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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Qui a r&#233;ellement gagn&#233; en Libye ? </title>
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		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>


		<dc:subject>Libye</dc:subject>

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&lt;p&gt;Avec la prise de Tripoli par les forces rebelles soutenues par l'OTAN, le r&#232;gne du dictateur Mouhammar Kadhafi est arriv&#233; &#224; son terme. Apr&#232;s plusieurs mois d'enlisement militaire, la capitale libyenne est tomb&#233;e avec une vitesse notable. Bien qu'il y ait encore des combats et que Kadhadi n'ait pas &#233;t&#233; captur&#233;, le sort de son r&#233;gime est bel et bien scell&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Il y a eu des c&#233;l&#233;brations massives &#224; Tripoli et dans tout le pays. Kadhafi est un m&#233;prisable dictateur qui a gouvern&#233; la Libye avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Afrique-du-Nord-" rel="directory"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec la prise de Tripoli par les forces rebelles soutenues par l'OTAN, le r&#232;gne du dictateur Mouhammar Kadhafi est arriv&#233; &#224; son terme. Apr&#232;s plusieurs mois d'enlisement militaire, la capitale libyenne est tomb&#233;e avec une vitesse notable. Bien qu'il y ait encore des combats et que Kadhadi n'ait pas &#233;t&#233; captur&#233;, le sort de son r&#233;gime est bel et bien scell&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a eu des c&#233;l&#233;brations massives &#224; Tripoli et dans tout le pays. Kadhafi est un m&#233;prisable dictateur qui a gouvern&#233; la Libye avec une main de fer pendant plus de 40 ans, &#233;crasant la dissidence et enrichissant sa famille et son entourage proche. La haine &#224; l'&#233;gard de cette dictature et une soif de d&#233;mocratie et de libert&#233; ont aliment&#233; le soul&#232;vement contre Kadhafi, un soul&#232;vement clairement inspir&#233; par les r&#233;volutions en Tunisie et en &#201;gypte, pays se situant respectivement &#224; l'ouest et &#224; l'est de la Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le caract&#232;re du soul&#232;vement libyen a &#233;t&#233; d&#233;voy&#233; au cours des mois pr&#233;c&#233;dents. Les forces rebelles qui ont pris Tripoli cette semaine ont op&#233;r&#233; en collaboration avec les forces de l'OTAN qui, elles, ne partagent nullement la soif de libert&#233; des Libyens. Comme le journaliste ind&#233;pendant Patrick Cockburn l'avait pr&#233;dit il y a quelques mois ; &#171; la chute de Kadhafi sera principalement obtenue par l'OTAN et non par une r&#233;volution populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars dernier, les Nations Unies ont autoris&#233; une campagne a&#233;rienne contre la Libye, dirig&#233;e par les &#201;tats-Unis, avec comme justificatif l'arr&#234;t des massacres contre la population en r&#233;volte. Mais, tandis que la guerre a&#233;rienne s'intensifiait, les gouvernements occidentaux ont remodel&#233; l'opposition anti-Kadhafi &#224; la mesure de leurs propres int&#233;r&#234;ts &#8211; entre autres choses, garantir le flux de p&#233;trole libyen et, plus important encore, cr&#233;er un v&#233;ritable barrage pro-occidental contre la mar&#233;e r&#233;volutionnaire qui s'&#233;tend dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s europ&#233;ens ont soutenus les &#233;l&#233;ments les plus conservateurs parmi ceux qui affirment diriger la lutte contre Kadhafi. Certains d'entre eux ont d&#233;j&#224; collabor&#233; avec la CIA dans le pass&#233;, tandis que d'autres &#233;taient des hauts fonctionnaires du r&#233;gime de Kadhafi qui ont opportun&#233;ment retourn&#233; leur veste &#224; temps. Le futur gouvernement libyen sera essentiellement compos&#233; par ces &#233;l&#233;ments et aura une &#233;norme dette envers les &#201;tats-Unis et ses alli&#233;s europ&#233;ens, ce qui le soumettra aux int&#233;r&#234;ts de ces derniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela constitue un s&#233;rieux revers pour le &#171; Printemps arabe &#187; qui, au d&#233;but de cette ann&#233;e, a illumin&#233; le monde avec l'esp&#233;rance d'une alternative &#224; l'oppression, &#224; la violence et &#224; la tyrannie. Toute personne qui lutte pour la justice ne pleurera pas la chute de Kadhafi. Il &#233;tait un tyran ayant beaucoup de sang sur les mains. Mais toute personne qui s'oppose &#224; l'imp&#233;rialisme et &#224; ses crimes ne peut c&#233;l&#233;brer sa chute dans de telles circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rapidit&#233; avec laquelle Tripoli est tomb&#233;e a surpris tout le monde et y compris les forces rebelles elles-m&#234;mes, surtout apr&#232;s les dures batailles pr&#233;alables qui se sont d&#233;roul&#233;es ces derni&#232;res semaines dans les villes des alentours de la capitale. La campagne de propagande du r&#233;gime &#8211; avec des d&#233;monstrations de soutien orchestr&#233;es assurant que les habitants de la capitale se l&#232;veraient en masse pour d&#233;fendre leur leader bien aim&#233; &#8211; n'&#233;tait qu'une tromperie. La chute rapide de la ville a d&#233;montr&#233; le faible niveau de soutien dont jouissait Kadhafi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d'autre part, les images retransmises de Tripoli par les m&#233;dias &#8211; avec des combattants l&#233;g&#232;rement arm&#233;s, entrant dans la capitale sur une grande vari&#233;t&#233; de v&#233;hicules &#8211; occultent la v&#233;ritable histoire : l'assaut contre Tripoli fut une campagne militaire coordonn&#233;e - et dans sa totalit&#233; d&#233;pendante - par les forces de l'OTAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces rebelles &#233;taient d&#233;pendantes du soutien a&#233;rien de l'OTAN depuis le d&#233;but de son intervention en mars dernier. Au cours de ces 5 mois et jusqu'au 20 ao&#251;t dernier, les forces occidentales ont effectu&#233;es 7.459 missions a&#233;riennes sur la Libye, soit une moyenne de 50 par jours, contre des milliers d'objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coordination de l'OTAN avec les forces rebelles s'est intensifi&#233;e au cours de ces derni&#232;res semaines. Selon le New York Times, les combattant libyens choisissaient les objectifs et transmettaient leur localisation avec des &#233;quipements fournis par les forces occidentales. Quand ils avaient besoin d'attaques a&#233;riennes, &#171; les rebelles avaient notre num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone &#187; a comment&#233; un diplomate anonyme. Le &#171; Times &#187; a rapport&#233; que, pendant l'entr&#233;e dans la capitale, &#171; les troupes de l'OTAN ont continu&#233; &#224; fournir un appui a&#233;rien au rebelles pendant toute la journ&#233;e, avec de multiples sorties a&#233;riennes destin&#233;es &#224; d&#233;gager le chemin entre Zawiyah et Tripoli. Les leaders rebelles sont reconnaissants envers l'OTAN d'avoir frustr&#233; une tentative des forces loyalistes &#224; Kadhafi de r&#233;cup&#233;rer Zawiyah. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien de l'Occident ne s'est pas limit&#233; &#224; la puissance a&#233;rienne. Des Forces sp&#233;ciales et des agents de renseignement op&#232;rent en Libye depuis le mois de mars, entra&#238;nant et conseillant les diff&#233;rents groupes rebelles, et dirigeant fr&#233;quemment leurs mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela contraste fortement avec les premiers jours du soul&#232;vement contre Kadhafi. Survenant &#224; la suite de la chute des dictateurs en Tunisie et en &#201;gypte, la r&#233;volte libyenne a suivie, au d&#233;but, le m&#234;me sc&#233;nario que ces autres mobilisations populaires, parvenant m&#234;me &#224; gagner la sympathie de certaines unit&#233;s militaires. La base principale de la r&#233;bellion fut la partie orientale du pays, proche de l'&#201;gypte, mais elle se propagea rapidement. A la fin du mois de f&#233;vrier, Kadhafi semblait sur le point de tomber lui aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le dictateur se r&#233;v&#233;la capable de se maintenir au pouvoir et d'organiser une contre-offensive reposant sur des unit&#233;s militaires fid&#232;les, afin d'&#233;craser la r&#233;bellion. D&#232;s que la lutte se transforma, essentiellement, en une bataille militaire, la r&#233;bellion perdit son impulsion initiale et son meilleur avantage &#8211; la mobilisation massive du peuple libyen exigeant la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mi-mars, les forces de Kadhafi avaient battu les d&#233;fenseurs mal arm&#233;s d'une s&#233;rie de villes qui s'&#233;taient jointes au soul&#232;vement et elles mena&#231;aient de prendre d'assaut Benghazi, centre oriental de la r&#233;volte. Pendant un temps, au cours de cette contre-offensive, les &#201;tats-Unis et les autres gouvernements occidentaux ont sembl&#233; h&#233;siter