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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Les mobilisations face au G8 d'Evian</title>
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		<dc:date>2003-06-17T00:59:46Z</dc:date>
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		<dc:creator>Charles Aguiton</dc:creator>


		<dc:subject>Mondialisation</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement altermondialisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pendant 5 jours, du 29 mai au 2 juin 2003, les principales agglom&#233;rations situ&#233;es autour du lac L&#233;man : Gen&#232;ve, Annemasse et Lausanne, ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre des mobilisations les plus importantes qui n'y aient jamais &#233;t&#233; organis&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, avant de revenir sur ces mobilisations, quelques mots sur le G8 lui-m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-ci s'est tenu moins de deux mois apr&#232;s la prise de Bagdad par les forces am&#233;ricaines et il a &#233;t&#233; le symbole de la &#034;r&#233;conciliation&#034; entre grands pays quelques jours apr&#232;s le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Contre-la-mondialisation-capitaliste-" rel="directory"&gt;Contre la mondialisation capitaliste &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Mouvement-altermondialisation-+" rel="tag"&gt;Mouvement altermondialisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pendant 5 jours, du 29 mai au 2 juin 2003, les principales agglom&#233;rations situ&#233;es autour du lac L&#233;man : Gen&#232;ve, Annemasse et Lausanne, ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre des mobilisations les plus importantes qui n'y aient jamais &#233;t&#233; organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avant de revenir sur ces mobilisations, quelques mots sur le G8 lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci s'est tenu moins de deux mois apr&#232;s la prise de Bagdad par les forces am&#233;ricaines et il a &#233;t&#233; le symbole de la &#034;r&#233;conciliation&#034; entre grands pays quelques jours apr&#232;s le vote unanime du Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU qui a ent&#233;rin&#233; l'occupation anglo-am&#233;ricaine de l'Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais derri&#232;re une r&#233;conciliation tr&#232;s formelle -George Bush n'est rest&#233; que quelques heures &#224; Evian - les r&#233;sultats du G8 sont si faibles que les ONG pr&#233;sentes ont titr&#233; leur &#233;valuation finale &#034;un G8 pour rien&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le G8 d'Evian ne marquera pas l'histoire, son communiqu&#233; final reprend les recommandations habituelles, sans aucune rupture avec les politiques n&#233;o-lib&#233;rales, et insiste sur l'importance de trouver un accord sur l'&#233;largissement du commerce mondial lors de la conf&#233;rence minist&#233;rielle de l'OMC de Cancun, en septembre prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;l&#233;ment nouveau de ce G8 se situe dans une posture et un affichage un peu diff&#233;rent vis-&#224;-vis des pays du Sud, des ONG et des mouvements alter-mondialistes, sans que cela ne change en rien les politiques des pays du G8 ni les recommandations de la rencontre d'Evian. Cet affichage d'ouverture existait d&#233;j&#224; du c&#244;t&#233; des institutions internationales qui cherchent &#224; s'&#233;manciper en partie des Etats en mettant en avant le concept de &#034;soci&#233;t&#233; civile&#034; internationale : la Banque mondiale d&#232;s la conf&#233;rence de Rio, en 1992, apr&#232;s Seattle pour le FMI, l'OMC ou l'ONU. Mais les Etats, s'appuyant sur la l&#233;gitimit&#233; que leur apporte l'&#233;lection au suffrage universel de leurs responsables, s'&#233;taient toujours refus&#233;s &#224; cette d&#233;marche. Ce changement d'attitude est un signe suppl&#233;mentaire de la force d'un mouvement qui change durablement les rapports de force au niveau international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de la mobilisation n'&#233;tait pourtant pas garantie. Les villes environnantes sont de tailles limit&#233;es : 250 000 habitants &#224; Gen&#232;ve, 120 000 &#224; Lausanne et beaucoup moins encore &#224; Annemasse. La campagne s&#233;curitaire a &#233;t&#233; incroyable, les m&#233;dia locaux annon&#231;ant l'arriv&#233;e de &#034;hordes de casseurs&#034;. Mais, surtout, la France, pays d'accueil du G8, connaissait un mouvement social tr&#232;s important en d&#233;fense des syst&#232;mes de retraite et des services publics : les enseignants &#233;taient en gr&#232;ve reconductible depuis des semaines, les journ&#233;es de manifestations rassemblaient, le 13 et le 25 mai, des millions de personnes, et les militants pr&#233;paraient une gr&#232;ve reconductible interprofessionnelle pour le 3 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les gr&#233;vistes et les manifestants fran&#231;ais, le lien entre leur lutte et la mondialisation lib&#233;rale &#233;tait tr&#232;s fort : la remise en cause des syst&#232;mes de retraites et les attaques contre les services publics sont au cour des politiques n&#233;o-lib&#233;rales recommand&#233;es par les institutions internationales et appliqu&#233;es dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sur le plan pratique, il &#233;tait difficile de pr&#233;parer en m&#234;me temps une manifestation nationale &#224; Paris le 25 mai, une manifestation europ&#233;enne &#224; Gen&#232;ve et Annemasse le 1er juin et une gr&#232;ve reconductible commen&#231;ant le 2 juin au soir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, r&#233;unir 100 000 personnes entre Annemasse et Gen&#232;ve est un succ&#232;s consid&#233;rable, mais la r&#233;ussite des mobilisations contre le G8 ne se limite pas &#224; ce chiffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la mise en place, il y a plusieurs mois, de la coordination unitaire, le choix a &#233;t&#233; fait d'un fonctionnement flexible et minimaliste, garantissant une autonomie totale aux diff&#233;rents regroupements qui se sont constitu&#233;s pour mobiliser contre le G8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce choix &#233;tait le seul moyen de pouvoir r&#233;unir un large spectre militant, regroupant des forces politique allant de courants anarchistes au Parti Socialiste, et, surtout, de tr&#232;s nombreux syndicats, ONG, mouvements et associations. Cette diversit&#233; s'est retrouv&#233;e sur le plan g&#233;ographique. Le choix avait &#233;t&#233; fait, d&#232;s le d&#233;but, de travailler d'embl&#233;e au niveau europ&#233;en, avec des repr&#233;sentants de mouvements italiens, allemands, britanniques, et, surtout, suisses et fran&#231;ais. Dans ces deux derniers pays, les regroupements r&#233;gionaux et locaux ont jou&#233; un r&#244;le central : Forum social l&#233;manique pour le canton de Gen&#232;ve, Comit&#233; anti-G8 pour Lausanne et le canton de Vaud, Charg8 pour Annemasse et la Haute Savoie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation du dimanche 1er juin entre Gen&#232;ve et Annemasse a &#233;t&#233; la seule initiative commune &#224; toutes ces composantes, les autres &#233;taient prises en charge par des coalitions sp&#233;cifiques, mais la coordination europ&#233;enne des 1er et 2 mars s'&#233;tait mis d'accord sur le fait que tout le monde soit solidaire avec les diff&#233;rentes actions, tant que celles-ci &#233;taient pacifiques et non violentes. &#168; La r&#233;ussite globale de la mobilisation renvoie donc au succ&#232;s des diff&#233;rentes actions et initiatives prises entre le 29 mai et le 2 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les villages alternatifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de ces villages tient &#224; deux facteurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'exp&#233;rience du village &#034;No border&#034; &#224; Strasbourg pendant l'&#233;t&#233; 2002, exp&#233;rience que beaucoup de militants voulaient r&#233;&#233;diter &#224; une &#233;chelle plus large,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; le refus de se lancer dans des actions - se rapprocher d'Evian et de la zone rouge, par exemple - qui auraient pu entra&#238;ner une spirale de violence ; les villages permettant de d&#233;montrer une capacit&#233; &#224; vivre, m&#234;me pour une courte p&#233;riode, en rupture avec les r&#232;gles du syst&#232;me&#168;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux villages se sont cr&#233;&#233;s, le VAAAG, &#224; dominante libertaire et anarchiste, qui a r&#233;uni plus de 3000 participants et le VIG, &#224; composition plus diverse, qui a r&#233;uni 5000 participants. A ces deux villages se sont rajout&#233; le &#034;point G&#034;, un village de femmes non mixte, et un groupe de plus d'un millier d'adeptes de musique techno et de sound system.