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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>L'OMC, GOUVERNEMENT MONDIAL DANS L'OMBRE DES SOCIETES TRANSNATIONALES</title>
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		<dc:date>2003-07-29T18:32:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis Horman</dc:creator>


		<dc:subject>Mondialisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'OMC est bien une organisation politique. La Conf&#233;rence minist&#233;rielle ( assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale) en est l'organe principal. Elle est compos&#233;e des ministres des Finances et de l'&#201;conomie des pays membres. Quelque 138 Etats ont d&#233;j&#224; adh&#233;r&#233; &#224; l'OMC, dont une bonne centaine du tiers monde. Mais ce sont les principaux pays industriels avanc&#233;s, &#201;tats-Unis en t&#234;te, qui tiennent le gouvernail. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces derniers ont obtenu la transformation du Gatt en OMC, c'est-&#224;-dire un organe plac&#233; hors de port&#233;e des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Contre-la-mondialisation-capitaliste-" rel="directory"&gt;Contre la mondialisation capitaliste &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Mondialisation-+" rel="tag"&gt;Mondialisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'OMC est bien une organisation politique. La Conf&#233;rence minist&#233;rielle ( assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale) en est l'organe principal. Elle est compos&#233;e des ministres des Finances et de l'&#201;conomie des pays membres. Quelque 138 Etats ont d&#233;j&#224; adh&#233;r&#233; &#224; l'OMC, dont une bonne centaine du tiers monde. Mais ce sont les principaux pays industriels avanc&#233;s, &#201;tats-Unis en t&#234;te, qui tiennent le gouvernail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers ont obtenu la transformation du Gatt en OMC, c'est-&#224;-dire un organe plac&#233; hors de port&#233;e des processus de contr&#244;le de la d&#233;mocratie parlementaire dont les pays occidentaux sont si fiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'affichant comme un forum de concertation entre les Etats pour r&#233;glementer leurs rapports commerciaux, l'Organisation Mondiale du Commerce entend bien r&#233;genter l'ensemble des activit&#233;s humaines et faire pr&#233;valoir les principes du &#034;libre-&#233;change&#034; sur toute autre consid&#233;ration, qu'elle soit sociale, environnementale, culturelle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le biais de la (d&#233;)r&#233;glementation des &#233;changes commerciaux, l'OMC s'immisce dans presque tous les domaines de la vie politique, &#233;conomique et sociale des pays membres, depuis la pr&#233;sence d'organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s (OGM) dans nos assiettes, en passant par la destruction des barri&#232;res de s&#233;curit&#233; alimentaire pour les pays du Sud, le d&#233;mant&#232;lement des services publics, au Nord comme au Sud, ou encore le pillage des ressources naturelles et du patrimoine g&#233;n&#233;tique des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OMC est une institution qui cumule les trois fonctions : le l&#233;gislatif, l'ex&#233;cutif et le judiciaire. A l'occasion d'une plainte d'un de ses membres, elle peut d&#233;clarer contraires &#224; la &#034; libert&#233; du commerce&#034; les l&#233;gislations internes aux &#201;tats, en mati&#232;re de droit au travail, d'environnement et de sant&#233; publique et en demander la mise en sommeil ou l'abrogation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OMC se plie en fait aux int&#233;r&#234;ts des Etats les plus puissants et de leurs firmes transnationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voyons cela d'un peu plus pr&#232;s !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1) L'OMC au service des STN (soci&#233;t&#233;s transnationales)&lt;br /&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le conflit de la banane&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1997, l'OMC condamnait l'Union europ&#233;enne pour son syst&#232;me pr&#233;f&#233;rentiel d'importation de bananes des pays ACP (Afrique-Cara&#239;bes-Pacifique). Septante (70) pays ACP sont li&#233;s &#224; l'Union Europ&#233;enne par la convention de Lom&#233;. Certains produits en provenance de ces pays (dont la banane) sont pay&#233;s aux producteurs locaux &#224; un prix sup&#233;rieur au march&#233; mondial, afin d'aider les populations et prot&#233;ger leur agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plainte &#233;tait venue de l'Equateur, du Guatemala, du Honduras, du Mexique et des... &#201;tats-Unis, qui se posent en d&#233;fenseur des grandes multinationales am&#233;ricaines (Chiquita, Dole et DeI Monte). Celles-ci contr&#244;lent 80% du commerce mondial de la banane. Elles poss&#232;dent de grandes plantations en Am&#233;rique centrale et du Sud qui produisent, par dumping social et environnemental, des bananes meilleur march&#233;. Les m&#233;thodes de Chiquita, leader de la banane, ont &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;es &#224; maintes reprises par les organisations syndicales internationales : d&#233;sint&#233;gration sociale et familiale li&#233;e &#224; la flexibilit&#233; totale de l'emploi, listes noires &#224; l'embauche &#224; la moindre vell&#233;it&#233; de revendication, d&#233;gradation de l'&#233;tat sanitaire des populations avec notamment le d&#233;veloppement d'une pathologie dramatique &#224; savoir la st&#233;rilisation des hommes en &#226;ge de procr&#233;er du fait des &#233;pandages a&#233;riens des pesticides, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Washington s'est fait le champion de la banane &#034;am&#233;ricaine&#034; aupr&#232;s de l'OMC contre les Europ&#233;ens. La d&#233;l&#233;gation am&#233;ricaine &#224; la FAO (l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation) ou &#224; l'OMC &#233;tait, &#224; certains moments, compos&#233;e, pour une moiti&#233;, d'employ&#233;s de Chiquita1. Un donn&#233; pour un rendu : Chiquita a aliment&#233; le fonds de campagne pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de Bill Clinton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;judice li&#233; au syst&#232;me pr&#233;f&#233;rentiel de UE a &#233;t&#233; &#233;valu&#233; par l'OMC &#224; 191,4 millions de dollars par an. Le 19 avril 1999, l'OMC autorisait les &#201;tats-Unis &#224; prendre des sanctions contre l'UE, pour son attitude discriminatoire dans le commerce de la banane. Ces sanctions se sont traduites par l'augmentation de 100% des droits de douane am&#233;ricains sur certains produits provenant des pays de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La pression sur les normes sociales et environnementales&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis ses d&#233;buts, l'OMC a fait preuve d'une &#034; logique&#034; remarquable sur les questions sociales, environnementales, culturelles...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res d&#233;cisions de l'OMC a &#233;t&#233; de statuer en faveur des raffineurs p&#233;troliers contre l'US Clean Air Act, qui obligeait ceux-ci &#224; produire une essence plus propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi compter sur l'OMC pour saisir toute occasion d'abaisser les normes de sant&#233; publique. Aux termes des r&#232;gles de cette organisation, les Etats ne sont pas oblig&#233;s de disposer de normes de s&#233;curit&#233; alimentaire minimales, mais ils peuvent &#234;tre sanctionn&#233;s s'ils fixent des normes plus &#233;lev&#233;es que les principes directeurs autoris&#233;s par les r&#232;gles du commerce mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1998, l'OMC a statu&#233; en faveur de l'administration Clinton, d&#233;clarant ill&#233;gale l'interdiction par l'Europe des importations de b&#339;uf aux hormones. L'OMC a estim&#233; que l'interdiction europ&#233;enne n'&#233;tait pas justifi&#233;e scientifiquement, quant au risque pour la sant&#233;. En cons&#233;quence, l'UE doit amender sa position - sauf si elle parvient &#224; prouver la nocivit&#233; de ces viandes&#034; piqu&#233;es aux hormones&#034; - ou subir de s&#233;v&#232;res sanctions commerciales de la part des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, en mati&#232;re agricole et alimentaire, un Etat peut en principe s'opposer &#224; l'importation de produits, dont il ne veut pas, en invoquant la protection de la sant&#233; des personnes et des animaux. A condition d'avancer des arguments scientifiques reconnus par des experts internationaux.. .eux-m&#234;mes reconnus par le Gatt-OMC.&lt;br /&gt;
