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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Mondialisation capitaliste, imp&#233;rialismes, chaos g&#233;opolitique et leurs implications</title>
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		<dc:date>2014-12-24T15:28:19Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>


		<dc:subject>LaUne01</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les bourgeoisies &#233;tats-unienne et britannique tout d'abord ont impos&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales antisociales (sous Reagan et Thatcher) puis, il y a un quart de si&#232;cle, l'implosion de l'URSS a permis &#224; la mondialisation de prendre sa pleine dimension. Cet envol n'a pas donn&#233; naissance &#224; un mode de domination international stable, mais &#224; une situation chroniquement chaotique. Certains imp&#233;rialismes traditionnels n'ont cess&#233; de d&#233;cliner, alors que de nouvelles puissances capitalistes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH70/arton3306-2d961.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='70' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les bourgeoisies &#233;tats-unienne et britannique tout d'abord ont impos&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales antisociales (sous Reagan et Thatcher) puis, il y a un quart de si&#232;cle, l'implosion de l'URSS a permis &#224; la mondialisation de prendre sa pleine dimension. Cet envol n'a pas donn&#233; naissance &#224; un mode de domination international stable, mais &#224; une situation chroniquement chaotique. Certains imp&#233;rialismes traditionnels n'ont cess&#233; de d&#233;cliner, alors que de nouvelles puissances capitalistes s'affirment, avivant les rivalit&#233;s g&#233;opolitiques. Dans plusieurs pays et r&#233;gions, la violence universelle des diktats n&#233;olib&#233;raux a d&#233;bouch&#233; sur la d&#233;composition du tissu social, des crises de r&#233;gime aig&#252;es, voire des soul&#232;vements populaires, mais aussi de dangereux d&#233;veloppements contre-r&#233;volutionnaires. L'expansion du capitalisme en Russie et en Chine a donn&#233; un coup de fouet suppl&#233;mentaire &#224; la crise &#233;cologique globale &#8211; en particulier au r&#233;chauffement climatique &#8211; pour laquelle bien des peuples paient d'ores et d&#233;j&#224; un lourd tribut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous avons dans le pass&#233; tent&#233; d'&#233;valuer les implications politiques de la mondialisation capitaliste. Avec le recul et l'acc&#233;l&#233;ration des bouleversements g&#233;opolitiques, il est cependant n&#233;cessaire d'y revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en proposant de premiers &#233;l&#233;ments d'analyse et de r&#233;ponse aux questions qui nous sont aujourd'hui pos&#233;es, les &#171; th&#232;ses &#187; qui suivent ne pr&#233;tendent ni &#234;tre exhaustives ni pr&#233;senter des conclusions achev&#233;es. Elles visent avant tout &#224; initier un processus international de r&#233;flexion collective. Elles s'appuient souvent sur des analyses d&#233;j&#224; partag&#233;es, mais tentent de pousser plus avant la discussion sur leurs implications. A cette fin, au risque de trop simplifier des r&#233;alit&#233;s complexes, elles &#171; &#233;purent &#187; les &#233;volutions en cours, souvent inachev&#233;es, pour mettre en valeur ce qui appara&#238;t neuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I. Une nouvelle galaxie imp&#233;rialiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier constat, la situation est aujourd'hui bien diff&#233;rente que de celles qui pr&#233;valaient au d&#233;but du XXe si&#232;cle ou durant les ann&#233;es 1950-1980. Notons en particulier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Une modification profonde et une diversification du statut des imp&#233;rialismes traditionnels : &#171; super puissance &#187; &#233;tats-unienne ; &#233;chec de la constitution d'un imp&#233;rialisme europ&#233;en int&#233;gr&#233; ; &#171; r&#233;duction &#187; des imp&#233;rialismes fran&#231;ais et britannique ; imp&#233;rialismes militairement &#171; &#233;dent&#233;s &#187; (Allemagne surtout, mais aussi Espagne envers l'Am&#233;rique latine) ; subordination de l'imp&#233;rialisme nippon ; crises de d&#233;sint&#233;gration sociale dans certains pays occidentaux (Gr&#232;ce) appartenant historiquement &#224; la sph&#232;re imp&#233;rialiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Le &#171; basculement du monde &#187;, le &#171; c&#339;ur &#187; de la production mondiale de marchandises se trouvant en Asie et non plus en Occident. Les notions classiques de &#171; centre &#187; et &#171; p&#233;riph&#233;rie &#187; sont ainsi obsol&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'affirmation de nouveaux (proto)imp&#233;rialismes &#8211; &#224; commencer par la Chine qui s'impose actuellement comme la deuxi&#232;me puissance mondiale, mais sans ignorer le cas particulier de la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Un d&#233;veloppement in&#233;gal de chaque imp&#233;rialisme, fort en certains domaines, faibles en d'autres. La hi&#233;rarchie des Etats imp&#233;rialistes est en cons&#233;quence plus complexe &#224; &#233;tablir que par le pass&#233;. Les Etats-Unis restent &#233;videmment n&#176;1 ; ils sont le seul &#224; pouvoir pr&#233;tendre &#224; la puissance en quasiment tous domaines, mais ils n'enregistrent pas moins un d&#233;clin relatif sur le plan &#233;conomique, une r&#233;duction du budget militaire et ils &#233;prouvent les limites de leur pouvoir mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caract&#233;risation des nouvelles puissances n'est donc pas la seule question qui nous est pos&#233;e. Il nous faut aussi mieux r&#233;&#233;valuer le statut changeant des imp&#233;rialismes traditionnels &#8211; et l'ordre imp&#233;rialiste dans sa globalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II. Une instabilit&#233; g&#233;opolitique chronique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me constat, la mondialisation capitaliste n'a pas donn&#233; naissance &#224; un &#171; nouvel ordre &#187; international stable, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; La comp&#233;tition interimp&#233;rialiste est raviv&#233;e et s'av&#232;re d'autant plus universelle que dans la plupart des r&#233;gions du monde (&#224; part dans une large mesure en Am&#233;rique latine ?), le temps des &#171; chasses gard&#233;es &#187;, des zones d'influence quasi exclusives, est termin&#233;. La Chine exige d'entrer dans la cour des plus grands. Le gouvernement japonais tente de r&#233;duire sa d&#233;pendance militaire envers les Etats-Unis et de se lib&#233;rer des clauses pacifistes de la Constitution nippone. La fronti&#232;re entre l'Union europ&#233;enne et la Russie est redevenue une zone de conflits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Des &#171; sous-imp&#233;rialismes &#187; anciens (Br&#233;sil&#8230;) ou renouvel&#233;s (Afrique du Sud post-apartheid&#8230;), dont certains postulent &#224; suivre la &#171; voie chinoise &#187; (Inde), peuvent profiter de l'acuit&#233; des rivalit&#233;s entre puissances pour participer plus agressivement &#224; la comp&#233;tition sur le march&#233; mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Les alliances g&#233;opolitiques &#233;taient hier &#171; fig&#233;es &#187; par les conflits Est-Ouest d'un c&#244;t&#233; et sino-sovi&#233;tique de l'autre (expliquant par exemple, en Asie du Sud, les axes Inde-Russie versus USA-Pakistan-Chine) ; elles sont redevenues plus fluides et incertaines. Des r&#233;gimes latino-am&#233;ricains ont tent&#233; de desserrer le corset impos&#233; par Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; L'envol des r&#233;volutions arabes, puis la brutalit&#233; dans nombre de pays de cette r&#233;gion de la contre-r&#233;volution a contribu&#233; &#224; cr&#233;er une situation incontr&#244;l&#233;e dans une vaste zone qui va du Moyen-Orient au Sahel (et au-del&#224;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'implosion de l'URSS, dans un premier temps les bourgeoisies et les Etats imp&#233;rialistes (traditionnels) ont &#233;t&#233; tr&#232;s conqu&#233;rants : p&#233;n&#233;tration des march&#233;s de l'Est, intervention en Afghanistan (2001) et en Irak (2003)&#8230; Puis il y a eu l'enlisement militaire, la crise financi&#232;re, l'&#233;mergence de nouvelles puissances, les r&#233;volutions arabes&#8230; le tout d&#233;bouchant sur une perte d'initiative et de contr&#244;le g&#233;opolitiques : Washington r&#233;agit aujourd'hui plus dans l'urgence qu'elle ne planifie l'imposition de son ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des questions que nous pose l'&#233;volution de la situation internationale est le lien entre le tournant post-1989 (imp&#233;rialismes conqu&#233;rants) et le celui qui a pris forme au milieu des ann&#233;es 2000 (instabilit&#233; g&#233;opolitique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III. Mondialisation et crise de gouvernabilit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bourgeoisies imp&#233;rialistes ont voulu profiter de l'effondrement du bloc sovi&#233;tique et de l'ouverture de la Chine au capitalisme pour cr&#233;er un march&#233; mondial aux r&#232;gles uniformes leur permettant de d&#233;ployer &#224; volont&#233; leurs capitaux. Les cons&#233;quences de la mondialisation capitalistes ne pouvaient qu'&#234;tre tr&#232;s profondes &#8211; d&#233;multipli&#233;es qui plus est par des d&#233;veloppements que, dans leur euphorie, lesdites bourgeoisies imp&#233;rialistes n'avaient pas voulu pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce projet impliquait en effet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; De dessaisir les institutions &#233;lues (parlements, gouvernements&#8230;) du pouvoir de d&#233;cision sur les choix fondamentaux et les obligeant &#224; traduire dans leur l&#233;gislation des mesures d&#233;cid&#233;es par ailleurs : OMC, trait&#233;s internationaux de libre-&#233;change, etc. Il porte ainsi un coup de gr&#226;ce &#224; la d&#233;mocratie bourgeoisie classique &#8211; ce qui s'est transcrit sur le plan id&#233;ologique par la r&#233;f&#233;rence &#224; la &#171; gouvernance &#187; en lieu et place de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; De rendre ill&#233;gaux, au nom de droit pr&#233;&#233;minent de la &#171; concurrence &#187;, les &#171; modes appropri&#233;s &#187; de domination bourgeoise issus de l'histoire sp&#233;cifique des pays et des r&#233;gions (compromis historique de type europ&#233;en, populismes de type latino-am&#233;ricain, dirigisme &#233;tatique de type asiatique, client&#233;lismes redistributifs de multiples types&#8230;). En effet, tous &#233;rigent des relations modul&#233;es avec le march&#233; mondial, donc des entraves au libre d&#233;ploiement du capital imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Des bouleversements g&#233;opolitiques radicaux nourris par une mobilit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent du capital imp&#233;rialiste, la financiarisation, l'internationalisation croissante des cha&#238;nes de production&#8230; avec, en particulier, le &#171; recentrage &#187; productif sur l'Asie et l'affaissement europ&#233;en. Ces bouleversements globaux s'accompagnent de nouvelles diff&#233;renciations au sein d'ensembles r&#233;gionaux, en particulier au sein de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Un niveau sans pr&#233;c&#233;dent de financiarisation. Le d&#233;veloppement du capital fictif, inh&#233;rent au capitalisme moderne, a pris ces derni&#232;res ann&#233;es de proportions consid&#233;rables. Sans que le lien ne soit rompu, il conduit &#224; un degr&#233; sup&#233;rieur d'&#233;loignement du capital fictif des processus productifs, alors que le lien entre pr&#234;teur initial et emprunteur initial se distend. La financiarisation a soutenu la croissance capitaliste, mais son surd&#233;veloppement en accentue les contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Une spirale sans fin de destruction des droits sociaux. Les bourgeoisies imp&#233;rialistes traditionnelles ont en effet pris la mesure de l'affaiblissement et de la crise du mouvement ouvrier dans les pays dits du &#171; centre &#187;. Au nom de la &#171; comp&#233;titivit&#233; &#187; sur le march&#233; mondial, elles en profitent pour mener une offensive continue, syst&#233;matique, pour d&#233;truire les droits collectifs conquis en particulier durant la p&#233;riode qui a succ&#233;d&#233; &#224; la Seconde Guerre mondiale. Elles ne visent pas &#224; imposer un nouveau &#171; contrat social &#187; qui leur soit plus favorable, mais veulent en finir avec de tels accords et s'emparer de tous les secteurs potentiellement profitables qui, appartenant aux services publics, leur &#233;chappaient dans la sant&#233;, l'&#233;ducation, les r&#233;gimes de retraite, les transports, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; Une modification du r&#244;le assign&#233; aux Etats et du rapport entre capitaux imp&#233;rialistes et territoires. Sauf exception, les gouvernements ne sont plus les copilotes de projets industriels d'ampleur ou du d&#233;veloppement d'infrastructures sociales (&#233;ducation, sant&#233;&#8230;). S'ils continuent &#224; soutenir dans le monde &#171; leurs &#187; transnationales, ces derni&#232;res (vu leur puissance et leur internationalisation) ne se sentent pas d&#233;pendantes de leur pays d'origine au m&#234;me titre que par le pass&#233; : le rapport est plus &#171; asym&#233;trique &#187; que jamais&#8230; Le r&#244;le de l'Etat, toujours essentiel, se resserre : contribuer &#224; instaurer les r&#232;gles universalisant la mobilit&#233; des capitaux, ouvrir tout le secteur public aux app&#233;tits du capital, contribuer &#224; d&#233;truire les droits sociaux et &#224; maintenir sa population dans les clous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8226; On a donc &#224; faire &#224; deux syst&#232;mes hi&#233;rarchiques structurant les rapports de dominations mondiaux. La hi&#233;rarchie des Etats imp&#233;rialistes, d&#233;j&#224; complexe comme on l'a not&#233; (point I), et celles des grands flux de capitaux qui enserrent la plan&#232;te sous forme de r&#233;seaux. Ces deux syst&#232;mes ne se superposent plus, m&#234;me si les Etats sont au service des seconds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation capitaliste constitue un nouveau mode global de domination de classe, inachev&#233; et structurellement instable. Il conduit en effet &#224; des crises ouvertes de l&#233;gitimit&#233; et d'ingouvernabilit&#233; dans nombre de pays et des r&#233;gions enti&#232;res ; &#224; un &#233;tat de crise permanent. Les centres suppos&#233;s de r&#233;gulation mondiale (OMC, Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU&#8230;) sont incapables de remplir efficacement leur office.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une classe ne domine pas durablement une soci&#233;t&#233; sans m&#233;diations, compromis sociaux ; sans des sources de l&#233;gitimit&#233; qu'elles soient d'origine historique, d&#233;mocratique, sociale, d&#233;mocratique, r&#233;volutionnaire... Les bourgeoisies imp&#233;rialistes liquident des si&#232;cles de &#171; savoir-faire &#187; en ce domaine au nom de la libert&#233; de mouvement du capital, alors que l'agressivit&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales d&#233;chire le tissu social dans un nombre croissant de pays. Que dans un pays occidental comme la Gr&#232;ce, une grande partie de la population se voit priv&#233;e de l'acc&#232;s aux soins et aux services de sant&#233; en dit long sur le &#171; jusqu'au-boutisme &#187; des bourgeoisies europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps des empires, il fallait assurer la stabilit&#233; des possessions coloniales &#8211; ainsi (bien que dans une moindre mesure) que des zones d'influences du temps de la guerre froide. Disons qu'aujourd'hui, du fait de la mobilit&#233; et de la financiarisation cela d&#233;pend du lieu et du moment&#8230; Ainsi, des r&#233;gions enti&#232;res peuvent entrer en crise chronique sous les coups de la mondialisation. La mise en &#339;uvre des diktats n&#233;olib&#233;raux par des r&#233;gimes dictatoriaux us&#233;s a provoqu&#233; les soul&#232;vements populaires du monde arabe, des crises de r&#233;gime ouvertes et de violentes ripostes contre-r&#233;volutionnaires, d&#233;bouchant sur une instabilit&#233; aigu&#235;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La particularit&#233; du capitalisme mondialis&#233;, c'est qu'il semble s'accommoder de la crise comme d'un &#233;tat permanent : elle devient consubstantielle au fonctionnement normal du nouveau syst&#232;me global de domination. Si c'est bien le cas, il faut modifier profond&#233;ment notre vision de &#171; la crise &#187;, comme un moment particulier entre de longues p&#233;riodes de &#171; normalit&#233; &#187; &#8211; et nous n'en avons pas fini d'en mesurer, d'en subir les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV. Les nouveaux (proto)imp&#233;rialismes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bourgeoisies imp&#233;rialistes traditionnelles pensaient apr&#232;s 1991 qu'elles p&#233;n&#233;treraient le march&#233; des anciens pays dits &#171; socialistes &#187; au point de se les subordonner naturellement &#8211; se demandant m&#234;me si l'OTAN avait encore une fonction vis-&#224;-vis de la Russie. Cette hypoth&#232;se n'&#233;tait pas absurde comme le montrent la situation de la Chine au tournant des ann&#233;es 2000 et les conditions d'adh&#233;sion de ce pays &#224; l'OMC (tr&#232;s favorables au capital international). Mais les choses ont tourn&#233; diff&#233;remment &#8211; et cela ne semble pas avoir &#233;t&#233; initialement ou s&#233;rieusement envisag&#233; par les puissances &#233;tablies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, une nouvelle bourgeoisie s'est constitu&#233;e de l'int&#233;rieur du pays et du r&#233;gime, via principalement la &#171; bougeoisification &#187; de la bureaucratie, cette derni&#232;re s'auto-transformant en classe poss&#233;dante par des m&#233;canismes que l'on conna&#238;t maintenant bien. Elle s'est donc reconstitu&#233;e sur une base d'ind&#233;pendance (h&#233;ritage de la r&#233;volution mao&#239;ste) et non pas comme une bourgeoisie d'embl&#233;e organiquement subordonn&#233;e &#224; l'imp&#233;rialisme. La Chine est ainsi devenue une puissance capitaliste, par ailleurs membre permanent du conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU avec droit de v&#233;to (toutes choses vraies aussi pour la Russie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on la qualifier de nouvel imp&#233;rialisme ? Il faut &#233;videmment pr&#233;ciser ce que l'on entend par ce terme dans le contexte mondial pr&#233;sent. Mais la Chine &#233;tant devenue la deuxi&#232;me puissance mondiale, il para&#238;t de plus en plus difficile de lui d&#233;nier ce statut, quelles que soient par ailleurs les fragilit&#233;s du pr&#233;sent r&#233;gime et de son &#233;conomie. Pour beaucoup de membres de l'opposition de gauche russe au r&#233;gime, il en va de m&#234;me pour la Russie, bien qu'elle reste d&#233;pendante &#233;conomiquement de ses exportations de biens primaires (ou les produits p&#233;troliers comptent pour les 2/3). Peut-on dans ce dernier cas parler &#171; d'imp&#233;rialisme faible &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS ont tent&#233; de jouer de concert dans l'ar&#232;ne du march&#233; mondial, sans grand succ&#232;s. Les pays qui composent ce fragile &#171; bloc &#187; ne jouent pas tous dans la m&#234;me cour. Le Br&#233;sil, l'Inde, l'Afrique du Sud peuvent probablement &#234;tre qualifi&#233;s de sous-imp&#233;rialismes &#8211; une notion qui remonte aux ann&#233;es 1970 &#8211; et de gendarmes r&#233;gionaux, mais avec une diff&#233;rence notable par rapport au pass&#233; : ils b&#233;n&#233;ficient d'une bien plus grande libert&#233; d'exporter des capitaux (voir le &#171; grand jeu &#187; ouvert en Afrique avec la comp&#233;tition entre Etats-Unis, Canada, Grande-Bretagne, France, Inde, Br&#233;sil, Afrique du Sud, Chine, Qatar, Turquie&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux conclusions ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La comp&#233;tition entre puissances capitalistes se ravive avec l'affirmation de la Chine surtout, mais aussi de la Russie en Europe orientale. Il s'agit bien de conflits entre puissances capitalistes, donc qualitativement diff&#233;rents de ceux de la p&#233;riode ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Plus g&#233;n&#233;ralement, concernant la libert&#233; de mouvement des capitaux, des bourgeoisies (m&#234;me subordonn&#233;es) et des transnationales du &#171; Sud &#187; peuvent utiliser les r&#232;gles con&#231;ues apr&#232;s 1991 par les bourgeoisies imp&#233;rialistes traditionnelles pour elles-m&#234;mes, notamment en mati&#232;re d'investissements, rendant plus complexe que par le pass&#233; la concurrence sur le march&#233; mondial. En ce qui concerne l'&#233;coulement des marchandises, la mise en concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e des travailleurs reste certes largement impuls&#233;e par les entreprises des centres imp&#233;rialistes traditionnels et ce sont elles qui ma&#238;trisent l'acc&#232;s aux march&#233;s de consommation des pays d&#233;velopp&#233;s et non les firmes des pays producteurs ; c'est cependant aujourd'hui moins vrai pour la Chine, voire l'Inde ou le Br&#233;sil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V. Nouvelles extr&#234;mes droites, nouveaux fascismes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des premi&#232;res cons&#233;quences de la ph&#233;nom&#233;nale puissance d&#233;stabilisatrice de la mondialisation capitaliste est la mont&#233;e tout aussi spectaculaire de nouvelles extr&#234;mes droites et de nouveaux fascismes &#224; base (potentielle) de masse. Certains prennent des formes relativement classiques, comme Aube dor&#233;e en Gr&#232;ce, o&#249; se logent dans de nouvelles x&#233;nophobies et replis identitaires. D'autres naissent sous la forme de fondamentalismes religieux, et ce dans toutes les &#171; grandes &#187; religions (chr&#233;tienne, bouddhiste, hindouiste, musulmane&#8230;), ou &#171; national religieuse &#187; (extr&#234;me droite sioniste)&#8230; Ces courants repr&#233;sentent aujourd'hui une