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les participants comme les visiteurs des villages ont tir&#233; un bilan enthousiaste de l'exp&#233;rience, par la capacit&#233; de chacun des villages &#224; s'autog&#233;rer, par les &#233;changes et la coordination entre eux et par le nombre des d&#233;bats et des initiatives prises sur les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le contre sommet et les d&#233;bats militants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands rendez-vous de ces derni&#232;res ann&#233;es pouvaient se diviser en deux types d'initiatives : les rassemblements centr&#233;s sur les d&#233;bats et les &#233;changes militants, comme l'ont &#233;t&#233; les trois Forum sociaux mondiaux de Porto Alegre, et les grandes manifestations internationales, comme Prague, Nice, G&#234;nes ou Barcelone pour ce qui est de l'Europe, o&#249; les d&#233;bats occupaient une place tout &#224; fait mineure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La particularit&#233; de ce contre G8 a &#233;t&#233; l'imbrication des mobilisations et des d&#233;bats, ceux-ci comptant autant pour la r&#233;ussite globale de l'initiative que la manifestation du dimanche 1er juin ou les actions de blocage qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;. En cela, ce contre G8 est dans la lign&#233;e du forum social europ&#233;en de Florence de novembre dernier, qui avait &#233;t&#233; marqu&#233; par une double r&#233;ussite : celle des d&#233;bats et des &#233;changes et celle de la manifestation contre la guerre et le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait trop long de faire la liste totale des lieux de d&#233;bats et de discussions, mais il faut noter que deux types de r&#233;unions se sont tenus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des conf&#233;rences et moments o&#249; &#233;taient expos&#233;s des points de vues et des analyses, en particulier celles qu'ont organis&#233;es un collectif d'ONG dans &#034;le Sommet pour un autre monde&#034; &#224; Annemasse et le CADTM ou ATTAC &#224; Gen&#232;ve ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; des coordinations militantes qui ont permis, &#224; Annemasse, Gen&#232;ve ou dans les villages, de faire le point sur des campagnes et des mobilisations, comme la campagne anti-guerre ou les mobilisations pour la d&#233;fense des retraites et des services publics et de pr&#233;parer les prochaines initiatives, comme l'assembl&#233;e minist&#233;rielle de l'OMC de Cancun, en septembre prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les blocages du dimanche matin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux-ci &#233;taient organis&#233;s non pas dans la perspective d'emp&#234;cher la tenue du G8. L'id&#233;e &#233;tait plus simplement d'en perturber le fonctionnement et d'obliger l'ensemble des personnels d'accompagnement &#224; prendre l'h&#233;licopt&#232;re ou le bateau pour se rendre de leurs h&#244;tels &#224; Lausanne et Gen&#232;ve au sommet lui-m&#234;me, &#224; Evian, d&#233;montrant ainsi clairement l'opposition de la population suisse et fran&#231;aise &#224; la tenue d'un G8 consid&#233;r&#233; comme ill&#233;gitime par l'ensemble de la coalition contre le G8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Gen&#232;ve, les ponts de la ville &#233;taient bloqu&#233;s d&#232;s 6h sur matin, et, malgr&#233; quelques tensions avec la police, pr&#233;sente en nombre, aucun incident s&#233;rieux n'a &#233;t&#233; not&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route reliant Annemasse &#224; Evian, 2000 militants venant des villages se sont avanc&#233;s vers les carrefours strat&#233;giques avec l'intention de les bloquer. Op&#233;ration r&#233;ussie, plusieurs centaines de militants bloquant pacifiquement la route pendant plusieurs heures, malgr&#233; les tirs r&#233;p&#233;t&#233;s de grenade lacrymog&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Lausanne que la situation a &#233;t&#233; la plus dure, &#224; cause des interventions polici&#232;res. Un militant environnementaliste britannique a fait une chute de 20 m&#232;tres apr&#232;s qu'un policier ait coup&#233; la corde d'escalade &#224; laquelle il &#233;tait accroch&#233; et qui &#034;g&#234;nait&#034; la circulation sur le pont autoroutier entre Gen&#232;ve et Lausanne. Et la police a investi les villages alternatifs de Lausanne, arr&#234;tant des centaines de jeunes militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La violence pendant le contre G8&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans apr&#232;s G&#234;nes, c'&#233;tait &#034;le&#034; sujet de pr&#233;dilection des m&#233;dias et la mobilisation polici&#232;re &#233;tait sans pr&#233;c&#233;dent tant du c&#244;t&#233; fran&#231;ais que du c&#244;t&#233; suisse o&#249; les autorit&#233;s avaient &#233;t&#233; jusqu'&#224; faire appel &#224; des contingents de policiers allemands pour renforcer leurs effectifs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En final, les incidents ont &#233;t&#233; bien moins importants qu'&#224; G&#234;nes et l'auraient &#233;t&#233; moins encore si les interventions polici&#232;res n'avaient pas aggrav&#233;es les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; fran&#231;ais, les seuls incidents, regrettables mais mineurs, ont eu lieu le samedi 31 mai devant la salle ou le Parti Socialiste devait tenir une r&#233;union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; suisse, les difficult&#233;s ont &#233;t&#233; plus importantes, tant &#224; Lausanne &#224; la suite des interventions polici&#232;res pendant les blocages du dimanche matin qu'&#224; Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du samedi au dimanche un groupe de plus d'une centaine de personnes non identifi&#233; - il n'y eut ni revendication ni arrestations - a bris&#233; un nombre important de vitrines et a d&#233;clench&#233; des incendies qui ont mis en p&#233;ril des vies humaines, un garage situ&#233; dans un ensemble d'immeubles d'habitations a ainsi &#233;t&#233; totalement br&#251;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis en cause pour son inaction durant cette nuit, la police a multipli&#233; les interventions dans la ville de Gen&#232;ve apr&#232;s la manifestation du 1er juin mais aussi dans la soir&#233;e du 2 juin. Durant ces interventions, un journaliste a &#233;t&#233; gri&#232;vement bless&#233; et &#034;l'Usine&#034;, un lieu alternatif de la ville a &#233;t&#233; investi de fa&#231;on tr&#232;s brutale. Non contente de ces exactions, les autorit&#233;s genevoises ont interdit &#034;sine die&#034; toute manifestation et tout rassemblement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation du 1er juin avait montr&#233;, de son c&#244;t&#233;, que le mouvement gagnait en maturit&#233;. Du point de vue des r&#233;seaux militants la situation &#233;tait en effet tr&#232;s diff&#233;renci&#233;e entre la Suisse romande, et surtout le canton de Gen&#232;ve, et la Suisse all&#233;manique, les cantons de Berne et de Zurich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Gen&#232;ve, &#224; l'image de ce qui se passe aujourd'hui en France ou en Italie, le mouvement de protestation contre le G8 &#233;tait tr&#232;s large : la totalit&#233; des syndicats du canton appelait &#224; la manifestation, ainsi que tous les partis de gauche, et ceux-ci sont majoritaires dans la ville de Gen&#232;ve. Dans cette situation les militants radicaux se sentent partie prenante d'un mouvement plus large, ce qui n'interdit ni les d&#233;bats ni les d&#233;saccords, mais qui place les enjeux au niveau num&#233;rique - mobiliser le plus largement possible - et au niveau politique - le rejet du G8, de la guerre et des politiques n&#233;olib&#233;rales -. Ces articulations et ces liens sont beaucoup plus faibles &#224; Zurich ou &#224; Berne, et les militants radicaux, tr&#232;s jeunes pour la plupart, ont parfois trouv&#233; dans la violence le moyen d'exprimer leur refus d'une soci&#233;t&#233; injuste. &#168; La dynamique de la mobilisation contre le G8 a permis de limiter la coupure entre ces deux r&#233;alit&#233;s militantes, ce qui s'est concr&#233;tis&#233; quand les jeunes radicaux zurichois et bernois ont fait le choix de d&#233;filer jusqu'&#224; Annemasse avec l'ensemble des manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne sont pr&#233;sent&#233;s ici que quelques-uns des &#233;l&#233;ments d'un bilan qui m&#233;rite de nombreuses contributions. Des initiatives comme le G-Monde, organis&#233; &#224; Paris le 28 mai par les ATTAC du monde entier, les &#034;feux au lac&#034;, organis&#233;s le samedi 31 au soir autour du L&#233;man ou les d&#233;bats et initiatives prises &#224; Annecy demanderont des bilans sp&#233;cifiques. Le r&#244;le des m&#233;dias alternatifs, tr&#232;s pr&#233;sents dans toutes les initiatives demanderaient &#233;galement d'&#234;tre mis en lumi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la r&#233;union de bilan du collectif parisien, l'id&#233;e a &#233;t&#233; &#233;mise de profiter du Forum social europ&#233;en de Paris / St Denis pour organiser un s&#233;minaire o&#249; les exp&#233;riences des grandes initiatives europ&#233;ennes, de G&#234;nes &#224; Gen&#232;ve et Annemasse en passant par Barcelone, Bruxelles, Thessalonique, etc. pourraient &#234;tre discut&#233;es par les diff&#233;rents r&#233;seaux militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; de Grain de sable, lettre d'Attac)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les mobilisations contre le G8 : la r&#233;ponse des peuples du monde</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Les-mobilisations-contre-le-G8-la-reponse-des-peuples-du-monde</link>
