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		<title>&#171; Le coup d'&#201;tat au Honduras. Les raisons d'un &#233;chec. &#187;</title>
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		<dc:creator>Claude Morin</dc:creator>


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&lt;p&gt;Par Claude Morin Professeur (retrait&#233;) d'histoire latino-am&#233;ricaine Universit&#233; de Montr&#233;al 10 juillet 2009 Tir&#233; du site du centre d'&#233;tudes et de recherches internationales, publi&#233; dans ''Le Devoir''. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Premier coup d'&#201;tat en Am&#233;rique latine depuis la fin de la Guerre froide &#187;, a-t-on t&#244;t fait de proclamer. A-t-on oubli&#233; le coup d'&#201;tat du 11 avril 2002 au Venezuela m&#234;me s'il dura moins de 48 heures ? Le rapprochement avec la Guerre froide rappelle cependant que plusieurs coups d'&#201;tat (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;p&gt;Par Claude Morin &lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur (retrait&#233;) d'histoire latino-am&#233;ricaine&lt;br class='autobr' /&gt;
Universit&#233; de Montr&#233;al&lt;br class='autobr' /&gt;
10 juillet 2009&lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site du &lt;a href=&#034;http://www.cerium.ca/Le-coup-d-Etat-au-Honduras-Les&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;centre d'&#233;tudes et de recherches internationales&lt;/a&gt;, publi&#233; dans ''Le Devoir''.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Premier coup d'&#201;tat en Am&#233;rique latine depuis la fin de la Guerre froide &#187;, a-t-on t&#244;t fait de proclamer. A-t-on oubli&#233; le coup d'&#201;tat du 11 avril 2002 au Venezuela m&#234;me s'il dura moins de 48 heures ? Le rapprochement avec la Guerre froide rappelle cependant que plusieurs coups d'&#201;tat servirent &#224; renverser des gouvernements r&#233;formistes ou &#224; contrer les mouvements de revendication. L'Am&#233;rique centrale aura offert au XXe si&#232;cle un terreau fertile pour des dictatures militaires ou personnalistes (comme celles d'Ubico, de Car&#237;as, de Mart&#237;nez Hern&#225;ndez sur l'horizon 1930-1945 et surtout celle des Somoza jusqu'en 1979). L'URSS apr&#232;s 1947, puis Cuba &#224; partir de 1959 devinrent l'&#233;pouvantail. Les oligarchies et les militaires invoquaient la menace subversive pour s'opposer aux demandes et mouvements r&#233;formistes. La lutte contre le communisme servait de pr&#233;texte &#224; la r&#233;pression, &#224; des &#233;lections sur mesure. Les &#201;tats-Unis cautionnaient ou encourageaient la r&#233;ponse autoritaire. N'avaient-ils mis fin &#224; l'exp&#233;rience r&#233;formiste au Guatemala en 1954 avant d'utiliser ce pays comme laboratoire pour tester des m&#233;thodes de lutte anti-insurrectionnelle appliqu&#233;es bient&#244;t en Asie du sud-est ? Effet de la proximit&#233; des &#201;tats-Unis, les dictatures centre-am&#233;ricaines pouvaient faire bon m&#233;nage avec des &#233;lections p&#233;riodiques, des d&#233;bats parlementaires, la division des pouvoirs. Mais ce vernis ne doit pas faire allusion : l'&#201;tat de droit n'existait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Am&#233;rique centrale des dictatures, le Honduras s'est distingu&#233; depuis les ann&#233;es 50 comme la &#171; R&#233;publique du Pentagone &#187;. C'est au Honduras que la CIA a organis&#233; une attaque contre le Guatemala dans le cadre d'une guerre psychologique qui devait mener au renversement du