<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.lagauche.ca/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>La Gauche</title>
	<link>https://www.lagauche.ca/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.lagauche.ca/spip.php?id_auteur=392&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>La Gauche</title>
		<url>https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L144xH75/siteon0-d17a8.jpg?1629928024</url>
		<link>https://www.lagauche.ca/</link>
		<height>75</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Gr&#232;ce Phase Une &#8211; Syriza et les forces de gauche</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Grece-Phase-Une-Syriza-et-les-forces-de-gauche</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Grece-Phase-Une-Syriza-et-les-forces-de-gauche</guid>
		<dc:date>2015-03-11T18:51:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sebastian Budgen, Stathis Kouv&#233;lakis</dc:creator>


		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec SYRIZA aux portes du pouvoir en Gr&#232;ce, Internet s'est rempli d'analyses, d'opinions, d'appui et de d&#233;nonciation. Dans cet entretien avec Stathis Kouvelakis, effectu&#233; ce mois [de janvier 2015], nous prenons une distance critique pour comprendre les origines, la trajectoire et les possibles d&#233;fis de cette formation politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Raison pour laquelle nous n'avons pas h&#233;sit&#233; &#224; creuser certaines des complexit&#233;s internes de l'incroyablement diverse gauche radicale grecque. Mais Kouvelakis nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-A-la-une-" rel="directory"&gt;&#192; la une&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-LaUne01-+" rel="tag"&gt;LaUne01&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Grece-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH100/arton3313-d4d53.png?1629990186' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec SYRIZA aux portes du pouvoir en Gr&#232;ce, Internet s'est rempli d'analyses, d'opinions, d'appui et de d&#233;nonciation. Dans cet entretien avec Stathis Kouvelakis, effectu&#233; ce mois [de janvier 2015], nous prenons une distance critique pour comprendre les origines, la trajectoire et les possibles d&#233;fis de cette formation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raison pour laquelle nous n'avons pas h&#233;sit&#233; &#224; creuser certaines des complexit&#233;s internes de l'incroyablement diverse gauche radicale grecque. Mais Kouvelakis nous parle aussi de quelques-uns des d&#233;fis importants et concrets que le parti affrontera une fois au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kouvelakis est membre du comit&#233; central de SYRIZA et un dirigeant de sa Plateforme de gauche. Il enseigne la th&#233;orie politique au King's College (Londres). Il est l'auteur de Philosophy and Revolution from Kant to Marx et co-&#233;diteur de Lenin Reloaded et Critical Companion to Contemporary Marxism. Il fut interrog&#233; pour la revue Jacobin par Sebastian Budgen, un &#233;diteur de Verso Books qui travaille dans le comit&#233; &#233;ditorial de Historical Materialism.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sebastian Budgen (SB) : Parles-nous de SYRIZA : quand et comment a surgi cette coalition de partis de la gauche radicale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stathis Kouvelakis (SK) : SYRIZA fut form&#233; en 2004 par de nombreuses organisations diff&#233;rentes, comme alliance &#233;lectorale. Sa composante principale &#233;tait le parti SYNASPISMOS d'Alexis Tsipras &#8211; initialement nomm&#233; Coalition de la gauche et du progr&#232;s, et rebaptis&#233; ensuite Coalition de la gauche et des mouvements -, qui avait exist&#233; comme tel depuis 1991. Il a surgi d'une s&#233;rie de ruptures dans le mouvement communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYRIZA regroupe aussi de plus petites formations, dont certaines viennent de la vieille extr&#234;me-gauche grecque. Particuli&#232;rement, l'Organisation communiste de Gr&#232;ce (KOE), l'un des principaux groupes mao&#239;stes. Cette organisation a obtenu trois parlementaires lors des &#233;lections de 2012. M&#234;me chose pour la Gauche ouvri&#232;re internationaliste (DEA), qui vient d'une tradition trotskyste, ainsi que pour d'autres groupes avec un fond essentiellement communiste. Par exemple, R&#233;nover la gauche communiste &#233;cologique (AKOA), qui vient du vieux Parti communiste (de l'Int&#233;rieur). La coalition SYRIZA fut fond&#233;e en 2004 et, au d&#233;but, elle obtint ce que nous pourrions appeler des succ&#232;s relativement modestes. N&#233;anmoins, elle put entrer au Parlement, en d&#233;passant le seuil minimum de 3 %. Pour r&#233;sumer une longue histoire, SYRIZA r&#233;sulte d'une recomposition relativement complexe de la gauche radicale grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1968, cette gauche radicale &#233;tait divis&#233;e en deux p&#244;les. Le premier &#233;tait le Parti communiste grec (KKE), qui avait connu deux ruptures : la premi&#232;re en 1968, sous la dictature des colonels, donna naissance au KKE (de l'Int&#233;rieur), d'orientation eurocommuniste, et fut suivie d'une seconde en 1991, apr&#232;s l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti eurocommuniste connut une rupture en 1987, quand son aile droite constitua la Gauche grecque (EAR) et s'unit &#224; SYNASPISMOS d&#232;s le d&#233;but, et que son aile gauche se transforma en AKOA. Le KKE, ayant surv&#233;cu &#224; ces deux ruptures, &#233;tait particuli&#232;rement traditionnaliste, accroch&#233; &#224; un cadre stalinien devenu consid&#233;rablement plus rigide apr&#232;s la rupture de 1991. Le parti fut reconstruit sur une base &#224; la fois combative et sectaire. Il s'arrangea pour gagner une base activiste assez significative dans la classe ouvri&#232;re et les couches populaires, ainsi que dans la jeunesse, notamment dans les universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre p&#244;le, SYNASPISMOS, se d&#233;ploya en 2004 avec la cr&#233;ation de SYRIZA, gr&#226;ce &#224; l'union des deux ruptures pr&#233;c&#233;dentes du KKE. SYNASPISMOS a consid&#233;rablement chang&#233; avec le temps. Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, c'&#233;tait un parti qui pouvait voter en faveur du trait&#233; de Maastricht, et il adoptait un ton de gauche mod&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'&#233;tait aussi un parti h&#233;t&#233;rog&#232;ne compos&#233; de plusieurs courants distincts. Des luttes internes tr&#232;s dures ont oppos&#233; l'aile gauche &#224; l'aile droite, qui perdit graduellement le contr&#244;le du parti. La fondation de SYRIZA scella le tournant &#224; gauche de SYNASPISMOS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Quelle est l'influence de la tradition communiste au sein de SYNASPISMOS ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : La matrice communiste est extr&#234;mement perceptible dans la culture de la tendance majoritaire du parti. Une partie vient de la tendance influenc&#233;e par l'eurocommunisme, qui s'est ouverte aux nouveaux mouvements sociaux qui ont avanc&#233; depuis les ann&#233;es 1970. Ainsi, il a montr&#233; pouvoir r&#233;nover ses points de r&#233;f&#233;rences organisationnelles et th&#233;oriques, en ins&#233;rant les traditions des nouvelles formes de radicalisme dans son cadre communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce parti est &#224; l'aise dans les mouvements f&#233;ministes, les mobilisations de jeunes, les mouvements altermondialistes et antiracistes et les courants LGBT, tout en continuant une intervention consid&#233;rable dans le mouvement syndical. Une autre partie vient de la couche des cadres et des membres qui ont quitt&#233; le KKE en 1991 : la majorit&#233; d'entre eux appartient au Courant de gauche, bien que de nombreux membres de la tendance majoritaire de la direction et des cadres viennent aussi de cette source.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devrions noter que les cadres du parti et la base activiste sont principalement des salari&#233;s form&#233;s, des personnes dipl&#244;m&#233;es. C'est un &#233;lectorat tr&#232;s urbain, un parti aux racines tr&#232;s fortes parmi les intellectuels. Il y a peu encore, SYNASPISMOS d&#233;tenait une majorit&#233; absolue dans le syndicat de l'enseignement sup&#233;rieur &#8211; &#224; la diff&#233;rence du KKE qui, apr&#232;s les ruptures de 1989-1991, a perdu tout type de rapport privil&#233;gi&#233; avec les cercles intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction du parti a aussi une image communiste. Qu'on ne se laisse pas tromper par l'&#226;ge de Tsipras : il a commenc&#233; comme activiste dans l'organisation de jeunesse du KKE, au d&#233;but des ann&#233;es 1990. De nombreux cadres et dirigeants plus &#226;g&#233;s ont combattu ensemble durant la p&#233;riode de la clandestinit&#233;, ce sont des v&#233;t&#233;rans des prisons et des camps de concentration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette m&#234;me raison, il existe une atmosph&#232;re fratricide dans la gauche radicale grecque, bien qu'actuellement seul le KKE continue &#224; l'entretenir, en qualifiant SYNASPISMOS et SYRIZA de &#171; tra&#238;tres &#187;, qui repr&#233;sentent ainsi &#171; l'ennemi principal &#187;. Raison pour laquelle, lorsque SYRIZA &#233;tablit des relations bilat&#233;rales avec quasiment tous les partis repr&#233;sent&#233;s au Parlement apr&#232;s les &#233;lections de mai 2012, quand il avait le droit de tenter de former le gouvernement, le KKE a m&#234;me refus&#233; toute rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comment caract&#233;riserais-tu la ligne de SYRIZA ? Dirais-tu aussi que cette coalition suit une ligne anticapitaliste, ou son activit&#233; fait-elle partie d'un cadre plus graduel et r&#233;formiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : En termes d'identit&#233; programmatique et id&#233;ologique, SYRIZA a une ligne anticapitaliste forte et s'est positionn&#233; nettement &#224; distance de la social-d&#233;mocratie. Ce consid&#233;ration est tr&#232;s importante si nous pensons &#224; l'histoire des batailles au sein de SYNASPISMOS men&#233;es entre des tendances favorables aux alliances avec les sociaux-d&#233;mocrates et d'autres courants hostiles &#224; tout type d'accord ou de coalition, y compris aux niveaux local ou syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aile &#171; social-d&#233;mocrate &#187; de SYNASPISMOS a perdu d&#233;finitivement le contr&#244;le du parti, quand Alekos Alavanos fut &#233;lu pr&#233;sident. Cette aile droite, dirig&#233;e para Fotis Kouvelis, trouvait son origine quasi exclusivement dans le groupe eurocommuniste de droite venu de EAR : elle abandonna finalement SYNASPISMOS pour former un autre parti, la Gauche d&#233;mocratique (DIMAR). Cette formation affirme &#234;tre une sorte de refuge, &#224; mi-chemin entre le PASOK et la gauche radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYRIZA est donc une gauche anticapitaliste qui aborde la question du pouvoir en soulignant la dialectique des alliances &#233;lectorales et du succ&#232;s dans les urnes avec la lutte et les mobilisations d'en bas. SYRIZA et SYNASPISMOS se voient comme des partis de la lutte des classes, comme des formations qui repr&#233;sentent des int&#233;r&#234;ts de classe sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils veulent faire avancer un antagonisme fondamental contre le syst&#232;me actuel. Raison pour laquelle il s'appelle SYRIZA &#8211; ce qui signifie &#171; Coalition de la gauche radicale &#187;. Et cette affirmation du radicalisme est une part extr&#234;mement importante de l'identit&#233; du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Quels sont les rapports de force entre les activistes de SYRIZA, et combien de personnes font-elles partie aujourd'hui des formations qui composent cette coalition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : En 2012, SYNASPISMOS avait environ 16.000 membres. KOE (mao&#239;ste) avait 1.000-1.500 membres et on peut faire la m&#234;me estimation pour AKOA. La pratique et la forme organisationnelle de SYNASPISMOS se sont d&#233;velopp&#233;es conjointement avec son positionnement id&#233;ologique. Traditionnellement, ce n'&#233;tait absolument pas un parti d'activistes, par contre il avait beaucoup de grands noms et une orientation essentiellement &#233;lectorale. Mais sa substance organisationnelle et l'activisme du parti ont chang&#233; consid&#233;rablement, &#224; deux niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, une aile jeune tr&#232;s dynamique s'est d&#233;velopp&#233;e durant les mouvements altermondialistes et antiracistes. Cela a permis au parti de renforcer sa pr&#233;sence dans la jeunesse, particuli&#232;rement chez les &#233;tudiants, un secteur o&#249; traditionnellement il avait &#233;t&#233; d&#233;ficient. Maintenant, son organisation jeune compte plusieurs milliers de membres. En v&#233;rit&#233;, les cadres venus de cette jeunesse constituent une bonne partie de l'entourage de Tsipras. Ils se caract&#233;risent par un vrai radicalisme id&#233;ologique et s'identifient au marxisme, principalement de teinte althuss&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, les syndicalistes ont jou&#233; un r&#244;le dans SYNASPISMOS depuis les ann&#233;es 2000, en devenant l'ancrage de l'aile gauche du parti. Venue en grande partie du KKE, cette aile gauche est un &#233;l&#233;ment suppl&#233;mentaire de la classe ouvri&#232;re, elle d&#233;fend des positions relativement traditionnelles sur la lutte des classes et se montre tr&#232;s critique envers l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus de mod&#233;r&#233;s aujourd'hui dans le parti. Plus particuli&#232;rement, nous pouvons penser au principal porte-parole &#233;conomique, Yannis Dragasakis, et &#224; certains cadres proches de Fotis Kouvelis, mais qui ont refus&#233; de quitter le parti pour rejoindre DIMAR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Tu as dit que jusqu'&#224; maintenant SYRIZA a une base activiste et &#233;lectorale essentiellement urbaine. Cela a-t-il chang&#233; avec sa mont&#233;e &#233;lectorale, en mai 2012, lorsqu'il est devenu le second parti grec avec 16,7 % des votes, en battant le PASOK ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Absolument. Comprendre la sociologie du vote pour SYRIZA, le 6 mai 2012, est d'une importance d&#233;cisive. La transformation qualitative est aussi transcendantale que le saut quantitatif. C'est relativement simple de comprendre ce qui s'est pass&#233; en mai et juin 2012 : ce fut essentiellement un vote de classe. Les votants salari&#233;s de la classe travailleuse dans les principaux centres urbains, qui avaient l'habitude de voter principalement pour le PASOK, ont vir&#233; abruptement vers SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYRIZA est sorti &#224; la premi&#232;re place dans le Grand Ath&#232;nes, o&#249; vit environ un tiers de la population grecque, ainsi que dans tous les principaux centres urbains : maintenant, il contr&#244;le le Conseil r&#233;gional, &#233;lu lors des scrutins locaux en mai 2014. Il a obtenu ses meilleurs r&#233;sultats dans les districts populaires et de la classe travailleuse qui &#233;taient d'ordinaire les bastions du PASOK et aussi du KKE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les districts, le d&#233;clin du KKE a commenc&#233; et il va empirer. Nous avons vu le passage des &#233;lecteurs du KKE &#224; SYRIZA. C'est un vote de la classe travailleuse, mais aussi des employ&#233;s dipl&#244;m&#233;s, un vote des personnes actives sur le march&#233; du travail. Le r&#233;sultat de SYRIZA chez les votants &#226;g&#233;s de 18-24 ans et de 24-30 ans fut proche de sa moyenne nationale, mais dans les couches qui constituent le c&#339;ur de la population travailleuse (de trente ans pass&#233;s) il fut meilleur que la moyenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pires r&#233;sultats se produisirent chez les personnes &#233;conomiquement inactives, la population rurale (y compris la paysannerie), les retrait&#233;s, les ma&#238;tresses de maison, les autonomes et les professions ind&#233;pendantes. Ainsi, la dynamique de l'appui &#224; SYRIZA se base sur le vote de la classe salari&#233;e, y compris ses couches sup&#233;rieures, et des personnes au ch&#244;mage dans les principaux centres urbains de la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Dans quelle mesure l'appui &#224; SYRIZA se base-t-il sur les travailleurs du secteur public ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : La sociologie &#233;lectorale montre que SYRIZA a obtenu en juin 2012 33 % des votes chez les travailleurs du secteur public et 34 % chez ceux du secteur priv&#233;. Ce sont des r&#233;sultats assez similaires, avec un appui l&#233;g&#232;rement sup&#233;rieur dans le secteur public (sic). Mais ses meilleurs r&#233;sultats furent dans le second district du Pir&#233;e &#8211; un important district industriel et de la classe ouvri&#232;re -, ainsi que dans la province de Xanthi, au nord de la Gr&#232;ce, parmi la population majoritairement musulmane et de langue turque. Les deux parlementaires de SYRIZA, appartenant &#224; cette minorit&#233; musulmane de langue turque, furent &#233;lus dans ce secteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comment expliques-tu le soudain succ&#232;s &#233;lectoral de SYRIZA