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		<title>La Gauche</title>
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		<title>&#171; &#201;cosocialisme &#187; : L'alternative radicale &#224; la catastrophe &#233;cologique capitaliste </title>
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		<dc:date>2011-11-22T14:43:47Z</dc:date>
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		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme est un courant politique fond&#233; sur une constatation essentielle : la sauvegarde des &#233;quilibres &#233;cologiques de la plan&#232;te, la pr&#233;servation d'un environnement favorable aux esp&#232;ces vivantes &#8211; y compris la n&#244;tre &#8211; est incompatible avec la logique expansive et destructrice du syst&#232;me capitaliste. La poursuite de la &#171; croissance &#187; sous l'&#233;gide du capital nous conduit, &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance &#8211; les prochaines d&#233;cennies &#8211; &#224; une catastrophe sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire de l'humanit&#233; : le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L105xH150/arton3259-fc899.jpg?1630020319' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme est un courant politique fond&#233; sur une constatation essentielle : la sauvegarde des &#233;quilibres &#233;cologiques de la plan&#232;te, la pr&#233;servation d'un environnement favorable aux esp&#232;ces vivantes &#8211; y compris la n&#244;tre &#8211; est incompatible avec la logique expansive et destructrice du syst&#232;me capitaliste. La poursuite de la &#171; croissance &#187; sous l'&#233;gide du capital nous conduit, &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance &#8211; les prochaines d&#233;cennies &#8211; &#224; une catastrophe sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire de l'humanit&#233; : le r&#233;chauffement global.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Michael L&#246;wy a publi&#233; il y a peu un petit livre bien inform&#233; intitul&#233; &#171; L'Ecosocialisme &#187; (Editions Fayard, Collection Les Petits Libres) dont nous reproduisons ci-dessous l'introduction.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;James Hansen, le climatologue de la NASA aux &#201;tats-Unis, un des plus grands sp&#233;cialistes mondiaux sur la question du changement climatique &#8211; l'administration Bush avait essay&#233;, en vain, de l'emp&#234;cher de rendre public ses diagnostics &#8211; &#233;crit ceci dans le premier paragraphe de son livre publi&#233; en 2009 : &#171; La plan&#232;te Terre, la cr&#233;ation, le monde dans lequel la civilisation s'est d&#233;velopp&#233;e, le monde avec les normes climatiques que nous connaissons et avec des plages oc&#233;aniques stables, est en imminent danger. L'urgence de la situation s'est cristallis&#233;e seulement dans les derni&#232;res ann&#233;es. Nous avons maintenant des preuves &#233;videntes de la crise [&#8230;]. La surprenante conclusion c'est que la poursuite de l'exploitation de tous les combustibles fossiles de la Terre menace non seulement les millions d'esp&#232;ces de la plan&#232;te mais aussi la survivance de l'humanit&#233; elle-m&#234;me &#8211; et les d&#233;lais sont plus courts que ce que nous pensions. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;James Hansen, Storms of my Grandchildren. The Truth about the coming climate (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat est largement partag&#233;. Dans son livre incisif et bien inform&#233; &#171; Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te &#187; (2007), Herv&#233; Kempf pr&#233;sente, sans euph&#233;mismes et faux-semblants, les sc&#233;narios du d&#233;sastre qui se pr&#233;pare : au-del&#224; d'un certain seuil, qu'on risque d'atteindre bien plus vite que pr&#233;vu, le syst&#232;me climatique pourrait s'emballer de fa&#231;on irr&#233;versible ; on ne peut plus exclure un changement soudain et brutal, qui ferait basculer la temp&#233;rature de plusieurs degr&#233;s, atteignant des niveaux insupportables. Devant ce constat, confirm&#233; par les scientifiques, et partag&#233; par des millions de citoyens du monde entier conscients du drame, que font les puissants, l'oligarchie de milliardaires qui domine l'&#233;conomie mondiale ? &#171; Le syst&#232;me social qui r&#233;git actuellement la soci&#233;t&#233; humaine, le capitalisme, s'arc-boute de mani&#232;re aveugle contre les changements qu'il est indispensable d'esp&#233;rer si l'on veut conserver &#224; l'existence humaine sa dignit&#233; et sa promesse. &#187; Une classe dirigeante pr&#233;datrice et cupide fait obstacle &#224; toute vell&#233;it&#233; de transformation effective ; presque toutes les sph&#232;res de pouvoir et d'influence sont soumises &#224; son pseudo-r&#233;alisme qui pr&#233;tend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle de la &#171; croissance &#187;. Cette oligarchie, obs&#233;d&#233;e par la comp&#233;tition somptuaire &#8211; comme le montrait d&#233;j&#224; Thorstein Veblen &#8211; est indiff&#233;rente &#224; la d&#233;gradation des conditions de vie de la majorit&#233; des &#234;tres humains et aveugle devant la gravit&#233; de l'empoisonnement de la biosph&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herv&#233; Kempf, Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te, Le Seuil, 2007. Voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; d&#233;cideurs &#187; de la plan&#232;te &#8211; milliardaires, managers, banquiers, investisseurs, ministres, parlementaires et autres &#171; experts &#187; &#8211; motiv&#233;s par la rationalit&#233; born&#233;e et myope du syst&#232;me, obs&#233;d&#233;s par les imp&#233;ratifs de croissance et d'expansion, la lutte pour les parts de march&#233;, la comp&#233;titivit&#233;, les marges de profit et la rentabilit&#233;, semblent ob&#233;ir au principe proclam&#233; par Louis XV : &#171; Apr&#232;s moi le d&#233;luge &#187;. Le d&#233;luge du XXIe si&#232;cle risque de prendre la forme, comme celui de la mythologie biblique, d'une mont&#233;e inexorable des eaux, noyant sous les vagues les villes de la civilisation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectaculaire &#233;chec des conf&#233;rences internationales sur le changement climatique de Copenhague (2009) et Cancun (2010) illustre cet aveuglement : les puissants de ce monde, &#224; commencer par les USA et la Chine, ont refus&#233; tout engagement chiffr&#233; et concret, m&#234;me minimal, de r&#233;duction des &#233;missions de CO2. Les mesures jusqu'ici prises par les pouvoirs capitalistes les plus &#171; &#233;clair&#233;s &#187; &#8211; accords de Kyoto, paquet action-climat europ&#233;en, avec leurs &#171; m&#233;canismes de flexibilit&#233; &#187; et leurs march&#233;s de droits &#224; polluer &#8211; rel&#232;vent, comme le montre l'&#233;cologiste belge Daniel Tanuro, d'une &#171; politique de Gribouille &#187; incapable d'affronter le d&#233;fi du changement climatique ; le m&#234;me vaut, a fortiori, pour les solutions &#171; technologiques &#187; qui ont la pr&#233;f&#233;rence du pr&#233;sident Obama et des gouvernements europ&#233;ens : la &#171; voiture &#233;lectrique &#187;, les agro-carburants, le &#171; clean carbon &#187; et cette &#233;nergie merveilleuse, propre et s&#251;re : le nucl&#233;aire (c'&#233;tait avant Fukushima)&#8230; Comme l'avait pr&#233;vu Marx dans L'Id&#233;ologie allemande, les forces productives sont en train de devenir des forces destructives, cr&#233;ant un risque de destruction physique pour des dizaines de millions d'&#234;tre humain &#8211; un sc&#233;nario pire que les &#171; holocaustes tropicaux &#187; du XIXe si&#232;cle, &#233;tudi&#233;s par Mike Davis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc la solution alternative ? La p&#233;nitence et l'asc&#232;se individuelle, comme semblent le proposer tant d'&#233;cologistes ? La r&#233;duction drastique de la consommation ? Daniel Tanuro constate avec lucidit&#233; que la critique culturelle du consum&#233;risme propos&#233;e par les objecteurs de croissance est n&#233;cessaire, mais pas suffisante. Il faut s'attaquer au mode de production lui-m&#234;me. Seule une prise en charge collective d&#233;mocratique permettrait &#224; la fois de r&#233;pondre aux besoins sociaux r&#233;els, r&#233;duire le temps de travail, supprimer les productions inutiles et nuisibles, remplacer les &#233;nergies fossiles par le solaire. Ce qui implique des incursions profondes dans la propri&#233;t&#233; capitaliste, une extension radicale du secteur public et de la gratuit&#233;, bref un plan &#233;cosocialiste coh&#233;rent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Tanuro, &#171; L'impossible capitalisme vert &#187;, Coll. &#171; Les Emp&#234;cheurs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;misse centrale de l'&#233;cosocialisme, implicite dans le choix m&#234;me de ce terme, est qu'un socialisme non &#233;cologique est une impasse, et une &#233;cologie non-socialiste est incapable de confronter les enjeux actuels. Son projet d'associer le &#171; rouge &#187; &#8211; la critique marxiste du capital et le projet d'une soci&#233;t&#233; alternative &#8211; et le &#171; vert &#187;, la critique &#233;cologique du productivisme, n'a rien &#224; voir avec les combinaisons gouvernementales dites &#171; rouges-vertes &#187;, entre la social-d&#233;mocratie et certains partis verts, autour d'un programme social-lib&#233;ral de gestion du capitalisme. L'&#233;cosocialisme est donc une proposition radicale &#8211; c'est-&#224;-dire s'attaquant &#224; la racine de la crise &#233;cologique &#8211; qui se distingue aussi bien des variantes productivistes du socialisme du XXe si&#232;cle &#8211; que ce soit la social-d&#233;mocratie ou le &#171; communisme &#187; de facture stalinienne &#8211; que des courants &#233;cologiques qui s'accommodent, d'une fa&#231;on ou de l'autre, du syst&#232;me capitaliste. Une proposition radicale qui vise non seulement &#224; une transformation des rapports de production, de l'appareil productif et des mod&#232;les de consommation dominants, mais aussi &#224; cr&#233;er un nouveau paradigme de civilisation, en rupture avec les fondements de la civilisation capitaliste/industrielle occidentale moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le lieu ici de d&#233;velopper une histoire de l'&#233;cosocialisme. Rappelons cependant quelques jalons. Il sera question ici essentiellement du courant &#233;co-marxiste, mais on trouve dans l'&#233;cologie sociale d'inspiration anarchiste d'un Murray Bookchin, dans la version gauche de l'&#233;cologie profonde de Arne Naess, et dans certains &#233;crits des &#171; objecteurs de croissance &#187; (Paul Ari&#232;s), des analyses radicalement anti-capitalistes et des propositions alternatives qui sont proches de l'&#233;cosocialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'un socialisme &#233;cologique &#8211; ou d'une &#233;cologie socialiste &#8211; ne commence vraiment &#224; se d&#233;velopper qu'&#224; partir des ann&#233;es 1970, sous des formes tr&#232;s diverses, dans les &#233;crits de certains pionniers d'une r&#233;flexion &#171; rouge et verte &#187; : Manuel Sacristan (Espagne), Raymond Williams (Angleterre), Andr&#233; Gorz (France) et Barry Commoner (USA). Le terme &#171; &#233;cosocialisme &#187; apparemment ne commence &#224; &#234;tre utilis&#233; qu'&#224; partir des ann&#233;es 1980 quand appara&#238;t, dans le Parti Vert allemand, un courant de gauche qui se d&#233;signe comme &#171; &#233;cosocialiste &#187; ; ses principaux porte-paroles sont Rainer Trampert et Thomas Ebermann. Vers cette &#233;poque appara&#238;t le livre L'Alternative d'un dissident socialiste de l'Allemagne de l'Est, Rudolf Bahro qui d&#233;veloppe une critique radicale du mod&#232;le sovi&#233;tique et est-allemand, au nom d'un socialisme &#233;cologique. Au cours des ann&#233;es 1980, le chercheur nord-am&#233;ricain James O'Connor va d&#233;velopper ses travaux en vue d'un marxisme &#233;cologique, et fonder la revue Capitalism, Nature and Socialism, tandis que Frieder Otto Wolf, un d&#233;put&#233; europ&#233;en et dirigeant de la gauche du Parti Vert allemand, et Pierre Juquin, un ex-dirigeant communiste converti aux perspectives rouges/vertes, vont r&#233;diger ensemble le livre Europe's Green Alternative, (Black Rose, Montr&#233;al, 1992), une sorte de tentative de manifeste &#233;cosocialiste europ&#233;en. Parall&#232;lement, en Espagne, autour de la revue de Barcelone, Mientras Tanto, des disciples de Manuel Sacristan comme Francisco Fernandez Buey vont eux-aussi d&#233;velopper une r&#233;flexion &#233;cologique socialiste. En 2001, un courant marxiste/r&#233;volutionnaire pr&#233;sent dans des nombreux pays, la Quatri&#232;me Internationale, adopte un document, &#201;cologie et R&#233;volution socialiste, d'inspiration clairement &#233;cosocialiste. En cette m&#234;me ann&#233;e, Joel Kovel et l'auteur du pr&#233;sent ouvrage publient un Manifeste &#233;cosocialiste, qui servira de r&#233;f&#233;rence pour la fondation, &#224; Paris en 2007, du R&#233;seau &#201;cosocialiste International &#8211; qui distribuera, lors du Forum Social Mondial de Belem (Br&#233;sil) la D&#233;claration de Belem, un nouveau manifeste &#233;cosocialiste au sujet du r&#233;chauffement global. Ajoutons &#224; cela les travaux de John Bellamy Foster et ses amis de la revue de gauche am&#233;ricaine bien connue Monthly Review, qui se r&#233;clament d'une r&#233;volution &#233;cologique avec un programme socialiste ; les &#233;crits des &#233;cosocialistes f&#233;ministes Ariel Salleh et Terisa Turner ; la revue Canadian Dimension, anim&#233;e par les &#233;cosocialistes Ian Angus et Cy Gornik ; les r&#233;flexions du r&#233;volutionnaire p&#233;ruvien Hugo Blanco sur les rapports entre indig&#233;nisme et &#233;cosocialisme ; les travaux du chercheur belge Daniel Tanuro sur le changement climatique et les impasses du &#171; capitalisme vert &#187; ; les recherches d'auteurs fran&#231;ais proches du courant altermondialiste comme Jean-Marie Harribey et Jean-Paul D&#233;l&#233;age ; les r&#233;seaux &#233;cosocialistes du Br&#233;sil et de la Turquie ; les conf&#233;rences &#233;cosocialistes qui commencent &#224; s'organiser en Chine, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les convergences et les d&#233;saccords entre l'&#233;cosocialisme et le courant de la d&#233;croissance, dont l'influence en France n'est pas n&#233;gligeable ? Rappelons tout d'abord que ce courant, inspir&#233; par les critiques de la soci&#233;t&#233; de consommation &#8211; Henri Lefebvre, Guy Debord, Jean Baudrillard &#8211; et du &#171; syst&#232;me technicien &#187; (Jacques Ellul) est loin d'&#234;tre homog&#232;ne ; il s'agit d'une mouvance plurielle, polaris&#233;e par deux p&#244;les assez distants : d'une part des anti-occidentalistes tent&#233;s par le relativisme culturel (Serge Latouche), d'autre part des &#233;cologistes r&#233;publicains/universalistes (Vincent Cheynet, Paul Ari&#232;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Latouche est sans doute le plus controvers&#233; des &#171; d&#233;croissants &#187;. Certes, une partie de ces arguments est l&#233;gitime : d&#233;mystification du &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, critique de la religion de la croissance et du progr&#232;s, appel &#224; un changement culturel. Mais son refus en bloc de l'humanisme occidental, de la pens&#233;e des Lumi&#232;res et de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative ; son relativisme culturel et son &#233;loge immod&#233;r&#233; de l'&#226;ge de pierre sont tr&#232;s discutables. Quant &#224; sa d&#233;nonciation des propositions d'ATTAC (Jean-Marie Harribey) pour les pays du Sud &#8211; d&#233;velopper les r&#233;seaux d'abduction de l'eau, les &#233;coles et les centres de soin &#8211; comme &#171; ethnocentriques &#187;, &#171; occidentalistes &#187; et &#171; destructrices des modes de vie locaux &#187;, elle est difficilement supportable. Enfin, son argument pour ne pas parler du capitalisme &#8211; c'est enfoncer une porte ouverte puisque cette critique &#171; a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite et bien faite par Marx &#187; &#8211; n'est pas s&#233;rieux : c'est comme si l'on n'avait pas besoin de d&#233;noncer la destruction productiviste de la plan&#232;te puisque Gorz l'avait d&#233;j&#224; faite, &#171; et bien faite &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus int&#233;ressant est le courant universaliste, repr&#233;sent&#233; notamment par la revue La D&#233;croissance, m&#234;me si l'on peut critiquer les illusions &#171; r&#233;publicaines &#187; de Cheynet et Ari&#232;s. Contrairement au premier, ce deuxi&#232;me p&#244;le a des nombreux points de convergence &#8211; malgr&#233; les pol&#233;miques &#8211; avec les altermondialistes d'ATTAC, les &#233;cosocialistes et la gauche de la gauche (PG et NPA) : extension de la gratuit&#233;, pr&#233;dominance de la valeur d'usage sur la valeur d'&#233;change, r&#233;duction du temps de travail et des in&#233;galit&#233;s sociales, &#233;largissement du &#171; non-marchand &#187;, r&#233;organisation de la production selon les besoins sociaux et la protection de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un ouvrage r&#233;cent, St&#233;phane Lavignotte esquisse un bilan du d&#233;bat entre les &#171; objecteurs de croissance &#187; et les &#233;cosocialistes. Faut-il privil&#233;gier la critique des rapports sociaux de classe et le combat contre les in&#233;galit&#233;s, ou la d&#233;nonciation de la croissance illimit&#233;e des forces productives ? L'effort doit-il porter sur les initiatives individuelles, les exp&#233;rimentations locales, la simplicit&#233; volontaire, ou sur le changement de l'appareil productif et de la &#171; m&#233;ga-machine &#187; capitaliste ? L'auteur refuse de choisir, et propose plut&#244;t d'associer ces deux d&#233;marches compl&#233;mentaires. Le d&#233;fi, &#224; son avis, c'est de combiner le combat pour l'int&#233;r&#234;t &#233;cologique de classe de la majorit&#233;, c'est &#224; dire des non-propri&#233;taires de capital, et la politique des minorit&#233;s actives pour un changement culturel radical. En d'autres termes, r&#233;ussir &#8211; sans cacher les divergences et les d&#233;saccords in&#233;vitables &#8211; une &#171; composition politique &#187; de tous ceux qui savent qu'une plan&#232;te et une humanit&#233; vivables sont contradictoires avec le capitalisme et le productivisme, et qui cherchent le chemin pour sortir de ce syst&#232;me inhumain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Lavignotte, La d&#233;croissance est-elle souhaitable ?, Textuel, 2010.4&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons, pour conclure cette br&#232;ve pr&#233;face, que l'&#233;cosocialisme est un projet d'avenir, une utopie radicale, un horizon du possible, mais aussi, et ins&#233;parablement, une action hic et hunc, ici et maintenant, autour d'objectifs et de propositions concr&#232;tes et imm&#233;diates. Le seul espoir pour le futur sont des mobilisations comme celle de Seattle en 1999, qui a vu la convergence de &#233;cologistes et syndicalistes, ainsi que la naissance du mouvement altermondialiste ; les protestations de cent mille personnes &#224; Copenhague en 2009, autour du mot d'ordre &#171; Changeons le syst&#232;me, pas le climat &#187; ; ou la Conf&#233;rence des Peuples sur le Changement Climatique et la D&#233;fense de la M&#232;re Terre, &#224; Cochabamba en avril 2010, rassemblant plus de trente mille d&#233;l&#233;gu&#233;s de mouvements indig&#232;nes, paysans et &#233;cologistes du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;cosocialisme, par Micha&#235;l Lowy. &#201;ditions Fayard, Collection : Les Petits Libres. Code ISBN / EAN : 9782755506174 / Hachette : 4206587&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;James Hansen, Storms of my Grandchildren. The Truth about the coming climate catastrophe and our last chance to save humanity, Bloomsbury, New York, 2009, p. IX.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Herv&#233; Kempf, Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te, Le Seuil, 2007. Voir aussi son autre ouvrage tout aussi int&#233;ressant, Pour sauver la plan&#232;te, sortez du capitalisme, Le Seuil, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Tanuro, &#171; L'impossible capitalisme vert &#187;, Coll. &#171; Les Emp&#234;cheurs de penser en rond &#187;, La D&#233;couverte, 2010. Cf. le recueil collectif, organis&#233; par Vincent Gay, Pistes pour un anticapitalisme vert, Syllepse, 2010, avec des collaborations de Daniel Tanuro, Fran&#231;ois Chesnais, Laurent Garrouste, et autres. On trouve aussi une critique argument&#233;e et pr&#233;cise du capitalisme vert dans les travaux des &#233;co-marxistes nord-am&#233;ricains : Richard Smith, &#171; Green capitalism : the god that failed &#187;, Real-world Economic Review, n&#176; 56, 2011 et John Bellamy Foster, Brett Clark and Richard York, The Ecological Rift, Monthly Review Press, New York, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Lavignotte, La d&#233;croissance est-elle souhaitable ?, Textuel, 2010.4&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteur : N&#233; au Br&#233;sil et vivant &#224; Paris depuis 1969, Michael L&#246;wy est actif dans le R&#233;seau &#201;cosocialiste International et directeur de recherche &#233;m&#233;rite au CNRS. Parmi ses ouvrages : &#171; La Guerre des dieux, religion et politique en Am&#233;rique latine &#187; (&#201;ditions du F&#233;lin, 2000) et &#171; Walter Benjamin. Avertissement d'incendie &#187; (PUF, 2001). Il a co&#173;&#233;crit &#171; Che Guevara, une braise qui br&#251;le encore &#187; avec Olivier Besancenot (Mille et une nuits, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site &lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lcr-lagauche.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>L'&#201;cosocialisme, par Micha&#235;l Lowy</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/L-Ecosocialisme-par-Michael-Lowy</link>
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		<dc:date>2011-09-16T14:46:12Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>Livres</dc:subject>

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&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'&#233;cosocialisme ? Il s'agit d'un courant de pens&#233;e et d'action &#233;cologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme, tout en le d&#233;barrassant de ses scories productivistes. &lt;br class='autobr' /&gt; La logique capitaliste du march&#233; et du profit, de m&#234;me que celle de l'autoritarisme bureaucratique de feu le &#171; socialisme r&#233;el &#187;, est incompatible avec les exigences de sauvegarde de l'environnement. Les &#233;cosocialistes critiquent les impasses actuelles de l'&#233;cologie politique, qui ne met pas en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Livres-" rel="directory"&gt;Livres&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Livres-376-+" rel="tag"&gt;Livres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L105xH150/arton3246-eaf27.jpg?1630019192' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'&#233;cosocialisme ? Il s'agit d'un courant de pens&#233;e et d'action &#233;cologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme, tout en le d&#233;barrassant de ses scories productivistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La logique capitaliste du march&#233; et du profit, de m&#234;me que celle de l'autoritarisme bureaucratique de feu le &#171; socialisme r&#233;el &#187;, est incompatible avec les exigences de sauvegarde de l'environnement. Les &#233;cosocialistes critiquent les impasses actuelles de l'&#233;cologie politique, qui ne met pas en question le pouvoir du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme est donc une proposition radicale qui vise non seulement &#224; une transformation des rapports de production, de l'appareil productif et des mod&#232;les de consommation dominants, mais aussi &#224; cr&#233;er un nouveau paradigme de civilisation, en rupture avec les fondements de la civilisation capitaliste/industrielle occidentale moderne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Michael L&#246;wy nous pr&#233;sente les id&#233;es de ceux qui souhaitent que &#171; la valeur d'&#233;change soit remplac&#233;e par la valeur d'usage &#187;, et que &#171; la production soit organis&#233;e en fonction des besoins sociaux et des exigences de la protection de l'environnement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michael L&#246;wy est n&#233; au Br&#233;sil (1938) et vit &#224; Paris depuis 1969. Il est directeur de recherche &#233;m&#233;rite au CNRS. Parmi ses ouvrages : La Guerre des dieux, religion et politique en Am&#233;rique latine (&#201;ditions du F&#233;lin, 2000) et Walter Benjamin. Avertissement d'incendie(PUF, 2001). Il a co&#233;crit Che Guevara, une braise qui br&#251;le encore avec Olivier Besancenot (Mille et une nuits, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;cosocialisme, par Micha&#235;l Lowy&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;ditions Fayard, Collection : Les Petits Libres&lt;br class='autobr' /&gt;
Prix : 8,95$&lt;br class='autobr' /&gt;
Code ISBN / EAN : 9782755506174 / hachette : 4206587&lt;br class='autobr' /&gt;
Format (105 x 150)&lt;br class='autobr' /&gt;
Nombre de pages : 240&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Micha&#235;l lowy &#224; l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; du NPA ao&#251;t 2010</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Michael-lowy-a-l-Universite-d-ete-du-NPA-aout-2010</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Michael-lowy-a-l-Universite-d-ete-du-NPA-aout-2010</guid>
		<dc:date>2010-09-22T01:16:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Micha&#235;l lowy &#224; l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; du NPA ao&#251;t 2010 &lt;br class='autobr' /&gt; lowy Universit&#233; du NPA aout2010 partie 1 envoy&#233; par philemmi. - L'info internationale vid&#233;o. &lt;br class='autobr' /&gt; lowy Universit&#233; du NPA aout2010 partie 2 envoy&#233; par philemmi. - L'info internationale vid&#233;o.&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Videos-" rel="directory"&gt;Vid&#233;os&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-19-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Micha&#235;l lowy &#224; l'Universit&#233; d'&#233;t&#233; du NPA ao&#251;t 2010&lt;/p&gt;
&lt;object width=&#034;168&#034; height=&#034;143&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xevqsn_lowy-universite-du-npa-aout2010-par_news?additionalInfos=0&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowScriptAccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; src=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xevqsn_lowy-universite-du-npa-aout2010-par_news?additionalInfos=0&#034; width=&#034;168&#034; height=&#034;143&#034; allowfullscreen=&#034;true&#034; allowscriptaccess=&#034;always&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xevqsn_lowy-universite-du-npa-aout2010-par_news&#034;&gt;lowy Universit&#233; du NPA aout2010 partie 1&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;envoy&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/philemmi&#034;&gt;philemmi&lt;/a&gt;. - &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/ca-fr/channel/news&#034;&gt;L'info internationale vid&#233;o.&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;object width=&#034;168&#034; height=&#034;143&#034;&gt;&lt;param name=&#034;movie&#034; value=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xevqt0?additionalInfos=0&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowFullScreen&#034; value=&#034;true&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;param name=&#034;allowScriptAccess&#034; value=&#034;always&#034;&gt;&lt;/param&gt;&lt;embed type=&#034;application/x-shockwave-flash&#034; src=&#034;http://www.dailymotion.com/swf/video/xevqt0?additionalInfos=0&#034; width=&#034;168&#034; height=&#034;143&#034; allowfullscreen=&#034;true&#034; allowscriptaccess=&#034;always&#034;&gt;&lt;/embed&gt;&lt;/object&gt;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xevqt0_lowy-universite-du-npa-aout2010-par_news&#034;&gt;lowy Universit&#233; du NPA aout2010 partie 2&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;envoy&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/philemmi&#034;&gt;philemmi&lt;/a&gt;. - &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/ca-fr/channel/news&#034;&gt;L'info internationale vid&#233;o.&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faut il une Cinqui&#232;me Internationale ?</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Faut-il-une-Cinquieme-Internationale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Faut-il-une-Cinquieme-Internationale</guid>
		<dc:date>2009-11-27T05:36:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Par Michael L&#246;wy* La Cinqui&#232;me Internationale n'est pas le spectre rouge qui hante l'Europe et le monde dont parlait Marx dans le Manifeste communiste, mais c'est une id&#233;e qui commence &#224; circuler. Voici peu de temps, un journal patronal fran&#231;ais, le &#034; Bulletin des industriels de la m&#233;tallurgie &#034; parlait du danger d'une Cinqui&#232;me Internationale. On ne sait pas d'o&#249; il sortait cette id&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Internationales &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais avant de parler de la Cinqui&#232;me, il est n&#233;cessaire que nous fassions un bref (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-et-theorie-" rel="directory"&gt;Histoire et th&#233;orie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Par Michael L&#246;wy*&lt;br class='autobr' /&gt;
