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	<title>La Gauche</title>
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		<title>Notre r&#244;le dans la catastrophe ha&#239;tienne</title>
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		<dc:date>2010-02-16T04:40:42Z</dc:date>
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		<dc:creator>Peter Hallward</dc:creator>



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&lt;p&gt;Tir&#233; de la revue Contretemps 13 janvier 2010 _________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Un tremblement de terre de la magnitude de celui qui a ravag&#233; Ha&#239;ti aurait provoqu&#233; d'&#233;normes dommages &#224; n'importe quelle grande ville du monde, mais ce n'est pas un hasard si la majeure partie de Port-au-Prince ressemble d&#233;sormais &#224; une zone de guerre. La meilleure mani&#232;re de comprendre les ravages du dernier d&#233;sastre en date &#224; frapper Ha&#239;ti consiste &#224; l'interpr&#233;ter comme une nouvelle cons&#233;quence d'une s&#233;rie d'agissements (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;p&gt;Tir&#233; de la revue Contretemps&lt;br class='autobr' /&gt;
13 janvier 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Un tremblement de terre de la magnitude de celui qui a ravag&#233; Ha&#239;ti aurait provoqu&#233; d'&#233;normes dommages &#224; n'importe quelle grande ville du monde, mais ce n'est pas un hasard si la majeure partie de Port-au-Prince ressemble d&#233;sormais &#224; une zone de guerre. La meilleure mani&#232;re de comprendre les ravages du dernier d&#233;sastre en date &#224; frapper Ha&#239;ti consiste &#224; l'interpr&#233;ter comme une nouvelle cons&#233;quence d'une s&#233;rie d'agissements r&#233;solument humains qui s'inscrit dans une longue et horrible s&#233;quence historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pays a affront&#233; plus que son lot de catastrophes. Des centaines de morts &#224; Port-au-Prince durant le tremblement de terre de juin 1770, l'&#233;norme tremblement de terre du 7 mai 1842 aurait tu&#233; &#224; lui seul 10'000 personnes au nord de l'&#238;le, dans la ville de Cap-Haitien. Des ouragans frappent l'&#238;le &#224; intervalles r&#233;guliers, les derniers en date en 2004 et 2008 ; les temp&#234;tes de septembre 2008 ont inond&#233; la ville de Gona&#239;ves et d&#233;truit l'essentiel de sa fr&#234;le infrastructure, tuant plus de mille personnes et d&#233;truisant plusieurs milliers d'habitations. L'ampleur des destructions provoqu&#233;es par ce tremblement de terre ne sera probablement pas mesurable avant plusieurs semaines. Des r&#233;parations, m&#234;me minimales, prendront des ann&#233;es et l'impact &#224; long terme de cette catastrophe est incalculable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;anmoins d&#233;j&#224; tr&#232;s clair que cet impact sera le r&#233;sultat d'une longue histoire d'appauvrissement et d'asservissement d&#233;lib&#233;r&#233;. Ha&#239;ti est traditionnellement d&#233;crit comme &#034;le pays le plus pauvre de l'h&#233;misph&#232;re occidental&#034;. Cette pauvret&#233; constitue l'h&#233;ritage direct du syst&#232;me colonial probablement le plus brutal de l'histoire, aggrav&#233; par des d&#233;cennies d'oppression post-coloniale syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La noble &#034;communaut&#233; internationale&#034;, qui s'affaire &#224; envoyer son &#034;aide humanitaire&#034; &#224; Ha&#239;ti est largement responsable de l'&#233;tendue des souffrances qu'elle cherche &#224; r&#233;duire. Depuis l'invasion et l'occupation du pays par les USA en 1915, toute tentative politique visant &#224; permettre au peuple ha&#239;tien de passer &#034;de la mis&#232;re absolue &#224; une pauvret&#233; digne&#034; (pour reprendre les termes de l'ancien Pr&#233;sident Jean-Bertrand Aristide) a &#233;t&#233; violemment et d&#233;lib&#233;r&#233;ment bloqu&#233;e par le gouvernement &#233;tasunien et certains de ses alli&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Aristide lui-m&#234;me (&#233;lus par pr&#232;s de 75% des votants) fut la derni&#232;re victime de ce projet lorsqu'il fut destitu&#233; par un coup d'Etat soutenu internationalement, qui fit des milliers de victimes et laissa la population dans un &#233;tat de ressentiment inextinguible. L'ONU a ensuite maintenu une &#233;norme et co&#251;teuse force de pacification et de stabilisation dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha&#239;ti est d&#233;sormais un pays dans lequel, selon