per&#231;u &#224; temps en quoi certaines des id&#233;es de Fanon avaient pr&#234;t&#233; le flanc &#224; des interpr&#233;tations perverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, il me semble bien que certaines des id&#233;es avanc&#233;es par Fanon, mais pr&#233;sentes aussi sous une forme ou sous une autre chez un grand nombre d'Alg&#233;riens &#224; qui il s'adressait, rec&#233;laient des lacunes et des risques que l'ensemble du mouvement n'est pas parvenu &#224; d&#233;passer &#224; temps par la jonction de l'exp&#233;rience et des orientations th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai en vue en particulier deux th&#232;mes : celui de la violence arm&#233;e, et celui du r&#244;le pr&#234;t&#233; ou assign&#233; &#224; la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le premier, Fanon qui n'&#233;tait en aucune fa&#231;on un ap&#244;tre de la violence pour elle-m&#234;me, a l&#233;gitim&#233; &#224; bon droit la violence arm&#233;e insurrectionnelle. Il a exalt&#233; le remodelage mental qu'elle a provoqu&#233;, le recouvrement de la dignit&#233;, de la confiance en soi et d'une personnalit&#233; jusque l&#224; ali&#233;n&#233;es par la soumission. Mais il n'a attribu&#233; &#224; ce remodelage que des effets vertueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme psychiatre partageant la souffrance et la r&#233;volte de ses fr&#232;res et s&#339;urs, Fanon a concentr&#233; son attention sur la r&#233;habilitation psychologique et morale du colonis&#233; face au d&#233;ni et au m&#233;pris colonialistes. Mais, comme militant et homme politique, sa pr&#233;sentation lin&#233;aire de la violence ind&#233;pendantiste est rest&#233;e trop peu empreinte d'un autre volet important, l'effort de r&#233;gulation politique n&#233;cessaire. Il &#233;voque peu ou pas assez le danger des d&#233;rives induites par l'insuffisance d'une ma&#238;trise politique, que la Charte de la Soummam avait pourtant mise en exergue. Mais la Charte elle-m&#234;me l'avait fait sur le mode ou dans le registre apolog&#233;tique, comme si l'effort politique allait de soi, &#233;tait inh&#233;rent &#224; la justesse de la cause lib&#233;ratrice et en surgissait spontan&#233;ment. Sur le terrain, les cadres ont retenu surtout de la Charte les normes organisationnelles. L'effort de faire passer la r&#233;gulation politique dans les actes n'a pas &#233;t&#233; suffisamment pris en charge. C'est ce que soulignera un an plus tard le rapport-bilan de Abbane et du CCE au CNRA de l'&#233;t&#233; 1957, la suite montrera que ce fut malheureusement une bataille politique perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon moi, nombre de chefs de guerre, de bonne ou mauvaise foi, ont exploit&#233; ce point faible des approches de la violence arm&#233;e, comme si les urgences, les contraintes et les situations compliqu&#233;es du temps de guerre pouvaient tout justifier, excuser des faits politiquement et moralement aussi inexcusables que Melouza, l'assassinat de Abbane Ramdane, les ravages de la bleuite en wilaya III. Je n'ai cit&#233; que les sommets les plus visibles d'un tragique iceberg, dont les colonialistes ont profit&#233; et qui ont laiss&#233; des cicatrices morales, intellectuelles et politiques lointaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fanon et de nombreux militants de valeur comme lui, &#233;taient-ils assez inform&#233;s pour appr&#233;cier l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne et son impact sur le moral des combattants et l'efficacit&#233; de la lutte ? Pouvait-il imaginer par exemple le sort qui fut celui de son confr&#232;re &#224; l'h&#244;pital psychiatrique de Blida, le communiste Georges Counillon ? il &#233;tait mont&#233; au maquis des Aur&#232;s d&#232;s l'&#233;t&#233; 1955 parce que l'ALN, Larbi Benmehidi me l'avait dit et demand&#233;, avait un besoin pressant en m&#233;decins. Il y sera assassin&#233;, avec d'autres, uniquement pour ses opinions, dans l'atmosph&#232;re tribaliste et chaotique que les seigneurs de guerre amplifieront apr&#232;s la mort de Benboulaid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, m&#234;me s'ils &#233;taient plus ou moins inform&#233;s par la rumeur, on peut comprendre l'inconfort de la situation dans laquelle se sont trouv&#233;s Fanon et d'autres militants et intellectuels du FLN. Quand de tr&#232;s proches collaborateurs des dirigeants du GPRA et du FLN me racontaient un jour ce dont ils furent t&#233;moins, j'&#233;tais sid&#233;r&#233; et leur avais dit : comment avez-vous fait pour ne pas sombrer