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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>R&#233;flexions strat&#233;giques face &#224; la dictature du capital</title>
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		<dc:date>2014-12-28T22:37:53Z</dc:date>
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		<dc:creator>Hendrik Davi</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>

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&lt;p&gt;Nous constatons un red&#233;ploiement assez important de la pens&#233;e marxiste avec la publication (ou republication) de nombreux ouvrages tant synth&#233;tiques sur le marxisme (Keucheyan 2010, Durand 2009, Johsua 2012) que sp&#233;cifiques sur l'&#233;cologie (Keucheyan 2014), l'Europe (Durand 2013), l'&#233;tat (Poulantzas) ou la crise &#233;conomique (Johsua 2009 ; Piketty 2013). N&#233;anmoins rares sont les ouvrages ou articles qui traitent de front, les questions strat&#233;giques. J'entends par &#171; strat&#233;gique &#187;, les probl&#232;mes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH110/arton3307-920b5.jpg?1629990187' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='110' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous constatons un red&#233;ploiement assez important de la pens&#233;e marxiste avec la publication (ou republication) de nombreux ouvrages tant synth&#233;tiques sur le marxisme (Keucheyan 2010, Durand 2009, Johsua 2012) que sp&#233;cifiques sur l'&#233;cologie (Keucheyan 2014), l'Europe (Durand 2013), l'&#233;tat (Poulantzas) ou la crise &#233;conomique (Johsua 2009 ; Piketty 2013). N&#233;anmoins rares sont les ouvrages ou articles qui traitent de front, les questions strat&#233;giques. J'entends par &#171; strat&#233;gique &#187;, les probl&#232;mes relatifs &#224; la lutte contre la domination des classes dominantes. Cette lutte se d&#233;compose sch&#233;matiquement en trois volets : une lutte &#233;conomique pour la r&#233;partition de la plus value entre le capital et travail, une lutte pour l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique, une lutte politique pour la prise de position au sein de l'&#233;tat et de ses superstructures. Ces trois dimensions sont &#233;videmment indissociables, mais elles dessinent trois facettes de la gauche (gauche syndicale, gauche culturelle, gauche politique) dont il est n&#233;cessaire de rediscuter au moment ou en France et en Europe la polarisation gauche &#8211; droite est mise en d&#233;bat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Remettre le d&#233;bat strat&#233;gique au centre des questions th&#233;oriques est crucial, car la crise du capitalisme ouvre un espace aux r&#233;volutionnaires, qui n'ont pas renonc&#233; &#224; un d&#233;passement du capitalisme comme aux diff&#233;rentes formes de n&#233;ofascisme. Or ces derniers sont favoris&#233;s par les &#233;checs de la gauche de transformation sociale (dictature de l'Est, renoncement de la social-d&#233;mocratie face au capital) et le progr&#232;s des id&#233;es de droites et d'extr&#234;me droite dans l'id&#233;ologie dominante. Il est donc urgent de remettre la question strat&#233;gique au c&#339;ur de nos d&#233;bats. Ce probl&#232;me aussi vieux que le marxisme constitue une t&#226;che immense, l'id&#233;e de cet article est juste d'ouvrir le d&#233;bat et de poser quelques jalons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article se d&#233;compose en cinq parties : Je vais d'abord en pr&#233;ambule r&#233;affirmer ce qui peut &#234;tre notre horizon d'&#233;mancipation socialiste, d&#233;mocratique et &#233;cologiste, car c'est horizon qui doit structurer notre &#233;difice strat&#233;gique. Ensuite, je planterais quelques &#233;l&#233;ments de d&#233;cors sur la crise actuelle du capitalisme avant de traiter de la r&#233;organisation de la lutte des classes en cours et ensuite d'analyser les composantes culturelles et politiques de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;affirmer un horizon d'&#233;mancipation socialiste, d&#233;mocratique et &#233;cologiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise financi&#232;re de 2008, les crises politiques &#224; r&#233;p&#233;tition, la crise &#233;cologique et la crise sociale r&#233;actualisent la n&#233;cessit&#233; de penser des alternatives au syst&#232;me capitaliste. Notre horizon doit &#234;tre l'&#233;mancipation humaine et la pr&#233;servation de la plan&#232;te, il est donc social et &#233;cologiste. L'&#233;mancipation humaine peut &#234;tre envisag&#233;e sur tous ces aspects : la r&#233;sorption des in&#233;galit&#233;s sociales, la lutte contre tous les racismes, le sexisme et l'homophobie, le droit au logement, au travail et le respect les libert&#233;s individuelles. L'hypoth&#232;se socialiste, f&#233;ministe et antiraciste tire sa force du fait qu'anthropologiquement l'Homme est une esp&#232;ce avant tout sociale, qui ne peut s'&#233;manciper et s'&#233;panouir dans une comp&#233;tition de tous contre tous. L'hypoth&#232;se &#233;cologiste est sous-tendue par le fait que l'esp&#232;ce humaine ne peut survivre dans un environnement durablement d&#233;grad&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, cette &#233;mancipation humaine ne doit pas se faire ni au d&#233;triment d'autres peuples ni au d&#233;triment de la sant&#233; de la plan&#232;te. Nous devrons promouvoir une &#233;conomie de la sobri&#233;t&#233; et de l'innovation plut&#244;t qu'une &#233;conomie de la production et de la surconsommation. Des compromis seront donc n&#233;cessaires entre diff&#233;rents choix possibles. La seule fa&#231;on de trouver les compromis les plus justes est de faire avancer l'exigence d&#233;mocratique au sein de la cit&#233;, mais aussi au sein de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; du d&#233;passement du capitalisme se fonde sur l'id&#233;e simple que l'&#233;conomie doit servir cette &#233;mancipation. Or dans le syst&#232;me capitaliste, la