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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Reconstruire les infrastructures de la contestation</title>
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		<dc:date>2012-01-24T13:59:28Z</dc:date>
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		<dc:creator>David McNally</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Conjoncture</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise financi&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans ce long entretien, David McNally, auteur de Global Slump (PM Press, 2010) revient sur les origines de la premi&#232;re grande crise du capitalisme du XXIe si&#232;cle et sur ses cons&#233;quences pour le d&#233;veloppement des r&#233;sistances. &lt;br class='autobr' /&gt; Les premiers signes de la crise &#233;conomique mondiale que ton livre analyse se sont clairement fait sentir il y a quatre ans, durant l'&#233;t&#233; 2007. En quoi est-il toujours pertinent de tenter de cerner les causes et cons&#233;quences de cette crise ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois qu'il est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH100/arton3279-c56bd.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans ce long entretien, David McNally, auteur de &lt;i&gt;Global Slump&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;traduction fran&#231;aise : &#171; Crise globale &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (PM Press, 2010) revient sur les origines de la premi&#232;re grande crise du capitalisme du XXIe si&#232;cle et sur ses cons&#233;quences pour le d&#233;veloppement des r&#233;sistances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les premiers signes de la crise &#233;conomique mondiale que ton livre analyse se sont clairement fait sentir il y a quatre ans, durant l'&#233;t&#233; 2007. En quoi est-il toujours pertinent de tenter de cerner les causes et cons&#233;quences de cette crise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est important d'analyser cette crise et de comprendre ses racines profondes car plusieurs &#233;l&#233;ments indiquent que ce n'est pas une r&#233;cession comme les autres. Il s'agit d'une crise syst&#233;mique, en d'autre mot une p&#233;riode de profonde instabilit&#233; dans le processus d'accumulation du capital qui perdurera pendant plusieurs ann&#233;es, nonobstant les oscillations tant&#244;t positives, tant&#244;t n&#233;gatives de certains indicateurs &#233;conomiques. On a souvent tendance &#224; oublier que ce fut aussi le cas lors de la Grande D&#233;pression : il y eu une chute marqu&#233;e de l'activit&#233; &#233;conomique de 1929 &#224; 1933, suivie d'une reprise de quatre ans de 1933 &#224; 1937, avant que l'&#233;conomie ne chute &#224; nouveau. Mais nous sommes tous d'accord sur le fait que tous ces mouvements form&#232;rent tout de m&#234;me un ensemble, une p&#233;riode distincte au cours de laquelle le capitalisme fut incapable de d&#233;passer une s&#233;rie de contradictions. Depuis 2007, le capitalisme est entr&#233; dans un moment historique du m&#234;me type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cela, nous devons analyser les causes profondes de la crise. Car s'il est vrai que nous avons pu assister &#224; une tr&#232;s faible reprise fin 2009 et d&#233;but 2010, elle s'est limit&#233;e &#224; une r&#233;cup&#233;ration de la profitabilit&#233; mais n'a eu des r&#233;percussions que tr&#232;s faibles sur l'embauche et les salaires. Si on replace cette crise dans la longue p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale qui a d&#233;but&#233; &#224; la fin de la r&#233;cession de 1982, il appara&#238;t que ce fut une p&#233;riode d'expansion qui a produit un profond probl&#232;me de suraccumulation que la r&#233;cession de 2008-2009 n'a pas r&#233;ussi &#224; r&#233;gler. Et, comme pour la p&#233;riode des ann&#233;es 1970 et des ann&#233;es 1930, il faudra plus ou moins une d&#233;cennie, pour que le capitalisme puisse r&#233;soudre le probl&#232;me. Bien s&#251;r notre espoir est qu'il ne pourra le faire par lui-m&#234;me et que des mouvements de r&#233;sistance vont &#233;merger pour faire &#233;merger une alternative au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les turbulences des derniers mois, li&#233;es aux crises de la dette souveraine de la Gr&#232;ce et d'autres pays europ&#233;ens tels que l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie laissent craindre que la crise puisse en effet perdurer. S'agit-il d'une nouvelle &#233;tape de la m&#234;me crise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sauvetage des banques qui a d&#233;but&#233; en 2008 et a mobilis&#233; plusieurs milliers de milliards de dollars n'est pas termin&#233;. Conjugu&#233; au effets d'une contraction &#233;conomique ayant r&#233;duit les revenus des gouvernements, ce sauvetage a contribu&#233; &#224; une forte hausse de la dette publique. Il se poursuit aujourd'hui via des &#171; plans d'aide &#187; aux &#201;tats faisant face &#224; une crise de la dette publique et qui s'accompagnent de coupes dans les caisses de retraite, dans l'&#233;ducation, les programmes sociaux et l'emploi public affectant la vie de millions d'individus. Fondamentalement, ces politiques visent &#224; transf&#233;rer des fonds publics vers les banques et la finance en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mi-2011, les banques allemandes avaient pr&#234;t&#233; l'&#233;quivalent d'environ 170 % de leur capital aux gouvernements grecs, irlandais, portugais et espagnol. L'&#233;quivalent d'environ 100 % du capital d&#233;tenu par les banques fran&#231;aises &#233;tait aussi expos&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les donn&#233;es rassembl&#233;es par Martin Wolf, &#171; The Eurozone after (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces chiffres augmentent consid&#233;rablement si on prend en compte l'Italie. Parall&#232;lement, les banques am&#233;ricaines sont en possession de titres de la dette publique de ces cinq &#233;conomies europ&#233;ennes &#224; hauteur de 700 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'un d&#233;faut de paiement de la part de la Gr&#232;ce semble in&#233;vitable, un tel sc&#233;nario va d&#233;clencher une s&#233;rie de crises et de nouveaux d&#233;fauts de paiement menant &#224; la faillite de certaines banques. Des pertes de plusieurs milliards de dollars pour les banques apparaissent aussi de plus en plus probables. C'est la raison pour laquelle les actions de banques telles que BNP Paribas et la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale ont chut&#233; si fortement au cours des derniers mois. Et c'est aussi pour cela que de tr&#232;s grandes soci&#233;t&#233;s, banques et autres fonds d'investissement ont retir&#233; leurs avoirs des banques europ&#233;ennes. Bref, nous sommes &#224; l'aube d'une nouvelle crise financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque centrale europ&#233;enne, le FMI et les grandes puissances europ&#233;ennes affirment vouloir sauver de la faillite des pays tels que la Gr&#232;ce, l'Irlande ou le Portugal. Mais la priorit&#233; demeure les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s des banques. Il faut suivre le chemin emprunt&#233; par l'argent octroy&#233; par l'Europe et le FMI : lorsque les gouvernements endett&#233;s re&#231;oivent des centaines de milliards en nouveaux pr&#234;ts, cet argent est imm&#233;diatement transf&#233;r&#233; vers les coffres des banques priv&#233;es afin de rembourser des dettes contract&#233;es par le pass&#233;. Les banques sont ainsi une fois de plus sauv&#233;es par le peuple. Tout comme lors de la crise des institutions financi&#232;res de 2008-2009, les profits des banques sont privatis&#233;s alors que leurs pertes sont assum&#233;es par les budgets publics. Il ne s'agit pas vraiment de libre-march&#233;. Mais c'est une excellente affaire pour les banquiers !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les obstacles &#224; une &#171; cr&#233;ation destructive &#187; qui pourrait mener &#224; une reprise &#233;conomique soutenue ? Tu as mentionn&#233; les ann&#233;es 1970. Un des facteurs d&#233;terminants ayant permis de sortir de cette crise a &#233;t&#233; le choc mon&#233;taire de Volcker et la d&#233;faite politique des travailleur&#183;ses dans les pays du Nord. Est-ce qu'un tel &#171; rem&#232;de &#187; pourrait &#224; nouveau &#234;tre ass&#233;n&#233; &#224; cette classe et serait-il suffisant pour relancer le processus d'accumulation de fa&#231;on soutenue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, la classe des travailleur&#183;ses subit &#224; nouveau un assaut d'une grande ampleur. Il suffit d'observer ce qui se passe aux &#201;tats-Unis o&#249; l'organisation du mouvement ouvrier est la plus faible par rapport aux autres pays du Nord : il y a eu des destructions massives d'emploi, mais aussi une &#233;norme augmentation de la productivit&#233; du travail qui se traduit par une chute du co&#251;t unitaire de production d'environ 5 % en 2009, ce qui signifie qu'il en co&#251;te environ 5 % moins aux capitalistes pour produire un bien ou un service donn&#233;. C'est une diminution &#233;norme. Plusieurs des m&#233;thodes n&#233;o-lib&#233;rales &#8211; augmentation du rythme du travail, production &#171; juste-&#224;-temps &#187;, etc. &#8211; que les capitalistes ont utilis&#233;es depuis 30 ans s'intensifient. Les travailleur&#183;ses doivent faire face &#224; cette reconfiguration des processus de travail alors m&#234;me que, dans la plupart des pays du Nord , leur organisation collective s'est consid&#233;rablement affaiblie par rapport &#224; ce qu'elle &#233;tait lors de la crise des ann&#233;es 1970. &#201;videmment, le capital profite de cette position de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on oublie souvent que le capitalisme ne peut se sortir d'une crise simplement en intensifiant l'exploitation du travail. Cela peut restaurer les profits et mettre fin &#224; la s&#233;rie de faillites d'entreprises li&#233;e &#224; la crise. Mais pour se sortir d'une crise dont les germes se trouvent dans la longue p&#233;riode de croissance qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e, le capitalisme a besoin de d&#233;truire beaucoup de capital suraccumul&#233; &#8211; c'est-&#224;-dire qu'il doit se d&#233;partir de beaucoup d'usines, de mines, de tours &#224; bureaux, de centre commerciaux, etc., qui ne peuvent plus &#234;tre utilis&#233; de mani&#232;re profitable. C'&#233;tait l&#224; un des probl&#232;mes auxquels voulait r&#233;pondre le choc mon&#233;taire de Volcker en 1979 : face &#224; la hausse massive des taux d'int&#233;r&#234;ts, les capitalistes qui ne pouvaient payer leurs dettes ont fait faillite et une restructuration du capital a &#233;t&#233; ainsi impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la crise actuelle, nous n'avons eu pour l'instant qu'une restructuration de ce genre tr&#232;s r&#233;duite et limit&#233;e &#224; certaines parties des &#201;tats-Unis. Quelques usines automobiles ont ferm&#233;, mais, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, tr&#232;s peu a &#233;t&#233; fait pour restructurer le capital. En Europe et au Japon il n'y a pratiquement pas eu de destruction de capital exc&#233;dentaire. Il n'y en a pas eu davantage en Chine o&#249;, au contraire, des investissements massifs ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s venant encore aggraver le probl&#232;me. Les grandes restructurations restent donc devant nous : en plus d'une augmentation de l'exploitation des travailleur&#183;ses, de nombreuses fermetures d'usines seront n&#233;cessaire avant que le syst&#232;me puisse retrouver une croissance &#233;conomique prolong&#233;e et soutenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une simple statistique permet d'illustrer le probl&#232;me. Le programme de relance &#233;conomique chinois a &#233;t&#233;, toutes proportions gard&#233;es, beaucoup plus important que celui de Bush et d'Obama aux &#201;tats-unis. Parmi les mesures comprises dans ce programme, certaines ont conduit &#224; une augmentation des capacit&#233;s annuelles de production d'acier de 15 millions de tonnes. La Chine poss&#233;dait d&#233;j&#224; une surcapacit&#233; de 150 millions de tonnes, leurs capacit&#233;s exc&#233;dentaires atteignent d&#233;sormais 200 millions de tonnes, soit autant que l'ensemble des capacit&#233;s de production de l'Union Europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penchons-nous maintenant sur les causes de la crise. La Grande D&#233;pression des ann&#233;es 1930 a &#233;t&#233; associ&#233;e &#224; la sp&#233;culation financi&#232;re, au crash financier du &#171; Lundi noir &#187; d'octobre 1929, qui a marqu&#233; l'imagination collective. Et la m&#234;me chose semble se produire avec la pr&#233;sente crise &#233;conomique. Pourquoi penses-tu que les explications de la crise identifiant la sp&#233;culation financi&#232;re comme cause premi&#232;re, voire unique, sont insatisfaisantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs raisons. Une premi&#232;re est simplement empirique. Les historiens de la Grande D&#233;pression nous montrent que la production industrielle a commenc&#233; &#224; chuter en 1928, avant m&#234;me l'effondrement boursier de 1929. Il y eu d'autres chocs financiers, dans les ann&#233;es 1920, par exemple en 1927, qui n'enclench&#232;rent pas de grandes r&#233;cessions, parce que la profitabilit&#233; demeurait robuste &#224; ce moment. De fa&#231;on similaire, en ce qui concerne la crise actuelle, on peut noter que les taux de profits ont plafonn&#233; d&#232;s 2006 aux &#201;tats-Unis. Cela a fait en sorte que le syst&#232;me est devenu plus vuln&#233;rable &#224; un choc financier. Les indicateurs &#233;conomiques nous montrent aussi que le ralentissement de l'activit&#233; &#233;conomique est intervenu, dans le secteur manufacturier notamment, avant l'&#233;clatement de la bulle immobili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, l'&#233;clatement de cette bulle immobili&#232;re a d&#233;but&#233; dans les lieux o&#249; les effets de ce ralentissement de l'activit&#233; &#233;conomique se ressentaient d&#233;j&#224; fortement. D&#233;troit en est un excellent exemple. Les pertes d'emplois dans cette ville ont eu pour cons&#233;quence qu'un nombre croissant de d&#233;biteurs de subprimes n'&#233;taient plus en mesure de s'acquitter de leur dette. Ainsi, la hausse du ch&#244;mage, qui s'est amorc&#233;e en 2007 a nourri l'augmentation des d&#233;fauts de paiement. Les diff&#233;rents facteurs sont donc interconnect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, sur un plan th&#233;orique, je trouve insatisfaisante la th&#232;se selon laquelle la &#171; d&#233;r&#233;gulation &#187; financi&#232;re est la cause de la crise car elle pr&#233;sume que ce sont les politiques permettant cette d&#233;r&#233;gulation qui sont l'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant dans l'&#233;volution &#233;conomique au cours de la p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale. Au contraire, comme je l'explique dans Global Slump, la d&#233;r&#233;gulation a suivi l'internationalisation de la finance, plut&#244;t qu'elle ne l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e. Au moment o&#249; la d&#233;r&#233;gulation s'est vraiment mise en branle, les corporations multinationales qui doivent s'adonner &#224; des activit&#233;s financi&#232;res dans divers march&#233;s nationaux et diverses juridictions et zones mon&#233;taires, misaient d&#233;j&#224; sur les avantages que leur procuraient la finance off-shore. &#192; partir des ann&#233;es 1960, elles &#233;changeaient d&#233;j&#224; sur le march&#233; des eurodollars (op&#233;rations en dollars en Europe qui &#233;chappent tant &#224; la r&#233;gulation du gouvernement am&#233;ricain qu'&#224; celle des autorit&#233;s europ&#233;ennes). Cela n'&#233;tait pas le r&#233;sultat d'une lib&#233;ralisation des march&#233;s financiers. Cela d&#233;coulait du r&#244;le central du dollar am&#233;ricain dans l'&#233;conomie mondiale et du fait qu'il circulait massivement hors des fronti&#232;res des &#201;tats-Unis. Les firmes multinationales ont alors cherch&#233; &#224; obtenir des financements &#224; des taux plus int&#233;ressant que ceux pratiqu&#233;s aux &#201;tats-Unis ou au Royaume-Uni. Ce fut seulement lorsque les banques op&#233;rant dans le cadre r&#233;gul&#233; des juridictions nationales r&#233;alis&#232;rent leur d&#233;savantage face &#224; celles intervenant sur le march&#233; des eurodollars qu'elles commenc&#232;rent &#224; exiger des politiques de d&#233;r&#233;gulation. La plus grande partie de cette d&#233;r&#233;gulation a r&#233;ellement d&#233;but&#233; &#224; la toute fin des ann&#233;es 1970 et n'a pris son v&#233;ritable envol qu'au cours des ann&#233;es 1980. Ma position est donc que cette d&#233;r&#233;gulation est une r&#233;action &#224; cette mondialisation du capital manufacturier et financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu critiques les analyses qui, comme celle d&#233;velopp&#233;e par Robert Brenner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Brenner, The Economics of Global Turbulence, Verso Books, New York, 2006.