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		<title>La pens&#233;e &#233;conomique de Marx </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claude Serfati, Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A partir d'une conception philosophique mat&#233;rialiste (les hommes font leur propre histoire dans le cadre de leurs conditions &#233;conomiques et sociales mat&#233;rielles) et d'une critique de l'ali&#233;nation, Karl Marx (1818-1883) &#233;labore une critique de l'&#233;conomie politique n&#233;e un si&#232;cle plus t&#244;t. Dans la mesure o&#249; le mode de production capitaliste s'est aujourd'hui &#233;tendu &#224; la plan&#232;te enti&#232;re et &#224; toutes les activit&#233;s humaines, les concepts de Marx gardent toute leur pertinence. La critique de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Marxisme-+" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A partir d'une conception philosophique mat&#233;rialiste (les hommes font leur propre histoire dans le cadre de leurs conditions &#233;conomiques et sociales mat&#233;rielles) et d'une critique de l'ali&#233;nation, Karl Marx (1818-1883) &#233;labore une critique de l'&#233;conomie politique n&#233;e un si&#232;cle plus t&#244;t. Dans la mesure o&#249; le mode de production capitaliste s'est aujourd'hui &#233;tendu &#224; la plan&#232;te enti&#232;re et &#224; toutes les activit&#233;s humaines, les concepts de Marx gardent toute leur pertinence. La critique de la marchandisation du monde fut pos&#233;e par Marx d&#232;s les premi&#232;res pages du Capital (1867) qui s'ouvre par l'analyse de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Les concepts de Marx pour analyser le mode de production capitaliste (Jean-Marie Harribey)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trois questions sont abord&#233;es dans la premi&#232;re partie : la th&#233;orie de la valeur, la loi de l'accumulation et les crises, la d&#233;finition des classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#233;orie de la valeur comme critique des rapports sociaux &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx reprend une vielle distinction &#233;tablie par Aristote et adopt&#233;e plus tard par Adam Smith et David Ricardo : toute marchandise poss&#232;de une valeur d'usage et une valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re signifie qu'un bien produit ne devient marchandise que s'il est utile, sans qu'il faille attacher un jugement normatif &#224; cette utilit&#233;. La valeur d'usage est une condition n&#233;cessaire pour que la valeur d'&#233;change puisse exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de la seconde, Marx se d&#233;marque subtilement de Smith et Ricardo : les marchandises-valeurs d'usage sont des &#171; porte-valeur &#187;. Elles s'&#233;changent, et par l&#224;, elles conf&#232;rent au travail priv&#233; qui les a cr&#233;&#233;es un caract&#232;re social validant. Cette validation est une abstraction : le travail &#233;chang&#233; abandonne ses caract&#233;ristiques concr&#232;tes pour devenir une fraction du travail de la soci&#233;t&#233;, abstraction faite de ses particularit&#233;s. Marx appelle ce travail &#171; travail indistinct &#187; ou &#171; abstrait &#187;, reflet des rapports sociaux. Ainsi, dans l'acte d'&#233;change, la valeur est la forme que prend ce travail abstrait ; r&#233;ciproquement le travail abstrait est la substance de la valeur. L'expression &#171; valeur d'&#233;change &#187; d&#233;signe alors le rapport quantitatif dans lequel deux marchandises s'&#233;changent : deux chaises contre une table. La principale difficult&#233; pour analyser le fait que le produit du travail devienne une marchandise provient du caract&#232;re fantastique, mystique, enchant&#233;, donc trompeur, sous lequel appara&#238;t l'&#233;change de marchandises. A travers cet &#233;change semble s'&#233;tablir un rapport entre des choses, alors que derri&#232;re cette apparence il y a un rapport social des hommes entre eux. Le f&#233;tichisme se trouve aggrav&#233; par le fait que la valeur des marchandises rev&#234;t la forme argent. En effet, quand on dit que deux chaises = une table, il n'y a pas grande difficult&#233; &#224; imaginer le travail humain derri&#232;re la marchandise. Si l'on dit que deux chaises = 100 euros, c'est d&#233;j&#224; moins imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la soci&#233;t&#233; f&#233;odale &#233;tait bas&#233;e sur la d&#233;pendance personnelle entre seigneur et serf, les rapports sociaux apparaissaient directement comme des rapports entre des hommes. Ce n'est plus le cas dans la soci&#233;t&#233; capitaliste o&#249; la valeur rev&#234;t la forme argent. La cons&#233;quence est qu'&#224; travers l'&#233;change de marchandises, l'exploitation du travail devient invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaliste n'ach&#232;te pas le travail ni le produit du travail du prol&#233;taire salari&#233; mais sa force de travail. La particularit&#233; de cette marchandise particuli&#232;re est de pouvoir cr&#233;er une valeur sup&#233;rieure &#224; ce qu'elle co&#251;te. En d'autres termes, le capitaliste ach&#232;te une valeur d'usage qui peut cr&#233;er une valeur sup&#233;rieure &#224; la sienne propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle est la valeur d'&#233;change de la force de travail ? A cette question Marx donne deux &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse : d'abord, la valeur de la force de travail est &#233;gale &#224; celle des marchandises n&#233;cessaires &#224; sa reproduction, quantit&#233; qui n'est pas biologique mais sociohistorique,et en cela Marx ne