en 2012 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Il faut consid&#233;rer trois facteurs. Le premier r&#233;side dans l'existence de la crise sociale et &#233;conomique en Gr&#232;ce et la mani&#232;re dont elle s'est d&#233;velopp&#233;e depuis 2010, avec la purge aust&#233;ritaire inflig&#233;e par les inf&#226;mes m&#233;morandums d'accord (les accords sign&#233;s par le gouvernement grec avec la Tro&#239;ka pour assurer la capacit&#233; du pays &#224; payer les dettes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second facteur r&#233;side dans le fait que la Gr&#232;ce et maintenant l'Espagne sont les uniques pays o&#249; cette crise sociale et &#233;conomique s'est transform&#233;e en une crise politique. Le vieux syst&#232;me politique, bas&#233; sur un p&#244;le bipartite tr&#232;s stable, s'est effondr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me facteur, c'est la mobilisation populaire. Ce n'est pas une co&#239;ncidence que les deux pays o&#249; la gauche radicale a pris son envol soient la Gr&#232;ce et l'Espagne, c'est-&#224;-dire les pays qui ont connu les mobilisations populaires les plus fortes de ces derni&#232;res ann&#233;es. L'Espagne a vu le mouvement des indign&#233;-e-s, pendant qu'en Gr&#232;ce il y eut un mouvement plus profond et socialement tr&#232;s divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; des forces qui se sont lib&#233;r&#233;es des formes traditionnelles, des amarres politico-repr&#233;sentatives, ont vir&#233; vers la gauche radicale, pendant qu'une partie de la soci&#233;t&#233; &#8211; rest&#233;e hors de cette dynamique &#8211; s'est tourn&#233;e vers l'abstention (qui a aussi augment&#233; de mani&#232;re significative depuis le d&#233;but de la crise) ou vers l'extr&#234;me-droite, &#224; savoir le parti n&#233;o-nazi Aube Dor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le succ&#232;s &#233;lectoral et politique de SYRIZA s'explique plus pr&#233;cis&#233;ment par le fait que le parti s'est oppos&#233; aux m&#233;morandums et &#224; la th&#233;rapie de choc de l'aust&#233;rit&#233; d&#232;s le d&#233;but. Cela s'est produit parce qu'apr&#232;s de longs d&#233;bats, particuli&#232;rement au sein de SYNASPISMOS, SYRIZA avait rejet&#233; l'id&#233;e d'une alliance avec le PASOK, y compris depuis sa cr&#233;ation comme coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et vu sa sensibilit&#233; &#171; mouvementiste &#187;, SYRIZA a d&#233;montr&#233; qu'il est concr&#232;tement et pratiquement capable de s'engager avec les mouvements sociaux et les actions collectives qui se sont d&#233;roul&#233;s en Gr&#232;ce durant ces derni&#232;res ann&#233;es. Et il l'a fait, tout en respectant l'autonomie de ces mouvements, y compris les formes les plus nouvelles et les plus spontan&#233;es de mobilisation. Par exemple, il a appuy&#233; le mouvement d'occupations des places que nous avons connu en 2011, alors que le KKE d&#233;non&#231;ait ce mouvement comme &#171; anti-politique &#187; , l'accusant d'&#234;tre domin&#233; par des &#233;l&#233;ments petit-bourgeois et anti-communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYRIZA est un parti qui a fait beaucoup pour les r&#233;seaux de solidarit&#233; au niveau local, pour combattre la traumatique crise sociale et ses effets concrets sur les vies quotidiennes des personnes. C'est aussi une formation qui a une visibilit&#233; suffisante dans les institutions pour appara&#238;tre comme capable de transformer la balance des forces au niveau de la vie politique nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, SYRIZA a d&#233;coll&#233; dans les sondages d'opinion durant les derni&#232;res semaines de la campagne &#233;lectorale en 2012. La vraie mont&#233;e est venue lorsque Tsipras a centr&#233; son discours sur le th&#232;me de constituer maintenant un &#171; gouvernement anti-aust&#233;rit&#233; de la gauche &#187;, pr&#233;sent&#233; comme une proposition d'alliance au KKE, &#224; l'extr&#234;me-gauche, &#224; la gauche parlementaire et aux petits &#233;l&#233;ments dissidents du PASOK.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a chang&#233; litt&#233;ralement le cours de la campagne &#233;lectorale, en pr&#233;sentant un nouvel agenda. C'est alors que nous commen&#231;ons de constater un fr&#233;missement &#8211; quasiment physique - et que les chiffres des enqu&#234;tes de SYRIZA s'emballent. D&#232;s ce moment, les autres partis durent r&#233;agir &#224; l'offre de SYRIZA, qui avait &#233;merg&#233; comme perspective politique concr&#232;te, permettant &#224; la Gr&#232;ce de se lib&#233;rer du joug des m&#233;morandums et de la Tro&#239;ka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : C'est un abord tr&#232;s &#339;cum&#233;nique pour la gauche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Oui, vraiment. SYRIZA est une source particuli&#232;rement cr&#233;dible dans ce type de propositions par sa pratique dans les mouvements sociaux, mais aussi au regard de sa propre formation interne. Il s'agit d'un front politique, et &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de SYRIZA il existe un cadre pratique qui permet la coexistence de diff&#233;rentes cultures politiques. Je dirais que SYRIZA est un parti hybride, un parti de synth&#232;se, avec un pied dans la tradition du mouvement communiste grec et un autre pied dans les nouvelles formes de radicalisme ayant &#233;merg&#233; durant cette nouvelle p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Penses-tu que le mouvement social que nous voyons avec l'occupation des places en Gr&#232;ce est associ&#233; aux avanc&#233;es de SYRIZA dans les urnes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Absolument. Certains pensent que ces mouvements non seulement n'&#233;taient pas spontan&#233;s, mais qu'ils &#233;taient m&#234;me anti-politiques, qu'ils se situaient en dehors de la politique et contre elle. Mais en rejetant vraiment la politique qu'ils voyaient en face d'eux, ils cherchaient quelque chose de diff&#233;rent. L'exp&#233;rience de PODEMOS en Espagne, comme celle de SYRIZA en Gr&#232;ce, montre que si la gauche radicale fait des propositions d'accords, elle peut arriver &#224; s'entendre avec ces mouvements et promouvoir une &#171; condensation &#187; politiquement cr&#233;dible de leurs demandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Quelles sont les exp&#233;riences concr&#232;tes de gouvernements local et r&#233;gional, pour SYRIZA, depuis 2012 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Depuis les ann&#233;es 1990 et 2000, la gauche radicale a pris position contre toute alliance avec le PASOK. Raison pour laquelle ni SYRIZA, ni le KKE ne participaient &#224; des gouvernements r&#233;gionaux et locaux, encore r&#233;cemment. Maintenant, il y a un contraste net entre le score de SYRIZA &#224; l'&#233;chelle nationale et europ&#233;enne et son implantation locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti a obtenu de pires r&#233;sultats aux votations locales et r&#233;gionales (qui ont eu lieu le 25 mai 2014) qu'aux &#233;lections nationales et europ&#233;ennes : 18 % au lieu de 27 %. Mais il a toutefois fait d'importantes avanc&#233;es, avec deux r&#233;gions passant &#224; SYRIZA, y compris l'Attique o&#249; vit 40 % de la population grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comment Alexis Tsipras est-il vu en Gr&#232;ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : L'aspect le plus notable de l'image de Tsipras, c'est son &#226;ge : apr&#232;s tout, c'est un homme jeune. Mais les cadres et la direction des groupes de la gauche radicale sont domin&#233;s par une g&#233;n&#233;ration proche des 60 ans, ou m&#234;me par des personnes plus &#226;g&#233;es qui ont le prestige d'avoir &#233;t&#233; impliqu&#233;es dans la lutte contre la dictature des colonels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alekos Alavanos, alors pr&#233;sident de SYNASPISMOS, a organis&#233; le passage du t&#233;moin &#224; Tsipras pour marquer une rupture avec cette scl&#233;rose g&#233;n&#233;rationnelle. Ce fut un grand acte de volont&#233; politique. Tsipras est populaire parce que, avant m&#234;me son &#233;lection &#224; la direction de SYNASPISMOS, il avait dirig&#233; la liste du parti lors des &#233;lections municipales &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas exactement un tribun charismatique. Il n'est pas mauvais orateur en public, mais il n'a certainement pas le talent oratoire d'un George Galloway ou d'un Jean-Luc M&#233;lanchon. Il a aussi commis quelques erreurs, notamment dans la mesure o&#249;, comme beaucoup dans la gauche radicale grecque, il a initialement sous-estim&#233; la profondeur de la crise et la mesure o&#249; la question de la dette publique serait utilis&#233;e pour justifier la mise en &#339;uvre de mesures d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2010 et au d&#233;but 2011, il paraissait en retard sur les &#233;v&#233;nements. Ensuite, il d&#233;veloppa un style belliqueux dans ses interventions parlementaires, en s'opposant au gouvernement du PASOK et particuli&#232;rement au premier ministre Georges Papandreou. De cette mani&#232;re, il am&#233;liora son profil de tribun populaire. Sa proposition de constituer un gouvernement de la gauche radicale et de toutes les forces anti-aust&#233;rit&#233;, avant les &#233;lections de mai 2012, a assur&#233; sa mont&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a chang&#233; l'image de la gauche radicale grecque, qui jusqu'alors fut toujours consid&#233;r&#233;e comme une partie consid&#233;rable, importante ou utile des mouvements sociaux, mais pas comme une force qui chercherait &#224; assumer la responsabilit&#233; historique d'offrir une sortie de crise. C'est un v&#233;ritable changement de cours pour une gauche radicale, pourtant traumatis&#233;e par la d&#233;route du communisme du XXe si&#232;cle. Et qui aujourd'hui doit laisser derri&#232;re elle son r&#244;le d'&#233;ternelle minorit&#233;, le r&#244;le d'une force condamn&#233;e simplement et perp&#233;tuellement &#224; &#171; r&#233;sister &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Pourrais-tu actualiser les chiffres dont tu disposes sur la force relative de SYRIZA en termes de membres et de poids social depuis 2012, et ensuite nous en dire plus sur la dynamique interne de SYRIZA, sur la Plateforme de gauche, sur les diff&#233;rents &#233;l&#233;ments qui la constituent, ainsi qu'&#224; l'oppos&#233;, sur le centre et la droite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Imm&#233;diatement apr&#232;s les &#233;lections de 2012, le processus d'unification de ce qui jusqu'alors &#233;tait une coalition de partis a commenc&#233;. Premi&#232;rement, avec une conf&#233;rence nationale, qui choisit pour la premi&#232;re fois une &#233;quipe de direction et ensuite le congr&#232;s de fondation de SYRIZA en juillet 2013. Je pense que quelques d&#233;cisions importantes sur la structure du parti, et ce que nous pourrions qualifier sur la forme de celui-ci, n'ont pas &#233;t&#233; prises &#224; ce moment, mais la priorit&#233; fut de mener un processus acc&#233;l&#233;r&#233;, qui ne nous laissa pas le temps d'une discussion politique avec la profondeur appropri&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il y eut un processus d'ouverture, mais ce fut un processus d'ouverture sans s'adresser &#224; des groupes sociaux sp&#233;cifiques et aux couches de personnes impliqu&#233;es dans les mouvements sociaux. Plus ou moins, ce processus d&#233;boucha davantage sur un parti de membres que sur un parti d'activistes ou de membres actifs, sur un parti d'adh&#233;rents plus que sur un parti de militants. Cela signifie que SYRIZA est devenu une organisation jusqu'&#224; un certain point perm&#233;able aux pratiques non de client&#233;lisme, mais au moins &#224; celles des r&#233;seaux traditionnels de pouvoir, qui restent tr&#232;s forts dans la soci&#233;t&#233; grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis de l'establishment ont &#233;t&#233; d&#233;structur&#233;s au niveau national. Ils n'existent pas comme partis centralis&#233;s, ou ils ne le sont quasiment pas. Le PASOK s'est d&#233;sint&#233;gr&#233; compl&#232;tement &#8211; c'&#233;tait la machine partidaire la plus puissante en Gr&#232;ce &#8211; et Nea Demokratia, qui voulait &#234;tre une organisation de droite &#224; caract&#232;re de masse, est aussi s&#233;rieusement affaiblie, mais les r&#233;seaux associ&#233;s &#224; ces partis restent toutefois tr&#232;s forts au niveau local. Nous l'avons vu lors des derni&#232;res &#233;lections locales, par exemple, o&#249; la br&#232;che entre l'influence &#233;lectorale locale de SYRIZA et sa capacit&#233; de gagner des conseils locaux est tr&#232;s, tr&#232;s significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre aspect n&#233;gatif de cette nouvelle structure : SYRIZA s'est transform&#233; en parti clairement centr&#233; sur le dirigeant, ce qui est accentu&#233; par le fait que les structures internes sont tr&#232;s nombreuses, disfonctionnent et tendent toujours moins &#224; fonctionner comme centres r&#233;els d'&#233;laboration politique et de prise de d&#233;cisions. Tout ce processus s'est transform&#233; en r&#233;alit&#233; plus centralis&#233;e, plus opaque, o&#249; le dirigeant joue un r&#244;le tr&#232;s crucial, combin&#233; avec plusieurs cercles informels de direction, au lieu d'une direction collective, ou m&#234;me d'un groupe de dirigeants plus restreints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'un des objectifs vis&#233;s par la direction du parti consistait &#224; marginaliser les tendances de gauche au sein de SYRIZA. Ils ont pens&#233; tr&#232;s s&#233;rieusement que nous &#233;tions plus forts dans le vieux SYRIZA (le SYRIZA d'avant 2012) &#8211; organis&#233; comme coalition, une constellation de plusieurs partis -, mais qu'avec l'afflux de nouveaux membres, notre poids relatif au sein du parti diminuerait drastiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour te donner un exemple, qui concerne sp&#233;cifiquement la plus grande composante de SYNASPISMOS : lors du dernier congr&#232;s du parti, o&#249; DIMAR s'en alla, le courant de gauche dirig&#233; par Alavanos a obtenu environ 25 % des votes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ce fut une grande surprise pour la direction, lorsque la Plateforme de gauche a obtenu 25 % des votes &#224; la conf&#233;rence nationale inaugurale de SYRIZA, en novembre 2012. Ils furent encore plus surpris lorsque la Plateforme de gauche a augment&#233; son poids relatif en obtenant 30 % des votes au congr&#232;s fondateur de SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre temps, SYRIZA avait doubl&#233; le nombre de ses membres et se stabilisa autour des chiffres suivants : passage de 17.000-18.000 membres &#224; 35.000-36.000. Il se d&#233;veloppa g&#233;ographiquement de mani&#232;re tr&#232;s significative, mais la br&#232;che entre l'influence &#233;lectorale et la force organisationnelle est toutefois &#233;norme, et les liens entre le parti et le noyau de son &#233;lectorat &#8211; essentiellement, la classe travailleuse urbaine &#8211; reste faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SYRIZA est toutefois tr&#232;s domin&#233; par les couches intellectuelles, les travailleurs du secteur public hautement qualifi&#233;s et de l'&#233;ducation. En termes d'&#226;ge, il est aussi assez probl&#233;matique : le poids relatif des couches jeunes reste assez limit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Y a-t-il une aile dans la jeunesse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Oui, il existe une aile sp&#233;cifiquement de la jeunesse, r&#233;sultat de l'unification des jeunesses de toutes les composantes de SYRIZA, mais qui continue d'&#234;tre relativement petite si on la compare &#224; l'influence &#233;lectorale du parti dans ces couches. Le r&#233;sultat probablement le plus encourageant, c'est que le poids relatif de SYRIZA dans les syndicats s'est am&#233;lior&#233; : il a approximativement doubl&#233;, mais il a commenc&#233; &#224; un tr&#232;s bas niveau, ce qui signifie toutefois dans ce cas qu'en g&#233;n&#233;ral la force de SYRIZA dans le mouvement syndical et plus sp&#233;cifiquement dans le secteur priv&#233; reste inf&#233;rieur au poids du KKE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, qualitativement, les choses sont un peu diff&#233;rentes parce que &#8211; c'est tr&#232;s int&#233;ressant -, bien que le Parti communiste continue de rester maintenant encore une force plus organis&#233;e et coh&#233;rente, ses bastions tendent &#224; se localiser dans les secteurs les moins dynamiques du mouvement syndical, ou dans des secteurs qui n'ont pas &#233;t&#233; tr&#232;s actifs en termes de mobilisation r&#233;cemment pour diverses raisons (en partie, parce que tr&#232;s peu de choses se sont pass&#233;es dans le secteur priv&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les syndicats les plus dynamiques, o&#249; il y a eu d'importantes mobilisations, SYRIZA est non seulement plus fort (en r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas avant), mais c'est dans ces lieux qu'il s'est le plus d&#233;velopp&#233;. Maintenant, il se trouve, par exemple, &#224; la direction du syndicat national des enseignants secondaires, un syndicat-cl&#233; dans le mouvement syndical grec. Il est aussi significatif, dans ces secteurs, de voir augmenter le poids relatif de l'extr&#234;me-gauche, comme l'ont fait certaines formes