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		<dc:date>2003-06-01T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Aguiton</dc:creator>


		<dc:subject>Mondialisation</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement des jeunes</dc:subject>
		<dc:subject>Mouvement populaire et communautaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le mouvement voit s'&#233;largir ses th&#233;matiques et son assise sociale, ce qui implique l'arriv&#233;e de nouveaux acteurs, syndicats ou partis de gauche. &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re r&#233;union du G-5, en novembre 1975, ne fit l'objet d'aucune mobilisation. Cette ann&#233;e-l&#224;, celle de la prise de Saigon par le FLN vietnamien et de la mont&#233;e &#233;lectorale de la gauche, en France comme en Italie, s'inscrivait plus globalement dans un contexte de r&#233;cession, de crise du syst&#232;me mon&#233;taire international et de crise p&#233;troli&#232;re. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Contre-la-mondialisation-capitaliste-" rel="directory"&gt;Contre la mondialisation capitaliste &lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH147/arton500-1c42d.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='147' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le mouvement voit s'&#233;largir ses th&#233;matiques et son assise sociale, ce qui implique l'arriv&#233;e de nouveaux acteurs, syndicats ou partis de gauche.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;union du G-5, en novembre 1975, ne fit l'objet d'aucune mobilisation. Cette ann&#233;e-l&#224;, celle de la prise de Saigon par le FLN vietnamien et de la mont&#233;e &#233;lectorale de la gauche, en France comme en Italie, s'inscrivait plus globalement dans un contexte de r&#233;cession, de crise du syst&#232;me mon&#233;taire international et de crise p&#233;troli&#232;re. Les pr&#233;occupations militantes &#233;taient alors pour l'essentiel focalis&#233;es autour des questions politiques, un an apr&#232;s le coup d'&#233;tat de Pinochet contre Allende qui reposait la question des transitions, et des questions sociales avec les premi&#232;res mesures d'aust&#233;rit&#233; qui pr&#233;parent les ann&#233;es Thatcher/Reagan et les d&#233;faites des ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;meutes de la faim, de la contestation du FMI &#224; celle du G7 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'en 1984, le G7 ne fit l'objet d'aucune interpellation populaire. Lui-m&#234;me n'y pr&#234;tait gu&#232;re attention non plus. Pourtant, l'impact social des mesures de r&#233;ajustement &#233;conomique impos&#233;es &#224; la fin des ann&#233;es 70 par le syst&#232;me financier international aux pays endett&#233;s du tiers-monde (et valid&#233;es par le G7), conjugu&#233;es &#224; la chute du prix des mati&#232;res premi&#232;res, devint tr&#232;s vite insupportable &#224; celles et ceux qui en subissaient les cons&#233;quences. &#171; D&#232;s 1980, que ce soit en Afrique[1], en Am&#233;rique latine[2] ou en Eurasie[3], l'application de ces mesures provoqua une s&#233;rie de soul&#232;vements populaires - gr&#232;ves et manifestations d&#233;g&#233;n&#233;rant en &#233;meutes, pillages - entra&#238;nant des milliers de morts. La cause imm&#233;diate de ces explosions sociales urbaines &#233;tait g&#233;n&#233;ralement la hausse du prix des denr&#233;es alimentaires et des transports, &#224; quoi s'ajoutait la corruption des r&#233;gimes en place. Il s'agissait de r&#233;actions populaires de masse, &#224; la fois spontan&#233;es et organis&#233;es, auxquelles participaient surtout les &#233;tudiants et les jeunes exclus du march&#233; du travail, mais aussi les organisations de quartier, des groupes li&#233;s aux &#233;glises et les syndicats ; les partis d'opposition y jou&#232;rent &#233;galement leur r&#244;le. Dans la plupart des cas, les &#233;v&#232;nements entra&#238;n&#232;rent d'importants changements politiques[4] &#187;. Ces explosions sociales connues sous le nom d' &#171; &#233;meutes de la faim &#187; constitu&#232;rent &#171; une expression sociale centrale des luttes sociales des ann&#233;es 80[5] &#187;, elles mettent en cause nomm&#233;ment le FMI et sont donc indirectement li&#233;es au G7, mais sans qu'une attention particuli&#232;re lui soit port&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de 1984 que plusieurs ONG et groupes anglo-saxons commenc&#232;rent &#224; cibler directement le G7. Ils avaient pris conscience en effet du fait qu'il s'agissait l&#224; d'une cible l&#233;gitime sur laquelle exercer des pressions et/ou &#224; laquelle s'opposer. &#192; ce moment-l&#224;, le G7 commen&#231;a &#224; appara&#238;tre de plus en plus clairement comme une institution importante pour le monde occidental. Le premier rassemblement qui co&#239;ncidera avec un Sommet du G7, en 1984 &#224; Londres, fut organis&#233; par &#171; The Other Economic Summit &#187; (&#171; l'autre Sommet &#233;conomique &#187;) plus connu sous le nom de TOES (ce qui signifie, en anglais, un doigt de pied) venu s'intercaler dans la porte des Grands du Sommet de Londres. En parall&#232;le au Sommet, des chercheurs, militants associatifs, principalement &#233;cologistes, et &#233;conomistes h&#233;t&#233;rodoxes attentifs aux &#233;meutes de la faim et aux probl&#232;mes du nucl&#233;aire, venaient ainsi interpeller les pays du G7, principalement sur leurs rapports aux pays du Sud et &#224; l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le TOES anglais devint par la suite la &#171; New Economics Foundation &#187; de Londres, mais &#171; TOES &#187; reste le terme g&#233;n&#233;rique pour d&#233;signer les sommets parall&#232;les au G7 de la d&#233;cennie 80 qui, de 1984 &#224; 1988, &#233;volu&#232;rent en fonction des diff&#233;rents r&#233;seaux et coalitions d'ONG[6] des pays-h&#244;tes qui les accueillaient[7]. Progressivement, ces coalitions en vinrent &#224; d&#233;signer le G7 comme symbole de la &#171; mondialisation et du n&#233;olib&#233;ralisme &#187;, ce qui n'eut alors que peu d'&#233;chos dans l'opinion publique, les contre-sommets restant tr&#232;s confin&#233;s. C'est pourtant &#224; partir de cette p&#233;riode que le G7 fit progressivement r&#233;f&#233;rence aux conflits sociaux de fa&#231;on incidente aux c&#244;t&#233;s des autres conflits, r&#233;gionaux, militaires et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cependant plus tard que le G-7 devint un symbole populaire de la mondialisation lib&#233;rale et la cible de mobilisations militantes de plus grande ampleur. Il fallut pour cela deux &#233;volutions majeures du contexte g&#233;opolitique. Tout d'abord, la fin de l'Union sovi&#233;tique et du bloc de lEst : tant que duraient la bipolarisation et la guerre froide, les institutions internationales, &#224; l'exception du syst&#232;me des Nations unies, et les structures comme le G-7 ne concernaient que le monde occidental et sa p&#233;riph&#233;rie. Elles &#233;taient surtout subordonn&#233;es, pour toutes les grandes questions, &#224; la strat&#233;gie am&#233;ricaine et &#224; la bi-polarisation Est-ouest. Les principales mobilisations &#224; caract&#232;re international portaient ainsi, dans les ann&#233;es 1970 et 1980, sur la solidarit&#233; avec les luttes des peuples (Vietnam, Nicaragua ou Pologne) et sur le d&#233;sarmement - avec les mobilisations europ&#233;ennes contre le d&#233;ploiement des missiles SS-20 sovi&#233;tiques et des Pershings am&#233;ricains sur le sol europ&#233;en. &#192; partir du tournant de 1989/1991, avec le &#171; Consensus de Washington &#187;, les politiques n&#233;o-lib&#233;rales se g&#233;n&#233;ralis&#232;rent &#224; l'ensemble des pays et continents. Les institutions et structures internationales - G-7, FMI, Banque mondiale et OMC, &#224; partir de 1995 - devinrent des acteurs d&#233;cisifs de la mise en place de ce qu'on appellera plus tard la &#171; mondialisation lib&#233;rale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour que les mobilisations se d&#233;veloppent, il faut encore que le climat y soit propice et les &#233;nergies militantes disponibles ! Ce fut le cas &#224; partir de la fin des ann&#233;es 1990, quand le cycle mondial de mobilisation qui &#233;mergea &#224; partir de &#171; Seattle &#187; commen&#231;a &#224; s'&#233;tendre &#224; toute la plan&#232;te. Toutefois, des signes avant-coureurs ont exist&#233; avant ces ann&#233;es-l&#224; dans diff&#233;rents pays et, en particulier, en France, en 1989 comme en 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 89, &#224; Paris, le &#171; 1er Sommet des Sept peuples parmi les plus pauvres &#187; et &#171; &#199;a suffat comme ci ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1989 correspondait au bicentenaire du