fait que reprendre ce que disaient Smith et Ricardo ; ensuite, cette valeur d&#233;pend aussi du rapport de forces entre capitalistes et salari&#233;s. La diff&#233;rence entre la valeur cr&#233;&#233;e par le prol&#233;taire et celle qu'il per&#231;oit constitue la plus-value qui repr&#233;sente donc l'origine du profit que percevra le capitaliste quand il aura vendu la marchandise. On voit ici comment Marx ach&#232;ve la th&#233;orie de la valeur-travail : le travail &#233;tant seul cr&#233;ateur de valeur nouvelle, le profit provient d'une exploitation du travail salari&#233; : le surtravail non pay&#233;. L'objectif de Marx est atteint : d&#233;voiler le rapport social qui se dissimule derri&#232;re l'apparence d'un &#233;change &#233;gal, salaire contre &#171; travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, en &#233;conomie pr&#233;-capitaliste, les producteurs ind&#233;pendants vendent pour acheter, M(archandise) ---&gt; A(rgent) ---&gt; M'(archandise), les capitalistes ach&#232;tent pour vendre, A ---&gt; M ---&gt; A'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de chaque cycle de production, sous l'effet du travail productif, le capital argent grossit d'une plus-value. Le capital peut &#234;tre analys&#233; comme du travail accumul&#233;. Pour Marx, dans l'&#233;conomie capitaliste, est productif (sous-entendu de capital) le travail qui produit de la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur de la marchandise peut donc &#234;tre d&#233;compos&#233;e comme suit : C + V + P - C : valeur du capital consacr&#233; &#224; acheter les moyens de production (capital dit constant car il ne cr&#233;e pas de valeur nouvelle) ; - V : valeur du capital consacr&#233; &#224; payer les salaires (capital dit variable car la force de travail cr&#233;e une valeur nouvelle) ; - P : plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux d'exploitation de la force de travail se mesure par le taux de plus-value qui est le rapport P/V = surtravail/travail n&#233;cessaire &#224; l'entretien des salari&#233;s. Pour accro&#238;tre le taux de plus-value, les capitalistes doivent soit accro&#238;tre le num&#233;rateur, soit faire baisser le d&#233;nominateur, soit les deux &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1er cas : augmentation absolue de la plus-value (que Marx appelle la plus-value absolue) par l'augmentation de la dur&#233;e du travail ou la baisse des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2e cas : augmentation relative de la plus-value (que Marx appelle la plus-value relative) par la diminution de la valeur de la force de travail en baissant le prix des biens n&#233;cessaires &#224; son entretien sans pour autant baisser le pouvoir d'achat ; ce fut obtenu ainsi : au XIX e : abolition des corn laws en Angleterre ; au XXe : m&#233;canisation de l'agriculture et de l'industrie des biens de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus-value dite &#171; extra &#187; est celle obtenue &#224; la suite d'une innovation qui place un capitaliste temporairement en situation de monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer ce point, disons quelques mots de trois fausses objections &#224; propos de la loi de la valeur de Marx. En premier lieu, Marx aurait n&#233;glig&#233; ou ni&#233; l'utilit&#233;, le march&#233; ou la raret&#233; pour &#233;noncer sa loi de la valeur. C'est une fable. Pour Marx, le travail priv&#233; consacr&#233; &#224; produire telle marchandise trouve sa reconnaissance sociale par la vente sur le march&#233;. &#171; Enfin, aucun objet ne peut &#234;tre une valeur s'il n'est une chose utile. S'il est inutile, le travail qu'il renferme est d&#233;pens&#233; inutilement, et cons&#233;quemment ne cr&#233;e pas de valeur. &#187;1 D'ailleurs, la loi de la valeur est incluse dans la loi de la raret&#233; : le travail humain suppose l'existence de la raret&#233;, c'est-&#224;-dire celle-ci est la condition n&#233;cessaire de celui-l&#224;. En second lieu, la loi de la valeur &#233;nonce que les rapports d'&#233;change entre les marchandises refl&#232;tent la quantit&#233; de travail socialement n&#233;cessaire. Mais un probl&#232;me redoutable se pose que les &#233;conomistes classiques eux-m&#234;mes avaient soulev&#233; et que Marx a tent&#233; de r&#233;soudre. Les prix des marchandises sur le march&#233; ne correspondent pas exactement &#224; l'&#233;quivalent mon&#233;taire de leur contenu en travail. Pourquoi ? Parce que les secteurs capitalistes ne pr&#233;sentent pas tous la m&#234;me r&#233;partition du capital entre achat des moyens de production (capital constant) et achat de la force de travail (capital variable). La &#171; composition organique du capital &#187; diff&#232;re selon les secteurs. Or chaque capitaliste exige, sous peine de partir ailleurs, un taux de profit au moins &#233;gal &#224; la moyenne. De ce fait, le prix va comprendre le co&#251;t mon&#233;taire de production augment&#233; d'un profit au prorata du capital engag&#233;. Alors, par le biais de prix form&#233;s en int&#233;grant l'exigence moyenne de r&#233;mun&#233;ration du capital, les secteurs tr&#232;s capitalistiques (m&#233;canis&#233;s) - jouissant souvent d'une position dominante - captent au d&#233;triment des secteurs moins capitalistiques - souvent en position domin&#233;e - une part de l'&#233;quivalent-mon&#233;taire de la valeur-travail produite ailleurs qu'en leur sein.2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, troisi&#232;me objection souvent soulev&#233;e : quid de la valeur-travail aujourd'hui ? Cette th&#233;orie est-elle pertinente alors que le travail semble fuir la soci&#233;t&#233; contemporaine, et