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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Le blairisme in situ</title>
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		<dc:date>2009-07-02T03:41:59Z</dc:date>
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		<dc:creator>Philippe Marli&#232;re </dc:creator>



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&lt;p&gt;Le site Contretemps a publi&#233; ici[1] le prologue de l'ouvrage de Philippe Marli&#232;re [1], La social-d&#233;mocratie domestiqu&#233;e : la voie blairiste (Aden &#233;ditions [2], 2008). &lt;br class='autobr' /&gt; Plus d'une ann&#233;e s'est &#233;coul&#233;e depuis le d&#233;part de Tony Blair du 10 Downing street. Ce laps de temps procure le recul n&#233;cessaire pour appr&#233;cier dans toute sa complexit&#233; l'h&#233;ritage de ce que l'on appelle le &#171; blairisme &#187;. Stricto sensu, le terme &#171; blairisme &#187; renvoie &#224; l'action politique de Tony Blair leader du Parti (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Strategie-" rel="directory"&gt;Strat&#233;gie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le site Contretemps a publi&#233; ici[1] le prologue de l'ouvrage de Philippe Marli&#232;re [1], La social-d&#233;mocratie domestiqu&#233;e : la voie blairiste (Aden &#233;ditions [2], 2008).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Plus d'une ann&#233;e s'est &#233;coul&#233;e depuis le d&#233;part de Tony Blair du 10 Downing street. Ce laps de temps procure le recul n&#233;cessaire pour appr&#233;cier dans toute sa complexit&#233; l'h&#233;ritage de ce que l'on appelle le &#171; blairisme &#187;. Stricto sensu, le terme &#171; blairisme &#187; renvoie &#224; l'action politique de Tony Blair leader du Parti travailliste entre 1994 et 2007 et Premier ministre de la Grande-Bretagne entre 1997 et 2007. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il peut &#233;galement d&#233;finir l'action politique entreprise par le New Labour au pouvoir, sous le leadership de Tony Blair. Mais il existe une acception encore plus large : le blairisme peut &#234;tre pens&#233; en termes d'h&#233;ritage laiss&#233; &#224; l'ensemble de la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne. Selon cette d&#233;finition, la &#171; voie blairiste &#187; n'est plus un pass&#233;, mais un avenir ; celui des forces social-d&#233;mocrates qui se sont inspir&#233;es et continuent de s'inspirer des id&#233;es et des politiques mises en &#339;uvre par Tony Blair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage propose de revenir sur la gen&#232;se du blairisme, les d&#233;bats qui ont &#233;t&#233; conduits autour de la Troisi&#232;me voie blairiste[1] [3] ; un discours combinant lib&#233;ralisme politique et &#233;conomique. Les aspects les plus significatifs de la politique men&#233;e entre 1997 et 2007 sont comment&#233;s : les r&#233;sultats &#233;conomiques, la r&#233;novation des services publics, la relation avec les syndicats du Trade Union Congress ou encore la politique &#233;trang&#232;re et europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TINA !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le bilan de dix ann&#233;es de politique blairiste doit donc &#234;tre examin&#233; &#224; l'aune du nouveau r&#233;visionnisme de la social-d&#233;mocratie[2] [4] : au d&#233;but du 20e si&#232;cle, le d&#233;bat opposa &#171; r&#233;formistes &#187; &#224; &#171; r&#233;volutionnaires &#187; ; les partisans d'une socialisation des moyens de production &#224; ceux qui peu &#224; peu pr&#244;n&#232;rent la coop&#233;ration avec le capitalisme &#224; travers l'&#233;tablissement d'une &#171; &#233;conomie mixte &#187;. Le blairisme peut &#234;tre per&#231;u comme la tentative la plus pouss&#233;e de d&#233;passer ce d&#233;bat centenaire en tra&#231;ant le sillon d'une social-d&#233;mocratie du libre march&#233;. Celle-ci se veut accompagnatrice de la mondialisation capitaliste &#224; quelques rares exceptions, pr&#232;s. Elle affiche sa fid&#233;lit&#233; aux objectifs traditionnels de justice sociale de la social-d&#233;mocratie, mais elle &#233;pouse de mani&#232;re acritique le capitalisme globalis&#233; et financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les le&#231;ons du blairisme sont encore &#224; tirer et elles nous am&#232;nent r&#233;solument &#224; scruter l'avenir ; celui de la social-d&#233;mocratie europ&#233;enne. Il convient en effet de voir dans le blairisme doctrinal ou politique une sorte de feuille de route, voire de mod&#232;le dont s'inspirent aujourd'hui tout ou partie des partis socialistes ou sociaux-d&#233;mocrates en Europe. L'attrait de la Troisi&#232;me est suffisamment fort pour ne laisser aucune de ces formations en dehors du pr&#234;t-&#224;-penser blairiste. Les partis socialistes belge et fran&#231;ais, pendant un temps les moins dispos&#233;s &#224; &#171; blairiser &#187; leur discours et leur politique, se sont depuis quelque temps rapproch&#233;s de l'action de l'ex-Premier ministre britannique, aussi bien dans le fond que dans la forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le New Labour fut triomphalement &#233;lu en mai 1997, une alternative s'offrait &#224; Tony Blair : il pouvait soit rompre avec le n&#233;olib&#233;ralisme thatch&#233;rien, discr&#233;dit&#233; et brutalement rejet&#233; par les &#233;lecteurs, soit composer avec le paysage laiss&#233; par les conservateurs sans fondamentalement le remettre en cause. Il &#233;tait pr&#233;visible que Blair et ses alli&#233;s retiendraient la deuxi&#232;me option, car ils avaient averti le public qu'il n'y aurait aucune rupture fondamentale avec le thatch&#233;risme, mais de simples inflexions de la politique conservatrice. Blair a longuement d&#233;clin&#233; le cri de guerre thatch&#233;rien : &#171; TINA &#187; ! (There Is No Alternative)[3] [5] : &#171; Les diff&#233;rences entre la droite et la gauche sont obsol&#232;tes[4] [6] &#187; (Tony Blair et Anthony Giddens) ; &#171; Il n'y a pas d'alternative &#224; la mondialisation [n&#233;olib&#233;rale] &#187; (l'ensemble du New Labour) ; &#171; Nous n'avons rien contre le fait que certains s'enrichissent outrageusement &#187; (Peter Mandelson) ou encore &#171; Je prendrai le pouvoir en tant que New Labour, je gouvernerai en tant que New Labour &#187; (Tony Blair). C'est en effet ce qui survint : le New Labour s'est adapt&#233; &#224; l'environnement thatch&#233;rien et ne l'a pas modifi&#233; de mani&#232;re substantielle. Il faut toutefois pr&#233;ciser que l'adaptation du blairisme au thatch&#233;risme s'est d&#233;roul&#233;e d'une mani&#232;re particuli&#232;re : le New Labour s'est donn&#233; une strat&#233;gie &#224; long terme, un projet qu'Antonio Gramsci appelait le &#171; transformisme &#187; (il trasformismo). Le blairisme peut essentiellement &#234;tre compris comme le transformisme de la social-d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire une variante particuli&#232;re de l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale. Cette variante diff&#232;re de la conception du &#171; gouvernement minimal &#187; mise en &#339;uvre par Ronald Reagan dans les ann&#233;es 80 ou du n&#233;oconservatisme &#233;tatsunien sous les pr&#233;sidences de George W. Bush. Elle s'attache &#224; consolider une soci&#233;t&#233; de march&#233; tout en maintenant un Etat social minimal charg&#233; de g&#233;rer les situations de d&#233;tresse sociale les plus criantes. En d&#233;pit de correctifs sociaux &#224; la marge, le fondamentalisme de march&#233; du projet blairiste est flagrant. Le New Labour de Tony Blair a soutenu inconditionnellement les institutions charg&#233;es de g&#233;rer le cours de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale (FMI, OMC, Banque mondiale) ; il a consolid&#233; la d&#233;r&#233;gulation et la flexibilit&#233; dans le monde de l'entreprise, sans accorder de contrepartie aux salari&#233;s : la l&#233;gislation sociale la plus restrictive en Europe h&#233;rit&#233;e de la p&#233;riode thatch&#233;rienne est rest&#233;e en place (&#224; l'exception de l'introduction d'un salaire minimum ; une concession faite aux syndicats par John Smith, le pr&#233;d&#233;cesseur de Tony Blair). Le blairisme est le courant de la social-d&#233;mocratie qui a fait de l'homme d'affaire et de l'entreprise priv&#233;e les &#233;talons de son action politique. Davantage, l'entrepreneur a &#233;t&#233; &#233;rig&#233; en mod&#232;le social. Depuis 1997, les services publics ont continu&#233; &#224; &#234;tre brad&#233;s et privatis&#233;s (le m&#233;tro de Londres, le trafic du contr&#244;le a&#233;rien, la poste, le service m&#233;dico-l&#233;gal). Les modes de gestion du priv&#233; ont &#233;t&#233; impos&#233;es dans des secteurs publics-cl&#233;s tels l'Ecole, la sant&#233; publique ou les prisons, &#224; travers les tr&#232;s controvers&#233;s partenariats public-priv&#233;[5] [7].