C'est la raison d'&#234;tre du &lt;i&gt;Codex alimentarius, &lt;/i&gt;cr&#233;&#233; en 1962 par la FAO et l'OMS (l'Organisation mondiale de la sant&#233;). Cet organisme est charg&#233; d'&#233;tablir des normes et des directives&#034; &lt;i&gt;dans le but de prot&#233;ger la sant&#233; des consommateurs et d'assurer la loyaut&#233; des pratiques dans le commerce des produits alimentaires&#034;. &lt;/i&gt;Au sein de cette instance, les d&#233;l&#233;gations nationales sont largement infiltr&#233;es par des repr&#233;sentants&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de l'industrie agroalimentaire, qui dictent leurs lois. L'Union europ&#233;enne et les &#201;tats-Unis (15% de la population mondiale !) &lt;i&gt;repr&#233;sentent, &#224; eux seuls, 60% des d&#233;l&#233;gu&#233;s2.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Si &lt;i&gt;la situation ne change pas, des for&#234;ts originelles de la taille de l'Europe pourraient &#234;tre d&#233;truites au cours des prochaines d&#233;cennies &lt;/i&gt;&#034;, pr&#233;vient l'association Greenpeace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des accords de libre-&#233;change les plus pernicieux, pr&#233;sent&#233; pour signature &#224; l'OMC, est en gestation : le &lt;i&gt;global free logging agreement, &lt;/i&gt;accord mondial pour le libre abattage des for&#234;ts. Un &#034;accord de libre d&#233;vastation&#034; en quelque sorte de l'Amazonie, de l'Afrique, de l'Indon&#233;sie&#8230; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la FAO, l'&#233;tendue des for&#234;ts a diminu&#233; de quelque 180 millions d'hectares entre 1980 et 1995, soit l'&#233;quivalent de trois fois la superficie de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord commercial sur les for&#234;ts est n&#233; en 1994 &#224; l'occasion des n&#233;gociations de l'Uruguay round En 1997, l'APEC (Asie, Pacific Economic Cooperation) a pris la responsabilit&#233; de lib&#233;raliser l'exploitation commerciale des for&#234;ts dans la ceinture Pacifique, o&#249; sont situ&#233;s les plus importants consommateurs de produits forestiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'APEC collabore avec l'OMC pour finaliser son plan. Les &#201;ats-Unis, le Canada et la Nouvelle-Z&#233;lande en sont les partisans les plus chauds, car cet accord &#233;tendrait les march&#233;s pour leur production et permettrait &#224; leurs grandes compagnies foresti&#232;res d'op&#233;rer librement partout dans le monde. Les firmes asiatiques montent maintenant &#224; l'assaut des for&#234;ts africaines, continent qui d&#233;tient les plus grandes for&#234;ts naturelles encore relativement peu exploit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, la simple menace d'un diff&#233;rend au sein de l'OMC est suffisante pour inciter un Etat &#224; modifier une loi ou une mesure visant &#224; prot&#233;ger la sant&#233; ou l'environnement. C'est ce qui s'est produit lorsque, conform&#233;ment aux principes directeurs de l'Unicef, le Guatemala a essay&#233; d'interdire un emballage de lait en poudre, qui associait ce lait &#224; des b&#233;b&#233;s grassouillets et en pleine sant&#233;. Quand le d&#233;partement d'Etat am&#233;ricain, sur l'ordre de Gerber Product, a menac&#233; de porter cette affaire devant l'OMC, le Guatemala a renonc&#233; &#224; cette mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Les organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un accord international sur le commerce des organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s (OGM) a finalement vu le jour, fin janvier 2000, &#224; Montr&#233;al. Apr&#232;s un an de blocage, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de plus de 133 pays ont sorti de l'impasse le Protocole de l'ONU sur la bios&#233;curit&#233;. C'est que la &#034;Frankenstein food&#034;, c'est-&#224;-dire les aliments contenant des organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s, nourrit la r&#233;sistance citoyenne aux OGM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;i&gt;Nous nous interrogeons sur leur nature m&#234;me et nous refusons leur utilisation dans l'agriculture&lt;/i&gt;&#034;, d&#233;clare Jos&#233; Bov&#233;, un des principaux porte-parole de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, en France. &lt;i&gt;&#034;Ce sont des plantes dont on a chang&#233; la 'programmation' naturelle de l'esp&#232;ce. On intervient sur le g&#233;nome de la plante &lt;/i&gt;- &lt;i&gt;le g&#233;nome est l'ensemble des g&#232;nes qui caract&#233;risent une esp&#232;ce. Les g&#232;nes sont port&#233;s par les chromosomes : le principe est de fixer par manipulation directe un g&#232;ne &#233;tranger &#224; la plante &lt;/i&gt;- &lt;i&gt;mais qui a la propri&#233;t&#233; que l'on recherche &lt;/i&gt;- &lt;i&gt;sur un chromosome de cette plante. Au dire de certains scientifiques, on peut, sans probl&#232;me, brasser ces g&#232;nes ind&#233;pendamment des esp&#232;ces v&#233;g&#233;tale, animale, humaine. Suivant les crit&#232;res &#171; 'am&#233;liorateurs &#187; que l'on vise, on marie v&#233;g&#233;taux et animaux, homme et ch&#232;vre. On retrouve ainsi des g&#232;nes d'une bact&#233;rie du chol&#233;ra dans la luzerne, du poulet dans la pomme de terre, du scorpion dans le coton, du poisson dans les tomates et les fraises, de la luciole dans le poisson, de la truite chez la carpe, du hamster dans le tabac, du tabac dans la laitue, de l'homme dans le riz, la tomate, la patate, la brebis...A quoi cela sert-il ? On le comprend tout de suite, quand on sait que la manipulation du g&#232;ne d'une plante ou d'un animal permet de devenir, par brevet industriel, propri&#233;taire de tous les animaux et plantes modifi&#233;s, qui ensuite se reproduiront par eux-m&#234;mes &lt;/i&gt;&#034;3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Accord de Montr&#233;al pr&#233;voit donc que les pays peuvent interdire ou limiter l'importation d'OGM au nom du principe de pr&#233;caution, c'est-&#224;.dire s'ils estiment qu'il existe des risques environnementaux ou sanitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compromis entre grandes puissances, l'Accord reste vague et impr&#233;cis. Ainsi, il n'a pas &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; d'instaurer une fili&#232;re totalement s&#233;par&#233;e entre produits OGM et &#034;naturels&#034;. Et surtout, l'Accord stipule qu'il ne &#034;&lt;i&gt;doit pas &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme une modification des autres accords internationaux &lt;/i&gt;&#034;. En clair, un pays qui refuse d'importer des OGM pourra &#234;tre condamn&#233; par l'OMC, s'il a accept&#233; pr&#233;alablement les r&#232;gles du &#034;libre-&#233;change&#034; instaur&#233;es par cet organisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erkki Liikanen, le Commissaire europ&#233;en aux Entreprises et &#224; la Soci&#233;t&#233; de l'Information (tout un programme !) le confirme : l'Accord de Montr&#233;al&#034; &lt;i&gt;ne saurait servir de pr&#233;texte pour entraver le libre commerce &lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brandissant le flambeau des id&#233;es &#233;thiques et sociales, l'UE est surtout soucieuse de satisfaire les int&#233;r&#234;ts de ses firmes multinationales, face au leadership commercial US. Message re&#231;u !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dirigeant de la firme fran&#231;aise Aventis, un des g&#233;ants dans les biotechnologies, appr&#233;ciant la port&#233;e de l'Accord, a insist&#233; sur le fait que&#034; &lt;i&gt;les biotechnologies doivent rester une priorit&#233;. Il faut aujourd'hui &#233;tablir une passerelle entre la situation actuelle et une situation dans cinq ans o&#249; les &lt;/i&gt;OGM &lt;i&gt;se montreront porteurs de progr&#232;s&#034; &lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 avril 2000, Europabio, l'association europ&#233;enne des industries biotechnologiques, n'a pas cach&#233; sa satisfaction. Le Parlement europ&#233;en adoptait, ce jour-l&#224;, une nouvelle directive dont la premi&#232;re cons&#233;quence &lt;i&gt;sera &lt;/i&gt;de lever le moratoire actuellement en vigueur sur la culture des OGM. Les d&#233;put&#233;s europ&#233;ens ont majoritairement refus&#233; de pr&#233;voir la responsabilit&#233; civile des fabricants d'OGM pour &#034; &lt;i&gt;tout dommage caus&#233; &#224; la sant&#233; humaine ou &#224; l'environnement&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Si les OGM sont aussi inoffensifs que le pr&#233;tendent les firmes transnationales, pourquoi celles-ci cherchent-elles aussi activement &#224; faire pression pour se pr&#233;munir &#224; l'avance contre tout recours ? Le Parlement a &#233;galement rejet&#233; un amendement interdisant les OGM r&#233;sistants aux antibiotiques, ainsi que le transfert des g&#232;nes d'OGM &#224; d'autres organismes de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc une victoire &#233;clatante pour des firmes telles que Monsanto, Novartis et Aventis, qui esp&#232;rent g&#233;n&#233;raliser la culture des plantes transg&#233;n&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;pisode jette &#233;galement une lumi&#232;re crue sur les m&#339;urs des institutions europ&#233;ennes : loin de prot&#233;ger les citoyens contre les d&#233;g&#226;ts pr&#233;sents et &#224; venir de la mondialisation capitaliste, elles se soumettent &#224; la loi du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Le brevage du vivant&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois apr&#232;s l'ent&#233;rinement, &#224; Marrakech (avril 94), du long cycle de l'Uruguay Round, portant, entre autre, sur les droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle, l'&#233;cologiste et f&#233;ministe indienne Vandana Shiva, alertait l'opinion publique sur ces accords du Gatt : &#034; &lt;i&gt;Dans un contexte d'internationalisation croissante de la production et d'acc&#233;l&#233;ration des d&#233;couvertes technologiques, les Droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle &lt;/i&gt;( &lt;i&gt;DPI) sont devenus une arme majeure des pays d&#233;velopp&#233;s et des transnationales pour conqu&#233;rir des