menace consid&#233;rable dans des pays comme l'Inde, le Sri Lanka, Isra&#235;l ou ont &#233;t&#233; capables d'influencer la politique de gouvernements aussi importants que celui des Etats-Unis (sous Bush). Le monde musulman n'a donc pas le monopole en ce domaine ; mais il a l&#224; pris une dimension internationale particuli&#232;re, avec des mouvements &#171; transfrontaliers &#187; comme l'Etat islamique ou les talibans (voir la situation au Pakistan), des r&#233;seaux se connectant plus ou moins formellement du Maroc &#224; l'Indon&#233;sie, voire au sud des Philippines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ils nous faut analyser plus avant les nouvelles extr&#234;mes droites, qu'elles soient religieuses ou pas : ce ne sont pas de simples r&#233;pliques du pass&#233;, mais expriment le temps pr&#233;sent ! C'est en particulier vrai pour les courants fondamentalistes religieux. Il importe de les qualifier politiquement pour comprendre le r&#244;le qu'ils jouent (rappelons qu'il n'y a pas si longtemps, une partie non n&#233;gligeable de la gauche radicale internationale voyait en eux l'expression d'un anti-imp&#233;rialisme &#171; objectivement &#187; progressiste, m&#234;me si id&#233;ologiquement r&#233;actionnaire). C'est aussi n&#233;cessaire pour combattre les interpr&#233;tations &#171; essentialistes &#187; du &#171; choc des civilisations &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des courants d'extr&#234;me droite et contre-r&#233;volutionnaires. Ils ont ainsi contribu&#233; &#224; porter un coup d'arr&#234;t &#224; la dynamique des r&#233;volutions populaires n&#233;es du &#171; printemps arabe &#187;. Ils n'ont le monopole ni de la violence extr&#234;me (voir le r&#233;gime Assad !) ni de la &#171; barbarie &#187; (l'ordre imp&#233;rialiste est &#171; barbare &#187;). Mais ils exercent sur la soci&#233;t&#233; un contr&#244;le et une terreur venue &#171; d'en bas &#187; qui rappelle en bien des cas les fascismes de l'entre-deux guerre avant qu'ils n'acc&#232;dent au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les termes politiques, celui de fascisme est souvent galvaud&#233; ou interpr&#233;t&#233; de fa&#231;ons diverses. Cependant, nos propres organisations discutent de cette question &#8211; comment &#233;voluent les mouvements fondamentalistes et les extr&#234;mes droites nationalistes, lesquels peuvent &#234;tre qualifi&#233;s de fascistes ou non &#8211; par exemple dans des pays comme le Pakistan ou l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels que soient les qualificatifs les plus appropri&#233;s pour caract&#233;riser les nouvelles extr&#234;mes droites, leur mont&#233;e en puissance pose &#224; notre g&#233;n&#233;ration militante des probl&#232;mes politiques auxquels nous n'avions pas &#233;t&#233; confront&#233;s dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente &#8211; celle de la r&#233;sistance &#171; antifasciste &#187; &#224; grande &#233;chelle. Il faut y travailler et nous avons besoin pour cela de collectiviser les analyses et les exp&#233;riences nationales ou r&#233;gionales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, le renouvellement des droites radicales nourrit une pouss&#233;e r&#233;actionnaire tr&#232;s dangereuse qui vise &#224; remettre notamment en cause les droits fondamentaux des femmes et des LGBT en s'appuyant souvent sur les Eglises institutionnelles en mati&#232;re d'avortement (Espagne o&#249; un projet loi sc&#233;l&#233;rate abolissant le droit &#224; l'IVG a &#233;t&#233; mis en &#233;chec, Italie&#8230;), du statut de la famille (pr&#244;nant le retour &#224; une vision tr&#232;s conservatrice du r&#244;le de la femme&#8230;), voire d&#233;clenchant de v&#233;ritables chasses aux sorci&#232;res contre les homosexuels (Iran, des pays africains o&#249; les courants &#233;vang&#233;listes sont puissants&#8230;.). La r&#233;action s'attaque ainsi frontalement au droit d'autod&#233;termination des femmes et des personnes (reconnaissance de la diversit&#233; d'orientation sexuelle), droits acquis de longue lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remont&#233;e des droites r&#233;actionnaires est favoris&#233;e par l'id&#233;ologie s&#233;curitaire pr&#244;n&#233;e aujourd'hui par les gouvernements bourgeois au nom du combat contre le terrorisme ou l'immigration &#171; ill&#233;gale &#187;. En retour, lesdits gouvernements utilisent les peurs ainsi nourries pour durcir l'Etat p&#233;nal, instaurer des r&#233;gimes de plus en plus policiers et faire accepter des mesures liberticides : ce sont les populations enti&#232;res qui sont maintenant trait&#233;es comme &#171; suspectes &#187;, soumises &#224; surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VI. R&#233;gimes autoritaires, exigence d&#233;mocratique et solidarit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation capitaliste a provoqu&#233; la crise des institutions dites d&#233;mocratiques (l&#224; o&#249; elles existaient) et du parlementarisme bourgeois. Face &#224; cette perte de l&#233;gitimit&#233;, la tendance dominante est &#224; l'instauration &#8211; brutale ou rampante &#8211; de r&#233;gimes autoritaires &#233;chappant &#224; la souverainet&#233; populaire. Le droit de choisir est simplement d&#233;ni&#233; aux populations au nom des trait&#233;s et r&#233;glementations avalis&#233;es par leurs gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exigence d&#233;mocratique &#8211; &#171; la d&#233;mocratie v&#233;ritable maintenant ! &#187; &#8211; gagne ainsi une dimension subversive plus imm&#233;diate que ce ne fut souvent le cas dans le pass&#233;, permettant de lui donner un contenu alternatif, populaire. De m&#234;me, l'universalit&#233; des politiques n&#233;olib&#233;rales et de la marchandisation des &#171; communs &#187; qui l'accompagne permet la convergence des r&#233;sistances sociales, comme on l'a vu dans le cadre du mouvement altermondialiste. Les cons&#233;quences d&#233;j&#224; ressenties du changement climatique offrent aussi un nouveau champ de convergences potentiellement anticapitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les effets durables des d&#233;faites du mouvement ouvrier et de l'h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique n&#233;olib&#233;rale, la perte de cr&#233;dibilit&#233; de l'alternative socialiste, contrecarrent ces tendances positives. Il est difficile d'inscrire dans la dur&#233;e le succ&#232;s, parfois consid&#233;rable, des mouvements de protestations (occupations de place, d&#233;sob&#233;issance civile&#8230;). L'acuit&#233; des oppressions peut, dans ce contexte, renforcer des r&#233;sistances identitaires &#171; ferm&#233;es &#187;, o&#249; une communaut&#233; opprim&#233;e reste indiff&#233;rente au sort r&#233;serv&#233; &#224; d'autres opprim&#233;s (comme dans le cas de &#171; l'homo-naitonalisme &#187;). La confessionnalisation de nombreux conflits contribue aussi &#224; la division des exploit&#233;.e.s et opprim&#233;.e.s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre n&#233;olib&#233;ral ne peut s'imposer que s'il r&#233;ussit &#224; d&#233;truire les solidarit&#233;s anciennes et &#224; &#233;touffer l'&#233;mergence des solidarit&#233;s nouvelles. Aussi n&#233;cessaires qu'elles soient, nous ne pouvons pas consid&#233;rer que les solidarit&#233;s se d&#233;velopperont &#171; naturellement &#187; en r&#233;ponse &#224; la crise, pas plus que l'internationalisme face &#224; un capital mondialis&#233;. Un effort concert&#233; et syst&#233;matique doit &#234;tre consenti en ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VII. Internationalisme contre campisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a plus de grande puissance (une cat&#233;gorie &#224; laquelle Cuba n'appartient pas) &#171; non &#187; ou &#171; anti &#187; capitaliste. Il faut en tirer toutes les conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pass&#233;, sans jamais nous aligner sur la diplomatie p&#233;kinoise, nous d&#233;fendions la R&#233;publique populaire (et la dynamique de la r&#233;volution) contre l'alliance imp&#233;rialiste nippo-am&#233;ricaine &#8211; nous &#233;tions en ce sens dans son camp. Nous nous sommes oppos&#233; &#224; l'OTAN quoi que nous pensions du r&#233;gime stalinien ; nous n'&#233;tions pas pour autant &#171; campiste &#187;, car cela ne limitait pas notre combat contre la bureaucratie stalinienne. Nous agissions simplement dans un monde o&#249; s'articulaient les lignes de conflits r&#233;volutions/contre-r&#233;volutions, blocs Est/Ouest et sino-sovi&#233;tique. Cela n'est plus le cas aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique &#171; campiste &#187; a toujours conduit &#224; abandonner des victimes (qui se trouvent &#234;tre du mauvais c&#244;t&#233;) au nom du combat contre &#171; l'ennemi principal &#187;. C'est encore plus vrai aujourd'hui que par le pass&#233;, car elle am&#232;ne &#224; se ranger dans le camp d'une puissance capitaliste (Russie, Chine) &#8211; o&#249; dans le camp occidental quand Moscou ou P&#233;kin sont per&#231;us comme la menace premi&#232;re. On alimente ce faisant des nationalismes agressifs et on sanctifie les fronti&#232;res h&#233;rit&#233;es de l'&#232;re des &#171; blocs &#187; alors pr&#233;cis&#233;ment que nous devons les effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le campisme peut aussi conduire &#224; soutenir en Syrie le r&#233;gime meurtrier d'Assad &#8211; o&#249; la Coalition sous h&#233;g&#233;monie US et incluant notamment l'Arabie saoudite. D'autres courants se contentent de condamner l'intervention imp&#233;rialiste en Irak et Syrie (ce qu'il faut certes faire), mais sans dire ce qu'est et ce que fait l'Etat islamique ni appeler &#224; y r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de position interdit de poser clairement l'ensemble des t&#226;ches de solidarit&#233;. Rappeler la responsabilit&#233; historique des imp&#233;rialismes, de l'intervention de 2003, les objectifs inavou&#233;s de l'actuelle intervention, d&#233;noncer son propre imp&#233;rialisme ne suffit pas. Il faut penser les t&#226;ches concr&#232;tes de solidarit&#233; du point de vue des besoins (humanitaires, politiques et mat&#233;riels) des populations victimes et des mouvements en lutte. Ce qui ne peut se faire sans s'attaquer au r&#233;gime Assad et aux mouvements fondamentalistes contre-r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VIII. Expansion capitaliste et crise climatique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;int&#233;gration du &#171; bloc &#187; sino-sovi&#233;tique dans le march&#233; mondial a permis une &#233;norme expansion de l'aire g&#233;ographique o&#249; domine le capital, ce qui fonde l'optimisme des bourgeoisies imp&#233;rialistes. Elle fonde aussi une acc&#233;l&#233;ration dramatique de la crise &#233;cologique globale, sur de multiples terrains. Nous en sommes arriv&#233;s &#224; un point o&#249; la r&#233;duction des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre doit commencer sans plus tarder dans les grands pays &#233;metteurs du Sud et pas seulement du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, le r&#232;glement de la &#171; dette &#233;cologique &#187; au Sud ne doit pas favoriser le d&#233;veloppement capitaliste mondial et profiter soit aux transnationales nippo-occidentales implant&#233;es au Sud, soit aux transnationales du Sud (genre agro-industrie br&#233;silienne, etc.), ce qui ne ferait que nourrir toujours plus crises sociales et environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien toujours la n&#233;cessit&#233; d'une solidarit&#233; &#171; nord -&gt; sud &#187;, par exemple en d&#233;fense des victimes du chaos climatique. Cependant, plus que jamais, c'est une lutte commune &#171; anti-syst&#233;mique &#187; qui est &#224; l'ordre du jour dans les rapports &#171; nord-sud &#187; du point de vue des classes populaires : c'est-&#224;-dire un combat conjoint pour une alternative anticapitaliste, une autre conception du d&#233;veloppement au &#171; nord &#187; comme au &#171; sud &#187; (les guillemets sont l&#224; pour rappeler que l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; du &#171; nord &#187; et du &#171; sud &#187; est aujourd'hui telle que ces notions peuvent &#234;tre trompeuses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part &#233;tant le combat socio-environnemental pour &#171; changer le syst&#232;me, pas le climat &#187;, il a pour socle les mouvements sociaux et pas seulement les coalitions sp&#233;cifiques sur le climat. Il faut donc travailler &#224; l'articulation entre les deux. Si l'on n'&#171; &#233;cologise &#187; pas le combat social (&#224; l'instar de ce qui peut d&#233;j&#224; se faire dans des luttes paysannes ou urbaines), l'expansion num&#233;rique des mobilisations &#171; climat &#187; restera &#224; la surface des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets du chaos climatique se font d&#233;j&#224; sentir et l'organisation des victimes, leur d&#233;fense et l'aide &#224; leur auto-organisation font aussi partie du socle du combat &#233;cologique. Les effets du super-typhon Haiyan aux Philippines d&#233;passent en ampleur ce contre quoi on &#233;tait d&#233;j&#224; averti. Le futur annonc&#233; fait d&#233;j&#224; partie du pr&#233;sent. Cela a des cons&#233;quences d&#233;stabilisatrices qui vont bien au-del&#224; des r&#233;gions directement affect&#233;es et provoquent des tensions en chaine (voir les r&#233;fugi&#233;s du Bangladesh et les conflits avec l'Inde sur la question des migrants).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; IX. Un monde de guerres en permanence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'allons probablement pas vers une troisi&#232;me guerre mondiale sur le mode des Premi&#232;re et Seconde, car il n'y a pas un conflit pour le repartage territorial du monde au sens qu'il avait dans le pass&#233;. Mais les facteurs de guerre sont tr&#232;s profonds et divers : nouveaux conflits interpuissances, concurrences sur le march&#233; mondial, acc&#232;s aux ressources, d&#233;composition de soci&#233;t&#233;s, mont&#233;e de nouveaux fascismes &#233;chappant aux contr&#244;les de leurs g&#233;niteurs, effets en chaine du chaos climatique et des crises humanitaires de tr&#232;s grande ampleur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes entr&#233;s de plain-pied dans un monde de guerres (au pluriel) en permanence. Que chaque guerre doit &#234;tre analys&#233;e dans ses sp&#233;cificit&#233;s. Nous sommes confront&#233;s &#224; des situations tr&#232;s complexes, comme aujourd'hui au Moyen-Orient o&#249;, dans le cadre d'un th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations unique (Irak-Syrie) s'emboitent des conflits aux caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques (Kurdistan syrien, r&#233;gion d'Alep, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres sont l&#224; pour durer, sous de multiples visages. Nous devons donc nous int&#233;resser &#224; nouveau &#224; la fa&#231;on dont elles sont men&#233;es, en particulier par les r&#233;sistances populaires, pour mieux comprendre les conditions d'une lutte, la r&#233;alit&#233; d'une situation, les exigences concr&#232;tes de la solidarit&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut cependant des &#171; points de stabilit&#233; &#187; pour garder une boussole dans un une g&#233;opolitique tr&#232;s complexe : ind&#233;pendance de classe contre les imp&#233;rialismes, contre les militarismes, contre les fascismes et la mont&#233;e des mouvements identitaires &#171; anti-solidaires &#187; (racistes, islamophobes et antis&#233;mites, x&#233;nophobes, cast&#233;istes, fondamentalistes, homophobes, misogynes, masculinistes&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;X. Les limites de la superpuissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#232;gles uniques de l'ordre capitaliste mondialis&#233; n'emp&#234;chent pas certains pays d'&#234;tre plus &#233;gaux que d'autres ; les Etats-Unis se permettent des choses qu'ils n'autorisent pas ailleurs. Ils jouent sur la place du dollar, contr&#244;lent une bonne part des technologies les plus avanc&#233;es, commandent une puissance militaire sans pareille. Leur Etat garde des fonctions r&#233;galiennes mondiales que d'autres n'ont plus &#8211; ou dont ils n'ont plus les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis restent la seule superpuissance au monde &#8211; et pourtant, ils perdent toutes les guerres qu'ils ont engag&#233;es de l'Afghanistan &#224; la Somalie. La faute en est peut-&#234;tre &#224; la mondialisation n&#233;olib&#233;rale qui leur interdit de consolider socialement (en alliance avec des &#233;lites locales) des gains militaires temporaires. C'est peut-&#234;tre aussi une cons&#233;quence de la privatisation des arm&#233;es, les firmes de mercenaires jouant un r&#244;le croissant, ainsi que les bandes arm&#233;es &#171; non officielles &#187; au service d'int&#233;r&#234;ts particuliers (grandes entreprises, grandes familles&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi que cette puissance, aussi super qu'elle soit, n'a pas les moyens d'intervenir tous azimuts dans des conditions d'instabilit&#233; structurelle. Elle aurait besoin d'imp&#233;rialismes secondaires capables de l'&#233;pauler. Mais la constitution d'un imp&#233;rialisme europ&#233;en a avort&#233; ; la France et la Grande-Bretagne n'ont plus que des capacit&#233;s tr&#232;s limit&#233;es ; le Japon doit encore briser les r&#233;sistances civiques &#224; sa remilitarisation compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit guerres devrait dire mouvement antiguerre. Les guerres &#233;tant tr&#232;s diff&#233;rentes les unes des autres, la constitution de mouvements antiguerres en synergie ne va pas de soi. Le regard militant port&#233; d'Europe (occidentale) sur cette question semble pessimiste, tant le &#171; campisme &#187; a rong&#233; et rendu impotentes les principales campagnes engag&#233;es sur ce terrain. Mais mouvements antiguerres il y a, en Asie notamment &#8211; et en Eurasie, le d&#233;passement des fronti&#232;res h&#233;rit&#233;es de l'&#232;re des blocs se fera en particulier sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;XI. Crise humanitaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiques n&#233;olib&#233;rales, guerres, chaos climatique, convulsions &#233;conomiques, d&#233;compositions sociales, violences exacerb&#233;es, pogromes, effondrement des syst&#232;mes de protection sociale, &#233;pid&#233;mies ravageuses, femmes r&#233;duites en esclavage, migrations forc&#233;es : enfants mourant lentement de soif abandonn&#233;s avec leurs parents au milieu du sahel&#8230; Le capitalisme triomphant, d&#233;brid&#233;, accouche d'un monde o&#249; les crises humanitaires se multiplient, provoquant des souffrances inimaginables pour qui ne les a pas v&#233;cues &#8211; innommable pour qui les a v&#233;cues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;composition de l'ordre social touche de plein fouet les Etats dans des pays comme le Pakistan (qui poss&#232;de l'arme nucl&#233;aire) ; ou encore le Mexique o&#249; les mafias, en symbiose avec la classe politique, usent de la terreur pour imposer leur domination &#8211; d'o&#249; les d&#233;nominations d'Etats faillis, d'Etats mafieux, de narco-terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette barbarie moderne doit r&#233;pondre un &#233;largissement des champs d'action internationalistes. Gauches militantes et mouvements sociaux doivent en particulier assurer le d&#233;veloppement de la solidarit&#233; &#171; de peuple &#224; peuple &#187; envers les victimes de la crise humanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une p&#233;riode o&#249; la notion m&#234;me d'internationalisme &#233;tait souvent d&#233;cri&#233;e, la vague altermondialiste, puis la multiplication des &#171; occupations &#187; de places ou de quartiers, lui ont redonn&#233; ses lettres de noblesse. Il faut maintenant que cet internationalisme revivifi&#233; trouve des formes d'action plus permanentes, sur tous les terrains de la contestation.&lt;br class='autobr' /&gt; Pierre Rousset, avec l'apport de discussions en bureau et secr&#233;tariat de bureau de la QI, en remerciant aussi les personnes qui m'ont fait parvenir de pr&#233;cieux commentaires sur une version ant&#233;rieure de ce projet de texte&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Daniel Bensa&#239;d, la r&#233;volution permanente : questions d'hier et d'aujourd'hui</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et Socialisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Version retravaill&#233;e et augment&#233;e de la contribution pr&#233;sent&#233;e au &#171; S&#233;minaire Bensa&#239;d &#187; organis&#233; &#224; Amsterdam par la Quatri&#232;me Internationale les 3, 14 et 15 janvier 2012, dans les locaux de l'Institut international de Recherche et de Formation (IIRF). Voir le texte complet sur le site ESSF.&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Version retravaill&#233;e et augment&#233;e de la contribution pr&#233;sent&#233;e au &#171; S&#233;minaire Bensa&#239;d &#187; organis&#233; &#224; Amsterdam par la Quatri&#232;me Internationale les 3, 14 et 15 janvier 2012, dans les locaux de l'Institut international de Recherche et de Formation (IIRF). &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article24095&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir le texte complet&lt;/a&gt; sur le site ESSF.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lancement d'un appel contre la r&#233;pression en Tha&#239;lande</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Lancement-d-un-appel-contre-la-repression-en-Thailande</link>
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		<dc:date>2010-09-08T02:37:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Danielle Sabai, Pierre Rousset</dc:creator>



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&lt;p&gt;ROUSSET Pierre, SABAI Danielle 20 juin 2010 Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res _______________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;pression qui s'est abattue sur les opposants tha&#239;landais et les exactions du r&#233;gime n'ont pas suscit&#233; les r&#233;actions de solidarit&#233; et les condamnations internationales que la situation exigeait. Le pouvoir garde ainsi les mains libres et peut &#233;touffer tout mouvement d&#233;mocratique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les nouvelles de Tha&#239;lande sont alarmantes : Des centaines de personnes d&#233;tenues pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;ROUSSET Pierre, SABAI Danielle&lt;br class='autobr' /&gt;
