<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.lagauche.ca/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>La Gauche</title>
	<link>https://www.lagauche.ca/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.lagauche.ca/spip.php?id_auteur=54&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>La Gauche</title>
		<url>https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L144xH75/siteon0-d17a8.jpg?1629928024</url>
		<link>https://www.lagauche.ca/</link>
		<height>75</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Un cours intensif de capitalisme </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Un-cours-intensif-de-capitalisme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Un-cours-intensif-de-capitalisme</guid>
		<dc:date>2009-02-18T05:23:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claudio Katz</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le s&#233;isme de Wall Street a surpris l'establishment mondial. La panique et les d&#233;clarations alarmistes dominent aux sommets du pouvoir. Tous enregistrent un &#233;v&#233;nement qui pourrait inaugurer un changement d'&#233;poque. La comparaison avec la chute de Berlin constitue un indice de cette dimension historique. &lt;br class='autobr' /&gt; _______________________________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
tir&#233; du site de l'Institut International de Recherche et de Formation(IIRF) publi&#233; &#224; l'origine dans dans Inprecor n&#176; 541/542 de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Economie-50-" rel="directory"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le s&#233;isme de Wall Street a surpris l'establishment mondial. La panique et les d&#233;clarations alarmistes dominent aux sommets du pouvoir. Tous enregistrent un &#233;v&#233;nement qui pourrait inaugurer un changement d'&#233;poque. La comparaison avec la chute de Berlin constitue un indice de cette dimension historique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;tir&#233; du site de l'Institut International &lt;br class='autobr' /&gt;
de Recherche et de Formation(IIRF) &lt;br class='autobr' /&gt;
publi&#233; &#224; l'origine dans dans Inprecor &lt;br class='autobr' /&gt;
n&#176; 541/542 de septembre-octobre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La crise actuelle a commenc&#233; &#224; incuber en juin 2007 avec l'effondrement des fonds d'assurances administr&#233;s par Bear Stearns et a fait voir sa force lors de la nationalisation de la banque britannique Northern Rock. De cette gestation on est pass&#233; &#224; des &#233;v&#233;nements dont la profondeur saute aux yeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ampleur et co&#251;ts&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La conversion rapide des probl&#232;mes de liquidit&#233; en d&#233;ficits insolvables illustre d&#232;s le d&#233;but l'&#233;norme dimension d'une crise qui n'a pu &#234;tre contenue par des repl&#226;trages partiels. La r&#233;duction des taux d'int&#233;r&#234;ts s'est av&#233;r&#233;e inutile, de m&#234;me que la tentative de former un fonds de sauvetage g&#233;r&#233; par les banques. La mise &#224; la disposition de fortes provisions d'argent ni l'aide des fonds souverains ext&#233;rieurs n'ont pas suffit non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement des &#201;tats-Unis a pratiqu&#233; plusieurs initiatives contradictoires pour att&#233;nuer l'explosion. En permettant la faillite de Lehman Brothers il a laiss&#233; entrevoir la possibilit&#233; d'un nettoyage brutal des banques qui coulaient et a essay&#233; de fixer certaines limites aux op&#233;rations de sauvetage. Il accordait ainsi &#224; la R&#233;serve F&#233;d&#233;rale les pleins pouvoir pour juger qui devrait &#234;tre sauv&#233; et qui pouvait se noyer. Mais comme cela a sem&#233; la terreur chez les financiers, il a rapidement rebrouss&#233; chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La variante oppos&#233;e, visant &#224; &#233;tatiser toutes les pertes, a &#233;t&#233; consolid&#233;e par la nationalisation de l'AIE. Le soutien officiel accord&#233; au plus grand assureur mondial (et &#224; son gigantesque portefeuille de fonds de pensions) a ainsi compl&#233;t&#233; le sauvetage pr&#233;alable de Fannie Mae et de Freddie Mac, qui financent la moiti&#233; des logements aux &#201;tats-Unis. Le fait que ces institutions semi-publiques aient &#233;t&#233; contamin&#233;es indique &#224; quel point les probl&#232;mes initiaux des cr&#233;dits de mauvaise qualit&#233; (les subprimes) ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;s. La nouvelle s&#233;rie d'&#233;tatisations viendra en aide au nouvelles victimes de l'ouragan : les fonds de couverture, les fonds du capital &#224; risque (qui op&#232;rent avec des titres hautement sp&#233;culatifs) et les fonds mon&#233;taires (qui agglutinent les investissements moins audacieux et non exempts de la garantie &#233;tatique). Mais ce sont les banques commerciales qui constituent le point critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faillite de Washington Mutal a inaugur&#233; l'effondrement qui menace de s'&#233;tendre &#224; 117 entit&#233;s mineures surveill&#233;es par le FDIC (organisme officiel de garantie). Certaines estimations pronostiquent le requiem pour la moiti&#233; des 8 500 banques. En tout cas, la crise a d&#233;j&#224; atteint les banques d'investissement (qui rassemblaient l'argent directement dans les circuits financiers) et affecte tout le syst&#232;me, avec des paralysies atteignant les op&#233;rations interbancaires et les insinuations de mise en danger des d&#233;p&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On observe &#233;galement une vertigineuse vague d'acquisitions dans ce cadre. Merry Lynch a &#233;t&#233; captur&#233; par la Bank of America, Bearn Stearn a &#233;t&#233; pris par Morgan Stanley, Wachovia est pass&#233; dans les mains de Citigroup (ou Wells Fargo) et Goldman Sachs a mis en vente son paquet d'actions. Ce virulent changement de propri&#233;taires s'est &#233;tendu &#224; l'&#233;chelle internationale avec l'acquisition du britannique HBOS par Lloyds et avec l'absorption des succursales de Bradford and Bingley par l'espagnol Santander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains acheteurs (Barclays) s'approprient la petite monnaie de leurs vieux concurrents (Lehman) ou picorent leurs d&#233;chets. Le r&#233;sultat de tout cela sera un niveau in&#233;dit de concentration bancaire. Ceux qui survivront &#224; leurs paris (&#233;ventuellement le trio JP Morgan Chase, Bank of America et Citigroup) prendront la direction de l'ensemble du syst&#232;me financier am&#233;ricain. Cette centralisation est pr&#233;c&#233;d&#233;e par une furieuse d&#233;valuation des capitaux en jeu, trait&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent dans la sph&#232;re financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre option en cours est celle de la nationalisation des hypoth&#232;ques toxiques que le Congr&#232;s examine dans un climat de chantage boursier. Les financiers (pr&#233;sent&#233;s comme &#171; le march&#233; &#187;) ont exig&#233; l'aide publique pour permettre &#224; l'&#233;conomie de ne pas sombrer (&#171; restaurer la confiance &#187;). Ils ont demand&#233; au gouvernement qu'il se porte acqu&#233;reur des titres d&#233;pr&#233;ci&#233;s pour les revaloriser avant de les revendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sauvetage ressemble &#224; celui obtenu par les financiers mexicains en 1995. L'&#201;tat y a &#233;galement rachet&#233; alors les titres d&#233;valoris&#233;s, nettoyant ainsi les bilans des entreprises et a commercialis&#233; les obligations &#224; pure perte du budget. Les sp&#233;culateurs avaient cr&#233;&#233; un climat de panique pour que cette nouvelle escroquerie soit b&#233;nie comme un soulagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette fois-ci l'aide effront&#233;e apport&#233;e par l'&#201;tat aux responsables de l'effondrement a produit une indignation contre les banquiers qui remettent en cause leurs sacro-saintes r&#232;gles du march&#233; libre. Ce rejet de Wall Street &#8212; qui n'avait pas &#233;t&#233; observ&#233; depuis Roosevelt &#8212; a oblig&#233; les l&#233;gislateurs &#224; incorporer quelques restrictions au ch&#232;que en blanc initialement r&#233;clam&#233; par la R&#233;serve F&#233;d&#233;rale. Les amendements incluent donc des r&#233;ductions fiscales de diff&#233;rents types, pour cr&#233;er l'illusion d'une distribution plus &#233;quitable de la charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malaise g&#233;n&#233;ralis&#233; exprime, en outre, l'intuition massive d'un gaspillage inutile. Si l'avenir confirme que les deux tiers de cr&#233;dits hypoth&#233;caires sont totalement irr&#233;couvrables une montagne d'argent aura &#233;t&#233; dilapid&#233;e. Il est &#233;vident qu'aucune ing&#233;nierie financi&#232;re ne peut r&#233;sister &#224; l'effondrement continu du prix des propri&#233;t&#233;s ni &#224; la d&#233;t&#233;rioration &#233;ternelle du revenu de leurs acheteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison le Congr&#232;s patronne &#233;galement une certaine forme de ren&#233;gociation des hypoth&#232;ques entre les endett&#233;s et des banques avec la m&#233;diation de l'&#201;tat. Mais seul un contexte de r&#233;cup&#233;ration &#233;conomique &#8212; qui appara&#238;t &#233;loign&#233; &#8212; pourrait fournir un soutien &#224; une telle initiative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, c'est une crise sans solution envisageable qui pr&#233;domine et qui a mis en cause tous les principes n&#233;olib&#233;raux. Dans un climat d'intervention de l'&#201;tat et de subventions, le r&#233;gulateur est le bienvenu et le march&#233; est mis en question. Mais comme le sauvetage n'est pas gratuit il faudra se r&#233;soudre &#224; une op&#233;ration d'un co&#251;t inconnu. L'&#233;mission des titres sur des titres a &#233;t&#233; tellement sophistiqu&#233;e que personne n'est en &#233;tat de calculer le montant qui est en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 2007 la R&#233;serve F&#233;d&#233;rale estimait les pertes &#224; environs 50 milliards de dollars. Au d&#233;but de l'ann&#233;e 2008 le chiffre a saut&#233; &#224; 512 milliards de dollars et les &#233;valuations actuelles tournent autour de 1 000 &#224; 2 000 milliards de dollars. Comment une facture semblable sera-t-elle pay&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes crises bancaires des derni&#232;res d&#233;cennies ont eu des co&#251;ts monumentaux pour les pays sous-d&#233;velopp&#233;s. Elles ont concern&#233; 55,1 % du Produit int&#233;rieur brut (PIB) de l'Argentine (1980-1987), 55 % de celui de l'Indon&#233;sie (1997-2004) et 34 % de celui de la Tha&#239;lande (1997-2004). Mais ce pourcentage a &#224; peine atteint 3,2 % du PIB lors du dernier grand sauvetage financier aux &#201;tats-Unis (1981-1991). Pour la premi&#232;re fois depuis des d&#233;cennies la premi&#232;re puissance devrait affronter un trou financier-fiscal &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Impact r&#233;cessif global&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;clatement de la crise a transform&#233; le ralentissement &#233;conomique en une r&#233;cession manifeste. Le frein est d&#233;j&#224; perceptible dans la chute des investissements, la stagnation de la consommation et la fragilit&#233; des exportations &#233;tats-uniennes. La discussion entre les optimistes et les pessimistes en ce qui concerne le futur niveau de l'activit&#233; est d&#233;j&#224; tranch&#233;e par un diagnostic commun de chute du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a d&#233;j&#224; plus de marges permettant d'agir par des r&#233;ductions du taux d'int&#233;r&#234;t alors que l'op&#233;ration financi&#232;re visant &#224; reprendre les pertes et &#224; purger les portefeuilles pr&#233;cipite la contraction du cr&#233;dit et l'escalade d&#233;flationniste. Depuis les ann&#233;es 1960 toutes les r&#233;cessions pr&#233;cipit&#233;es par des effondrements immobiliers ont &#233;t&#233; de longue dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation &#224; cr&#233;dit qui soutenait l'&#233;conomie &#233;tats-unienne a &#233;t&#233; touch&#233;e de front et on s'oriente vers une crise sociale profonde. Les d&#233;biteurs d&#233;sesp&#233;r&#233;s qui abandonnent leurs logements pour &#233;viter la liquidation sont les premi&#232;res victimes de ce cauchemar. La pagaille immobili&#232;re menace une population d&#233;j&#224; irrit&#233;e par l'augmentation du prix de l'essence, qui craint le ch&#244;mage dans un pays ne disposant pas de protections sociales significatives. Ce climat accro&#238;t l'indignation contre les ex&#233;cutifs de Wall Street dont les recettes ont, au cours des trois derni&#232;res d&#233;cennies, pass&#233; de 40 &#224; 344 fois le salaire ouvrier moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le international de l'&#233;conomie &#233;tats-unienne d&#233;termine la transmission acc&#233;l&#233;r&#233;e de sa r&#233;cession. Wall Street seule manie un volume de fonds sup&#233;rieur &#224; celui de l'ensemble des Bourses europ&#233;ennes. Les &#201;tats-Unis concentrent 20 % du PIB mondial, mais leurs importations d&#233;terminent le commerce mondial et leurs entreprises transnationales donnent le ton &#224; la production de l'ensemble de la plan&#232;te. De plus, le saut de la mondialisation a augment&#233; la synchronisation internationale des cycles &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir initial d'un d&#233;couplage cyclique conduit par l'Europe a &#233;t&#233; &#233;cart&#233; &#224; la suite des &#233;tatisations qui ont suivi la vague &#233;tats-unienne (Fortis au B&#233;n&#233;lux, Bradford and Bringley en Angleterre, Glitnik en Islande&#8230;). Le vieux continents est confront&#233; aux m&#234;mes probl&#232;mes de cr&#233;dits irr&#233;couvrables que les &#201;tats-Unis, en menant de plus une politique mon&#233;taire dure qui tentait d'homog&#233;n&#233;iser autour de l'euro les situations nationales diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise a non seulement min&#233; cette tentative mais a divis&#233; les gouvernements entre les partisans d'un fonds g&#233;n&#233;ral de r&#233;cup&#233;ration et les promoteurs des sauvetages &#224; charge de chaque budget national. Cette rupture indique &#233;videmment que la sant&#233; des banques est tr&#232;s diff&#233;renci&#233;e dans la r&#233;gion. Toute tentative europ&#233;enne visant &#224; soutenir le projet n&#233;olib&#233;ral d'unification &#224; travers des taux d'int&#233;r&#234;ts &#233;lev&#233;s est, en outre, s&#233;rieusement menac&#233;e par le refroidissement de l'activit&#233; qu'il imposerait. Pour sa part le Japon ne r&#233;sista pas non plus devant la r&#233;cession, devant faire face en plus &#224; sa d&#233;pression propre. L'&#233;conomie japonaise a moins d'autonomie que celle de l'Europe pour peser en dehors de son domaine d'influence &#233;troit. Elle commen&#231;ait &#224; peine &#224; r&#233;cup&#233;rer quand elle fut heurt&#233;e de plein fouet par l'effondrement &#233;tats-unien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le compensateur que certains esp&#233;raient de la Chine et de l'Inde a &#233;t&#233; dilu&#233;, car il n'y a pas de locomotive capable de tirer un convoi qui a compl&#232;tement d&#233;raill&#233;. On a beaucoup d&#233;battu si la Chine pourrait r&#233;sister au ralentissement mondial du fait de l'expansion de son march&#233; int&#233;rieur. Certains &#233;conomistes ont avanc&#233; cette possibilit&#233; alors que d'autres l'&#233;cartaient, en rappelant la d&#233;pendance du march&#233; &#233;tats-unien de la croissance asiatique. Mais de toute fa&#231;on l'&#233;ventualit&#233; d'un contrepoids chinois &#233;tait envisageable seulement dans le cas d'un ralentissement mod&#233;r&#233; dans les centres de l'&#233;conomie mondiale et non dans le cas de la r&#233;cession brutale qui a eu lieu. C'est pourquoi le d&#233;saccouplage annonc&#233; tend &#224; se transformer en un r&#233;accouplage de l'Asie &#224; la crise g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comparaisons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De nombreux analystes cherchent dans les crises pr&#233;c&#233;dentes un guide pour imaginer les possibles d&#233;veloppements du choc actuel. Les analogies initiales avec le krach boursier de 1987 ou avec l'&#233;clatement de la bulle technologique en 2001 ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;pass&#233;es. Dans les deux cas les actifs en jeu &#233;taient des actions et non les logements et aucune de ces crises n'a conduit &#224; des effondrements bancaires. Ils ont seulement pr&#233;cipit&#233; des r&#233;cessions d'une intensit&#233; et d'une dur&#233;e limit&#233;es que la r&#233;activation de la consommation a absorb&#233; dans une d&#233;lai relativement bref.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'&#233;carter la ressemblance avec ces d&#233;clins de faible port&#233;e a impos&#233; les comparaisons g&#233;n&#233;ralis&#233;es avec la d&#233;pression des ann&#233;es 1930. De nombreux &#233;conomistes soulignent les points en co&#239;ncidence avec cet ant&#233;c&#233;dent classique de l'effondrement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Mais on compare la profondeur &#233;ventuelle de la chute et non les modalit&#233;s de la crise. L'intensit&#233; du recul de la production et de la r&#233;gression sociale atteindra-t-elle cette ampleur ? Pour l'instant il s'agit d'une inconnue. Mais la dynamique du processus en cours pr&#233;sente de nombreuses diff&#233;rences avec la voie qui a conduit &#224; 1929. Les mesures qui ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es il y a quatre-vingt ans apr&#232;s le krach ont &#233;t&#233; cette fois-ci mises en &#339;uvre de mani&#232;re anticip&#233;e. L'injection des liquidit&#233;s r&#233;alis&#233;e ces derniers mois aurait horrifi&#233; Hoover (1) et suscit&#233; les applaudissements de Keynes. De m&#234;me actuellement on limite le plongeon des banques et on n'envisage pas des augmentations des taux d'int&#233;r&#234;t. Il faudra voir si ces mesures att&#233;nuent l'effondrement &#233;conomique ou, au contraire, si elles l'aggravent. Mais elles sont employ&#233;es dans un contexte international tr&#232;s diff&#233;rent du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 1930 l'entrelacement actuel des capitaux n'existait pas. Il n'y avait pas non plus de coordination entre la R&#233;serve F&#233;d&#233;rale et les banques centrales d'Europe et d'Asie. Au lieu d'une monnaie internationale de r&#233;f&#233;rence, r&#233;gnait alors un conflit &#224; qui h&#233;ritera de la primaut&#233; de la livre sterling et c'est en fonction de cette aspiration que les grandes puissances d&#233;valuaient leur monnaie. La sc&#232;ne protectionniste de secteurs commerciaux en lutte &#233;tait aussi fort &#233;loign&#233;e de l'actuelle interconnexion impos&#233;e par les entreprises transnationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande d&#233;pression a d&#233;riv&#233; vers une confrontation guerri&#232;re entre les principales puissances que personne n'envisage plus au d&#233;but du XXIe si&#232;cle. Une confrontation militaire entre les &#201;tats-Unis, l'Europe et le Japon est inimaginable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre comparaison &#224; la mode pr&#233;sente la stagnation de l'&#233;conomie japonaise comme un miroir de ce qu'attendent les &#201;tats-Unis. Cette &#233;conomie asiatique a support&#233; une bulle immobili&#232;re tr&#232;s semblable : les prix ont tripl&#233; (1986-1991) avant de s'effondrer des deux tiers. Mais le Japon a h&#233;sit&#233; &#224; mettre en &#339;uvre les mesures orchestr&#233;es rapidement par les &#201;tats-Unis, confirmant ainsi la distance qui s&#233;pare une puissance subordonn&#233;e d'une puissance dominante. En outre, l'&#233;conomie japonaise n'a jamais agi comme la locomotive de l'&#233;conomie mondiale et, en d&#233;pendant de la protection militaire &#233;tats-unienne, elle s'est remodel&#233;e avec des mesures commerciales et mon&#233;taires (r&#233;&#233;valuation du Yen et ouverture de son &#233;conomie). Mesures que personne n'ose sugg&#233;rer aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre que la comparaison la plus ad&#233;quate avec l'effondrement &#233;conomique actuel serait celle avec ce qui s'est produit en 1975-1976. Cette crise a mis fin &#224; une &#233;tape (le boom de l'apr&#232;s-guerre) avec la m&#234;me radicalit&#233; que l'effondrement de 2008 pourrait mettre fin au n&#233;olib&#233;ralisme (instaur&#233; par Thatcher et Reagan). En prenant en consid&#233;ration cette r&#233;f&#233;rence historique il faut prendre en compte les mesures qui conduisent &#224; des modifications significatives. Il y a trois d&#233;cennies ces virages furent l'inconvertibilit&#233; du dollar (1970) et l'augmentation des taux d'int&#233;r&#234;t (1978). La crise actuelle inclura certainement des transformations de cette port&#233;e et nous saurons assez vite si ces mesures, qui ont &#233;t&#233; d&#233;j&#224; adopt&#233;es, vont att&#233;nuer ou au contraire exacerber l'intensit&#233; du bouleversement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les barom&#232;tres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de tenter de deviner l'ampleur future de la crise, il est plus productif d'en caract&#233;riser les tendances. Leurs contours se concentrent dans les faiblesses et les ressources accumul&#233;es par la premi&#232;re puissance mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les indicateurs de la fragilit&#233; &#233;tats-unienne sont visibles, en particulier sur le terrain politique. Bush est un cadavre du projet n&#233;oconservateur min&#233; par l'aventure au Moyen-Orient. Cette adversit&#233; militaire limite la capacit&#233; de l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien &#224; transf&#233;rer la crise sur ses concurrents. Mais la soudaine perte d'autorit&#233; pr&#233;sidentielle pour agir face &#224; l'effondrement bancaire est plus significative. Ce n'est pas la proximit&#233; des &#233;lections qui a &#233;rod&#233; son pouvoir mais bien la division de l'&#233;lite &#233;tats-unienne devant le s&#233;isme de Wall Street. Depuis Nixon il n'y a pas eu de sc&#233;nario &#224; ce point volatile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faiblesses &#233;conomiques des &#201;tats-Unis sont &#233;galement bien connues. Un d&#233;ficit commercial de 6 % du PIB ne permet pas un tournant vers un mod&#232;le exportateur &#224; la suite de tant d'ann&#233;es d'euphorie des achats. Le pays a le plus grand passif de la plan&#232;te, la moiti&#233; de ses bons de tr&#233;sor sont dans les mains des &#233;trangers et il approche d'un d&#233;ficit fiscal record.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'autre face de cette r&#233;alit&#233; c'est la capacit&#233; d&#233;montr&#233;e par la R&#233;serve F&#233;d&#233;rale de prot&#233;ger le dollar et les bons du tr&#233;sor de l'effondrement g&#233;n&#233;ral. Elle s'est av&#233;r&#233;e capable jusqu'&#224; maintenant de conduire une baisse contr&#244;l&#233;e de la devise am&#233;ricaine, pr&#233;servant un cours attrayant pour l'afflux des capitaux et en m&#234;me temps stimulant les exportations. Comme les deux niveaux sont contradictoires, l'&#233;quilibre requiert une grande pr&#233;disposition des cr&#233;ancier pour maintenir la primaut&#233; mon&#233;taire &#233;tats-unienne. Cette subordination subsiste jusqu'&#224; pr&#233;sent malgr&#233; l'effondrement &#233;conomico-financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la chute de Wall Street la pr&#233;disposition des capitaux pour la qualit&#233; a favoris&#233; l'actif qui &#233;tait en grand danger. Les capitalistes du monde entier se sont paradoxalement abrit&#233;s en acqu&#233;rant le dollar et ses bons du tr&#233;sor, c'est &#224; dire la monnaie et les bons les plus menac&#233;s formellement. Aucune autre &#233;conomie ne pourrait susciter une telle r&#233;action qui ob&#233;it &#233;videmment au r&#244;le central des &#201;tats-Unis dans la reproduction du capitalisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce protagonisme se base sur la protection que le Pentagone garantit &#224; toutes les classes dominantes. Il s'agit l&#224; d'une garantie d&#233;cisive qui modifie tous les mod&#232;les conventionnels d'&#233;valuation du processus &#233;conomique. Il est important de rappeler cette particularit&#233; pour &#233;viter d'analyser l'&#233;conomie &#233;tats-unienne avec les param&#232;tres identiques &#224; l'analyse de toute autre &#233;conomie nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dollar servant de refuge illustre &#233;galement l'internationalisation croissante des &#233;changes autour d'une monnaie qui monopolise 70 % du commerce et 65 % des r&#233;serves mondiales. En soutenant le dollar la majorit&#233; des cr&#233;anciers de la plan&#232;te d&#233;fendent leur propre peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le tsunami enregistr&#233; au cours de ces derni&#232;res semaines il est difficile d'imaginer une simple continuit&#233; de cette h&#233;g&#233;monie mon&#233;taire. S'il parvient &#224; se maintenir comme la monnaie de r&#233;serve mondiale, le dollar devrait s'adapter aux nouveaux rapports de forces qui &#233;mergent de la crise. L'acceptation d'une plus grande pr&#233;sence des banques &#233;trang&#232;res aux &#201;tats-Unis (en r&#233;duisant les vieilles restrictions) pourrait faire partie de cette ad&#233;quation. La cession des actions de Morgan Stanley &#224; China Investment ou &#224; Mitsubishi, la vente de Goldman Sachs &#224; Sumitomo Mitsui et le transfert des op&#233;rations ext&#233;rieures de Lehman &#224; Nomura anticipent cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la possibilit&#233; d'une rupture du syst&#232;me mon&#233;taire, qui obligerait le dollar &#224; partager sa domination avec d'autres devises, ne peut &#234;tre &#233;cart&#233;e. Dans ce cas on verrait appara&#238;tre des zones mon&#233;taires g&#233;ographiques, &#224; l'image du mod&#232;le comp&#233;titif de l'entre-deux-guerres. Jusqu'&#224; pr&#233;sent des indices d'une telle possibilit&#233; n'existent pas, car contrairement au pass&#233; aucune puissance ne pr&#233;tend &#233;riger son pouvoir en &#233;crasant l'imp&#233;rialisme dominant. Mais les candidats pour le partage du pouvoir mondial ne vont pas accompagner le dollar jusqu'au suicide, si l'effondrement entra&#238;nait cette monnaie. Les diff&#233;rents sc&#233;narios en jeu d&#233;pendent donc principalement d'un facteur : l'ampleur de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Orthodoxes et h&#233;t&#233;rodoxes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les interpr&#233;tations de la crise sont plus importantes que ses descriptions ou les pronostics. Les &#233;conomistes orthodoxes sont rest&#233;s sans argument devant un effondrement qui r&#233;fute tous leurs principes. Ils maintiennent un profil bas en attendant que l'orage passe et trouvent m&#234;me certaines justifications de leur approbation de l'&#233;tatisation des banques. Mais comme l'hypocrisie n&#233;olib&#233;rale est apparue au grand jour et que ses porte-parole sont discr&#233;dit&#233;s, on peut s'attendre au recul id&#233;ologique de la pens&#233;e droiti&#232;re la plus influente au cours des derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut encore entendre des voix qui expliquent ce qui est arriv&#233; par &#171; le contr&#244;le insuffisant des cr&#233;dits &#187; et l'octroi de &#171; mauvais pr&#234;ts &#187; &#224; des &#171; clients douteux &#187;. Mais l'impact g&#233;n&#233;ralis&#233; de la bulle immobili&#232;re indique qu'il ne s'agissait pas d'erreurs occasionnelles. Les cr&#233;dits de mauvaise qualit&#233; sont devenus massifs du fait de la concurrence &#224; laquelle se sont livr&#233;es les banques profitant d'une l&#233;gislation permissive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement financier remet aussi en cause la confiance orthodoxe dans les paquets de cr&#233;dits sophistiqu&#233;s (&#171; s&#233;curis&#233;s &#187;). Comme ce chantier incluait des cr&#233;dits de consistance tr&#232;s vari&#233;e, ils se sont imagin&#233;s que la diversification r&#233;duisait le risque. La crise a pulv&#233;ris&#233; cette croyance produisant le sc&#233;nario typique du sauve-qui-peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;clipse des talibans du march&#233; a plac&#233; au premier plan leurs rivaux h&#233;t&#233;rodoxes. Krugman, Stiglitz et Soros n'ont pas arr&#234;t&#233; de r&#233;p&#233;ter leur th&#233;orie de la crise provoqu&#233;e par l'insuffisance du contr&#244;le, en attribuant la maladie au d&#233;r&#232;glement et en postulant son traitement par l'application d'une dose de supervision. Ils mettent en question la faiblesse du contr&#244;le exerc&#233; par les agences f&#233;d&#233;rales, critiquent l'&#233;limination de la segmentation des banques impos&#233;e &#224; la suite des ann&#233;es 1930 et proposent des mesures gouvernementales visant &#224; &#233;valuer les estimations du risque ou de contr&#244;ler le mouvement financier mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la d&#233;r&#233;glementation ne fut pas un caprice. Elle a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e pour r&#233;tablir le profit et le sera &#224; nouveau si cette variable est gravement affect&#233;e. Sous le capitalisme les contr&#244;les sont articul&#233;s par la rentabilit&#233;. Ils se renforcent ou diminuent en fonction du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fantaisies r&#233;gulationistes s'inspirent de la pr&#233;sentation des banquiers comme seuls responsables de la crise. On suppose qu'ils agissent en marge de leurs coll&#232;gues de l'industrie et de l'agriculture, &#233;tant particuli&#232;rement port&#233;s de mani&#232;re perverse &#224; la sp&#233;culation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parier sur un profit rapide dans la sph&#232;re financi&#232;re est une caract&#233;ristique intrins&#232;que du capitalisme. Elle est le produit de la contrainte concurrentielle qui r&#233;git un syst&#232;me caract&#233;ris&#233; par les rivalit&#233;s aveugles et les bulles p&#233;riodiques. Les effets de ces remous restent occultes pendant la prosp&#233;rit&#233; et ne sautent aux yeux que lors des crises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; de la p&#233;riode actuelle r&#233;side seulement dans la port&#233;e et la sophistication de l'action sp&#233;culative. Des formes insolites d'emballage et de commercialisation des dettes ont &#233;t&#233; introduites, ainsi que des man&#339;uvres avec des actions d&#233;riv&#233;es dont le cours est &#233;tabli en fonction d'un autre actif. On a assist&#233; &#224; l'expansion de la titrisation (d&#233;charge des portefeuilles par l'&#233;mission de titres acquis par d'autres investisseurs), les CDS (s&#233;paration du risque cr&#233;diteur pour le n&#233;gocier s&#233;par&#233;ment) et les CDO (fragmentation des cr&#233;dits en tron&#231;ons de degr&#233; de risque diff&#233;rent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'op&#233;ration s'est &#233;tendu &#224; un rythme fr&#233;n&#233;tique surtout apr&#232;s 2001 entre les banques d'investissement, dont le rapport entre les cr&#233;dits offerts et le patrimoine (l'actif) a atteint un niveau effrayant. Le rapport traditionnel de 1 &#224; 8 entre le capital propre et les pr&#234;ts fournis a &#233;t&#233; amplifi&#233; de 25 ou 30 fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynamique propre du capitalisme a stimul&#233; ces actions et ce qui s'est produit &#224; Wall Street offre une le&#231;on acc&#233;l&#233;r&#233;e de ce syst&#232;me, de sa trame de complicit&#233;s (Paulson dirigeant la R&#233;serve F&#233;d&#233;rale sous les auspices de Goldman Sachs) et de ses contradictions (Bush nationalisant les banques).