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	<title>La Gauche</title>
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		<title>Les partis religieux chiites comblent le vide en Irak du sud</title>
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		<dc:date>2003-04-27T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Juan Cole</dc:creator>


		<dc:subject>Irak</dc:subject>
		<dc:subject>La guerre imp&#233;rialiste</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les partis et les milices religieux chiites, en Irak, ont r&#233;cemment commenc&#233; &#224; occuper le vide r&#233;sultant de l'effondrement du parti Baas, particuli&#232;rement dans les villes lieux saints du chiisme. Ce d&#233;veloppement a certainement eu l'effet d'un choc pour le secr&#233;taire adjoint &#224; la d&#233;fense Paul Wolfowitz, qui, d&#233;but mars 2003, affirmait pr&#233;f&#233;rer comme alli&#233;s des Etats-Unis les Irakiens aux Saoudiens, d&#233;clarant que les premiers &#233;taient de tendance s&#233;culi&#232;re et que &#171; la tr&#232;s large majorit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-NON-a-la-guerre-de-l-empire-" rel="directory"&gt;NON &#224; la guerre de l'empire !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Irak-+" rel="tag"&gt;Irak&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-La-guerre-imperialiste-+" rel="tag"&gt;La guerre imp&#233;rialiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les partis et les milices religieux chiites, en Irak, ont r&#233;cemment commenc&#233; &#224; occuper le vide r&#233;sultant de l'effondrement du parti Baas, particuli&#232;rement dans les villes lieux saints du chiisme. Ce d&#233;veloppement a certainement eu l'effet d'un choc pour le secr&#233;taire adjoint &#224; la d&#233;fense Paul Wolfowitz, qui, d&#233;but mars 2003, affirmait pr&#233;f&#233;rer comme alli&#233;s des Etats-Unis les Irakiens aux Saoudiens, d&#233;clarant que les premiers &#233;taient de tendance s&#233;culi&#232;re et que &#171; la tr&#232;s large majorit&#233; chiite se diff&#233;rencie des wahhabites de la p&#233;ninsule arabique et ne manifeste pas la m&#234;me sensibilit&#233; face &#224; l'existence de villes saintes de l'Islam sur leur territoire &#187;. Wolfowitz et d'autres d&#233;cideurs politiques pro-guerre &#233;taient dans le juste lorsqu'ils pensaient qu'un grand nombre de chiites, allant des classes moyennes &#233;duqu&#233;es jusqu'aux travailleurs industriels, sont des nationalistes irakiens s&#233;culiers. Mais ils &#233;taient dans l'erreur totale lorsqu'ils n&#233;gligeaient le pouvoir des forces religieuses, et semblaient ignorer la place centrale des lieux saints de Najaf et de Karbala.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation fantaisiste n&#233;o-conservatrice (am&#233;ricaine) de l'Irak se heurte aujourd'hui &#224; l'Irak r&#233;el, sur le terrain concret des lieux saints des grandes villes comme des plus petites cit&#233;s que sont la majorit&#233; des villes chiites dans le sud du pays. Le public occidental est en train de d&#233;couvrir que les chiites d'Irak, peut-&#234;tre unifi&#233;s dans leur haine envers le r&#233;gime baassiste liquid&#233;, ne sont pas aussi unifi&#233;s dans leur conception de l'Irak d'apr&#232;s-guerre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RIVALIT&#201;S &#192; NAJAF&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principal dirigeant religieux de Najaf - lieu sacr&#233; de la sainte figure d'Ali b. Abi Talib, neveu du proph&#232;te Mahomet - est le grand ayatollah Ali Sistani, &#226;g&#233; de 73 ans. N&#233; &#224; Mashhed, en Iran, il arriva &#224; Najaf (une ville de 560'000 habitants) en 1952 et s'y installa de fa&#231;on permanente. Comme la majeure partie des &#233;lites religieuses de Najaf, il rejette la th&#233;orie de l'ayatollah Ruhollah Khomeini sur le r&#244;le dirigeant du clerg&#233; ou sur le &#171; vilayet al faqih &#187; [autorit&#233; du guide supr&#234;me] - la doctrine par laquelle Khomeini a renvers&#233; des si&#232;cles de qui&#233;tisme [d'insistance sur la perfection religieuse et de non-intervention dans la vie de la cit&#233;] parmi le clerg&#233; chiite, et qui nourrit la r&#233;volution iranienne de 1979. Sistani et ses proches ont &#233;galement critiqu&#233; des atteintes aux droits de l'homme dans l'Iran d'apr&#232;s 1979. Peu apr&#232;s l'entr&#233;e des troupes am&#233;ricaines &#224; Najaf le 8 avril 2003, il a &#233;t&#233; rapport&#233; que Sistani avait fait une d&#233;claration orale invitant les chiites &#224; ne pas g&#234;ner les soldats, une d&#233;claration cit&#233;e avec fougue par Wolfowitz comme &#233;tant la &#171; premi&#232;re fatwa pro-am&#233;ricaine &#187; (en r&#233;alit&#233;, cette d&#233;claration n'avait pas le statut d'une fatwa). La semaine suivante, cependant, Sistani a insist&#233; sur le fait que l'Irak devait &#234;tre dirig&#233; &#171; par le meilleur de ses enfants &#187;. Son porte-parole, son fils a&#238;n&#233; Muhammad Rida Sistani, a probablement exprim&#233; la pens&#233;e de son p&#232;re quand il a affirm&#233; : &#171; Les Am&#233;ricains sont les bienvenus, mais je ne pense pas que c'est une bonne chose qu'ils restent pour longtemps. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les militaires am&#233;ricains ont, semble-t-il, arr&#234;t&#233;, le 21 avril, pour une courte p&#233;riode le cheik Muhammad Al-Fartusi et deux autres chefs religieux qui avaient &#233;t&#233; envoy&#233;s &#224; Bagdad par les milieux religieux dirigeants de Najaf, cela a imm&#233;diatement provoqu&#233; la protestation de 5000 chiites, en col&#232;re, devant l'H&#244;tel Palestine, au centre de Bagdad. Al-Fartusi avait &#233;t&#233; envoy&#233; dans la capitale pour d&#233;livrer le sermon du vendredi dans la mosqu&#233;e Al-Hikma, devant 50'000 fid&#232;les. Dans son sermon, il a indiqu&#233;, entre autres, que les Etats-Unis ne pourraient pas imposer une &#171; d&#233;mocratie &#187; formelle en l'Irak qui permettrait la libert&#233; d'expression et, en m&#234;me temps, d&#233;nier aux Irakiens leur capacit&#233; de constituer leur propre gouvernement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sistani s'est affirm&#233; comme l'ayatollah le plus influent &#224; Najaf apr&#232;s l'assassinat, en 1999, de Muhammad Sadiq Al-Sadr, tu&#233; sur les ordres du fils d'a&#238;n&#233; de Saddam Hussein, Oudai, pour avoir d&#233;fi&#233; le dictateur irakien, aujourd'hui renvers&#233;. Actuellement, Muqtada Al-Sadr, le fils &#226;g&#233; de 30 ans du dirigeant religieux martyr, est l'un des rivaux les plus importants de Sistani &#224; Najaf. En 1999, apr&#232;s que son p&#232;re a &#233;t&#233; tu&#233;, Muqtada est pass&#233; dans la clandestinit&#233;. Il a organis&#233; les chiites paup&#233;ris&#233;s de Najaf et de la ville voisine de Kufa. Il a aussi &#233;tabli son autorit&#233; dans les bidonvilles chiites de l'est de Bagdad, o&#249; r&#233;sident 2 &#224; 3 millions d'habitants. Le mouvement que Sadr dirige insiste sur le fait que la seule autorit&#233; devant &#234;tre reconnue et accept&#233;e est celle de Muhammad Sadiq Al-Sadr ; et il est oppos&#233; &#224; ce que le clerg&#233; iranien immigr&#233;, &#224; l'instar de Sistani, dispose d'une