20 juin 2010&lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression qui s'est abattue sur les opposants tha&#239;landais et les exactions du r&#233;gime n'ont pas suscit&#233; les r&#233;actions de solidarit&#233; et les condamnations internationales que la situation exigeait. Le pouvoir garde ainsi les mains libres et peut &#233;touffer tout mouvement d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les nouvelles de Tha&#239;lande sont alarmantes : Des centaines de personnes d&#233;tenues pour violation du d&#233;cret d'urgence, y compris des enfants ; des bless&#233;s encha&#238;n&#233;s &#224; leur lit d'h&#244;pital ; plusieurs assassinats de dirigeants locaux des Chemises rouges. Le pays s'enfonce dans un r&#233;gime autoritaire et militaire. Les &#233;lites en sont m&#234;me &#224; envisager le report des &#233;lections de 6 ans, accordant ainsi au Premier Ministre Abhisit Vejjajiva la possibilit&#233; de diriger le pays 10 ans contre l'avis de la majorit&#233; des tha&#239;landais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; tha&#239;landaise est profond&#233;ment in&#233;gale &#224; tous points de vue. Les Chemises rouges ont manifest&#233; haut et fort leur volont&#233; de combattre les injustices dont ils sont victimes : ils expriment un mouvement de classe ainsi que des diversit&#233;s r&#233;gionales, s'opposant &#224; l'establishment de Bangkok.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des Chemises rouges n'est pas sans divisions et probl&#232;mes. Certains soutiennent le retour de l'ancien Premier Ministre Thaksin Shinawatra, un politicien corrompu. Mais dans sa tr&#232;s grande majorit&#233;, ce mouvement exprime la r&#233;volte des laiss&#233;s pour compte de la soci&#233;t&#233; qui exigent d&#233;mocratie et justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En manifestant dans les rues de Bangkok, les Chemises rouges n'ont fait qu'exercer un droit &#233;l&#233;mentaire : exprimer ses opinions politiques et ses revendications. Abhisit Vejjajiva porte l'enti&#232;re responsabilit&#233; de la r&#233;pression et des morts car, plut&#244;t que d'organiser de v&#233;ritables n&#233;gociations, il a pari&#233; sur le d&#233;litement du mouvement, sans succ&#232;s. Puis, il a ressorti l'arsenal juridique r&#233;pressif (accusations de complot contre la monarchie et de terrorisme), pour finalement organiser un bain de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel a deux objectifs tr&#232;s simples : impulser la solidarit&#233; au plan international et appeler le r&#233;gime tha&#239;landais &#224; arr&#234;ter la r&#233;pression dont sont victimes les Chemises rouges, &#224; respecter les libert&#233;s fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'une centaine de professeurs d'universit&#233;, chercheurs, &#233;crivains, journalistes, militants associatifs, syndicaux et politiques, &#233;lus, de toutes les r&#233;gions du monde ont d&#233;j&#224; sign&#233; l'appel. De nouvelles signatures sont attendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Danielle Sabai et Pierre Rousset&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Pour voir l'appel et les signatures, cliquez ici : &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article17790&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Appel contre la r&#233;pression en Tha&#239;lande&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour signer l'appel , &#233;crire &#224; : &lt;a href=&#034;mailto:solidaritythailand@gmail.com&#034; class=&#034;spip_mail&#034;&gt;solidaritythailand@gmail.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Pensez &#224; donner votre pr&#233;nom, nom, qualit&#233; et le pays)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste des signataires sera r&#233;guli&#232;rement mise &#224; jour sur le site d'ESSF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel est envoy&#233; au gouvernement tha&#239;landais, aux ambassades tha&#239;landaises, aux organismes internationaux de d&#233;fenses des droits humains...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de le faire conna&#238;tre dans de nouveaux r&#233;seaux militants et de r&#233;unir de nouvelles signatures d'&#233;lus, d'universitaires, de repr&#233;sentants de mouvements sociaux ou syndicaux, politiques ou de d&#233;fense des droits humains... et ce dans le plus grand nombre de pays possible. Chacune et chacun peut y aider.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;ROUSSET Pierre, SABAI Danielle&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La crise tha&#239;landaise : une mise en perspective</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-crise-thailandaise-une-mise-en-perspective</link>
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		<dc:date>2010-09-08T02:37:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;1er juillet 2010 * Cet article a &#233;t&#233; &#233;crit pour &#171; D&#233;veloppement et civilisation &#187;, le bulletin du Centre Lebret-Irfed, dat&#233; de juin 2010. Pour la version ci-dessus, mise en ligne sur ESSF, quelques notes et une annexe sur la campagne de solidarit&#233; ont &#233;t&#233; ajout&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
La Tha&#239;lande traverse aujourd'hui une crise brutale, globale, qui concerne tout &#224; la fois la place de la monarchie et de l'arm&#233;e, les divisions au sein m&#234;me de la bourgeoisie, les rapports entre classes sociales &#171; d'en haut &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Asie-" rel="directory"&gt;Asie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1er juillet 2010&lt;br class='autobr' /&gt;
* Cet article a &#233;t&#233; &#233;crit pour &#171; D&#233;veloppement et civilisation &#187;, le bulletin du Centre Lebret-Irfed, dat&#233; de juin 2010. Pour la version ci-dessus, mise en ligne sur ESSF, quelques notes et une annexe sur la campagne de solidarit&#233; ont &#233;t&#233; ajout&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La Tha&#239;lande traverse aujourd'hui une crise brutale, globale, qui concerne tout &#224; la fois la place de la monarchie et de l'arm&#233;e, les divisions au sein m&#234;me de la bourgeoisie, les rapports entre classes sociales &#171; d'en haut &#187; et &#171; d'en bas &#187;, les institutions et le syst&#232;me politique, les &#171; valeurs &#187; dominantes ou encore l'insertion du pays dans l'&#233;conomie mondiale : impact de la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, effet durable de la crise financi&#232;re de 1997, cons&#233;quences des soubresauts actuels du capitalisme international&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;put&#233;e pour le nombre de ses coups d'Etat r&#233;ussis ou avort&#233;s, la Tha&#239;lande a longtemps v&#233;cut, apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, sous le joug de juntes militaires ou de r&#233;gimes autoritaires &#224; fa&#231;ade parlementaire. Elle connu plus d'une crise aig&#252;e, qui n'ont pas d&#233;bouch&#233; sur une refondation d&#233;mocratique du pays. Aux yeux de nombreux observateurs, il pouvait en aller diff&#233;remment apr&#232;s 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;action &#224; des &#233;lections impos&#233;es en 1988 par une importante mobilisation sociale, l'arm&#233;e a foment&#233; un nouveau coup d'Etat en 1991. En mai 1992, elle a violemment r&#233;prim&#233; des manifestations de protestation, au prix un bain de sang. Face &#224; l'ampleur de la r&#233;probation dans le pays, elle a d&#251; se retirer et promettre de se &#171; d&#233;politiser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1991-1992 ont effectivement repr&#233;sent&#233; un tournant dans la mesure o&#249; le retrait de l'arm&#233;e a laiss&#233; la place &#224; des hommes d'affaires qui s'investissaient en politique, a facilit&#233; la mise en &#339;uvre de politiques n&#233;olib&#233;rales et l'int&#233;gration du pays dans la mondialisation. D'aucun esp&#233;raient que ce retrait serait d&#233;finitif et que les r&#233;formes d&#233;mocratiques suivraient les r&#233;formes &#233;conomiques. Le coup d'Etat de 2006 a montr&#233; que ces espoirs &#233;taient vains.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Des classes dominantes divis&#233;es&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'Etat du 19 septembre 2006 &#233;tait dirig&#233; contre le Premier Ministre Thaksin Shinawatra, son parti, le Thai Rak Thai (les Tha&#239;s aiment les Tha&#239;s), ayant remport&#233; les l&#233;gislatives de 2001 et 2005 &#8211; ainsi que l'&#233;lection anticip&#233;e de 2006, boycott&#233;es par l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thaksin n'&#233;tait pas un d&#233;mocrate. Il a donn&#233; l'autorisation &#224; la police de Bangkok de tuer &#224; vue les gangsters au nom du combat contre la drogue (plus de 2000 morts). Il a relanc&#233; la guerre contre la minorit&#233; malaise et musulmane dans les provinces m&#233;ridionales. Mais il a mis en &#339;uvre une politique populiste qui a r&#233;ellement apport&#233; des b&#233;n&#233;fices aux pauvres, en particulier &#224; la campagne (fonds de d&#233;veloppement, sant&#233;, &#233;ducation). Il a ainsi gagn&#233; un important appui social, notamment dans le Nord et le Nord-Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thaksin, lui-m&#234;me un riche capitaliste, a partiellement modifi&#233; les r&#232;gles du jeu politique tha&#239;landais. Il a renforc&#233; le poids des hommes d'affaires qui n'appartiennent pas aux &#233;lites traditionnelles. Il a fait de l'ombre &#224; la famille royale en s'affirmant &#224; l'&#233;chelle nationale comme le &#171; protecteur des pauvres &#187;, un r&#244;le d&#233;volu au roi. Il a contourn&#233; l'alliance entre la monarchie, le corps des officiers sup&#233;rieurs et la haute administration, un trait dominant des institutions tha&#239;es. Il a mis en cause bien des int&#233;r&#234;ts &#233;tablis et il en a pay&#233; le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement Thaksin a &#233;t&#233; renvers&#233; par un coup d'Etat militaire mais, accus&#233; de corruption, il a &#233;t&#233; contraint &#224; l'exile et ses biens ont &#233;t&#233; pour une part saisis par la justice &#8211; sans que jamais ne soit faite la preuve qu'il &#233;tait plus corrompu ou coupable de malversations que d'autres politiciens mieux en cour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le conflit au sein des classes dominantes est si profond, c'est que la monarchie et les sommets de l'arm&#233;e en sont des composantes essentielles. Le roi et d'autres membres de la famille royale sont de tr&#232;s riches poss&#233;dants avec des int&#233;r&#234;ts fonciers, industriels et commerciaux de premi&#232;re importance. Un cran en dessous, il en va de m&#234;me pour bien des g&#233;n&#233;raux &#224; la retraite. Ils font partie de la bourgeoisie tha&#239;landaise. Pass&#233;istes, incapable d'auto r&#233;forme, les &#233;lites traditionnelles restent puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La renaissance d'un mouvement populaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La crise de 2006 a donc commenc&#233; comme un conflit au sein des &#233;lites et de la bourgeoisie tha&#239;landaise. A l'ordre traditionnel reposant sur la monarchie, Thaksin a oppos&#233; la l&#233;gitimit&#233; des urnes et les 19 millions de voix qui se sont port&#233;es sur lui. Cela a ouvert une br&#232;che qui a permis aux mouvements populaires de redonner de la voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tha&#239;lande a connu une d&#233;cennie &#171; r&#233;volutionnaire &#187; entre 1973 (renversement de la dictature militaire) et le d&#233;but des ann&#233;es 1980, marqu&#233; par la d&#233;route du Parti communiste (PCT) et la fin de la lutte arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la disparition du PCT en tant que force active, il n'y a plus en Tha&#239;lande de parti de gauche, qu'il soit r&#233;formiste ou r&#233;volutionnaire, pouvant pr&#233;tendre repr&#233;senter les milieux populaires. Le jeu du client&#233;lisme a repris ses droits, minant l'ind&#233;pendance des mouvements sociaux et notamment du syndicalisme. La situation est ici fort diff&#233;rente de celle qui pr&#233;vaut dans d'autres pays de la r&#233;gion. [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience des ann&#233;es 1970 a n&#233;anmoins laiss&#233; des traces. Des liens militants avaient &#233;t&#233; nou&#233;s entre villes et villages, entre provinces, entre (anciens) &#233;tudiants, ouvriers et paysans. Cela a facilit&#233; la naissance de l'Assembl&#233;e des pauvres en 1995, le 10 d&#233;cembre, journ&#233;e internationale des droits humains. Elle comprenait surtout des mouvements ruraux du Nord et du Nord-Est luttant pour le contr&#244;le de leurs ressources, mais aussi des organisations de p&#234;cheurs du Sud ou d'ouvriers de la r&#233;gion de Bangkok. Le fonctionnement de l'Assembl&#233;e repr&#233;sentait &#224; la fois une rupture avec les traditions tr&#232;s centralistes du PCT et avec le lobbyisme ou le client&#233;lisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Assembl&#233;e des pauvres a organis&#233; de grandes mobilisations dans la capitale avec venue massive de manifestants provinciaux. M&#234;me si sa capacit&#233; d'action a ult&#233;rieurement d&#233;clin&#233;e et si elle a &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; ses propres limites, elle a &#224; son tour contribu&#233; &#224; renouveler en profondeur le &#171; savoir faire &#187; militant des mouvements populaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;volution des Chemises rouges&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les Chemises rouges sont une mouvance composite. Ce mouvement a &#233;t&#233; associ&#233; &#224; Thaksin Shinawatra et il est vrai qu'il refl&#232;te l'acuit&#233; des divisions au sein des classes dominantes. Il est faut en revanche de ne voir dans la participation populaire que le r&#233;seau de &#171; client&#232;le &#187; d'un riche bourgeois. Les Chemises rouges expriment &#224; leur fa&#231;on toutes les facettes d'une crise globale de soci&#233;t&#233;, y compris la crise de l'id&#233;ologie dominante avec la perte de prestige de la famille royale (ils sont souvent per&#231;us comme &#171; antimonarchie &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thaksin a conserv&#233; une influence importante au sein des Chemises rouges par ses liens avec les principaux dirigeants du Front uni contre la Dictature et pour la D&#233;mocratie (UDD) qui encadrait le mouvement. Compte tenu de l'inexistence de partis de gauche et de la faiblesse des syndicats ouvriers, les courants populaires n'ont pas de repr&#233;sentation politique propre &#224; l'&#233;chelle nationale. C'est ce qui rend plus difficile l'analyse de ce mouvement et des rapports de force en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les t&#233;moignages abondent sur la conscience aigu&#235;, chez les manifestants, des in&#233;galit&#233;s sociales qui caract&#233;risent le royaume tha&#239;. Tout aussi frappant a &#233;t&#233; la haine de classe exprim&#233;e sans retenue par l'establishement de Bangkok contre les &#171; hordes &#187; de &#171; pauvres &#187; venues &#171; envahir &#187; leur capitale. Le mouvement des Chemises rouges n'est pas sans probl&#232;me ; il est &#233;videmment travers&#233; de clivages politiques plus ou moins formalis&#233;s. Mais il a &#233;t&#233; port&#233; par trois exigences l&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une exigence d&#233;mocratique. De fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e, les partis favorables &#224; Thaksin ont emport&#233; les &#233;lections (tr&#232;s largement). A chaque fois, ils ont &#233;t&#233; frapp&#233;s par des coups d'Etat militaire ou judiciaires. Les &#233;lites conservatrices ne se privaient pas de dire tout le mal qu'elles pensaient de la Constitution de 1997, la plus d&#233;mocratique que le pays ait connu. Elle a &#233;t&#233; jet&#233;e aux oubliettes apr&#232;s le putsch de 2006, les militaires en r&#233;digeant une nouvelle que la junte a fait ent&#233;riner par r&#233;f&#233;rendum l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Tha&#239;lande est l'un des (rares ?) pays o&#249; des membres de l'&#233;lite, voire des classes moyennes de Bangkok, d&#233;clarent ouvertement que les &#171; ignorants &#187;, &#224; savoir les pauvres, ne devraient pas voter, que la politique est affaire d'instruits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une exigence sociale. A cette id&#233;ologie antid&#233;mocratique correspond des rapports sociaux tr&#232;s in&#233;galitaires. La pauvret&#233; n'est pas une nouveaut&#233; en Tha&#239;lande mais le mode de croissance &#233;conomique a accentu&#233; les contradictions sociales au lieu de les r&#233;duire : d&#233;veloppement capitaliste conduit sous des r&#233;gimes autoritaires ; puis insertion du pays dans la mondialisation n&#233;olib&#233;rale d&#233;bouchant sur le traumatisme de la crise financi&#232;re de 1997 (ch&#244;mage massif pour les salari&#233;s, ruine pour les classes moyennes)&#8230; [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des exigences r&#233;gionales. Depuis longtemps, les &#233;lites de Bangkok ont la r&#233;putation de drainer les richesses du pays &#224; leur seul profit, ce qui renforce des sentiments r&#233;gionalistes non seulement dans l'extr&#234;me sud musulman mais aussi dans le nord et le nord-est (les traditions de gauche &#233;tant par ailleurs plus fortes dans cette derni&#232;re r&#233;gion).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Evolutions et clarifications&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En quelques ann&#233;es de crise, les enjeux sociaux et d&#233;mocratiques se sont clarifi&#233;s, par del&#224; les conflits qui d&#233;chirent les classes dominantes. Cette &#233;volution ne concerne pas seulement les Chemises rouges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Chemises jaunes. Les &#171; jaunes &#187; rassemblaient &#224; l'origine tous ceux qui s'opposaient, pour des raisons tr&#232;s diverses et parfois contradictoires, au Premier Ministre Thaksin. Ils ont b&#233;n&#233;fici&#233; du soutien des m&#233;dias et des gouvernements issus du coup d'Etat de 2006. Ils ont ainsi pu occuper impun&#233;ment les deux a&#233;roports international et domestique de Bangkok fin novembre 2008, ce qui a produit un chaos bien plus important que l'occupation tant d&#233;cri&#233;e du quartier commercial de Rajaprasong par les &#171; rouges &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'essentiel, les Chemises jaunes soutiennent aujourd'hui la monarchie et militent pour un suffrage censitaire. Ainsi, d&#233;fendant des positions &#171; ultra &#187;, ils mena&#231;aient de redescendre dans la rue pour emp&#234;cher le gouvernement Abhisit de n&#233;gocier avec les Chemises rouges des &#233;lections anticip&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ONG et associations. De nombreuses ONG tha&#239;landaises ont particip&#233; aux manifestations de 2005 et 2006 qui ont conduit &#224; la chute de Thaksin et ont salu&#233; le coup d'&#201;tat du 19 septembre 2006 qui renversait un homme corrompu. Des mouvements plus militants se sont mobilis&#233;s contre le putsch au nom de la d&#233;mocratie, refl&#233;tant des divisions tr&#232;s importantes entre ONG. [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, des ONG qui avaient particip&#233; au mouvement contre Thaksin ont &#233;volu&#233; de fa&#231;on significative : pro-&#171; jaunes &#187; au d&#233;part, elles sont devenues &#171; neutres &#187; quand la force sociale des &#171; rouges &#187; s'est affirm&#233;e (&#171; contre les violences d'o&#249; qu'elles viennent &#187;), pour d&#233;noncer aujourd'hui la r&#233;pression massive subie par les Chemises rouges alors que les traits autoritaires du r&#233;gime se renforcent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Monarchie et arm&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Tha&#239;lande n'a jamais &#233;t&#233; colonis&#233;e ce qui a assur&#233; une continuit&#233; &#224; ses institutions dont n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233;e les pays voisins. Pour autant, la monarchie n'est pas rest&#233;e incontest&#233;e. La &#171; r&#233;volution de 1932 &#187; a impos&#233; le passage de la monarchie absolue &#224; la monarchie constitutionnelle. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'autorit&#233; de la famille royale est tomb&#233;e au plus bas, apr&#232;s le meurtre d'Ananda Mahidol, avant que Bhumibol Adulyadej (Rama IX), son fr&#232;re, n'acc&#232;de au tr&#244;ne en 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prestige royal a &#233;t&#233; reconstitu&#233; de fa&#231;on tr&#232;s syst&#233;matique, en particulier sous la dictature de Sarit Thanarat avec l'aide des am&#233;ricains (la monarchie est aussi prot&#233;g&#233;e par une redoutable loi qui puni de 3 &#224; 15 ans la l&#232;se majest&#233;). Ce prestige a &#233;t&#233; au plus haut apr&#232;s que Bhumibol a contribu&#233; &#224; d&#233;nouer favorablement la crise de 1992. Mais d'aucun se souvient maintenant qu'il a aussi couvert de son autorit&#233; tous les coups d'Etat et bains de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin d'un r&#232;gne particuli&#232;rement long, le roi est aujourd'hui tr&#232;s malade. Or, l'h&#233;ritier d&#233;sign&#233;, le prince Vajiralongkorn, ne b&#233;n&#233;ficie pas de son aura, loin s'en faut. L'autorit&#233; de la monarchie ne sera pas facile &#224; reconduire alors que le pays traverse une crise institutionnelle et id&#233;ologique. L'image (superficielle) d'une Tha&#239;lande consensuelle, hi&#233;rarchique, organis&#233;e autour de la royaut&#233;, du bouddhisme et de la nation, o&#249; chacune et chacun accepte la place qui lui est d&#233;volue, est bien l&#233;zard&#233;e. La r&#233;alit&#233; des conflits sociaux et politique appara&#238;t au grand jour &#8211; ce n'est d'ailleurs pas la premi&#232;re fois. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le Premier Ministre Abhisit se soit r&#233;fugi&#233; au sein d'une base militaire pour gouverner durant les deux mois et demi de crise confirme le r&#244;le de l'arm&#233;e dans la vie politique. L'&#233;crasement des Chemises rouges en mai a redonn&#233; un poids important en son sein aux g&#233;n&#233;raux proches de Prem et de la reine. Le commandant en chef des arm&#233;es, Anupong Paochinda, devrait &#234;tre remplac&#233; en septembre (il part en retraite) par le g&#233;n&#233;ral Prayuth Chan-Ocha, un partisan de la ligne dure, tr&#232;s anti-Thaksin et ultra royaliste. Face aux turbulences politiques &#224; venir, il n'est cependant pas impossible que cette h&#233;g&#233;monie soit contest&#233;e dans l'arm&#233;e par des fractions de militaires &#171; past&#232;ques &#187;, verts &#224; l'ext&#233;rieur et rouges &#224; l'int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Avenir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte mondial et r&#233;gional instable, l'avenir de la Tha&#239;lande appara&#238;t bien ind&#233;cis. Les &#233;lites traditionnelles ont affirm&#233; leur volont&#233; de ne rien l&#226;cher de leurs pouvoirs et pr&#233;rogatives. Elles re&#231;oivent pour l'heure le soutien d'une grande partie des classes moyennes de Bangkok qui recherchent dans le conservatisme la pr&#233;servation de leurs privil&#232;ges. La r&#233;pression massive des Chemises rouges annonce un durable raidissement autoritaire du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce raidissement r&#233;pond aussi &#224; l'approche d'une crise institutionnelle majeure : la difficile succession du roi Bhumibol. Mais il n'apporte de r&#233;ponse ni aux divisions au sein des classes dominantes ni aux tensions sociales et r&#233;gionales &#8211; si ce n'est d'affirmer un rapport de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux urbains et ruraux vont probablement continuer &#224; suivre des strat&#233;gies vari&#233;es : lobbyisme et client&#233;lisme ou construction d'une capacit&#233; d'action ind&#233;pendante. Mais, par del&#224; leur caract&#232;re composite, les r&#233;centes mobilisations des Chemises rouges ont montr&#233; le potentiel de cette derni&#232;re option &#8211; pour peu que la r&#233;pression, en province notamment, ne lui porte pas des coups trop s&#233;v&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gauche politique va-t-elle rena&#238;tre trois d&#233;cennies apr&#232;s la d&#233;faite du PCT ? C'est possible vu la prise de distance de nombreux militants des Chemises rouges envers Thaksin et le travail d'&#233;ducation engag&#233; &#224; la base dans de nombreuses localit&#233;s. Mais si tel est le cas, que sera cette gauche &#8211; o&#249; que seront ces gauches ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'imm&#233;diat, on peut craindre que la r&#233;pression ne se poursuive dans la discr&#233;tion. Une chasse aux sorci&#232;res est engag&#233;e. Des cadres Chemises rouges ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; assassin&#233;s en province. Le r&#233;gime profite du soutien accord&#233; par les Etats-Unis et l'Europe qui s'&#233;meuvent bien peu de la violation des droits humains dans le royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Rousset&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; ANNEXE : la campagne de solidarit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La situation en Tha&#239;lande continue de s'aggraver avec une chape de plomb sur l'information (113.000 sites Internet bloqu&#233;s !), la poursuite de la r&#233;pression et l'annonce de nouvelles mesures antid&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un aappel international &#224; la solidarit&#233; a &#233;t&#233; rendu public le 20 juin. Il a connu un &#233;chos fort important, avec plus de 600 signatures &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des aspects les plus remarquable de cette initiative est le grand nombre de signatures tha&#239;landaises (malgr&#233; les risques) et la pr&#233;sence de chercheurs de renoms sp&#233;cialis&#233;s sur l'Asie du Sud-est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons aussi un grand nombre de pays, notamment gr&#226;ce &#224;... l'immigration tha&#239;, mais aussi aux r&#233;seaux militants. Il est rare que la Tha&#239;lande entre ainsi dans le champ de la solidarit&#233; internationale. C'est un encouragement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut maintenir la pression. Il importe que des signatures de &#171; personnalit&#233;s &#187; (&#233;lus, universitaires, &#233;crivains et artistes, repr&#233;sentants des mouvements des droits humains, des associations, des syndicats et formations politiques, etc.), ainsi que des &#171; anonymes &#187; continuent d'arriver r&#233;guli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la r&#233;ponse ponctuelle &#224; l'&#233;crasement des manifestants Chemises rouges, la solidarit&#233; va &#234;tre n&#233;cessaire dans la dur&#233;e et cet Appel y pr&#233;pare. Pour cela il faut le maximum de personnes aide &#224; populariser l'appel soit en le diffusant dans des r&#233;seaux (listes emails...), soit en contactant plus directement quelques connaissances. Tout ne peut pas &#234;tre suivi centralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette initiative de solidarit&#233; est vraiment importante. Il faut la faire vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cliquez sur les liens suivants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lire l'appel en fran&#231;ais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel contre la r&#233;pression en Tha&#239;lande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour signer l'appel (toutes langues) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sign, Signez, Signo ! The Appeal &#171; Thailand &#187;, l'Appel &#171; Tha&#239;lande &#187;, el Llamado &#171; Tailandia &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une br&#232;ve pr&#233;sentation de l'appel &#233;crite par Danielle Sabai et Pierre Rousset :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lancement d'un appel contre la r&#233;pression en Tha&#239;lande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel est aussi disponible sur ESSF en anglais, espagnol et tha&#239;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recommandons enfin, sur le site d'ESSF, les articles de Danielle Sabai et une rubrique anglaise tr&#232;s fournie sur la Tha&#239;lande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est TRES important que la r&#233;pression en Tha&#239;lande ne passe pas inaper&#231;ue sur le plan international et que la solidarit&#233; se manifeste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ROUSSET Pierre&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes[1] Il faut insister sur cette particularit&#233; de l'histoire r&#233;cente de la Tha&#239;lande. A part un tr&#232;s petit groupe d'extr&#234;me gauche, cela fait pr&#232;s de 30 ans qu'il n'y a plus de parti progressiste actif en Tha&#239;lande. Il reste quelques villages o&#249; se sont regroup&#233;s des membres du PCT &#224; la suite d'accords d'amnistie politique dans les ann&#233;es 1980, mais cette organisation n'a plus d'intervention visible depuis la fin de la lutte arm&#233;e, si ce n'est comm&#233;morative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la crise assez g&#233;n&#233;rale des partis communistes &#171; traditionnels &#187; en Asie du Sud-est (g&#233;n&#233;ralement mao&#239;stes), des organisations de gauche se sont maintenue ou, plus souvent, se sont reconstitu&#233;es dans des pays comme les Philippines, la Malaisie ou m&#234;me l'Indon&#233;sie &#8211; un archipel o&#249; l'&#233;crasement du mouvement communiste dans les ann&#233;es 1960 avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement f&#233;roce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1970, les paysans pouvaient encore s'installer sur de nouvelles terres en Tha&#239;lande : cette &#171; fronti&#232;re &#233;conomique &#187; ne s'est ferm&#233;e que progressivement et tardivement par comparaison avec des pays voisins. A la campagne, cette mobilit&#233; a contribu&#233; &#224; limiter les tensions et les in&#233;galit&#233;s sociales entre agriculteurs, bien qu'il faille tenir &#233;videmment compte de diff&#233;rences r&#233;gionales. Les mouvements paysans contemporains sont n&#233;s avec le creusement des in&#233;galit&#233;s ou en d&#233;fense de ressources dont l'arm&#233;e ou des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s s'emparaient : acc&#232;s &#224; l'eau, &#224; la for&#234;t, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Comme dans bien d'autres pays, mais peut-&#234;tre encore plus, les ONG se retrouvent en Tha&#239;lande en position d'interm&#233;diaires facilitant les n&#233;gociations entre administration et mouvements populaires. M&#234;me quand elles le font avec le souci d'aider ces derniers, le durcissement des conflits sociaux les place en porte &#224; faux. Bon nombre d'entre elles se r&#233;fugient dans une posture impotente du &#171; dialogue &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cette image superficielle d'une Tha&#239;lande hi&#233;rarchiquement et heureusement organis&#233;e autour du roi, du bouddhisme et de la nation a toujours &#233;t&#233; trompeuse. Elle a cependant la force et la r&#233;alit&#233; redoutable d'une id&#233;ologie dominante qui &#8211; par d&#233;finition &#8211; domine en temps normal. Elle a bien la fonction d'une id&#233;ologie dominante : justifier la r&#233;pression (crime de l&#232;se majest&#233;&#8230;), l&#233;gitimer les pouvoirs &#233;tablis, cacher les rapports d'exploitation et d'oppression r&#233;ellement existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est frappant de voir &#224; quel point cette image a &#233;t&#233; efficace et reprise &#224; l'&#233;tranger dans mille &#233;crits alors que son caract&#232;re trompeur avait &#233;t&#233; mis en &#233;vidence &#224; chaque crise, en particulier dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Cet article a &#233;t&#233; &#233;crit pour &#171; D&#233;veloppement et civilisation &#187;, le bulletin du Centre Lebret-Irfed, dat&#233; de juin 2010. Pour la version ci-dessus, mise en ligne sur ESSF, quelques notes et une annexe sur la campagne de solidarit&#233; ont &#233;t&#233; ajout&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;bat &#171; laicit&#233; &#187; : La&#239;cit&#233; et solidarit&#233;s &#224; l'heure de la crise capitaliste</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Debat-laicite-Laicite-et-solidarites-a-l-heure-de-la-crise-capitaliste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Debat-laicite-Laicite-et-solidarites-a-l-heure-de-la-crise-capitaliste</guid>
		<dc:date>2010-09-08T02:36:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; d'Europe Solidaire et sans fronti&#232;res 4 juillet 2010 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le renforcement, en Europe, de courants x&#233;nophobes, de nationalismes identitaires et de mesures discriminatoires est &#224; prendre tr&#232;s au s&#233;rieux. Avec l'aggravation pr&#233;visible de la crise sociale, il peut conduire &#224; des pogromes o&#249; les populations dites musulmanes, d&#233;sign&#233;es comme boucs &#233;missaires, seront les premi&#232;res vis&#233;es. Ce n'est pas un clich&#233; que de dire et redire que nos gouvernants veulent &#224; tout prix diviser les exploit&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Societe-" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; d'Europe Solidaire et sans fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
4 juillet 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le renforcement, en Europe, de courants x&#233;nophobes, de nationalismes identitaires et de mesures discriminatoires est &#224; prendre tr&#232;s au s&#233;rieux. Avec l'aggravation pr&#233;visible de la crise sociale, il peut conduire &#224; des pogromes o&#249; les populations dites musulmanes, d&#233;sign&#233;es comme boucs &#233;missaires, seront les premi&#232;res vis&#233;es. Ce n'est pas un clich&#233; que de dire et redire que nos gouvernants veulent &#224; tout prix diviser les exploit&#233;s en opposants entre eux les victimes du racisme (arabes, noirs, juifs, chinois&#8230;), travailleurs &#171; nationaux &#187; et immigr&#233;s, emplois stables et pr&#233;caires, fonctionnaires et priv&#233;, salari&#233;s et ch&#244;meurs, hommes et femmes&#8230; C'est une donn&#233;e majeure de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, m&#234;me si cette volont&#233; de diviser pour r&#233;gner est vieille comme la lutte des classes, il n'y a ici rien de routinier. La question prend une importance toute particuli&#232;re &#224; l'heure o&#249; la mondialisation capitaliste vide de son contenu la d&#233;mocratie politique (f&#251;t-elle bourgeoise) et dissout les espaces de citoyennet&#233;s. A l'heure o&#249; le n&#233;olib&#233;ralisme s'attaque aux solidarit&#233;s conquises dans les combats d'hier, aux droits collectifs que sont les retraites, la s&#233;curit&#233; sociale, la sant&#233; ou l'enseignement publics&#8230; A l'heure d'un grand tournant historique o&#249; les bourgeoisies europ&#233;ennes veulent v&#233;ritablement d&#233;manteler les acquis sociaux de l'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vital, dans ce contexte d&#233;l&#233;t&#232;re, de consolider les solidarit&#233;s crois&#233;es ; en &#233;tant, par exemple, tout &#224; la fois antiraciste, antisexiste, la&#239;que. Il faut, pour cela, commencer par prendre en compte dans l'analyse l'ensemble des sources d'oppression. C'est ce que j'ai tent&#233; d'illustrer dans un article r&#233;cemment &#233;crit pour le p&#233;riodique suisse solidarit&#233;S en ce qui concerne la d&#233;fense des femmes victimes de la x&#233;nophobie antimusulmane, du patriarcat dans la famille et de la mont&#233;e des conservatismes religieux. [1] Il faut ensuite peser les implications du point de vue des opprim&#233;.e.s et des exploit&#233;.e.s des batailles engag&#233;es et des politiques pr&#233;conis&#233;es. C'est sur ce dernier point que je voudrais revenir ici en ce qui concerne les attaques men&#233;es au nom des religions contre la la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France &#233;tant l'un des pays les plus la&#239;cis&#233;s du monde, nous percevons mal l'importance des &#233;volutions en cours en ce domaine sur le plan international, mais aussi en Europe. Elles n'en sont pas moins graves, touchant au principe m&#234;me de la la&#239;cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Le blasph&#232;me&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la question du blasph&#232;me. De fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e, la commission des Droits de l'Homme de l'ONU vote une condamnation de la &#171; diffamation des religions &#187;, d&#233;nonc&#233;e au m&#234;me titre que le racisme [2]. C'est actuellement le Pakistan qui pr&#233;sente cette r&#233;solution au nom de l'Organisation de la Conf&#233;rence islamique. Or, la situation dans ce pays montre &#224; quels d&#233;sastres conduit la criminalisation du blasph&#232;me. On conna&#238;t bien le cas des villages chr&#233;tiens agress&#233;s au pr&#233;texte que le Coran aurait &#233;t&#233; insult&#233; ou le conflit sanglant opposant les extr&#233;mistes sunnites aux chiites ; ou encore les risques qu'encourt un hindou pakistanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De r&#233;cents et tragiques &#233;v&#233;nements viennent de nous rappeler &#224; quel point toute minorit&#233; &#171; non conforme &#187; est mise en danger par l'accusation de blasph&#232;me. Sous la pression des autorit&#233;s sunnites, les ahmedis [3] ont &#233;t&#233; officiellement d&#233;clar&#233;s non-musulmans en 1974 alors qu'ils se r&#233;clament de l'islam, ce qui a ouvert tout grand la voie aux pers&#233;cutions. Ainsi, derni&#232;rement encore, une centaine d'ahmedis ont &#233;t&#233; assassin&#233;s lors d'attaques contre deux de leurs mosqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce probl&#232;me ne concerne pas seulement des pays lointains. Une loi contre le blasph&#232;me existe en Irlande par exemple et n'a &#233;t&#233; abolie en Grande-Bretagne qu'en 2008. Cette derni&#232;re ne &#171; prot&#233;geant &#187; que le christianisme, certains proposaient avant son abolition de l'&#233;tendre &#224; toutes les religions au nom d'une conception de la la&#239;cit&#233; se r&#233;duisant &#224; la &#171; neutralit&#233; &#187;, au &#171; traitement &#233;gal &#187; des croyances. Or, la r&#233;pression du blasph&#232;me s'oppose &#224; des libert&#233;s fondamentales, comme le droit d'expression. Elle peut facilement &#234;tre utilis&#233;e contre le combat f&#233;ministe, la critique du patriarcat inscrit dans ces religions &#233;tant consid&#233;r&#233;e comme blasph&#233;matoire par bien des autorit&#233;s religieuses &#8211; de plus, les lois contre le blasph&#232;me renforcent le pouvoir de ces derni&#232;res dans &#171; leurs &#187; communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; La communautarisation du droit&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une question de fond est pos&#233;e : les religions (telles qu'incarn&#233;es par les autorit&#233;s religieuses) doivent-elles &#233;chapper aux lois communes et aux d&#233;pens de qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Eglise d'Angleterre a par exemple demand&#233; &#224; ce que les lois du travail antidiscriminatoires concernant l'embauche ne soient pas appliqu&#233;es pour les entreprises qu'elle g&#232;re &#8211; de fa&#231;on notamment &#224; pouvoir refuser d'employer un ou une homosexuel. Le Vatican s'&#233;meut aujourd'hui bruyamment que des perquisitions soient men&#233;es en Belgique dans un &#233;v&#234;ch&#233;, dans le cadre des enqu&#234;tes engag&#233;es sur le viol de centaines d'enfants par des religieux. Il faudrait que la justice s'en remette aux coupables et &#224; leurs complices (la hi&#233;rarchie catholique ayant couvert les actes de violence p&#233;dophile) pour faire la lumi&#232;re sur ces crimes ! [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les religions dont nous parlons &#233;tant discriminatoires, ce sont notamment les personnes discrimin&#233;es qui paient le prix de leur &#171; protection &#187; sp&#233;ciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce danger se manifeste de fa&#231;on croissante lors de jugements &#171; ordinaires &#187;. On se souvient qu'en avril 2008, le tribunal de grande instance de Lille avait prononc&#233; l'annulation d'un mariage (en lieu et place d'un divorce) car chastet&#233; et virginit&#233; auraient &#233;t&#233;, pour des musulmans, une &#171; qualit&#233; essentielle &#187; sans laquelle il y avait tromperie sur la marchandise. Cet &#233;v&#233;nement avait soulev&#233; un toll&#233; ; il est rest&#233; isol&#233; [5]. Il n'en a pas &#233;t&#233; de m&#234;me en Italie, quand en ao&#251;t 2007 les juges de la Cour de cassation ont cr&#233;&#233; une redoutable jurisprudence en acquittant les parents et le fr&#232;re de Fatima qui l'avaient s&#233;questr&#233;e, attach&#233;e &#224; une chaise et battue et ont affirm&#233; que la jeune fille avait &#233;t&#233; frapp&#233;e &#171; non pour des motifs vexatoires ou par m&#233;pris &#187;, ses &#171; comportements avaient &#233;t&#233; jug&#233;s incorrects &#187;. Pour Souad Sbai, pr&#233;sidente de l'Association des femmes marocaines en Italie, &#171; c'est une d&#233;cision digne d'un pays arabe o&#249; serait en vigueur la charia. Au nom du multiculturalisme et du respect des traditions, les juges appliquent deux types de r&#232;gles, l'une pour les Italiens, l'autre pour les immigr&#233;s. Un p&#232;re catholique, qui se serait comport&#233; de la sorte, aurait &#233;t&#233; durement condamn&#233;. &#187; [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Grande-Bretagne, des tribunaux communautaires juifs sont reconnus. Au nom de l'&#233;galit&#233; des religions, il est propos&#233; de faire de m&#234;me pour les musulmans. De tels tribunaux op&#233;reraient en fait d&#233;j&#224; par dizaines. Or, il ne s'agit pas de r&#233;gler des probl&#232;mes de voisinage, comme le mur mitoyen entre deux jardins ! Il s'agit avant tout de traiter du droit des personnes dans le cadre de la famille ou de la communaut&#233;, selon les r&#232;gles de la charia tr&#232;s discriminatoire &#224; l'encontre des femmes et des homosexuels.