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pr&#233;sentent la crise actuelle comme l'aboutissement d'une chute du taux de profit menant &#224; un ralentissement &#233;conomique remontant aux ann&#233;es 1970. En quoi ta propre compr&#233;hension de la p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale du capitalisme diverge-t-elle d'une telle lecture de l'&#233;volution &#233;conomique des derni&#232;res d&#233;cennies ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Ce n'est pas que je crois que l'&#233;volution du taux de profit ne soit pas importante &#8211; je crois au contraire que c'est un &#233;l&#233;ment essentiel. Mais il existe une s&#233;rie de probl&#232;mes associ&#233;s au type d'analyses produites par Brenner et par d'autres. Le premier est qu'on peut constater, &#224; partir de donn&#233;es recueillies par Brenner lui-m&#234;me, une remont&#233;e du taux de profit &#224; partir de 1982. Il y a eu une chute aux alentour de 1987 et ensuite une nouvelle remont&#233; jusqu'aux abords de la crise actuelle, en 2006. La raison pour laquelle Brenner et d'autres analystes insistent sur la faiblesse probl&#233;matique du taux de profit au cours de cette p&#233;riode d&#233;coule du fait qu'ils le comparent &#224; celui qui pr&#233;valait au cours des ann&#233;es 1950 et au d&#233;but des ann&#233;es 1960. De leur point de vue, si les taux actuels ne sont pas aussi &#233;lev&#233;s que ceux d'alors, c'est qu'il y a crise. Je crois quant &#224; moi qu'il s'agit l&#224; d'un raisonnement a-historique. La p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre a &#233;t&#233; exceptionnelle et pr&#233;c&#233;d&#233;e du plus grand &#233;pisode de destruction de capitaux de l'histoire du syst&#232;me sous l'effet combin&#233; de la Grande D&#233;pression et de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, qui ont &#233;t&#233; suivies d'une p&#233;riode d'expansion &#233;conomique spectaculaire au cours de laquelle le capital a d&#251; &#234;tre reconstruit &#224; l'&#233;chelle mondiale. Cette p&#233;riode d'expansion exceptionnelle ne peut servir de point de r&#233;f&#233;rence pour juger des la profitabilit&#233; des derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, affirmer qu'il y aurait eu une crise au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es nous fait perdre de vue le dynamisme du capitalisme au cours de cette p&#233;riode. Ceci ne correspond pas &#224; notre exp&#233;rience historique pour plusieurs raisons. D'abord, nous avons v&#233;cu, au cours de ces d&#233;cennies, une r&#233;volution technologique, surtout articul&#233;e &#224; la micro&#233;lectronique et &#224; l'ordinateur digital, qui a notamment profond&#233;ment transform&#233; les processus de production, mais aussi la vie quotidienne qui est envahie pour toute une s&#233;rie d'appareil &#233;lectroniques (t&#233;l&#233;phones portables, iPads, ordinateurs portables, etc.). Ensuite, l'analyse de Brenner passe sous silence le fait qu'une r&#233;gion enti&#232;re du globe est devenue un nouveau p&#244;le d'accumulation : l'Asie de l'Est, et tout particuli&#232;rement la Chine. Jusqu'&#224; l'&#232;re n&#233;o-lib&#233;rale, on peut dire que le Japon &#233;tait une exception dans cette r&#233;gion. Ce n'est plus le cas, la r&#233;gion dans son ensemble est devenue le p&#244;le d'accumulation capitaliste le plus dynamique du monde. En ne consid&#233;rant que les &#201;tats-Unis, l'Allemagne et le Japon, Brenner tend &#224; ignorer l'essor de cette nouvelle zone d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a &#233;t&#233; tr&#232;s dynamique au cours de la p&#233;riode 1982-2007, ce qui ne veut pas dire qu'il n'a pas connu de crises. Le syst&#232;me a travers&#233; des crises &#8211; et il n'y a l&#224; rien de surprenant tant dynamisme et instabilit&#233; du capitalisme vont de pair &#8211; mais il a aussi connu un processus de restructuration technologique et g&#233;ographique en profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu mentionnes dans ton livre que le capitalisme n&#233;o-lib&#233;ral comporte trois dimensions fondamentales : la cr&#233;ation du nouveau p&#244;le d'accumulation que tu viens de mentionner, la d&#233;faite politique de la classe des travailleur&#183;ses et l'intensification de son exploitation, ainsi qu'un transfert massif de richesses des pays du Sud vers ceux du Nord. Ces trois facteurs r&#233;unis ont permis une reprise de la croissance qui, &#224; son tour, a jet&#233; les bases d'une nouvelle crise, dans laquelle nous sommes plong&#233;s depuis 2007. Comment expliques-tu cette imbrication de la croissance et de la tendance &#224; la r&#233;surgence d'une crise la compromettant ? En quoi Marx est-il utile pour comprendre cette relation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir de Marx est crucial pour r&#233;pondre &#224; cette question. Marx constate que la marchandise a un double caract&#232;re. Il s'agit tout &#224; la fois d'une valeur d'usage, qui satisfait un besoin humain, et d'une valeur, ou valeur d'&#233;change, qui peut &#234;tre &#233;chang&#233;e contre de l'argent. Le capitalisme implique donc ce ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s contradictoire suivant lequel on ne peut obtenir les valeurs d'usages qui permettent le maintien de la vie humaine que sous la forme de valeurs d'&#233;changes. C'est-&#224;-dire qu'on doit acc&#233;der au march&#233; pour se les procurer. Il s'agit l&#224; du r&#233;sultat des processus de d&#233;possession associ&#233;s au capitalisme qui d&#233;tachent les gens des moyens n&#233;cessaires pour produire par eux-m&#234;mes ces valeurs d'usage &#8211; notamment l'expropriation des paysans de leur terre avec les enclosures qui les priv&#232;rent d'acc&#232;s aux terres communes. Une fois mis en place, ce syst&#232;me contradictoire fait en sorte que la force motrice du mode de production devient la profitabilit&#233; et l'accumulation d'argent. La comp&#233;tition pousse les capitalistes &#224; accumuler de fa&#231;on syst&#233;matique, faute de quoi ils seront pouss&#233;s &#224; la faillite, surpass&#233;s par leurs concurrents devenu plus performants car ils ont davantage investi. Tous les capitalistes tentent donc de battre la comp&#233;tition en puisant dans leurs profits afin de les r&#233;investir et de les transformer en de nouveaux moyens de production, en se procurant la technologie la plus avanc&#233;e afin de produire les m&#234;me biens et services un peu plus rapidement et &#224; des co&#251;ts un peu moindre que leurs concurrents. Mais, bien s&#251;r, s'ils et elles font tout cela, et si tout ce qui les int&#233;resse n'est pas la valeur d'usage qui satisfait des besoins humains, mais bien la production pour le profit, on peut alors facilement comprendre qu'apr&#232;s un long cycle d'accumulation les capitalistes vont se retrouver dans une situation o&#249; ils ont cr&#233;&#233; trop d'usines, de mines, de centres d'achat, de McDonalds, etc. dont les produits ne peuvent plus &#234;tre absorb&#233;s par le march&#233;. C'est une situation classique de suraccumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre aspect du probl&#232;me, est la propension &#224; la m&#233;canisation de la production qui implique une forme de course &#224; la technologie la plus avanc&#233;e. Celle-ci tend &#224; remplacer des travailleur&#183;ses par des machines. Je ne veux pas dire que &#231;a implique n&#233;cessairement une r&#233;duction absolue de la main-d'&#339;uvre &#8211; bien que ce soit possible, comme le montre la vague de d&#233;sindustrialisation qui a frapp&#233; le Canada, les &#201;tats-Unis ainsi que certains pays europ&#233;ens au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Mais, en tous cas, cette main-d'&#339;uvre aura tendance &#224; cro&#238;tre moins rapidement que ce que Marx appelle le capital constant &#8211; la machinerie, l'&#233;quipement de production, les &#233;difices, etc.. Comme seul le travail vivant produit de nouveaux profits, ironiquement, &#224; travers cette comp&#233;tition maniaque pour la saisie de parts de march&#233;, les capitalistes sapent ce qui sous-tend la profitabilit&#233;. Ceci produit donc une autre tendance qui pressurise les profits &#224; la baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'analyse de Marx est beaucoup plus complexe que ne laisse croire le r&#233;sum&#233; que je viens d'en faire. Il identifie avec raison toute une vari&#233;t&#233; de contre-tendances qui contribuent &#224; renforcer les taux de profit. Toutes ces tendances et contre-tendances agissent simultan&#233;ment et sont inter-reli&#233;es, mais &#224; certains moments une tendance ou une autre devient dominante. Sur une longue p&#233;riode d'accumulation, il existe des p&#233;riodes-charni&#232;res aux cours desquelles la tendance &#224; la r&#233;duction relative du travail vivant utilis&#233; dans la production tend &#224; dominer, ce qui m&#232;ne &#224; une baisse de profitabilit&#233;. En parall&#232;le, la tendance &#224; la suraccumulation pressurise aussi les profits, puisqu'elle force les capitalistes &#224; tenter d'augmenter leurs ventes fr&#233;n&#233;tiquement. Ainsi, quelqu'un voulant acheter une automobile en ce moment sera bombard&#233; d'offres et autres rabais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux tendances &#8211; &#224; la suraccumulation et &#224; la baisse relative du travail vivant utilis&#233; dans la production &#8211; sont donc des &#233;l&#233;ments imbriqu&#233;s des contradictions du capitalisme. L'analyse de Marx demeurent pertinente dans la mesure o&#249; elle est la seule qui permet r&#233;ellement de saisir le caract&#232;re contradictoire inh&#233;rent de l'accumulation capitaliste. Mais aussi parce qu'elle &#233;claire des &#233;v&#233;nements tels que la derni&#232;re crise davantage que toute autre th&#233;orie disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu expliques dans ton livre que ces tendances d&#233;bouchant p&#233;riodiquement sur des probl&#232;mes de profitabilit&#233; sont aussi &#224; relier &#224; une transformation structurelle de la finance au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Peux-tu nous expliquer plus en d&#233;tail la nature de cette transformation ainsi que ses cons&#233;quences ? En quoi est-ce que ta position sur ce probl&#232;me diverge de la th&#232;se de l'h&#233;g&#233;monie du capital financier d&#233;velopp&#233;e par Dum&#233;nil et L&#233;vy ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d'accord avec l'id&#233;e qu'un processus de financiarisation est advenu au cours de la p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale. Mais, je ne crois pas que la th&#232;se de la &#171; d&#233;r&#233;gulation &#187; soit tr&#232;s convaincante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plus grande partie de l'histoire du capitalisme, la monnaie, et particuli&#232;rement la monnaie mondiale, la devise mondialement dominante, a &#233;t&#233; rattach&#233;e &#224; une marchandise ou une autre. Le plus souvent, ce fut l'or. &#199;a n'a pas &#224; &#234;tre l'or, et Marx en &#233;tait bien conscient. Mais &#224; partir des ann&#233;es 1850, le capitalisme avait clairement opt&#233; pour l'&#233;talon-or. Au cours du si&#232;cle qui a suivi, il pr&#233;serva de diff&#233;rentes mani&#232;res cet &#233;talon-or. Apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, la devise dominante &#8211; le dollar am&#233;ricain &#8211; pouvait &#234;tre &#233;chang&#233;e pour de l'or : les banques centrale hors des &#201;tats-Unis pouvaient obtenir de l'or en &#233;change des dollars qu'elles d&#233;tenaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci changea en 1971 lorsque les &#201;tats-Unis ne purent plus se permettre d'assurer la conversion de dollars en or, dans la mesure o&#249; leurs r&#233;serves d'or &#233;taient insuffisantes pour satisfaire les demandes de conversion dont le rythme s'acc&#233;l&#233;rait. Nixon a alors mis fin &#224; cette convertibilit&#233;, et a annonc&#233; que le dollar ne serait plus rattach&#233; &#224; la valeur de l'or. Ceci eut plusieurs cons&#233;quences, mais la plus importante, selon moi, fut que les valeur des devises sont alors devenues beaucoup plus volatiles qu'auparavant. Le syst&#232;me de l'&#233;talon-or de Bretton Woods assurait que les devise demeuraient dans un rapport tr&#232;s stable entre elles sur de longues p&#233;riodes. Ceci signifiait qu'une personne transf&#233;rant son capital d'un pays &#224; l'autre n'avait pas &#224; se soucier du risque qu'une d&#233;valuation soudaine puisse brutalement d&#233;valoriser son investissement. Apr&#232;s 1971, il n'y avait plus de telles garanties. En cons&#233;quence, on a assist&#233; &#224; un &#233;norme processus d'ing&#233;nierie financi&#232;re ; les banques et d'autres institutions financi&#232;res se sont mises &#224; d&#233;velopper des instruments visant &#224; limiter les risques li&#233;s &#224; cette volatilit&#233;. En clair, je peux maintenant acheter une forme de police d'assurance qui me prot&#232;ge des variations importantes d'une devise ou d'une autre. Quelqu'un peut me garantir, par exemple, que je pourrai racheter mes dollars en yen , ou en euros, etc. &#224; un prix fixe, peu importe les fluctuations de la valeur de ces devises sur les march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces instruments financiers sont appel&#233;s produits d&#233;riv&#233;s et il faut bien s&#251;r payer pour les obtenir. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il s'agit d'une police d'assurance peu co&#251;teuse. Mais certains investisseurs ont rapidement d&#233;couvert que ces instruments con&#231;us pour r&#233;duire le risque, qui sont en fait des paris sur le futur, pouvaient &#234;tre utilis&#233;s pour sp&#233;culer. On peut ainsi faire des paris &#233;normes sur le mouvement de devises, mais aussi sur l'or, le p&#233;trole, les denr&#233;es alimentaires, et sur n'importe quelle marchandise. Et pas seulement des marchandises : Enron &#224; la fin des ann&#233;es 1990 s'est mis &#224; faire des affaires en or gr&#226;ce &#224; des produits d&#233;riv&#233;s li&#233;s &#224; la m&#233;t&#233;o. En effet, la m&#233;t&#233;o affecte la production d'oranges en Floride ou la quantit&#233; d'hydro-&#233;lectricit&#233; n&#233;cessaire pour alimenter l'air climatis&#233; durant l'&#233;t&#233; en Californie, ce qui a aussi un impact sur le prix du p&#233;trole...