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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Sortir du pi&#232;ge de la dette</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre KHALFA </dc:creator>


		<dc:subject>Dettes et d&#233;ficits</dc:subject>
		<dc:subject>Dictature de la dette</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La dette est donc triplement ill&#233;gitime : elle est le produit des cadeaux fiscaux fait aux dominants, de la crise financi&#232;re dont ils sont responsables et du recours aux march&#233;s financiers auxquels ils participent. Sortir de la situation actuelle suppose d'abord d'annuler au moins partiellement les dettes publiques en Europe, un audit citoyen de la dette publique devant d&#233;terminer la fraction de la dette &#224; annuler et les acteurs concern&#233;s par cette annulation. Il faut ensuite une autre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Dictature-de-la-dette-+" rel="tag"&gt;Dictature de la dette&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L116xH150/arton3244-39a35.png?1631032294' class='spip_logo spip_logo_right' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La dette est donc triplement ill&#233;gitime : elle est le produit des cadeaux fiscaux fait aux dominants, de la crise financi&#232;re dont ils sont responsables et du recours aux march&#233;s financiers auxquels ils participent. Sortir de la situation actuelle suppose d'abord d'annuler au moins partiellement les dettes publiques en Europe, un audit citoyen de la dette publique devant d&#233;terminer la fraction de la dette &#224; annuler et les acteurs concern&#233;s par cette annulation. Il faut ensuite une autre politique mon&#233;taire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le gouvernement fran&#231;ais vient d'annoncer un plan d'aust&#233;rit&#233; bas&#233; sur plus de 10 milliards d'&#233;conomies. Il prolonge les mesures d&#233;j&#224; engag&#233;es comme par exemple le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant &#224; la retraite. Que ce plan soit fortement in&#233;quitable n'est pas pour surprendre de la part d'un gouvernement qui a fait de la protection des riches sa boussole principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de son caract&#232;re socialement inacceptable, cette orientation, mise en &#339;uvre par tous les pays europ&#233;ens, est &#233;conomiquement stupide. Dans une Europe &#233;conomiquement int&#233;gr&#233;e, dans laquelle les clients des uns sont les fournisseurs des autres, l'aust&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e est porteuse d'une logique r&#233;cessive qui est d&#233;j&#224; en route et qui touchera tous les pays. Une spirale absurde est en train de se mettre en place : pour r&#233;duire les d&#233;ficits, les gouvernements mettent en &#339;uvre des plans d'aust&#233;rit&#233; drastique, ceux-ci vitrifient l'activit&#233; &#233;conomique, ce qui r&#233;duit les recettes fiscales&#8230; et accro&#238;t les d&#233;ficits, justifiant ainsi de nouveaux tours de vis qui aggraveront encore la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortir de ce pi&#232;ge suppose d'abord de traiter la question de la dette. La crise financi&#232;re et la r&#233;cession qui a suivi ont &#233;videmment jou&#233; leur r&#244;le dans l'accroissement des d&#233;ficits (perte de recettes fiscales, d&#233;penses suppl&#233;mentaires avec les plans de relance et le sauvetage des banques). Ainsi, le d&#233;ficit public de la France est pass&#233; entre 2007 et 2009 de 2,7% &#224; 7,5% du PIB et sa dette publique de 63,8% &#224; 77,6% du PIB. Il s'agit donc de savoir si la petite minorit&#233; de dominants qui, par son avidit&#233;, a &#233;t&#233; responsable de la crise va en faire les frais ou si le co&#251;t de la crise va &#234;tre support&#233; par la grande majorit&#233; de la population. Le choix des plans d'aust&#233;rit&#233; montre que les gouvernements ont choisi la seconde solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la dette ne date pas de la crise financi&#232;re. Avant celle-ci, son accroissement est d&#251; essentiellement aux cadeaux fiscaux fait aux m&#233;nages les plus riches et aux entreprises, notamment les plus grandes. Le rapport d'information, que le d&#233;put&#233; UMP Gilles Carrez a &#233;tabli en juillet 2010 dans le cadre du d&#233;bat d'orientation budg&#233;taire, donne des &#233;l&#233;ments qui permettent d'&#233;valuer l'impact de &#171; dix ann&#233;es de pertes de recettes non compens&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a ainsi pu calculer, qu'en l'absence des cadeaux fiscaux, le d&#233;ficit budg&#233;taire n'aurait &#233;t&#233; que en de 3,3% en 2009 au lieu de 7,5%, la France connaissant m&#234;me, dans ce cadre, un l&#233;ger exc&#233;dent budg&#233;taire en 2006, 2007 et 2008. Paul Champsaur et Jean-Philippe Cotis dans le Rapport sur la situation des finances publiques d'avril 2010 font une analyse similaire : &#171; En l'absence de baisses de pr&#233;l&#232;vements, la dette publique serait environ 20 points de PIB plus faible aujourd'hui qu'elle ne l'est en r&#233;alit&#233;, g&#233;n&#233;rant ainsi une &#233;conomie annuelle de charges d'int&#233;r&#234;ts de 0,5 point de PIB. