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		<title>Th&#233;ories et militantismes queer : r&#233;flexion &#224; partir de l'exemple fran&#231;ais</title>
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&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res GIRARD Gabriel 17 juillet 2009 ________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Contexte d'&#233;mergence aux Etats-Unis : &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;mergence de mouvements ou de th&#233;ories auto-d&#233;finit comme &#171; queer &#187; aux Etats-Unis s'inscrit dans un contexte politique particulier, qu'il est n&#233;cessaire de resituer rapidement : 1) D'une part, politiquement : &#224; la fin ann&#233;es 1980, apr&#232;s 10 ans de pr&#233;sidence Reagan/Bush, la gauche politique et intellectuelle am&#233;ricaine est d&#233;faite : les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Non-a-l-homophobie-" rel="directory"&gt;Non &#224; l 'homophobie&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
GIRARD Gabriel &lt;br class='autobr' /&gt;
17 juillet 2009&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contexte d'&#233;mergence aux Etats-Unis :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de mouvements ou de th&#233;ories auto-d&#233;finit comme &#171; queer &#187; aux Etats-Unis s'inscrit dans un contexte politique particulier, qu'il est n&#233;cessaire de resituer rapidement : 1) D'une part, politiquement : &#224; la fin ann&#233;es 1980, apr&#232;s 10 ans de pr&#233;sidence Reagan/Bush, la gauche politique et intellectuelle am&#233;ricaine est d&#233;faite : les r&#233;publicains ont impos&#233; une politique ultra-lib&#233;rale, l'ordre moral est triomphant, sur fond d'&#233;pid&#233;mie de sida, etc. Ce rapport de force va &#233;videmment avoir des effets r&#233;els sur les mouvements gays, lesbiens et f&#233;ministes et leurs perspectives strat&#233;giques. Plus largement, les mouvements sociaux sont affaiblis et ce qui reste de la gauche radicale/intellectuelle est cantonn&#233; dans certains campus universitaires. 2) Deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment de contexte, les ann&#233;es 1980 sont celles du retour de b&#226;ton anti-f&#233;ministe, et sont marqu&#233;es par l'affaiblissement des groupes radicaux, mais aussi pas une relative institutionnalisation des courants les plus r&#233;formistes. L'essentialisme, qui consid&#232;rent hommes et femmes, homosexuels et h&#233;t&#233;rosexuels comme naturellement diff&#233;rents, gagne une large audience, et touche &#233;galement les mouvements gays et lesbiens, on assiste aussi &#224; des &#233;volutions essentialistes. Pour beaucoup d'homosexuel-le-s, il s'agit alors d'obtenir une acceptation dans la soci&#233;t&#233; en tant que minorit&#233;, sans remettre en cause l'ordre social in&#233;galitaire et homophobe. Certain gays vont m&#234;me revendiquer la recherche des causes g&#233;n&#233;tiques de l'homosexualit&#233;, afin de fonder la reconnaissance de l'homosexualit&#233; sur une donn&#233;e naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 1980, les strat&#233;gies de revendications de ces mouvements vont donc progressivement s'appuyer sur des r&#233;alit&#233;s fig&#233;es (minorit&#233;s essentialis&#233;es et/ou naturelles, etc), afin d'obtenir une reconnaissance sociale et politique et des droits sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements intellectuels et militants &#171; queer &#187;, lorsqu'ils se d&#233;veloppent &#224; la fin des ann&#233;es 1990, sont donc porteurs d'une d&#233;marche politique en rupture avec l'air du temps : il s'agit clairment de s'opposer aux &#233;volutions essentialistes des mouvements gays et f&#233;ministes am&#233;ricains. Il s'agit aussi de r&#233;affirmer que les identit&#233;s issues des cadres d'oppression ne sont pas des donn&#233;es naturelles et fig&#233;es, mais des constructions sociales et politiques. Ces pr&#233;misses