La Cinqui&#232;me Internationale n'est pas le spectre rouge qui hante l'Europe et le monde dont parlait Marx dans le Manifeste communiste, mais c'est une id&#233;e qui commence &#224; circuler. Voici peu de temps, un journal patronal fran&#231;ais, le &#034; Bulletin des industriels de la m&#233;tallurgie &#034; parlait du danger d'une Cinqui&#232;me Internationale. On ne sait pas d'o&#249; il sortait cette id&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les Internationales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais avant de parler de la Cinqui&#232;me, il est n&#233;cessaire que nous fassions un bref bilan des quatre Internationales historiques. Qu'en reste-t-il au d&#233;but du XXIe si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Premi&#232;re Internationale, fond&#233;e en 1864 &#224; Londres, eut Marx comme auteur de son manifeste inaugural et ce dernier se concluait pas la c&#233;l&#232;bre formule : &#034; l'&#233;mancipation des travailleurs sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes &#034;. Les partisans de Marx et de Proudhon ont particip&#233; &#224; l'Association Internationale des Travailleurs (AIT) bien que le premier eut beaucoup plus d'influence et qu'il ait r&#233;dig&#233; quelques-uns des principaux documents de l'Internationale. Leurs rapports ne furent pas que conflictuels : au congr&#232;s de Bruxelles en 1868, l'alliance entre les marxistes et les proudhoniens de gauche comme Eug&#232;ne Varlin, futur h&#233;ros de la Commune de Paris, a permis l'adoption d'un programme collectiviste, qui proposait la propri&#233;t&#233; collective des moyens production. Les rapports avec Bakounine et ses partisans furent plus complexes, ce qui conduisit &#224; des scissions et &#224; la dissolution de l'Association Internationale des Travailleurs, apr&#232;s son d&#233;m&#233;nagement malheureux en 1872 aux &#201;tats-Unis (une mauvaise id&#233;e de Marx).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Association Internationale des Travailleurs a surv&#233;cu seulement par sa dissidence anarchiste qui se consid&#232;re comme l'h&#233;riti&#232;re de celle qui fut fond&#233;e &#224; Londres en 1864. Son existence aujourd'hui est plut&#244;t symbolique, mais les courants r&#233;novateurs du socialisme libertaire, plus dynamiques et ouverts, sont parvenus &#224; &#233;tablir un r&#233;seau &#034; de solidarit&#233; internationale libertaire &#034; (SIL) qui comprend des organisations plus importantes comme la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale des travailleurs (&#201;tat espagnol), l'Alternative libertaire (France), la F&#233;d&#233;ration anarchiste d'Uruguay, etc. En outre, ces derni&#232;res ann&#233;es, nous avons vu un d&#233;veloppement significatif des courants anarchistes au sein du mouvement altermondialiste, certains affili&#233;s &#224; l'Association Internationale des Travailleurs, et d'autres &#224; Solidarit&#233; Internationale Libertaire, mais beaucoup sans affiliation internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Seconde Internationale a &#233;t&#233; fond&#233;e par Friedrich Engels en 1889 et s'est effondr&#233;e en 1914 avec l'appui de ses sections &#224; la guerre imp&#233;rialiste. Elle s'est reconstitu&#233;e dans les ann&#233;es 1920, avec une orientation d&#233;finitivement r&#233;formiste d&#233;j&#224;, et de nouveau, elle se r&#233;organise sous une nouvelle forme - celle de l'Internationale socialiste apr&#232;s la Deuxi&#232;me guerre mondiale. L'Internationale socialiste est actuellement un rassemblement assez h&#233;t&#233;rog&#232;ne de partis et de mouvements, d'abord d'origine europ&#233;enne et latino-am&#233;ricaine, qui vont des Fronts de lib&#233;ration - comme le Front Sandiniste ou le Front Farabundo Marti - jusqu'&#224; des partis pro-imp&#233;rialistes comme le Parti travailliste de Tony Blair. La social-d&#233;mocratie de tendance mod&#233;r&#233;e, c'est-&#224;-dire sociale-lib&#233;rale comme le Parti social-d&#233;mocrate d'Allemagne, le Parti socialiste fran&#231;ais, le Parti socialiste ouvrier espagnol, pr&#233;domine. L'objectif n'est plus, comme &#224; l'&#233;poque de Friedrich Engels, Wilhelm Liebnecht et Jean Jaur&#232;s, la suppression du capitalisme et la transformation sociale de la soci&#233;t&#233;, mais la gestion sociale du capitalisme n&#233;olib&#233;ral. L'Internationale Socialiste ne fonctionne effectivement pas comme une organisation politique, mais plut&#244;t comme un club de discussions, un espace de n&#233;gociations politico-diplomatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Troisi&#232;me Internationale fut la tentative la plus importante de cr&#233;er une Association internationale des partis prol&#233;tariens ayant une vocation anti-imp&#233;rialiste et r&#233;volutionnaire. Malgr&#233; de nombreux traits autoritaires et une discipline de type militaire, elle fut durant ses premi&#232;res ann&#233;es (1919-1924) une v&#233;ritable organisation internationaliste, &#224; laquelle particip&#232;rent des personnalit&#233;s comme Antonio Gramsci, Clara Zetkin, Andr&#233;s Nin et Jos&#233; Carlos Mariategui. Apr&#232;s la mort de L&#233;nine, elle se transforme progressivement, sous la direction de la bureaucratie stalinienne, en un instrument de la politique sovi&#233;tique &#034; de construction du socialisme dans un seul pays &#034;. Cependant, des aspects internationalistes authentiques ont surv&#233;cu dans la militance communiste, comme le d&#233;montre l'importante participation aux Brigades internationales en Espagne (1936-1938).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1943, conform&#233;ment &#224; la signature du trait&#233; avec ses alli&#233;s Churchill et Roosevelt, Staline a dissous l'Internationale Communiste, sans que cela r&#233;duise la totale d&#233;pendance politique, id&#233;ologique et organisationnelle des partis communistes du monde envers le Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique (PCUS). Avec la d&#233;sint&#233;gration du mal nomm&#233; &#034; socialisme r&#233;el &#034; &#224; partir de 1989, les h&#233;ritiers de la Troisi&#232;me Internationale sont entr&#233;s dans une crise qui les a amen&#233;s, a peu d'exceptions pr&#232;s, &#224; la marginalit&#233; politique ou &#224; leur conversion sociale-d&#233;mocrate. Seuls certains partis, comme le Parti de la refondation communiste en Italie, ont r&#233;ussi une v&#233;ritable r&#233;orientation en rompant avec leur pass&#233; stalinien et en adoptant une nouvelle orientation radicale ouverte aux apports des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Quatri&#232;me Internationale, fond&#233;e par L&#233;on Trotsky en 1938, est n&#233;e de l'Opposition de gauche internationale, une tendance antibureaucratique au sein de l'Internationale Communiste. Affaiblie par l'assassinat de Trotsky et de nombreux autres dirigeants - soit aux mains du fascisme ou du stalinisme - et par d'innombrables scissions, elle n'a jamais pu se transformer en mouvement de masse, m&#234;me si ses militants ont jou&#233; un r&#244;le important dans les &#233;v&#233;nements de mai en 1968 en France, dans le mouvement contre la guerre du Vietnam aux &#201;tats-Unis et dans la r&#233;sistance contre les dictatures dans plusieurs pays d'Am&#233;rique latine. La Quatri&#232;me cherchait &#224; sauver du d&#233;sastre stalinien l'h&#233;ritage de la r&#233;volution d'octobre et &#224; r&#233;nover avec l'aide de ses militants et de ses dirigeants - Ernest Mandel, Livio Maitan, Hugo Blanco, Raul Pont, Alain Krivine et Daniel Bensa&#239;d - la th&#233;orie et la pratique du marxisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Quatri&#232;me Internationale - &#224; laquelle appartient l'auteur de ces lignes - s'est renforc&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es (elle existe dans plusieurs dizaines de pays) mais elle reste une organisation faible en nombre et en ressources. &#192; l'exception des Philippines et du Sri Lanka, l'essentiel de ses forces se concentre en Europe et en Am&#233;rique latine. Ses militant(e)s ont particip&#233;, comme courant organis&#233;, &#224; la fondation de regroupements plus larges, comme Refondation communiste en Italie, l'Alliance socialiste puis RESPECT en Angleterre, le Bloc des gauches au Portugal, le Front Ample en Uruguay, le Parti des travailleurs au Br&#233;sil. Contrairement &#224; d'autres groupes ou sectes se r&#233;clamant du trotskisme, la Quatri&#232;me ne se consid&#232;re pas comme l'unique avant-garde r&#233;volutionnaire et a comme objectif de contribuer &#224; la formation d'une nouvelle Internationale, &#224; caract&#232;re de masse, dont elle ne serait qu'une composante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;sistance internationaliste au Capital&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de la r&#233;sistance internationaliste au Capital a acquis de nos jours une actualit&#233; &#233;vidente. Jamais auparavant, le capital n'est parvenu &#224; exercer un pouvoir si absolu et illimit&#233; sur toute la plan&#232;te. Jamais auparavant il n'a pu imposer, comme aujourd'hui, ses lois, ses politiques, ses dogmes et ses int&#233;r&#234;ts &#224; toutes les nations du monde. Jamais auparavant, un r&#233;seau si dense d'institutions internationales comme le Fonds Mon&#233;taire International (FMI), la Banque Mondiale (BM), l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) n'a exist&#233; - destin&#233;s &#224; contr&#244;ler, &#224; gouverner et &#224; administrer la vie de l'humanit&#233; selon les r&#232;gles strictes du libre march&#233; capitaliste et du libre profit. Jamais auparavant les entreprises multinationales et les march&#233;s financiers n'ont pu &#234;tre &#224; m&#234;me d'exercer de mani&#232;re si brutale leur dictature globale. Enfin, jamais le pouvoir d'une seule puissance imp&#233;rialiste, les &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique, ne fut si &#233;tendu et si arrogant. Nous assistons aujourd'hui, comme l'&#233;crivait le sous-commandant Marcos aux &#034; zapatistes europ&#233;ens &#034; (le 28 ao&#251;t 1995), &#224; une v&#233;ritable guerre de l'argent et des forces du capital financier international contre les peuples, contre l'humanit&#233;, la culture et l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive du capital et des gouvernements n&#233;olib&#233;raux &#224; son service - qui a commenc&#233; dans les ann&#233;es 1980, avec Ronald Reagan et Margaret Thatcher - a connu son apog&#233;e avec la chute du mur de Berlin et la restauration du capitalisme dans les pays de l'Est. On a proclam&#233; triomphalement dans toutes les capitales occidentales &#034; la mort de l'utopie &#034; (ou de la r&#233;volution, ou du marxisme) et &#034; la fin de l'Histoire &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte de d&#233;route et de d&#233;sorientation de la gauche, qu'a surgi, comme une &#233;tincelle lumineuse dans l'obscurit&#233;, le soul&#232;vement zapatiste de 1994. Et deux ann&#233;es plus tard, dans les montagnes du Chiapas, s'est tenue la Premi&#232;re rencontre intercontinentale pour l'humanit&#233; et contre le n&#233;olib&#233;ralisme - un &#233;v&#233;nement qui a eu un impact mondial et qui r&#233;unissait, pour la premi&#232;re fois depuis de nombreuses ann&#233;es, des militant(e)s, activistes et intellectuel(le)s de diff&#233;rentes tendances, du Nord et du Sud, d'Am&#233;rique latine, des &#201;tats-Unis et de l'Europe. De cette rencontre est sorti l'appel historique &#224; porter l'Internationale de l'esp&#233;rance contre &#034; l'Internationale de la terreur repr&#233;sent&#233;e par le n&#233;olib&#233;ralisme &#034; comme le disait la seconde d&#233;claration de la Realidad, la t&#226;che - immense - de cr&#233;er &#034; un r&#233;seau collectif de toutes nos luttes et r&#233;sistances particuli&#232;res. Un r&#233;seau intercontinental de r&#233;sistance contre le n&#233;olib&#233;ralisme, un r&#233;seau intercontinental pour l'humanit&#233;. Ce r&#233;seau intercontinental cherchera, tout en reconnaissant les diff&#233;rences et les similitudes, &#224; se lier avec les autres r&#233;sistance dans le monde entier. Ce r&#233;seau intercontinental sera le moyen par lequel les diff&#233;rentes r&#233;sistances s'appuieront les unes les autres &#034;. On peut consid&#233;rer la rencontre du Chiapas en 1996 comme le premier moment de la lutte altermondialiste qui aujourd'hui se manifeste activement aux quatre coins de la plan&#232;te. Bien que cette initiative n'ait pas eu une suite directe - les tentatives d'organiser d'autres rencontres de ce type, inspir&#233;es par l'exemple zapatiste, en Europe ou en Am&#233;rique latine n'ont pas eu de succ&#232;s - elle fut alors le point de d&#233;part, l'acte de naissance, d'un nouvel internationalisme antilib&#233;ral et anti-imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, la grande protestation de Seattle (1999) a eu lieu et est devenue le principal vecteur de ce nouvel internationalisme, le Mouvement de la r&#233;sistance globale - faussement nomm&#233; par la presse de droite, comme &#034; antimondialisation &#034;. Ce mouvement des mouvements va se d&#233;cha&#238;ner dans les manifestations de Prague, de Stockholm, de Bruxelles, de Bangkok, de Washington, de Barcelone, de G&#234;nes et plus r&#233;cemment de Florence, Paris, Mumba&#239;... - avec la participation de dizaines, puis de centaines de milliers de manifestant(e)s - et au Forum Social Mondial de Porto Alegre (2001, 2002, 2003) et de Mumba&#239; (2004) au Forum social Europ&#233;en (2002, 2003, 2004) et dans d'autres r&#233;unions locales ou continentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement &#034; altermondialiste &#034; - pour un autre monde - est ample, et n&#233;cessairement h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Mais il est n&#233; imm&#233;diatement avec une stature mondiale, internationale, internationaliste. Malgr&#233; sa diversit&#233;, il s'est unifi&#233; autour de principes fondamentaux : &#034; le monde n'est pas une marchandise &#034; ; &#034; un autre monde est possible &#034; ; &#034; non &#224; la guerre !&#034;. Ce sont des principes g&#233;n&#233;raux mais s'ils sont d&#233;fendus s&#233;rieusement, ils poss&#232;dent un important potentiel subversif. L'unit&#233; s'est faite aussi autour de quelques revendications concr&#232;tes : l'abolition de la dette des pays du Sud ; la suppression des paradis fiscaux et l'imposition de la taxe sur les transactions financi&#232;res ; un moratoire sur les produits transg&#233;niques ; l'&#233;galit&#233; entre hommes et femmes ; etc. (la liste est d&#233;j&#224; longue). Il existe enfin un large consensus sur l'identification de l'ennemi : le n&#233;olib&#233;ralisme, le FMI, la Banque mondiale, l'OMC, l'empire &#233;tats-unien. Pour ce qui est des alternatives &#224; l'ordre dominant, un large &#233;ventail de r&#233;ponses sont avanc&#233;es : depuis la r&#233;gulation du syst&#232;me jusqu'&#224; sa transformation r&#233;volutionnaire (socialiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; est peut &#234;tre un obstacle, c'est aussi une richesse. Des syndicalistes, des f&#233;ministes, des marxistes, des anarchistes, des &#233;cologistes, des chr&#233;tiens pour la lib&#233;ration, des socialistes de diverses tendances et sensibilit&#233;s, des mouvements paysans, indig&#232;nes et populaires, des organisations non-gouvernementales (ONG), des intellectuel(le)s, beaucoup de jeunes, des femmes et des travailleurs sans autre affiliation participent au Mouvement altermondialiste et veulent protester, manifester, lutter et discuter avec les autres. C'est une occasion unique de rencontres, de d&#233;bats, d'apprentissages mutuels - un processus d'&#233;changes culturels dans lesquels chacun, sans abandonner ses id&#233;es et ses convictions, d&#233;couvre celles des autres et les int&#232;gre &#224; sa r&#233;flexion et &#224; sa pratique. Du m&#233;lange et de la fusion de tous ces ingr&#233;dients est n&#233; un cocktail explosif, la nouvelle culture internationaliste du Mouvement. Clairement ce processus n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts, nous sommes encore loin d'avoir une orientation commune, mais nous pouvons percevoir la formation d'un esprit commun du mouvement : radical, combatif et hostile &#224; la r&#233;cup&#233;ration institutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#034; Internationale &#224; g&#233;om&#233;trie variable &#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il d'une sorte de &#034; Cinqui&#232;me Internationale &#034; ? Oui et non. Nous avons affaire &#224; une sorte d' &#034; Internationale &#224; g&#233;om&#233;trie variable &#034;, qui se constitue &#224; trois niveaux. Le premier, le plus visible, est le Forum social mondial, comme lieu de d&#233;bat et de rencontre, et comme affirmation publique mondiale du mouvement. Le FSM, avec ses prolongements dans diff&#233;rents continents et r&#233;gions, a d&#233;j&#224; un certain niveau d'organisation internationale. Un comit&#233; ex&#233;cutif international existe ainsi que des commissions continentales. Mais ces organisations, comme le Forum lui-m&#234;me, sont tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes et ne fonctionnent pas comme une force politique internationale. Leur objectif est plus limit&#233; : l'organisation du Forum social mondial et des Forums continentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me niveau, est celui du R&#233;seau international des Mouvements sociaux, plus militant et plus tourn&#233; vers l'action. Il inclut Via Campesina - comprenant le Mouvement des travailleurs sans terre du Br&#233;sil (MST) et la Conf&#233;d&#233;ration Paysanne fran&#231;aise - la Centrale Unique des travailleurs du Br&#233;sil, le Mouvement international ATTAC, etc. Ce sont les principale forces sociales au sein des Forums, et elles publient &#224; la fin de chaque rencontre internationale un document reprenant certains &#233;l&#233;ments d'analyse politique - anti-imp&#233;rialiste et antilib&#233;rale - et, surtout, appellent &#224; des initiatives communes de protestation. Ainsi, en 2002 &#224; Florence il fut d&#233;cid&#233;e, dans la rencontre des mouvements sociaux europ&#233;ens, une journ&#233;e de protestation contre la guerre imp&#233;rialiste en Irak le 15 f&#233;vrier 2003, qui a connu l'extraordinaire succ&#232;s que l'on sait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me niveau serait celui des forces politiques, mais il n'existe qu'&#224; l'&#233;tat virtuel. Il manque au Mouvement des mouvements un r&#233;seau d'organisations politiques - partis, fronts, mouvements - qui puisse proposer au sein du courant altermondialiste un projet alternatif, allant au-del&#224; du capitalisme et la perspective d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, sans oppresseurs ni opprim&#233;s. Quelque chose dans ce style existe d&#233;j&#224; en Europe, c'est la Conf&#233;rence de la gauche anticapitaliste europ&#233;enne dont font partie le Parti socialiste &#233;cossais (SSP) la Ligue Communiste r&#233;volutionnaire (France), le Bloc des gauches (Portugal), l'Alliance Rouge et Verte (Danemark) et plusieurs autres. Malgr&#233; leurs diff&#233;rences, ces courants partagent le m&#234;me rejet de la globalisation capitaliste, des politiques n&#233;olib&#233;rales et des guerres imp&#233;riales. Ils partagent la m&#234;me aspiration &#224; une alternative &#034; positive &#034;, anticapitaliste et antipatriarcale, &#233;cologique et internationaliste : &#034; une soci&#233;t&#233; socialiste et d&#233;mocratique, sans exploitation du travail et sans oppression des femmes, bas&#233;e sur un d&#233;veloppement durable - un socialisme d'en bas, autogestionnaire &#034; (D&#233;claration de juin 2002 de la Conf&#233;rence de la Gauche anticapitaliste europ&#233;enne &#034;). Une premi&#232;re rencontre &#224; l'&#233;chelle intercontinentale a d&#233;j&#224; eu lieu &#224; l'occasion du Forum social mondial de Mumba&#239; (2004).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nouvelle Internationale...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si on pouvait &#233;tendre cette exp&#233;rience &#224; d'autres continents et construire un r&#233;seau qui comprendrait, de mani&#232;re large, les sensibilit&#233;s politiques les plus radicales du grand mouvement altermondialiste, nous aurions le noyau politique de la &#034; Nouvelle Internationale &#034;, qu'il ne faudrait pas n&#233;cessairement appeler la &#034; Cinqui&#232;me &#034;, parce que tous les courants ne tiennent pas n&#233;cessairement &#224; se reconna&#238;tre dans l'histoire des Internationales ouvri&#232;res et socialistes du pass&#233;. On pourrait l'appeler la &#034; Conf&#233;rence Internationale de la Gauche anticapitaliste (CIGA) &#034; ou &#034; Tendance pour une Nouvelle Internationale (TNT) &#034; ou un quelconque autre nom que pourrait inventer l'imagination cr&#233;atrice des participant(e)s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle Internationale pourrait int&#233;grer - s&#233;lectivement - l'apport positif des quatre Internationales prol&#233;tariennes. Elle serait l'h&#233;riti&#232;re de Babeuf et de Fourier, de Marx et de Bakounine, de Blanqui et d'Engels, de Rosa Luxembourg et de L&#233;nine, d'Emma Goldman et de Buenaventura Durruti, de Gramsci et de Trotsky, d'&#201;miliano Zapata et de Jos&#233; Carlos Mariategui, d'Augusto C&#233;sar Sandino et de Farabundo Marti, d'Ernesto Che Guevara et de Camilo Torres, d'Amilcar Cabral et de Patrice Lumumba, de Pablo Neruda et de Nazim Hikmet, de Mehdi Ben Barka et de Malcolm X - et de beaucoup d'autres. Mais sa principale r&#233;f&#233;rence serait les mouvements sociaux actuels et en premier lieu, le Mouvement de la r&#233;sistance globale au n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des Internationales du pass&#233;, ce serait peut-&#234;tre la Premi&#232;re Internationale qui pourrait servir d'inspiration - quoiqu'&#233;videmment dans les conditions politiques d'aujourd'hui qui sont totalement distinctes - comme mouvement multiple, diversifi&#233;, d&#233;mocratique, dans lequel les opinions politiques diff&#233;rentes peuvent converger dans la r&#233;flexion et dans la pratique. Cela ne veut pas dire que la forme dans laquelle s'est constitu&#233;e et a fonctionn&#233; l'Association Internationale des Travailleurs puisse se r&#233;p&#233;ter aujourd'hui. Il est impossible de pr&#233;voir la forme organisationnelle que pourra prendre cette nouvelle force politique internationale - f&#233;d&#233;ration d&#233;centralis&#233;e, r&#233;seau organis&#233;, ou simplement conf&#233;rence ayant des rencontres p&#233;riodiques - mais elle tendra n&#233;cessairement &#224; &#234;tre flexible, ouverte et sans structure bureaucratique formelle. Id&#233;alement, elle inclurait non seulement les partis et les fronts, mais aussi les revues de gauche, les groupes de recherches, des mouvements sociaux, des intellectuel(le)s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment pourrait se d&#233;limiter le camp politico-social de cette nouvelle Internationale ? Il me para&#238;t &#233;vident que l'anti-imp&#233;rialisme et l'anticapitalisme - c'est-&#224;-dire, la conviction que la suppression du capitalisme comme syst&#232;me mondial est la condition n&#233;cessaire, mais non suffisante, pour l'abolition des injustices sociales, des exploitations et des oppressions - sont les crit&#232;res essentiels. La perspective d'une nouvelle soci&#233;t&#233; libre, d&#233;mocratique, &#233;galitaire, solidaire, &#233;cologique, f&#233;ministe - pour moi et pour mes camarades, une soci&#233;t&#233; socialiste, mais cela peut &#234;tre une question ouverte - est un autre &#233;l&#233;ment essentiel. Mais c'est dans le processus de formation de ce r&#233;seau, ou f&#233;d&#233;ration, qu'on d&#233;finira les bases communes et la plate-forme politique de la Nouvelle Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res t&#226;ches de ce courant sera de contribuer au d&#233;veloppement, au renforcement, &#224; l'extension et &#224; la radicalisation du grand Mouvement altermondialiste, en agissant en son sein de fa&#231;on unitaire, d&#233;mocratique et respectueuse de sa diversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'apport zapatiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Nouvelle Internationale devra apprendre beaucoup de l'exp&#233;rience zapatiste. Avant tout de l'esprit de r&#233;bellion, d'anticonformisme, d'opposition farouche &#224; l'ordre &#233;tabli. La Rencontre &#034; Intergalactique &#034; de 1996 a d&#233;fini le combat contre le capitalisme n&#233;olib&#233;ral - soit contre la marchandisation du monde et de l'&#234;tre humain - comme l'objectif commun de tous les exclu(e)s et de tous les opprim&#233;(e)s, les travailleurs des champs, les indig&#232;nes, les femmes, virtuellement toute l'humanit&#233; victime de la folie n&#233;olib&#233;rale. Cette lutte, c'est une lutte pour l'humanit&#233;, soit pour la dignit&#233; des &#234;tres humains - un concept qui a tout &#224; voir avec l'humanisme r&#233;volutionnaire de Marx et de Che Guevara, mais aussi avec l'exp&#233;rience des communaut&#233;s indig&#232;nes du Chiapas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre grand apport de l'Arm&#233;e Zapatiste de lib&#233;ration nationale (EZLN) est l'articulation entre le local (la lutte des indig&#232;nes du Chiapas pour leur autonomie), le national (le combat pour la d&#233;mocratie au Mexique et contre la domination imp&#233;riale am&#233;ricaine) et l'international (la guerre contre le n&#233;olib&#233;ralisme et pour l'humanit&#233;). Dans la r&#233;flexion et la pratique des Zapatistes, les trois mouvements sont intimement li&#233;s, dans une vision beaucoup plus dialectique que la pauvre formule de certaines ONG : &#034; Penser globalement, agir localement &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, le zapatisme apporte &#224; l'internationalisme du XXIe si&#232;cle un nouvel universalisme, ni abstrait ni r&#233;ducteur, mais bas&#233; sur la reconnaissance des diff&#233;rences : l'aspiration &#224; &#034; un monde qui puisse contenir beaucoup d'autres mondes &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par o&#249; devons-nous commencer ? Comme le souligne notre camarade Daniel Bensa&#239;d (dans son livre Les irr&#233;ductibles, Th&#233;or&#232;mes de la r&#233;sistance &#224; l'air du temps, Paris, Textuel, 2001), le point de d&#233;part est la force irr&#233;ductible de l'indignation, le rejet inconditionnel de l'injustice, la non-r&#233;signation : &#034; L'indignation est un commencement. Une mani&#232;re de se lever et de se mettre en route. On s'indigne, on s'insurge, et puis on voit &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous parvenons &#224; rassembler les forces qui, aux quatre coins de la plan&#232;te, sont motiv&#233;es par l'indignation contre le syst&#232;me existant, la r&#233;bellion contre les puissants et l'esp&#233;rance d'un autre monde possible, nous aurons les ingr&#233;dients d'une Nouvelle Internationale - avec ou sans num&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;* Michael L&#246;wy est charg&#233; de recherches au CNRS &#224; Paris. Militant de la IVe Internationale, il est l'auteur de nombreux livres, dont La pens&#233;e de Che Guevara, La th&#233;orie de la r&#233;volution chez le jeune Marx, Dialectique et r&#233;volution, Marxisme et th&#233;ologie de la lib&#233;ration, Patries ou Plan&#232;te ? - nationalismes et internationalismes de Marx &#224; nos jours, La guerre des dieux, etc. L'article dont nous publions ici une version mise &#224; jour, revue et corrig&#233;e par l'auteur, a paru tout d'abord au Mexique dans la Revista Rebeldia (zapatiste). La traduction fran&#231;aise en a &#233;t&#233; assur&#233;e par le mensuel du Parti ouvrier socialiste (POS-SAP, section belge de la IVe Internationale) La Gauche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Changement climatique : Contribution au d&#233;bat</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Changement-climatique-Contribution-au-debat</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Changement-climatique-Contribution-au-debat</guid>
		<dc:date>2009-11-04T03:27:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte s'inscrit dans le cadre de la pr&#233;paration du congr&#232;s mondial du r&#233;seau qu'est la quatri&#232;me internationale. pour acc&#233;der &#224; l'ensemble des textes actuellement disponibles : &lt;br class='autobr' /&gt;