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une logique imparable s'est donc mise progressivement en place. Les m&#233;nages les plus riches b&#233;n&#233;ficient d'all&#232;gements fiscaux cons&#233;quents que ce soit en mati&#232;re d'imp&#244;t sur le revenu, d'une imposition moindre de leur patrimoine et des revenus de ce dernier. Ils d&#233;gagent ainsi des liquidit&#233;s qu'ils peuvent pr&#234;ter &#224; l'&#201;tat qui en a justement besoin &#224; cause de ces all&#232;gements fiscaux et qui leur verse une r&#233;tribution pour cela. Ils touchent un double &#171; dividende &#187; : moins d'imp&#244;t et plus de rente. La dette est donc fondamentalement inacceptable car elle repr&#233;sente un transfert financier de la grande masse de la population vers les plus riches. C'est la grande masse des contribuables qui, &#224; travers la fiscalit&#233;, paye la charge de la dette et c'est elle qui en subit les cons&#233;quences avec la r&#233;duction des d&#233;penses publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accroissement de la dette publique repose sur le fait que les &#201;tats sont oblig&#233;s d'emprunter sur les march&#233;s financiers. Mais pourquoi donc doivent-ils s'endetter sur les march&#233;s financiers ? En France, une r&#233;forme de la Banque de France a &#233;t&#233; vot&#233;e en 1973 sous l'impulsion de Val&#233;ry Giscard d'Estaing, ministre des finances de Georges Pompidou. Cette r&#233;forme a interdit au Tr&#233;sor public d'emprunter directement &#224; la Banque de France &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t nuls ou tr&#232;s faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque de France ne peut donc plus financer par de la cr&#233;ation mon&#233;taire les d&#233;ficits publics. Le gouvernement fran&#231;ais a &#233;t&#233; d&#232;s lors oblig&#233; de faire appel aux march&#233;s financiers, c'est-&#224;-dire &#224; des banques priv&#233;es, et ce &#224; des taux d'int&#233;r&#234;t relativement &#233;lev&#233;s. Cette disposition a &#233;t&#233; reprise int&#233;gralement dans les trait&#233;s europ&#233;ens qui interdisent &#224; Banque centrale europ&#233;enne (BCE) de financer les &#201;tats membres. Nous sommes donc dans une situation hallucinante dans laquelle les banques priv&#233;es se refinancent &#224; un taux d&#233;risoire aupr&#232;s de la BCE et pr&#234;tent aux &#201;tats &#224; des taux nettement sup&#233;rieurs voire carr&#233;ment usuraires. Les &#201;tats et l'Union europ&#233;enne se sont ainsi mis volontairement sous l'emprise des march&#233;s financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette est donc triplement ill&#233;gitime : elle est le produit des cadeaux fiscaux fait aux dominants, de la crise financi&#232;re dont ils sont responsables et du recours aux march&#233;s financiers auxquels ils participent. Sortir de la situation actuelle suppose d'abord d'annuler au moins partiellement les dettes publiques en Europe, un audit citoyen de la dette publique devant d&#233;terminer la fraction de la dette &#224; annuler et les acteurs concern&#233;s par cette annulation. Il faut ensuite une autre politique mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier la BCE et les banques centrales nationales doivent pouvoir, sous contr&#244;le d&#233;mocratique, financer les &#201;tats et les politiques publiques europ&#233;ennes afin de sortir de l'emprise des march&#233;s financiers. Il faut enfin une r&#233;forme fiscale d'ampleur qui redonne des marges de man&#339;uvres &#224; l'action publique. Il s'agit fondamentalement de repenser radicalement la construction europ&#233;enne en mettant fin &#224; des politiques d'aust&#233;rit&#233; injustes et inefficaces et en mettant en &#339;uvre des politiques &#233;conomiques et sociales au service des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne veut pas retomber dans les orni&#232;res qui ont amen&#233; la droite au pouvoir, ce sont de telles orientations qu'un futur gouvernement de gauche devrait commencer &#224; mettre en &#339;uvre en France et qu'il devrait porter au niveau europ&#233;en. Mais une telle rupture ne pourra s'effectuer que si les peuples s'en m&#234;lent et imposent par leurs mobilisations ces r&#233;ponses nouvelles &#224; la crise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* Pierre Khalfa est co-pr&#233;sident de la fondation Copernic et aussi repr&#233;sentant de l'Union syndicale Solidaires au Conseil &#233;conomique, social et environnemental, coauteur du livre Attac, Le pi&#232;ge de la dette, &#201;ditions Les liens qui lib&#232;rent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>A propos de l'initiative de Cochabamba et de &#171; la Terre-M&#232;re &#187;</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/A-propos-de-l-initiative-de-Cochabamba-et-de-la-Terre-Mere</link>