dans la folie ? En fait, brid&#233;s &#224; la fois par le mode de fonctionnement des appareils et par l'obligation de r&#233;serve face &#224; l'ennemi, pouvaient-ils faire autrement que s'astreindre malgr&#233; eux &#224; un degr&#233; variable d'autocensure, suffisant &#224; biaiser et &#233;mousser peu ou prou l'expression ouverte de leur jugement politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en puise deux exemples dans les &#233;crits de Fanon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos des vertus de la violence lib&#233;ratrice, Fanon lui attribue, dans l'immigration en France, une baisse notable de la criminalit&#233; ordinaire entre Alg&#233;riens par rapport &#224; ce qu'elle &#233;tait auparavant. Il y a en cela certainement une part de v&#233;rit&#233;. Mais qu'en est-il des autres nouvelles formes de criminalit&#233; qui en Alg&#233;rie comme en France se sont dissimul&#233;es sous des apparences ou des pr&#233;textes politiques ? Qu'en est-il de l'h&#233;catombe de militants ou citoyens alg&#233;riens qui avaient certes quelques racines ou motivations politiques, mais dont on sait aussi &#224; quel point une part renvoyait &#224; des conflits d'int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et de pouvoir personnels ou claniques, en fait &#224; une criminalit&#233; de droit commun .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple ; dans un passage de &#171; Sociologie d'une r&#233;volution &#187;, j'ai constat&#233; que Fanon avait sacrifi&#233; lui aussi &#224; une des fables que des dirigeants FLN avaient r&#233;pandues &#224; l'&#233;poque dans une vision h&#233;g&#233;moniste et politicienne du rassemblement national. On sait, &#233;crit-il en passant, comme s'il s'agissait d'une v&#233;rit&#233; &#233;tablie, que le PCA avait d&#233;nonc&#233; les &#171; terroristes provocateurs &#187; (les guillemets sont de Fanon, comme pour authentifier une citation) visant par l&#224; le FLN, prend-il le soin de pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bon sens n'aurait-il pas d&#251; inciter &#224; rechercher dans la litt&#233;rature du PCA, depuis le 2 novembre 54 jusqu'&#224; l'ind&#233;pendance quelque chose qui ressemble &#224; cette affirmation ? Je sais par contre avec certitude que le PCA, tout en apportant son soutien entier en actes et en paroles &#224; l'action de l'ALN, a explicit&#233; constamment son point de vue diff&#233;renci&#233; et constructif mettant en garde contre des orientations ou des pratiques portant pr&#233;judice &#224; la justesse de la cause nationale et susceptible de se retourner contre elle. Ainsi 1959, en cet &#171; An V de la R&#233;volution &#187; o&#249; Fanon r&#233;digeait son ouvrage, la direction du PCA, a renouvel&#233; ses recommandations dans plusieurs lettres confidentielles au GPRA, puis publiquement et avec illustrations pr&#233;cises dans la brochure &#171; Notre Peuple vaincra &#187; dat&#233;e de Novembre 1960, &#224; quelques semaines du tournant historique de D&#233;cembre 1960. Si le PCA est parvenu &#224; faire cela, c'est parce qu'il avait pu dans une posture difficile sauvegarder une marge suffisante d'autonomie politique. Voila ce que Fanon et les intellectuels organiquement engag&#233;s dans le FLN n'&#233;taient pas &#233;videmment en situation de faire, m&#234;me s'ils en avaient eu l'intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais en concluant cette partie souligner que les approches insuffisamment politiques de la violence arm&#233;e n'ont pas engendr&#233; seulement des impacts n&#233;gatifs sur la conduite de la lutte arm&#233;e. Leur impact strat&#233;gique s'est prolong&#233; jusque dans l'Alg&#233;rie d&#233;livr&#233;e du colonialisme. Il a impr&#233;gn&#233; de nombreux secteurs de l'opinion alg&#233;rienne d'une id&#233;e erron&#233;e, la suivante : tous les probl&#232;mes surgis ne peuvent trouver de solution que dans les capacit&#233;s des protagonistes &#224; user de la violence arm&#233;e contre leurs adversaires ou concurrents qu'ils soient politiques, &#233;conomiques ou id&#233;ologiques. Cette th&#232;se n'a pas &#233;t&#233; suffisamment combattue. Elle a continu&#233; &#224; se nourrir d'une tradition ancr&#233;e dans les courants h&#233;g&#233;monistes du nationalisme, celle de la condamnation du politique sous toutes ses formes, en l'opposant &#224; la lutte arm&#233;e, avec un privil&#232;ge accord&#233; &#224; ses modes de gestion autoritaires, son culte du chef et de l'unanimisme encore dominant dans la trame de notre soci&#233;t&#233; et notamment