autorit&#233; en Irak. Ce sont des id&#233;es peu orthodoxes dans le courant chiite majoritaire, classique, qui pr&#233;domine en Irak et en Iran. Selon les enseignements de ce courant traditionnel, il est interdit de se soumettre &#224; l'autorit&#233; d'un guide religieux d&#233;c&#233;d&#233;. Et il est reconnu que les chiites peuvent choisir librement un dignitaire cultiv&#233; et exp&#233;riment&#233;. Muqtada est trop jeune pour disposer d'une telle autorit&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CHANGEMENT DE NOM POUR LA VILLE DE SADDAM &lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de Sadr semble &#234;tre intol&#233;rant et autoritaire, et disposer d'une assise de classe dans les quartiers fortement paup&#233;ris&#233;s et brutalis&#233;s par des hommes de main du parti Baas. Les r&#233;cits des t&#233;moins oculaires du lynchage, le 10 avril 2003, d'un ayatollah rival soutenu par les Am&#233;ricains, Abd Al Majid Al-Khoei, d&#233;barqu&#233; &#224; Najaf apr&#232;s un exil &#224; Londres de plus d'une d&#233;cennie, indiquent que le mouvement de Sadr y serait impliqu&#233;. Les membres de ce mouvement ont alors entour&#233; les maisons de Sistani et de l'ayatollah Said Al-Hakim, neveu de Muhammad Baqir Al-Hakim, chef du Conseil supr&#234;me pour la r&#233;volution islamique en Irak (CSRII), exigeant que tous deux quittent Najaf imm&#233;diatement. Cette tentative de coup au sein des &#233;lites chiites religieuses dans la ville sainte a &#233;t&#233; bloqu&#233;e quand 1500 chiites, membres des tribus, arriv&#232;rent des campagnes pour prot&#233;ger Sistani et Al-Hakim.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Muqtada consid&#232;re que Sistani n'a pas de colonne vert&#233;brale car il s'est refus&#233; &#224; sortir de son qui&#233;tisme et &#224; s'opposer &#224; Saddam Hussein. Il a le m&#234;me jugement envers les politiciens expatri&#233;s et les chefs religieux qui reviennent actuellement en Irak. Par exemple, il n'a cess&#233; d'insulter Ahmed Chalabi et le Congr&#232;s national irakien de tendance s&#233;culi&#232;re. Le mouvement de Sadr veut une r&#233;publique islamique en Irak, m&#234;me si elle n'est pas exactement la m&#234;me que celle construite par Khomeini en Iran. Des reportages sur les banlieues pauvres de Bagdad laissent entrevoir que Muqtada y est idol&#226;tr&#233; et que la majorit&#233; des milices arm&#233;es qui patrouillent dans ces quartiers de Bagdad, dits ville de Sadr (anciennement &#171; Saddam City &#187;), sont ses partisans. Un compte rendu de presse a indiqu&#233; que ces forces avaient repouss&#233; une tentative d'infiltration de ces quartiers par une milice chiite rivale, la brigade Badr, ayant sa base &#224; T&#233;h&#233;ran et li&#233;e au CSRII. Comme la plupart des dirigeants chiites irakiens, Muqtada veut que les Am&#233;ricains sortent rapidement d'Irak.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; KARBALA&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CSRII, dirig&#233; par Muhammad Baqir Al-Hakim, est pour l'essentiel une branche du parti r&#233;volutionnaire Al-Dawa Al-Islamiyya fond&#233; vers la fin des ann&#233;es 1950. Al-Hakim a &#233;t&#233; contraint de s'exiler &#224; T&#233;h&#233;ran en 1982 suite &#224; la pers&#233;cution par Saddam des principaux dirigeants d'Al-Dawa. Le CSRII dispose d'une aile paramilitaire de 10'000 &#224; 15'000 combattants arm&#233;s, certainement entra&#238;n&#233;s par les Gardiens de la r&#233;volution iraniens et dirig&#233;s par Abd Al-Aziz Al-Hakim. Les deux fr&#232;res Al-Hakim sont consid&#233;r&#233;s comme proches du courant conservateur