gouvernement Arbenz en 1954. C'est du Honduras qu'elle orchestra l'invasion de Cuba en avril 1961. Les militaires honduriens furent entra&#238;n&#233;s et arm&#233;s par les &#201;tats-Unis. D&#232;s 1957, ils deviennent un acteur politique pr&#233;pond&#233;rant, n'h&#233;sitant pas &#224; mettre sur la touche les gouvernements civils. Dans les ann&#233;es 80, Washington fit du Honduras une plate-forme pour sa strat&#233;gie d'agression contre le Nicaragua sandiniste et de soutien logistique &#224; l'arm&#233;e salvadorienne contre le FMLN. Le Honduras ressemblait &#224; un porte-avions. Washington obligea alors les militaires &#224; remettre le gouvernement aux civils afin de doter le pays d'une fa&#231;ade &#171; d&#233;mocratique &#187;. La constitution de 1982 est un produit de ce ravalement. Cette fa&#231;ade servait &#224; dissimuler une militarisation de la soci&#233;t&#233;. Les militaires profit&#232;rent de largesses. Le g&#233;n&#233;ral Alv&#225;rez eut un temps carte blanche pour frapper tout &#233;l&#233;ment jug&#233; &#171; subversif &#187;. Les assassinats et les disparitions frapp&#232;rent les organisations populaires. Des manoeuvres se d&#233;roulaient annuellement en territoire hondurien. La prostitution, les drogues et les maladies v&#233;n&#233;riennes accompagn&#232;rent les exercices. Avec la fin de la guerre civile au Nicaragua et au Salvador vers 1991, l'assistance US (1,3 milliard $ entre 1981 et 1987) fondit et le budget national en fut affect&#233;. La d&#233;militarisation se heurta &#224; une r&#233;sistance chez ceux qui avaient profit&#233; politiquement et &#233;conomiquement du conflit. La criminalit&#233; connut une escalade ici comme au Salvador. Quantit&#233; de soldats se recycl&#232;rent dans le trafic des narcotiques et les sales besognes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lites honduriennes ont fait preuve de myopie et n'ont pas assum&#233; leurs responsabilit&#233;s sociales. Le Honduras a incarn&#233; jusqu'&#224; la caricature la &#171; R&#233;publique banani&#232;re &#187; ouverte &#224; toutes les ing&#233;rences et &#224; la corruption. Une longue tradition de servilit&#233; et de vassalit&#233; forme le tissu de son histoire. Que de fois les &#233;lites honduriennes ont pens&#233; assurer leur prosp&#233;rit&#233; en s'associant &#224; des int&#233;r&#234;ts &#233;trangers qui ne voyaient dans ce pays qu'un peuple indolent et des richesses &#224; exploiter. Apr&#232;s avoir pens&#233; offrir un territoire pour construire un canal interoc&#233;anique, les &#233;lites virent dans la banane le produit qui allait faire la richesse du pays. Les soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res se disputaient des concessions et appuyaient des partis politiques rivaux ou des dictateurs pour obtenir des faveurs. L'assistance est devenue par la suite la nouvelle vache &#224; lait, favorisant des enrichissements plus ou moins licites, voire la corruption la plus &#233;hont&#233;e. Si cette source rapporte d&#233;sormais moins, elle n'a pas disparu. Parall&#232;lement le Honduras a multipli&#233; les concessions pour attirer des usines de sous-traitance, des soci&#233;t&#233;s mini&#232;res (y compris du Canada) et des soci&#233;t&#233;s foresti&#232;res. Les poss&#233;dants ont d&#233;montr&#233; une attitude d&#233;fensive face aux demandes sociales. Plus de la moiti&#233; de la population vit en-de&#231;&#224; du seuil de pauvret&#233;. Le pays occupe le 114e rang mondial pour l'indice de d&#233;veloppement humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Manuel Zelaya est issu de l'&#233;lite. Son &#233;pouse est la fille d'un g&#233;n&#233;ral qui occupa la pr&#233;sidence. Sa famille a m&#234;me &#233;t&#233; m&#234;l&#233;e &#224; l'assassinat de deux pr&#234;tres et de 15 militants paysans dont les cadavres furent trouv&#233;s en 1975 sur la propri&#233;t&#233; familiale Los Horcones. Industriel forestier et &#233;leveur, il acc&#233;da &#224; la direction d'associations patronales. &#201;lu d&#233;put&#233; en 1984, il a occup&#233; plusieurs postes dans des gouvernements lib&#233;raux. Il appartenait &#224; la faction progressiste du parti lib&#233;ral et fut charg&#233; de la direction de programmes sociaux. &#201;lu de justesse en novembre 2005 sous la banni&#232;re lib&#233;rale, il avait fait campagne pour une approche sociale de la criminalit&#233; face &#224; un adversaire qui pr&#244;nait la r&#233;pression la plus dure, y compris la restauration de la peine de mort (abolie en 1937). On peut donc lui attribuer une sensibilit&#233; progressiste qui le d&#233;marquait au sein de sa classe et des partis politiques. Sa gestion pr&#233;sidentielle confirmera bient&#244;t cette tendance. Il augmente de 60 % le salaire minimum, il cr&#233;e un fonds pour la protection des for&#234;ts, il abaisse le prix du carburant. Mais surtout il Il d&#233;veloppe des relations avec le pr&#233;sident Ch&#225;vez. Un accord avec Petrocaribe permet au Honduras de diff&#233;rer de 25 ans les paiements sur la moiti&#233; du p&#233;trole qu'il ach&#232;te et d'utiliser les fonds ainsi &#233;conomis&#233;s pour financer des programmes sociaux. Et il adh&#232;re en 2008 &#224; l'Alternative bolivarienne pour les Am&#233;riques. Il devint clair pour les Honduriens que Manuel Zelaya glisse &#224; gauche, d'autant plus qu'il se rend &#224; Cuba et y rencontre Fidel Castro en mars dernier. En m&#234;me temps que les &#233;lites d&#233;noncent ce virage, les mouvements sociaux connaissent une nouvelle vigueur et font entendre leurs revendications. Des regroupements voient le jour (COPINH, Bloque popular, Unificaci&#243;n democr&#225;tica, etc.). Cela ne fait pas de Manuel Zelaya un &#171; socialiste &#187;. Il ressemble tout au plus &#224; Jacobo Arbenz. Il cherche &#224; lib&#233;rer son pays de la tutelle &#233;tats-unienne, mais sans envisager une rupture. Il ancre le Honduras dans des alliances r&#233;gionales et latino-am&#233;ricaines. S'adaptant aux vents nouveaux, rompant avec plusieurs politiques n&#233;olib&#233;rales des gouvernements ant&#233;rieurs, il inscrit son action dans une volont&#233; de rendre effective la participation citoyenne, d'approfondir la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pays aussi conservateur, avec ce pass&#233; de servilit&#233; et d'oppression, Manuel Zelaya d&#233;range tous les puissants. Les &#233;lites ne se reconnaissent plus dans l'homme. Dans la consultation annonc&#233;e pour le 28 juin - sur l'opportunit&#233; d'ajouter une quatri&#232;me urne lors des &#233;lections g&#233;n&#233;rales du 29 novembre prochain - elles ont vu une manoeuvre destin&#233;e &#224; leur opposer l'opinion publique et &#224; conf&#233;rer une l&#233;gitimit&#233; &#224; la campagne en faveur de la convocation d'une assembl&#233;e constituante. Tous les pouvoirs se sont alors ligu&#233;s contre Zelaya : le Congr&#232;s (y compris son parti), la Cour supr&#234;me, l'&#201;glise, les m&#233;dias, les forces arm&#233;es. M&#234;me si la consultation n'&#233;tait pas contraignante et