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc vrai que la cr&#233;ation de ces instruments financiers a engendr&#233; beaucoup de sp&#233;culation, ce que l'on nomme souvent la &#171; financiarisation &#187;. Et je suis d'accord avec l'id&#233;e selon laquelle le secteur financier est devenu beaucoup plus vaste et qu'il concentre une plus grande part des profits totaux. Mais je rejette l'id&#233;e que ce soit la cons&#233;quence d'un &#171; coup de force &#187; foment&#233; par la finance, comme l'affirment notamment Dum&#233;nil et L&#233;vy. Je crois plut&#244;t que la cause fondamentale de cette financiarisation est la fin de la convertibilit&#233; du dollar en or et la volatilit&#233; des diff&#233;rentes devises nationales qui en a r&#233;sult&#233; et qui a men&#233; au d&#233;veloppement de tous les d&#233;riv&#233;s qui existent aujourd'hui. Je ne crois donc pas qu'on puisse dire que les capitalistes financiers aient impos&#233; leur h&#233;g&#233;monie. En fait, des firmes manufacturi&#232;res majeures se sont elles aussi lanc&#233;es dans cette orgie de sp&#233;culation. Ford, General Motors, General Electrics, Volkswagen, etc., investissent toutes dans les produits d&#233;riv&#233;s. Le probl&#232;me ne r&#233;side pas tant dans le capital financier en lui-m&#234;me qu'en des changements structuraux du capitalisme qui ont rendu certaines formes de profits sp&#233;culatifs plus faciles &#224; r&#233;aliser. Ce n'est bien entendu pas fortuit qu'elle ait d&#233;but&#233; dans le secteur financier, au sein du march&#233; des pr&#234;ts hypoth&#233;caires aux &#201;tats-Unis. Tr&#232;s rapidement, les banques et autres institutions financi&#232;res qui vendaient ces instruments financiers sophistiqu&#233;s ont d&#233;couvert qu'on pouvait faire la m&#234;me chose avec des pr&#234;ts hypoth&#233;caires, ce qui a plu aux investisseurs qui percevaient alors l'investissement immobilier comme un investissement s&#251;r. Ceci, on le sait, a men&#233; &#224; la plus grande bulle immobili&#232;re de l'histoire, dont l'explosion a laiss&#233; de nombreuses personnes qui croyaient que cette bulle ne pouvait pas exploser en possession d'actifs financiers toxiques. Les grandes banques d'investissement ne furent pas toutes &#233;pargn&#233;es puisque certaines furent contraintes &#224; la faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu tentes d'explorer la relation dialectique, la relation interne, qui existe entre cette tendance &#224; la financiarisation, &#224; l'essor de bulles sp&#233;culatives, d'une part, et la tendance &#224; la suraccumulation et &#224; la baisse du taux de profit, d'autre part. Peux-tu nous parler de la fa&#231;on dont tu per&#231;ois cette relation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Durant le boom &#233;conomique de 1982-2007, on a pu observer une remont&#233;e prolong&#233;e du taux de profit sur les nouveaux investissements de capitaux, parall&#232;lement &#224; une profonde restructuration de la production avec le d&#233;veloppement et l'usage de nouvelles technologies. Les &#201;tats-Unis, par exemple , ont perdu 300 000 emploies dans l'industrie de l'acier, alors que cette industrie continue de produire des quantit&#233;s massive d'acier. On obtient donc une production de biens beaucoup plus &#233;lev&#233;e relativement &#224; la main-d'&#339;uvre utilis&#233;e pour la r&#233;aliser. On a ensuite un boom d'investissements associ&#233; aux nouvelles technologies dans les pays du Nord et un mouvement massif de capitaux vers les r&#233;gions &#224; bas salaires des pays du Sud. La Chine fut le pays central dans ce mouvement, mais il faut aussi consid&#233;rer les maquilladoras du Mexique, ainsi que les investissement allemands, par exemple, en ancienne R&#233;publique d&#233;mocratique allemande et dans l'ancien Bloc de l'Est, ou encore les zones franches &#233;mergeant au Proche et Moyen-Orient, par exemple en &#201;gypte. Il s'agit l&#224; d'une r&#233;organisation g&#233;ographique du capitalisme et du d&#233;veloppement de nouveaux centres d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un nouveau cycle de suraccumulation peut facilement &#233;merger de ces transformations. Tout le monde se rue dans la m&#234;me direction : Volkswagen, Ford, General Motors, Toyota, Microsoft, Dell, Samsung, etc. se dirigent toutes vers la Chine pour construire de nouvelles usines. La plupart du temps elles font cela sans fermer leurs installations dans leur pays d'origine. T&#244;t ou tard, on obtient donc une capacit&#233; de production excessive. Il s'agit l&#224; de la premi&#232;re partie de l'histoire &#8211; une suraccumulation de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r, en parall&#232;le, on a aussi une destruction massive d'emplois li&#233;e aux nouvelles technologies et &#224; l'informatisation de la production. Ceci est &#224; relier &#224; la production &#171; juste-&#224;-temps &#187; et &#224; la &#171; lean production &#187; dont l'objectif est de minimiser le travail n&#233;cessaire pour la fabrication d'un produit. Une telle logique d'&#233;conomie de travail finit par conduire &#224; une pression &#224; la baisse sur les profits. Et les taux de profits aux &#201;tats-Unis ont en effet atteint un sommet en 2006, avant de chuter. Cela a plusieurs cons&#233;quences. D'abord, les firmes les moins performantes et les moins profitables sont fragilis&#233;es. Deuxi&#232;mement, cela les encourage &#224; contracter des dettes afin de demeurer comp&#233;titives. Mais d&#232;s que les march&#233;s financiers et les march&#233;s du cr&#233;dit font face &#224; une temp&#234;te, les banques, qui ont besoin de revenus pour se recapitaliser, refusent de faire rouler les cr&#233;dits qu'elles accordent habituellement aux firmes. Les entreprises les plus vuln&#233;rables sont alors dans l'incapacit&#233; de rembourser leurs dettes, entra&#238;nant des faillites en cascade. Ce ne sont pas simplement les banques qui ont provoqu&#233; la crise actuelle. On doit garder &#224; l'esprit que Chrysler et General Motors &#233;taient en faillite &#224; l'automne 2008 et que ceci &#233;tait directement li&#233; &#224; la dynamique que je viens de d&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, lorsque les gens lisent Marx, elles et ils voient d'un c&#244;t&#233; une analyse de la suraccumulation et d'un autre c&#244;t&#233; une analyse de la tendance &#224; la baisse du taux de profit. Je consid&#232;re qu'il est impossible de s&#233;parer ces &#233;l&#233;ments. Il s'agit de diff&#233;rentes dimensions d'un m&#234;me processus &#8211; le processus par lequel la croissance &#233;conomique capitaliste mine elle-m&#234;me les conditions qui la sous-tendent. C'est ce qui fait la richesse de la th&#233;orie de Marx, elle permet de saisir des tendances distinctes d'un m&#234;me processus social global. Et je crois qu'il s'agit toujours de l'approche la plus fertile pour comprendre ce qui s'est pass&#233; depuis 2006 et 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains sugg&#232;rent que cette crise va affaiblir la classe et le mouvement des travailleur&#183;ses, ainsi que la r&#233;sistance sociale de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale. Il existe bien s&#251;r de nombreux arguments pour soutenir une telle position. Mais tu affirmes aussi dans ton livre que les crises sont des p&#233;riodes au cours desquelles la subordination du travail au capital doit &#234;tre r&#233;organis&#233;e et au cours desquelles, cons&#233;quemment, de nouveaux espaces et de nouvelles formes de r&#233;sistance peuvent &#233;merger. Peux-tu d&#233;velopper ce point ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laisse-moi d'abord aborder le probl&#232;me de fa&#231;on empirique et historique. Je crois que les donn&#233;es historiques montrent que les travailleur&#183;ses se sont battu&#183;es face aux cons&#233;quences de la grande r&#233;cession qui a d&#233;but&#233; en 2007, en faisant preuve d'une combativit&#233; renouvel&#233;e. On a par exemple assist&#233; &#224; la premi&#232;re occupation d'usine depuis des d&#233;cennies aux &#201;tats-Unis, dans l'entreprise Republic Windows and Doors, en d&#233;cembre 2008, alors que la crise s'intensifiait. Dans le sud de l'Ontario, o&#249; j'habite, cinq usines de fabrications de pi&#232;ces d'automobiles ont &#233;t&#233; occup&#233;es en r&#233;ponse &#224; des menaces de licenciement et de fermeture. Il y a eu des occupation similaires en Irlande, en &#201;cosse, en Angleterre. En France, il y aussi eu des s&#233;questrations de patrons. On a assist&#233; &#224; une dizaine de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales en Gr&#232;ce. Il y a eu d'&#233;normes mobilisations de masse dans les rues fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme j'aime le rappeler aux gens des pays du Nord, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ayant eu le plus de succ&#232;s au cours des derni&#232;res ann&#233;es a eu lieu en Guadeloupe et en Martinique au d&#233;but de l'ann&#233;e 2009. Il s'agissait de soul&#232;vements formidables contre un capitalisme raciste et n&#233;o-colonial qui ont permis a des coalitions sociales men&#233;es par des syndicats d'obtenir des augmentations de salaire de l'ordre de 200 euros par mois pour les travailleur&#183;ses les plus pauvres, ainsi que toute une s&#233;rie d'autres avanc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, on a pu assister au renversement de r&#233;gimes par des mouvements sociaux. Ce fut par exemple le cas en Tunisie o&#249;, &#224; un stade avanc&#233; de la r&#233;volution, des &#233;l&#233;ments radicaux ont pu prendre le contr&#244;le de l'Union g&#233;n&#233;rale tunisienne du travail, non pas au niveau de la direction nationale, mais &#224; la base et au niveau local de l'organisation. Ils ont ainsi pu lancer des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales dans diverses villes. Les commentateurs qui ont vraiment suivi de pr&#232;s le processus r&#233;volutionnaire en Tunisie ont pu comprendre qu'il s'agissait l&#224; de l'&#233;l&#233;ment-cl&#233; dans la chute de Ben Ali. De la m&#234;me fa&#231;on, je ne crois pas que ce soit une co&#239;ncidence que la chute de Moubarak en &#201;gypte soit advenue au cours d'une semaine o&#249; a d&#233;but&#233; une vague de gr&#232;ves de masses. En fait, la r&#233;volution &#233;gyptienne trouve ses racines dans une vagues de luttes ouvri&#232;res qui remonte &#224; 2004. Au moment de la chute de Moubarak, des dizaines, et peut-&#234;tre des centaines, des milliers de travailleur&#183;ses n'&#233;taient pas simplement en gr&#232;ve, mais participaient aussi &#224; des sit-ins, &#224; des blocages de routes, &#224; des combats contre les escouades polici&#232;res anti-&#233;meute, &#224; des occupations d'usines et d'h&#244;pitaux, &#224; un blocage du syst&#232;me d'autobus public du Caire, etc. Ce &#224; quoi on a donc pu assister repr&#233;sente une renaissance de luttes politiques de classe dans diff&#233;rentes parties du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faudra aussi bien s&#251;r surveiller de pr&#232;s et participer aux campements qui ont &#233;merg&#233; &#224; travers le monde &#224; la suite du mouvement Occupy Wall Street.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, cependant, est que la plupart de ces mouvements n'ont pas r&#233;ussi a hausser leur r&#233;sistance et leur combativit&#233; au niveau n&#233;cessaire pour r&#233;pondre aux attaques auxquelles ils font face. On sait que le capitalisme est entr&#233; dans une phase d'aust&#233;rit&#233;. On nous annonce une d&#233;cennie ou plus de coupes dans les programmes sociaux afin de payer pour le renflouement des banques. Dans ce contexte, la classe dominante a d&#233;cid&#233; qu'elle pouvait faire face &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales d'une journ&#233;e sans broncher. &#199;a ne lui pla&#238;t pas, mais elle peut y survivre. De telles mobilisations, en elle-m&#234;me, ne la feront pas reculer. Il faut rappeler que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;ral en Guadeloupe a dur&#233; quarante et un jours, et plus de trente jours pour celle en Martinique. Pour &#234;tre couronn&#233;e de succ&#232;s, ces luttes ont pris la forme de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales illimit&#233;s accompagn&#233;es d'actions insurrectionnelles dans les rues, incluant l'&#233;rection de barricades, des occupations d'usines, la mise sur pied de comit&#233;s de quartiers, etc. Bref, le d&#233;veloppement, si je puis m'exprimer ainsi, de formes embryonnaires de dualit&#233; du pouvoir, qui commencent &#224; remettre en question le contr&#244;le que le capital exerce sur la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux li&#233;s au monde du travail font face &#224; des d&#233;fis majeurs. S'ils n'arrivent pas &#224; d&#233;velopper de nouvelles formes de r&#233;sistance, ils se retrouveront dans une situation d&#233;sastreuse. Les vieilles m&#233;thodes de luttes ne vont plus &#234;tre suffisantes. Comme je l'ai dit, les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales d'une journ&#233;e ne vont plus suffire. Ils auront besoin de d&#233;velopper des formes de r&#233;sistance plus combatives, plus radicales et plus prolong&#233;es pour pouvoir bloquer les programmes d'aust&#233;rit&#233;. Mais il y a des signes d'espoir, dont ceux que j'ai d&#233;crits. On peut aussi &#234;tre encourag&#233; par la lutte qui a eu lieu au Wisconsin. Il faut reconna&#238;tre le caract&#232;re exceptionnel d'un mouvement qui a rassembl&#233; des dizaines de milliers de personnes en soutien &#224; l'occupation d'un &#233;difice parlementaire organis&#233; par les syndicats et visant &#224; bloquer un processus politique et &#224; pr&#233;server des droits syndicaux. Il faut noter que lorsque que Michael Moore s'est rendu en face du Capitole &#224; Madison, au Wisconsin, pour faire un discours devant une foule de 70 000 personnes, il a parl&#233; de ces gens rassembl&#233;s en les pr&#233;sentant comme des travailleur&#183;ses et a utilis&#233; un discours de classe. Ce &#224; quoi cette foule &#224; r&#233;pondu par des applaudissements approbatifs. Il faut aussi noter que ce mouvement fut marqu&#233; par une gr&#232;ve ill&#233;gale de dizaines de milliers d'enseignant&#183;es du secteur public. Tout cela repr&#233;sente des d&#233;veloppements tr&#232;s importants. Je suis bien d'accord pour dire que &#231;a ne suffit pas. Mais &#231;a nous montre qu'il existe des capacit&#233;s r&#233;elles de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi garder &#224; l'esprit que les cinq premi&#232;res ann&#233;es de la Grande D&#233;pression des ann&#233;es 1930 furent caract&#233;ris&#233;es par une relative passivit&#233; du mouvement ouvrier en Am&#233;rique du Nord, alors m&#234;me qu'une offensive patronale majeure faisait rage et que le ch&#244;mage atteignait des sommets. Les syndicats furent broy&#233;s, les gr&#232;ves d&#233;faites et le mouvement dans son ensemble enregistra de forts reculs. Mais &#224; la suite du travail des quelques radicaux qui lanc&#232;rent et men&#232;rent quelques petites gr&#232;ves victorieuses, la situation commen&#231;a &#224; s'inverser au cours de la deuxi&#232;me moiti&#233; de la d&#233;cennie. En 1937 &#233;mergea le mouvement du &#171; sit-in &#187; au cours duquel des travailleurs occup&#232;rent leurs usines et obtinrent d'importants droits syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moments de crise peuvent donc &#234;tre des mouvements o&#249; le capital se r&#233;invente pour d&#233;velopper une nouvelle strat&#233;gie d'accumulation, mais aussi au cours desquels les formes et les strat&#233;gies de luttes se r&#233;inventent. Il n'existe bien s&#251;r aucune garantie. Une telle r&#233;invention ne peut qu'&#234;tre le r&#233;sultat d'un dur travail de militant&#183;es de gauche s'organisant &#224; la base des mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les luttes contre les politiques d'aust&#233;rit&#233; dans un contexte de crise &#233;conomique prolong&#233;e pourraient-elles servir &#224; d&#233;velopper des id&#233;es et &#233;ventuellement des mouvements qui pourraient en venir &#224; remettre en question l'organisation capitaliste de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que ceci doit se faire a des niveaux multiples. En partie, il faut agir au niveau id&#233;ologique et politique o&#249; on doit &#224; nouveau rendre cr&#233;dible des id&#233;es telles que la propri&#233;t&#233; sociale des moyens de production, du contr&#244;le d&#233;mocratique de la production exerc&#233; par les travailleur&#183;ses, du d&#233;passement du march&#233; comme instrument d'organisation &#233;conomique, etc. Pour la gauche, ceci implique aussi de d&#233;velopper un nouveau vocabulaire et de nouvelles fa&#231;ons d'exprimer les id&#233;es anti-capitalistes qui soient adapt&#233;es au contexte politique et culturel au sein duquel nous sommes plong&#233;s. Nous sommes au d&#233;but d'un tel processus. Nous ne devons pas simplement assumer que les slogans du pass&#233; auront n&#233;cessairement un &#233;cho au sein de mouvements sociaux offensifs qui pourraient r&#233;&#233;merger apr&#232;s trente ans de d&#233;faites. Prenons l'exemple des plans de sauvetage des banques. La gauche doit arriver &#224; d&#233;velopper un discours qui insiste sur le fait qu'on utilise des fonds publics afin de sauver des entreprises priv&#233;es et que celles-ci devront donc devenir des institutions publiques qui ne fonctionneront plus suivant un mod&#232;le de maximisation des profits mais qui r&#233;aliseront des investissements r&#233;pondant &#224; l'int&#233;r&#234;t public afin, par exemple, de construire les logements sociaux dont nous avons besoin, de d&#233;velopper des sources d'&#233;nergie renouvelables et de reconvertir les usines automobiles qui seront ferm&#233;es afin qu'elles produisent, par exemple, des panneaux solaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ensuite d&#233;velopper des formes institutionnelles &#224; l'aide desquelles la gauche pourra propager ces id&#233;es dans une partie plus large de la population. Lors d'une p&#233;riode de d&#233;faite, toute une s&#233;rie d'espaces sociaux &#224; travers lesquelles la gauche d&#233;veloppait et diss&#233;minait ses id&#233;es sont d&#233;truites. Il faut donc reconstruire ce que mon ami Alan Sears appelle des &#171; infrastructures de contestation &#187; : tous ces groupes et r&#233;seaux de base tels que les syndicats locaux, les comit&#233;s de quartiers, etc. o&#249; les gens peuvent se rassembler et parler de politique, &#233;changer des id&#233;es et d&#233;velopper des strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut d&#233;velopper, parall&#232;lement &#224; tout cela, une nouvelle culture de r&#233;sistance. Il s'agit de faire de la politique de la r&#233;sistance un moment culturel de la vie des gens. Ceci prendra une forme musicale et impliquera le d&#233;veloppement de nouvelles formes d'art public. Toutes les grandes p&#233;riodes de soul&#232;vement de la gauche ont &#233;t&#233; accompagn&#233;es par de tels d&#233;veloppements de th&#233;&#226;tres de rue, de productions cin&#233;matographiques, de musiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi r&#233;aliser que lorsque des individus se joignent &#224; de nouveaux mouvements de masse, elles et ils ne cherchent pas n&#233;cessairement &#224; acqu&#233;rir une carte de membre d'un groupe sp&#233;cifique. Elles et ils pensent plut&#244;t &#224; se joindre &#224; la lutte dans la rue, dans leurs lieux de travail et dans leurs quartiers afin de faire partie de cette exp&#233;rience, de ce processus excitant leur permettant de reprendre le contr&#244;le de leur vie. C'est ce qui est arriv&#233; par exemple sur la place Tahrir au Caire. Les gens ont pu observer un tout nouvel ensemble de relations sociales. Les gens qui s'y sont rassembl&#233;s ont pu d&#233;velopper une conscience de leur propre pouvoir. Les gens d&#233;veloppent ainsi leurs capacit&#233;s non pas parce qu'on leur dit qu'elles et ils ont ces capacit&#233;, mais parce qu'elles et ils les d&#233;couvrent en en faisant l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;velopper cette nouvelle gauche, il est n&#233;cessaire que des groupes d'activistes ayant une connaissance des luttes pass&#233;es puisse la propager. Il ne s'agit pas d'affirmer que ces exp&#233;riences pass&#233;es puissent fournir toutes les r&#233;ponses &#224; nos questions. Mais leur connaissance nous permet d'imaginer des formes d'organisation de masse que la gauche n'a pas pu d&#233;velopper depuis un long moment. La gauche doit donc r&#233;fl&#233;chir aux moyens de s'&#233;manciper des marges de la vie politique afin de commencer &#224; jouer un r&#244;le modeste dans des mobilisations de masse. Il faut d'autant plus &#234;tre pr&#234;t &#224; cela que la crise conduit &#224; l'&#233;mergence de telles mobilisations un peu partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le contexte actuel de crise &#233;conomique prolong&#233;e, pourquoi est-il utile et n&#233;cessaire, de penser et d'organiser notre r&#233;sistance en terme de lutte de classes comme tu tentes de le faire dans ton livre et sur &lt;a href=&#034;http://www.davidmcnally.