paysanne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A d&#233;faut d'un effort d'&#233;ducation politique plus grand amorc&#233; dans le feu m&#234;me des combats lib&#233;rateurs, ces combats arm&#233;s, &#224; c&#244;t&#233; de l'immense victoire politique de l'acc&#232;s &#224; l'ind&#233;pendance, ont engendr&#233; un verrou, un frein &#224; l'essor d'une nouvelle culture d&#233;mocratique n&#233;cessaire aux combats pacifiques de l'&#233;dification nationale et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serai plus bref en &#233;voquant le deuxi&#232;me volet, tout aussi strat&#233;gique, le r&#244;le de la paysannerie, parce que l'intervention de Harbi en a expos&#233; en profondeur plusieurs aspects th&#233;oriques et historiques. Je veux surtout souligner les failles aujourd'hui mieux connues des orientations consistant &#224; assigner &#224; la paysannerie (consid&#233;r&#233;e d'ailleurs &#224; tort comme un bloc homog&#232;ne) le r&#244;le politique majeur d'entra&#238;ner derri&#232;re elle les couches sociales jug&#233;es retardataires par rapport &#224; elle. La vie a confirm&#233; que malgr&#233; sa participation massive et d&#233;cisive &#224; la lib&#233;ration, la paysannerie ne pouvait jouer un tel r&#244;le, ni par ses caract&#233;ristiques &#233;conomiques et sociologiques ni par les niveaux de conscience civique et politique qui vont avec. Et surtout, circonstance aggravante, quand son r&#244;le est oppos&#233; &#224; celui des ouvriers et travailleurs des villes que Fanon a culpabilis&#233; d'une fa&#231;on moraliste comme des chouchous du r&#233;gime colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile d'aller chercher plus loin les fondements id&#233;ologiques qui ont cautionn&#233; d&#232;s 1956 la caporalisation ou la r&#233;pression du mouvement ouvrier, des syndicats, des courants d&#233;mocratiques pr&#233;sent&#233;s comme sectaires et antinationaux pour mieux verrouiller ainsi l'ensemble du mouvement d&#233;mocratique. C'&#233;tait, &#224; c&#244;t&#233; de la tyrannie des armes, le meilleur moyen de barrer la route ai Front national de l'&#233;dification, de la d&#233;mocratie et de la justice sociale. C'&#233;tait une attaque frontale contre ce qui pouvait devenir le noyau moteur d'un tel Front, c'est-&#224;-dire l'alliance de fait et de principe entre les diff&#233;rents courants r&#233;volutionnaires existant dans les forces arm&#233;es, chez les intellectuels, dans les couches les plus exploit&#233;es et les plus conscientes de la paysannerie et des travailleurs des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambigu&#239;t&#233; id&#233;ologique dominante a fray&#233; la voie &#224; ce socialisme sp&#233;cifique pr&#244;n&#233; par une &#171; &#233;lite &#187; politico-militaire pour qui l'option socialiste &#233;tait avant tout un instrument de pouvoir. On comprend mieux aujourd'hui pourquoi la bureaucratie dirigeante a choisi d'instrumenter la paysannerie comme une masse de manoeuvre plus facile &#224; m&#226;ter et pour cause ! Les ouvriers agricoles salari&#233;s, aguerris dans des luttes syndicalo-politiques depuis l'&#233;poque coloniale constituaient une exception et c'est pourquoi les dirigeants nationalistes apr&#232;s l'ind&#233;pendance ont tout fait pour briser leur organisation syndicale et les noyer dans les Unions paysannes-maison, alors que leur dynamisme de classe aurait pu aider &#224; sensibiliser les autres couches de la paysannerie aux luttes sociales et d&#233;mocratiques. Les autres couches paysannes &#233;taient en effet plus vuln&#233;rables aux man&#339;uvres du pouvoir bureaucratiques, ce sont elles qui &#224; l'&#233;poque coloniale ont &#233;t&#233; les moins familiaris&#233;es avec l'esprit et les pratiques des luttes d&#233;mocratiques et sociales modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, d'assez larges cercles, notamment dans l'encadrement de l'ALN des fronti&#232;res, se disaient acquis aux id&#233;es de progr&#232;s et de justice sociale de Fanon, proclamaient leur sympathie pour la r&#233;volution cubaine &#224; ses tout d&#233;buts. Derri&#232;re cet engouement formel et unanimiste, des courants contradictoires s'affrontaient sourdement d&#232;s qu'il s'agissait d'actes et de r&#233;alit&#233;s concr&#232;tes. Le sort final de la confrontation &#233;tait tranch&#233; &#224; terme au d&#233;triment des conceptions plus conformes aux aspirations populaires. Les courants contraires, s'appuyant en effet &#224; la lettre sur certaines des affirmations discutables de Fanon, ont pu combiner ainsi l'agression