d&#233;but de la R&#233;volution fran&#231;aise. Fran&#231;ois Mitterrand voulut donner un &#233;clat particulier &#224; ces festivit&#233;s en les couplant &#224; la r&#233;union du G-7, dans une situation internationale marqu&#233;e par les manifestations de la place Tien An Men &#224; P&#233;kin et par les craquements du bloc de lEst. Le sommet fut donc contest&#233; par toutes celles et tous ceux qui, coalis&#233;s, voulaient se faire l'&#233;cho du &#171; tiers-&#233;tat &#187; de la plan&#232;te : furent organis&#233;s manifestation et concert, contre-sommet, rencontre symbolique de sept t&#233;moins des peuples parmi les plus pauvres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cennie 1980 fut marqu&#233;e dans le monde occidental par de nombreux reculs sociaux et l'affaiblissement des r&#233;seaux associatifs et syndicaux issus de l'apr&#232;s-guerre. Le seul secteur &#224; conna&#238;tre un essor militant &#233;tait le monde des ONG - une forme d'engagement alors nouvelle, v&#233;cue comme plus directement efficace et d&#233;gag&#233;e du poids des id&#233;ologies - et, par extension, des initiatives comme SOS-racisme ou les &#171; concerts pour l'Ethiopie &#187; qui avaient int&#233;gr&#233; l'importance de la m&#233;diatisation, l'appel aux artistes et vedettes de la musique et l'utilisation des concerts g&#233;ants comme formes de mobilisation. Juste avant 1989, plusieurs &#233;l&#233;ments montr&#232;rent n&#233;anmoins qu'une importante mutation &#233;tait en cours. En 1983, la Marche pour l'&#233;galit&#233; et en 1984, Convergence traduisirent l'irruption de la citoyennet&#233;, &#224; travers l'expression des immigr&#233;s et des jeunes des banlieues sur le devant des mouvements sociaux. Une s&#233;rie de mouvements sociaux apparut, en France mais aussi en Italie. &#192; la suite de la grande gr&#232;ve &#233;tudiante du printemps 1986, plusieurs conflits sociaux majeurs eurent lieu, avec les cheminots d'abord, puis avec les infirmi&#232;res. Dans les deux cas, les salari&#233;s se sont dot&#233;s d'un nouvel outil, les &#171; coordinations &#187;, qui manifestaient tout &#224; la fois leur volont&#233; d'imposer l'unit&#233; et de g&#233;rer d&#233;mocratiquement leur action, &#224; partir de la base. D'autre part, de fortes tensions sociales et &#233;cologiques commenc&#232;rent &#224; appara&#238;tre en r&#233;action aux politiques &#233;conomiques internationales. Ce fut notamment le cas vis-&#224;-vis du GATT, avec les agriculteurs[8]. Mais aussi vis-&#224;-vis des institutions financi&#232;res internationales : l'assembl&#233;e annuelle du FMI et de la Banque mondiale, en 1988 &#224; Berlin, suscita ainsi une importante mobilisation, regroupant de nombreuses forces au-del&#224; des seules associations de solidarit&#233; internationale. Diverses initiatives y converg&#232;rent : colloque &#233;cologique, assembl&#233;e syndicale, manifestations de chauffeurs de taxis, contre-congr&#232;s r&#233;unissant organisations associatives et politiques, manifestation de rue de 80.000 personnes, session sp&#233;ciale du Tribunal permanent des peuples sur le FMI et la Banque Mondiale traitant notamment de la dette du tiers-monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation de juillet 1989 face au G-7 se trouva &#224; la confluence de ces &#233;volutions. Elle s'inscrivait d'abord dans la droite ligne de la mobilisation de Berlin, puisque la Ligue internationale pour le droit et la lib&#233;ration des peuples (la LIDLP, organisatrice du Tribunal permanent des peuples de Berlin-Ouest) se joignit &#224; la pr&#233;paration du TOES 89. Celui-ci prit une forme originale en m&#234;lant forum &#171; classique &#187;, qui traitait de questions &#233;cologiques et de nouveaux rapports &#233;conomiques &#224; partir de micro-exp&#233;riences, et une forme nouvelle plus symbolique et politique pour traiter, par rapport au G7, des aspects li&#233;s &#224; la fois au d&#233;sarmement (relations Est-Ouest) et au tiers-monde (relations Nord-Sud). C'est cette derni&#232;re question qui donna le ton du &#171; premier Sommet des Sept peuples parmi les plus pauvres &#187; des 15 et 16 juillet. En d&#233;non&#231;ant la philosophie m&#234;me du G7, il prenait son contre-pied sur deux de ses fondements : non pas les plus riches mais les plus pauvres, non pas les &#201;tats mais des t&#233;moins non gouvernementaux des peuples, symbolisant ainsi &#171; sans ambigu&#239;t&#233; l'exclusion et l'oubli dans lesquels se trouvent plus des deux tiers de l'humanit&#233;[9] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la lign&#233;e des traditions de m&#233;diatisation issues des ann&#233;es 80, ce fut le chanteur Renaud qui organisa le moment m&#233;diatique le plus important de la mobilisation : un concert g&#233;ant, place de la Bastille, en compagnie de Johnny Clegg et de nombreux artistes. Ce concert eut lieu le 8 juillet au soir, &#224; l'issue de la manifestation organis&#233;e &#224; l'initiative de l'&#233;crivain Gilles Perrault qui voulait, face &#224; l'instrumentalisation du Bicentenaire, &#171; voir les r&#233;volutionnaires de 1989 c&#233;l&#233;brer ceux de 1789 &#187;. De sorte que le texte d'appel, utilisant des r&#233;f&#233;rences &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, indiqua un tout autre sens, bien plus politique et radical, que celui des concerts contre le racisme ou pour l'Ethiopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble de ces initiatives fut rassembl&#233; sous le slogan &#171; Dette, apartheid, colonies, &#231;a suffat comme ci &#187;, invent&#233; par Renaud, qui r&#233;pondait &#224; un besoin profond d'expression radicale, &#224; l'occasion du bicentenaire. Un radicalisme sans vindicte ni haine, mais fortement exprim&#233;. Ainsi, l'espace ouvert par Renaud le 8 juillet permit de &#171; gueuler &#187; (selon les termes des organisateurs), et les initiatives des 15 et 16 d'indiquer que les groupes &#171; alternatifs &#187; savent proposer et commencent &#224; faire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les mobilisations de 1989 laiss&#232;rent assur&#233;ment des traces, elles marquaient surtout la fin dune courte reprise des luttes en Europe de l'Ouest, de 1986 &#224; 1989. Malgr&#233; l'affirmation finale du communiqu&#233; de &#171; l'Autre sommet &#187;, les mouvements sociaux ne reprirent r&#233;ellement qu'&#224; partir de 1993, et la coalition form&#233;e contre le G-7 de Paris disparut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que la p&#233;riode qui suivit la chute du mur fut marqu&#233;e par un vent d'espoir &#224; travers une vague de d&#233;mocratisation qui, au-del&#224; des pays de l'ex-bloc sovi&#233;tique, s'&#233;tendit en Afrique, en Asie et en Am&#233;rique latine. Mais cet espoir que la coop&#233;ration entre les peuples allait d&#233;sormais s'imposer et que le G7, en perdant son ennemi, allait dispara&#238;tre, fut tr&#232;s vite balay&#233;, c&#233;dant la place &#224; un nouveau cycle de luttes sociales tr&#232;s importantes. Pour autant, il fallut attendre le sommet de 1996, &#224; Lyon, pour voir la contestation du G7 reprendre &#224; nouveau un peu d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Reprenons l'initiative &#187;, &#171; Les autres voix de la plan&#232;te &#187; et &#171; Le sommet des sept r&#233;sistances &#187;, face au G-7 de Lyon, en 1996 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Sept ans apr&#232;s le bicentenaire, le G7 revient en France. Entre-temps, &#171; le mur de Berlin est tomb&#233; et l'empire sovi&#233;tique s'est disloqu&#233;, les bombes ont explos&#233; dans le Golfe, la guerre a dur&#233; en ex-Yougoslavie, l'Afrique a connu les trag&#233;dies du Lib&#233;ria et du Rwanda, le ch&#244;mage s'est aggrav&#233; en Europe, l'extr&#234;me-droite s'est enracin&#233;e en France, et Chirac a succ&#233;d&#233; &#224; Mitterrand. Les m&#234;mes politiques pr&#233;conis&#233;es, entre autres, par les gouvernements repr&#233;sent&#233;s aux G7, ont vu leurs effets prolong&#233;s : tout est pareil, et pourtant tout est diff&#233;rent, l'histoire a tourn&#233; la page du &#171; court XXe si&#232;cle&#8230;[10] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation de Lyon, face au G-7, retrouva tout de m&#234;me le souffle de celle de 1989. Six mois apr&#232;s la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du secteur public de l'hiver 1995, ce fut dans une certaine continuit&#233; avec cette manifestation spectaculaire de la r&#233;sistance aux effets catastrophiques des politiques dominantes et du nouvel (d&#233;s)ordre mondial. La coalition &#171; les autres voix de la plan&#232;te &#187; multiplia les initiatives locales, notamment &#224; Lille lors du &#171; G7 social &#187;, avec au final une manifestation de 12.000 personnes &#224; Lyon, suivie d'un contre-sommet d'&#233;changes et de d&#233;bats En parall&#232;le, la CGT organisa une manifestation syndicale &#224; laquelle se joignirent d'autres forces, la FSU ou les syndicats de la CFDT, regroupant 40.000 syndicalistes. Toute la semaine pr&#233;c&#233;dant le G7 officiel, de nombreux colloques et rencontres furent