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ton blog&lt;/a&gt;, en analysant les mouvements sociaux qui ont &#233;merg&#233; en Bolivie, &#224; Oaxaca au Mexique, en Tunisie et en &#201;gypte au cours des derni&#232;res ann&#233;es ? En quoi le concept de classe est-il &#224; relier &#224; d'autres formes d'oppression dans la p&#233;riode actuelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conclusion tr&#232;s importante qui doit ressortir de ce que j'ai dit pr&#233;c&#233;demment est que la gauche doit toujours remettre en question sa propre compr&#233;hension de ce que sont les classes. Trop souvent, la gauche pense &#224; partir de conceptions p&#233;rim&#233;es tir&#233;es d'une p&#233;riode historique sp&#233;cifique et nous agissons comme si ces construits historiques particuliers pouvaient &#234;tre extraits de leur contexte historique et comme si ces entit&#233;s &#8211; la classes des travailleur&#183;ses des ann&#233;es 1970, ou encore celle de 1937 ou de 1968 &#8211; existaient toujours aujourd'hui. Les classes sont des formations sociales historiques. J'aime toujours faire remarquer que la classe des travailleur&#183;ses d'aujourd'hui est plus globale, plus multi-ethnique, et plus genr&#233;e que jamais. Elle n'est pas form&#233;e en majorit&#233; de vieux hommes blancs. Les hommes blancs forme une tr&#232;s petite majorit&#233; de cette classe &#224; l'&#233;chelle mondiale. Au cours des vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es, la classe ouvri&#232;re est-asiatique est pass&#233; d'environ cent millions &#224; neuf cent millions de personnes. Les effectifs de cette classe ont au moins doubl&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale. On peut maintenant observer de nouvelles classes des travailleur&#183;ses massives en Indon&#233;sie, en Malaisie, en Chine, en Bolivie, en Argentine, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette &#233;volution, il m'appara&#238;t inimaginable qu'on puisse d&#233;velopper une analyse de classe qui ne soit pas &#224; la fois anti-raciste et f&#233;ministe. Nous devons par exemple &#234;tre conscient de l'oppression sp&#233;cifique des travailleur&#183;ses de couleur ici &#224; Toronto, qui forment maintenant une majorit&#233; de la classe de cette ville. Il y a aussi des secteurs entiers de l'&#233;conomie mondiale o&#249; les femmes forment une majorit&#233; de la main-d'&#339;uvre, et c'est parfois le cas dans certaines partie des pays du Nord. En cons&#233;quence, l'oppression de genre et son impact sp&#233;cifique sur le march&#233; du travail, sur les salaires, la s&#233;curit&#233; d'emploi, les cong&#233;s de maternit&#233;, etc. doit faire partie de la fa&#231;on dont nous comprenons et construisons notre politique de lutte des classes. C'est donc le premier point &#224; consid&#233;rer : la classe des travailleur&#183;ses a chang&#233; et la fa&#231;on dont nous la conceptualisons doit donc aussi changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de doute que l'anti-racisme, l'anti-imp&#233;rialisme et le f&#233;minisme auraient toujours d&#251; faire partie de l'engagement politique de la gauche et certaines sections de la gauche ont effectivement toujours tent&#233; d'int&#233;grer ces &#233;l&#233;ments. Il me semble donc qu'il est important aujourd'hui de relire des auteur&#183;es comme C.L.R. James sur les dimensions anti-coloniales et anti-racistes de la lutte des classes. Il &#233;tait de plusieurs fa&#231;on en avance sur son temps sur toutes ces questions. Il faut red&#233;couvrir toute ces grandes figures de la gauche qui avaient une longueur d'avance et qui ont anticip&#233; plusieurs ph&#233;nom&#232;nes qui se sont g&#233;n&#233;ralis&#233;s dans le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre l'imbrication des relations de classes et d'autres formes de relations sociales et de rapports d'oppression ne signifie pas que les classes soient une r&#233;alit&#233; moins importante dans la soci&#233;t&#233; contemporaine. Il s'agit simplement de reconna&#238;tre qu'il n'existe pas de classe, comprise comme une formation sociale, qui ne soit pas racialis&#233;e, qui ne soit pas genr&#233;e ou qui ne soit pas organis&#233;e sur la base d'un syst&#232;me dominant de r&#233;gulation sexuelle, etc. Il faut donc retourner &#224; cette notion dialectique voulant que tout ph&#233;nom&#232;ne est une unit&#233; de divers aspects, comme le dit Marx dans l'introduction des Grundrisse, et que la classes des travailleur&#183;ses ne prend donc jamais une forme unique. Les travailleur&#183;ses sont uni&#183;es au-del&#224; de leur diversit&#233;, mais cette diversit&#233; est aussi un &#233;l&#233;ment crucial &#224; consid&#233;rer. Les exp&#233;riences sp&#233;cifiques d'oppression ne se r&#233;sument pas aux contradictions de classe mais, heureusement, dans la mesure o&#249; nous partageons cette condition de classe, nous avons un espace &#8211; le mouvements des travailleur&#183;ses &#8211; au sein duquel nous pouvons d&#233;velopper une politique partag&#233;e de r&#233;sistance anti-raciste, f&#233;ministe et pro-queer. Ce que tou&#183;tes les travailleur&#183;ses ont en commun, c'est leur d&#233;possession et la marchandisation de leur force de travail. C'est en luttant contre cette situation qu'on d&#233;couvre notre unit&#233; r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Xavier Lafrance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;traduction fran&#231;aise : &#171; Crise globale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les donn&#233;es rassembl&#233;es par Martin Wolf, &#171; The Eurozone after Strauss-Kahn &#187;, &lt;i&gt;The Financial Times&lt;/i&gt;, 17 mai 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Brenner, &lt;i&gt;The Economics of Global Turbulence&lt;/i&gt;, Verso Books, New York, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/interviews/reconstruire-infrastructures-contestation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>La voie canadienne</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-voie-canadienne</link>
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		<dc:date>2003-05-12T02:55:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David McNally</dc:creator>


		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>La guerre imp&#233;rialiste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les mythes nationaux ont la vie dure. Et peu de mythes canadiens est plus enracin&#233; que celui que ce pays est un gardien de la paix, libre du militarisme et de l'imp&#233;rialisme que l'on retrouve aux &#201;tats-Unis. Mais cette vue est un fantasme qui maquille des v&#233;rit&#233;s repoussantes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Prenons par exemple la participation canadienne &#224; la guerre en Irak. Alors que plusieurs au Canada ont cru que les forces arm&#233;es du pays n'avaient pas particip&#233; &#224; la guerre, la r&#233;alit&#233; est tout autre. Vingt-cinq (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Politique-canadienne-" rel="directory"&gt;Politique canadienne&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Canada-+" rel="tag"&gt;Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-La-guerre-imperialiste-+" rel="tag"&gt;La guerre imp&#233;rialiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les mythes nationaux ont la vie dure. Et peu de mythes canadiens est plus enracin&#233; que celui que ce pays est un gardien de la paix, libre du militarisme et de l'imp&#233;rialisme que l'on retrouve aux &#201;tats-Unis. Mais cette vue est un fantasme qui maquille des v&#233;rit&#233;s repoussantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons par exemple la participation canadienne &#224; la guerre en Irak. Alors que plusieurs au Canada ont cru que les forces arm&#233;es du pays n'avaient pas particip&#233; &#224; la guerre, la r&#233;alit&#233; est tout autre. Vingt-cinq organisateurs militaires canadiens &#233;taient des membres actifs du commandement de la centrale militaire am&#233;ricaine &#224; Qatar, (CENTCOM), l'organisme qui a planifi&#233; et supervis&#233; l'attaque contre l'Irak. Environ 1 300 membres de l'arm&#233;e sur trois navires de guerre ont accord&#233; une protection aux porte-avions am&#233;ricains &#224; partir desquels nombre d'attaques a&#233;riennes ont &#233;t&#233; lanc&#233;es. Le Canada avait aussi 31 soldats &#224; l'int&#233;rieur de l'Irak collaborant avec les forces am&#233;ricaines et britanniques, y compris dix pilotes canadiens qui ont particip&#233; &#224; des bombardements a&#233;riens de l'Irak. En plus de tout cela, le gouvernement canadien a permis aux avions am&#233;ricains en route vers les Golfe Persique de faire le plein et de changer leur &#233;quipage &#224; Terre-Neuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importent ses motivations, lorsque que l'ambassadeur am&#233;ricain Paul Cellucci affirme que le Canada a offert le plus important soutien &#224; la guerre en Irak si ce n'est trois ou quatreautres nations, il a raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre, cet engagement militaire direct, les entreprises canadiennes sont un important producteur d'&#233;quipements pour la machine de guerre am&#233;ricaine. Les entreprises canadiennes exportent environ trois milliards de dollars d'&#233;quipements militaires aux &#201;tats-Unis chaque ann&#233;e. Sont construits au Canada des simulateurs de vol , des syst&#232;mes de gestion des vols, des ordinateurs et des r&#233;seaux informatiques, des syst&#232;mes de guidage, des h&#233;licopt&#232;res , des bombardiers, des chasseurs, des v&#233;hicules blind&#233;s et des navires utilis&#233;s dans les attaques en Irak. Il n'est pas surprenant que les milieux d'affaires canadiens se soient prononc&#233;s fortement en faveur de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas parce que la classe des affairistes canadiens est une simple marionnette des capitalistes am&#233;ricains comme l'ont pr&#233;tendu certains commentateurs. Au contraire, la classe des affairistes canadiens repr&#233;sente une section puissante et bien organis&#233;e du capitalisme international et qui a ses propres entreprises imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'imp&#233;rialisme canadien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Talisman Energy de Calgary est la compagnie canadienne qui a connu la plus grande notori&#233;t&#233; ces ann&#233;es-ci (pour des liens avec un gouvernement qui tol&#233;rait l'esclavage et la terreur contre les civils), mais le cas de cette entreprise est loin d'&#234;tre un cas isol&#233;. Plus t&#244;t cette ann&#233;e, par exemple, un colloque de l 'ONU a accus&#233; huit compagnies mini&#232;res canadiennes d'avoir viol&#233; les r&#232;gles internationales dans leurs activit&#233;s au Congo, alors que trois millions de personnes sont mortes durant des guerres civiles. Ces accusations s'ajoutaient aux indications que des entreprises mini&#232;res canadiennes op&#233;rant en Tanzanie avaient autoris&#233; des assassinats massifs de mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces rapports ont rendu &#233;vident, que les entreprises mini&#232;res canadiennes exploitent une main d'&#339;uvre &#224; bon march&#233;, en collaborant avec des gouvernements corrompus et en fermant les yeux (lorsquelles n'y sont pas impliqu&#233;es) sur la terreur contre des civils en Afrique - accusations qui sont faites contre les entreprises les plus cupides dans le monde. Et ces entreprises mini&#232;res sont loin d'&#234;tre les seules entreprises canadiennes qui exploitent les ressources abondantes, les travailleurs opprim&#233;s et ayant des rapports troubles avec les gouvernements du Tiers-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne devrions pas &#234;tre surpris que les critiques venant du Tiers-monde pointent du doigt les entreprises canadiennes car le Canada compte nombre d'entreprises multinationales dans les t&#233;l&#233;communications, l'aluminium, l'exploitation foresti&#232;re, l'&#233;nergie, les chaussures, le caoutchouc et d'autres encore. De plus, les banques canadiennes op&#232;rent largement sur les march&#233;s globaux, et particuli&#232;rement dans les Cara&#239;bes o&#249; se retrouvent souvent les institutions financi&#232;res &#233;trang&#232;res dominantes. C'est particuli&#232;rement le cas de la Banque Royale du Canada dont les racines aux Indes occidentales remontent &#224; 1882.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t, qu'une petite &#233;conomie d&#233;pendante, le Canada est une composante du monde capitaliste d&#233;velopp&#233; et accueille les principales banques et entreprises. Comme l'a soulign&#233; une importante &#233;tude sur les firmes globales au Canada : &#171; les multinationales canadiennes ne sont pas des imitateurs de troisi&#232;me niveau, et elles sont souvent pr&#232;s des sommets dans leur secteur respectif &#187;. Et toutes ces entreprises sont aussi exploiteuses et imp&#233;rialistes qu'elles le peuvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques nationalistes canadiens pr&#233;tendent que le milieu des affaires de ce pays est menac&#233; d'&#234;tre compl&#232;tement absorb&#233; par le capital am&#233;ricain, mais les faits nous racontent une autre histoire. En fait, les capitalistes canadiens sont des joueurs de premier ordre dans le monde des investissements &#233;trangers et des prises de contr&#244;le globales. Ils sont m&#234;me devenus des acteurs significatifs dans l'&#233;conomie mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1994 et 2001, par exemple, les entreprises canadiennes ont achet&#233; 384 entreprises am&#233;ricaines de plus que ces derni&#232;res l'ont fait pour les entreprises canadiennes. Voyons cela en dollars. Les capitalistes canadiens ont d&#233;pens&#233; 46 milliards de plus pour l'achat d'entreprises am&#233;ricaines que ces derni&#232;res ont consacr&#233; &#224; l'achat de firmes au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en a r&#233;sult&#233;, que les entreprises canadiennes ont renforc&#233; leur pr&#233;sence dans les premi&#232;res lignes du milieu des affaires au niveau mondial. Au d&#233;but des ann&#233;es 90, par exemple les actifs des entreprises canadiennes &#224; l'&#233;tranger &#233;taient &#233;gaux &#224; 23% du Produit Int&#233;rieur Brut. En 2001, les actifs &#233;trangers d&#233;tenus par les entreprises canadiennes sont maintenant de 54% du Produit Int&#233;rieur Brut. Depuis 2000, le capitalisme canadien a connu &#171; un surplus de dividendes - c'est-&#224;-dire que le flux des dividendes d&#233;coulant des investissements canadiens &#224; l'&#233;tranger exc&#232;de les dividendes sortant du Canada - et cela &#224; une hauteur de 3,5 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'opposition du tiers monde.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne devrait pas &#234;tre surpris alors, que les entreprises d'origine canadienne aient souvent &#233;t&#233; les cibles de l'opposition dans le Tiers-Monde. Plus r&#233;cemment, Talisman Energy a &#233;t&#233; la cible d'une campagne mondiale qui l'a conduit, au bout du compte, &#224; vendre ses op&#233;rations au Soudan. Mais Talisman est loin d'&#234;tre un cas isol&#233;. Un des cas les plus c&#233;l&#232;bres de l'opposition du Tiers-Monde au Capital canadien s'est produit &#224; Trinadad en 1970.