&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La gouvernance blairiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le blairisme diff&#232;re du thatch&#233;risme dans le sens o&#249; il a temp&#233;r&#233; son n&#233;olib&#233;ralisme fondamental pour conserver le soutien de son &#233;lectorat traditionnel (la classe ouvri&#232;re et les salari&#233;s du secteur public). Ainsi, l'anti&#233;tatisme primaire des n&#233;olib&#233;raux de droite a &#233;t&#233; gomm&#233;. Le blairisme a pr&#233;f&#233;r&#233; parler d'un &#171; gouvernement actif &#187;, p&#226;le version du Welfare State. Le recours &#224; la notion n&#233;olib&#233;rale de &#171; gouvernance &#187; (et non au terme de &#171; gouvernement &#187;) indique de mani&#232;re subtile que le gouvernement du New Labour a adopt&#233; une nouvelle rationalit&#233;, celle qui s'inspire de la logique &#233;conomique. La &#171; gouvernance entrepreneuriale &#187; promeut la concurrence entre des prestataires de services, ne parle plus d'usagers mais de &#171; consommateurs &#187; et pr&#233;f&#232;re les m&#233;canismes de gestion de l'entreprise priv&#233;e &#224; ceux de l'administration publique. C'est dans le domaine de l'Etat que les r&#233;formes du New Labour ont essentiellement port&#233;. On peut &#224; ce titre parler d'une &#171; r&#233;invention &#187; de l'Etat ; c'est-&#224;-dire de l'apparition d'un &#171; Etat entrepreneur &#187;, con&#231;u et g&#233;r&#233; comme une entreprise priv&#233;e. Tony Blair a, &#224; diverses reprises, affich&#233; une nette pr&#233;f&#233;rence pour le &#171; priv&#233; &#187;, jug&#233; plus &#171; efficace &#187; et &#171; rentable &#187; que le &#171; public &#187;, consid&#233;r&#233; comme &#171; d&#233;pass&#233; &#187;, &#171; bureaucratique &#187; et donc &#171; inefficace &#187;. L'ex-Premier ministre a, &#224; diverses reprises, vertement critiqu&#233; les fonctionnaires (infirmi&#232;res, enseignants) qui s'opposaient &#224; la privatisation de l'Etat social, fustigeant la nature &#171; obsol&#232;te &#187; et &#171; corporatiste &#187; de leurs luttes. La notion d'&#171; int&#233;r&#234;t public &#187; a disparu des discours gouvernementaux et m&#233;diatiques. Le New Labour a repris les pr&#233;suppos&#233;s hay&#233;kiens et thatch&#233;riens selon lesquels le march&#233; est le vecteur essentiel du &#171; bien social &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; gouvernance &#187; blairiste a permis aux politiques n&#233;olib&#233;rales de se doter d'un second souffle. Ces r&#233;formes de l'Etat, r&#233;alis&#233;es branche professionnelle par branche professionnelle, ont naturalis&#233; le n&#233;olib&#233;ralisme. Elles ont fait en sorte que ces pratiques de gestion hautement politis&#233;es, soient per&#231;ues comme allant de soi, comme relevant de lois naturelles de la gestion et de l'&#233;conomie. On peut citer comme exemple le recours &#224; la notion de &#171; choix public &#187; (entre deux &#233;coles ou deux h&#244;pitaux, par exemple). En v&#233;rit&#233;, de &#171; choix &#187;, il n'en est gu&#232;re question dans la plupart des situations, car l'Etat se garde bien de donner les moyens aux &#171; consommateurs &#187; de discerner entre les bonnes et les mauvaises &#233;coles ou entre les bons ou mauvais h&#244;pitaux. Le public n'attendait pas tant de se voir offrir un &#171; choix &#187; souvent th&#233;orique ou illusoire. Il souhaitait pouvoir compter sur un service public de qualit&#233; et accessible dans leur quartier ou dans la ville o&#249; ils habitent, ce qu'ils n'ont pas obtenu dans nombre de cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; Etat blairiste &#187; est un Etat qui centralise les d&#233;cisions et les modes d'interventions &#171; strat&#233;giques &#187; (contrairement aux apparences, l'Etat n&#233;olib&#233;ral n'est ni d&#233;centralis&#233;, ni en retrait dans tous les domaines d'activit&#233;) et qui g&#232;re les micro-managements au niveau local. A l'inverse du thatch&#233;risme, il n'y a ici nulle tentative explicite d'endoctrinement aux suppos&#233;es &#171; valeurs du priv&#233; &#187;, mais une volont&#233; de se doter de &#171; valeurs nouvelles &#187; dans l'entreprise, dans les services publics, en encourageant certaines &#171; capacit&#233;s &#187; et en en &#171; d&#233;classant &#187; d'autres. En modifiant les conditions de travail, le gouvernement blairiste a tent&#233; de changer les mani&#232;res de faire, de travailler et aussi de penser le travail. Le point central de cette offensive manag&#233;riale a &#233;t&#233; d'&#233;valuer toute activit&#233; sociale non en fonction de l'int&#233;r&#234;t public (souci traditionnel de la gauche), mais des &#171; besoins &#187; et des &#171; choix &#187; des &#171; consommateurs &#187; et du &#171; libre march&#233; &#187;. L'Etat manag&#233;rial cher au blairisme n'a pas pour vocation de venir en aide aux plus d&#233;favoris&#233;s, mais d'aider les individus &#224; s'aider eux-m&#234;mes, sur le plan de la sant&#233;, de l'&#233;ducation ou des transports. Les classes moyennes ont subi de plein fouet ce mouvement de commercialisation des biens sociaux. Ils doivent dor&#233;navant payer cher des soins ou une &#233;ducation privatis&#233;s, car les services publics restent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; la tra&#238;ne. Les plus pauvres ne re&#231;oivent plus qu'une aide sociale r&#233;duite &#224; sa portion congrue, assortie de mesures de contr&#244;le de plus en plus draconiennes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un sous-agenda social-d&#233;mocrate&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le blairisme a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme &#171; progressiste &#187; ou &#171; de gauche &#187; par les blairistes car son projet de nature n&#233;olib&#233;rale s'accompagne d'un volet social-d&#233;mocrate subalterne (introduction d'un salaire minimum ; cr&#233;dit d'imp&#244;t familial ; incitations du retour &#224; l'emploi - en mettant la priorit&#233; sur les comp&#233;tences et la formation pour solidifier l'&#171; offre &#187; conform&#233;ment &#224; la priorit&#233; n&#233;olib&#233;rale ; investissements dans la sant&#233; publique et dans l'&#233;cole, mais en favorisant une logique n&#233;olib&#233;rale avec les partenariats priv&#233;s-publics). C'est cet aspect mineur de la politique gouvernementale que les cadres et les militants du New Labour &#233;voquent pour justifier un positionnement &#171; de gauche &#187; et montrer &#224; leurs &#233;lecteurs d&#233;sabus&#233;s qu'ils sont tout de m&#234;me &#171; diff&#233;rents &#187; des conservateurs. Cette dimension social-d&#233;mocrate est subordonn&#233;e &#224; la dimension n&#233;olib&#233;rale. Les partisans du New Labour ont trouv&#233; la parade &#224; l'accusation de &#171; trahison &#187; qui leur est souvent adress&#233;e. Ils affirment que les politiques mises en &#339;uvre (c'est-&#224;-dire la poursuite d'un Etat-march&#233;) constituent une adaptation n&#233;cessaire &#224; la poursuite de la justice sociale, objectif social-d&#233;mocrate. D'une certaine mani&#232;re, le g&#233;nie du blairisme est de feindre de red&#233;couvrir la &#171; question sociale &#187; (la pauvret&#233; infantile, par exemple) et de mettre en &#339;uvre des politiques sociales minimalistes pour s'exon&#233;rer de l'accusation de &#171; trahison &#187;. Ce l&#233;ger recentrage sur les exclus du syst&#232;me permet certes de rompre avec le capitalisme pur et dur de l'&#232;re thatch&#233;rienne. Cependant, la b&#233;quille sociale propos&#233;e par le blairisme a re-l&#233;gitim&#233; pour partie le n&#233;olib&#233;ralisme discr&#233;dit&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 90. Disons-le tout net : le blairisme a constitu&#233; une aubaine pour les tenants du capitalisme globalis&#233;. Alors