http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article2563 &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site d'Inprecor &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#176; 553-554, 2009-09-10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapport sur le changement climatique de Daniel Tanuro (1) est un des documents les plus importants produits par notre courant ces derni&#232;res ann&#233;es. C'est une contribution pr&#233;cieuse pour armer les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Quatrieme-Internationale-44-" rel="directory"&gt;Quatri&#232;me Internationale&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte s'inscrit dans le cadre de la pr&#233;paration du congr&#232;s mondial du r&#233;seau qu'est la quatri&#232;me internationale. pour acc&#233;der &#224; l'ensemble des textes actuellement disponibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article2563&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article2563&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site d'Inprecor&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#176; 553-554, 2009-09-10&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le rapport sur le changement climatique de Daniel Tanuro (1) est un des documents les plus importants produits par notre courant ces derni&#232;res ann&#233;es. C'est une contribution pr&#233;cieuse pour armer les marxistes r&#233;volutionnaires et les rendre capables d'affronter les d&#233;fis du XXIe si&#232;cle.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les notes qui suivent se divisent en deux parties :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1) quelques critiques ou r&#233;serves de d&#233;tail, con&#231;ues comme une sorte d'amendement au document ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) quelques remarques sur l'&#233;cosocialisme, &#224; partir de questions sugg&#233;r&#233;es mais pas d&#233;velopp&#233;es dans le rapport (qui ne pouvait, &#233;videmment, tout aborder sans devenir trop long). Il s'agit donc, simplement, d'une contribution au d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Commentaires critiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. Il me semble que la formule &#171; 2100 &#187; ou &#171; fin du si&#232;cle &#187; (2) doit &#234;tre remplac&#233;e par &#171; les prochaines d&#233;cennies &#187;. Les derni&#232;res pr&#233;visions des scientifiques &#8212; pas encore int&#233;gr&#233;es par le GIEC qui, comme le signale le rapport, arrive toujours en retard &#8212; pr&#233;voient des grands d&#233;sastres pour les prochaines d&#233;cennies si l'on continue avec &#171; business as usual &#187;. Cela a des cons&#233;quences politiques &#233;videntes : qui va s'inqui&#233;ter avec ce qui arrivera en 2100 ? Certes, certains philosophes &#8212; comme Hans Jonas &#8212; ont soulev&#233; la question de &#171; nos devoirs envers les g&#233;n&#233;rations non encore n&#233;es &#187;, mais cela n'int&#233;resse pas grand monde. La question est tout autre quand il s'agit de notre propre g&#233;n&#233;ration&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela s'applique aussi &#224; la formule &#171; abandon quasi total de l'usage des combustibles fossiles, &#224; r&#233;aliser en moins d'un si&#232;cle &#187; : &#224; remplacer par &#171; les prochaines d&#233;cennies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La s&#233;questration du carbone : le rapport mentionne le caract&#232;re limit&#233; des capacit&#233;s de stockage, mais il semble l'envisager comme une &#171; mesure de transition acceptable &#187; (3). Je pense qu'il faut &#234;tre plus r&#233;serv&#233; &#224; ce sujet. Le proc&#233;d&#233; est loin d'&#234;tre mis au point, il y a tr&#232;s peu d'exemples probants, on n'a pas encore de vraies garanties de s&#233;curit&#233; (l'assurance que le CO2 ne va pas s'&#233;chapper &#224; nouveau dans l'atmosph&#232;re). En outre, sous pr&#233;texte d'un futur &#171; clean carbon &#187;, on continue a utiliser les centrales &#233;lectriques au charbon et &#224; en construire des nouvelles, ce qui est, selon James Hansen, la recette pour un d&#233;sastre prochain. Je pense que nous devons adh&#233;rer &#224; ce que propose Hansen : en attendant que la technique de s&#233;questration soit vraiment &#233;tablie &#8212; dans dix ans ? &#8212; il faut arr&#234;ter de construire des centrales au charbon et mettre progressivement hors d'usage les existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le mouvement contre le changement climatique doit exiger des gouvernements de respecter &#171; les conclusions les plus prudentes du GIEC &#187; (4). Cette formule est trop vague : que veut dire &#171; prudence &#187; ? Il vaut mieux parler du niveau sup&#233;rieur des propositions du GIEC, c'est-&#224;-dire 40 % d'ici 2020 et 85 % d'ici 2050. Il faut &#233;viter la formule, qui appara&#238;t parfois dans le rapport, &#171; r&#233;duction de 25 % &#224; 40 % &#187; d'ici 2020 . Un appel des ONG &#233;cologiques (Greenpeace, etc.) &#224; Sarkozy parle d'un minimum de 40 % d'ici 2020. On ne peut pas exiger moins ! Personnellement, je pense que 40 % c'est trop peu et qu'il faudrait sugg&#233;rer fortement qu'il s'agit d'un minimum, en fait tr&#232;s insuffisant&#8230; La m&#234;me chose vaut pour 2050 : il ne faut plus &#233;crire &#171; r&#233;duction de 50 % &#224; 85% &#187;, mais tout de suite insister sur le niveau sup&#233;rieur : 85 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. L'erreur de Marx : selon le rapport, il &#171; n'a pas saisi que le passage du bois &#224; l'houille signifiait l'abandon d'une &#233;nergie de flux renouvelable au profit d'une &#233;nergie &#233;puisable &#187;. Tout d'abord, j'ai quelques r&#233;serves sur le terme &#171; renouvelable &#187; pour le bois utilis&#233; comme source d'&#233;nergie : cela pourrait conduire rapidement &#224; la destruction des derni&#232;res for&#234;ts ! Quant aux &#233;nergies fossiles : certes, elle sont &#171; &#233;puisables &#187;, mais cet argument me semble d&#233;pass&#233;. Il y a encore du charbon pour 200 ann&#233;es et bien avant, le r&#233;chauffement global aura provoqu&#233; une catastrophe sans pr&#233;c&#233;dent. L'erreur de Marx et surtout d'Engels (cf. l'Anti-D&#252;hring) a &#233;t&#233; de croire que la r&#233;volution doit simplement &#171; supprimer les rapports de production qui sont devenus des obstacles (ou des cha&#238;nes) qui emp&#234;chent le libre d&#233;veloppement des forces productives cr&#233;&#233;es par le capitalisme &#187;, comme si ces derni&#232;res &#233;taient neutres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble qu'on pourrait s'inspirer des observations faites par Marx au sujet de la Commune de Paris : les travailleurs ne peuvent pas prendre possession de l'appareil capitaliste de l'&#201;tat et le mettre &#224; leur service. Ils sont contraints de &#171; le briser &#187; et de le remplacer par une forme de pouvoir politique radicalement diff&#233;rente, d&#233;mocratique et non &#233;tatique. La m&#234;me id&#233;e s'applique, mutatis mutandis, &#224; l'appareil productif, lequel loin d'&#234;tre &#171; neutre &#187; porte dans sa structure l'empreinte d'un d&#233;veloppement qui favorise l'accumulation du capital et l'expansion illimit&#233;e du march&#233;, conduisant ainsi &#224; la catastrophe &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Selon le rapport, on ne pourra r&#233;ellement commencer les &#233;normes changements n&#233;cessaires &#171; qu'apr&#232;s la victoire de la r&#233;volution socialiste au niveau mondial &#187;. Il me semble que, d'apr&#232;s la logique de la r&#233;volution permanente, il faut commencer les changements n&#233;cessaires &#224; l'&#233;chelle d'un ou plusieurs pays, sachant qu'on ne pourra achever le processus qu'&#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le projet dit ceci sur le mont&#233;e des oc&#233;ans : &#171; l'immense majorit&#233; des centaines de millions d'&#234;tres humains menac&#233;s par la mont&#233;e du niveau des oc&#233;ans vivent en Chine (30 millions), en Inde (30 millions), au Bangladesh (15-20 millions)&#8230; &#187; etc. Je ne mets pas en question ces chiffres, mais je me pose la question suivante : est-ce que le niveau de la mer ne va pas monter aussi dans les villes maritimes de l'Occident, c'est- &#224;-dire &#224; Amsterdam, &#224; Venise, &#224; Anvers, &#224; Copenhague, &#224; New York, etc. ? C'est une question qui a une port&#233;e politique : c'est bien de susciter la solidarit&#233; des habitants des pays du Nord avec la souffrance du Bangladesh, mais il faut leur montrer qu'ils sont menac&#233;s des m&#234;mes dangers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. Sur l'&#233;cosocialisme : contribution au d&#233;bat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le projet &#233;cosocialiste implique la mise en place d'une planification d&#233;mocratique de l'&#233;conomie qui prenne en compte la pr&#233;servation de l'environnement et, en particulier, emp&#234;che un d&#233;r&#232;glement catastrophique du climat. C'est gr&#226;ce &#224; une telle planification qu'on pourra op&#233;rer une r&#233;volution du syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique conduisant au remplacement des ressources actuelles (surtout l'&#233;nergie fossile), responsables du changement climatique et de l'empoisonnement de l'environnement, par des ressources &#233;nerg&#233;tiques renouvelables : l'eau, le vent et le soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition n&#233;cessaire pour cette planification d&#233;mocratique et &#233;cologique est le contr&#244;le public des moyens de production : les d&#233;cisions d'ordre public concernant l'investissement et le changement technologique doivent &#234;tre enlev&#233;es aux banques et aux entreprises capitalistes, si l'on veut qu'elles servent le bien commun de la soci&#233;t&#233; et la pr&#233;servation de l'environnement. L'ensemble de la soci&#233;t&#233; sera libre de choisir d&#233;mocratiquement les lignes productives &#224; privil&#233;gier &#8212; selon des crit&#232;res sociaux et &#233;cologiques &#8212; et le niveau des ressources qui doivent &#234;tre investies dans les &#233;nergies alternatives, dans l'&#233;ducation, la sant&#233; ou la culture. Les prix des biens eux-m&#234;mes ne r&#233;pondraient plus aux lois de l'offre et de la demande mais seraient d&#233;termin&#233;s autant que possible selon des crit&#232;res sociaux, politiques et &#233;cologiques. Cette planification aura parmi ses objectifs la garantie du plein-emploi, gr&#226;ce &#224; la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail. Cette condition est indispensable non seulement pour r&#233;pondre aux exigences de justice sociale, mais aussi pour s'assurer du soutien de la classe ouvri&#232;re, sans lequel le processus de transformation &#233;cologique structurelle des forces productives ne peut pas &#234;tre effectu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre &#171; despotique &#187; en soi, la planification d&#233;mocratique est l'exercice de la libert&#233; de d&#233;cision de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Un exercice n&#233;cessaire pour se lib&#233;rer des &#171; lois &#233;conomiques &#187; et des &#171; cages de fer &#187; ali&#233;nantes et r&#233;ifi&#233;es au sein des structures capitaliste et bureaucratique. La planification d&#233;mocratique, associ&#233;e &#224; la r&#233;duction du temps de travail, serait un progr&#232;s consid&#233;rable de l'humanit&#233; vers ce que Marx appelait &#171; le royaume de la libert&#233; &#187; : l'augmentation du temps libre est en fait une condition pour la participation des travailleurs &#224; la discussion d&#233;mocratique et &#224; la gestion de l'&#233;conomie comme de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le genre de syst&#232;me de planification d&#233;mocratique envisag&#233;e par les &#233;cosocialistes concerne les principaux choix &#233;conomiques &#8212; notamment ceux qui ont trait aux dangers du r&#233;chauffement global &#8212; et non pas l'administration des restaurants locaux, des &#233;piceries, des boulangeries, des petits magasins, des entreprises artisanales ou des services. De m&#234;me, il est important de souligner que la planification n'est pas en contradiction avec l'autogestion des travailleurs dans leurs unit&#233;s de production. Alors que la d&#233;cision de transformer, par exemple, une usine de voitures en unit&#233; de production de moteurs pour &#233;oliennes reviendrait &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, l'organisation et le fonctionnement internes de l'usine seraient g&#233;r&#233;s d&#233;mocratiquement par les travailleurs eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;battu longuement sur le caract&#232;re &#171; centralis&#233; &#187; ou &#171; d&#233;centralis&#233; &#187; de la planification, mais l'important reste le contr&#244;le d&#233;mocratique du plan &#224; tous les niveaux, local, r&#233;gional, national, continental et, esp&#233;rons-le, plan&#233;taire, puisque les th&#232;mes de l'&#233;cologie tels que le r&#233;chauffement climatique sont mondiaux et ne peuvent &#234;tre trait&#233;s qu'&#224; ce niveau. Cette proposition pourrait &#234;tre appel&#233;e &#171; planification d&#233;mocratique globale &#187;. Elle n'a rien &#224; voir avec ce qu'on d&#233;signe g&#233;n&#233;ralement comme &#171; planification centrale &#187;, car les d&#233;cisions &#233;conomiques et sociales ne sont pas prises par un &#171; centre &#187; quelconque mais d&#233;termin&#233;es d&#233;mocratiquement par les populations concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La planification &#233;cosocialiste doit &#234;tre fond&#233;e sur un d&#233;bat d&#233;mocratique et pluraliste, &#224; chaque niveau de d&#233;cision. Organis&#233;s sous la forme de partis, de plates-formes ou de tout autre mouvement politique, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des organismes de planification sont &#233;lus et les diverses propositions sont pr&#233;sent&#233;es &#224; tous ceux qu'elles concernent. Autrement dit, la d&#233;mocratie repr&#233;sentative doit &#234;tre enrichie &#8212; et am&#233;lior&#233;e &#8212; par la d&#233;mocratie directe qui permet aux gens de choisir directement &#8212; au niveau local, national et, en dernier lieu, international &#8212; entre diff&#233;rentes propositions. L'ensemble de la population s'interrogerait alors sur la gratuit&#233; du transport public, sur un imp&#244;t sp&#233;cial pay&#233; par les propri&#233;taires de voitures pour subventionner le transport public, sur le subventionnement de l'&#233;nergie solaire, sur la r&#233;duction du temps de travail &#224; 30, 25 heures hebdomadaires ou moins, m&#234;me si cela entra&#238;ne une r&#233;duction de la production. Le caract&#232;re d&#233;mocratique de la planification ne la rend pas incompatible avec la participation des experts dont le r&#244;le n'est pas de d&#233;cider, mais de pr&#233;senter leurs arguments &#8212; souvent diff&#233;rents, voire oppos&#233;s &#8212; au cours du processus d&#233;mocratique de prise des d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question se pose : quelle garantie a-t-on que les gens feront les bons choix, ceux qui prot&#232;gent l'environnement, m&#234;me si le prix &#224; payer est de changer une partie de leurs habitudes de consommation ? Une telle &#171; garantie &#187; n'existe pas, seulement la perspective raisonnable que la rationalit&#233; des d&#233;cisions d&#233;mocratiques triomphera une fois aboli le f&#233;tichisme des biens de consommation. Il est certain que le peuple fera des erreurs en faisant de mauvais choix, mais les experts ne font-ils pas eux-m&#234;mes des erreurs ? Il est impossible de concevoir la construction d'une nouvelle soci&#233;t&#233; sans que la majorit&#233; du peuple ait atteint une grande prise de conscience socialiste et &#233;cologique gr&#226;ce &#224; ses luttes, &#224; son auto-&#233;ducation et &#224; son exp&#233;rience sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;cologistes estiment que la seule alternative au productivisme est d'arr&#234;ter la croissance dans son ensemble, ou de la remplacer par la croissance n&#233;gative &#8212; appel&#233;e en France &#171; d&#233;croissance &#187;. Pour ce faire, il faudrait r&#233;duire drastiquement le niveau excessif de consommation de la population et renoncer aux maisons individuelles, au chauffage central et aux machines &#224; laver, entre autres, pour baisser la consommation d'&#233;nergie de moiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; d&#233;croissants &#187; ont le m&#233;rite d'avoir avanc&#233; une critique radicale du productivisme et du consum&#233;risme. Mais le concept de &#171; d&#233;croissance &#187; rel&#232;ve d'une conception purement quantitative de la &#171; croissance &#187; et du d&#233;veloppement des forces productives. Il faudrait plut&#244;t r&#233;fl&#233;chir &#224; une transformation qualitative du d&#233;veloppement. Cela signifie deux d&#233;marches diff&#233;rentes mais compl&#233;mentaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Non seulement la r&#233;duction mais la suppression de secteurs &#233;conomiques entiers, de fa&#231;on &#224; mettre un terme au gaspillage monstrueux des ressources que provoque le capitalisme &#8212; un syst&#232;me fond&#233; sur la production &#224; grande &#233;chelle de produits inutiles et/ou nuisibles. L'industrie de l'armement est un bon exemple, de m&#234;me que tous ces &#171; produits &#187; fabriqu&#233;s dans le syst&#232;me capitaliste (avec leur obsolescence programm&#233;e) qui n'ont d'autre utilit&#233; que de cr&#233;er des b&#233;n&#233;fices pour les grandes entreprises. La question n'est pas la &#171; consommation excessive &#187; dans l'abstrait, mais plut&#244;t le type de consommation dominant dont les caract&#233;ristiques principales sont : la propri&#233;t&#233; ostensible, le gaspillage massif, l'accumulation obsessive des biens et l'acquisition compulsive de pseudo nouveaut&#233;s impos&#233;es par la &#171; mode &#187;. Une nouvelle soci&#233;t&#233; orienterait la production vers la satisfaction des besoins authentiques, &#224; commencer par ceux qu'on pourrait qualifier de &#171; bibliques &#187; &#8212; l'eau, la nourriture, les v&#234;tements et le logement &#8212; mais en incluant les services essentiels : la sant&#233;, l'&#233;ducation, la culture et le transport. On pourrait donc parler de &#171; d&#233;croissance s&#233;lective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. D'autre part, il faudrait assurer la &#171; croissance s&#233;lective &#187; de certaines branches productives ou services n&#233;glig&#233;s par le capitalisme : l'&#233;nergie solaire, l'agriculture biologique (familiale ou coop&#233;rative), les transports publics, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que les pays o&#249; les besoins essentiels sont loin d'&#234;tre satisfaits, c'est-&#224;-dire les pays de l'h&#233;misph&#232;re sud, devront &#171; se d&#233;velopper &#187; beaucoup plus &#8212; construire des chemins de fer, des h&#244;pitaux, des &#233;gouts et autres infrastructures &#8212; que les pays industrialis&#233;s, mais cela devrait &#234;tre compatible avec un syst&#232;me de production fond&#233; sur les &#233;nergies renouvelables et donc non nuisible &#224; l'environnement. Ces pays auront besoin de produire de grandes quantit&#233;s de nourriture pour leurs populations d&#233;j&#224; frapp&#233;es par la famine. Mais, comme le soutiennent depuis des ann&#233;es les mouvements paysans organis&#233;s au niveau international par le r&#233;seau Via Campesina, il s'agit d'un objectif bien plus facile &#224; atteindre par l'interm&#233;diaire de l'agriculture biologique paysanne organis&#233;e par unit&#233;s familiales, coop&#233;ratives ou fermes collectives, que par les m&#233;thodes destructrices et antisociales de l'industrie de l'agrobusiness dont le principe est l'utilisation intensive de pesticides, de substances chimiques et d'OGM. L'odieux syst&#232;me actuel de la dette et de l'exploitation imp&#233;rialiste des ressources du Sud par les pays capitalistes et industrialis&#233;s laisserait la place &#224; un &#233;lan de soutien technique et &#233;conomique du Nord vers le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aurait nullement besoin &#8212; comme semblent le croire certains &#233;cologistes puritains et asc&#233;tiques &#8212; de r&#233;duire, en termes absolus, le niveau de vie des populations europ&#233;enne ou nord-am&#233;ricaine. Il faudrait simplement que ces populations se d&#233;barrassent des produits inutiles, ceux qui ne satisfont aucun besoin r&#233;el et dont la consommation obsessive est soutenue par le syst&#232;me capitaliste. Tout en r&#233;duisant leur consommation, elles red&#233;finiraient la notion de niveau de vie pour faire place &#224; un mode de vie qui serait en r&#233;alit&#233; beaucoup plus riche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment distinguer les besoins authentiques des besoins artificiels, faux ou simul&#233;s ? L'industrie de la publicit&#233; &#8212; qui exerce son influence sur les besoins par la manipulation mentale &#8212; a p&#233;n&#233;tr&#233; dans toutes les sph&#232;res de la vie humaine des soci&#233;t&#233;s capitalistes modernes. Tout est fa&#231;onn&#233; selon ses r&#232;gles, non seulement la nourriture et les v&#234;tements, mais aussi des domaines aussi divers que le sport, la culture, la religion et la politique. La publicit&#233; a envahi nos rues, nos bo&#238;tes aux lettres, nos &#233;crans de t&#233;l&#233;vision, nos journaux et nos paysages d'une mani&#232;re insidieuse, permanente et agressive. Ce secteur contribue directement aux habitudes de consommation ostensible et compulsive. De plus, il entra&#238;ne un gaspillage ph&#233;nom&#233;nal de p&#233;trole, d'&#233;lectricit&#233;, de temps de travail, de papier et de substances chimiques, parmi d'autres mati&#232;res premi&#232;res &#8212; le tout pay&#233; par les consommateurs. Il s'agit d'une branche de &#171; production &#187; qui n'est pas seulement inutile du point de vue humain, mais qui est aussi en contradiction avec les besoins sociaux r&#233;els. Alors que la publicit&#233; est une dimension indispensable dans une &#233;conomie de march&#233; capitaliste, elle n'aurait pas sa place dans une soci&#233;t&#233; en transition vers le socialisme. Elle serait remplac&#233;e par des informations sur les produits et services fournis par des associations de consommateurs. Le crit&#232;re pour distinguer un besoin authentique d'un besoin artificiel serait sa permanence apr&#232;s la suppression de la publicit&#233;. Il est clair que pendant un certain temps les anciennes habitudes de consommation persisteront car personne n'a le droit de dire aux gens ce dont ils ont besoin. Le changement des mod&#232;les de consommation est un processus historique et un d&#233;fi &#233;ducationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains produits, tels que la voiture individuelle, soul&#232;vent des probl&#232;mes plus complexes. Les voitures individuelles sont une nuisance publique. A l'&#233;chelle plan&#233;taire, elles tuent ou mutilent des centaines de milliers de personnes chaque ann&#233;e. Elles polluent l'air des grandes villes &#8212; avec des cons&#233;quences n&#233;fastes sur la sant&#233; des enfants et des personnes &#226;g&#233;es &#8212; et elles contribuent consid&#233;rablement au changement climatique. Par ailleurs, la voiture satisfait des besoins r&#233;els dans les conditions actuelles du capitalisme. Dans un processus de transition vers l'&#233;cosocialisme, le transport public serait largement r&#233;pandu et gratuit &#8212; sur terre comme sous terre &#8212;, tandis que des voies seraient prot&#233;g&#233;es pour les pi&#233;tons et cyclistes. Par cons&#233;quent, la voiture individuelle jouerait un r&#244;le beaucoup moins important que dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise o&#249; elle est devenue un produit f&#233;tiche promu par une publicit&#233; insistante et agressive. Dans cette transition vers une nouvelle soci&#233;t&#233;, il sera beaucoup plus facile de r&#233;duire de mani&#232;re draconienne le transport routier de marchandises &#8212; responsable d'accidents tragiques et du niveau de pollution trop &#233;lev&#233; &#8212; pour le remplacer par le transport ferroviaire ou le ferroutage : seule la logique absurde de la &#171; comp&#233;titivit&#233; &#187; capitaliste explique le d&#233;veloppement du transport par camion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces propositions, les pessimistes r&#233;pondront : oui, mais les individus sont motiv&#233;s par des aspirations et des d&#233;sirs infinis qui doivent &#234;tre contr&#244;l&#233;s, analys&#233;s, refoul&#233;s et m&#234;me r&#233;prim&#233;s si n&#233;cessaire. La d&#233;mocratie pourrait alors subir certaines restrictions. Or, l'&#233;cosocialisme est fond&#233; sur une hypoth&#232;se raisonnable, d&#233;j&#224; soutenue par Marx : la pr&#233;dominance de &#171; l'&#234;tre &#187; sur &#171; l'avoir &#187; dans une soci&#233;t&#233; sans classes sociales ni ali&#233;nation capitaliste, c'est-&#224;-dire la primaut&#233; du temps libre sur le d&#233;sir de poss&#233;der d'innombrables objets : la r&#233;alisation personnelle par le biais de v&#233;ritables activit&#233;s, culturelles, sportives, ludiques, scientifiques, &#233;rotiques, artistiques et politiques. Le f&#233;tichisme de la marchandise incite &#224; l'achat compulsif &#224; travers l'id&#233;ologie et la publicit&#233; propres au syst&#232;me capitaliste. Rien ne prouve que cela fait partie de &#171; l'&#233;ternelle nature humaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas, surtout pendant la p&#233;riode de transition, que les conflits seront inexistants : entre les besoins de protection environnementale et les besoins sociaux, entre les obligations en mati&#232;re d'&#233;cologie et la n&#233;cessit&#233; de d&#233;velopper les infrastructures de base, notamment dans les pays pauvres, entre des habitudes populaires de consommation et le manque de ressources. Une soci&#233;t&#233; sans classes sociales n'est pas une soci&#233;t&#233; sans contradictions ni conflits. Ces derniers sont in&#233;vitables : ce sera le r&#244;le de la planification d&#233;mocratique, dans une perspective &#233;cosocialiste lib&#233;r&#233;e des contraintes du capital et du profit, de les r&#233;soudre gr&#226;ce &#224; des discussions ouvertes et pluralistes conduisant la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me &#224; prendre les d&#233;cisions. Une telle d&#233;mocratie, commune et participative, est le seul moyen, non pas d'&#233;viter de faire des erreurs, mais de les corriger par la collectivit&#233; sociale elle-m&#234;me. &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&#9658; Michael L&#246;wy, philosophe et sociologue d'origine br&#233;silienne, est militant du Nouveau parti anticapitaliste de France et de la IVe Internationale. Co-auteur (avec Joel Kovel) du Manifeste &#233;cosocialiste international, il a &#233;t&#233; aussi un des organisateurs de la premi&#232;re Rencontre &#233;cosocialiste internationale, &#224; Paris (2007). Auteur de tr&#232;s nombreux livres, il a publi&#233; r&#233;cemment : Sociologies et religion &#8212; Approches dissidentes (avec Erwan Dianteill), PUF, Paris 2006 ; Messagers de la temp&#234;te &#8212; Andr&#233; Breton et la r&#233;volution de janvier 1946 en Ha&#239;ti (avec Gerald Bloncourt), Le Temps des Cerises, Paris 2007 ; Che Guevara, une braise qui br&#251;le encore (avec Olivier Besancenot), Mille et une nuits, Paris 2007 ; Sociologies et religion &#8212; Approches insolites (avec Erwan Dianteill), PUF, Paris 2009.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Inprecor n&#176; 551/552 de juillet-ao&#251;t 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Voici les paragraphes du texte : &#171; Selon le GIEC, le maintien des tendances actuelles en mati&#232;re d'&#233;missions impliquerait, d'ici 2100, une hausse de la temp&#233;rature moyenne de surface comprise entre +1,1 et +6,4&#176;C par rapport &#224; 1990. L'ampleur de la fourchette s'explique par la double incertitude qui d&#233;coule des mod&#232;les climatiques, d'une part, et des sc&#233;narios de d&#233;veloppement humain, d'autre part. &#187; (op. cit. p. 26) &#171; La stabilisation du climat &#224; un niveau coh&#233;rent avec le principe de pr&#233;caution requiert que les &#233;missions globales commencent &#224; diminuer au plus tard en 2015 pour &#234;tre r&#233;duites de 50 % &#224; 85 % d'ici 2050, et plus de maintenant &#224; la fin du si&#232;cle. &#187; (op. cit. p. 39)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#171; Vu l'urgence et pour des raisons sociales, la capture et s&#233;questration du carbone pourrait &#234;tre acceptable &#224; titre transitoire, dans le cadre d'une strat&#233;gie de sortie rapide des combustibles fossiles : elle permettrait notamment de planifier la reconversion des mineurs. Mais ce n'est pas dans cette optique qu'elle est envisag&#233;e actuellement. Il s'agit au contraire d'une nouvelle tentative capitaliste de repousser les limites physiques sans se soucier des cons&#233;quences. Les gouvernements parlent de &#8220;charbon propre&#8221;, mais c'est un mythe si l'on prend en compte la p&#233;nibilit&#233; de l'extraction, la pollution par les poussi&#232;res, les cons&#233;quences sur la sant&#233;, et l'impact &#233;cologique des houill&#232;res. &#187; (op. cit. p. 33)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &#171; Le but de ce mouvement n'est pas d'&#233;laborer des plates-formes sophistiqu&#233;es mais de contraindre les gouvernements &#224; agir au minimum conform&#233;ment aux conclusions les plus prudentes d&#233;coulant des rapports d'&#233;valuation du GIEC, dans le respect du principe des &#171; responsabilit&#233;s communes mais diff&#233;renci&#233;es &#187;, des droits sociaux et d&#233;mocratiques ainsi que du droit de toutes et tous &#224; une existence humaine digne de ce nom. Nous d&#233;fendons ce but contre les courants qui rabaissent les objectifs de r&#233;duction des &#233;missions au nom du r&#233;alisme, mais aussi contre ceux qui les d&#233;noncent comme insuffisants (nous tentons de rallier ces derniers en demandant &#171; au minimum &#187; le respect des conclusions &#171; les plus prudentes &#187; du GIEC). &#187; (op.cit. p. 34-35)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sc&#233;narios du pire et alternative &#233;cosocialiste</title>
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		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>