radicales s'inscrivent alors clairement dans la continuit&#233; des mouvements d'&#233;mancipation des ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le &#171; queer &#187; va rapidement conna&#238;tre, au cours des ann&#233;es 1990 et 2000 un succ&#232;s important, s'institutionnalisant m&#234;me au sein des universit&#233;s am&#233;ricaines (queer studies), &#224; la faveur du d&#233;veloppement de courants intellectuels post-modernes. La diffusion &#224; plus large &#233;chelle du queer entra&#238;ne des usages tr&#232;s divers du terme, du plus militant et radical, au plus normatif et lib&#233;ral ! Notons enfin que les principales th&#233;oriciennes du &#171; queer &#187; ne se reconnaissent souvent pas compl&#232;tement dans ce terme (pr&#233;f&#233;rant se dire f&#233;ministes), ni dans certains des usages militants et intellectuels qui sont fait du queer. De fait, les th&#233;ories &#171; queer &#187; repr&#233;sentent aujourd'hui un ensemble h&#233;t&#233;rog&#232;ne, une n&#233;buleuse intellectuelle et politique, que nous n'aurons pas la pr&#233;tention (ni le temps) de pr&#233;senter ici de mani&#232;re exhaustive !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Pourquoi s'y int&#233;resser ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re raison, c'est parce qu'il y a dans la plupart des pays du Nord des usages politiques du &#171; queer &#187; dans les mouvances LGBT et dans certains courants du f&#233;minisme. Cette r&#233;f&#233;rence au &#171; queer &#187; s'est diffus&#233;e peu &#224; peu au cours depuis la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1990, (dans certains milieux associatifs), &#224; travers des colloques ou des s&#233;minaires universitaires, dans des publications militantes et/ou acad&#233;miques. En France, par exemple, l'importation des th&#233;ories queer a b&#233;n&#233;fici&#233; de plusieurs facteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Premier facteur : dans le contexte de l'&#233;pid&#233;mie de sida, la pr&#233;existence depuis la fin des ann&#233;es 1980 d'un mouvement comme Act Up Paris, qui, m&#234;me s'il ne se d&#233;finit jamais comme queer, a contribu&#233; &#224; reposer politiquement la question des minorit&#233;s sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Deuxi&#232;mement, la r&#233;&#233;mergence, dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1990, d'un mouvement LGBT large &#224; l'&#233;chelle de la France, dans lequel coexistent des associations qui m&#234;lent convivialit&#233; et politique, des associations en qu&#234;te de respectabilit&#233; et de reconnaissance (APGL), mais aussi des groupes tr&#232;s radicaux qui remettent en cause l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233;. Malgr&#233; l'accord quasi g&#233;n&#233;ral dans le mouvement sur la revendication d'&#233;galit&#233;, les tensions et conflits sur les strat&#233;gies et les modes d'action vont contribuer &#224; polariser ce mouvement h&#233;t&#233;rog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Enfin, la relance des mouvements f&#233;ministes, apr&#232;s 1995, qui va aussi s'accompagner de violents conflits, au tournant des ann&#233;es 2000 : d&#233;bat sur la prostitution, le voile, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contexte de remobilisation et de complexification des d&#233;bats va constituer un terreau favorable &#224; la r&#233;ception et &#224; l'usage des th&#233;ories queer. Le terme &#171; queer &#187;, qui reste l&#224; encore un terme flou et ind&#233;fini, appara&#238;t globalement comme une critique de l'essentialisme des mouvements LGBT et f&#233;ministes, une forme de radicalit&#233; renouvel&#233;e. S'il n'y a pas de mouvement &#171; queer &#187;, ni de courant intellectuel &#171; queer &#187; en tant que tels en France, les usages vari&#233;s et r&#233;currents du terme nous invitent &#224; mieux comprendre les enjeux politiques sous-jacents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons organis&#233; cet expos&#233; autour de deux grandes questions, &#224; partir desquelles nous explorerons les th&#233;ories queer, et qui seront chaque fois l'occasion de les discuter, et d'en signaler les apports et les limites :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) La diff&#233;renciation sexe/genre/sexualit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) La question des strat&#233;gies politiques d'&#233;mancipation dans les th&#233;ories queer&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; 1) Sexe/genre/sexualit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'un des &#233;l&#233;ments les plus int&#233;ressants du queer, c'est sans doute la reformulation de la critique du syst&#232;me patriarcal, comme &#233;tant un syst&#232;me, un dispositif d'articulation entre sexe, genre et sexualit&#233;, fond&#233; sur le primat de la norme h&#233;t&#233;rosexuelle reproductive obligatoire. En fait, pour bien resituer cette reformulation, il faut prendre en consid&#233;ration le contexte f&#233;ministe des ann&#233;es 1980, qui est domin&#233; aux Etats-Unis par les courants essentialistes. En soi, cette critique n'est en soi cependant pas fondamentalement nouvelle, car elle est issue des probl&#233;matisations f&#233;ministes et lesbiennes des ann&#233;es 1970. En effet, l'un des grands acquis th&#233;orique du f&#233;minisme au cours des ann&#233;es 1970, c'est l'&#233;tablissement d'une distinction entre sexe et genre (Oakley, 1972). Le sexe &#233;tant analys&#233; comme un donn&#233; &#171; biologique &#187;, non d&#233;terminant, et le genre comme la construction sociale et politique encadrant les diff&#233;rences biologiques. A l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233;, de nombreux d&#233;bats ont port&#233; (et continuent) sur l'importance/la part respective du culturel et du biologique dans la d&#233;termination des rapports hommes/femmes. Les courants f&#233;ministes mat&#233;rialistes et &#171; lutte de classe &#187;, d&#233;fendent la pr&#233;&#233;minence du culturel, et donc d'un ordre social qui peut &#234;tre chang&#233;, et dans lequel le biologique n'est qu'un support. A l'inverse, les th&#233;ories les plus diverses (essentialistes, et plus ou moins farfelues) se sont d&#233;velopp&#233;es sur l'origine naturelle, g&#233;n&#233;tique, etc. des &#171; diff&#233;rences &#187; entre hommes et femmes. La distinction sexe/genre marque une &#233;tape essentielle pour la pens&#233;e f&#233;ministe, mais elle comporte un &#233;cueil, qui est apparu rapidement dans les d&#233;bats (aux USA comme en France, cf l'usage d&#233;politis&#233; de &#171; genre &#187;) : en centrant l'analyse sur le genre, comme construit social, on risque de laisser de c&#244;t&#233; le sexe, et donc de le r&#233;ifier. Le sexe devient alors, de fait, un &#233;l&#233;ment non interrog&#233;, naturalis&#233;, comme s'il s'agissait d'un invariant social et historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les critiques &#171; queer &#187; apportent une lecture int&#233;ressante, en remobilisant des analyses f&#233;ministes mat&#233;rialistes. En s'appuyant sur les travaux m&#233;dicaux concernant l'intersexualit&#233;, les chercheuses queer vont en effet s'attacher &#224; d&#233;montrer que le sexe est aussi une construction sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intersexualit&#233; d&#233;signe le fait qu'&#224; la naissance le sexe de l'enfant pr&#233;sente une ambigu&#239;t&#233;, et qu'on ne peut pas d&#233;terminer s'il est m&#226;le ou femelle. Dans ce cas, la m&#233;decine a d&#233;velopp&#233; des protocoles de r&#233;assignation arbitraire de sexe, accompagn&#233; d'op&#233;rations et de traitements hormonaux extr&#234;mement violents. A partir de ces pratiques m&#233;dicales, ce que montre ces travaux queer, c'est que le sexe, les organes g&#233;nitaux ne sont en fait pas des marqueurs si clairs et si pr&#233;cis