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise de suraccumulation particuli&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face aux simplifications h&#233;t&#233;rodoxes il s'av&#232;re n&#233;cessaire de reprendre les interpr&#233;tations marxistes qui expliquent la crise par les contradictions intrins&#232;ques du capitalisme. Ces d&#233;s&#233;quilibres font p&#233;riodiquement irruption et ne pourront pas &#234;tre &#233;limin&#233;s tant que subsistera un r&#233;gime r&#233;gi par la supr&#233;matie du profit. Mais quelles sont les singularit&#233;s de la crise actuelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choc actuel ob&#233;it &#224; plusieurs causes sp&#233;cifiques. En premier lieu, il exprime les tensions cr&#233;&#233;s par les capitaux suraccumul&#233;s dans les banques &#224; la fin d'un long processus d'expansion fictive de fonds, exempts de contrepartie r&#233;elle dans la sph&#232;re productive. Cette atrophie s'est d&#233;velopp&#233;e au cours des ann&#233;es de l'expansion des cr&#233;dits et de la g&#233;n&#233;ralisation des titres d&#233;riv&#233;s et est le r&#233;sultat du renforcement du pouvoir des financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la promotion de cette &#233;lite bancaire au sommet du capitalisme a &#233;tay&#233; un projet r&#233;gressif partag&#233; par tous les oppresseurs. Elle a permis d'imposer une discipline sociale que les dominants exigeaient, par la gestion actionnariale des entreprises, la pression visant la rentabilit&#233; maximale et l'empire de la Bourse. Ces transformations avaient pour but explicite l'augmentation des profits au d&#233;triment des revenus populaires. La supr&#233;matie financi&#232;re a &#233;t&#233; un instrument de la flexibilisation du travail et servait de garantie pour l'accroissement de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette h&#233;g&#233;monie financi&#232;re a mis en place une v&#233;ritable bombe &#224; retardement qui a explos&#233; &#224; Wall Street. L'expansion des &#171; finances personnelles &#187; a transform&#233; le travailleur en un client angoiss&#233; par les dettes. Les salari&#233;s &#233;tats-uniens ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s dans un r&#233;seau de compromis avec les banques pour pouvoir payer leurs frais de logement, d'&#233;ducation, de sant&#233; et de retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ch&#226;teau de cartes a commenc&#233; &#224; s'&#233;crouler lorsque l'insolvabilit&#233; y a fait irruption. L'impossibilit&#233; de payer les cr&#233;dits sub-prime &#8212; accord&#233;s &#224; ceux qui manquaient de revenus r&#233;guliers ou suffisant pour acqu&#233;rir des logements &#8212; a &#233;t&#233; l'&#233;tincelle de l'actuel effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise de suraccumulation a &#233;t&#233; retard&#233;e par des refinancements au travers d'une montagne de titres sur des titres, offrant des hauts rendements. L'&#233;cheveau d'&#233;missions a &#233;t&#233; si complexe qu'il a effac&#233; la trace des cr&#233;dits eux-m&#234;mes dans un environnement g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'ignorance de la nature des cr&#233;dits. Les banquiers eux-m&#234;mes ne savent plus quels sont les contrats en leur possession, car en abandonnant les estimations traditionnelles des risques ils ont perdu le contact avec leurs clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la valorisation fictive d'une telle ampleur l'effondrement actuel &#233;tait inexorable. Ce que personne n'avait imagin&#233;, malgr&#233; les nombreux avertissements qui l'avaient annonc&#233;, c'est l'ampleur impressionnante de ce krach.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les effondrements qui avaient agit&#233; depuis les ann&#233;es 1980 les finances latino-am&#233;ricaines, europ&#233;ennes, japonaise et asiatiques annon&#231;aient le cyclone qui allait atteindre Wall Street. Le signal le plus explicite a &#233;t&#233; donn&#233; par la faillite du grand fonds LTCM en 1988 qui op&#233;rait avec les m&#234;mes titres d&#233;riv&#233;s que ceux qui ont pourri le syst&#232;me financier &#233;tats-unien. Comme la faim du profit ne cesse pas du fait des alertes, la crise de suraccumulation a finalement atteint le centre du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Surproduction nationale et mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter la fantasmagorie financi&#232;re il est important d'analyser les contradictions productives sous-jacentes de la crise bancaire. Ces d&#233;s&#233;quilibres ob&#233;issent &#224; un cycle de production et sont le r&#233;sultat de l'in&#233;galit&#233; p&#233;riodique entre l'expansion croissante de la production et les restrictions du pouvoir d'achat qui caract&#233;risent le capitalisme. La concurrence visant &#224; accro&#238;tre le taux d'exploitation a agrandi la br&#232;che des exc&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surproduction a fait ouvertement irruption dans le secteur immobilier (logements) qui avait connu une forte croissance au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. La forte mont&#233;e des prix de l'immobilier et la multiplication des cr&#233;dits &#224; haut risque ont g&#233;n&#233;r&#233; l'exc&#233;dent actuel des logements par rapport &#224; la demande solvable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sp&#233;culation financi&#232;re a certainement renforc&#233; cette tendance, mais les bulles les plus significatives ont toutes concern&#233; les marchandises les plus recherch&#233;es en leur temps. La valorisation de ces actifs r&#233;veille l'espoir d'un profit croissant qui s'effondre lors du renversement des tendances. La r&#233;cession mettra en &#233;vidence le m&#234;me m&#233;canisme pour d'autres biens dont les prix se sont enflamm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surproduction actuelle pr&#233;sente, n&#233;anmoins, une grande dimension internationale, qui d&#233;rive de la concurrence pour baisser les salaires. Ce sch&#233;ma a stimul&#233; l'ouverture des fronti&#232;res au profit des corporations qui ont rivalis&#233; pour multiplier la production en cherchant &#224; abaisser leurs co&#251;ts ce qui a abouti &#224; une pl&#233;thore de marchandises. Ces exc&#233;dents ont &#233;t&#233; en particulier nourris par le p&#244;le asiatique de fabrication qui a inond&#233; le monde &#224; travers les exportations en favorisant la d&#233;pr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale. Depuis les crise de la Cor&#233;e du Sud et de la Tha&#239;lande (1997) cette tendance d&#233;flationniste affecte de nombreux biens industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surproduction est aussi le r&#233;sultat de l'internationalisation de la production stimul&#233;e par les entreprises transnationales. L'application de la micro-&#233;lectronique dans l'industrie et la baisse des prix du transport et des communications ont contribu&#233; &#224; multiplier les exc&#233;dents. dans la concurrence anarchique visant la r&#233;duction des co&#251;ts ; aucune firme ne s'est pos&#233;e la question : qui pourra acqu&#233;rir les nouveaux biens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour la production &#224; bas co&#251;t a fini par encombrer les magasins. C'est le r&#233;sultat de la restriction du pouvoir d'achat qui subsiste dans la p&#233;riph&#233;rie et de l'instabilit&#233; de la consommation gonfl&#233;e par l'endettement que la flexibilisation du travail a impos&#233;e dans les pays centraux. Les &#201;tats-Unis sont l'&#233;picentre de cet artifice mercantile fond&#233; sur le rallongement du temps du travail et la mise au travail de tous les membres de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que la classe capitaliste gardait l'optimisme &#8212; suscit&#233; depuis les ann&#233;es 1980 par le redressement du taux de profit &#8212; ces tensions restaient au second plan. Mais les marchandises exc&#233;dentaires ont d&#233;bord&#233;, indiquant les limites absolues d'une consommation &#233;tats-unienne pourvue par l'Asie et financ&#233;e par le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sous-production des mati&#232;res premi&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation du prix des mati&#232;res premi&#232;res fut le troisi&#232;me pilier de la crise actuelle. La mont&#233;e du prix de p&#233;trole (qui en quelques ann&#233;es est pass&#233; de 10 &#224; 120 dollars le baril) a touch&#233; les &#233;conomies centrales et la hausse du prix des mati&#232;res premi&#232;res (de 114 % depuis 2002) a agit&#233; l'&#233;conomie mondiale. Cette hausse a renvers&#233; la tendance baissi&#232;re en cours depuis 1997, mais elle a d&#233;bord&#233; les variations cycliques tant par sa dur&#233;e que par son ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation du prix des mati&#232;res premi&#232;res refl&#232;te la faiblesse des investissements dans le secteur de la production des ressources naturelles. Mais elle a &#233;t&#233; renforc&#233;e par la sp&#233;culation des financiers qui ont cherch&#233; refuge dans le p&#233;trole et les mati&#232;res premi&#232;res face aux pertes potentielles dans les autres secteurs. Les banquiers ont introduit sur le march&#233; des mati&#232;res premi&#232;res toute l'ing&#233;nierie des d&#233;riv&#233;s de Wall Street au point que l'achat de combustible ou du bl&#233; soit transform&#233; en une op&#233;ration math&#233;matique sophistiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la hausse du prix des mati&#232;res premi&#232;res a aussi influenc&#233; le processus structurel de destruction de l'environnement &#224; l'issue de plusieurs d&#233;cennies de concurrence capitaliste pour le contr&#244;le des approvisionnements fondamentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette combinaison des tendances conjoncturelles, structurelles et historiques a exerc&#233; une pression inflationniste sur les mati&#232;res premi&#232;res, que de nombreux sp&#233;cialistes estiment devant &#234;tre plus durable en ce qui concerne les combustibles (peu de d&#233;couvertes, mont&#233;e des co&#251;ts de l'extraction, conflits dans les zones de production) qu'en ce qui concerne les aliments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cycle haussier confirme que les prix relatifs des mati&#232;res premi&#232;res ne sont pas soumis &#224; une d&#233;t&#233;rioration syst&#233;matique et s&#233;culaire. Ils souffrent des oscillations p&#233;riodiques et leur augmentation adopte des modalit&#233;s brusques du fait de leur sensibilit&#233; moins grande &#224; l'augmentation de la productivit&#233; en comparaison aux produits de l'industrie. La r&#233;cession mondiale imminente va imposer un plafond &#224; l'inflation des mati&#232;res premi&#232;res. Mais il faudra observer si cette chute des prix atteindra le niveau du cycle pr&#233;c&#233;dent. Pour le moment nous avons affaire &#224; des indices de la baisse de ces prix, mais non &#224; leur effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent la crise actuelle est le confluent de trois processus : la sous-production des mati&#232;res premi&#232;res, la suraccumulation financi&#232;re et la surproduction industrielle. En cela elle pr&#233;sente des similitudes avec ce qui s'est produit en 1975-1976 et aura un impact r&#233;gional tr&#232;s in&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;P&#233;riph&#233;rie et semi-p&#233;riph&#233;rie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les pays p&#233;riph&#233;riques ont &#233;t&#233; les principales victimes de l'&#233;tape n&#233;olib&#233;rale et ils sont candidats pour souffrir des pires effets de la crise actuelle. Ils ont souffert des effets d&#233;gradants de la polarisation mondiale qui a marqu&#233; les ann&#233;es 1980 et 1990. Certaines r&#233;gions, telle l'Afrique, ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;es par l'endettement ext&#233;rieur, la lib&#233;ralisation commerciale et la fuite des capitaux. Ils affrontent la trag&#233;die de l'&#233;migration, des r&#233;fugi&#233;s et des massacres du fait des guerres locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;but r&#233;cent de la famine constitue un autre exemple de cet impact. A la suite de la sp&#233;culation financi&#232;re, des d&#233;r&#233;glementations commerciales et de la sp&#233;cialisation forc&#233;e dans des cultures d'exportation, l'ench&#233;rissement des aliments menace la survie de 1 300 millions d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si au cours de la prosp&#233;rit&#233; consommatrice des &#201;tats-Unis les &#233;conomies appauvries de la plan&#232;te ont souffert d'un drainage massif de leurs ressources, la r&#233;cession imminente anticipe des souffrances majeures. Les pays du Tiers-Monde qui expulsent leurs habitants d&#233;sesp&#233;r&#233;s vont affronter de nouvelles restrictions financi&#232;res et une adversit&#233; commerciale majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le panorama est plus contradictoire dans la semi-p&#233;riph&#233;rie. Une couche interm&#233;diaire de pays non centraux &#8212; avec des classes dominantes autonomes et jouant leur propre jeu sur le march&#233; mondial &#8212; a limit&#233; au cours des derni&#232;res ann&#233;es la polarisation mondiale. Ce groupe des &#233;conomies concerne en particulier la Chine, l'Inde, la Russie, l'Afrique du Sud et le Br&#233;sil. Les capitalistes de ces nations ont profit&#233; de l'ench&#233;rissement des mati&#232;res premi&#232;res et ont d&#233;velopp&#233; une activit&#233; industrielle propre, en association avec les entreprises transnationales. Ils ont m&#234;me forg&#233; des &#171; multinationales &#233;mergentes &#187; qui op&#232;rent &#224; l'&#233;chelle mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement du cycle financier a aussi r&#233;duit la charge de l'endettement dans divers pays moyens. La croissance associ&#233;e &#224; l'in&#233;galit&#233; sociale maintenue a produit des profits suffisants pour supprimer l'endettement ext&#233;rieur. C'est la raison de l'irruption des fonds souverains asiatiques ou arabes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise en cours peut prolonger cette promotion semi-p&#233;riph&#233;rique, comme cela s'est d&#233;j&#224; produit en 1975-1982 au cours de la p&#233;riode des p&#233;trodollars, de l'augmentation du prix des mati&#232;res premi&#232;res et de la d&#233;faite &#233;tats-unienne au Vietnam. Ce processus pourrait m&#234;me &#234;tre consolid&#233; si des formes de croissance, similaires &#224; celles observ&#233;es pendant l'instabilit&#233; mondiale qui a suivi la crise des ann&#233;es 1930, faisaient leur apparition. La stagnation des &#233;conomies centrales avait alors ouvert un espace pour l'industrialisation de certains pays sous-d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;cession actuelle peut aussi pr&#233;cipiter une dynamique oppos&#233;e, mettant brutalement fin &#224; la marche en avant des &#233;conomies semi-p&#233;riph&#233;riques. On assisterait alors &#224; la r&#233;p&#233;tition du sc&#233;nario de 1982-1990, lorsque l'offensive n&#233;olib&#233;rale a pr&#233;cipit&#233; une chute du prix des mati&#232;res premi&#232;res et une asphyxie de l'endettement, qui a angoiss&#233; le gros de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est pr&#233;matur&#233; pour anticiper laquelle des deux tendances pr&#233;vaudra, ou si c'est une combinaison des deux qui &#233;mergera. La fuite des capitaux &#8212; qui affecte la Russie ou le Br&#233;sil &#8212; coexiste jusqu'&#224; maintenant avec l'affirmation des fonds souverains qui prennent part au sauvetage des banques &#233;tats-uniennes et qui seront capables de se faire payer cette aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; tous les effondrements financiers des deux derni&#232;res d&#233;cennies, l'Am&#233;rique latine est la r&#233;ceptrice et non la g&#233;n&#233;ratrice de la crise actuelle. Mais la d&#233;pendance in&#233;gale de ces divers pays envers les &#201;tats-Unis produit des effets diff&#233;renci&#233;s de la r&#233;cession en cours. Alors que le Mexique et l'Am&#233;rique centrale sont tr&#232;s li&#233;s &#224; cet &#233;picentre, le C&#244;ne Sud pr&#233;serve un plus grand degr&#233; d'autonomie. La transmission financi&#232;re du krach est aussi in&#233;gale selon l'importance du refinancement ext&#233;rieur de chaque pays. Les &#233;conomies p&#233;riph&#233;riques et semi-p&#233;riph&#233;riques de cette r&#233;gion ont suivi des directions divergentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans l'imm&#233;diat les difficult&#233;s d'intervention de l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien dans sa cour arri&#232;re vont s'accentuer. Cette limitation renforce les marges de man&#339;uvre en vue de la mise en place des politiques &#233;conomiques en rupture avec les cr&#233;anciers et pour proc&#233;der &#224; la nationalisation des ressources naturelles. De telles orientations pourraient r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s sociales et profiter aux majorit&#233;s populaires, si elles sont mises en &#339;uvre en opposition aux classes dominantes locales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le socialisme dans l'objectif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La crise en cours sera r&#233;solue sur le plan politique. Examiner la port&#233;e de cet &#233;v&#233;nement dans des termes exclusivement &#233;conomiques ne permet pas de saisir ce qui est en jeu entre les forces en lutte. Sans comprendre la nature capitaliste du tsunami financier on ne peut pas chercher les rem&#232;des efficaces de ses cons&#233;quences. La lutte contre le r&#233;gime social qui est &#224; l'origine des malheurs actuels est la seule voie pour emp&#234;cher les souffrances de retomber sur la majorit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lutte pour &#233;claircir le caract&#232;re capitaliste de la crise il ne faut pas entrer en concurrence avec la presse en ce qui concerne la pr&#233;vision des effondrements plus grands encore. La frayeur que les m&#233;dias propagent tend davantage &#224; susciter la paralysie que l'indignation. Au lieu de pr&#233;sager des sc&#232;nes t&#233;n&#233;breuses il convient de travailler aux propositions qui ouvrent des alternatives populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude se situe aux antipodes du conformisme ou de la croyance r&#233;sign&#233;e dans la dur&#233;e &#233;ternelle du capitalisme. Il est faux de supposer que ce syst&#232;me s'en sortira toujours, quelle que soit la trag&#233;die qu'il impose &#224; la majorit&#233; de la soci&#233;t&#233;. Imaginer que le capitalisme est immuable est aussi fataliste que de faire abstraction des strat&#233;gies et des actions pour son &#233;radication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains penseurs de gauche acceptent formellement ces pr&#233;mices, mais font valoir que ce n'est pas le moment de travailler dans une direction anticapitaliste. Ils justifient cette attitude par &#171; l'absence des conditions favorables &#187; ou par &#171; le poids des d&#233;faites accumul&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle attitude bloque toute approximation des transformations politiques et id&#233;ologiques en cours. Le socialisme n'est pas un hymne pour l'&#233;ph&#233;m&#233;ride ni un r&#234;ve de nostalgique. C'est un projet &#224; implanter aux moments critiques et &#224; diffuser avec vigueur quand le capitalisme exhibe sa face la plus n&#233;faste. La nouvelle conjoncture se sent dans le changement brutal du langage de la presse. Par d&#233;sespoir ou confusion les grands m&#233;dias ne font plus les &#233;loges du capitalisme. Avec panique et stupeur ils ironisent sur le &#171; socialisme pour les riches &#187; qui accompagne le sauvetage des banquiers. Ils ne savent pas que le v&#233;ritable socialisme est l'antith&#232;se de ce sauvetage, qu'il vise &#224; aider les abandonn&#233;s et &#224; p&#233;naliser les fortun&#233;s. Au d&#233;but d'un grand tournant politique ce message simple peut retrouver sa vieille popularit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buenos Aires, le 4 octobre 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KATZ Claudio &lt;br class='autobr' /&gt;
* Paru dans Inprecor n&#176; 541/542 de septembre-octobre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Claudio Katz, &#233;conomiste, chercheur et enseignant, est membre de EDI (&#201;conomistes de gauche), Argentine. Son site web : &lt;a href=&#034;http://www.lahaine.org/katz&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lahaine.org/katz&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'h&#233;ritage du Che</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/L-heritage-du-Che</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/L-heritage-du-Che</guid>
		<dc:date>2008-10-16T04:56:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claudio Katz</dc:creator>


		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Retranscription d'une intervention orale &#224; un s&#233;minaire international sur Che Guevara le 09 juin 2008. Publi&#233; sur le site de la LCR de Belgique. Traduction de l'espagnol pour le site www.lcr-lagauche.be par Ataulfo Riera. &lt;br class='autobr' /&gt;
* Claudio Katz est &#233;conomiste et militant socialiste argentin. he Guevara le 09 juin 2008. &lt;br class='autobr' /&gt; L'h&#233;ritage du Che KATZ Claudio &lt;br class='autobr' /&gt;
La comm&#233;moration du 80e anniversaire de la naissance de Guevara (14 juin 1928) a donn&#233; lieu en Argentine &#224; de nombreux colloques et s&#233;minaires. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-et-theorie-" rel="directory"&gt;Histoire et th&#233;orie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Amerique-latine-227-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L108xH150/arton1787-74bdb.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='108' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retranscription d'une intervention orale &#224; un s&#233;minaire international sur Che Guevara le 09 juin 2008. &lt;br class='autobr' /&gt;
Publi&#233; sur le site de la LCR de Belgique. Traduction de l'espagnol pour le site &lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lcr-lagauche.be&lt;/a&gt; par Ataulfo Riera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Claudio Katz est &#233;conomiste et militant socialiste argentin.&lt;br class='autobr' /&gt;
he Guevara le 09 juin 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'h&#233;ritage du Che&lt;br class='autobr' /&gt;
KATZ Claudio&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comm&#233;moration du 80e anniversaire de la naissance de Guevara (14 juin 1928) a donn&#233; lieu en Argentine &#224; de nombreux colloques et s&#233;minaires. Ces initiatives apparaissent quelques mois apr&#232;s les activit&#233;s qui ont comm&#233;mor&#233; son assassinat. Quel est le secret de tant de respect et de r&#233;affirmation de l'h&#233;ritage du Che ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Biographie politique&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour comprendre l'int&#233;r&#234;t que suscite le Che aujourd'hui il faut faire un bilan s&#233;rieux de sa vie, en d&#233;laissant toute frivolit&#233;. Guevara fut un dirigeant socialiste et non un aventurier de &#171; telenovelas &#187;. Sa transformation en personnage de justicier dilue le sens de la r&#233;volte qu'incarne sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Che fut un gu&#233;rillero h&#233;ro&#239;que ha&#239; par la grande presse, qui le traitait avec plus de rage que Ben Laden aujourd'hui. La couverture m&#233;diatique accord&#233;e actuellement &#224; sa m&#233;moire &#233;tait inconcevable &#224; son &#233;poque mais elle tend &#224; gommer son combat contre l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;formation est notamment due &#224; la paradoxale absorption marchande d'un militant qui rejetait frontalement le culte de l'argent, la glorification de la propri&#233;t&#233; et l'apologie de &#171; l'esprit d'entreprise &#187;. Les jeunes qui ach&#232;tent des marchandises avec la figure de Guevara perdent fr&#233;quemment de vue que les entreprises vendent le Che avec les m&#234;mes techniques qu'elles utilisent, par exemple, pour vendre un parfum d'Antonio Banderas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette distorsion, il est n&#233;cessaire de politiser l'&#233;tude de Guevara, en le comparant avec d'autres th&#233;oriciens socialistes (L&#233;nine, Trotski, etc.), marxistes latino-am&#233;ricain (Mella, Marti) et dirigeants r&#233;volutionnaires (Fidel). Il faut souligner sa place dans la gauche face &#224; ceux qui le v&#233;n&#232;rent comme un &#171; Christ la&#239;que &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La biographie politique du Che a &#233;t&#233; jalonn&#233;e par le p&#233;riple qu'il a initi&#233; avec son voyage &#224; travers l'Am&#233;rique latine dans les ann&#233;es '50. Cette exp&#233;rience a transform&#233; un esprit noble en un combattant social. Le m&#233;decin solidaire a adopt&#233; l'action politique pour lutter contre la pauvret&#233; et l'exploitation lorsqu'il a compris les limites de la seule aide aux plus humbles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa r&#233;solution militante s'est affirm&#233;e au Guatemala sous l'impact d'un coup d'&#233;tat militaire qui a renvers&#233; le pr&#233;sident progressiste Arbenz (un pr&#233;d&#233;cesseur de Salvador Allende). Avec cet &#233;pisode il a surmont&#233; toute forme d'ing&#233;nuit&#233; face aux agissements de la CIA et du Pentagone. Il a compris que le combat contre l'imp&#233;rialisme requiert de construire une r&#233;sistance organis&#233;e et pr&#233;par&#233;e &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guevara est alors devenu un r&#233;volutionnaire dans le plein sens du terme lors de sa rencontre avec Fidel Castro. Il fut attir&#233; par le caract&#232;re cons&#233;quent et la fermet&#233; du projet d&#233;mocratico-radical de renverser la dictature de Batista &#224; Cuba et, dans cet engagement, il a affirm&#233; la conviction qu'il &#233;tait n&#233;cessaire d'avancer vers la prise du pouvoir. Aucune illusion n'&#233;tait aussi &#233;loign&#233;e de l'esprit du Che que l'actuelle tendance &#224; vouloir &#171; changer le monde sans prendre le pouvoir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le leader argentino-cubain fut le protagoniste de la radicalisation socialiste qui a secou&#233; l'&#238;le dans les ann&#233;es 60. Il a activement particip&#233; &#224; la succession de contrecoups contre la droite qui ont finalement men&#233; &#224; l'expropriation du capital. Il a m&#251;ri au m&#234;me moment et au sein m&#234;me du terreau fertile de la r&#233;volution cubaine et a transform&#233; au cours de ce processus ses lectures marxistes en convictions &#233;labor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Actualit&#233; d'un h&#233;ritage&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Che r&#233;appara&#238;t aujourd'hui parce que l'Am&#233;rique latine s'est transform&#233;e en un immense foyer de r&#233;sistance populaire. A contrario, la mont&#233;e du n&#233;olib&#233;ralisme et l'effondrement de l'URSS au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie avaient d&#233;termin&#233; un cadre politique peu propice &#224; son retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trajectoire de Guevara a &#233;t&#233; r&#233;actualis&#233;e par les soul&#232;vements populaires en Bolivie, en Equateur, par les mobilisations aux Venezuela et en Argentine. Certes, les rapports de forces sociaux en Am&#233;rique latine sont tr&#232;s in&#233;gaux. Mais on a pu constater des actions massives et convergentes de luttes contre les privatisations, en faveur de la nationalisation des ressources naturelles et de la d&#233;mocratisation de la vie politique. Malgr&#233; le fait que le n&#233;olib&#233;ralisme s'y soit employ&#233; avec force, il n'est pas parvenu &#224; enterrer les traditions combatives et l'h&#233;ritage d'un nationalisme anti-imp&#233;rialiste, dans un contexte de conqu&#234;tes d&#233;mocratiques sup&#233;rieures &#224; celles du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;ritage du Che peut se r&#233;sumer en un message : mettre en valeur les r&#233;voltes r&#233;centes et les d&#233;velopper dans une dynamique de radicalisation socialiste. Cette conclusion s'inspire &#224; son tour de deux le&#231;ons : les processus qui n'avancent pas finissent par r&#233;gresser et la droite ne reste jamais inactive lorsque l'on d&#233;fie sa domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces enseignements sont tr&#232;s importants pour l'avenir des gouvernements nationalistes radicaux (Chavez, Morales, Correa) qui concentrent en eux les expectatives populaires et qui s'affrontent aux &#233;cueils typiques des exp&#233;riences sinc&#232;rement r&#233;formistes. L'ant&#233;c&#233;dent cubain a d&#233;montr&#233; que l'ont peut mettre en d&#233;route les oppresseurs avec des mesures r&#233;volutionnaires qui tendent &#224; r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s et &#224; am&#233;liorer le niveau de vie populaire. Mais d'autres pr&#233;c&#233;dents indiquent qu'en absence d'une telle orientation, la droite r&#233;cup&#232;re le pouvoir par des moyens violents (Chili), &#233;lectoraux (Nicaragua) ou en stabilisant des r&#233;gimes conservateurs (Mexique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Similitudes et diff&#233;rences&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