parts de march&#233;. Les &#201;tats-Unis ont ouvert les hostilit&#233;s, en commen&#231;ant par r&#233;primer bilat&#233;ralement les pays en d&#233;veloppement d&#233;pourvus d'une l&#233;gislation nationale pour prot&#233;ger les DPI et en les mena&#231;ant de sanctions &#233;conomiques -la Tha&#239;lande ou le Br&#233;sil se sont trouv&#233;s dans ce cas. Puis, l'ensemble des Etats occidentaux ont embo&#238;t&#233; le pas des &#201;tats-Unis et se sont lanc&#233;s dans une v&#233;ritable guerre de tranch&#233;es pour prot&#233;ger la propri&#233;t&#233; intellectuelle au niveau mondial. Promu de fait nouveau gendarme des brevets, &#224; la place de la CNUCED et de l'OMPI (l'Office mondial de la propri&#233;t&#233; intellectuelle), le GATT est devenu le terrain privil&#233;gi&#233; de cette offensive. L'essor des nouvelles biotechnologies, notamment du g&#233;nie g&#233;n&#233;tique, laissant entrevoir des applications industrielles et commerciales prometteuses, a pouss&#233; les exploitants &#224; &#233;tendre la protection par brevets au domaine des organismes vivants &lt;/i&gt;&#034;4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'app&#233;tit des entreprises transnationales a &#233;t&#233; aiguis&#233; par les accords du Gatt-OMC sur les droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle qui touchent au Commerce (ADPIC). Cet accord a en fait &#233;t&#233; formalis&#233; par les principales firmes transnationales, issues des secteurs de la chimie, de la pharmacie, de l'informatique, du divertissement et du logiciel (Bristol-Meyers, CBS, Du Pont, General Electric, General Motors, Hewlett-Packard, IBM, Johnson et Johnson, Merck, Monsanto, Pfzizer...). Il a &#233;t&#233; soutenu par les grandes entreprises et les gouvernements am&#233;ricain, japonais et europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le brevetage du vivant, ces grandes firmes s'emparent du patrimoine naturel et g&#233;n&#233;tique mondial, assimil&#233; sans vergogne &#224; une marchandise. Plus de 90% du patrimoine g&#233;n&#233;tique et biologique mondial se trouve dans les pays en d&#233;veloppement, mais plus de 90% des brevets d&#233;livr&#233;s dans le monde sont d&#233;tenus par des r&#233;sidents (les STN) des pays les plus industrialis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des ann&#233;es, des &#034;prospecteurs&#034; de ressources biologiques pr&#233;l&#232;vent des &#233;chantillons de mat&#233;riel v&#233;g&#233;tal dans les pays du Sud et r&#233;pertorient les utilisations m&#233;dicales traditionnelles de ces plantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces connaissances sont utilis&#233;es, sans le consentement des populations locales, pour produire des m&#233;dicaments qui rapportent beaucoup d'argent. Dans toute autre situation, cette pratique serait qualifi&#233;e d'espionnage industriel, &#233;tant donn&#233; qu'elle consiste &#224; voler des mat&#233;riels g&#233;n&#233;tiques et un savoir ancestral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manipulation g&#233;n&#233;tique est le moyen de toucher des royalties sur tout le vivant. Les brevets sur les organismes vivants et leur patrimoine g&#233;n&#233;tique (plantes, animaux, g&#232;nes, cellules humaines...) ouvrent de nouveaux march&#233;s aux firmes transnationales, et d'abord aux multinationales pharmaceutiques et agrochimiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend ais&#233;ment le renforcement du lobbying des STN aupr&#232;s de l'OMC. L'information est aujourd'hui officielle : les experts de la multinationale agrochimique Monsanto auraient &#233;t&#233; jusqu'&#224; &#233;crire eux-m&#234;mes la proposition de trait&#233; concernant les brevets tant contest&#233;e aujourd'hui par les mouvements populaires et des gouvernements du Sud. C'est James Enyart, un cadre de l'entreprise, qui l'a racont&#233;. &#034; &lt;i&gt;Nous sommes all&#233;s &#224; Gen&#232;ve pr&#233;senter notre document au secr&#233;tariat du Gatt, l'anc&#234;tre de l 'OMC. Ce que je vous dis l&#224; est tout &#224; fait in&#233;dit dans l'histoire du Gatt. L'industrie a identifi&#233; un probl&#232;me majeur li&#233; au commerce international. Elle a propos&#233; une solution, l'a transform&#233;e en proposition concr&#232;te et l'a vendue &#224; notre gouvernement et aux autres gouvernements.&lt;/i&gt;5. Ce trait&#233; autorise les brevets sur les OGM, un &#233;l&#233;ment cl&#233; de la strat&#233;gie commerciale du secteur des biotechnologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OMC impose dor&#233;navant le respect international des &#034;droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle&#034;, &#233;tendus aux esp&#232;ces v&#233;g&#233;tales et animales g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;es ou non. Ces droits sont d&#233;tenus de fait par les grandes firmes transnationales qui transgressent all&#232;grement les textes de la Convention de Rio sur la biodiversit&#233;. Cette convention stipule en effet que les Etats et les firmes, d&#233;sireuses de pr&#233;lever du mat&#233;riel biologique ou g&#233;n&#233;tique, informent le pays d'o&#249; est originaire ce mat&#233;riel et obtiennent son consentement explicite. Cela implique &#233;galement des retomb&#233;es, pour le pays d'origine, des progr&#232;s technologiques, du savoir acquis et des b&#233;n&#233;fices financiers li&#233;s &#224; l'exploitation de ce patrimoine et ressources g&#233;n&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes firmes transnationales feignent l' amn&#233;sie par rapport &#224; cette Convention, convention qui, faut-il le pr&#233;ciser, ne fut pas ratifi&#233;e par les &#201;tats-Unis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple du margousier en Inde est &#233;clairant : ses vertus curatives, insecticides, m&#233;dicinales, combustibles, alimentaires en font une plante quasi sacr&#233;e, et lui valent depuis des mill&#233;naires un v&#233;ritable culte. Or, une firme am&#233;ricaine a eu la bonne id&#233;e d'isoler le principe actif insecticide de la plante et en a brevet&#233; les proc&#233;d&#233;s utilis&#233;s. De leur c&#244;t&#233;, les Indiens avaient isol&#233; depuis longtemps ce principe actif du margousier, mais il ne leur &#233;tait jamais venu &#224; l'id&#233;e de prot&#233;ger cette technique et ce principe actif, consid&#233;rant implicitement que le margousier relevait du domaine public. Aujourd'hui, il est &#224; craindre que la firme poss&#233;dant les droits d'exploitation de cette plante emp&#234;che les paysans indiens d'utiliser l'insecticide naturel, qui entre en concurrence avec celui produit par la firme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Directive europ&#233;enne (98/44/CE), relative &#224; la &#034; &lt;i&gt;protection juridique des inventions biotechnologiques &lt;/i&gt;&#034; et adopt&#233;e, en juillet 1998, par le parlement et le Conseil europ&#233;ens, autorise le brevetage du vivant, c'est-&#224;-dire de toute mati&#232;re biologique, v&#233;g&#233;tale, animale, humaine, m&#234;me si elle pr&#233;existait &#224; l'&#233;tat naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci devient alors la propri&#233;t&#233; intellectuelle d'un chercheur, d'une institution ou d'une compagnie transnationale, m&#234;me si elle existe depuis des milliers d'ann&#233;es. Cette confusion entre invention brevetable et d&#233;couverte non brevetable transforme le patrimoine g&#233;n&#233;tique de l'humanit&#233; en simple marchandise. La Directive autorise donc le pillage des ressources g&#233;n&#233;tiques de pays tiers et notalmment des pays du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission europ&#233;enne, qui avait pr&#233;par&#233; le texte, et la majorit&#233; des gouvernements de l'UE (les gouvernements italien, n&#233;erlandais et norv&#233;gien ont introduit une action en annulation aupr&#232;s de la Cour europ&#233;enne) ne semblent pas se rendre compte qu'ils organisent ainsi le hold-up plan&#233;taire de quelques firmes transnationales sur le vivant, c'est-&#224;-dire sur notre avenir biologique et sur celui de cette plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &lt;i&gt;La Directive constitue l'agression l&#233;gale la plus avanc&#233;e contre l'esp&#232;ce humaine, puisqu'elle autorise le brevetage d'&#233;l&#233;ments isol&#233;s du corps humain, sans m&#234;me que la personne, sur laquelle ces &#233;l&#233;ments auront &#233;t&#233; pr&#233;lev&#233;s, ne soit inform&#233;e et n'ait donn&#233; son consentement. M&#234;me les textes pourtant d&#233;cri&#233;s de l'OMC ne vont pas aussi loin &lt;/i&gt;&#034;6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats membres devaient mettre leur l&#233;gislation en conformit&#233; avec cette Directive pour le 30 juillet 2000. A l'&#233;ch&#233;ance, seulement deux pays sur les quinze, le Danemark et la Su&#232;de, ont int&#233;gr&#233; cette directive dans leur droit national. Quatre pays ont clairement manifest&#233; leur refus de transposer cette directive en l'&#233;tat (Allemagne, Italie, Pays-Bas et France). En France, les plus hautes autorit&#233;s politiques et acad&#233;miques se sont exprim&#233;es contre cette directive. Mme Guigou, &#224; l'&#233;poque ministre de la Justice, a consid&#233;r&#233; celle-ci&#034; &lt;i&gt;incompatible avec les lois bio&#233;thiques de &lt;/i&gt;1994, &lt;i&gt;avec le code de la propri&#233;t&#233; intellectuelle et avec le code civil &lt;/i&gt;&#034;. En