sp&#233;cifiques de fronts syndicaux, o&#249; tu peux trouver des personnes venant aussi bien de SYRIZA que d'ANTARSYA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, un environnement radical s'est d&#233;velopp&#233; dans le mouvement syndical durant cette derni&#232;re p&#233;riode. Et cela se passe aussi dans les universit&#233;s, o&#249; la gauche radicale a am&#233;lior&#233; sa position (m&#234;me l&#233;g&#232;rement pour le KKE), et l'extr&#234;me-gauche davantage. Alors que SYRIZA stagne dans les universit&#233;s &#8211; la participation aux &#233;lections &#233;tudiantes en Gr&#232;ce est tr&#232;s significative, c'est r&#233;ellement un indicateur s&#233;rieux -, il est int&#233;ressant de voir que l'environnement des &#233;tudiants de gauche radicalis&#233;s, votant plut&#244;t des listes dont les activistes d'ANTARSYA sont la colonne vert&#233;brale, tend &#224; voter toujours plus SYRIZA en dehors de l'universit&#233;, lors des &#233;lections politiques nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu des confirmations de cette expression duale dans d'autres &#233;lections, notamment dans les &#233;lections locales, ou dans la br&#232;che entre les &#233;lections locales et les &#233;lections europ&#233;ennes. Lors des &#233;lections r&#233;gionales, les listes pr&#233;sent&#233;es par ANTARSYA (la coalition d'extr&#234;me-gauche) ont obtenu un score national d'environ 2 % et, lors des &#233;lecctions europ&#233;ennes, seulement une semaine plus tard, 0,25 %,&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, il est assez clair que certains secteurs tr&#232;s impliqu&#233;s dans les mobilisations et dans les mouvements sociaux, &#224; un niveau local ou syndical, tendent &#224; appuyer ou &#224; se regrouper autour d'initiatives ou de structures dirig&#233;es par des activistes d'extr&#234;me-gauche. Mais, &#224; l'heure de la repr&#233;sentation politique. SYRIZA agit comme repr&#233;sentation politique cl&#233; pour toute cette constellation de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que l'une des &#233;volutions les plus significatives durant la derni&#232;re p&#233;riode s'est traduite par le fait que la division persistant au sein de la gauche radicale se produit maintenant entre un KKE tr&#232;s retranch&#233;, sectaire et isol&#233;, et tout le reste de la gauche (SYRIZA, ANTARSYA, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur le d&#233;veloppement de la Plateforme de gauche, depuis 2012 : ses composantes, sa croissance, son degr&#233; de coh&#233;rence, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : La Plateforme de gauche a deux composantes : le Courant de gauche est une esp&#232;ce de courant communiste traditionnel, form&#233; essentiellement par des syndicalistes, et contr&#244;le la majorit&#233; du secteur syndical de SYRIZA. Dans leur grande majorit&#233;, ces personnes viennent du KKE, dont ils se sont s&#233;par&#233;s lors de la derni&#232;re rupture au sein de ce parti en 1991. Ensuite il y a la composante trotskyste (DEA et KOKKINO, qui ont r&#233;cemment fusionn&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Plateforme de gauche a &#233;t&#233; mise sous une intense pression par la direction, mais aussi par le mode d'apr&#232;s lequel le fonctionnement et la structure du parti se sont d&#233;velopp&#233;s durant et apr&#232;s le processus d'unification. Cette pression de la majorit&#233; du parti se combine avec des raisons plus structurelles, vu l'&#233;volution de la forme du parti et le reflux des mouvements et des mobilisations en Gr&#232;ce durant la derni&#232;re p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces facteurs eurent une influence n&#233;gative, ou auraient pu l'avoir, sur le poids relatif de la Plateforme de gauche. Mais, en g&#233;n&#233;ral, la Plateforme de gauche a r&#233;sist&#233; assez bien aux pressions. Sa diversit&#233; relative a agi comme une force. Sous cet aspect, nous pourrions dire que malgr&#233; le fait que la Plateforme de gauche est constitu&#233;e de deux cultures politiques diff&#233;rentes, sa coh&#233;sion interne est bien meilleure que celle du bloc majoritaire du parti, qui est un regroupement de cultures politiques beaucoup plus h&#233;t&#233;rog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la majorit&#233;, par exemple, tu peux trouver des gens qui viennent de la social-d&#233;mocratie conventionnelle, ainsi que des activistes qui se sentent plus proches de l'extr&#234;me-gauche, des personnes &#171; mouvementistes &#187; orient&#233;es vers les d&#233;nomm&#233;s nouveaux mouvements sociaux et des figures r&#233;formistes tr&#232;s traditionnelles, provenant de l'eurocommunisme ou du KKE, mais aussi des nationalistes de gauche, qui viennent habituellement du PASOK, et les formes les plus extr&#234;mes d'anti-nationalisme (une version grecque du ph&#233;nom&#232;ne anti-allemand).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Parles-nous des mao&#239;stes (KOE) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Les mao&#239;stes sont bien s&#251;r plus proches de ce premier p&#244;le nationaliste de gauche. Ainsi, le niveau d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; est g&#233;n&#233;ralement plus grand du c&#244;t&#233; de la majorit&#233;. Je pense que le succ&#232;s de la Plateforme de gauche, durant la p&#233;riode entre les &#233;lections de 2012 et le congr&#232;s de fondation, r&#233;side dans le fait d'avoir attir&#233; une couche plus large d'activistes, qui ne s'identifient ni au Courant de gauche, ni aux trotskystes, et qu'en r&#233;alit&#233; peu leur importe ces distinctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui leur importe, c'est d'appuyer une opposition interne de gauche ou une perspective de gauche, une perspective plus clairement radicale dans SYRIZA. Pour cette raison, les tactiques manipulatrices de la majorit&#233; durant le congr&#232;s de fondation ont d&#233;clench&#233; un contrecoup et ont fini par renforcer le poids de la Plateforme de gauche, y compris durant les jours m&#234;mes du Congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fini par obtenir plus de 30 % des d&#233;l&#233;gu&#233;s, y compris en tenant compte du fait que nous &#233;tions sous-repr&#233;sent&#233;s parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s, par rapport aux votes obtenus dans le parti. On peut y ajouter le 1,5 % des votes obtenus par la Plateforme communiste (form&#233;e par les partisans de la Tendance marxiste internationale, dirig&#233;e par Alan Woods).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le congr&#232;s de fondation, l'&#233;volution a &#233;t&#233; positive non seulement pour la Plateforme de gauche, mais plus g&#233;n&#233;ralement pour le bilan des forces internes de SYRIZA, parce que la majorit&#233; du parti s'est fissur&#233;e durant la p&#233;riode des derni&#232;res &#233;lections r&#233;gionales, locales et europ&#233;ennes. Pour pr&#233;cis&#233;ment, l'aile gauche de la majorit&#233; &#8211; form&#233;e principalement par les mouvementistes et par une rupture &#224; gauche du courant de Tsipras dans SYNASPISMOS (Unit&#233; de gauche) &#8211; s'est d&#233;marqu&#233;e du reste. (Dans un style typiquement grec, le r&#233;sultat de ce processus, c'est que nous avons une Unit&#233; de gauche de gauche [sic] et une Unit&#233; de gauche de droite [sic] autour de Tsipras).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche de la majorit&#233; s'est unie autour de la &#171; Plateforme des cinquante-trois &#187;, form&#233; par 53 membres du comit&#233; central et quelques parlementaires en juin 2014, imm&#233;diatement apr&#232;s les &#233;lections europ&#233;ennes. Ils ont fortement critiqu&#233; les tentatives de Tsipras pour attirer des politiciens de l'establishment, son d&#233;veloppement d'une campagne qui ne donnait pas un r&#244;le suffisamment grand aux mobilisations et aux mouvements sociaux, un style de campagne tr&#232;s centr&#233; sur lui comme personne et structur&#233; autour des techniques et des trucs de relations publiques, et aussi son att&#233;nuation de quelques axes cruciaux du programme &#8211; plus sp&#233;cifiquement sur des questions comme la dette, la nationalisation des banques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Si la Plateforme de gauche a obtenu plus de 30 % des suffrages au congr&#232;s de fondation (plus le 1,5 % des partisans d'Alan Woods), y a-t-il eu une mani&#232;re de mesurer depuis lors son influence &#224; l'int&#233;rieur du parti ? Et comment estimes-tu le poids du groupe Unit&#233; de gauche de gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Mon sentiment est que &#8211; &#231;a se r&#233;fl&#232;te du moins au niveau du comit&#233; central &#8211; la Plateforme de gauche et les ailes gauches du bloc majoritaire sont en r&#233;alit&#233; la majorit&#233; &#224; l'int&#233;rieur du parti. Et nous l'avons vu durant la derni&#232;re p&#233;riode, par exemple sur la question cruciale des alliances. La direction pr&#244;nait fortement une alliance avec DIMAR, mais sans succ&#232;s : car la r&#233;action &#224; l'int&#233;rieur du parti fut &#233;crasante, et le moteur de cette r&#233;action, ce furent ces deux composantes de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; que la question de l'euro &#339;uvre &#224; emp&#234;cher une plus grande coh&#233;sion dans ce que nous pouvons appeler maintenant la gauche large du parti, il se trouve n&#233;anmoins que la marge de man&#339;uvre est devenue plus limit&#233;e pour la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, la majorit&#233; de la direction s'est davantage autonomis&#233;e du parti et a ignor&#233; les d&#233;cisions de celui-ci. Je ne parle pas ici d'une simple division entre la base et la direction. Je veux dire que cette derni&#232;re s'est autonomis&#233;e par rapport &#224; l'ensemble du parti. Et c'est bien s&#251;r un risque tr&#232;s s&#233;rieux pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; central a &#233;t&#233; convoqu&#233; tr&#232;s peu fr&#233;quemment, et chaque fois davantage des d&#233;cisions cruciales se prennent de mani&#232;re tr&#232;s opaque, comme produit de constantes n&#233;gociations entre plusieurs groupes et lobbies qui tentent d'imposer leurs points de vue, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Et pourquoi estimes-tu la Plateforme de gauche si solide ? Je veux dire, ils savent ce qu'ils affrontent &#8211; la majorit&#233; -, mais dans quelle mesure sont-ils unis et en faveur de quoi le sont-ils, sp&#233;cialement dans un contexte o&#249; la perspective est le pouvoir gouvernemental, o&#249; alors il existe des offres potentielles de travaux, de postes gouvernementaux, etc. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, le niveau de coh&#233;sion- non seulement n&#233;gativement, mais aussi positivement &#8211; de la Plateforme de gauche est de loin sup&#233;rieur &#224; celui de la majorit&#233; du parti. Y compris en termes de son intervention programmatique, elle a plus de coh&#233;sion, elle est plus coh&#233;rente. Ici, le r&#244;le de Costas Lapavitsas et de son intervention sur le front &#233;conomique a &#233;t&#233; assez crucial, en offrant une comp&#233;tence sp&#233;cifique sur un grand nombre de th&#232;mes &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un aspect tr&#232;s caract&#233;ristique de la majorit&#233;, c'est que ses points de vue ne sont absolument pas plus coh&#233;rents. Certains, pour prendre un exemple sp&#233;cifique, adoptent une attitude tr&#232;s ferme sur le th&#232;me de la dette. Ils se prononcent pour faire absolument du d&#233;faut une option : nous devrions soutenir fermement la demande d'annuler la plus grande partie de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand on leur demande : &#171; D'accord, mais que feras-tu si nous optons pour le d&#233;faut ? Cette option est-elle viable sans sortir de l'euro ? &#187; (une cons&#233;quence quasi-imm&#233;diate, et non une question de choix), ils pr&#233;f&#232;rent refuser de r&#233;pondre et &#233;ludent le th&#232;me en disant que cela d&#233;pendra du rapport de forces g&#233;n&#233;ral en Europe. Par contre, la Plateforme de gauche a des r&#233;ponses beaucoup plus pr&#233;cises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal th&#232;me de diff&#233;renciation interne dans la Plateforme de gauche &#8211; c'est une cons&#233;quence quasi-automatique, ou naturelle, ou in&#233;vitable, des deux cultures qui y coexistent &#8211; sont les d&#233;saccords sur des th&#232;mes g&#233;opolitiques et de politique ext&#233;rieure. Le Courant de gauche a une vision communiste et anti-imp&#233;rialiste plus traditionnelle de la politique ext&#233;rieure. Par ailleurs, il n'est pas hostile, il est m&#234;me en faveur, aux r&#233;f&#233;rences nationales, ou &#224; la combinaison entre les r&#233;f&#233;rences de classes et les r&#233;f&#233;rences nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, DEA a un type de culture plus internationaliste (ou qu'il consid&#232;re comme tel). Cela signifie que, sur des th&#232;mes comme Chypre, les rapports avec la Turquie, l'Ukraine ou des questions de ce type, il y a des diff&#233;rences, avec des nuances qui d&#233;pendent de la question sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comment la Plateforme de gauche affronte-t-elle une possible victoire de SYRIZA ? Y a-t-il une ligne commune sur le fait de ne pas participer au gouvernement, de ne pas accepter de postes minist&#233;riels, ou sur quel type de mobilisations extra-parlementaires ou sociales ils pourraient int&#233;grer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je pense que ce qui d&#233;finit non seulement la Plateforme de gauche, mais la gauche large dans SYRIZA &#8211; qui inclut une partie substantielle du bloc majoritaire -, c'est le fait qu'elle voit la perspective d'acc&#233;der au pouvoir gouvernemental comme un moyen pour d&#233;clencher la mobilisation sociale. R&#233;ellement, elle le pense s&#233;rieusement, car elle est immerg&#233;e dans un type de pratique orient&#233;e vers la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa conception m&#234;me du parti et de la signification du processus politique s'oriente vers l'activisme, pour le dire rapidement. Il est assez clair que le type de cadre politique propos&#233; par Tsipras ou par la majorit&#233; de la direction durant cette derni&#232;re p&#233;riode tend &#224; donner un r&#244;le beaucoup plus limit&#233; aux mobilisations et aux mouvement sociaux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour donner un seul exemple, en 2012, Tsipras soulignait tr&#232;s fortement que la perspective n'&#233;tait pas seulement un gouvernement de SYRIZA, mais un gouvernement de toute la gauche anti-aust&#233;rit&#233; ; mais &#231;a ne veut pas dire grand-chose, parce qu'il est clair que ni l'extr&#234;me-gauche, ni le KKE, n'accepteront jamais ce type de collaboration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi &#8211; et c'est au moins tout aussi important &#8211; ce serait le gouvernement de la gauche anti-aust&#233;rit&#233; et des mouvements sociaux. A l'&#233;poque, Tsipras se r&#233;f&#233;rait sp&#233;cifiquement &#224; l'exp&#233;rience de la Bolivie : l'une des initiatives les plus significatives prises par SYRIZA, entre les &#233;lections de mai et juin 2012, fut d'appeler &#224; une sorte d'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des mouvements pour un dialogue avec la direction de SYRIZA. Ce fut un &#233;v&#233;nement absolument extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La participation de dirigeants de campagnes, de syndicats et des choses de ce genre, dans un dialogue avec Tsipras et d'autres membres de la direction, a donn&#233; une image tr&#232;s forte du type de perspective politique et sociale que SYRIZA d&#233;fendait &#224; l'&#233;poque. Dans la derni&#232;re p&#233;riode, il ne s'est rien produit de semblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, nous devons dire que toute l'atmosph&#232;re en Gr&#232;ce a chang&#233; dramatiquement depuis lors : il y a eu un reflux des mouvements sociaux, combin&#233; &#224; une atmosph&#232;re de relative d&#233;moralisation et passivit&#233; &#8211; malgr&#233;, bien s&#251;r, d'importantes luttes sectorielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des nuances, bien s&#251;r, l'atmosph&#232;re g&#233;n&#233;rale dans le pays est tr&#232;s diff&#233;rente de celle en 2012 : elle est marqu&#233;e sp&#233;cialement par le reflux de la mobilisation sociale, par cons&#233;quent la ligne de SYRIZA selon cette perspective consiste plut&#244;t &#224; s'adapter &#224; la tendance dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Alors, la Plateforme de gauche aurait pour mod&#232;le quelque chose comme le Front populaire en France, o&#249; le gouvernement de gauche est le levier pour mobiliser les luttes de classe et les mouvements sociaux en dehors, et qui alors font pression sur le gouvernement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pied en dedans et l'autre en dehors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Bon, c'est difficile &#224; pr&#233;dire. Tu te r&#233;f&#232;res au gouvernement du Front populaire, mais la situation de celui-ci fut que les demandes du mouvement social diff&#233;raient compl&#232;tement du programme tr&#232;s limit&#233; du Front populaire lui-m&#234;me. Alors, les victoires, les conqu&#234;tes, les succ&#232;s du Front populaire sont venues imm&#233;diatement par la pression du mouvement