de l'ayatollah Ali Khamenei, qui a succ&#233;d&#233; &#224; Khomeini comme chef supr&#234;me de la R&#233;publique islamique d'Iran. Le CSRII a fait partie du Congr&#232;s national irakien et disposait de 15 si&#232;ges sur 65 dans le conseil gouvernemental provisoire qui avait &#233;t&#233; constitu&#233; lors de la r&#233;union de l'opposition irakienne, &#224; Londres, en d&#233;cembre 2002. Des repr&#233;sentants du CSRII ont particip&#233; &#224; des r&#233;unions organis&#233;es par le D&#233;partement d'Etat am&#233;ricain consacr&#233;es au renversement de Saddam. Ils ont parl&#233; &#224; la presse de leurs n&#233;gociations avec l'administration du secr&#233;taire &#224; la d&#233;fense Donald Rumsfeld, n&#233;gociations portant sur le r&#244;le de la brigade de Badr dans le combat aux c&#244;t&#233;s des troupes am&#233;ricaines au cours de l'invasion. Mais depuis que l'administration Bush a qualifi&#233; les sponsors du CSRII, l'Iran, comme partie prenante de l'&#171; axe du mal &#187;, la volont&#233; initiale de coop&#233;ration avec les Etats-Unis est apparue d'un cynisme &#224; vous couper le souffle. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, depuis janvier 2003, l'id&#233;ologie a pris le dessus sur le pragmatisme, et l'administration Bush a rompu soudainement ses liens avec le CSRII. Des initiatives ont &#233;t&#233; prises par l'attach&#233; au Conseil de s&#233;curit&#233; nationale des Etats-Unis Zalmay Khalilzad - en coordination avec le bureau du vice-pr&#233;sident Dick Cheney, selon diverses sources - dans le but de limiter l'influence du CSRII au sein du Congr&#232;s national irakien. Puis, lors des r&#233;unions avec les forces d'opposition en Turquie, fin janvier 2003, Khalilzad a fait conna&#238;tre que les Etats-Unis envisageaient d'administrer l'Irak, pendant une p&#233;riode donn&#233;e, apr&#232;s le &#171; changement de r&#233;gime &#187;, cela en lieu et place d'op&#233;rer par le biais d'un gouvernement temporaire irakien. Muhammad Baqir Al-Hakim a imm&#233;diatement d&#233;nonc&#233; ce plan comme &#233;quivalant &#224; une occupation coloniale des Etats-Unis. Il a lanc&#233; la menace que la brigade de Badr attaquerait les troupes am&#233;ricaines si elles restaient plus longtemps que pr&#233;vu. Il est clair qu'il s'est senti trahi par le revirement dramatique de la politique des Etats-Unis.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers ont mis en garde l'Iran afin qu'il interdise les forces de la brigade de Badr d'entrer en Irak au cours de l'invasion. Al-Hakim affirme que, malgr&#233; tout, ses troupes ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans le pays. Le 17 avril, des hommes arm&#233;s de la brigade de Badr contr&#244;laient la ville de Baquba (163'000 habitants), sise pr&#232;s de la fronti&#232;re iranienne. Et les forces de la brigade de Badr ont permis &#224; Sayyid Abbas du CSRII d'occuper l'immeuble de la mairie de Kut (360'000 habitants). Quand les marines ont essay&#233; d'intervenir, une foule de 1200 personnes s'est r&#233;unie, chantant des slogans contre le chef du Congr&#232;s national irakien, Ahmed Chalabi. Alors, les soldats ont d&#233;cid&#233; de se retirer. Le 19 avril, les officiers am&#233;ricains ont cherch&#233; &#224; &#233;carter Sayyid Abbas lors d'un meeting qui se tenait dans les b&#226;timents de la mairie. Mais, apr&#232;s coup, le dirigeant religieux a organis&#233; une manifestation, au cours de l'apr&#232;s-midi, qui a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme &#171; plus grande que par le pass&#233; &#187;. Selon le correspondant du quotidien britannique &lt;i&gt;Daily Telegraph&lt;/i&gt; : &#171; M. Abbas a &#233;nonc&#233; ce qui rapidement deviendra des revendications usuelles : un Etat islamique, d'orientation chiite, pour l'Irak, et la fin de l'occupation am&#233;ricaine. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abd Al-Aziz Al-Hakim, deuxi&#232;me de la hi&#233;rarchie du CSRII, est revenu en Irak le 16 avril, accueilli &#224; Kut par des acclamations ; il devait certainement pr&#233;parer le terrain pour que son fr&#232;re a&#238;n&#233; fasse de m&#234;me. Dans un entretien avec la presse, le jeune Al-Hakim s'est engag&#233; &#224; ce que le CSRII collabore avec d'autres forces politiques dans le nouvel Irak. A Kut, le 18 avril, il a accord&#233; un entretien &#224; la t&#233;l&#233;vision iranienne au cours duquel il a affirm&#233; : &#171; Nous choisirons d'abord un syst&#232;me politique national, puis nous ferons que le peuple irakien puisse choisir un syst&#232;me de r&#233;publique islamique. &#187; Il a ajout&#233; que la volont&#233; des chiites en faveur d'un syst&#232;me islamique prendra le dessus lors d'&#233;lections d&#233;mocratiques, dans la mesure o&#249; ils repr&#233;sentent 60% de la population.&lt;br /&gt;
Le 18 avril, Muhammad Baqir Al-Hakim, r&#233;sidant toujours &#224; T&#233;h&#233;ran, a lanc&#233; un appel aux chiites afin qu'ils se rendent dans la ville sainte de Karbala le 22 avril &#171; afin de s'opposer &#224; l'administration par int&#233;rim dirig&#233;e par les Am&#233;ricains et &#224; d&#233;fendre l'ind&#233;pendance de l'Irak &#187;. Le porte-parole du CSRII, Abu Islam Al-Saqir, ajouta : &#171; Pour le peuple irakien, la domination des Etats-Unis n'est pas meilleure que la dictature du r&#233;gime brutal de Saddam Hussein, juste renvers&#233;. &#187; Des centaines de milliers de chiites irakiens se trouvent actuellement dans la ville de Karbala pour comm&#233;morer le martyr du petit-fils du proph&#232;te Mahomet, Hussein, qui a trouv&#233; la mort lors d'une bataille dans la plaine de Karbala au cours du VIIe si&#232;cle. Muhammad Baqir Al-Hakim a fait r&#233;f&#233;rence &#224; la symbolique de Karbala dans un but politique, visant de la sorte &#224; pr&#233;senter les forces militaires am&#233;ricaines comme identiques &#224; Yazid Abu Sufyan [gouverneur de l'empire ommeyade], c'est-&#224;-dire &#224; celui que les chiites consid&#232;rent comme l'oppresseur de l'imam martyris&#233; au cours de cette bataille &#233;pique.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; PERSONNE NE NOUS REPR&#201;SENTE &#187;&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'ayant cr&#233;&#233; le CSRII, le parti Al Dawa Al-Islamiyya reste, en tant que tel, une organisation s&#233;par&#233;e, avec un engagement en faveur d'un gouvernement islamique. Il dispose de forces &#224; Londres, &#224; T&#233;h&#233;ran et en Irak. Parmi elles, seuls les repr&#233;sentants bas&#233;s &#224; Londres ont accept&#233; de parler aux Am&#233;ricains. Diverses sources indiquent que beaucoup de membres du parti Al-Dawa irakien manifestent une loyaut&#233; envers le dirigeant hezbollah libanais, le grand ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah. Fadlallah est n&#233; et a fait ses &#233;tudes &#224; Najaf. Il s'est rendu au Liban seulement en 1965. Le Hezbollah a menac&#233; d'utiliser la violence contre des troupes am&#233;ricaines en Irak. Au contraire de la fraction bas&#233;e &#224; T&#233;h&#233;ran, le parti Al-Dawa irakien, au m&#234;me titre que mouvement de Sadr, a une orientation enracin&#233;e dans la politique propre irakienne et rejette la conception khomeiniste du &#171; guide supr&#234;me &#187;. Il adopte les th&#233;ories de gouvernement islamique d&#233;velopp&#233;es par Muhammad Baqir Al-Sadr, qui a &#233;t&#233; assassin&#233; par le r&#233;gime de Saddam Hussein en 1980. (Ce personnage est l'oncle de Muhammad Sadiq Al-Sadr qui a donn&#233; son nom au mouvement Al-Sadr, et qui fut &#233;galement assassin&#233; par le r&#233;gime de Saddam Hussein en 1999.)