et laisser &#224; Kadhafi les mains libres pour &#233;craser la r&#233;bellion plut&#244;t que de permettre qu'une autre r&#233;volution populaire ne renverse un dictateur pro-occidental en Afrique du Nord. Mais, &#224; mesure que la violence du r&#233;gime se faisait plus brutale et mortelle &#8211; et avec les doutes entourant le degr&#233; de fiabilit&#233; de Kadhafi &#224; coop&#233;rer avec les compagnies p&#233;troli&#232;res occidentales - Washington et les autres capitales europ&#233;ennes ont d&#233;cid&#233; de changer de fusil d'&#233;paule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention a&#233;rienne &#8211; pr&#233;tendument destin&#233;e &#224; n'imposer qu'une &#171; zone d'exclusion a&#233;rienne &#187; - fut pr&#233;sent&#233;e comme une &#171; mission humanitaire &#187; afin d'emp&#234;cher les forces du r&#233;gime de faire couler le sang de la population civile. Mais cet objectif s'&#233;tendit tr&#232;s rapidement, comme plusieurs voix anti-guerre l'avaient pr&#233;dit. Barack Obama et les autres dirigeants occidentaux n'ont pas tard&#233; &#224; &#233;largir la &#171; mission humanitaire &#187; jusqu'&#224; provoquer la chute de Kadhafi pour imposer un nouveau gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux libyens ont accueillis positivement les premi&#232;res attaques alli&#233;es comme &#233;tant la seule mani&#232;re d'arr&#234;ter le bain de sang qui menacait Benghazi, malgr&#233; le fait que, d&#232;s le d&#233;but de l'insurrection de f&#233;vrier, le sentiment g&#233;n&#233;ral allait pourtant contre toute velleit&#233; des puissances occidentales &#224; dicter l'avenir de la Libye. Ainsi, au d&#233;but du mois de mars, les rebelles avaient captur&#233; des membres des forces sp&#233;ciales britanniques, qui d&#233;claraient vouloir prendre contact avec l'opposition, et les expulsaient du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, apr&#232;s que les op&#233;rations a&#233;riennes aient d&#233;but&#233;, les gouvernements occidentaux ont consacr&#233; beaucoup d'&#233;nergie &#224; remodeler l'opposition &#224; Kadhafi, cherchant &#224; promouvoir en son sein les figures ayant un pass&#233; de collaboration avec les &#201;tats-Unis ou des ex-fonctionnaires du r&#233;gime. Le chef du Conseil National de Transition (CNT) &#8211; reconnu par les &#201;tats-Unis et par 30 autres pays avant la chute de Kadhafi comme le &#171; repr&#233;sentant l&#233;gitime de la Libye &#187; - est Mustapha Abdul Jalil, qui fut Ministre de la justice de Kadhafi jusqu'&#224; sa d&#233;mission en f&#233;vrier dernier, au d&#233;but du soul&#232;vement. Les &#201;tats-Unis voient en lui un &#171; bon collaborateur &#187; selon les c&#226;bles diplomatiques du D&#233;partement d'&#201;tat r&#233;v&#233;l&#233;s par Wikileaks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme les combattants rebelles ont &#339;uvr&#233; en coordination &#233;troite avec les forces de l'OTAN, le CNT est en tr&#232;s bons termes avec les diplomates et les dirigeants occidentaux. Au d&#233;but de l'avance sur Tripoli, les leaders du CNT se concertaient avec Jeffrey Feltman, sous-secr&#233;taire d'&#201;tat US qui a visit&#233; Benghazi pour discuter &#171; d'une transition stable et d&#233;mocratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de doutes sur ce que quelqu'un comme Jeffrey Feltman entend par &#171; stabilit&#233; &#187;. Cependant, ce qui va survenir par la suite n'est pas encore grav&#233; dans le marbre. Ainsi, Patrick Cockburn a rapport&#233; qu'&#224; la fin de cette semaine il a parl&#233; avec des rebelles de la ville de Misratah &#8211; qui a connue les batailles les plus sanglantes de ces cinq derniers mois - qui lui ont affirm&#233; qu'ils n'accepteront par les ordres du CNT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que l'autorit&#233; des leaders parrain&#233;s par l'Occident soit contest&#233;e, mais les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s jouiront d'une position plus forte quand ces conflits vont &#233;merger. Ce sont eux qui ont promus au rang de &#171; leaders &#187; les &#233;l&#233;ments pro-occidentaux de l'opposition et leur puissance militaire a &#233;t&#233; indispensable dans la lutte contre le r&#233;gime de Kadhafi. Les puissances occidentales disposent maintenant d'une base d'op&#233;ration en Libye avec laquelle ils pourront intervenir &#224; n'importe quel moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, la moindre opposition