organis&#233;s &#224; Lyon, en particulier par le collectif d'ONG &#171; Reprenons l'initiative &#187;, sur l'Afrique, sur le Tribunal p&#233;nal international (Rwanda et Yougoslavie), sur les libert&#233;s, l'&#233;cologie, le d&#233;veloppement&#8230; Le &#171; Sommet des sept r&#233;sistances &#187;, organis&#233; par le Cedetim et Agir ici, fut en quelque sorte le point d'orgue de cette semaine de mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coalition &#171; Les autres voix de la plan&#232;te &#187; se constitua dans l'ann&#233;e 1995, dans la continuit&#233; de la campagne &#171; 50 ans &#231;a suffit &#187;, men&#233;e &#224; l'occasion des cinquante ans des accords de Bretton Woods par la coalition du m&#234;me nom, en lien avec son homologue des Etats-Unis - qui jouera un r&#244;le essentiel pour l'organisation de la manifestation contre le FMI et la Banque mondiale, en avril 2000, &#224; Washington. Or, si la gr&#232;ve du secteur public fut l'&#233;v&#233;nement marquant de l'ann&#233;e 1995, elle survint dans le contexte de l'&#233;mergence d'autres mouvements sociaux. En mai 1994, ce furent les Marches europ&#233;ennes contre le ch&#244;mage &#224; l'initiative d'AC ! (Agir ensemble contre le ch&#244;mage). L'hiver 1994/1995 fut marqu&#233; par l'occupation par le DAL (Droit au logement) de la rue du Dragon, occupation qui allait &#234;tre le point de d&#233;part du d&#233;bat sur la r&#233;sorption de la &#171; fracture sociale &#187;. Et juste avant la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du secteur public, les universit&#233;s entr&#232;rent en gr&#232;ve et les associations de d&#233;fense des droits des femmes mobilis&#232;rent 40.000 personnes pour la d&#233;fense du droit &#224; l'avortement. La gr&#232;ve de 1995, en d&#233;fense des retraites et du service public, fut le moment o&#249; ces luttes s'articul&#232;rent, en particulier dans ces gigantesques manifestations organis&#233;es dans toutes les villes de France par les syndicats, mais aussi les associations et ce qu'on appelait les nouveaux mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contexte g&#233;n&#233;ral permet de comprendre pourquoi, lors des initiatives face au G-7 de Lyon, un changement profond s'est fait jour. Une premi&#232;re rupture porte sur les th&#233;matiques du contre-G-7. Lors des sommets internationaux, la parole port&#233;e par les acteurs critiques - souvent des ONG - se concentrait jusque-l&#224; sur la solidarit&#233; avec le Sud et, en 1989, m&#234;me la r&#233;f&#233;rence &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise fut marqu&#233;e par cette logique : &#171; le nouveau &#034; tiers-&#233;tat &#034;, c'est le tiers monde &#187; &#8230; &#192; Lyon, &#233;merge le constat que les politiques des 7 pays dominants creusent les in&#233;galit&#233;s entre le Nord et le Sud, mais aussi au sein de chacun de ces mondes, et donc que les questions sociales au Nord devaient aussi &#234;tre au c&#339;ur des d&#233;bats et des mobilisations. De l&#224; d&#233;coule une deuxi&#232;me rupture : les forces sociales, associations et syndicats deviennent des acteurs essentiels du contre-sommet et des manifestations de rue. Ainsi, la r&#233;ussite de la manifestation organis&#233;e &#224; l'initiative de la CGT, marque l'entr&#233;e du syndicalisme dans ce combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me rupture est symbolis&#233;e par la philosophie du Sommet des 7 r&#233;sistances. Cette rencontre d'un Br&#233;silien, d'une Alg&#233;rienne, d'une Russe, d'un Bosniaque, d'une S&#233;n&#233;galaise vivant en France, d'un Belge vivant aux Etats-Unis, d'un Indien, d'un Chinois et de quelques Fran&#231;ais, sous la pr&#233;sidence d'un Nig&#233;rian, r&#233;v&#233;la une commune volont&#233; d'interpellation des puissants et une commune aspiration &#224; prendre son destin en main. L'invitation dune d&#233;l&#233;gation du Mouvement des sans terre (MST) br&#233;silien par le DAL est symbolique de cette &#233;volution. &#192; Lyon, on passe donc dune logique o&#249; les ONG du Nord ont le monopole des liens avec des mouvements du Sud qu'ils &#171; aident et soutiennent &#187;, &#224; une nouvelle logique : d&#233;sormais, les mouvements du Nord et du Sud s'organisent directement pour agir en commun et d&#233;velopper des actions solidaires. Celle-ci s'affirmera encore, juste apr&#232;s le contre-sommet de Lyon, lors des rencontre &#171; intergalactiques &#187; organis&#233;es par les Zapatistes au Chiapas, pendant l'&#233;t&#233; 1996, puis &#224; une &#233;chelle beaucoup plus large dans les Forums sociaux mondiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1996, le G7 est pris &#224; partie syst&#233;matiquement. C'est &#224; cette date d'ailleurs, constatant que les foyers de revendications se multiplient, que les membres du G7 &#171; reconnaissent &#187; la &#171; soci&#233;t&#233; civile &#187; et les ONG, en les mentionnant d&#233;sormais dans les documents officiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble des initiatives organis&#233;es &#224; Lyon pendant les jours pr&#233;c&#233;dents le G7, le &#171; contre-sommet &#187; du collectif &#171; Les autres voix de la plan&#232;te &#187; a certainement &#233;t&#233; lune des plus int&#233;ressantes. Ce collectif, qui rassemblait plusieurs dizaines d'organisations, a organis&#233;, les 8 et 9 juin 1996, un week-end de travail et de mobilisation avec de nombreux ateliers th&#233;matiques. L'adresse au G7 qui concluait cette r&#233;union a &#233;t&#233; lue en ouverture du Sommet des 7 r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1998, &#224; Birmingham, Jubil&#233; 2000 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'&#201;ternel parla &#224; Mo&#239;se sur la montagne du Sina&#239;, et dit : [&#8230;] tu compteras sept sabbats d'ann&#233;es, sept fois sept ann&#233;es, et les jours de ces sept sabbat d'ann&#233;es feront quarante-neuf ans. [&#8230;] Vous sanctifierez la cinquanti&#232;me ann&#233;e, vous publierez la libert&#233; dans le pays pour tous ses habitants : ce sera pour vous le Jubil&#233;. [&#8230;] Si ton fr&#232;re devient pauvre pr&#232;s de toi et qu'il se vende &#224; toi, il sera &#224; ton service jusqu'&#224; l'ann&#233;e du jubil&#233;. Il sortira alors de chez toi, lui et ses enfants avec lui, et il retournera dans sa famille, dans la propri&#233;t&#233; de ses p&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet extrait du L&#233;vitique avait d&#251; marquer l'universitaire britannique Martin Dent car, d&#232;s 1990, il eut l'id&#233;e de reprendre le concept de Jubil&#233;, tel qu'il existait dans l'ancien testament, pour lappliquer &#224; la dette des pays du tiers-monde. C'est le &#171; Debt Crisis Network &#187; qui d&#233;cida, en 1994, de lancer r&#233;ellement une campagne qu'Ann Pettifor va diriger par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette campagne, connue sous le nom de Jubilee 2000 - l'an 2000 est la date choisie par l'&#233;glise catholique pour c&#233;l&#233;brer le Jubil&#233; - se mit en place en Grande-Bretagne, au printemps 1996, avec le soutien de Christian Aid, une des principales ONG britanniques. Son succ&#232;s fut tr&#232;s rapide et, autour d'elle, s'organisa, en octobre 1997, une coalition compos&#233;e de nombreux syndicats, ONG, mouvements de femmes et organisations de r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette campagne d&#233;cida de centrer ses revendications sur le G-7, structure o&#249; si&#232;gent les chefs d'&#201;tat et de gouvernement &#171; actionnaires majoritaires des institutions financi&#232;res internationales &#187; et, &#224; ce titre, en situation de grande responsabilit&#233; vis-&#224;-vis de la situation d'endettement des pays du tiers-monde. C'est donc au moment de la r&#233;union du G-7 de Birmingham, en 1998, que Jubilee 2000 organisa sa mobilisation dont le succ&#232;s d&#233;passa tous ses espoirs : plus de 70.000 personnes particip&#232;rent &#224; une cha&#238;ne humaine et entour&#232;rent le Sommet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de cette mobilisation fut tr&#232;s peu m&#233;diatis&#233; en France, o&#249; les nouvelles formes militantes en provenance de Grande-Bretagne ont toujours eu du mal &#224; faire &#233;cole. Pourtant, avant la France, qui, apr&#232;s la vague des mouvements sociaux des ann&#233;es 1990, a &#233;t&#233; le pays d'origine d'Attac, d&#233;but 1998, et les Etats-Unis, o&#249; les r&#233;seaux militants qui ont fait irruption &#224; Seattle se sont structur&#233;s dans la d&#233;cennie 1990, la Grande-Bretagne est, parmi les pays du Nord, celui qui a connu le plus t&#244;t un important renouveau militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de Birmingham marqua le d&#233;but dune campagne internationale de tr&#232;s grande ampleur : deux ans plus tard, des coalitions Jubilee 2000 existaient dans 66 pays ; Jubilee avait particip&#233; &#224; des centaines de manifestations et fait signer une p&#233;tition qui, avec 24 millions de signatures en provenance de 166 pays, battit tous les records !