ne pouvait &#234;tre assimil&#233;e &#224; un referendum, ils n'ont pas voulu courir le risque d'&#234;tre mis en minorit&#233; par le &#171; peuple &#187;. Ils ont pr&#233;tendu que Zelaya cherchait par ce moyen &#224; arracher un second mandat, ce qu'interdit la constitution de 1982. Le v&#233;ritable enjeu &#233;tait l'&#233;laboration d'une nouvelle constitution pour fonder un Honduras r&#233;ellement d&#233;mocratique. &#192; court terme, une constituante peut fournir l'occasion &#224; des d&#233;bats qui font avancer la participation citoyenne. La proc&#233;dure peut se transformer en une &#233;cole. Le projet pouvait permettre aux organisations populaires et indig&#232;nes de faire entendre leurs voix. Voil&#224; pourquoi elles appuyaient massivement la d&#233;marche qui &#233;tait d&#233;j&#224; endoss&#233;e par 500 000 signatures. Plusieurs regroupements s'&#233;taient form&#233;s pour soutenir l'initiative qui avait port&#233; ses fruits au Venezuela, en Bolivie et en &#201;quateur. La soci&#233;t&#233; civile n'avait eu aucun r&#244;le dans la r&#233;daction de la constitution de 1982 ni dans son approbation. La constitution ne pr&#233;voyait aucune consultation populaire. Ses r&#233;dacteurs appartenaient aux deux partis qui se sont partag&#233; le pouvoir depuis plus d'un si&#232;cle, des partis r&#233;guli&#232;rement fragment&#233;s par des ambitions personnelles, des instruments de client&#233;lisme, des partis qui n'ont toujours pas vocation d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas juriste, mais je crois que la Cour supr&#234;me a fait une lecture limitative et &#233;minemment politique de la constitution afin de proclamer le caract&#232;re ill&#233;gal de la consultation. Tous les autres corps se sont servis de cette d&#233;cision pour justifier leur action contre le pr&#233;sident Zelaya. Tous ont travaill&#233; de concert. Les militaires ont utilis&#233; la force pour arr&#234;ter le pr&#233;sident et l'exiler au Costa Rica. Ils ont pr&#233;tendu agir au nom des instances juridiques. Le Congr&#232;s s'est ensuite r&#233;uni. Il a pr&#233;tendu disposer d'une lettre dat&#233;e du 25 juin par laquelle Zelaya avait signifi&#233; sa d&#233;mission invoquant la polarisation du pays et des raisons de sant&#233;. &#192; l'&#233;vidence il s'agissait d'un faux fabriqu&#233;. Puis il a d&#233;sign&#233; son pr&#233;sident comme successeur. En l'absence du vice-pr&#233;sident qui avait renonc&#233; &#224; ses fonctions pour briguer les suffrages aux &#233;lections de novembre, le pr&#233;sident du Congr&#232;s, Roberto Micheletti, &#233;tait le pr&#233;tendant d&#233;sign&#233;. Les apparences &#233;taient sauvegard&#233;es : le Congr&#232;s destituait le pr&#233;sident, nommait un successeur et les militaires laissaient le pouvoir aux civils. L'alliance civilo-militaire avait bien fonctionn&#233;. Les m&#233;dias ont &#233;galement jou&#233; leur r&#244;le. Apr&#232;s avoir chauff&#233; l'atmosph&#232;re dans une campagne anti-Zelaya, ils s'imposaient un blackout complet sur le coup avant de se faire les porte-parole du nouveau r&#233;gime. Les m&#233;dias favorables &#224; Zelaya ont &#233;t&#233; sortis des ondes. Niant la r&#233;alit&#233; du coup d'&#201;tat, tous les pouvoirs ont voulu faire croire &#224; une &#171; succession constitutionnelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sc&#233;nario s'inspire du coup d'&#201;tat du 11 avril 2002 au Venezuela : la capture du pr&#233;sident par les militaires, la fausse d&#233;mission, le blackout