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		<title>L'imposture des Nations unies en Ha&#239;ti</title>
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		<dc:date>2011-01-17T03:43:19Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Philippe Belleau</dc:creator>


		<dc:subject>Ha&#239;ti</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2010 a &#233;t&#233; terrible pour Ha&#239;ti : s&#233;isme, chaos, mascarade &#233;lectorale, chol&#233;ra... Devant le d&#233;sastre qui s'acharne sur ce pays maudit, les grands m&#233;dias relaient de plus en plus les id&#233;es qui r&#233;clament un &#034;protectorat international&#034; sur Ha&#239;ti. Ces id&#233;es ne font pas l'analyse des multiples interventions internationales, dirig&#233;es par le Canada et les &#201;tats-Unis. Ha&#239;ti est d&#233;j&#224; et depuis longtemps un pays sous influence, dirig&#233; et pill&#233; depuis l'&#233;tranger. Les r&#233;centes missions de l'ONU (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH100/arton3096-6635e.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'ann&#233;e 2010 a &#233;t&#233; terrible pour Ha&#239;ti : s&#233;isme, chaos, mascarade &#233;lectorale, chol&#233;ra... Devant le d&#233;sastre qui s'acharne sur ce pays maudit, les grands m&#233;dias relaient de plus en plus les id&#233;es qui r&#233;clament un &#034;protectorat international&#034; sur Ha&#239;ti. Ces id&#233;es ne font pas l'analyse des multiples interventions internationales, dirig&#233;es par le Canada et les &#201;tats-Unis. Ha&#239;ti est d&#233;j&#224; et depuis longtemps un pays sous influence, dirig&#233; et pill&#233; depuis l'&#233;tranger. Les r&#233;centes missions de l'ONU poursuivent cette m&#234;me logique. Nous reproduisons ici un texte publi&#233; dans Le Monde qui donne un aper&#231;u de l'inefficacit&#233; et de l'impopularit&#233; des forces onusiennes en poste en Ha&#239;ti.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'imposture des Nations unies en Ha&#239;ti&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a pr&#232;s d'un an, le tremblement de terre du mardi 12 janvier d&#233;truisait la capitale ha&#239;tienne et plusieurs centaines de milliers de vies. Micha Gaillard, militant des droits de l'homme, intellectuel, homme politique ha&#239;tien et fils du plus grand historien de l'&#238;le, &#233;tait de ceux-l&#224;. Sa mort &#233;claire les maux ant&#233;rieurs et post&#233;rieurs au s&#233;isme. Pendant deux jours, coinc&#233; au niveau des cuisses, il parvint, avec calme et courage, &#224; parler avec ses amis venus l'aider mais qui ne trouv&#232;rent jamais l'&#233;quipement minimum qui aurait permis de le tirer du minist&#232;re de la justice qui s'&#233;tait effondr&#233;. Un &#201;tat fonctionnel, cause pour laquelle il s'est battu toute sa vie, l'aurait peut-&#234;tre sauv&#233;. Surtout il n'aurait pas du se trouver l&#224;. Quelques minutes avant le tremblement, il se pr&#233;cipitait &#224; l'int&#233;rieur d'un minist&#232;re enti&#232;rement vide, pour y d&#233;poser d'urgence des demandes de lib&#233;ration d'individus injustement arr&#234;t&#233;s. Personne ne put l'accueillir, il se dirigea vers le bureau du ministre, au fond. Il y fut le seul mort. On ne peut que se r&#233;jouir que l'effondrement de treize minist&#232;res et du palais pr&#233;sidentiel ait fait moins d'une dizaine de morts. Il faut aussi avoir le courage de constater que dans un pays qui &#233;tait d&#233;j&#224; en crise, l'&#201;tat n'&#233;tait pas au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soldats des Nations unies non plus. Ceux qui purent observer, dont l'auteur de ces lignes, la capitale dans les jours imm&#233;diatement apr&#232;s le s&#233;isme, furent frapp&#233;s par l'absence des casques bleus. Ce fait, &#224; ma connaissance, n'a pas &#233;t&#233; report&#233; par les m&#233;dias europ&#233;ens et nord-am&#233;ricains. Sept mille soldats des Nations unies se trouvaient en Ha&#239;ti avant le s&#233;isme, quatorze mille bras qui sont rest&#233;s crois&#233;s dans leurs bases dans les deux jours cruciaux qui suivirent le s&#233;isme, y compris un bataillon de g&#233;nie. Dans une interview encore disponible sur YouTube et qui semble tout droit sorti du XIXe si&#232;cle, Nelson Jobim, le ministre br&#233;silien de la d&#233;fense affirmait aux journalistes que &#171; les Ha&#239;tiens &#187; n'accepteraient jamais que des &#233;trangers touchent des morts ha&#239;tiens, justifiant ainsi l'ordre surr&#233;aliste de rester passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fiasco le plus r&#233;cent, l'&#233;pid&#233;mie de chol&#233;ra, est aussi le fruit de cette alliance entre un &#201;tat qui n'existe plus, si ce n'est par des t&#234;tes parlantes, et des institutions internationales qui n'assument pas