notamment la production industrielle ? Tous les prix des biens industriels ou des services dont la vocation est d'&#234;tre produits dans des conditions similaires &#224; celles de l'industrie, ont tendance &#224; long terme &#224; diminuer. Il n'y a aucune exception : produits alimentaires, habillement, appareils m&#233;nagers, automobiles, &#233;lectronique, ordinateurs, voyages, etc. Pourquoi cette tendance irr&#233;versible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la productivit&#233; du travail augmente gr&#226;ce &#224; un meilleur savoir-faire, des &#233;quipements plus performants et une organisation du travail rationalis&#233;e. Dire que la productivit&#233; du travail augmente est synonyme de la baisse de la valeur des marchandises sur le moyen et le long terme. Il ne faut donc pas se laisser tromper par les apparences. Plus la productivit&#233; du travail progresse, plus l'&#233;conomie fournit de biens et services mesur&#233;s en termes physiques, c'est-&#224;-dire plus elle produit de valeurs d'usage, moins celles-ci ont de valeur d'&#233;change. La diminution des besoins en travail pour produire une m&#234;me quantit&#233; de biens et services n'est en aucune mani&#232;re une infirmation, mais est au contraire une confirmation de la justesse de cette th&#233;orie dite de la valeur-travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la loi de la valeur-travail comme expression des rapports sociaux capitalistes n'a rien perdu de sa pertinence puisqu'elle rend compte des deux grandes caract&#233;ristiques de la soci&#233;t&#233; moderne : l'exploitation du travail et la dynamique de l'accumulation du capital. On voit alors se dessiner le projet de Marx : critiquer l'&#233;conomie politique qui refuse de consid&#233;rer le caract&#232;re social et historique du mode de production capitaliste. La marchandise op&#232;re une double dichotomie : les travaux priv&#233;s ne sont pas imm&#233;diatement utiles socialement sans m&#233;diation de l'&#233;change ; les travaux &#233;chang&#233;s ne sont pas des travaux distincts concrets mais du travail abstrait contre du travail abstrait. Quel int&#233;r&#234;t pr&#233;sente alors l'&#233;change ? Il est double : parce que ces travaux abstraits sont mat&#233;rialis&#233;s dans des objets diff&#233;rents et parce que ces travaux abstraits constituent la substance d'un ph&#233;nom&#232;ne, la valeur, qui s'exprime mon&#233;tairement dans l'&#233;change, et dont le terme du parcours est une quantit&#233; de monnaie venant grossir le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que la monnaie est la forme par excellence de la valeur, c'est-&#224;-dire la forme du travail abstrait : la monnaie peut tout acheter, surtout la force de travail, cette capacit&#233; &#233;nerg&#233;tique, physique et intellectuelle, &#224; engendrer une nouvelle valeur. La monnaie est donc d&#233;sir&#233;e, demand&#233;e pour elle-m&#234;me, comme dira Keynes plus tard, parce qu'elle constitue un droit d'achat permanent (pr&#233;sent et &#224; venir) sur du travail social ou sur de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, Marx permet de rep&#233;rer les deux failles de l'&#233;conomie politique classique qui deviendront des impasses pour la science &#233;conomique moderne : - L'&#233;conomie politique n'a pas su penser la monnaie autrement que comme un instrument supprimant les inconv&#233;nients du troc. En ne distinguant pas la valeur en tant que ph&#233;nom&#232;ne et la valeur d'&#233;change en tant que forme, elle s'interdit de comprendre les crises qui naissent de la possibilit&#233; de rupture dans le passage de la marchandise &#224; l'argent, le fameux &#171; saut p&#233;rilleux &#187;3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;conomie politique ayant cru que le travail procurait naturellement, automatiquement, une valeur aux biens, et que le travail &#233;tait lui-m&#234;me naturellement une marchandise, elle a accr&#233;dit&#233; l'id&#233;e que le capitalisme &#233;tait un syst&#232;me naturel, dans l'ordre des choses, accomplissant la nature humaine, &#233;ternelle, rationnelle et &#233;changiste. Dans ces conditions, le capitalisme pouvait &#234;tre, selon les lib&#233;raux, la fin de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'accumulation du capital et les crises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme conna&#238;t une tendance permanente &#224; l'accumulation du capital, c'est-&#224;dire &#224; la r&#233;introduction permanente de la plus-value dans le circuit de production sous forme de capital nouveau. La reproduction du syst&#232;me exige son &#233;largissement, et la tendance &#224; l'accumulation rend les crises de surproduction possibles pour deux raisons li&#233;es. - Parce que la concurrence et le progr&#232;s technique obligent les capitalistes &#224; mettre au rebut des &#233;quipements avant qu'ils ne soient physiquement us&#233;s : c'est le ph&#233;nom&#232;ne de l'obsolescence. De ce fait, la rotation du capital, qui suit le cycle d&#233;crit par le circuit du capital, est interrompue avant que le capital ait &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; ; il s'ensuit un d&#233;s&#233;quilibre entre la section qui produit les moyens de production et celle qui produit les biens de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Parce que la recherche de gains de productivit&#233; du travail conduit &#224; l'&#233;l&#233;vation de la composition organique du capital C/V. Or le taux de profit P C V P V CV + = + 1 Ce rapport diminue quand C/V augmente si P/V n'augmente pas suffisamment pour compenser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx en conclut que le capitalisme doit conna&#238;tre une baisse tendancielle du taux de profit : les crises p&#233;riodiques ne peuvent aller qu'en s'aggravant. Cependant, la baisse du taux de profit n'est pas in&#233;luctable et Marx &#233;num&#232;re six facteurs pouvant inverser la tendance : - augmentation de l'exploitation du travail par l'augmentation de la dur&#233;e du travail ou de l'intensit&#233; de celui-ci ; - baisse du salaire ; - baisse du prix des &#233;l&#233;ments du capital constant ; la recherche de gains de productivit&#233; concerne aussi bien la section des biens de production que celle des biens de consommation : la d&#233;valorisation des biens d'&#233;quipement qui en r&#233;sulte entra&#238;ne une baisse de la composition en valeur du capital alors que, dans le m&#234;me temps, la composition technique, c'est-&#224;-dire en volume, peut augmenter. - surpopulation relative (ch&#244;mage) ; - commerce ext&#233;rieur ; - accroissement du capital-actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on observe le capitalisme contemporain, on constate que la fin des ann&#233;es 1960 et le d&#233;but des ann&#233;es 1970 furent marqu&#233;s par une baisse du taux de profit dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, sans doute due &#224; un ralentissement des gains de productivit&#233;. Cette baisse du taux de profit ne fut enray&#233;e que par un renforcement de l'exploitation de la force de travail au moyen du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233;. La remont&#233;e du taux de profit fut ind&#233;niable au cours des d&#233;cennies 1980 et 1990 mais sans qu'elle se traduis&#238;t par une v&#233;ritable relance durable de l'accumulation, sauf aux Etats-Unis mais de courte dur&#233;e. La raison en est que la demande sociale s'exprime de plus en plus en direction de services dans lesquels les gains potentiels de productivit&#233; - et donc les perspectives de profit - sont moindres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les classes sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat se d&#233;finit comme l'ensemble des individus vendant leur force de travail manuelle et intellectuelle contre salaire aux d&#233;tenteurs de capital, alors le prol&#233;tariat ne peut que s'&#233;tendre avec l'extension du capitalisme lui-m&#234;me qui est fond&#233; sur le rapport social salarial. Un gigantesque contresens a toujours &#233;t&#233; commis par les n&#233;gationnistes du prol&#233;tariat. Ce concept avait &#233;t&#233; d&#233;fini par Marx au temps o&#249;, objectivement, les choses &#233;taient assez simples : prol&#233;taire, salari&#233; et ouvrier &#233;taient synonymes. Tous les salari&#233;s vendaient leur force de travail et pratiquement tous participaient, de fa&#231;on manuelle, &#224; la production mat&#233;rielle et concouraient directement &#224; la production de plus-value. De ce fait, l'habitude fut prise d&#232;s l'origine d'identifier le prol&#233;tariat &#224; la classe ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire, &#224; l'&#233;poque, aux ouvriers. Au XXe si&#232;cle, l'approfondissement de la division du travail, la diversification des niveaux de qualification et des cat&#233;gories de salari&#233;s, le d&#233;veloppement d'activit&#233;s donnant lieu &#224; une production immat&#233;rielle de services, sont venus rompre l'identification entre prol&#233;taires salari&#233;s et ouvriers. Le contresens consiste &#224; d&#233;finir le prol&#233;tariat non plus comme il se doit avec son crit&#232;re de d&#233;finition - la vente de la force de travail - mais par un exemple, ce qui constitue une nouvelle faute de logique, et, qui plus est, par un exemple ne correspondant qu'&#224; une &#233;poque d&#233;termin&#233;e et d&#233;pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;renciations au sein du prol&#233;tariat ont &#233;t&#233; amen&#233;es par la succession de r&#233;volutions industrielles et de transformations du capitalisme. La premi&#232;re r&#233;volution industrielle impuls&#233;e par la machine &#224; vapeur, mise en &#339;uvre dans le textile puis dans la sid&#233;rurgie et le chemin de fer, avait produit la &#171; classe ouvri&#232;re &#187; au premier sens strict, c'est&#224;- dire qui se confondait avec les ouvriers. La seconde r&#233;volution industrielle amen&#233;e par l'&#233;lectricit&#233; et le moteur &#224; explosion et d&#233;velopp&#233;e dans les industries chimiques puis automobiles avait engendr&#233; &#224; la fois le travail taylorien des OS (ouvriers sp&#233;cialis&#233;s) et le travail des techniciens. La troisi&#232;me r&#233;volution industrielle propuls&#233;e par l'automatisation et l'informatisation produit sous nos yeux la multiplication des employ&#233;s, des techniciens productifs et commerciaux, en m&#234;me temps que la tertiarisation de l'&#233;conomie et la lente diminution absolue et relative des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, lors de chaque grande transformation technique, un double mouvement de diff&#233;renciation et d'unification ou de massification. Mais quelle diff&#233;rence de classe y a-t-il entre un ouvrier d'usine et une caissi&#232;re de supermarch&#233; ? Quelle diff&#233;rence de classe y a-t-il entre un op&#233;rateur sur une machine &#224; commande num&#233;rique et une employ&#233;e de banque pench&#233;e sur une machine &#224; lecture optique des ch&#232;ques ? Quelle diff&#233;rence de classe entre le travailleur d'usine et celui qui sera chez lui, devant son poste de t&#233;l&#233;-travail, dont la productivit&#233; et le moindre geste seront contr&#244;l&#233;s par l'employeur et qui sera harcel&#233; jusque