libyenne aux int&#233;r&#234;ts occidentaux sera en position de faiblesse. Comme le marxiste britannique Richard Seymour l'a soulign&#233; : &#171; Il n'existe aucune force politique avec laquelle les masses peuvent agir de mani&#232;re ind&#233;pendante du nouveau gouvernement, si tant est qu'elles souhaitent le faire &#187;. En cons&#233;quence, les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s sont pratiquement assur&#233;s de pouvoir compter sur un gouvernement de collaboration en Libye, ind&#233;pendamment des aspirations des Libyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tripoli s'est lib&#233;r&#233;e des griffes d'un tyran &#187; a d&#233;clar&#233; Barack Obama. Mais si Kadhafi &#233;tait un tyran &#8211; et il l'&#233;tait sans l'ombre d'un doute &#8211; il fut aussi l'un de ces tyrans avec lesquels les &#201;tats-Unis &#233;taient des plus dispos&#233;s &#224; coop&#233;rer, du moins au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. Pendant les ann&#233;es 1980, Kadhafi, alors alli&#233; &#224; l'ex-URSS, &#233;tait le bouc &#233;missaire favori des dirigeants &#233;tatsuniens. Ronald Reagan l'avait appel&#233; le &#171; chien enrag&#233; du Moyen Orient &#187; et avait donn&#233; l'ordre de mener des attaques a&#233;riennes contre Tripoli et Benghazi en 1986. Mais &#224; la fin des ann&#233;es 1990, Kadhafi a fum&#233; le calumet de la paix avec ses anciens ennemis. Apr&#232;s les attaques du 11 septembre 2001, la Libye s'est associ&#233;e comme alli&#233;e dans la &#171; guerre contre le terrorisme &#187; et deux ans plus tard elle soutenait l'invasion de l'Irak. Apr&#232;s la normalisation des relations diplomatiques vint le temps des accords commerciaux juteux avec les multinationales p&#233;troli&#232;res : Exxon Mobil, Chevron et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Libye est le seul pays d'Afrique du Nord comptant sur d'importants gisements p&#233;troliers &#8211; ce qui explique l'enthousiasme des dirigeants europ&#233;ens &#224; devenir l'ami de Kadhafi pendant les ann&#233;es 2000. Silvio Berlusconi entretenait ainsi une relation tr&#232;s &#233;troite avec le dictateur. Malgr&#233; tout, d'apr&#232;s les documents du D&#233;partement d'&#201;tat r&#233;v&#233;l&#233;s par Wikileaks, les relations entre Kadhafi et les compagnies p&#233;troli&#232;res se sont d&#233;t&#233;rior&#233;es au cours des derni&#232;res ann&#233;es, du fait de la tendance croissante du dictateur &#224; &#171; durcir &#187; les termes des contrats afin d'obtenir plus de gains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu l'opportunit&#233; offerte d'intervenir militairement dans une r&#233;gion qui traverse des processus r&#233;volutionnaires depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e, Washington et ses alli&#233;s d&#233;cid&#232;rent finalement de se retourner contre leur alli&#233;, en feignant de &#171; d&#233;couvrir &#187; &#224; nouveau qu'il n'&#233;tait qu'un vil dictateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce renversement illustre les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts des gouvernements US et alli&#233;s dans le monde, qui n'ont que bien peu de choses &#224; voir avec les principes de la d&#233;mocratie et de la libert&#233;. Washington &#233;tait parfaitement satisfait de collaborer avec Kadhafi tant que cette relation servait ses int&#233;r&#234;ts. D&#233;sormais, les &#201;tats-Unis font le pari de r&#233;cup&#233;rer une partie du terrain perdu dans le monde arabe &#224; la suite des r&#233;volutions en Tunisie et en &#201;gypte, en aidant &#224; la chute de Kadhafi et en obtenant, au passage, un gouvernement libyen plus fiable afin de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kadhafi m&#233;ritait d'&#234;tre renvers&#233;. Mais les circonstances de sa chute repr&#233;sentent une avanc&#233;e pour l'imp&#233;rialisme et un revers pour la lutte afin d'&#233;tendre la d&#233;mocratie et la libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Article publi&#233; sous le titre &#171; Who really won in Libya ? &#187; sur le site : &lt;a href=&#034;http://socialistworker.org/2011/08/23/who-really-won-in-libya&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://socialistworker.org/2011/08/...&lt;/a&gt;, journal de l'International Socialist Organisation (ISO) des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction fran&#231;aise par Ataulfo Riera pour le site &lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.lcr-lagauche.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La question &#224; un milliard de dollars : qui sont les rebelles libyens ? </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-question-a-un-milliard-de-dollars-qui-sont-les-rebelles-libyens</link>
