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	<title>La Gauche</title>
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		<title>Les mouvements populaires indig&#232;nes au carrefour</title>
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		<dc:creator>Bernard Duterme</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'auteur est directeur du CETRI de Louvain-la-Neuve en Belgique. Il est auteur et coauteur de plusieurs ouvrages, &#233;tudes et articles sur les r&#233;bellions indig&#232;nes, les mouvements sociaux en Am&#233;rique latine et les rapports Nord-Sud. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; par Alternatives au Canada le 9 juin 2009. &lt;br class='autobr' /&gt;
La tendance de fond qu'on peut observer dans plusieurs pays d'Am&#233;rique latine est suffisamment originale et fragile pour que l'on s'y attarde. Originale, car le profil des mouvements populaires (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'auteur est directeur du CETRI de Louvain-la-Neuve en Belgique. Il est auteur et coauteur de plusieurs ouvrages, &#233;tudes et articles sur les r&#233;bellions indig&#232;nes, les mouvements sociaux en Am&#233;rique latine et les rapports Nord-Sud. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; par Alternatives au Canada le 9 juin 2009.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La tendance de fond qu'on peut observer dans plusieurs pays d'Am&#233;rique latine est suffisamment originale et fragile pour que l'on s'y attarde. Originale, car le profil des mouvements populaires indig&#232;nes qui y d&#233;fraient la chronique depuis quelques ann&#233;es &#8211; des Mapuches du Chili aux Mayas d'Am&#233;rique centrale en passant par les Aymaras et les Quechuas des Andes, les Kunas de Panama, etc. &#8211; tranche r&#233;solument avec les organisations r&#233;volutionnaires d'hier et les crispations identitaires d'aujourd'hui. Mais la tendance est aussi fragile, car si la dynamique indienne, plus affirmative que destructrice, a l'heur de s&#233;duire, elle est &#233;galement sujette &#224; des d&#233;rives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte d'&#233;mergence de ces mobilisations, c'est d'abord l'&#233;chec patent, en termes sociaux et environnementaux, de vingt ans de n&#233;olib&#233;ralisme sur le continent latino-am&#233;ricain. La concentration des richesses au sein d'une minorit&#233; est la plus haute de toute la plan&#232;te, 230 millions de personnes (44 % de la population de la r&#233;gion) vivent sous le seuil de pauvret&#233;. Le coefficient Gini, qui mesure le degr&#233; d'in&#233;galit&#233;, atteint le chiffre record de 0,57 (pour 0,29 en Europe et 0,34 aux &#201;tats-Unis). &#192; l'extr&#234;me polarisation sociale, dont les indig&#232;nes sont les premi&#232;res victimes, s'ajoutent les frustrations n&#233;es d'une d&#233;mocratisation strictement formelle de l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Participer sans s'assimiler&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais ce contexte n'explique pas tout. Les mobilisations indig&#232;nes actuelles tirent aussi leurs raisons d'&#234;tre et leurs originalit&#233;s d'autres influences, h&#233;ritages et brassages. Elles ont ceci de novateur qu'elles combinent des identit&#233;s (sociales, ethniques, territoriales), des revendications (&#233;conomiques, culturelles, politiques) et des modes d'action (massifs, symboliques, pacifiques) souvent antinomiques dans l'histoire des luttes. Identitaires sans &#234;tre r&#233;actionnaires, ouvertes sans &#234;tre d&#233;sincarn&#233;es, ces r&#233;bellions &#224; la fois indiennes et paysannes multiplient les ancrages &#8211; local, national et mondial &#8211; sans les opposer. Leurs aspirations portent autant sur la reconnaissance des droits humains des indig&#232;nes que sur la d&#233;mocratisation en profondeur des &#201;tats et la critique du mod&#232;le de d&#233;veloppement n&#233;olib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mouvements &#171; identitaires, r&#233;volutionnaires et d&#233;mocrates &#187; revendiquent une int&#233;gration sans assimilation et, contrairement &#224; certaines &#233;lites du nord du Mexique, de l'est de la Bolivie ou d'&#201;quateur, une autonomie sans s&#233;paration. Leur rapport au pouvoir et &#224; l'&#201;tat reste n&#233;anmoins pluriel et probl&#233;matique, tant&#244;t empreint d'une d&#233;fiance &#233;pidermique &#224; l'&#233;gard de la sc&#232;ne politique traditionnelle, comme les zapatistes du Chiapas, tant&#244;t m&#251; par la volont&#233; d'y acc&#233;der pour ne laisser &#224; personne d'autre le soin de la &#171; d&#233;coloniser &#187;, &#224; l'instar du Bolivien Evo Morales, premier indig&#232;ne &#224; acc&#233;der &#224; la pr&#233;sidence d'un pays o&#249; 62 % de la population se d&#233;finit comme &#233;tant d'origine indienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'originalit&#233; de ces mouvements n'est cependant ni &#224; essentialiser ni &#224; id&#233;aliser. Bien des d&#233;rives et des menaces les guettent. Internes et externes. En r&#233;action aux strat&#233;gies des &#201;tats ou des pouvoirs mis en cause &#8211; qui classiquement vont de la r&#233;pression &#224; la cooptation, en passant par des man&#339;uvres plus ou moins larv&#233;es de pourrissement des situations, de fragmentation des acteurs, d'institutionnalisation des revendications... &#8211;, l'exacerbation d'une dimension de ces mobilisations populaires, au d&#233;triment des autres caract&#233;ristiques, pourrait leur &#234;tre fatale. Des crispations culturalistes ou ethnicistes apparaissent de-ci de-l&#224;, tout comme des fuites en avant populistes lorsque les leaders succombent &#224; une surench&#232;re simplificatrice.