de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, dans le cas de SYRIZA, je pense qu'il serait plus ad&#233;quat de voir sa victoire comme un d&#233;clencheur, parce qu'elle donne confiance et rompt avec l'atmosph&#232;re de r&#233;signation de la derni&#232;re p&#233;riode, mais aussi parce que SYRIZA prendra des mesures ouvrant un espace pour la mobilisation sociale. Sur ce dernier point, je crois que la question la plus cruciale est probablement la proposition de remettre le salaire minimum au niveau d'avant le m&#233;morandum et, peut-&#234;tre plus important, de r&#233;tablir tout le syst&#232;me de conventions collectives et de l&#233;gislation sur le travail, qui a &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;truit durant ces quatre derni&#232;res ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela lib&#233;rerait un espace non seulement pour les luttes, mais aussi pour la reconstruction du mouvement syndical, dont l'&#233;tat actuel en Gr&#232;ce est terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais sur la question des minist&#232;res et le r&#244;le &#224; jouer dans le gouvernement, n'y a-t-il pas une ligne commune ? Les gens d&#233;cideront quand la question se posera ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Non, absolument pas. Je pense que la Plateforme de gauche est tr&#232;s claire sur le fait que ce niveau d'investissement purement gouvernemental d&#233;pend du type de ligne qui pr&#233;vaudra dans les d&#233;cisions strat&#233;giques de ce gouvernement. C'est la forme d'aborder toute cette question, et non l'inverse. Je pense qu'il s'agit peut-&#234;tre de l'indicateur des diff&#233;rences que nous avons avec la pratique politique des autres : nous ne posons pas d'abord le th&#232;me des minist&#232;res, mais celui de la ligne adopt&#233;e et des d&#233;cisions strat&#233;giques-cl&#233; qui seront prises par le gouvernement. Ainsi, tout d&#233;pendra de quelle ligne pr&#233;vaudra. Et au moment o&#249; nous parlons, tout n'est pas clair. Pour le dire prudemment, beaucoup de choses ont besoin d'&#234;tre clarifi&#233;es dans le programme de SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Le programme actuel ou celui de 2012 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je veux parler du programme actuel. Y compris la plateforme minimale pr&#233;sent&#233;e au congr&#232;s de Thessalonique et l&#233;g&#232;rement amend&#233;e r&#233;cemment par Tsipras : s'y accrocher signifie aller &#224; une grande confrontation, ce qui signifie bien s&#251;r stimuler et recevoir l'appui des la mobilisation d'un c&#244;t&#233;, et mobiliser le parti et d'autres sujets politiques et sociaux dans tout le processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que c'est le r&#244;le de la Plateforme de gauche : &#234;tre un catalyseur dans ce type de dialectique qui se fera au niveau du gouvernement et &#224; celui de la soci&#233;t&#233;. C'est la mission, peut-&#234;tre la mission historique, si les choses se passent bien, de la Plateforme de gauche. Nous avons une force tr&#232;s coh&#233;rente au sein du parti, qui peut agir comme un catalyseur d'&#233;nergies et &#233;viter l'ouverture d'une br&#232;che entre ce qui se passe au niveau de la mobilisation de base et ce qui se passe au niveau du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comme tu le sais parfaitement, la man&#339;uvre classique serait d'offrir les minist&#232;res du Travail, des Sports et de la Culture &#224; la gauche et d'attribuer les minist&#232;res-cl&#233; &#224; l'aide droite du parti&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Oui, mais en r&#233;alit&#233; ce n'est pas le risque maintenant. A mon avis, ils ne feront pas cela, c'est l&#224; le risque maintenant. Ils offriront quelques minist&#232;res strat&#233;giques, mais peut-&#234;tre sans &#234;tre clairs sur la ligne politique. Cela signifie qu'il et ls nous lieront les mains par avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense donc que la question cruciale est de savoir si la ligne consistant &#224; prendre la charge d'un cadre de confrontation, aussi bien &#224; l'int&#233;rieur que bien s&#251;r avec l'Union europ&#233;enne et les forces europ&#233;ennes, pr&#233;vaut. Si nous allons dans cette direction, la bataille ne pourra &#234;tre gagn&#233;e sans des clarifications tr&#232;s s&#233;rieuses au sein de SYRIZA et de la gauche grecque plus g&#233;n&#233;ralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon espoir (mais je pense que c'est r&#233;aliste), c'est qu'une telle ligne provoquera des r&#233;alignements bien au-del&#224; de SYRIZA et que des secteurs, rest&#233;s aujourd'hui sceptiques et dubitatifs envers SYRIZA, dans ce type de conjoncture, prendront une positions plus d&#233;cisive. Je pense donc que nous arriverions &#224; quelque chose comme un front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Peux-tu nous parler un peu de Panagiotis Lafanzanis, le principal porte-parole de la Plateforme de gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : En r&#233;alit&#233;, il en est la figure centrale &#8211; une force et aussi une faiblesse. SYRIZA est ou tend &#224; &#234;tre un parti tr&#232;s centr&#233; sur le dirigeant, et je crains que la Plateforme de gauche, et plus sp&#233;cifiquement le Courant de gauche (sa plus grande composante), soit une organisation tr&#232;s centr&#233;e sur la personne de Lafanzanis. Bien s&#251;r, Antonis Davanellos (DEA) est aussi important, mais dans la politique nationale Lafanzanis joue un r&#244;le tr&#232;s crucial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il repr&#233;sente une g&#233;n&#233;ration d'activistes qui se sont fait conna&#238;tre dans la lutte contre la dictature. C'est l'un des rares cadres de la Jeunesse communiste &#8211; moins de 10 dans toute la Gr&#232;ce &#8211; qui ont &#233;chapp&#233; &#224; l'arrestation durant toute la p&#233;riode de la dictature. Il est de cette g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est mont&#233; dans la hi&#233;rarchie du KKE dans les ann&#233;es 1970-1980, en devenant membre du Bureau politique du parti. Mais il &#233;tait plus particuli&#232;rement proche de l'ancien et historique secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du KKE (1973-1989), Harilaos Florikis. Il a quitt&#233; le parti avec un grand nombre de figures dirigeantes lors de la rupture en 1991, dont il &#233;tait une figure centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sp&#233;cificit&#233; de Lafanzanis, alors que les autres ont vir&#233; &#224; droite &#8211;, en r&#233;alit&#233;, beaucoup d'entre eux ont abandonn&#233; SYNASPISMOS ou SYRIZA, ou y sont rest&#233;s, mais en adoptant des positions beaucoup plus droiti&#232;res (comme Dragasakis) -, c'est d'&#234;tre rest&#233; un marxiste tenace et tr&#232;s coh&#233;rent, mais en rompant fermement avec le stalinisme (bien qu'il faille dire que, derri&#232;re les portes closes de la direction du KKE, il figurait au nombre des personnes d&#233;j&#224; tr&#232;s critiques envers l'Union sovi&#233;tique, &#224; la fin des ann&#233;es 1970-1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, au sein du KKE, de nombreuses personnes le suspectaient d'&#234;tre un crypto-eurocommuniste ; il &#233;tait tr&#232;s connu pour avoir profond&#233;ment lu Gramsci et des choses de ce genre, mais tout cela restait bien s&#251;r tr&#232;s confidentiel : on le savait seulement dans les cercles tr&#232;s internes du parti, et publiquement il d&#233;fendait la ligne officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lafanzanis est maintenant identifi&#233; comme cible par les m&#233;dias grecs, qui le voient comme l'homme de la ligne dure. C'est la figure de SYRIZA que les m&#233;dias et bien s&#251;r la droite et les forces pro-syst&#232;me aiment ha&#239;r et stigmatisent constamment. Il est pr&#233;sent&#233; comme &#171; Monsieur Anti-euro &#187; et &#171; Monsieur Rupture-avec-l'UE &#187;. Un seul exemple r&#233;cent : imm&#233;diatement apr&#232;s l'&#233;chec des n&#233;gociations entre SYRIZA et DIMAR, le principal journal grec (Ta Nea) a publi&#233; un &#233;ditorial vocif&#233;rant (non sign&#233;) en premi&#232;re page, disant &#171; Grecs, attention : vous votez pour Tsipras, mais en r&#233;alit&#233; c'est Lafanzanis qui man&#339;uvre le parti &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut comprendre l'une des principales raisons pour lesquelles les m&#233;dias, l'&#233;lite politique et la classe dominante sont hostiles SYRIZA : &#224; l'int&#233;rieur de SYRIZA, il y a des courants de gauche tr&#232;s forts. Tsipras doit en tenir compte. C'est pour cela qu'il y a des manchettes &#224; la premi&#232;re page des journaux, disant &#171; Tsipras, deviens Papandreou ! &#187; c'est-&#224;-dire : &#171; Vire l'opposition interne, et sois un vrai dirigeant. D&#233;barrasses-toi de ces gauchistes lunatiques &#224; la ligne dure &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Vu que tu as mentionn&#233; le KKE, nous pourrions aussi en parler rapidement. C'est un sujet de curiosit&#233; pour les gens. Dans quelle mesure penses-tu que sa ligne a un certain type de rationalit&#233; ou est-elle seulement suicidaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Les deux. Je pense que l'unique pr&#233;occupation du KKE consiste en r&#233;alit&#233; &#224; maintenir le parti en vie, &#224; flot. Il est clair que le r&#234;ve du KKE serait de revenir &#224; la situation de 2009, lorsqu'il &#233;tait la force dominante de la gauche radicale. C'est ce que le KKE veut vraiment. Il veut &#234;tre un parti avec un &#233;lectorat de 7-8 %, man&#339;uvrer certains secteurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un type d'appareil tr&#232;s conservateur. Cela cr&#233;e une grande br&#232;che entre la nature interne du KKE et le type de rh&#233;torique &#171; Troisi&#232;me p&#233;riode &#187; que le KKE propage superficiellement. Au niveau du discours, on trouve de constantes r&#233;f&#233;rences &#224; la rh&#233;torique r&#233;volutionnaire, au socialisme, &#224; la classe ouvri&#232;re, au pouvoir ouvrier, etc. ; mais en r&#233;alit&#233;, durant toutes ces ann&#233;es, le KKE est rest&#233; extr&#234;mement passif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut constamment tr&#232;s hostile aux mobilisations de base. Il a condamn&#233; d'une mani&#232;re absolument folle le mouvement des places (au printemps 2011), en le d&#233;crivant comme faisant partie d'un complot anti-communiste. C'est un parti conservateur, qui n'aime pas les changements fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais est-ce une conception du monde organique ? N'est-elle pas impos&#233;e par les forces autoritaires de la direction ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Elle est impos&#233;e, mais ils ont un appareil tr&#232;s fort et ils ont construit un parti &#224; forte coh&#233;sion. Ils ont &#233;limin&#233; implacablement toutes les oppositions durant toutes ces ann&#233;es et ils ont r&#233;ussi &#224; conserver le contr&#244;le du parti. Je pense que les tr&#232;s pauvres r&#233;sultats obtenus lors des prochaines &#233;lections auront probablement un impact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dernier congr&#232;s du KKE, nous avons vu qu'il existait de s&#233;rieux d&#233;saccords internes, mais la direction a r&#233;ussi &#224; se d&#233;faire de la majorit&#233; des dissidents, et je pense que tout d&#233;pendra de la mani&#232;re dont se d&#233;veloppe la situation. Toute la vision du monde d&#233;velopp&#233;e par le KKE et par une partie de l'extr&#234;me-gauche consiste &#224; pr&#233;dire l'&#233;chec et la trahison de SYRIZA. Ils y appellent, et &#231;a prend une dimension de proph&#233;tie auto-accomplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective a jou&#233; un r&#244;le et nous devons en tenir compte. Je ne le dis pas pour excuser la direction de SYRIZA de ses responsabilit&#233;s. Le fait que ces forces fassent tout leur possible pour isoler SYRIZA de toute force au sein de la gauche radicale a certainement facilit&#233; les tentatives de mod&#233;rer la ligne et le cadre du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur id&#233;e est pr&#233;cis&#233;ment que cet &#233;chec imminent de SYRIZA d&#233;bouchera sur la radicalisation des masses et les lib&#233;rera de leurs illusions r&#233;formistes. Mais elle est rejet&#233;e cat&#233;goriquement par des secteurs croissants de la soci&#233;t&#233; grecque, qui la voient pour ce qu'elle est, une ligne compl&#232;tement irresponsable et assez folle. Le r&#233;sultat, c'est une perte de forces, qui pourrait changer seulement si la situation se r&#233;chauffe dans la p&#233;riode &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Pour la premi&#232;re fois en Europe, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, un parti de la gauche radicale a battu les sociaux-d&#233;mocrates dans les &#233;lections. SYRIZA a d&#233;pass&#233; le PASOK gr&#226;ce &#224; sa propre mont&#233;e, mais c'est aussi d&#251; &#224; l'effondrement du vote social-d&#233;mocrate. Penses-tu que cette domination peut durer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : La th&#233;rapie de choc appliqu&#233;e &#224; la Gr&#232;ce a produit les m&#234;mes r&#233;sultats politiques que dans d'autres pays du Sud o&#249; elle avait &#233;t&#233; appliqu&#233;e auparavant. Le vieux syst&#232;me politique s'est effondr&#233; et, pour la premi&#232;re fois d ans l'apr&#232;s-guerre, cela se passe dans un pays d'Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux partis ont &#233;t&#233; frapp&#233;s : le PASOK mais aussi, quoiqu'&#224; un degr&#233; moindre, Nea Demokratia. En 2012, celle-ci a perdu 20 % de son appui, ce qui repr&#233;sente la plus faible quantit&#233; de vote obtenue par la droite durant toute la p&#233;riode o&#249; la Gr&#232;ce est devenue un Etat ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement qualitatif du PASOK est m&#234;me plus s&#233;rieux que ne le sugg&#232;rent les chiffres &#224; l'&#233;chelle nationale. Dans les principaux centres urbains, le PASOK est sorti &#224; la 6e ou &#224; la 7e place. Dans la majorit&#233; des districts concernant la classe travailleuse, qui &#233;taient ses bastions, il fut battu par les n&#233;o-nazis d'Aube Dor&#233;e. Il a obtenu seulement 2,6 % des votes parmi les &#233;lecteurs de 18-24 ans, et la plus grande partie de son &#233;lectorat (13,4 % des votes) se compose de retrait&#233;s et d'habitants des r&#233;gions rurales et des petits villages de province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Ainsi, nous pourrions dire qu'aux yeux des Grecs le PASOK a &#233;t&#233; totalement discr&#233;dit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Le parti a &#233;t&#233; totalement d&#233;truit. De fait, il reste au PASOK le r&#233;sidu de ses vieux r&#233;seaux client&#233;laires de parti-Etat. Les deux partis au pouvoir apr&#232;s la chute de la dictature des colonels furent des partis de masse, mais aussi des partis d'Etat : c'est-&#224;-dire tr&#232;s li&#233;s &#224; l'Etat et &#224; la redistribution des postes et des ressources qu'ils pouvaient contr&#244;ler gr&#226;ce &#224; leur contr&#244;le de l'appareil d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PASOK et Nea Demokratia travaillaient gr&#226;ce &#224; des r&#233;seaux client&#233;laires. Cela n'impliquait pas seulement les faveurs traditionnelles entre les &#233;lites existantes, mais bien un client&#233;lisme bas&#233;s sur de grands appareils bureaucratiques, y compris le mouvement syndical. Nea Demokratia est en v&#233;rit&#233; un &#171; parti populaire de droite &#187;, comparable &#224; la d&#233;mocratie-chr&#233;tienne allemande et qui pouvait compter sur une aile syndicale assez significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Aujourd'hui, il n'y a pas de rapports entre SYRIZA et le PASOK&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Hors de la Gr&#232;ce, il est difficile d'imaginer le gouffre qui s&#233;pare le PASOK non seulement de la gauche radicale, mais aussi de la soci&#233;t&#233; grecque elle-m&#234;me. Depuis les ann&#233;es 1990, pour le KKE, et depuis le milieu de la d&#233;cennie 2000 pour Syriza, il n'y a pas d'alliance possible ou d&#233;sirable entre le PASOK et la gauche radicale, &#224; aucun niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Donc, la raison pour laquelle il existe un cordon sanitaire autour du PASOK, c'est que le reste de la gauche grecque ne le consid&#232;re plus comme un parti de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Tu dois comprendre une chose sur le langage de la gauche grecque. Jusqu'en 1974, il n'y eut aucun parti socialiste en Gr&#232;ce et, dans notre lexique politique grec, dire : &#171; Je suis de gauche &#187; signifie : &#171; Je suis &#224; la gauche du PASOK &#187;. En v&#233;rit&#233;, le PASOK n'a jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme un parti de gauche au sens grec du mot. En Gr&#232;ce, la gauche est li&#233;e &#224; la tradition communiste, au sens large du terme. Et cela exclut les sociaux-d&#233;mocrates comme le PASOK.