Belgique, le ministre de l'Economie a pr&#233;par&#233; un avant-projet de loi qui devrait &#234;tre d&#233;pos&#233; &#224; la Chambre des Repr&#233;sentants, d&#233;but de l'ann&#233;e 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission europ&#233;enne veille au grain. Un de ses porte-parole rappelait, le 9 juin 2000, la supr&#233;matie du droit communautaire. Mais, quelle est donc la l&#233;gitimit&#233; d'un droit qui s'&#233;labore au travers de proc&#233;dures peu d&#233;mocratiques, sous la pression des lobbies industriels et dans le m&#233;pris de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2&#176; Les trois r&#232;gles du libre-&#233;change&lt;br /&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour imposer le&#034; libre-&#233;change &#034;, la d&#233;r&#233;glementation et la loi des plus forts, l'Organisation mondiale du commerce a mis en place, avec l'accord des Etats qui ont adh&#233;r&#233; &#224; l'OMC, trois m&#233;canismes d&#233;vastateurs : la &#034;clause de la nation la plus favoris&#233;e&#034;, &#034;la clause du traitement national&#034; et &#034; l'organe de r&#232;glement des diff&#233;rends&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. La clause de la nation la plus favoris&#233;e&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce principe fait obligation aux Etats membres d'accorder imm&#233;diatement et sans condition &#224; tous les autres Etats membres le traitement le plus favorable qu'ils accordent &#224; certains de leurs partenaires commerciaux. Cette clause stipule par exemple qu'un avantage, fiscal ou autre, consenti &#224; un pays ou groupe de pays peut &#234;tre exig&#233; par tout autre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de cette clause, les pays membres de l'OMC doivent appliquer le m&#234;me traitement &#224; l'ensemble de leurs partenaires commerciaux. La &#034;non-discrimination&#034; est un principe fondateur du Gatt et de l'OMC. Si une faveur sp&#233;ciale est accord&#233;e &#224; un partenaire (pays ou entreprise), les autres membres doivent en b&#233;n&#233;ficier. Ceci rend par exemple caduque la Convention de Lom&#233;. Sous la pression des &#201;tats-Unis et de l'OMC, l'Union europ&#233;enne s'appr&#234;te &#224; d&#233;manteler les lavantages commerciaux qu'elle accordait depuis 1963 aux pays d'Afrique, des Cara&#239;bes et du Pacifique (ACP). La fin des accords pr&#233;f&#233;rentiels entre les ACP (pays les plus pauvres du monde) et l'UE pourrait provoquer un manque &#224; gagner annuel de l'ordre de 500 milliards de francs CFA pour les ACP ( quelque 30 milliards de francs belges).&lt;br /&gt;
C'est au nom de cette m&#234;me clause que l'OMC a d&#233;j&#224; condamn&#233;, en avril 1999, l'Union europ&#233;enne pour son syst&#232;me pr&#233;f&#233;rentiel d'importation de bananes des pays ACP et autoris&#233; les &#201;tats-Unis &#224; appliquer des sanctions commerciales &#224; hauteur de 191 millions de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OMC ne se soucie pas des milliers de petits planteurs menac&#233;s dans les Cara&#239;bes, ni des ouvriers agricoles exploit&#233;s en Am&#233;rique latine, dans les grandes plantations des multinationales des &#201;tats-Unis (Chiquita, Dole).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par le biais de cette clause, les grandes compagnies hollywoodiennes seraient en mesure d'exiger les m&#234;mes aides que des pays auraient consenties &#224; des cin&#233;astes de petits pays africains, comme le Burkina Faso, par exemple. Ou encore, par extrapolation. si des aides &#224; la production de l'agriculture biologique sont consenties par un gouvernement, les m&#234;mes aides pourraient &#234;tre exig&#233;es par Monsanto... pour &#233;viter la concurrence d&#233;loyale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. La clause du traitement national&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe de la non-discrimination entre &#233;trangers et nationaux s'incarne dans la notion de traitement national. Par rapport au Gatt, o&#249; cette obligation ne concernait que les marchandises import&#233;es, le traitement national dans l'AGCS (l'Accord g&#233;n&#233;ral sur le commerce et les services) est, en fin de compte, un instrument plus puissant7.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette clause exige par exemple que les Etats traitent les investisseurs et les investissements &#233;trangers de fa&#231;on &#034;non moins favorable&#034; que les investisseurs et les investissements nationaux. Les produits import&#233;s doivent &#234;tre trait&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on que ceux fabriqu&#233;s localement. En mati&#232;re d'imp&#244;ts et de r&#232;glements par exemple, les producteurs &#233;trangers, les firmes transnationales, qui s'installent dans un pays membre de l'OMC, doivent &#234;tre mis sur le m&#234;me pied que les producteurs locaux. Ceci implique que le m&#234;me acc&#232;s &#224; tous les secteurs d'activit&#233; leur soit garanti et que les aides et les avantages octroy&#233;s aux entreprises nationales ou locales, leur soient &#233;galement accord&#233;s. Bien souvent d&#233;j&#224;, des aides et exon&#233;rations fiscales sont octroy&#233;es de mati&#232;re pr&#233;f&#233;rentielle aux soci&#233;t&#233;s transnationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au nom de cette clause du traitement national que le Gatt et l'OMC ont exig&#233; l'ouverture des fronti&#232;res aux grandes multinationales agroalimentaires. Les pays du Sud sont les grands perdants. Ils n'ont pas les moyens de financer des aides directes &#224; leurs paysans, quand celles-ci ne sont pas tout simplement interdites par le FMI. On leur refuse tout simplement le droit l&#233;gitime &#224; la s&#233;curit&#233; alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'issue de la n&#233;gociation de &lt;i&gt;l'Uruguay Round, &lt;/i&gt;le d&#233;l&#233;gu&#233; de l'&#238;le Maurice d&#233;plorait la situation : &#034; &lt;i&gt;Les PVD &lt;/i&gt;(pays en voie de d&#233;veloppement, ndlr) &lt;i&gt;ont tout perdu dans cette n&#233;gociation, mais nous mettons la t&#234;te sur le billot avec dignit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux r&#232;gles implacables touchent aujourd'hui trois secteurs strat&#233;giques inclus dans les Accords du Gatt et l'OMC : l'agriculture, les services, la propri&#233;t&#233; intellectuelle. Au nom du &lt;i&gt;libre-&#233;change, &lt;/i&gt;les puissants ont impos&#233; le d&#233;mant&#232;lement des barri&#232;res protectionnistes face &#224; l'&#233;change in&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont fait &#034;sauter&#034;, au sein de l'Union europ&#233;enne, mais aussi sur d'autres continents, les monopoles publics dans les domaines de l'&#233;lectricit&#233;, des transports, du t&#233;l&#233;phone, des communications, etc.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. L'organisme de r&#232;glement des diff&#233;rends (ORD)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans crier gare, l'OMC a cr&#233;&#233; l'ORD, qui concr&#233;tise son v&#233;ritable pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le tribunal du commerce international au service des firmes multinationales, une cour de justice internationale permettant &#224; l 'OMC d'imposer le respect, par les pays signataires, des obligations multilat&#233;rales, dans le cadre du &#034; libre-&#233;change &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plaintes sont, pour l'essentiel, introduites par des firmes transnationales dont les Etats se font les interpr&#232;tes aupr&#232;s de l'OMC. L'ORD &#233;tablit des groupes sp&#233;ciaux (panels), constitu&#233;s chacun de trois juges, experts priv&#233;s, qualifi&#233;s en droit international. Ces groupes sp&#233;ciaux se r&#233;unissent en &#034;s&#233;ance priv&#233;e&#034;, d&#233;lib&#232;rent &#224; huis clos. Leurs verdicts sont assortis de repr&#233;sailles commerciales. C'est au pays plaignant, qui a gain de cause, de mettre en oeuvre ces mesures de repr&#233;sailles, &#233;quivalentes aux dommages estim&#233;s subis par son &#233;conomie. A la diff&#233;rence du Gatt (o&#249; un pays pouvait bloquer par son seul veto la proc&#233;dure de r&#232;glement des conflits), dor&#233;navant, l'accord de tous les pays est n&#233;cessaire pour ne pas appliquer de sanctions. Les possibilit&#233;s de blocage sont donc quasi nulles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le recours &#224; des repr&#233;sailles unilat&#233;rales, de la part de petites et moyennes entreprises ou de pays en d&#233;veloppement, est quasi impraticable politiquement et &#233;conomiquement. II arrive m&#234;me que la simple menace d'une plainte ou de constitution d'un panel conduise certains pays &#224; d&#233;manteler une l&#233;gislation non conforme aux principes libre-&#233;changistes de l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son existence en 1995 (et jusque fin de l'ann&#233;e 1999), l'ORD a trait&#233; 178 plaintes dont une majorit&#233; concerne l'Europe et les &#201;tats-Unis (67 des USA contre l'UE et 42 de l'UE envers les USA)8. Dans la majorit&#233; des cas, les &#201;tats-Unis en sont sortis vainqueurs (dans la guerre de la banane ou de la viande aux hormones par exemple, les Europ&#233;ens ont perdu face aux Am&#233;ricains, avec 300 millions de dollars de sanctions &#224; le cl&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les