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les autochtones et le &#171; virage &#224; gauche &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'impact sur les mouvements indig&#232;nes du &#171; virage &#224; gauche &#187; qu'a connu l'Am&#233;rique latine depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000 diff&#232;re n&#233;cessairement d'un endroit &#224; l'autre : les organisations indig&#232;nes ont jou&#233; un r&#244;le central dans le basculement &#224; gauche du pouvoir national, comme en Bolivie, plus ambigu comme en &#201;quateur, ou pratiquement nul comme au Venezuela, au Br&#233;sil et en Argentine. Paradoxalement, quatre des six pays les plus peupl&#233;s d'autochtones ont gard&#233; &#224; ce jour un pouvoir plut&#244;t &#224; droite : le Mexique, le P&#233;rou, le Guatemala et la Colombie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bolivie, Evo Morales jouit encore de la confiance des mouvements indig&#232;nes, populaires et syndicaux qui l'ont confirm&#233; &#224; la pr&#233;sidence du pays en 2008. Morales a &#233;t&#233; soutenu dans ses efforts conflictuels de r&#233;appropriation et de redistribution des richesses nationales (hydrocarbures, terres...) et, d&#233;but 2009, dans la promulgation d'une nouvelle Constitution. Mais cette confiance ne perdurera que si les indig&#232;nes finissent par en percevoir les b&#233;n&#233;fices. En &#201;quateur, le pr&#233;sident de gauche, Rafael Correa, porteur hier des revendications des mouvements sans pour autant y &#234;tre li&#233; organiquement, vient d'&#234;tre ais&#233;ment r&#233;&#233;lu en avril... sans l'appui de la Conf&#233;d&#233;ration des nationalit&#233;s indig&#232;nes d'&#201;quateur. La dynamique indienne &#233;quatorienne, divis&#233;e et &#233;gar&#233;e dans des strat&#233;gies politiques confuses, reproche aujourd'hui &#224; Correa de sacrifier les richesses naturelles nationales sur l'autel du productivisme et d'un d&#233;veloppement &#233;conomique non durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Mexique, l'option zapatiste, en marge des gauches mexicaines, mais longuement justifi&#233;e de ne pas soutenir le candidat social-d&#233;mocrate, Lopez Obrador, &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2006, a sans doute valu aux insurg&#233;s du Chiapas une bonne partie de leur relatif isolement politique actuel. Il leur reste &#224; parier sur la consolidation de &#171; l'autonomie de fait &#187; de la quarantaine de &#171; municipalit&#233;s en r&#233;bellion &#187; aux confins du Mexique, dans un contexte social, &#233;conomique et militaire qui leur est pourtant tr&#232;s d&#233;favorable. Au Guatemala, les s&#233;quelles de la longue et sanglante guerre entre militaires et gu&#233;rilla, dont les Mayas furent les premi&#232;res victimes concourent encore &#224; la fragmentation du mouvement indig&#232;ne et &#224; l'absence d'une gauche politique repr&#233;sentative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au P&#233;rou, o&#249; la population d'origine indienne est proportionnellement l'une des plus fortes du continent, un faisceau de facteurs historiques comme l'&#233;migration rurale massive et les mouvements de population ont affect&#233; les capacit&#233;s de mobilisation, ce qui explique jusqu'il y a peu l'inexistence d'un v&#233;ritable mouvement &#224; l'&#233;chelle nationale. Mais le soul&#232;vement r&#233;cent des indig&#232;nes de l'Amazonie contre la p&#233;n&#233;tration des &#171; multinationales pr&#233;datrices &#187; et les accords de libre-&#233;change n&#233;goci&#233;s par le gouvernement national, avec le Canada notamment, est en passe de contredire la tendance, d'autant plus si l'appui de leurs compatriotes andins se pr&#233;cise. En Colombie, dans un climat d&#233;l&#233;t&#232;re cr&#233;&#233; par la violence, l'autoritarisme et le n&#233;olib&#233;ralisme, l'activisme indig&#232;ne, dans toute sa diversit&#233; et en d&#233;pit d'une population autochtone tr&#232;s minoritaire, entend aussi apporter sa pierre &#224; l'&#233;mergence d'une gauche sociale et politique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas de figure, le destin plus ou moins heureux de ces mouvements d&#233;pendra des r&#233;ponses structurelles qu'ils parviendront &#224; forcer, de la capacit&#233; des soci&#233;t&#233;s latino-am&#233;ricaines &#224; partager la richesse et &#224; assumer la diversit&#233;, bref de leur capacit&#233; &#224; se d&#233;mocratiser v&#233;ritablement. En attendant, comme le pr&#233;cise Yvon Le Bot dans La grande r&#233;volte indienne, livre paru cette ann&#233;e, les r&#233;sultats &#171; les plus encourageants et les plus durables ont &#233;t&#233; obtenus au niveau local, parfois r&#233;gional, dans les domaines de l'&#233;ducation, de la sant&#233;, de la d&#233;mocratie communautaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* L'auteur est directeur du CETRI de Louvain-la-Neuve en Belgique. Il est auteur et coauteur de plusieurs ouvrages, &#233;tudes et articles sur les r&#233;bellions indig&#232;nes, les mouvements sociaux en Am&#233;rique latine et les rapports Nord-Sud. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; par Alternatives au Canada le 9 juin 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(28 juin 2009)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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