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&lt;p&gt;Publi&#233; sur Contretemps (http://contretemps.eu.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle est la situation de la plan&#232;te quelques mois avant la Conf&#233;rence des Nations Unies &#224; Copenhagen sur le Changement Climatique ? Premier constat : tout s'acc&#233;l&#232;re bien plus vite que pr&#233;vu. L'accumulation de gaz carbonique, la mont&#233;e de la temp&#233;rature, la fonte des glaciers polaires et des &#171; neiges &#233;ternelles &#187;, la d&#233;sertification des terres, les s&#233;cheresses, les inondations : tout se pr&#233;cipite, et les bilans des scientifiques, &#224; peine (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur Contretemps (&lt;a href=&#034;http://contretemps.eu&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://contretemps.eu&lt;/a&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la situation de la plan&#232;te quelques mois avant la Conf&#233;rence des Nations Unies &#224; Copenhagen sur le Changement Climatique ? Premier constat : tout s'acc&#233;l&#232;re bien plus vite que pr&#233;vu. L'accumulation de gaz carbonique, la mont&#233;e de la temp&#233;rature, la fonte des glaciers polaires et des &#171; neiges &#233;ternelles &#187;, la d&#233;sertification des terres, les s&#233;cheresses, les inondations : tout se pr&#233;cipite, et les bilans des scientifiques, &#224; peine l'encre des documents s&#233;ch&#233;e, se rev&#232;lent trop optimistes. On penche maintenant, de plus en plus, pour les fourchettes les plus &#233;lev&#233;es, dans les pr&#233;visions pour l'avenir prochain. On ne parle plus - ou de moins en moins - de ce qui va se passer &#224; la fin du si&#232;cle, ou dans un demi-si&#232;cle, mais dans les dix, vingt, trente prochaines ann&#233;es. Il n'est plus seulement question de la plan&#232;te que nous laisserons &#224; nos enfants et petits-enfants, mais de l'avenir de cette g&#233;n&#233;ration-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple, assez inqui&#233;tant : si la glace du Groenland fondait, le niveau de la mer pourrait monter de six m&#232;tres : cela veut dire l'inondation, non seulement de Dacca et autres villes maritimes asiatiques, mais aussi de&#8230;New York, Amsterdam et Londres. Or des &#233;tudes r&#233;centes montrent que la surface de la calotte glaciaire du Groenland au dessus de 2000 m&#232;tres ayant fondu est sup&#233;rieure de 150% &#224; la moyenne mesur&#233;e entre 1988 et 2006 [1] [1]. Selon Richard Alley, glaciologue de la Penn State University, la fusion de la calotte du Groenland, qu'on avait l'habitude de calculer en centaines d'ann&#233;es, pourrait se produire en quelques d&#233;cennies[2] [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette acc&#233;l&#233;ration s'explique, entre autres, par des effets de r&#233;troaction (feed-back). Quelques exemples : 1) la fonte des glaciers de l'Arctique - d&#233;j&#224; bien entam&#233;e- en r&#233;duisant l'albedo, c'est &#224; dire le degr&#233; de r&#233;flexion du rayonnement solaire (il est maximal pour les surfaces blanches) &#8211; ne peut qu'augmenter la quantit&#233; de chaleur qui est absorb&#233;e par le sol ; des scientifiques ont calcul&#233; que la r&#233;duction de 10% de l'albedo de la plan&#232;te aurait l'effet &#233;quivalent d'une augmentation de cinq fois du volume de CO2 dans l'atmosph&#232;re[3] [3]. 2) la mont&#233;e de la temp&#233;rature de la mer transforme des surfaces immenses des oc&#233;ans en d&#233;serts sans plancton ni poissons, ce qui r&#233;duit leur capacit&#233; &#224; absorber le CO2. Ce ph&#233;nom&#232;ne s'est acc&#233;l&#233;r&#233;, selon une &#233;tude r&#233;cente men&#233;e par des oc&#233;anographes du National Atmospheric and Oceanic Administration, quinze fois plus vite que pr&#233;vu dans les mod&#232;les existants[4] [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres possibilit&#233;s de r&#233;troaction existent, encore plus dangereuses. Jusqu'ici peu &#233;tudi&#233;es, elles ne sont pas incluses dans les mod&#232;les du GIEC (Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat), mais risquent de provoquer un saut qualitatif dans l'effet de serre : 1) les 400 milliards de tonnes de carbone pour le moment emprisonn&#233;es dans le perglisol (permafrost), cette toundra congel&#233;e qui s'&#233;tend du Canada &#224; la Sib&#233;rie. Si les glaciers commencent &#224; fondre, pourquoi le perglisol ne fondrait pas lui-aussi ? En se d&#233;composant, ce carbone se transforme en m&#233;thane, dont l'effet de serre est bien plus puissant que le CO2. 2) Des quantit&#233;s astronomiques de m&#233;thane se trouvent aussi dans les profondeurs des oc&#233;ans : au moins un trillion de tonnes, sous forme de clathrates de m&#233;thane. Si les oc&#233;ans se r&#233;chauffent, il est possible que ce m&#233;thane soit lib&#233;r&#233; dans l'atmosph&#232;re, provoquant un saut dans le changement climatique. Par ailleurs, ce gaz est inflammable : des chercheurs Russes ont observ&#233;, dans la Mer Caspienne, des &#233;missions de m&#233;thane sous forme de torches enflamm&#233;es qui montent &#224; des centaines de m&#232;tres[5] [5]. Selon l'ing&#233;nieur chimiste Gregory Ryskin, une &#233;ruption majeure du m&#233;thane oc&#233;anique pourrait g&#233;n&#233;rer une force explosive 10 mille fois plus importante que ce que produirait l'ensemble du stock d'armes nucl&#233;aires de la plan&#232;te[6] [6]. Mark Lynas, qui cite cette source, tire la conclusion qu'une plan&#232;te avec six degr&#233;s de plus serait bien pire que l'Enfer d&#233;crit par Dante dans la Divine Com&#233;die&#8230; Ajoutons que, selon le dernier rapport du GIEC, la mont&#233;e de la temp&#233;rature pourrait d&#233;passer les six degr&#233;s, consid&#233;r&#233;s jusqu'ici comme le maximum pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces processus commencent de fa&#231;on tr&#232;s graduelle, mais &#224; partir d'un certain moment, ils peuvent se d&#233;velopper par sauts qualitatifs. La menace la plus inqui&#233;tante, de plus en plus envisag&#233;e par les chercheurs, est donc celle d'un runaway climate change, d'un glissement rapide et incontr&#244;lable du r&#233;chauffement. Il existe peu de sc&#233;narios du pire, c'est-&#224;-dire dans le cas o&#249; l'augmentation de la temp&#233;rature d&#233;passe les 2&#176;-3&#176; degr&#233;s : les scientifiques &#233;vitent de dresser des tableaux catastrophiques, mais on sait d&#233;j&#224; les risques encourus. A partir d'un certain niveau de temp&#233;rature, la terre sera-t-elle encore habitable par notre esp&#232;ce ? Malheureusement, nous ne disposons pas en ce moment d'une plan&#232;te de rechange dans l'univers connu des astronomes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion de ces &#171; sc&#233;narios du pire &#187; n'est pas un vain exercice apocalyptique : il s'agit de r&#233;els dangers, dont il faut prendre toute la mesure. Ce n'est pas non plus du fatalisme : les jeux ne sont pas encore faits, et il est encore temps d'agir pour inverser le cours des &#233;v&#233;n&#233;ments. Mais il nous faut le pessimisme de la raison, avant de laisser toute sa place &#224; l'optimisme de la volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les solutions des &#233;lites dirigeantes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qui est responsable de cette situation, in&#233;dite dans l'histoire de l'humanit&#233; ? Ce sont les &#234;tres humains, nous r&#233;pondent les scientifiques. La r&#233;ponse est juste, mais un peu courte : les &#234;tres humains habitent sur Terre depuis des mill&#233;naires, la concentration de CO2 a commenc&#233; &#224; devenir un danger depuis quelques d&#233;cennies seulement. En tant que marxistes, nous r&#233;pondons ceci : la responsabilit&#233; en incombe au syst&#232;me capitaliste, &#224; sa logique absurde et myope d'expansion et accumulation &#224; l'infini, &#224; son productivisme irrationnel obs&#233;d&#233; par la recherche du profit. En effet, tout l'appareil productif capitaliste est fond&#233; sur l'utilisation des &#233;nergies fossiles &#8211; p&#233;trole, charbon &#8211; &#233;mettrices de gaz &#224; effet de serre ; le m&#234;me vaut pour le syst&#232;me de transports routiers, surtout au cours des derni&#232;res d&#233;cennies, et pour la voiture individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont donc les propositions, les solutions, les alternatives propos&#233;es par les &#171; responsables &#187;, les &#233;lites capitalistes dirigeantes ? C'est peu de dire qu'elles ne sont pas &#224; la hauteur du d&#233;fi. On peut ranger leurs positions en trois grands groupes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Les autruches : ceux qui pr&#233;tendent que la terre est plate et que le changement climatique n'a pas de source &#171; anthropique &#187;, n'est pas li&#233; aux activit&#233;s humaines : ce serait par exemple le r&#233;sultat des t&#226;ches du soleil, ou autres explications farfelues. C'&#233;tait, il n'y a pas longtemps, la position de l'administration Bush. Elle a &#233;t&#233; d&#233;fendue par un certain nombre - d&#233;croissant - de scientifiques, certains lourdement subventionn&#233;s par l'industrie p&#233;troli&#232;re[7] [7]. On a tent&#233; de silencier l'opinion de scientifiques &#171; g&#234;nants &#187; comme James Hansen, le responsable climatique de la NASA. Cette c&#233;cit&#233; climatique est une bataille d'arri&#232;re garde, en perte de vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Les partisans du &#171; business as usual &#187; : certes, le probl&#232;me existe, mais il peut &#234;tre r&#233;solu par le volontariat des entreprises, et par des mesures techniques, sans qu'il soit n&#233;cessaire de prendre des d&#233;cisions contraignantes chiffr&#233;es. Cette posture peut se combiner avec une sorte d' &#171; opportunisme &#187; affairiste : puisque le r&#233;chauffement global est in&#233;vitable, essayons d'en tirer le mieux pour nos affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple est &#233;clairant : la fonte de la banquise arctique en &#233;t&#233;. Le ph&#233;nom&#232;ne se produit bien plus vite que pr&#233;vu : selon les derni&#232;res observations scientifiques (f&#233;vrier 2008 ), on pr&#233;voit sa compl&#232;te dissolution non plus vers 2050 mais vers 2013 ! Comment expliquer cet emballement ? Selon le scientifique Jean Claude Gascard, coordonnateur du programme europ&#233;en d'&#233;tude de l'Arctique, il est essentiellement d&#251; &#224; la baisse de l'alb&#233;do : l'oc&#233;an absorbe plus de chaleur que la glace, qui le r&#233;fl&#233;chit comme un miroir. Par un effet de r&#233;troaction, cette fonte provoque donc une nouvelle mont&#233;e de la temperature de l'oc&#233;an. Les choses bougent donc beaucoup plus vite que ce que tous les mod&#232;les avaient pr&#233;vu. Nous vivons ce qui devait se produire dans trente ou quarante ans. Tout le monde est au travail pour comprendre pourquoi les mod&#232;les ne suivent pas [8] [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, que font les gouvernements limitrophes de la r&#233;gion, USA, Russie et Canada ? Ils se disputent, &#224; coups d'exp&#233;ditions militaires patriotiques, le trac&#233; des zones respectives de souverainet&#233;, en vue de la future exploitation du p&#233;trole qui g&#238;t actuellement sous les glaciers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple int&#233;ressant, qui concerne cette fois la Commission Europ&#233;enne : un rapport confidentiel[8] [9] attirait l'attention sur le danger d'une inondation de certains pays, tels que la Hollande, comme r&#233;sultat probable de l'&#233;l&#233;vation du niveau de la mer. Ce rapport consid&#233;rait l'hypoth&#232;se d'un d&#233;m&#233;nagement massif de la population concern&#233;e, ce qui cr&#233;erait des opportunit&#233;s extraordinaires pour l'industrie du b&#226;timent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les mesures techniques pouvant faire front &#224; la menace ? On trouve ici une grande diversit&#233; de propositions. Certains rel&#232;vent de la &#171; g&#233;o-ing&#233;nierie &#187; la plus d&#233;lirante : semer des fertilisants sur les oc&#233;ans, pour favoriser l'essor du plancton ; diffuser dans la stratosph&#232;re des myriades de fragments de miroirs, pour r&#233;fl&#233;chir la chaleur solaire&#8230; L'imagination technocratique est assez fertile. Une autre voie, plus classique, consiste &#224; proposer l'&#233;nergie nucl&#233;aire, qui est cens&#233;e ne pas produire pas d'&#233;missions, comme alternative. Sauf que, pour remplacer l'ensemble des &#233;nergies fossiles, il faudrait construire des centaines de centrales nucl&#233;aires, avec un nombre in&#233;vitable d'accidents &#8211; un, deux, trois, plusieurs Tchernobyls ? - et une masse astronomique de d&#233;chets radioactifs - certains avec une dur&#233;e de milliers d'ann&#233;es - dont personne ne sait que faire. Sans parler du risque majeur de prolif&#233;ration militaire des armes atomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mentionnons aussi le dernier rem&#232;de miracle, parrain&#233; par les USA et le Br&#233;sil, mais qui int&#233;resse aussi l'Europe : remplacer le p&#233;trole -de toute fa&#231;on destin&#233; &#224; s'&#233;puiser- par les biocarburants. Les c&#233;r&#233;ales ou le ma&#239;s, plut&#244;t que de nourrir les peuples affam&#233;s du Tiers Monde, rempliront les tanks des voitures des pays riches. Selon la FAO (Food and Agriculture Organisation) des Nations Unies, les prix des c&#233;r&#233;ales ont d&#233;j&#224; consid&#233;rablement augment&#233;, en partie &#224; cause de la forte demande de biocarburants, vouant &#224; la faim des millions de personnes des pays pauvres[10] [10]. Ajoutons que, selon un nombre grandissant de scientifiques, le bilan carbone de la plupart de ces agro-carburants n'est pas vraiment favorable, leur production g&#233;n&#233;rant - par les fertilisants, les transports, etc - autant d'&#233;missions qu'ils sont cens&#233;s &#233;conomiser (par rapport au p&#233;trole). Sans parler de la d&#233;forestation que la production agro-capitaliste de ces carburants est en train de provoquer, d&#233;j&#224;, au Br&#233;sil et en Indon&#233;sie. Ce n'est encore qu'une tentative, assez vaine, de sauver un syst&#232;me de transport irrationnel fond&#233; sur la voiture et le camion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus int&#233;ressante de ces solutions-miracle techniques est la capture et s&#233;questration du carbone, qui concerne surtout les centrales &#233;lectriques. Reste que pour le moment on ne conna&#238;t que quelques rares exp&#233;riences locales, et beaucoup d'experts mettent en doute l'efficacit&#233; de la m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Les accords internationaux contraignants. C'est le cas de Kyoto, port&#233;e notamment par les gouvernements europ&#233;ens. Kyoto repr&#233;sente, &#224; certains &#233;gards, une vraie avanc&#233;e, par le principe m&#234;me d'accords internationaux avec des objectifs chiffr&#233;s et des p&#233;nalit&#233;s. Cela dit, son dispositif central, le &#171; March&#233; des Droits d'Emission &#187; s'est r&#233;v&#233;l&#233; bien d&#233;cevant : l'Europe, c'est-&#224;-dire le groupe de pays le plus engag&#233;, n'a r&#233;ussi, pendant dix ans, &#224; r&#233;duire les &#233;missions que de 2% ; on voit mal comment elle pourra atteindre en 2012 l'objectif d&#233;clar&#233; de 8%, un objectif si modeste qu'il n'aurait pratiquement aucune incidence sur l'effet de serre[11] [11]. Cet &#233;chec n'est pas un hasard : les quotas d'&#233;mission distribu&#233;s par les &#171; responsables &#187; &#233;taient tellement g&#233;n&#233;reux, que tous les pays ont fini l'ann&#233;e 2006 avec des grands exc&#233;dents de &#171; droits d'&#233;mission &#187;. R&#233;sultat : le prix de la tonne de CO2 s'est effondr&#233; de 20 euros en 2006 &#224; moins d'un euro en 2007 &#8230;. L'autre dispositif de Kyoto, les &#171; M&#233;canismes de D&#233;veloppement Durable &#187; - &#233;change entre droits d'&#233;mission au Nord et investissements &#171; propres &#187; dans les pays du Sud - n'a, de l'avis g&#233;n&#233;ral, qu'une port&#233;e limit&#233;e, parce qu'il est inv&#233;rifiable et sert &#224; couvrir toutes sortes de combines et abus[12] [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des vertus de Kyoto cependant consiste &#224; porter la question du changement climatique sur le terrain politique. Voici une bonne nouvelle : l'ex dirigeant du gouvernement conservateur d'Australie, John Howard, un ami de Georges Bush et un n&#233;gateur obstin&#233; du r&#233;chauffement de la plan&#232;te - vient de perdre les &#233;lections au profit de son adversaire travailliste qui s'est engag&#233; &#224; signer les accords de Kyoto : c'est la premi&#232;re fois dans l'histoire d'un pays que la question du changement climatique joue un r&#244;le important dans une &#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2009 aura lieu &#224; Copenhagen la Conf&#233;rence des Nations Unies sur le Changement Climatique. Peut-on attendre un r&#233;veil tardif de la part des oligarchies dominantes ? Rien n'est &#224; exclure, mais toutes les propositions officielles jusqu'ici - le rapport Stern(13] [13] en est un exemple &#233;clairant - sont parfaitement incapables de renverser le cours des choses, parce que obstin&#233;ment enferm&#233;es dans la logique de l'&#233;conomie de march&#233; capitaliste. Comme le constate Herv&#233; Kampf, journaliste au quotidien Le Monde, dans son int&#233;ressant ouvrage Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te : &#171; le syst&#232;me social qui r&#233;git actuellement la soci&#233;t&#233; humaine, le capitalisme, s'arc-boute de mani&#232;re aveugle contre les changements qu'il est indispensable d'op&#233;rer si l'on veut conserver &#224; l'existence humaine sa dignit&#233; et sa promesse &#187; [14] [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour affronter les enjeux du changement climatique, et de la crise &#233;cologique g&#233;n&#233;rale, dont les exemples que nous avons expos&#233; sont l'expression la plus mena&#231;ante - il faut un changement radical et structurel, qui touche aux fondements du syst&#232;me capitaliste : une transformation non seulement des rapports de production (la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production) mais aussi des forces productives (les moyens techniques et les savoir-faire humains servant &#224; produire). Cela implique tout d'abord une v&#233;ritable r&#233;volution du syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique, du syst&#232;me des transports et des modes de consommation actuels, fond&#233;s sur le gaspillage et la consommation ostentatoire, induits par la publicit&#233;. Bref, il s'agit d'un changement du paradigme de civilisation, et de la transition vers une nouvelle soci&#233;t&#233;, o&#249; la production sera d&#233;mocratiquement planifi&#233;e par la population ; c'est &#224; dire, o&#249; les grandes d&#233;cisions sur les priorit&#233;s de la production et de la consommation ne seront plus d&#233;cid&#233;es par une poign&#233;e d'exploiteurs, ou par les forces aveugles du march&#233;, ni par une oligarchie de bureaucrates et d'experts, mais par les travailleurs et les consommateurs, bref, par la population, apr&#232;s un d&#233;bat d&#233;mocratique et contradictoire entre diff&#233;rentes propositions. C'est ce que nous d&#233;signons par le terme ecosocialisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'alternative &#233;cosocialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc l'&#233;cosocialisme ? Il s'agit d'un courant de pens&#233;e et d'action &#233;cologique qui fait siens les acquis fondamentaux du socialisme - tout en le d&#233;barrassant de ses scories productivistes. Pour les &#233;cosocialistes la logique du march&#233; et du profit - de m&#234;me que celle de l'autoritarisme bureaucratique de feu le &#171; socialisme r&#233;el &#187; - sont incompatibles avec les exigences de sauvegarde de l'environnement naturel. Tout en critiquant l'id&#233;ologie des courants dominants du mouvement ouvrier, ils savent que les travailleurs et leurs organisations sont une force essentielle pour toute transformation radicale du syst&#232;me, et pour l'&#233;tablissement d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, socialiste et &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;co-socialisme s'est d&#233;v&#233;lopp&#233; surtout au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es, gr&#226;ce aux travaux de penseurs de la taille de Manuel Sacristan, Raymond Williams, Rudolf Bahro (dans ses pr&#233;miers &#233;crits) et Andr&#233; Gorz (idem), ainsi que des pr&#233;cieuses contributions de James O'Connor, Barry Commoner, John Bellamy Foster, Joel Kovel (USA), Juan Martinez Allier, Francisco Fernandez Buey, Jorge Riechman (Espagne), Jean-Paul D&#233;l&#233;age, Jean-Marie Harribey, Pierre Rousset (France), Elmar Altvater, Frieder Otto Wolf (Allemagne), et beaucoup d'autres, qui s'expriment dans un r&#233;seau de revues telles que Capitalism, Nature and Socialism, Ecologia Politica, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce courant est loin d'&#234;tre politiquement homog&#232;ne, mais la plupart de ses r&#233;presentants partage certains th&#232;mes communs. En rupture avec l'id&#233;ologie productiviste du progr&#232;s - dans sa forme capitaliste et/ou bureaucratique - et oppos&#233; &#224; l'expansion &#224; l'infini d'un mode de production et de consommation destructeur de la nature, il repr&#233;sente une tentative originale d'articuler les id&#233;es fondamentales du marxisme avec les acquis de la critique &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James O'Connor d&#233;finit comme ecosocialistes les th&#233;ories et les mouvements qui aspirent &#224; subordonner la valeur d'&#233;change &#224; la valeur d'usage[15] [15], en organisant la production en fonction des besoins sociaux et des exigences de la protection de l'environnement. Leur but, un socialisme &#233;cologique, serait une soci&#233;t&#233; &#233;cologiquement rationnelle fond&#233;e sur le contr&#244;le d&#233;mocratique, l'&#233;galit&#233; sociale, et la pr&#233;dominance de la valeur d'usage[16] [16]. J'ajouterais que : a) cette soci&#233;t&#233; suppose la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production, une planification d&#233;mocratique qui permette &#224; la soci&#233;t&#233; de d&#233;finir les buts de la production et les investissements, et une nouvelle structure technologique des forces productives ; b) l'&#233;cosocialisme serait un syst&#232;me bas&#233; non seulement sur la satisfaction des besoins humains d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s mais aussi sur la gestion rationnelle collective des &#233;changes de mati&#232;res avec l'environnement, en respectant les ecosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme d&#233;veloppe donc une critique de la th&#232;se de la &#171; neutralit&#233; &#187; des forces productives qui a pr&#233;domin&#233; dans la gauche du 20&#232;me si&#232;cle, dans ses deux versants, social-d&#233;mocrate et communiste sovi&#233;tique. Cette critique, pourrait s'inspirer, &#224; mon avis, des remarques de Marx sur la Commune de Paris : les travailleurs ne peuvent pas s'emparer de l'appareil d'Etat capitaliste et le mettre &#224; fonctionner &#224; leur service. Ils doivent le &#171; briser &#187; et le remplacer par un autre, de nature totalement distincte, une forme non-&#233;tatique et d&#233;mocratique de pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me vaut, mutatis mutandis, pour l'appareil productif : par sa nature, et sa structure, il n'est pas neutre, mais au service de l'accumulation du capital et de l'expansion illimit&#233;e du march&#233;. Il est en contradiction avec les imp&#233;ratifs de sauvegarde de l'environnement et de sant&#233; de la force de travail. Il faut dont le &#171; r&#233;volutionnariser &#187;, en le transformant radicalement. Cela peut signifier, pour certaines branches de la production - les centrales nucl&#233;aires par exemple - de les &#171; briser &#187;. En tout cas, les forces productives elles-m&#234;mes doivent &#234;tre profond&#233;ment modifi&#233;es. Certes, des nombreux acquis scientifiques et technologiques du pass&#233; sont pr&#233;cieux, mais l'ensemble du syst&#232;me productif doit &#234;tre mis en question du point de vue de sa compatibilit&#233; avec les exigences vitales de pr&#233;servation des &#233;quilibres &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie tout d'abord une r&#233;volution &#233;nerg&#233;tique : le remplacement des &#233;nergies non-renouvelables et responsables de la pollution, l'empoisonnement de l'environnement et le r&#233;chauffement de la plan&#232;te - charbon, p&#233;trole et nucl&#233;aire - par des &#233;nergies &#171; douces &#187; &#171; propres &#187; et renouvelables (eau, vent, soleil) ainsi que la r&#233;duction drastique de la consommation d'&#233;nergie (et donc des &#233;missions de CO2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l'ensemble du mode de production et de consommation - fond&#233; par exemple sur la voiture individuelle et d'autres produits de ce type &#8211; qui doit &#234;tre transform&#233;, avec la suppression des rapports de production capitalistes et le d&#233;but d'une transition au socialisme. J'entends par socialisme l'id&#233;e originaire, commune &#224; Marx et aux socialistes libertaires, qui n'a pas grand chose &#224; voir avec les pr&#233;tendus r&#233;gimes &#171; socialistes &#187; qui se sont &#233;croul&#233;s &#224; partir de 1989 : il s'agit de &#171; l'utopie concr&#232;te &#187; - pour utiliser le concept d'Ernst Bloch - d'une soci&#233;t&#233; sans classes et sans domination, o&#249; les principaux moyens de production appartiennent &#224; la collectivit&#233;, et les grandes d&#233;cisions sur les investissements, la production et la distribution ne sont pas abandonn&#233;es aux lois aveugles du march&#233;, &#224; une &#233;lite de propri&#233;taires, ou &#224; une clique bureaucratique, mais prises, apr&#232;s un large d&#233;bat d&#233;mocratique et pluraliste, par l'ensemble de la population. L'enjeu plan&#233;taire de ce processus de transformation radicale des rapports des humains entre eux et avec la nature est un changement de paradigme civilisationnel, qui concerne non seulement l'appareil productif et les habitudes de consommation, mais aussi l'habitat, la culture, les valeurs, le style de vie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel sera l'avenir des forces productives dans cette transition au socialisme &#8211; un processus historique qui ne se compte pas en mois ou ann&#233;es ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux &#233;coles s'affrontent au sein de ce qu'on pourrait appeller la gauche &#233;cologique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) L'&#233;cole optimiste, selon laquelle, gr&#226;ce au progr&#232;s technologique et aux &#233;nergies douces, le d&#233;veloppement des forces productives socialistes peut conna&#238;tre une expansion illimit&#233;e, visant &#224; satisfaire &#171; chacun selon ses besoins &#187;. Cette &#233;cole ne prend pas en compte les limites naturelles de la plan&#232;te, et finit par reproduire, sous l'&#233;tiquette &#171; d&#233;veloppement durable &#187; le mod&#232;le socialiste ancien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) L'&#233;cole pessimiste qui, partant de ces limites naturelles, consid&#232;re qu'il faut limiter, de fa&#231;on draconienne, la croissance d&#233;mographique et le niveau de vie des populations. Il faudrait prendre la voie de la d&#233;croissance, au prix du renoncement aux maisons individuelles, au chauffage, etc. Comme ces mesures sont fort impopulaires, cette &#233;cole caresse, parfois, le r&#234;ve d'une &#171; dictature &#233;cologique &#233;clair&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble que ces deux &#233;coles partagent une conception purement quantitative de la &#171; croissance &#187; ou du d&#233;veloppement des forces productives. Il y a une troisi&#232;me position, qui me para&#238;t plus appropri&#233;e, dont l'hypoth&#232;se principale est le changement qualitatif du d&#233;veloppement. Il s'agit de mettre fin au monstrueux gaspillage de ressources par le capitalisme, fond&#233; sur la production, en grande &#233;chelle, de produits inutiles ou nuisibles : l'industrie d'armement est un exemple &#233;vident. Il s'agit donc d'orienter la production vers la satisfaction des besoins authentiques, &#224; commencer par ceux qu'on peut d&#233;signer comme &#171; bibliques &#187; : l'eau, la nourriture, le v&#234;tement, le logement - auxquelles il faut ajouter, bien entendu, la sant&#233;, l'&#233;ducation et la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment distinguer les besoins authentiques de ceux artificiels et factices ? Ces derniers sont induits par le syst&#232;me de manipulation mentale qui s'appelle &#171; publicit&#233; &#187;. Pi&#232;ce indispensable au fonctionnement du march&#233; capitaliste, la publicit&#233; est vou&#233;e &#224; dispara&#238;tre dans une soci&#233;t&#233; de transition au socialisme, pour &#234;tre remplac&#233; par l'information fournie par les associations de consommateurs. Le crit&#232;re pour distinguer un besoin authentique d'un autre artificiel, c'est sa persistance apr&#232;s la suppression de la publicit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voiture individuelle, par contre, r&#233;pond &#224; un besoin r&#233;el, mais dans un projet ecosocialiste, fond&#233; sur l'abondance des transports publics gratuits, celle-ci aura un r&#244;le bien plus r&#233;duit que dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, o&#249; elle est devenue un f&#233;tiche marchand, un signe de prestige, et le centre de la vie sociale des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, r&#233;pondront les pessimistes, mais les individus sont mus par des d&#233;sirs et des aspirations infinies, qu'il faut contr&#244;ler et refouler. Or, l'&#233;cosocialisme est fond&#233; sur un pari, qui &#233;tait d&#233;j&#224; celui de Marx : la pr&#233;dominance, dans une soci&#233;t&#233; sans classes, de l' &#171; &#234;tre &#187; sur &#171; l'avoir &#187;, c'est &#224; dire la r&#233;alisation personnelle, par des activit&#233;s culturelles, ludiques, &#233;rotiques, sportives, artistiques, politiques, plut&#244;t que le d&#233;sir d'accumulation &#224; l'infini de biens et de produits. Ce dernier est induit par le f&#233;tichisme de la marchandise inh&#233;rent au syst&#232;me capitaliste, par l'id&#233;ologie dominante et par la publicit&#233; : rien n'indique qu'il constitue une &#171; nature humaine &#233;ternelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas de conflits, entre les exigences de la protection de l'environnement et les besoins sociaux, entre les imp&#233;ratifs &#233;cologiques et les n&#233;cessit&#233;s du d&#233;veloppement, notamment dans les pays pauvres. C'est &#224; la d&#233;mocratie socialiste, lib&#233;r&#233;e des imp&#233;ratifs du capital et du &#171; march&#233; &#187;, de r&#233;soudre ces contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, nous r&#233;pondra-t-on, elle est sympathique cette utopie, mais en attendant, faut-il rester les bras crois&#233;s ? Certainement pas ! Il faut mener bataille pour chaque avanc&#233;e, chaque mesure de r&#233;glementation des &#233;missions de gaz &#224; effets de serre, chaque action de d&#233;fense de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat pour des r&#233;formes eco-sociales peut &#234;tre porteur d'une dynamique de changement, &#224; condition qu'on refuse les arguments et les pressions des inter&#234;ts dominants, au nom des &#034;r&#232;gles du march&#233;&#034;, de la &#034;competitivit&#233;&#034; ou de la &#034;modernisation&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines demandes imm&#233;diates sont d&#233;j&#224;, ou peuvent rapidement devenir, le lieu d'une convergence entre mouvements sociaux et mouvements &#233;cologistes, syndicats et d&#233;fenseurs de l'environnement, &#034;rouges&#034; et &#034;verts&#034;. Ce sont des demandes qui souvent &#171; pr&#233;figurent &#187; ce que pourrait &#234;tre une soci&#233;t&#233; &#233;co-socialiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le remplacement progressif des &#233;nergies fossiles par des sources d'&#233;nergie &#171; propres &#187;, notamment le solaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la promotion de transports publics - trains, m&#233;tros, bus, trams - bon-march&#233; ou gratuits comme alternative &#224; l'&#233;touffement et la pollution des villes et des campagnes par la voiture individuelle et par le syst&#232;me des transport routiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la lutte contre le syst&#232;me de la dette et les &#034;ajustements&#034; ultra-lib&#233;raux impos&#233; par le FMI et la Banque Mondiale aux pays du Sud, aux cons&#233;quences sociales et &#233;cologiques dramatiques : ch&#244;mage massif, destruction des protections sociales et des cultures vivri&#232;res, destruction des ressources naturelles pour l'exportation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;fense de la sant&#233; publique, contre la pollution de l'air, de l'eau (nappes phr&#233;atiques) ou de la nourriture par l'avidit&#233; des grandes entreprises capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;veloppement subventionn&#233; de l'agriculture biologique, &#224; la place de l'agro-industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la r&#233;duction du temps de travail comme r&#233;ponse au ch&#244;mage et comme vision de la soci&#233;t&#233; privil&#233;giant le temps libre par rapport &#224; l'accumulation de biens.[17] [17]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste des mesures n&#233;cessaires existe, mais elle est difficilement compatible avec le n&#233;o-lib&#233;ralisme et la soumission aux inter&#234;ts du capital&#8230; Chaque victoire partielle est importante, &#224; condition de ne pas se limiter aux acquis, mais mobiliser imm&#233;diatement pour un objectif sup&#233;rieur, dans une dynamique de radicalisation croissante. Chaque gain dans cette bataille est pr&#233;cieux, non seulement parce qu'il ralentit la course vers l'ab&#238;me, mais parce qu'ils permet aux individus, hommes et femmes, notamment aux travailleurs et aux communaut&#233;s locales, plus particuli&#232;rement paysannes et indig&#232;nes, de s'organiser, de lutter et de prendre conscience des enjeux du combat, de comprendre, par leur exp&#233;rience collective, la faillite du syst&#232;me capitaliste et la n&#233;cessit&#233; d'un changement de civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 [18] Travaux de Marco Tedesco, de la NASA, cit&#233;s dans Le Monde du 14.12.2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 [19] Cit&#233; par Fred Pearce, The Last Generation, Reading, Eden project books, 2006 , pp.83,90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 [20] Calculs d'experts du Scripps Institution of Oceanography de San Diego, Californie, cit&#233;s par Fred Pearce, The Last Generation, p. 168.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 [21] Le Monde, 5.2.2008, p.8&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 [22] Cit&#233;s par Fred Pearce, op.cit. p.157.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 [23] Cit&#233; par Mark Lynas, Six Degrees. Our Future on a Hotter Planet, London, Fourth Estate, 2007 , p.251.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 [24] On trouve un chapitre &#233;loquent au sujet de cette climate change denial industry dans le livre de Georges Monbiot, Heat : how to stop the planet bruning, London, Allen Lane, 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 [25] Le Monde, 23.2.2008, p.7&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 [26] &#171; Changement Climatique et S&#233;curit&#233; Internationale &#187;, rapport r&#233;alis&#233; par Javier Solana et la commission europ&#233;enne, pr&#233;sent&#233; au Conseil le 13 mars 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 [27] FAO, La situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2008, p 98 ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/011/i0100f/i0100f06.pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 [28] Cf. Le Monde, 7.12.07, p.7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 [29] Sur les limites de Kyoto et, en g&#233;n&#233;ral, sur la crise du changement climatique, je renvoie &#224; l'excellent dossier r&#233;dig&#233; et organis&#233; pour la revue Inprecorr (n&#176; 525, mars 2007 ) par Daniel Tanuro, sous le titre &#171; Le capitalisme contre le climat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13 [30] Rapport sur l'&#233;conomie du changement climatique r&#233;dig&#233; par l'&#233;conomiste Nicholas Stern pour le gouvernement britannique en 2006 . En Anglais : &lt;a href=&#034;http://www.hm-treasury.gov.uk/stern_review_report.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.hm-treasury.gov.uk/stern_review_report.htm&lt;/a&gt; [31], r&#233;sum&#233; en fran&#231;ais : &lt;a href=&#034;http://www.hm-treasury.gov.uk/d/stern_longsummary_french.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.hm-treasury.gov.uk/d/stern_longsummary_french.pdf&lt;/a&gt; [32]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 [33] Herv&#233; Kempf, Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te, Paris, Seuil, 2007 , p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 [34] La valeur d'usage d'une marchandise correspond &#224; son utilit&#233;, sa capacit&#233; &#224; satisfaire un besoin, alors que sa valeur d'&#233;change est repr&#233;sent&#233;e par son prix relatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16 [35] James O'Connor, Natural Causes. Essays in Ecological Marxism, New York, The Guilford Press, 1998 , pp. 278, 331.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 [36]Voir Pierre Rousset, &#034;Convergence de combats. L'&#233;cologique et le social&#034;, Rouge, 16 mai 1996 , pp. 8-9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interventions&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;URL source : &lt;a href=&#034;http://contretemps.eu./interventions/scenarios-pire-alternative-ecosocialiste&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://contretemps.eu./interventions/scenarios-pire-alternative-ecosocialiste&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Notes de lecture : daniel Bensa&#239;d, les d&#233;poss&#233;d&#233;s aux &#233;ditions LUX </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Notes-de-lecture-daniel-Bensaid-les-depossedes-aux-editions-LUX</link>