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1999, &#224; Cologne, la bataille pour l'annulation de la dette et le J-18 de Reclaim the Street &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la m&#233;moire militante, l'ann&#233;e 1999 est d&#233;sormais devenue celle de &#171; Seattle &#187;, en r&#233;f&#233;rence &#224; la ville qui accueillit la Conf&#233;rence minist&#233;rielle de l'Organisation mondiale du commerce, grandement perturb&#233;e par les manifestations. Et en effet, 1999 peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l'ann&#233;e &#171; tournant &#187;, &#224; partir de laquelle les mobilisations se sont r&#233;pandues sur toute la plan&#232;te. Mais avant &#171; Seattle &#187;, plusieurs &#233;v&#232;nements ont &#233;t&#233; autant d'indices de l'&#233;volution en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Paris, fin juin 1999, 1.200 militants venus du monde entier se r&#233;unissent &#224; l'initiative d'Attac et d'autres r&#233;seaux militants europ&#233;ens ; cette rencontre en pr&#233;figurait d'autres, qui se sont multipli&#233;es apr&#232;s Seattle : la rencontre de Bangkok, en f&#233;vrier 2000, en marge de la conf&#233;rence de la CNUCED[11], la conf&#233;rence de Gen&#232;ve, en juin de la m&#234;me ann&#233;e, en marge du sommet social de l'ONU &#171; Copenhague + 5 &#187; et, surtout, les diverses &#233;ditions annuelles du &#171; Forum social mondial &#187; r&#233;uni &#224; Porto Alegre, au Br&#233;sil, depuis le mois de janvier 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais deux autres mobilisations internationales, prenant le G7 pour cible, ont marqu&#233; l'ann&#233;e 1999, celle de Cologne, en marge du Conseil europ&#233;en et du G7, et le J-18 de Reclaim the Street.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement allemand avait pris la d&#233;cision d'organiser dans la m&#234;me ville, Cologne, les deux sommets dont il avait la pr&#233;sidence : le Conseil europ&#233;en (Sommet des chefs d'&#201;tat et de gouvernement de l'Union europ&#233;enne), &#224; la fin du mois de mai et, trois semaines plus tard, le sommet du G-7 lui-m&#234;me. Face &#224; ces deux sommets, deux mobilisations furent organis&#233;es dans un cadre commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour exiger une autre orientation de l'Union europ&#233;enne, l'initiative est venue des &#171; Marches europ&#233;ennes contre le ch&#244;mage, les exclusions et la pr&#233;carit&#233; &#187;. Les Marches avaient acquis leurs lettres de noblesse en organisant la premi&#232;re grande manifestation europ&#233;enne de la d&#233;cennie 1990, en mai 1997 &#224; Amsterdam, &#224; la suite de marches de ch&#244;meurs ayant sillonn&#233; toute l'Europe. &#192; Cologne, 30.000 militants venus du continent entier se sont &#224; nouveau retrouv&#233;s, &#224; la suite dune marche de 300 personnes entre Bruxelles et Cologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au G-7, la coalition porta comme th&#232;me majeur l'annulation de la dette, suivant en cela le succ&#232;s de Jubilee 2000 &#224; Birmingham, et pr&#232;s de 30.000 personnes d&#233;fil&#232;rent &#224; nouveau dans les rues de Cologne. La question de la dette &#233;tait au centre des d&#233;bats, tant du c&#244;t&#233; officiel que du c&#244;t&#233; des militants. C'est &#224; Cologne que se sont r&#233;unis les militants venus du Sud (les Philippins et les Africains du Sud jouant un r&#244;le moteur), ceux-l&#224; m&#234;mes qui cr&#233;eront, quelques mois plus tard, &#224; Johannesburg, la coalition &#171; Jubil&#233; Sud &#187;, dans le but de faire entendre une voix du Sud diff&#233;rente de celle de Jubil&#233; Grande-Bretagne. C'est-&#224;-dire pour exiger une annulation inconditionnelle de la dette, pour tous les pays du Sud et pas seulement les plus pauvres. D&#233;bat d'autant plus vif qu'&#224; Cologne, les Sept annonceront l'engagement d'un processus de r&#233;duction - conditionnelle - de la dette des pays les plus pauvres[12]&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en cette ann&#233;e 1999, d'autres initiatives sont men&#233;es par rapport au G-7. Ainsi une &#171; caravane &#187; de paysans indiens du Karnataka, circulant plusieurs semaines dans plusieurs pays d'Europe, termina sa course &#224; Cologne, au moment de la manifestation contre le G7. Organis&#233;e par un syndicat paysan du sud de lInde, membre de Via Campesina, et forte de 500 de ses membres, elle venait populariser, en Europe, la lutte des paysans du Sud. Elle prit part &#224; de nombreuses initiatives symboliques : participation aux marches europ&#233;ennes contre le ch&#244;mage, arrachage de riz transg&#233;nique &#224; Montpellier avec un Jos&#233; Bov&#233; qui r&#233;ussit de plus en plus &#224; m&#233;diatiser le mouvement, sit-in de fous rires devant l'usine Novartis &#224; Gen&#232;ve&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre initiative fit plus de bruit, celle d'un &#171; J-18 &#187; organis&#233; le 18 juin 1999, jour de l'ouverture du G7, par Reclaim the Street et ses alli&#233;s. Reclaim the Street est un mouvement n&#233; en Grande-Bretagne au d&#233;but des ann&#233;es 1990 &#224; partir dune radicalisation des mouvements &#233;cologistes &#171; Friend of the Earth &#187; ou &#171; Greenpeace &#187; &#224; l'&#233;gard des politiques publiques. Reclaim the Street a connu un succ&#232;s important aupr&#232;s de la jeunesse britannique et s'est sp&#233;cialis&#233; dans les &#171; Street Parties &#187;, tout en participant &#224; diverses luttes sociales : gr&#232;ve des dockers de Liverpool, marches contre le ch&#244;mage quand elles sont pass&#233;es &#224; Londres, au printemps 1997, ou encore luttes contre la privatisation du m&#233;tro de Londres avec les syndicats. L'id&#233;e de &#171; J-18 &#187; &#233;tait de paralyser les centres financiers de la plan&#232;te : au lendemain de la crise asiatique, Reclaim the Street avait d&#233;cid&#233;, comme ATTAC en France, de cibler sa campagne contre les march&#233;s et institutions financi&#232;res. Le jour J, 10.000 militants ont envahi la &#171; City &#187; de Londres, ce qui ne s'&#233;tait pas vu depuis le milieu du XIXe si&#232;cle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec quelques ann&#233;es de recul, on se rend mieux compte de l'importance de ce qui s'est jou&#233; en 1999, Seattle n'&#233;tant que le dernier acte de ce qui sera souvent consid&#233;r&#233; comme l'ann&#233;e de naissance du mouvement de lutte contre la mondialisation lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2000, &#224; Okinawa, contre les bases militaires et pour la s&#233;curit&#233; des peuples &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ann&#233;e suivante, le G8 changea de continent et se tint au Japon, &#224; Okinawa. Jusqu'alors, le mouvement dit &#171; anti-mondialisation &#187; n'y avait pas pris l'ampleur de ses alter ego britannique, fran&#231;ais, indien, cor&#233;en ou &#233;tats-uniens. Mais, fin de si&#232;cle oblige, le sommet du G8 - r&#233;unissant les chefs d'&#201;tat des sept principaux pays industrialis&#233;s et de la Russie - fut l'occasion pour la campagne mondiale Jubilee 2000 d'exiger &#224; nouveau, et avec force, l'annulation imm&#233;diate de la dette des pays pauvres. L'occasion aussi, pour de nombreux mouvements militants, d'affirmer leur solidarit&#233; avec la population d'Okinawa en lutte contre le maintien sur place d'importantes bases militaires am&#233;ricaines : l'&#238;le abrite 70 % des installations US implant&#233;es au Japon, qui occupent jusqu'&#224; 20 % de la surface de la pr&#233;fecture ! V&#233;ritable point n&#233;vralgique, elle h&#233;berge en effet le principal complexe militaire am&#233;ricain construit outre-mer. Ce centre op&#233;rationnel concerne tr&#232;s directement la p&#233;ninsule cor&#233;enne, le tout proche d&#233;troit de Taiwan et lAsie du Sud-Est, voire, en cas de crise, le Golfe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment pacifiste a des racines tr&#232;s profondes &#224; Okinawa, qui fut le th&#233;&#226;tre de lune des plus sanglantes batailles de la Seconde Guerre mondiale. La population refuse d'&#234;tre le point focal d'un &#233;ventuel conflit et ne veut pas que son territoire serve &#224; dominer militairement d'autres peuples. L'essentiel des mobilisations qui se sont d&#233;roul&#233;es &#224; l'occasion du sommet ont donc eu pour objectif premier le retrait du complexe militaire US. La premi&#232;re initiative fut organis&#233;e trois semaines avant l'ouverture du G8, du 30 juin au 1er juillet, par un r&#233;seau militant asiatique, le Forum international d'Okinawa sur la s&#233;curit&#233; des peuples, qui mit en avant les th&#232;mes de la coop&#233;ration et du d&#233;sarmement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jubilee 2000, de son c&#244;t&#233;, organisa une conf&#233;rence mondiale sur la dette des pays pauvres, &#224; la veille du G8, du 19 au21 juillet. Toutes les composantes de la campagne internationale &#233;taient pr&#233;sentes, dont une importante d&#233;l&#233;gation du Royaume-Uni, et Jubil&#233;-Sud joua un r&#244;le actif. Les participants manifest&#232;rent &#224; Naho et Naga, puis se joignirent &#224; la principale mobilisation densemble : une immense cha&#238;ne humaine, de plus de 27.000 personnes, encerclant la base de Kadena.