marche du monde est essentiellement r&#233;gl&#233;e par la maximisation du taux de profit des capitalistes. Cette valorisation du capital ne sert qu'une infime minorit&#233; de la population. Elle a eu des cons&#233;quences comme l'innovation technologique et la hausse de la productivit&#233;, qui ont pu appara&#238;tre b&#233;n&#233;fiques &#224; l'humanit&#233;, quand la lutte des classes &#233;tait plus favorable au prol&#233;tariat. Mais le constat fait par Jack London dans le Talon de fer demeure toujours vrai : le capitalisme a d&#233;montr&#233; son &#233;chec &#224; organiser rationnellement l'&#233;conomie pour faire progresser l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;passement du capitalisme passe surtout par le contr&#244;le des citoyens sur les processus de production au sein de l'entreprise (ce qu'il faut produire et o&#249; le produire) et des choix politiques au sein de la Cit&#233; (am&#233;nagement du territoire, services publics). Une plus grande socialisation de la production n'est pas incompatible avec l'organisation actuelle de la production, car le capitalisme produit lui m&#234;me de la socialisation : socialisation des processus comme des investissements. Le contr&#244;le d&#233;mocratique des choix des citoyens est loin d'&#234;tre utopique, car des gisements de communismes existent d&#233;j&#224; au sein des services publics, dans le syst&#232;me de s&#233;curit&#233; sociale, ou dans les coop&#233;ratives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal verrou n'est pas l'existence d'un march&#233; ou d'une monnaie, qu'il est probablement chim&#233;rique de vouloir supprimer, mais bien le fait que le capital requis pour investir est d&#233;tenu par des agents &#233;conomiques priv&#233;s. Avancer vers l'horizon socialiste et &#233;cologiste requiert que nous montrions que des syst&#232;mes alternatifs au capitalisme sont possibles, mais surtout que nous ayons les moyens de le d&#233;montrer en socialisant une partie de ce capital priv&#233;. C'est l&#224; que la lutte des classes intervient ! C'est l&#224; aussi que le probl&#232;me strat&#233;gique se pose. Car &#233;videmment les d&#233;tenteurs de ce capital contr&#244;lent aussi en partie l'appareil d'&#233;tat (sa partie coercitive, mais aussi &#233;ducative) et sont aussi possesseurs des m&#233;dias de masse et influencent la majorit&#233; des partis politiques. Le probl&#232;me strat&#233;gique peut se r&#233;sumer ainsi : comment enl&#232;ve-t-on du pouvoir aux d&#233;tenteurs du capital ou en tout cas &#224; ceux qui repr&#233;sentent leurs int&#233;r&#234;ts au sein de l'appareil d'&#233;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;El&#233;ments de d&#233;cors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes facettes de la crise du capitalisme (&#233;conomique, &#233;cologique, d&#233;mocratique, n&#233;o-imp&#233;rialisme) ont largement &#233;t&#233; d&#233;battues. Je ne vais ici seulement d&#233;gager quelques points de d&#233;bats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la crise contemporaine du capitalisme. Le mot m&#234;me de &#171; crise &#187; est trompeur, car le capitalisme fait face &#224; des probl&#232;mes structuraux depuis le d&#233;but des ann&#233;es 70. Les crises successives ne sont que les indicateurs des &#233;checs des politiques successives, qui visaient &#224; surmonter ces contradictions. Rappelons rapidement les trois grandes contradictions auquel l'accumulation du capital fait face : (i) la baisse tendancielle du taux de profit (ii) la suraccumulation du capital (iii) l'absence de r&#233;alisation de la plus-value du fait d'une sous-consommation. Les auteurs marxistes ne sont pas tous d'accord sur une analyse des causes ultimes des crises contemporaines. Je n'ai pas les connaissances pour trancher ce d&#233;bat, si tant est qu'il puisse &#234;tre ais&#233;ment tranch&#233;. Je vais seulement clarifier quelques points conceptuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la baisse tendancielle peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e de deux fa&#231;ons : une vision purement &#233;conomique qui consiste &#224; penser que le taux de profit doit baisser sur une longue p&#233;riode ou une vision philosophique qui voit dans cette tendance une contradiction, qui peut &#234;tre momentan&#233;ment surmont&#233;e qu'au prix de l'&#233;mergence d'autres contradictions. Je penche pour la seconde interpr&#233;tation. La remont&#233;e des taux de profits avec la lib&#233;ralisation des ann&#233;es 80 n'est pas une preuve que cette contradiction ne p&#232;se pas. Au contraire, elle d&#233;montre selon moi que la lib&#233;ralisation des ann&#233;es Tatcher et Reagan qui ont atteint l'Allemagne et la France plus progressivement, ne r&#233;pondait pas &#224; une id&#233;ologie hors-sol d'&#233;conomistes n&#233;olib&#233;raux incons&#233;quents, mais bien &#224; une n&#233;cessit&#233; entendue pour la classe dominante de restaurer ses profits. La conception que l'on a des causes de cette lib&#233;ralisation a &#233;videmment des cons&#233;quences sur la possibilit&#233; ou non d'un capitalisme &#224; visage humain. Soit la lib&#233;ralisation des ann&#233;es 80 n'&#233;tait pas absolument n&#233;cessaire &#224; la survie du capitalisme et on peut envisager le retour d'un capitalisme des 30 glorieuses avec un rapport plus favorable au travail (hypoth&#232;se n&#233;o-r&#233;formiste), soit on pense qu'un capitalisme &#224; visage humain n'est pas durablement possible pour le capitalisme lui m&#234;me (hypoth&#232;se n&#233;o-r&#233;volutionnaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'analyse des poids respectifs des diff&#233;rents processus, il faut aussi &#233;viter l'&#233;cueil d'une analyse trop macro&#233;conomique. Par exemple, &#224; mon sens la hausse du taux d'&#233;pargne moyen ne veut pas dire qu'il n'y a pas de probl&#232;me de sous-consommation d'une partie de la population. Les moyennes sont souvent trompeuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venons-en &#224; la crise actuelle. La cha&#238;ne des &#233;v&#232;nements semble &#234;tre la suivante : on a augment&#233; le taux d'exploitation des salari&#233;s en comprimant les salaires, en d&#233;truisant du capital fixe (fermeture d'usine), en d&#233;localisant et en innovant. Ce processus produit une s&#233;rie de probl&#232;mes : sous-consommation d'une partie de la population, suraccumulation du capital ne pouvant alors plus tout r&#233;investir dans l'&#233;conomie r&#233;elle et modification des rapports de productions entre grands ensembles (&#233;mergence de la Chine, de l'Inde et du Br&#233;sil, centralit&#233; de la production p&#233;trolif&#232;re au Moyen-Orient). La suraccumulation du capital a d&#233;bouch&#233; sur les bulles financi&#232;res &#224; r&#233;p&#233;tition dont la derni&#232;re a &#233;clat&#233; en 2008. Le capital se survalorise par rapport &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle. Or seul le travail produit de la plus-value. S'il n'y a pas passage par la production, l'argent accumul&#233; est fictif ce qui conduit &#224; un &#233;clatement de la bulle. Normalement, une grande partie de l'argent des capitalistes aurait d&#251; s'&#233;vaporer, mais ils ont r&#233;ussi &#224; faire payer en partie les &#233;tats ; ce qui d&#233;bouche sur une crise de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les conclusions &#224; tirer de cette courte analyse &#233;conomique ? D'abord, la crise &#233;conomique est structurelle et les r&#233;pits seront toujours de plus courtes dur&#233;es. La r&#233;solution m&#234;me partielle de ces contradictions passe par plus d'exploitation (antinomique d'une exigence d'&#233;mancipation) et plus de consommation (antinomique d'une exigence &#233;cologique). Une r&#233;solution plus durable serait une destruction drastique du capital par une guerre mondiale (version pessimiste) ou l'apparition d'innovations technologiques majeures (version optimiste). En effet, le taux de profit est maximal a priori pour les nouveaux champs d'exploitation. C'est pour cette raison qu'il existe une pression &#233;norme pour mettre la science au service des multinationales. Ces tendances actuelles et futures ont des cons&#233;quences concr&#232;tes sur la r&#233;organisation objective et subjective du prol&#233;tariat (ceux qui ne vivent que de la vente de leur force de travail). Nous y reviendrons. Pour autant, une crise ultime du capital &#224; l'&#233;chelle mondiale ne va pas de soi. Le syst&#232;me a montr&#233; qu'il disposait de ressources politiques pour repousser ses limites. Nombreux sont ceux qui ont cru trop vite que la crise de la dette se traduirait par une explosion de l'Union europ&#233;enne, qui finalement tarde bien &#224; advenir. Il nous faut donc toujours &#234;tre prudents quant aux &#233;volutions possibles du capitalisme y compris en ce qui concerne ses capacit&#233;s redistributives sur de courtes p&#233;riodes ou dans des endroits sp&#233;cifiques (e.g Chine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;organisation de la lutte des classes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes comporte deux dimensions, l'une objective, l'autre que je qualifierais de subjective. Je red&#233;finirais le caract&#232;re objectif comme suit : il existe des int&#233;r&#234;ts contradictoires, entre d'un c&#244;t&#233; l'ensemble des citoyens, qui vive de leur force de travail manuel ou intellectuel et de l'autre c&#244;t&#233; ceux qui vivent de l'accumulation pass&#233;e de leur capital (i.e. les rentiers)[1]. Les politiques &#233;conomiques au moins celles de l'UE ne visent qu'&#224; d&#233;fendre les rentiers, qui sont aussi les d&#233;tenteurs des dettes des &#233;tats. La transformation du capitalisme concurrentiel en capitalisme monopolistique (Poulantzas en fait une description assez juste) a eu deux cons&#233;quences : le capital devient de plus en plus social (au sens o&#249; il est partag&#233; par une classe de capitalistes) et il y a une imbrication entre le capital financier et industriel. Ces r&#233;organisations du capital ne sont pas r&#233;centes, mais elles s'accentuent avec la lib&#233;ralisation toujours plus grande du march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a un certain nombre de cons&#233;quences possibles sur la fa&#231;on dont les plus riches s'organisent en tant que classe &#224; l'&#233;chelle mondiale et sur l'imp&#233;rialisme. L'intrication des capitaux produit une solidarit&#233; objective des capitalistes entre eux. Les groupes se livrent toujours &#224; une concurrence f&#233;roce en tout cas dans les secteurs non monopolistiques, mais derri&#232;re les groupes en concurrence, il y a parfois les m&#234;mes actionnaires. La conscience de classe des dominants en ressort renforc&#233;e. Mais il est aussi possible que cela ait des cons&#233;quences sur les possibles contradictions interimp&#233;rialistes. Les grands groupes ont encore besoin tr&#232;s fortement des &#233;tats pour s'arroger des parts de march&#233; ou des ressources naturelles dans les pays domin&#233;s. Un imp&#233;rialisme n&#233;ocolonial continue de jouer au Moyen-Orient (r&#244;le d'Isra&#235;l, guerre en Irak, guerre en Syrie, pression sur l'Iran) ou en Afrique (intervention au Mali ou en Libye...). Mais par contre, la classe capitaliste devient de plus en plus homog&#232;ne du fait de l'intrication du capital, ce qui fait que les grandes tensions interimp&#233;rialistes devraient &#234;tre limit&#233;es[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a aussi pour cons&#233;quence que la classe dominante n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; un retour sur des espaces nationaux, c'est pourquoi elle est tant attach&#233;e &#224; l'Europe et aux accords de libre-&#233;change. Dans ce cadre-l&#224;, l'usage de la rh&#233;torique nationaliste semble se d&#233;velopper &#224; contretemps. Elle est de nature diff&#233;rente