que le thatch&#233;risme &#233;tait lessiv&#233;, il a pu compter sur le soutien z&#233;l&#233; d'un parti cens&#233; repr&#233;senter les int&#233;r&#234;ts du salariat. En cultivant un sous-programme social-d&#233;mocrate, le New Labour a d&#233;tourn&#233; l'attention de son action essentielle : la consolidation d'un Etat march&#233; en Grande-Bretagne et, accessoirement, au sein de l'Union europ&#233;enne. Les forces capitalistes et la droite se sont publiquement r&#233;jouies de voir qu'un parti &#171; de gauche &#187; acceptait de faire la basse besogne et sans rechigner ! En 2001, peu avant la deuxi&#232;me victoire n&#233;otravailliste, The Economist, publication n&#233;olib&#233;rale intransigeante, appelait &#224; un vote en faveur de Tony Blair. L'hebdomadaire le pr&#233;sentait alors comme le &#171; seul conservateur cr&#233;dible &#187;. Beau compliment ! Au demeurant, l'ensemble des forces et des dirigeants de la droite mondiale n'ont pas tari d'&#233;loges &#224; propos de l'action men&#233;e par Tony Blair et de son gouvernement : George W. Bush, Nicolas Sarkozy, Guy Verhofstadt, Silvio Berlusconi, Jos&#233; Maria Aznar, Jean-Pierre Raffarin et tant d'autres encore, ont point&#233; les convergences politiques profondes entre leur politique et celle de l'ex-leader travailliste. Un n&#233;olib&#233;ralisme temp&#233;r&#233; par quelques mesures correctives pour les plus pauvres : voil&#224; l'&#171; originalit&#233; &#187; du blairisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la Nouvelle social-d&#233;mocratie europ&#233;enne, le blairisme a &#233;t&#233; et demeure une source d'inspiration : un peu honteuse (dans les PS en France ou en Belgique, quoique de moins en moins) ou revendiqu&#233;e (la plupart des autres partis). C'est &#224; ce titre qu'une connaissance des m&#233;canismes de formation de la &#171; voie blairiste &#187;, c'est-&#224;-dire des choix et des pr&#233;suppos&#233;s politiques qu'elle sous-tend ou encore de son bilan est d'une br&#251;lante actualit&#233;. Qu'on s'en r&#233;jouisse ou qu'on le d&#233;plore, le blairisme constitue bien l'avenir de la social-d&#233;mocratie domestiqu&#233;e : une force politique qui, de renoncement en renoncement, en est venue &#224; mimer de plus en plus la droite r&#233;actionnaire. La douce m&#233;lodie de la &#171; r&#233;forme &#187; et de la &#171; modernit&#233; &#187; qu'elle nous susurre pour tout viatique, n'est ni progressiste, ni de gauche : elle n'est que l'expression d'une rupture historique avec les id&#233;aux &#233;galitaires et de justice sociale de la gauche europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[1] [8] Voir sur de point : Ph. Marli&#232;re, La Troisi&#232;me voie dans l'impasse. Essais sur Tony Blair et le New Labour, Paris, Editions Syllepse, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] [9] Ph. Marli&#232;re, &#171; La social-d&#233;mocratie &#187;, Encyclopedia Universalis (texte sur CD-Rom), Paris, Editions Encyclopedia Universalis, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] [10] Mme Thatcher r&#233;p&#233;tait inlassablement dans les ann&#233;es 80 qu'il n'y avait aucune alternative &#224; l'&#233;conomie de march&#233; n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] [11] R&#233;cemment, Walter Veltroni, post-social-d&#233;mocrate et leader du Parti d&#233;mocrate (ex-PCI et ex-Parti d&#233;mocratique de la gauche) a affirm&#233; que les d&#233;mocrates &#171; &#233;taient des r&#233;formistes &#187;, mais qu'ils &#171; n'&#233;taient pas de gauche &#187;. Revendiquer un tel positionnement pour un parti qui, plus que tout autre, s'est engag&#233; dans la &#171; voie blairiste &#187; n'est pas un acte fortuit. Ses thurif&#233;raires reconnaissent que le blairisme n'est pas de gauche et que les &#171; r&#233;formes &#187; ne sont pas l'apanage de la gauche. Voir M. Mora (entretien avec W. Veltroni), &#171; Somos reformistas, no de izquierdas &#187;, El Pa&#237;s, 1er mars 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] [12] Voir Chapitre 4 : Services publics et int&#233;r&#234;ts priv&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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