situations pourraient-elles se renverser ? En septembre 1999, sur plainte de l'UE, l'OMC condamnait le r&#233;gime fiscal am&#233;ricain des FSC (Foreign Sales Corporation). Celui-ci donne aux entreprises am&#233;ricaines des avantages concurrentiels contraires aux r&#232;gles internationales du commerce. En f&#233;vrier 2000, l'OMC a confirm&#233; la condamnation : les &#201;tats-Unis avaient jusqu'au 1er octobre 2000 pour mettre fin &#224; ces pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire est de taille. A Bruxelles, la Commission europ&#233;enne estime que les &#201;tats-Unis favorisent l'&#233;vasion fiscale de leurs entreprises, gr&#226;ce &#224; des soci&#233;t&#233;s &#233;crans install&#233;es dans des paradis fiscaux et qui leur permettent ainsi d'&#233;chapper totalement &#224; l'imp&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;conomies r&#233;alis&#233;es par des groupes comme Microsoft, Boeing, Kodak, Caterpillar ou General Motors correspondent &#224; une subvention de quelque 2,5 milliards de dollars ( pr&#232;s de 100 milliards de FB). Selon son propre bilan annuel 1998, Boeing a, gr&#226;ce &#224; ce syst&#232;me, &#233;pargn&#233; 130 millions de dollars, soit 10% de ses b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &lt;i&gt;Nous nous opposerons &#224; tous les efforts de modifier la loi sur les FSC &lt;/i&gt;&#034;, ont d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; les patrons de plusieurs multinationales. La lettre est notamment sign&#233;e par les PDG de Walt Disney et de Monsanto9.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La r&#233;action des &#201;tats-Unis &#224; cette condamnation va &#234;tre terrible &lt;/i&gt;&#034;, confie-t-on &#224; Gen&#232;ve, au si&#232;ge de l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace n'est pas vaine. Les &#201;tats-Unis n'acceptent les d&#233;cisions, rendues dans le cadre de la proc&#233;dure des r&#232;glements des diff&#233;rends de l'OMC, que si elles servent leurs int&#233;r&#234;ts. La loi de ratification de l'Accord de Marrakech, toujours en vigueur, pr&#233;voit que le Congr&#232;s am&#233;ricain peut demander de sortir de l'OMC, si les &#201;tats-Unis sont condamn&#233;s trois fois au sein de l'ORD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, les &#201;tats-Unis ont assorti cette adh&#233;sion &#224; l'OMC au maintien de leur l&#233;gislation commerciale et notamment des articles 301 et super 301, qui leur permettent d'adopter des mesures unilat&#233;rales, en cas de pratique commerciale &#233;trang&#232;re jug&#233;e d&#233;loyale. Apr&#232;s une r&#233;union au sein du comit&#233; 133, le 8 septembre 2000, la commission europ&#233;enne approche les &#201;tats-Unis pour r&#233;gler le diff&#233;rend &#224; l'amiable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3&#176; La privatisation des services&lt;br /&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; qui entend faire marchandise de tout, cette logique de privatisation s'&#233;tend naturellement aux services, tels que l'&#233;ducation ou la sant&#233;. Les Accords du Gatt sur les services (pas moins de 160 secteurs et activit&#233;s aujourd'hui dans le collimateur de l'OMC) ouvre la porte &#224; une lib&#233;ralisation tous azimuts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'AGCS (Accord g&#233;n&#233;ral sur le Commerce des Services), n&#233;goci&#233; pendant le Cycle de l'Uruguay, constitue la premi&#232;re s&#233;rie de r&#232;gles et de disciplines convenues au plan multilat&#233;ral et juridiquement ex&#233;cutoires, n&#233;goci&#233;es dans le domaine du commerce international des services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les services publics sont parmi les cibles premi&#232;res de l' AGCS, v&#233;ritable programme mondial de privatisation. Dans l'AGCS, les domaines de la sant&#233; et de l'&#233;ducation, de la protection sociale, de la culture et de l'audiovisuel, des transports, de l'eau et de l'&#233;nergie ne sont plus consid&#233;r&#233;s comme des droits mais comme d'&#233;normes march&#233;s convoit&#233;s par les soci&#233;t&#233;s transnationales. Sous pr&#233;texte d'&#034; harmonisation&#034; et de &#034; respect des r&#232;gles de concurrence&#034;, ou encore au nom de &#034; la clause du traitement national&#034;, ces services publics sont aujourd'hui dans le collimateur de l'OMC, pour laquelle existe une seule injonction : s'ouvrir &#224; l'investissement priv&#233; et n'agir qu'en fonction de consid&#233;rations commerciales10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour l'OMC, l'&#233;ducation est d&#233;sormais &#034;&lt;i&gt;un article destin&#233; &#224; la consommation publique et priv&#233;e &lt;/i&gt;&#034;, tandis que le secteur de la sant&#233; est vou&#233; &#224; devenir&#034; &lt;i&gt;une industrie d'exportation &lt;/i&gt;&#034;. L'OMC aurait-elle l'intention d'intervenir dans la l&#233;gislation du travail ? Pour le Secr&#233;tariat du Commerce des services, ce n'est plus une pr&#233;occupation, c'est une obsession. La question de &#034;&lt;i&gt;la pertinence de la l&#233;gislation en mati&#232;re de salaire minimum et autres dispositions similaires au titre des articles &lt;/i&gt;16 &lt;i&gt;et &lt;/i&gt;17&#034; est inscrite &#224; l'ordre du jour. Avant la r&#233;union de Seattle de l'OMC (29 novembre au 3 d&#233;cembre 1999), Mme Charlotte Barshefsky, repr&#233;sentante sp&#233;ciale du pr&#233;sident Clinton pour le commerce, a demand&#233; &#224; la Coalition des Industries de Services de pr&#233;ciser ses desiderata pour pouvoir les soutenir dans les n&#233;gociations internationales. La r&#233;ponse de la dite Coalition a valeur de programme : &#034; &lt;i&gt;Encourager l'extension de privatisations, promouvoir la r&#233;forme des r&#233;glementations dans un sens qui favorise la concurrence, obtenir l'acc&#232;s aux march&#233;s et le traitement national permettant la fourniture transfrontali&#232;re de tous les services de sant&#233;&#034; &lt;/i&gt;.. enfin faire admettre&#034; &lt;i&gt;le droit de propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#233;trang&#232;re majoritaire dans les &#233;tablissements de service de sant&#233; &lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que tout soit parfaitement verrouill&#233;, la sant&#233; doit &#234;tre explicitement incluse dans les disciplines de l'OMC concernant les march&#233;s publics, de mani&#232;re &#224; s'assurer que les soci&#233;t&#233;s transnationales, am&#233;ricaines et autres, puissent r&#233;pondre &#224; tout appel d'offre &#233;manant d'un &#233;tablissement public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un document du 8 f&#233;vrier 2000, Robert Vastine, le pr&#233;sident de la Coalition am&#233;ricaine des industries de services, n'h&#233;site pas &#224; parler en lieu et place du Conseil g&#233;n&#233;ral de l'OMC : &#034;Nous craignions que Seattle ait empoisonn&#233; le climat au point de bloquer la r&#233;vision de l'AGCS. Heureusement, depuis hier, nous savons qu'il n'en est rien&#034;. La discussion sur la r&#233;vision de &lt;i&gt;l'AGCS &lt;/i&gt;a en effet &#233;t&#233; r&#233;ouverte &#224; Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4&#176; OMC et Union Europ&#233;enne : m&#234;me combat&lt;br /&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le commissaire europ&#233;en, Pascal Lamy, parcourt le monde en essayant de convaincre ses interlocuteurs que l'UE n'est pas les USA et qu'ils peuvent conclure avec elle une alliance pour &#034; r&#233;gulariser&#034; la globalisation et lui donner un &#034; visage humain&#034;, face aux multinationales nord-am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coup sur coup, trois &#233;v&#233;nements, &#224; l'initiative de l'UE ont apport&#233; un d&#233;menti &#224; ces bonnes intentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La 4&#232;me Conf&#233;rence minist&#233;rielle UE-ACP (71 anciennes colonies en Afrique, dans les Cara&#239;bes et dans le Pacifique), qui s'est tenue &#224; Bruxelles en f&#233;vrier 2000, consacre une rupture avec la philosophie qui avait inspir&#233; la premi&#232;re convention de Yaound&#233; (1993), puis celle de Lom&#233; (1975). Cela signifie en pratique la subordination des politiques de l'UE aux diktats des programmes d'ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale et aux r&#232;gles du &#034;libre-&#233;change&#034; de l'OMC. Fin 2007, ce sera la fin du &#034;r&#233;gime pr&#233;f&#233;rentiel &#034;, alors que l'OMC envisageait une marge plus ample ! La Commission europ&#233;enne a pass&#233; outre les r&#233;solutions du Parlement europ&#233;en qui exigeait que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &lt;i&gt;L 'UE et les pays ACP renforcent leur position commune en vue de modifier les normes de l'OMC pour donner la priorit&#233; &#224; l'&#233;radication de la pauvret&#233; et au d&#233;veloppement durable face &#224; la lib&#233;ralisation des &#233;changes commerciaux&#034; &lt;/i&gt;(f&#233;vrier 2000). Cela aurait &#233;t&#233; possible techniquement ; si l'UE avait &#233;t&#233; dispos&#233;e &#224; se battre dans l'OMC aux c&#244;t&#233;s des pays ACP pour imposer une logique distincte de celle de la mondialisation du capital et des int&#233;r&#234;ts des firmes transnationales europ&#233;ennes. Mais la volont&#233; politique n'&#233;tait pas au rendez-vous !.