On affirme fr&#233;quemment que &#171; l'&#233;poque du Che n'est plus la n&#244;tre &#187;. Il est &#233;vident que les derni&#232;res 40 ann&#233;es ont substantiellement transform&#233; la cadre politique international. L'expansion du n&#233;olib&#233;ralisme, l'implosion du &#171; socialisme r&#233;el &#187; et le saut repr&#233;sent&#233; par la mondialisation du capital constituent &#233;videmment trois nouveaut&#233;s significatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la mis&#232;re et l'exploitation qui ont pouss&#233; le Che &#224; l'action persistent encore sous le m&#234;me syst&#232;me capitaliste. Il suffit d'observer le fl&#233;au de la famine qu'affrontent plusieurs pays du Sud ou la perte de leur logement souffert par des familles nord-am&#233;ricaine endett&#233;es pour percevoir les cons&#233;quences de ce r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme engendre sans cesse les crises et les souffrances des majorit&#233;s populaires. Il s'agit d'un syst&#232;me aliment&#233; par une concurrence acharn&#233; qui ne peut &#234;tre disciplin&#233;e et qui repose sur des m&#233;canismes d'exploitation incompatibles avec l'humanisation de la soci&#233;t&#233;. Le capitalisme aggrave la polarisation sociale en Am&#233;rique latine, y compris dans l'actuelle conjoncture de croissance &#233;conomique pour le continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales diff&#233;rences avec les ann&#233;es 70 se trouvent &#8211; dans notre r&#233;gion &#8211; sur le terrain politique. La substitution des dictatures par les r&#233;gimes constitutionnels a modifi&#233; les rythmes et les formes de gestation d'un pouvoir populaire. La pr&#233;paration de cette transformation exige de promouvoir la coh&#233;sion populaire, le protagonisme des masses et la radicalisation id&#233;ologique des opprim&#233;s au cours de processus qui emprunteront des chemins bien distincts de la voie classique de la gu&#233;rilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre actuel, les conqu&#234;tes &#224; l'int&#233;rieur des tranch&#233;es institutionnelles peuvent constituer un jalon dans la progression du pouvoir populaire, mais &#224; condition que les r&#233;formes soient compl&#233;mentaires &#224; l'action r&#233;volutionnaire. C'est pour cela que le poids de l'ar&#232;ne &#233;lectoral est sup&#233;rieur &#224; celui du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intensit&#233; des r&#233;voltes populaires est &#233;galement diff&#233;rent des r&#233;volutions pr&#233;c&#233;dentes. Les nouveaux soul&#232;vements articulent des revendications anti-lib&#233;rales, d&#233;mocratiques et anti-imp&#233;rialistes, mais elles ne donnent pas naissance &#224; des organismes de dualit&#233; de pouvoir, &#224; des d&#233;nouements militaires ou &#224; l'effondrement pur et simple l'Etat bourgeois &#233;quivalents &#224; la r&#233;volution cubaine ou nicaraguayenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le niveau de conscience populaire est &#233;galement diff&#233;rent de celui qui pr&#233;valait dans les ann&#233;es 70, vu que l'actuelle g&#233;n&#233;ration de combattants n'a pas grandit comme ses parents dans un contexte de victoires r&#233;volutionnaires. La visibilit&#233; et la confiance dans un mod&#232;le socialiste est inf&#233;rieure, non pas tant &#224; cause de la chute de l'URSS que par l'h&#233;ritage des dictatures et du blocage souffert par les r&#233;volutions en Am&#233;rique centrale dans les ann&#233;es 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Controverses sur les strat&#233;gies&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Che a adopt&#233; une position r&#233;volutionnaire en comprenant que les classes dominantes se perp&#233;tuent au pouvoir afin de garantir leurs privil&#232;ges. Il savait que les puissants ne renoncent jamais volontairement &#224; la jouissance de leurs b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces conclusions sont plus durables que la th&#233;orie du &#171; foco &#187; (le &#171; foyer &#187; r&#233;volutionnaire initial incarn&#233; par la gu&#233;rilla, NDT) en tant qu'&#233;tincelle du soul&#232;vement populaire. Encourag&#233; par le succ&#232;s de l'exp&#233;rience cubaine, Guevara a g&#233;n&#233;ralis&#233; de mani&#232;re erron&#233;e la validit&#233; de la lutte de gu&#233;rilla en tant que m&#233;thode valable pour toute la vari&#233;t&#233; des situations latino-am&#233;ricaines. Mais sa d&#233;fense du principe de la r&#233;volution reste valide, tout particuli&#232;rement face aux apologistes du capitalisme qui ont proclam&#233; pendant la derni&#232;re d&#233;cennie la &#171; fin des utopies &#233;galitaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces enseignements restent encore largement absents dans le cadre de la nouvelle vague de r&#233;sistances sociales. La r&#233;volution comme moment cl&#233; de la rupture avec l'ordre dominant constitue pourtant un aspect essentiel du projet socialiste. Le refus de discuter cette perspective conduit toujours &#224; l'auto immolation de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'apport principal et central du Che sur ce terrain fut sa d&#233;fense de la r&#233;volution ininterrompue, en opposition &#224; la strat&#233;gie de passer par des &#233;tapes diff&#233;renci&#233;es de mani&#232;re rigide. Il a rejet&#233; la subordination de l'action anticapitaliste &#224; une phase d'alliances avec les &#171; bourgeoisies nationales &#187; et a au contraire affirm&#233; la n&#233;cessit&#233; d'opter d'embl&#233;e pour la construction du socialisme, &#224; d&#233;faut de quoi il faudrait se contenter d'une &#171; caricature de r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guevara s'est inspir&#233; d'une exp&#233;rience cubaine qui a d&#233;montr&#233; la possibilit&#233; de d&#233;fier l'imp&#233;rialisme &#224; quelques kilom&#232;tres de Miami. Ses conceptions ont boulevers&#233; les th&#233;ories pr&#233;dominantes dans la gauche, provoqu&#233; des d&#233;bats virulents avec les secteurs conservateurs des partis communiste et ont stimul&#233; une litt&#233;rature critique envers la bourgeoisie nationale, d&#233;velopp&#233;e par plusieurs th&#233;oriciens de la d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de rappeler ces controverses au moment o&#249; l'on assiste &#224; nouveau &#224; l'&#233;mergence de th&#232;ses n&#233;o-d&#233;veloppementistes qui proposent de r&#233;p&#233;ter la strat&#233;gie des &#233;tapes au moyen &#171; d'alliances qui fortifient le Mercosur &#187; (accords d'int&#233;gration des march&#233;s sud-am&#233;ricains, NDT) afin de faciliter &#171; l'expansion du capitalisme r&#233;gional autonome &#187;. Ces conceptions reviennent &#224; id&#233;aliser le patronat industriel local que l'on suppose confront&#233; au caract&#232;re pr&#233;dateur du capital financier international. Cette option refuse de voir les obstacles qu'une telle voie impose pour atteindre le progr&#232;s social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les promoteurs de la strat&#233;gie par &#233;tapes ne prennent pas non plus en compte les co&#251;ts sociaux induits par le soutien (ou la cr&#233;ation), &#224; coup de fonds publics, du pr&#233;tendu patronat national. Leurs choix reviennent en r&#233;alit&#233; &#224; adapter les revendications sociales aux priorit&#233;s des classes dominantes et d&#233;bouchent in&#233;vitablement sur la frustration populaire. C'est avec de telles conceptions que certains veulent geler le processus bolivarien au Venezuela ou s'accaparer pour un usage capitaliste la nouvelle rente p&#233;troli&#232;re qui pourrait na&#238;tre en Bolivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Internationalisme et anti-imp&#233;rialisme&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Guevara d&#233;fendait un projet d'expansion international du socialisme tr&#232;s diff&#233;rent de la &#171; coexistence pacifique &#187; et &#233;ternelle avec l'imp&#233;rialisme promue par les dirigeants de l'URSS. Dans son &#171; Discours d'Alger &#187;, il fut particuli&#232;rement critique avec la faible solidarit&#233; de ces dirigeants envers les r&#233;voltes du Tiers monde. Il a appel&#233; &#224; &#171; cr&#233;er, un, deux, trois, de nombreux Vietnam &#187; en opposition &#224; la passivit&#233; du Kremlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Che a d&#233;velopp&#233; une conception internationaliste tr&#232;s &#233;loign&#233;e de la simple &#233;nonciation de slogans. Il a transform&#233; son exp&#233;rience de jeunesse en un programme raisonn&#233; reposant sur la symbiose entre la th&#233;orie et la pratique. Il a mis en pratique au Congo et en Bolivie ce qu'il avait postul&#233; lors de la Conf&#233;rence Tricontinentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guevara promouvait le socialisme international &#224; l'encontre de l'utopie de limiter l'&#233;dification socialiste &#224; un seul pays ou &#224; une seule r&#233;gion. Mais il envisageait cette question en tacticien et en strat&#232;ge car il savait que le socialisme n'allait pas &#233;merger simultan&#233;ment &#224; l'&#233;chelle plan&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;chos de son internationalisme ont ressurgit au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es avec les mouvements contre la guerre en Irak et dans les initiatives des Forums sociaux. Dans ces deux espaces, la figure du Che a &#233;t&#233; pr&#233;sente. Mais son h&#233;ritage internationaliste se v&#233;rifie le plus clairement en Am&#233;rique latine. Aucun gouvernement progressiste actuel ne consid&#232;re son projet comme exclusivement national. Face aux classes dominantes qui &#233;laborent des accords commerciaux afin de forger des blocs comp&#233;titifs, ils mettent en avant des initiatives et des projets d'&#233;mancipation &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Che savait parfaitement qu'aucun progr&#232;s social n'est possible sur ce continent sans faire plier l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain. Dans le cadre de l'OEA (Organisation des Etats Am&#233;ricains, NDT) ou &#224; l'ONU il a maintes voix &#233;lev&#233; sa voix contre le gendarme &#233;tats-unien. La pertinence de ce combat saute aux yeux &#224; notre &#233;poque o&#249; 600.000 personnes ont &#233;t&#233; massacr&#233;es au Moyen Orient, o&#249; la torture est l&#233;galis&#233;e, o&#249; l'utilisation de mercenaires se g&#233;n&#233;ralise partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;appropriation du Che s'est d'ailleurs d&#233;velopp&#233;e au m&#234;me rythme que le m&#233;pris envers le pr&#233;sident des Etats-Unis. Il suffit de mettre en balance les comm&#233;morations qui affirment l'h&#233;ritage du Che avec le rejet qui accompagne les visites de Bush. Ce climat d&#233;coule de la perte d'influence de la premi&#232;re puissance du monde dans sa propre &#171; arri&#232;re-cour &#187;. L'impasse dans laquelle il se trouve au Moyen Orient a enlev&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme sa capacit&#233; d'intervention militaire directe contre le Venezuela ou Cuba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, malgr&#233; l'absence de conditions favorables, le Pentagone ne s'en pr&#233;pare pas moins pour l'avenir. Il a stimul&#233; un essai de guerre pr&#233;ventive de la Colombie contre l'Equateur, il militarise des villes du Mexique, construit de nouvelles bases au P&#233;rou et r&#233;active la IVe Flotte de guerre qui op&#232;re &#224; partir de Miami.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition anti-imp&#233;rialiste que nous &#224; l&#233;gu&#233; le Che est fraternelle envers tous les peuples du monde. Il ne s'agit pas d'une bataille contre les opprim&#233;s Etats-Unis mais bien contre les gouvernements, les multinationales et les banques de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comportement de la fille de Guevara en Iran - lorsqu'elle a quitt&#233; une c&#233;r&#233;monie d'hommage officiel qui critiquait le socialisme et l'ath&#233;isme &#8211; confirme le sens d'une conception internationaliste &#233;trang&#232;re &#224; tout dogmatisme religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Socialisme int&#233;gral&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'attirance qu'exerce Guevara ob&#233;it &#233;galement beaucoup &#224; la survivance de la r&#233;volution cubaine, malgr&#233; 50 ann&#233;es de conspirations et de blocus. Il serait difficile de concevoir l'ampleur actuelle de l'int&#233;r&#234;t envers le Che s'il s'&#233;tait d&#233;roul&#233; sur cette &#238;le un sc&#233;nario similaire &#224; la fin de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identification au Che exprime, de plus, la r&#233;surgence du d&#233;bat sur le socialisme. La p&#233;riode d'autocensure qui avait expurg&#233; ce terme des discours de la gauche est bel et bien termin&#233;e et en Am&#233;rique latine on se remet &#224; d&#233;battre des voies n&#233;cessaires pour forger une soci&#233;t&#233; d'&#233;galit&#233; et de justice sociales. Ce projet se reconstruit en opposition aux leaders et pr&#233;sidents de centre-gauche qui abandonnent la moindre allusion au socialisme afin d'obtenir les bonnes gr&#226;ces des classes dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la figure du Che est indissociable de l'horizon anticapitaliste, son &#339;uvre a &#233;galement &#233;t&#233; d&#233;battue lors des r&#233;centes comm&#233;morations du Mai 68 fran&#231;ais. Le socialisme a &#233;t&#233; l'axe de ces r&#233;flexions vu qu'il constitue effectivement le seul syst&#232;me possible post-capitaliste. Sur ce terrain, Guevara nous a &#233;galement laiss&#233; d'importantes le&#231;ons en tant que &#171; fonctionnaire de la r&#233;volution &#187; (1959-1964). Il a d&#233;velopp&#233; &#224; Cuba une conception int&#233;grale du militant en tant que combattant et administrateur. Le Che refusait les sp&#233;cialisations restrictives et a combin&#233; le profil du gu&#233;rillero avec son r&#244;le de Ministre de l'Industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa gestion des entreprises publiques, il a impuls&#233; des m&#233;canismes de participation et de d&#233;mocratisation oppos&#233;s &#224; la primaut&#233; du march&#233; et &#224; l'arbitraire des bureaucrates. Il rejetait le sch&#233;ma de comp&#233;tition entre les travailleurs des entreprises d'Etat qui &#233;tait men&#233; en Yougoslavie et remettait en question la stimulation mat&#233;rielle et marchande des employ&#233;s des compagnies publiques en Hongrie. Il s'est en quelque sorte oppos&#233; &#224; l'avance &#224; la &#171; Perestro&#239;ka &#187; qui a conduit &#224; la restauration du capitalisme en URSS et au mod&#232;le actuel qui pousse la Chine dans le m&#234;me chemin. Mais Guevara n'approuvait pas pour autant le mod&#232;le de planification compulsive que la nomenklatura du Kremlin mettait en branle de mani&#232;re inefficace et gaspilleuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa br&#232;ve exp&#233;rience d'&#233;conomiste, il a laiss&#233; irr&#233;solue la question des m&#233;canismes qui permettraient de mener &#224; bien une transition anticapitaliste r&#233;ussie. Ces m&#233;canismes requi&#232;rent des formes de planification reposant sur la d&#233;mocratie socialiste afin de garantir la participation collective. Cette participation d&#233;mocratique est indispensable afin de corriger les erreurs et de discuter des alternatives dans un syst&#232;me qui combine le pouvoir populaire avec la repr&#233;sentation directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que, dans l'actualit&#233;, n'importe quel d&#233;bat sur la gestion &#233;conomique pr&#233;suppose la nationalisation pr&#233;alable des entreprises strat&#233;giques. Ce pas fut consomm&#233; de mani&#232;re tr&#232;s acc&#233;l&#233;r&#233; &#224; Cuba et il a une grande actualit&#233; dans les pays qui ont entrepris la nationalisation de leurs ressources en hydrocarbures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; L'Homme nouveau au XXIe si&#232;cle&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les d&#233;bats sur l'impulsion de la productivit&#233; dans la transition au socialisme, Guevara a pris parti pour les &#171; stimulants moraux &#187; contre les &#171; stimulants mat&#233;riels &#187;. Mais il a adopt&#233; cette position dans le contexte cubain des ann&#233;es 60, sans &#233;mettre pour autant un jugement applicable &#224; n'importe quel moment ou pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa position fut coh&#233;rente avec le projet communiste de cr&#233;er une &#233;thique de &#171; l'Homme nouveau &#187;. Il promouvait l'extension de solidarit&#233; et de la fraternit&#233; depuis le d&#233;but de la r&#233;volution, sans attendre de tels r&#233;sultats par l'accumulation du bien-&#234;tre mat&#233;riel. Il soulignait l'impossibilit&#233; de forger une conscience socialiste en &#233;ludant l'engagement actif envers son prochain et rejetait le cynisme qu'il observait parmi les hi&#233;rarques du &#171; socialisme r&#233;el &#187;. Ce message humaniste trouve un &#233;cho profond parmi les jeunes qui admirent aujourd'hui le Che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guevara situait les obstacles pour &#233;riger une soci&#233;t&#233; socialiste sur le terrain politique. Il ne pla&#231;ait pas ces difficult&#233;s dans l'&#233;go&#239;sme ou dans l'individualisme pr&#233;tendument inn&#233;s des gens. C'est pour cela que son h&#233;ritage inclus un code de conduites, d'attitudes et de comportements qui incitent &#224; poursuivre son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KATZ Claudio&lt;br class='autobr' /&gt;
* Publi&#233; sur le site de la LCR de Belgique. Traduction de l'espagnol pour le site &lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lcr-lagauche.be&lt;/a&gt; par Ataulfo Riera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Claudio Katz est &#233;conomiste et militant socialiste argentin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Strat&#233;gies socialistes en Am&#233;rique latine</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Strategies-socialistes-en-Amerique-latine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Strategies-socialistes-en-Amerique-latine</guid>
		<dc:date>2008-08-12T12:36:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claudio Katz</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s des ann&#233;es de silence la discussion strat&#233;gique resurgit au sein de la gauche latino-am&#233;ricaine. A nouveau on analyse les orientations et les moyens d'action pour avancer vers l'objectif socialiste. Cette r&#233;flexion concerne six grands th&#232;mes : les conditions mat&#233;rielles, les rapports de forces, les sujets sociaux, la conscience populaire, les cadres institutionnels et l'organisation des opprim&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Tir&#233; d'inprecor - ao&#251;t 2007 &lt;br class='autobr' /&gt;
Strat&#233;gies socialistes en Am&#233;rique latine &lt;br class='autobr' /&gt;
Claudio Katz (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Amerique-latine-" rel="directory"&gt;Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L106xH150/arton1780-afe3c.jpg?1631464666' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s des ann&#233;es de silence la discussion strat&#233;gique resurgit au sein de la gauche latino-am&#233;ricaine. A nouveau on analyse les orientations et les moyens d'action pour avancer vers l'objectif socialiste. Cette r&#233;flexion concerne six grands th&#232;mes : les conditions mat&#233;rielles, les rapports de forces, les sujets sociaux, la conscience populaire, les cadres institutionnels et l'organisation des opprim&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://orta.dynalias.org/inprecor?id=443&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Tir&#233; d'inprecor - ao&#251;t 2007&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strat&#233;gies socialistes en Am&#233;rique latine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claudio Katz&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claudio Katz, &#233;conomiste, professeur &#224; l'Universit&#233; de Buenos Aires (Argentine), est membre des &#201;conomistes de gauche (EDI). Une version r&#233;duite de ce texte a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;demment publi&#233;e par la revue espagnole Viento Sur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s des ann&#233;es de silence la discussion strat&#233;gique resurgit au sein de la gauche latino-am&#233;ricaine. A nouveau on analyse les orientations et les moyens d'action pour avancer vers l'objectif socialiste. Cette r&#233;flexion concerne six grands th&#232;mes : les conditions mat&#233;rielles, les rapports de forces, les sujets sociaux, la conscience populaire, les cadres institutionnels et l'organisation des opprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maturit&#233; des forces productives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier d&#233;bat reprend une pol&#233;mique classique. Les forces productives ont-elles m&#251;ri suffisamment en Am&#233;rique latine pour entamer une transformation anticapitaliste ? Les ressources, les technologies et les qualifications sont elles suffisantes pour inaugurer un processus socialiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays de la r&#233;gion sont moins pr&#233;par&#233;s &#8212; mais plus press&#233;s que les nations d&#233;velopp&#233;es &#8212; pour entreprendre ce changement. Ils font face &#224; des d&#233;sastres alimentaires, &#233;ducatifs et sanitaires plus intenses que ceux qui frappent les &#233;conomies avanc&#233;es, mais ils disposent de pr&#233;misses mat&#233;rielles plus faibles pour r&#233;soudre ces probl&#232;mes. Cette contradiction est la cons&#233;quence du caract&#232;re p&#233;riph&#233;rique de l'Am&#233;rique latine et donc de son retard agricole, de son industrialisation fragmentaire et de sa d&#233;pendance financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce dilemme deux r&#233;ponses traditionnelles existent au sein de la gauche : la premi&#232;re vise &#224; promouvoir une &#233;tape de capitalisme progressiste, la seconde envisage d'entamer une transition socialiste adapt&#233;e aux insuffisances r&#233;gionales. Dans un texte r&#233;cent nous avons expos&#233; plusieurs arguments pour cette seconde option (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un autre d&#233;bat tout aussi significatif concerne l'opportunit&#233; d'un tel choix. Apr&#232;s une p&#233;riode traumatisante de recul de la production et de crise bancaire, l'Am&#233;rique latine conna&#238;t une phase de croissance, un essor des exportations et un r&#233;tablissement des profits des entrepreneurs. On pourrait objecter que dans ces conditions on ne voit aucun effondrement qui justifierait la transformation anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'option socialiste n'est pas un programme keyn&#233;sien pour remonter les conjonctures r&#233;cessives. C'est une plate-forme pour d&#233;passer l'exploitation et l'in&#233;galit&#233; qui caract&#233;risent le capitalisme. Elle vise &#224; supprimer la pauvret&#233; et le ch&#244;mage, &#224; &#233;radiquer les catastrophes environnementales, &#224; supprimer les cauchemars de la guerre et &#224; mettre fin aux cataclysmes financiers qui enrichissent un pourcentage infinit&#233;simal de millionnaires au d&#233;triment de millions d'individus (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette polarisation est confirm&#233;e dans l'actuelle conjoncture latino-am&#233;ricaine. L'augmentation des profits et de la consommation des secteurs ais&#233;s contraste avec les indices terrifiants de la mis&#232;re. Ces malheurs, qui justifient la bataille pour le socialisme, sont encore plus visibles en situation de profonde crise. Mais de telles situations d'effondrement ne constituent pas le seul moment convenant pour d&#233;raciner le syst&#232;me. Le tournant anticapitaliste est une option ouverte durant toute une &#233;poque et il peut &#234;tre commenc&#233; &#224; divers moments du cycle &#233;conomique. L'exp&#233;rience du XX&#232; si&#232;cle confirme cette faisabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune r&#233;volution socialiste n'a co&#239;ncid&#233; avec le z&#233;nith d'une crise financi&#232;re. Dans la majorit&#233; des cas elle a fait irruption en cons&#233;quence d'une guerre, de l'occupation coloniale ou d'une oppression dictatoriale. C'est dans de tels contextes que les bolcheviks ont pris le pouvoir, que Mao s'est impos&#233; en Chine, que Tito a vaincu en Yougoslavie, que les Vietnamiens ont expuls&#233; les &#201;tats-Unis et que la r&#233;volution cubaine a triomph&#233;. Une grande partie de ces victoires a eu lieu en plein boom de l'apr&#232;s-guerre, c'est-&#224;-dire durant une &#233;tape de croissance capitaliste intense. Par cons&#233;quent aucun automatisme ne fait d&#233;pendre le d&#233;but du socialisme d'un effondrement de la production. Les p&#233;nuries que produit le capitalisme sont suffisantes pour pr&#233;coniser le renversement de ce syst&#232;me &#224; tout moment de ses fluctuations p&#233;riodiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les th&#233;oriciens du catastrophisme voient un lien indissociable entre le socialisme et la crise bancaire. Cette connexion fait partie de leur imaginaire du capitalisme, qu'ils identifient &#224; un r&#233;gime qui op&#232;re toujours au bord de son effondrement final. Dans l'attente d'un tel effondrement ils confondent tout d&#233;r&#232;glement bancaire avec une d&#233;pression globale et tout simple reflux boursier avec un krach g&#233;n&#233;ral. De telles exag&#233;rations ignorent le fonctionnement fondamental du syst&#232;me qu'ils pr&#233;tendent d&#233;raciner et ne permettent d'aborder aucun des probl&#232;mes de la transition socialiste (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mondialisation et les petits pays&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des objections oppos&#233;s au commencement d'un processus socialiste rel&#232;ve les emp&#234;chements que la mondialisation aurait cr&#233;&#233;. On pr&#233;tend que l'actuelle internationalisation du capital rend impraticable un d&#233;fi anticapitaliste en Am&#233;rique latine (4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o&#249; pr&#233;cis&#233;ment se situe l'obstacle ? La mondialisation ne constitue pas une barri&#232;re pour le projet socialiste dont la port&#233;e est universelle. Le d&#233;passement des fronti&#232;res &#233;tend les d&#233;s&#233;quilibres capitalistes cr&#233;ant ainsi des fondements objectifs meilleurs pour d&#233;passer ce r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls ceux qui con&#231;oivent la construction du socialisme comme une &#171; concurrence entre syst&#232;mes &#187; peuvent voir dans la mondialisation une forte adversit&#233;. Cette vision est un h&#233;ritage de la th&#233;orie du &#171; camp socialiste &#187; que pr&#244;naient les partisans du mod&#232;le en vigueur dans l'ex-URSS. Ils pensaient d&#233;passer l'ennemi gr&#226;ce aux succ&#232;s &#233;conomiques successifs et &#224; des r&#233;alisations g&#233;opolitiques, en oubliant que le capitalisme ne peut pas &#234;tre vaincu sur son propre terrain de la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomies p&#233;riph&#233;riques &#8212; ou les moins industrialis&#233;es &#8212; en particulier ne pourront jamais triompher dans la concurrence avec les puissances imp&#233;rialistes qui contr&#244;lent le march&#233; mondial depuis des si&#232;cles. Le succ&#232;s du socialisme requiert une s&#233;quence continue de processus qui minent le capitalisme mondial. La construction du socialisme dans un seul pays (ou un seul bloc) est une illusion, qui a conduit &#224; plusieurs reprises &#224; subordonner les possibilit&#233;s de transformation r&#233;volutionnaire &#224; la rivalit&#233; diplomatique entre deux blocs de nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sentation de la mondialisation comme une &#233;tape qui bloquerait la gestation d'autres mod&#232;les est tributaire de la vision n&#233;olib&#233;rale, qui proclame l'inexistence d'alternatives &#224; l'orientation droiti&#232;re. Mais si l'on accepte cette pr&#233;misse on doit rejeter &#233;galement tout sch&#233;ma de capitalisme r&#233;gul&#233; ou keyn&#233;sien. Il est incongru d'affirmer que le totalitarisme de la mondialisation a enterr&#233; le projet anticapitaliste mais qu'il tol&#232;re les modalit&#233;s interventionnistes d'accumulation. Si la premi&#232;re option a &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e, &#224; fortiori il ne reste pas d'espace pour les essais n&#233;od&#233;veloppementistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en r&#233;alit&#233; la mondialisation n'est pas la fin de l'histoire, toutes les alternatives restent ouvertes. C'est seulement une nouvelle p&#233;riode d'accumulation qui commence, soutenue par la relance du taux de profit que les opprim&#233;s de tous les pays assurent. Ce support r&#233;gressif met &#224; l'ordre du jour la n&#233;cessit&#233; du socialisme, en tant qu'unique r&#233;ponse populaire &#224; la nouvelle &#233;tape capitaliste. Seule cette issue permettrait de rem&#233;dier aux in&#233;galit&#233;s cr&#233;&#233;es par l'expansion mondiale du capital dans le cadre actuel de sp&#233;culation financi&#232;re et de polarisation imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux th&#233;oriciens reconnaissent la viabilit&#233; mondiale de l'option socialiste mais questionnent sa faisabilit&#233; dans les petits pays latino-am&#233;ricains. Ils estiment que ce d&#233;but devrait &#234;tre remis &#224; plus tard, retard&#233; de 30 ou 50 ans &#8212; par exemple en Bolivie &#8212; afin de permettre la formation pr&#233;alable d'un &#171; capitalisme ando-amazonien &#187; (5). Mais pourquoi 30 ans et non 10 ou 150 ? Dans le pass&#233; ces temporalit&#233;s &#233;taient associ&#233;es &#224; des calculs concernant l'apparition de bourgeoisies nationales suppos&#233;es accomplir l'&#233;tape pr&#233;-socialiste. Mais actuellement il est &#233;vident que les obstacles qui emp&#234;chent le d&#233;veloppement d'un capitalisme comp&#233;titif dans des pays comme la Bolivie sont au moins aussi grands que ceux que rencontrerait le d&#233;but des transformations socialistes. Il suffit d'imaginer les concessions qu'imposeraient les grands trusts &#233;trangers pour participer &#224; un tel projet et les conflits avec les majorit&#233;s populaires que susciteraient de tels compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; est encore plus grande si l'on con&#231;oit le &#171; capitalisme ando-amazonien &#187; comme un mod&#232;le compatible avec la reconstruction des communaut&#233;s indig&#232;nes (6). Car dans tout sch&#233;ma dont la concurrence marchande constitue la force motrice subsistent les agressions contre ces collectivit&#233;s. Le passage au socialisme dans des pays aussi p&#233;riph&#233;riques que la Bolivie est complexe, mais il est possible et n&#233;cessaire. Il implique de promouvoir une transition avec des programmes et des alliances &#233;tablies dans d'autres pays de l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est le rapport de forces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;&#233;minence de rapports de force favorables aux opprim&#233;s est une condition du changement socialiste. La majorit&#233; populaire ne peut s'imposer sur ses antagonistes si elle les affronte dans un rapport de pouvoirs tr&#232;s n&#233;gatif. Mais comment &#233;valuer ce param&#232;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport des forces en Am&#233;rique latine est d&#233;termin&#233; par les positions conquises, menac&#233;es ou perdues par trois secteurs : les classes capitalistes locales, la masse des opprim&#233;s et l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain. Au cours des ann&#233;es 1990 on a assist&#233; &#224; une &#233;chelle mondiale &#224; une offensive d'ensemble du capital sur le travail, une offensive qui s'est essouffl&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es mais qui a l&#233;gu&#233; un climat d&#233;favorable aux salari&#233;s &#224; l'&#233;chelle internationale. En Am&#233;rique latine on doit souligner plusieurs particularit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitalistes ont particip&#233; activement &#224; cette agression n&#233;olib&#233;rale, mais ils ont aussi souffert de plusieurs cons&#233;quence collat&#233;rales de ce processus. Ils ont perdu des positions concurrentielles avec l'ouverture commerciale et ont abandonn&#233; leurs d&#233;fenses face aux concurrents ext&#233;rieurs du fait de la d&#233;nationalisation de l'appareil productif. De plus, les crises financi&#232;res ont affaibli l'establishment et ont r&#233;duit sa pr&#233;sence politique directe. C'est pourquoi la droite a &#233;t&#233; mise en minorit&#233; et les gouvernements de centre-gauche ont remplac&#233; les plus conservateurs dans la gestion des &#201;tats (en particulier dans le C&#244;ne Sud). Les &#233;lites capitalistes ne peuvent plus fixer impun&#233;ment l'ordre du jour de toute la r&#233;gion. Elles ont &#233;t&#233; atteintes par une crise du n&#233;olib&#233;ralisme qui peut conduire au d&#233;clin structurel de ce projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport des forces r&#233;gional a &#233;t&#233; &#233;galement modifi&#233; par les grands soul&#232;vements populaires qui, en Am&#233;rique du Sud, ont pr&#233;cipit&#233; la chute de plusieurs mandataires. Les soul&#232;vements en Bolivie, en &#201;quateur, en Argentine ou au Venezuela ont eu des effets sur l'ensemble des classes dominantes. Ils ont constitu&#233; un d&#233;fi pour l'agressivit&#233; patronale et ont pouss&#233; dans de nombreux pays &#224; un certain attentisme face aux masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La combativit&#233; reste cependant tr&#232;s in&#233;gale. Dans certaines nations le caract&#232;re protagoniste du camp populaire est visible (Bolivie, Venezuela, Argentine, &#201;quateur), mais dans d'autres le reflux d&#233;riv&#233; de la d&#233;ception pr&#233;vaut (Br&#233;sil, Uruguay). La nouveaut&#233;, c'est le r&#233;veil des luttes collectives et &#233;tudiantes dans les pays en t&#234;te des attaques n&#233;olib&#233;rales (Chili) et dans des nations submerg&#233;es par les attaques sociales et l'h&#233;morragie de l'&#233;migration (Mexique). Le rapport des forces est donc tr&#232;s variable en Am&#233;rique latine, mais dans toute la zone on observe une tonicit&#233; g&#233;n&#233;rale des initiatives populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1990 l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain &#233;tait engag&#233; dans la recolonisation politique de sa cour arri&#232;re, &#224; travers le libre &#233;change et l'installation des bases militaires. Ce panorama a &#233;galement chang&#233;. La version originale de la Zone du libre &#233;change des Am&#233;riques (ZL&#201;A, ALCA en abr&#233;viation hispanophone) a &#233;chou&#233; du fait des conflits entre les trusts mondialis&#233;s et ceux qui restent d&#233;pendants des march&#233;s int&#233;rieurs, du choc entre les exportateurs et les industriels et &#224; cause du rejet populaire grandissant. La contre-offensive des Trait&#233;s bilat&#233;raux, lanc&#233;e par le D&#233;partement d'&#201;tat &#233;tats-unien, ne compense pas ce recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'isolement international de Bush (effondrement &#233;lectoral r&#233;publicain, &#233;chec en Irak, perte d'alli&#233;s en Europe) a r&#233;duit l'espace de l'unilat&#233;ralisme et a stimul&#233; la r&#233;surgence de blocs g&#233;opolitiques oppos&#233;s aux &#201;tats-Unis (comme les non align&#233;s). Cet affaiblissement nord-am&#233;ricain se refl&#232;te nettement dans l'absence de r&#233;ponse militaire au d&#233;fi du Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport des forces a par cons&#233;quent enregistr&#233; plusieurs changements significatifs en Am&#233;rique latine. Les classes dominantes ne comptent d&#233;j&#224; plus sur la boussole strat&#233;gique n&#233;olib&#233;rale, le mouvement populaire a r&#233;cup&#233;r&#233; une pr&#233;sence dans les rues et l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain a vu sa capacit&#233; d'intervention se r&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nouvelle p&#233;riode&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les changements dans la domination de ceux d'en haut, dans la combativit&#233; de ceux d'en bas et dans le comportement du gendarme ext&#233;rieur obligent &#224; r&#233;viser le diagnostic traditionnel de divers th&#233;oriciens de la gauche. Cette caract&#233;risation tendait &#224; juger les difficult&#233;s auxquelles fait face la bataille pour le socialisme &#224; partir du contraste entre deux &#233;tapes : la p&#233;riode favorable qu'avait ouvert la r&#233;volution cubaine (1959) et la phase d&#233;favorable inaugur&#233;e par la chute de l'URSS (1989-1991). Le premier cycle &#8212; r&#233;volutionnaire et anti-imp&#233;rialiste &#8212; &#233;tait confront&#233; &#224; la seconde phase de r&#233;gression conservatrice (7). Ce sch&#233;ma est-il valable actuellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le climat politique que l'on respire dans de nombreux pays remet intuitivement en cause cette vision et ce sur les trois niveaux du rapport des forces. D'abord, les capitalistes locaux ont perdu la confiance agressive qu'ils affichaient au cours de la d&#233;cennie pr&#233;c&#233;dente. A la diff&#233;rence des ann&#233;es 1970 ils ne peuvent d&#233;j&#224; pas recourir &#224; la solution dictatoriale. Ils se retrouvent sans instrument &#171; golpiste &#187; (de coup d'&#201;tat) pour sortir des crises en &#233;crasant la r&#233;bellion populaire par des assassinats massifs. Si dans divers pays le terrorisme d'&#201;tat persiste (non seulement en Colombie, mais aussi sous une forme s&#233;lective actuellement au Mexique), en g&#233;n&#233;ral l'establishment doit accepter le cadre de restrictions institutionnelles qu'il ignorait dans le pass&#233;. Cette limitation constitue une conqu&#234;te populaire qui