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Parlons du recentrage de la ligne de SYRIZA durant cette derni&#232;re ann&#233;e. Que s'est-il pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Essentiellement, ce dont nous parlons &#224; propos du d&#233;nomm&#233; recentrage du parti concerne le fait que le discours du parti est devenu une sorte de discours &#224; deux ou trois niveaux. Tsipras et la direction du parti ont d&#233;velopp&#233; de nombreux niveaux de discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux &#233;conomistes du parti &#8211; qui repr&#233;sentent r&#233;ellement les tendances les plus droiti&#232;res au sein de SYRIZA, Yanis Dagrasakis et Gorgios Stathakis, d'une mani&#232;re beaucoup plus directe dans le cas de Stathakis et avec beaucoup plus de man&#339;uvre tactique dans le cas de Dragasakis &#8211; ont d&#233;velopp&#233; leurs propres approches distinctives des th&#232;mes &#233;conomiques, qui sont syst&#233;matiquement distincts des d&#233;cisions prises par les congr&#232;s du parti et de sa position officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;quemment, Tsipras a d&#251; intervenir pour r&#233;tablir quelque &#233;quilibre, mais ce processus signifie que la position initiale, la position du congr&#232;s en 2013, a &#233;t&#233; lav&#233;e. Par exemple, Dragasakis et Stathakis affirm&#232;rent qu'un gouvernement de SYRIZA n'agirait jamais unilat&#233;ralement par rapport &#224; la dette, mais la d&#233;cision du congr&#232;s du parti dit explicitement que toutes les armes sont pos&#233;es sur la table et qu'on ne peut rien &#233;carter si les cr&#233;anciers exercent un chantage sur un gouvernement de SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux ont &#233;t&#233; parfois peu clairs, en fonction de l'interlocuteur et de l'assistance qu'ils avaient en face, y compris sur la question de l'annulation des m&#233;morandums ou sur le fait pour SYRIZA de demander l'annulation de toute la dette ou seulement d'une partie de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, ces derniers temps, Tsipras a beaucoup voyag&#233;. C'&#233;tait n&#233;cessaire, parce qu'il dirige un parti qui avait jusqu'&#224; r&#233;cemment environ 5 % des votes et manquait de toute cr&#233;dibilit&#233; comme chef d'Etat. Il avait besoin d'am&#233;liorer sa cr&#233;dibilit&#233;, pour ne pas dire sa connaissance de la sc&#232;ne internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, il a visit&#233; des lieux ou des institutions patronn&#233;s par l'establishment ou m&#234;me par l'oligarchie &#233;conomique, comme le Forum Ambrosetti. Ce sont des clubs tr&#232;s ferm&#233;s o&#249; les gens les plus importants du commerce et de la finance se r&#233;unissent pour discuter. Tsipras donnait l'impression, dans ces lieux, de pr&#233;senter une version beaucoup plus timide du cadre du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, lors de son s&#233;jour &#224; New York, dans son discours au Brooking Institute, il fit des r&#233;f&#233;rences r&#233;p&#233;t&#233;es au New Deal et &#224; Franklin Roosevelt. A Austin (Texas), il dit que SYRIZA n'abandonnerait jamais l'euro, alors que la position du parti &#8211; et lui-m&#234;me l'a dit ensuite &#8211; &#233;tait que nous ne voulions pas rester inconditionnellement dans l'euro, sans nuances, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a cr&#233;&#233; l'impression que, sur les th&#232;mes strat&#233;giques les plus cruciaux, SYRIZA n'a pas une clart&#233; compl&#232;te et qu'il tient diff&#233;rents types de discours, provoquant donc le scepticisme sur ses intentions r&#233;elles et sur sa d&#233;termination &#224; r&#233;sister aux pressions dont toute personne sens&#233;e sait qu'un gouvernement de SYRIZA devra affronter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a d&#233;clench&#233; constamment des cycles de d&#233;bats et d'argumentations internes dans le parti. Le r&#233;sultat de ce processus, parfois douloureux, fut tr&#232;s infructueux. Je pense que ce fut n&#233;cessaire, mais &#8211; comme je l'ai dit &#8211; parfois douloureux. Finalement, &#231;a a eu un co&#251;t, mais au moins SYRIZA n'a pas reni&#233; publiquement ses promesses fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous le voyons maintenant en r&#233;alit&#233;. Malgr&#233; un manque de clart&#233; sur les moyens pour r&#233;aliser nos promesses, il est devenu clair pour tous que la proposition de SYRIZA a tr&#232;s peu &#224; voir avec l'agenda de tout parti social-d&#233;mocrate europ&#233;en actuel. C'est un agenda de v&#233;ritable rupture avec le n&#233;o-lib&#233;ralisme et l'aust&#233;rit&#233;. SYRIZA appara&#238;t comme porteur d'un type de culture politique li&#233; &#224; un radicalisme social, politique et y compris id&#233;ologique, qui est toutefois tr&#232;s inscrit dans l'ADN du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas qu'il ne peut pas y avoir de surprises ; cela ne signifie pas que nous ayons des garanties que les choses ne finiront pas mal. Mais cela signifie qu'il existe une possibilit&#233; de d&#233;placer, de mani&#232;re d&#233;cisive, le rapport de forces entre les classes. En Gr&#232;ce, le peuple est conscient, dans un &#233;ventail de forces beaucoup plus large maintenant, qu'il s'agit de la seule possibilit&#233; r&#233;elle et que si nous sommes battus, ce serait une d&#233;faite pour toute la p&#233;riode historique &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Y a-t-il eu un effet collat&#233;ral de ce processus durant la derni&#232;re p&#233;riode ? John Milios est connu dans le monde anglophone pour ses livres et maintenant pour son entretien avec The Guardian et il semble avoir pris ses distances avec la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : R&#233;cemment, Milios n'avait pas une position strat&#233;gique tr&#232;s sp&#233;cifique dans la principale &#233;quipe &#233;conomique (Dragasakis et Stathakis menaient le jeu). Son r&#244;le consista &#224; fournir une esp&#232;ce d'argumentation marxiste contre les adeptes d'une rupture, ou d'une claire rupture, avec l'Union europ&#233;enne, et plus sp&#233;cifiquement sur le th&#232;me de l'euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milios a fourni de nombreux arguments de type marxiste et radical en disant que rompre avec l'euro signifiait la d&#233;valuation du travail, un recul vers des positions nationalistes. Il accusait plus ou moins - d'une mani&#232;re qu'il avait d&#233;velopp&#233; th&#233;oriquement pour lui-m&#234;me durant des d&#233;cennies &#8211; les partisans d'une rupture avec l'euro de recycler le vieux type de cadre &#171; d&#233;veloppementiste &#187; des ann&#233;es 1970 du centre vers la p&#233;riph&#233;rie, et d'avoir pour v&#233;ritable projet politique le d&#233;veloppement d'un capitalisme grec nationalement centr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de cette perspective, il pr&#233;sumait qu'&#233;viter &#224; tout prix la rupture avec l'euro fonctionnait comme une garantie mystique pour une perspective internationaliste et socialiste. Cela signifiait, en termes de choix concrets, que Milios d&#233;fendait les positions timidement r&#233;formistes de Dragasakis et Stathakis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milios a commenc&#233; de s'en distancer &#224; deux niveaux. Premi&#232;rement sur la question des alliances politiques o&#249; il est clair que, sans nuances, il ne veut pas d'une ouverture aux personnes qui viennent du PASOK ou qui sont des vieux &#233;l&#233;ments de l'establishment. Il rejette aussi l'adoucissement des aspects anti-n&#233;o-lib&#233;raux du programme. Je pense qu'il est tr&#232;s d&#233;&#231;u par le fait que finalement SYRIZA n'a pas une &#233;laboration sp&#233;cifique sur le th&#232;me de la r&#233;forme fiscale (qui &#233;tait un de ses principaux th&#232;mes), c'est-&#224;-dire des politiques redistributives audacieuses (pr&#233;lever des imp&#244;ts sur les riches, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est assez peu clair ce que fera SYRIZA avec les banques et avec les privatisations. Certainement, il annulera au moins quelques-uns des cas les plus scandaleux de liquidation des actifs publics &#224; des prix compl&#232;tement ridicules. Mais les affirmations r&#233;centes de Dragasakis et Stathakis sur les banques et les privatisations sont tr&#232;s r&#233;confortantes, en recul clair sur les d&#233;cisions et les promesses du congr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, il y a des th&#232;mes tr&#232;s importants qu'un gouvernement de SYRIZA devra affronter, m&#234;me pas &#224; long ou &#224; moyen terme, mais imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Peut-&#234;tre peux-tu nous dire quelque chose sur la s&#233;rie de candidats choisis par la majorit&#233; avant les prochaines &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je pense qu'une fois de plus, c'est une question tr&#232;s r&#233;elle dans le parti. Au niveau des branches du parti, et aussi au niveau des r&#233;gions, toutes les tentatives de cette vieille &#233;lite politique &#8211; localement ou nationalement &#8211; de s'infiltrer, de conqu&#233;rir des postes ou des positions, ont &#233;chou&#233;. Elles furent rejet&#233;es par des majorit&#233;s &#233;crasantes, et cela indique aussi que la Plateforme de gauche et la &#171; gauche large &#187; du parti ne sont pas des secteurs isol&#233;s, mais qu'elles peuvent r&#233;ellement imposer leurs visions sur des th&#232;mes tr&#232;s cruciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action de Tsipras et de la direction consista d'abord &#224; retarder syst&#233;matiquement les sessions du comit&#233; central, paralysant ainsi ce niveau des prises de d&#233;cisions. Gr&#226;ce &#224; cela, la direction obtint carte blanche pour 50 des 450 candidat-e-s (il y a 300 parlementaires, mais il y avait 450 candidat-e-s). En clair, c'est seulement maintenant que nous connaissons la composition finale de toutes les listes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une collaboration avec DIMAR &#233;choua &#224; cause de la r&#233;action qu'elle rencontra. De nombreux candidats, aussi &#224; l'&#233;chelle locale, furent rejet&#233;s par les f&#233;d&#233;rations et les branches locales. Et maintenant il y a une bataille &#224; propos des personnes qui ont &#233;t&#233; parachut&#233;es sur d&#233;cision du sommet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le fait que Costas Lapavitsas ait &#233;t&#233; accept&#233; comme candidat repr&#233;sente un succ&#232;s important. Il y eut une discussion &#224; ce propos lors des &#233;lections europ&#233;ennes, et finalement sa candidature avait &#233;t&#233; rejet&#233;e par la majorit&#233; de la direction du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tr&#232;s important, parce que Lapavitsas n'est pas seulement un individu : il est r&#233;ellement le symbole d'un cadre tr&#232;s sp&#233;cifique et d&#233;termin&#233; sur tout le th&#232;me de comment combattre la crise, l'Europe, la dette, l'ensemble des th&#232;mes &#233;conomiques. Et l'avoir sur la liste et comme parlementaire cr&#233;dibilise SYRIZA : lorsqu'il dit &#171; R&#233;ellement, toutes les options sont sur la table &#187;, il le dit vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Si SYRIZA gagne la premi&#232;re place aux &#233;lections parlementaires, il aura besoin de former une majorit&#233; parlementaire. Est-ce possible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je n'&#233;carterais pas une victoire &#233;crasante de SYRIZA. Les sondages lui donnent 35 %, nous ne sommes donc pas loin d'une majorit&#233; absolue, vu que le syst&#232;me &#233;lectoral grec donne un bonus de 50 si&#232;ges au parti vainqueur. Ainsi, il est possible et m&#234;me probable que SYRIZA remporte une majorit&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'il n'a aucun alli&#233; &#233;vident : le KKE a &#233;cart&#233; toute alliance, alors que DIMAR &#8211; qui faisait partie, il y a un an, de la coalition gouvernementale, a &#233;t&#233; balay&#233;. C'est l'une des difficult&#233;s &#224; affronter, mais nous ne devrions pas oublier que, d'une certaine mani&#232;re, cela exprime une question politique cruciale : apr&#232;s tout, certaines personnes veulent mod&#233;rer les positions de SYRIZA, en pensant aux concessions qu'il faudra faire pour pouvoir construire des alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lectorat grec est conscient de cela, et il pourrait tr&#232;s bien donner &#224; SYRIZA une majorit&#233; claire pour qu'il puisse faire avancer son programme sans devoir faire de concessions, en disposant d'une majorit&#233; parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Que penses-tu de l'attitude de Nea Demokratia, qui joue beaucoup la carte de la &#171; terreur rouge &#187; et de la peur du chaos si SYRIZA gagne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Il faut comprendre qu'apr&#232;s quatre ann&#233;es de m&#233;morandums, non seulement la droite grecque mais aussi le centre-gauche (ou ce qu'il en reste) sont des formations extr&#234;mement autoritaires, adeptes d'une politique de la main de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuel premier ministre, Antonis Samaras (Nea Demokratia), vient de l'aile nationaliste de ce parti, et son entourage provient en majorit&#233; de l'extr&#234;me-droite. Il s'agit d'une droite r&#233;actionnaire qui joue avec les r&#233;flexes profond&#233;ment anti-communistes d'une partie de la population grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement utilise une rh&#233;torique de peur : il n'a pas d'autres arguments. Cela fait partie de sa vision autoritaire, &#171; muscl&#233;e &#187;, de la politique. En cas d'&#233;chec de SYRIZA, les perspectives du pays seront tr&#232;s r&#233;actionnaires et autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Quelles sont les priorit&#233;s de SYRIZA pour la Gr&#232;ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Il y a quatre choses principales qu'il faut travailler &#8211; et je ne les mets pas dans un ordre particulier. La premi&#232;re consiste en des mesures d'urgente pour combattre les aspects les plus traumatiques du d&#233;sastre de ces derni&#232;res ann&#233;es : reconnecter la fourniture d'&#233;lectricit&#233; dans tous les foyers, des rations scolaires pour tous les enfants, et r&#233;tablir un service de sant&#233; digne de ce nom &#8211; actuellement, un tiers de la population est exclue du syst&#232;me de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde : d&#233;manteler le noyau dur des m&#233;morandums. Cela signifierait de remettre le salaire minimum &#224; son niveau d'avant 2010, ainsi que r&#233;cup&#233;rer les accords de n&#233;gociation collective et la l&#233;gislation sociale qui furent enti&#232;rement d&#233;truits. Cela ouvrirait un champ d'action pour les travailleurs et d&#233;boucherait sur des am&#233;liorations imm&#233;diates. Nous devons aussi nous d&#233;faire des imp&#244;ts absurdes sur la propri&#233;t&#233; que l'Etat a soutir&#233;s &#224; la population durant de nombreuses ann&#233;es. Tout cela n'est pas n&#233;gociable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me (&#224; travailler) est la dette, et ici il y aura une n&#233;gociation. Il n'y a pas de chances de mettre de l'ordre en Gr&#232;ce tant que les services de la dette sous le r&#233;gime du m&#233;morandum continuent de passer le pays &#224; la moulinette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu un bain de sang avec les coupes aux d&#233;penses publiques et sociales pour obtenir des budgets b&#233;n&#233;ficiaires afin de payer la dette et d'en finir avec la n&#233;cessit&#233; de la financer. C'est impraticable. Les budgets b&#233;n&#233;ficiaires ne pourront jamais &#234;tre suffisants pour payer les co&#251;ts de la dette, dont la charge a augment&#233; pendant que le PBI chutait &#8211; maintenant, la dette a atteint le 177 % du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin de trouver une solution &#224; cette situation. SYRIZA insistera sur une solution similaire &#224; celle qui fut demand&#233;e dans le cas de l'Allemagne en 1953 : annuler la plus grande partie de la dette, payer le reste d'apr&#232;s les termes d'une clause de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que ferons-nous en cas de refus des Europ&#233;ens ? Une fois de plus, toutes les options sont sur la table ; mais Syriza ne reculera pas, ni ne se laissera soumettre &#224; un chantage, au contraire d'Anastassiades, le pr&#233;sident chypriote de droite, au printemps 2013, quand le parlement de son pays a rejet&#233; unanimement le plan de sauvetage financier propos&#233; par l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me (&#224; travailler), c'est le d&#233;collage de l'&#233;conomie qui a &#233;t&#233; d&#233;truite, pour combattre le ch&#244;mage massif (26 %, et 50 % des jeunes) que la Gr&#232;ce exp&#233;rimente actuellement. Seul, l'investissement public peut y rem&#233;dier. C'est une question tr&#232;s compliqu&#233;e, mais nous avons besoin de relancer l'&#233;conomie d'une mani&#232;re qui corresponde aux besoins sociaux et environnementaux, en contraste avec la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Imaginons donc que les &#233;lections ont eu lieu et que SYRIZA a obtenu une majorit&#233; sans devoir se confier &#224; des alli&#233;s peu fiables. Une victoire &#233;crasante. Comme tu le sais, Paul Mason a &#233;crit une pi&#232;ce sur les p&#233;rils pour SYRIZA, dans les premi&#232;res semaines apr&#232;s un tel &#233;v&#233;nement, et sur les types d'&#233;normes pressions dont il ferait l'objet, tant de la part des march&#233;s que de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, la ligne de Tsipras consiste &#224; mettre entre parenth&#232;ses l'Union europ&#233;enne et &#224; penser que ce serait suffisant, que la crise que la Gr&#232;ce causerait dans l'eurozone serait suffisante pour calmer les choses. Quelle est ta perception de cette strat&#233;gie, et comment SYRIZA est-il pr&#233;par&#233; &#224; ce type de pression ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Premi&#232;rement, on ne se rend pas compte de la violence du climat politique g&#233;n&#233;ral et des campagnes &#233;lectorales en Gr&#232;ce. Honn&#234;tement, &#231;a ressemble bien plus &#224; une campagne &#233;lectorale d'un pays d'Am&#233;rique latine que d'un pays europ&#233;en.