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		<dc:date>2008-05-05T05:31:22Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>Th&#233;orie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Michael L&#246;wy tir&#233; d'inprecor num&#233;ro N&#176; 532-533, 2007-11-12 &lt;br class='autobr' /&gt;
Daniel Bensa&#239;d, Les d&#233;poss&#233;d&#233;s &#8212; Karl Marx, les voleurs de bois et le droit des pauvres, &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pr&#233;cieux petit ouvrage est beaucoup plus qu'une introduction aux c&#233;l&#232;bres articles du jeune Karl Marx sur les d&#233;bats dans la Di&#232;te Rh&#233;nane concernant le vol de bois par les paysans, publi&#233;s dans la Gazette Rh&#233;nane en octobre 1842 (et r&#233;&#233;dit&#233;s ici en Annexe). Il s'agit d'une r&#233;flexion originale sur le th&#232;me tr&#232;s actuel des biens communs de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-et-theorie-" rel="directory"&gt;Histoire et th&#233;orie&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L82xH150/arton1692-f33c8.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='82' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Michael L&#246;wy&lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; d'inprecor num&#233;ro N&#176; 532-533, 2007-11-12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Bensa&#239;d, Les d&#233;poss&#233;d&#233;s &#8212; Karl Marx, les voleurs de bois et le droit des pauvres,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pr&#233;cieux petit ouvrage est beaucoup plus qu'une introduction aux c&#233;l&#232;bres articles du jeune Karl Marx sur les d&#233;bats dans la Di&#232;te Rh&#233;nane concernant le vol de bois par les paysans, publi&#233;s dans la Gazette Rh&#233;nane en octobre 1842 (et r&#233;&#233;dit&#233;s ici en Annexe). Il s'agit d'une r&#233;flexion originale sur le th&#232;me tr&#232;s actuel des biens communs de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le rappelle Bensa&#239;d, les articles de Marx opposent le droit d'usage coutumier des pauvres &#8212; le ramassage des bois &#8212; au droit de propri&#233;t&#233; capitaliste des propri&#233;taires des for&#234;ts. Certes, le cadre philosophique du jeune Marx en 1842 est encore celui, rationaliste lib&#233;ral, de l'h&#233;g&#233;lianisme : l'&#201;tat repr&#233;sente &#8212; ou devrait repr&#233;senter &#8212; une rationalit&#233; sup&#233;rieure face aux int&#233;r&#234;ts priv&#233;s. Mais en critiquant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e du point de vue des droits d'usage des communs par les pauvres, il annonce d&#233;j&#224; son engagement futur pour le communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul passage qui me semble discutable dans cette premi&#232;re partie du livre c'est quand Daniel Bensa&#239;d semble sugg&#233;rer la th&#232;se suivante : puisque Marx d&#233;finit la propri&#233;t&#233;, dans l'Id&#233;ologie Allemande (1846), comme &#171; un mode de relation n&#233;cessaire &#224; un stade du d&#233;veloppement des forces productives &#187;, il n'y a gu&#232;re de sens &#224; d&#233;clarer l'exploitation injuste. Entre le droit des poss&#233;dants et des poss&#233;d&#233;s, c'est la force qui tranche. Je me permets de diverger : m&#234;me s'ils sont &#8212; momentan&#233;ment &#8212; les plus forts, les poss&#233;dants ne sont pas moins des parasites, et leur syst&#232;me d'exploitation est fond&#233; sur l'injustice. En tout cas, c'est comme cela que je lis Le Capital&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apport le plus int&#233;ressant du livre c'est la d&#233;monstration pr&#233;cise et argument&#233;e de la &#171; troublante actualit&#233; des articles de Marx &#224; l'heure de la globalisation marchande et de la privatisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e du monde &#187;. A une &#233;poque de monstrueuse appropriation priv&#233;e des richesses naturelles et sociales, de brutale privatisation n&#233;olib&#233;rale des droits communs &#8212; protection sociale, sant&#233;, retraites &#8212; et des produits de l'intelligence universelle &#8212; la science, les savoirs &#8212; le combat de Marx pour &#171; l'&#233;conomie morale &#187; (le terme est de l'historien marxiste anglais E.P. Thompson), fond&#233;e sur la solidarit&#233;, contre les &#171; eaux glac&#233;es du calcul &#233;go&#239;ste &#187; est plus que jamais significatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des plus beaux passages de l'ouvrage est celui o&#249; Bensa&#239;d met en &#233;vidence l'absurdit&#233; des &#171; &#233;cologistes de march&#233; &#187; comme Nicholas Stern (auteur d'un r&#233;cent rapport pour le gouvernement anglais sur le co&#251;t des d&#233;g&#226;ts &#233;cologiques) qui tentent, en vain, de &#171; calculer le prix &#187; de la pollution, de la mort des oc&#233;ans, de la fonte des glaciers et du d&#233;r&#232;glement climatique. Tout en reconnaissant que le r&#233;chauffement de la plan&#232;te est &#171; un &#233;chec sans pr&#233;c&#233;dent du march&#233; &#187;, Stern se livre &#224; des acrobaties comptables pour transformer en marchandises des choses &#8212; la vie humaine, les &#233;cosyst&#232;mes &#8212; qui n'en sont pas, pour leur attribuer un prix de march&#233;. La faillite de sa tentative illustre l'impossibilit&#233; de r&#233;soudre le d&#233;fi &#233;cologique par la loi impitoyable de la valeur marchande. Le revers de la m&#233;daille de ces savants calculs est l'&#233;thique compassionnelle de Nicholas Stern et ses sermons sur les changements de comportement des consommateurs individuels, cens&#233;s &#234;tre les coupables de la catastrophe annonc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On escamote ainsi le v&#233;ritable responsable : la logique concurrentielle du capital, produisant des quantit&#233;s gigantesques de biens inutiles et nuisibles, dont la publicit&#233; assure la consommation compulsive. A la racine du probl&#232;me se trouve l'incommensurabilit&#233; entre valeurs marchandes et valeurs &#233;cologiques, qui constitue sans doute une des limites historiques du mode de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc un petit livre d'une formidable actualit&#233;, qui r&#233;ussit, en partant des travaux du jeune Marx, &#224; poser quelques-unes des questions les plus importantes pour l'avenir de l'humanit&#233; au XXI&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>QU'EST-CE QUE L'ECOSOCIALISME ?</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/QU-EST-CE-QUE-L-ECOSOCIALISME</link>
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		<dc:date>2005-02-07T03:34:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Croissance exponentielle de la polution de l'air dans les grandes villes, de l'eau potable et de l'environnement en g&#233;n&#233;ral ; rechauffement de la plan&#232;te, d&#233;but de fusion des glaces polaires, multiplication des catastrophes &#034;naturelles&#034; ; d&#233;but de destruction de la cape d'ozone ; destruction, &#224; une vitesse grandissante, des for&#234;ts tropicales et r&#233;duction rapide de la bio-diversit&#233; par l'extinction de miliers d'esp&#232;ces ; epuisement des sols, d&#233;sertification ; accumulation de d&#233;chets, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Croissance exponentielle de la polution de l'air dans les grandes villes, de l'eau potable et de l'environnement en g&#233;n&#233;ral ; rechauffement de la plan&#232;te, d&#233;but de fusion des glaces polaires, multiplication des catastrophes &#034;naturelles&#034; ; d&#233;but de destruction de la cape d'ozone ; destruction, &#224; une vitesse grandissante, des for&#234;ts tropicales et r&#233;duction rapide de la bio-diversit&#233; par l'extinction de miliers d'esp&#232;ces ; epuisement des sols, d&#233;sertification ; accumulation de d&#233;chets, notamment nucl&#233;aires, impossibles &#224; g&#233;rer ; multiplication des accidents nucl&#233;aires et m&#233;nace d'un nouveau Tchernobyl ; pollution de la nourriture, manipulations g&#233;n&#233;tiques, &#034;vache folle&#034;, boeuf aux hormones. Tous les clignotants sont au rouge : il est &#233;vident que la course folle au profit, la logique productiviste et mercantile de la civilisation capitaliste/industrielle nous conduit &#224; une d&#233;sastre &#233;cologique aux proportions incalculables. Ce n'est pas c&#233;der au &#034; catastrophisme &#034; que de constater que la dynamique de &#034; croissance &#034; infinie induite par l'expansion capitaliste m&#233;nace de d&#233;struction les fondements naturels de la vie humaine sur la plan&#232;te.[1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment r&#233;agir face &#224; ce danger ? Le socialisme et l'&#233;cologie - ou du moins certains de ses courants - ont des objectifs communs, qui impliquent une mise en question de l'autonomisation de l'&#233;conomie, du r&#232;gne de la quantification, de la production comme but en soi, de la dictature de l'argent, de la r&#233;duction de l'univers social au calcul des marges de rentabilit&#233; et aux besoins de l'accumulation du capital. Ils se r&#233;clament tous les deux de valeurs qualitatives : la valeur d'usage, la satisfaction des besoins, l'&#233;galit&#233; sociale pour les uns, la sauvegarde de la nature, l'&#233;quilibre &#233;cologique pour les autres. Tous les deux con&#231;oivent l'&#233;conomie comme &#034;encastr&#233;e&#034; dans l'environnement : social pour les uns, naturel pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, des divergences de fond ont jusqu'ici s&#233;par&#233; les &#034;rouges&#034; des &#034;verts&#034;, les marxistes des &#233;cologistes. Les &#233;cologistes accusent Marx et Engels de productivisme. Cette accusation est-elle justifi&#233;e ? Oui et non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, dans la mesure o&#249; personne n'a autant d&#233;nonc&#233; que Marx la logique capitaliste de production pour la production, l'accumulation du capital , des richesses et des marchandises comme but en soi. L'id&#233;e m&#234;me de socialisme - au contraire de ses mis&#233;rables contrefa&#231;ons bureaucratiques - est celle d'une production de valeurs d'usage, de biens n&#233;cessaires &#224; la satisfaction de n&#233;c&#233;ssit&#233;s humaines. L'objectif supr&#234;me du progr&#232;s technique pour Marx n'est pas l'accroissement infini de biens (&#034;l'avoir&#034;) mais la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail, et l'accroissement du temps libre (&#034;l'&#234;tre&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, dans la mesure o&#249; l'on trouve souvent chez Marx ou Engels (et encore plus dans le marxisme ult&#233;rieur) une tendance &#224; faire du &#034;d&#233;v&#233;loppement des forces productives&#034; le principal vecteur du progr&#232;s, et une posture peu critique envers la civilisation industrielle, notamment dans son rapport destructeur &#224; l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, on trouve dans les &#233;crits de Marx et d'Engels de quoi alimenter les deux interpr&#233;tations. La question &#233;cologique est, &#224; mon avis, le grand defi pour un r&#233;nouveau de la pens&#233;e marxiste au seuil du XXI&#232;me si&#232;cle. Elle exige des marxistes une revision critique profonde de leur conception traditionnelle des &#034;forces productives&#034;, ainsi qu'une rupture radicale avec l'id&#233;ologie du progr&#232;s lin&#233;aire et avec le paradigme technologique et &#233;conomique de la civilisation industrielle moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Benjamin fut un des premiers marxistes au 20&#232;me si&#232;cle a se poser ce type de question : d&#232;s 1928, dans son livre Sens Unique il d&#233;non&#231;ait l'id&#233;e de domination de la nature comme &#034;un enseignement imp&#233;rialiste&#034; et proposait une nouvelle conception de la technique comme &#034;ma&#238;trise du rapport entre la nature et l'humanit&#233;&#034;. Quelques ann&#233;es plus tard, dans les Th&#232;ses sur le concept d'histoire il se propose d'enrichir le mat&#233;rialisme historique avec les id&#233;es de Fourier, ce visionnaire utopique qui avait r&#234;v&#233; &#034;d'un travail qui, bien loin d'exploiter la nature, est en mesure de faire na&#238;tre d'elle les cr&#233;ations qui sommeillent en son sein&#034;.[2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore le marxisme est loin d'avoir combl&#233; son r&#233;tard dans ce terrain. Mais certaines reflexions commencent &#224; s'attaquer &#224; cette t&#226;che. Une piste f&#233;conde a &#233;t&#233; ouverte par l'&#233;cologiste et &#034;marxiste-polanyiste&#034; am&#233;ricain James O'Connor : il faut ajouter &#224; la pr&#233;mi&#232;re contradiction du capitalisme, examin&#233;e par Marx, celle entre forces et rapports de production, une deuxi&#232;me contradiction, celle entre les forces productives et les conditions de production : les travailleurs, l'espace urbain, la nature. Par sa dynamique expansioniste, le capital met en danger ou d&#233;truit ses propres conditions, &#224; commencer par l'environnement naturel - une possibilit&#233; que Marx n'avait pas pris suffisamment en consid&#233;ration.[3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre approche int&#233;r&#233;ssante est sugg&#233;r&#233;e dans un texte r&#233;cent d'un &#034;ecomarxiste&#034; italien : &#034;La formule selon laquelle se produit une transformation des forces potentiellement productives en forces effectivement destructrices, surtout par rapport &#224; l'environnement, nous semble plus appropri&#233;e et plus significative que le sch&#232;ma bien connu de la contradiction entre forces productives (dynamiques) et rapports de productions (qui les encha&#238;nent). Par ailleurs, cette formule permet de donner un fondement critique et non apolog&#233;tique au d&#233;v&#233;loppement &#233;conomique, technologique, scientifique, et donc d'&#233;laborer un concept de progr&#232;s 'differenti&#233;' (E. Bloch)&#034;.[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il soit marxiste ou pas, le mouvement ouvrier traditionnel en Europe - syndicats, partis sociaux-d&#233;mocrates et communistes - reste encore profond&#233;ment marqu&#233;e par l'id&#233;ologie du &#034;progr&#232;s&#034; et par le productivisme, allant m&#234;me, dans certains cas, &#224; d&#233;fendre, sans se poser trop de questions, l'&#233;n&#233;rgie nucl&#233;aire ou l'industrie automobile. Il est vrai qu'un d&#233;but de sensibilisation &#233;cologiste est en train de se d&#233;v&#233;lopper, notamment dans les syndicats et partis de gauche dans les pays nordiques, en Espagne, en Allemagne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande contribution de l'&#233;cologie a &#233;t&#233; - et est encore - de nous faire prendre conscience des dangers qui m&#233;nacent la plan&#232;te en cons&#233;quence de l'actuel mode de production et de consommation. La croissance exponentielle des agressions &#224; l'environnement, la m&#233;nace grandissante d'une rupture de l'&#233;quilibre &#233;cologique configurent un scenario-catastrophe qui met en question la survivance m&#234;me de la vie humaine. Nous sommes confront&#233;s &#224; une crise de civilisation qui exige des changements radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que les propositions avanc&#233;es par les courants dominants de l'&#233;cologie politique europ&#233;enne sont tr&#232;s insuffisantes ou aboutissent &#224; des impasses. Leur principale faiblesse c'est d'ignorer la connexion n&#233;c&#233;ssaire entre le productivisme et le capitalisme, ce qui conduit &#224; l'illusion d'un &#034;capitalisme propre&#034; ou de r&#233;formes capables d'en contr&#244;ler les &#034;exc&#232;s&#034; (comme p.exemple les &#233;co-taxes). Ou alors, prenant comme pr&#233;texte l'imitation, par les &#233;conomies bureaucratiques de commandement, du productivisme occidental, ils renvoyent dos-&#224;-dos capitalisme et &#034;socialisme&#034; comme variantes du m&#234;me mod&#232;le - un argument qui a beaucoup perdu de son inter&#234;t apr&#232;s l'&#233;croulement du pr&#233;tendu &#034;socialisme r&#233;el&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;cologistes se trompent s'ils pensent pouvoir faire l'&#233;conomie de la critique marxienne du capitalisme : une &#233;cologie qui ne se rend pas compte du rapport entre &#034;productivisme&#034; et logique du profit est vou&#233;e &#224; l'&#233;chec - ou pire, &#224; la r&#233;cup&#233;ration par le syst&#232;me. Les exemples ne manquent pas...L'absence d'une posture anti-capitaliste coh&#233;rente a conduit la plupart des partis verts europ&#233;ens - France, Allemagne, Italie, Belgique - &#224; devenir des simples partenaires &#034;&#233;co-reformistes&#034; de la gestion social-lib&#233;rale du capitalisme par les gouvernements de centre-gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rant les travailleurs comme irr&#233;m&#233;diablement vou&#233;s au productivisme, certains &#233;cologistes font l'impasse sur le mouvement ouvrier, et ont inscrit sur leur drapeau : &#034;ni gauche, ni droite&#034;. Des ex-marxistes convertis &#224; l'&#233;cologie d&#233;clarent h&#226;tivement &#034;adieu &#224; la classe ouvri&#232;re&#034; (Andr&#233; Gorz), tandis que d'autres (Alain Lipietz) insistent qu'il faut quitter le &#034;rouge&#034; - c'est &#224; dire le marxisme ou le socialisme - pour adh&#233;rer au &#034;vert&#034;, nouveau paradigme qui apporterait une r&#233;ponse &#224; tous les probl&#232;mes &#233;conomiques et sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans les courants dits &#034;fondamentalistes&#034; (ou deep ecology) ont voit s'esquisser, sous pr&#233;texte de combat contre l'anthropocentrisme, un refus de l'humanisme qui conduit &#224; des positions relativistes mettant toutes les esp&#232;ces vivantes sur le m&#234;me niveau. Faut-il vraiment consid&#233;rer que le bacille de Koch ou la moustique anofelis ont le m&#234;me droit &#224; la vie qu'un enfant malade de tuberculose ou de malaria ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc l'&#233;cosocialisme ? Il s'agit d'un courant de pens&#233;e et d'action &#233;cologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme - tout en le d&#233;barassant de ses scories productivistes . Pour les &#233;cosocialistes la logique du march&#233; et du profit - de m&#234;me que celle de l'autoritarisme bureaucratique de feu le &#034; socialisme r&#233;el &#034; - sont incompatibles avec les exigences de sauvegarde de l'environnement naturel. Tout en critiquant l'id&#233;ologie des courants dominants du mouvement ouvrier, ils savent que les travailleurs et leurs organisations sont une force essentielle pour toute transformation radicale du syst&#232;me, et pour l'&#233;tablissement d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, socialiste et &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;co-socialisme s'est d&#233;v&#233;lopp&#233; surtout au cours des trente derni&#232;res ann&#233;es, gr&#226;ce aux travaux de penseurs de la taille de Manuel Sacristan, Raymond Williams, Rudolf Bahro (dans ses pr&#233;miers &#233;crits) et Andr&#233; Gorz (ibidem), ainsi que des pr&#233;cieuses contributions de James O'Connor, Barry Commoner, John Bellamy Foster, Joel Kovel (USA), Juan Martinez Allier, Francisco Fernandez Buey, Jorge Riechman (Espagne), Jean-Paul D&#233;l&#233;age, Jean-Marie Harribey (France), Elmar Altvater, Frieder Otto Wolf (Allemagne), et beaucoup d'autres, qui s'expriment dans un r&#233;seau de r&#233;vues telles que Capitalism, Nature and Socialism, Ecologia Politica, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce courant est loin d'&#234;tre politiquement homog&#232;ne, mais la plupart de ses r&#233;presentants partage certains th&#232;mes communs. En rupture avec l'id&#233;ologie productiviste du progr&#232;s - dans sa forme capitaliste et/ou bureaucratique - et oppos&#233; &#224; l'expansion &#224; l'infini d'un mode de production et de consommation destructeur de la nature, il r&#233;presente une tentative originale d'articuler les id&#233;es fondamentales du socialisme marxiste avec les acquis de la critique &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;James O'Connor d&#233;finit comme ecosocialistes les th&#233;ories et les mouvements qui aspirent &#224; subordonner la valeur d'&#233;change &#224; la valeur d'usage, en organisant la production en fonction des besoins sociaux et des exigences de la protection de l'environnement. Leur but, un socialisme &#233;cologique, serait une societ&#233; &#233;cologiquement rationnelle fond&#233;e sur le contr&#244;le d&#233;mocratique, l'&#233;galit&#233; sociale, et la pr&#233;dominance de la valeur d'usage.[5] J'ajouterais que cette soci&#233;t&#233; suppose la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production, une planification d&#233;mocratique qui permette &#224; la soci&#233;t&#233; de d&#233;finir les buts de la production et les investissements, et une nouvelle structure technologique des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le raisonnement &#233;cosocialiste r&#233;pose sur deux arguments essentiels :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. le mode de production et de consommation actuel des pays capitalistes avanc&#233;s, fond&#233; sur une logique d'accumulation illimit&#233;e (du capital, des profits, des marchandises), de gaspillage des ressources, de consommation ostentatoire, et de destruction acc&#233;l&#233;r&#233;e de l'environnement, ne peut aucunement &#234;tre &#233;tendu &#224; l'ensemble de la plan&#232;te, sous peine de crise &#233;cologique majeure. Selon des calculs r&#233;cents, si l'on gen&#233;ralisait &#224; l'ensemble de la population mondiale la consommation moyenne d'&#233;nergie des USA, les reserves connues de p&#233;trole seraient &#233;puis&#233;es en dix neuf jours. [6] Ce syst&#232;me est donc n&#233;c&#233;ssairement fond&#233; sur le maintien et l'aggravation de l'in&#233;galit&#233; criante entre le Nord et le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. En tout &#233;tat de cause, la continuation du &#034;progr&#232;s&#034; capitaliste et l'expansion de la civilisation fond&#233;e sur l'&#233;conomie de march&#233; - m&#234;me sous cette forme brutalement in&#233;galitaire - m&#233;nace directement, &#224; moyen terme (toute pr&#233;vision serait hasardeuse), la survivance m&#234;me de l'esp&#232;ce humaine. La sauvegarde de l'environnement naturel est donc un imp&#233;ratif humaniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rationalit&#233; born&#233;e du march&#233; capitaliste, avec son calcul imm&#233;diatiste des pertes et des profits, est intrins&#233;quement contradictoire avec une rationalit&#233; &#233;cologique, qui prend en compte la temporalit&#233; longue des cycles naturels. Il ne s'agit pas d'opposer les &#034; mauvais &#034; capitalistes &#233;cocides aux &#034; bons &#034; capitalistes verts : c'est le syst&#232;me lui-m&#234;me, fond&#233; sur l'impitoyable comp&#233;tition, les &#233;xigences de rentabilit&#233;, la course au profit rapide qui est destructeur des &#233;quilibres naturels. Le pr&#233;tendu capitalisme vert n'est qu'une manoeuvre publicitaire, une &#233;tiquette visant &#224; vendre une marchandise, ou, dans les meilleurs des cas, une initiative locale &#233;quivalente &#224; une goutte d'eau sur le sol aride du d&#233;sert capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le f&#233;tichisme de la marchandise et l'autonomisation r&#233;ifi&#233;e de l'&#233;conomie par le n&#233;o-lib&#233;ralisme, l'enjeu de l'avenir c'est, pour les &#233;cosocialistes, la mise en oeuvre dune &#034;&#233;conomie morale&#034; au sens que donnait E.P. Thompson &#224; ce terme, c'est &#224; dire une politique &#233;conomique fond&#233;e sur des crit&#232;res non-mon&#233;taires et extra-&#233;conomiques : en d'autres termes, la &#034;r&#233;intrincation&#034; de l'&#233;conomique dans l'&#233;cologique, le social et le politique.[7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes partielles sont totalement insuffisantes : il faut remplacer la micro-rationalit&#233; du profit par une macro-rationalit&#233; sociale et &#233;cologique, ce qui exige un v&#233;ritable changement de civilisation. [8] Cela est impossible sans une profonde r&#233;orientation technologique, visant au remplacement des sources actuelles d'&#233;n&#233;rgie par d'autres, non-polluantes et r&#233;nouvelables, telles que l'&#233;n&#233;rgie &#233;olienne ou solaire.[9] La premi&#232;re question qui se pose est donc celle du contr&#244;le sur les moyens de production, et surtout sur les decisions d'investissement et de mutation technologique, qui doivent &#234;tre arrach&#233;s aux banques et entreprises capitalistes pour devenir un bien commun de la soci&#233;t&#233;. Certes, le changement radical concerne non seulement la production, mais aussi la consommation. Cependant, le probl&#232;me de la civilisation bourgeoise/industrielle n'est pas - comme pr&#233;tendent souvent les &#233;cologistes - &#034; la consommation excessive &#034; de la population et la solution n'est pas une &#034; limitation &#034; g&#233;n&#233;rale de la consommation, notamment dans les pays capitalistes avanc&#233;s. C'est le type de consommation actuel, fond&#233; sur l'ostentation, le gaspillage, l'ali&#233;nation marchande, l'obsession accumulatrice, qui doit &#234;tre mis en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;organisation d'ensemble du mode de production et de consommation est n&#233;c&#233;ssaire, fond&#233;e sur des crit&#232;res ext&#233;rieurs au march&#233; capitaliste : les besoins r&#233;els de la population (pas n&#233;c&#233;ssairement &#034;solvables&#034;) et la sauvegarde de l'environnement. En d'autres termes, une &#233;conomie de transition au socialisme, &#034;re-encastr&#233;e&#034; (comme dirait Karl Polanyi) dans l'environnement social et naturel, parce que fond&#233;e sur le choix d&#233;mocratique des priorit&#233;s et des investissements par la population elle-m&#234;me - et non par les &#034;lois du march&#233;&#034; ou par un politburo omniscient. En d'autres termes, une planification d&#233;mocratique locale, nationale, et, t&#244;t ou tard, internationale, d&#233;finissant : 1) quels produits devront &#234;tre subventionn&#233;s ou m&#234;me distribu&#233;s gratuitement ; 2) quelles options &#233;n&#233;rg&#233;tiques devront &#234;tre poursuivies, m&#234;me si elles ne sont pas, dans un pr&#233;mier temps, les plus &#034; rentables ; 3) comment r&#233;organiser le syst&#232;me des transports, en fonction de crit&#232;res sociaux et &#233;cologiques ; 4) quelles mesures prendre pour r&#233;parer, le plus vite possible, les gigantesques d&#233;gats environmentaux laiss&#233;s &#034; en h&#233;ritage &#034; par le capitalisme. Et ainsi de suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette transition conduirait non seulement &#224; un nouveau mode de production et &#224; une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire et d&#233;mocratique, mais aussi &#224; un mode de vie alternatif, &#224; une civilisation nouvelle, &#233;cosocialiste, au d&#233;l&#224; du r&#232;gne de l'argent, des habitudes de consommation artificiellement induites par la publicit&#233;, et de la production &#224; l'infini de marchandises nuisibles &#224; l'environnement (la voiture individuelle !