dans sa sph&#232;re la plus intime par le t&#233;l&#233;phone portable ? Les &#233;tudes portant sur l'&#233;volution de la population active salari&#233;e en France aujourd'hui montrent une tr&#232;s grande stabilit&#233; de la part des cat&#233;gories populaires dans l'ensemble de la population active : pr&#232;s de 60% de celle- ci sont constitu&#233;s d'ouvriers et d'employ&#233;s dont les conditions de travail et de salaires pr&#233;sentent de nombreux points communs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Financiarisation du capitalisme et classes sociales (Claude Serfati)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux th&#232;mes sont d&#233;velopp&#233;s dans cette partie. La trajectoire du capitalisme contemporain (la &#171; mondialisation &#187;) ne peut &#234;tre analys&#233;e sans prendre en compte le r&#244;le des classes sociales et des forces politiques (dont l'Etat est la repr&#233;sentation principale mais &#233;videmment pas unique). On analyse ensuite les effets de la mondialisation sur les classes dominantes et sur les classes exploit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'universalisation du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est un mode de domination sociale autant qu'un mode d'organisation de la production mat&#233;rielle. Le r&#244;le des rapports sociaux, des classes sociales est donc d&#233;terminant. Ainsi, lorsqu'on veut analyser les processus de mondialisation du capital, on ne peut se contenter d'observer que la p&#233;riode actuelle prolonge un mouvement s&#233;culaire d'internationalisation du capital. De m&#234;me, s'arr&#234;ter &#224; l'observation de Marx que &#171; le march&#233; mondial est contenu dans la notion m&#234;me de capital &#187; pourrait conduire &#224; un &#171; d&#233;terminisme &#233;conomique &#187; qui a longtemps domin&#233; le marxisme. On s'&#233;pargnerait beaucoup de discussions sur les relations chez Marx entre les (pr&#233;tendues) &#171; lois de l'&#233;conomie &#187; et l'action des individus organis&#233;s en classes et en partis lorsqu'on lit Le Capital mais aussi (par exemple) Le coup d'Etat du 18 brumaire de Louis Bonaparte. Dans ce dernier ouvrage, la configuration des classes sociales en France est analys&#233;e avec minutie, de m&#234;me que la fa&#231;on dont la bureaucratie d'Etat se constitue en groupe social uni par des int&#233;r&#234;ts communs &#171; bouche tous les pores du corps de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de saisir la configuration pr&#233;cise des forces sociales dans la p&#233;riode de mondialisation du capital qui a commenc&#233; avec la d&#233;cennie 80. Cette configuration est marqu&#233;e de fa&#231;on d&#233;terminante par la reconstitution d'un puissant capital financier. Le capital financier d&#233;signe selon moi deux r&#233;alit&#233;s. Il correspond d'abord &#224; un processus (un mouvement) du capital, dans lequel &#171; l'argent produit de l'argent, une valeur se mettant elle-m&#234;me en valeur, sans aucun proc&#232;s (de production) qui serve de m&#233;diation &#187;4. Cet argent qui produit plus d'argent est compos&#233; d'actions et de titres de cr&#233;ances (obilgations, pr&#234;ts) qui sont les principaux actifs financiers. Le capital financier d&#233;signe &#233;galement un ensemble de formes organisationnelles (et donc sociales). Ainsi, les fonds de placement financier (fonds de pension, fonds mutuels) ont pris une importance d&#233;cisive depuis deux d&#233;cennies. Ils ne se substituent pas pour autant aux banques et institutions de cr&#233;dit qui dessin&#232;rent une partie des contours organisationnels du capital financier analys&#233; par les marxistes au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance retrouv&#233;e du capital financier &#224; la fin du vingti&#232;me si&#232;cle s'est accompagn&#233;e d'une mont&#233;e sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du capitalisme, des d&#233;tenteurs de titres de propri&#233;t&#233; et de cr&#233;ances. Cette mont&#233;e se mesure par le nombre des foyers d'accumulation financi&#232;re, leur richesse en niveau nominal de capitalisation et leur force en termes de levier de pouvoir &#233;conomique et politique5. La bourgeoisie financi&#232;re et les couches sociales qu'elle associe &#224; ce mode de r&#233;mun&#233;ration disposent de puissants moyens d'appropriation de la plus-value cr&#233;&#233;e dans la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation du capital marque bien une extension de l'espace des rapports sociaux capitalistes. Cet espace est territorial - par exemple les anciennes &#233;conomies planifi&#233;es sont int&#233;gr&#233;es dans cet espace - mais il englobe &#233;galement de nouvelles sph&#232;res de mise en valeur - les ressources environnementales, l'air, l'eau - au moyen de la privatisation et de la cr&#233;ation de march&#233;s. Des droits de propri&#233;t&#233; sont cr&#233;&#233;s sur ces biens qui deviennent d&#232;s lors des marchandises, pendant que les droits de propri&#233;t&#233; font eux-m&#234;mes l'objet de n&#233;gociations sur les march&#233;s financiers d&#233;j&#224; existants ou cr&#233;&#233;s pour l'occasion. C'est ainsi que l' &#171; &#233;puisement de la nature &#187; (Marx), les atteintes &#224; l'environnement deviennent de nouveaux &#034;champ d'accumulation&#034; pour les propri&#233;taires du capital (par exemple les march&#233;s des droits &#224; polluer). Loin du &#171; processus de destruction cr&#233;atrice &#187; d&#233;crit par Schumpeter, la cr&#233;ation de nouveaux march&#233;s de droits de propri&#233;t&#233; se traduit par la destruction des richesses dans de