de celle faite dans les ann&#233;es 20 ou 30, puisqu'elle ne correspond pas &#224; un int&#233;r&#234;t objectif pour les classes dominantes. Ce n'est pas le cas de la rh&#233;torique anti-immigr&#233;e : outre que c'est un bouc &#233;missaire toujours utile face &#224; la d&#233;gradation des conditions de vie des classes moyennes, cela permet d'avoir une sous-classe de salari&#233;s plus facilement exploitables &#233;conomiquement. Ces processus ont donc potentiellement des cons&#233;quences contradictoires en ce qui concerne les liens entre classes dominantes et partis n&#233;ofascistes. Le FN encore plus qu'Hitler et Mussolini n'est pas le premier choix des classes dominantes, par contre elles peuvent faire in fine le choix du fascisme, si ceux qui sont pr&#232;s &#224; s'attaquer &#224; elles s'approchent trop du pourvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette classe dominante est encore plus coh&#233;rente qu'avant, mais elle dispose aussi d'une base objective plus petite en taille. En effet, une partie des classes interm&#233;diaires, comme les fonctionnaires, mais aussi les m&#233;decins, juges, ou petits entrepreneurs sont percut&#233;s par les logiques ultralib&#233;rales. La base sociale de la droite traditionnelle comme celle de la gauche r&#233;formiste s'amenuise donc. Cette tension entre la classe dominante et son ancienne base sociale produit structurellement une instabilit&#233; politique dans les pays de tradition d&#233;mocratiques. On peut entrevoir plusieurs solutions pour les classes dominantes pour maintenir malgr&#233; tout son h&#233;g&#233;monie. Toutes ces solutions passent des attaques frontales contre la d&#233;mocratie : promouvoir des dirigeants populistes comme Sarkozy, donner le pouvoir &#224; la technocratie europ&#233;enne, se servir des partis n&#233;ofascistes comme v&#233;ritable chien de garde de leur int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A contrario, les classes exploit&#233;es &#233;conomiquement n'ont jamais &#233;t&#233; aussi majoritaires. La classe ouvri&#232;re sensu stricto a explos&#233; num&#233;riquement avec l'industrialisation de la Chine, l'Inde, l'Asie du Sud-Est ou de l'Am&#233;rique latine. En Europe, la classe ouvri&#232;re traditionnelle et ses bastions ont diminu&#233; avec la d&#233;sindustrialisation. Mais le pr&#233;cariat g&#233;n&#233;ralis&#233; a fait entrer une partie des classes interm&#233;diaires dans une logique de prol&#233;tarisation, notamment en ce qui concerne les travailleurs intellectuels : chercheurs, artistes, enseignants, journalistes...Ceci est d'autant plus critique que l'acquisition de connaissances et la marchandisation de celles-ci sont des points cl&#233;s pour les classes dirigeantes. Enfin plus le droit du travail est attaqu&#233; aux USA et en Europe, plus on assiste &#224; un retour d'une classe ouvri&#232;re industrielle classique notamment en Allemagne et surtout aux USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les classes domin&#233;es sont plus divis&#233;es que jamais et leurs organisations politiques et syndicales traditionnelles traversent une crise majeure notamment en Europe. Avant d'entrer dans les raisons subjectives de la faiblesse des classes domin&#233;es qui expliquent en grande partie nos difficult&#233;s, on peut citer au moins deux raisons objectives : les nouveaux processus de production produisent plus d'isolement et d'individuation des t&#226;ches, ce qui limite la coh&#233;sion des travailleurs et le d&#233;veloppement du racisme divise durablement les classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure cette partie, une t&#226;che strat&#233;gique pour notre camp est de r&#233;unifier le monde syndical et de le r&#233;nover de fa&#231;on &#224; mieux d&#233;fendre les pr&#233;caires et les ch&#244;meurs. Une id&#233;e centrale est de multiplier les comit&#233;s de luttes unitaires impliquant largement les salari&#233;s en lutte et les populations concern&#233;es. Il faut absolument d&#233;senclaver les luttes pour qu'elle d&#233;passe leur sp&#233;cificit&#233; cat&#233;gorielle et renforcer le sentiment d'int&#233;r&#234;t commun entre diff&#233;rentes cat&#233;gories de salari&#233;s. Le renforcement des unions locales ou des unions d&#233;partementales est aussi un point important, car cela permet de mieux mailler le territoire et de combattre la strat&#233;gie de sous-traitance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bataille pour l'h&#233;g&#233;monie culturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends par conditions &#034;subjectives&#034;, la fa&#231;on dont les acteurs sociaux se per&#231;oivent eux m&#234;me. La distinction objective/subjective est s&#251;rement &#224; revoir, mais je l'utilise faute d'avoir un meilleur cadre. Il existe toujours une inad&#233;quation entre les contradictions objectives de l'exploitation et la fa&#231;on dont chaque acteur se per&#231;oit dans la soci&#233;t&#233;. Une partie de cette inad&#233;quation provient de l'h&#233;g&#233;monie culturelle des classes dominantes, qui arrivent toujours &#224; justifier moralement l'oppression sexiste ou raciste et l'exploitation &#233;conomique. Une autre composante provient des conditions de vie propres &#224; chaque individu. On peut sch&#233;matiquement distinguer (1) les conditions de travail (ouvrier, intellectuel, niveau de salaire, CDI ou CDD) (2) le capital culturel (niveau d'&#233;ducation) (3) l'histoire individuelle et familiale. Le poids de l'histoire collective mod&#232;le les histoires individuelles et r&#233;organise les rapports entre classe en soi et classe pour soi. C'est notamment pour cela que les relations entre classe sociale et comportement &#233;lectoral sont complexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire r&#233;gresser l'h&#233;g&#233;monie des classes dominantes, il faut proposer une contre-culture, qui combat les oppressions et l'exploitation. Nous devons commencer par r&#233;affirmer