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Un &#171; libre choix &#187; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les tenants de cette solution &#8211; la reconnaissance des tribunaux communautaires &#8211; arguent que les individus se pr&#233;sentent &#171; volontairement &#187; devant ces cours de justice. On sait pourtant bien qu'il n'y a pas de &#171; libre choix &#187; sous pression et dans l'in&#233;galit&#233;. Nous ne parlons pas d'individus libres et &#233;gaux, mais de familles fortement patriarcales (sinon elles n'invoqueraient pas la charia) et de milieux o&#249; se font sentir le conservatisme religieux, voire le fondamentalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut beaucoup de force de caract&#232;re &#224; une femme pour refuser si elle le d&#233;sire, face &#224; un tel environnement conservateur, le recours au jugement religieux ; les risques qu'elle encourt peuvent &#234;tre tr&#232;s grands : r&#233;torsions familiales pouvant parfois aller jusqu'au &#171; crime d'honneur &#187; et ostracisme social pouvant parfois conduire &#224; de s&#233;v&#232;res condamnations extrajudiciaires. [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois protectrices sont pr&#233;cis&#233;ment faites pour d&#233;fendre l'individu face &#224; plus puissant que lui : dans les cas que nous &#233;voquons les pouvoirs religieux et les clans patriarcaux ; mais il en va de m&#234;me des salari&#233;s face aux patrons&#8230; Ici aussi, le Medef aimerait se d&#233;barrasser des conventions collectives protectrices. Il oppose aux droits collectifs le &#171; libre choix &#187; du salari&#233; dans un rapport individualis&#233; &#224; l'employeur. Il aimerait imposer des contrats de &#171; gr&#233; &#224; gr&#233; &#187;, par &#171; consentement mutuel &#187;, au nom de la libert&#233; individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom cette fois de pr&#233;occupations progressistes et du multiculturalisme, certains th&#233;oriciens du droit pr&#244;nent l'acceptation des cours de justice communautaires. Mais ils ne discutent cependant g&#233;n&#233;ralement pas les implications que ce syst&#232;me aurait pour les opprim&#233;es et singuli&#232;rement pour les femmes. Ni comment il renforcerait le pouvoir des autorit&#233;s religieuses dans chaque communaut&#233;, ce qui est jouer avec le feu &#224; l'heure o&#249; les courants r&#233;actionnaires sont &#224; l'offensive dans toutes les religions &#233;voqu&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; R&#233;action religieuse et la&#239;cit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est aujourd'hui en cause, ce n'est pas une forme particuli&#232;re de la&#239;cit&#233; (la &#171; la&#239;cit&#233; &#224; la fran&#231;aise &#187;) ou le port de &#171; signes religieux ostentatoires &#187; par des fonctionnaires. C'est la s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat, avec tout ce que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien loin des ann&#233;es soixante-dix et des th&#233;ologies de la lib&#233;ration, nous traversons aujourd'hui une p&#233;riode favorable &#224; la mont&#233;e de la r&#233;action religieuse et au renforcement de mouvements politico-religieux d'extr&#234;me droite. Le pape Beno&#238;t XVI entre en guerre contre la la&#239;cisation, la s&#233;cularisation, des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes et se tourne vers les int&#233;gristes traditionalistes. Les amis de Bush, &#233;vang&#233;listes protestants &#171; radicaux &#187;, portent la guerre dans le monde au nom de l'Occident. Extr&#233;mistes sunnites et chiites ont ouvert de nouvelles guerres de religion. Hindouistes du BJP m&#232;nent la guerre contre le caract&#232;re la&#239;que de l'Etat indien. Bouddhistes fascisants menacent d'une guerre les progressistes sri lankais qui soutiennent les droits des Tamouls&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des crimes ont &#233;t&#233; commis au nom de la la&#239;cit&#233; ? Au nom de la d&#233;mocratie, des droits humains, de l'anticolonialisme, de l'anti-imp&#233;rialisme, du socialisme, du marxisme aussi. On n'en poursuit pas moins nos combats. La la&#239;cit&#233; n'est pas une question &#171; marginale &#187; dont on pourrait se d&#233;sint&#233;resser. La s&#233;paration des &#233;glises et de l'Etat est une condition n&#233;cessaire (bien que pas suffisante !) &#224; d&#233;mocratie politique, &#224; l'existence de droits &#233;gaux pour toutes et tous, &#224; la cr&#233;ation d'une citoyennet&#233; commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas que de &#171; neutralit&#233; &#187;. Reprenons l'exemple des lois criminalisant le blasph&#232;me. On peut choisir de les &#233;tendre &#224; toutes les religions au nom d'une &#171; neutralit&#233; positive &#187; ou de les supprimer tout simplement &#8211; ce qui est la r&#233;ponse la&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans la&#239;cit&#233;, des droits fondamentaux sont irr&#233;m&#233;diablement min&#233;s &#8211; comme le droit &#224; l'avortement soumis aujourd'hui &#224; des offensives frontales du Nicaragua &#224; l'Italie. Dans un m&#234;me Etat, les personnes ne jouissent plus des m&#234;mes droits &#8211; certaines femmes notamment d&#233;pendant de tribunaux religieux alors que d'autres b&#233;n&#233;ficient des lois r&#233;publicaines. Le droit &#224; l'enseignement est attaqu&#233; de mille fa&#231;ons au point que la notion de science est elle-m&#234;me remise en question : de puissants lobbies (chr&#233;tiens aux Etats-Unis, musulmans en Turquie) font pression pour que le cr&#233;ationnisme &#8211; cet obscurantisme radical &#8211; soit pr&#233;sent&#233; comme une alternative &#224; la th&#233;orie de l'&#233;volution&#8230; [8] L'exercice d'une citoyennet&#233; commune exige ces droits partag&#233;s &#8211; et le droit de d&#233;cider ensemble par del&#224; les croyances ou les incroyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eglises et mouvements religieux peuvent tr&#232;s bien &#234;tre la&#239;ques et juger que leurs dogmes ne doivent pas s'imposer &#224; la soci&#233;t&#233;. Mais c'est malheureusement de moins en moins souvent le cas dans le monde d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Une crise &#224; Amnesty International&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Amnesty International a suspendu Gita Sahgal qui dirigeait l'unit&#233; de Genre. Tout en consid&#233;rant qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de d&#233;fendre l'ancien prisonnier de Guantanamo, Moazzam Begg, elle critiquait la fa&#231;on dont AI le promouvait, lui et son organisation Prisonniers en cage, qu'elle juge trop proches des talibans. [9]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne souhaite pas entrer dans le d&#233;bat sur qui sont vraiment les Prisonniers en cage. Mais un argument utilis&#233; pour r&#233;pondre &#224; ses d&#233;tracteurs par Claudio Cordone, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral d'Amnesty, appara&#238;t particuli&#232;rement inqui&#233;tant. Il consid&#232;re en effet que la &#171; djihad d&#233;fensive &#187; n'est pas &#171; antith&#233;tique aux droits humains &#187;. [10] Condamner les interventions militaires imp&#233;rialistes est une chose, mais qualifier ainsi la &#171; djihad &#187; en est une autre, surtout de la part d'une organisation dont le mandat est celui d'AI. Lesdits &#171; djihadistes &#187; (rappelons-nous que le d&#233;bat porte d'abord sur les talibans) rejettent par principe la d&#233;mocratie puisque les lois doivent proc&#233;der de Dieu (sous-entendu : des religieux qui interpr&#232;tent les textes) et non du peuple ; ils participent activement des violences sectaires interreligieuses qui co&#251;tent la vie &#224; des milliers de civils ; ils ne reconnaissent pas les droits des femmes, des gay ou des lesbiennes, ni le droit au blasph&#232;me et &#224; l'apostasie &#8211; donc la libert&#233; de conscience et d'expression&#8230; Faut-il continuer la liste de ces &#171; droits humains &#187; que Claudio Cordone semble oublier au d&#233;tour d'une phrase ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'Amnesty International a fait &#233;norm&#233;ment sur les questions de genre, &#224; suivre cette pol&#233;mique, on a l'impression d'assister &#224; une r&#233;gression profonde o&#249;, &#224; nouveau, les droits des femmes ne sont plus v&#233;ritablement consid&#233;r&#233;s comme des droits humains fondamentaux au m&#234;me titre que d'autres. Ce qui explique que les mesures prises contre Gita Sahgal et les justifications politiques formul&#233;es par Claudio Cordone ont provoqu&#233; une lev&#233;e de boucliers dans nombre de mouvements attach&#233;s &#224; la d&#233;fense des droits humains et au f&#233;minisme. Une telle crise impliquant AI n'&#233;tait &#224; ma connaissance jamais arriv&#233;e auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; En guise de conclusion partielle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes confront&#233;s &#224; des ennemis multiples : imp&#233;rialismes, x&#233;nophobes et racistes de toutes communaut&#233;s, extr&#234;mes droites nationalistes ou religieuses de toutes contr&#233;es, classes poss&#233;dantes de tous pays, th&#233;ocraties et dictatures profanes, j'en passe et des meilleurs. Nous sommes anti-imp&#233;rialistes (avec une mention sp&#233;ciale contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais). Mais il faut ici se d&#233;fier comme de la peste de la logique de &#171; l'ennemi principal &#187; qui ne voudrait s'opposer qu'&#224; l'un de ces ennemis, car elle conduit immanquablement &#224; hi&#233;rarchiser les combats et les solidarit&#233;s, &#224; se porter en d&#233;fense de certaines victimes et &#224; en oublier volontairement d'autres. Elle accentue ce faisant les divisions entre exploit&#233;.e.s et entre opprim&#233;.e.s alors que notre r&#244;le est de les r&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'a rien d'anecdotique. A l'heure de la mondialisation et de la crise capitalistes, poss&#233;dants et gouvernants sont bien incapables de regagner une l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique. Pour assurer leur domination, ils doivent d&#233;truire les solidarit&#233;s d'hier et interdire la cr&#233;ation de nouvelles. Pour s'opposer &#224; cette entreprise, il ne suffit pas de se reconna&#238;tre et de se soutenir les uns les autres, chacun aux c&#244;t&#233;s de l'autre. Il faut aussi mener des combats communs contre des ennemis communs ; ce qui est le propre de la lutte des classes. La la&#239;cit&#233; offre un cadre bien plus favorable que les divisions religieuses &#224; cette lutte profane ; et s'est bien l'une des raisons majeures pour lesquelles elle se retrouve aujourd'hui sous de tels feux crois&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai abord&#233; ici qu'un aspect du probl&#232;me (les attaques en cours contre la la&#239;cit&#233;), et fort partiellement seulement. Mais quel que soit le fil que l'on d&#233;vide (destruction des droits sociaux, mont&#233;e des x&#233;nophobies ou des sexismes&#8230;), on retrouve les m&#234;mes enjeux. L'avenir se joue dans une large mesure sur ce terrain : la d&#233;sint&#233;gration ou le renforcement des solidarit&#233;s crois&#233;es, des combats communs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Rousset&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;ANNEXE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SDF blanc est-il un privil&#233;gie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il dire au SDF blanc fran&#231;ais qu'il est un privil&#233;gi&#233; ? La question peut sembler saugrenue. Pourtant, elle est pos&#233;e avec insistance par la revue &#171; Mouvements &#187; dans une interview avec Daniel Bensa&#239;d. Extraits :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mouvements : Les r&#233;futations de la fa&#231;on dont fonctionne l'universalisme en France ne s'inscrivent pas n&#233;cessairement dans une conception relativiste. En revanche le Blanc fran&#231;ais, aussi oppos&#233; soit-il &#224; ce syst&#232;me, b&#233;n&#233;ficie du syst&#232;me d'oppression raciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Bensa&#239;d. : On ne peut pas dire au SDF de Saint-Denis qu'il b&#233;n&#233;ficie du syst&#232;me d'oppression raciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. : Le SDF blanc fran&#231;ais de Saint-Denis, dans des circonstances qui peuvent se produire, peut tirer profit des discriminations qui s'exercent contre le Black qui n'est pas forc&#233;ment SDF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.B. : Mais faut-il r&#233;pondre &#224; cela en th&#233;orisant et en &#171; essentialisant &#187; les diff&#233;rences, ou bien en cherchant &#224; les surmonter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. : Il faut d'abord pointer la r&#233;alit&#233; sociale telle qu'elle est. Le discours du Front national, qui dit aux petits Blancs qu'ils doivent avoir acc&#232;s &#224; des ressources qui seraient aujourd'hui confisqu&#233;es pour la protection sociale des immigr&#233;s, joue l&#224;-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.B. : On peut s'organiser de fa&#231;on autonome contre des discriminations sp&#233;cifiques, mais il faut dans le m&#234;me temps chercher &#224; construire une solidarit&#233; sur la question sociale. Sinon on s'enfonce forc&#233;ment dans une mosa&#239;que de concurrence entre victimes d'oppressions. Aujourd'hui on risque en France un conflit interethnique entre Blacks et Juifs, comme aux &#201;tats-Unis. La comparaison de l'esclavage et de la Shoah cr&#233;e les ingr&#233;dients d'un conflit intercommunautaire qui sera d'autant plus compliqu&#233; qu'il ne touche pas les m&#234;mes couches sociales. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir sur ESSF : Quand l'histoire nous d&#233;senchante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ce passage ne concerne pas la la&#239;cit&#233;, il me para&#238;t utile pour montrer &#224; quels arguments sp&#233;cieux on se retrouve parfois confront&#233; quand on a pour objectif de construire dans l'urgence nos solidarit&#233;s&#8230; Mais lisez l'ensemble de l'interview.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un regard port&#233; sur l'exp&#233;rience du LPP et de la gauche pakistanaise</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Un-regard-porte-sur-l-experience-du-LPP-et-de-la-gauche-pakistanaise</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Un-regard-porte-sur-l-experience-du-LPP-et-de-la-gauche-pakistanaise</guid>
		<dc:date>2010-04-07T03:21:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>


		<dc:subject>International</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire sans Fronti&#232;res 1er avril 2010 &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'occasion d'un s&#233;jour de deux semaines au Pakistan, j'ai pu assister les 27 et 28 janvier 2010 au Ve Congr&#232;s du Labor Party Pakistan (LPP) &#8211; le Parti des travailleurs ou Parti travailliste pakistanais. Cette organisation, fond&#233;e en 1999, a connu ces derni&#232;res ann&#233;es un d&#233;veloppement remarquable : croissance num&#233;rique (il comprend aujourd'hui plus de 7.000 membres), extension g&#233;ographique (il est maintenant pr&#233;sent dans toutes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Asie-" rel="directory"&gt;Asie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-International-216-+" rel="tag"&gt;International&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH112/arton2866-6144e.jpg?1629994100' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
1er avril 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion d'un s&#233;jour de deux semaines au Pakistan, j'ai pu assister les 27 et 28 janvier 2010 au Ve Congr&#232;s du Labor Party Pakistan (LPP) &#8211; le Parti des travailleurs ou Parti travailliste pakistanais. Cette organisation, fond&#233;e en 1999, a connu ces derni&#232;res ann&#233;es un d&#233;veloppement remarquable : croissance num&#233;rique (il comprend aujourd'hui plus de 7.000 membres), extension g&#233;ographique (il est maintenant pr&#233;sent dans toutes les provinces du pays) et enracinement social (paysans, ouvriers, femmes&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement est d'autant plus significatif qu'il n'y a pas si longtemps, le principal noyau historique du LPP n'&#233;tait encore qu'un petit groupe politique d'origine trotskyste (The Struggle &#8211; La Lutte) pr&#233;sent avant tout au Pendjab, rejoint pour la fondation d'une nouvelle organisation par une poign&#233;e de cadres du Parti communiste, dans le Sind surtout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dynamisme du LPP contraste avec l'atonie de la gauche traditionnelle dans un pays ayant connu une succession de r&#233;gimes militaires, d&#233;chir&#233; par l'affrontement de fondamentalismes religieux sunnites et chiites, d&#233;stabilis&#233; par la guerre engag&#233;e par l'OTAN en Afghanistan et par l'activisme meurtrier des talibans. L'exp&#233;rience du LPP est particuli&#232;rement int&#233;ressante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Une gauche pakistanaise historiquement faible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux partitions.&lt;/strong&gt; En 1947, le mouvement ouvrier &#233;tait faible dans les provinces de l'Empire britannique des Indes qui constituent l'actuel Pakistan. La partition du pays et les gigantesques migrations qui l'ont accompagn&#233;e (12 millions de personnes d&#233;plac&#233;es dans de terribles conditions) ont coup&#233; la gauche de ses bastions du sous-continent (comme le Bengale). Deux d&#233;cennies plus tard, la guerre de 1971 a conduit &#224; la rupture entre le Pakistan occidental et le Pakistan oriental. Cette seconde partition a, elle aussi, affaibli le communisme pakistanais. En effet, la gauche &#233;tait alors mieux implant&#233;e dans ce qui est devenu le Bangladesh, notamment parce que d'importantes populations hindoues &#233;taient rest&#233;es sur place au lieu d'immigrer du c&#244;t&#233; indien. Plus g&#233;n&#233;ralement, les d&#233;chirements de 1947 et 1971 ont suscit&#233; des vagues successives de x&#233;nophobie intercommunautaire et de racisme (y compris de racisme antibengali au Pendjab) fort peu propices aux mouvements progressistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1947, le Parti communiste indien a accept&#233; le principe de la partition. En cons&#233;quence, ses militants dans les communaut&#233;s musulmanes ont rejoint le Pakistan, et vice-versa, donnant naissance &#224; deux PC : indien (PCI) et pakistanais (PCP). Ils esp&#233;raient alors que la r&#233;f&#233;rence musulmane du nouvel Etat resterait plus culturelle que religieuse. Cet espoir &#233;tait initialement nourri par les conceptions la&#239;ques pr&#244;n&#233;es par le &#171; p&#232;re fondateur &#187; du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah ; mais il n'a pas r&#233;sist&#233; &#224; l'islamisation progressive du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;pression.&lt;/strong&gt; Le Parti communiste a rapidement &#233;t&#233; victime de la r&#233;pression. Il a &#233;t&#233; une premi&#232;re fois interdit en 1951 et, &#224; nouveau, en 1955. Or, en 1951, il ne comptait probablement (c&#244;t&#233; occidental) que quelque 200 membres. Pour se reconstituer, il s'est fondu dans divers regroupements et a particip&#233; &#224; la cr&#233;ation en 1957 du National Awami Party (NAP, Parti national populaire). Le PCP n'avait ni l'armature programmatique ni la coh&#233;rence organisationnelle pour traverser sans dommage de telles exp&#233;riences &#171; entristes &#187;. Les militants communistes se sont retrouv&#233;s en position subordonn&#233;e face &#224; des directions nationalistes et r&#233;formistes souvent bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conflit sino-sovi&#233;tique.&lt;/strong&gt; Le mouvement communiste pakistanais n'&#233;tait pas au bout de ses peines. Le conflit sino-sovi&#233;tique a provoqu&#233; des ruptures profondes en son sein, comme sous bien d'autres cieux. Mais la crise politique de la gauche au Pakistan a d&#233;bouch&#233; sur une situation de paralysie particuli&#232;rement grave. En Inde, une premi&#232;re scission du PCI (prosovi&#233;tique) a donn&#233; naissance &#224; un parti qui se voulait ind&#233;pendant &#224; la fois de Moscou et de P&#233;kin &#8211; le PCI-M &#171; marxiste &#187; &#8211; , puis une seconde vague de scissions a vu l'&#233;mergence d'une extr&#234;me gauche mao&#239;ste dite &#171; naxalite &#187; (du nom du lieu d'une insurrection paysanne en 1967) engag&#233;e dans la lutte arm&#233;e. Bien que profond&#233;ment divis&#233;e, la gauche indienne a gard&#233; des forces significatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses se sont pass&#233;es fort diff&#233;remment au Pakistan. Vu le prestige de la r&#233;volution chinoise, l'influence du mao&#239;sme s'est r&#233;v&#233;l&#233;e importante. Cependant, &#224; partir de 1965, P&#233;kin a apport&#233; au r&#233;gime militaire son soutien face l'Inde, elle-m&#234;me alli&#233;e &#224; l'URSS. Dans ces conditions, non seulement le mao&#239;sme pakistanais n'a pas eu la radicalit&#233; de son homologue indien, mais il a m&#234;me soutenu un temps la dictature du g&#233;n&#233;ral Ayub Khan au nom du caract&#232;re &#171; progressiste &#187; de sa politique &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie sovi&#233;tique s'est alli&#233;e &#224; l'Etat indien et la bureaucratie chinoise &#224; l'Etat pakistanais &#8211; soit deux Etats en situation de guerre l'un contre l'autre. Les communistes pakistanais ont pay&#233; au prix fort ce jeu de pouvoir mortif&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'occasion manqu&#233;e de 1968-1969.&lt;/strong&gt; Le mouvement communiste pakistanais avait aussi h&#233;rit&#233; de la vision strat&#233;gique du PCI, de facture stalinienne, &#171; &#233;tapiste &#187; : l'attente d'une r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise avant laquelle il serait vain d'offrir une perspective socialiste aux luttes populaires. Tr&#232;s faible sur le plan organisationnel, il &#233;tait aussi politiquement et id&#233;ologiquement impotent quand une immense vague de luttes ouvri&#232;res, paysannes et &#233;tudiantes a d&#233;ferl&#233; dans le pays en 1968-1969, cr&#233;ant pendant plusieurs mois une sorte de situation de double pouvoir social. Les communistes pakistanais n'ont ni voulu ni su saisir l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occasion &#233;tait pourtant d'autant plus importante que l'ann&#233;e 1968 est celle de l'offensive du T&#234;t au Vietnam, des barricades &#233;tudiantes et de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de mai en France, du Printemps de Prague et de bien d'autres luttes dans le monde. L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain n'&#233;tait pas en mesure de gendarmer ais&#233;ment le Pakistan si le besoin s'en &#233;tait fait sentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le PPP.&lt;/strong&gt; Dans ces conditions, le Parti du peuple pakistanais (PPP), cr&#233;&#233; en 1967, a pu capitaliser la vague de radicalisation sociale, emportant les &#233;lections de 1970. Il a re&#231;u le soutien et l'adh&#233;sion de bien des milieux progressistes et de nombreux cadres syndicaux, encourag&#233;s par la rh&#233;torique socialiste et les mesures &#233;conomiques pr&#244;n&#233;es par son dirigeant, Zulifar Ali Bhutto. Ainsi, quand le PPP a conquis le pouvoir en 1972, des communistes se sont int&#233;gr&#233;s au gouvernement. Des r&#233;formes parfois radicales ont bien &#233;t&#233; prises (nationalisations de secteurs cl&#233;s), mais cela n'avait rien d'exceptionnel &#224; l'&#233;poque. Les Bhutto repr&#233;sentant eux-m&#234;mes une grande famille f&#233;odalo-capitaliste du Sind, il &#233;tait vain d'esp&#233;rer qu'ils s'attaquent &#224; l'ordre dominant et l'aile gauche du parti n'a pas su briser le contr&#244;le exerc&#233; par ce clan sur le PPP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les ouvriers sont descendus dans la rue en mai-septembre 1972, le gouvernement a d&#233;cid&#233; d'&#233;craser dans le sang ce mouvement populaire : la r&#233;pression a fait des dizaines de morts dans la m&#233;tropole industrielle et portuaire de Karachi. Z. A. Bhutto avait d&#233;j&#224; soutenu la guerre contre les Bengalis en 1971, comme il a r&#233;prim&#233; les Baloutches. En 1973, il a pour la premi&#232;re fois introduit dans la Constitution une d&#233;finition islamiste de l'Etat pakistanais, d&#233;cision lourde de cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que d&#233;sillusionn&#233;e, la gauche pakistanaise s'est av&#233;r&#233;e incapable d'offrir une alternative au PPP. La voie &#233;tait ouverte au d&#233;veloppement de courants religieux radicaux d'extr&#234;me droite. En 1977, le coup d'Etat du g&#233;n&#233;ral Zia Ul Haq a instaur&#233; une nouvelle dictature militaire et a initi&#233; le processus d'islamisation syst&#233;matique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zulifar Ali Bhutto ayant &#233;t&#233; pendu en 1979, le PPP a repris des couleurs progressistes aux yeux des milieux syndicaux et progressistes r&#233;sistant &#224; la dictature. Le Mouvement pour la Restauration de la D&#233;mocratie (MRD) est n&#233; avec la participation de toutes les ailes du PPP, droite, centre et gauche.