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		<dc:date>2010-03-03T07:48:24Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre KHALFA </dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Suite &#224; l'&#233;chec de Copenhague, le gouvernement bolivien a d&#233;cid&#233; de convoquer une &#171; Conf&#233;rence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la &#171; Terre-M&#232;re &#187; &#187; &#224; Cochabamba du 19 au 22 avril 2010. &lt;br class='autobr' /&gt; ____________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans fronti&#232;res KHALFA Pierre 1er mars 2010 ____________________ Y sont invit&#233;s des gouvernements et les r&#233;seaux militants. Cette initiative pose un probl&#232;me strat&#233;gique et tactique. Dire qu'il faut y aller (ce qui est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-224-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH142/arton2825-a45ea.jpg?1629990480' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='142' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite &#224; l'&#233;chec de Copenhague, le gouvernement bolivien a d&#233;cid&#233; de convoquer une &#171; Conf&#233;rence mondiale des peuples sur le changement climatique et les droits de la &#171; Terre-M&#232;re &#187; &#187; &#224; Cochabamba du 19 au 22 avril 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
KHALFA Pierre&lt;br class='autobr' /&gt;
1er mars 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Y sont invit&#233;s des gouvernements et les r&#233;seaux militants. Cette initiative pose un probl&#232;me strat&#233;gique et tactique. Dire qu'il faut y aller (ce qui est ma position) n'emp&#234;che pas de s'interroger &#224; la fois sur le sens de cette initiative et sur ce qu'elle r&#233;v&#232;le de l'&#233;tat actuel du mouvement altermondialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'initiative de Cochabamba a une caract&#233;ristique particuli&#232;re. Il s'agit d'une invitation d'un gouvernement, le gouvernement bolivien, non seulement &#224; d'autres gouvernements mais aussi aux mouvements sociaux. Elle m&#234;le donc gouvernements et mouvements sociaux, ou plus exactement, ce sont les mouvements sociaux qui se rendent &#224; la convocation d'un gouvernement. Nous sommes donc loin de la Charte de Porto Alegre qui refusait la participation des partis politiques aux Forums sociaux. M&#234;me si dans la pratique cette r&#232;gle n'a pas &#233;t&#233; appliqu&#233;e de fa&#231;on dogmatique, elle visait &#224; affirmer un principe fondamental, celui de l'ind&#233;pendance politique des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; l'&#233;chec de Copenhague et &#224; la structuration d'un certain nombre de r&#233;seaux (CJN, CJA) on aurait pu croire que l'initiative d'une rencontre internationale sur les suites &#224; donner aurait &#233;t&#233; le fait de ces r&#233;seaux ou m&#234;me du FSM. Le fait que cela n'a pas &#233;t&#233; le cas et que cette initiative soit revenue au gouvernement bolivien est significatif de la faiblesse actuelle du mouvement, comme l'est le fait que, lors de l'assembl&#233;e de pr&#233;paration du FSE qui s'est tenu &#224; Berlin, il a &#233;t&#233; tr&#232;s difficile de discuter de ce que les mouvements europ&#233;ens allaient faire... en Europe. La difficult&#233; de se saisir de la future rencontre de Bonn en juin, alors m&#234;me que ce sera un moment de pr&#233;paration de la COP16 et que l'Union europ&#233;enne doit &#224; ce m&#234;me moment d&#233;finir les conditions du march&#233; carbone europ&#233;en, en dit long sur les divisions politiques du mouvement et son incapacit&#233; &#224; vouloir peser ici et maintenant sur les politiques publiques. Il est &#233;videmment plus facile d'envoyer quelques personnes &#224; Cochabamba que d'essayer de commencer &#224; r&#233;soudre cette difficile question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit Cochabamba repose la question des rapports que le mouvement altermondialiste doit entretenir avec des gouvernements progressistes. Du point de vue des principes, c'est assez banal. Quatre principes