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conf&#233;rence fut l'occasion d'un appel aux dirigeants du G7, adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233; des participants, renouant ainsi avec une pratique du contre-G7 disparue depuis &#171; &#231;a suffat comme ci &#187;, en 1989. Cet appel exigea l'annulation des dettes ill&#233;gitimes, ainsi que de celles qui ne sauraient &#234;tre rembours&#233;es sans sacrifier la sant&#233;, l'&#233;ducation ou la vie m&#234;me des populations appauvries. Il d&#233;non&#231;a les conditionnalit&#233;s impos&#233;es par les institutions financi&#232;res internationales et demanda la mise en place de m&#233;canismes ind&#233;pendants pour surveiller le processus de l'annulation des dettes. Dans un geste politique inhabituel, le Premier ministre japonais Mori re&#231;ut une d&#233;l&#233;gation de la conf&#233;rence mondiale Jubil&#233; 2000, ce qui d&#233;note l'ampleur des mobilisations sur la dette et l'&#233;cho qu'elles ont pu avoir au-del&#224; des seuls cercles militants, m&#234;me si, in fine, le G8 continue toujours de faire la sourde oreille et de ne prendre aucune mesure r&#233;elle pour soulager les peuples du tiers-monde du fardeau de l'endettement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En juillet 2001, G&#234;nes la terrible &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme pour beaucoup d'&#233;v&#233;nements majeurs, de nombreuses lectures de G&#234;nes sont possibles et l'on pourrait prendre comme fil conducteur la perte de l&#233;gitimit&#233; des r&#233;unions du G8 ou le choc de la r&#233;pression polici&#232;re, mais ces aspects-l&#224; sont, aujourd'hui, bien connus[13]. Nous nous limiterons ici &#224; replacer G&#234;nes dans la courte g&#233;n&#233;alogie du &#171; mouvement &#187; de Seattle. En effet, si l'&#233;chec de la conf&#233;rence minist&#233;rielle de l'OMC, en d&#233;cembre 1999, a marqu&#233; l'irruption de ce mouvement sur la sc&#232;ne mondiale, celui-ci a connu diff&#233;rentes phases et G&#234;nes a repr&#233;sent&#233; une r&#233;elle inflexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une premi&#232;re &#233;tape, la mobilisation est rest&#233;e limit&#233;e sur le plan num&#233;rique. &#192; Seattle, m&#234;me avec la pr&#233;sence de l'AFL-CIO, le grand syndicat am&#233;ricain, les manifestants ne s'&#233;taient compt&#233;s qu'en dizaines de milliers ; un an plus tard, &#224; Prague, pour les assembl&#233;es annuelles du FMI et de la Banque mondiale, il n'y avait pas plus de vingt mille personnes, venues de toute l'Europe. La force de ce mouvement tient &#224; la place qu'y occupe la contre-expertise, &#224; l'utilisation de m&#233;thodes nouvelles et directes, &#224; l'apparition, dans la jeunesse, dune nouvelle g&#233;n&#233;ration militante et, surtout, &#224; la sympathie dune opinion publique inqui&#232;te de l'impact n&#233;gatif de la mondialisation lib&#233;rale sur le plan social, environnemental et d&#233;mocratique. En cela, un parall&#232;le peut &#234;tre fait avec les &#171; gr&#232;ves par d&#233;l&#233;gation &#187; qua connues la France des ann&#233;es 1990, o&#249; ceux qui pouvaient faire gr&#232;ve (avant tout le secteur public) &#233;taient soutenus massivement par ceux dont le statut &#233;tait fragilis&#233;, et notamment les travailleurs du secteur priv&#233;, les retrait&#233;s, les ch&#244;meurs, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#234;nes, apr&#232;s les mobilisations de Qu&#233;bec contre la zone de libre-&#233;change am&#233;ricaine quelque mois plus t&#244;t, a marqu&#233; un saut quantitatif et qualitatif. R&#233;unir trois cent mille personnes, malgr&#233; la violence polici&#232;re et la fermeture des gares et a&#233;roports, fut d'abord une confirmation du rejet massif par l'opinion des effets de la mondialisation lib&#233;rale. Mais surtout, la pr&#233;sence physique de ces manifestants, italiens pour la tr&#232;s grosse majorit&#233; d'entre eux, pesa sur la suite des &#233;v&#232;nements : des dizaines de milliers de responsables associatifs, autant de cadres syndicaux ou de militants de partis politiques, ont &#233;t&#233; plong&#233;s dans le chaudron de G&#234;nes avec des jeunes qui faisaient l&#224; leur premi&#232;re exp&#233;rience politique. Et personne n'en est sorti indemne ! En cela, G&#234;nes a &#233;t&#233; un formidable acc&#233;l&#233;rateur qui a permis, au-del&#224; des d&#233;bats et des divergences entre les diff&#233;rents acteurs, la s&#233;rie des mobilisations qua connues l'Italie au cours des mois suivants : la marche P&#233;rouse/Assises contre la guerre en Afghanistan, les &#171; girotondo &#187; contre l'auto-amnistie de Silvio Berlusconi, la manifestation nationale, puis la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, contre la remise en cause de l'article 18 du code du travail, et enfin le Forum social europ&#233;en de Florence et les deux millions de manifestants &#224; Rome contre la guerre, le 15 f&#233;vrier 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Italie a connu, dans cette derni&#232;re ann&#233;e, une s&#233;rie impressionnante de mobilisations, mais l'erreur serait de croire &#224; une &#171; exception italienne &#187; dans une Europe et un monde qui serait rest&#233;s atones. Le &#171; grand-public &#187;, apr&#232;s G&#234;nes, commence &#224; prendre r&#233;ellement conscience du fait qu'il se passe des choses aux quatre coins de la plan&#232;te : ce sera manifeste avec la deuxi&#232;me et troisi&#232;me sessions du Forum mondial de Porto Alegre o&#249; se sont retrouv&#233;s, en 2002 puis en 2003, cinquante mille, puis soixante dix mille participants ; avec les mobilisations argentines ; les manifestations espagnoles de plusieurs centaines de milliers de personnes au moment des sommets europ&#233;ens, en mars, puis en juin, parall&#232;lement &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale massivement suivie ; et enfin, les 10 millions de manifestants dans le monde entier contre la guerre, le 15 f&#233;vrier 2003&#8230; Tous ces exemples traduisent des &#233;volutions qui sont tout autant quantitatives que qualitatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, il faut bien noter que ceux qui participent &#224; ces diverses initiatives, du Sud comme du Nord, parlent, certes, de mani&#232;res diverses mais ils parlent de la m&#234;me chose et dans un entrelacs de r&#233;seaux qui ne correspond plus aux clivages du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent. Cette coalition se consolide dans la dur&#233;e et on peut parler de &#171; mouvement &#187;, au sens politique du terme ; celui-ci fait converger des aspirations et des revendications diverses, autour de quelques grandes orientations de d&#233;mocratie mondiale et de d&#233;veloppement durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2002, &#224; Kananaskis la d&#233;mocratie selon le G8, et &#224; Siby, la d&#233;mocratie selon les peuples &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En 2002, &#224; l'exigence de d&#233;mocratisation et de changement radical de l'ordre international, tant r&#233;clam&#233;e &#224; G&#234;nes, le G8 r&#233;pondit&#8230; par un exil. Il tint sa rencontre &#224; Kananaskis, petit village situ&#233; au fin fond des Rocheuses canadiennes, inaccessible autrement que par une seule route, gard&#233;e f&#233;rocement par des forces de police et d'arm&#233;e consid&#233;rables - qui r&#233;ussiront &#224; faire une victime : un ours &#233;gar&#233; trop pr&#232;s des grilles de s&#233;curit&#233; ! Pourtant, la soci&#233;t&#233; civile fut l'une des grandes pr&#233;sentes&#8230; dans les discours officiels ! Ainsi, le site officiel du sommet de Kananaskis pr&#233;senta une partie &#171; discussion avec les citoyens &#187;&#8230; La d&#233;monstration involontaire que la d&#233;mocratie selon le G8 est une d&#233;mocratie virtuelle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup ont cru, &#224; tort, que rien ne fut organis&#233; contre le G8, cette ann&#233;e-l&#224;, en dehors des mobilisations contenues au Canada. 