les meilleures &#233;tudes disponibles, environ 75% de la population &#034;vit avec moins de 2$ par jour et 56% - 4,5 millions de personnes &#8211; vit avec moins de 1$ par jour&#034;. Des d&#233;cennies d'&#034;ajustements&#034; n&#233;olib&#233;raux et de d'interventions n&#233;o-imp&#233;rialistes ont priv&#233; son gouvernement de toute capacit&#233; significative d'investir pour sa population ou de r&#233;guler son &#233;conomie. Le caract&#232;re punitif du commerce international et des arrangements financiers impliquent que ce d&#233;nuement et cette impuissance vont rester des caract&#233;ristiques structurelles de la vie ha&#239;tienne dans l'avenir proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la pauvret&#233; et l'impuissance qui expliquent l'ampleur de l'horreur qui touche Port-au-Prince actuellement. Depuis la fin des ann&#233;es 1970, les assauts n&#233;olib&#233;raux n'ont laiss&#233; aucun r&#233;pit &#224; l'&#233;conomie agraire ha&#239;tienne et pouss&#233; des dizaines de milliers de petits paysans &#224; grossir les rangs de bidonvilles surpeupl&#233;s. Bien qu'il n'existe pas de statistiques fiables, des centaines de milliers d'habitants de Port-au-Prince vivent d&#233;sormais dans des habitations informelles d&#233;sesp&#233;r&#233;ment insalubres, souvent perch&#233;es de mani&#232;re pr&#233;caire &#224; proximit&#233; de ravins ravag&#233;s par la d&#233;forestation. La s&#233;lection des personnes vivant dans ces conditions n'est pas plus &#034;naturelle&#034; ou accidentelle que l'&#233;tendue des dommages qu'elles ont subi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'affirme le directeur de l'Institut pour la Justice et la D&#233;mocratie d'Ha&#239;ti, Brian Concannon : &#034;Ces personnes se sont install&#233;es-l&#224; car eux, ou leurs parents, ont &#233;t&#233; intentionnellement chass&#233;s de la campagne par les politiques d'aides et de commerce con&#231;ues express&#233;ment dans le but de cr&#233;er une grande force de travail captive et donc exploitable pour les villes ; par d&#233;finition, ce sont des personnes qui n'ont pas les moyens de construire des habitations pouvant r&#233;sister &#224; un tremblement de terre.&#034; De m&#234;me, les infrastructures urbaines de base &#8211; eau courant, &#233;lectricit&#233;, routes, etc &#8211; sont rest&#233;es scandaleusement inad&#233;quates et souvent m&#234;me inexistantes. La capacit&#233; du gouvernement &#224; mobiliser un secours r&#233;pondant quelque type de d&#233;sastre que ce soit est proche de z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, la communaut&#233; internationale gouverne Ha&#239;ti depuis le coup d'Etat de 2004. Les m&#234;mes &#201;tats qui tentent d'envoyer une aide d'urgence en Ha&#239;ti ont, durant les cinq derni&#232;res ann&#233;es, constamment vot&#233; contre toute extension du mandat de l'ONU au-del&#224; des objectifs militaires imm&#233;diats. Les propositions pour r&#233;orienter certains de ces &#034;investissements&#034; vers la r&#233;duction de la pauvret&#233; ou le d&#233;veloppement agraire ont &#233;t&#233; bloqu&#233;es afin de respecter les modalit&#233;s qui continuent &#224; fa&#231;onner la distribution de l'&#034;aide&#034; internationales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me temp&#234;te qui a fait tant de victimes en 2008 a touch&#233; Cuba aussi durement mais n'a tu&#233; que quatre personnes. Cuba a &#233;chapp&#233;e aux pires effets de la &#034;r&#233;forme&#034; n&#233;olib&#233;rale et son gouvernement a conserv&#233; sa capacit&#233; &#224; prot&#233;ger son peuple du d&#233;sastre. Si nous voulons s&#233;rieusement aider Ha&#239;ti &#224; traverser cette crise, alors nous devons prendre en compte cette comparaison. En plus des secours d'urgence, nous devons nous interroger sur ce que nous devons faire pour rendre au peuple et aux institutions d'Ha&#239;ti leur capacit&#233; d'auto-d&#233;termination. Si nous prenons au s&#233;rieux l'aide que nous voulons apporter, nous devons cesser de vouloir contr&#244;ler le gouvernement ha&#239;tien, de vouloir pacifier ses citoyens et de vouloir exploiter son &#233;conomie. Ensuite, nous devons commencer &#224; payer, au moins en partie, les dommages que nous avons caus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction de Rapha&#235;l Ramuz&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publication originale, guardian.co.uk, Wednesday 13 January&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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