qu'on voudrait le croire. Sans parler uniquement des intersexes, les variations importantes de la taille, de la forme, du d&#233;veloppement des organes g&#233;nitaux, rendent tr&#232;s floue la d&#233;termination d'une fronti&#232;re stricte entre &#171; hommes &#187; et &#171; femmes &#187;. Certaines chercheurses sugg&#232;rent alors parler de continuum des sexes, ou de multiplicit&#233; non polaris&#233;e des formes des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, et c'est bien ce qu'illustre la r&#233;assignation arbitraire des enfants intersexes, il n'y a pas de naturalit&#233; &#233;vidente de la diff&#233;rence des sexes, mais bien une pr&#233;&#233;minence du social, du genre, sur le sexe. Le sexe, comme marqueur &#171; naturel &#187; de la diff&#233;rence hommes/femmes, fait donc bien l'objet d'un travail politique : on est &#171; homme &#187; ou &#171; femme &#187;, et l'ambigu&#239;t&#233; n'est pas tol&#233;rable, parce qu'elle remet en cause le fondement m&#234;me du syst&#232;me de classement. A l'encontre d'une forme de biologisation/naturalisation du sexe, soutenue par certains courants f&#233;ministes essentialistes, cette approche th&#233;orique permet d'historiciser et de probl&#233;matiser l'attention port&#233; au sexe et de l'analyser comme un des effets du syst&#232;me politique de genre. A partir de cette approche de l'articulation sexe/genre, les th&#233;oriciennes &#171; queer &#187; proposent d'analyser le genre comme d&#233;termin&#233; par un dispositif de sexualit&#233;, entendu comme un syst&#232;me organis&#233; autour de la norme &#171; h&#233;t&#233;rosexuelle obligatoire &#187;. Dans cette perspective, c'est le syst&#232;me politique h&#233;t&#233;rosexuel qui fonde les rapports sociaux de genre, en s'appuyant sur des constructions sociales du sexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce que cela apporte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, l'int&#233;r&#234;t de ces analyses du syst&#232;me sexe/genre/sexualit&#233;, c'est leur critique radicale de l'essentialisme, que ce soit en mati&#232;re de sexe, de genre ou de sexualit&#233;. En remettant en cause l'&#233;vidence de cat&#233;gories qui paraissent naturelles, ces perspectives mettent en lumi&#232;re un ordre social et politique arbitraire, issu de rapports de force et de pouvoir : et donc un ordre qui peut &#234;tre renvers&#233;. De plus, l'articulation des trois dimensions permet de probl&#233;matiser la sexualit&#233; (pratiques, orientations), en lien avec le genre, et non en addition, ou sans aucun lien, comme c'est souvent le cas dans les mouvements LGBT ou f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela peut para&#238;tre &#233;vident pour des militants de la gauche radicale/marxiste car le f&#233;minisme lutte de classe dont nous nous r&#233;clamons, est radicalement anti-essentialisme. Mais la r&#233;activation par des auteures &#171; queer &#187;, comme Butler, de cette critique anti-essentialiste pr&#233;sente l'int&#233;r&#234;t de remettre en discussion les conceptions des relations sexe/genre. L'analyse de Butler, et c'est sans doute l'un des points que nous devrons discuter, est en rupture avec une partie des analyse f&#233;ministes, pour lesquelles la normativit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle est un effet, ou une cons&#233;quence des rapports de genre. De ce fait, les th&#233;ories &#171; queer &#187; placent la sexualit&#233; et la remise en cause de l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; obligatoire au c&#339;ur du f&#233;minisme, et c'est aussi l&#224; que r&#233;side l'int&#233;r&#234;t de cette critique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; 2) Strat&#233;gies/politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme il n'y existe pas de courant politique, ni d'&#233;cole th&#233;orique &#171; queer &#187; structur&#233;es ou homog&#232;nes, il n'existe pas une perspective