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le cadre et les types de rh&#233;torique et de discours d&#233;velopp&#233;s par le gouvernement actuel et par les medias consistent &#224; montrer SYRIZA comme une force fondamentalement ill&#233;gitime. C'est leur signification profonde : dire qu'apr&#232;s l'arriv&#233;e de SYRIZA au pouvoir, le sc&#233;nario sera totalement apocalyptique : la Gr&#232;ce sera expuls&#233;e de l'eurozone, les rayons des supermarch&#233;s seront vides. Ils font m&#234;me des photomontages avec des rayons vides, ou pr&#233;tendument vides, au Venezuela et en Argentine, avec le message : &#171; Voil&#224; ce qui se passera en Gr&#232;ce &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, cette intimidation a beaucoup &#233;t&#233; aid&#233;e, sp&#233;cialement avec les diverses prises de position formul&#233;es par des autorit&#233;s de l'Union europ&#233;enne durant la derni&#232;re p&#233;riode. Toutes furent tr&#232;s hostiles &#224; SYRIZA, toutes repr&#233;sentent une forme d'intimidation. SYRIZA doit l'affronter, il faut affronter cette situation. Le cadre actuel, c'est que nous ne reconsid&#233;rerons pas nos demandes, que nous ne les diluerons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, SYRIZA veut rassurer l'&#233;lectorat sur le fait qu'il existe en Europe des personnes et des forces plus ouvertes &#224; la n&#233;gociation et &#224; quelques formes de concession. Par exemple, Tsipras a &#233;crit un article tr&#232;s malheureux, sugg&#233;rant que les gouvernements italien et fran&#231;ais prenaient quelque distance avec les politiques d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, on rel&#232;ve des affirmations des sociaux-d&#233;mocrates allemands ou un article chez Bloomberg, affirmant qu'il n'existe pas de possibilit&#233; d'un &#171; Grexit &#187; [ndt : acronyme de &#171; Greece &#187; et de &#171; exit &#187; : Gr&#232;ce et sortie], qu'il ne s'agit pas d'un sc&#233;nario plausible, que personne n'y pense. Mais le quid de la question, c'est que la forme dont SYRIZA est pr&#233;sent&#233; par les medias europ&#233;ens dominants a chang&#233; dans les derni&#232;res semaines ou dans les derniers jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie ce changement ? Auparavant, la ligne &#233;tait &#171; Ce sont des gauchistes durs, ce sont une menace, nous devrions les affronter et les &#233;craser &#187;, etc. Une hostilit&#233; ouverte. Maintenant le ton est &#171; En r&#233;alit&#233;, ils sont p lus raisonnables qu'ils paraissaient et, en tout cas, &#231;a ne changera pas beaucoup &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la ligne que, quoique tu fasses, tu devras rester dans le cadre existant : certaines personnes jouent au bon policier et d'autres au mauvais policier. Mais la r&#233;alit&#233;, c'est que la cage de fer est pourtant l&#224; et l'espace que tu as pour te mouvoir est en r&#233;alit&#233; inexistant. Je pense que la position mod&#233;r&#233;e dans le parti est compr&#233;hensible jusqu'&#224; un certain point &#8211; parfois, dans certaines circonstances, un type de discours plus d&#233;fensif peut &#234;tre n&#233;cessaire - ; mais le probl&#232;me, c'est qu'il ne pr&#233;pare pas les personnes dans la soci&#233;t&#233; &#224; ce qui viendra in&#233;vitablement en cas de victoire de SYRIZA : les d&#233;cisions pour implanter compl&#232;tement le programme d&#233;boucheront sur une confrontation, &#224; l'int&#233;rieur comme avec le reste de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, je pense qu'y compris dans la campagne &#233;lectorale la gauche de SYRIZA a un r&#244;le &#224; jouer : en restant fid&#232;le, d'une mani&#232;re tr&#232;s loyale, au programme, etc., mais en soulignant le fait que les choses ne seront pas faciles, que nous devons &#234;tre pr&#233;par&#233;s &#224; une bataille s&#233;rieuse et que nous devons souligner cela, en fonction des moments et des types de faiblesse dans les positions de la majorit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Tsipras joue parfois cette carte, de sorte qu'il y a un jeu constant pour &#233;quilibrer ces diverses contradictions. Si tu prends les choses avec une certaine distance, les contradictions se trouvent dans la situation elle-m&#234;me, au sens qu'il serait difficile de ne pas avoir ce type de contradictions dans la situation existante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous parlons d'une situation o&#249; le niveau de mobilisation sociale a &#233;t&#233; tr&#232;s bas pendant une p&#233;riode assez significative ; le contexte est &#233;lectoral et pas insurrectionnel. Le rapport de force international est d&#233;favorable &#224; SYRIZA, malgr&#233; les r&#233;cents d&#233;veloppements en Espagne. G&#233;n&#233;ralement, en Europe, il est assez clair qu'un gouvernement de SYRIZA serait pas mal isol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, ces vacillations, ces ambigu&#239;t&#233;s et ces oscillations sont en partie in&#233;vitables ; nous devons rester lucides quant au fait qu'il s'agira de choisir entre faire face &#224; la confrontation ou nous rendre. Je pense qu'il n'existe pas d'options interm&#233;diaires entre la reddition et la confrontation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Abordons la question de la dette et de l'euro, ce sont les principaux clivages et les questions essentielles de la gauche radicale. En partie, elles sont reprises tant par la Plateforme de gauche &#224; l'int&#233;rieur de SYRIZA que par ANTARSYA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils affirment que ce sont des questions-cl&#233; que la majorit&#233; n'aborde pas de mani&#232;re ad&#233;quate, &#233;vite ou tente de refouler. Peux-tu dire quelque chose sur son importance symbolique et, plus concr&#232;tement, son importance strat&#233;gique, &#224; la lumi&#232;re d'une possible victoire de SYRIZA ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Il y a l&#224; beaucoup de questions en une. Commen&#231;ons par le niveau symbolique : je pense qu'en termes d'h&#233;g&#233;monie politique, il n'y a pas de doute sur le fait que l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique de la classe dominante en Gr&#232;ce s'est bas&#233;e sur le projet europ&#233;en, sur l'id&#233;e qu'en se joignant au processus de la construction europ&#233;enne la Gr&#232;ce se transformerait en un pays &#171; moderne &#187;, un pays &#171; europ&#233;en occidental d&#233;velopp&#233; &#187; et se joindrait d&#233;finitivement et irr&#233;versiblement au club de la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne occidentale la plus d&#233;velopp&#233;e et la plus avanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense donc qu'il s'agit d'une sorte de fantaisie de longue dur&#233;e de la nation grecque depuis son ind&#233;pendance : se transformer en une partie compl&#232;tement accept&#233;e du monde europ&#233;en occidental, pour ainsi dire. Et il semblait, dans la premi&#232;re d&#233;cennie apr&#232;s que la Gr&#232;ce se soit jointe &#224; l'euro, que cette fantaisie &#233;tait devenue r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, on ne devrait pas sous-estimer la force symbolique de l'euro : nous pouvons penser ici &#224; l'analyse de Marx sur le r&#244;le de l'argent et de sa circulation, et toute la valeur symbolique attach&#233;e &#224; cela. Et &#231;a fonctionne. Tous savent qu'avant la crise, avant les m&#233;morandums, la Gr&#232;ce (ainsi que les autres pays de la p&#233;riph&#233;rie europ&#233;enne) avait les plus hauts niveaux d'approbation, tant du projet europ&#233;en que de la monnaie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que c'est une mentalit&#233; typique d'un pays subalterne. Bien s&#251;r, ces niveaux d'appui ont dramatiquement chut&#233; durant la crise, n&#233;anmoins la r&#233;alit&#233; actuellement est beaucoup plus ambivalente que cela : d'un c&#244;t&#233;, il y a une m&#233;fiance envers l'Union europ&#233;enne, parce qu'elle impose les m&#233;morandums et la domination de la Tro&#239;ka.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, il semble que, dans un &#233;tat de d&#233;sespoir, les gens s'accrochent aux derniers restes de leur statut symbolique ant&#233;rieur. Parfois ils sont m&#234;me plus d&#233;sesp&#233;r&#233;s par l'id&#233;e de perdre leur statut ou leur suppos&#233; statut comme membres du &#171; club &#187; des pays europ&#233;ens les plus avanc&#233;s. Les choses sont donc assez complexes au niveau du sens commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, par rapport aux strat&#233;gies politiques, les courants dans SYRIZA et, plus particuli&#232;rement ceux qui viennent d'un certain fond eurocommuniste (et dans une moindre mesure, les courants qui viennent d'un fond plus mouvementiste) affirment un fort sentiment d'appui au projet europ&#233;en comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, les courants venus de la gauche du KKE (c'est le cas du Courant de gauche, essentiellement) sont traditionnellement beaucoup plus hostiles &#224; l'int&#233;gration europ&#233;enne et ont maintenu depuis le commencement de la crise une attitude beaucoup plus n&#233;gative envers l'euro et l'Union europ&#233;enne comme institution ou comme ensemble d'institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais pas &#224; partir d'une perspective nationaliste de gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : C'est, je crois, une erreur de dire que les courants venus du KKE sont des courants nationalistes de gauche. Disons qu'il existe une tradition patriotique de gauche, tr&#232;s li&#233;e &#224; la lutte antifasciste. Mais si tu prends, par exemple, le conflit avec la Mac&#233;doine, ou les relations avec la Turquie, le KKE et ceux qui viennent de sa matrice ont des positions extr&#234;mement timides sur la Turquie ou dans le cas de la Mac&#233;doine. Le KKE fut le seul parti &#224; ne pas prendre part au d&#233;nomm&#233; consensus national au d&#233;but des ann&#233;es 1990 contre la reconnaissance nationale de la Mac&#233;doine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de SYRIZA, les forces de la Plateforme de gauche ont d&#233;velopp&#233; une critique principielle &#224; l'Union europ&#233;enne comme telle et ils voient la Gr&#232;ce faisant partie de l'eurozone comme une dimension-cl&#233; du probl&#232;me. Si tu n'es pas pr&#234;t &#224; rompre avec l'eurozone, s'il s'agit de l'unique option qui reste dans le cas d'un chantage similaire &#224; celui de Chypre, tu auras d'avance les mains li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; de SYRIZA s'est oppos&#233;e fortement &#224; ce cadre et a propos&#233; des arguments qui superficiellement paraissent tr&#232;s gauchistes, en disant que ce cadre m&#232;ne &#224; une capitulation devant les solutions nationales. Ils ne critiquent pas seulement un manque d'internationalisme, mais m&#234;me un manque d'anticapitalisme, parce que le projet sous-jacent &#224; cela, disent-ils, est un retour au capitalisme national. Cela correspond fortement &#224; ce qui dit la gauche radicale europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Sous l'influence de Antonio Negri, ou de ce type de positions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Par rapport &#224; la majorit&#233; de SYRIZA, je pense qu'elle n'est pas sous l'influence de Negri. Celui-ci peut avoir jou&#233; un r&#244;le chez les composantes les plus mouvementistes, mais en ce qui concerne la majorit&#233; de SYRIZA, je pense que le r&#244;le principal est jou&#233; par Die Linke et la Fondation Rosa Luxemburg. Ils jouent un r&#244;le dans la diffusion d'une s&#233;rie de th&#232;mes comme un agenda pour une r&#233;forme interne de l'Union europ&#233;enne et une compression de la crise et sa sortie comme constituant essentiellement une question de redistribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cela, il y a l'id&#233;e que nous devons changer le rapport de forces directement au niveau de l'Union europ&#233;enne, en &#233;vitant tout type de mouvement unilat&#233;ral au niveau national. Toute autre strat&#233;gie est qualifie de r&#233;gressive parce qu'elle d&#233;montre une nostalgie du vieil Etat-nation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce furent les termes du d&#233;bat. La question de l'euro est devenue une ligne de division. L'autre th&#232;me, tout aussi important, est celui de la dette. Ici, la g&#233;om&#233;trie ou les termes du d&#233;bat ne sont pas les m&#234;mes. Des gens qui ne sont pas en faveur de rompre avec l'euro sont partisans d'une attitude radicale sur la dette. Ils consid&#232;rent s&#233;rieusement que ce d&#233;faut pourrait &#234;tre in&#233;vitable ou au moins doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une arme dans la n&#233;gociation sur la restructuration de la dette grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche de la majorit&#233; de SYRIZA, c'est qu'il faut distinguer les deux questions. Et commencer le processus avec la discussion de la dette. Si tu es d'accord avec cette logique, vu que la rupture avec l'aust&#233;rit&#233; et les m&#233;morandums n'est pas n&#233;gociable, tu es en position de renverser le chantage, le faible contre le fort. Tu romps avec l'aust&#233;rit&#233; unilat&#233;ralement, et alors Merkel &amp; Co n'auront plus d'autre choix que d'accepter une restructuration positive de la dette en faveur du pays d&#233;biteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que les termes de ce d&#233;bat sont, d'une certaine mani&#232;re, circulaires. La question r&#233;elle est la suivante : tous sont d'accord que la rupture avec l'aust&#233;rit&#233; et l'action unilat&#233;rale par rapport au m&#233;morandum repr&#233;sentent l'unique sortie de la situation actuelle. Et sur ce th&#232;me nous pouvons avoir l'appui de la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233; grecque, ce qui est un aspect d&#233;cisif de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, la question est de savoir si cela peut se produire dans le cadre de l'eurozone ou non. Je pense qu'il s'agit toutefois d'une question ouverte, &#224; laquelle seule la pratique donnera une r&#233;ponse effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon opinion, et celle de la Plateforme de gauche, est que ces th&#232;mes ne peuvent &#234;tre r&#233;solus sans combat sur cette question. Les th&#232;mes de la dette et les m&#233;morandums sont les preuves d'acidit&#233; de l'approche faite par la majorit&#233; de SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'attitude du KKE, tr&#232;s rapidement, fut quasi-imm&#233;diatement : &#171; C'est un faux d&#233;bat, peu nous importe la monnaie &#187;. Leur slogan officiel est &#171; Ni l'euro, ni la drachme, si nous sommes &#224; l'int&#233;rieur du capitalisme, peu importe si nous sommes pour l'Union europ&#233;enne ou non &#187;. Ils disent que ceux qui appellent &#224; rompre avec l'euro sont les ennemis les plus dangereux, parce que c'est vouloir distraire de l'objectif r&#233;el de la lutte de classes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Ni la drachme, ni l'euro, le rouble et le socialisme international !