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Utopie ? Au sens &#233;tymologique (&#034;nulle part&#034;), sans doute. Mais si l'on ne croit pas, avec Hegel, que &#034;tout ce qui est r&#233;el est rationnel, et tout ce qui est rationnel est r&#233;el&#034;, comment r&#233;fl&#233;chir &#224; une rationalit&#233; substantielle sans faire appel &#224; des utopies ? L'utopie est indispensable au changement social, &#224; condition qu'elle soit fond&#233;e sur les contradictions de la r&#233;alit&#233; et sur des mouvements sociaux r&#233;els. C'est le cas de l'&#233;cosocialisme, qui propose une strat&#233;gie d'alliance entre les &#034;rouges&#034; et les &#034;verts&#034; - non au sens politicien &#233;troit des partis sociaux-d&#233;mocrates et des partis verts, mais au sens large, c'est &#224; dire entre le mouvement ouvrier et le mouvement &#233;cologique - et de solidarit&#233; avec les opprim&#233;es et exploit&#233;es du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette alliance implique que l'&#233;cologie renonce aux tentations du naturalisme anti-humaniste et abandonne sa pr&#233;tension &#224; remplacer la critique de l'&#233;conomie politique. Cette convergence implique aussi que le marxisme se d&#233;barasse du productivisme, en substituant le sch&#233;ma m&#233;caniste de l'opposition entre le d&#233;v&#233;loppement des forces productives et des rapports de production qui l'entravent par l'id&#233;e, bien plus f&#233;conde, d'une transformation des forces potentiellement productives en forces effectivement destructrices. [10]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'utopie r&#233;volutionnaire d'un socialisme vert ou d'un communisme solaire ne signifie pas que l'on ne doive pas agir d&#232;s maintenant. Ne pas avoir des illusions sur la possibilit&#233; d'&#034;&#233;cologiser&#034; le capitalisme ne veut pas dire que l'on ne puisse pas engager le combat pour des r&#233;formes imm&#233;diates. Par exemple, certaines formes d'&#233;co-taxes peuvent &#234;tre utiles, &#224; condition qu'elles soient port&#233;es par une logique sociale &#233;galitaire (faire payer les pollueurs et non les consommateurs), et qu'on se d&#233;barasse du mythe d'un calcul &#233;conomique du &#034;prix de march&#233;&#034; des d&#233;gats &#233;cologiques : ce sont des variables incomensurables du point de vue mon&#233;taire. Nous avons d&#233;sesp&#233;rement besoin de gagner du temps, de lutter imm&#233;diatement pour l'interdiction des CFC qui d&#233;truisent la couche d'ozone, pour un moratoire sur les OGM, pour des limitation sev&#232;res des emissions de gaz responsables de l&#034;'effet de serre&#034;, pour privil&#233;gier les transports publics par rapport &#224; la voiture individuelle polluante et anti-sociale.[11]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pi&#232;ge qui nous m&#233;nace sur ce terrain c'est de voir nos r&#233;vendications prises formellement en compte, mais vid&#233;es de leur contenu. Un cas exemplaire sont les Accords de Kyoto sur le changement climatique, qui pr&#233;voyaient une r&#233;duction minimale, de 5% par rapport &#224; 1990 - bien trop peu pour des r&#233;sultats vraiment efficaces - dans l'&#233;mission des gaz responsables de l'&#233;chauffement de la plan&#232;te. Comme l'on sait, les USA, principale puissance responsable de l'&#233;mission des gaz se r&#233;fusent obstinement &#224; signer les Accords ; quant &#224; l'Europe, le Japon et le Canada, ils ont sign&#233; les Accords mais en les assortissant de clauses - le c&#233;l&#232;bre &#034; march&#233; de droits d'&#233;mission &#034;, ou la r&#233;connaissance des soi-disant &#034; puits de carbone &#034; - qui r&#233;duisent &#233;norm&#233;ment la port&#233;e, d&#233;j&#224; limit&#233;e, de Accords. Plut&#244;t que les inter&#234;ts &#224; long terme de l'humanit&#233;, ont pr&#233;domin&#233; ceux, &#224; courte vue, des multinationales du p&#233;trole et du complexe industrial de l'automobile. [12]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat pour des r&#233;formes eco-sociales peut &#234;tre porteur d'une dynamique de changement, de &#034;transition&#034; entre les demandes minimales et le programme maximal, &#224; condition qu'on refuse les arguments et les pressions des inter&#234;ts dominants, au nom des &#034;r&#232;gles du march&#233;&#034;, de la &#034;competitivit&#233;&#034; ou de la &#034;modernisation&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines demandes imm&#233;diates sont d&#233;j&#224;, ou peuvent rapidement devenir, le lieu d'une convergence entre mouvements sociaux et mouvements &#233;cologistes, syndicats et defenseurs de l'environnement, &#034;rouges&#034; et &#034;verts&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* la promotion de transports publics - trains, m&#233;tros, bus, trams - bon-march&#233; ou gratuits comme alternative &#224; l'&#233;touffement et la pollution des villes et des campagnes par la voiture individuelle et par le syst&#232;me des transport routiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* la lutte contre le syst&#232;me de la dette et les &#034;ajustements&#034; ultra-lib&#233;raux impos&#233; par le FMI et la Banque Mondiale aux pays du Sud, aux cons&#233;quences sociales et &#233;cologiques dramatiques : ch&#244;mage massif, destruction des protections sociales et des cultures vivri&#232;res, destruction des ressources naturelles pour l'exportation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* d&#233;fense de la sant&#233; publique, contre la pollution de l'air, de l'eau (nappes phr&#233;atiques) ou de la nourriture par l'avidit&#233; des grandes entreprises capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* la r&#233;duction du temps de travail comme r&#233;ponse au ch&#244;mage et comme vision de la soci&#233;t&#233; privil&#233;giant le temps libre par rapport &#224; l'accumulation de biens.[13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, dans le combat pour une nouvelle civilisation, &#224; la fois plus humaine et plus respectueuse de la nature, c'est l'ensemble des mouvements sociaux &#233;mancipateurs qu'il faut associer. Comme le dit si bien Jorge Riechmann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ce projet ne peut r&#233;noncer &#224; aucune des couleurs de l'arc en ciel : ni le rouge du mouvement ouvrier anticapitaliste et &#233;galitaire, ni le violet des luttes pour la lib&#233;ration de la femme, ni le blanc des mouvements non-violents pour la paix, ni l'anti-autoritarisme noir des libertaires et anarchistes, et encore moins le vert de la lutte pour une humanit&#233; juste et libre sur une plan&#232;te habitable&#034;. [14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie sociale est d&#233;venue une force sociale et politique pr&#233;sente sur le terrain dans la plupart des pays europ&#233;ens, et aussi, dans une certaine mesure, aux USA. Mais rien ne serait plus faux que de consid&#233;rer que les questions &#233;cologiques ne concernent que les pays du Nord - un luxe des soci&#233;t&#233; riches. De plus en plus se d&#233;v&#233;loppent dans les pays du capitalisme p&#233;riph&#233;rique - le &#034;Sud&#034; - des mouvements sociaux &#224; dimension &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mouvements r&#233;agissent &#224; une aggravation croissante des probl&#232;mes &#233;cologiques d'Asie, Afrique et Am&#233;rique Latine, en cons&#233;quence d'une politique d&#233;lib&#233;r&#233; d'&#034;exportation de la pollution&#034; par les pays imp&#233;rialistes. Cette politique a d'ailleurs une &#034;l&#233;gitimation&#034; &#233;conomique imbattable - du point de vue de l'&#233;conomie capitaliste de march&#233; - r&#233;cemment formul&#233;e par un &#233;minent expert de la Banque Mondiale, Mr. Lawrence Summers : les pauvres co&#251;tent moins cher ! Pour citer ses propres termes : &#034;la mesure des co&#251;ts de la polution nuisible &#224; la sant&#233; depend des rendements perdus &#224; cause de la morbidit&#233; et mortalit&#233; accrues. De ce point de vue une quantit&#233; donn&#233;e de pollution nuisible &#224; la sant&#233; devrait &#234;tre r&#233;alis&#233;e dans le pays aux co&#251;ts les plus bas, c'est &#224; dire le pays avec les salaires les plus bas&#034;. [15] Une formulation cynique qui r&#233;v&#232;le beaucoup mieux la logique du capital global que tous les discours l&#233;nifiants sur le &#034;d&#233;v&#233;loppement&#034; produits par les institutions financi&#232;res internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ainsi appara&#238;tre dans les pays du Sud des mouvements que J. Martinez-Alier appelle &#034;l'&#233;cologie du pauvre&#034; ou encore &#034;neo-narodnisme &#233;cologique&#034;, i.e. des mobilisations populaires en d&#233;fense de l'agriculture paysanne, et de l'acc&#232;s communal aux ressources naturelles, m&#233;nac&#233;s de destruction par l'expansion agressive du march&#233; (ou de l'Etat), ainsi que des luttes contre la d&#233;gradation de l'environnement imm&#233;diat provoqu&#233;e par l'&#233;change in&#233;gal, l'industrialisation d&#233;pendante, les manipulations g&#233;n&#233;tiques et le d&#233;v&#233;loppement du capitalisme (l'&#034;agro-business&#034;) dans les campagnes. Souvent, ces mouvements ne se d&#233;finissent pas comme &#233;cologistes, mais leur combat n'a pas moins une dimension &#233;cologique d&#233;terminante.[16]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que ces mouvements ne s'opposent pas aux am&#233;liorations apport&#233;es par le progr&#232;s technologique : au contraire, la d&#233;mande d'&#233;l&#233;ctricit&#233;, eau courante, canalisation des &#233;gouts, et multiplication des dispensaires m&#233;dicaux figure en bonne place dans leur plataforme de revendications. Ce qu'ils refusent c'est la pollution et destruction de leur milieu naturel au nom des &#034;lois du march&#233;&#034; et des imp&#233;ratifs de l'&#034;expansion&#034; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un texte r&#233;cent du dirigeant paysan p&#233;ruvien Hugo Blanco exprime r&#233;marquablement la signification de cette &#034;&#233;cologie des pauvres&#034; : &#034;A premi&#232;re vue, les defenseurs de l'environnement ou les conservationistes appara&#238;ssent comme des types gentils, l&#233;g&#232;rement fous, dont le principal objectif dans la vie c'est d'emp&#234;cher la disparition des baleines bleues ou des ours pandas. Le peuple commun a des choses plus importantes &#224; s'occuper, par exemple comment obtenir son pain quotidien. (...) Cependant, il existe au Perou un grand nombre de gens qui sont des defenseurs de l'environnement. Bien s&#251;r, si on leur dit, &#034;vous &#234;tes des &#233;cologistes&#034;, ils r&#233;pondront probablement &#034;&#233;cologiste ta soeur&#034;... Et pourtant : les habitants de la ville d'Ilo et des villages environnants, en lutte contre la pollution provoqu&#233;e par la Southern Peru Copper Corporation ne sont ils pas des defenseurs de l'environnement ? (...) Et la population de l'Amazonie, n'est-elle pas totalement &#233;cologiste, pr&#234;te &#224; mourir pour d&#233;fendre leurs for&#234;ts contre la d&#233;pr&#233;dation ? De m&#234;me la population pauvre de Lima, lorsqu'elle proteste contre la pollution des eaux.&#034; [17]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les inombrables manifestations de l'&#034;&#233;cologie des pauvres&#034;, un mouvement appara&#238;t comme particuli&#232;rement exemplaire, par sa port&#233;e &#224; la fois sociale et &#233;cologique, locale et planetaire, &#034;rouge&#034; et &#034;verte&#034; : le combat de Chico Mendes et de la Coalition des Peuples de la For&#234;t en defense de l'Amazonie br&#233;silienne, contre l'oeuvre destructrice des grands propri&#233;taires fonciers et de l'agro-business multinational.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons bri&#232;vement les principaux moments de cet affrontement. Militant syndical li&#233; &#224; la Centrale Unique des Travailleurs, et partisan du nouveau mouvement socialiste r&#233;pr&#233;sent&#233; par le Parti des Travailleurs br&#233;silien, Chico Mendes organise, au d&#233;but des ann&#233;es 80, des occupations de terres par des paysans qui vivent de la collecte du cautchouc (seringueiros) contre les latifondistes qui envoient leurs bulldozers abattre la for&#234;t en vue de la remplacer par des p&#226;turages. Dans un deuxi&#232;me moment il r&#233;ussit &#224; rassembler des paysans, des travailleurs agricoles, des seringueiros, des syndicalistes et des tribus indig&#232;nes - avec le soutien des communaut&#233;s de base de l'Eglise - dans l'Alliance des Peuples de la For&#234;t, qui met en &#233;chec plusieures tentatives de d&#233;forestation. L'&#233;cho international de ces actions lui vaut en 1987 l'atribution du Prix Ecologique Global, mais peu apr&#232;s, en decembre 1988, les latifondistes lui font payer tr&#232;s cher son combat en le faisant assassiner par des tueurs &#224; gages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son articulation entre socialisme et &#233;cologie, luttes paysannes et indig&#232;nes, survivance des populations locales et sauvegarde d'un enjeu global (la protection de la derni&#232;re grande for&#234;t tropicale), ce mouvement peut devenir un paradigme des futures mobilisations populaires dans le &#034;Sud&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, au tournant du XXI&#232;me si&#232;cle, l'ecologie sociale est devenue un des ingr&#233;dients les plus importants du vaste mouvement contre la globalisation capitaliste n&#233;o-lib&#233;rale qui est en train de se d&#233;v&#233;lopper aussi bien au Nord qu'au Sud de la plan&#232;te. La pr&#233;sence massive des &#233;cologistes a &#233;t&#233; une des caracteristiques frappantes de la grande manifestation de Seattle contre l'Organisation Mondiale du Commerce en 1999. Et lors du Forum Social Mondial de Porto Alegre en 2001, un des actes symboliques forts de l'&#233;v&#233;nement a &#233;t&#233; l'op&#233;ration,m&#233;n&#233;eensemblepar des militants du Mouvement des Paysans Sans Terre br&#233;silien (MST) et de la Conf&#233;d&#233;ration Paysanne fran&#231;aise de Jos&#233; Bov&#233;, d'arrachage d'une plantation de ma&#239;s transg&#233;nique de la multinationale Monsanto. Le combat contre la multiplication incontr&#244;l&#233;e des OGM mobilise, au Br&#233;sil, en France et dans d'autres pays, non seulement le mouvement &#233;cologique, mais aussi le mouvement paysan, et une partie de la gauche, avec la sympathie de l'opinion publique, inqui&#232;te des cons&#233;quences impr&#233;visibles des manipulations transg&#233;niques sur la sant&#233; publique et l'environnement naturel. Lutte contre la marchandisation du monde et defense de l'environnement, r&#233;sistence &#224; la dictature des multinationales et combat pour l'&#233;cologie sont intimement li&#233;s dans la r&#233;flexion et la pratique du mouvement mondial contre la mondialisation capitaliste/lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[1] Voir &#224; ce sujet l'excellent ouvrage de Joel Kovel, The Ennemy of Nature. The end of capitalism or the end of the world ? , New York, Zed Books, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2]W.Benjamin, Sens Unique, Paris, Lettres Nouvelles - Maurice Nadeau, 1978, p. 243 et &#034;Th&#232;ses sur la philosophie de l'histoire&#034;, in L'homme, le langage et la culture, Paris, Deno&#235;l, 1971, p. 190. On peut aussi mentionner le socialiste autrichien Julius Dickmann, auteur d'un essai pionnier publi&#233; en 1933 dans La critique sociale : selon lui, le socialisme serait le resultat non pas d'un &#034;essor imp&#233;tueux des forces productives&#034;, mais plut&#244;t une n&#233;c&#233;ssit&#233; impos&#233;e par le &#034;r&#233;trecissement du reservoir de ressources naturelles&#034; dilapid&#233;es par le capital. Le d&#233;v&#233;loppement &#034;irr&#233;fl&#233;chi&#034; des forces productives par le capitalisme mine les conditions m&#234;me d'existence du genre humain. (&#034;La v&#233;ritable limite de la production capitaliste&#034;, La critique sociale, n&#176; 9, septembre 1933).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3]James O'Connor, &#034;La seconde contradiction du capitalisme : causes et cons&#233;quences&#034;, Actuel Marx n&#176; 12. &#034;L'&#233;cologie, ce mat&#233;rialisme historique&#034;, Paris, 1992, pp. 30, 36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]Tiziano Bagarolo, &#034;Encore sur marxisme et &#233;cologie&#034;, Quatri&#232;me Internationale, n&#176; 44, Mai-juillet 1992, p.25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] James O'Connor, Natural Causes. Essays in Ecological Marxism, New York, The Guilford Press, 1998, pp. 278, 331.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6]M.Mies, &#034;Liberacion del consumo o politizacion de la vida cotidiana&#034;, Mentras Tanto, n&#176; 48, Barcelone, 1992, p. 73.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7]Cf. Daniel Bensa&#239;d, Marx l'intempestif, pp. 385-386, 396 et Jorge Riechman, Problemas con los frenos de emergencia ?, Madrid, Editorial Revolucion, 1991, p. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8]Voir &#224; ce sujet le r&#233;marquable essai de Jorge Riechman, &#034;El socialismo puede llegar solo en bicicleta&#034;, Papeles de la Fondation de Investigaciones Marxistas, Madrid, n&#176; 6, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9]Certains marxistes r&#234;vent d&#233;j&#224; d'un &#034;communisme solaire&#034; : voir David Schwartzman, &#034;Solar Communism&#034;, Science and Society. Special issue &#034;Marxism and Ecology&#034;, vol. 60 ; n&#176; 3 Fall 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10]D.Bensaid, Marx l'Intempestif, pp. 391, 396.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11]Jorge Riechmann, &#034;Necesitamos una reforma fiscal guiada por criterios igualitarios y ecologicos&#034;, in De la economia a la ecologia, Madrid, Editorial Trotta, 1995, pp. 82-85.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Voir l'analyse &#233;clairante de John Bellamy Foster, &#034; Ecology against Capitalism &#034;, Monthly Review. vol. 53, n&#176; 5, october 2001, pp. 12-14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13]Voir Pierre Rousset, &#034;Convergence de combats. L'&#233;cologique et le social&#034;, Rouge, 16 mai 1996, pp. 8-9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14]J.Riechmann, &#034;El socialismo puede llegar solo en bicicleta&#034;, p. 57.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15]Cf. &#034;Let them eat pollution&#034;, The Economist, 8 f&#233;vrier 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16]J.Martinez-Alier, &#034;Political Ecology, Distributional Conflicts, and Economic Incommensurability&#034;, New Left Review, n&#176; 211, mai-juin 1995, pp. 83-84.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17]Article dans le quotidien La Republica, Lima, 6 avril 1991 (cit&#233; par Martinez-Alier, Ibid. p. 74).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; NI D&#201;CALQUE, NI COPIE &#187; : CHE GUEVARA, OU LA RECHERCHE D'UN NOUVEAU SOCIALISME</title>
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		<dc:date>2003-10-23T15:01:50Z</dc:date>
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		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>Quatri&#232;me Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; en 1928, Jos&#233; Carlos Mariat&#233;gui - le v&#233;ritable fondateur du marxisme latino-am&#233;ricain - &#233;crivait les paroles suivantes : &#171; Nous ne voulons pas, en effet, qu'en Am&#233;rique latine le socialisme soit un d&#233;calque et une copie (&#171; calco y copia &#187;). Il doit &#234;tre une cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que. Nous devons donner vie, avec notre propre r&#233;alit&#233;, dans notre propre langage, au socialisme indo-am&#233;ricain. C'est l&#224; une mission digne d'une g&#233;n&#233;ration nouvelle &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son avertissement ne fut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; en 1928, Jos&#233; Carlos Mariat&#233;gui - le v&#233;ritable fondateur du marxisme latino-am&#233;ricain - &#233;crivait les paroles suivantes : &#171; Nous ne voulons pas, en effet, qu'en Am&#233;rique latine le socialisme soit un d&#233;calque et une copie (&#171; calco y copia &#187;). Il doit &#234;tre une cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que. Nous devons donner vie, avec notre propre r&#233;alit&#233;, dans notre propre langage, au socialisme indo-am&#233;ricain. C'est l&#224; une mission digne d'une g&#233;n&#233;ration nouvelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son avertissement ne fut malheureusement pas &#233;cout&#233;. Cette m&#234;me ann&#233;e o&#249; il &#233;crivait ces lignes, le mouvement communiste latino-am&#233;ricain tombait sous l'influence du paradigme stalinien qui a impos&#233;, pendant pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle, le d&#233;calque et la copie de l'id&#233;ologie de la bureaucratie sovi&#233;tique et de son d&#233;nomm&#233; &#171; socialisme r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas si le Che connaissait ce texte de Mariat&#233;gui, cela reste possible vu que sa compagne Hilda Gadea lui avait pr&#234;t&#233; des &#233;crits de Mariat&#233;gui pendant les ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la R&#233;volution cubaine. De toute fa&#231;on, on peut consid&#233;rer qu'une bonne partie de sa r&#233;flexion et de sa pratique politique, surtout dans les ann&#233;es '60, avait comme objectif de sortir de la voie sans issue &#224; laquelle menait l'imitation servile du mod&#232;le sovi&#233;tique et est-europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses id&#233;es sur la construction du socialisme sont une tentative de &#171; cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que &#187; de quelque chose de nouveau, la recherche - interrompue et inachev&#233;e - d'un paradigme de socialisme distinct, et en de nombreux aspects oppos&#233;, &#224; la caricature bureaucratique &#171; r&#233;ellement existante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1959 jusqu'&#224; 1967, la pens&#233;e du Che a consid&#233;rablement &#233;volu&#233;e. Il s'est sans cesse &#233;loign&#233; des illusions initiales sur le socialisme sovi&#233;tique et sur le mod&#232;le sovi&#233;tique - en r&#233;alit&#233; stalinien - du marxisme. Dans une lettre de 1965 &#224; un ami cubain, il critique durement le &#171; suivisme id&#233;ologique &#187; qui se manifeste &#224; Cuba envers l'&#233;dition de manuels sovi&#233;tiques d'enseignement du marxisme. Ces manuels - qu'il appelait les &#171; briques sovi&#233;tiques &#187; - &#171; ont l'inconv&#233;nient de ne pas te laisser penser : le Parti l'a d&#233;j&#224; fait pour toi et tu dois le dig&#233;rer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On per&#231;oit de mani&#232;re sans cesse plus explicite, surtout dans ses &#233;crits &#224; partir de 1963, le rejet du &#171; d&#233;calque et de la copie &#187; et la recherche d'un mod&#232;le alternatif, la tentative de formuler une autre voie au socialisme, plus radicale, plus &#233;galitaire, plus fraternelle, plus humaine et plus cons&#233;quente avec l'&#233;thique communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa mort en octobre 1967 va interrompre un processus de maturation politique et de d&#233;veloppement intellectuel autonomes. Son oeuvre n'est donc pas un syst&#232;me clos, une doctrine achev&#233;e qui donne r&#233;ponse &#224; tout. Sur de nombreuses questions - la d&#233;mocratie dans la planification, la lutte contre la bureaucratie - sa r&#233;flexion est rest&#233;e incompl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moteur essentiel de cette recherche d'un nouveau chemin - au-del&#224; des questions &#233;conomiques sp&#233;cifiques - est la conviction que le socialisme n'a pas de sens - et ne peut triompher - s'il ne signifie pas un projet de civilisation, une &#233;thique sociale, un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; totalement antagonique par rapport aux valeurs de l'individualisme mesquin, de l'&#233;go&#239;sme f&#233;roce, de la comp&#233;tition, de la guerre de tous contre tous incarn&#233;s dans la civilisation capitaliste - ce monde dans lequel &#171; l'homme est un loup pour l'homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction du socialisme est ins&#233;parable de certaines valeurs &#233;thiques, contrairement aux affirmations des conceptions &#233;conomicistes - de Staline &#224; Krouchtchev et ses successeurs - qui ne prennent en consid&#233;ration que le &#171; d&#233;veloppement des forces productives &#187;. Dans son fameux entretien avec le journaliste Jean Daniel (en juillet 1963), le Che d&#233;clarait, dans ce qui constituait d&#233;j&#224; une critique implicite du &#171; socialisme r&#233;el &#187;, que &#171; Le socialisme &#233;conomique sans la morale communiste ne m'int&#233;resse pas. Nous luttons contre la mis&#232;re, mais aussi en m&#234;me temps contre l'ali&#233;nation (...). Si le communisme passe au-dessus des faits de conscience, il pourra &#234;tre un mod&#232;le de r&#233;partition, mais il ne sera pas une morale r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le socialisme pr&#233;tend lutter contre le capitalisme et le vaincre sur son propre terrain, qui est celui du productivisme et du consum&#233;risme, en utilisant ses propres armes - la forme marchande, la comp&#233;tition, l'individualisme &#233;go&#239;ste - il est alors condamn&#233; &#224; l'&#233;chec. On ne peut affirmer que Guevara avait pr&#233;vu l'&#233;croulement de l'URSS, mais il a eu d'une certaine mani&#232;re l'intuition qu'un syst&#232;me &#171; socialiste &#187; qui ne tol&#232;re pas la divergence, qui ne signifie pas de nouvelles valeurs, qui tente d'imiter son adversaire et qui n'a pas d'autre ambition que de &#171; rattraper et de d&#233;passer &#187; la production des m&#233;tropoles capitaliste, n'a tout bonnement pas d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme, pour le Che, &#233;tait un projet historique d'une nouvelle soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur des valeurs d'&#233;galit&#233;, de solidarit&#233;, de collectivisme, d'altruisme r&#233;volutionnaire, de libre discussion et participation populaires. Ses critiques - croissantes - envers le &#171; socialisme r&#233;el &#187;, tout autant que sa pratique en tant que dirigeant et sa r&#233;flexion sur l'exp&#233;rience cubaine sont inspir&#233;s par cette utopie (dans le sens donn&#233; &#224; ce concept par Ernst Bloch) communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois aspects traduisent concr&#232;tement cette aspiration de Guevara et sa recherche d'un nouveau chemin : la discussion sur les m&#233;thodes de gestion &#233;conomique, la question de la libre expression des divergences et la perspective de la d&#233;mocratie socialiste. Le premier aspect occupait, de fait, une place centrale dans la r&#233;flexion du Che ; les deux autres - qui sont &#233;troitement interconnect&#233;s - sont beaucoup moins d&#233;velopp&#233;s, avec des lacunes et des contradictions. Mais ils ne laissent pas d'&#234;tre pr&#233;sents dans ses pr&#233;occupations et dans sa pratique politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#176; Les m&#233;thodes de gestion &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici du c&#233;l&#232;bre d&#233;bat des ann&#233;es 1963-1964 sur les divers aspects de la planification, en confrontation avec les partisans du mod&#232;le sovi&#233;tique - le Ministre du Commerce ext&#233;rieur, Alberto Mora, le directeur de l'Institut national de la r&#233;forme agraire Carlos Rafael Rodriguez - soutenus par l'&#233;minent &#233;conomiste marxiste fran&#231;ais Charles Bettelheim. Les positions d'Ernesto Guevara - qui ont re&#231;u l'appui de l'&#233;conomiste marxiste belge et dirigeant de la IVe Internationale Ernest Mandel, invit&#233; &#224; participer au &#171; d&#233;bat &#233;conomique &#187; cubain - constituent une critique radicale implicite, puis explicite, du &#171; socialisme r&#233;el &#187;. Les principales caract&#233;ristiques du mod&#232;le est-europ&#233;en auxquelles le Che s'opposait &#233;taient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La pr&#233;pond&#233;rance de la loi de la valeur comme loi objective des &#233;conomies de transition au socialisme - une th&#232;se de Staline d&#233;fendue par Bettelheim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La marchandise comme base du syst&#232;me productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La comp&#233;tition - entre entreprises ou entre les travailleurs - comme facteurs de croissance de la productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les m&#233;thodes de stimulants et de r&#233;tributions beaucoup plus individuels que collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les privil&#232;ges &#233;conomiques en faveurs des g&#233;rants et des administrateurs d'entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les crit&#232;res marchands dans les relations &#233;conomiques entre pays dits socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son fameux &#171; Discours d'Alger &#187; (f&#233;vrier 1965), Ernesto Guevara appelait les pays qui se r&#233;clamaient du socialisme &#224; &#171; liquider leur complicit&#233; tacite avec les pays exploiteurs occidentaux &#187;, une complicit&#233; qui se traduisait dans les relations d'&#233;change in&#233;gal qu'ils assuraient avec les peuples en lutte contre l'imp&#233;rialisme. Pour le Che, &#171; le socialisme ne peut exister s'il ne s'op&#232;re pas dans les consciences un changement qui provoque une nouvelle attitude fraternelle face &#224; l'humanit&#233;, tant au niveau de l'impact individuel, dans la soci&#233;t&#233; qui construit le socialisme, qu'au niveau mondial par rapport &#224; tous les peuples qui souffrent de l'oppression imp&#233;rialiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant dans son essai de mars 1965 &#171; Le Socialisme et l'Homme &#224; Cuba &#187; les mod&#232;les de construction du socialisme en vigueur en Europe orientale, le Che rejetait la conception selon laquelle il fallait &#171; vaincre le capitalisme avec ses propres f&#233;tiches &#187; : &#171; en poursuivant la chim&#232;re de r&#233;aliser le socialisme &#224; l'aide des armes pourries l&#233;gu&#233;es par le capitalisme (la marchandise prise comme unit&#233; &#233;conomique, la rentabilit&#233;, l'int&#233;r&#234;t mat&#233;riel individuel comme stimulant, etc.) on risque d'aboutir &#224; une impasse. (...). Pour construire le communisme, il faut changer l'homme en m&#234;me temps que la base &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des principaux dangers du mod&#232;le import&#233; des pays de l'est-europ&#233;en est la croissance de l'in&#233;galit&#233; sociale et la formation d'une couche privil&#233;gi&#233;e de technocrates et de bureaucrates : dans ce syst&#232;me de r&#233;tributions, &#171; ce sont les directeurs qui gagnent sans cesse plus. Il suffit de voir le dernier projet de la RDA, l'importance qu'y acquiert la gestion du directeur, ou mieux dit, la r&#233;tribution de la gestion du directeur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fond du d&#233;bat consistait en une confrontation entre une vision &#233;conomiciste - la sph&#232;re &#233;conomique consid&#233;r&#233;e comme un syst&#232;me autonome, r&#233;gi par ses propres lois, telle que la loi de la valeur ou les lois du march&#233; - et une conception politique du socialisme, c'est &#224; dire la prise de d&#233;cisions &#233;conomiques - les priorit&#233;s productives, les prix, etc. - selon des crit&#232;res sociaux, &#233;thiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions &#233;conomiques du Che - la planification contre le march&#233;, le syst&#232;me budg&#233;taire de financement, les stimulants collectifs ou &#171; moraux &#187; - avaient comme objectif la recherche d'un mod&#232;le de construction du socialisme