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me exemple ! La d&#233;cision du Parlement europ&#233;en, sous l'instigation de la Commission, de permettre l'utilisation de graisses v&#233;g&#233;tales &#224; la place de beurre de cacao n'a pas seulement des cons&#233;quences pour les amateurs de vrai chocolat. Les producteurs de cacao, en particulier les planteurs ivoiriens, encaissent tr&#232;s durement une nouvelle baisse du cours du cacao (une diminution de moiti&#233; du prix du kilo de f&#232;ves pay&#233; aux planteurs), pendant que les lobbies agro-industriels augmentent leurs marges b&#233;n&#233;ficiaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me exemple ! C'est lors du Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement &#224; Lisbonne, en mars 2000, que fut sign&#233; le Trait&#233; entre l'Union europ&#233;enne et le Mexique. Cet accord, qui est entr&#233; en vigueur le 1er juillet 2000, a &#034; &lt;i&gt;une valeur symbolique et politique tr&#232;s importante pour l'avenir des relations entre le Mexique et l'UE &lt;/i&gt;&#034;, a pr&#233;cis&#233; Ernesto Zedillo, l'ex-pr&#233;sident du Mexique. Pas pour la population mexicaine ! Produits agricoles, industriels, secteur financier, t&#233;l&#233;communications, &#233;nergie, tourisme..., c'est le cap sur la lib&#233;ralisation - sur ce qui reste encore d'int&#233;ressant &#224; privatiser-, sur la baisse et la suppression des tarifs douaniers. Ce Trait&#233; signifie en pratique la fin des politiques de d&#233;veloppement de la part de l'UE, la subordination totale aux diktats de la globalisation et des programmes d'ajustements structurels du FMI et de la BM. C'est en fait la mise en place d'accords compatibles avec l'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la concurrence inter-imp&#233;rialiste, les int&#233;r&#234;ts de l'Union europ&#233;enne - comme ceux des deux autres&#034; blocs&#034; de la Triade - fixent d'autres priorit&#233;s que celle du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour de Seattle, Pascal Lamy, notre commissaire europ&#233;en charg&#233; des n&#233;gociations &#224; l'OMC, est all&#233; faire son rapport devant la Chambre de Commerce Am&#233;ricaine de Belgique, dont le Comit&#233; pour l'UE repr&#233;sente 135 multinationales am&#233;ricaines op&#233;rant en Europe. Sa conf&#233;rence avait pour th&#232;me : comment rel&#233;gitimer l 'OMC.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5&#176; L'OMC et la d&#233;mocratie&lt;br /&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le fonctionnement de l'OMC&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
A la veille de la manifestation internationale contre l'Organisation Mondiale du Commerce, organis&#233;e en mai 1998 &#224; Gen&#232;ve, &#224; l'initiative de l'Action mondiale des peuples (AMPI2) l'OMC pla&#231;ait sur Internet un petit texte intitul&#233; : &#034; dix id&#233;es fausses &#224; propos de l'OMC &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve par exemple l'&#233;nonc&#233; suivant : &#034; l'OMC n'est pas d&#233;mocratique. Faux, r&#233;torque l'OMC : &#034; &lt;i&gt;Les d&#233;cisions &#224; l'OMC sont g&#233;n&#233;ralement prises par consensus. En principe, c'est encore plus d&#233;mocratique qu'un vote &#224; la majorit&#233; simple puisque tout le monde doit &#234;tre d'accord. II serait faux de sugg&#233;rer que tous les pays ont le m&#234;me pouvoir de n&#233;gociation. Cependant, la r&#232;gle du consensus fait que chaque pays a une voix, et que tous les pays doivent &#234;tre convaincus avant de rejoindre le consensus. Assez souvent, les pays acceptent de se rallier au consensus, lorsqu'ils peuvent obtenir quelque chose en retour. De plus, les r&#232;gles des &#233;changes de l 'OMC, qui sont le r&#233;sultat des n&#233;gociations du cycle d'Uruguay, ont &#233;t&#233; ratifi&#233;es par les parlements des membres &lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons cela de plus pr&#232;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, une anecdote presque incroyable. Une fois son mandat termin&#233;, Jean-Marie Rauch, ministre fran&#231;ais du commerce ext&#233;rieur qui suivit, pour la France, de 1988 &#224; 1991, les n&#233;gociations du Gatt, confiait &#224; un ami : &lt;i&gt;&#034;Au Gatt, je n'ai jamais compris ni ce que l'on n&#233;gociait, ni comment n&#233;gocier. Tout ce que je sais, c'est que pour prendre la parole, il me fallait mettre &#224; la verticale mon pr&#233;sentoir. J'avais alors &#224; lire une position pr&#233;par&#233;e par les experts. Je ne savais pas qui &#233;taient les experts. Mais ce que je sais, c'est que les experts am&#233;ricains, des firmes d'avocats d'affaire, avaient toujours le dessus&#034; &lt;/i&gt;13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; les Accords du Gatt ont &#233;t&#233; ratifi&#233;s par des assembl&#233;es parlementaires, les conditions d'un d&#233;bat d&#233;mocratique peuvent nous laisser tr&#232;s perplexes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &lt;i&gt;En France, par exemple, les parlementaires ont eu le texte un vendredi soir pour le voter le mardi matin. Or, ce texte est long, complexe : 800 pages pour le texte principal et plusieurs milliers pour les annexes. C'est ratifi&#233;. Mais est-ce que tout le monde s'est rendu compte de la jurisprudence qui allait en na&#238;tre&#034; &lt;/i&gt;14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 d&#233;cembre 1994, les accords du Gatt &#233;taient ratifi&#233;s par le S&#233;nat belge et, deux jours plus tard, par la Chambre des repr&#233;sentants. C'est sans &#233;tat d'&#226;me et dans l'indiff&#233;rence quasi g&#233;n&#233;ralis&#233;e que les partis, Chr&#233;tiens et Socialistes (au gouvernement f&#233;d&#233;ral) et les Lib&#233;raux (dans l'opposition) ont ratifi&#233; ces accords.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'imposition des d&#233;cisions au Sud&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est bien pire encore pour les pays du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays en voie de d&#233;veloppement ont tent&#233; de faire valoir que les Accords de l'Uruguay Round &#233;taient tr&#232;s d&#233;s&#233;quilibr&#233;s et que leur mise en &#339;uvre provoquait de graves probl&#232;mes domestiques, voire la dislocation des pays. Le pire, le plus &#233;norme, c'est que les gouvernements ne savent pas &#224; quoi ils ont souscrit. Quand le secr&#233;taire de l'OMC leur rend visite, on peut ais&#233;ment imaginer ce genre de dialogue : &#034; &lt;i&gt;Vous devez changer toute votre l&#233;gislation dans ce secteur- Mais pourquoi donc &lt;/i&gt; ?- &lt;i&gt;Parce que vous avez sign&#233; &lt;/i&gt;- &lt;i&gt;Qui dit que nous avons sign&#233; cela ? &lt;/i&gt;- &lt;i&gt;Vous avez sign&#233;, c'est un fait, et en voici les implications &lt;/i&gt;- &lt;i&gt;.Mais c'est contraire &#224; notre constitution &lt;/i&gt;&#034;. Effectivement, l'OMC passe les l&#233;gislations nationales au peigne fin et va jusqu'&#224; proposer les amendements constitutionnels15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aileen KWA, chercheur associ&#233; au &lt;i&gt;Focus on the Global South &lt;/i&gt;&#224; Bangkok, pr&#233;cise : &#034;&lt;i&gt;Fr&#233;quemment, lorsque des pays en d&#233;veloppement refusent d'accepter certaines d&#233;cisions, l'on assiste, dans les coulisses, &#224; des parties de bras de fer. Conversant r&#233;cemment avec le d&#233;l&#233;gu&#233; commercial d'un pays en d&#233;veloppement, celui-ci m'a d&#233;clar&#233; que, lorsqu'il faisait obstruction &#224; certaines positions mises en avant par les &#201;tats-Unis, il n'&#233;tait pas rare que les Am&#233;ricains appellent son ministre par t&#233;l&#233;phone pour lui en faire part. Or, les ministres du commerce des pays en d&#233;veloppement sont souvent soumis &#224; de telles pressions de la part des pays puissants, qu 'ils enjoignent leurs repr&#233;sentants &#224; Gen&#232;ve de c&#233;der. Ainsi, il arrive que ce d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; Gen&#232;ve re&#231;oive un appel du d&#233;l&#233;gu&#233; Us, qui lui apprend qu'il aura bient&#244;t des nouvelles de sa capitale et qu'il aura &#224; modifier ses positions &lt;/i&gt;&#034;16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon nombre de pays du tiers monde, membres de l'OMC, n'ont m&#234;me, pas de repr&#233;sentants permanents &#224; Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que chaque pays de l'OCDE compte, en moyenne, pr&#232;s de sept repr&#233;sentants &#224; 1 'OMC, une quinzaine de pays africains n'en ont qu'un &#224; cinq chacun, et m&#234;me aucun pour quinze autres pays 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Les organismes de l'OMC&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;rence minist&#233;rielle (Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale) est en principe l'organe principal de l'OMC. Elle regroupe les repr&#233;sentants de tous les pays membres. Elle se r&#233;unit au moins une fois tous les deux ans (Singapour 1996, Gen&#232;ve 1998, Seattle, fin novembre 1999).