en positif des &#034;valeurs&#034; : la force du triptyque &#034;Libert&#233;, Egalit&#233;, Fraternit&#233;&#034; contre le &#034;Travail, Famille, Patrie&#034; ou &#034;Performance, Comp&#233;tition, Consommation&#034;. Mais il est aussi n&#233;cessaire de d&#233;terminer les grandes lignes des strat&#233;gies des classes dominantes pour les d&#233;samorcer. On peut lister une s&#233;rie de strat&#233;gies/arguments qui sont cl&#233;s dans la bataille id&#233;ologique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nature humaine : La fa&#231;on la plus efficace de justifier une position dominante d'oppression ou d'exploitation est de la rendre naturelle. Les exemples sont pl&#233;thores : les hommes dominent les femmes, car ils sont plus forts physiquement, la reproduction n&#233;cessite un homme et une femme donc l'homosexualit&#233; n'est pas naturelle, dans le monde naturel, les plus forts gagnent...Toutes ces propositions sont fausses (y compris la derni&#232;re qui n'a rien &#224; voir avec le darwinisme). La science moderne (anthropologie et biologie) les invalide toutes, mais m&#234;me si ce n'&#233;tait pas le cas, il n'y a aucune raison philosophique &#224; ce que le naturel devienne principe &#233;thique. Nous devons faire un vrai travail sur ces questions, car de nombreux reculs nous guettent. Pour cela, il ne faut en aucun cas abandonner l'hypoth&#232;se rationaliste issue des lumi&#232;res. Les scientifiques ont donc un r&#244;le sp&#233;cifique &#224; jouer, qu'il nous faut en aucun cas minorer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mythe de l'individualit&#233; : L'homme construit par l'id&#233;ologie capitaliste n'existe pas. L'homme n'est jamais un atome libre qui ne vise qu'&#224; la satisfaction de ces besoins mat&#233;riels par la consommation. Tout est faux dans cette proposition. L'homme est une esp&#232;ce sociale, dont l'individualit&#233; ne se construit que par des rapports sociaux. Ces actes sont rarement motiv&#233;s par les seuls int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels. Ses actions sont motiv&#233;es avant tout par des raisons morales ou inconscientes, qui sont socialement construites. Et les besoins mat&#233;riels ne sont pas tous satisfaits par une consommation de type capitaliste. De nombreux autres modes d'&#233;changes existent bien heureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diviser pour mieux r&#233;gner : le racisme et le sexisme sont les poisons les plus utiles aux classes dominantes. Elles permettent d'&#233;viter de se liguer contre ceux qui profitent du syst&#232;me : les 1% les plus riches. L'&#233;galit&#233; des droits est un pr&#233;alable important qui a &#233;t&#233; largement acquis par les luttes. Or cette &#233;galit&#233; de droit est mise &#224; mal par des politiques de discrimination, qui touchent par exemple les musulmans ou les roms. L'&#233;galit&#233; de fait est aussi loin d'&#234;tre acquise m&#234;me quand l'&#233;galit&#233; de droit l'est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strat&#233;gie TINA (There is no alternative) : Cette strat&#233;gie vise &#224; saturer les espaces m&#233;diatiques du m&#234;me discours expliquant qu'aucune alternative aux politiques actuelles n'est possible : payer la dette, baisser le co&#251;t du travail, travailler plus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strat&#233;gie du choc : Le terme vient du livre &#233;ponyme de N. Klein. L'id&#233;e est que pour faire passer des mesures antipopulaires comme les r&#233;formes du travail ou les politiques d'aust&#233;rit&#233;, il faut mettre les populations en &#233;tat de sid&#233;ration. Cela passe par des rh&#233;toriques sur la crise, sur la guerre des civilisations, la menace rouge. Cette strat&#233;gie se caract&#233;rise par un passage en force caract&#233;ris&#233;, quelles que soient les r&#233;sistances : Mineurs en Grande-Bretagne, retraites en France 2003 et 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure sur cette lutte h&#233;g&#233;monique, nous ne partons pas de rien et il existe des &#233;l&#233;ments positifs comme n&#233;gatifs dans les &#233;volutions r&#233;centes. L'id&#233;e d'esp&#233;rance et d'&#233;mancipation est encore tenace. De nombreuses structures actuelles comme la s&#233;curit&#233; sociale sont les preuves vivantes que des alternatives existent. Par ailleurs, les m&#233;dias sont en profonde mutation ce qui rend leur contr&#244;le par les classes dominantes plus difficiles. Ces mutations produisent aussi un morc&#232;lement id&#233;ologique o&#249; chacun fait son march&#233; aux id&#233;es. Le risque d'un populisme liquide (le terme est de R. Liogier) est r&#233;el. D'autre part, il n'a jamais exist&#233; autant de productions intellectuelles issues d'un prol&#233;tariat intellectuel grandissant, qui peut porter des alternatives id&#233;ologiques. Nous assistons aussi structurellement &#224; une baisse du racisme, du sexisme ou de l'homophobie, si l'on compare les id&#233;es aujourd'hui et il y a 50 ans. Les mutations de la famille rendent plus difficile le retour &#224; une id&#233;ologie patriarcale. Enfin, l'&#233;mergence des questions &#233;cologiques d&#233;montre en positif que des luttes concr&#232;tes port&#233;es par le monde associatif peuvent modifier l'agenda intellectuel des classes dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je finirais cette partie sur l'h&#233;g&#233;monie politique par les moyens de mettre en oeuvre une contre-offensive et de reprendre la main. Cela passe par l'&#233;mergence de m&#233;dias alternatifs comme Bastamag ou Mediapart, la vulgarisation les pens&#233;es critiques aupr&#232;s du plus grand nombre et la m&#233;diatisation des luttes pr&#233;sentes et pass&#233;es, qui d&#233;montrent en quoi cela paye de se battre. Mais nous devons aussi &#233;tablir des passerelles avec les artistes et combattre l'isolement des populations issues de l'immigration qui subissent le racisme et la