strat&#233;gique d'&#233;mancipation &#171; queer &#187; unique. Mais le auteures comme Butler ou Sedgwick affirment explicitement leur volont&#233; de lier th&#233;orie et pratiques militantes, et d&#233;montrent une attention permanente aux implications militantes de leurs &#233;crits. Si on ne peut pas tracer LA strat&#233;gie queer, il est donc int&#233;ressant de se pencher sur 1) ce qu'en disent des th&#233;oriciennes comme B, et 2) comment les productions th&#233;oriques queer sont lues/appropri&#233;es dans les mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Minorit&#233;s et questions strat&#233;giques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Butler, la question strat&#233;gique dans les mouvements d'&#233;mancipation implique une forte attention &#224; ce qu'elle appelle les &#171; sujets &#187; des mouvements sociaux. Quel est le sujet politique du f&#233;minisme ? Quels sont les sujets politiques des mouvements LGBT ? demande-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re ces interrogations, elle questionne en fait les identit&#233;s politiques qui servent de supports aux mouvements sociaux. Cette interrogation est, pour elle, &#233;videmment tr&#232;s li&#233;e au contexte des luttes f&#233;ministes et gays aux USA : en effet, ses critiques ciblent explicitement l'essentialisme de ces mouvements. Pour elle, l'affirmation identitaire &#171; femmes &#187;, ou &#171; gay &#187;, si elle est utile strat&#233;giquement pour construire des mobilisations collectives fond&#233;es sur un v&#233;cu commun de l'oppression, doit faire l'objet d'une r&#233;flexion critique permanente. Prenant l'exemple des mouvements f&#233;ministes, elle montre que l'affirmation &#171; nous les femmes &#187;, qui a &#233;t&#233; un formidable moteur d'affirmation politique, a rapidement produit des lectures fig&#233;es et essentialistes du terme &#171; femme &#187;. Ce processus politique essentialiste, en supposant une homog&#233;n&#233;it&#233; de la cat&#233;gorie &#171; femme &#187;, exclut de fait les exp&#233;riences minoritaires, v&#233;cues par les lesbiennes, les femmes noires, les migrantes, les femmes prol&#233;taires&#8230; Butler reproche au mouvement f&#233;ministe majoritaire aux Etats-Unis de fonder implicitement son identit&#233; collective sur l'exp&#233;rience des seules femmes blanches, h&#233;t&#233;rosexuelle, issues de milieux ais&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon elle, il est donc n&#233;cessaire de penser l'instabilit&#233;, la complexit&#233; et m&#234;me les conflits au sein du groupes des femmes, (en articulant toujours l'analyse de l'articulation des rapports de genre/race/classe) afin d'&#233;viter le pi&#232;ge de l'essentialisme. Sedgwick et Butler produisent des critiques &#233;quivalentes des processus de normalisation et d'essentialisation des mouvements gays et lesbiens. Il s'agit dans les deux cas de penser le sujet des luttes hors ou au-del&#224; des cadres identitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique radicale de l'essentialisme au sein m&#234;me des mouvements d'&#233;mancipation est tout &#224; fait int&#233;ressante, et pas forc&#233;ment nouvelle pour nous, qui portons cette critique dans les mouvements sociaux LGBT ou f&#233;ministes. Son int&#233;r&#234;t est aussi de proposer une grille de lecture politique non identitaire de la situation des &#171; minorit&#233;s dans la minorit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critiquant les pr&#233;suppos&#233;s identitaires homog&#233;n&#233;isant, Butler propose de penser le sujet des luttes (les &#171; femmes &#187;, les &#171; gays &#187;, les &#171; lesbiennes &#187;) comme le produit des luttes, et non comme un pr&#233;alable, donn&#233; d'avance. Les mouvements f&#233;ministes ou LGBT doivent alors se penser comme des coalition de minoritaires, reconnaissant les diversit&#233; des modalit&#233;s de l'oppression, et dont les alliances avec d'autres