&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dirigeant l&#233;g&#232;rement plus mod&#233;r&#233; d'Al-Dawa, Ibrahim Al-Jaafari, a refus&#233; d'assister &#224; l'assembl&#233;e organis&#233;e par les Etats-Unis, pr&#232;s de Nasiriyya, le 16 avril 2003. Il a affirm&#233; &#234;tre oppos&#233; &#224; une coop&#233;ration avec l'administration militaire des Etats-Unis. Son point de vue semble &#234;tre pr&#233;dominant dans le parti. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Al-Dawa a organis&#233; la manifestation qui s'est tenue le 15 avril &#224; Nasiriyya (535'000 habitants) pour protester contre cette conf&#233;rence pr&#233;sid&#233;e par le lieutenant-g&#233;n&#233;ral &#224; la retraite Jay Garner, chef de l'Office de reconstruction et des affaires humanitaires (OHRA) [d&#233;pendant du Pentagone], charg&#233; par Washington d'administrer l'Irak d'apr&#232;s-guerre. Des articles de presse ont indiqu&#233; que des &#171; milliers &#187; de personnes ont manifest&#233;. Ils ont lanc&#233; des slogans tels que : &#034;Non, non &#224; Saddam ! Non, non aux Etats-Unis &#187; et &#171; Oui, oui &#224; la libert&#233; ! Oui, oui &#224; l'islam &#187;. Sur leurs banderoles, on pouvait lire : &#171; Personne ne nous repr&#233;sente &#224; cette conf&#233;rence &#187;. Le 19 avril, Al-Jaafari a envoy&#233; une lettre &#224; l'occasion d'une rencontre des pays voisins de l'Irak, dans laquelle il demandait l'&#233;tablissement imm&#233;diat d'un gouvernement provisoire technocratique, laissant penser que Al-Dawa est sur une orientation moins religieuse que d'autres factions chiites. Parmi les dirigeants d'Al-Dawa &#224; Nasiriyya se trouve la grande figure religieuse Muhammad Bakr Al-Nasri, r&#233;cemment revenu d'exil. Ce dernier est consid&#233;r&#233; comme &#233;tant le guide philosophique du parti. Les dirigeants du parti Al-Dawa craignent d'&#234;tre &#233;ject&#233; du jeu politique par les capacit&#233;s paramilitaires sup&#233;rieures du CSRII et du mouvement de Sadr.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE VIDE REMPLI&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des grandes surprises des deux semaines ayant suivi la chute du parti Baas en Irak est la mani&#232;re dont les dirigeants religieux et les partis chiites ont imm&#233;diatement occup&#233; le vide [cr&#233;&#233; par l'&#233;croulement du r&#233;gime]. Ce processus a &#233;t&#233; facilit&#233; par la faiblesse quantitative des troupes am&#233;ricaines sur le terrain, cela en correspondance avec les plans militaires de Rumsfeld qui avait rejet&#233; des requ&#234;tes du Pentagone en faveur d'une pr&#233;sence militaire plus massive. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villes de l'est de l'Irak, comme Baqubah et Sadra, sont, selon diverses sources, sous contr&#244;le chiite, avec apparemment un appui de l'Iran. Quelques &lt;i&gt;Failis&lt;/i&gt;- c'est-&#224;-dire des Kurdes chiites -, qui avaient massivement &#233;migr&#233; vers l'Iran sous les coups du r&#233;gime de Saddam Hussein, reviennent maintenant en Irak avec le soutien de l'Iran. On rapporte qu'une milice &lt;i&gt;faili&lt;/i&gt; venant d'Iran a r&#233;cemment pris le contr&#244;le de la ville de Badra, dans l'est du