op&#232;re en faveur des exploit&#233;s dans le rapport des forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement l'intensit&#233; des luttes sociales &#8212; mesur&#233;es par leur ampleur et leur impact politique imm&#233;diat &#8212; a beaucoup de points communs avec les r&#233;sistances des ann&#233;es 1960 et 1970. Les soul&#232;vements enregistr&#233;s en &#201;quateur, en Bolivie ou en Argentine et les luttes &#233;tudiantes ou les r&#233;bellions locales dans toute la zone sont comparables avec les grands soul&#232;vements de la pr&#233;c&#233;dente g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement les difficult&#233;s d'intervention auxquelles l'imp&#233;rialisme doit faire face sont tr&#232;s visibles. Tandis que durant les ann&#233;es 1980 Reagan livrait une guerre contre-r&#233;volutionnaire ouverte en Am&#233;rique centrale, Bush a &#233;t&#233; oblig&#233; de restreindre ses op&#233;rations dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du rapport des forces doit prendre en compte ces trois processus et doit &#233;viter une approche qui ne prend en compte qu'une vision par en haut (rapports entre puissances) en omettant ce qui se passe en bas (antagonismes sociaux). C'est cette erreur qui affecte l'analyse traditionnelle des deux &#233;tapes, qui divise de mani&#232;re tranchante l'histoire r&#233;gionale en fonction de l'effondrement de l'URSS. En partant d'une telle division on id&#233;alise les possibilit&#233;s socialistes de la premi&#232;re p&#233;riode alors qu'on minimalise les potentialit&#233;s anticapitalistes de la seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence ou la disparition de l'URSS constitue un &#233;l&#233;ment de l'analyse qui ne d&#233;finit pas le rapport des forces. Il convient de rappeler qu'une bureaucratie hostile au socialisme dirigeait ce r&#233;gime bien avant sa reconversion en une classe capitaliste. Si elle &#233;tait en conflit avec les &#201;tats-Unis sur la sc&#232;ne internationale, elle n'avait des rapports avec les mouvements anti-imp&#233;rialistes que dans la limite de ses propres int&#233;r&#234;ts g&#233;opolitiques. Pour cela elle n'&#233;tait pas un moteur du projet anticapitaliste. Si les diff&#233;rences avec les ann&#233;es 1970 existent et sont significatives, elles ne concernent pas les rapports de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Diversit&#233; des sujets&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les victimes de la domination capitaliste qui sont les acteurs d'une transformation socialiste, mais en Am&#233;rique latine les sujets sp&#233;cifiques de ce processus sont tr&#232;s divers. Dans certains r&#233;gions les communaut&#233;s indig&#232;nes ont jou&#233; un r&#244;le dirigeant dans les r&#233;bellions (&#201;quateur, Bolivie, Mexique) et dans d'autres les paysans conduisaient la r&#233;sistance (Br&#233;sil, P&#233;rou, Paraguay). Dans certains pays les salari&#233;s urbains (Argentine, Uruguay) ou pr&#233;caris&#233;s (Cara&#239;bes, Am&#233;rique centrale) en furent les protagonistes. Le nouveau r&#244;le des communaut&#233;s indig&#232;nes et le r&#244;le moins central des syndicats industriels sont &#233;galement frappants. Cette multiplicit&#233; de secteurs refl&#232;te la structure sociale diff&#233;renci&#233;e et les particularit&#233;s politiques de chaque pays. Mais cette diversit&#233; confirme aussi la vari&#233;t&#233; des participants &#224; une transformation socialiste. Comme le d&#233;veloppement du capitalisme &#233;tend l'exploitation du travail salari&#233; et les formes collat&#233;rales d'oppression, tous les exploit&#233;s et tous les opprim&#233;s sont les acteurs potentiels du processus socialiste. Ce r&#244;le n'est pas r&#233;serv&#233; aux seuls salari&#233;s qui g&#233;n&#232;rent directement les profits patronaux, mais il revient &#224; toutes les victimes de l'in&#233;galit&#233; capitaliste. L'essentiel c'est donc la convergence de ces secteurs dans une lutte commune concernant les foyers, tr&#232;s changeants, de la r&#233;bellion. La victoire d&#233;pend de cette action contre un ennemi qui domine le camp populaire en le divisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains secteurs des salari&#233;s tendent &#224; jouer un r&#244;le plus important dans cette lutte, du fait de la place qu'ils occupent dans les branches vitales de l'&#233;conomie (mines, industrie, banques). Les capitalistes s'enrichissent des privations de tous les d&#233;poss&#233;d&#233;s, mais leurs profits d&#233;pendent sp&#233;cifiquement de l'effort du travail direct des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette centralit&#233; est v&#233;rifi&#233; dans la conjoncture actuelle de r&#233;activation &#233;conomique qui tend &#224; remettre les salari&#233;s au premier plan. En Argentine, les organisations syndicales r&#233;cup&#232;rent la pr&#233;&#233;minence dans les rues, en comparaison de la place tenue par les ch&#244;meurs et les classes moyennes au cours de la crise de 2001. Au Chili les gr&#232;ves de mineurs les imposent en tant que protagonistes, au Mexique le r&#244;le de certains syndicats se renforce et au Venezuela le r&#244;le central jou&#233; par les salari&#233;s du p&#233;trole au cours de la lutte contre les tentatives de coup d'&#201;tat persiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sujet absent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains th&#233;oriciens estiment qu'en Am&#233;rique latine &#171; il n'existe pas de sujet pouvant conduire au socialisme &#187; actuellement (8). Mais ils ne d&#233;finissent pas clairement quel est le conglom&#233;rat jug&#233; absent. La r&#233;ponse implicite c'est la faiblesse de la classe ouvri&#232;re r&#233;gionale, qui ne repr&#233;sente qu'une fraction r&#233;duite de la population du fait du sous-d&#233;veloppement capitaliste. Une vision propose donc de remettre &#224; plus tard le socialisme, lorsqu'appara&#238;tra un prol&#233;tariat plus nombreux et plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le d&#233;veloppement du capitalisme contemporain est synonyme de haute productivit&#233;, de changements technologiques et de l'extension cons&#233;quente de la pr&#233;carit&#233; et du ch&#244;mage. Cette &#233;volution met en question la traditionnelle association entre l'accumulation croissante et le grossissement massif de la classe ouvri&#232;re industrielle. Si le ch&#244;mage et la pr&#233;carit&#233; rendent aujourd'hui impossible la lutte pour le socialisme, il le rendront tout autant dans l'avenir. Il est &#233;vident que les deux processus vont continuer &#224; renforcer l'arm&#233;e de r&#233;serve industrielle et la segmentation des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de rappeler en outre, qu'un prol&#233;tariat compl&#232;tement uniforme et homog&#232;ne n'a jamais exist&#233; et que l'expansion actuelle du travail informel est un motif de plus en faveur du socialisme. Les acteurs n&#233;cessaires pour entamer une telle transformation sont largement pr&#233;sents en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que la classe ouvri&#232;re n'offre pas le profil id&#233;al pour ce changement, mais la bourgeoisie n'a pas non plus le format parfait pour le d&#233;veloppement capitaliste. C'est pourquoi les n&#233;od&#233;veloppementistes d&#233;battent de mani&#232;re intense sur le degr&#233; d'existence du secteur patronal national. Mais, quelle que puisse &#234;tre la conclusion de ces d&#233;bats, ils ne remettent jamais en cause le capitalisme. Par contre les limites quantitatives de la classe ouvri&#232;re suffisent &#224; certains th&#233;oriciens de gauche pour postuler le retard du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diff&#233;rence d'attitudes est instructive. Tandis que les classes dominantes montrent une &#233;norme flexibilit&#233; lorsqu'elles doivent affronter l'adversit&#233; avec les diff&#233;rents rem&#232;des (par exemple une intervention plus active de l'&#201;tat), la r&#233;ponse de certains socialistes est timor&#233;e. Ils ne voient que les obstacles s'opposant au projet populaire, tandis que leurs adversaires essayent un mod&#232;le du capitalisme apr&#232;s l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les vision id&#233;alis&#233;es de la classe ouvri&#232;re industrielle &#8212; en tant que seul artisan du socialisme &#8212; il y aura toujours des difficult&#233;s pour concevoir un projet anticapitaliste &#224; la p&#233;riph&#233;rie. Mais si l'on abandonne cette conception &#233;troite, il n'existe aucune raison pour remettre en cause la viabilit&#233; de ce projet en termes d'insuffisances de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation des traditions de lutte est plus importante pour un processus anticapitaliste que la hi&#233;rarchie des sujets participants. Si les exp&#233;riences de r&#233;sistance sont partag&#233;es, le potentiel d'un changement r&#233;volutionnaire s'accro&#238;t. La conversion des ex-travailleurs d'Argentine en militants d'un grand mouvement de ch&#244;meurs fut un exemple de cet &#233;change d'exp&#233;riences. Un autre cas a &#233;t&#233; la transformation des ex-mineurs de Bolivie en organisateurs de travailleurs informels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement de statut (des exploit&#233;s devenant des opprim&#233;s et vice versa) n'introduit pas de changements significatifs tant que le niveau de combativit&#233; persiste et que les trajectoires d'action populaire peuvent &#234;tre recycl&#233;s. Ce second aspect est plus significatif pour le projet socialiste que ne le sont les mutations de la configuration sociale. C'est pourquoi l'analyse sociologique ne doit pas remplacer la caract&#233;risation politique d'un processus r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mise en question du socialisme sous pr&#233;texte de l'absence du sujet a &#233;t&#233; formul&#233;e avec des arguments les plus vari&#233;s. Dans quelques petites nations comme la Bolivie, cette objection remarque que le prol&#233;tariat est d&#233;mographiquement faible, qu'il a souffert des graves d&#233;faites depuis la privatisation de l'industrie mini&#232;re et que son poids a diminu&#233; face &#224; l'agriculture familiale (9).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toutes les r&#233;volutions anticapitalistes du XXe si&#232;cle ont eu lieu dans des nations retard&#233;es avec des secteurs ouvriers minoritaires. Les d&#233;routes &#233;prouv&#233;es par les mineurs de l'Altiplano ont &#233;t&#233; largement contrebalanc&#233;es par la succession de r&#233;bellions populaires et les communaut&#233;s agraires sont les alli&#233;s potentiels et non des adversaires du changement socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me du sujet absent tend &#224; conduire vers des d&#233;bats st&#233;riles. Il est beaucoup plus important de trouver les chemins pour garantir l'unit&#233; des opprim&#233;s et des exploit&#233;s que de d&#233;cider lequel d'entre eux sera un protagoniste plus important dans le saut vers le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Probl&#232;me de la conscience populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;radication du capitalisme est un projet enti&#232;rement d&#233;pendant du niveau de conscience des opprim&#233;s. Seules leurs convictions peuvent engager vers le socialisme un processus de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision primitive de cette transformation, l'assimilant &#224; une issue in&#233;vitable de l'histoire a perdu le consensus intellectuel et l'attraction politique. Il n'y a aucun cadre d'&#233;volution historique de ce type. Le socialisme sera une construction volontaire des grandes majorit&#233;s ou bien il n'appara&#238;tra jamais. Ce qui s'est pass&#233; sous le &#171; socialisme r&#233;el &#187; illustre &#224; quel point il est n&#233;faste de substituer la d&#233;cision populaire par le paternalisme des fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la conscience des opprim&#233;s est une sph&#232;re soumise &#224; de fortes mutations. Deux forces oppos&#233;es influencent leur d&#233;veloppement : les apprentissages que les opprim&#233;s assimilent au cours de leur r&#233;sistance contre le capital et le d&#233;couagement produit par l'angoisse du travail et de la survie ainsi que par l'ali&#233;nation quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inclination des salari&#233;s &#224; questionner ou a accepter l'ordre en vigueur d&#233;rive du r&#233;sultat changeant de ce conflit. Dans certaines circonstances la vision critique pr&#233;domine, alors qu'en d'autres moment la r&#233;signation r&#232;gne. Ces attitudes d&#233;pendent de nombreux facteurs et se refl&#232;tent dans des perceptions g&#233;n&#233;rationnelles tr&#232;s diff&#233;rentes du capitalisme. La croissance de la jeunesse contemporaine a eu lieu, par exemple, sans baigner dans l'espoir d'un emploi meilleur ou d'une promotion par l'&#233;ducation, qui pr&#233;valaient dans la p&#233;riode de l'apr&#232;s-guerre. Cette jeunesse observait l'exclusion, le ch&#244;mage et l'in&#233;galit&#233; comme des normes du fonctionnement du syst&#232;me. Cette vision de l'ordre en vigueur n'a pas emp&#234;ch&#233; la nouvelle g&#233;n&#233;ration latino-am&#233;ricaine de reprendre la combativit&#233; de ses pr&#233;d&#233;cesseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image pr&#233;dominante du capitalisme influence la conscience socialiste, mais il ne d&#233;termine pas sa coh&#233;rence. Sur ce terrain les conclusions extraites de la lutte de classes et l'impact des grandes r&#233;volutions dans d'autres pays sont essentiels. Ces points de rep&#232;re d&#233;terminent la pr&#233;sence de certains &#171; niveaux moyens de la conscience socialiste &#187;, qui se traduisent par des niveaux d'enthousiasme ou de d&#233;ception envers le projet anticapitaliste. Les victoires obtenues en Russie, en Chine, en Yougoslavie, au Vi&#234;t Nam ou &#224; Cuba ont favoris&#233; par exemple la perception socialiste positive, qui n'a pas &#233;t&#233; dissip&#233;e par les nombreuses d&#233;faites enregistr&#233;es aussi durant ces p&#233;riodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;n&#233;ration latino-am&#233;ricaine actuelle n'a pas grandi, comme ses p&#232;res, dans un contexte marqu&#233; par les triomphes r&#233;volutionnaires. Cette absence d'une r&#233;f&#233;rence anticapitaliste excitante &#8212; proche de ses exp&#233;riences imm&#233;diates &#8212; explique sa distanciation spontan&#233;e plus grande envers le projet socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes diff&#233;rences entre la p&#233;riode actuelle et l'&#233;tape 1960-1980 se trouvent bien plus sur ce plan de la conscience politique que sur le terrain des rapports de forces ou sur celui du changement des sujets populaires. Ce n'est pas l'intensit&#233; des conflits sociaux, ni la combativit&#233; des opprim&#233;s, ni la capacit&#233; du contr&#244;le des oppresseurs qui ont &#233;t&#233; substantiellement modifi&#233;es, mais bien la visibilit&#233; d'un mod&#232;le socialiste et la confiance qu'il peut inspirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ruptures et continuit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;croulement de l'URSS a provoqu&#233; une crise de cr&#233;dibilit&#233; internationale du projet socialiste qui a conditionn&#233; l'action de la gauche. L'Am&#233;rique latine n'a pas &#233;t&#233; une exception sur ce terrain. Mais certains th&#233;oriciens exag&#232;rent cet impact et supposent que la perspective socialiste a &#233;t&#233; close pour une longue p&#233;riode. Une telle vision conduit &#224; une distinction cat&#233;gorique entre une p&#233;riode r&#233;volutionnaire (jusqu'en 1989) et une autre conservatrice (depuis cette date).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle vision oublie que la gauche latino-am&#233;ricaine avait pris ses distances face au mod&#232;le sovi&#233;tique bien avant l'effondrement du &#171; camp socialiste &#187;. Le d&#233;couragement des ann&#233;es 1990 ob&#233;issait en ce sens davantage &#224; l'h&#233;ritage des dictatures, &#224; l'&#233;chec du sandinisme ou au blocus souffert par l'insurrection centram&#233;ricaine. Sur ce plan la survie de la r&#233;volution cubaine a en outre exerc&#233; un important contrepoids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute mani&#232;re il est &#233;vident que le climat de la d&#233;ception a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; remplac&#233; par un &#233;lan en vue de reconstruire le programme d'&#233;mancipation. Cette impulsion appara&#238;t dans l'attitude pro-socialiste de plusieurs mouvements populaires. La grande question c'est le degr&#233; d'assimilation de ce projet par une partie des nouvelles g&#233;n&#233;rations qui ont pris la t&#234;te des r&#233;bellions de la derni&#232;re d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avanc&#233;e de la conscience antilib&#233;rale au sein de ces secteurs appara&#238;t dans le ferme rejet des privatisations et de la d&#233;r&#233;gulation &#8212; qui est bien sup&#233;rieur &#224; ce qu'on peut observer dans d'autres r&#233;gions, en particulier en Europe de l'Est. On voit &#233;galement la renaissance d'une conscience anti-imp&#233;rialiste, sans les composantes r&#233;gressives sur le plan ethnique ou religieux qui r&#232;gnent dans le monde arabe. En Am&#233;rique latine un cadre propice pour le renouvellement de la pens&#233;e de gauche appara&#238;t parce que l'on n'y enregistre pas les ruptures avec cette tradition que l'on peut observer dans divers pays de l'Europe occidentale (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le lien anticapitaliste est le grand &#233;l&#233;ment qui manque dans la r&#233;gion et cette carence a frein&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent la radicalisation de la conscience populaire. Sur ce terrain le d&#233;bat ouvert autour du socialisme du XXIe si&#232;cle peut jouer un r&#244;le d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cadre constitutionnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche latino-am&#233;ricaine fait face &#224; un probl&#232;me strat&#233;gique relativement nouveau : la g&#233;n&#233;ralisation de r&#233;gimes constitutionnels. Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de la r&#233;gion, les classes dominantes g&#232;rent leurs gouvernements en utilisant des institutions non dictatoriales et cela dans presque tous les pays et durant une p&#233;riode significative. Ni les effondrements &#233;conomiques, ni les crises politiques, ni m&#234;me les insurrections populaires n'ont modifi&#233; ce mode de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour des militaires est une carte majoritairement rejet&#233;e par les &#233;lites de l'h&#233;misph&#232;re. Dans les situations les plus critiques les pr&#233;sidents sont remplac&#233;s par d'autres mandataires avec une sorte d'interr&#232;gne civico-militaire, mais une telle substitution ne d&#233;rive pas vers des dictatures militaires visant &#224; combattre la d&#233;cr&#233;pitude des sommets ou la r&#233;bellion de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande majorit&#233; des r&#233;gimes actuels sont des ploutocraties au service des capitalistes qui n'ont rien &#224; voir avec une d&#233;mocratie r&#233;elle. Les institutions de ces syst&#232;mes ont servi pour r&#233;aliser des attaques sociales que nombre de dictatures n'avaient m&#234;me pas os&#233; imaginer. Ces agressions ont atteint la l&#233;gitimit&#233; du syst&#232;me mais n'ont pas pour autant conduit &#224; un rejet populaire du r&#233;gime constitutionnel qui ressemblerait au rejet souffert par les vieilles tyrannies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce changement dans la norme de domination capitaliste a des effets contradictoires sur l'action de la gauche latino-am&#233;ricaine. D'une part, il &#233;largit ses possibilit&#233;s d'action dans un contexte de libert&#233;s publiques. De l'autre, il impose un cadre marqu&#233; par la confiance des capitalistes dans les institutions de leur syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;gime qui encadre et consolide en m&#234;me temps le pouvoir des oppresseurs repr&#233;sente un grand d&#233;fi pour la gauche, en particulier lorsque cette structure est majoritairement per&#231;ue comme &#233;tant le m&#233;canisme naturel de fonctionnement de toute soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re croyance est favoris&#233;e par la droite &#8212; qui a compris l'int&#233;r&#234;t de d&#233;velopper son action au sein du cadre constitutionnel &#8212; et aussi par le centre-gauche, qui pr&#233;serve le statu quo avec des simulacres progressistes. Les deux versants fa&#231;onnent des fausses polarisations &#233;lectorales pour masquer la simple alternance de personnes qui g&#232;rent le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple actuel de cette compl&#233;mentarit&#233; c'est la &#171; gauche moderne et civilis&#233;e &#187; qui est arriv&#233;e au gouvernement avec Lula (Br&#233;sil), Tabar&#233; (Uruguay) ou Bachelet (Chili) dans le but de perp&#233;tuer la supr&#233;matie des capitalistes. Mais d'autres situations sont plus compliqu&#233;es, parce que la continuit&#233; institutionnelle y a &#233;t&#233; cass&#233;e par la fraude (Mexique) ou la d&#233;mission pr&#233;sidentielle (Bolivie, &#201;quateur, Argentine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains cas ces convulsions se sont termin&#233;es par la reconstruction de l'ordre bourgeois (Kirchner en Argentine), mais dans d'autres pays ces crises ont abouti &#224; l'acc&#232;s inattendu aux gouvernements de pr&#233;sidents nationalistes ou r&#233;formistes qui sont rejet&#233;s par l'establishment. C'est le cas de Ch&#225;vez (Venezuela), de Morales (Bolivie) et probablement de Correa (&#201;quateur). Ce r&#233;sultat a &#233;t&#233; la cons&#233;quence du caract&#232;re non institutionnel initialement port&#233; par les crises et les soul&#232;vements dans ces nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces processus le terrain &#233;lectoral est apparu comme un secteur de la lutte contre la r&#233;action et comme un point d'appui pour r&#233;aliser des transformations radicales. Cette conclusion est vitale pour la gauche. Il ne faut pas oublier que par exemple au Venezuela, depuis 1998 toutes les &#233;lections ont renforc&#233; la l&#233;gitimit&#233; du processus bolivarien et ont transf&#233;r&#233; dans les urnes la d&#233;faite que la droite a subie dans les rues. Les victoires de la mobilisation ont ainsi &#233;t&#233; compl&#233;t&#233;es dans la sph&#232;re &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;ponses de la gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre constitutionnel modifie de mani&#232;re significative le contexte de l'activit&#233; de la gauche, qui a &#233;t&#233; durant des d&#233;cennies confront&#233;e aux tyrannies militaires. Le combat au sein du syst&#232;me actuel n'est pas facile car l'institutionnalisation renouvelle la domination bourgeoise et la pare de d&#233;guisements multiples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette plasticit&#233; a initialement d&#233;concert&#233; une g&#233;n&#233;ration de militants pr&#233;par&#233;s pour lutter contre un ennemi dictatorial tr&#232;s brutal, mais peu sinueux. Certains activistes ont &#233;t&#233; d&#233;moralis&#233;s par ces difficult&#233;s et ont fini par accepter les accusations de la droite. Ils ont commenc&#233; &#224; s'auto-flageller pour leur pr&#233;c&#233;dente &#171; sous-estimation de la d&#233;mocratie &#187;, oubliant que les libert&#233;s publiques furent obtenues par la r&#233;sistance populaire (et non par la particratie bourgeoise complice de l'autoritarisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cadre constitutionnel a conduit d'autres militants &#224; proclamer la fin de &#171; l'utopie r&#233;volutionnaire &#187; et le d&#233;but d'une nouvelle &#232;re d'avanc&#233;e progressive vers un futur post-capitaliste. Ils ont repris le sch&#233;ma gradualiste et ont propos&#233; de commencer le cheminement vers le socialisme par un consensus initial avec les oppresseurs. C'est par cette voie qu'ils ont pr&#233;tendu d&#233;velopper l'h&#233;g&#233;monie dirigeante des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toute l'immense exp&#233;rience social-d&#233;mocrate a prouv&#233; l'absence de r&#233;alisme d'une telle option. Les classes dominantes ne renoncent pas au pouvoir. Elles ne font que coopter des ex&#233;cutants en vue de remodeler les piliers d'une oppression qui est fond&#233;e par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des grandes banques et des grands trusts. Ils ne permettront jamais que ce contr&#244;le soit corrod&#233; par le poids politique et culturel de leurs antagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison toute politique qui remet &#224; plus tard ind&#233;finiment le but anticapitaliste finit par renforcer l'oppression. Le socialisme exige la pr&#233;paration et la r&#233;alisation des ruptures anticapitalistes. Si on oublie ce principe la strat&#233;gie de la gauche est priv&#233;e de boussole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant la confrontation avec le constitutionnalisme a aussi produit durant les derni&#232;res ann&#233;es des effets positifs. Elle a par exemple permis de d&#233;battre au sein de la gauche des formes qu'adopterait une d&#233;mocratie v&#233;ritable sous le socialisme. Cette r&#233;flexion a introduit une modification significative en ce qui concerne la mani&#232;re de concevoir la perspective anticapitaliste. Au cours des ann&#233;es 1970 la d&#233;mocratie &#233;tait un th&#232;me oubli&#233;. Elle &#233;tait &#224; peine soulev&#233;e par les critiques de la bureaucratie sovi&#233;tique. Actuellement plus personne, ou presque, n'&#233;vite cette question. Le socialisme a cess&#233; d'&#234;tre imagin&#233; comme une prolongation de la tyrannie qui r&#233;gnait en URSS et commence a &#234;tre per&#231;u actuellement comme un r&#233;gime de participation croissante, de repr&#233;sentation et de contr&#244;le populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce futur d&#233;pend aussi des r&#233;ponses imm&#233;diates envers le constitutionnalisme. Deux attitudes dominent au sein de la gauche : une qui propose de gagner des espaces dans la structure institutionnelle et une autre qui promeut les organismes parall&#232;les de pouvoir populaire (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re orientation se propose d'avancer en escalier du niveau local au niveau provincial pour atteindre finalement le gouvernement national. Elle revendique les exp&#233;riences de l'administration communale que le PT br&#233;silien et le Frente Amplio uruguayen ont essay&#233; depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1990. Elle reconna&#238;t les concessions am&#232;res accord&#233;es &#224; l'establishment dans ce cadre gestionnaire (compromis dans les n&#233;gociations et remise &#224; plus tard des am&#233;liorations sociales), cependant consid&#232;re que le bilan est finalement positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est ind&#233;niable que ce &#171; socialisme municipal &#187; a conduit de vieux lutteurs &#224; se convertir en hommes de confiance du capital. Ils commen&#231;aient dans la gestion en &#233;tant le noyau de l'hostilit&#233; envers le mouvement social et finissaient en gouvernant pour les classes dominantes. Ils ont d'abord mod&#233;r&#233; leurs programmes, puis furent appel&#233;s &#224; des responsabilit&#233;s et ont finalement chang&#233; de camp social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le budget participatif n'a pas r&#233;sist&#233; &#224; cette involution. D&#233;battre de la mani&#232;re de distribuer un budget local surd&#233;termin&#233; par les restrictions de la politique n&#233;olib&#233;rale conduit &#224; compromettre la citoyennet&#233; avec auto-limitation. La d&#233;mocratie participative ne peut &#233;veiller la conscience radicale de la population que lorsqu'elle r&#233;siste et d&#233;nonce la tyrannie du capital. En rejetant ce but elle se transforme en instrument de pr&#233;servation de l'ordre en vigueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre strat&#233;gie, oppos&#233;e au chemin institutionnel, qui encourage la mobilisation sociale et rejette la participation &#233;lectorale, existe &#233;galement. Elle d&#233;nonce la corruption du PT ou la passivit&#233; du Frente Amplio et est favorable au surgissement d'options de pouvoir populaire direct. Elle met &#233;galement en question les pi&#232;ges &#233;lectoraux qui ont conduit les pays andins &#224; canaliser la r&#233;sistance dans le cadre du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision omet le r&#244;le central de l'ar&#232;ne &#233;lectorale et minimise les cons&#233;quences n&#233;gatives de l'abandon de ce terrain. La citoyennet&#233;, le suffrage, les droits &#233;lectoraux ne sont pas seulement des instruments bourgeois de manipulation. Il s'agit aussi de conqu&#234;tes sociales obtenues contre les dictatures et qui, dans certaines conditions, permettent d'affronter la droite. Si les &#233;lections n'&#233;taient que de purs pi&#232;ges, elles ne pourraient accomplir le r&#244;le positif qu'elles ont jou&#233; au Venezuela, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vital de d&#233;noncer le caract&#232;re limit&#233; qu'ont les droits des citoyens sous un syst&#232;me r&#233;gi par le profit. Mais les acquis d&#233;mocratiques doivent &#234;tre approfondis et non d&#233;valoris&#233;s. Ils constituent le fondement du r&#233;gime futur d'&#233;galit&#233; sociale qui accordera un contenu substantiel aux m&#233;canismes de la d&#233;mocratie formelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention dans le cadre constitutionnel autorise un exercice de pratiques politiques n&#233;cessaire pour la d&#233;mocratie socialiste future. Rejeter l'intervention &#233;lectorale est donc aussi pernicieux sur le plan tactique (isolement) que sur le terrain strat&#233;gique (pr&#233;paration de ce futur socialiste).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au faux dilemme d'accepter ou d'ignorer les r&#232;gles du constitutionnalisme, il existe une troisi&#232;me voie viable : combiner l'action directe et la participation &#233;lectorale. On rend ainsi compatibles le temps du surgissement du pouvoir populaire &#8212; qui requiert un processus r&#233;volutionnaire &#8212; avec celui de la maturation de la conscience socialiste, qui dans une certaine mesure passe &#224; travers l'ar&#232;ne constitutionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des mouvements seulement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience populaire se traduit dans l'organisation. Le regroupement des opprim&#233;s est indispensable pour cr&#233;er les instruments d'une transformation anticapitaliste, car sans organismes qui leurs soient propres les exploit&#233;s ne peuvent pas engendrer une autre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements et les partis constituent les deux modalit&#233;s d'organisation populaire contemporaine. Les deux options accomplissent un r&#244;le essentiel pour le d&#233;veloppement des convictions socialistes. Ils renforcent la confiance dans l'auto-organisation et traitent des normes de fonctionnement collectif du futur pouvoir populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements soutiennent la lutte sociale imm&#233;diate alors que les partis nourrissent une activit&#233; politique plus &#233;labor&#233;e. Les deux sont n&#233;cessaires pour faciliter l'action directe et la participation &#233;lectorale. Mais cette compl&#233;mentarit&#233; est souvent mise en question par les promoteurs exclusifs du mouvement ou du parti. Certains th&#233;oriciens du mouvementisme &#8212; qui adh&#232;rent aux th&#232;ses autonomistes &#8212; estiment que l'organisation partidaire est obsol&#232;te, inutile et pernicieuse (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais leurs objections invalident seulement les actions de certains partis et non la fonction g&#233;n&#233;rale de ces structures. Aucun projet &#233;mancipateur ne peut se d&#233;velopper exclusivement sur le terrain social, de m&#234;me qu'il ne peut se passer de plates-formes sp&#233;cifiques, ni des liens entre les revendications et les strat&#233;gies de pouvoir, qu'apportent les groupements partisans. Ces regroupements contribuent &#224; d&#233;passer les limites d'une r&#233;bellion spontan&#233;e. Le parti facilite la maturation d'une conscience anticapitaliste qui n'&#233;merge pas de mani&#232;re abrupte de l'action revendicative mais qui n&#233;cessite un processus pour transformer le combat pour des am&#233;liorations imm&#233;diates en une lutte pour des objectifs socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques des partis prennent appui sur le climat favorable aux mouvements qui a r&#233;gn&#233; dans les Forums sociaux mondiaux de ces derni&#232;res ann&#233;es. Toutefois depuis Seattle (1999) jusqu'&#224; Caracas-Bamako (2006) beaucoup d'eau a coul&#233; sous les ponts. La confiance en l'autosuffisance des mouvements a baiss&#233;, en particulier sur la sc&#232;ne latino-am&#233;ricaine actuelle marqu&#233;e par les d&#233;faites &#233;lectorales de la droite. Le &#171; moment utopique &#187; fondateur des Forums a d&#233;cru, d&#233;gageant ainsi le terrain pour d&#233;battre des strat&#233;gies qui incluent les partis. Ce changement ob&#233;it aussi &#224; l'&#233;volution politique de divers th&#233;oriciens du mouvementisme, qui continuent &#224; remettre en cause avec un langage contestataire les organisations de gauche, mais maintenant il le font pour d&#233;fendre Lula ou Kirchner (13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rejet des partis persiste aussi parmi les auteurs qui postulent de &#171; changer le monde sans prendre le pouvoir &#187;. Ils divergent avec les organisations politiques qui d&#233;fendent la n&#233;cessit&#233; de conqu&#233;rir les r&#234;nes de l'&#201;tat mais ils ne clarifient jamais comment une soci&#233;t&#233; post-capitaliste exempte de formes &#233;tatiques pourrait &#233;merger. Ce type d'institution est la r&#233;f&#233;rence de toutes les demandes sociales et sa transformation est la condition de toute transition anticapitaliste. M&#234;me les changements d&#233;mocratiques les plus &#233;l&#233;mentaires qui sont actuellement envisag&#233;s en Am&#233;rique latine ne peuvent &#234;tre con&#231;us sans l'&#201;tat. Cet instrument est indispensable pour mettre en &#339;uvre les r&#233;formes sociales, les assembl&#233;es constituantes et les nationalisations des ressources fondamentales. Ceux qui ignorent cette n&#233;cessit&#233; ont &#233;t&#233; d&#233;concert&#233;s devant le nouveau sc&#233;nario en vigueur au Venezuela ou en Bolivie (14).