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Bon, tu peux sortir le rouble de l'&#233;quation, mais il y a un type de pouvoir ouvrier mythique. On convertit cela en ligne de d&#233;marcation, imm&#233;diate, entre r&#233;formistes et r&#233;volutionnaires, en sous-estimant totalement par l&#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) le rapport de forces dans la soci&#233;t&#233; grecque et la position de la gauche radicale au sens strict&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) la confusion d'un objectif plus strat&#233;gique avec les objectifs et les revendications transitoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultimatisme, qui pose cette question comme pr&#233;alable &#224; tout type d'approche politique radical, commun ou conjoint, a &#233;t&#233; rejet&#233; de mani&#232;re d&#233;cisive dans la conjoncture actuelle. Tout sugg&#232;re pour l'instant que ce n'est pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le message du type de chantage auquel se sont vus soumettre r&#233;cemment l'Irlande et Chypre et de l'actuelle optique des gouvernements europ&#233;ens, qui disent maintenant : &#171; D'accord, le Grexit peut &#234;tre &#233;vitable &#224; condition que vous vous mainteniez dans le cadre actuel. Peut-&#234;tre, vous n'&#234;tes pas aussi dangereux et mena&#231;ants que vous paraissez ou feignez de l'&#234;tre. De toute fa&#231;on, vous suivrez tr&#232;s rapidement le chemin que d'autres gouvernements de gauche ont d&#233;j&#224; suivi dans un pass&#233; r&#233;cent, dans diff&#233;rents pays europ&#233;ens, en commen&#231;ant par la France &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la Plateforme de gauche sera pr&#233;par&#233; &#224; ce qui vient et &#224; ce que nous avons devant nous, mais la mani&#232;re d'aborder la question ne consiste pas &#224; prendre la question de l'euro comme un pr&#233;alable, mais aussi &#224; rejeter nettement l'id&#233;e que nous devrions accepter des sacrifices ou des concessions pour rester dans l'eurozone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais dans un sens &#231;a ne r&#233;duit pas la diff&#233;rence sur ce point entre la majorit&#233; et la Plateforme de gauche &#224; un faux choix ? Le clivage ne para&#238;t pas si important et se circonscrit beaucoup sur les d&#233;clarations publiques, en partie performatives : feindre, confronter, demander &#224; Merkel et Cie de montrer leurs cartes. Ca ne para&#238;t pas tr&#232;s substantiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je crois que c'est beaucoup plus substantiel que ce que tu sugg&#232;res. Sur le papier, tu peux avoir un texte qui refl&#232;te ce type de promesses : &#171; Nous n'accepterons pas de sacrifices pour l'euro &#187;, &#171; Toutes les options sont sur la table, mais notre option n'est pas de sortir de l'euro comme tel &#187;. Ce sont en v&#233;rit&#233; le type de formules que tu trouves dans tous les documents-cl&#233; du parti. Mais cette promesse est tr&#232;s instable et ce qui s'est pass&#233; r&#233;cemment l'a r&#233;v&#233;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des positions, d'une part, que &#171; nous devrions nous accrocher &#224; l'euro &#187; et, d'autre part, &#171; nous devrions nous pr&#233;parer &#224; tout type d'initiatives et d'objectifs &#187;. Le r&#233;sultat concret, c'est que SYRIZA n'est pas pr&#233;par&#233;. Il n'y a pas de plan B. Il n'y a pas eu une pr&#233;paration politique du parti, de la soci&#233;t&#233; grecque, du peuple. Et ce fait est utilis&#233; comme une forme de chantage sur la population grecque et il sera sans doute utilis&#233; &#224; l'avenir pour faire chanter un gouvernement dirig&#233; par SYRIZA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Seulement pour &#234;tre clairs : parlons-nous seulement de la sortie, de la potentielle sortie de l'eurozone, mais pas de l'Union europ&#233;enne ? Au sein de SYRIZA, personne ne propose la sortie de l'Union europ&#233;enne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Ce n'est pas totalement certain. Au minimum, le Courant de gauche est hostile &#224; l'Union europ&#233;enne comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais pourrait-on imaginer la Gr&#232;ce restant n&#233;anmoins membre de l'Union europ&#233;enne, sans &#234;tre dans l'eurozone ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Oui, mais &#231;a ouvre aussi tout un d&#233;bat sur les trait&#233;s europ&#233;ens comme tels et sur la mesure o&#249; ils sont compatibles pour suivre un type de chemin alternatif. D'apr&#232;s cette perspective, tu pourrais dire que la position du Front de gauche en France, au moins sur le papier, &#224; propos de la d&#233;sob&#233;issance aux trait&#233;s europ&#233;ens est ad&#233;quate ici. Except&#233; que, comme nous l'avons vu lors des r&#233;centes &#233;lections, m&#234;me si cette position figurait dans le programme, elle n'a jamais &#233;t&#233; appuy&#233;e, ni d&#233;velopp&#233;e, ni d&#233;fendue en public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Comment lier l'OTAN avec tout cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je pense que l'opposition &#224; l'OTAN fait fortement partie du code g&#233;n&#233;tique de la gauche radicale grecque. N&#233;anmoins, depuis le d&#233;but de la crise, l'opposition &#224; la domination de la Tro&#239;ka a surpass&#233; tout le reste. Il arrive m&#234;me que les Etats-Unis avec Obama sont per&#231;us maintenant par beaucoup, m&#234;me &#224; gauche, comme plus bienveillants que l'Allemagne de Merkel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense aussi qu'il y a un secteur de SYRIZA qui voit probablement les USA comme un contrepoids &#224; une Union europ&#233;enne domin&#233;e par Merkel. Je ne suis pas d'accord avec cela, et je crois qu'il y a un co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233; &#224; payer pour ce type d'options. Les gens qui disent ce type de choses en Gr&#232;ce tendent &#224; appuyer les alignements de l'Etat et des &#233;lites politiques en politique ext&#233;rieure, c'est-&#224;-dire une alliance avec Isra&#235;l ou tenter d'utiliser Isra&#235;l comme une carte par rapport &#224; la Turquie, en inversant pour cela l'axe ou l'alliance traditionnelle entre la Gr&#232;ce et le monde arabe, ou du moins avec des parties du monde arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tout cela, mon d&#233;saccord est total, mais on doit reconna&#238;tre que la perception selon laquelle la contradiction principale se trouve &#224; l'int&#233;rieur de l'Europe et d'une certaine mani&#232;re avec l'Allemagne, cette perception a d'une certaine mani&#232;re d&#233;plac&#233; la question de l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Ainsi, la sortie de l'OTAN ne fait pas partie du programme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : C'est aussi un point de d&#233;bat interne au sein de SYRIZA. La Plateforme de gauche est tr&#232;s favorable &#224; la sortie unilat&#233;rale de l'OTAN, mais les formulations pr&#233;dominantes dans la gauche radicale appellent &#224; la &#171; dissolution de l'OTAN &#187;. C'est la m&#234;me chose avec la dette. Nous n&#233;gocierons la dette, mais que se passera-t-il si l'autre partie n'est pas d'accord avec ta proposition ? Que signifie &#171; dissoudre l'OTAN &#187; ? R&#233;ellement, je ne le sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, je suis d'accord que ce n'est pas la priorit&#233; no 1 du gouvernement grec. On ne peut ouvrir simultan&#233;ment tous les fronts. Et le principal front &#224; ouvrir maintenant concerne certainement la Tro&#239;ka et les pouvoirs dominants de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Et sur la dette &#8211; corriges-moi si je me trompe -, j'ai l'impression que la Plateforme de gauche, ou au moins le dernier texte de Heiner Flassbeck et Lapavitsas, parle d'annuler une partie de la dette et para&#238;t diminuer l'importance de l'audit citoyen, qui fut tr&#232;s populaire autour d'ATTAC et du processus &#233;quatorien, comme processus participatif o&#249; la population ouvrirait les livres de comptes de l'Etat et examinerait toute la corruption et la mauvaise r&#233;partition, pour se r&#233;approprier par elle-m&#234;me le contr&#244;le des finances de l'Etat. Cela ne semble pas &#234;tre particuli&#232;rement au centre de la sc&#232;ne. On ne le voit pas comme un processus politique particuli&#232;rement de masse. Est-ce correct ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Il y a de nombreuses questions. Faire un audit de la dette fut l'une des demandes approuv&#233;es au congr&#232;s de SYRIZA, &#233;nonc&#233;e comme telle dans le document final. Mais elle fut l'une des d&#233;cisions qui ont &#233;t&#233; depuis lors pass&#233;es sous silence par la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est plus pr&#233;occupant, c'est que, bien qu'une campagne sur ce th&#232;me ait d&#233;but&#233; durant les deux premi&#232;res ann&#233;es de la crise, il eut une chute tr&#232;s s&#233;rieuse de ce type de revendications, qui n'appara&#238;t plus comme un th&#232;me tr&#232;s notoire dans le d&#233;bat public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes de Lapavitsas mettent beaucoup de poids sur cette question. Quand les textes sont &#233;crits par lui et par Flassbeck, il doit suivre une ligne plus consensuelle, et certains th&#232;mes &#8211; dont celui de l'audit &#8211; sont mis de c&#244;t&#233;. C'est l'une des questions qui, d'une mani&#232;re tr&#232;s positive, pourraient et devraient &#234;tre r&#233;alis&#233;es pour une campagne internationale appropri&#233;e, vu que &#231;a peut &#234;tre un th&#232;me important autour duquel on peut mobiliser potentiellement un grand nombre de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne peut y avoir aucune discussion s&#233;rieuse sur la dette sans avoir r&#233;pondu &#224; la question : &#171; Que feras-tu si l'autre c&#244;t&#233; dit non ? &#187;. De nombreux d&#233;bats depuis 2012 tendent &#224; estomper cette question en affirmant que les concessions de l'autre partie sont d'une certaine mani&#232;re in&#233;vitables. Or, ce n'est tout simplement pas le cas.&lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;br class='autobr' /&gt;
SB : Imaginons-nous en juillet 2015. SYRIZA a gagn&#233; les &#233;lections, la position de la Plateforme de gauche s'est confirm&#233;e, il y a un Grexit de l'eurozone, une annulation des m&#233;morandums et une nationalisation au moins partielle du syst&#232;me bancaire, la fin des privatisations, etc. A quel type de soci&#233;t&#233; ressemblerait la Gr&#232;ce en juillet 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous savons tous que le socialisme dans un seul pays ne fonctionne pas. Dans quelle mesure une social-d&#233;mocratie de gauche dans un pays europ&#233;en pauvre, retard&#233;, sans acc&#232;s au cr&#233;dit international, exclu de l'eurozone, peut-il changer les choses ? Quel type de soci&#233;t&#233; serait-ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Avant tout, dans l'image que tu donnes de la situation, l'&#233;t&#233; 2015 &#8211; vu la situation que tu as d&#233;crite &#8211; sera le commencement du d&#233;faut grec. Parce que c'est cet &#233;t&#233; que quelques-uns des grands paiements de la dette grecque devront &#234;tre effectu&#233;s. Dans une situation de d&#233;faut grec et d'une sortie ou expulsion par cons&#233;quent de l'eurozone, il faudra affronter toute une s&#233;rie de difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toute exp&#233;rimentation jusqu'&#224; maintenant dans l'histoire de la transformation sociale s'est pass&#233;e dans un environnement international hostile. Ici, la question du temps et de la temporalit&#233; est absolument cruciale. La politique porte essentiellement sur l'intervention dans un moment particulier et le d&#233;placement de la temporalit&#233; dominante et l'invention d'une nouvelle. Bien s&#251;r, strat&#233;giquement, le socialisme dans un seul pays n'est pas viable. Et la transformation sociale en Europe arrivera seulement s'il y a une dynamique d'expansion autour d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma r&#233;ponse sera la suivante : ce sera certainement dur pour la Gr&#232;ce, mais ce sera toutefois g&#233;rable s'il y a un fort appui social aux objectifs propos&#233;s par le gouvernement sur le plan politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un gouvernement de gauche se mouvant dans cette direction, la Gr&#232;ce provoquera une &#233;norme vague d'appui dans des secteurs tr&#232;s grands de l'opinion publique en Europe ; dans une mesure que nous ne pouvons imaginer, elle dynamisera la gauche radicale dans les pays o&#249; existe le potentiel pour que cette gauche intervienne fortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne est le candidat le plus clair pour une extension d'un sc&#233;nario de type grec, mais je pense que, m&#234;me si cela para&#238;t improbable maintenant, la France est aussi un maillon potentiellement faible dans l'Union europ&#233;enne, si le vent du sud souffle suffisamment fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais nous avons l'exp&#233;rience d'une soci&#233;t&#233; qui, comme la Gr&#232;ce, est une formation sociale capitaliste, avec une bourgeoisie priv&#233;e, avec un gouvernement r&#233;formiste radical ou m&#234;me r&#233;volutionnaire en place, qui a aussi un &#233;norme avantage sur lequel se baser, &#224; savoir les r&#233;serves p&#233;troli&#232;res, et qui a pu obtenir un certain type d'appui sur le reste du continent, avec des gouvernements ouverts ou m&#234;me pro-Ch&#225;vez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation en Gr&#232;ce est bien pire que celle de la r&#233;volution bolivarienne : moins d'avantages et moins d'appui international. Et la situation du Venezuela n'est pas si g&#233;niale aujourd'hui. Alors quelles r&#233;serves de confiance pouvons-nous avoir que la situation grecque sera meilleure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Premi&#232;rement, avant tout, au Venezuela nous avons un gouvernement de transformation sociale qui a dur&#233; quinze ans. Il n'y avait pas une forte tradition de gauche radicale au Venezuela, aucune tradition de luttes sociales comparables &#224; celles de la Gr&#232;ce ou &#224; celles du reste de l'Am&#233;rique latine. Le Venezuela &#233;tait vu comme un Dubai ou un &#233;mirat en Am&#233;rique latine. Tu peux lire Los pasos perdidos, une nouvelle d'Alejo Carpentier, pour avoir une sensation de la transformation d'une soci&#233;t&#233; dans une p&#233;riode de temps extr&#234;mement court, quand une soci&#233;t&#233; retard&#233;e bouge tr&#232;s rapidement vers quelque chose comme l'Arabie saoudite ou les Emirats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Mais avec une grande petite-bourgeoisie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : D'accord, une grande petite-bourgeoisie, mais certainement en rien comparable au Venezuela, o&#249; l'&#233;conomie informelle repr&#233;sente quelque chose comme 50 % de la population, sp&#233;cialement apr&#232;s les r&#233;formes n&#233;o-lib&#233;rales. En plus, les r&#233;serves p&#233;troli&#232;res furent une arme puissante, mais elles ont aussi emp&#234;ch&#233; toute transformation de la structure &#233;conomique du Venezuela. De sorte que c'est une &#233;p&#233;e &#224; double tranchant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon point de vue sur la Gr&#232;ce est donc :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) si nous avions une p&#233;riode de quinze ans o&#249; il n'y a pas de succ&#232;s qualitatifs, mais une transformation sociale, ce serait g&#233;nial ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) bien s&#251;r, la Gr&#232;ce est p&#233;riph&#233;rique, mais c'est la p&#233;riph&#233;rie interne du centre, ce qui signifie que le potentiel d&#233;stabilisateur de l'exp&#233;rience grecque est peut-&#234;tre meilleur pour le syst&#232;me capitaliste que le Venezuela ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) l'exp&#233;rience politique accumul&#233;e par les forces sociales et politiques en Gr&#232;ce &#8211; et je ne veux pas diminuer l'&#233;norme importance de ce qui s'est pass&#233; en Venezuela &#8211; est simplement incomparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ce a une tr&#232;s riche tradition de lutte sociale. La diff&#233;rence entre la solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce et des formes ant&#233;rieures de solidarit&#233;, c'est que maintenant il ne s'agit pas d'exprimer une solidarit&#233; avec des pays g&#233;ographiquement tr&#232;s &#233;loign&#233;s et qui ont des diff&#233;rences &#233;normes en termes de structure sociale et de niveau de d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ce est une p&#233;riph&#233;rie, si tu veux le prendre ainsi, mais c'est la p&#233;riph&#233;rie de l'Europe. Les processus politiques qui arrivent en Gr&#232;ce ont une capacit&#233; d'expansion bien sup&#233;rieure et plus directe dans cette partie du monde que les processus latino-am&#233;ricains, parce que la crise grecque fait partie de la crise majeure du capitalisme europ&#233;en. Et l'Europe, malgr&#233; sa position actuelle &#8211; tr&#232;s diff&#233;rente de sa position pass&#233;e -, est l'un des plus grands centres du capitalisme europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Que penses-tu de l'opposition interne ? Un sc&#233;nario de type chilien est-il cr&#233;dible si la pression de l'Union europ&#233;enne se r&#233;v&#232;le insuffisante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : R&#233;cemment, j'ai beaucoup lu sur le Chili ; entre autres, le merveilleux livre de Franck Gaudichaud sur les luttes ouvri&#232;res et les mouvements sociaux durant la p&#233;riode de l'Unit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande diff&#233;rence entre la Gr&#232;ce et le Chili, c'est qu'au Chili nous avions clairement une mont&#233;e du mouvement ouvrier et de forts partis de gauche (socialiste et communiste) profond&#233;ment implant&#233;s dans les masses populaires. Nous n'avons pas ce type de sujets sociaux et politiques en Gr&#232;ce : SYRIZA n'est certainement pas un parti de masse, aux liens avec les classes travailleuses et les masses rurales comparables &#224; ceux des partis de l'Unit&#233; populaire et de l'extr&#234;me-gauche chilienne &#224; cette &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, le danger principal ne vient pas de l'arm&#233;e. Les r&#233;cents &#233;v&#233;nements ont montr&#233; qu'il n'existe actuellement pas au sein de l'arm&#233;e des r&#233;seaux qui pourraient &#234;tre mobilis&#233;s &#224; court terme dans une direction de type putschiste. Par contre, il existe des r&#233;seaux de ce type dans la police, dans des secteurs de la justice et dans ce que nous pouvons appeler &#171; l'Etat profond &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien s&#251;r, comme tu le sais, Aube Dor&#233;e a r&#233;v&#233;l&#233; cela. Nous ne devrions pas oublier que, lorsque la direction d'Aube Dor&#233;e fut arr&#234;t&#233;e, deux cadres principaux de la police grecque et un membre des services de renseignements grecs furent arr&#234;t&#233;s en raison de leurs liens avec cette organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que ce sera la principale menace pour SYRIZA. Celle-l&#224; et les m&#233;dias. Il est clair que les m&#233;dias grecs sont l'&#233;quivalent des m&#233;dias v&#233;n&#233;zu&#233;liens. Le type de rh&#233;torique qu'ils utilisent, leur extraordinaire agressivit&#233; contre SYRIZA, la violence verbale et symbolique qu'ils d&#233;ploient pr&#233;parent le terrain pour quelque chose de plus violent et de plus concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Peux-nous nous parler d'une possible dialectique n&#233;gative entre ces forces de l'Etat et les anarchistes et les autonomes, ou des &#233;l&#233;ments ultra-gauches &#8211; l'id&#233;e que la r&#233;sistance de forces extra-parlementaires, vuln&#233;rables &#224; des agents provocateurs, etc., puisse &#234;tre utilis&#233;e comme une excuse pour accro&#238;tre la pression et la force de la police et provoquer des &#233;v&#233;nements qu'ils pourraient capitaliser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Bien s&#251;r on ne peut l'&#233;carter, parce que c'est une sc&#232;ne tr&#232;s opaque. N&#233;anmoins, je dirais que le milieu anarchiste est un courant tr&#232;s r&#233;el dans la soci&#233;t&#233; grecque. Il repr&#233;sente effectivement un certain secteur social, principalement dans la jeunesse. Bien s&#251;r, c'est une constellation de choses tr&#232;s diff&#233;rentes &#8211; beaucoup d'entre elles sont tr&#232;s rudimentaires &#8211; et il est difficile de parler de courants, de tendances, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, une partie significative de ce milieu a une vision assez positive de SYRIZA. SYRIZA a adopt&#233; une bonne position contre l'autoritarisme &#233;tatique : il a d&#233;fendu les anarchistes et g&#233;n&#233;ralement les personnes arr&#234;t&#233;es, notamment celles qui ont &#233;t&#233; traduites en justice apr&#232;s des affrontements avec la police, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une structure sp&#233;cifique proche du parti, le R&#233;seau pour les droits sociaux et politiques, tr&#232;s active dans la d&#233;fense des droits des personnes poursuivies par la justice (y compris les membres du groupe arm&#233; 17 novembre ou les anarchistes impliqu&#233;s dans des cas de gu&#233;rilla urbaine). Beaucoup de gens dans le parti sont intervenus et interviennent dans les tribunaux pour t&#233;moigner en faveur des accus&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela signifie qu'au moins les secteurs les plus politiquement conscients (mais assez significatifs) du milieu anarchiste ont une attitude positive envers SYRIZA. Dans le cas de Nikos Romanos, SYRIZA a pris une position tr&#232;s claire, tr&#232;s positive : Tsipras lui-m&#234;me est intervenu fortement pour que la gr&#232;ve de la faim ait un r&#233;sultat positif. Ce type de batailles doit donc &#234;tre gagn&#233; au niveau politique, et nous avons besoin de trouver un terrain o&#249; pouvoir &#233;tablir une relation politique avec une partie de ce milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Tous les noms que nous avons mentionn&#233;s jusqu'alors sont des hommes. Que dis-tu sur la politique de genre au sein de SYRIZA ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Comme culture politique, SYRIZA est un courant politique le moins machiste. C'est l'espace politique qui a les meilleurs liens politiques avec le f&#233;minisme et les mouvements LGBT, et il est r&#233;guli&#232;rement stigmatis&#233; comme parti des homosexuels, de la d&#233;fense des minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a une s&#233;rie de fortes figures f&#233;minines : probablement la plus importante est Zo&#233; Konstantopoulou, une avocate tr&#232;s connue, qui jouera un r&#244;le dans de futurs gouvernements en rapport avec la justice, et qui est attaqu&#233;e par la droite d'une mani&#232;re incroyablement machiste. Elle est tr&#232;s charismatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve aussi Nadia Valavani, maintenant tr&#232;s active en mati&#232;re de politique ext&#233;rieure. C'est une autre figure historique de la lutte contre la dictature : &#224; cette &#233;poque, elle appartenait &#224; la Jeunesse communiste. Ou Rena Dourou, qui a &#233;t&#233; &#233;lue pr&#233;f&#232;te de la r&#233;gion de l'Attique. Le groupe parlementaire de SYRIZA est de loin celui qui a le meilleur bilan de genre au parlement grec, et je pense que &#231;a continuera dans le nouveau parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, il y a une grande br&#232;che de genre et il reste beaucoup &#224; faire. Il faut un quota pour les corps organiques &#224; SYRIZA. Il faut un quota de 35 ou 40 % au comit&#233; central. Je crois qu'au niveau des candidats aux &#233;lections il y a un tr&#232;s fort engagement pour s'approcher de la .parit&#233; de genre. C'est une pr&#233;occupation constante &#224; tous les niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, il y a une br&#232;che entre cela et ce que tu obtiens en termes de personnes r&#233;ellement &#233;lues, mais r&#233;ellement je veux souligner le fait qu'en termes de culture politique SYRIZA &#8211; sur des th&#232;mes comme le genre, les minorit&#233;s, les droits des LGBT- repr&#233;sente culturellement quelque chose de distinct, d'&#233;trange par rapport au reste de la politique grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : En rapport avec la solidarit&#233; internationale : beaucoup d&#233;pendra de la mesure o&#249; Syriza peut arriver par-del&#224; les canaux traditionnels. Quelles formes cela pourrait-il prendre concr&#232;tement, vu qu'en ce moment les forces de gauche radicale ne d&#233;tiennent le pouvoir &#233;tatique dans aucun pays europ&#233;en ? Et qu'est-il possible de faire, par-del&#224; le d&#233;veloppement de la lutte des classes &#8211; et au-del&#224; de l'Europe, aux Etats-Unis, o&#249; se trouve Jacobin &#8211; en termes de solidarit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je voudrais aborder trois points. Premi&#232;rement, nous avons besoin de la solidarit&#233; des mouvements. Dans l'hypoth&#232;se d'un gouvernement de SYRIZA apr&#232;s le 25 janvier, un vaste mouvement de solidarit&#233; est n&#233;cessaire pour rompre son isolement et &#233;viter autant que possible le chantage des gouvernements europ&#233;ens. Nous avons besoin d'appui sur les th&#232;mes concrets de la dette, des mesures pour rompre avec l'aust&#233;rit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Donc, quelque chose comme l'id&#233;e de Bourdieu sur une assembl&#233;e europ&#233;enne des mouvements sociaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je pensais &#224; cela. Le second niveau, c'est qu'il y a une n&#233;cessit&#233; cruciale de rompre l'isolement politique comme tel. La meilleure solidarit&#233; avec la Gr&#232;ce consiste &#224; obtenir des succ&#232;s politiques dans ton propre pays et &#224; changer le rapport de forces. Bien s&#251;r, il a de nombreuses, probablement trop, d'attentes &#224; propos de la Gr&#232;ce sur ce front, mais sans cet exc&#232;s tu ne peux r&#233;ellement mobiliser et capter l'imagination du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc une dimension n&#233;cessaire, d&#233;clencher des succ&#232;s politiques r&#233;els. L'apparition de PODEMOS est la meilleure nouvelle possible pour SYRIZA. Le simple fait que la sc&#232;ne politique espagnole change tr&#232;s rapidement et ouvre un processus comparable &#224; celui de la Gr&#232;ce &#224; relativement court terme, est une bouff&#233;e d'air frais pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me niveau, je suis d'accord avec toi, c'est que nous avions besoins de nouveaux outils politiques sur le plan international. Nous avons le Parti de la gauche europ&#233;enne, des campagnes ou des structures comme L'Autre sommet, les restes des forces sociales. Bien s&#251;r, c'est mieux que rien, mais c'est tr&#232;s insuffisant, c'est inf&#233;rieur &#224; ce que requiert la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin d'une sorte de nouvelle Internationale, quelque chose de plus solide en termes de r&#233;seau international. Sans &#234;tre m&#233;galomane ou gr&#233;cocentrique, je pense qu'avec un gouvernement de SYRIZA Ath&#232;nes peut devenir un centre pour les processus politiques au niveau europ&#233;en et international. Ce dont nous avons besoin en cas d'un gouvernement de SYRIZA serait une importance convocation politique &#224; Ath&#232;nes : pas seulement pour appuyer SYRIZA, mais pour discuter s&#233;rieusement et pour aller plus loin de ce que nous avons jusqu'ici en termes d'outils politiques, qui n'est pas grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : Et construire SYRIZA comme un parti international ? Parce qu'en ce moment il para&#238;t que ses branches internationales sont construites principalement par des Grecs de la diaspora dans d'autres pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Je ne vois pas SYRIZA comme un mod&#232;le convenant pour tout. Il a des branches &#224; l'&#233;tranger parce que les Grecs sont relativement diasporiques. Ces structures peuvent donc jouer un r&#244;le ici et l&#224;, mais ce qui est essentiellement n&#233;cessaire c'est de connecter les forces fragment&#233;es de la gauche radicale dans chaque pays et de progresser sur des questions strat&#233;giques et programmatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SB : La derni&#232;re question est plus th&#233;orique. Nous vivons une p&#233;riode &#233;trange o&#249; de nombreuses id&#233;es et th&#233;ories formul&#233;es par les th&#233;oriciens radicaux que nous avons lu et discut&#233; pendant des ann&#233;es &#8211; et qui ont &#233;t&#233; principalement des d&#233;bats abstraits, dans des livres et des revues &#8211; se transforment en forces vives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu une p&#233;riode o&#249; les id&#233;es de Negri et de Holloway se sont converties en forces vives (le mouvement altermondialiste), et nous pouvons juger leurs succ&#232;s ou leurs failles. Maintenant nous vivons une p&#233;riode o&#249; nous avons deux principales forces politiques dans le sud de l'Europe. Dans les deux cas, je pense que nous pouvons dire cr&#251;ment mais exactement qu'ils correspondent &#224; un type de mod&#232;le particulier : un mod&#232;le de Laclau en Espagne et un mod&#232;le de Poulantzas en Gr&#232;ce. Premi&#232;rement, es-tu d'accord, et que pouvons-nous dire de cette situation ? Et, deuxi&#232;mement, que dirais-tu d'une formation politique poulantzanienne et laclausienne ? Et existe-t-il un troisi&#232;me terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SK : Premi&#232;rement, avant tout, je suis d'accord : c'est d&#233;finitivement le cas. A un niveau plus personnel, je peux dire que durant ces quatre derni&#232;re ann&#233;es j'ai relu beaucoup de ce qui d&#232;s le d&#233;but a &#233;t&#233; la base de ma culture politique, Gramsci et Poulantzas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lis beaucoup Gramsci pour comprendre les sp&#233;cificit&#233;s de la crise grecque et la forme dont la crise &#233;conomique se d&#233;veloppe vers une crise politique &#224; grande &#233;chelle ou crise &#171; organique &#187;, pour utiliser le terme gramscien, et le r&#244;le du niveau strictement politique pour intervenir dans ce qui paraissait au d&#233;but tr&#232;s ouvert, mais aussi tr&#232;s chaotique. Ce fut aussi utile pour penser les diff&#233;rences entre la situation grecque et le type d'approche typique gramscien sur la &#171; guerre de positions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, je vois une confirmation de l'attitude de l'option Gramsci-Poulantzas consistant &#224; prendre le pouvoir avec les &#233;lections, mais en le combinant avec les mobilisations sociales et en rompant avec la notion de double pouvoir comme une attaque insurrectionnelle contre l'Etat de l'ext&#233;rieur : l'Etat doit &#234;tre pris de l'int&#233;rieur et du dehors, par en haut et par en bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de l'autre c&#244;t&#233;, ce qui manque dans la &#171; guerre de positions &#187; traditionnelle, c'est que nous n'avons pas de positions fortes au sens gramscien, des organisations fortes et stabilis&#233;es des classes subalternes &#224; partir desquelles nous pouvons combattre dans des situations de confrontation prolong&#233;es. Actuellement, le mouvement syndical est tr&#232;s faible en Gr&#232;ce et il a &#233;t&#233; d&#233;sorganis&#233; par la crise ; les partis politiques de gauche, y compris SYRIZA, ne peuvent pas se comparer aux formations de masses du mouvement ouvrier du si&#232;cle pass&#233;. Nous n'avons donc pas ces forts blocs organis&#233;s &#224; partir desquels tu peux d'une certaine mani&#232;re progresser et construire une contre-h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la situation est beaucoup plus mobile sur le front de la confrontation sociale. Nous avons eu de grandes explosions, frisant des situations de type insurrectionnel, plus particuli&#232;rement de juin &#224; octobre 2011. Mais ceux qui attendaient une situation ressemblant &#224; une sorte de Tahrir grec se sont rapidement rendus compte que les choses ne se passeraient pas ainsi. Le niveau politique et aussi le niveau &#233;lectoral &#233;taient tr&#232;s strat&#233;giques. Raison pour laquelle, bien s&#251;r, la proposition d'un gouvernement anti-aust&#233;rit&#233; faite par SYRIZA a a capt&#233; l'humeur populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'ai aussi beaucoup lu Poulantzas, et sp&#233;cialement le dernier Poulantzas, non seulement sur le th&#232;me de la &#171; voie d&#233;mocratique au socialisme &#187;, mais aussi pour comprendre sp&#233;cifiquement les risques de l'&#233;volution de SYRIZA comme forme-parti et plus particuli&#232;rement la n&#233;cessit&#233; d'&#233;viter l'&#171; &#233;tatisation &#187; de SYRIZA. Le risque de ce type de strat&#233;gie est qu'avant avoir atteint le pouvoir ou imm&#233;diatement apr&#232;s, tu as d&#233;j&#224; &#233;t&#233; absorb&#233; par l'Etat. Et, bien s&#251;r, nous savons que l'Etat n'est pas neutre, qu'il reproduit les rapports de pouvoir capitalistes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc lu beaucoup pour comprendre strat&#233;giquement la situation. Et j'ai combin&#233; ces lectures avec les textes de Daniel Bensa&#239;d sur la n&#233;cessit&#233; de r&#233;orienter la pens&#233;e strat&#233;gique de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, la question que tu poses est vraiment importante, parce qu'il para&#238;t r&#233;ellement que la situation espagnole ressemble beaucoup &#224; celle de la Gr&#232;ce. Pour citer Bensa&#239;d, les Espagnols se sont rendus compte que les indign&#233;s n'&#233;taient pas une proposition autosuffisante, et que c'&#233;tait une &#171; illusion sociale &#187; de penser pouvoir changer la situation seulement gr&#226;ce au mouvement des indign&#233;s. D'autre part, PODEMOS est r&#233;ellement sui generis : il d&#233;veloppe tr&#232;s consciemment un cadre populiste dans la ligne de Laclau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma perception sur ce point, c'est que les d&#233;veloppement de Laclau viennent chronologiquement apr&#232;s ceux de Poulantzas : ils arrivent &#224; un moment o&#249; les questions m&#234;mes qui &#233;taient abord&#233;es se sont d&#233;plac&#233;es de la question de la transition au socialisme et de la prise du pouvoir d'Etat suscit&#233;es par Poulantzas. En termes substantiels, je pense que ce qui vient aux Espagnols est Poulantzas et non Laclau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes tr&#232;s simples, je veux dire que les probl&#232;mes que PODEMOS affrontera comme parti ont commenc&#233; r&#233;cemment. Comme organisation, comme type d'intervention et de strat&#233;gie, au niveau politique, au niveau du programme, du parti, du rapport &#224; l'Etat, des r&#233;alit&#233;s internationales, tout : ils ont commenc&#233; r&#233;cemment. Bien s&#251;r, d'une certaine mani&#232;re, les choses s&#233;rieuses et les choses compliqu&#233;es sont devant eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma perception est qu'ils auront besoin de d&#233;passer Laclau pour affronter ces t&#226;ches. Et, pour &#234;tre un peu moins optimiste, si SYRIZA &#233;choue et se montre incapable d'affronter la pression, je ne suis pas tr&#232;s optimiste sur les possibilit&#233;s qu'un mouvement moins structur&#233; (comme PODEMOS) puisse r&#233;sister &#224; des formes similaires de pression.&lt;br class='autobr' /&gt;
KOUVELAKIS Stathis , BUDGEN Sebastian&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Entretien de Sebastian Budgen avec Stathis Kouvelakis, publi&#233; le 22 janvier par la revue Jacobin (&lt;a href=&#034;http://www.jacobinmag.com/2015/01/phase-one/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.jacobinmag.com/2015/01/phase-one/&lt;/a&gt;). Traduit par Dario Scattolini pour La Caldera (&lt;a href=&#034;http://www.lacalderaop.com.ar&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lacalderaop.com.ar&lt;/a&gt;). Voir aussi : &lt;a href=&#034;http://www.rebelion.org/noticia.php?id=&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.rebelion.org/noticia.php?id=&lt;/a&gt; 194906&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Traduction de l'espagnol : Hans-Peter Renk.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mis en ligne le 11 mars 2015&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