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Les ann&#233;es 80-90 : du groupe The Struggle au LPP&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;The Struggle (La Lutte) est n&#233;e en 1980, son noyau fondateur vivant alors en exile, aux Pays-Bas. Il appartenait au courant trotskiste du &#171; Militant &#187; britannique avec Ted Grant (Isaac Blank) pour figure de r&#233;f&#233;rence : le Comit&#233; pour une Internationale ouvri&#232;re (CIO). Il avait dans tous les pays l'entrisme pour ligne de construction, par exemple au sein du Parti travailliste en Grande-Bretagne. Au Pakistan ce fut au sein du PPP, vu les espoirs que ce parti suscitait dans la classe ouvri&#232;re et compte tenu de ce que le combat pour la d&#233;mocratie constituait l'urgence de l'heure face &#224; la dictature militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1986, apr&#232;s 8 ann&#233;es d'exil, le noyau de direction est revenu s'&#233;tablir au Pakistan, s'exprimant par le biais du mensuel Mazdoor Jeddojuhd (Workers' Struggle, La lutte des travailleurs). Il a &#233;t&#233; tr&#232;s rapidement confront&#233; &#224; une situation de crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la gauche pakistanaise traditionnelle. Les illusions envers le PPP se sont &#224; nouveau dissip&#233;es apr&#232;s l'accession au pouvoir de Benazir Bhutto en 1988. L'implosion de l'URSS a nourri un profond sentiment de d&#233;sespoir, d'absence de perspectives, dans des milieux assez larges. Doublement orphelins (du PPP et du &#171; camp socialiste &#187;), les partis de facture stalinienne ont perdu l'essentiel de leurs forces militantes. Le d&#233;but des ann&#233;es 1990 a &#233;t&#233; une p&#233;riode de r&#233;action id&#233;ologique, favorisant le d&#233;veloppement des mouvements fondamentalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ind&#233;pendance de classe.&lt;/strong&gt; Dans ce contexte de confusion politique et id&#233;ologique g&#233;n&#233;ralis&#233;e, le groupe qui fondera le LPP a maintenu son cap programmatique, socialiste. Il a mis fin en 1991 &#224; sa politique entriste, jugeant &#224; raison que la classe ouvri&#232;re allait se d&#233;tacher du PPP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vue de construire une alternative, la perspective de cr&#233;ation d'un parti ouvrier par les syndicats fut lanc&#233;e en 1993. A cette fin, le Jeddojud Inlabi Tehrik (JIT, Struggle Revolutionary Movement, Mouvement de lutte r&#233;volutionnaire) a &#233;t&#233; constitu&#233; l'ann&#233;e suivante. Il s'attaquait &#224; une question fondamentale : l'ind&#233;pendance politique de classe. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; not&#233;, &#224; force d'alliances avec diverses forces bourgeoises, les organisations communistes traditionnelles ont d&#233;laiss&#233; ce terrain, &#233;rodant leur identit&#233; et se retrouvant syst&#233;matiquement en position subordonn&#233;e au sein des fronts, des blocs, des partis nationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet qui a donn&#233; naissance en 1997 au LPP se comprend d'abord comme cela : reprendre le combat pour l'ind&#233;pendance de classe, dans ses dimensions sociales, politiques et programmatiques. Ce faisant, les militants issus du groupe The Struggle ont pu gagner &#224; ce projet des cadres syndicaux et des membres du PC qui n'acceptaient pas que leur parti ne parle plus de socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La rupture avec le CIO.&lt;/strong&gt; La fondation du LPP a provoqu&#233; en 1997-1998 la rupture finale avec le CIO qui a maintenu une politique entriste au sein du PPP. Cette rupture s'est r&#233;alis&#233;e en plusieurs &#233;tapes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991, la majorit&#233; de le direction du groupe The Struggle &#233;tait contre la d&#233;cision de mettre fin &#224; l'entrisme, ce qui conduisit &#224; la fondation, en 1992, des Youth Fighters (Combattants jeunes) pour jeter les bases d'un travail ind&#233;pendant. Ult&#233;rieurement, la majorit&#233; de The Struggle a pour sa part constitu&#233; la Tendance Marxiste Internationale (TMI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence du courant The Militant semble avoir &#233;t&#233; pendant un temps tr&#232;s r&#233;elle au Pakistan, Ted Grant &#233;tant une r&#233;f&#233;rence aupr&#232;s d'intellectuels et de journalistes. L'un des d&#233;put&#233;s du PPP appartenait &#224; leur organisation. Mais il est bien difficile de mesurer la coh&#233;sion et l'enracinement d'un courant entriste : s'il ne conquiert pas la direction du parti au sein duquel il op&#232;re (ce qui n'arrive qu'exceptionnellement), l'heure de v&#233;rit&#233; sonne quand il s'engage dans une construction ind&#233;pendante. A force de reporter cette &#233;ch&#233;ance et &#224; force de divisions (ce courant international a connu plusieurs scissions successives), il semble que hors le LPP, les groupes issus du &#171; Militant &#187; au Pakistan aient perdu leur substance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une situation pr&#233;caire.&lt;/strong&gt; A la fin des ann&#233;es 1990, le LPP &#233;tait toujours dans une situation tr&#232;s pr&#233;caire. La confusion id&#233;ologique &#224; gauche &#233;tait alors &#224; son comble. Ne pouvant plus se tourner vers Moscou ou P&#233;kin, forc&#233; de reconna&#238;tre qu'il n'y a pas, au sein des classes dominantes pakistanaises, une &#171; bourgeoisie nationale &#187; dynamique, des intellectuels progressistes en sont venus &#224; esp&#233;rer que la &#171; modernisation &#187; du pays viendrait gr&#226;ce &#224; la mondialisation capitaliste, sous la houlette de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Tout en cherchant syst&#233;matiquement &#224; favoriser des alliances sur des &#233;ch&#233;ances politiques ou des champs de lutte concrets, le LPP a donc d&#251; engager un combat politique assez solitaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; De la constance dans le combat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le LPP a pu se d&#233;velopper comme il l'a fait ces derni&#232;res ann&#233;es, c'est &#233;videmment parce qu'un espace de r&#233;sistance d&#233;mocratique et sociale existait. De par son succ&#232;s en 2006, le Forum social mondial de Karachi, auquel j'avais pu participer, a d'ailleurs spatialement incarn&#233; cet espace au sein duquel se sont retrouv&#233;s mouvements d&#233;mocratiques, sociaux et politiques &#8211; un espace de libert&#233; dans un pays sous r&#233;gime militaire, subissant la pression du fondamentalisme religieux. Il n'&#233;tait pour autant pas facile de saisir l'occasion d'un rebond politique. Comment le LPP a-t-il fait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;fendre son droit &#224; l'existence.&lt;/strong&gt; Le LPP a tout d'abord refus&#233; de se laisser paralyser par la r&#233;pression. La plupart de ses dirigeants (y compris ses dirigeantes) ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s &#224; un moment donn&#233; sous la dictature Musharraf. Ses cadres syndicaux et paysans peuvent &#234;tre menac&#233;s de mort par les sbires des propri&#233;taires fonciers et capitalistes &#8211; et certains ont &#233;t&#233; tu&#233;s, ou ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s par une police aux ordres. Dans le Nord-Ouest, ils peuvent &#234;tre la cible des talibans (trois militants assassin&#233;s d&#233;j&#224;). Jusqu'&#224; maintenant, le LPP n'en a pas moins r&#233;ussi &#224; pr&#233;server son espace politique, son droit &#224; l'existence, r&#233;pondant &#224; la r&#233;pression par la mobilisation d&#233;mocratique et refusant d'&#234;tre rejet&#233; dans la clandestinit&#233;. De m&#234;me, ses militantes n'ont pas pli&#233; devant la mont&#233;e des pressions int&#233;gristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;activit&#233;.&lt;/strong&gt; Le LPP a aussi fait preuve d'une tr&#232;s grande r&#233;activit&#233;. Il a favoris&#233; un travail d'organisation syndicale dans des secteurs de la classe ouvri&#232;re particuli&#232;rement opprim&#233;s, comme dans les briqueteries, souvent implant&#233;es en milieu rural. Il a apport&#233; un soutien sans condition &#224; des luttes paysannes, malgr&#233; certaines r&#233;ticences &#171; ouvri&#233;ristes &#187;. Il a initi&#233; ou particip&#233; &#224; de nombreux combats f&#233;ministes, avec le souci de r&#233;pondre pr&#233;cis&#233;ment aux besoins des secteurs populaires. Il a impuls&#233; une intense campagne de solidarit&#233; apr&#232;s le tremblement de terre qui a d&#233;vast&#233; le Cachemire en 2005. Il s'est pleinement engag&#233; dans le processus des forums sociaux, au Pakistan comme sur le plan international. Il participe activement aux r&#233;seaux antiguerres de part et d'autre de la fronti&#232;re indo-pakistanaise et contre la guerre d'Afghanistan. Il a mobilis&#233; toutes ses &#233;nergies quand le Mouvement des Avocats a engag&#233; l'&#233;preuve de force avec le g&#233;n&#233;ral Musharaff en 2007. Il s'est projet&#233; jusque dans la vall&#233;e de Swat, au c&#339;ur du conflit entre arm&#233;e et talibans, et s'est mobilis&#233; en faveur des populations de &#171; r&#233;fugi&#233;s internes &#187;, chass&#233;es par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite anecdote, pour illustrer ce sens de la r&#233;activit&#233;. Une d&#233;l&#233;gation du LPP a particip&#233; au Forum social mondial de Nairobi (Kenya) en 2007. Voyant que l'organisation du forum &#233;tait largement entre les mains de grosses corporations (!) et que la restauration &#233;tait hors de prix, les militants du LPP ont fait les march&#233;s, mont&#233; un stand de fortune et vendu chaque matin un &#171; curry anticapitaliste &#187; qui a obtenu un gros succ&#232;s populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des forces militantes qui restent fort limit&#233;es, le LPP couvre ainsi un large champ d'activit&#233;s et r&#233;pond du tac au tac &#224; l'actualit&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Constance politique.&lt;/strong&gt; Le LPP a fait aussi preuve d'une grande constance dans son orientation politique. A la recherche du &#171; moindre mal &#187;, les milieux progressistes pakistanais ont eu bien souvent tendance &#224; basculer d'une position &#224; une autre suivant les circonstances. Face &#224; l'incurie du r&#233;gime parlementaire, nombreux sont ceux qui ont apport&#233; un soutien plus ou moins affirm&#233; aux militaires, comme en 1999 lors du coup d'Etat de Musharraf &#8211; pour s'en remettre ult&#233;rieurement &#224; des partis civils client&#233;listes pour remplacer la dictature de l'arm&#233;e. De m&#234;me, ils peuvent soutenir l'offensive militaire contre les talibans apr&#232;s avoir manifest&#233; beaucoup de tol&#233;rance envers les mouvements fondamentalistes au nom de l'anti-imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le LPP s'est toujours refus&#233; &#224; choisir entre deux maux : corruption des partis client&#233;listes ou r&#233;gimes militaires, arm&#233;e ou fondamentalistes religieux, OTAN ou talibans&#8230; Bien des complicit&#233;s lient d'ailleurs ces p&#244;les formellement oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En maintenant contre vents et mar&#233;es sa ligne &#171; ni arm&#233;e, ni fondamentalistes &#187;, &#171; ni OTAN ni talibans &#187;, le LPP s'est plus d'une fois retrouv&#233; relativement isol&#233; parmi les organisations de gauche (il subit actuellement bien des critiques parce qu'il continue &#224; d&#233;noncer les exactions de l'arm&#233;e au lieu de se taire au nom du danger taliban). Mais ce faisant, il a trac&#233; dans la dur&#233;e un indispensable sillon d'ind&#233;pendance de classe sans lequel il n'y a pas de reconstruction possible &#224; gauche. Voil&#224; l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Courage.&lt;/strong&gt; Disons les choses simplement. Il faut du courage pour multiplier les initiatives militantes dans un pays comme le Pakistan. Nous pas le courage des clandestins ou de la lutte arm&#233;e, mais celui de se porter &#224; d&#233;couvert sur les &#171; lignes de fronts &#187; politiques et sociales les plus chaudes. Comme d'aller porter sa solidarit&#233; aupr&#232;s de villages chr&#233;tiens attaqu&#233;s par des islamistes. Comme de se ranger aux c&#244;t&#233;s des paysans d'une ferme militaire, soumis trois mois durant par l'arm&#233;e &#224; un blocus total (l'AMP a eu onze membres tu&#233;s de 2002 &#224; 2009). Comme, femme, de d&#233;fier les fondamentalistes et leur ordre moral. Comme de d&#233;cider de s'organiser dans les zones de conflits frontaliers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Une nouvelle &#233;tape&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, le LPP a connu une importante extension r&#233;gionale et a renforc&#233; son enracinement social. Ce faisant, il se transforme et c'est bien ce qui rend cette exp&#233;rience particuli&#232;rement int&#233;ressante. The Struggle &#233;tait, &#224; l'origine, un noyau activiste id&#233;ologiquement compact. Bien qu'encore petit, le LPP pr&#233;sente aujourd'hui certains traits d'un parti de masse. De m&#234;me, le dispositif originel du parti &#233;tait pour l'essentiel &#233;tabli au Pendjab. Bien qu'in&#233;galement, il est maintenant pr&#233;sent dans tout le pays. La diversit&#233; pakistanaise se refl&#232;te du coup en son sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parti et mouvements.&lt;/strong&gt; Le LPP tente une exp&#233;rience originale en ce qui concerne les rapports entre partis et mouvements sociaux. Il s'associe &#224; des associations paysannes et &#224; des syndicats ouvriers dans des initiatives qui combinent revendications sociales et message politique d'une fa&#231;on peu courante en France. Ce fut par exemple le cas pour le grand meeting populaire de Faisailabad r&#233;uni au lendemain du congr&#232;s du LPP (voir encart ci-dessous).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le LPP se refuse &#224; reproduire les rapports &#171; organiques &#187; si courants en Asie du Sud entre les partis et &#171; leurs &#187; organisations de masse. Il ne &#171; poss&#232;de &#187; pas une &#171; aile &#187; syndicale ou paysanne. Si, &#224; ses yeux, seul un front commun entre partis de gauche et mouvements sociaux peut assurer le renforcement des luttes, cette association doit se faire dans la transparence et le respect de l'ind&#233;pendance du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; en 1994, The Struggle avait soutenu la formation de la Pakistan Workers Confederation (PWC, Conf&#233;d&#233;ration des travailleurs du Pakistan), de m&#234;me que le LPP la National Trade Union Federation (NTUF, F&#233;d&#233;ration nationale des syndicats), fond&#233;e en 1998. Plus r&#233;cemment, il a aid&#233; &#224; la constitution de l'Anjaman Mozareen Punjab (AMP, Association des paysans du Pendjab), notamment dans des fermes poss&#233;d&#233;es par des institutions militaires, puis, en 2003, a facilit&#233; la mise en relation de 22 organisations paysannes qui ont cr&#233;&#233; la Pakistan Peasant Coordination Committee (PPCC, Comit&#233; de Coordination des Paysans du Pakistan). Il soutient de m&#234;me &#224; Faisailabad le Labor Quami Movement (LQM, Labor National Movement, Mouvement national des travailleurs)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1992, The Struggle avait d&#233;cid&#233; d'aider, avec l'appui d'institutions, de syndicats et d'organisations de la social-d&#233;mocratie en Su&#232;de, le d&#233;veloppement d'organisations sociales populaires : &#233;coles destin&#233;es aux enfants travailleurs, centres d'appui au mouvement syndical, campagnes pour la paix&#8230; Au Pakistan, la Labor Education Foundation (LEF, Fondation d'&#233;ducation ouvri&#232;re) a jou&#233; un r&#244;le moteur dans ces initiatives, en particulier &#224; partir de l'an 2000. Cette m&#234;me ann&#233;e, le LPP a soutenu la formation de la Women Workers Help Line (WWHL, R&#233;seau de secours aux femmes travailleuses) et de la National Student Federation (NSF, F&#233;d&#233;ration nationale &#233;tudiante) puis, en 2003, du Progressive Youth Front (PYF, Front progressiste de la jeunesse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Struggle, puis le LPP, ont int&#233;gr&#233; de nombreuses coalitions unitaires : d&#232;s 1991, le Anti-War Committee Pakistan (Comit&#233; antiguerre du Pakistan) et, en 1992, le Joint Action Committee for Peoples Rights Lahore (JAC, Comit&#233; conjoint pour les droits du peuple, Lahore), ainsi, en 2005, que la Anti-Privatization Alliance (Alliance contre la privatisation)&#8230; Ils ont aussi particip&#233; &#224; diverses exp&#233;riences de coalition politiques de gauche en 1997, 2006, et aujourd'hui encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bref passage en revue historique, montre une continuit&#233; politique certaine entre l'&#233;poque de The Struggle et celle du LPP : l'engagement dans le renforcement des mouvements sociaux, sur tous les terrains. Il montre aussi ce qu'il y a de nouveau : le poids grandissant des syndicats et associations paysannes par rapport aux structures plus associatives et aux ONG des premiers temps, avec un saut qualitatif au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Ce processus est toujours en cours. Une nouvelle association femme doit &#234;tre bient&#244;t impuls&#233;e &#224; l'&#233;chelle f&#233;d&#233;rale (alors que la WWHL est n&#233;e au Pendjab). La renaissance d'un mouvement &#233;tudiant radical en est encore &#224; ses d&#233;buts. Quant au mouvement syndical et paysan, il reste divis&#233; et tr&#232;s in&#233;galement enracin&#233; suivant les secteurs o&#249; les r&#233;gions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouveaux membres.&lt;/strong&gt; Les adh&#233;sions au LPP sont aujourd'hui beaucoup moins &#171; id&#233;ologiques &#187; que part le pass&#233; : elles d&#233;pendent avant tout des activit&#233;s politiques (campagnes diverses, lutte contre la dictature Musharraf) et sociales (appui aux luttes) du parti. C'est ainsi que non seulement des cadres, mais aussi des membres des syndicats et associations paysannes le rejoignent, lui donnant son assise populaire. La pr&#233;sence de responsables syndicaux, paysans et femmes &#233;tait tr&#232;s affirm&#233;e durant le congr&#232;s du LPP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recrutement populaire du LPP (encore in&#233;gal suivant les r&#233;gions : en certains endroits, il n'y a toujours qu'une poign&#233;e de membres) est une force. Mais l'adh&#233;sion au parti reste souvent fluide. Le nombre de cadres form&#233;s sur le plan th&#233;orique est limit&#233;. Le LPP ne veut pas freiner son expansion : il faut battre le fer quand il est chaud. Mais il lui faudrait pouvoir combiner expansion et consolidation, ce qui est plus facile &#224; dire qu'&#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;F&#233;d&#233;ralisme.&lt;/strong&gt; Autre nouveaut&#233; significative, lors de son dernier congr&#232;s, le LPP a &#233;lu un comit&#233; f&#233;d&#233;ral et non plus un comit&#233; national. Le Pakistan est un puzzle de provinces et, en se d&#233;veloppant, le parti doit en tenir mieux compte. Pour la premi&#232;re fois, les 140 d&#233;l&#233;gu&#233;.e.s venaient de toutes les provinces : Sind, Pendjab, Baloutchistan, Gilgit Baltistan, Sareiki Waseeb, Pukhtoonkhawa (Nord-Ouest) et Cachemire. Le projet est de constituer un parti ind&#233;pendant au Cachemire sous administration pakistanaise &#8211; le Labor Party Kashmir &#8211; les Cachemiris restant pour l'heure membre du LPP. Signe de cette situation, les d&#233;bats lors du congr&#232;s du LPP se d&#233;roulaient parfois entre d&#233;l&#233;gations provinciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pendjab reste la principale zone d'implantation, avec 3500 membres. Mais le Nord-Ouest pachtoune est la r&#233;gion o&#249; le LPP s'est r&#233;cemment le plus rapidement d&#233;velopp&#233; (2000 membres) avec l'aide d'une petite organisation afghane. Le Sind, o&#249; se retrouvent bon nombre des cadres venus du PC, est la troisi&#232;me province en nombre de membres. Le comit&#233; f&#233;d&#233;ral compte 31 membres, dont 9 femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'autant plus important de tenir compte des r&#233;alit&#233;s et des sensibilit&#233;s nationales ou r&#233;gionales du Pakistan que l'&#233;lite pendjabi domine dans une large mesure (avec des Pachtounes) l'arm&#233;e et l'administration, ce qui nourrit le ressentiment des autres provinces. Or, l'ossature historique du LPP et de ses associations partenaires est elle aussi situ&#233;e au Pendjab. L'actuelle expansion g&#233;ographique du parti contribue &#224; mieux &#233;quilibrer son implantation, mais ce processus est encore loin d'&#234;tre achev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'une &#233;tape &#224; l'autre.