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Seulement un parti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la disqualification des partis est inad&#233;quate, le vice de sup&#233;riorit&#233; qu'exhibent certaines organisations de gauche ne l'est pas moins. Ces organisations maintiennent une conception avant-gardiste, agissent sur la base d'un verticalisme absolu et se gratifient elles-m&#234;mes par auto-proclamation. Un tel culte conduit &#224; des pratiques sectaires et &#224; la recherche d'une h&#233;g&#233;monie forc&#233;e au sein des mouvements sociaux (15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette forme d'action politique s'alimente d'une tradition &#171; caudilliste &#187; (de chef) de petit groupe. Dans certains pays ce comportement exprime aussi les vices d'une culture d'organisation construite au cours des d&#233;cennies de l'action clandestine. Mais dans le cadre actuel de libert&#233;s publiques le caract&#232;re d&#233;plac&#233; de tels comportements saute aux yeux. Ceux qui maintiennent de telles pratiques peuvent prosp&#233;rer, mais ils ne dirigeront jamais une transformation socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le verticalisme refl&#232;te l'incapacit&#233; d'ajuster les formes organisationnelles au cadre politique contemporain. Il est tributaire d'une id&#233;alisation du mod&#232;le bolchevique qui est per&#231;u comme la cl&#233; du succ&#232;s. On attribue &#224; ce sch&#233;ma une fausse universalit&#233; en oubliant le contexte autocratique particulier qui a justifi&#233; l'organisation l&#233;niniste au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Les artisans de cette organisation n'ont jamais eu la pr&#233;tention de breveter un sch&#233;ma unique de regroupement socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience latino-am&#233;ricaine a permis de v&#233;rifier ce manque de validit&#233; universelle. Les grandes luttes populaires ont &#233;t&#233; men&#233;es avec des formes d'organisation les plus diverses. Cette multiplicit&#233; ob&#233;it &#224; des rythmes de maturation socialiste tr&#232;s in&#233;gaux dans chaque pays. Les modalit&#233;s d'organisation doivent s'adapter &#224; ces diff&#233;rences pour, de plus, pouvoir faire face aux d&#233;fis cr&#233;&#233;s par la domination id&#233;ologique contemporaine de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le verticalisme sectaire ne tente jamais d'expliquer l'ab&#238;me qui s&#233;pare son projet (prendre le pouvoir) de sa r&#233;alit&#233; (minoritaire). Il abonde &#224; d&#233;crire la crise et multiplie les virulentes critiques de ses concurrents de gauche, mais n'expose que tr&#232;s peu de commentaires concernant ses propres carences. On ne peut jamais comprendre quels sont les obstacles qui emp&#234;chent sa transformation en une organisation dirigeante de masse qu'il annonce si souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce probl&#232;me ne peut &#234;tre r&#233;solu avec des raisonnements qui ignorent la vari&#233;t&#233; de composantes de chaque strat&#233;gie socialiste. Ceux qui r&#233;duisent cette politique &#224; une relation univoque entre le sujet r&#233;volutionnaire (la classe ouvri&#232;re) et le parti d'avant-garde, ne peuvent saisir les m&#233;diations qui s&#233;parent les deux plans. Ils supposent que le parti est l'unique transmetteur de l'&#233;clairage socialiste et ignorent toutes les manifestations informelles de la conscience radicale (populaire, socialiste, anti-imp&#233;rialiste) qui n'entrent pas dans leur sch&#233;ma d'auto-d&#233;veloppement. De ce fait ils n'aper&#231;oivent que les inconv&#233;nients passagers de la propagande partidaire alors que des obstacles plus s&#233;rieux freinent le d&#233;veloppement d'une attitude de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance kilom&#233;trique qui s&#233;pare les masses de ce type d'organisations n'ob&#233;it pas &#224; des causes conjoncturelles. C'est pourquoi elle se reproduit tout au long du temps et ne se r&#233;duit pas qualitativement au cours des grandes crises. Elle exprime les obstacles d&#233;riv&#233;s de la combinaison sp&#233;cifique &#224; chaque p&#233;riode des six conditions de la strat&#233;gie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des partis auto-proclamatoires se sont forg&#233;s en naviguant contre le courant et ont maintenu seuls bien haut le drapeau du socialisme. Habitu&#233;s &#224; l'adversit&#233; ils ont maintenu le projet anticapitaliste sans vaciller. Mais cette volont&#233; leur permet seulement de r&#233;p&#233;ter des consignes et non de participer effectivement en une transformation socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;forme et r&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions mat&#233;rielles, le rapport des forces, les sujets sociaux, la conscience populaire, le cadre politique et l'organisation populaire forment les six conditions d'une strat&#233;gie de la gauche. Les programmes mis en avant pour lier les actions, les convictions et les propositions dans un sens socialiste d&#233;pendent de ces six fondements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est rare que la maturit&#233; de ces six composantes co&#239;ncide pour permettre un saut anticapitaliste. Parfois la pl&#233;nitude des conditions mat&#233;rielles ne converge pas avec le rapport des forces, avec le protagonisme des sujets sociaux ou avec le contexte politique. Plus rare encore est la co&#239;ncidence de ces &#233;l&#233;ments avec le niveau d'organisation, la conscience et la direction populaire que requiert le tournant vers le socialisme. La strat&#233;gie de la gauche est une recherche de chemins pour d&#233;passer ces discordances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; principale est situ&#233;e dans les liens qui relient ces piliers. Les directions &#224; suivre sont les plus variables car l'universalit&#233; du programme socialiste n'est nullement synonyme d'uniformit&#233;. L'exp&#233;rience du XXe si&#232;cle illustre comment les fondements de ce processus se conjuguent de mani&#232;re diff&#233;rente dans chaque pays. On a aussi pu voir que la temporalit&#233; d'un commencement socialiste diff&#232;re significativement entre les d&#233;nouements insurrectionnels acc&#233;l&#233;r&#233;s (Russie) et les confrontations prolong&#233;es de double pouvoir (Chine, Vi&#234;t Nam).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux dilemmes cr&#233;&#233;s par le fait que les composants du changement socialiste ne s'accordent pas naturellement existe un projet r&#233;formiste qui propose d'articuler progressivement tous les &#233;l&#233;ments en jeu &#224; travers une progression d'acquis sociaux. Ce cours a pour but de renforcer les propositions des travailleurs, de renforcer leur poids politique et d'am&#233;liorer leur pr&#233;sence organisationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les r&#233;formes qui sont possibles dans le cadre du capitalisme ne s'accumulent pas et ne sont nullement irr&#233;versibles. T&#244;t ou tard leur consolidation (ou leur approfondissement) se heurte &#224; la loi du profit et alors des attaques patronales provoquent des conflits majeurs. Dans de telles circonstances seule une r&#233;ponse populaire anticapitaliste radicale et cons&#233;quente permet d'avancer vers le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes sont valables en tant qu'&#233;chelon de cette lutte et c'est une erreur de les extraire du projet strat&#233;gique. Ceux qui veulent &#171; r&#233;soudre en premier lieu les probl&#232;mes imm&#233;diats &#187; pour &#171; discuter plus tard du socialisme &#187; oublient que ce futur ne serait pas n&#233;cessaire si le capitalisme pouvait structurellement satisfaire les n&#233;cessit&#233;s p&#233;remptoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une seconde r&#233;ponse de type r&#233;volutionnaire pour d&#233;passer la d&#233;connexion entre les conditions objectives et les conditions subjectives. Elle propose des actions en vue d'articuler les sommets de la crise du capitalisme avec la disposition des masses pour la lutte et avec les convictions socialistes. Mais l'exp&#233;rience du XXe si&#232;cle tout comme les derni&#232;res crises sud-am&#233;ricaines indiquent que cette jonction n'a rien d'&#233;vident m&#234;me dans les conjonctures les plus convulsives. Il ne suffit pas que la crise de l'h&#233;g&#233;monie ou de l'autorit&#233; des classes dominantes converge avec la r&#233;volte des classes opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#251;rissement socialiste exige un processus pr&#233;alable de pr&#233;paration, qui ne s'improvise pas de mani&#232;re exp&#233;ditive sur le sentier du pouvoir. Cette pr&#233;paration inclut des acquis sociaux et des conqu&#234;tes d&#233;mocratiques qui peuvent &#234;tre obtenues &#224; travers des r&#233;formes. Ce terme n'est pas une insulte et les r&#233;formes ne constituent pas les antipodes de la r&#233;volution. Elles sont un instrument utile pour pr&#233;parer le saut r&#233;volutionnaire lorsqu'elles permettent d'&#233;tablir des avant-postes et de tendre les ponts qui approchent les opprim&#233;s de l'objectif socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formes sont les conqu&#234;tes n&#233;cessaires pour pr&#233;parer un tournant anticapitaliste et la r&#233;volution constitue le pas indispensable pour assurer la port&#233;e effective de ces acquis. Dans de nombreuses circonstances les r&#233;formes sont n&#233;cessaires pour d&#233;bloquer la dynamique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de tenir compte de cette compl&#233;mentarit&#233; si l'on veut d&#233;passer la s&#233;paration sch&#233;matique entre les p&#233;riodes conservatrices (propices uniquement pour les conqu&#234;tes minimales) et les &#233;tapes r&#233;volutionnaires (qui seules permettent les r&#233;ponses r&#233;volutionnaires). La strat&#233;gie socialiste exige d'amalgamer les initiatives de r&#233;formes avec un horizon explicitement r&#233;volutionnaire. Cette boussole est vitale pour la strat&#233;gie socialiste car la r&#233;volution est le guide qui permet de s'orienter parmi les compromis, les alliances et les m&#233;diations l&#233;gitimes et de rejeter ceux qui sont inacceptables pour atteindre le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Optimisme et raison&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les strat&#233;gies s'inspirent des exp&#233;riences pass&#233;es et des r&#233;flexions conjoncturelles ouvertes par les nouvelles circonstances et exp&#233;riences. Il s'agit d'orientations con&#231;ues &#224; partir des hypoth&#232;ses in&#233;dites et non de simples calculs de mod&#232;les r&#233;p&#233;titifs. Elles sont issues des discussions qui utilisent d'importantes notions de l'art militaire (tactique, guerre de position ou de mouvement, offensive, contre-offensive) mais qui impliquent que la gauche assume un contenu plus sp&#233;cifique : d&#233;couvrir les voies pour renverser l'ordre capitaliste. L'objectif consiste &#224; d&#233;raciner l'exploitation et non d'arracher le pouvoir &#224; un groupe puissant pour le transf&#233;rer &#224; son rival.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension lib&#233;ratrice du projet socialiste est totalement absente dans les courants bourgeois et son emploi exige d'adopter une attitude de r&#233;sistance aux in&#233;galit&#233;s et de rejet de l'injustice. Cette attitude est indispensable pour transformer l'indignation en projets viables. Mais l'&#233;laboration strat&#233;gique implique d'affronter des questions plus &#233;pineuses. En absence d'une volont&#233; d'aborder les difficult&#233;s que la gauche n'a pas d&#233;pass&#233;e, les chemins du socialisme resteront invariablement bloqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture latino-am&#233;ricaine actuelle invite &#224; clarifier tous les sujets &#224; travers des controverses franches, ouvertes et respectueuses. C'est le moment d'assumer les r&#233;alisations et de tirer le bilan des limites avec une attitude critique et enthousiaste. L'optimisme de la raison a toujours &#233;t&#233; un moteur puissant de la lutte socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Buenos Aires, le 7 d&#233;cembre 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit par J.M. (de l'espagnol).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Cf. Katz Claudio, Socialisme ou n&#233;odeveloppementisme, Inprecor n&#176; 528/529 de juin-juillet 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. 1 % de la population contr&#244;le actuellement 40 % des richesses de la plan&#232;te. Cf. Aizpeolea Horacio, &#8220;Como se reparte la torta&#8221; (Comment est partag&#233; le g&#226;teau) La Naci&#243;n du 15 septembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Un exemple extr&#234;me de cette conception &#8212; qui assume le catastrophisme en tant que qualit&#233; &#8212; est pr&#233;sent&#233; par : Rieznik Pablo, &#8220;En defensa del catastrofismo&#8221;, En defensa del marxismo n&#176; 34 (Buenos Aires) du 19 octobre 2006. Nous avons pol&#233;miqu&#233; &#224; plusieurs reprises avec les fondements th&#233;oriques d'une telle conception, dans les articles cit&#233;s dans la bibliographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Harnecker pr&#233;sente ce d&#233;bat comme ayant surgi au sein de la gauche au d&#233;but des ann&#233;es 1990. Harnecker Marta, La izquierda en el umbral del siglo XXI, Editorial Siglo Veintiuno, Madrid, 2000, (deuxi&#232;me partie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Garc&#237;a Linera Alvaro, &#8220;Somos partidarios de un modelo socialista con un capitalismo boliviano&#8221;, Clar&#237;n, 23 d&#233;cembre 2005. Garc&#237;a Linera Alvaro, &#8220;El capitalismo andino-amaz&#243;nico&#8221;, Enfoques Cr&#237;ticos, n&#176; 2 avril&#8211;mai 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Garc&#237;a Linera Alvaro, &#8220;El evismo : lo nacional-popular en acci&#243;n&#8221;, OSAL n&#176; 19, janvier-avril 2006. Garc&#237;a Linera Alvaro, &#8220;Tres temas de reflexi&#243;n&#8221;, Argenpress, 4 novembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Cette th&#232;se a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e et post&#233;rieurement nuanc&#233;e par : Harnecker Marta, La izquierda despu&#233;s de Seatlle (La gauche apr&#232;s Seatlle), Editorial Siglo Veintiuno, Madrid 2002 ; Harnecker, La izquierda en el umbral.(chapitres 1 et 2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Dieterich Heinz, Ch&#225;vez y el socialismo del siglo XXI (Hugo Ch&#225;vez et le socialisme du XXIe si&#232;cle), Editorial Por los caminos de Am&#233;rica, Caracas 2005, (chapitre 6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Garc&#237;a Linera Alvaro, &#8220;No estamos pensando en socialismo sino en revoluci&#243;n democratizadora&#8221;, P&#225;gina 12 du 10 avril 2006 et Garc&#237;a Linera Alvaro, &#8220;La gente quiere autonom&#237;a pero conducida por el MAS&#8221;, P&#225;gina 12 du 5 juillet 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Dans le vieux continent on ne remarque pas de ruptures d'identit&#233; historique des salari&#233;s avec la gauche selon Vercammen Francois, &#8220;Europe : la gauche radicale est de retour&#8221;, Critique Communiste, n&#176; 167, automne 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Les deux strat&#233;gies sont analys&#233;es par Harnecker, La izquierda en el umbral (troisi&#232;me partie du chapitre 6) ainsi que par Petras James et Veltmeyer Henry, Movimientos sociales y poder estatal (Mouvements sociaux et pouvoir &#233;tatique), Lumen, Mexico 2005 (chapitre 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Dans un autre texte nous citons divers exposants de cette vision : Katz Claudio, &#8220;Cr&#237;tica del autonomismo&#8221;, Memoria, CEMOS n&#176; 197 de juillet 2005 et n&#176; 198 d'ao&#251;t 2005, M&#233;xico.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. C'est le cas de Negri Toni et Cocco Giuseppe, &#8220;Am&#233;rica Latina est&#225; viviendo un momento de ruptura&#8221;, P&#225;gina 12 du 14 ao&#251;t 2006 ; de Negri Toni, &#8220;La derrota de EEUU es una derrota pol&#237;tica&#8221;, P&#225;gina 12 du 1 novembre 2005 ; de Cocco Giusseppe, &#8220;Los nuevos gobiernos no se entienden sin los movimientos sociales&#8221;, P&#225;gina 12 du 20 mars 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. C'est le cas de Holloway John, &#034;&#8220;Kirchner como resultado de los movimientos del 2001&#8221;, P&#225;gina 12 du 30 octobre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Le catastrophisme est un support th&#233;orique de cette conception. Voir Rieznik, op. cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>BOURGEOISIES IMAGINAIRES ET EXISTANTES </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/BOURGEOISIES-IMAGINAIRES-ET-EXISTANTES</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/BOURGEOISIES-IMAGINAIRES-ET-EXISTANTES</guid>
		<dc:date>2004-03-02T02:44:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claudio Katz</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Argentine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;Reconstruire le capitalisme national&#034; est un projet strat&#233;gique du gouvernement qu'approuvent naturellement les financiers et les industriels. Mais cet objectif est &#233;galement soutenu par plusieurs intellectuels, qui n'expliquent pas en quoi la recomposition d'un syst&#232;me qui accable le peuple b&#233;n&#233;ficierait &#224; la majorit&#233;. Le capitalisme - dans son versant extr&#234;me du n&#233;o-lib&#233;ralisme - est la cause de la trag&#233;die sociale dont souffre l'Argentine. [1] &lt;br class='autobr' /&gt;
Les porte-parole du progressisme &#233;vitent (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Argentine-16-+" rel="tag"&gt;Argentine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#034;Reconstruire le capitalisme national&#034; est un projet strat&#233;gique du gouvernement qu'approuvent naturellement les financiers et les industriels. Mais cet objectif est &#233;galement soutenu par plusieurs intellectuels, qui n'expliquent pas en quoi la recomposition d'un syst&#232;me qui accable le peuple b&#233;n&#233;ficierait &#224; la majorit&#233;. Le capitalisme - dans son versant extr&#234;me du n&#233;o-lib&#233;ralisme - est la cause de la trag&#233;die sociale dont souffre l'Argentine. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les porte-parole du progressisme &#233;vitent cette caract&#233;risation et estiment qu'un &#034;autre capitalisme&#034; s'av&#233;rera utile si on arrive &#224; &#034;recr&#233;er une v&#233;ritable bourgeoisie nationale&#034;. C'est pourquoi ils opposent &#224; l'actuel mod&#232;le bourgeois d'accumulation celui en vigueur entre les ann&#233;es 1950 et 1970. Mais l'establishment actuel n'est-il pas h&#233;ritier de la bourgeoisie pr&#233;c&#233;dente ? La discontinuit&#233; est-elle tellement significative entre les deux groupes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Membres, composition et nationalit&#233;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le terme &#034;bourgeoisie nationale&#034; est utilis&#233; pour d&#233;crire les grands propri&#233;taires locaux des moyens de production, cette d&#233;nomination d&#233;peint la classe capitaliste pass&#233;e et actuelle. Cette classe forme un bloc compos&#233; de diff&#233;rentes fractions qui manient les ressorts de l'&#233;conomie. Certaines politiques &#233;conomiques favorisent l'h&#233;g&#233;monie d'un certain segment aux d&#233;pens d'un autre, mais cette supr&#233;matie n'est jamais d&#233;finitive. Si la convertibilit&#233; (peso-dollars), par exemple, b&#233;n&#233;ficie aux groupes li&#233;s aux privatisations et &#224; l'endettement public, la d&#233;valuation a aid&#233; les secteurs qui exportent ou substituent les importations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La composition du bloc dominant a chang&#233; au cours des trois derni&#232;res d&#233;cennies, mais les d&#233;veloppements et les d&#233;clins des entreprises ont &#233;t&#233; enregistr&#233;s au sein du m&#234;me tissu patronal. Quelques entreprises ont maintenu leurs positions (Perez Companc, Pescarmona, Loma Negra), d'autres ont perdu du poids (FATE) et certaines ont cr&#251; rapidement (Macri, Arcor, Roggio).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association avec des groupes &#233;trangers et la fuite de capitaux &#224; l'ext&#233;rieur ont aussi modifi&#233; la nationalit&#233; de beaucoup d'entreprises. Mais ces deux processus n'ont pas alt&#233;r&#233; le caract&#232;re territorial local de la bourgeoisie. L'Argentine constitue la base des op&#233;rations et la principale source de profits pour la majorit&#233; des entreprises. Bien qu'elles maintiennent hors du pays plus de 80.000 millions de dollars, elles ont tendance &#224; faire entrer et expatrier cycliquement des fonds en fonction de la rentabilit&#233;. Pendant la premi&#232;re moiti&#233; des ann&#233;es 90, elles ont r&#233;introduit de l'argent pour participer aux privatisations. Durant le quinquennat suivant, elles ont vendu des actifs et se sont enfuies avec les devises. Elles rapatrient actuellement &#224; nouveau des fonds pour acqu&#233;rir des biens d&#233;valoris&#233;s par la d&#233;valuation et revaloris&#233;s avec la relance &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fluctuations confirment que le pays se situe au centre de leurs affaires. Bien qu'elles investissent dans d'autres r&#233;gions (Am&#233;rique latine, Asie Centrale) et qu'elles se sont li&#233;es avec des partenaires &#233;trangers (Techint), la majorit&#233; des entreprises n'est pas engag&#233;e dans des processus de fusion continentale (comme en Europe), et ne se limite pas non plus &#224; &#234;tre des gestionnaires ou commissionnaires d'activit&#233;s financi&#232;res (comme dans les Cara&#239;bes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les groupes locaux ont perdu des positions face aux entreprises &#233;trang&#232;res sur le march&#233; domestique. [2] Ils partagent avec les capitalistes &#233;trangers les b&#233;n&#233;fices tir&#233;s de l'exploitation des travailleurs et agissent sous la m&#234;me supervision du FMI que les entreprises internationales. Mais ce recul &#233;conomique et cet entrelacement politique ont seulement affaibli la pr&#233;sence de la bourgeoisie nationale, qui est tr&#232;s loin d'avoir disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Oligarchie&#034; et &#034;conscience de classe&#034; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs analystes [3] consid&#232;rent que le bloc dominant forme une &#034;nouvelle oligarchie&#034;. Mais ce vieux terme - qui &#233;tait utilis&#233; pour d&#233;crire les grands propri&#233;taires fonciers - n'est pas applicable aux groupes &#233;conomiques actuels. Ces secteurs ne sont pas des rentiers passifs, et n'&#233;chappent pas &#224; la concurrence des investissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain qu'ils pr&#233;sentent un comportement &#034;aventureux&#034;. Mais cette conduite n'est pas incompatible avec leur appartenance &#224; la bourgeoisie nationale, puisque ce groupe a toujours inclus des mafieux et des membres de l'&#233;lite institutionnelle. D'autre part, le &#034;chef d'entreprise responsable&#034; conna&#238;t un net recul partout dans le monde, comme le prouvent les r&#233;cents &#233;pisodes de Enron ou de Parmalat. La &#034;diversification&#034; des affaires ne constitue pas non plus une caract&#233;ristique oligarchique, puisque alterner des activit&#233;s en fonction du profit est une fa&#231;on courante de compenser les risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs d'entreprise locaux ont une pr&#233;dilection pour la &#034;valorisation financi&#232;re&#034;. Toutefois, cette inclination n'est pas id&#233;ologique, ni ne r&#233;fute leur appartenance &#224; la bourgeoisie. Habituellement l'option sp&#233;culative (1985-89 ou 1998-2002) pr&#233;c&#232;de ou suit les &#233;tapes compl&#233;mentaires d'augmntation des investissements dans le secteur industriel (1990-95 ou depuis 2003).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re de &#034;pr&#233;bende&#034; ne situe pas ce groupe hors de l'univers de la bourgeoisie nationale, parce que la d&#233;pendance des subventions publiques n'est pas une particularit&#233; des trois derni&#232;res d&#233;cennies. L'Etat a parrain&#233; de mani&#232;re successive depuis l'apr&#232;s-guerre, la substitution d'importations, le protectionnisme de d&#233;veloppement, les &#034;promotions industrielles&#034; et les &#034;plans de comp&#233;titivit&#233;&#034;. Ce m&#233;canisme a particip&#233; &#224; l'&#233;mergence et &#224; la permanence de la classe capitaliste argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres analystes [4] estiment que les chefs d'entreprise locaux &#034;ne sont pas bourgeois, ni nationaux&#034;, parce qu' &#034;ils ont manqu&#233; de conscience de classe&#034; en vendant leurs usines &#224; des &#034;parvenus financiers ou &#224; des &#233;trangers&#034;. Mais ont-ils r&#233;cup&#233;r&#233; ces convictions chaque fois qu'ils ont r&#233;investi des capitaux pour faire des affaires dans le pays ? Cet attribut ne peut pas se dissiper et r&#233;appara&#238;tre avec une telle fr&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le param&#232;tre objectif de la propri&#233;t&#233; est plus ad&#233;quat pour d&#233;finir une classe dominante que les interpr&#233;tations subjectives de ses conduites. Mais en adoptant, y compris ce second crit&#232;re, il saute aux yeux que les capitalistes locaux ont toujours agi en d&#233;fendant leurs propres int&#233;r&#234;ts. Ils l'ont fait en pariant sur la dictature et tous les gouvernements suivants. Que le r&#233;sultat de cette politique ait &#233;t&#233; d&#233;favorable compar&#233; &#224; d'autres bourgeoisies nationales (Chili, Br&#233;sil, Cor&#233;e du Sud), ce n'est pas le produit de l'&#034;inconscience de classe&#034;, mais de la concurrence. Pour que certains capitalistes avancent sur le march&#233; mondial, d'autres doivent n&#233;cessairement reculer et la bourgeoisie argentine s'est trouv&#233;e plac&#233;e - durant les derni&#232;res d&#233;cennies - dans le camp des perdants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Territoires et projets &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de la &#034;bourgeoisie nationale&#034; est une conclusion fr&#233;quemment expos&#233;e par les th&#233;oriciens de l'empire. Ils supposent que la &#034;d&#233;territorialit&#233; du pouvoir&#034; a pouss&#233; les classes capitalistes p&#233;riph&#233;riques &#224; s'int&#233;grer &#224; une nouvelle domination transnationale, se substituant &#224; la vieille rivalit&#233; entre des puissances. [5]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quel &#233;pisode contemporain illustre ce r&#232;gne d'un empire supranational ? Par exemple : les troupes nord-am&#233;ricaines occupent-elles l'Irak au service du &#034;capital universel&#034; ou des entreprises yankees qui rivalisent avec des entreprises europ&#233;ennes ? L'univers transnational homog&#232;ne est aussi imaginaire que la dissolution des classes capitalistes centrales et p&#233;riph&#233;riques dans un groupe indistinct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que plusieurs soci&#233;t&#233;s am&#233;ricaines contr&#244;lent des secteurs clef de l'&#233;conomie argentine, aucun chef d'entreprise national n'a de l'influence sur le processus productif &#233;tats-unien. Il est vrai que la comp&#233;tition a chang&#233; et que les alliances sont tr&#232;s diff&#233;rentes de l'entre-deux guerres, mais ces accords continuent &#224; s'&#233;tablir sous le commandement d'appareils &#233;tatiques tr&#232;s diff&#233;renci&#233;s. Une lutte entre des associations transversales du type &#034;Perez Companc-Exxon contre Technit-Texaco&#034; est pure fantaisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incessante domination imp&#233;rialiste recr&#233;e, d'autre part, des chocs fr&#233;quents entre les multinationales et les bourgeoisies p&#233;riph&#233;riques. Le conflit autour de l'ALCA (Zone de libre-&#233;change des Am&#233;riques) est un des exemples le plus r&#233;cent de cette lutte. Si les capitalistes du Tiers Monde avaient disparu, la divergence en mati&#232;re de tarifs douaniers qui oppose les exportateurs am&#233;ricains aux industriels locaux n'existerait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant d'une conception compl&#232;tement diff&#233;rente, un autre analyste identifie l'extinction des bourgeoisies d&#233;pendantes par l'absence &#034;de projets nationaux&#034; comparables &#224; l'industrialisation de substitution de l'apr&#232;s-guerre. [6] Mais l'abandon indubitable de ce programme indique seulement que l'avance de l'internationalisation a modifi&#233; les priorit&#233;s des capitalistes p&#233;riph&#233;riques, sans provoquer leur d&#233;c&#232;s comme groupe social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le capitalisme mondial se d&#233;veloppe au moyen de polarisations, d'in&#233;galit&#233;s et de ruptures r&#233;gionales, les essais d'autonomie nationale tendent &#224; r&#233;appara&#238;tre p&#233;riodiquement. Dans les ann&#233;es 90, ces exp&#233;riences ont perdu du poids en Am&#233;rique latine, mais pas dans les &#233;conomies asiatiques. Et comme les classes dominantes n'ont pas &#233;t&#233; pleinement assimil&#233;es par la recolonisation, les &#034;projets nationaux&#034; ressuscitent aussi en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'exp&#233;rience d'un si&#232;cle indique que ces tentatives apparaissent, &#233;chouent, ressurgissent et se d&#233;composent &#224; nouveau. Cette dynamique refl&#232;te la faiblesse structurelle et le comportement oscillant des bourgeoisies nationales, qui sont pouss&#233;es &#224; chercher &#224; se soulager de leur situation marginale sur le march&#233; mondial. L'incompr&#233;hension de cette contradiction conduit &#224; deux erreurs sym&#233;triques : sur&#233;valuer la force de cette classe dans les p&#233;riodes d'euphorie et imaginer son extinction dans les p&#233;riodes de repli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dilemmes et options &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corollaire logique de toutes les interpr&#233;tations de la &#034;fin de la bourgeoisie nationale&#034; devrait &#234;tre la non-viabilit&#233; de tout programme de capitalisme national - p&#233;riph&#233;rique. Toutefois tr&#232;s peu de d&#233;fenseurs de cette th&#232;se arrivent &#224; cette conclusion. Au contraire, la majorit&#233; d'entre eux proposent de remplacer le mod&#232;le n&#233;o-lib&#233;ral par une sorte de mod&#232;le de &#034;capitalisme r&#233;gul&#233;&#034;. Mais si le sujet central de ce mode de production a disparu : qui commanderait ce syst&#232;me et qui s'approprierait ses b&#233;n&#233;fices ? Tout au plus une bureaucratie pourrait g&#233;rer ce r&#233;gime, mais un capitalisme national sans chef d'entreprises locaux est un contresens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette raison tous les gouvernements qui promeuvent effectivement ce type de projet renforcent les classes bourgeoises d&#233;j&#224; constitu&#233;es. Dans le cas argentin, loin de fantasmer avec la cr&#233;ation d'une autre bourgeoisie, Kirchner fortifie les capitalistes existants. Les heureux &#233;lus de cette politique sont les b&#233;n&#233;ficiaires connus de l'&#233;tatisation de la dette et des subventions &#233;tatiques. Pour masquer cet appui &#224; l'ensemble de la bourgeoisie, le pr&#233;sident entame p&#233;riodiquement un certain &#233;change de feu verbal avec des groupes discr&#233;dit&#233;s. (Macri [7], les entreprises privatis&#233;es, AFJP [8])&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui ignorent cette r&#233;alit&#233; en attendant la mythologique &#233;mergence d'une &#034;autre bourgeoisie&#034; devraient aussi consid&#233;rer un autre probl&#232;me : quel sens cela a t-il de contribuer &#224; la construction d'une classe exploiteuse ? Il est logique que les banquiers et les industriels aillent dans ce sens. Mais les intellectuels qui partagent les aspirations populaires ne devraient-ils pas parier sur une alternative des travailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es constituent un exemple concret de ce dilemme, parce que leurs vieux propri&#233;taires ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par les ouvriers eux-m&#234;mes. Quels devraient &#234;tre les prochains pas ? Restituer les entreprises aux familles Zan&#243;n ou Brukman ou les livrer &#224; un autre produit de la bourgeoisie nationale ? Les travailleurs ont opt&#233; pour un chemin beaucoup plus juste : avancer dans la gestation de formes de propri&#233;t&#233; et d'administration non capitalistes. Cette direction tend &#224; retourner la traditionnelle d&#233;l&#233;gation du pouvoir aux classes dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent on a fait valoir que cette derni&#232;re subordination &#233;tait n&#233;cessaire dans un pays d&#233;pendant touch&#233; par &#034;la contradiction principale entre l'imp&#233;rialisme et la nation&#034; et caract&#233;ris&#233; par une opposition entre &#034;la bourgeoisie nationale et le r&#233;trograde capital &#233;tranger&#034;. Mais dans ce raisonnement - qui id&#233;alise le patronat local et dissout les antagonismes sociaux - les expectatives se sont bas&#233;es sur Alfons&#237;n, Menem et de la R&#250;a, (anciens pr&#233;sidents argentins) qui ont bloqu&#233; le d&#233;veloppement d'une option r&#233;elle de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appui au projet capitaliste de Kirchner, qui est souvent justifi&#233; en pariant sur l'&#233;volution du sch&#233;ma &#233;conomique actuel vers un mod&#232;le plus g&#233;n&#233;reux, conduit aujourd'hui &#224; cette m&#234;me frustration. Personne ne peut pr&#233;sager quelle sera la direction finale du gouvernement, mais l'exp&#233;rience enseigne qu'un appui politique de ce type encercle le mouvement populaire, l'emp&#234;che de d&#233;velopper sa propre option du pouvoir et pousse la gauche vers l'autodestruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture est propice pour imposer des conqu&#234;tes sociales et politiques et pour avancer par un chemin ind&#233;pendant. Avec Kirchner, les classes dominantes ont recompos&#233; la stabilit&#233; politique et la croissance &#233;conomique, mais n'ont pas r&#233;cup&#233;r&#233; le contr&#244;le social, ni ont d&#233;samorc&#233; la protestation populaire. La r&#233;surgence de la mobilisation a plac&#233; le gouvernement dans une position d&#233;fensive de temporisation. Ni les menaces r&#233;pressives, ni la d&#233;l&#233;gitimation officielle de l'occupation de la rue ont frein&#233; la lutte sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport au mouvement &#034; piquetero &#034;, un mouvement de masses combatif, qui pourrait rassembler dans une m&#234;me action les ch&#244;meurs et les travailleurs actifs, se profile. L'acte extraordinaire du 20 d&#233;cembre dernier indique - que pour la premi&#232;re fois depuis des d&#233;cennies - se d&#233;veloppe un processus populaire qui &#233;chappe au contr&#244;le du justicialisme (p&#233;ronisme) et qui jouit d'une implantation visible &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les expressions - tant partisanes que &#034; inorganiques &#034; - de cette franche politique ont progress&#233; en nombre (de manifestants), en acquis sociaux (entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es) et en conqu&#234;tes organisatrices (&#233;lections universitaires). Et bien que ces progr&#232;s ne r&#233;solvent pas la question &#233;lectorale en suspens, cet &#233;cueil pourrait commencer &#224; &#234;tre d&#233;pass&#233; durant la prochaine p&#233;riode. Mais la v&#233;ritable avance de la gauche requiert une d&#233;finition strat&#233;gique d'opposition au &#034;capitalisme national&#034;, parce que notre projet est l'&#233;galit&#233;, la libert&#233; et l'&#233;mancipation, c'est-&#224;-dire le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 f&#233;vrier 2004&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;NOTES :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cette revendication a &#233;t&#233; &#224; plusieurs reprises expos&#233;e par les directeurs de l'Union industrielle et de l'Association de Banques et par diff&#233;rents politiciens (Miguel Bonaso) et intellectuels (Jos&#233; Nun). &lt;br class='autobr' /&gt;