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements ont commenc&#233; en 1968-69 quand des &#233;tudiants Noirs de Sir George Williams &#224; Montr&#233;al (maintenant l'Universit&#233; Concordia) ont commenc&#233; &#224; protester contre le racisme dans l'institution. Alors que les administrateurs de l'Universit&#233; refusaient d'entendre leurs revendications, les &#233;tudiants ont occup&#233; le centre informatique de l'Universit&#233;. Plut&#244;t que de n&#233;gocier, l'administration a fait intervenir la police anti-&#233;meute. Des 97 protestataires arr&#234;t&#233;s, dix &#233;taient des &#233;tudiants de Trinidad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les proc&#232;s des protestataires s'ouvraient &#224; Montr&#233;al au d&#233;but des ann&#233;es 1970, la protestation &#224; Trinidad &#233;tait dirig&#233;e contre la Commission canadienne et la principale succursale de la Banque Royale du Canada. Quand les &#233;tudiants de Montr&#233;al ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, d'autres manifestations ont &#233;t&#233; organis&#233;es. Un r&#233;giment de 700 personnes &#224; Trinidad s'est mutin&#233; plut&#244;t que de r&#233;primer le mouvement. Comme d'autres manifestantEs en Afrique aujourd'hui, ceux qui ont pris la rue &#224; Trinidad en 1970 ont d&#233;nonc&#233; directement le racisme et l'imp&#233;rialisme sur lesquels le capitalisme canadien s'est &#233;rig&#233;. Beaucoup de cet h&#233;ritage d&#233;coule de la colonisation des peuples indig&#232;nes et de la conqu&#234;te du peuple de la Nouvelle-France (plus tard le Qu&#233;bec), et nous ne devrions jamais oublier les op&#233;rations imp&#233;rialistes internationales des entreprises canadiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anti-imp&#233;rialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, le capital canadien est un important acteur au sein du capitalisme mondial. Il est vrai que le milieu des affaires canadien n'est pas de la m&#234;me envergure que le pouvoir entrepreneurial am&#233;ricain (et de la machine de guerre sur laquelle il repose). Mais aucune autre classe capitaliste sur une base nationale ne peut se comparer aux entreprises am&#233;ricaines maintenant. Cela n'emp&#234;che pas les classes dirigeantes de France, de Grande-Bretagne, d'Allemagne, du Japon, de l'Italie, de la Belgique et du Canada, d'accueillir des entreprises multinationales et des banques qui forment une partie significative de l'imp&#233;rialisme mondial et d'&#234;tre complice du racisme et de le soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi , quand les militantEs anti-guerre et d'autres deviennent anti-imp&#233;rialistes, cela ne doit pas &#233;quivaloir &#224; l'opposition &#224; l'empire am&#233;ricain, aussi important cela soit-il. Un anti-imp&#233;rialisme cons&#233;quent signifie l'opposition aux pratiques exploiteuses des entreprises et des banques multinationales et de leur gouvernement et &#224; leur arm&#233;e qui les prot&#232;gent. Quand le Canada est impliqu&#233;, l'anti-imp&#233;rialisme commence dans son propre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David McNally est un membre du New Socialist Group.&lt;br /&gt;
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&lt;p&gt;Traduction La Gauche&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Marxisme, nationalisme et luttes nationales aujourd'hui</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Marxisme-nationalisme-et-luttes-nationales-aujourd-hui</link>
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		<dc:date>1996-01-01T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David McNally</dc:creator>


		<dc:subject>Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Question nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

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&lt;p&gt;Premi&#232;re partie : le d&#233;fi du nationalisme au marxisme &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Le nationalisme domine la politique mondiale - et il le fait avec une surprenante facilit&#233;. Ouvrez n'importe quel quotidien, &#233;coutez les discussions au travail ou &#224; l'&#233;cole, regardez ou &#233;coutez n'importe quelle &#233;mission de nouvelles, examiner les cours qui se donnent dans les universit&#233;s et vous trouverez que la division de la population globale en entit&#233;s nomm&#233;es &#034;nations&#034; est de fa&#231;on &#233;crasante prise en consid&#233;ration. Au moment o&#249; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Question-nationale-" rel="directory"&gt;Question nationale&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re partie : le d&#233;fi du nationalisme au marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Le nationalisme domine la politique mondiale - et il le fait avec une surprenante facilit&#233;. Ouvrez n'importe quel quotidien, &#233;coutez les discussions au travail ou &#224; l'&#233;cole, regardez ou &#233;coutez n'importe quelle &#233;mission de nouvelles, examiner les cours qui se donnent dans les universit&#233;s et vous trouverez que la division de la population globale en entit&#233;s nomm&#233;es &#034;nations&#034; est de fa&#231;on &#233;crasante prise en consid&#233;ration. Au moment o&#249; j'&#233;cris ces lignes, les Jeux olympiques d'&#233;t&#233; se d&#233;roulent &#224; Atlanta. Tous les athl&#232;tes des ces jeux sont organis&#233;s par les &#201;tats nations, ils repr&#233;sentent &#034;leur&#034; &#201;tat, ils portent leur couleur et leur drapeau. Les m&#233;dailles gagn&#233;es par ces athl&#232;tes appartiennent &#224; leur pays, ils sont les garants de l'honneur de leur pays et de sa fiert&#233;. Chaque jour, un tableau des m&#233;daill&#233;Es est dress&#233; par nation et est diffus&#233; aux millions de personnes qui suivent cet &#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la vaste majorit&#233; des gens, il n'y a rien l&#224; de bizarre, d'insidieux ou de dangereux &#224; cela. Ils prennent pour acquis qu'ils sont membres d'un &#201;tat nation ; ils sont fiers de cette r&#233;alisation ; ils souffrent quand la nation est dans l'embarras ou humili&#233;e (rappelons-nous l'affaire Ben Johnson ?). On leur dit rarement, si jamais cela a lieu, que le syst&#232;me des &#201;tats nations est une cr&#233;ation r&#233;cente dans l'histoire humaine, que la plupart des soci&#233;t&#233;s humaines n'ont jamais eu un concept de nation qu'elle qu'il soit et que la mont&#233;e du syst&#232;me des &#201;tats nations correspond au d&#233;veloppement international du capitalisme. De plus, rarement, on ne retrouve dans le d&#233;bat politique le fait que le syst&#232;me de l'&#201;tat nation est la forme politique qui r&#233;gule, contr&#244;le et discipline les personnes de fa&#231;on &#224; faciliter leur exploitation par le capital. Le plus souvent, nous vivons dans un univers mental o&#249; les discussion se m&#232;nent en terme national - autos japonaises, acier canadien, films am&#233;ricains, athl&#232;tes russes, musique jama&#239;caine et ainsi de suite - et font partie du sens commun qui organise notre compr&#233;hension politique et culturelle du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la mont&#233;e de nationalismes ethniques virulents - comme ceux de l'ex-Yougoslavie, ou ceux qui tuent des centaines de milliers de personnes au Burundi ou au Rwanda actuellement, rarement nous am&#232;ne &#224; questionner l'id&#233;e de nation ou notre propre nationalisme. De fa&#231;on &#233;crasante, on examine le nationalisme des autres qui est vu comme un probl&#232;me et presque jamais le n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Pour toutes ces raisons, le nationalisme repr&#233;sente sans doute le plus grand d&#233;fi pos&#233; au marxisme. &#034;Les travailleurs n'ont pas de patrie&#034; disaient Marx et Engels dans le Manifeste communiste. Dans cet esprit, le marxisme a lanc&#233; le premier mouvement politique qui enseignait dans des termes internationaux, qui cherchait l'&#233;mancipation de l'humanit&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale et affirmait que l'&#233;limination de l'&#201;tat national &#233;tait son objectif le plus &#233;lev&#233;. L'Association Internationale des Travailleurs (connu le plus souvent comme la Premi&#232;re Internationale), lanc&#233; en 1864, repr&#233;sentait la forme d'organisation qui cadrait avec cette conception d'un mouvement politique international de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, durant presque toute la p&#233;riode des 150 ans depuis la publication du Manifeste communiste en a &#233;t&#233; une durant laquelle les mouvements de la classe ouvri&#232;re ont tendu (en dehors de la l'interlude de 1917-23 ou &#224; peu pr&#232;s) &#224; devenir de fa&#231;on de plus en plus &#233;crasante domin&#233; par le nationalisme. Les mouvements ouvriers sont presque tous des organisation enti&#232;rement nationales. Ils pensent &#224; organiser les travailleurs d'un pays donn&#233; en ayant peu de pr&#233;occupations pour leurs s&#339;urs et leurs fr&#232;res d'ailleurs. Plus encore, ils sont domin&#233;s par le nationalisme : ils tendent &#224; soutenir les contr&#244;les des importations (et les autres formes de protectionnisme national) &#224; prot&#233;ger &#034;nos jobs&#034; et &#034;notre mode de vie&#034;. Il n'est pas exag&#233;r&#233; de dire que le nationalisme de gauche est l'id&#233;ologie dominante des mouvements ouvriers &#224; travers le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que l'emprise du nationalisme peut &#234;tre bris&#233;, les perspectives sont vraiment faibles pour les politiques de l'internationalisme socialiste. C'est pourquoi, la discussion &#034;sur la question nationale&#034; revient de fa&#231;on r&#233;currente dans le mouvement socialiste. Dans ce qui suit, j'essaie de passer en revue les &#233;l&#233;ments principaux des d&#233;bats marxistes sur le nationalisme, pour examiner leurs forces et leurs faiblesses et pour appliquer quelques le&#231;ons qu'on peut tirer de cette &#233;tude &#224; la discussion sur les questions nationales au Canada aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie : La question nationale de Marx &#224; Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La persistance du nationalisme et de la r&#233;alit&#233; des luttes nationales ont forc&#233; les socialistes &#224; revenir r&#233;guli&#232;rement sur ce sujet. Mais il est connu que les g&#233;n&#233;ralit&#233;s ne fonctionnent pas en ce domaine. La vaste majorit&#233; des socialistes se sont adapt&#233;s ou se sont accommod&#233;s du nationalisme ; ils ont vu leur projet comme une fa&#231;on plus humaine et plus &#233;clair&#233;e de diriger un &#201;tat national (et non son &#233;limination dans le cours d'une lutte internationale contre la &#034;mis&#232;re du monde&#034;.) Une petite minorit&#233; de socialistes ont simplement essay&#233; d'ignorer les r&#233;alit&#233;s des luttes nationales, en lan&#231;ant sans cesse des appels &#224; l'unit&#233; internationale des travailleurs du monde qui n'ont mobilis&#233; personne et qui ignoraient les questions nationales r&#233;elles et concr&#232;tes. Il y a quelques situations importantes o&#249; les socialistes ont lutt&#233; pour trouver une voie internationaliste li&#233;e aux r&#233;alit&#233;s de l'oppression nationale. L'attitude de Marx envers l'Irlande dans les ann&#233;es 1860 et l'approche de L&#233;nine vis-&#224;-vis les peuples opprim&#233;es de la Russie tsariste s'inscrivent de cette optique. Avant d'examiner ces exemples, cependant, je veux m'&#233;tendre un moment sur les deux tendances auxquelles j'ai fait allusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le mouvement socialiste mondial s'est acquis un caract&#232;re de masse d'abord en Allemagne &#224; la fin des ann&#233;es 1880. L'Allemagne &#224; ce moment l&#224; &#233;tait une monarchie avec un parlement qui &#233;tait &#233;lu par une petite minorit&#233; de la population adulte. Avec les ans, de plus en plus de travailleurs ont obtenu le droit de vote et le parti de la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; organis&#233;, le Parti social-d&#233;mocrate (mieux connu par ses initiales allemandes, le SPD), qui devint une force politique de premi&#232;re importance. Le SPD s'est identifi&#233; rapidement avec la &#034;prise de contr&#244;le&#034; de l'Etat allemand et non &#224; son renversement. Cela mena les dirigeants du SPD &#224; &#234;tre de plus en plus influenc&#233; par l'id&#233;e de l'int&#233;r&#234;t national . Peu &#224; peu, les dirigeants ont commenc&#233; &#224; d&#233;fendre l'id&#233;e d'un colonialisme allemand &#034;progressiste&#034;. Ils ont affirm&#233;, qu'un gouvernement du SPD ne donnerait pas leur libert&#233; aux colonies allemandes ; il les traiterait simplement mieux. L'identification &#224; l'&#201;tat national &#233;tait si puissant, si ancr&#233;e que la majorit&#233; de la direction du SPD, en est venu &#224; soutenir le gouvernement allemand lors de son entr&#233;e dans la Premi&#232;re guerre mondiale. La plupart des partis de la dite Deuxi&#232;me Internationale (fond&#233;e en 1889) l'ont rapidement suivi dans cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La marxiste germano-polonaise, Rosa Luxemburg et le marxiste russe V.I. L&#233;nine ont &#233;t&#233; &#224; l'avant-garde de l'opposition socialiste &#224; la guerre. Les deux ont d&#233;nonc&#233; la Guerre comme le produit de l'imp&#233;rialisme et comme la cons&#233;quence de la concurrence des principales puissances capitalistes pour se diviser le monde. Luxemburg et L&#233;nine ont d&#233;velopp&#233; les politiques de l'opposition socialiste internationale &#224; la guerre et ont soutenu que les travailleurs devraient refuser de soutenir &#034;leurs&#034; classes dirigeantes nationales et qu'ils devraient travailler &#224; transformer les crises sociales li&#233;es &#224; la guerre en guerre de classe des travailleurs contre le syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Luxemburg et L&#233;nine ont ainsi apport&#233; une contribution essentielle au courant internationaliste et anti-imp&#233;raliste &#224; l'int&#233;rieur du mouvement socialiste. Malgr&#233; leurs convergences significatives en ce domaine, ils divergeaient beaucoup sur la question de l'attitude socialiste envers les luttes nationales. Luxemburg d&#233;fendait qu'&#224; l'&#226;ge de l'imp&#233;rialisme et d'un capitalisme pleinement internationalis&#233;, les luttes nationales &#233;taient d&#233;pass&#233;es. L'&#233;conomie mondiale &#233;tait tellement d&#233;velopp&#233;e, que l'id&#233;e d'un &#201;tat nation &#233;conomiquement ind&#233;pendant &#233;tait devenue ridicule. Au milieu du XIX&#232; si&#232;cle, disait-elle, les guerres nationales ont fait &#233;clater les vieux empires et ont cr&#233;&#233; des nouveaux &#201;tats d&#233;mocratiques bourgeois et cela a &#233;t&#233; progressiste. Mais cette &#233;poque est r&#233;volue. &#192; l'&#233;poque du capitalisme international, il est r&#233;actionnaire de soutenir la cr&#233;ation de nouveaux &#201;tats nations. La t&#226;che &#233;tait maintenant de mobiliser la classe ouvri&#232;re internationale contre le capitalisme mondial. &#034; &#224; l'&#233;poque du capitalisme d&#233;cha&#238;n&#233;, il ne peut plus y avoir de guerres nationales&#034; disait-elle. Les luttes nationales &#034;ne peuvent servir que des moyens de d&#233;moralisation&#034;, de duperie des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position de Rosa Luxemburg avait un point fort : celui d'un internationalisme de principe, sa vigoureuse opposition au nationalisme. Mais selon L&#233;nine elle avait deux faiblesses importantes. Premi&#232;rement, elle n&#233;glige le caract&#232;re hi&#233;rarchique des rapports entre les nations &#8212; en r&#233;alit&#233; certaines sont dominantes et d'autres sont opprim&#233;es - et sa position peut conduire les socialistes &#224; une position d'indiff&#233;rence ou de neutralit&#233; dans les luttes entre les nations opprimantes et les nations opprim&#233;es. Deuxi&#232;mement, sa position sous-estime l'importance pour les socialistes de d&#233;fendre les droits des peuples opprim&#233;s &#224; leur autod&#233;termination comme moyen de d&#233;fier le chauvinisme national qui frappe les travailleurs et les nations dominantes. L'erreur de Luxemburg, en d'autres termes, vient du fait qu'elle consid&#232;re les luttes nationales du point de vue g&#233;n&#233;ralement abstrait de l'&#233;conomie mondiale. En faisant cela, elle perd de vue les dynamiques politiques concr&#232;tes, la fa&#231;on dont les conflits nationaux structurent le terrain de la lutte politique et la conscience de classe de la classe ouvri&#232;re. Si les marxistes doivent &#234;tre r&#233;ellement partie prenante des d&#233;bats politiques dans la soci&#233;t&#233;, affirme L&#233;nine, une position abstraite et intemporelle de cette esp&#232;ce &#034;toutes les luttes nationales sont d&#233;pass&#233;es&#034; ne sert &#224; rien. Au contraire, les socialistes r&#233;volutionnaires doivent essayer de comprendre comment des luttes nationales donn&#233;es affectent le terrain g&#233;n&#233;ral de la lutte politique dans la soci&#233;t&#233; et construire leur d&#233;marche &#224; partir de l&#224;. L&#233;nine a pr&#233;sent&#233; la th&#232;se qu'il a