&lt;/strong&gt; Une premi&#232;re &#233;tape a &#233;t&#233; franchie ces dix derni&#232;res ann&#233;es. Le LPP n'est pas une version &#233;largie de The Struggle. C'est un parti qualitativement plus large tant dans sa composition que son profil politique : il se d&#233;finit d'ailleurs comme &#171; marxiste &#187; et non plus sp&#233;cifiquement &#171; trotskiste &#187; (m&#234;me si l'h&#233;ritage programmatique d'un marxisme antistalinien reste &#233;vident). Surtout, son rapport &#224; la soci&#233;t&#233; a commenc&#233; &#224; changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, une nouvelle &#233;tape de construction s'amorce alors m&#234;me que la pr&#233;c&#233;dente n'est pas encore achev&#233;e. Le LPP va faire face &#224; de nouveaux probl&#232;mes et va devoir r&#233;soudre de nouvelles difficult&#233;s. Rien n'est acquis, mais le chemin parcouru est d&#233;j&#224; plein d'enseignements. Nous devons nous approprier cette exp&#233;rience pour en comprendre les le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; A gauche&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lors de mon premier s&#233;jour au Pakistan, la participation au forum social de Karachi m'a donn&#233; un aper&#231;u des forces progressistes pakistanaises et de divers mouvements sociaux, comme le Pakistan Fisherfolk Forum (PFF, Forum des p&#234;cheurs pakistanais). Cependant, lors de mes d&#233;placements qui ont suivi, en 2006 (&#224; Lahore, Rawalpindi, Murdan ou au Cachemire), comme cette fois-ci &#224; l'occasion de ma seconde visite (Lahore, Faisalabad, Kasur, Okara, Gujranwala), c'est par le LPP que j'ai &#233;t&#233; (fort bien) accueilli &#8211; mon &#171; organisation s&#339;ur &#187;. M&#234;me si j'ai eu l'occasion de rencontrer des repr&#233;sentants d'autres courants, je n'ai pas eu le temps de faire v&#233;ritablement le point de l'&#233;tat de la gauche pakistanaise dans son ensemble &#8211; ni m&#234;me de visiter le LPP dans toutes les provinces. Je ne pr&#233;tends donc pas pr&#233;senter un tableau exhaustif de la situation et je me garderai de &#171; conclusions &#187; p&#233;remptoires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble cependant que le tournant dans la situation qu'exprime le d&#233;veloppement r&#233;cent du LPP commence &#224; se faire sentir plus largement. Les illusions sur le r&#244;le &#171; modernisateur &#187; de la mondialisation et de l'OMC se dissipent avec la crise capitaliste. Marx et les marxistes attirent un nouveau lectorat. Les anciens clivages strat&#233;giques opposant staliniens, mao&#239;stes et trotskistes seraient en train d'&#234;tre d&#233;pass&#233;s. Plusieurs groupes issus de la gauche traditionnelle viennent de constituer ensemble le Workers Party of Pakistan (Parti ouvrier du Pakistan) &#8211; en esp&#233;rant que ce regroupement durera plus longtemps que certains pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur du Mouvement des Avocats et les mobilisations de masse qui l'ont accompagn&#233;, avant et apr&#232;s la chute de Musharraf, ont &#233;t&#233; proprement exceptionnelles. Des luttes sociales comme celle des ouvriers du textile en juin 2008 &#224; Faisalabad ou comme celle des paysans de la ferme laiti&#232;re militaire d'Okara sont elles aussi remarquables tant par leur dur&#233;e que par leur capacit&#233; &#224; faire face &#224; la r&#233;pression. Les convergences qui se dessinent entre associations paysannes et syndicats de salari&#233;s &#8211; une convergence qui a assur&#233; le succ&#232;s du meeting de Faisailabad, au lendemain du congr&#232;s du LPP &#8211; sont riches de potentialit&#233;s. La longue marche de l'Awami Tehreek (Peoples Movement, Mouvement du peuple) dans le Sind manifeste le dynamisme de mouvements r&#233;gionaux. Le rejet tant des talibans que de l'arm&#233;e qui se renforce dans le Nord-Ouest montre que l&#224; aussi, un espace existe pour une politique ind&#233;pendante de gauche, alors que l'intervention de l'OTAN en Afghanistan s'enlise. Une nouvelle vague de radicalisation semble se dessiner en milieu &#233;tudiant. Dans ce pays soumis &#224; des pressions islamistes tr&#232;s fortes, l'&#233;ventail des r&#233;sistances f&#233;minines &#224; la &#171; normalisation &#187; et le r&#244;le qu'elles jouent dans de nombreux combats sociaux (des p&#234;cheurs aux paysans) sont impressionnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne voudrais certes pas pr&#233;tendre que la situation est bonne au Pakistan ! Mais une br&#232;che s'est ouverte qui peut permettre &#224; une gauche radicale, cons&#233;quente dans ses engagements, de se reconstituer &#224; une &#233;chelle sans pr&#233;c&#233;dent dans ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Internationalistes !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le LPP fait de tr&#232;s gros efforts pour rendre concret son engagement internationaliste. Au-del&#224; des r&#233;seaux et campagnes militantes (forum social, mouvement antiguerre&#8230;), il a tiss&#233; des liens importants en Su&#232;de, maintiens des liens politiques multiples et participe en tant qu'observateur permanent &#224; la vie de la Quatri&#232;me Internationale. Il souhaitait une pr&#233;sence &#233;trang&#232;re aussi nombreuse que possible &#224; son congr&#232;s et au meeting de masse qui a suivi. Seuls six militants ont r&#233;pondu &#224; son appel &#8211; et trois d'entre eux ont d&#251; renoncer au voyage, n'ayant pas obtenu leurs visas : un Nord-Am&#233;ricain et deux Indiens. Nous &#233;tions donc trois pr&#233;sents &#8211; un Afghan, un Australien et moi-m&#234;me &#8211; ce qui est trop peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2006 d&#233;j&#224;, la participation internationale au FSM de Karachi avait &#233;t&#233; bien en de&#231;&#224; des enjeux que repr&#233;sentent le Pakistan et cette partie du monde. A l'heure o&#249; l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien con&#231;oit &#171; l'Afpak &#187; comme un th&#233;&#226;tre de guerre unique, il est temps que nous prenions conscience de l'importance du combat engag&#233; par nos camarades du LPP et par la gauche pakistanaise. Ainsi que des menaces qui p&#232;sent sur eux. Nous avons d&#233;j&#224; d&#251; et nous devrons encore &#224; l'avenir mener des campagnes de solidarit&#233; pour les prot&#233;ger de la r&#233;pression, ou pour les aider &#224; se construire dans un pays o&#249; r&#232;gne une grande pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de plus en plus difficile &#224; des Pakistanais d'obtenir des visas pour se rendre en Europe. Il est plus facile &#224; des Europ&#233;ens d'aller au Pakistan. Le s&#233;jour est passionnant, car le Pakistan, th&#233;&#226;tre de guerre, est aussi le Pakistan, th&#233;&#226;tre de luttes. Ceci est une invitation au voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Rousset&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; ENCARTS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Pakistan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pakistan a &#233;t&#233; fond&#233; en 1947 avec la partition sanglante de l'Empire britannique des Indes. Il comprenait &#224; l'origine le Pakistan occidental (l'actuel Pakistan) et le Pakistan oriental (devenu le Bangladesh). La rupture entre ces deux pays, s&#233;par&#233;s par toute la largeur de l'Inde, s'est produite apr&#232;s la guerre de 1971.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pakistan repr&#233;sente avec 180 millions d'habitants (en 2009), le sixi&#232;me Etat le plus peupl&#233; du monde et le deuxi&#232;me pays musulman apr&#232;s l'Indon&#233;sie. La population est consid&#233;r&#233;e &#224; plus de 70% sunnite et &#224; 20% chiite, avec de petites minorit&#233;s musulmanes (sufismes, ahmadis&#8230;), chr&#233;tiennes, hindoues, sikhs, parsis (zoroastriens)... Dans cet Etat f&#233;d&#233;ral &#224; la crois&#233;e de nombreuses influences culturelles, le poids des provinces, r&#233;gions et nationalit&#233;s est tr&#232;s grand avec notamment le Pendjab et le Sind &#224; la fronti&#232;re indienne ; le Cachemire sous administration pakistanaise et Gilgit (cha&#238;ne himalayenne) &#224; la fronti&#232;re indo-chinoise ; le Nord-Ouest pachtoune, les zones tribales, &#224; la fronti&#232;re afghane ; le Baloutchistan &#224; la fronti&#232;re irano-afghane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alli&#233; des Etats-Unis et de la Chine, le Pakistan occupe une place g&#233;opolitique cl&#233; &#224; la charni&#232;re du Moyen-Orient, de l'Asie centrale et de l'Asie du Sud. Il est tr&#232;s directement impliqu&#233;, &#224; sa fronti&#232;re Ouest, dans le conflit d'Afghanistan. A sa fronti&#232;re Est, la question du Cachemire alimente une situation de guerre latente avec l'Inde. Comme cette derni&#232;re, il est dot&#233; de l'arme nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Largement agricole (coton, riz, canne &#224; sucre), le pays exporte surtout des textiles et produits alimentaires. Outre le textile, l'industrie couvre le secteur des biens manufactur&#233;s, la chimie, les mines et la sid&#233;rurgie, le b&#226;timent&#8230; Le poids des services est important. Les rapports sociaux gardent souvent &#224; la campagne des traits &#171; f&#233;odaux &#187; particuli&#232;rement brutaux et in&#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Pakistan a connu un processus d'islamisation &#8211; engag&#233; surtout &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1970 &#8211; et une succession de r&#233;gimes parlementaires client&#233;listes et de r&#233;gimes militaires. Il a pour capitale Islamabad, ainsi que Lahore comme centre historique le plus connu et Karachi pour m&#233;tropole portuaire et industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un grand meeting ouvrier et paysan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le congr&#232;s du LPP a &#233;t&#233; suivi le 29 janvier 2010 par un grand meeting populaire &#224; Faisalabad (le plus grand centre de production textile du Pakistan) r&#233;unissant pr&#232;s de dix mille participant(e)s, en grande majorit&#233; des ouvriers et paysans, avec une pr&#233;sence significative de femmes. Il &#233;tait conjointement appel&#233; par le LPP, le Mouvement national des travailleurs (FQM) et l'Association paysanne du Pendjab (AMP) autour de deux exigences centrales : le droit &#224; la s&#233;curit&#233; sociale pour tous les travailleurs de l'industrie ; le droit &#224; la terre pour qui la travaille, singuli&#232;rement dans les &#171; fermes militaires &#187;, propri&#233;t&#233;s d'institutions militaires. L'essentiel de l'assistance est arriv&#233; en cort&#232;ges militants avec force drapeaux rouges ; rares sont ceux qui sont venus individuellement : le LPP n'est pr&#233;sent que depuis peu dans cette ville et, surtout, les gens h&#233;sitent &#224; se rendre &#224; de telles r&#233;unions politiques par peur des attentats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cort&#232;ges sont venus de Faisalabad et de ses faubourgs (contingents syndicaux, dont les travailleurs du textile) et de districts ruraux autour de Lahore, Okara, Delapur, Renala Khurd et Kulyana. Il &#233;tait tr&#232;s important qu'ouvriers et paysans se retrouvent ainsi dans une initiative commune. La pr&#233;sence d'orateurs afghan, australien et fran&#231;ais lui a donn&#233; une dimension internationaliste sous le mot d'ordre historique : &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous ! &#187;. Le meeting a affirm&#233; sa solidarit&#233; avec les populations pachtounes victimes des affrontements entre talibans et arm&#233;e, de m&#234;me qu'avec les Baloutches, soumis &#224; des atrocit&#233;s de la part des militaires. Un sens de la solidarit&#233; qui se manifestait dans de nombreux slogans : &#171; Les souffrances de chacun et chacune sont les souffrances de toutes et tous &#187;, &#171; Droits &#233;gaux pour les femmes &#187;, &#171; Non aux lois discriminatoires &#187;. Ainsi qu'une radicalit&#233; affirm&#233;e : &#171; Non au FMI et &#224; la Banque mondiale &#187;, &#171; A bas l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain &#187;, &#171; A bas le capitalisme et le f&#233;odalisme &#187;, &#171; L'Asie est rouge &#187;, &#171; La lutte est notre strat&#233;gie &#187;. &#171; La r&#233;volution est notre chemin &#187;. Combats antiguerre et exigences sociales &#233;taient scand&#233;s : &#171; Donnez une chance &#224; la paix &#187;, &#171; Non aux attaques de drones et aux fondamentalismes religieux &#187;, &#171; Arr&#234;t des violences &#187;. &#171; La terre ou la mort &#187;, &#171; Les droits syndicaux, nos droits humains &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux repr&#233;sentants des mouvements associatifs et syndicaux, ainsi que de divers courants de gauche, &#233;taient &#224; la tribune. Le meeting faisait en effet date. Il r&#233;occupait l'esplanade Dhobi Ghat, ce haut lieu de rassemblements politiques d&#233;sert&#233;s depuis plusieurs ann&#233;es par peur, notamment, des attaques suicides. Un ensemble de r&#233;solutions d&#233;taill&#233;es ont &#233;t&#233; adopt&#233;es &#224; cette occasion en d&#233;fense des droits des paysans, des ouvriers et des femmes comme autant d'engagements concrets pour les luttes &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Flashs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La po&#233;sie joue un r&#244;le tr&#232;s important dans la culture populaire au Pakistan. Ainsi, les meetings sont introduits et scand&#233;s par des po&#232;mes chant&#233;s ou r&#233;cit&#233;s, tr&#232;s appr&#233;ci&#233;s. Ce fut le cas du meeting de masse de Faisalabad, mais aussi du congr&#232;s du LPP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les po&#232;tes sont des orateurs &#224; part enti&#232;re. Ainsi, durant le congr&#232;s du LPP, une po&#233;tesse a chant&#233; l'oppression des femmes : &#171; Nous qui donnons vie &#224; toute valeur / Nous sommes nous-m&#234;mes sans valeur / Nous que l'on appelle paradis* / Nous vivons en enfer &#187; (* dans le Coran). Les d&#233;l&#233;gu&#233;es ont de m&#234;me anim&#233; le congr&#232;s de nombreux mots d'ordre f&#233;ministes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meeting de masse &#233;tait appel&#233; conjointement par des mouvements syndicaux ou paysans et par le LPP. Comme c'est la r&#232;gle au Pakistan, l'ouverture effectu&#233;e par le LQM incluait la lecture d'un verset du Coran ; pas l'ouverture effectu&#233;e par le LPP : la gauche politique s'y refuse. La vice-pr&#233;sidente du LQM, Sumina Sarwer, est intervenue, v&#234;tue d'un l&#233;ger ch&#226;le. Bushra Khaliq, dirigeante du LPP, a parl&#233; cheveux aux vents &#8211; et s'est fait ovationner par l'assembl&#233;e populaire (elle est une excellente oratrice).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre l'h&#244;te du LPP n'est pas de tout repos. Il faut porter un salut &#224; un congr&#232;s, intervenir dans un meeting de masse, s'adresser &#224; une assembl&#233;e d'avocats, rencontrer des ONG, affirmer sa solidarit&#233; &#224; des paysans en lutte contre l'arm&#233;e, assister &#224; une r&#233;union sur le r&#244;le du syndicat avec des ouvriers des m&#233;tiers &#224; tisser, &#233;voquer la situation mondiale avec des intellectuels de gauche, conter l'ann&#233;e 68 &#224; des &#233;tudiants, se laisser interviewer par des journalistes, &#233;voquer le f&#233;minisme dans une r&#233;union de ville&#8230; et refuser, navr&#233; mais faute de temps, des invitations &#224; se rendre &#224; Murdan, Islamabad, Multan, Karachi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;ROUSSET Pierre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La faillite historique de l'Etat pakistanais</title>
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		<dc:date>2010-03-03T07:38:12Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>



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&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire sans Fronti&#232;res 21 f&#233;vrier 2010 ____________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre d'Afghanistan plonge l'&#201;tat pakistanais dans l'instabilit&#233; et met &#224; nu sa fragilit&#233;. Le Pakistan survivra-t-il &#224; l'&#233;preuve de la guerre d'Afghanistan ? Si la question peut se poser, c'est que pour l'essentiel la crise actuelle n'est pas conjoncturelle. Les fondements m&#234;mes de l'&#201;tat pakistanais, cr&#233;&#233; en 1947, s'av&#232;rent inconsistants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour exiger la partition de l'empire britannique des Indes, au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Asie-" rel="directory"&gt;Asie&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
21 f&#233;vrier 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'Afghanistan plonge l'&#201;tat pakistanais dans l'instabilit&#233; et met &#224; nu sa fragilit&#233;. Le Pakistan survivra-t-il &#224; l'&#233;preuve de la guerre d'Afghanistan ? Si la question peut se poser, c'est que pour l'essentiel la crise actuelle n'est pas conjoncturelle. Les fondements m&#234;mes de l'&#201;tat pakistanais, cr&#233;&#233; en 1947, s'av&#232;rent inconsistants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour exiger la partition de l'empire britannique des Indes, au moment de l'accession &#224; l'ind&#233;pendance, les promoteurs du Pakistan ont invoqu&#233; la th&#233;orie des &#171; deux nations &#187;, identifi&#233;es &#224; deux religions : islam et hindouisme. La partition a eu lieu au prix de terribles massacres et de gigantesques d&#233;placements de populations. Le nouvel &#201;tat indien a refus&#233; la logique religieuse, se d&#233;finissant la&#239;que et continuant &#224; abriter une importante minorit&#233; musulmane. &#192; l'inverse, l'&#201;tat pakistanais &#8211; construction g&#233;ographique artificielle &#8211; a recherch&#233; dans l'identit&#233; religieuse le ciment de son unit&#233;. Ce projet a radicalement &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier &#233;chec historique : la guerre de 1971. Le Pakistan des origines &#233;tait compos&#233; de deux parties s&#233;par&#233;es par toute la largeur de l'Inde. L'&#201;tat &#233;tait sous le contr&#244;le des &#233;lites penj&#226;bis &#224; l'ouest qui ont refus&#233; tout partage du pouvoir, provoquant la r&#233;volte des bengalis &#224; l'est. Le pays s'est bris&#233; dans un sanglant conflit, donnant naissance au Pakistan actuel et au Bengladesh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me &#233;chec historique : les cons&#233;quences de l'islamisation. De musulman, l'&#201;tat pakistanais est progressivement devenu islamiste, les lois &#233;tant soumises aux exigences des autorit&#233;s religieuses, de la sharia. Les minorit&#233;s, notamment chr&#233;tiennes, vivent dans une grande ins&#233;curit&#233;, et les la&#239;ques subissent des pressions croissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein m&#234;me de la r&#233;f&#233;rence musulmane, l'islamisation a ouvert une v&#233;ritable guerre de religion opposant des sectes arm&#233;es sunnites et chiites, nourrissant la mont&#233;e de l'intol&#233;rance fondamentaliste, le tout confort&#233; par l'Arabie saoudite et le wahhabisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#233;chec historique : l'appel &#224; l'unit&#233; des musulmans n'a pas amoindri les tensions nationales et r&#233;gionales. Le Pakistan est un puzzle o&#249; les &#233;lites penj&#226;bis occupent une position de force (administration, arm&#233;e). Aucune fraction des classes dominantes n'a pr&#233;sent&#233; de projet f&#233;d&#233;ral commun au Nord-Ouest pachtoun, au Baloutchistan, au Sind, au Pendjab&#8230; Le pays reste une poudri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me &#233;chec historique : la guerre d'Afghanistan. Pendant plusieurs d&#233;cennies, la question irr&#233;solue du Cachemire aidant, l'Inde a jou&#233; le r&#244;le d'ennemi h&#233;r&#233;ditaire. Aujourd'hui, la fronti&#232;re &#171; chaude &#187; se trouve &#224; l'ouest et oppose d'anciens alli&#233;s (les talibans sont une cr&#233;ation des services sp&#233;ciaux pakistanais). &#192; nouveau, musulmans contre musulmans. Autant le conflit avec l'Inde offrait une l&#233;gitimit&#233; nationaliste &#224; l'&#201;tat pakistanais, autant la guerre afghane le mine. L'identification &#171; nation &#187; et &#171; religion &#187; a &#233;t&#233; un facteur de division et non d'unification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'&#201;tat pakistanais appara&#238;t aujourd'hui comme un maillon faible alors qu'il occupe une place d&#233;cisive dans des tensions g&#233;opolitiques qui vont de l'Asie centrale au Moyen-Orient et &#224; l'Asie du Sud. Washington s'en inqui&#232;te. Cependant, l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien, par son intervention en Afghanistan et son rapprochement avec l'Inde, contribue lui-m&#234;me &#224; d&#233;stabiliser le Pakistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une partie du monde marqu&#233;e par le face-&#224;-face nucl&#233;aire indo-pakistanais, les &#201;tats-Unis jouent le r&#244;le de l'apprenti-sorcier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre Rousset&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;ROUSSET Pierre&lt;br class='autobr' /&gt;
* A para&#238;tre dans Hebdo TEAN # 4 (25/02/10).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Vall&#233;e de Swat : Le Pakistan malade de l'Afghanistan</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Vallee-de-Swat-Le-Pakistan-malade-de-l-Afghanistan</link>
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		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les combats font rage dans la vall&#233;e de Swat, au nord-ouest du Pakistan. La crise afghano-pakistanaise est entr&#233;e dans une nouvelle phase. &lt;br class='autobr' /&gt; ________________________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
* Paru dans &#171; Tout est &#224; nous &#187; n&#176;9 du 21 mai 2009. hebdomadaire du Nouveau Parti Anticapitaliste (France) &lt;br class='autobr' /&gt;
21 mai 2009 ________________________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis sa cr&#233;ation en 1947, le Pakistan est un pays sur pied de guerre, travers&#233; des conflits internes, notamment avec les mouvements nationalistes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Asie-" rel="directory"&gt;Asie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les combats font rage dans la vall&#233;e de Swat, au nord-ouest du Pakistan. La crise afghano-pakistanaise est entr&#233;e dans une nouvelle phase.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;* Paru dans &#171; Tout est &#224; nous &#187; n&#176;9 du 21 mai 2009.&lt;br class='autobr' /&gt;