fond&#233;e sur ces crit&#232;res, distincts, donc, du mod&#232;le sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter que Guevara n'a pas eu une id&#233;e claire sur la nature du syst&#232;me bureaucratique stalinien. Il suivait, selon moi, une piste erron&#233;e en cherchant dans la NEP [1], plut&#244;t que dans le Thermidor stalinien, l'origine des probl&#232;mes et des limitations de l'exp&#233;rience sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2&#176; La libert&#233; de discussion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un aspect politique important de la discussion &#233;conomique de '63-'64 m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; ; c'est l'existence m&#234;me de ce d&#233;bat ; soit le fait que l'expression publique de d&#233;saccords est normale dans un processus de construction du socialisme. En d'autres termes ; la l&#233;gitimation d'un certain pluralisme d&#233;mocratique dans la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette probl&#233;matique existe implicitement dans le d&#233;bat &#233;conomique. Guevara ne l'a jamais d&#233;velopp&#233; de mani&#232;re explicite ou syst&#233;matique, et, surtout, il ne l'a pas mise en relation avec la question de la d&#233;mocratie dans la planification. Mais son attitude, &#224; plusieurs occasions aux cours des ann&#233;es '60, est favorable &#224; la libert&#233; de discussion dans le camp r&#233;volutionnaire et au respect de la pluralit&#233; des opinions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple int&#233;ressant est son attitude envers les trotskistes cubains, dont il ne partageait absolument pas les analyses (qu'il a d'ailleurs durement critiqu&#233;s &#224; plusieurs occasions). En 1961, dans une entrevue avec l'intellectuel nord-am&#233;ricain Maurice Zeitlin, Guevara a d&#233;nonc&#233; la destruction par la police cubaine des plaques d'impression du livre &#171; La R&#233;volution permanente &#187; de Trotsky, en la qualifiant comme une &#171; erreur &#187; et comme quelque chose &#171; qui n'aurait pas d&#251; se passer &#187;. Des ann&#233;es plus tard, peu avant de quitter Cuba en 1965, il parvient &#224; faire sortir de prison le dirigeant trotskiste cubain Roberto Acosta Hechevarria, auquel il d&#233;clara en le quittant avec une accolade fraternelle ; &#171; Acosta, les id&#233;es ne se combattent pas &#224; coups de b&#226;ton &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus significatif est sa r&#233;ponse - dans un rapport de 1964 adress&#233; &#224; ses camarades du Minist&#232;re de l'Industrie - &#224; la critique de &#171; trotskisme &#187; que lui adressaient certains sovi&#233;tiques. &#171; Par rapport &#224; cela, je crois que : soit nous poss&#233;dons la capacit&#233; de d&#233;truire une opinion contraire avec arguments, soit nous devons la laisser s'exprimer (...). Il n'est pas possible de d&#233;truire une opinion avec la force, parce que cela bloque tout le libre d&#233;veloppement de l'intelligence. On peut &#233;galement apprendre une s&#233;rie de choses de la pens&#233;e de Trotski ; y compris si, comme je le crois, il s'est tromp&#233; dans ses concepts fondamentaux et si son action ult&#233;rieure fut erron&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est sans doute pas un hasard que la d&#233;fense la plus explicite de la libert&#233; d'expression et la critique la plus directe de Guevara &#224; l'encontre de l'autoritarisme stalinien se manifeste sur le terrain de l'art. Dans son c&#233;l&#232;bre essai sur &#171; Le Socialisme et l'Homme &#224; Cuba &#187;, il d&#233;nonce le &#171; r&#233;alisme socialiste &#187; de facture sovi&#233;tique comme l'imposition d'une seule forme d'art - la seule &#171; que comprennent les fonctionnaires &#187;. Avec cette m&#233;thode, souligne-t-il, on &#171; annule l'authentique investigation artistique &#187; et l'on place une v&#233;ritable &#171; camisole de force sur l'expression artistique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3&#176; La d&#233;mocratie socialiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le Che n'ait jamais &#233;labor&#233; une th&#233;orie achev&#233;e sur le r&#244;le de la d&#233;mocratie dans la transition socialiste - sans doute la principale lacune dans son oeuvre - il rejetait les conceptions autoritaires et dictatoriales qui ont fait tant de mal au socialisme au XXe si&#232;cle. A ceux qui pr&#233;tendent, du haut, &#171; &#233;duquer le peuple &#187; - une doctrine fausse d&#233;j&#224; critiqu&#233;e par Marx dans les &#171; Th&#232;ses sur Fueurbach &#187; (&#171; qui &#233;duquera l'&#233;ducateur ? &#187;) - le Che r&#233;pondait dans un discours de 1960 : &#171; La premi&#232;re recette pour &#233;duquer le peuple... c'est de le faire entrer en r&#233;volution. Ne pr&#233;tendez jamais &#233;duquer un peuple au moyen de la seule &#233;ducation, et avec un gouvernement despotique par dessus le march&#233;, afin qu'il puisse apprendre &#224; conqu&#233;rir ses droits. Enseignez-lui, avant tout, &#224; conqu&#233;rir effectivement ses droits et ce peuple, lorsqu'il sera repr&#233;sent&#233; dans le gouvernement, apprendra tout ce que l'on enseignera et bien plus encore : il sera le ma&#238;tre de tous sans aucun effort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes ; la seule p&#233;dagogie &#233;mancipatrice est l'auto-&#233;ducation des peuples &#224; travers leur propre pratique r&#233;volutionnaire - ou, comme l'&#233;non&#231;ait Marx dans l'Id&#233;ologie Allemande, &#171; dans l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, le changement de soi-m&#234;me co&#239;ncide avec la modification des conditions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me sens, les notes critiques de 1966 &#224; l'encontre d'un manuel d'&#233;conomie politique sovi&#233;tique contiennent cette formulation pr&#233;cise et nette : &#171; Le terrible crime de Staline a &#233;t&#233; d'avoir m&#233;pris&#233; l'&#233;ducation communiste et institu&#233; un culte illimit&#233; &#224; l'autorit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale limite est l'insuffisance de sa r&#233;flexion sur la relation entre la d&#233;mocratie et la planification de la production. Ses arguments en d&#233;fense de la planification et contre les cat&#233;gories marchandes sont tr&#232;s importantes et acqui&#232;rent une nouvelle actualit&#233; devant la vulgate n&#233;o-lib&#233;rale qui domine aujourd'hui avec sa religion du march&#233;. Mais elles laissent de c&#244;t&#233; la question politique cl&#233; : Qui planifie ? Qui d&#233;cide des grandes options sur le plan &#233;conomique ? Qui d&#233;termine les priorit&#233;s de la production et de la consommation ? Sans une v&#233;ritable d&#233;mocratie - c'est &#224; dire sans : a) le pluralisme politique ; b) la libre discussion sur les priorit&#233;s et c) la libre option de la population entre les diverses propositions et plates-formes &#233;conomiques propos&#233;es - la planification se transforme in&#233;vitablement en un syst&#232;me bureaucratique, autoritaire et inefficace de &#171; dictature sur les besoins &#187;, comme le d&#233;montre abondamment l'histoire de l'ex-URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit ; les probl&#232;mes &#233;conomiques de la transition au socialisme sont ins&#233;parables de la nature du syst&#232;me politique. L'exp&#233;rience cubaine de ces derni&#232;res 30 derni&#232;res ann&#233;es r&#233;v&#232;le, elle aussi, les cons&#233;quences n&#233;gatives de l'absence d'institutions d&#233;mocratico-socialistes - bien que Cuba soit parvenue &#224; &#233;viter les pires aberrations bureaucratiques et totalitaires des autres &#201;tats du &#171; socialisme r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat &#224; beaucoup &#224; voir, cela va de soi, avec le probl&#232;me des institutions de la r&#233;volution. Guevara rejetait la d&#233;mocratie bourgeoise, mais - malgr&#233; sa sensibilit&#233; anti-bureaucratique et &#233;galitaire - il est loin d'avoir une vision claire sur la d&#233;mocratie socialiste. Dans &#171; Le Socialisme et l'Homme et &#224; Cuba &#187;, l'auteur reconna&#238;t que l'Etat r&#233;volutionnaire peut se tromper et provoquer une r&#233;action n&#233;gative des masses qui l'oblige &#224; se rectifier (l'exemple qu'il cite est la politique sectaire du Parti communiste sous la direction d'Anibal Escalante en 1961-1962). Mais, souligne-t-il, &#171; il est &#233;vident que le m&#233;canisme ne suffit pas pour assurer une succession de mesures sens&#233;es et qu'il manque une connexion plus structur&#233;e avec les masses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, il semble trouver une solution dans une vague &#171; interrelation dialectique &#187; entre les dirigeants et les masses. Cependant, quelques pages plus loin, il avoue que le probl&#232;me est loin d'avoir trouv&#233; une solution ad&#233;quate, permettant un contr&#244;le d&#233;mocratique effectif : &#171; Cette institutionnalit&#233; de la r&#233;volution n'a pas encore &#233;t&#233; obtenue. Nous cherchons quelque chose de nouveau &#187; (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que dans les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, Ernesto Guevara a grandement progress&#233; dans sa prise de conscience envers le paradigme sovi&#233;tique, dans son rejet du &#171; calco y copia &#187; du &#171; socialisme r&#233;el &#187;. Mais une bonne partie de ses derniers &#233;crits reste encore in&#233;dite, pour des raisons inexplicables. Parmi ces documents se trouve une critique radicale du Manuel d'Economie Politique de l'Acad&#233;mie des Sciences de l'URSS, r&#233;dig&#233;e &#224; Prague en 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; en 1996, Carlos Tablada - auteur d'un ouvrage important sur la pens&#233;e &#233;conomique du Che - cite quelques paragraphes de ce document, auquel il a pu avoir acc&#232;s (mais non l'autorisation de le publier int&#233;gralement) [[De nombreux extraits de ce texte in&#233;dit ont &#233;t&#233; entre-temps publi&#233;s dans un chapitre de l'ouvrage &#171; Che, el camino del fuego &#187; du Cubain Orlando Borrego (qui fut premier lieutenant dans la colonne de gu&#233;rilla du Che, puis son vice-ministre de l'Industrie). Ce chapitre peut &#234;tre consult&#233; (en espagnol) sur le site : &lt;a href=&#034;http://www.rebelion.org/argentina/notas190902.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.rebelion.org/argentina/notas190902.pdf&lt;/a&gt;. Le livre au complet : &lt;a href=&#034;http://www.rebelion.org/libros/borrego_che.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.rebelion.org/libros/borrego_che.pdf&lt;/a&gt;. L'un de ces passages est tr&#232;s int&#233;ressant parce qu'il d&#233;montre que dans ses derni&#232;res r&#233;flexions politiques, Guevara se rapprochait du concept d'une d&#233;mocratie socialiste, d'une planification d&#233;mocratique dans laquelle ce serait le peuple lui-m&#234;me, les travailleurs, &#171; les masses &#187; (selon sa terminologie), qui prendront les grandes d&#233;cisions &#233;conomiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En contradiction avec la conception du plan comme une d&#233;cision &#233;conomique des masses conscientes de leurs int&#233;r&#234;ts populaires, on offre un placebo dans lequel seuls les &#233;l&#233;ments &#233;conomiques d&#233;cident du destin collectif. C'est une mani&#232;re de proc&#233;der m&#233;caniste, anti-marxiste. Les masses doivent avoir la possibilit&#233; de diriger leur destin, de d&#233;cider quelle est la partie de la production qui ira &#224; l'accumulation du capital et quelle sera celle qui sera consomm&#233;e. La technique &#233;conomique doit op&#233;rer dans les limites de ces indications et la conscience des masses doit assurer son instauration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les balles des assassins de la CIA et de leurs alli&#233;s boliviens ont interrompu, en octobre 1967, ce travail de &#171; cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que &#187; d'un socialisme r&#233;volutionnaire nouveau, d'un communisme d&#233;mocratique nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;NOTES :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Note du traducteur : NEP = Nouvelle politique &#233;conomique. Apr&#232;s la guerre civile et l'intervention &#233;trang&#232;re contre la R&#233;volution (1917-1921) qui ont ravag&#233; l'&#233;conomie russe, le pouvoir sovi&#233;tique a assouplit les mesures du &#034;communisme de guerre&#034; en r&#233;introduisant certains m&#233;canismes &#233;conomiques capitalistes : suppression des mesures de r&#233;quisition des r&#233;coltes &#224; la campagne, tol&#233;rance envers la petite et moyenne industrie priv&#233;e, r&#233;tablissement de la libert&#233; du commerce, ouverture sous contr&#244;le de l'Etat aux capitaux &#233;trangers, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michael L&#246;wy est membre du Comit&#233; Acad&#233;mique International de la &#171; C&#225;tedra Libre Ernesto Che Guevara &#187; de l'Universit&#233; populaire des M&#232;res de la Place de Mai. Parmi de nombreux autres ouvrages, il est l'auteur de &#171; La pens&#233;e de Che Guevara &#187; (1971, Maspero) et &#171; Le Marxisme en Am&#233;rique latine &#187; (1982, Maspero).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universidad Popular Madres de Plaza de Mayo, Buenos Aires, Argentine. (Expos&#233; pr&#233;sent&#233; pour la premi&#232;re fois &#224; la Conf&#233;rence annuelle de la Fondation Ernesto Che Guevara, Italie, juin 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction de l'espagnol : Ataulfo Riera.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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<item xml:lang="fr">
		<title>BR&#201;SIL : UN OUVRIER A LA PR&#201;SIDENCE DE LA R&#201;PUBLIQUE</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>Br&#233;sil</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement ouvrier</dc:subject>

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&lt;p&gt;Br&#233;sil, le pays de l'apartheid social &lt;br class='autobr' /&gt; Selon George Soros, le m&#233;gasp&#233;culateur, dans une d&#233;claration &#224; la presse, quelques mois avant les &#233;lections br&#233;siliennes d'octobre 2002, ce sont les march&#233;s financiers qui font aujourd'hui les &#233;lections, et donc un candidat de gauche ne peut pas gagner au Br&#233;sil. Pr&#233;vision erron&#233;e. C'est le peuple br&#233;silien qui a vot&#233; et son choix n'a pas co&#239;ncid&#233; avec celui de la Bourse de New York. Le candidat &#233;lu n'a pas &#233;t&#233; celui qui avait la pr&#233;f&#233;rence de Soros (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Mouvement-ouvrier-+" rel="tag"&gt;Mouvement ouvrier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Br&#233;sil, le pays de l'apartheid social &lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon George Soros, le m&#233;gasp&#233;culateur, dans une d&#233;claration &#224; la presse, quelques mois avant les &#233;lections br&#233;siliennes d'octobre 2002, ce sont les march&#233;s financiers qui font aujourd'hui les &#233;lections, et donc un candidat de gauche ne peut pas gagner au Br&#233;sil. Pr&#233;vision erron&#233;e. C'est le peuple br&#233;silien qui a vot&#233; et son choix n'a pas co&#239;ncid&#233; avec celui de la Bourse de New York. Le candidat &#233;lu n'a pas &#233;t&#233; celui qui avait la pr&#233;f&#233;rence de Soros et de beaucoup d'autres sp&#233;culateurs, banquiers, investisseurs, agents financiers ou directeurs de multinationales. Ce ne fut pas le candidat favori du &#034; Wall Street Journal &#034;, de l' &#034; Economist &#034;, du FMI et de la R&#233;serve F&#233;d&#233;rale des USA. Non plus le pr&#233;f&#233;r&#233; par l'oligarchie br&#233;silienne : grands propri&#233;taires fonciers, capitalistes de droit divin, &#233;conomistes n&#233;olib&#233;raux, politiciens r&#233;actionnaires. Celui qui a gagn&#233; &#233;tait un travailleur, un syndicaliste, un ancien prisonnier politique : Luis Inacio Lula da Silva, candidat du Parti des Travailleurs. C'est la premi&#232;re fois, dans l'histoire du Br&#233;sil et des Am&#233;riques, qu'un ouvrier est &#233;lu pr&#233;sident de la R&#233;publique. Cette victoire &#233;lectorale spectaculaire - plus de 61% des votes - pourrait ouvrir un nouveau chapitre dans l'histoire du Br&#233;sil. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Br&#233;sil est un pays immense par sa population - 170 millions d'habitants - par sa surface - la moiti&#233; de l'Am&#233;rique Latine - et par ses richesses naturelles. Et pourtant, c'est un pays o&#249; la majorit&#233; de la population vit dans la plus grande pauvret&#233;. En fait, dans un r&#233;cent classement international des Nations Unies, le Br&#233;sil appara&#238;t comme un des pays les plus in&#233;galitaires de la plan&#232;te, un pays o&#249; l'&#233;cart entre la minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e et la majorit&#233; appauvrie est un des plus grands. Selon certains observateurs, le Br&#233;sil est une sorte de &#034; Suisse-Inde &#034; : les riches vivent comme en Suisse, les pauvres comme en Inde... &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette in&#233;galit&#233; est particuli&#232;rement frappante dans les campagnes, o&#249; une poign&#233;e de grands propri&#233;taires ruraux monopolise la plupart des terres, tandis que la masse des paysans n'a que de minuscules lopins, ou pas de terre du tout. Avec le d&#233;veloppement du capitalisme dans les campagnes, et le remplacement des cultures vivri&#232;res ou c&#233;r&#233;ali&#232;res par l'&#233;levage extensif de bovins - destin&#233;s &#224; l'exportation pour les cha&#238;nes MacDonald - les paysans sont expuls&#233;s des terres par les &lt;strong&gt;pistoleiros&lt;/strong&gt;, les hommes de main des propri&#233;taires fonciers. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'aggravation des conditions de vie dans les zones rurales, notamment au Nord-Est br&#233;silien, des millions de paysans affluent vers les grandes villes, les grandes m&#233;galopoles br&#233;siliennes comme Rio de Janeiro et S.Paulo. Certains trouvent du travail dans l'industrie ou les services, mais le taux de ch&#244;mage &#233;tant tr&#232;s &#233;lev&#233;, la majorit&#233; restent exclus, et s'entassent dans les &lt;strong&gt;favelas&lt;/strong&gt;, les mis&#233;rables bidonvilles qui entourent les villes, o&#249; l'on ne trouve ni &#233;lectricit&#233;, ni eau courante, ni &#233;gouts, et o&#249; l'on ne survit que gr&#226;ce &#224; des activit&#233;s marginales - le commerce de rue, la prostitution - ou criminelles, comme le trafic de drogue. &lt;br /&gt;
Il existe ainsi un v&#233;ritable &lt;strong&gt;apartheid social&lt;/strong&gt; dans le pays, qui se traduit dans les grandes villes par une s&#233;paration physique des maisons et des quartiers riches, entour&#233;es de murs et de barbel&#233;s &#233;lectrifi&#233;s, et gard&#233;es par des cohortes de vigiles priv&#233;s, qui contr&#244;lent soigneusement toutes les entr&#233;es et sorties. Une discrimination sociale qui a aussi une dimension raciale implicite, dans la mesure o&#249; la grande majorit&#233; des pauvres sont noirs ou m&#233;tis. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 20 ann&#233;es de dictature militaire, le Br&#233;sil a connu, depuis 1985, un retour &#224; la d&#233;mocratie et aux gouvernements civils. Ce progr&#232;s politique ind&#233;niable n'a pas &#233;t&#233; suivi d'un changement social effectif. Tous les gouvernements, de droite, ou de centre, qui se sont succ&#233;d&#233;s depuis 1985, n'ont fait qu'appliquer les politiques n&#233;o-lib&#233;rales d' &#034;ajustement structurel &#034; exig&#233;es par le Fonds Mon&#233;taire International : privatisation des services publics, r&#233;duction des d&#233;penses de sant&#233; et d'&#233;ducation, et surtout, payement de la dette externe, qui a atteint des chiffres astronomiques et qui absorbe tout le surplus des exportations. C'est notamment le cas du gouvernement de centre-droite, au pouvoir depuis huit ans, pr&#233;sid&#233; par Fernando Henrique Cardoso, un ancien intellectuel de gauche converti &#224; la religion n&#233;o-lib&#233;rale qui est devenu un des meilleurs &#233;l&#232;ves du FMI en Am&#233;rique Latine. Gr&#226;ce &#224; Cardoso, les derni&#232;res entreprises publiques existantes, comme la Compagnie de l'Electricit&#233;, ont &#233;t&#233; privatis&#233;s et vendues &#224; des entreprises &#233;trang&#232;res ; celles-ci n'ayant pas voulu faire les investissements n&#233;cessaires, on assiste depuis quelques temps au Br&#233;sil &#224; des &lt;strong&gt;apag&#245;es&lt;/strong&gt;, des soudaines coupures d'&#233;lectricit&#233; qui plongent des villes ou des r&#233;gions enti&#232;res dans l'obscurit&#233;... &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la d&#233;mocratisation a permis l'essor dans tout le pays d'un nouveau mouvement ouvrier, paysan et populaire, qui organise le combat des pauvres pour leurs droits et contre les politiques n&#233;o-lib&#233;rales du gouvernement. Font partie de ce mouvement le nouveau syndicalisme classiste et ind&#233;pendant, surgi &#224; la fin des ann&#233;es 1970, et qui organise dans la CUT, Centrale Unique des Travailleurs, environ dix millions de salari&#233;s ; le MST, Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, qui mobilise des millions de paysans pour la r&#233;forme agraire, en prenant l'initiative d'occuper les terres inexploit&#233;es des grands propri&#233;taires fonciers ; enfin, le PT, Parti des Travailleurs. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation &#233;conomique et sociale du Br&#233;sil est dramatique. Le seul &lt;br class='autobr' /&gt;
espoir c'est la vitalit&#233; du mouvement social et le d&#233;sir de la population pour un changement radical, dont la victoire &#233;lectorale de &#034; Lula &#034; est l'expression. Lors d'un sondage r&#233;cent (2001), organis&#233; &#224; la demande d'une association patronale, 55 % des gens interrog&#233;s ont d&#233;clar&#233; que le Br&#233;sil avait besoin d'une r&#233;volution socialiste. Quand on leur a demand&#233; qu'est ce qu'ils entendaient par socialisme, ils ont r&#233;pondu en citant quelques valeurs : &#034; amiti&#233; &#034;, &#034; communaut&#233; &#034;, &#034; partage &#034;, &#034; justice &#034; et &#034; solidarit&#233; &#034;. Ce sont les valeurs dont se r&#233;clament les mouvements sociaux et le Parti des Travailleurs. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La longue marche du Parti des Travailleurs &lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fondation du Parti des Travailleurs (PT) en 1979, marque le d&#233;but d'un nouveau chapitre de l'histoire du mouvement ouvrier br&#233;silien : la construction d'un parti de masse, expression de l'ind&#233;pendance politique des travailleurs ; d'un parti d&#233;mocratique, pluraliste et militant, et inspir&#233; par un programme anti-capitaliste. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PT repr&#233;sente le couronnement d'un si&#232;cle d'efforts des travailleurs br&#233;siliens pour se donner une expression politique propre. Au d&#233;but du si&#232;cle, les anarcho-syndicalistes lutt&#232;rent, avec une &#233;nergie et un esprit de classe admirables, pour une orientation prol&#233;tarienne ind&#233;pendante, mais leur doctrinarisme rejetait l'id&#233;e m&#234;me d'un parti politique de masse. Le PCB (Parti Communiste Br&#233;silien) a &#233;t&#233; probablement la tentative la plus importante de construction d'un vrai parti ouvrier au Br&#233;sil. Mais, malgr&#233; l'abn&#233;gation et l'esprit de sacrifice de ses militants et de ses cadres, la logique du stalinisme le conduisit &#224; adopter une politique de subordination &#224; la bourgeoisie &#034;nationale&#034;. Cette orientation, combin&#233;e &#224; la d&#233;pendance id&#233;ologique par rapport &#224; l'URSS et &#224; l'absence de d&#233;mocratie interne a engendr&#233; une s&#233;rie de scissions qui, de 1962 jusqu'aujourd'hui, l'ont divis&#233; et affaibli (la majorit&#233; de ses dirigeants historiques l'ont abandonn&#233; durant cette p&#233;riode). Quant au Parti travailliste br&#233;silien (PTB) fond&#233; par Getulio Vargas en 1945 et dirig&#233; ensuite par Jo&#226;o Goulart et - sous le nouveau nom de Parti D&#233;mocratique Travailliste (PDT) - par Leonel Brizola, n'a jamais repr&#233;sent&#233; autre chose qu'un mouvement de type populiste sans engagements organiques, politiques ou programmatiques vis-&#224;-vis de la classe ouvri&#232;re. Enfin, les petits groupes de la &#034;gauche arm&#233;e&#034; des ann&#233;es 60 et 70, ils n'on jamais gagn&#233; de pr&#233;sence r&#233;elle &#224; l'int&#233;rieur du prol&#233;tariat et, malgr&#233; leur h&#233;ro&#239;sme et leur courage exemplaires, ils ont connue une fin tragique due &#224; leurs pratiques minorisantes et &#224; leur isolement des travailleurs des villes et des campagnes. Ce n'est qu'avec le PT qu'appara&#238;t pour la premi&#232;re fois un parti de masse qui soit l'expression des travailleurs eux-m&#234;mes, un parti organiquement enracin&#233; dans la classe ouvri&#232;re, la paysannerie et l'intelligentsia. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation du PT pendant les ann&#233;es 1979 - 81 est due &#224; une confluence de divers courants, chacun d'eux apportant sa sensibilit&#233; particuli&#232;re et sa contribution &#224; la construction du parti : &lt;br /&gt;
1) Les syndicalistes &#034;authentiques&#034;, initiateurs et dirigeants du processus de constitution du PT, expression d'un nouveau syndicalisme ouvrier de masses, combatif et classiste, dont la r&#233;gion de l'ABC (banlieue industrielle du grand S&#226;o Paulo, o&#249; se concentre le &#034;nouveau prol&#233;tariat&#034;) est le fief et le symbole ; 2) des syndicats ruraux et ligues paysannes, fr&#233;quemment d'inspiration chr&#233;tienne ; 3) des communaut&#233;s eccl&#233;siales de base, pastorales ouvri&#232;res, pastorales de la terre et autres secteurs chr&#233;tiens de tendance socialiste ; 4) des anciens militants du Parti Communiste ou de la &#034;gauche arm&#233;e&#034;, qui ont quitt&#233; leurs organisations ; 6) des groupes de gauche r&#233;volutionnaire de diff&#233;rentes tendances - notamment trotskystes - qui ont adh&#233;r&#233;, avec armes et bagages, au nouveau parti ; 7) des intellectuels : sociologues, &#233;conomistes, enseignants, &#233;crivains, journalistes, chercheurs int&#233;ress&#233;s par le mouvement ouvrier et la th&#233;orie marxiste (ou, parfois, de formation chr&#233;tienne). Dans une certaine mesure, l'on peut affirmer que la cr&#233;ation du PT a &#233;t&#233; &lt;strong&gt;la rencontre historique entre la classe (les travailleurs) et &#034;ses&#034; intellectuels&lt;/strong&gt;, deux forces sociales qui jusqu'alors avaient suivi des chemins parall&#232;les, parfois convergents, et fr&#233;quemment tr&#232;s divergents... &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de formation du PT pr&#233;sente quelques caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques bien particuli&#232;res au Br&#233;sil et au moment historique pr&#233;sent : par exemple, le r&#244;le important des communaut&#233;s de base. D'autre part, il semble un exemple directement extrait de certains textes &#034;classiques&#034; de Marx ou d'Engels : un mouvement ouvrier surgi dans les centres de grande concentration industrielle moderne, un syndicalisme qui d&#233;couvre, au cours de ses luttes &#233;conomiques, la n&#233;cessit&#233; d'un parti politique des travailleurs ; un parti vers lequel confluent les plus diverses couches sociales du peuple, sous l'h&#233;g&#233;monie de la classe ouvri&#232;re. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des sources dont na&#238;t le PT se traduit dans celle de ses fondateurs, parmi lesquels on trouve, par exemple : Luis Inacio da Silva, &#034;Lula&#034;, immigr&#233; issu des zones rurales mis&#233;rables du Nord-Est br&#233;silien, ouvrier tourneur et pr&#233;sident du syndicat des m&#233;tallos de S&#226;o Bernardo, emprisonn&#233; par la dictature militaire en 1979 ; Olivio Dutra, pr&#233;sident du syndicat des travailleurs des banques, premier maire PT de Porto Alegre, plus tard gouverneur du Rio Grande du Sud ; Apolonio de Carvalho, ancien dirigeant communiste, combattant des Brigades Internationales en Espagne et de la R&#233;sistance fran&#231;aise (il avait dirig&#233; la lib&#233;ration de plusieurs villes du Midi en 1944) ; Mario Pedrosa, fondateur de l'opposition de gauche (trotskyste) au d&#233;but des ann&#233;es 30, animateur du Front Uni Anti-fasciste de 1934, fondateur de la Quatri&#232;me Internationale (1938) et plus tard militant socialiste inspir&#233; par les id&#233;es de Rosa Luxembourg ; Jos&#233; Dirceu, dirigeant du mouvement &#233;tudiant de l968, emprisonn&#233; par les militaires, lib&#233;r&#233; en 1969 en &#233;change de l'ambassadeur am&#233;ricain enlev&#233; par les gu&#233;rilleros br&#233;siliens ; exil&#233; &#224; Cuba, il reviendra clandestinement au Br&#233;sil pour tenter de relancer la lutte arm&#233;e. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diversit&#233; se manifeste aussi dans le caract&#232;re &lt;strong&gt;pluraliste &lt;/strong&gt;du PT, qui admet en son sein une vari&#233;t&#233; de tendances et courants, dont quelques uns fortement structur&#233;s, avec leur propre presse, leurs locaux, etc. Ces tendances sont loin d'&#234;tre fig&#233;es et au cours des vingt deux ann&#233;es de vie du PT on a assist&#233; &#224; des multiples reclassements. Cela apporte &#224; la vie interne du parti une grande vitalit&#233;, aux antipodes du monolithisme gris et bureaucratique des partis de type stalinien. Dans l'ensemble, cette diversit&#233; n'a pas &#233;t&#233; un facteur de division et d'affaiblissement du parti - malgr&#233; quelques scissions, assez minoritaires - mais plut&#244;t une source d'&lt;strong&gt;enrichissement&lt;/strong&gt; et d'apprentissage r&#233;ciproque. &lt;br /&gt;