leur mainmise, aboutissant &#224; un pays de onze millions d'&#226;mes sans v&#233;ritable structure ex&#233;cutive. D'autres d&#233;sastres suivront, faute d'avoir su analyser les raisons de l'extr&#234;me vuln&#233;rabilit&#233; d'Ha&#239;ti, de la mort clinique de l'&#201;tat et le bilan d&#233;plorable de la communaut&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ONU souffre en Ha&#239;ti d'un discr&#233;dit dont les opinions occidentales ont peu l'id&#233;e. Quiconque ouvre un journal dans la capitale ha&#239;tienne se rend compte du foss&#233; qui s&#233;pare la communaut&#233; internationale de cette population. (Qui sait d'ailleurs que Bill Clinton, qui occupe un poste central dans le dispositif international de &#171; reconstruction &#187;, est, pour dire le moins, une figure controvers&#233;e dans ce pays ?). Les col&#232;res ne d&#233;passent malheureusement pas les rivages de l'&#238;le, car aujourd'hui, Ha&#239;ti est un pays sans voix. Ses intellectuels ne parviennent pas &#224; faire entendre leurs r&#233;cits, si ce n'est au travers d'interm&#233;diaires, reporters, exil&#233;s ou &#171; experts &#187;. Les m&#233;dias francophones se rabattent sur de vieux &#233;crivains exil&#233;s, qu'un sociologue ha&#239;tien appelle ironiquement &#171; &lt;i&gt;les intellectuels d'a&#233;roports&lt;/i&gt; &#187; et dont les r&#233;cits trahissent la d&#233;connection d'avec leurs compatriotes. Moins de quatre jours apr&#232;s le s&#233;isme, trois des plus grands intellectuels ha&#239;tiens en Ha&#239;ti signaient un texte alarmant, noir de pessimisme, pr&#233;disant que, faut d'avoir dress&#233; un vrai bilan, il n'y aurait pas de reconstruction et que les milliards de l'aide internationale &#224; venir n'allaient, avec certitude, servir &#224; rien. Aucun journal aux &#201;tats-Unis n'accepta de publier un article aussi pessimiste ; en France, un seul. A-t-on le droit d'ailleurs de critiquer l'ONU en France ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le droit d'avoir un &#201;tat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cassandre avait raison : un an apr&#232;s le s&#233;isme, la reconstruction n'a pas eu lieu. Mais le fiasco des organisations internationales est aussi celui des m&#233;dias internationaux qui, dans l'apr&#232;s-s&#233;isme, ont oscill&#233; entre sensationnalisme et optimisme, mais jamais dress&#233; le bilan d&#233;j&#224; d&#233;sastreux de l'aide en Ha&#239;ti. Cela fait ainsi plus de dix-sept ans que les Nations unies ont une pr&#233;sence massive et presque ininterrompue en Ha&#239;ti. Cela fait sept ann&#233;es maintenant que la pr&#233;sence des casques bleus et de la communaut&#233; internationale (plus de mille ONG !) en Ha&#239;ti ne s'assume pas, tout en imposant ses choix &#233;conomiques et politiques (y compris de premiers ministres). En autant d'ann&#233;es, ce pays a gagn&#233; sa place en enfer, aucune infrastructure s&#233;rieuse n'a &#233;t&#233; reconstruite et les espoirs d'un futur meilleur n'&#233;mergent que dans les discours des leveurs de fonds. Les Nations unies ressemblent &#224; ces trous noirs des astrophysiciens. Rien ne semble ressortir du milliard de dollars consomm&#233; chaque ann&#233;e par sa mission de la paix en Ha&#239;ti, si ce n'est un discours d'autol&#233;gitimation et d'autosatisfaction. Croire enfin que des expatri&#233;s, dont le salaire de base commence &#224; pr&#232;s de onze mille dollars par mois net d'imp&#244;t, peuvent entretenir des relations autres que coloniales avec une population cass&#233;e et pas seulement paup&#233;ris&#233;e, rel&#232;ve du phantasme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Nations unies ne sont pas, et de loin, les seuls responsables ; mais, &#224; l'heure du bilan, force est de conclure que la solution est ailleurs. Qui cro&#238;t donc qu'il peut y avoir une quelconque sortie de la pauvret&#233; extr&#234;me, du naufrage, sans &#201;tat, sans institutions, sans infrastructures ? Il manque la plus importante des infrastructures, un &#201;tat. Depuis cinquante ans, celui-ci a constamment et consciemment &#233;t&#233; d&#233;truit par les gouvernants ha&#239;tiens eux-m&#234;mes comme par une aide internationale soumise aux id&#233;ologies du jour et &#224; sa propre incomp&#233;tence. Le premier des droits de l'homme ne serait-il pas le droit d'avoir un &#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Philippe Belleau, professeur &#224; l'universit&#233; du Massachusetts &#224; Boston&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/31/l-imposture-des-nations-unies-en-haiti_1459294_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/31/l-imposture-des-nations-unies-en-haiti_1459294_3232.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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