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		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>


		<dc:subject>Libye</dc:subject>

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&lt;p&gt;Les rebelles libyens ont consolid&#233; leur mainmise sur la capitale Tripoli en contr&#244;lant le quartier g&#233;n&#233;ral de Kadhafi mais on ne sait toujours pas o&#249; le dirigeant libyen se trouve. La Ligue arabe a annonc&#233; mardi qu'elle se r&#233;unirait cette semaine pour envisager de donner le si&#232;ge du pays aux rebelles libyens apr&#232;s qu'il ait &#233;t&#233; retir&#233; au gouvernement de Kadhafi il y a quelques mois. Amy Goodman de Democracy Now interviewe Gilbert Achcar, professeur &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes orientales et africaines (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH150/arton3249-6babc.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les rebelles libyens ont consolid&#233; leur mainmise sur la capitale Tripoli en contr&#244;lant le quartier g&#233;n&#233;ral de Kadhafi mais on ne sait toujours pas o&#249; le dirigeant libyen se trouve. La Ligue arabe a annonc&#233; mardi qu'elle se r&#233;unirait cette semaine pour envisager de donner le si&#232;ge du pays aux rebelles libyens apr&#232;s qu'il ait &#233;t&#233; retir&#233; au gouvernement de Kadhafi il y a quelques mois. Amy Goodman de Democracy Now interviewe Gilbert Achcar, professeur &#224; l'&#201;cole d'&#233;tudes orientales et africaines de Londres (extraits).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Amy Goodman : Qui sont les rebelles ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA &lt;/strong&gt; : Qui sont les rebelles ? C'est en fait la question &#224; un milliard de dollars parce que m&#234;me &#224; l'OTAN on se pose la m&#234;me question. Nous connaissons &#233;videmment le Conseil national de transition &#8212; et m&#234;me l&#224; nous avons une connaissance limit&#233;e parce que tous les membres ne sont pas connus et de nouveaux membres vont &#234;tre annonc&#233;s pour repr&#233;senter les nouvelles r&#233;gions, y compris Tripoli. Et vous trouvez l&#224; un m&#233;lange de lib&#233;raux, de membres de l'ancien r&#233;gime et des gens traditionnels qui repr&#233;sentent des composantes tribales du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous pouvons r&#233;ellement juger c'est le programme mis en avant par ce Conseil. En terme de programme politique, ce que nous voyons ressemble &#224; une &#233;bauche pour une transition d&#233;mocratique. Ils veulent organiser des &#233;lections ; en r&#233;alit&#233; deux tours d'&#233;lection : une pour une assembl&#233;e constituante qui &#233;crirait une constitution et une seconde, bas&#233;e sur cette constitution, pour &#233;lire un gouvernement. Et ils disent &#8212; m&#234;me si je suis tr&#232;s sceptique l&#224;-dessus &#8212; que tous les membres du Conseil national de transition ne participeraient pas &#224; ces deux tours d'&#233;lection. &#201;videmment, &#231;a reste encore &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau du programme &#233;conomique qui est repr&#233;sent&#233; dans le cabinet existant du Conseil vous retrouvez des gens qui jouaient d&#233;j&#224; le m&#234;me r&#244;le sous Kadhafi en supervisant les r&#233;formes n&#233;o-lib&#233;rales du pays. Donc rien d'original &#224; attendre de ce c&#244;t&#233;-l&#224;, ce n'est pas une r&#233;volution socialiste. Je pense que personne n'a jamais eu ce genre d'illusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, cela &#233;tant dit, quand nous pensons aux rebelles en termes de combattants ou de groupes de combattants, en terme de masses, celles qu'on a m&#234;me vues &#224; Tripoli dimanche soir, venant en grands nombres dans ce qui &#233;tait la place Verte, maintenant la place des Martyrs, alors vous trouvez un paysage tout &#224; fait h&#233;t&#233;rog&#232;ne. Et je dirais que l'immense majorit&#233; de ces gens n'ont pas de fond politique pr&#233;alable, y compris ceux qui tiennent les armes maintenant parce que la plupart des gens arm&#233;s maintenant &#233;taient des civils avant. Ce n'&#233;taient pas des militaires. Et la plupart de ces gens, apr&#232;s 