discrimination. Pour toutes ces raisons, il faut &#234;tre tr&#232;s attentif aux luttes des intermittents, aux restructurations dans la presse, aux luttes pour le mariage pour tous ou contre l'islamophobie. Ces questions sont loin d'&#234;tre annexes par rapport &#224; la lutte &#233;conomique, elles jouent un r&#244;le central pour l'h&#233;g&#233;monie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lutte politique pour le contr&#244;le de l'appareil d'&#233;tat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision des d&#233;bats strat&#233;giques que j'ai mis en avant concerne la vis&#233;e &#233;mancipatrice, la lutte id&#233;ologique qui passe par des luttes politiques &#233;cologistes, antiracistes ou f&#233;ministes et les luttes syndicales. Mais je pense que si ces luttes sont n&#233;cessaires pour inverser le rapport de force &#233;conomique et id&#233;ologique, il faut traiter la question sp&#233;cifique de l'&#233;tat et de son appareil pour aller jusqu'au bout de la dimension politique de la question strat&#233;gique. Du fait de l'internationalisation des rapports de production, il est absolument n&#233;cessaire de traiter en m&#234;me temps la question de l'&#233;tat national et celle de l'internationalisme et des rapports de force g&#233;opolitique. C'est l&#224; que se situe le principal verrou du probl&#232;me strat&#233;gique. On aurait tort de croire que ces questions ne se posent pas, car nous sommes durablement &#233;loign&#233;s du pouvoir. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que nous ne nous les posons pas suffisamment que nous risquons de demeurer &#233;loign&#233;s du pouvoir. Les &#233;checs des pays communistes ou des gouvernements r&#233;formistes ont produit une m&#233;fiance salutaire des marxistes r&#233;volutionnaires vis-&#224;-vis du pouvoir institutionnel. Mais cette m&#233;fiance si elle n'est pas d&#233;pass&#233;e, nous cantonnera &#224; l'impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aura pas de r&#233;volution &#233;co-socialiste sans prendre l'appareil d'&#233;tat et elle ne pourra pas avoir lieu &#224; terme que dans un seul pays. Les classes dominantes fran&#231;aises ne se laisseront pas facilement d&#233;poss&#233;der et quand bien m&#234;me elle le ferait, les gendarmes du monde que sont les classes dominantes am&#233;ricaines ne le laisseront pas faire facilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons d'abord comment le rapport de force peut changer dans un pays comme la France. Nous devons une perspective politique majoritaire et les sc&#233;narios institutionnels afin de la rendre possible. Dans un pays o&#249; la tradition parlementaire est ancienne, cela passera tr&#232;s probablement par des victoires &#233;lectorales. Pour les obtenir, nous devons travailler &#224; l'&#233;mergence d'un bloc de pouvoir alternatif rassemblant tous ceux qui ne profitent pas de la dictature &#233;conomique impos&#233; par les multinationales. Ce bloc doit rassembler ch&#244;meurs, immigr&#233;s, salari&#233;s, mais aussi petits commer&#231;ants, artisans, artistes, fonctionnaires, intellectuelles, &#233;cologistes. Il faut traduire politiquement cette alliance dans un front politique, associatif et syndical large. Il est probablement illusoire en France de croire que cette traduction se fera ex nihilo en dehors des partis actuels (hypoth&#232;se NPA ou Podemos). Mais nous devons rester prudents, les crises politiques peuvent produire des situations particuli&#232;res. Vu l'importance de la crise &#233;cologique, les &#233;cologistes devront prendre une place centrale dans ce front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce front ne doit pas &#234;tre domin&#233; politiquement par les forces les plus &#224; droite de cet axe, qui sont forc&#233;ment interclassiste et qui in fine renonceront que leur programme politique, mais surtout que leurs actes s'attaquent &#224; la dictature actuelle du capital. La gauche r&#233;formiste voit sa base dispara&#238;tre notamment du fait qu'elle n'est m&#234;me plus r&#233;formiste et qu'elle m&#232;ne pratiquement &#224; la m&#234;me politique &#233;conomique que la droite. Il faut donc profiter de cette situation, mais la recomposition ne doit pas se faire autour des d&#233;bris du PS (hypoth&#232;se h&#233;las possible et qui menace le FDG), elle doit se faire &#224; sa gauche et entra&#238;ner ces d&#233;bris sur ses propres bases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me pr&#233;sidentiel de la V&#232;me R&#233;publique verrouille durablement le pouvoir. Par cons&#233;quent, nous devons mettre au coeur de nos revendications, la question d&#233;mocratique et l'exigence d'une VI&#232;me R&#233;publique. Cette exigence est d'autant plus importante que toutes les strat&#233;gies des classes dominantes passent par une r&#233;duction des acquis d&#233;mocratiques dans la d&#233;mocratie parlementaire (r&#244;le de l'Europe et des m&#233;tropoles), mais aussi dans la d&#233;mocratie sociale (droit du travail). Pour que ces perspectives puissent &#234;tre mobilisatrices, nous devons mettre en avant l'acquisition de nouveaux droits (droit de vote des &#233;trangers, &#233;galit&#233; homme-femme, droit &#224; la sant&#233; ou logement) et renforcer les contre-pouvoirs (droit de r&#233;voquer les &#233;lus, assembl&#233;e de quartiers, droits des citoyens et des salari&#233;s sur le fonctionnement des services publics).