m&#233;diatique. Ch&#225;vez et le Venezuela servaient d'&#233;pouvantail pour discr&#233;diter Zelaya et son projet. La parent&#233; d&#233;passe la simple imitation. L'opposition v&#233;n&#233;zu&#233;lienne a &#233;t&#233; tr&#232;s active au Honduras r&#233;cemment. L'oligarchie v&#233;n&#233;zu&#233;lienne, &#224; d&#233;faut de faire tomber Hugo Ch&#225;vez au Venezuela, voulait le vaincre &#224; l'&#233;tranger. En identifiant Zelaya &#224; Ch&#225;vez, elle a pens&#233; prendre sa revanche. Ses partis et ses m&#233;dias n'ont donc pas d&#233;nonc&#233; le coup, bien au contraire. On peut comprendre dans ce contexte que le pr&#233;sident Ch&#225;vez se soit engag&#233; avec une grande vigueur verbale &#224; d&#233;fendre Zelaya et &#224; vilipender les putschistes. Cette collaboration entre les deux oligarchies pourrait expliquer que les &#233;lites honduriennes se soient compl&#232;tement illusionn&#233;es quant &#224; la viabilit&#233; de la solution retenue. L'importance du facteur externe explique que les putschistes aient vis&#233; &#233;galement Patricia Rodas, la ministre des Relations ext&#233;rieures, rudoy&#233;e et expuls&#233;e au Mexique et qu'ils aient menac&#233; les ambassadeurs du Venezuela et de Cuba. La droite aux &#201;tats-Unis (au Congr&#232;s, dans les m&#233;dias) et la droite en Am&#233;rique latine soutiennent les putschistes. Elles ne voient en Zelaya qu'un alli&#233; de Ch&#225;vez qu'elles diabolisent. Cette solidarit&#233; de classe n'est pas &#233;trang&#232;re non plus &#224; la position ambigu&#235;, du bout des l&#232;vres en somme, qu'adoptera le gouvernement canadien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; la diff&#233;rence de ce qui s'est pass&#233; au Venezuela ce n'est pas d'abord la rue qui peut remettre Manuel Zelaya au pouvoir. Les organisations populaires n'ont pu se mobiliser comme elles le firent au Venezuela. Des ordres de capture ont &#233;t&#233; &#233;mis contre les dirigeants (plus de quatorze) ainsi que les ministres du gouvernement Zelaya. Beaucoup se sont r&#233;fugi&#233;s dans des ambassades, ont fui le pays ou se sont mis &#224; l'abri. Le couvre-feu a &#233;t&#233; proclam&#233;. Les partisans de Zelaya peuvent bien d&#233;fier les putschistes en tenant des manifestations. Les forces de s&#233;curit&#233; ont occup&#233; tout le terrain et la r&#233;pression brutale s'abat avec des morts, des bless&#233;s, des arrestations. Zelaya n'a pu disposer, &#224; la diff&#233;rence de Ch&#225;vez, de la loyaut&#233; de militaires. Ce qui aura fait la diff&#233;rence dans le cas du Honduras aura &#233;t&#233; la r&#233;probation unanime et imm&#233;diate du coup d'&#201;tat par tous les gouvernements d'Am&#233;rique latine et par diverses instances r&#233;gionales (ALBA, Groupe de Rio, UNASUR, etc.). L'Organisation des &#201;tats am&#233;ricains n'aura pas h&#233;sit&#233; cette fois &#224; condamner le coup d'&#201;tat et aura d&#233;ploy&#233; beaucoup d'&#233;nergie &#224; r&#233;tablir l'ordre constitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; r&#233;side &#233;galement dans l'attitude des &#201;tats-Unis. L'administration Obama n'a jamais reconnu les putschistes. Le D&#233;partement d'&#201;tat a vite d&#233;nonc&#233; le caract&#232;re ill&#233;gal de la destitution. Le pr&#233;sident Obama, apr&#232;s s'&#234;tre limit&#233; &#224; exprimer sa &#171; vive pr&#233;occupation &#187;, a r&#233;clam&#233; la restauration de Manuel Zelaya dans ses fonctions. Il a de la sorte envoy&#233; un message clair. Cela