[2] La participation nationale dans la production des 500 plus grandes entreprises a diminu&#233; &#224; 20.6%. (Clarin, 02-10-03 / La Nacion, 9-11-03) &lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Verbistky Horacio. &#034;Estampillas&#034;. Pagina 12, 23-11-03 &lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Wainfeld Mario. P&#224;gina 12, 7-12-03 &lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Telle est l'opinion connue de Tony Negri. &#034;L'Argentine ne sait pas que faire avec sa bourgeoisie&#034;. Clarin, 26-10-03. &lt;br class='autobr' /&gt;
[6] Cette vision est celle de Samir Amin. &#034;Le dur monde capitaliste apr&#232;s le capitalisme&#034; Pagina 12, 10-08-03. &#034;J'ai &#233;t&#233; et continue d'&#234;tre communiste&#034;. Rebelion, 27-0-03. &lt;br class='autobr' /&gt;
[7] Le Groupe Macri est le typique groupe capitaliste argentin qui b&#233;n&#233;ficie beaucoup des subsides de l'Etat. (N.d.T.) &lt;br class='autobr' /&gt;
[8] Les AFJP sont les administratrices priv&#233;es des pensions (fonds de pension) qui se sont form&#233;es apr&#232;s la privatisation du syst&#232;me public pr&#233;visionnel des pensions. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Traduction de l'espagnol pour El Correo : Estelle et Carlos Debiasi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Correction : Fr&#233;d&#233;ric L&#233;v&#234;que. &lt;br class='autobr' /&gt;
Source : &lt;a href=&#034;http://www.netforsys.com/claudiokatz&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.netforsys.com/claudiokatz&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>ALCA &amp; DETTE : LES DEUX FACES D'UNE M&#202;ME DOMINATION </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/ALCA-DETTE-LES-DEUX-FACES-D-UNE-MEME-DOMINATION</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/ALCA-DETTE-LES-DEUX-FACES-D-UNE-MEME-DOMINATION</guid>
		<dc:date>2003-12-08T03:04:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claudio Katz</dc:creator>


		<dc:subject>ZLEA</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le gouvernement de Bush a fix&#233; deux priorit&#233;s &#233;conomiques pour l'Am&#233;rique latine : faire progresser l'ALCA [Zone de libre &#233;change des Am&#233;riques] et renforcer le recouvrement de la dette externe. Les deux objectifs sont intimement m&#234;l&#233;s et constituent deux aspects compl&#233;mentaires de la domination imp&#233;rialiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
La suj&#233;tion commerciale accentue les contraintes financi&#232;res de la r&#233;gion et les transferts de devises vers le Nord facilitent la soumission du commerce ext&#233;rieur latino-am&#233;ricain aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-ZLEA-+" rel="tag"&gt;ZLEA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Amerique-latine-43-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le gouvernement de Bush a fix&#233; deux priorit&#233;s &#233;conomiques pour l'Am&#233;rique latine : faire progresser l'ALCA [Zone de libre &#233;change des Am&#233;riques] et renforcer le recouvrement de la dette externe. Les deux objectifs sont intimement m&#234;l&#233;s et constituent deux aspects compl&#233;mentaires de la domination imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suj&#233;tion commerciale accentue les contraintes financi&#232;res de la r&#233;gion et les transferts de devises vers le Nord facilitent la soumission du commerce ext&#233;rieur latino-am&#233;ricain aux n&#233;cessit&#233;s nord-am&#233;ricaines. Le contr&#244;le &#233;tats-unien de son &#034;arri&#232;re cour&#034; est devenu encore plus n&#233;cessaire depuis l'enlisement de leurs troupes en Irak. Ce cauchemar ressemble de plus en plus au Vietnam au fur et &#224; mesure qu'augmente la r&#233;sistance populaire partout dans le monde arabe. Devant la perspective d'un conflit long et co&#251;teux, les &#201;tats-Unis essayent d'assurer la gestion des ressources strat&#233;giques de l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ALCA et la dette sont les instruments de cette domination. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les urgences de l'ALCA&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe trois raisons qui expliquent l'impatience des &#201;tats-Unis &#224; avancer dans l'adoption de trait&#233;s de libre-&#233;change ['libre commerce' en espagnol. (N.d.T.)] qui permettront l'accroissement des exportations. L'administration r&#233;publicaine n'arrive pas &#224; contenir un d&#233;ficit commercial qui contrairement &#224; la p&#233;riode de Clinton, s'est accru dans le contexte d'une faible croissance, d'une augmentation du ch&#244;mage et d'une pagaille importante des comptes publics. Ce d&#233;s&#233;quilibre commercial n'est pas nouveau mais il peut avoir l'impact d'un traumatisme s'il d&#233;courage l'afflux de capitaux internationaux dans l'&#233;conomie &#233;tats-unienne &#224; un moment de stagnation des investissements. L'ALCA vise &#224; favoriser les ventes externes &#224; travers des politiques qui maintiennent le cours du dollar &#224; un niveau compatible avec l'entr&#233;e de ces capitaux &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, cet accord [l'ALCA] renforcerait la d&#233;r&#233;gulation des mouvements internationaux de capitaux dont les banques &#233;tats-uniennes ont besoin pour tirer profit &#224; l'&#233;tranger d'op&#233;rations financi&#232;res &#224; haute rentabilit&#233;. Comme les taux [d'int&#233;r&#234;t] &#233;tats-uniens baissent pour impulser la relance &#233;conomique locale, les financiers placent &#224; nouveau des capitaux en Am&#233;rique latine. Mais ils exigent maintenant de plus grandes garanties juridiques pour leurs investissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, les Etats-Unis ne sont plus en concurrence avec des rivaux dispers&#233;s du vieux continent, mais avec le bloc de l'Union europ&#233;enne qui conteste l'h&#233;g&#233;monie commerciale et mon&#233;taire de la premi&#232;re puissance mondiale. L'adoption de l'ALCA vise &#224; garantir que l'Am&#233;rique latine restera dans la zone d'influence du dollar pendant une p&#233;riode de chocs pr&#233;visibles entre les deux grands concurrents du march&#233; mondial. L'Europe jette des ponts vers les dominions &#233;tats-uniens d'Am&#233;rique Latine, en offrant des trait&#233;s r&#233;gionaux de libre-&#233;change (avec le MERCOSUR) ou bilat&#233;raux avec certains pays (le Br&#233;sil).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les buts imp&#233;rialistes de l'Europe ne diff&#232;rent pas de l'expansionnisme &#233;tats-unien. L'espoir d'un traitement plus b&#233;nin par les capitalistes du vieux continent est un mythe qui subsiste chez beaucoup de progressistes. Mais il suffit d'observer le r&#233;sultat de la &#034;reconqu&#234;te espagnole&#034; du nouveau continent - qui entre 1995 et 2000 a servi de tremplin pour de multiples investissements europ&#233;ens - pour r&#233;futer cette croyance. Le gros de ces fonds a servi au financement des privatisations de services publics qui ont d&#233;capitalis&#233; la r&#233;gion et ont r&#233;duit son autonomie &#233;conomique. La priorit&#233; de l'Union Europ&#233;enne - en pleine expansion vers l'Est - est de financer l'entr&#233;e de nouveaux membres dans la Communaut&#233; europ&#233;enne, c'est pourquoi elle cherche &#224; absorber les ressources du reste des pays p&#233;riph&#233;riques du Monde [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les Etats-Unis ont aussi besoin de fonds et essayent de fermer &#224; leurs rivaux europ&#233;ens l'acc&#232;s au continent en impulsant l'ALCA. Mais cette association [l'ALCA] ne se r&#233;duit pas &#224; la signature d'un accord commercial. L'ALCA constitue aussi un instrument de pression pour conclure des trait&#233;s par deux autres voies : l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et les accords bilat&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'instance multilat&#233;rale &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le biais de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les grandes puissances exercent une domination &#233;vidente sur la P&#233;riph&#233;rie. Toutes les d&#233;cisions qui sont adopt&#233;es dans ce cadre affectent les pays sous-d&#233;velopp&#233;s. On r&#233;duit des tarifs douaniers dans les secteurs qui profitent aux capitalistes du Centre et on maintient ces barri&#232;res tarifaires dans les domaines qui affectent les grandes entreprises du Centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette asym&#233;trie s'est v&#233;rifi&#233;e depuis 1947 jusqu'aux ann&#233;es 90 dans les accords successifs qui ont d&#233;r&#233;gul&#233; le commerce des produits industriels. Sur ce terrain, la sup&#233;riorit&#233; comp&#233;titive des &#233;conomies avanc&#233;es sur celles en voie de d&#233;veloppement a &#233;t&#233; &#233;vidente. Mais durant la derni&#232;re d&#233;cennie, les n&#233;gociations ont tourn&#233; autour de deux autres secteurs d'int&#233;r&#234;t prioritaire pour les capitalistes du Premier monde : les services et la propri&#233;t&#233; intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces deux domaines, les grandes compagnies obtiendraient des b&#233;n&#233;fices additionnels si on autorisait de nouvelles privatisations et des droits de participation &#233;trang&#232;re aux achats d'entreprises d'&#201;tat latino-am&#233;ricaines. Une autre exigence des corporations, c'est le recouvrement de plus grands montants au titre des brevets, sp&#233;cialement sur le terrain des biens informatiques. Dans le cas des produits m&#233;dicinaux, cette m&#234;me demande a une connotation dramatique, parce que l'augmentation du prix des m&#233;dicaments condamne directement &#224; la mort des millions de pauvres de la r&#233;gion. L'euphorie libre &#233;changiste des principaux gouvernements occidentaux se dilue abruptement quand on examine le d&#233;r&#232;glement des secteurs les plus prot&#233;g&#233;s des &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es. Ici le point le plus critique est la question agricole, parce que dans le Premier monde il existe depuis des d&#233;cennies un syst&#232;me de subventions destin&#233; &#224; soutenir les prix et &#224; r&#233;sister &#224; la surproduction structurelle. L'Union europ&#233;enne vient d'&#233;tendre l'utilisation de ce syst&#232;me (la Politique agricole commune - PAC) jusqu'en 2013 et les Etats-Unis ont ratifi&#233; de nouvelles subventions (&#034;farm bill&#034;) qui dans la derni&#232;re d&#233;cennie ont &#233;t&#233; multipli&#233;es par six. &#034;Les avantages du libre commerce&#034; et de &#034;l'absence de discriminations&#034; sont examin&#233;s, par cons&#233;quent, dans une atmosph&#232;re d'hypocrisie effront&#233;e. Les Etats-Unis et l'Europe all&#232;guent qu'ils ne peuvent pas n&#233;gocier le th&#232;me agricole avec l'Am&#233;rique latine sans arriver pr&#233;alablement &#224; un accord entre eux. Il existe m&#234;me en vigueur une dite &#171; clause de paix &#187; qui emp&#234;che de porter devant les tribunaux commerciaux internationaux les controverses &#224; propos ce secteur. Du fait de cet insoluble interdit, seuls les th&#232;mes pos&#233;s par les grandes puissances figurent &#224; la table des n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme cet agenda paralyse in&#233;vitablement les n&#233;gociations &#224; l'OMC, les Etats-Unis ont d&#233;cid&#233; d'obtenir par la voie bilat&#233;rale ce qu'ils ne peuvent pas imposer &#224; travers la n&#233;gociation collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le chemin bilat&#233;ral &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En concluant des trait&#233;s particuliers avec diff&#233;rents pays p&#233;riph&#233;riques, les Etats-Unis cherchent &#224; sortir de l'&#034;impasse&#034; dans laquelle se trouve la d&#233;r&#233;gulation g&#233;n&#233;rale et essayent aussi de diluer toute possibilit&#233; de r&#233;sistance commune de la P&#233;riph&#233;rie. Par cette voie, ils pr&#233;tendent en outre pr&#233;server les barri&#232;res protectionnistes dans certains secteurs industriels es d&#233;savantag&#233;s vis-&#224;-vis de la concurrence (par exemple, l'acier) et introduire de nouveaux m&#233;canismes pour masquer des tarifs douaniers additionnels (comme l'imminente 'loi contre le bioterrorisme').&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de Bush a intens&#233;ment impuls&#233; les trait&#233;s bilat&#233;raux. Il a d&#233;j&#224; pass&#233; 170 accords de diff&#233;rents types dans un rayon qui couvre pratiquement toute la plan&#232;te. Il choisit certains partenaires privil&#233;gi&#233;s dans chaque r&#233;gion (Singapour, Isra&#235;l, Jordanie, Australie) comme piliers de ses propres int&#233;r&#234;ts dans chaque continent. En Am&#233;rique latine, la convention la plus r&#233;cente a &#233;t&#233; sign&#233;e avec le Chili, au terme d'une longue n&#233;gociation secr&#232;te et inclut des aspects de lib&#233;ralisation financi&#232;re qui d&#233;bordent largement le cadre commercial. Encore aujourd'hui on m&#233;conna&#238;t diff&#233;rents aspects de ce qui est &#233;crit en petits caract&#232;res dans cet accord, mais la disparit&#233; gigantesque entre les PIB des deux nations (celui des Etats-Unis est 134 fois plus grand) illustre finalement quel type de concurrence offre cette association. Aucun secteur industriel transandin ne se trouve en condition de supporter une avalanche d'exportations &#233;tats-uniennes, sinon les groupes agro-miniers locaux qui ont promu l'accord parce qu'ils ont construit des niches pour commercialiser leurs produits sur le march&#233; &#233;tats-unien. Les compagnies fruiti&#232;res, de p&#234;che, de bois veulent am&#233;liorer leur propre rentabilit&#233; en sacrifiant le reste du pays et ne tiennent pas compte de la pression fiscale croissante et de la faillite des petites et moyennes entreprises que suppose l'accord. L'accord pourrait aussi &#224; terme conduire &#224; la privatisation croissante du cuivre en faveur de compagnies &#233;trang&#232;res [2]. Mais le Chili est d&#233;j&#224; une &#233;conomie ouverte vers l'ext&#233;rieur, son commerce est compl&#233;mentaire de celui des &#201;tats-Unis et il a une structure industrielle tr&#232;s limit&#233;e. C'est pourquoi le trait&#233; n'aura pas un impact comparable &#224; celui qu'il produira dans des &#233;conomies p&#233;riph&#233;riques de grande taille. L'exemple de ce qui s'est pass&#233; au Mexique au bout d'une d&#233;cennie d'application de l'ALENA [Accord de libre-&#233;change nord-am&#233;ricain] illustre bien les effets d'un tel accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la signature de ce trait&#233;, la moyenne de croissance industrielle du Mexique a &#233;t&#233; tr&#232;s basse, dans le cadre d'une d&#233;nationalisation vertigineuse des r&#233;seaux commerciaux et des banques (90% dans des mains &#233;trang&#232;res) et du recul spectaculaire de la participation de composants nationaux dans les produits fabriqu&#233;s dans les &#171; maquiladoras &#187; (de 91% en 1983 &#224; 37% en 1996). L'impact de cette r&#233;organisation s'est v&#233;rifi&#233; dans les 28.000 petites entreprises qui ont fait faillite, l'in&#233;galit&#233; r&#233;gionale croissante (les investissements se concentrent dans le nord pr&#232;s de la fronti&#232;re au d&#233;triment du sud du pays) et dans la crise agricole provoqu&#233;e par l'importation massive d'aliments &#233;tats-uniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'ALENA a aussi engendr&#233; une explosion de l'&#233;migration, vu que seul un mexicain sur trois a un travail dans le secteur formel. Face &#224; cet oc&#233;an de pauvret&#233;, les &#201;tats-Unis ferment leur fronti&#232;re, confirmant ainsi que la libert&#233; de circulation des marchandises et des capitaux ne s'&#233;tend pas aux individus. C'est l&#224; le double sc&#233;nario qui r&#232;gle les processus d'int&#233;gration sous le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plusieurs voies pour un m&#234;me objectif &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ALCA est un projet compl&#233;mentaire aux n&#233;gociations multilat&#233;rales et bilat&#233;rales. C'est pourquoi la signature de l'accord avant 2005 ne repr&#233;sente qu'un aspect de la progression de la domination commerciale &#233;tats-unienne. Ceux qui anticipent en d&#233;clarant que ces n&#233;gociations &#034;stagnent&#034; , ne voient pas les multiples chemins qu'emprunte ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Etats-Unis, ce n'est pas la signature formelle d'un trait&#233; s'&#233;tendant de l'Alaska &#224; la Terre du Feu qui les pr&#233;occupe, mais bien la r&#233;alisation d'objectifs pr&#233;cis, qui, dans l'imm&#233;diat, visent &#224; la lib&#233;ralisation des services et &#224; fournir des garanties aux investisseurs [3]. Ce pourquoi ils adaptent chaque n&#233;gociation &#224; leurs convenances. Ils souscrivent des accords directs (avec le Chili, le Guatemala, le Costa Rica) et s&#233;duisent avec la m&#234;me carotte d'autres nations (l'Uruguay, le P&#233;rou, la Colombie) pour isoler leur principal adversaire commercial (Br&#233;sil), affaiblir un concurrent agricole s&#233;rieux (l'Argentine) et miner un r&#233;gime politique d&#233;rangeant (Venezuela). S'ils ne r&#233;ussissent pas &#224; tous les soumettre, ils essayeront probablement de cr&#233;er une fracture g&#233;ographico-commerciale entre un groupe plus &#171; soumis &#187; du Pacifique (le Mexique, le Chili, l'Am&#233;rique centrale, le P&#233;rou, la Colombie) et un autre groupe de l'Atlantique (le Br&#233;sil, l'Argentine, le Venezuela) plus sensible &#224; l'usure de n&#233;gociations qui n'aboutissent jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#233;canismes de pression ont &#233;t&#233; mis en relief suite &#224; la derni&#232;re r&#233;union de Canc&#250;n [sommet de l'OMC]. L&#224;, est apparu un groupe de 22 nations p&#233;riph&#233;riques (conduit par le Br&#233;sil, l'Inde et la Malaisie) qui a refus&#233; d'examiner l'agenda fix&#233; par les &#201;tats-Unis et l'Europe. La tentative post&#233;rieure de s'accorder sur un alignement commercial autonome de l'Am&#233;rique latine a &#233;chou&#233; parce que les &#201;tats-Unis ont forc&#233; la d&#233;sertion de plusieurs membres de ce groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique latine fait face &#224; la perspective d'une d&#233;t&#233;rioration s&#233;rieuse des termes de l'&#233;change. Mais l'intention imp&#233;rialiste tend aussi au contr&#244;le direct du p&#233;trole du Mexique, du Venezuela et de l'&#201;quateur, des for&#234;ts de l'Amazonie et des r&#233;serves d'eau de la Triple fronti&#232;re. L'imp&#233;rialisme avance par diff&#233;rents chemins vers ces objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Domination Financi&#232;re &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les projets de renforcement de la supr&#233;matie commerciale &#233;tats-unienne sont soutenus par l'accroissement de l'assujettissement financier de l'Am&#233;rique latine. L'ALCA repose sur le recouvrement de la dette externe, parce que l'application d'accords d'ouverture &#233;conomique et de d&#233;r&#233;gulation exige la supervision directe par le FMI de la politique &#233;conomique dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, discuter de l'ALCA sans parler de la dette manque de sens. Ce sont deux processus qui d&#233;pendent l'un de l'autre. Chaque paiement d'int&#233;r&#234;ts accro&#238;t la perte de souverainet&#233; de pays qui sont forc&#233;s d'adh&#233;rer &#224; des trait&#233;s commerciaux d&#233;favorables. Ce r&#233;sultat aboutit &#224; son tour &#224; de plus grandes concessions financi&#232;res. Un cercle vicieux semblable ne peut pas &#234;tre interrompu sans rejeter la domination imp&#233;rialiste dans les deux domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La saign&#233;e financi&#232;re que provoque actuellement le paiement de la dette asphyxie l'&#233;conomie r&#233;gionale et g&#233;n&#232;re d'importants transferts de ressources et des programmes successifs d'ajustement r&#233;cessifs. Ces politiques restrictives ont provoqu&#233; une nouvelle p&#233;riode de stagnation de la production, apr&#232;s le cycle de relance mod&#233;r&#233;e (1990-95) qui a suivi &#034;la d&#233;cennie perdue&#034; des ann&#233;es 80. Le PIB par habitant a augment&#233; de seulement 0.4% en 2001, a chut&#233; de 0.6% en 2002 et cro&#238;tra de mani&#232;re d&#233;risoire, selon les pr&#233;visions, de 1.5% en 2003, ce qui situera cet indicateur &#224; 2% sous le niveau atteint en 1997. L'ann&#233;e pass&#233;e quelques pays ont v&#233;cu des situations de d&#233;pression inconnue jusqu'alors (comme l'effondrement de 11% du PIB en Argentine), dans un cadre de contraction g&#233;n&#233;rale de l'investissement &#233;tranger (de 67.000 millions de dollars en moyenne pendant la p&#233;riode 1997-2001 &#224; 39.000 millions en 2002). M&#234;me l'attraction capitaliste des &#171; maquiladoras &#187; du Mexique ou de l'Am&#233;rique centrale tend &#224; diminuer face &#224; la rivalit&#233; du Sud-Est asiatique dans la sauvage concurrence internationale pour baisser le co&#251;t de la main d'oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stagnation productive de l'Am&#233;rique latine explique pourquoi le d&#233;ficit commercial du d&#233;but des ann&#233;es 90 - r&#233;sultant de l'impulsion donn&#233;e aux importations qui a produit la relance- s'est transform&#233; actuellement en un exc&#233;dent significatif. L'h&#233;morragie que provoque le paiement de la dette se v&#233;rifie aussi dans l'expansion de la mis&#232;re. Le ch&#244;mage a atteint un pic scandaleux l'ann&#233;e pass&#233;e et le nombre total de pauvres a grimp&#233; de 203 millions de personnes &#224; 214 millions entre 1997 et 2001. En Argentine, au Venezuela ou en Colombie, la moyenne r&#233;gionale de pauvres (50-55%) pr&#233;domine. Au Honduras, au Paraguay, en &#201;quateur ou en Bolivie le m&#234;me drame affecte 60 &#224; 80% de la population. On r&#233;p&#232;te que l'Am&#233;rique latine est la r&#233;gion qui poss&#232;de le plus haut niveau d'in&#233;galit&#233; de toute la plan&#232;te (10% des habitants monopolisent 48% des revenus), mais peu d&#233;crivent comment le paiement de la dette reconstitue cette polarisation. Les ajustements du FMI sont tellement &#233;touffants que m&#234;me en r&#233;cup&#233;rant les taux de croissance du d&#233;but des ann&#233;es 90, c'est seulement vers 2015 que le taux de pauvret&#233; retrouvera les niveaux de la d&#233;cennie pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;morragie de la dette aboutit, en outre, &#224; la cessation p&#233;riodique des paiements des pays les plus touch&#233;s. C'est pourquoi, l'an pass&#233;, la crainte d'une contagion r&#233;gionale du 'default' [cessation de paiement] argentin cr&#233;a un climat de catastrophe financi&#232;re. La possibilit&#233; d'un effondrement du Br&#233;sil, en particulier, a pr&#233;cipit&#233; la fuite des capitaux et a renforc&#233; le d&#233;s&#233;quilibre des changes et les d&#233;s&#233;quilibres mon&#233;taires dans toute la r&#233;gion. Le P&#233;rou, le Paraguay et l'Uruguay ont &#233;t&#233; plusieurs fois au bord du 'default' et ce danger s'&#233;tend m&#234;me &#224; des &#233;conomies qui paraissent aujourd'hui &#233;loign&#233;es de la cessation de paiements. Au Mexique, par exemple, le pourcentage de la dette par rapport au PIB est actuellement semblable &#224; celui qui a domin&#233; pendant la p&#233;riode qui a pr&#233;c&#233;d&#233; la grande crise des ann&#233;es 80 [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; le 'default' argentin n'a pas dramatiquement contamin&#233; le reste de l'Am&#233;rique latine, un climat de relatif soulagement est revenu, sous l'impact d'un nouvel afflux de capitaux &#224; court terme vers la r&#233;gion. Mais genre de r&#233;pit, c'est du pain pour aujourd'hui mais la faim pour demain car il reproduit le mod&#232;le des cycles r&#233;gionaux d'endettement latino-am&#233;ricain li&#233; aux fluctuations des liquidit&#233;s des &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es. Lors des p&#233;riodes d'entr&#233;e de ces capitaux, on propage en g&#233;n&#233;rall des th&#233;ories sur le renouveau latino-am&#233;ricain p&#233;riodique. Elles s'&#233;croulent &#224; la m&#234;me vitesse lorsque r&#233;appara&#238;t la crise. Au lieu de r&#233;it&#233;rer ces fantaisies, il convient de reconna&#238;tre jusqu'&#224; quel point le paiement de la dette obstrue structurellement le progr&#232;s en Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cons&#233;quences pour l'Argentine &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'Argentine est le principal pays endett&#233; en cessation de paiement dans le monde, il occupe une place cl&#233; dans la ren&#233;gociation de la dette et dans les n&#233;gociations de l'ALCA. Chaque d&#233;cision financi&#232;re du pays a un impact imm&#233;diat sur toute la zone, c'est pourquoi la signature r&#233;cente de l'accord avec le FMI s'av&#232;re tellement n&#233;gative, tant par l'acceptation du crit&#232;re de l'exc&#233;dent fiscal, que par la d&#233;cision de n&#233;gocier dans les cadres &#233;tablis par le Fonds. Qu'une nation d&#233;vast&#233;e par la pauvret&#233; et le ch&#244;mage accepte de produire un boni fiscal de 3% de son PIB pour payer les cr&#233;anciers constitue un pr&#233;c&#233;dent n&#233;faste pour toute nation qui souffre de l'h&#233;morragie de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de recourir au d&#233;ficit budg&#233;taire - qui est traditionnellement appliqu&#233; pour relancer les &#233;conomies frapp&#233;es par la d&#233;pression - une politique d'ajustement permanent a &#233;t&#233; confirm&#233;e. L'objectif de cette d&#233;cision a &#233;t&#233; d'assurer un paiement privil&#233;gi&#233; aux organismes multilat&#233;raux, c'est-&#224;-dire aux principaux responsables de la crise. Mais, en outre, ce compromis a &#233;t&#233; contract&#233; en &#233;change de rien. Les d&#233;rogations n'auront pas de contrepartie, parce que l'Argentine ne recevra pas un seul dollar d'argent frais. Dans les conditions d'isolement financier international dont il est victime, le pays n'avait aucune n&#233;cessit&#233; &#224; signer un accord, dont, en revanche, le FMI, lui, avait besoin. Cette institution affrontait la perspective de fortes pertes patrimoniales et d'une aide &#233;ventuelle du Tr&#233;sor am&#233;ricain. En signant un accord aussi d&#233;favorable, l'Argentine s'expose davantage aux pressions commerciales de Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s s'&#234;tre entretenu avec Bush, le pr&#233;sident Kirchner a r&#233;affirm&#233; la n&#233;gociation de l'ALCA dans le cadre favoris&#233; par les &#201;tats-Unis. L'ex-fonctionnaire menemiste qui dirige ces n&#233;gociations (M.Redrado) a propos&#233; de discuter l'accord en donnant son aval aux subventions nord-am&#233;ricaines du secteur agricole, si les &#201;tats-Unis compensent cette concession avec des r&#233;ductions tarifaires en faveur de quelques exportations argentines (citron, miel, acier). Jusqu'&#224; pr&#233;sent la contre-offre am&#233;ricaine inclut seulement cette diminution dans des produits marginaux (artisanat). Mais le plus important, c'est que l'Argentine accepte de n&#233;gocier sur ce qui int&#233;resse les &#201;tats-Unis et de transf&#233;rer &#224; l'OMC les sujets qu'ils ne veulent pas aborder. Ces n&#233;gociations peuvent &#234;tre tr&#232;s nuisibles &#224; l'Argentine pour quatre raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, avec le maintien des subventions agricoles aux Etats-Unis, on valide un crit&#232;re d'&#233;norme in&#233;galit&#233; dans les relations commerciales entre deux pays concurrents, qui offrent les m&#234;mes exportations aux m&#234;mes march&#233;s. En convenant d'un syst&#232;me de libert&#233; totale de concurrence qui cautionne la subvention explicite qu'effectue son concurrent, l'Argentine accepte de jouer dans l'&#233;quipe des perdants. L'effet final de cette d&#233;r&#232;gulation peut &#234;tre dramatique, parce qu'au bout d'un n&#233;faste processus de reprimarisation, le pays se retrouvera plus d&#233;pendant de ses exportations d'aliments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, l'impact sur l'industrie de n'importe quelle n&#233;gociation pour lib&#233;raliser le commerce serait destructeur, puisque cela supposerait de reprendre un cycle d'ouverture &#233;conomique et par cons&#233;quent de