peuvent &#234;tre avanc&#233;s : nous ne sommes le relais d'aucun gouvernement ; nous soutenons des positions qui nous semblent aller dans le bons sens et critiquons les autres ; nous favorisons l'apparition ind&#233;pendante du mouvement altermondialiste ; dans tous les cas nous d&#233;veloppons nos propres positions. Dans la pratique, c'est plus compliqu&#233; et l'application de ces principes d&#233;pend de l'analyse de la situation, des rapports de forces et des priorit&#233;s que l'on se fixe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, concernant la suite de Copenhague, deux analyses et orientations peuvent exister. On peut consid&#233;rer que la cause majeure de l'&#233;chec de Copenhague est due au fait que les principaux Etats ont bloqu&#233; toute avanc&#233;e. La priorit&#233; est alors &#224; la fois de maintenir le cadre multilat&#233;ral de n&#233;gociations, &#224; savoir l'ONU et de faire bouger les rapports de forces dans cette enceinte. La construction de coalitions d'Etats susceptibles de faire pression sur les grandes puissances est alors d&#233;cisive et les mouvements sociaux doivent appuyer toute initiative en ce sens. On peut aussi consid&#233;rer que l'&#233;chec de Copenhague a &#233;t&#233; d&#251; &#224; l'incapacit&#233;, au-del&#224; m&#234;me de ce qui s'est pass&#233; sur place, &#224; construire un mouvement citoyen large et p&#233;renne capable de peser sur les gouvernements. Si l'on suit cette analyse, la priorit&#233; est alors de mener des campagnes d'opinion pouvant d&#233;boucher sur des mobilisations citoyennes propres &#224; peser, non seulement sur les positions des gouvernements lors de ces n&#233;gociations, mais aussi sur les politiques publiques &#224; mener. Dans ce cadre, le probl&#232;me est moins d'appuyer telle ou telle coalition de gouvernements pour peser lors des n&#233;gociations de l'ONU, que de se servir de ces derni&#232;res comme &#233;ch&#233;ances de mobilisation citoyenne. Ces deux orientations ne sont pas forc&#233;ment contradictoires, mais elles mettent cependant l'accent sur des priorit&#233;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Cochabamba se situe clairement dans le cadre de la premi&#232;re orientation, il n'en reste pas moins que nous avons tout int&#233;r&#234;t &#224; ce que ce soit un succ&#232;s et ceci quoi que l'on puisse penser des conditions d'appel et de pr&#233;paration. Mais encore faut-il d&#233;finir ce qui, de notre point de vue, signifierait le succ&#232;s ou l'&#233;chec de Cochabamba et ce qu'Attac, et plus largement le mouvement altermondialiste, vont y d&#233;fendre. De ce point de vue, le crit&#232;re devrait &#234;tre de savoir si cette initiative, au-del&#224; m&#234;me d'&#233;ventuels accords entre les gouvernements, permettra ou pas de renforcer un tant soit peu la construction d'un mouvement capable de peser &#224; l'&#233;chelle mondiale sur les situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intitul&#233; de la conf&#233;rence de Cochabamba fait explicitement r&#233;f&#233;rence aux &#171; droits de la Terre-M&#232;re &#187;. Depuis Copenhague, cette expression fait flor&#232;s. Son succ&#232;s et son emploi, souvent de fa&#231;on acritique, sont significatifs de l'absence de d&#233;bat de fond sur les bases d'un projet d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, les mouvements d'&#233;mancipation, tels que celui issu des lumi&#232;res ou celui qui lui a succ&#233;d&#233;, le mouvement ouvrier, ont &#233;t&#233;, en tout cas dans les courants id&#233;ologiques qui y ont &#233;t&#233; h&#233;g&#233;moniques, profond&#233;ment marqu&#233;s par une vision scientiste et positiviste du monde s'inscrivant dans l'imaginaire social produit par le capitalisme productiviste. Cette vision s'appuie sur deux piliers : d'une part l'illusion d'une ma&#238;trise rationnelle du monde, rendue possible par le d&#233;veloppement scientifique et technique, d'autre part l'identification du progr&#232;s &#224; la production infinie de biens mat&#233;riels. Ont &#233;t&#233; ainsi profond&#233;ment entrem&#234;l&#233;s la vis&#233;e propre des mouvements qui remettaient en question progressivement toutes les formes de domination et les pr&#233;suppos&#233;s id&#233;ologiques du capitalisme. La &#171; modernit&#233; &#187; occidentale est n&#233;e de cette imbrication et s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre un processus contradictoire dans tous ses aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; d&#233;senchantement du monde &#187;, qu'&#233;voque Max Weber, a ainsi un aspect profond&#233;ment &#233;mancipateur et la modernit&#233; occidentale nous a d&#233;barrass&#233;s des cosmologies semi-religieuses ant&#233;rieures dans