id&#233;ologique avec la r&#233;pression ouverte contre la mont&#233;e possible d'une r&#233;volution plus profonde. Celle-ci s'av&#233;ra rapidement fragilis&#233;e non seulement par les donn&#233;es objectives nationales et internationales mais aussi par la division et la mystification de ses d&#233;fenseurs naturels et les plus convaincus. Par glissements successifs, les tendances antisociales se sont cristallis&#233;es chez ceux qui ont forg&#233; l'Etat ind&#233;pendant et son id&#233;ologie et qui ont renforc&#233; leur emprise sous couvert d'actes en contradiction avec le discours officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, &#224; l'image du peuple alg&#233;rien dans son parcours moderne, Fanon pr&#233;matur&#233;ment disparu est rest&#233; au milieu du gu&#233; alors qu'il n'&#233;tait en aucune fa&#231;on dans le camp des conservateurs antisociaux. Malgr&#233; sa pr&#233;monition de la mont&#233;e de couches pr&#233;datrices, pouvait-il aller plus loin en ces ann&#233;es de braise o&#249; tout n'&#233;tait pas aussi clair qu'aujourd'hui ? Compte tenu des limites que j'ai indiqu&#233;es, pouvait-il faire plus que fustiger avec v&#233;h&#233;mence l'av&#232;nement des nouveaux despotes ? C'est une posture aujourd'hui d&#233;pass&#233;e pour l'Alg&#233;rie actuelle mais dans laquelle s'attardent de fa&#231;on anachronique des milieux qui n'arrivent pas &#224; d&#233;passer la d&#233;nonciation et &#224; s'engager dans une strat&#233;gie alternative autre que le remplacement de l'Hadj Moussa par Moussa L'Hadj dans le s&#233;rail du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille id&#233;ologique se poursuit sur le socle objectif dont j'ai &#233;t&#233; heureux de trouver quelques lin&#233;aments dans les pages ultimes de Fanon : le terrain d&#233;cisif des luttes unitaires, quotidiennes et de longue haleine autour des enjeux concrets socio-politiques. Cela nous incite, comme Fanon y appelait de fa&#231;on path&#233;tique &#224; la veille de sa disparition, &#224; jeter par-dessus bord les tergiversations pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La complexit&#233; de cette bataille dans un environnement mondial nouveau rend d'autant plus obsol&#232;tes les extrapolations de ses &#233;pigones, enclins &#224; figer ses pens&#233;es pourtant vou&#233;es &#224; &#233;voluer et &#224; les consid&#233;rer comme un corps de doctrine achev&#233;, une Bible du Tiers Mondisme. Je partage en cela l'opinion de Fran&#231;ois Masp&#233;ro, dans sa pr&#233;face &#224; l'ouvrage de Alice Cherki. La question reste d'actualit&#233;, on continue &#224; observer comment en particulier des intellectuels organiques du pouvoir s'&#233;vertuent &#224; se couvrir d'un vernis fanonien pour justifier leurs positionnements &#224; g&#233;om&#233;trie variable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses qualit&#233;s de courage et d'honn&#234;tet&#233;, son sens de l'humain et sa sensibilit&#233; internationaliste, Fanon reste embl&#233;matique pour une partie de nos jeunes, &#224; la mani&#232;re dont l'est devenu Che Guevara &#224; l'&#233;chelle mondiale. Il y a quarante ans apr&#232;s l'&#233;quip&#233;e m&#233;morable du Che s'&#233;tait achev&#233;e dans un pays qui &#224; l'&#233;poque n'avait pas g&#233;n&#233;r&#233; les conditions d'un des vingt nouveaux Viet Nam escompt&#233;s. Aujourd'hui, les masses paysannes et indig&#232;nes particuli&#232;rement combatives de Bolivie (notamment les mineurs, ouvriers agricoles et paysans pauvres ) construisent et imposent leur projet r&#233;volutionnaire et unitaire par des voies remarquablement pacifiques et d&#233;mocratiques apr&#232;s avoir appris &#224; s'unir &#224; travers plusieurs d&#233;cennies de luttes tr&#232;s dures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre pays est harass&#233; par les &#233;preuves que lui ont fait subir les gestionnaires de l'apr&#232;s ind&#233;pendance. Mais les g&#233;n&#233;rations nouvelles ont commenc&#233; &#224; accumuler l'exp&#233;rience nationale et &#224; enregistrer les exp&#233;riences mondiales. Une relecture d&#233;passionn&#233;e et vigilante du message de Fanon pourrait contribuer &#224; ouvrir aux forces vives alg&#233;riennes leur propre voie d&#233;mocratique et pacifique, pour une relance dynamique et plus coh&#233;rente du processus de lib&#233;ration amorc&#233; par l'appel du 1er Novembre 1954.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S. H. 8 mai 2009&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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