nombreux pays et m&#234;me r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pleinement appr&#233;cier l'interaction entre l'attitude de la bourgeoisie financi&#232;re et la trajectoire du capitalisme de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es qui a produit ce qu'on appelle la &#171; mondialisation &#187; - et que E.M. Wood appelle plus judicieusement &#171; l'universalisation &#187; du capitalisme6. Depuis la fin des ann&#233;es soixante-dix, en tant qu'appui au capital financier et &#224; sa position dominante, les &#171; march&#233;s financiers &#187; sont devenus des institutions centrales du capitalisme des ann&#233;es quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Ils ont permis au capital de concentrer sa puissance face au travail, et offert &#224; la bourgeoisie et aux classes renti&#232;res un enrichissement consid&#233;rable. Le capital financier a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'appui inconditionnel des politiques n&#233;olib&#233;rales. Cependant, ni l'&#233;l&#233;vation consid&#233;rable du taux d'exploitation de la main-d'&#339;uvre cons&#233;cutive &#224; l'offensive du capital contre le travail, ni l'ouverture de nouveaux march&#233;s en URSS et dans les pays de l'est, n'ont produit &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te une augmentation significative de l'accumulation du capital, c'est-&#224;-dire une reproduction &#233;largie de la valeur cr&#233;&#233;e. Cette situation indique qu'il faut plus que jamais distinguer, d'une part l'extension de la domination du capital et des rapports de propri&#233;t&#233; sur lesquels il est fond&#233; - soit au sens strict, l'extension de l'espace de la reproduction des rapports sociaux - et d'autre part, une augmentation v&#233;ritable de l'accumulation du capital, c'est-&#224;-dire une reproduction &#233;largie de la valeur cr&#233;&#233;e. La &#171; mondialisation du capital &#187; combine ces deux caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle manifeste la supr&#233;matie d'un mode de domination sociale dans lequel les formes d'appropriation de la valeur par la rente ou la pure pr&#233;dation gr&#226;ce &#224; une extension des rapports de propri&#233;t&#233; (territoriale mais aussi sur la nature, l'air, etc.) l'emportent sur sa cr&#233;ation massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une bourgeoisie financi&#232;re mondiale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation du capital se traduit-elle sur le plan social par la formation d'une bourgeoisie mondiale7 ? La tentation de r&#233;pondre positivement est d'autant plus grande que dans l'histoire du capitalisme, la classe des financiers est souvent pr&#233;sent&#233;e comme la plus &#171; cosmopolite &#187; , celle dont les int&#233;r&#234;ts sont les plus d&#233;tach&#233;es des pr&#233;occupations nationales (cf. les analyses de Polanyi). Il est certain que des tendances &#224; la constitution d'une bourgeoisie mondiale existent. D'abord, les groupes financiers multinationaux, ont &#224; leur t&#234;te des dirigeants qui partagent les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et la m&#234;me &#171; culture &#187;. Leur proximit&#233; repose sur un mode de r&#233;mun&#233;ration qui est fond&#233; pour une part importante sur des actifs financiers (stock-options). Ils forment une composante de la bourgeoisie financi&#232;re. Un autre facteur favorable &#224; la &#171; mondialisation &#187; de la bourgeoisie financi&#232;re et renti&#232;re est fournie par l'int&#233;r&#234;t commun que les d&#233;tenteurs d'actifs financiers (de droits de propri&#233;t&#233; et cr&#233;ances) prennent &#224; la mise en &#339;uvre de politiques similaires. Ils sont persuad&#233;s que leur argent doit produire plus d'argent &#171; tout aussi naturellement que le poirier produit des poires &#187; (Marx). Ils sont indiff&#233;rents aux conditions dans lesquelles la valeur va &#234;tre cr&#233;&#233;e et &#224; la fa&#231;on dont une partie va leur &#233;choir (imp&#244;ts pour payer la dette publique, licenciements, fermetures de sites de production pour toucher les dividendes de leurs actions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'en remettent aux politiques n&#233;olib&#233;rales et aux institutions internationales. Celles-ci imposent &#224; l'&#233;chelle mondiale les m&#234;mes th&#233;rapeutiques (r&#233;duction des d&#233;penses sociales, d&#233;r&#233;glementation/privatisation des industries et des march&#233;s, etc.) qui sont dirig&#233;es vers un m&#234;me objectif. On comprend que de telles politiques &#233;conomiques soient soutenues par les bourgeoisies financi&#232;res et renti&#232;res, y compris celle des pays &#233;mergents et du sud, alors m&#234;me que ces politiques conduisent &#224; la d&#233;sint&#233;gration &#233;conomique et &#224; la d&#233;tresse sociale de leur pays (exemple de l'Argentine d'o&#249; les &#233;lites ont pu faire sortir leurs capitaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la constitution au plan politique, militaire et id&#233;ologique d'un &#171; bloc transatlantique &#187; uni par des &#171; valeurs communes &#187;, ceux de la &#171; d&#233;mocratie de march&#233; &#187; est un facteur d'homog&#233;n&#233;isation des classes dominantes, en tout cas de leur &#034;transatlantisation&#034;. La protection militaire des droits de propri&#233;t&#233; est centrale dans la mondialisation du capital. Cependant, il existe des contre-tendances tr&#232;s fortes &#224; la formation d'une bourgeoisie mondiale. Les classes dominantes des pays d&#233;velopp&#233;s ne peuvent &#234;tre r&#233;duits &#224; de purs op&#233;rateurs &#233;conomiques. Leur domination ne peut se concevoir hors du pouvoir politique qu'elles d&#233;tiennent. Il est certes bien connu que dans le capitalisme, &#224; la diff&#233;rence des autres modes de production et soci&#233;t&#233;s, le politique et l'&#233;conomie constituent deux sph&#232;res d'activit&#233;s distinctes. La coercition physique n'est en principe pas n&#233;cessaire pour permettre au proc&#232;s de production de se poursuivre. A la diff&#233;rence de soci&#233;t&#233;s esclavagistes et de servage, l&#224; o&#249; domine le capitalisme, la &#171; libert&#233; &#187; - naturellement toute relative - de celui qui propose sa force de travail (le salari&#233; producteur) doit en principe suffire pour le contraindre &#224; le faire, puisqu'il ne dispose pas d'autres moyens pour vivre. Toutefois, la s&#233;paration de l'&#233;conomique et du politique ne signifie pas leur ind&#233;pendance. Car un mode de production n'est pas seulement une technologie mais plus fondamentalement une relation de pouvoir, et les droits de propri&#233;t&#233; doivent &#234;tre prot&#233;g&#233;s lorsqu'ils sont attaqu&#233;s (il ne suffit pas de cr&#233;er des droits de propri&#233;t&#233;, il fautles d&#233;fendre). Les classes dominantes doivent asseoir et consolider leur domination politique, elles ont besoin pour cela des Etats, au sein desquelles ces instruments de domination et de coercition se sont forg&#233;s et renforc&#233;s. Ce qui n'emp&#234;che pas ces Etatsnations de confronter et joindre leurs politiques dans le cadre d'Institutions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partition nationale des classes dominantes demeure fondamentale, en particulier pour les bourgeoisies les plus puissantes qui ont pu maintenir, gr&#226;ce &#224; leur pass&#233; imp&#233;rialistes une place significative dans les &#171; affaires du monde &#187;. Ceci est &#233;videmment tout aussi valable pour la bourgeoisie am&#233;ricaine, dont l'Etat est plus que jamais indispensable &#224; la d&#233;fense et &#224; l'extension de ses int&#233;r&#234;ts propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les bourgeoisies des pays d&#233;velopp&#233;s se livrent &#224; une concurrence qui n'est pas att&#233;nu&#233;e, mais exacerb&#233;e par la mondialisation du capital. Celle-ci n'est pas une &#233;tape &#034;sup&#233;rieure&#034; dans le d&#233;veloppement du capitalisme qui serait pacifi&#233;. Au contraire, l'&#233;tat de crise &#233;conomique end&#233;mique aiguise les rivalit&#233;s intercapitalistes et interimp&#233;rialistes. On peut prendre le cas de la bourgeoisie fran&#231;aise comme exemple de ces processus contradictoires concernant la bourgeoisie financi&#232;re. L'obstination des classes dirigeantes fran&#231;aises et des gouvernements &#224; mettre en place des &#034;fonds de pension &#224; la fran&#231;aise&#034; t&#233;moigne &#224; la fois du mouvement de mondialisation du capital domin&#233; par la finance mais &#233;galement au sein de celle-ci, de la persistance des fragmentations nationales. La cr&#233;ation de fonds de pension r&#233;pond &#224; plusieurs objectifs, dont celui de diminuer le co&#251;t salarial et d'&#233;lever le taux d'exploitation de la main-d'&#339;uvre. En cherchant &#224; imposer les fonds de pension, la bourgeoisie fran&#231;aise participe pleinement &#224; la mondialisation du capital et &#224; son essence fortement renti&#232;re. En ce sens, elle partage des int&#233;r&#234;ts communs avec les bourgeoisies financi&#232;res des autres pays imp&#233;rialistes. Mais les classes dirigeantes fran&#231;aises cherchent tout autant &#224; pr&#233;server leur contr&#244;le sur la production de plus-value de &#171; leurs &#187; salari&#233;s face &#224; la concurrence des fonds anglo-saxons qui ont s&#233;rieusement augment&#233; leur pr&#233;sence dans les groupes cot&#233;s au CAC 40. Les classes dirigeantes esp&#232;rent qu'autour du caract&#232;re &#171; fran&#231;ais &#187; des fonds de pension, elles pourront r&#233;aliser un consensus, et obtenir la participation des salari&#233;s &#224; leur propre explication au nom de l'int&#233;r&#234;t national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le statut des classes exploit&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx consid&#233;rait que la domination du capitalisme est la mieux assur&#233;e lorsque le capital est capable de faire travailler les producteurs dans des conditions o&#249; se g&#233;n&#233;ralise la production de plus-value relative plut&#244;t que de plus-value absolue. La plus-value relative est obtenue par l'augmentation de la productivit&#233; et de l'intensit&#233; du travail, elle exige donc &#171; un emploi conscient des sciences naturelles de la m&#233;canique, de la chimie, etc., appliqu&#233;es &#224; des fins technologiques d&#233;termin&#233;es, et gr&#226;ce &#224; tout ce qui se rattache au travail effectu&#233; &#224; grande &#233;chelle &#187;8. La plus-value absolue est principalement produite par l'allongement de la dur&#233;e de travail ou la r&#233;duction pure et simple du salaire. Les d&#233;cennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale ont sembl&#233; marquer le triomphe du mode de production de la plusvalue relative dans les pays d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait erron&#233; de consid&#233;rer que la mondialisation du capital va simplement &#233;largir au plan mondial les processus de constitution des classes ouvri&#232;res produites par le d&#233;veloppement du capitalisme industriel au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle et promouvoir &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te une