hebdomadaire du Nouveau Parti Anticapitaliste (France)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 mai 2009&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Depuis sa cr&#233;ation en 1947, le Pakistan est un pays sur pied de guerre, travers&#233; des conflits internes, notamment avec les mouvements nationalistes baloutches, et de vives tensions frontali&#232;res. Pendant longtemps, la fronti&#232;re &#171; chaude &#187; s'est situ&#233;e &#224; l'Est &#8211; face &#224; l'Inde &#8211; et singuli&#232;rement au Nord-Est sur l'abc&#232;s de fixation que constitue le Cachemire, territoire &#224; majorit&#233; musulmane dont New Delhi a r&#233;ussi &#224; garder le contr&#244;le. La zone &#171; chaude &#187; se trouve aujourd'hui au Nord-Ouest &#8211; c&#244;t&#233; Afghanistan &#8211; et cela change bien des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit avec l'Inde a toujours permis &#224; l'Etat pakistanais (en particulier &#224; l'arm&#233;e pakistanaise) de fonder sa l&#233;gitimit&#233;. L'Inde est en effet l'&#171; ennemi h&#233;r&#233;ditaire &#187;, le Pakistan &#233;tant n&#233; de la division de l'Empire britannique sur une base religieuse &#8211; musulmans contre hindous &#8211; &#224; coups de meurtriers d&#233;placements de populations. La &#171; partition &#187; de 1947 a cr&#233;&#233; un foss&#233; de sang soigneusement entretenu depuis. En revanche, le conflit &#224; la fronti&#232;re afghane oppose aujourd'hui les alli&#233;s d'hier : Washington et Islamabad (capitale du Pakistan) ont favoris&#233; le d&#233;veloppement de mouvements islamistes pour combattre durant les ann&#233;es 1980 les Sovi&#233;tiques et le r&#233;gime la&#239;c de Kaboul (capitale de l'Afghanistan). Apr&#232;s les attentats meurtriers du 11 septembre 2001, le gouvernement US pouvait ais&#233;ment faire des ennemis de ses amis. Il n'en allait pas de m&#234;me pour les dirigeants pakistanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la puissance d&#233;mographique et &#224; l'immensit&#233; g&#233;ographique de l'Inde, seul l'Afghanistan peut, en cas de guerre, offrir au Pakistan une profondeur strat&#233;gique. Il faut pour cela &#224; Kaboul un r&#233;gime favorable &#224; Islamabad : les talibans, le fondamentalisme sunnite offrant le ciment id&#233;ologique de cette alliance. Des tribus pachtounes occupent le terrain de part et d'autre d'une fronti&#232;re internationale fort th&#233;orique. La question afghane devient ainsi une question int&#233;rieure au Pakistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention militaire de l'Otan en Afghanistan a ouvert une crise au Pakistan. Cette crise se noue aujourd'hui dans la vall&#233;e de Swat, un fief taliban. Mais elle a bien d'autres dimensions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conforter leur pouvoir, les classes et &#233;lites dominantes, l'arm&#233;e et les partis client&#233;listes ont chacun &#224; leur tour jou&#233; la carte de l'islamisation de l'Etat pakistanais. Ils ont ce faisant ouvert une bo&#238;te de Pandore avec, dans un premier temps, les conflits sectaires entre ob&#233;diences musulmanes chiites et sunnites. Puis, dans un deuxi&#232;me temps, le d&#233;veloppement au Pakistan m&#234;me de mouvements talibans qui apparaissent aux yeux d'une grande partie de la population comme une terrible menace obscurantiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, au temps de la guerre froide, l'appui des Etats-Unis et de la Chine &#233;tait acquis, l'Inde &#233;tant soutenue par l'Union sovi&#233;tique. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Alors m&#234;me que l'intervention &#233;tats-unienne en Afghanistan d&#233;stabilise le Pakistan et renforce &#171; l'anti-am&#233;ricanisme &#187; ambiant, Washington peut exiger d'Islamabad un engagement plus franc contre les talibans en le mena&#231;ant de se rapprocher encore plus de New Delhi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont aujourd'hui les habitants de la vall&#233;e de Swat qui paient le prix d'une guerre r&#233;gionale et de conflits religieux dont ils sont otages. Mais c'est l'Etat pakistanais tout entier qui peut demain entrer dans une crise de d&#233;composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Paru dans &#171; Tout est &#224; nous &#187; n&#176;9 du 21 mai 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La Cor&#233;e, une bombe &#224; retardement</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-Coree-une-bombe-a-retardement</link>
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		<dc:date>2009-06-15T04:40:03Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>



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&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fonti&#232;res 3 juin 2009 ______________________________________ H&#233;ritage des ann&#233;es 1950, la division de la Cor&#233;e p&#232;se aujourd'hui comme une bombe &#224; retardement sur la situation en Asie du Nord-Est. La crise cor&#233;enne montre &#224; quel point il est urgent de relancer le combat pour le d&#233;sarmement nucl&#233;aire universel. &lt;br class='autobr' /&gt;
La tension est &#224; nouveau tr&#232;s vive dans la p&#233;ninsule cor&#233;enne apr&#232;s que la Cor&#233;e du Nord a proc&#233;d&#233; &#224; un second test nucl&#233;aire [1] et au tir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Asie-" rel="directory"&gt;Asie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fonti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
3 juin 2009&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;H&#233;ritage des ann&#233;es 1950, la division de la Cor&#233;e p&#232;se aujourd'hui comme une bombe &#224; retardement sur la situation en Asie du Nord-Est. La crise cor&#233;enne montre &#224; quel point il est urgent de relancer le combat pour le d&#233;sarmement nucl&#233;aire universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tension est &#224; nouveau tr&#232;s vive dans la p&#233;ninsule cor&#233;enne apr&#232;s que la Cor&#233;e du Nord a proc&#233;d&#233; &#224; un second test nucl&#233;aire [1] et au tir exp&#233;rimental de missiles, puis a d&#233;clar&#233; ne plus &#234;tre li&#233; par les accords d'armistice ayant mis fin &#224; la guerre de 1950-1953.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conjoncturellement, la crise actuelle semble provoqu&#233;e par l'&#233;volution de la situation dans les deux parties de ce pays divis&#233; depuis 56 ans. Au Sud, le nouveau pr&#233;sident Lee Myung-bak, &#233;lu en f&#233;vrier 2008, a rompu avec la politique d'ouverture &#224; l'&#233;gard du Nord men&#233;e par son pr&#233;d&#233;cesseur, S&#233;oul (capitale du Sud) &#233;tant confort&#233; dans son choix par la &#171; fermet&#233; &#187; affich&#233;e par la nouvelle administration Obama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Nord, l'&#233;tat de sant&#233; du pr&#233;sident Kim Jong-il se serait d&#233;t&#233;rior&#233; au point de poser la question de sa succession, ouvrant une p&#233;riode d'incertitude pour un r&#233;gime fragilis&#233; par la crise alimentaire qui a frapp&#233; une partie de la population. Quant aux Etats-Unis, ils n'ont toujours pas concr&#233;tis&#233; les mesures pr&#233;vues lors des n&#233;gociations internationales, en contrepartie de l'arr&#234;t du programme nucl&#233;aire nordiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, Pyongyang (capitale du Nord) aurait d&#233;cid&#233; d'engager une &#233;niemme &#171; partie de poker &#187; diplomatique pour obliger les Etats-Unis &#224; plus de concessions. Le &#171; chantage &#187; nord-cor&#233;en viserait aussi &#224; forcer le soutien de P&#233;kin qui tra&#238;ne aujourd'hui son alliance avec le r&#233;gime de Kim Jong-il comme un boulet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la &#171; diplomatie du chantage &#187; peut marcher, c'est que la p&#233;ninsule cor&#233;enne occupe une position g&#233;ostrat&#233;gique cl&#233; en Asie du Nord-Est : la Chine, la Russie, le Japon et les Etats-Unis sont directement impliqu&#233;s. Les enjeux sont d'autant plus grands qu'il s'agit de l'une des r&#233;gions les plus militaris&#233;es du monde, les USA notamment ayant pr&#232;s de trente mille soldats US en Cor&#233;e du Sud et poss&#233;dant de grandes bases militaires dans l'archipel nippon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore r&#233;cemment, la tension latente a laiss&#233; place &#224; des affrontements directs entre les deux Cor&#233;es, sur leur fronti&#232;re maritime occidentale, en 1999 et 2002. Une crise &#171; chaude &#187; de grande ampleur aurait des r&#233;percussions difficiles &#224; mesurer, modifiant les rapports de forces entre puissances dans cette partie du monde. Quoique P&#233;kin et Moscou pensent du r&#233;gime nord-cor&#233;en, ils ne peuvent rester indiff&#233;rent alors que l'axe nippo-&#233;tatsunien pourrait tirer profit &#224; leur d&#233;pend d'une telle crise. L'alliance militaire entre Washington et Tokyo repr&#233;sente en effet une tr&#232;s lourde menace &#224; moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'int&#233;gration de la Chine et de la Russie dans le march&#233; capitaliste mondial, la situation cor&#233;enne est donc rest&#233;e &#171; gel&#233;e &#187; tant les enjeux r&#233;gionaux sont grands et les r&#233;sultats d'une crise hasardeux. Mais on pourrait atteindre demain un point de rupture dans cet &#233;quilibre instable. Pour des raisons internes &#224; la p&#233;ninsule : &#224; quel point le r&#233;gime nord-cor&#233;en est-il us&#233; &#8211; un effondrement est-il possible &#8211; ou le ciment nationaliste tient-il encore ? Pour des raisons externes de m&#234;me : le r&#233;gime japonais souffle lui aussi sur le feu du nationalisme voulant acc&#233;der au rang de grande puissance militaire et non seulement &#233;conomique, jusqu'&#224; se doter de l'arme atomique. L'enjeu d'une crise en devient proprement mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barack Obama, lors de sa r&#233;cente tourn&#233;e europ&#233;enne, d&#233;but avril, a plaid&#233; pour un monde d&#233;nucl&#233;aris&#233; &#8211; tout en se gardant bien d'engager les Etats-Unis dans cette voie. Or, la crise cor&#233;enne montre &#224; quel point la prolif&#233;ration nucl&#233;aire est inscrite dans la logique de l'actuelle mondialisation militaire. Tokyo sait que le Japon ne sera jamais reconnu comme une grande puissance tant qu'il n'aura pas la bombe. Pyongyang sait qu'un pays qui ne la poss&#232;de pas, comme l'Irak, peut &#234;tre envahi sous de fallacieux pr&#233;texte : une capacit&#233; nucl&#233;aire, m&#234;me petite, s'av&#232;re protectrice &#8211; c'est d'ailleurs le fondement de la conception fran&#231;aise de la dissuasion du faible au fort qui a servit &#224; Paris pour justifier l'acquisition de l'arme atomique. Les nouveaux pays nucl&#233;aires ne font que refaire ce que les anciens d&#233;tenteurs ont fait avant eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Asie du Nord-Est est devenue un foyer de course aux armements, &#224; l'instar de l'Asie du Sud et de l'Ouest o&#249; l'Inde et le Pakistan se sont dot&#233;s simultan&#233;ment de l'arme et o&#249; la guerre d'Afghanistan alimente l'instabilit&#233;. A l'instar aussi du Moyen Orient (Isra&#235;l, Iran). La crise cor&#233;enne souligne &#224; quel point il est urgent de relancer le combat pour le d&#233;sarmement nucl&#233;aire universel &#8211; en particulier, pour ce qui nous concerne, en France &#8211; et &#224; quel point le mouvement antiguerre international doit en faire l'un de ses principaux objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ROUSSET Pierre&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Le premier test a eu lieu en 2006. Voir Pierre Rousset : Le test nucl&#233;aire nord-cor&#233;en, la sanction d'un quadruple &#233;chec&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Elections en Inde : un &#233;chec probablement historique des PC &#171; traditionnels &#187;</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Elections-en-Inde-un-echec-probablement-historique-des-PC-traditionnels</link>
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		<dc:date>2009-06-15T04:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans fronti&#232;res ROUSSET Pierre 28 mai 2009 _____________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux partis communistes &#171; traditionnels &#187; &#8211; le PCI et le PCI-M &#8211; ont subi un tr&#232;s s&#233;rieux revers aux &#233;lections l&#233;gislatives indiennes qui se sont conclu le 13 mai 2009 et qui ont &#233;t&#233; emport&#233;es par le Congr&#232;s. Vu la place qui est aujourd'hui celle du PCI-M parmi les partis issus des courants prosovi&#233;tiques ou dits &#171; eurocommunistes &#187;, cette question a une port&#233;e internationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
En (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Asie-" rel="directory"&gt;Asie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
ROUSSET Pierre &lt;br class='autobr' /&gt;
28 mai 2009&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les deux partis communistes &#171; traditionnels &#187; &#8211; le PCI et le PCI-M &#8211; ont subi un tr&#232;s s&#233;rieux revers aux &#233;lections l&#233;gislatives indiennes qui se sont conclu le 13 mai 2009 et qui ont &#233;t&#233; emport&#233;es par le Congr&#232;s. Vu la place qui est aujourd'hui celle du PCI-M parmi les partis issus des courants prosovi&#233;tiques ou dits &#171; eurocommunistes &#187;, cette question a une port&#233;e internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Inde, au fil du conflit sino-sovi&#233;tique, le Parti communiste des origines a principalement donn&#233; naissance &#224; trois composantes : Le Parti communiste indien &#171; maintenu &#187; (PCI) qui reste pro-Moscou. Le PC &#171; marxiste &#187; (PCI-M) qui adopte un profil international &#171; ni-Moscou, ni-P&#233;kin &#187;. Les PCI &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187; (PCI-ML), pro-chinois, qui finiront par se fragmenter en un &#233;ventail d'organisations concurrentes. Si les mao&#239;stes repr&#233;sentent la r&#233;f&#233;rence dominante dans l'extr&#234;me gauche militante (aujourd'hui encore pour une part arm&#233;e), le PCI et le PCI-M (surtout) ont gard&#233; une importante repr&#233;sentation parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde est une f&#233;d&#233;ration o&#249; aucun parti n'a une implantation homog&#232;ne &#224; l'&#233;chelle du pays-continent. Les PC peuvent &#234;tre au pouvoir dans certains Etats alors qu'ils sont quasi inexistants dans d'autres (comme au Gujarat dans l'Ouest). Lors de pr&#233;c&#233;dentes &#233;ch&#233;ances &#233;lectorales, le PCI-M avait connu un succ&#232;s qui lui avait permis &#8211;chose rare&#8211; de gouverner simultan&#233;ment les trois Etats o&#249; il est le mieux implant&#233; : le Bengale occidental et Tripura au Nord-Est, le Kerala au Sud-Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mographiquement (plus de 80 millions d'habitants), politiquement et &#233;conomiquement, le Bengale occidental (capitale Calcutta) est de loin le plus important. Apr&#232;s une premi&#232;re victoire en 1967, le PCI-M a dirig&#233; cet Etat en permanence depuis 1977 via, derni&#232;rement, un &#171; Front de gauche &#187;. Le PCI-M a aussi dirig&#233;, mais de fa&#231;on de fa&#231;on discontinue (&#224; savoir une l&#233;gislature sur deux), le Kerala et ses quelque 35 millions d'habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau f&#233;d&#233;ral, apr&#232;s les pr&#233;c&#233;dentes &#233;lections l&#233;gislatives de 2004, le PCI-M a constitu&#233; un bloc de gauche fort de 62 d&#233;put&#233;s &#8211; soit le troisi&#232;me groupe parlementaire. Le Parti du Congr&#232;s ayant besoin de leur soutien pour pouvoir gouverner, cette coalition autour du PCI-M avait une influence r&#233;elle : elle a notamment pu imposer le &#171; gel &#187; du rapprochement sur les questions nucl&#233;aires entre New Delhi et Washington et freiner certaines mesures de lib&#233;ralisation &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les PCI et PCI-M dirigent les principaux syndicats de gauche (Aituc et Citu) [1] ; les plus grandes conf&#233;d&#233;rations &#233;tant li&#233;es aux partis bourgeois gouvernementaux (Congr&#232;s et BJP &#8211; la droite extr&#234;me, hindouiste). Via leurs organisations de masse, ils se sont aussi engag&#233;s &#224; fond dans le processus des forums sociaux mondiaux, jouant un r&#244;le important (de concert avec d'autres composantes) dans l'organisation du forum de Bombay (Mumbai) en 2004. Le PCI-M annonce pr&#232;s d'un million de membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan international, le PCI-M (c'est moins vrai pour le PCI) occupe une place particuli&#232;re : il est l'un des seuls &#224; garder une r&#233;elle capacit&#233; d'initiative politique parmi les &#171; grands &#187; partis issus du mouvement communiste prosovi&#233;tique et stalinien. Il n'en vient pas moins de subir un tr&#232;s s&#233;v&#232;re revers &#233;lectoral lors des &#233;lections l&#233;gislatives (elles ont dur&#233; un mois, commen&#231;ant le 16 avril et s'achevant le 13 mai 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de d&#233;put&#233;s f&#233;d&#233;raux du PCI-M est tomb&#233; de 43 &#224; 16 et celui du PCI de 10 &#224; 4. Ils ont constitu&#233; un groupe parlementaire avec, notamment, des partis r&#233;gionaux, comprenant initialement 67 d&#233;put&#233;s, mais c'est un bloc politiquement tr&#232;s fragile, h&#233;t&#233;roclite. L'alliance dirig&#233;e par le Parti du Congr&#232;s a la majorit&#233; et s'est lib&#233;r&#233;e de sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des PC. Dans le Tripura, le PCI-M pr&#233;serve certes sa base &#233;lectorale, mais ce petit Etat (plus de 3 millions d'habitants) ne repr&#233;sente qu'un enjeux politique marginal., En revanche, il recule brutalement dans ses bastions du Bengale occidental, o&#249; la gauche ne gagne que 15 si&#232;ges (dont 9 au PCI-M) au lieu de 35 en 2004, et du Kerala (4 si&#232;ges au PCI-M contre 19 &#224; la coalition de gauche en 2004).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu politique en Inde varie consid&#233;rablement suivant les Etats et les raisons de ces &#233;checs ne sont pas partout les m&#234;mes &#8211; au Kerala, par exemple, le PCI-M a &#233;t&#233; ouvertement divis&#233; par une intense lutte de fraction. Le PCI-M avait par ailleurs eu l'intelligence de ne pas entrer dans le gouvernement f&#233;d&#233;ral durant la pr&#233;c&#233;dente l&#233;gislature, soutenant le Congr&#232;s de l'ext&#233;rieur et gardant ainsi une certaine libert&#233; politique. Mais la crise a &#233;clat&#233; dans sa place forte du Bengale occidental, apr&#232;s des d&#233;cennies de pouvoir continu et la corruption qui l'accompagne. Le gouvernement du Front de gauche a voulu s'ouvrir &#224; la mondialisation capitaliste et cr&#233;er des zones industrielles franches, en chassant, pour ce faire, de leurs terres les paysans. Gr&#226;ce &#224; la mise en &#339;uvre d'une r&#233;forme agraire, le PCI-M b&#233;n&#233;ficiait d'un important appui populaire dans les campagnes. Mais cette fois, &#224; Singur et Nandigram, il s'est heurt&#233; en 2007 &#224; de violentes r&#233;sistances rurales. Il y a r&#233;pondu par une r&#233;pression tr&#232;s brutale, parfois sauvage, la police se comportant comme dans les autres Etats dirig&#233;s par le centre ou la droite &#8211; il y a eu de nombreux morts, viols, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact de ces &#233;v&#233;nements a &#233;t&#233; consid&#233;rable. Apr&#232;s des convergences unitaires exceptionnelles, &#224; l'occasion notamment du Forum social [2], ils ont cr&#233;&#233; un v&#233;ritable foss&#233; de sang entre le PCI-M et d'autres d'autres composantes progressistes indiennes qui se sont rang&#233;es aux c&#244;t&#233;s des villageois de Singur et Nandigram. Cet impact d'autant plus grand que les conflits entre paysans et groupes industriels (automobiles Tata&#8230;) se multiplient en diverses r&#233;gions du pays et que les villageois re&#231;oivent g&#233;n&#233;ralement le soutien actif de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas vraiment eu, lors des derni&#232;res &#233;lections, une &#171; vague &#187; en faveur du Parti du Congr&#232;s dont les PC auraient p&#226;ti malgr&#233; eux. Le Congr&#232;s a surtout b&#233;n&#233;fici&#233; du d&#233;clin des autres forces f&#233;d&#233;rales comme le BJP (extr&#234;me droite hindouiste) et les gauches ; ainsi que de la mont&#233;e des partis r&#233;gionaux qu'il peut se rallier. La d&#233;faite n'est pas venu essentiellement de circonstances &#171; ext&#233;rieures &#187;, mais bien, semble-t-il, d' une rupture des liens entretenus avec leur base sociale, au moins dans les Etats o&#249; ils ont &#233;t&#233; au pouvoir &#8211; singuli&#232;rement au Bengale occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite des PCI/PCI-M n'est donc probablement pas seulement conjoncturelle. Elle refl&#232;te des &#233;volutions profondes. Dans un pays-continent comme l'Inde, il faut se garder de g&#233;n&#233;ralisations h&#226;tives. Mais le PCI-M est touch&#233; en son c&#339;ur &#8211; le Bengale occidental &#8211; et son orientation d'ensemble est en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections d'avril-mai 2009 concernaient l'Assembl&#233;e nationale (Lok Sabha). Sauf exception, il ne s'agissait pas d'&#233;lire les assembl&#233;es d'Etat &#8211; on verra quand elles se produiront si elles confirment les &#233;volutions en cours. Mais on assiste probablement &#224; un tournant historique pour la gauche indienne ; un tournant &#224; la port&#233;e internationale. Apr&#232;s l'affaissement de Refondation en Italie et les compromissions du PC en Afrique du Sud, la crise du PCI-M amorcerait en effet le d&#233;clin et la perte d'identit&#233; de l'un des derniers (du dernier ?) des grands partis communistes &#171; traditionnels &#187;. [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Aituc : All India Trade Union Congress. Citu : Center for Indian Trade Unions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir Pierre Rousset, Mumbai : Rien n'&#233;tait jou&#233; d'avance ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spi..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/spi..&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] J'utilise ici, faute de mieux, le terme de &#171; traditionnel &#187; pour inclure &#224; la fois le PCI et le PCI-M dans le cas indien et, sur le plan international, tous les partis issus pour l'essentiel du mouvement communiste pro-Moscou et stalinien, y compris des organisations qui se sont &#171; renouvel&#233;es &#187; et qui ont connu une &#233;volution notable, comme Refondation en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je laisse ici de c&#244;t&#233; l'&#233;volution possible des partis est-europ&#233;ens et ne traite pas de ce que deviennent les partis-Etats du Vietnam &#224; Cuba.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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