d&#233;velopp&#233;e dans ce domaine comme une &#233;laboration de la position que Marx avait pris dans la lutte pour l'ind&#233;pendance irlandaise. En fait, la position de L&#233;nine &#233;tait plus originale que &#231;a. Il a d&#233;velopp&#233; une approche compl&#232;tement nouvelle de tout le probl&#232;me des luttes nationales. Mais commen&#231;ons par examiner la position de Marx sur l'Irlande et nous verrons ce que L&#233;nine en a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels avaient d'abord accord&#233; peu d'importance &#224; la lutte de l'ind&#233;pendance irlandaise face &#224; la Grande-Bretagne. En 1848, par exemple, ils avaient affirm&#233; que le mouvement ouvrier de masse britannique de cette p&#233;riode (connu comme le Chartisme) devrait se pr&#233;occuper de ce probl&#232;me. Ils voyaient la question irlandaise comme un aspect vraiment mineur de la lutte de la classe ouvri&#232;re d'Angleterre et ils ont souvent accus&#233; les nationalistes irlandais de ne pas s'allier avec le Chartisme. Apr&#232;s le d&#233;clin du Chartisme, comme le sentiment anti-irlandais commen&#231;ait &#224; jouer un r&#244;le plus important dans la politique britannique et que le mouvement Fenian pour l'ind&#233;pendance de l'Irlande se d&#233;veloppait de nouveau dans les ann&#233;es 60, la position de Marx a de nouveau chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de Marx s'exprimait comme suit. Premi&#232;rement, il affirma qu'&#233;tant donn&#233; que le sentiment anti-irlandais amenait les travailleurs anglais &#224; s'identifier aux classes dirigeantes, cette r&#233;alit&#233; &#233;tait le plus important obstacle &#224; une politique d'ind&#233;pendance de classe de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur anglais ordinaire hait le travailleur irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie. Dans ces rapports aux travailleurs irlandais, il se per&#231;oit lui-m&#234;me comme un membre de la nation dominante et se positionne lui-m&#234;me comme un instrument des aristocrates et des capitalistes de son pays contre l'Irlande, renfor&#231;ant ainsi leur domination sur lui. Cet antagonisme est le secret de l'impuissance de la classe ouvri&#232;re anglaise (Marx et Engels, L'Irlande et la question irlandaise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, Marx d&#233;fend maintenant que la lutte nationale en Irlande &#233;tait la cl&#233; qui allumera la r&#233;volution ouvri&#232;re en Angleterre. En cela, il reconna&#238;t que c'est un renversement de sa position ant&#233;rieure. &#034;Pendant longtemps, j'ai cru qu'il serait possible de renverser le r&#233;gime irlandais gr&#226;ce &#224; la mont&#233;e de la classe ouvri&#232;re anglaise. Une &#233;tude plus approfondie m'a convaincu de l'oppos&#233; : La classe ouvri&#232;re anglaise ne fera rien de d&#233;cisif, ici en Angleterre, tant qu'elle ne rompra de fa&#231;on la plus nette , dans sa politique irlandaise, avec la politique des classes dominantes ; tant qu'elle ne fera pas, non seulement cause commune avec les Irlandais, mais encore ne prendra pas l'initiative de la dissolution de l'Union forc&#233;e de 1801 et de son remplacement par une conf&#233;d&#233;ration &#233;gale et libre.&#034; (ibid 294). L'exp&#233;rience de repenser la question irlandaise a &#233;t&#233; d'une importance g&#233;n&#233;rale pour Marx et Engels. Cela a conduit Marx, par exemple, &#224; faire cette magnifique r&#233;flexion &#034;toute nation qui en opprime un autre forge ses propres cha&#238;nes.&#034; &#192; bien des &#233;gards, ce qu'a fait L&#233;nine est de reprendre cette intuition et de l'appliquer syst&#233;matiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empire des Tsars de Russie renfermait des dizaines et des dizaines de communaut&#233;s nationales opprim&#233;es. En essayant d'organiser un mouvement de la classe ouvri&#232;re dans l'empire tsariste, les marxistes russes &#233;taient in&#233;vitablement confront&#233;s aux aspirations nationales. Beaucoup de marxistes russes ont refus&#233; &#231;a et ont sugg&#233;r&#233; que les enjeux nationaux n'avaient pas leur place dans un mouvement marxiste. Les premiers &#233;crits de L&#233;nine ne pr&#234;taient pas attention &#224; ces questions. Mais avec le temps la question nationale en vint &#224; jouer un r&#244;le de plus en plus important dans sa pens&#233;e. Avec la Premi&#232;re guerre mondiale, il a d&#233;velopp&#233; une attitude tr&#232;s sp&#233;cifique envers cet enjeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conceptions de L&#233;nine reprennent les &#233;l&#233;ments suivants. Premi&#232;rement, l'ordre du monde imp&#233;rialiste &#233;tablit une hi&#233;rarchie entre les nations ce qui produit in&#233;vitablement des r&#233;voltes nationalistes. Deuxi&#232;mement, le probl&#232;me principal pour les marxistes est comment trouver une assise comme internationalistes dans un monde domin&#233; par les conflits nationaux. Troisi&#232;mement, le probl&#232;me strat&#233;gique central est d'essayer d'amener les travailleurs de sentiments nationalistes &#224; des sentiments internationalistes. Quatri&#232;mement, le plus grand obstacle pour ce faire c'est le nationalisme des travailleurs des nations dominantes (comme l'affirmait Marx au sujet des travailleurs anglais dans le cas de l'Irlande) ce qui les conduit &#224; s'identifier &#224; leur classe dirigeante, ce qui renforce le nationalisme des travailleurs des nations opprim&#233;es. (car ces derniers ne voient pas que les travailleurs de la nation dominante ont le moindrement sympathique &#224; leurs aspirations de se lib&#233;rer de l'oppression nationale). En cons&#233;quence, selon L&#233;nine, les marxistes doivent soutenir le droit des nations opprim&#233;es &#224; l'autod&#233;termination, y compris le droit de former un &#201;tat ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point central de la th&#232;se de L&#233;nine est son insistance sur le politique (contrairement &#224; Luxemburg qui s'appuyait sur une th&#232;se fondamentalement &#233;conomique.). L&#233;nine insiste que le nationalisme repr&#233;sente une division politique importante &#224; l'int&#233;rieur de la classe ouvri&#232;re. L'approche marxiste prend cette division politique comme le point de d&#233;part de l'effort pour le d&#233;passer. Dans ce but, la principale question n'est pas celle de la viabilit&#233; &#233;conomique d'un &#201;tat nation donn&#233;, mais quelles tactiques seront les plus importantes pour construire la solidarit&#233; de classe et l'internationalisme. Et la r&#233;ponse de L&#233;nine est claire : miner le chauvinisme national des travailleurs de la nation dominante en faisant campagne ouvertement pour le droit des nations opprim&#233;es &#224; d&#233;terminer leur propre futur. Pour gagner les travailleurs dans la nation opprim&#233;e une telle position devrait repr&#233;senter le principal coup port&#233; aux identifications nationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a rendu tr&#232;s clair que cela ne signifie pas que les marxistes voudraient voir de plus en plus d'&#201;tats nations ind&#233;pendants. Au contraire, comme internationalistes marxistes, il favorisait les f&#233;d&#233;rations qui am&#232;neraient les travailleurs dans une vie politique commune. Mais de telles f&#233;d&#233;rations devraient &#234;tre volontaires. On devrait s'opposer &#224; des associations politiques forc&#233;es ou coercitives ou oppressives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous demandons la libert&#233; de s&#233;cession pour les Mongols, les Perses, les Egyptiens et toutes les autres nations opprim&#233;es sans exception, ce n'est pas parce que nous favorisons la s&#233;cession, mais seulement parce nous d&#233;fendons l'association volontaire et diff&#233;rente d'une association forc&#233;e (cit&#233; in James M. Blount, The National Question : Decolonising the Theory of Nationalism, 67).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutenir le droit des nations &#224; l'autod&#233;termination est ainsi devenu un &#233;l&#233;ment cl&#233; de l'approche strat&#233;gique de la construction de la solidarit&#233; internationale des travailleurs. Non pour soutenir que ce droit signifie l'alignement avec le nationalisme dominant. Cela signifie que se contenter d'un internationalisme abstrait &#233;choue &#224; reconna&#238;tre l'importance de l'exp&#233;rience de la domination, ou ce que L&#233;nine a nomm&#233; &#034; la psychologie qui est si importante en ce qui concerne la question nationale&#034;. (Collected Works, v. 19, 499.) La solidarit&#233; internationale n&#233;cessite, en d'autres mots, que les travailleurs des nations dominantes se fassent les d&#233;fenseurs les plus cons&#233;quents du droit des peuples opprim&#233;s dans &#034;leur&#034; &#201;tat &#224; s'autod&#233;terminer (y compris &#224; se s&#233;parer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, L&#233;nine d&#233;fend, une telle opposition de principe au nationalisme dominant permet aux travailleurs des nations opprim&#233;es de cheminer du nationalisme au socialisme. Alors que les socialistes des nations opprimantes d&#233;fendent le droit des opprim&#233;-E-s &#224; l'autod&#233;termination, les socialistes des nations opprim&#233;es &#034;doivent accorder une importance centrale &#224; l'unit&#233; et &#224; l'alliance des travailleurs des nations opprim&#233;es avec ceux des nations opprimantes ; autrement ces sociaux-d&#233;mocrates deviendront involontairement les alli&#233;s de leur propre bourgeoisie nationale&#034;. (&#338;uvres choisies, vol. 1, p. 409). Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, les Th&#232;ses sur les questions nationales et coloniales de l 'Internationale communiste affirment que m&#234;me en apportant son soutien aux luttes nationales bourgeoises contre le colonialisme, les socialistes insistent sur &#034;l'ind&#233;pendance de classe du mouvement prol&#233;tarien&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse a consid&#233;rablement renforc&#233; la capacit&#233; des socialistes &#224; s'engager s&#233;rieusement dans les luttes nationales en cours sans abandonner leurs objectifs socialistes. Pour ces raisons, nous pouvons apprendre &#233;norm&#233;ment des &#233;crits de Marx sur l'Irlande et des discussions de L&#233;nine sur la question nationale. En m&#234;me temps, ces &#233;crits n'offrent gu&#232;re plus que des balises. Apr&#232;s tout, d&#233;fendre le droit de s&#233;paration ne dit rien sur les conditions o&#249; on le d&#233;fend. Plut&#244;t que de fournir une formule qui peut simplement &#234;tre appliqu&#233;e dans tous les contextes, ils sont un point de d&#233;part pour guider notre analyse. Essayer de les utiliser n'est pas un substitut &#224; une analyse s&#233;rieuse. Avant de discuter comment nous devons utiliser ces analyses dans notre approche des luttes nationales dans l'&#201;tat canadien, il est important de les examiner les enjeux du nationalisme et de l'internationalisme tels qu'ils se sont exprim&#233;s apr&#232;s la mort de L&#233;nine en 1924.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement communiste international a gliss&#233; de l'internationalisme au nationalisme sous l'impact de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la r&#233;volution de 1917 en Russie et la mont&#233;e du stalinisme. Aussi t&#244;t qu'en 1923, l'id&#233;e du &#034;bolchevisme national&#034; a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; par le Parti communiste allemand. Une fois que Staline a d&#233;clar&#233; qu'il &#233;tait possible de construire &#034; le socialisme dans un seul pays&#034;, la porte &#233;tait ouverte &#224; l'adoption de l'id&#233;e de luttes nationales distinctes pour le socialisme, termes de r&#233;f&#233;rence des nationalismes dominants. Ainsi, par exemple le Parti communiste du Canada a rapidement d&#233;couvert que le nationalisme canadien &#233;tait &#034;progressiste&#034; alors que les membres du PC au Qu&#233;bec qui essayait de promouvoir une compr&#233;hension plus diff&#233;renci&#233;e de la lutte nationale du Qu&#233;bec &#233;taient r&#233;guli&#232;rement expuls&#233;s pour &#034;nationalisme bourgeois&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des grandes contributions historiques de L&#233;on Trotsky a &#233;t&#233; de r&#233;sister &#224; la notion de lutte pour le socialisme comme &#233;tant une lutte nationale et de s'en tenir fermement &#224; l'internationalisme marxiste. Avec tous leurs terribles probl&#232;mes, les groupes trotskistes ont jou&#233; un r&#244;le important en sauvegardant ces id&#233;es vivantes &#224; l'&#233;poque o&#249; le nationalisme dominait la gauche. La contribution sp&#233;cifique de Trotsky &#224; cette &#233;poque a &#233;t&#233; sa th&#233;orie &#034;de la r&#233;volution permanente&#034;. Originellement formul&#233; comme la perspective strat&#233;gique pour la r&#233;volution russe &#224; venir, &#224; la fin des ann&#233;es 20, Trotsky l'a reformul&#233;e comme la th&#233;orie des relations entre les luttes de classes et les luttes nationales &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la r&#233;volution permanente a &#233;t&#233; une contribution brillante et originale &#224; la pens&#233;e marxiste. En rejetant l'id&#233;e sch&#233;matique, lin&#233;aire et m&#233;canique que toute soci&#233;t&#233; devait passer par des stades historiques donn&#233;s avant de lutter pour le socialisme, Trotsky a d&#233;fendu que l'analyse concr&#232;te des dynamiques des classes dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e devait se faire dans le contexte des ses rapports avec l'&#233;conomie mondiale. Ainsi, alors que la plupart des marxistes russes d&#233;fendaient que la Russie devait d'abord faire une &#034;r&#233;volution d&#233;mocratique bourgeoise&#034; contre le tsarisme et alors compl&#233;ter un stade du d&#233;veloppement capitaliste avant que la lutte pour le pouvoir ouvrier soit &#224; l'ordre du jour, Trotsky a d&#233;fenfu que la bourgeoisie russe &#233;tait trop effray&#233;e par le pouvoir grandissant du jeune prol&#233;tariat russe pour conduire la lutte contre la monarchie tsariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effray&#233; que le mouvement r&#233;volutionnaire pour la d&#233;mocratie lib&#233;rale puisse d&#233;boucher sur des gr&#232;ves de masse et faire descendre un prol&#233;tariat insurg&#233; dans les rues se battant pour ses revendications de classe particuli&#232;res (ce qui s'&#233;tait en fait pass&#233; en 1905), la bourgeoisie russe a rapidement abandonn&#233; une telle lutte, soutenait-il. Il en a r&#233;sult&#233;, que la direction de la lutte anti-tsariste passerait au prol&#233;tariat qui donnerait sa marque au mouvement, l'amenant vers la lutte pour la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Empruntant une phrase &#224; Marx, Trotsky a d&#233;crit cela comme la &#034;r&#233;volution permanente&#034; - qui commence comme un mouvement r&#233;volutionnaire pour la d&#233;mocratie lib&#233;rale et qui transcro&#238;t dans un lutte pour la d&#233;mocratie socialiste et le pouvoir ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de Trotsky (d&#233;velopp&#233;e en 1905-1906) a d&#233;montr&#233; une profonde anticipation de la dynamique de classe du processus r&#233;volutionnaire de 1917. Sous l'impact du mouvement r&#233;volutionnaire en Chine dans les ann&#233;es 20, Trotsky a rapidement &#233;tendu la th&#233;orie de la Russie au monde colonial en g&#233;n&#233;ral. Dans les colonies, il sugg&#232;re, que le m&#234;me mod&#232;le soit appliqu&#233; : une bourgeoisie craintive se retire de la lutte anti-coloniale, cette derni&#232;re triomphera seulement sous la direction du parti r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re. Bien qu'il y ait des enseignements importants &#224; tirer de cette analyse, il existe le risque d'une surg&#233;n&#233;ralisation. Apr&#232;s tout, en l'absence d'une classe ouvri&#232;re auto-organis&#233;e et combative comme celle du mouvement ouvrier russe de 1905 et 1917, pourquoi des groupes bourgeois et petits bourgeois se retiraient-ils de la direction des luttes nationales. En effet, ils ne se sont pas retir&#233;s. Dans des pays comme l'Inde, l'Alg&#233;rie, le Pakistan, le Bangladesh et des dizaines d'autres, les mouvements nationalistes n'ont pas &#233;t&#233; dirig&#233;s par la classe ouvri&#232;re et ont mis en place des &#201;tats nations ind&#233;pendants. En Chine, le dit Parti communiste a conduit une lutte avec aucune activit&#233; auto-organis&#233;e de la classe ouvri&#232;re, et sans aucune apparition d'organes de d&#233;mocratie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde d'apr&#232;s 1945 a &#233;t&#233; le t&#233;moin d'une succession d'ind&#233;pendances nationales dans lesquels les mouvements de la classe ouvri&#232;re n'ont pas jou&#233; de r&#244;le significatif. Clairement, ces r&#233;alit&#233;s demandent que soit r&#233;vis&#233;e de la th&#233;orie de Trotsky. Quel que soit sa force, elle ne peut &#234;tre utilis&#233;e comme une pr&#233;diction universellement valide concernant les luttes nationales &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme. Certains trotskistes tentent de discuter de ces &#233;v&#233;nements qui ont clairement &#233;t&#233; en porte-&#224;-faux avec la th&#233;orie de Trotsky. D'autres, cependant, continuent &#224; d&#233;fendre dogmatiquement la lettre des &#233;crits de Trotsky. La plus grande organisation trotskiste am&#233;ricaine (le Socialist Workers Party) a produit un document en 1974 par exemple qui affirme : &#034;&#224; l'&#233;poque imp&#233;rialiste, la bourgeoisie nationale dans les pays industriellement retardataires trahit sa propre r&#233;volution et les t&#226;ches d&#233;mocratiques bourgeoises, y compris la r&#233;alisation de l'ind&#233;pendance nationale ne peuvent &#234;tre r&#233;alis&#233;es que par la r&#233;volution socialiste&#034;. (La dynamique de la r&#233;volution mondiale aujourd'hui&#034;, 137)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8) Maintenant, le fait que cette pr&#233;tention soit &#233;videmment fausse (c.