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable pouvoir de l'OMC se situe cependant dans le Conseil G&#233;n&#233;ral qui g&#232;re les affaires courantes, dans des r&#233;unions souvent &#034; informelles &#034;. Ces r&#233;unions rassemblent en g&#233;n&#233;ral les repr&#233;sentants de quelques gouvernements dont le commerce international compte le plus au sein des &#233;changes mondiaux. Le groupe informel (les repr&#233;sentants de la &#034;Quad &#034; : &#201;tats-Unis, Canada, Japon, Union europ&#233;enne) &#233;labore des textes que les autres d&#233;l&#233;gations n'ont plus qu'&#224; signer sans modifications majeures. Ces r&#233;unions sont &#034; encadr&#233;es&#034; par les &#233;missaires omnipr&#233;sents des acteurs &#233;conomiques les plus puissants. Les pays en d&#233;veloppement n'ont pas les moyens de suivre les travaux au sein du Conseil g&#233;n&#233;ral. Une quarantaine de ces pays n'ont m&#234;me pas de repr&#233;sentants &#224; Gen&#232;ve. Certains r&#233;ussissent seulement &#224; s'offrir un ambassadeur commun &#224; plusieurs pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnement de l'OMC est bas&#233; sur le consensus. Mais les pressions directes ou indirectes sont de bonne guerre. Et il n'est pas conseill&#233; de remettre en question l'&#233;quilibre d&#233;j&#224; si difficilement trouv&#233; entre les acteurs dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil g&#233;n&#233;ral est flanqu&#233; de deux organes : l'Organe de r&#232;glement des diff&#233;rends et l'Organe d'&#233;valuation des politiques commerciales dans lequel on retrouve, aux c&#244;t&#233;s de l'OMC, le FMI et la Banque mondiale. On sait que, dans ces deux institutions, les votes sont exprim&#233;s au prorata des contributions financi&#232;res des pays membres (1 dollar &#233;gale une voix !). On imagine ais&#233;ment le poids des pays du Sud dans cet organe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les repr&#233;sentants de l'OMC (comme ceux du FMI et de la Banque mondiale) b&#233;n&#233;ficient de l'immunit&#233; diplomatique sur le territoire de chacun des pays membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, nous avons l&#224; trois institutions politiques internationales - et non des moindres - reposant sur des droits et des pouvoirs inconditionnels, jouissant d'une totale immunit&#233; sociale et politique, qui n'ont &#224; rendre de compte d'aucune responsabilit&#233; devant les citoyen(ne)s des pays o&#249; elles interviennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OMC, rappelons-le, cumule les trois pouvoirs : le l&#233;gislatif, l'ex&#233;cutif et le judiciaire, cette derni&#232;re fonction &#233;tant du ressort de l'Organe de r&#232;glement des diff&#233;rends (ORD).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parall&#232;le peut &#234;tre &#233;tabli avec l'Union europ&#233;enne, au sein de laquelle la s&#233;paration des pouvoirs n'existe pas non plus. En effet, la Commission europ&#233;enne de Bruxelles et le Conseil europ&#233;en des ministres de l'UE concentrent entre leurs mains le pouvoir l&#233;gislatif, le pouvoir ex&#233;cutif et, en partie, le pouvoir judiciaire. Ils peuvent sanctionner sans appel un pays qui s'&#233;carte de la norme. Le Conseil des ministres de l'Economie et des Finances (Ecofin) peut faire de m&#234;me quant au respect des &lt;i&gt;crit&#232;res de convergence. &lt;/i&gt;Ces instances, comme celles de l'OMC, du FMI et de la Bm, sont compos&#233;es de membres d&#233;sign&#233;s par les gouvernements ou de ministres qui &#233;chappent &#224; tout contr&#244;le, m&#234;me de la part des Parlements nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6&#176; Les soci&#233;t&#233;s transnationales et leurs groupes de pression&lt;br /&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
Organis&#233;s &#224; chaque &#233;chelon, du national au mondial, et focalis&#233;s sur des secteurs et des domaines diversifi&#233;s, les groupes de lobbying des entreprises utilisent un large &#233;ventail de discours et de m&#233;thodes en vue d'influencer les d&#233;cideurs politiques &#224; tous les niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait hautement symbolique : &#224; la 3&#232;me Conf&#233;rence de l'OMC &#224; Seattle, le pr&#233;sident am&#233;ricain, Bill Clinton, &#233;tait entour&#233; pour la circonstance des PDG de deux firmes transnationales parmi les plus puissantes de la plan&#232;te : Bill Gates pour Microsoft et le directeur de Boeing. Heureux hasard :ces deux firmes ont leur maison-m&#232;re &#224; Seattle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Via leurs groupes de lobbying, les grandes soci&#233;t&#233;s transnationales ne m&#233;nagent pas leurs efforts pour peser sur les n&#233;gociations et les d&#233;cisions au sein des grandes institutions politiques, financi&#232;res, &#233;conomiques et internationales (FMI, Banque mondiale, Gatt-OMC, OCDE, Commission europ&#233;enne...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir politique que d&#233;tiennent actuellement les soci&#233;t&#233;s transnationales ne devrait pas surprendre, si l'on prend conscience des contacts privil&#233;gi&#233;s qu'elles nouent avec des hommes politiques et avec les fonctionnaires au sein d'institutions politiques nationales et internationales, ainsi que du consensus qui r&#232;gne aujourd'hui au sein des &#233;lites en faveur d'une &#233;conomie mondiale domin&#233;e par les STN. L'&#233;quipe de recherche du &lt;i&gt;Corporate Europe Observatory &lt;/i&gt;d'Amsterdam fournit les informations probablement les plus compl&#232;tes sur les groupes de lobbying des STN, en particulier sur les &#034; &lt;i&gt;liaisons dangereuses entre institutions et milieux d'affaires europ&#233;ens &lt;/i&gt;&#034;18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les organisations de lobbying, qui r&#233;unissent des entreprises &#224; l'&#233;chelle mondiale, la plus importante et la plus efficace est sans nul doute la Chambre de commerce internationale (CCI). Elle repr&#233;sente les quelque deux cents premi&#232;res firmes transnationales. Son si&#232;ge se trouve &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CCI, qui avait d&#233;j&#224; pes&#233; lourd dans l'&#233;laboration de l'Accord multilat&#233;ral sur l'investissement (AMI), est &#233;galement le groupe d'affaires internatiol1alle plus &#233;troitement li&#233; &#224; l'OMC. &#034; &lt;i&gt;Nous ne voulons ni &#234;tre la petite amie secr&#232;te de l'OMC, ni devoir rentrer &#224; &lt;/i&gt;l &lt;i&gt;'OMC par la porte de service &lt;/i&gt;&#034;, a d&#233;clar&#233; Helmut Maucher, un de ses fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Transatlantic Business Dialogue (TABD), cr&#233;&#233; en 1995 conjointement par la Commission europ&#233;enne et le minist&#232;re am&#233;ricain du commerce, est un organe consultatif, regroupant les patrons de plus de 100 grandes firmes transnationales de la Triade (US, Europe, Japon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le TABD, n&#233;goci&#233; par l'ex-commissaire europ&#233;en, Leon Brittan, sans mandat officiel de la Commission, fut &#233;troitement associ&#233; &#224; l'Accord sur le Partenariat &#233;conomique transatlantique (PET). Il a &#233;galement fait pression sur la Commission europ&#233;enne pour l'&#233;largissement des n&#233;gociations tenues &#224; l'OMC sur la concurrence, l'investissement et les march&#233;s publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me Monod, &#233;galement le PDG de l'entreprise Suez-Lyonnaise des Eaux, y occupa la fonction de pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain europ&#233;en, existe la Table Ronde Europ&#233;enne des Industries (TREI) qui rassemble les PDG des 45 plus importantes firmes europ&#233;ennes. La TREI (ERT en anglais) se donne pour mission &#034;d'accompagner&#034; la Commission europ&#233;enne dans l'&#233;laboration de sa politique commerciale. Elle a d'ailleurs vu presque toutes ses propositions reprises dans le Trait&#233; de Maastricht. &#034; &lt;i&gt;La Communaut&#233; et les Etats membres veillent &#224; ce que les conditions n&#233;cessaires &#224; la comp&#233;titivit&#233; de l'industrie de la Communaut&#233; soient assur&#233;es &lt;/i&gt;&#034;, souligne d'ailleurs l'article 130 du Trait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atelier de la TREI sur les&#034; &lt;i&gt;relations &#233;conomiques ext&#233;rieures&#034; &lt;/i&gt;eut l'honneur de la pr&#233;sidence de Peter Sutherland, ancien directeur g&#233;n&#233;ral du Gatt et, par la suite, pr&#233;sident de BP et associ&#233; de Goldam Sacht International Associate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;va et vient&#034; entre l'OMC, les institutions et l'industrie est encore illustr&#233; par le fonctionnement du groupe de travail sur &#034;&lt;i&gt;les politiques de commerce et d'investissement&#034; &lt;/i&gt;de l'OMC. Celui-ci est dirig&#233; par Arthur Dunkel, directeur g&#233;n&#233;ral du Gatt pendant l'Uruguay Round, n&#233;gociateur au Commerce pour la Suisse, pr&#233;sident du Gatt de 1980 &#224; 1993, membre officiel du l'Organisme de R&#232;glement des Diff&#233;rends de l'OMC et membre du conseil d'administration de Nestl&#233; l9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s de la Table Ronde aux structures d&#233;cisionnelles de la Commission et du Conseil europ&#233;ens s'est progressivement institutionnalis&#233;, notamment par sa participation accrue aux groupes de travail de l'UE, dont certains ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s &#224; la demande m&#234;me des lobbies. L'exemple le plus digne d'int&#233;r&#234;t reste celui du Groupe consultatif de comp&#233;titivit&#233; (Cag), un organisme dot&#233; d'un statut officiel qui amplifie efficacement la voix