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il faut mettre en mouvement une proportion significative de la population et ce pas seulement dans des p&#233;riodes particuli&#232;res (type gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale), mais dans un processus long de mobilisations successives, d'auto organisation dans la dur&#233;e et d'&#233;mergence de pratiques alternatives (processus de gr&#232;ve de masse, assembl&#233;es citoyennes, comit&#233; de luttes, scop, AMAP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France les outils pour mettre en oeuvre cette strat&#233;gie sont d&#233;j&#224; en place. Une alliance est possible entre FDG, NPA, EELV, Nouvelle Donne et gauche du PS. Pour combattre les politiques d'aust&#233;rit&#233;, un front politique et social associant les associations, les syndicats et les partis a &#233;merg&#233; (collectif 3A). L'exigence de la VI&#232;me r&#233;publique a &#233;t&#233; pos&#233;e dans le d&#233;bat public par le mouvement M6R. Les luttes locales et les pratiques alternatives sont bien vivantes sur tout le territoire et le tissu associatif bien que malmen&#233; dispose encore de r&#233;activit&#233; (mais pour combien de temps ?). Je vais essayer pour conclure de faire une liste non exhaustive des t&#226;ches qui nous attendent pour faire advenir cette alternative :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout d'abord, nous devons retrouver la confiance dans notre capacit&#233; &#224; gagner, les luttes sociales sont encore sous le coup de la grande d&#233;faite des retraites de 2010. Cette d&#233;faite n'en est d'ailleurs par compl&#232;tement une. Cette lutte a stopp&#233; les contre-r&#233;formes de Sarkozy et elle a permis qu'il ne soit pas r&#233;&#233;lu et elle a plong&#233; le camp de la droite dans la crise. La France a par ailleurs &#233;t&#233; moins attaqu&#233;e socialement que l'Allemagne, l'Espagne ou l'Italie. Nos luttes n'y sont pas pour rien. Quand nous gagnons des points dans la guerre de classe, il faut &#233;viter de faire le jeu de notre adversaire en transformant une absence de victoire en une grande d&#233;faite. Par ailleurs, toute victoire doit &#234;tre m&#233;diatis&#233;e. Toute lutte et r&#233;sistance doit nous amener &#224; d&#233;velopper une solidarit&#233; sans faille. Il faut enfin &#234;tre le plus unitaire possible et &#233;viter toute querelle de chapelle qui ne correspondrait pas &#224; des divergences strat&#233;giques insurmontables. Pour bien commencer l'ann&#233;e, la CGT, la FSU, Solidaires et FO devraient lancer un signal unitaire et proposer un agenda de mobilisations d'ampleur contre l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos pratiques politiques doivent &#234;tre r&#233;nov&#233;es pour renouer le fil rompu entre citoyens en militants politiques. Nous devons &#234;tre intransigeants avec la captation de pouvoir (non-cumul et rotation des mandats). Mais, nous devons aussi nous inscrire en faux dans la logique mortif&#232;re du &#034;Tous pourri&#034;, qui ne profitent qu'au FN. Des fa&#231;ons de faire de la politique autrement se d&#233;veloppent dans certaines municipalit&#233;s. Il faut populariser ces exemples et surtout convaincre nos citoyens que cela passera par leurs actions &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour l'h&#233;g&#233;monie politique doit &#234;tre men&#233;e sans aucune concession. Nous devons apprendre &#224; imposer les sujets politiques mis &#224; l'agenda m&#233;diatique. Quand c'est possible, les m&#233;dias traditionnels doivent &#234;tre court-circuit&#233;s par une action militante directe dans chaque quartier. Nous devons utiliser tous les supports : internet, vid&#233;os, m&#233;dias alternatifs, film, oeuvre d'art. Nous devons cibler les points importants de l'argumentaire du camp du capital list&#233; pr&#233;c&#233;demment sur la nature humaine, l'absence d'alternative, le racisme, le sexisme...Nous devons marteler notre argumentaire sur des points importants comme la dette, l'euro et imposer un agenda alternatif &#224; celui concernant la comp&#233;titivit&#233; des entreprises, sur les in&#233;galit&#233;s de patrimoine, la souffrance au travail, la d&#233;gradation de l'acc&#232;s au soin ou &#224; l'&#233;cole et sur la sant&#233; de la plan&#232;te. Dans ce contexte, le combat contre le racisme est une t&#226;che absolument centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons assumer un sch&#233;ma de d&#233;passement du capitalisme avec une phase transitoire, le tout en tenant compte de la dimension internationale. En France, nous devons d&#232;s maintenant proposer d'ici 2017 une alliance de toutes les forces &#224; gauche du PS avec pour 2017 une primaire de l'autre gauche. La campagne pr&#233;sidentielle devra &#234;tre une campagne de classe contre les 1% qui dirigent ce pays (et pas contre le 1% allemand ou am&#233;ricain). Cette campagne devra aussi &#234;tre une campagne pour une VI&#232;me R&#233;publique &#233;cologiste, d&#233;mocratique et solidaire. Nous devrons faire barrage au FN quel qu'en soit le prix. Le FN est un parti fasciste qui une fois au pouvoir utilisera l'arm&#233;e et la police, pour partie d&#233;j&#224; id&#233;ologiquement gagn&#233;e &#224; sa cause, pour faire taire toute revendication politique et syndicale de gauche. Une fois au pouvoir localement comme nationalement, ils ne le rendront pas si facilement. Nous devons &#234;tre tr&#232;s clairs entre nous face &#224; ce risque r&#233;el. La situation internationale est centrale et devra &#234;tre prise en compte tr&#232;s s&#233;rieusement. Un basculement &#224; gauche est possible dans les pays les plus touch&#233;s par l'aust&#233;rit&#233; (Espagne, Gr&#232;ce). Ce basculement a eu lieu dans une grande partie de l'Am&#233;rique latine au cours de la d&#233;cennie pass&#233;e. Un basculement m&#234;me partiel est de nature &#224; changer le climat politique dans un sens (pouss&#233;e de la gauche non socialiste) ou dans un autre (pouss&#233;e de l'extr&#234;me droite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si jamais en Gr&#232;ce ou en France, nous parvenons &#224; &#234;tre majoritaires dans les urnes. Les probl&#232;mes strat&#233;giques ne feront que vraiment commencer. Il faudra attaquer suffisamment les classes dominantes pour leur imposer des grandes r&#233;formes &#233;cologiques et sociales qui changent le rapport de force et r&#233;duisent les in&#233;galit&#233;s. Mais en m&#234;me temps, il faudra &#233;viter un affrontement trop rapide