minorit&#233;s permettraient de d&#233;passer les limites des mobilisations identitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Usages du queer et strat&#233;gies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le climat tr&#232;s d&#233;fensif, qui a des effets r&#233;els sur les capacit&#233;s de mobilisation des mouvements f&#233;ministes et LGBT, contribue &#224; expliquer le repli et le raidissement identitaire de certains groupes depuis les ann&#233;es 1980. Tout en prenant en compte ce contexte, nous nous retrouvons d'ailleurs assez bien dans la critique queer de certaines &#233;volutions de ces luttes, particuli&#232;rement vraie pour les associations LGBT. Pour reprendre les propose d'une chercheuses qu&#233;b&#233;coise, D. Lamoureux, le f&#233;minisme et les luttes LGBT se sont progressivement constitu&#233; &#171; en groupe d'int&#233;r&#234;t &#187;, porteurs d'int&#233;r&#234;t pour les femmes ou les personnes LGBT, et qui &#171; contribue &#224; la fragmentation de l'espace politique &#187; (Lamoureux, 2005). Cette &#233;volution peut &#234;tre tout &#224; fait utile, en terme de conqu&#234;te (ou de d&#233;fense) des droits. Mais elle referme la possibilit&#233; d'alliances avec les autres mouvements sociaux, et l'id&#233;e d'une remise en cause plus globale de l'ordre social. En r&#233;action, un certain nombre de mouvements sociaux se sont appropri&#233;s des &#233;l&#233;ments des th&#233;ories &#171; queer &#187;. Il serait sans doute abusif de parler d'une influence des th&#233;ories queer sur les mouvements sociaux, mais on peut observer une convergence de r&#233;flexions et de pratiques, critiques vis-&#224;-vis de la gauche et des pratiques militantes traditionnelles. Comme le souligne E. Dorlin (2007), le mouvement altermondialiste a notamment pu &#234;tre un laboratoire politique de pratiques qu'on pourrait qualifier de &#171; queer &#187;. Cette id&#233;e de coalition des minorit&#233;s n'est cependant pas sans poser un certain nombre de questions, que ce soit dans une perspective strat&#233;gique, mais aussi &#224; l'aune des exp&#233;riences r&#233;centes dans les mouvements altermondialistes, LGBT, f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, avec le queer, on est face &#224; une n&#233;buleuse, donc pas un courant d&#233;fini, ce qui complique la possibilit&#233; d'avoir des d&#233;bats contradictoires. Cependant, l'attrait qu'exercent les &#233;crits queer aupr&#232;s de nombreux militants et universitaires rend n&#233;cessaire d'&#233;tablir des discussions. Nous avons aussi un int&#233;r&#234;t &#233;vident &#224; lire et travailler sur ce qui dans les th&#233;ories queer peut nous apporter politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais pr&#233;senter, pour finir, et introduire la discussion, les dimensions du queer qui nous ont int&#233;ress&#233; pour cet expos&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'un des points qui nous semble les plus int&#233;ressant, c'est que les th&#233;ories &#171; queer &#187; proposent une r&#233;activation salutaire et radicale de la critique anti-essentialiste. La lecture politique et articul&#233;e du syst&#232;me sexe/genre/sexualit&#233; nous para&#238;t productive, et elle appelle sans doute des d&#233;bats entre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) On doit aussi prendre en compte &#224; quoi correspond cette volont&#233; qui se manifeste &#224; travers le queer (dans les assoces, les groupes, etc.) de penser des mouvements sociaux plus inclusifs. Sans faire du jeunisme, on ne peut pas non plus n&#233;gliger l'effet de g&#233;n&#233;ration qui se manifeste &#224; travers la cr&#233;ation de groupes ou de collectifs f&#233;ministes, trans, gais et lesbiens radicaux&#8230;Le d&#233;veloppement et l'existence de courants critiques des identit&#233;s essentialistes est plut&#244;t une bonne nouvelle, et le reconna&#238;tre n'emp&#234;che pas (au contraire) de pousser les