Une des particularit&#233;s du PT est son lien &#233;troit avec les secteurs les plus radicalis&#233;s du &#034;peuple chr&#233;tien&#034;. Rappelons que le Br&#233;sil est le pays d'Am&#233;rique Latine o&#249; th&#233;ologie de la lib&#233;ration ont eu la plus grande p&#233;n&#233;tration et o&#249; le mouvement des communaut&#233;s eccl&#233;siales de base a eu le plus grand d&#233;veloppement, rassemblant des millions de chr&#233;tiens (surtout parmi les plus pauvres) dans les villes et les campagnes. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, une partie significative des militants les plus actifs et les plus engag&#233;s des CEBs et des pastorales populaires (pastorale ouvri&#232;re, de la terre, urbaine) s'est trouv&#233;e tout naturellement dans les rangs du PT. Un des principaux animateurs des communaut&#233;s, le dominicain Frei Betto (emprisonn&#233; pendant cinq ann&#233;es sous la dictature militaire) , a jou&#233; un r&#244;le important dans cette adh&#233;sion de nombreux chr&#233;tiens radicalis&#233;s au Parti. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, sans l'existence de cette &lt;strong&gt;culture chr&#233;tienne contestataire&lt;/strong&gt;, pr&#244;nant l'auto-organisation &#224; la base et l'auto-&#233;mancipation des pauvres, il est peu probable que le Parti des Travailleurs ait pu se constituer et surtout gagner aussi rapidement une influence de masse. Cela dit, le PT n'a rien d'un parti confessionnel, n'est pas soumis &#224; l'orientation de l'Eglise, et ne se r&#233;clame pas d'une quelconque doctrine sociale catholique : en un mot, il n'a strictement aucune ressemblance avec la d&#233;mocratie chr&#233;tienne d'Am&#233;rique Latine... &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment est n&#233; le PT ? D&#232;s 1978, ann&#233;e des grandes gr&#232;ves ouvri&#232;res de la banlieue de S.Paulo, plusieurs dirigeants syndicaux &#034;authentiques&#034; commencent &#224; agiter l'id&#233;e d'un parti autonome des travailleurs, probablement &#224; partir d'une r&#233;flexion sur l'exp&#233;rience de la gr&#232;ve elle-m&#234;me, de son affrontement avec l'appareil policier-militaire de l'Etat, et pour quelques uns, d'un premier bilan des luttes sociales dans l'histoire r&#233;cente du pays (depuis 1964). Par exemple, en d&#233;cembre 1978, lors d'une Rencontre pour la D&#233;mocratie patronn&#233;e par l'opposition lib&#233;rale et de gauche &#224; Rio de Janeiro, Luis Inacio da Silva, &#034;Lula&#034;, soutenu par d'autres dirigeants syndicaux pr&#233;sents, a rejet&#233; la th&#232;se pr&#233;dominante de cette rencontre : rassembler autour du MDB un &#034;large front d&#233;mocratique&#034; face au r&#233;gime militaire. Significativement, il se r&#233;f&#232;re &#224; l'exp&#233;rience de 1964 comme argument contre cette politique traditionnelle de subordination du mouvement ouvrier : &#034;Si nous, les travailleurs, ne sommes pas vigilants par rapport &#224; l'unit&#233; de forces de l'opposition, nous pouvons souffrir des d&#233;faites comme celle de l964, quand la bourgeoisie a rompu avec les travailleurs, leur tourna le dos et les laissa tomber &#034;. Sans nier la n&#233;cessit&#233; de l'union de tous contre le r&#233;gime militaire, Lula insistait sur l'importance d'une politique ouvri&#232;re ind&#233;pendante : &#034;La classe ouvri&#232;re suivra son chemin irr&#233;versible pour la conqu&#234;te de ses buts. Elle cr&#233;era t&#244;t ou tard son parti politique...Il faut que la classe des travailleurs ne soit pas seulement un instrument. Il est fondamental qu'elle participe directement en manifestant la force qu'elle repr&#233;sente. Et la participation, dans le champ politique, implique que la classe constitue son propre parti&#034;. &lt;a href=&#034;&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 1979 a lieu la premi&#232;re Rencontre Nationale du PT, &#224; S&#226;o Bernardo do Campo, bastion prol&#233;tarien du syndicat de Lula ; c'est concr&#232;tement le moment de la fondation du nouveau parti, et l'&#233;lection de sa premi&#232;re direction provisoire a lieu. Une br&#232;ve d&#233;claration politique est approuv&#233;e &#224; cette conf&#233;rence, qui affirme clairement le but du Parti des Travailleurs : &#034;Le PT lutte pour que tout pouvoir &#233;conomique et politique soit directement exerc&#233; par les travailleurs. C'est la seule mani&#232;re de mettre fin &#224; l'exploitation et &#224; l'oppression&#034;. En m&#234;me temps, le document appelle &#034;toutes les forces d&#233;mocratiques pour que se constitue un large front de masses contre le r&#233;gime dictatorial&#034;. Le PT se propose aussi de lutter pour la formation d'une Centrale Unique des Travailleurs, en soulignant que &#034;sa construction passe, n&#233;cessairement, par le renversement de l'actuelle structure syndicale soumise &#224; l'Etat&#034;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril-mai 1980 &#233;clate la grande gr&#232;ve des 250 mille travailleurs m&#233;tallurgistes de S&#226;o Bernardo ; suite &#224; l'intervention polici&#232;re et militaire - arrestation de Lula et des principaux dirigeants, intervention militaire dans le syndicat - le mouvement a &#233;t&#233; stopp&#233; ; mais il a r&#233;v&#233;l&#233;, par sa dur&#233;e exceptionnelle (42 jours) et par sa capacit&#233; d'organisation de masse (meetings quotidiens de dizaines de milliers de travailleurs), la force surprenant du nouveau syndicalisme dont l'avant-garde &#233;tait partie prenante de la formation du PT. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai-juin de cette ann&#233;e se r&#233;unit une nouvelle Conf&#233;rence Nationale du PT, avec des d&#233;l&#233;gu&#233;s de 22 Etats du Br&#233;sil, repr&#233;sentant approximativement 30.000 membres du parti. Un Manifeste et un Programme sont approuv&#233;s, qui d&#233;finissent le PT comme &#034;l'expression politique r&#233;elle de tous les exploit&#233;s par le syst&#232;me capitaliste&#034;, et comme un parti de masses, large, ouvert et d&#233;mocratique. Son but est de d&#233;manteler la machine r&#233;pressive du r&#233;gime existant et de cr&#233;er &#034;une alternative de pouvoir pour les travailleurs et opprim&#233;s...qui avance dans le chemin d'une soci&#233;t&#233; sans exploiteurs ni exploit&#233;s&#034;. Dans la construction de cette soci&#233;t&#233;, les travailleurs sont conscients que cette lutte se m&#232;ne contre les int&#233;r&#234;ts du grand capital national et international&#034;. Toutefois, le PT est encore loin d'avoir une &#034;doctrine&#034; &#233;labor&#233;e : beaucoup de questions et de d&#233;finitions programmatiques sont d&#233;lib&#233;r&#233;ment laiss&#233;es ouvertes pour permettre un plus large d&#233;bat et un &#034;m&#251;rissement&#034; progressif de l'ensemble des militants. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s sa fondation, le PT va conna&#238;tre une croissance spectaculaire : fin 1982, il aura d&#233;j&#224; 245 mille adh&#233;rents dans tout le pays. Mais le r&#233;sultat des &#233;lections l&#233;gislatives de 1982 est assez d&#233;cevant : 3,5% des votes et 8 d&#233;put&#233;s f&#233;d&#233;raux seulement. Des journalistes press&#233;s d&#233;clarent que c'est la fin du PT... Par contre, avec la fondation de la CUT, Centrale Unique des Travailleurs en 1983, premi&#232;re centrale syndicale de masses dans l'histoire moderne du Br&#233;sil, le PT trouve un puissant alli&#233; dans le mouvement ouvrier. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1984, le PT participe tr&#232;s activement &#224; la campagne pour les &#233;lections pr&#233;sidentielles directes, qui mobilise des millions de citoyens dans un mouvement de masse sans pr&#233;c&#233;dent, et qui met pratiquement fin au r&#233;gime militaire. Fid&#232;le aux exigences d&#233;mocratiques de la population, il refuse d'ent&#233;riner l'&#233;lection &#034;indirecte&#034; d'un nouveau pr&#233;sident (Tancredo Neves, de l'opposition mod&#233;r&#233;e) par la Chambre - solution b&#226;tarde n&#233;goci&#233;e par l'opposition lib&#233;rale avec les militaires. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#233;lections de novembre 1986, le Parti des Travailleurs double son score &#233;lectoral, passant &#224; 6,5%, et &#233;tend son influence bien au-del&#224; de S.Paulo, son bastion traditionnel. Mais la premi&#232;re grande perc&#233;e fut l'&#233;lection municipale de l988, qui a vu le PT conqu&#233;rir les mairies de plusieurs villes, dont quelques capitales r&#233;gionales comme Porto Alegre et S.Paulo, la plus grande ville industrielle du Br&#233;sil et de l'Am&#233;rique Latine. Enfin, lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles directes de 1989, Lula devance ses rivaux &#034;de gauche&#034; - le populiste Brizola et le social-d&#233;mocrate Covas - et se retrouve au deuxi&#232;me tour face au candidat conservateur Collor de Melo (lanc&#233; et soutenu par le r&#233;seau de TV &#034;Globo&#034;, la plus puissante machine m&#233;diatique du pays). Bien qu'il n'ait pas &#233;t&#233; &#233;lu, Lula r&#233;unit l'impressionnant pourcentage de 47% de voix. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de sa 7&#232;me Rencontre Nationale en 1990, le PT approuve un document qui rassemble et syst&#233;matise, apr&#232;s un long d&#233;bat interne, sa conception du socialisme : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le socialisme que nous voulons construire ne se r&#233;alisera que s'il instaure une v&#233;ritable d&#233;mocratie &#233;conomique. Il devra donc s'organiser autour de la propri&#233;t&#233; sociale des moyens de production - qui ne doit pas &#234;tre confondue avec la propri&#233;t&#233; d'Etat - qui prendra les formes choisies d&#233;mocratiquement par la soci&#233;t&#233;...&#034;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Cette d&#233;mocratie &#233;conomique doit d&#233;passer la logique perverse du march&#233; capitaliste comme celle du commandement autocratique de l'Etat qui s&#233;vit dans de nombreuses &#233;conomies dites &#034;socialistes&#034; ; ses priorit&#233;s et ses objectifs devront &#234;tre soumis &#224; la volont&#233; sociale et non &#224; des suppos&#233;s &#034;int&#233;r&#234;ts strat&#233;giques&#034; de l'Etat.&#034; &lt;br /&gt;
Si la gauche &#233;tait, au Br&#233;sil comme ailleurs, historiquement divis&#233;e entre un courant anti-capitaliste mais autoritaire et un courant d&#233;mocratique mais r&#233;formiste, une des nouveaut&#233;s du PT sera pr&#233;cis&#233;ment le d&#233;passement de cette fausse alternative : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Notre engagement pour la d&#233;mocratie fait de nous des militants anticapitalistes - ce choix a marqu&#233; profond&#233;ment notre lutte pour la d&#233;mocratie. La d&#233;couverte (empirique, avant de devenir th&#233;orique, pour beaucoup d'entre nous) de la perversit&#233; structurelle du capitalisme a constitu&#233;, pour la plupart des militants du PT, un stimulant tr&#232;s fort pour l'organisation dans un parti politique. nous avons repr&#233;sent&#233; - et nous repr&#233;sentons toujours - une r&#233;ponse indign&#233;e &#224; la souffrance inutile de millions d'individus qui d&#233;coule de la logique de la barbarie capitaliste. Notre exp&#233;rience historique concr&#232;te - le revers de la m&#233;daille du &#034;miracle br&#233;silien&#034; et de nombreuses autres situations nationales ou internationales tragiques - nous a enseign&#233; que le capitalisme, quelle que soit sa force mat&#233;rielle, est injuste par nature, qu'il marginalise des millions d'individus et s'oppose &#224; la r&#233;partition fraternelle de la richesse sociale - ressort de toute d&#233;mocratie r&#233;elle&#034;. &lt;a href=&#034;&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de formulation, charg&#233;e de radicalisme &#233;thique, est caract&#233;ristique de la culture politique originaire du PT, produit d'une fusion sui-generis entre th&#233;orie marxiste et sensibilit&#233; chr&#233;tienne. Ce radicalisme agace les &#233;lites, la presse et les m&#233;dia, qui voudraient bien accepter le PT, &#224; condition qu'il devienne un parti &#034;comme les autres&#034;, un parti &#034;normal&#034;, un parti social-d&#233;mocrate par exemple. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elu en 1989 sur une plate-forme d&#233;magogique et populiste de &#034;chasse aux fonctionnaires corrompus&#034;, Collor de Melo va pratiquer une politique &#233;conomique typiquement n&#233;o-lib&#233;rale, bradant syst&#233;matiquement les entreprises publiques dans des privatisations au rabais. Mais tr&#232;s rapidement le pr&#233;tendu champion de l'anti-corruption se trouvera gravement compromis dans un &#233;norme scandale de mise &#224; sac de l'argent public pour le b&#233;n&#233;fice de sa caisse priv&#233;e. Par initiative du PT, rejoint plus tardivement par d'autres forces politiques, une immense mobilisation populaire se d&#233;veloppe dans tout le pays, exigeant le d&#233;part du pr&#233;sident f&#233;lon. La pression de l'opinion - et en particulier de la jeunesse, omnipr&#233;sente dans les rues - oblige finalement la majorit&#233; des parlementaires &#224; voter l'impeachment de Color de Mello (il sera remplac&#233; par le vice-pr&#233;sident Itamar Franco). &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des deux &#233;lections suivantes, celles de 1994, et celles de 1998, le vainqueur - gr&#226;ce &#224; sa r&#233;ussite &#224; juguler l'inflation - sera Fernando Henrique Cardoso, ex-sociologue marxiste et th&#233;oricien de la d&#233;pendance, converti aux disciplines du FMI, candidat d'une coalition entre le PSDB (Parti Social-D&#233;mocrate Br&#233;silien) et le PFL (Parti du Front Lib&#233;ral, parti de banquiers et membres de l'oligarchie rurale, issu de l'aile &#034;mod&#233;r&#233;e&#034; de l'ancienne dictature militaire). Il va mener pendant huit ans une politique typiquement n&#233;olib&#233;rale, favorable au capital financier, qui va aggraver consid&#233;rablement les probl&#232;mes sociaux du pays et sa d&#233;pendance envers les march&#233;s. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces d&#233;faites, le PT gagne plusieurs mairies importantes du pays, et m&#234;me certains gouvernement d'Etats de la f&#233;d&#233;ration. Et il met en pratique, dans les localit&#233;s qu'il g&#232;re, des formes de d&#233;mocratie de base, comme le c&#233;l&#232;bre &#034; budget participatif &#034;. On assiste cependant &#224; une certaine institutionnalisation du parti, et, &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1990, une tendance de plus en plus forte, dans le courant majoritaire de la direction du PT, au pragmatisme et &#224; la &#034; d&#233;radicalisation &#034; politique et programmatique - non sans une forte r&#233;sistance des diverses tendances de gauche du PT (entre 40 et 45% des votes lors des conf&#233;rences du parti), dont la plus importante, &#034; D&#233;mocratie Socialiste &#034; (li&#233;e &#224; la Quatri&#232;me Internationale), avait rassembl&#233; en l'an 2000 environ 17% des voix pour son candidat &#224; la pr&#233;sidence du parti, Raul Pont, l'ex-maire de Porto Alegre. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux d&#233;faites face &#224; Cardoso ont convaincu Lula de changer sa strat&#233;gie, et de pr&#233;senter aux &#233;lections un visage plus mod&#233;r&#233;. En 2002 il va imposer &#224; un PT r&#233;ticent une large politique d'alliances avec des forces bourgeoises, en prenant comme partenaire et candidat &#224; vice-pr&#233;sident un industriel, Jos&#233; Alencar, dirigeant du Parti Lib&#233;ral (droite). &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La victoire &#233;lectorale et le nouveau gouvernement &lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Lula n'est pas seulement la victoire d'un homme, d'un individu, d'un leader charismatique. Elle est aussi la victoire d'un parti de masses dont les militants et sympathisants sont descendus dans les rues, submergeant les avenues et les places des principales capitales du Br&#233;sil avec des centaines de milliers de personnes, qui dansaient, chantaient et agitaient le drapeau rouge avec l'&#233;toile &#224; cinq pointes du PT. Mais elle est plus que la victoire d'un parti : elle est la revanche historique des exploit&#233;s et opprim&#233;s, apr&#232;s vingt ann&#233;es de dictature militaire et encore dix sept de &#034; Nouvelle R&#233;publique &#034; n&#233;olib&#233;rale. Ou encore, si l'on fait bien les comptes, depuis quatre cent ann&#233;es de domination oligarchique, dans les cadres du capitalisme colonial/d&#233;pendant... &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la joie populaire, la danse des &#233;toiles, l'espoir. L'immense espoir populaire d'un changement radical, d'un nouveau d&#233;part, d'une rupture avec les politiques du pass&#233;. L'espoir qu'un autre Br&#233;sil soit possible, o&#249; les classes laborieuses, les sans-terre, les sans-toit, les femmes, les noirs, les indig&#232;nes, les ch&#244;meurs, les pauvres, pourront enfin &#234;tre &#233;cout&#233;s. L'espoir que, pour la premi&#232;re fois, un gouvernement ne soit pas l'instrument des privil&#233;gi&#233;s, des exploiteurs, des propri&#233;taires, des corrompus, des millionnaires. Un gouvernement qui donne plus d'importance au combat contre la faim, &#224; la r&#233;forme agraire, au renforcement des services publics, plut&#244;t qu'aux exigences des Institutions Financi&#232;res Internationales. L'espoir de voir r&#233;alis&#233; un projet social alternatif au n&#233;olib&#233;ralisme et un autre mod&#232;le &#233;conomique, visant la g&#233;n&#233;ration d'emplois et la redistribution de la rente. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut savoir que ce ne sera pas facile. Les obstacles sont immenses. Les adversaires, innombrables. Les difficult&#233;s, les menaces, les contradictions, &#233;videntes. Pour commencer, une partie des institutions &#233;chappe au contr&#244;le des forces populaires. Lula et le PT ont gagn&#233; les &#233;lections pr&#233;sidentielles, avec une majorit&#233; &#233;crasante, mais ils n'ont pas la majorit&#233; ni dans la Chambre, ni dans le S&#233;nat. La plupart des gouverneurs sont hostiles au nouveau projet. Le vice-pr&#233;sident &#233;lu lui-m&#234;me a peu &#224; voir avec la classe des travailleurs (c'est un euph&#233;misme). Entre parenth&#232;ses, si par un accident ou une maladie, Lula &#233;tait emp&#234;ch&#233; d'exercer, on aurait un politicien de droite, &#034; lib&#233;ral &#034;, &#224; la Pr&#233;sidence, &#233;lu avec les voix de la gauche et des travailleurs... &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s rapidement, Lula et son gouvernement seront soumis au classique chantage des march&#233;s financiers : tout d&#233;viation de l'orthodoxie n&#233;olib&#233;rale provoquerait un retrait des capitaux volatiles, avec une probable une chute de la monnaie, le r&#233;al, suivie d'inflation. Ils seront soumis &#224; une &#233;norme pression, de la part du FMI, de la Banque Mondiale, de la R&#233;serve F&#233;d&#233;rale am&#233;ricaine, du gouvernement US lui-m&#234;me, de gouvernements &#034; amis &#034; en Am&#233;rique Latine et en Europe, des classes dominantes au Br&#233;sil et des m&#233;dias qu'elles contr&#244;lent - et m&#234;me de la part de certains de ses &#034; alli&#233;s politiques &#034; - pour leur faire accepte de mod&#233;rer leurs aspirations ; d'oublier les &#034; radicalismes &#034; ; de passer un compromis &#034; raisonnable &#034; ; de s'accommoder &#224; la &#034; r&#233;alit&#233; &#034; ; d'accepter, comme tous les autres, les r&#232;gles du jeu &#233;tabli ; de ne pas toucher aux int&#233;r&#234;ts du capital national et international ; de respecter les accords, pour exorbitants qu'ils soient ; de ne plus s'opposer &#224; l'ALCA (zone de libre &#233;change des Am&#233;riques), en &#233;change de quelques concessions tarifaires ; de payer religieusement la dette externe ; de laisser pour plus tard la r&#233;forme agraire ; de r&#233;primer les occupations &#034; ill&#233;gales &#034; de terres. Et pour couronner le tout, le cerise sur le g&#226;teau, le coup de gr&#226;ce &#224; toute vell&#233;it&#233; de changement de politique &#233;conomique : de donner l'autonomie &#224; la Banque Centrale. En d'autres termes : d'abandonner leur programme de gouvernement et devenir une variante, un peu plus sociale, un peu plus assistancielle, un peu moins corrompue, de ce que furent les gouvernements ant&#233;rieurs de la &#034; Nouvelle R&#233;publique &#034;. C'est &#224; dire, de se transformer en un gouvernement &#034; social-lib&#233;ral &#034; comme tant d'autres qui se sont succ&#233;d&#233;s en Am&#233;rique Latine ou en Europe, pour la satisfaction du capital et pour le d&#233;sespoir de ses &#233;lecteurs. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lula et ses conseillers &#233;conomiques (Antonio Palocci) ont d&#233;j&#224; fait beaucoup - trop - de concessions aux march&#233;s ; ils ont promis de respecter des accords - draconiens - avec le FMI ; ils ont ouvert au centre et &#224; la droite l'&#233;ventail de leurs alliances. Mais cela ne suffit pas pour satisfaire les int&#233;r&#234;ts du capital : ce que ses repr&#233;sentants exigent c'est en fait la continuit&#233; de la politique &#233;conomique des gouvernements ant&#233;rieurs. Lula et ses proches accepteront-ils ce chantage ? &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formation du gouvernement en janvier 2003 est une premi&#232;re indication des intentions des intentions du nouveau pr&#233;sident. Il s'agit d'un gouvernement de coalition, o&#249; certains postes cl&#233;s ont &#233;t&#233; attribu&#233;s &#224; des repr&#233;sentants des &#233;lites dominantes, mais d'o&#249; la gauche du PT n'est pas absente ; l'h&#233;g&#233;monie reste aux mains du courant mod&#233;r&#233; du parti, repr&#233;sent&#233; par Antonio Palocci (Minist&#232;re des Finance). Le plus inqui&#233;tant est la nomination de Henrique Meirelles, un d&#233;put&#233; du PSDB (le parti de Cardoso !) et ancien pr&#233;sident de la BankBoston au post&#233; cl&#233; de directeur de la Banque Centrale : c'est un gage d'orthodoxie &#233;conomique (n&#233;olib&#233;rale) donn&#233; aux march&#233;s financiers. La gauche du PT a protest&#233; et la s&#233;natrice Heloisa Helena, du courant &#034; D&#233;mocratie Socialiste , a refus&#233; d'avaliser cette nomination. On peut aussi s'interroger sur la d&#233;signation de l'entrepreneur conservateur Luis Fernando Furlan au Minist&#232;re de l'Industrie et celui de Roberto Rodrigues, pr&#233;sident de l'Association Br&#233;silienne d'Agrobusiness, au Minist&#232;re de l'Agriculture. Par contre, on trouve Olivio Dutra, ex-gouverneur du Rio Grande du Sud et figure connue de la gauche du PT, au Minist&#232;re des Villes, et Miguel Rossetto, ex-vice-gouverneur du Rio Grande du Sud (&#034; D&#233;mocratie Socialiste &#034;) au Ministre du D&#233;veloppement Agraire, avec pour t&#226;che d'impulser la r&#233;forme agraire - une nomination salu&#233;e avec joie par le MST, mais d&#233;nonc&#233;e comme dangereuse et contre-productive par l'Association Nationale des Producteurs Ruraux (patrons) et par l'UDR, Union D&#233;mocratique Ruraliste, la puissante (et r&#233;actionnaire) organisation politique des propri&#233;taires fonciers. Enfin, la s&#233;natrice Marina Silva, ancienne camarade de luttes de Chico Mendes dans la d&#233;fense de la for&#234;t amazonienne, et adversaire d&#233;clar&#233;e des OGMs a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;e Ministre de l'Environnement. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident du PT, Jos&#233; Dirceu (l'ancien gu&#233;rillero) a &#233;t&#233; nomm&#233; Ministre Chef de la Maison Civile - c'est &#224; dire, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du gouvernement. Dans son discours d'investiture ce proche de Lula, habile n&#233;gociateur politique, a expliqu&#233; que l'objectif du nouveau gouvernement est de permettre au peuple br&#233;silien d'occuper la place qu'il lui est d&#251; : &#034; Cela n'est possible que par une grande transformation sociale, par une v&#233;ritable r&#233;volution sociale. Je n'ai pas peur d'utiliser ce mot : une v&#233;ritable r&#233;volution sociale. Nous devons cela &#224; notre peuple &#034;. Nous ne seront capables d'atteindre nos objectifs, a-t-il ajout&#233;, que &#034; s'il y aura une participation populaire, s'il y aura une mobilisation nationale &#034;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier signe, positif, donn&#233; par le nouveau gouvernement - choisi, il faut le dire, par Lula lui-m&#234;me, apr&#232;s consultation de ces proches - a &#233;t&#233; la d&#233;cision d'ajourner l'achat d'avions de chasse destin&#233;s &#224; moderniser la Force A&#233;rienne Br&#233;silienne. Lula a d&#233;cid&#233; que ces 800 millions de dollars devaient &#234;tre destin&#233;s en priorit&#233; au programme de combat contre la faim, dont il a fait le point d'honneur de sa pr&#233;sidence : &#034; si, d'ici quatre ann&#233;es, chaque br&#233;silien pourra manger trois fois par jour, je consid&#232;rerais ma mission comme r&#233;ussie. &#034; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est encore trop t&#244;t, en janvier 2003, pour juger quelle sera la politique du nouveau gouvernement . Sera-t-il capable de r&#233;sister aux pressions et aller de l'avant dans la r&#233;alisation de son programme de redistribution de rente, r&#233;forme agraire r&#233;elle, r&#233;-orientation de la production vers le march&#233; interne, soutien &#224; l'&#233;conomie solidaire, reforme fiscale, investissement prioritaire en &#233;ducation et sant&#233;, lutte contre la corruption et l'&#233;vasion fiscale ? Appliquer ces mesures exige un tr&#232;s dur combat, contre des adversaires puissants et peu dispos&#233;s &#224; faire des concessions. Sans une pression &#034; par en bas &#034; du mouvement populaire, des organisations ouvri&#232;res et paysannes, des classes subalternes, comme contrepoids &#224; la pression &#034; par en haut &#034; de l'Empire et des classes privil&#233;gi&#233;es, la bataille pour un changement de route sera perdue. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (MST) me semble &#224; cet &#233;gard exemplaire : &lt;br /&gt;
&#034; Notre r&#244;le comme mouvement social c'est de continuer &#224; organiser les pauvres des campagnes, leur donner la conscience de leurs droits et les mobiliser pour qu'ils luttent pour des changements. Nous maintiendrons la n&#233;cessaire autonomie par rapport &#224; l'Etat, mais nous allons coop&#233;rer en tout ce qui sera possible avec le nouveau gouvernement, pour que soit r&#233;alis&#233;e la r&#233;forme agraire &#224; laquelle nous r&#234;vons depuis si longtemps &#034;. (R&#233;solution du MST du 8.11.2002) &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette position est adopt&#233;e aussi par la Centrale Unique des Travailleurs (CUT), par le Mouvement des Sans-Toit, par la Centrale des Mouvements Populaires, par le mouvement des femmes, par l'Eglise progressiste - qui a pris des positions tr&#232;s claires contre l'ALCA et contre le payement de la dette externe - et par les militants du PT, on pourra cr&#233;er un rapport de forces favorable &#224; la r&#233;alisation des changements promis par le programme de Lula. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne serait plus nuisible aux int&#233;r&#234;ts populaires que d' &#034; attendre &#034; que le gouvernement r&#233;solve les probl&#232;mes. Comme le dit une chanson qui a beaucoup inspir&#233; le mouvement de lutte contre la dictature en 1968, &#034; celui qui sait fait l'heure, il n'attend pas que les choses arrivent &#034;. La mobilisation des mouvements sociaux et des partis de gauche est une condition indispensable pour obtenir des avanc&#233;es significatives dans la lutte contre la logique du n&#233;olib&#233;ralisme, la tyrannie des march&#233;s, le parasitisme du capital financier, des in&#233;galit&#233;s, exclusions et injustices historiques qui caract&#233;risent la soci&#233;t&#233; br&#233;silienne. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne peut pr&#233;dire quel sera l'avenir du gouvernement form&#233; par le pr&#233;sident Lula : les optimistes font confiance &#224; l'ancien ouvrier et syndicaliste combatif pour tenir ses engagements, les pessimistes &#233;num&#232;rent les concessions faites au FMI et aux &#233;lites &#233;conomiques ; les &#034; pessimistes &#034;, comme l'auteur de ces lignes, pensent que les jeux ne sont pas faits et que diff&#233;rentes options restent ouvertes. En fait, on ne peut avancer que des hypoth&#232;ses au conditionnel. En voici une, qui me semble importante : &lt;strong&gt;seule une intervention active des acteurs sociaux et politiques favorables &#224; un &#034; autre Br&#233;sil &#034;&lt;/strong&gt; pourra assurer : &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) que la projet de l'ALCA - tentative de l'Empire nord-am&#233;ricain de recoloniser l'Am&#233;rique Latine, en d&#233;truisant toute tentative d'autonomie &#233;conomique - sera vaincu, et non seulement &#034; am&#233;nag&#233; &#034; par quelques concessions tarifaires des USA sur le bl&#233; ou les jus d'oranges br&#233;siliens. &lt;br /&gt;
2) que le FMI ne puisse pas imposer ses r&#232;gles au Br&#233;sil, comme ce fut le cas en Argentine pendant tellement d'ann&#233;es, avec les tragiques cons&#233;quences qu'on conna&#238;t. &lt;br /&gt;
3) qu'il puisse avoir un contr&#244;le fiscal de l'entr&#233;e et sortie de capitaux externes, en fonction d'un plan national de d&#233;veloppement d&#233;mocratiquement d&#233;fini. &lt;a href=&#034;&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;
4) que le Br&#233;sil tente de s'associer &#224; d'autres pays du Sud pour imposer &#034; un processus d'audit et ren&#233;gociation de la dette externe publique &#034; (Programme de Gouvernement du PT pour le Br&#233;sil, approuv&#233; lors de la XII Conf&#233;rence Nationale, d&#233;cembre 2001). &lt;br /&gt;
5) que l'Etat soit effectivement d&#233;mocratis&#233;, gr&#226;ce, entre autres, &#224; &#034; la mise en pratique du budget participatif au niveau central &#034; (Ibid.). &lt;br /&gt;
6) que le programme de privatisations soit &#034; suspendu et r&#233;-&#233;valu&#233;, avec un audit sur les op&#233;rations d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;es &#034; (Ibid) &lt;br /&gt;
7) qu'une r&#233;forme fiscal large sera mise en route, avec pour objectif de r&#233;duire les imp&#244;ts sur les salari&#233;s et, en &#233;change, &#034; taxer les grandes fortunes et les grands h&#233;ritages &#034; et &#034; r&#233;duire les br&#232;ches pour l'&#233;vasion fiscale &#034;. (Ibid) &lt;br /&gt;
8) que une rupture effective aura lieu avec le mod&#232;le &#233;conomique n&#233;olib&#233;ral &#034; fond&#233; sur l'ouverture et la d&#233;-r&#233;gulation radicale de l'&#233;conomie nationale et donc, sur la subordination de sa dynamique aux int&#233;r&#234;ts et humeurs du capital financier globalis&#233; &#034; (Ibid). &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes : seule une mobilisation sociale et politique effective des bases pourra permettre au gouvernement Lula de d&#233;passer les limites que tentent de lui imposer les repr&#233;sentants du capital, et d'assurer la r&#233;alisation des promesses de changement du candidat, ainsi comme du programme, plus avanc&#233;, approuv&#233; par le PT dans sa XII&#232;me Conf&#233;rence (d&#233;cembre 2001). Sans perdre de vue le projet historique, qui est l'accomplissement du programme du PT de 1990 : le d&#233;passement du capitalisme et la fondation d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, socialiste, libre et d&#233;mocratique. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;a href=&#034;&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Journal &#034;Em Tempo&#034;, n&#176; 42, 23 d&#233;cembre 1978. &lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#034;Le socialisme 'petiste' &#034;, &lt;strong&gt;Inprecor&lt;/strong&gt;, n&#176; 317, octobre-novembre 1990. &lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;&#034;&gt;3&lt;/a&gt; Voir l'interview de Paulo Singer, &#233;conomiste et militant du PT, dans le journal &#034; Em Tempo &#034;, septembre 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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