42 ans de dictature, sans aucune r&#233;elle vie politique dans ce pays, sont tr&#232;s difficiles &#224; d&#233;crire politiquement. Nous devrons attendre pour voir ce qui ressortira quand commencera une r&#233;elle lutte politique dans le pays, de la m&#234;me mani&#232;re que nous voyons une lutte politique commencer en &#201;gypte ou en Tunisie &#8212; les deux pays o&#249; les dictateurs ont &#233;t&#233; vaincus jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AG : Comment l'OTAN a-t-elle choisi de travailler avec tel groupe de rebelles plut&#244;t qu'un autre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA :&lt;/strong&gt; En fait ils n'ont pas eu beaucoup de choix. Je veux dire que quand beaucoup de pays dans le monde ont d&#233;cid&#233; de reconna&#238;tre le Conseil national de transition et que vous entendez les gens dire &#171; Mais il n'a pas &#233;t&#233; &#233;lu &#187;, comment voulez-vous qu'il ait &#233;t&#233; &#233;lu ? On est en situation d'insurrection et on fait avec ce qu'on a. Ils n'ont pas dit qu'ils seraient les dirigeants permanents de ce pays. Ils se sont d&#233;clar&#233;s eux-m&#234;mes, d&#232;s le d&#233;but, de transition. Et ils disent qu'ils vont organiser des &#233;lections et quitter la sc&#232;ne. Et je viens aussi de mentionner que les membres du Conseil ne participeraient m&#234;me pas aux deux prochains tours d'&#233;lection. Il n'y a pas d'autre alternative au r&#233;gime de Kadhafi que ce Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, ce qui va se passer politiquement reste &#224; voir. De nouveau c'est comme de dire qu'en &#201;gypte, Moubarak a &#233;t&#233; renvers&#233;. Mais qui a pris le pouvoir ? Les militaires. Et en r&#233;alit&#233;, dans ce sens, ce qui se passe maintenant en Libye est une transformation de r&#233;gime plus radicale que ce qu'il y a eu en &#201;gypte parce qu'en &#201;gypte, en dehors de la pointe de l'iceberg qui a &#233;t&#233; &#233;ject&#233;e, l'entourage de Moubarak, principalement l'arm&#233;e a toujours le contr&#244;le. Et cela a &#233;t&#233; la colonne vert&#233;brale du r&#233;gime depuis le d&#233;but dans les ann&#233;es 50. Alors que maintenant, en Libye, bien qu'il y ait des membres de l'ancien r&#233;gime dans la r&#233;bellion, les structures du r&#233;gime, en commen&#231;ant par l'arm&#233;e de Kadhafi qui &#233;tait plut&#244;t un groupe de milices priv&#233;es et de garde pr&#233;torienne incluant aussi des mercenaires, sont en train de s'effondrer. Et nous avons vu comment &#231;a s'est effondr&#233; &#224; Tripoli m&#234;me si ce n'est pas encore termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;AG : &#171; Democracy Now ! &#187; a parl&#233; avec Phyllis Bennis hier de l'Institut pour les &#233;tudes politiques. Elle a dit que le contr&#244;le du p&#233;trole en Libye par les puissances occidentales a &#233;t&#233; une cause cruciale de ce conflit. Il y a pas mal de soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res &#8212; la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise Total, les soci&#233;t&#233;s &#233;tats-uniennes Marathon and Hess et Conoco Phliips. Fait int&#233;ressant, le gouvernement des rebelles libyens a d&#233;clar&#233; &#224; Reuters dans une interview qu'ils honoreraient tous les contrats p&#233;troliers conclus pendant le r&#233;gime de Kadhafi, y compris avec les soci&#233;t&#233;s chinoises. Qu'en pensez-vous ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;GA :&lt;/strong&gt; Il est &#233;vident que le p&#233;trole est un facteur cl&#233; dans l'intervention de l'OTAN et si la Libye n'avait pas &#233;t&#233; un pays p&#233;trolier, ils ne seraient pas intervenus. C'est tout &#224; fait &#233;vident. Maintenant, la question, comme vous l'avez dit, n'est pas d'acc&#233;der &#224; des territoires qui &#233;taient en dehors des possibilit&#233;s des occidentaux. Quasi tous les int&#233;r&#234;ts occidentaux &#233;taient repr&#233;sent&#233;s en Libye. Toutes les soci&#233;t&#233;s p&#233;troli&#232;res occidentales importantes avaient des contrats avec le r&#233;gime libyen. Et le gouvernement de transition, le Conseil national de transition, dit qu'il va honorer ces contrats avec tous les pays. Cela veut dire qu'&#224; ce niveau, les gains ne peuvent pas &#234;tre &#233;normes. Bien s&#251;r, si il y a de nouvelles concessions, de nouveaux contrats, les pays qui seront privil&#233;gi&#233;s seront ceux qui ont soutenu la r&#233;bellion depuis le d&#233;but, comme l'a dit le Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je pense que ce qui est plus important que &#231;a, c'est le march&#233; &#224; venir parce qu'il y a eu beaucoup de destructions et qu'il y a beaucoup d'infrastructures &#224; reconstruire. Et bien s&#251;r, les soci&#233;t&#233;s occidentales, en commen&#231;ant par les soci&#233;t&#233;s &#233;tats-uniennes, britanniques et fran&#231;aises, seront tr&#232;s int&#233;ress&#233;es &#224; rentrer dans ce march&#233;. Donc, bien s&#251;r, l'OTAN a une motivation majeure, et c'est une question d'int&#233;r&#234;t, derri&#232;re cette intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais entre &#231;a et croire que l'OTAN a maintenant le contr&#244;le en Libye, il y a loin. M&#234;me dans des pays comme l'Irak ou l'Afghanistan avec des troupes de l'OTAN au sol &#8212; massivement et depuis longtemps en Irak &#8212; ils n'ont pas &#233;t&#233; capables de contr&#244;ler le pays. Donc comment voulez-vous que l'OTAN et l'Occident contr&#244;lent la Libye &#224; distance, sans aucune troupe au sol ? Et c'est pour cela que certains, comme Richard Haass du Conseil des relations &#233;trang&#232;res, demandent &#224; Washington d'envoyer des troupes au sol. Mais cela a &#233;t&#233; compl&#232;tement rejet&#233; par la rebellion, d&#232;s le premier jour. Ils ont demand&#233; une couverture a&#233;rienne, une protection a&#233;rienne. Mais ils &#233;taient tr&#232;s clairs d&#232;s le d&#233;part pour rejeter toute intervention au sol. Et ils ont toujours la m&#234;me position. Ils ont m&#234;me dit r&#233;cemment qu'ils n'autoriseraient pas l'OTAN &#224; &#233;tablir des bases dans leur pays. Et on peut voir beaucoup de signes. Comme quand ils pr&#233;viennent qu'ils n'enverront pas Kadhafi et ses fils &#224; la Cour internationale de justice mais qu'ils feront des proc&#232;s en Libye m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre donc la limitation &#8212; quoiqu'on en dise &#224; Washington, Londres ou Paris &#8212; de leur r&#233;elle emprise sur la situation en Libye. Ils ont une influence limit&#233;e tant que les forces de Kadhafi sont encore l&#224; et que la guerre continue. Mais d&#232;s que ce sera fini, leur influence sera extr&#234;mement diminu&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; sur &lt;a href=&#034;http://www.democracynow.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.democracynow.org&lt;/a&gt; le 24 ao&#251;t 2011.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par Martin Laurent pour le site &lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.lcr-lagauche.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La &#171; conspiration &#187; de l'OTAN contre la r&#233;volution libyenne</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-conspiration-de-l-OTAN-contre-la-revolution-libyenne</link>
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		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>


		<dc:subject>Libye</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte illustre les relations entre les rebelles libyens et les forces de l'OTAN. Il r&#233;fute la th&#232;se selon laquelle la chute du dictateur Kadhafi serait due &#224; une &#034;conspiration&#034; des puissances &#233;trang&#232;res. Pour ne pas tomber dans le pi&#232;ge de d&#233;fendre des tyrans, dont Kadhafi, parce qu'ils ont un discours &#034;anti-imp&#233;rialiste&#034;. Le soul&#232;vement populaire libyen est l&#233;gitime et s'ins&#232;re dans la m&#234;me vague de r&#233;volutions qui secoue la r&#233;gion de pr&#233;dominance arabe. Les puissances capitalistes ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Afrique-du-Nord-" rel="directory"&gt;Afrique du Nord&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH131/arton3236-1374b.jpg?1629994132' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte illustre les relations entre les rebelles libyens et les forces de l'OTAN. Il r&#233;fute la th&#232;se selon laquelle la chute du dictateur Kadhafi serait due &#224; une &#034;conspiration&#034; des puissances &#233;trang&#232;res. Pour ne pas tomber dans le pi&#232;ge de d&#233;fendre des tyrans, dont Kadhafi, parce qu'ils ont un discours &#034;anti-imp&#233;rialiste&#034;. Le soul&#232;vement populaire libyen est l&#233;gitime et s'ins&#232;re dans la m&#234;me vague de r&#233;volutions qui secoue la r&#233;gion de pr&#233;dominance arabe. Les puissances capitalistes ont une attitude opportuniste et tentent de d&#233;tourner &#224; leur fin le d&#233;sir de libert&#233; des peuples nord-africains.