d&#233;bats strat&#233;giques avec ces militants. On a d&#233;j&#224; dit quelques mot sur les limites, voire les illusions dont sont porteuses les exp&#233;rimentations de la lib&#233;ration &#171; ici et maintenant &#187;. Mais cela nous interroge aussi sur notre capacit&#233; &#224; discuter et proposer des perspectives radicales et mobilisatrices sur les questions de genre et de sexualit&#233; ! Dans un contexte tr&#232;s d&#233;fensif, les queer et les groupes apparent&#233;s ont sans doute le m&#233;rite de proposer des mise en &#339;uvre imm&#233;diate de la lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Enfin, il faut discuter des limites du queer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; le jeu avec les identit&#233;s, pouss&#233; par un effet de mode, peut rapidement s'approcher d'une id&#233;ologie individualiste et lib&#233;rale, niant ou sous-estimant les conditions de vie r&#233;elles, et critiquant ceux qui n'arrivent pas &#224; se lib&#233;rer eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les risques de r&#233;essentialisation : comment pr&#233;venir les &#233;cueils de l'essentialisme, m&#234;me au sein d'une &#171; coalition minoritaire &#187; ? Le risque est r&#233;el de reconduire des groupes identitaires, au nom de la reconnaissance des situations minoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le refus/la critique de l'organisation : Les th&#233;ories &#171; queer &#187; ont trouv&#233; un &#233;cho important dans la critique des organisations, et particuli&#232;rement de la forme &#171; parti &#187;. L'id&#233;e de coalition de minoritaires entrent en congruence avec certaines exp&#233;rimentations des mouvements altermondialistes ou LGBT : la mise en place de groupes affinitaires aux contours flous, ou le refus des cadres d'organisation structur&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Un d&#233;saccord strat&#233;gique de fond avec certaines th&#233;oriciennes/militantes queer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nos d&#233;saccords avec certaines analyses queer sont nombreux. D'une part, elles n'expliquent pas comment organiser et structurer ces pratiques de subversion, pour remettre en cause le syst&#232;me de genre. On retombe alors dans l'&#233;cueil de la possibilit&#233; (illusoire) d'une lib&#233;ration individuelle des aux carcans sociaux. D'autre part, et c'est dans la m&#234;me logique, elles refusent de fa&#231;on virulente d'envisager la n&#233;cessit&#233; d'un moment transitoire et de formes d'organisation transitoires, autour de revendications unifiantes. Alors que si nous d&#233;fendons les droits des femmes, ce n'est pas par go&#251;t de l'essentialisme, mais bien pour r&#233;pondre &#224; des n&#233;cessit&#233;s concr&#232;tes, pour changer la soci&#233;t&#233; dans son ensemble ! Enfin, et cela rejoint un d&#233;bat plus large au sein des mouvements altermondialistes, l'approche en terme de multiplication des genre ou de coalition des minorit&#233;s met largement de c&#244;t&#233; la question du pouvoir. La subversion doit remplacer ce qu'elle consid&#232;re comme &#171; l'illusion &#187; du renversement du syst&#232;me. On retrouve l&#224; encore les limites des strat&#233;gies de subversion : en faisant l'&#233;conomie de penser la question du pouvoir, et de la conqu&#234;te du pouvoir les courants &#171; queer &#187; ou influenc&#233;s par le &#171; queer &#187; n&#233;gligent g&#233;n&#233;ralement l'analyse de l'Etat comme appareil r&#233;pressif et id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Distribu&#233; comme mat&#233;riel de lecture au &#171; Seminare International sur les Strat&#233;gies LGBT &#187; organis&#233; par l'IIRF (Amsterdam). Cette contribution est une version retravaill&#233;e d'une pr&#233;snetation faie &#224; l'universit&#233; d'&#233;t&#233; de la LCR en 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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