de la TREI. Le premier Cag, inaugur&#233; par l'ex-pr&#233;sident de la Commission, Jacques Sauter, en f&#233;vrier 1995, comprenait, parmi ses 13 membres, des directeurs ex&#233;cutifs de multinationales ou de banques (dont une bonne partie de la TREI), l'ancien pr&#233;sident de Treuhand (agence d'Etat allemande qui privatisa les entreprises de l'ex-Allemagne de l'Est), trois syndicalistes et un certain nombre de politiciens dont Carlo Ciampi, ex-Premier ministre italien et directeur de la Banque d'Italie. Un second Cag, constitu&#233; en mai 1997 et mandat&#233; pour deux ans, comprenait &#224; ,nouveau des firmes membres de la TREI (British Telecom, Pirelli, Repsol...) et trois syndicalistes d'Italie, du Royaume Uni et de Su&#232;de. Quelques semaines avant les sommets semestriels de l'Union europ&#233;enne, le Cag produit ses rapports sur le th&#232;me &#034;&lt;i&gt;am&#233;liorer la comp&#233;titivit&#233; &lt;/i&gt;&#034;. On y retrouve chaque fois des propositions adress&#233;es aux gouvernements et au Conseil de l'UE pour faciliter la d&#233;r&#233;gulation et la privatisation du secteur public, pour moderniser le march&#233; du travail (par l'assouplissement des horaires de travail, la mod&#233;ration salariale), pour poursuivre la lib&#233;ralisation du commerce et de l'investissement dans le cadre de l'OMC, pour acc&#233;l&#233;rer les r&#233;formes .structurelles (appel &#224; la &#034;responsabilit&#233; individuelle &#034; dans les syst&#232;mes de retraite, de sant&#233; et de ch&#244;mage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commentant la pr&#233;sence des trois syndicalistes au Cag, Richardson, ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la TREI, a fait remarquer que &#034;&lt;i&gt;le fait qu'ils aient sign&#233; les rapports du Cag donne un suppl&#233;ment de poids &lt;/i&gt;&#034; 20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mentionnons &#233;galement l'Union des conf&#233;d&#233;rations des industries et des employeurs d'Europe. L'UNICE n'est pas un groupe de lobbying au sens strict. C'est l'organe officiel du patronat europ&#233;en et un interlocuteur officiel de la Commission europ&#233;enne, au m&#234;me titre que la Conf&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des syndicats (CES). Soucieux de la comp&#233;titivit&#233;, l'UNICE s'active &#224; Bruxelles pour que les revendications syndicales ne se transforment pas en l&#233;gislations. &lt;i&gt;&#034;Il Y a d'innombrables occasions o&#249; nous avons pu, soit infl&#233;chir, soit faire annuler des directives en projet &lt;/i&gt;&#034;, se flatte l'organisation du patronat europ&#233;en 21. Le document remis par l'UNICE &#224; la nouvelle Commission europ&#233;enne, en octobre 1999, est suffisamment &#233;loquent sur la d&#233;marche patronale 22. &lt;i&gt;&#034;II faut agir &#224; tous les niveaux ad&#233;quats afin de r&#233;duire les charges fiscales et r&#233;glementaires excessives qui p&#232;sent sur le secteur priv&#233; &lt;/i&gt;&#034;. Ou encore : &#034; &lt;i&gt;La pleine lib&#233;ralisation des march&#233;s publics, des services publics, des transports et des services financiers est inachev&#233;e et mise en &#339;uvre de mani&#232;re in&#233;gale dans les Etats membres &lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un petit effort pour faire marchandise de tout, pour soumettre les besoins et les services collectifs au seul crit&#232;re de rentabilit&#233; marchande et &#224; l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique du profit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour que les choses soient bien claires, l'UNICE pr&#233;cise : &#034; &lt;i&gt;la nouvelle Commission devrait essayer de recentrer l'approche europ&#233;enne de ces probl&#232;mes sur base des besoins r&#233;els des entreprises dans le march&#233; unique &lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commission s'y applique. L'&#233;troite complicit&#233; entre la Commission et les entreprises priv&#233;es s'accomplit, de mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e, au travers d'un m&#233;canisme qui s'appelle &#034;&lt;strong&gt;le Comit&#233; 133&lt;/strong&gt; &#034;. Ce comit&#233; est compos&#233; de hauts fonctionnaires nationaux et de repr&#233;sentants de la Commission C'est le lieu o&#249; s'&#233;changent les informations, o&#249; les Etats membres et la Commission prennent des d&#233;cisions, &#224; partir de propositions r&#233;dig&#233;es par la Commission en concertation avec le secteur priv&#233;. La Commission fournit ainsi au monde des affaires un acc&#232;s direct aux discussions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;paration de la 3&#232;me Conf&#233;rence minist&#233;rielle de l'OMC &#224; Seattle a fourni une d&#233;monstration impressionnante du r&#244;le d&#233;cisif du Comit&#233; 133 dans le processus d&#233;cisionnel europ&#233;en La Commission a fourni au Comit&#233; 133 les documents qu'elle avait elle-m&#234;me &#233;labor&#233;s, en &#233;troite concertation avec l'UNICE et le TABD, et parfois d&#233;j&#224; d&#233;pos&#233;s &#224; l'OMC comme &#034;contributions de l'Union europ&#233;enne&#034;. Ces contributions, dans 95% des cas, n'ont jamais &#233;t&#233; soumises au Parlement europ&#233;en, lorsque celui-ci a &#233;t&#233; invit&#233; &#224; d&#233;battre d'un nouveau cycle de n&#233;gociations &#224; l'OMC. Ainsi des fonctionnaires, politiquement &#034;irresponsables&#034; mais rompus &#224; la technicit&#233; de dossiers, dont les orientations ont &#233;t&#233; pr&#233;-d&#233;finies avec le secteur priv&#233;, font prendre des d&#233;cisions qui affectent durablement la vie des citoyens 23.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;font size = 2 &gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
NOTES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 Quotidien suisse La Tribune, 19/3/1998.&lt;br /&gt;
2 Jos&#233; Bov&#233; et Fran&#231;ois Dufour, &lt;i&gt;Le monde n'est pas une marchandise, &lt;/i&gt;Paris, La D&#233;couverte 2000, 198.&lt;br /&gt;
3 Jos&#233; Bov&#233;, ibid, 118.&lt;br /&gt;
4 Vandana Shiva, &lt;i&gt;La brevetabilit&#233; du vivant, in La nature sous licence ou le processus d 'un pillage, &lt;/i&gt;Gen&#232;ve, PubliCetirn n&#176; 20/21, novembre 1994&lt;br /&gt;
5 Propos rapport&#233;s par I. Delforge, in &lt;i&gt;Nourrir le monde ou l'agrobusiness, &lt;/i&gt;Bruxelles, Oxfam-Solidarit&#233;, mai 2000.&lt;br /&gt;
6 Raoul Jennar (Oxfam), &lt;i&gt;Non &#224; la biopiraterie, &lt;/i&gt;in le quotidien Le Matin, 24 f&#233;vrier 2000, Belgique.&lt;br /&gt;
7 Voir Jean-Marie War&#234;gne, &lt;i&gt;L'Organisation mondiale du commerce, r&#232;gles de fonctionnement et enjeux &#233;conomiques, &lt;/i&gt;Belgique, CRISP 2000.&lt;br /&gt;
8 Conf&#233;d&#233;ration paysanne, &lt;i&gt;Soumettre &lt;/i&gt;l 'OAIC &lt;i&gt;aux droits fondamentaux de l'Homme, &lt;/i&gt;novembre 1999,6.&lt;br /&gt;
9 Quotidien Lib&#233;ration, &lt;i&gt;L'OMC &#233;pingle la banni&#232;re &#233;toil&#233;e, &lt;/i&gt;25 f&#233;vrier 2000, 23.&lt;br /&gt;
10 Voir &lt;i&gt;OMC, Alerte g&#233;n&#233;rale &#224; la capture des services publics, &lt;/i&gt;France, Coordination pour le contr&#244;le citoyen de l'OMC, avril 2000.&lt;br /&gt;
11. Ibid.&lt;br /&gt;
12 L'Action mondiale des peuples contre le &#034;libre-&#233;change&#034; et l'OMC est un r&#233;seau international de r&#233;sistance qui a vu le jour en f&#233;vrier 1998. La premi&#232;re Conf&#233;rence de l' AMP &#224; Gen&#232;ve regroupait plus de 300 d&#233;l&#233;gu&#233;s de 71 pays (notamment des Zapatistes du Mexique, le mouvement des paysans sans terre du Br&#233;sil, des syndicalistes cor&#233;ens, des &#233;cologistes ukrainiens radicaux, des paysans indiens, fran&#231;ais, etc).&lt;br /&gt;
13 Agnes Bertrand, secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale d'Ecoropa, Contribution pr&#233;paratoire au Symposium Gatt-OMC du Cetim, Gen&#232;ve, novembre 1995.&lt;br /&gt;
14 Susan George, le quotidien belge Le Soir, 29/11/1999.&lt;br /&gt;
15 Martin Khor, &lt;i&gt;Les proc&#233;dures de n&#233;gociations &#224; l'OMC, &lt;/i&gt;Conf&#233;rence &#224; San Francisco, janvier 1997.&lt;br /&gt;
16 Aileen Kwa, , Colloque organis&#233; le 5 mars 1999 par le d&#233;partement &#034; Int&#233;gration Economique Internationale&#034; du minist&#232;re vietnamien des Affaires Etrang&#232;res et parrain&#233; par Oxfam-RU.&lt;br /&gt;
17 Alternatives Economiques, &lt;i&gt;Millenium Round, un tour pour rien ? &lt;/i&gt;no176, d&#233;cembre 1999, 19.&lt;br /&gt;
18 Voir Corporate Europe Observatory, &lt;i&gt;Europe Inc., Liaisons dangereuses entre Institutions et mz1ieux d'affaires europ&#233;ens, &lt;/i&gt;Paris, Agone Editeur 2000. &lt;br /&gt;
19 Ibid, 199&lt;br /&gt;
20 Ibid, 56-60.&lt;br /&gt;
21 Coordination contre les clones de l' AMI, &lt;i&gt;L 'AMI clon&#233; &#224; &lt;/i&gt;l &lt;i&gt;'OMC, les lobbies des transnationales, &lt;/i&gt;mars 1999, 18.&lt;br /&gt;
22 Priorit&#233;s de l'UNICE pour la nouvelle Commission europ&#233;enne, 1er octobre 1999.&lt;br /&gt;
23 Raoul Marc Jennar, in l'Ecologiste, novembre 2000.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/font&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Tir&#233; du livre, Mondialisation excluante, nouvelles solidarit&#233;, soumettre ou d&#233;mettre l'OMC, L'Harmattan, 2001)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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