destruction du tissu productif. L'exp&#233;rience de la convertibilit&#233; [peso-dollars] ne laisse aucun doute sur les r&#233;sultats de diminutions des tarifs douaniers dans un pays p&#233;riph&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, comme le pays a d&#233;j&#224; &#171; mis aux ench&#232;res &#187; ses principales entreprises publiques, l'exigence &#233;tats-unienne de lib&#233;raliser les services n'a pas tant comme objectif les privatisations. L'ALCA profiterait peut-&#234;tre aux entreprises &#233;tats-uniennes int&#233;ress&#233;es &#224; supplanter leurs concurrents europ&#233;ens dans la gestion de certains secteurs. Mais ce qui est &#233;vident, c'est l'intention qu'ont les entreprises &#233;tats-uniennes d'accro&#238;tre leur participation aux n&#233;goces des travaux publics, et dans les domaines de la sant&#233; et de l'&#233;ducation que g&#232;re encore directement l'&#201;tat. La question de la propri&#233;t&#233; intellectuelle est &#233;galement en jeu ici. Il est tr&#232;s significatif que le gouvernement de Kirchner pousse &#224; l'approbation l&#233;gislative du r&#233;gime favoris&#233; par les laboratoires &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, l'ALCA (ou un accord &#233;quivalent) renforcerait le transfert de souverainet&#233; aux tribunaux internationaux pour r&#233;soudre des litiges commerciaux. Comme le pays accumule une accablante charge plaintes financi&#232;res du fait de la cessation de paiement de la dette, une s&#233;rie de jugements et d'embargos en plus affermirait la r&#233;gression du pays dans une situation n&#233;o-coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les probl&#232;mes du MERCOSUR &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'augmentation de la pression &#233;tats-unienne pour mettre en oeuvre l'ALCA, Lula et Kirchner ont ratifi&#233; la pr&#233;servation du MERCOSUR, avec de nombreux gestes et d&#233;clarations destin&#233;s &#224; souligner sa continuit&#233;. Mais la crise de cette alliance n'est pas r&#233;solue &#224; coups de r&#233;unions, proclamations et voyages pr&#233;sidentiels. Par rapport au processus d'int&#233;gration europ&#233;enne ou aux initiatives multilat&#233;rales et bilat&#233;rales que promeuvent les &#201;tats-Unis, le MERCOSUR survit &#224; peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'une d&#233;cennie apr&#232;s sa naissance, le Br&#233;sil et l'Argentine n'ont pas r&#233;ussi &#224; avancer dans la cr&#233;ation d'une zone mon&#233;taire commune et n'ont pas pu, non plus, d&#233;passer leurs divergences en mati&#232;re de tarifs douaniers. Il est certain que les &#233;changes commerciaux se sont sensiblement multipli&#233;s, mais ce progr&#232;s n'est pas synonyme d'int&#233;gration. L'union douani&#232;re de fait ne fonctionne pas, parce que les tarifs douaniers communs sont trou&#233;s comme une passoire par l'ouverture radicale mise en oeuvre par l'Argentine pendant la p&#233;riode de convertibilit&#233; [peso-dollars], et que le Br&#233;sil ne l'a d'aucune mani&#232;re suivi dans cette voie. C'est pourquoi des diff&#233;rences entre les r&#233;gimes tarifaires en vigueur dans les deux pays persistent. Les syst&#232;mes d' &#171; admission temporaire &#187; de l'Argentine sont l'antith&#232;se de la &#171; protection s&#233;lective &#187; qu'impose le Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;changes courants sont aussi p&#233;riodiquement touch&#233;s par l'application de politiques de subventions divergentes, qui, jusqu'&#224; pr&#233;sent, n'ont pas pu &#234;tre harmonis&#233;es parce que le syst&#232;me d'arbitrages pr&#233;vu en cas de conflits commerciaux ne fonctionne pas non plus. Le corr&#233;lat politique de cette inconsistance &#233;conomique est l'absence d'institutions communes pour toute la zone. Lula et Kirchner ont d&#233;cid&#233; r&#233;cemment de sortir de cette &#034;impasse&#034; avec le projet de former une l&#233;gislature r&#233;gionale pour l'ann&#233;e 2008. Mais, dans la zone, on ne manque pas d'engagements de ce type. Un Parlement latino-am&#233;ricain existe depuis longtemps, sans qu'aucun citoyen n'ait la plus petite id&#233;e des activit&#233;s qu'il exerce. Sans monnaie commune, ni politiques macro-&#233;conomiques conjointes, le MERCOSUR continuera &#224; sommeiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce diagnostic est partag&#233; par de nombreux analystes qui regrettent le &#034;manque de politiques communes&#034; ou l'&#034;absence de m&#233;canismes d'harmonisation&#034;. Mais &#224; quoi ob&#233;issent ces manques ? La r&#233;ponse est tr&#232;s simple : la d&#233;pendance unilat&#233;rale de chaque pays envers ses cr&#233;anciers et le type de conventions qu'ils signent avec le FMI. Dans chaque ren&#233;gociation de la dette, l'Argentine, le Br&#233;sil, le Paraguay et l'Uruguay souscrivent des engagements d'ajustement qui emp&#234;chent toute coordination r&#233;gionale effective. Dans ces accords, on d&#233;finit des pourcentages d'exc&#233;dents fiscaux diff&#233;renci&#233;s, des calendriers fiscaux diff&#233;rents et des politiques de subvention industrielle particuli&#232;res pour chaque pays Cette absence de politiques communes est aggrav&#233;e dans les p&#233;riodes de crises bancaires et de change, qui &#233;clatent dans chaque pays et que les diff&#233;rents gouvernements essayent de d&#233;passer avec des ajustements r&#233;cessifs d&#233;synchronis&#233;s. Dans ces conditions, l'int&#233;gration devient fictive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;rosion des accords est mise en &#233;vidence dans les oscillations r&#233;currentes de la balance commerciale entre le Br&#233;sil et l'Argentine qui succ&#232;dent aux crises de d&#233;valuation qui affectent chaque nation. Quand la convertibilit&#233; s'est effondr&#233;e, un cycle net d'exc&#233;dent argentin a sembl&#233; se profiler, mais comme la r&#233;cession br&#233;silienne co&#239;ncide avec la reprise &#233;conomique locale, le discours qui se plaint de &#034;l'invasion des importations de S&#227;o Paulo&#034; est r&#233;apparu dans le pays. En plus les tensions ont &#233;t&#233; r&#233;activ&#233;es dans les secteurs les plus conflictuels (chaussures, textiles, &#233;lectro-m&#233;nager). Ces chocs illustrent la fragilit&#233; de l'int&#233;gration commerciale dans le cadre de contextes productifs et macro-&#233;conomiques dissemblables [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa dimension continentale, le Br&#233;sil ne peut pas imiter les &#201;tats-Unis en tant que locomotive, ni l'Allemagne dans son appui &#224; une monnaie commune. Les deux grands partenaires de l'Am&#233;rique du Sud sont des pays soumis &#224; la domination imp&#233;rialiste et ils n'ont pas le profil d'un bloc comp&#233;titif sur le march&#233; mondial. C'est pourquoi l'augmentation de l'&#233;change commercial entre l'Argentine et le Br&#233;sil n'a am&#233;lior&#233; le profil d'aucun des deux pays face &#224; leurs concurrents hors de la zone r&#233;gionale. Ces faiblesses se manifestent de fa&#231;on plus aigu&#235; quand la conjoncture &#233;conomique est divergente. Par exemple, l'Argentine commence actuellement &#224; sortir de la pire d&#233;pression de son histoire, tandis qu'au Br&#233;sil le d&#233;nouement des d&#233;s&#233;quilibres accumul&#233;s pendant la derni&#232;re d&#233;cennie ne s'est pas produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alliances tr&#232;s changeantes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'intellectuels progressistes sont pass&#233;s du rejet frontal des projets des &#201;tats-Unis &#224; l'acceptation d'un &#034;ALCA possible&#034;, &#034;am&#233;lior&#233;&#034; ou &#034;plus &#233;quitable&#034; [6]. Ils d&#233;fendent la th&#232;se de &#034;n&#233;gocier depuis le MERCOSUR&#034;, en supposant qu'un front commun de cette r&#233;gion freinera l'offensive commerciale des &#201;tats-Unis. Comme premier pas dans cette direction, l'Argentine et le Br&#233;sil ont propos&#233; une offre commune de lib&#233;ralisation de certains services, qui ne co&#239;ncide pas avec les secteurs r&#233;clam&#233;s par le gouvernement de Bush (banques, moyens de communication, activit&#233;s m&#233;dicinales, t&#233;l&#233;communications).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la grande question se situe au niveau de la coh&#233;rence de ce front pour contenir l'ALCA. D'une part, le Paraguay et l'Uruguay sont d&#233;j&#224; tent&#233;s par les Etats-Unis pour envisager des n&#233;gociations bilat&#233;rales et, d'autre part, la continuit&#233; de l'association entre l'Argentine et le Br&#233;sil est douteuse. Le pari strat&#233;gique &#233;tats-unien est d'affaiblir la bourgeoisie br&#233;silienne, qui tient le seul secteur industriel moyennement autonome en Am&#233;rique du Sud. Face &#224; cette offensive : le compromis argentin avec son voisin se maintiendra-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes dominantes des deux pays maintiennent des points de friction tr&#232;s diff&#233;rents avec les Etats-Unis et en outre ont d&#233;velopp&#233; des associations diff&#233;rentes avec leurs homologues du Nord. C'est pourquoi toutes les n&#233;gociations de l'ALCA se d&#233;veloppent en secret et en pr&#233;sence des multiples lobbies patronaux, qui cherchent &#224; en tirer parti pour leurs propres int&#233;r&#234;ts. Dans le document pr&#233;liminaire de l'accord figurent 9000 &#171; crochets &#187; (points de conflit) qui sont d&#233;battus dans la typique atmosph&#232;re de triche qui entoure toute n&#233;gociation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant au Br&#233;sil qu'en Argentine une s&#233;v&#232;re tension existe entre les groupes exportateurs qui veulent obtenir des miettes du march&#233; des &#201;tats-Unis et les secteurs industriels menac&#233;s par l'ouverture commerciale. C'est pourquoi les chanceliers des deux pays font des acrobaties pour expliquer quel type d'ALCA s'av&#233;rerait acceptable pour tous les groupes en conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cela s'est toujours produit, les classes dominantes chercheront la sortie qui leur permettra de se remplir les poches en signant un ALCA total, partiel, conjoint ou s&#233;par&#233;. Mais en aucun cas elles n'inscriront les n&#233;cessit&#233;s populaires &#224; l'agenda de ces n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alternatives populaires &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui pr&#233;sentent le MERCOSUR comme l'alternative &#224; l'ALCA omettent d'expliquer pourquoi la p&#233;riode &#233;coul&#233;e depuis la formation de cette alliance a &#233;t&#233; aussi n&#233;faste pour les travailleurs et les ch&#244;meurs de la r&#233;gion. Depuis les ann&#233;es 90, l'ajustement a &#233;t&#233; brutal sur tous les terrains : baisse des salaires, licenciements massifs, paup&#233;risation. La trag&#233;die sociale sans pr&#233;c&#233;dent qui a accompagn&#233; la formation du MERCOSUR indique que cet accord ne repr&#233;sente pas un rem&#232;de pour les probl&#232;mes de la r&#233;gion. Tandis que les affaires de plusieurs groupes de chefs d'entreprise ont prosp&#233;r&#233; avec des subventions et des b&#233;n&#233;fices tarifaires, la majorit&#233; populaire a support&#233; les &#233;preuves de la flexibilisation du travail et de la r&#233;duction des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce r&#233;sultat, de nombreux analystes proposent de reformuler l'alliance en cr&#233;ant &#034;Un autre MERCOSUR&#034; de type &#034;populaire&#034; ou &#034;social&#034;. Mais comme pour l'ALCA, le probl&#232;me n'est pas le nom mais le contenu du projet. Le MERCOSUR continuera &#224; servir les int&#233;r&#234;ts de la minorit&#233; capitaliste s'il tourne autour de l'am&#233;lioration de la rentabilit&#233; des entreprises ins&#233;r&#233;es dans plusieurs pays. Il continuera &#224; profiter &#224; un groupe choisi d'entreprises s'il se limite &#224; promouvoir des &#034;&#233;conomies d'&#233;chelle&#034; bas&#233;es sur &#034;la baisse du co&#251;t salarial&#034; et s'il continue &#224; perfectionner la division du travail en zones qui fournissent des mati&#232;res premi&#232;res et en localit&#233;s qui industrialisent ces ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule option positive est de changer les priorit&#233;s et de placer l'int&#233;gration au service des aspirations populaires. Il faut coordonner la solidarit&#233; et non la comp&#233;titivit&#233;, assurer la stabilit&#233; de l'emploi et non la libre mobilit&#233; des capitaux, &#233;liminer la pauvret&#233; et la malnutrition et non les restrictions aux n&#233;goces des chefs d'entreprise. Ce type d'int&#233;gration ne doit pas se d&#233;velopper autour du commerce, mais doit &#234;tre d&#233;velopp&#233; en fonction des revendications sociales. La priorit&#233; est d'unir les peuples et non de les attacher aux int&#233;r&#234;ts de chaque classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cette voie, on peut concevoir non seulement une alliance des travailleurs, des paysans et des ch&#244;meurs de la r&#233;gion, mais aussi une coordination avec les opprim&#233;s des pays d&#233;velopp&#233;s. Un agriculteur appauvri des &#201;tats-Unis par la faute de &#171; l'agrobusiness &#187; a davantage d'int&#233;r&#234;ts communs avec un paysan sud-am&#233;ricain qu'avec les multinationales qui obtiennent des b&#233;n&#233;fices sur leur dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut d'abord avancer vers une int&#233;gration des peuples latino-am&#233;ricains en ratifiant la priorit&#233; d'une bataille conjointe contre la domination commerciale et financi&#232;re de l'imp&#233;rialisme. S&#233;parer la r&#233;sistance &#224; l'ALCA de la lutte contre le paiement de la dette externe conduit &#224; l'&#233;chec des deux objectifs. Pour que la population s'engage activement pour la premi&#232;re revendication , elle doit sentir qu'elle n'est pas utilis&#233;e comme gage de n&#233;gociation dans les conflits entre groupes capitalistes. Tout frein &#224; l'ALCA accompagn&#233; du maintien du paiement de la dette implique la continuit&#233; de l'ajustement. C'est pourquoi l'action contre l'ALCA doit se joindre au rejet de la dette et de la militarisation de la r&#233;gion. La campagne qui est actuellement d&#233;velopp&#233;e en Argentine (&#034;Consultation populaire de l'Auto-convocation 'Non &#224; l'ALCA'&#034;) r&#233;unit justement ces trois sujets dans une m&#234;me action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme rassemble le message des grandes mobilisations populaires qui ont lieu actuellement en Am&#233;rique latine. Les grandes marches populaires au P&#233;rou, les gr&#232;ves en Uruguay et au Chili, les manifestations au Venezuela, les occupations de terre au Br&#233;sil, les actions de travailleurs et piqueteros en Argentine sont invariablement contre le FMI et l'ALCA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#233;cent exploit d'une plus grande port&#233;e a &#233;t&#233; accompli par les insurg&#233;s de Bolivie. Ce soul&#232;vement incarne les revendications historiques de la population (voie d'acc&#232;s &#224; la mer, d&#233;fense des cocaleros, la terre et des aliments pour les paysans, dignit&#233; pour les cultures locales) et des dol&#233;ances qui s'opposent frontalement au paiement de la dette et &#224; l'ALCA. Les revendications sociales font face au FMI et l'exigence d'industrialiser le gaz dans le pays d&#233;fie l'ALCA. Privatiser l'extraction de cette ressource et l'exporter sous forme de brut vers les Etats-Unis est justement la priorit&#233; d'un accord de libre-&#233;change avec la Bolivie. Ceux qui ont souffert pendant des si&#232;cles du pillage de l'argent, du salp&#234;tre et de l'&#233;tain ont h&#233;ro&#239;quement r&#233;sist&#233; &#224; une nouvelle d&#233;pr&#233;dation. La bataille contre la dette et l'ALCA ressuscite l'aspiration populaire &#224; atteindre l'unit&#233; r&#233;gionale et &#224; casser les cha&#238;nes de 500 ann&#233;es d'oppression. Cette aspiration est pr&#233;sente parmi les travailleurs, les paysans et les ch&#244;meurs qui luttent pour changer la terrible succession d'&#233;preuves qui a marqu&#233; l'histoire de l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;NOTES :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Buster Gustavo. &#034;l'Union Europ&#233;enne et l'Am&#233;rique latine&#034;. S&#233;minaire Am&#233;rique Latine. Sortir de l'impasse de la dette et de l'ajustement&#034;. Bruxelles 23-25 mai 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Azocar Oscar. &#034;Le Chili : le TLC avec les Etats-Unis, gagnants et perdants &#034;. Rebeli&#243;n, 7-6-03&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Arceo Enrique. &#034;L'ALCA est un r&#232;glement d&#233;guis&#233; de libert&#233;&#034;. Pagina 12, 13-10-03.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Guillen R Arturo. &#034;Mexique : dette et d&#233;veloppement &#233;conomique&#034;. Ponencia au s&#233;minaire Am&#233;rique Latine. Sortir de l'impasse de la dette et l'ajustement &#034;. Bruxelles 23-25 mai 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Nogueira Uziel, &#034;les cycles divergents&#034;. Clarin, 27-7-03&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Par exemple : Amorin Celso. &#034;Commerce et D&#233;veloppement : Quel ALCA est possible ?. Clarin, 1-8- 03&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Claudio Katz est &#233;conomiste, professeur &#224; l'Universit&#233; de Buenos Aires, chercheur du Conicet et membre du groupe 'Economistas de Izquierda' (&#201;conomistes de Gauche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction de l'espagnol : El Correo/ RISAL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article original en espagnol : &#171; Alca-Deuda : Dos Caras de una Dominaci&#243;n &#187;, 2 novembre 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> RECOMPOSITION DU SYST&#200;ME POLITIQUE ARGENTIN</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/RECOMPOSITION-DU-SYSTEME-POLITIQUE-ARGENTIN</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/RECOMPOSITION-DU-SYSTEME-POLITIQUE-ARGENTIN</guid>
		<dc:date>2003-10-27T03:36:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claudio Katz</dc:creator>


		<dc:subject>Argentine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;par Claudio Katz &lt;br class='autobr' /&gt;
Si nous comparons le cadre politique actuel avec le paysage de concerts de casseroles, piquets et mobilisations qui r&#233;gnait l'an pass&#233;, il est &#233;vident que la classe dominante a r&#233;ussi &#224; reconstruire ses m&#233;canismes de domination. Du &#034;que se vayan todos&#034; (&#034;qu'ils s'en aillent tous&#034;) nous sommes pass&#233;s &#224; un &#034;retour de la majorit&#233;&#034;. Il y a des visages nouveaux dans les vieux partis, mais les Ruckauf, Reuteman et plusieurs gouverneurs sont aussi revenus. Apr&#232;s le sommet de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Argentine-16-+" rel="tag"&gt;Argentine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;par Claudio Katz&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous comparons le cadre politique actuel avec le paysage de concerts de casseroles, piquets et mobilisations qui r&#233;gnait l'an pass&#233;, il est &#233;vident que la classe dominante a r&#233;ussi &#224; reconstruire ses m&#233;canismes de domination. Du &#034;que se vayan todos&#034; (&#034;qu'ils s'en aillent tous&#034;) nous sommes pass&#233;s &#224; un &#034;retour de la majorit&#233;&#034;. Il y a des visages nouveaux dans les vieux partis, mais les Ruckauf, Reuteman et plusieurs gouverneurs sont aussi revenus. Apr&#232;s le sommet de la r&#233;bellion populaire enregistr&#233; lors des meurtres du Pont Pueyrred&#243;n [1], les propri&#233;taires du pouvoir ont r&#233;ussi &#224; dissoudre la r&#233;volte, en faisant appel aux m&#234;mes m&#233;canismes &#233;lectoraux, d'assistance et discursifs, qu'ils ont utilis&#233;s dans le pass&#233; pour faire taire les protestations. C'est pourquoi, les responsables de la trag&#233;die sociale ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; la panique de la r&#233;volte, la terreur des piquets et f&#234;tent avec soulagement la r&#233;adaptation du syst&#232;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; Duhalde [le pr&#233;sident pr&#233;c&#233;dent, N.d.T.] qui a seulement maintenu sur pied un r&#233;gime branlant, Kirchner a r&#233;ussi &#224; stabiliser le syst&#232;me, en orchestrant des mesures qui canalisent les demandes populaires, et, en m&#234;me temps, recomposent les institutions mises en question par la mobilisation de la rue. L'objectif primordial de ses initiatives est de transformer le repli temporaire de la lutte en un reflux g&#233;n&#233;ral. Pour y parvenir, il &#233;lude la r&#233;pression mais fait taire les revendications et isole les secteurs les plus combatifs, en cherchant l'usure de la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement essaye d'induire la r&#233;signation de la population face &#224; la mis&#232;re. Il cherche &#224; ce que les &#233;pargnants oublient l'argent confisqu&#233;, que les ch&#244;meurs s'habituent &#224; la mendicit&#233;, que les travailleurs supportent le suremploi et que la jeunesse d&#233;moralis&#233;e abandonne les rues. Kirchner d&#233;sactive m&#234;me les espoirs existants dans son propre gouvernement qui peuvent d&#233;river sous forme de revendications sociales concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que la population adopte une attitude passive et attende des solutions sans recourir &#224; la lutte, Kirchner m&#232;ne &#224; bien une politique qui inclut certaines concessions et beaucoup de gestes camouflent la continuit&#233; du mod&#232;le capitaliste qui a appauvri la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconstruction d'un syst&#232;me&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La priorit&#233; de Kirchner est de reconstruire les piliers du r&#233;gime politique qui ont &#233;clat&#233; en d&#233;cembre 2001 [ &#224; l'occasion de l'Argentinazo, N.d.T.]. Sans cette recomposition, il n'est pas possible de recr&#233;er le contexte dont la classe capitaliste a besoin pour pr&#233;server ses privil&#232;ges et ses profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;tablir l'autorit&#233; de l'&#201;tat, Kirchner a commenc&#233; &#224; d&#233;vier vers les vieux tortionnaires le rejet populaire des politiciens, banquiers et chefs d'entreprise, responsables de la catastrophe sociale. C'est pourquoi il a r&#233;ouvert les proc&#232;s et a promu le retour de Videla et d'Astiz [des anciens tortionnaires de la dictature, N.d.T.] dans des cellules dor&#233;es et prot&#233;g&#233;es de l'extradition. Comme l' &#171; Ob&#233;issance Due &#187; et la &#171; Gr&#226;ce &#187; [2] n'ont pas pu casser l'exigence d&#233;mocratique d'une punition des r&#233;presseurs, Kirchner essaye de calmer l'irritation de la population envers un syst&#232;me qui depuis 25 ans garantit l'impunit&#233; des criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ouverture des proc&#232;s marque aussi la reconstruction du prestige de l'Arm&#233;e et facilite sa participation aux op&#233;rations que supervise le Pentagone. Sans faire le nettoyage parmi les hauts grad&#233;s militaires [3], il n'est pas possible de recr&#233;er une certaine approbation pour des actions qui incluent la pr&#233;sence de &#034;Marines&#034; dans le pays. Kirchner a essay&#233; d'&#233;viter la mise en cause d'un exercice conjoint avec les occupants de l'Irak, en centrant les objections sur l'op&#233;ration Aguila III sur le degr&#233; d'impunit&#233; qu'auraient les Etats-uniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;novation des dirigeants de la police poursuit le m&#234;me objectif de reconstruction &#233;tatique. Ici, Kirchner essaye de contenir la &#034;colombianisation&#034; du pays, parce que le pouvoir criminel de la Bonaerense [Police de la province de Buenos Aires, N.d.T.]) et de ses associ&#233;s menacent la capacit&#233; des forces r&#233;pressives &#224; maintenir les privil&#232;ges des classes dominantes. Sans nettoyer l'image de la Police, il s'av&#232;re tr&#232;s difficile d'utiliser les gendarmes contre les mobilisations populaires et expulser &#224; nouveau les piqueteros des rues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;habiliter les institutions du r&#233;gime, le gouvernement a entam&#233; aussi la r&#233;novation de la Cour supr&#234;me, l'emprisonnement de Maria Julia Alsogaray [ex-ministre du pr&#233;sident Carlos Menem, Nd.T.] et le d&#233;placement de Barrionuevo, parce que depuis le 20 d&#233;cembre 2001 [4], on ne peut plus justifier la mis&#232;re en &#233;talant la richesse. Pour que le retrait&#233; accepte de survivre avec 200 pesos, il faut exhiber &#224; nouveau quelques corrompus dans les prisons VIP qu'ont utilis&#233;es Alderete ou Cavallo. M&#234;me pour une action hautement symbolique de recomposition de l'&#201;tat (la confection de nouvelles cartes d'identit&#233;), le pr&#233;sident Kirshner fait deux poids deux mesures : il annule un contrat m&#233;n&#233;miste, mais cr&#233;e une banque de donn&#233;es compatible avec celle du FBI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double discours sur tous les fronts&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour canaliser les demandes populaires et reconstituer simultan&#233;ment le r&#233;gime, Kirchner d&#233;charge toute la responsabilit&#233; de l'effondrement &#233;conomique et social sur certains groupes (sur les entreprises privatis&#233;es aux mains de transnationales europ&#233;ennes, sur Macri [5] sur l'Administration du Fond des Pensions et Retraites (AFJP) et en sanctifie d'autres (exportateurs, industriels et banques locales), comme s'ils &#233;taient innocents de ce qui s'&#233;tait produit pendant la d&#233;cennie pass&#233;e. Avec cette diff&#233;renciation, il d&#233;guise la pr&#233;sence d'ex-m&#233;n&#233;mistes (Scioli, Beliz) dans son gouvernement et cache son propre pass&#233; comme gouverneur du Parti justicialiste [p&#233;roniste, N.d.T.] et acteur &#224; part enti&#232;re de la privatisation de YPF [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a cherch&#233; &#224; r&#233;sister &#224; sa faible l&#233;gitimit&#233; &#233;lectorale initiale par des gestes de diff&#233;renciation politique. Il dialogue avec les organisations piqueteras et calme les conflits sociaux pour se d&#233;marquer de l'autoritarisme de Duhalde ; il d&#233;voile un agenda hyperactif pour se d&#233;marquer de l'inutilit&#233; de De la R&#250;a, et surtout, il remet en question le &#034;mod&#232;le des ann&#233;es 90&#034; pour se pr&#233;senter comme l'antith&#232;se de Menem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, il dispose d'un climat favorable, qui, en grande partie, ob&#233;it &#224; l'absence d'espoirs pr&#233;alables. Il jouit ainsi d'un &#034;&#233;tat de gr&#226;ce&#034; prolong&#233; parce que contrairement &#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs, il n'est pas oblig&#233; de r&#233;pondre aux promesses de campagne. Il est arriv&#233; au gouvernement sans jamais dire ce qu'il ferait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en outre, dans le nouveau contexte anti-lib&#233;ral de l'Am&#233;rique latine, Kirchner cherche &#224; recr&#233;er l'adh&#233;sion populaire, en reprenant le double discours traditionnel des politiciens justicialistes. Il invite Fidel et adopte quelques positions de Ch&#225;vez, mais ne prend pas la d&#233;cision de renouveler le syst&#232;me politique interne, ni de faire face &#224; Bush. Au contraire, il a mis de l'eau dans le vin de sa relation avec l'occupant de l'Irak, qui inclut l'approbation de la loi des brevets exig&#233;e par les laboratoires &#233;tasuniens et la p&#233;nalisation des cr&#233;anciers priv&#233;s qui ne disposent pas de la faveur du FMI. Il encourage la pr&#233;sence d'entreprises &#233;tasuniennes pour compenser l'h&#233;g&#233;monie des Europ&#233;ens dans la gestion des services publics privatis&#233;s et accepte de n&#233;gocier l'ALCA [Zone de Libre &#201;change des Am&#233;riques, N.d.T.] sans la compagnie des Br&#233;siliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant l'exemple de Lula, Kirchner a incorpor&#233; des figures progressistes dans les secteurs de grande visibilit&#233; (culture, &#233;ducation, droits humains) pour maintenir invariablement l'ajustement &#233;conomique. Mais comme la crise a d&#233;j&#224; produit son effet d&#233;vastateur et a abouti &#224; un cycle de reprise, l'homme de Santa Cruz [Province de la Patagonie, N.d.T.] dispose d'une plus grande vari&#233;t&#233; d'options que son homologue br&#233;silien pour pr&#233;server cette direction. Comme perspective, Kirchner parie sur l'obtention d'une recomposition du syst&#232;me qui lui permettrait ult&#233;rieurement d'essayer une certaine forme de gestion multi-partisane. Son mod&#232;le est celui de Lagos [le pr&#233;sident chilien, N.d.T.] et la concertation qu'a d&#233;velopp&#233;e la bourgeoisie chilienne pour jouir d'un plus grand niveau de stabilit&#233; que dans le reste de l'Am&#233;rique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soulagements imm&#233;diats et d&#233;s&#233;quilibres en vue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats des &#233;lections illustrent le caract&#232;re partiel de la reconstitution du r&#233;gime. Le justicialisme a largement gagn&#233; les &#233;lections et le &#034;voto bronca&#034; [les votes nuls et blancs, N.d.T.] s'est d&#233;compos&#233;, mais le p&#233;ronisme est moribond dans la Capitale, le vote blanc a obtenu la seconde place &#224; Buenos Aires et un pourcentage tr&#232;s &#233;lev&#233; &#224; Cordoba. En outre, le gouvernement de la Province de Santa Fe s'est maintenu par une frauduleuse &#171; loi de lemas &#187;. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la l&#233;g&#232;re hausse de l'UCR [L'Union civique radicale des anciens pr&#233;sident Alfons&#237;n et De la R&#250;a, N.d.T.] ne compense pas la furieuse racl&#233;e subie par Moreau et Caram-Artaza, il est tr&#232;s peu probable que le bipartisme ressuscite. L'ARI [Afirmaci&#243;n por una Rep&#250;blica Igualitaria, N.d.T.] est maintenu en course, mais a perdu des d&#233;put&#233;s et ne repr&#233;sente plus une alternative nationale. La droite n&#233;o-lib&#233;rale non plus ne se profile pas comme une option de gouvernement apr&#232;s le recul de Lopez Murphy [Ricardo Lopez Murphy est un ex-fonctionnaire de la derni&#232;re dictature. Il a rassembl&#233; 16% aux derni&#232;res &#233;lections pr&#233;sidentielles, N.d.T.] et la d&#233;faite de Macri, et le m&#233;n&#233;misme cherche un caudillo [leader] pour freiner sa d&#233;cadence. En r&#233;sum&#233; : le syst&#232;me politique a fonctionn&#233; &#224; nouveau mais de mani&#232;re inconsistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de solution de rechange &#224; l'h&#233;g&#233;monie justicialiste (majorit&#233; dans les deux chambres et dans les gouvernements de province) pourrait aggraver cette fragilit&#233;, parce que, traditionnellement, les conflits pour le pouvoir ont perdu le contr&#244;le quand la vie politique argentine est rest&#233;e r&#233;duite &#224; &#034;une grande primaire p&#233;roniste&#034;. &#201;tant donn&#233; les ant&#233;c&#233;dents, les divergences entre Kirchner et Scioli ou Duhalde effraient les fabricants d'opinion de l'establishment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce quatri&#232;me retour du p&#233;ronisme au gouvernement est tr&#232;s diff&#233;rent des pr&#233;c&#233;dents. Le nationalisme des ann&#233;es 50, la Jeunesse P&#233;roniste (JP) radicalis&#233;e des ann&#233;es 70 et aussi les illusions ing&#233;nues qu'a r&#233;veill&#233;es Menem n'existent plus. Le justicialisme est actuellement un appareil de &#171; chefaillons &#187; de quartier, orphelin de l'enthousiasme populaire et Kirchner sait qu'il ne peut pas seulement administrer avec le verticalisme du Parti justicialiste, ni non plus avec les concertations qui ont domin&#233; au moment l'Alliance. C'est pourquoi il cherche &#224; combiner le justicialisme avec la transversalit&#233; vers le centre-gauche, c'est-&#224;-dire partager l'appareil avec Duhalde et d&#233;cider avec Ibarra ou Binner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident remet &#224; flot la tentative p&#233;roniste r&#233;formatrice des ann&#233;es 80 (Cafiero) et aussi le projet d'att&#233;nuer le r&#233;gime pr&#233;sidentiel avec un plus grand contrepoids parlementaire (&#034;Chacho&#034; Alvarez). Mais s'il amoindrit la gestion unipersonnelle pour stabiliser le syst&#232;me, il perdra les attributions du &#034;gouvernement par d&#233;cret&#034; dont il a besoin pour mettre en oeuvre l'ajustement d&#233;cid&#233; avec le FMI. C'est pourquoi il est tr&#232;s peu probable qu'il avance vers le parlementarisme. La consolidation de Kirchner d&#233;pend d'une consolidation de la reprise qui ne sera pas simple, malgr&#233; la hausse cyclique qu'enregistre l'&#233;conomie apr&#232;s quatre ann&#233;es de r&#233;cession. L'effondrement du pouvoir d'achat a cr&#233;&#233; des limites inexistantes dans le pass&#233; pour recr&#233;er, par exemple, une p&#233;riode &#233;quivalente &#224; celle de la convertibilit&#233; entre le peso et le dollar [les ann&#233;es 90, N.d.T.].