lesquelles tout avait une place d&#233;finie depuis les arbres jusqu'aux &#234;tres humains, cosmologies qui servaient de couverture id&#233;ologique &#224; des rapports d'oppression f&#233;roce, notamment envers les femmes. De m&#234;me, le mouvement brutal du capital, en dissolvant les liens humains traditionnels a permis l'&#233;mancipation individuelle par rapport &#224; des collectifs institu&#233;s aux hi&#233;rarchies immuables. Ainsi &#171; les eaux glac&#233;es du calcul &#233;go&#239;ste &#187; dont parlait Marx ont un aspect positif, non seulement comme il le disait, parce que cela a mis &#224; nu les rapports d'oppression et d'exploitation qui &#233;taient masqu&#233;s par la religion et les rapports de proximit&#233;, mais aussi parce que le calcul mon&#233;taire permet un &#233;largissement consid&#233;rable des relations humaines. En ce sens, la modernit&#233; a &#233;t&#233; un processus d'arrachement &#224; ce qui &#233;tait v&#233;cu comme un milieu naturel, processus qui a permis la cr&#233;ation de la subjectivit&#233; occidentale et a cr&#233;&#233; la possibilit&#233; de l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence aux &#171; droits de la Terre-M&#232;re &#187; nous permet-elle de r&#233;soudre la contradiction fondamentale de la modernit&#233; occidentale entre processus d'&#233;mancipation et soumission aux pr&#233;suppos&#233;s id&#233;ologiques du capitalisme ou, au contraire, nous fait-elle r&#233;gresser dans un avant pr&#233;-moderne ? Pour r&#233;pondre &#224; cette question, il faut partir du lien qui existe entre le rapport que les &#234;tres humains entretiennent &#224; la nature et de celui qu'ils entretiennent entre eux. Ou pour le dire autrement, le fait pour des soci&#233;t&#233;s de n'&#234;tre pas porteuses d'un rapport de domination de la nature entra&#238;ne-t-il que ces soci&#233;t&#233;s ne mettent pas en &#339;uvre des rapports de domination des &#234;tres humains sur d'autres &#234;tres humains ? La r&#233;ponse est &#233;videmment non comme en t&#233;moignent moult exemples historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; m&#234;me de son caract&#232;re mystique dont on peut comprendre qu'il puisse parler &#224; certains, la r&#233;f&#233;rence &#224; la &#171; Terre-M&#232;re &#187; vise &#224; indiquer que nous voulons tisser une autre relation &#224; la nature et que nous sommes les enfants de la terre. On ne peut que partager cette pr&#233;occupation et nous sommes effectivement des enfants de la terre, au sens o&#249; cette derni&#232;re produit un certain nombre de valeurs d'usage indispensables &#224; notre survie. La plan&#232;te ne peut donc pas &#234;tre instrumentalis&#233;e comme simple r&#233;serve de ressources naturelles et d&#233;potoir de d&#233;chets de toutes sortes et la diversit&#233; biologique est consubstantielle &#224; la survie de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela justifie-t-il de retomber dans une vision organiciste de la plan&#232;te qui ferait des &#234;tres humains une esp&#232;ce parmi d'autres au m&#234;me titre que les plantes ou les autres esp&#232;ces vivantes ? Le probl&#232;me ne concerne pas les droits de la &#171; Terre-M&#232;re &#187; ou, si l'on prend un vocabulaire s&#233;cularis&#233;, les droits de la plan&#232;te, mais les droits des &#234;tres humains. La plan&#232;te n'a pas besoin des humains pour continuer &#224; exister, mais les humains ont besoin, non pas de la plan&#232;te, mais d'un certain type de plan&#232;te. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; absolue de prendre en compte la crise &#233;cologique dans nos fa&#231;ons d'agir, d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de se battre, non pas pour les droits de la plan&#232;te, mais pour les droits &#233;cologiques des &#234;tres humains qui devraient aboutir &#224; un droit international positif sur les questions &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela suffit-il &#224; fonder un mouvement d'&#233;mancipation ? De toute &#233;vidence non, car ce rapport nouveau &#224; la plan&#232;te ne dit rien sur les rapports des &#234;tres humains entre eux. Car nous ne sommes pas seulement des enfants de la terre, nous sommes aussi nos propres enfants au sens o&#249; l'humanit&#233; se construit elle-m&#234;me. L'oubli du premier point nous conduit &#224; la crise &#233;cologique, l'oubli du second &#224; d&#233;laisser l'&#233;mancipation. C'est donc le sens de la construction humaine qu'il nous faut d&#233;battre dans son rapport &#224; la nature et dans le rapport des humains entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Khalfa&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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