-&#224;.-d. que l'ind&#233;pendance nationale peut &#234;tre r&#233;alis&#233; sans r&#233;volution socialiste) ne semble pas compter. Trotsky l'a dit, par cons&#233;quent cela doit &#234;tre vrai. Et nombre de trotskistes qui d&#233;fendent une telle ligne ont commenc&#233; &#224; voir des r&#233;volutions socialistes et des &#201;tats ouvriers un peu partout. En Alg&#233;rie, en &#201;gypte o&#249; un r&#233;gime nationaliste progressiste prenait le pouvoir. Apr&#232;s tout, si l'ind&#233;pendance nationale ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par une r&#233;volution socialiste, alors la r&#233;alisation de l'ind&#233;pendance nationale devrait vouloir dire qu'une telle r&#233;volution a eu lieu. Le fait que rien semblable &#224; une r&#233;volution socialiste peut &#234;tre reconnue - comme des millions de personnes opprim&#233;es descendant dans les rues et attirant les bases de l'arm&#233;e de leur bord, comme des gr&#232;ves de masse et l'occupation des lieux de travail, comme de nouvelles institutions populaires d'autogouvernement apparaissant sur les lieux de travail et dans les communaut&#233;s - ne semblent importants. Allant plus loin que Trotsky avait &#233;t&#233;, quelques groupes ont commenc&#233; &#224; d&#233;fendre qu'il y avait une logique cach&#233;e qui conduisait les luttes nationales &#224; la r&#233;volution socialiste. M&#234;me s'ils ne le savaient pas, des nationalistes bourgeois et petit-bourgeois menaient actuellement des r&#233;volutions ouvri&#232;res. La primaut&#233; de l'auto-&#233;mancipation ouvri&#232;re a rapidement disparu (comme si la plupart des groupes sociaux pouvaient construire le socialisme). Et in&#233;vitablement, la ligne entre le nationalisme et le socialisme s'est estomp&#233;e. Apr&#232;s tout, si le nationalisme anti-imp&#233;rialiste transcro&#238;t automatiquement en socialisme, alors la ligne entre les deux est vraiment tr&#232;s mouvante. Certains trotskistes qui ont d&#233;fendu de telles conceptions sont &#233;ventuellement devenus plus ou moins a-critiques et ont adh&#233;r&#233; au nationalisme d'allure progressiste (Cuba, Nicaragua, Grenade) et ont abandonn&#233; l'id&#233;e de la r&#233;volution permanente et son insistance sur l'ind&#233;pendance de la classe ouvri&#232;re et de son organisation socialiste dans la lutte nationale. C'est ainsi qu'a &#233;volu&#233; le SWP am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rappel&#233; ces &#233;l&#233;ments parce qu'ils soulignent comme il est important de r&#233;sister aux formules simples quand nous parlons des luttes nationales. Il n'y a pas de loi g&#233;n&#233;rale ou de dynamiques des luttes nationales aujourd'hui (et il n'y en a jamais eu). Une des erreurs de beaucoup de marxistes a &#233;t&#233; d'en chercher une plut&#244;t que de prendre en compte la t&#226;che de loin la plus importante de d&#233;velopper une analyse concr&#232;te des particularit&#233;s des luttes nationales dans une conjoncture historique d&#233;termin&#233;e. Avec cette pr&#233;occupation en t&#234;te, je veux rapidement faire quelques consid&#233;rations pr&#233;liminaires sur les luttes nationales dans l'Etat canadien. Mais avant, je veux souligner des secteurs dans lesquels l'approche marxiste du nationalisme reste faible et nous devons &#234;tre conscients que ces secteurs doivent &#234;tre des secteurs de travail pour d&#233;velopper une compr&#233;hension plus large du nationalisme dans le monde moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partie 3. Les probl&#232;mes de la th&#233;orie marxiste du nationalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Une des &#233;l&#233;ments forts des conceptions de Marx sur l'Irlande et des &#233;crits de L&#233;nine sur la question nationale, c'est qu'elles fournissent un fa&#231;on de soutenir les luttes nationales des peuples opprim&#233;s sans se faire les champions d'un forme quelconque de nationalisme. C'est ce qui fait que leur h&#233;ritage est un h&#233;ritage des plus important. Mais une fois cela dit, nous devons &#234;tre conscients que ni Marx ni L&#233;nine nous ont r&#233;ellement fournis une th&#233;orie nous permettant de comprendre un des probl&#232;mes les plus importants que nous rencontrons dans ce domaine : l'incroyable pouvoir et la persistance du nationalisme et des identifications nationales. Plut&#244;t qu'une diversion temporaire ou &#233;pisodique d'une conscience de classe plus d&#233;velopp&#233;e, le nationalisme a domin&#233; et continue de dominer les pens&#233;es de la vaste majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re et des peuples opprim&#233;es. Je ne pr&#233;tends pas avoir toutes les r&#233;ponses pourquoi il en est ainsi. Mais laissez moi fournir quatre explications partielles de ce qui devra &#234;tre explor&#233; et d&#233;velopp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Le premier sujet est ce que nous pouvons nommer l'attirance pour la citoyennet&#233;. Rappelons-nous que dans les premiers mouvements de la classe ouvri&#232;re ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s dans des contextes o&#249; la vaste majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re ne votait pas. Pour cette raison, la lutte pour les droits d&#233;mocratiques, sp&#233;cialement le droit de vote, occupait une place majeure dans l'agitation socialiste. En effet, le socialisme - habituellement d&#233;sign&#233; sous le nom de social-d&#233;mocratie - est souvent apparu pour l'inclusion de la classe ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur de la d&#233;mocratie capitaliste. Cela a produit toute une tradition historique o&#249; la d&#233;mocratie capitaliste &#233;tait critiqu&#233;e simplement pour ne pas &#234;tre suffisamment inclusive. R&#233;sultat, la question de la forme du pouvoir politique capitaliste - l'&#201;tat nation bourgeois - et ses probl&#232;mes inh&#233;rents (bureaucratisme, d&#233;finition nationale de la citoyennet&#233;, s&#233;paration du pouvoir &#233;conomique du pouvoir politique) ont &#233;t&#233; rarement soulev&#233;s. Cela a voulu dire que les mouvements ouvriers ont cherch&#233; g&#233;n&#233;ralement la pleine citoyennet&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la d&#233;mocratie capitaliste. On ne peut nier l'importance de cette lutte. Apr&#232;s tout, la lutte pour les droits d&#233;mocratiques bourgeois, la bataille pour &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un membre &#224; part enti&#232;re de la soci&#233;t&#233; a un signification fondamentale. Mais dans le processus, la classe ouvri&#232;re devient souvent li&#233;e &#224; cette esp&#232;ce d'id&#233;e, ils ont peu de liens avec les traditions politiques qui mettent de l'avant une critique radicale des limites inh&#233;rentes et des biais de la d&#233;mocratie lib&#233;rale elle-m&#234;me. Ainsi une d&#233;finition lib&#233;rale-capitaliste des droits et de la citoyennet&#233; s'enracinent historiquement et profond&#233;ment dans les mouvements ouvriers - dans laquelle les personnes sont d&#233;finies comme des entit&#233;s s&#233;par&#233;s appel&#233;s &#034;individus&#034; qui sont en comp&#233;tition &#233;conomique sur les march&#233;s qui sont r&#233;gul&#233;s par des lois qui ne reconnaissent que les droits des individus (et de leurs familles) qui sont largement des acheteurs et des vendeurs de biens et de services (tout ceci est, dans un sens, le plus souvent d&#233;fini comme le &#034;r&#233;formisme&#034;). On a dit que les marxistes ne pr&#234;taient pas suffisamment attention au pouvoir id&#233;ologique des notions de citoyennet&#233;, pr&#233;f&#233;rant simplement souligner la corruption et le caract&#232;re de vendu des dirigeants qui ont trahi le mouvement socialiste. Si nous devons d&#233;velopper une alternative s&#233;rieuse au r&#233;formisme, il sera cependant n&#233;cessaire non seulement de d&#233;noncer les &#034;dirigeants corrompus&#034;, mais, et c'est plus important, de trouver les fa&#231;ons d'avancer une critique de la d&#233;mocratie capitaliste et de la citoyennet&#233; en reconnaissant l'importance des droits quand nous faisons une critique de leurs limites, critique qui pourrait ainsi avoir un &#233;cho dans les exp&#233;riences de la classe ouvri&#232;re, au lieu de sonner comme des slogans r&#233;ducteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. En lien avec cet &#233;l&#233;ment, il y a un deuxi&#232;me probl&#232;me : les versions du socialisme centr&#233; sur l'&#201;tat ont domin&#233; le XXe si&#232;cle. Durant toute cette p&#233;riode historique la plus important partie de la gauche a pr&#233;sent&#233; la propri&#233;t&#233; &#233;tatique comme l'essence sociale et &#233;conomique du socialisme. Marx a mis au centre de sa critique du capitalisme ce qu'il a appel&#233; les rapports sociaux de production, ce qui signifie les rapports de domination, de contr&#244;le, d'ali&#233;nation et d'exploitation induits par la fa&#231;on dont la richesse est produite dans la soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a d&#233;coul&#233; de cette approche a &#233;t&#233; l'id&#233;e que le socialisme m&#232;ne au d&#233;veloppement de nouveaux rapports de production bas&#233;s sur des formes non-ali&#233;n&#233;es de contr&#244;le et d'autogestion de la production par la classe ouvri&#232;re. Le contr&#244;le ouvrier sur la production et de nouvelles institutions gouvernementales autogestionnaires sont au c&#339;ur d'une telle perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant l'&#233;poque o&#249; les partis communistes stalinis&#233;s ont domin&#233; la gauche (1925-1980 ou &#224; peu pr&#232;s), ces acquis ont &#233;t&#233; perdus. La propri&#233;t&#233; &#233;tatique des moyens de production et l'&#034;&#233;conomie planifi&#233;&#034; &#233;taient pr&#233;sent&#233;s comme l'essence de la nouvelle soci&#233;t&#233;. En d&#233;pit des meilleures intentions, nombre de trotskistes ont aussi plac&#233; le point essentiel &#224; ce niveau. Il en r&#233;sulta que l 'id&#233;e de la propri&#233;t&#233; d'&#201;tat est en soi progressiste , qu'elle est en soi socialiste est devenu largement partag&#233;e dans la gauche. Cela a contribu&#233; &#224; des politiques centr&#233;es sur l '&#201;tat o&#249; les id&#233;es de r&#233;gulation &#233;tatique et de planification d'Etat ont &#233;t&#233; &#233;lev&#233;es &#224; une position de premier plan dans la propagande socialiste. Une des cons&#233;quences de ceci a &#233;t&#233; que la nature oppressive inh&#233;rente &#224; l'&#201;tat nation a &#233;t&#233; rarement attaqu&#233;e. En fait, &#224; ce jour, beaucoup, dans la gauche, continuent &#224; avancer de telles conceptions et semblent oublieux de l'hostilit&#233; de masse aux bureaucraties &#233;tatiques centralis&#233;es qui s'est d&#233;velopp&#233;e - pour de bonnes raisons - dans les rangs de la classe ouvri&#232;re dans la majorit&#233; des parties du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'oublie ces politiques socialistes &#233;tatistes (que nous pouvons appeler le socialisme d'en haut) c'est que l'&#201;tat nation s'est d&#233;velopp&#233; avec le d&#233;veloppement du capitalisme par les classes bourgeoises qui cherchaient &#224; int&#233;grer le march&#233; national par un syst&#232;me uniforme de lois et de taxes, une langue commune, un gouvernement unifi&#233; et une arm&#233;e nationale pour d&#233;fendre et avancer leurs pr&#233;tentions contre les capitalistes &#034;&#233;trangers&#034; (et d'&#233;craser les r&#233;voltes domestiques lorsque cela est n&#233;cessaire). Ainsi a &#233;t&#233; perdu le sens propre de la forme d&#233;mocratique inh&#233;rente &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise (comme l'avait soulign&#233; Marx dans La guerre civile en France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les versions &#233;tatistes du socialisme tendent &#224; perdre de vue le fait que les structures nationales et les institutions de l'&#201;tat nation perp&#233;tuent la division du monde entre un &#034;nous&#034; (qui appartient &#224; une nation donn&#233;e) et un eux (les &#233;trangers, ceux du dehors). Les cons&#233;quences du socialisme &#233;tatiste est de renforcer le nationalisme au d&#233;pend de l'internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Cela nous am&#232;ne au troisi&#232;me point : la politique de l'espace. Les marxistes ont, curieusement, &#233;t&#233; indiff&#233;rents aux questions de l'espace, sp&#233;cialement en ce qui concerne les identit&#233;s des peuples qui ont des points de r&#233;f&#233;rence spatiaux et g&#233;ographiques. M&#234;me les m&#233;moires personnelles invariablement ont des dimensions spatiales : nous nous pensons nous-m&#234;mes comme &#233;tant n&#233;s &#224; un certain endroit, ayant v&#233;cu, grandi, travaill&#233;, &#234;tre all&#233; &#224; l'&#233;cole dans diff&#233;rents endroits, et ainsi de suite. Jusqu'&#224; maintenant, pour la plus grande part de l'histoire de l'humanit&#233;, les rapports &#224; l'espace n'avaient rien &#224; voir avec l'appartenance &#224; une nation. De fait, les gens appartenaient &#224; des groupes ayant des espaces plus petits et plus grands. Mais le capitalisme a construit ce que Benedict Anderson a d&#233;crit comme des &#034;communaut&#233;s imaginaires&#034;. Les nations sont ainsi, en partie, des constructions imaginaires, &#8212; organis&#233;es autour de symboles comme les drapeaux, les hymnes, les couleurs nationales et les des mythes et des histoires en grande partie artificielles li&#233;es &#224; des unit&#233;s administratives nomm&#233;s &#201;tat nation. Nous n'avons besoin que d'observer un ph&#233;nom&#232;ne comme les Jeux Olympiques pour r&#233;aliser le pouvoir d'attraction des communaut&#233;s imaginaires. Des millions de personnes qui n'ont jamais rencontr&#233; Silken Laumann ou Donovan Bailey agissent n&#233;anmoins comme s'ils &#233;taient &#034;leurs chair et leur sang&#034;, se glorifiant de leurs victoires, se morfondant de leur d&#233;faites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis cela non parce que je pense que tout est in&#233;vitable en ce qui concerne les identifications nationales, au contraire. Mais sans la compr&#233;hension socialiste r&#233;volutionnaire que de telles identifications r&#233;pondent &#224; un besoin r&#233;el &#8212; le d&#233;sir d'appartenir &#224; une communaut&#233; avec d'autres, d'avoir des objectifs communs --- nous sous-estimerons la n&#233;cessit&#233; pour les mouvements socialistes de masse dans l'avenir d'aider &#224; d&#233;velopper des sentiments internationalistes d'une communaut&#233; qui est li&#233;e aux exp&#233;riences locales et globales. Il se suffira pas d'avoir une &#034;avant-garde&#034; qui pourra dire que le nationalisme est leur ennemi ; il sera n&#233;cessaire de favoriser de nouvelles exp&#233;riences de l'espace bas&#233;es sur des formes d'organisation qui cr&#233;ent de nouvelles solidarit&#233;s et de nouvelles identifications, forg&#233;es dans la lutte commune, et qui va au-del&#224; de l'&#201;tat nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. Et cela m'am&#232;ne &#224; mon quatri&#232;me point : la mont&#233;e du nationalisme &#224; l'&#226;ge de la globalisation. La globalisation &#233;conomique se d&#233;cha&#238;ne ; aucune partie de la plan&#232;te ou presque n'est &#233;pargn&#233;e par l'ascension consid&#233;rable des entreprises transnationales et par les march&#233;s financiers globaux. La plupart des &#201;tats nations sont &#233;conomiquement plus petits que les grandes entreprises transnationales et les march&#233;s mon&#233;taires mondiaux d&#233;placent des sommes tous les jours qui exc&#233;dent de beaucoup tout ce que poss&#232;de une banque centrale quelconque (voir mon article &#034;La fin des &#201;tats nations&#034;, New Socialist, no. 3, mai-juin 1996). Ces entit&#233;s &#233;conomiques globales causent des ravages dans les vie des peuples : les entreprises qui ferment, les communaut&#233;s qui sont d&#233;truites, les services sociaux qui sont saccag&#233;s : des h&#244;pitaux communautaires, des &#233;coles, des bureaux de poste qui disparaissent, au nom de la globalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de telles circonstances, le nationalisme devient le premier et le plus simple moyen pour comprendre et r&#233;sister &#224; ces forces. Rappelons-nous qu'un gouvernement national peut appara&#238;tre comme beaucoup plus proche et plus compr&#233;hensible que des transnationales ou le march&#233; mon&#233;taire &#233;lectronique et global centr&#233; sur le cyberespace.