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le renforcement de Kirchner s'appuie avant tout sur le repli de la lutte. Si au lieu de normaliser la mis&#232;re, les travailleurs et les ch&#244;meurs reprennent la r&#233;sistance, le gouvernement affrontera une perspective qui ne cadre pas avec ses plans actuels. Les porte-parole de l'establishment reconnaissent au pr&#233;sident sa capacit&#233; &#224; d&#233;sactiver la protestation sociale et c'est d&#233;j&#224; pourquoi ils ne se m&#233;fient pas de son &#034;gauchisme&#034;. Mais ce qu'ont compris les hommes du Capital, les courants progressistes ne l'ont toujours pas compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aveuglement progressiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs variantes populiste et centro-gauchiste, tous les courants du progressisme approuvent la gestion de Kirchner. Le premier secteur fantasme sur un retour au &#171; camporisme &#187; [8], en oubliant que &#171; le flaco &#187; (le maigre) de la JP [Jeunesse P&#233;roniste, N.d.T.] gouverne au service de la transnationale YPF-Repsol depuis de nombreuses ann&#233;es. Pour la m&#234;me raison que Lula s'est &#233;loign&#233; de Salvador Allende, Kirchner s'est &#233;loign&#233; de la &#034;Patrie socialiste&#034;. Le pr&#233;sident peut &#233;blouir avec sa l&#233;g&#232;ret&#233; les nostalgiques des ann&#233;es 70, mais il s'est comport&#233; comme un fonctionnaire du syst&#232;me. Loin d'agir comme porte-parole du 20 d&#233;cembre 2001, il cherche &#224; diluer les exigences de cette r&#233;bellion. Les &#233;loges de Bush devraient dissiper les analogies que certains &#233;tablissent avec Ch&#225;vez (M.Bonasso), &#224; moins qu'on ne d&#233;couvre dans l'envahisseur de l'Irak un nouvel alli&#233; du pays contre le FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirchner est &#034;transversal&#034; mais appartient au Parti justicialiste et pactise avec Duhalde. Ceux qui supposent qu' &#034;il n'est pas p&#233;roniste&#034; (JP Feinman), ne remarquent pas son soutien actif pour que Ruckauf entre au Congr&#232;s. Cet appui a affect&#233; y compris directement les inconditionnels du gouvernement (D'&#203;lia) qui ont form&#233; des listes autonomes de celles du parrain Duhalde. On affirme que le pr&#233;sident &#034;a besoin de tisser des alliances&#034;, comme si ces accommodements &#233;taient obligatoires et que les pr&#233;bendes &#233;taient devenues acceptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les courants progressistes de centre-gauche tra&#238;ne encore l'&#233;chec de l'Alliance et soutient Kirchner avec davantage de m&#233;fiance (E.Carrio). Mais il n' y a pas d'autre alternative, parce que, comme la classe dominante, ils sont arriv&#233;s &#224; la conclusion que &#034;l'on peut seulement gouvernement avec le p&#233;ronisme&#034; (B.Sarlo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Moindre mal&#034; et r&#233;signation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirchner est tr&#232;s diff&#233;rent de Menem, parce qu'aucun politicien n'est &#233;gal &#224; un autre. Mais ces divergences ne justifient pas l'appui que lui offre les milieux progressistes. Les D&#233;mocrates &#233;tasuniens sont diff&#233;rents des R&#233;publicains, les Uruguayens rouges diff&#232;rent des blancs et le radicalisme n'est pas analogue au p&#233;ronisme. Mais ces options constituent des variantes d'un m&#234;me r&#233;gime d'oppression et c'est pourquoi Alfonsin, Menem, De la R&#250;a et Duhalde se sont diff&#233;renci&#233;s seulement par le type d'&#233;preuves qu'ils ont impos&#233; au peuple. En outre, fr&#233;quemment, le candidat progressiste provoque une frustration plus grande, comme le d&#233;montrent Mitterrand, Blair ou Felipe Gonzalez. Ces gouvernements se sont charg&#233;s de mettre en oeuvre les mesures anti-populaires que les conservateurs ne pouvaient pas appliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On affirme que Kirchner &#034;freine l'avance de la droite&#034;, sans remarquer combien des gens de droite l'entourent dans le gouvernement. Mais, en outre, cette caract&#233;ristique pr&#233;sente une image grossie du danger r&#233;pressif, qui est toujours latent mais qui n'est pas une menace imminente dans la conjoncture actuelle. La r&#233;bellion populaire cantonn&#233;e &#224; la d&#233;fense des r&#233;presseurs qui ont perdu deux batailles : l'&#233;tat de si&#232;ge et la provocation du Pont Pueyerred&#243;n. Les artisans de ces agressions n'ont pas &#233;t&#233; Patti, Riche, Macri, ni Lopez Murphy, mais De la R&#250;a et Duhalde, c'est-&#224;-dire deux membres du syst&#232;me que reconstruit actuellement Kirchner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;fendent simplement le pr&#233;sident comme &#034;le moindre mal&#034;, sans rappeler que cette m&#234;me attitude a conduit &#224; soutenir le radicalisme et l'Alliance. Quand le peuple donne sa confiance aux responsables de ses malheurs, le &#034;moindre mal&#034; se transforme en un &#034;mal majeur&#034;, parce qu'on oublie qu'obtenir des conqu&#234;tes exige de batailler contre tous les maux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus regrettable dans l'appui de beaucoup d'intellectuels progressistes au gouvernement est la perte du sens critique. Ils se sont laiss&#233;s entra&#238;ner par la publicit&#233; officielle, ils dissimulent la r&#233;alit&#233; et d&#233;fendent le statu quo. Et cette conduite dans l'Argentine d'aujourd'hui revient &#224; confirmer politiquement la mis&#232;re et le g&#233;nocide social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTES :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il s'agit des meurtres de Dar&#237;o Santill&#225;n et de Maximiliano Kosteki, deux piqueteros assassin&#233;s par les forces de l'ordre &#224; l'occasion d'une journ&#233;e de protestation sur le Pont Pueyrred&#243;n, &#224; Buenos Aires. (N.d.T)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Kirchner a soutenu la nullit&#233; des Lois &#171; d'Od&#233;issance due &#187; et de &#171; Punto Final &#187; - ensemble de lois prot&#233;geant les responsables de la dictature - qui formaient la base de l'impunit&#233;. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Kirchner a d&#233;boulonn&#233; les hautes autorit&#233;s militaires et polici&#232;res. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] jour de l'explosion populaire connue sous le nom d'Argentinazo. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] M&#233;n&#233;miste, Maurico Macri est un puissant chef d'entreprise argentin (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] la soci&#233;t&#233; nationale p&#233;troli&#232;re rachet&#233;e par la transnationale espagnol REPSOL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Un parti ou une alliance -une lema- peut pr&#233;senter plusieurs candidats, en &#233;vitant de faire des &#233;lections internes et peut les transformer au deuxi&#232;me tour en candidat d'un m&#234;me parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] H&#233;ctor Jos&#233; C&#225;mpora fut &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence du pays en 1973. Cette &#233;lection symbolise le retour du p&#233;ronisme au gouvernement. Camora d&#233;missionna quelques mois plus tard pour laisser la place &#224; Peron, qui &#233;tait interdit de s&#233;jour. Durant sa br&#232;ve administration, de tr&#232;s nombreux conflits ont &#233;clat&#233; entre diff&#233;rents courants du &#171; p&#233;ronisme &#187;. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claudio Katz, est &#233;conomiste, professeur de l'UBA, chercheur au Conicet. Membre de l'EDI (&#201;conomistes de Gauche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons expos&#233; notre analyse de la situation &#233;conomique dans &#034;Le mod&#232;le est encore sur pied&#034; (septembre 2003), Rapport au IIIe Colloque latino-am&#233;ricain d'&#201;conomistes Politiques publi&#233; dans Inprecor Am&#233;rique latine - n&#176;15 - 22.sept.2003, par Claudio Katz.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'imp&#233;rialisme en Irak</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/L-imperialisme-en-Irak</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/L-imperialisme-en-Irak</guid>
		<dc:date>2003-04-27T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claudio Katz</dc:creator>


		<dc:subject>Irak</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique latine</dc:subject>
		<dc:subject>La guerre imp&#233;rialiste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une h&#233;g&#233;monie incertaine &lt;br class='autobr' /&gt;
La domination d'un groupe hyperr&#233;actionnaire dans l'Administration Bush constitue un fait &#233;vident et alarmant. Rumsfeld, Kagan, Wolfowitz sont des faucons form&#233;s durant les gouvernements de Reagan et Bush p&#232;re qui ont gagn&#233; un niveau in&#233;dit de coh&#233;rence et d'influence. Ils sont parvenus &#224; unifier autour d'une m&#234;me strat&#233;gie des groupes droitiers qui sont des fronts des lobbys p&#233;troliers et isra&#233;liens. Ils ont aussi impos&#233; une direction unilat&#233;rale quand l'ONU a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-NON-a-la-guerre-de-l-empire-" rel="directory"&gt;NON &#224; la guerre de l'empire !&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Irak-+" rel="tag"&gt;Irak&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Amerique-latine-43-+" rel="tag"&gt;Am&#233;rique latine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-La-guerre-imperialiste-+" rel="tag"&gt;La guerre imp&#233;rialiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une h&#233;g&#233;monie incertaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La domination d'un groupe hyperr&#233;actionnaire dans l'Administration Bush constitue un fait &#233;vident et alarmant. Rumsfeld, Kagan, Wolfowitz sont des faucons form&#233;s durant les gouvernements de Reagan et Bush p&#232;re qui ont gagn&#233; un niveau in&#233;dit de coh&#233;rence et d'influence. Ils sont parvenus &#224; unifier autour d'une m&#234;me strat&#233;gie des groupes droitiers qui sont des fronts des lobbys p&#233;troliers et isra&#233;liens. Ils ont aussi impos&#233; une direction unilat&#233;rale quand l'ONU a r&#233;sist&#233; &#224; l'attaque et ils ont utilis&#233; des actions hostiles (espionnage) et de la provocation (d&#233;clarations condescendantes) peu habituelles dans la diplomatie occidentale. Ils ont converti, en outre, une grande partie de la presse en un cloaque de patriotisme vulgaire et ont restaur&#233; un climat de chasse aux sorci&#232;res m&#233;connu aux &#201;tats-Unis depuis le maccarthysme. Mais ce groupe s'est-il construit une base d'appui suffisante pour aller jusqu'&#224; un cours fascisant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques auteurs qui suivent cette &#233;volution estiment, paradoxalement, que la d&#233;cadence nord-am&#233;ricaine se poursuit de fa&#231;on continue depuis plusieurs d&#233;cennies. Ils ne voient pas que ces caract&#233;risations sont peu compatibles et que la r&#233;affirmation militariste des &#201;tats-Unis n'est pas concevable sans un soutien &#233;conomique, technologique et politique. L'invasion de l'Irak a &#233;t&#233; un effet de la r&#233;cup&#233;ration de l'h&#233;g&#233;monie qu'a r&#233;alis&#233;e les &#201;tats-Unis durant les ann&#233;es quatre-vingt dix sur tous les plans et non simplement au niveau de sa domination militaire. La guerre couronne une certaine reprise de l'accumulation qui oblige &#224; &#233;tendre les march&#233;s y &#224; chercher pour sortir de la crise de surinvestissement par des coups de force. Mais ce renforcement ne signifie pas que les &#201;tats-Unis sont devenus un &#171; superimp&#233;rialisme &#187; parce qu'aucun rival de premi&#232;re grandeur n'a &#233;t&#233; r&#233;duit au statut de pays d&#233;pendant ni ne s'est r&#233;sign&#233; &#224; la primaut&#233; d&#233;finitive du dollar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le point critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point le plus critique de l'offensive imp&#233;rialiste se situe dans la monde arabe parce qu'il est improbable qu'une op&#233;ration coloniale puisse s'imposer sans r&#233;sistance dans une r&#233;gion marqu&#233;e par des luttes m&#233;morables d'&#233;mancipation nationale. Un signe avant-coureur de cette perspective a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; signal&#233; dans la premi&#232;re semaine de la conqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'un accueil populaire enthousiaste, les troupes nord-am&#233;ricaines ont du faire face &#224; une r&#233;sistance inattendue. La croyance que l'&#233;norme hostilit&#233; &#224; la dictature de Saddam Hussein se traduirait par un accueil chaleureux des marines a &#233;t&#233; dans l'ensemble d&#233;mentie. Une importante partie du peuple irakien comprend que l'oppression nord-am&#233;ricaine ne sera pas meilleure que la tyrannie de Hussein et c'est pour cela que dans certaines r&#233;gions des marines ont &#233;t&#233; re&#231;us par le cri : &#171; Ni Saddam ni Bush &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que les occupants n'ont pas &#224; leur disposition un gouvernement de marionnettes de remplacement et que cette absence - provoqu&#233;e, il y a dix ans par Bush p&#232;re afin d'&#233;viter la chute de Saddam - peut saper l'occupation nord-am&#233;ricaine. Le r&#233;gime vice-royal fait face &#224; la possibilit&#233; de r&#233;sistance populaire &#224; long terme qui pourrait convertir l'Irak en une nouvelle Palestine pla&#231;ant les marines dans la m&#234;me situation que celle qu'a affront&#233;e l'arm&#233;e isra&#233;lienne dans le sud Liban ou dans celle qui a &#233;touff&#233; les troupes fran&#231;aises en Alg&#233;rie. C'est pourquoi un expert a averti les &#201;tats-Unis que les Irakiens n'&#233;taient pas un &#171; peuple primitif mais une des soci&#233;t&#233;s les plus sophistiqu&#233;es du Moyen-Orient. &#187; (8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi critique que la situation en Irak est le choc cr&#233;&#233; dans le monde arabe par les humiliations perp&#233;tr&#233;es par les marines. Le fait d'hisser le drapeau nord-am&#233;ricain &#224; Bagdad a d&#233;cha&#238;n&#233; un sentiment de haine g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Le discr&#233;dit de la CNN et l'audience croissante de la cha&#238;ne All Jazira est un autre sympt&#244;me de ce rejet. L'opposition affront&#233;e par les &#201;tats-Unis dans toute la r&#233;gion est clairement diff&#233;rente de la passivit&#233; et de la r&#233;signation qui avaient domin&#233; &#224; la fin de la premi&#232;re guerre du Golfe. C'est pour cela qu'il existe une crainte d'une multiplication incontr&#244;l&#233;e de Ben Laden et de d&#233;stabilisation croissante des r&#233;gimes pro-nord-am&#233;ricains d'Arabie Saoudite et du Pakistan. La r&#233;volte anti-imp&#233;rialiste est &#224; l'ordre du jour dans toute la r&#233;gion et son avenir d&#233;pendra des formes que prendront les &#233;checs des exp&#233;riences nationalistes et des exp&#233;riences fondamentalistes r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;sistance globale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cela s'est produit durant la guerre du Vietnam, la bataille contre l'invasion est soutenue par un r&#233;seau mondial de mobilisations. Mais la diff&#233;rence des ann&#233;es 70, la r&#233;action populaire a d&#233;but&#233; avant le conflit et se manifeste de mani&#232;re simultan&#233;e et coordonn&#233;e dans une centaine de pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marches massives n'ont pas cess&#233; depuis la chute de Saddam parce que les manifestantEs sont conscientEs que l'offensive ne se terminera pas &#224; Bagdad. Il y a un manque total de l&#233;gitimit&#233; pouvant soutenir politiquement l'invasion et c'est pourquoi les gouvernements occidentaux qui ont appuy&#233; ce massacre ont &#233;t&#233; s&#233;rieusement discr&#233;dit&#233;s devant l'opinion populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mobilisations ont pris une ampleur in&#233;dite dans des milliers de villes. En Angleterre, on a enregistr&#233; par exemple la plus grande manifestation de rue de l'histoire alors que de nombreux militantEs ont particip&#233; &#224; des gestes h&#233;ro&#239;ques qui rappellent les grands moments du combat antifasciste. D'autre part, les manifestations pour l'Irak constituent un nouveau sommet dans les protestations globales qui ont commenc&#233; avec Seattle, G&#234;nes et Porto Alegre. Il existe d&#233;j&#224; un forum qui articule et organise la campagne contre l'agression et qui pourra se renforcer avec la nouvelle perspective antimilitariste du mouvement contre la globalisation capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, un nouvel agenda anti-imp&#233;rialiste a &#233;t&#233; adopt&#233; par des millions de gens, de travailleurs et de travailleuses et de personnes sans-emploi dans le monde entier. Certains intellectuels ont remarqu&#233; que ce tournant &#233;tait li&#233; &#224; des attentes na&#239;ves de nombreux manifestantEs en ce qui concerne le comportement des gouvernements europ&#233;ens, qui, en r&#233;alit&#233;, se comportent comme des complices de l'invasion. Mais ces illusions n'effacent pas le caract&#232;re progressiste des protestations car la lutte est le principal terrain d'apprentissage populaire. Aucune illusion ne peut se dissiper si elles ne sont pas soumises &#224; l'&#233;preuve du combat contre la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vaut &#233;galement pour les attentes envers les Nations unies. Ce qui s'est produit en Irak d&#233;montre qu'actuellement le droit international se r&#233;duit au pouvoir du pays le plus fort. Pour transformer cette r&#233;alit&#233;. il n'y a pas d'autre chemin que la r&#233;sistance &#224; l'imp&#233;rialisme, parce que seulement de cette action pourra surgir un nouvel ordre juridique bas&#233; sur les principes de la solution n&#233;goci&#233;e des conflits nationaux et sur l'autod&#233;termination des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'impact en Am&#233;rique latine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact de invasion de l'Irak sur l'Am&#233;rique latine est tr&#232;s significatif pour une simple raison : les &#201;tats-Unis traite la r&#233;gion selon les m&#234;mes param&#232;tres oppressifs que ceux utilis&#233;s au Moyen-Orient. L'imp&#233;rialisme consid&#232;re que le p&#233;trole des pays arabes et les ressources naturelles de son arri&#232;re cours sont des parties de son patrimoine. C'est pourquoi la trajectoire de Saddam &#224; certains &#233;gards est tr&#232;s semblable &#224; celui de Noriega et que les attaques de l'Irak ressemblent &#224; l'occupation de Panama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut se rappeler aussi que la sc&#232;ne irakienne aurait pu &#234;tre le destin de l'Argentine si en 1979 une guerre eut &#233;clat&#233; avec le Chili et si le conflit se f&#251;t termin&#233; par des souffrances semblables &#224; celles qui se sont produites en Irak et en Iran. De m&#234;me l'aventure de Galtieri dans les &#238;les Malouines aurait pu se conclure comme celle de Saddam au Kowe&#239;t. Ces similitudes expliquent pourquoi le Pentagone impose &#224; l'Argentine un d&#233;sarmement semblable &#224; celui impos&#233; &#224; l'Irak ce qui inclut la d&#233;sactivation des missiles Condor et l'arr&#234;t du d&#233;veloppement nucl&#233;aire autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec de l'occupation de Bagdad, la pression imp&#233;rialiste sur l'Am&#233;rique latine s'accentuera sur les m&#234;mes bases d'oppression que celles v&#233;cues par les peuples du Moyen-Orient. C'est en cours en premier lieu d'un processus de remilitarisation g&#233;n&#233;rale de la r&#233;gion d&#233;sign&#233;e par le Commandement du sud &#224; Miami. La priorit&#233; de cette campagne, c'est la Colombie, mais aussi la cr&#233;ation de nouvelles bases et le d&#233;ploiement de troupes, tout cela combin&#233; &#224; des provocations sur la triple fronti&#232;re de l'Argentine, du Paraguay et du Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau politique, un processus de recolonisation et de rapetissement de la souverainet&#233; des &#201;tats latino-am&#233;ricaine s'acc&#233;l&#232;re. Durant les n&#233;gociations du Conseil de s&#233;curit&#233;, les exigences nord-am&#233;ricaines pour arracher le vote favorable du Mexique et du Chili furent claires : achat des votes de nombreux conseillers. Dans la majorit&#233; des nations de la r&#233;gion, les ambassades am&#233;ricaines ne sont pas des lieux de consultation mais les principaux centres de d&#233;cision. Cette ing&#233;rence grotesque est accept&#233;e comme un destin naturel par la majorit&#233; des gouvernements latino-am&#233;ricains, alors que le d&#233;partement d'&#233;tat pr&#233;pare de nouvelles actions contre Cuba et peut-&#234;tre une autre tentative de coup d'&#233;tat au Venezuela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'accaparement du p&#233;trole irakien poussera les fonctionnaires nord-am&#233;ricains &#224; exiger l'acc&#233;l&#233;ration des n&#233;gociations de la ZL&#201;A et &#224; intensifier le paiement de la dette ext&#233;rieure. &#171; Nous avons besoin de la ZL&#201;A pour d&#233;fendre nos int&#233;r&#234;ts &#187; a d&#233;clar&#233;, sans g&#234;ne, le principal n&#233;gociateur commercial am&#233;ricain. (9) Pour cela, sous les apparences d'un certain immobilisme, le trait&#233; destin&#233; &#224; am&#233;liorer les exportations nord-am&#233;ricaines continue &#224; gagner du terrain et &#224; r&#233;duire les tarifs douaniers latino-am&#233;ricains. La plus importante d&#233;t&#233;rioration des termes de l'&#233;change que pr&#233;pare &#224; ZL&#201;A exige aussi une domination financi&#232;re plus importante du FMI. Pour cette raison, il n'est pas possible de r&#233;sister aux objectifs commerciaux sans freiner la d&#233;vastation financi&#232;re impos&#233;e par le paiement de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La commotion en Argentine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;conomistes du gouvernement et de l'opposition (R. Lavgna, M. Lscano) ont affirm&#233; initialement que &#171; la guerre convient &#224; l'Argentine &#187; car elles conduira &#224; &#171; l'augmentation des prix de nos exportations &#187; (10). Mais ils oublient que la gestion monopoliste de l'exportation du p&#233;trole conduit &#224; la chert&#233; interne du combustible chaque fois qu'augmente le prix international du p&#233;trole. Avec les c&#233;r&#233;ales ce sera pire, parce que toute reprise de ventes sur le march&#233; ext&#233;rieur se traduira par un &#233;largissement de la carte de la famine dans le pays qui occupe le cinqui&#232;me rang des grands pays exportateurs d'aliments dans le monde. En outre, les &#201;tats-Unis vont certainement enlever &#224; l'Argentine les march&#233;s de c&#233;r&#233;ales du Moyen-Orient comme cela s'est produit &#224; plusieurs reprises dans le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;conomistes (E. Conesa, A.Ferrer) soutiennent &#171; qu'&#233;tant donn&#233; la gravit&#233; de nos probl&#232;mes &#187; le cours de la guerre n'influencera pas le pays &#187;. Mais regardez un arbre sans voir la for&#234;t c'est ignorer que le financement de l'occupation nord-am&#233;ricaine de l'Irak implique une offensive imp&#233;rialiste majeure sur le terrain de la dette et de la ZL&#201;A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Argentine, le rejet de l'invasion a d&#233;pass&#233; tous les indices d'Am&#233;rique latine. Ce rejet a emp&#234;ch&#233; Duhalde d'envoyer des troupes dans le Golfe ce que Menen avait ordonn&#233; avec son appui il y a une dizaine d'ann&#233;es. N&#233;anmoins, le gouvernement a soutenu diplomatiquement l'agression, en entravant les projets de son rejet inspir&#233;s par le Br&#233;sil. En outre, suivant la norme des derni&#232;res ann&#233;es, le pr&#233;sident Duhalde a permis aux marines de s'entra&#238;ner dans plusieurs provinces sans aucune autorisation du congr&#232;s et maintenant il promeut une immunit&#233; p&#233;nale pour les troupes qui s'installent en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'invasion, la droite s'exprime avec une grande sinc&#233;rit&#233; et &#233;vite le double langage. Ses porte-paroles ont d&#233;clar&#233; &#171; qu'il convient que l'Argentine se situe du c&#244;t&#233; des vainqueurs &#187; (11) sans expliquer toutefois pourquoi le pays est descendu dans l'enfer actuel de la pauvret&#233; apr&#232;s une d&#233;cennie de relations chaleureuses avec la principale puissance. Ils affirment qu'ils sont &#171; &#233;merveill&#233;s par les r&#233;sultats de la guerre des &#201;tats-Unis et de son autofinancement p&#233;trolier &#187; (12). Mais plus ils s'agenouillent plus ils seront m&#233;pris&#233;s par leurs mandataires, car les imp&#233;rialistes ne r&#233;compensent jamais la soumission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui frappe le plus de ce groupe de serviteurs, c'est leur tournant dans le discours. Il n'utilise pas le langage &#233;thique ni les valeurs de la d&#233;mocratie et de la civilisation mais ils font preuve d'un r&#233;alisme cynique celui de la r&#233;signation devant un monde unipolaire ne pouvant &#234;tre transform&#233;. Mais ce manque d'arguments est provisoire parce que la classe dominante ne peu se passer d'une masse de mystifications qui fondent son contr&#244;le de la soci&#233;t&#233;. Son attitude d&#233;fensive illustre &#233;galement la forte avanc&#233;e enregistr&#233;e par la conscience antiimp&#233;rialiste dans tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socialisme ou barbarie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime de l'Irak illustre la nature du capitalisme contemporain. L'image d'un n&#233;olib&#233;ralisme qui appauvrit, l'image souriante et aimable de l'&#232;re Clinton a &#233;t&#233; brusquement remplac&#233; par le visage brutal et g&#233;nocidaire de Bush. Plusieurs v&#233;t&#233;rans de la lutte sociale ont d&#233;j&#224; vu de tels revirements et ils n'ont jamais esp&#233;r&#233; une autre &#233;volution de l'imp&#233;rialisme. Mais pour la g&#233;n&#233;ration qui est venu au monde politiquement durant la derni&#232;re d&#233;cennie, ces changements sont tr&#232;s significatifs et ce processus peut ouvrir de nouveaux horizons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ouvre un cours qui pourra montrer que le combat pour un &#171; autre monde possible &#187; exige de construire une alternative socialiste. Le fantasme de l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique ne bloque plus cette r&#233;flexion dans la jeunesse qui est moins expos&#233;e &#224; la vague de pessimisme intellectuel qui a accompagn&#233; cet effondrement. Red&#233;couvrir que le socialisme est le chemin pour rapprocher de peuples et pour surmonter l'actuel cauchemar de sang et de douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 avril 2003&lt;br /&gt;
claudik@arnet.com.ar&lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.eltabloid.com/claudiokatz&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.eltabloid.com/claudiokatz&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NOTAS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]Economista, Investigador del Conicet y profesor de la UBA. Miembro del EDI (Economistas de Izquierda).&lt;br class='autobr' /&gt;
[2]Este art&#237;culo desarrolla ideas esbozadas en &#034;El debut del nuevo imperialismo&#034; (Revista La Maza, n 4, abril 2003, Buenos Aires) y aplica conceptos expuestos en &#034;L'imperialism du XXI si&#232;cle&#034;. Imprecor ,n 474, septembre 2002, Paris. Otros fundamentos pueden consultarse en : &lt;a href=&#034;http://www.eltabloid.com/claudiokatz&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.eltabloid.com/claudiokatz&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
[3]Robert Cooper citado por Juan Gelman, en &#034;&#191;Posmoderna ?&#034;. P&#225;gina 12, 21-3-03.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4]Esta es la err&#243;nea tesis de Sebrelli Juan Jos&#233;. &#034;La guerra y el sistema internacional&#034;. La Naci&#243;n, 28-3-03&lt;br class='autobr' /&gt;
[5]Ver : Hardt Michel. &#034;No al antiamericanismo&#034;. P&#225;gina 12, 21-2-03&lt;br class='autobr' /&gt;
[6]Ver su advertencia en : Kissinger Henry. &#034;EEUU no estar&#225; solo en Irak&#034;, Clar&#237;n, 11-4-03.&lt;br class='autobr' /&gt;
[7]Por ejemplo : Todd Emmanuel. &#034;Esto es una muestra de debilidad&#034; P&#225;gina 12, 30-03-03.&lt;br class='autobr' /&gt;
[8]Declaraciones del ex canciller israel&#237; Shlomo Ben Am&#237;. P&#225;gina 12, 3-4-03&lt;br class='autobr' /&gt;
[9]Bob Zoellick en &#034;Am&#233;rica Latina : las marcas de la guerra&#034; Clar&#237;n, 23-03-03&lt;br class='autobr' /&gt;
[10]Ver &#034;Economistas analizan las consecuencias posibles para Argentina&#034; , en &#034;Con mucho menos optimismo que Lavagna&#034;, P&#225;gina 12, 3-4-03.&lt;br class='autobr' /&gt;
[11]Grondona Mariano, en La Naci&#243;n, 6-4-03 y 30-3-03. Tambi&#233;n Castro Jorge. &#034;Incertidumbre econ&#243;mica&#034; La Naci&#243;n, 23-02-03&lt;br class='autobr' /&gt;
[12]Escude Carlos. &#034;Hacia una consolidaci&#243;n del nuevo orden mundial&#034; La Naci&#243;n, 23-02-03 y &#034;Tres posturas y una guerras&#034; &#034;Enfoques&#034;, La Naci&#243;n, 30-03-2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;BIBLIOGRAF&#205;A SELECCIONADA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Acchar Gilbert. &#034;El imperio en orden de batalla&#034;. Rouge, marzo 2003.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Agull&#243; Juan. &#034;La guerra por la hegemon&#237;a del d&#243;lar&#034;, Rebeli&#243;n, 11-4-03 &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ahmad Ah&#237;jas. &#034;On the invisibility of blood&#034;. Against the current, n 102, january-february 2003.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Amin Samir. &#034;Contra la guerra imperialista&#034;. Resumen Latinoameriano, 25-2-03
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ash Timothy G. &#034;La guerra de dos mundos&#034;. Pagina 12, 02 -03
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ash Timothy Garton. &#034;Todos en la tormenta de arena&#034;. Clarin , 24-3-03
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bensaid Daniel. &#034;La guerra tendr&#225; lugar&#034;. Le Figar&#243; 17-3-03
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Brown Jim. &#034;La guerre de l'empire&#034;. Imprecor, 477, decembre 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Callinicos Alex &#034;La estrategia general del imperio norteamericano&#034;. International Socialism, Winter 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Callinicos, Alex. &#034;Guerra bajo ataque&#034;. Rebeli&#243;n, 3-4-03
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Eagleton Terry. &#034;Fundamentalismo&#034;, P&#225;gina 12, 9-3-03
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Fahmir Raid. &#034;La oposici&#243;n de izquierdas a S.Hussein&#034;. Viento Sur, n 65, noviembre 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Gonzalez Felipe. &#034;La tercer guerra mundial&#034;. P&#225;gina 12, 9-4-03
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hearse Phil. &#034;Politique de mondialisation arm&#233;e&#034;. Imprecor 475-476, octobre-novembre 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hobsbawn Eric. &#034;La tormenta de arena&#034;. P&#225;gina 12, 30-3-03.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Hossein Zadeh, Ismael. &#034;Venid the US rush to war&#034;. Against the current, n 102, january-february 2003
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Kagarlisky Boris. &#034;Rusia y la guerra&#034;. Rebeli&#243;n, abril 2003.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Klare Michael. &#034;La guerra redibujar&#225; el mapa estrat&#233;gico&#034;. La Jornada, 25-3-03
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Monbiot George. &#034;Hay tres caminos y todos llevan al desastre&#034;. P&#225;gina 12, 3-4-03.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Morin Edgard. &#034;Los peligros de un mundo unipolar&#034;. Clar&#237;n, 23-3-03
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nair,Leymarie,Cheterian, Rouleau. Irak y el desorden global. &#034;Le Monde Diplomatique&#034;, febrero 2003.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Pavlovsky Eduardo. &#034;El antiamericanismo&#034;. P&#225;gina 12, 6-4-03.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Petras James. &#034;La contraofensiva imperial&#034;. Enfoques Alternativos, diciembre 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; The editors. &#034;US imperial ambitions and Iraq&#034;. Monthly Review vol 54, n 7, december 2002.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Wallerstein Imanuel. &#034;La ca&#237;da del aguila&#034;. Enfoques alternativos, diciembre 2002
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Wallerstein Immanuel. &#034;Bus va a perder o lo sumo a empatar&#034;. P&#225;gina 12, 22-3-03.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction La Gauche&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