ne veut pas dire que certaines agences &#233;tats-uniennes n'aient pas contribu&#233; &#224; la crise. On voit mal l'&#233;tat-major et les officiers form&#233;s dans les &#233;coles militaires du Pentagone s'aventurer dans cette op&#233;ration sans en discuter au pr&#233;alable avec les repr&#233;sentants du Pentagone sur place (la base de Soto Cano abrite 500 militaires &#233;tats-uniens). USAID financent plusieurs programmes au Honduras. Certaines agences ont servi ailleurs de bras civil &#224; des op&#233;rations de propagande, de formation et de subversion. Ainsi dans une entrevue &#224; CNN, dimanche matin, la directrice locale de l'organisme Paix et D&#233;mocratie d&#233;fendait le caract&#232;re l&#233;gal de l'op&#233;ration en cours. La rumeur d'un coup d'&#201;tat a couru d&#232;s le 24 juin. Qu'a fait l'ambassadeur pour dissuader les putschistes de recourir &#224; cette solution ? Des pr&#233;c&#233;dents nous rappellent que les instances &#233;tats-uniennes, surtout dans une situation de tensions ou de crise, ne fonctionnent pas &#224; l'unisson. Les &#201;tats-Unis gardent plusieurs fers au feu et leurs repr&#233;sentants agissent suivant plusieurs sc&#233;narios.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat est condamn&#233; &#224; l'&#233;chec. La communaut&#233; internationale a d&#233;montr&#233; un soutien unanime au pr&#233;sident Zelaya, isolant ainsi les putschistes. L'esprit des r&#233;solutions &#233;tait que son retour se fasse sans conditions pr&#233;alables. Le r&#233;gime ill&#233;gal tient t&#234;te &#224; la communaut&#233; internationale et aux manifestations internes d'appui au pr&#233;sident d&#233;chu. Comment ramener les putschistes &#224; la raison ? Par des promesses d'immunit&#233;, par l'exil des principaux chefs, par des pressions multiples et combin&#233;es ? Le Venezuela a coup&#233; ses livraisons de p&#233;trole, plusieurs pays ont rappel&#233; leurs ambassadeurs. Les &#201;tats-Unis ont suspendu certaines formes d'assistance, mais disposent de plusieurs leviers d&#233;cisifs : les mettre en action d&#233;montrerait la solidit&#233; de leur engagement en faveur d'un retour &#224; l'ordre constitutionnel. On voit mal comment le r&#233;gime pourrait se maintenir longtemps au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc croire que Manuel Zelaya sera restaur&#233; dans ses fonctions. Il a d&#233;clar&#233; en conf&#233;rence de presse &#224; New York qu'il n'accepterait pas un second mandat. C'&#233;tait un argument massue de la d&#233;sinformation entourant l'opposition &#224; la consultation. Le pr&#233;sident Zelaya reviendra aur&#233;ol&#233;, avec un prestige accru. Sa base sociale sortira &#233;largie de cette &#233;preuve, mais le pays se retrouvera encore plus polaris&#233;. Face &#224; tous les pouvoirs qui l'ont rejet&#233;, quel sera son pouvoir effectif d'ici janvier 2010 ? Jusqu'o&#249; voudra-t-il et pourra-t-il aller dans l'exercice des pr&#233;rogatives pr&#233;sidentielles qui sont fort grandes en vertu m&#234;me de la constitution et des pratiques latino-am&#233;ricaines ? Un candidat &#224; la succession pourra-t-il poursuivre l'oeuvre entreprise ? Ou le Honduras oligarchique aura-t-il stopp&#233; pour un temps cette marche vers un Honduras moins in&#233;galitaire, plus d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Morin, Professeur retrait&#233;. D&#233;partement d'histoire. Universit&#233; de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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