(&#8230;). Mais demander &#224; l'&#201;tat national de &#034;nous&#034; prot&#233;ger contre le capital global conduit in&#233;vitablement &#224; voir le probl&#232;me en termes nationaux. Les &#233;trangers (et ce qui est &#233;tranger) deviennent l'ennemi de notre s&#233;curit&#233; et de notre bien-&#234;tre. Des politiciens dangereux et sans scrupules deviennent rapidement les adeptes nourrissant et manipulant de tels sentiments. Ainsi, les Travailleurs Unis de l'automobile se sont engag&#233;s dans le bannissement des autos japonaises, des jeunes sans emploi en Allemagne ont tir&#233; des bombes incendiaires contre des h&#244;tels bond&#233;s de travailleurs immigrants d'origine turque, des gens de Californie ont soutenu les propositions contre les ill&#233;gaux du Mexique, des canadiens-anglais ont d&#233;nonc&#233; les Qu&#233;b&#233;cois cupides. Des Serbes, des Croates, des Musulmans ses sont oppos&#233;s les uns les autres dans l'ex-Yougoslavie ; les Hutus et les Tutsis se sont affront&#233;s dans des conflits sanglants au Rwanda et au Burundi - et la liste pourrait s'allonger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard, si dans cette p&#233;riode de restructuration f&#233;roce du capital, d'anciens et de nouveaux nationalismes rel&#232;vent la t&#234;te &#8212; et pour beaucoup d'entre eux de fa&#231;on virulente et violente. Rarement, nous n'avons entendu le cri du clairon des nationalismes anti-colonialistes depuis les ann&#233;es 50 et 60 car la plupart d'entre eux ont &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233;s par leur &#233;chec &#224; r&#233;pondre aux esp&#233;rances de d&#233;veloppement. Et dans un contexte de rage et de d&#233;sespoir, alors que la gauche et le mouvement ouvrier apparaissent affaiblis, les nationalismes ethniques de droite reprennent l'initiative politique. Mais, il n'y a rien l&#224;, encore une fois, d'in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il serait imprudent de sous-estimer la mont&#233;e du nationalisme dont nous sommes les t&#233;moins dans cette p&#233;riode de globalisation. Et nous devrons nous rappeler que le besoin pour les socialistes de mettre de l'avant leurs positions internationalistes est peut-&#234;tre plus urgent que jamais alors que la majorit&#233; de la gauche a adopt&#233; le nationalisme en 1914. Pour ce faire, nous aurons besoin des analyses de la tradition du socialisme international et de les d&#233;velopper davantage en rapport aux questions des politiques de l'espace, des &#201;tats nation, de la globalisation &#233;conomique et la critique de la forme de l'&#201;tat nation bourgeoise &#224; partir d'une perspective du socialisme d'en bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me partie : les questions nationales au Canada aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Le Canada est un produit de l'expansion imp&#233;rialiste des puissances europ&#233;ennes. &#201;tabli comme colonie de peuplement, le Canada a bas&#233; sa domination sur l'oppression et la domination des peuples autochtones et des habitants fran&#231;ais qui avaient peupl&#233; la Nouvelle France et d'autres parties des Canada conquis par les britanniques en 1759. Le Canada a &#233;t&#233; form&#233; sur l'oppression de ces groupes : pour cette raison, les politiques canadiennes ont &#233;t&#233; model&#233;es par deux luttes nationales principales : celles des peuples autochtones (ou les Premi&#232;res nations) et celles des Qu&#233;b&#233;coisEs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Parce que les peuples autochtones &#233;taient &#233;conomiquement marginaux, politiquement non-affranchis, et terriblement opprim&#233;s par des politiques d'apartheid de la Loi des Indiens, ils ont pris beaucoup de temps &#224; trouver les leviers pour exercer des pressions politiques. C'est principalement au milieu de l'explosion de protestations sociales des ann&#233;es 60 et 70 que les mouvements autochtones politiquement organis&#233;s ont fait leur marque. Inspir&#233;s par des groupes comme le Black Panther Party et l'American Indian Movement de &#201;tats-Unis, les militants autochtones ont commenc&#233; &#224; mener des luttes plus militantes et plus coordonn&#233;es (voir &#034;Red Power, une entrevue avec Howard Adams, dans New Socialist, no.2, Mars-Avril 1996).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les soul&#232;vements de la fin des ann&#233;es 60 et du d&#233;but des ann&#233;es 70, il y a eu des tentatives de professionnaliser le mouvement autochtone, pour en faire un mouvement de pression plus ordinaire. A l'avant-garde de ce glissement, il y a eu la direction de l'Assembl&#233;e des Premi&#232;res Nations. L'AFN a centr&#233; son travail sur les changements constitutionnels, en particulier la tentative d'obtenir la reconnaissance du &#034;droit inh&#233;rent &#224; l'auto-gouvernement &#034; pour les peuples autochtones ins&#233;r&#233; dans l'Acte constitutionnel. Il est essentiel que les socialistes soutiennent cette revendication. &#201;tant donn&#233; que les peuples autochtones n'ont jamais accept&#233; d'&#234;tre gouvern&#233;s par l'&#201;tat canadien, le droit inh&#233;rent &#224; choisir quelle sera la forme de l'auto-gouvernement qu'ils d&#233;sirent doit &#234;tre reconnu et d&#233;fendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, nous devons reconna&#238;tre que toute une couche de militants autochtones (beaucoup parmi eux &#233;tant la jeune g&#233;n&#233;ration des dirigeants de l'AFN) rejettent l'insistance sur les changements constitutionnels et les r&#233;clamations territoriales par l'interm&#233;diaire des Cours ce qui domine le courant principal des politiques autochtones. Ces militantEs ont &#233;t&#233; &#224; l'avant-garde des formes d'actions directes de d&#233;sob&#233;issance civile comme les blocus des routes et des autoroutes et des occupations des terres ancestrales comme nous l'avons vu &#224; Oka, Gustafen Lake et Ipperwash. Il est essentiel que les socialistes, tout en d&#233;fendant les revendications d'un groupe comme l'AFN, essaient aussi d'organiser la solidarit&#233; avec ces formes plus militantes des luttes autochtones. Nous devons rendre clair que nous soutenons l'auto-activit&#233; et l'auto-organisation militante des autochtones et que nous d&#233;non&#231;ons les pratiques colonialistes de l'Etat canadien pour toutes les violences qui se produiront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. La question nationale qui domine la politique officielle au Canada est celle des Qu&#233;b&#233;cois. Cela a &#224; voir avec le fait , qu'en voulant profiter du d&#233;veloppement de l'agriculture et du commerce de la Nouvelle France et d&#233;sirant que les fermiers fran&#231;ais continuent &#224; travailler leur terre, les colonisateurs britanniques n'&#233;taient pas int&#233;ress&#233;s &#224; expulser les gens de la colonie. Alors que les autochtones ont &#233;t&#233; de plus en plus pouss&#233;s &#224; la marge de la vie &#233;conomique, les choses &#233;taient plus compliqu&#233;es pour les habitants fran&#231;ais. D'abord, les Britanniques ont essay&#233; de supprimer l'&#201;glise catholique et la langue fran&#231;aise. Ils se sont rapidement rendu compte, cependant, qu'ils avaient besoin d'une alliance avec l'&#233;lite fran&#231;aise, - les seigneurs, le clerg&#233; et quelques capitalistes&#8212; s'ils voulaient gouverner la r&#233;gion r&#233;ellement. Il en r&#233;sulta l'enfermement de la Nouvelle France dans des rapports de domination coloniale par les autorit&#233;s britanniques en place qui ont aussi fait des concessions : tol&#233;rance pour la langue fran&#231;aise, l'&#201;glise catholique et le code civil fran&#231;ais. Quand le mouvement pour l 'int&#233;gration des colonies britanniques d'Am&#233;rique du Nord eut lieu dans les ann&#233;es 1860, le Qu&#233;bec a obtenu une autre concession : la restauration de sa propre assembl&#233;e l&#233;gislative. Il en r&#233;sultat qu'une entit&#233; politique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e (la province de Qu&#233;bec) o&#249; l'on retrouvait la deuxi&#232;me plus importante population du pays, dont la vaste majorit&#233; &#233;tait francophone - et o&#249; se trouvaient quelques uns des plus importants centres agricoles, manufacturiers et commerciaux. Ce qui voulait dire que les griefs du Qu&#233;bec &#233;taient habituellement n&#233;goci&#233;s par une classe dominante parlant d'abord l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que les pressions nationalistes venant du Qu&#233;bec r&#233;guli&#232;rement (et cela est tr&#232;s frustrant pour eux en p&#233;riode de guerre) tant que l'&#201;glise catholique dominait la vie culturelle et politique, le nationalisme du Qu&#233;bec ne semblait pas particuli&#232;rement mena&#231;ant pour la classe dirigeante du Canada. Cela a chang&#233; dans les ann&#233;es 60 avec la mont&#233;e d'une classe moyenne la&#239;que et un nouveau mouvement ouvrier en rupture avec la domination de l'&#201;glise et l'apparition d'un nouveau mouvement nationaliste (qui s'est cristallis&#233; finalement dans la cr&#233;ation du Parti Qu&#233;b&#233;cois). La R&#233;volution tranquille des ann&#233;es 60, la Crise d'octobre 1970 (dans lequel le gouvernement Trudeau a utilis&#233; l'arm&#233;e et la police pour &#233;craser le Front de Lib&#233;ration du Qu&#233;bec), la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale militante de 1972 et l'&#233;lection d'un gouvernement du PQ sous la direction de Ren&#233; L&#233;vesque en 1976, tout cela a amen&#233; &#224; placer &#034;la question du Qu&#233;bec&#034; &#224; l'avant-sc&#232;ne du d&#233;bat politique. Et cela est rest&#233; ainsi pour une p&#233;riode d'une trentaine d'ann&#233;es. Cependant, l'obsession des politiciens f&#233;d&#233;raux &#224; r&#233;soudre la question du Qu&#233;bec a &#233;t&#233; exploit&#233;e par des politiciens de droite sugg&#233;rant qu'au milieu des &#233;preuves, les Qu&#233;b&#233;cois cherchaient &#224; obtenir un traitement sp&#233;cial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. D'abord, l'attitude des socialistes doit &#234;tre claire, Qu&#233;bec est une nation opprim&#233;e dans l'&#201;tat canadien. D'abord conquis par l'imp&#233;rialisme britannique, l'&#201;tat canadien continue &#224; nier les droits d&#233;mocratiques du Qu&#233;bec &#224; d&#233;terminer son propre avenir. Les socialistes d&#233;fendent le droit du Qu&#233;bec &#224; l'autod&#233;termination y compris le droit de s&#233;cession de la Conf&#233;d&#233;ration canadienne (ce qui ne signifie pas d'accepter le droit du gouvernement du Qu&#233;bec &#224; nier le m&#234;me droit aux nations autochtones). Mais &#224; partir de l&#224;, les choses se compliquent. Comme je l'ai soulign&#233; plus haut, il n'y a pas de r&#232;gles g&#233;n&#233;rales ou de loi universelle qui disent aux socialistes s'ils doivent d&#233;fendre ou s'opposer &#224; la s&#233;paration ou &#224; la s&#233;cession. Pour choisir, nous avons besoin d'une analyse concr&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, l'attitude socialiste doit ressembler &#224; celle de Marx concernant l'Irlande. Si un mouvement ouvrier puissant, uni d&#233;montre la capacit&#233; d'aborder les probl&#232;mes de l'oppression nationale, alors la s&#233;paration nationale n'est pas n&#233;cessaire. Marx pensait que c'&#233;tait le cas en Angleterre durant la p&#233;riode du Chartisme qui a culmin&#233; en 1848. Mais si le chauvinisme envers la nation opprim&#233;e devient un moyen continuel de bloquer le d&#233;veloppement de l'ind&#233;pendance politique de classe de la classe ouvri&#232;re, alors il devient sens&#233; de d&#233;fendre l'ind&#233;pendance comme une fa&#231;on d'en finir avec l'antagonisme national que peut d&#233;fendre des politiques de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'on dise au sujet du pass&#233;, je crois qu'un bon exemple peut &#234;tre tir&#233; des cons&#233;quences des d&#233;bats sur la loi 101 et la loi 172 (les r&#233;centes lois linguistiques du Qu&#233;bec), sur les accords du Lac Meech et de Charlottetown, et de l'&#233;norme hostilit&#233; qui a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;r&#233; dans tout le pays &#224; l'id&#233;e de garantir la reconnaissance du Qu&#233;bec comme une &#034;soci&#233;t&#233; distincte&#034; ; le chauvinisme anti-qu&#233;b&#233;cois fonctionne de la m&#234;me fa&#231;on que la chauvinisme anti-Irlandais dans les ann&#233;es 1860 : une fa&#231;on de lier les travailleurs anglophones avec leurs propres dirigeants et les traditions de l'&#201;tat canadien. Toutes les tentatives de r&#233;pondre aux revendications nationales du Qu&#233;bec rencontrent aussit&#244;t une puissante opposition d'une partie consid&#233;rable des gens ordinaires de langue anglaise. Au milieu de ce toll&#233; anti-Qu&#233;bec, l'identit&#233; nationale de la classe ouvri&#232;re unie derri&#232;re les traditions de l'Etat canadien s'est affirm&#233;e. Nous pouvons poser la question comme celle de d&#233;fendre une &#034;nouvelle conf&#233;d&#233;ration libre et &#233;galitaire&#034; ce que Marx propose dans le cas de l'Angleterre et de l'Irlande, de fa&#231;on &#224; d&#233;finir notre position sur cet enjeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais rendre clair &#224; cette &#233;tape que ma suggestion que les socialistes devraient probablement d&#233;fendre l'ind&#233;pendance du Qu&#233;bec n'a rien &#224; voir avec la pens&#233;e qu'un nouvel &#201;tat du Qu&#233;bec serait en soi progressiste, ou que la lutte pour cela devrait in&#233;vitablement d&#233;clencher un mouvement social radical. Au contraire, contrairement aux camarades de Gauche socialiste, je pense qu'un Qu&#233;bec bourgeois ind&#233;pendant r&#233;alis&#233; sans soul&#232;vement massif est une possibilit&#233; tr&#232;s r&#233;elle. Il en r&#233;sulterait, un &#201;tat du Qu&#233;bec ind&#233;pendant avec des contr&#244;les de l'immigration, des pratiques racistes et une hostilit&#233; envers les peuples autochtones ce qui me semble tr&#232;s possible. En fait, je pense que les camarades de Gauche socialiste se trompent lorsqu'ils sugg&#232;rent que les nationalistes bourgeois au Qu&#233;bec (comme Lucien Bouchard) ne veulent pas r&#233;ellement d'un &#201;tat ind&#233;pendant et que les socialistes devraient essayer de les d&#233;border en &#233;tant plus souverainistes que les &#034;souverainistes&#034;. Je pense, en fait, qu'une telle position court le risque de ne pas &#234;tre suffisamment critique du nationalisme qu&#233;b&#233;cois et de l'&#201;tat national comme forme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. Un autre point doit &#234;tre fait en ce qui concerne les questions nationales au Canada. La plupart de la gauche qui s'adresse &#224; ces sujets vient d'une p&#233;riode o&#249; les immigrants et les peuples de couleur n'&#233;tait pas encore organis&#233;s politiquement. Souvent les socialistes ont parl&#233; comme s'il existait une entit&#233; homog&#232;ne appel&#233; &#034;English Canada&#034; de fa&#231;on qui semblait ne pas voir le caract&#232;re multiethnique et multiracial du pays. Il en a r&#233;sult&#233;, que le caract&#232;re syst&#233;matiquement raciste de l'&#201;tat canadien &#233;tait sous-estim&#233; ou ignor&#233;. Cela doit &#234;tre corrig&#233;. Les socialistes ne doivent pas &#034;privil&#233;gier&#034; les questions autochtone ou qu&#233;b&#233;coise d'une fa&#231;on qui ignore l'oppression raciale des gens de couleur au Canada. Pour cette raison, un soutien cons&#233;quent &#224; l'antiracisme doit aller de pair avec un soutien de principe aux droits des peuples autochtones et qu&#233;b&#233;cois &#224; l'autod&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Les questions nationales deviendront plus importantes dans la politique mondiale dans les ann&#233;es &#224; venir. Les socialistes r&#233;volutionnaires ont l'obligation d'essayer de trouver les fa&#231;ons de faire face aux d&#233;bats et aux crises qui en d&#233;couleront. Ce ne sera pas toujours facile. Si on peut utiliser les contributions historiques des marxistes du pass&#233; pour guider nos analyses, nous devons rester sur nos gardes contre des r&#233;ponses dogmatiques et simplistes qui &#233;chouent &#224; rendre justice &#224; la complexit&#233; des enjeux impliqu&#233;s. Et en soutenant le droit des nations opprim&#233;es &#224; d&#233;terminer leur futur, nous ne devons jamais pas perdre de vue qu'un des traits essentiels du socialisme d'en bas, c'est l'engagement pour une communaut&#233; mondiale sans &#201;tat nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Traduction, La Gauche)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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