et frontal, qui peut conduire &#224; une faillite &#233;conomique ou &#224; un coup d'&#233;tat militaire. Dans ce travail, l'appareil d'&#233;tat n'est pas neutre, il est du c&#244;t&#233; des dominants, mais nous ne pouvons pas pour autant le casser compl&#232;tement, car un pays ne se g&#232;re pas sans un appareil d'&#233;tat efficient. Nous devons penser &#224; toutes les &#233;tapes transitoires et au moyen de faire basculer d'autre pays europ&#233;ens. Un syst&#232;me alternatif prendra du temps &#224; se mettre en place et n'est probablement viable qu'&#224; l'&#233;chelle du continent. Les pistes pour organiser une telle transition existent. Il faut armer l'immense majorit&#233; de droits d&#233;mocratiques, de contr&#244;les de la production, de d&#233;lib&#233;ration sur l'am&#233;nagement du territoire. Les nouveaux moyens de communications et la r&#233;duction du temps de travail doivent permettre ces r&#233;organisations. Il faut les armer par l'enseignement et la formation permanente. Il faut limiter par la loi les &#233;carts de revenu et d&#233;valoriser le patrimoine des tr&#232;s riches pour en finir avec les in&#233;galit&#233;s de patrimoine (i.e baisse des loyers, r&#233;quisition des logements vides, hausse des imp&#244;ts). Enfin il faut planifier une r&#233;organisation de l'&#233;conomie : d&#233;velopper les &#233;nergies renouvelables, relocaliser la production agricole et industrielle, et d&#233;velopper un r&#233;seaux de production et de commercialisation coop&#233;ratif. Cette planification doit &#234;tre d&#233;centralis&#233;e pour s'adapter aux mieux aux exigences locales. Elle pourra se financer gr&#226;ce &#224; l'&#233;pargne pour financer l'investissement. Pour &#233;viter le mur d'argent, le plus simple est de taxer tr&#232;s fortement tout transfert fiscal vers l'&#233;tranger. Il n'est pas n&#233;cessaire de s'attaquer frontalement aux petits entrepreneurs, ni au march&#233; local. Ceux qui produiront de fa&#231;on &#233;cologique sans exploiter leurs salari&#233;s et qui leur donneront des droits dans l'orientation de l'entreprise seront favoris&#233;s. Une partie de la sph&#232;re priv&#233;e dispara&#238;tra d'elle m&#234;me du fait du renforcement des services publics. Il faudra par contre les &#233;largir en resocialisant certains secteurs cl&#233;s comme l'eau, les transports, l'&#233;nergie, l'industrie pharmaceutique. Bref, il faudra juste mettre en oeuvre le programme de l'humain d'abord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci para&#238;t utopique, pourtant l'histoire nous enseigne le contraire. Une r&#233;volution en 1917 a t&#233;tanis&#233; le monde capitaliste et a eu une s&#233;rie d'immenses cons&#233;quences sur le monde, notamment la fin de la premi&#232;re guerre mondiale. Les r&#233;voltes de 68 se sont propag&#233;es comme une tra&#238;n&#233;e de poudre, comme celles de 1848 avant elles, ou plus r&#233;cemment la r&#233;volution bolivarienne ou les r&#233;volutions arabes. Le probl&#232;me n'est pas dans l'&#233;mergence de situations r&#233;volutionnaires que les contradictions du capitalisme produisent d'elles-m&#234;mes ni dans la propagation de celles-ci, mais bien dans notre capacit&#233; &#224; faire en sorte que ces situations d&#233;bouchent sur un changement radical qui ne se transforme pas en chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir aux 99%&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je veux r&#233;sumer ma m&#233;thode et mes r&#233;flexions qui n'ont rien de r&#233;volutionnaire, je consid&#232;re qu'il y a quelques &#233;l&#233;ments cl&#233;s. Pour retrouver une h&#233;g&#233;monie, il faut produire un nouveau discours sur la lutte des classes entre d'un c&#244;t&#233; ceux qui vivent de leur force de travail et les rentiers. Ce discours, le mouvement &#034;Occupy Wall Street&#034; l'a parfaitement symbolis&#233; avec le 1% et les 99%. Il faut convaincre les 99% que le 1% fait n'importe quoi, qu'il vont d&#233;truire nos vies et la plan&#232;te. Ensuite, il faut assumer une triple strat&#233;gie de luttes sociales &#224; tous les niveaux associatives et syndicales, de luttes id&#233;ologiques et de luttes institutionnelles et cesser de les opposer. Le troisi&#232;me point est d'assumer un discours antiraciste, antisexiste et internationaliste et d'&#233;viter tout ce qui peut nous diviser. Stigmatiser l'Allemagne ou les USA en tant que tels, ou les musulmans du fait de leurs croyances c'est faire une erreur gravissime. Enfin, nous ne devons pas avoir peur de dire que nous voulons contr&#244;ler collectivement l'appareil d'&#233;tat pour planifier la transition &#233;cologique et reprendre aux usuriers toutes les richesses qui nous ont &#233;t&#233; vol&#233;es. Pour cela, nous devons sortir de notre infantilisme et assumer notre volont&#233; de gagner des &#233;lections. Pour cela, il faut trouver le bloc majoritaire qui peut nous y mener, celui-ci est tr&#232;s large (les 99%) mais n'a pas conscience de lui m&#234;me. Il faut donc que cette conscience se construise au cours des luttes politiques et sociales. Mais la confiance ne peut revenir sans l'unit&#233; la plus large. Enfin, les risques de trahison et de collaboration avec le 1% existeront toujours dans ce processus. La seule garantie c'est la d&#233;mocratie, l'exigence de contre pouvoir ind&#233;pendant (syndicats, presse), et l'auto organisation du plus grand nombre (comit&#233; de base ou assembl&#233; citoyenne, commission, association). Ce n'est pas l'&#233;thique individuelle ou le pass&#233; de tel ou tel politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hendrik Davi, le 21 d&#233;cembre 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cela rejoint l'analyse de T. Piketty&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les cas russe et chinois m&#233;riteraient d'&#234;tre trait&#233;s &#224; part&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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