forme de croissance fond&#233;e sur le machinisme technologique. Le capitalisme ne produit pas la convergence, mais l'in&#233;galit&#233;. Au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, l'expansion mondiale du capitalisme ne s'est pas r&#233;alis&#233;e sous la forme d'une sorte de g&#233;n&#233;ralisation aux colonies d'un type d'industrialisation similaire &#224; celui mis en place dans les pays colonisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le maintien de structures pr&#233;-capitalistes a permis une exploitation sans limite des populations, le siphonnage des richesses cr&#233;&#233;es par les communaut&#233;s vivant en dehors du mode de production capitalise au moyen d'imp&#244;ts collect&#233;s par les fonctionnaires ont coexist&#233; avec la cr&#233;ation de structures fond&#233;es sur le rapport capitaliste dans certains secteurs industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai propos&#233; l'hypoth&#232;se que la domination contemporaine du capital financier renforce les traits rentiers et pr&#233;dateurs du mode de domination capitaliste. La mondialisation provoque dans certaines r&#233;gions de la plan&#232;te l'exclusion de centaines de millions d'individus qui sont en &#171; surnombre &#187;, elle met m&#234;me en p&#233;ril les conditions de simple reproduction des populations, comme cela est &#233;tabli par le PNUD. Ailleurs, la mondialisation s'est traduite par la cr&#233;ation de poches d'accumulation du capital industriel et l'utilisation d'une force de travail dans des conditions qui s'apparentent de plus en plus &#224; la cr&#233;ation de plus-value absolue9. Sous le nom de &#171; travail informel &#187;, la dur&#233;e de travail n'est limit&#233;e par aucune l&#233;gislation, le niveau de r&#233;mun&#233;ration est insuffisant pour permettre la reproduction des producteurs et celle de leur famille, qui n'est assur&#233;e que pour autant que subsistent des formes traditionnelles de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays d&#233;velopp&#233;s, la volont&#233; de d&#233;sint&#233;grer le salariat comme collectif d'individus (comme classe) passe par la tentative de ramener les salari&#233;s &#224; un statut de &#171; louage de services &#187; qui existait avant l'essor du capitalisme industriel. L'individualisation des salaires, la flexibilit&#233;, la transformation de la relation capital-travail en une relation de type commercial, sont quelques unes des mesures prises pour faciliter l'allongement de la dur&#233;e du travail et la baisse pure et simple du salaire. Les mesures sereinement mises en &#339;uvre ou pr&#233;par&#233;es par le patronat confirment que le capitalisme n'est pas porteur de progr&#232;s tendanciel, elles indiquent quel point le capital veut revenir loin en arri&#232;re. Le sousbassement id&#233;ologique n'est plus comme avec la loi Le Chapelier de faire obstacle aux &#171; coalitions &#187; (aux syndicats ouvriers), mais de permettre &#224; chaque individu, pris comme un agent &#233;conomique souverain, de faire fructifier son &#171; capital humain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Par 1 . K. Marx [1965, p. 568]&lt;br class='autobr' /&gt;
2 . Cette question, tr&#232;s technique et tr&#232;s controvers&#233;e, n'est pas d&#233;velopp&#233;e ici. Voir P. Salama, T. Hai Hac [1992], ou pour une approche simple J.M. Harribey [2002].&lt;br class='autobr' /&gt;
3 . Marx [1965, p. 645]&lt;br class='autobr' /&gt;
4. K. Marx, Le Capital, livre 3, chapitre 25. &lt;br class='autobr' /&gt;
5. Voir A. Orl&#233;an, Le pouvoir de la finance, O. Jacob, 1999, et F. Lordon, Fonds de pension, pi&#232;ge &#224; cons ? Mirage de la d&#233;mocratie actionnariale, Raisons d'Agir, 2000. &lt;br class='autobr' /&gt;
6. E.M. Wood, Democracy Against Capitalism, Reviewing Historical Materialism, Cambridge University Press, 1995. &lt;br class='autobr' /&gt;
7. Voir C. Serfati, &#171; Une bourgeoisie mondiale pour un capital financier mondialis&#233; ? &#187; dans S. de Brunhoff et al. [2001].&lt;br class='autobr' /&gt;
8. K. Marx, Un chapitre in&#233;dit du Capital, 10/18, page 200. 9. Voir sur l'analyse des facteurs du retour de formes de plus-value absolue en Am&#233;rique latine, P. Salama &#171; La financiarisation excluante : les le&#231;ons des &#233;conomies latino-am&#233;ricaines &#187;, dans F. Chesnais [1996].&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie succincte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrages fondamentaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Marx, Le Capital, Gallimard, La Pl&#233;iade, tomes 1 et 2, 1965 et 1968, ou Ed. Sociales (8 volumes). K. Marx, F. Engels, Le Manifeste communiste, Gallimard, La Pl&#233;iade, tome 1, 1965, ou Ed. Sociales, 1973, ou PUF, 1991, ou UGE, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrages d'initiation ou d'actualisation :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. de Brunhoff, I. Caro, C. Serfati, A.C. Wagner, P.P. Zalio, Bourgeoisie : &#233;tat d'une classe dominante, Syllepse, 2001. F. Chesnais (coord.), La mondialisation financi&#232;re, Gen&#232;se, co&#251;t et enjeux, Syros, Alternatives &#233;conomiques, 1996. G. Dum&#233;nil, D. L&#233;vy (sous la dir. de), Le triangle infernal, Crise, mondialisation, financiarisation, PUF, 1999. J.M. Harribey, La d&#233;mence s&#233;nile du capital, Fragments d'&#233;conomie critique, Ed. du Passant Ordinaire, 2002. P. Salama, T. Hai Hac, Introduction &#224; l'&#233;conomie de Marx, La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; Arles 2002&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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