pays. Le CSRII a &#233;galement tent&#233; de s'imposer &#224; Kut, et y a mis en difficult&#233; les marines en raison de leur soutien populaire. Nasiriyya semble quasi dirig&#233;e par le parti Al-Dawa. Le gigantesque quartier paup&#233;ris&#233; de Bagdad, aujourd'hui d&#233;nomm&#233; Sadr City, est patrouill&#233; par des milices du mouvement de Sadr. Et ce mouvement est puissant &#224; Najaf et &#224; Kufa. Dans l'autre ville sacr&#233;e de Karbala, un conseil de religieux et de cheiks tribaux a &#233;t&#233; mis en place comme administration autonome. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les grandes concentrations de population urbaine chiite, seule Bassora semble avoir r&#233;sist&#233; &#224; cette tendance. Peut-&#234;tre, en partie, &#224; cause de la politique diff&#233;rente qui y fut appliqu&#233;e par le commandement britannique. Et aussi, partiellement, &#224; cause de l'influence des secteurs de la classe moyenne et de la classe ouvri&#232;re chiite. En dehors de Bassora, le manque d'organisation et le manque de toute force paramilitaire ont entrav&#233; l'affirmation sur la sc&#232;ne politique des chiites de tendance s&#233;culi&#232;re. Il est possible que beaucoup d'entre eux soient frapp&#233;s par la d&#233;faite humiliante d'un champion av&#233;r&#233; du nationalisme arabe s&#233;culier sous les coups d'une puissance occidentale.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; voir si l'administration par int&#233;rim am&#233;ricaine est capable de d&#233;sarmer les milices religieuses chiites et de regagner suffisamment de contr&#244;le sur les zones urbaines chiites afin de permettre que se concr&#233;tise une structure ressemblant &#224; un syst&#232;me politique pluripartidaire libre. Certainement, le mouvement de masse de Sadr &#224; Najaf, s'il pouvait l'arr&#234;ter, ne permettrait pas qu'&#233;merge une telle perspective. De m&#234;me, le CSRII n'est certainement pas int&#233;ress&#233; &#224; ce que se d&#233;veloppe une v&#233;ritable activit&#233; politique populaire. Les partis politiques et les mouvements religieux chiites tendent &#224; &#234;tre hi&#233;rarchiques et autoritaires, malgr&#233; leur audience populaire, cela en concordance avec leurs convictions &lt;i&gt;usuli&lt;/i&gt; [orthodoxes] concernant la n&#233;cessit&#233; d'exprimer une soumission aveugle face aux guides religieux. Les revendications religieuses chiites en faveur d'un Etat islamique sont vou&#233;es &#224; susciter un affrontement avec les Arabes et les Kurdes sunnites, qui ne tol&#233;reront pas un gouvernement par des ayatollahs ou l'imposition &#224; chacun de la stricte loi chiite. Les Kurdes, &#233;videmment, disposent de leurs propres milices. L'historien Ervand Abrahamian a compar&#233; l'id&#233;ologie de l'Iran de Khomeini au corporatisme qui dominait l'Argentine de Peron. Au moins initialement, les n&#233;o-conservateurs am&#233;ricains, qui ont esp&#233;r&#233; en vain un soul&#232;vement des chiites durant la guerre, avaient envisag&#233; de laisser se d&#233;cha&#238;ner cette irruption politique de masse mais dans un Irak disposant d'un syst&#232;me tr&#232;s rigide de contr&#244;le sur les masses. - &lt;br /&gt;
22 avril 2003&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Juan Cole est orientaliste et professeur d'histoire &#224; l'Universit&#233; du Michigan et auteur de &lt;i&gt;Sacred Space And Holy War : The Politics, Culture and History of Shi'ite Islam. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site &#192; l'encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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