2002 aura pourtant &#233;t&#233; l'occasion d'une &#171; premi&#232;re mondiale &#187; face au G7/G8 : la d&#233;monstration que les peuples du Sud, ces &#171; oubli&#233;s &#187; du monde, entendent bien se montrer, savent faire preuve d'autonomie et sont porteurs d'une autre vision du monde et des relations entre les peuples. Les 25, 26, 27 et 28 juin 2002, en parall&#232;le du G7 de Kananaskis (Canada) se d&#233;roula &#224; Siby, Cercle de Kati, petit village au centre d'une commune malienne de 18 000 habitants, &#224; quelques dizaines de kilom&#232;tres de la fronti&#232;re guin&#233;enne, le Forum &#034;Kananaskis, village des peuples&#034;. Ce forum fut organis&#233; par Jubil&#233; 2000/CAD- Mali en partenariat avec d'autres organisations de la soci&#233;t&#233; civile malienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Siby comme &#224; Kananaskis, un sujet central devait &#234;tre d&#233;battu : le Nouveau partenariat &#233;conomique pour le d&#233;veloppement africain, mieux connu sous son acronyme anglais, le NEPAD. Mais la nature et le contexte des d&#233;bats ne furent &#233;videmment pas &#234;tre les m&#234;mes. Alors qu'&#224; Kananaskis se rassemblaient les principaux d&#233;cideurs politiques mondiaux, Siby accueillait quelque 300 repr&#233;sentants d'organisations paysannes, syndicales et citoyennes d'Afrique de l'Ouest (S&#233;n&#233;gal, Mali, Niger, C&#244;te d'Ivoire, Burkina Faso, Guin&#233;e, etc.).Le forum, village des peuples &#224; Siby n'avait donc pas pour objectif de soutenir le NEPAD, mais de cr&#233;er une opportunit&#233; collective et alternative d'&#233;ducation populaire, d'information, d'&#233;changes et de critiques constructives par des mouvements sociaux au niveau national, sous- r&#233;gional et international dans leur diversit&#233; de visions et de positionnements sur des questions br&#251;lantes du continent africain comme le NEPAD, le fardeau de la Dette, le Commerce non &#233;quitable, l'ins&#233;curit&#233; alimentaire, etc. &#187;[14]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; des moyens limit&#233;s (absence de route, d'&#233;lectricit&#233; et d'eau courante), trois journ&#233;es d'&#233;changes, d'analyses et de t&#233;moignages furent organis&#233;es, introduites chaque fois par des petits sketches imagin&#233;s et interpr&#233;t&#233;s par quelques jeunes. Non sans humour, ces petites sc&#232;nes d&#233;peignirent la situation d'un peuple africain appauvri par le d&#233;mant&#232;lement des pouvoirs publics, le fardeau de la dette ext&#233;rieure, la concurrence d&#233;loyale des transnationales occidentales ou la chute historique des prix des mati&#232;res premi&#232;res...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par son caract&#232;re particulier de promotion de la mobilisation sociale au niveau local, le forum contribua de fait, m&#234;me si beaucoup reste &#224; faire, au renforcement du contre-pouvoir citoyen, &#224; la construction du consensus des peuples africains et &#224; la construction d'un v&#233;ritable partenariat entre les gouvernements africains et leurs peuples. Il fut le premier rassemblement parall&#232;le au G7 organis&#233; au Sud par des organisations du Sud pour contester les logiques dominantes et &#339;uvrer &#224; l'&#233;laboration dune solidarit&#233; internationale effective. M&#234;me si sa conclusion fut fataliste : &#034;En 1999, le G7 nous a annonc&#233; l'annulation de 90% de notre dette. En 2000 c'&#233;tait le projet du mill&#233;naire. En 2001 le fonds pour le Sida, la tuberculose et le paludisme. Aujourd'hui, c'est le NEPAD. Mais nous on attend toujours !&#034;, il fut la d&#233;monstration vivante qu'un autre monde est possible !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En conclusion provisoire, &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement, en se massifiant de plus en plus &#224; partir de G&#234;nes, se lie aux tissus militants et s'int&#232;gre dans les r&#233;alit&#233;s nationales, mais de ce fait, il perd en homog&#233;n&#233;it&#233; et en lisibilit&#233;. Peu de choses diff&#233;renciaient les manifestants de Prague, en septembre 2000, de ceux de Washington D.C. qui, en avril de la m&#234;me ann&#233;e, protestaient d&#233;j&#224; contre les politiques du FMI et de la Banque mondiale. Les objectifs &#233;taient les m&#234;mes et les cort&#232;ges rassemblaient une jeunesse tout &#224; fait similaire. Aujourd'hui, les mouvements sont confront&#233;s &#224; des d&#233;fis d'une tout autre ampleur et l'arriv&#233;e de nouvelles forces et de nouveaux partenaires pose des questions complexes. L'&#233;largissement du mouvement &#224; de larges couches de la population, bien au-del&#224; des secteurs de la jeunesse qui avait manifest&#233; &#224; Seattle ou &#224; Prague, a comme cons&#233;quence imm&#233;diate le d&#233;veloppement de mobilisations sur le terrain social, le refus des licenciements et de la pr&#233;carit&#233;, la d&#233;fense des retraites, et donc des convergences avec les syndicats. &#192; un autre niveau, les mobilisations contre l'extr&#234;me droite, comme en France au moment des pr&#233;sidentielles, posent &#233;galement le probl&#232;me d'une rupture avec le lib&#233;ralisme, car l'enracinement populaire des forces populistes et d'extr&#234;me droite est aussi li&#233; au rejet du syst&#232;me en place et dune mondialisation qui ne laisse aucun espoir. Le mouvement voit s'&#233;largir ses th&#233;matiques et son assise sociale, ce qui implique l'arriv&#233;e de nouveaux acteurs, syndicats ou partis de gauche. Le mouvement se heurte &#224; des d&#233;cisions gouvernementales et des questions politiques qui sont, certes, des cons&#233;quences de la mondialisation lib&#233;rale, mais qui posent des probl&#232;mes d'alliances, de compromis et d&#233;ch&#233;ances trait&#233;s dans un cadre national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les mobilisations contre la guerre en Irak r&#233;unifient les pr&#233;occupations militantes et donnent un cadre d'action commun au niveau international. Mais, &#224; plus long terme, l'&#233;largissement de la mobilisation a un effet dissolvant sur &#171; le &#187; mouvement, celui du d&#233;but, celui de Seattle et de G&#234;nes. Le probl&#232;me des alliances le divise, l'arriv&#233;e de nouveaux partenaires le rend moins lisible, et les &#233;ch&#233;ances nationales qu'il doit affronter brouillent son caract&#232;re mondial et global. Mais, cet &#233;largissement permet de marquer des points face &#224; la mondialisation lib&#233;rale. L'enjeu, pour le mouvement, sera de trouver les lieux et les outils pour multiplier les &#233;changes d'exp&#233;riences et am&#233;liorer la compr&#233;hension des mobilisations en cours.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;[1] Za&#239;re, mai 1980 ; Maroc, juin 1981 puis 1984 ; Madagascar, 1982 ; Tunisie, janvier 1984 ; Soudan, mars-avril 1985 ; Alg&#233;rie, 4 octobre 1988&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] &#201;quateur, octobre 1982 ; Chili, mai 1983 ; Br&#233;sil, 1983 puis d&#233;cembre 1986 ; R&#233;publique dominicaine, avril 1984 ; Ha&#239;ti, mai 1985 ; Guatemala, septembre 1985 ; Bolivie, janvier 1986 puis novembre 1989 ; Venezuela, 27 f&#233;vrier-3 mars 1989, Argentine, 1989, P&#233;rou, 1980-1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Turquie, f&#233;vrier 1980 ; Philippines, septembre 1983&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Cf. Serge Cordellier, Le nouvel &#201;tat du monde. Bilan de la d&#233;cennie 1980-1990, La D&#233;couverte, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Pour l'essentiel, il s'agit d'ONG de solidarit&#233; internationale, de d&#233;veloppement et d'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Cf. London School of Economics, Global civil society 2001, Oxford University Press, 2002. Voir aussi le site de l'Universit&#233; de Toronto, ibid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Un nouveau cycle de n&#233;gociations du GATT d&#233;marra en 1986 &#224; Punta del Este, en Uruguay, marquant le d&#233;but de l'Uruguay Round qui aboutira, en 1994, &#224; la cr&#233;ation de l'Organisation mondiale du commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Actes du Sommet des sept peuples parmi les plus pauvres, Agir ici, 1989. Les pays pauvres repr&#233;sent&#233;s furent le Bengladesh, le Br&#233;sil, le Burkina Faso, Ha&#239;ti, le Mozambique, les Philippines, le Za&#239;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Bernard Dr&#233;ano, Actes du Sommet des sept r&#233;sistances, Lyon, 27 juin 1996, Agir ici, Cedetim, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Conf&#233;rence des Nations-unies pour le commerce et le d&#233;veloppement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] La campagne arriva &#224; son terme &#224; la fin de l'ann&#233;e 2000 et les ONG britanniques qui en avaient &#233;t&#233; les inspiratrices opt&#232;rent pour une dissolution de &#171; Jubilee 2000 - UK &#187;. &#192; partir de l&#224;, une campagne de plus courte dur&#233;e, fixant le G-8 de G&#234;nes comme date butoir, fut mise en place par les Britanniques sous le nom de &#171; Drop the Debt &#187;. En fait, cette exp&#233;rience fut le d&#233;but dun processus de rapprochement entre grosses ONG et nouvelles forces, qui allait se cristalliser dans les Forums sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Pour un tr&#232;s pertinent aper&#231;u de ces th&#232;mes, lire Samizdat.net, G&#234;nes. Multitudes en marche contre l'Empire, Reflex, juin 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Lire Arnaud Zacharie, Forum des peuples &#224; Siby, Mali, 25-28 juin 2002, Une appropriation citoyenne du d&#233;veloppement social en Afrique, CADTM, &lt;a href=&#034;http://users.skynet.be/cadtm/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://users.skynet.be/cadtm/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20/05/2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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