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans une tribune libre du &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; (19 juillet 2011), Max Boot &#8211; un auteur et historien militaire n&#233;oconservateur, connu pour son soutien &#224; la &#171; promotion de la d&#233;mocratie &#187; par la force des ba&#239;onnettes et partisan enthousiaste d'un engagement militaire &#233;tats-unien &#224; grande &#233;chelle en Libye &#8211; s'est r&#233;f&#233;r&#233; &#224; un article du &lt;i&gt;Financial Times&lt;/i&gt; (15 juin) qui comparait l'actuelle compagne de bombardements a&#233;riens en Libye &#224; la guerre a&#233;rienne du Kosovo en 1999 afin de souligner &lt;i&gt;&#171; le manque de puissance de feu dans l'op&#233;ration libyenne. &#187;&lt;/i&gt; D&#233;veloppant ce m&#234;me th&#232;me, Boot a ajout&#233; les d&#233;tails suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La guerre [du Kosovo] ne faisait gu&#232;re penser &#224; &#171; Apocalypse Now &#187; &#8211; elle &#233;tait elle-m&#234;me &#233;troitement limit&#233;e. Mais apr&#232;s 78 jours au Kosovo, les alli&#233;s avaient engag&#233; 1.100 avions et r&#233;alis&#233; 38.004 sorties. En Libye, par contre, l'OTAN n'a engag&#233; que 250 avions et effectu&#233; 11.107 sorties. Ce n'est pas une co&#239;ncidence si Slobodan Milosevic a d&#233;cid&#233; de l&#226;cher le Kosovo au bout de 78 jours, alors que Kadhafi continue &#224; s'accrocher au pouvoir m&#234;me apr&#232;s 124 jours &#8211; et ce n'est pas encore fini. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des paradoxes libyens de l'OTAN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'op&#233;ration Temp&#234;te du D&#233;sert lanc&#233;e par la coalition men&#233;e par les &#201;tats-Unis contre l'Irak en 1991, il n'a fallu que 11 jours pour atteindre le nombre de sorties a&#233;riennes r&#233;alis&#233;es en Libye en 78 jours. Le nombre total de sorties durant les 43 jours qu'a dur&#233; Temp&#234;te du D&#233;sert a atteint 109.876, soit 2.555 en moyenne par jour. Apr&#232;s la d&#233;vastation entra&#238;n&#233;e par cette &#171; temp&#234;te &#187; et d'autres campagnes de bombardement au cours des douze ans d'embargo entre 1991 et 2003, 41.850 sorties a&#233;riennes ont &#233;t&#233; effectu&#233;es au cours des quatre premi&#232;res semaines de l'Op&#233;ration Libert&#233; pour l'Irak. Parmi elles, 15.825 &#233;taient des sorties pour frappes, soit 565 par jour en moyenne. C'est ainsi qu'Andrew Gilligan a pu &#233;crire dans &lt;i&gt;The Spectator&lt;/i&gt; (4 juin) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Malgr&#233; les incantations &#233;voquant &#8220;l'intensification&#8221; des attaques et &#8220;les bombardements les plus lourds jusqu'&#224; pr&#233;sent&#8221;, les bombardements sont, et ont toujours &#233;t&#233;, relativement l&#233;gers. Tout au long de l'op&#233;ration, le nombre de sorties pour frappes de l'OTAN &#8211; dont seule une partie d&#233;bouche effectivement sur des frappes a&#233;riennes &#8211; a &#233;t&#233; de moins de 57 par jour en moyenne, soit moins de la moiti&#233; de celles effectu&#233;es au cours de la mission tr&#232;s similaire de la coalition au Kosovo, et &#224; peine une fraction de celles effectu&#233;es par les &#201;tats-Unis et la Grande-Bretagne en Irak. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il ajouter que pour obliger un dictateur &#224; l&#226;cher le pouvoir, il est n&#233;cessaire d'exercer une pression beaucoup plus forte que pour le contraindre &#224; abandonner une partie de son territoire. Puisque Kadhafi n'avait pratiquement plus aucune chance de reprendre contr&#244;le de Benghazi, il aurait &#233;t&#233; content de se d&#233;barrasser de cette ville rebelle, ainsi que de toute la r&#233;gion &#224; l'est d'Ajdabia, si cela pouvait lui permettre de sauver le tr&#244;ne du &#171; Rois des rois d'Afrique &#187; pour lequel il a achet&#233; des all&#233;geances sans compter depuis 2008. C'est la raison pour laquelle Kadhafi a concentr&#233; tant de puissance militaire et de violence pour tenter de reprendre Misrata, la ville-cl&#233; tenue par les rebelles en Libye occidentale et dont la r&#233;sistance l'a emp&#234;ch&#233; de r&#233;aliser une partition de fait du pays. C'est pour la m&#234;me raison que les insurg&#233;s se sont obstin&#233;ment accroch&#233;s &#224; Misrata, malgr&#233; le d&#233;luge de fer et de feu qu'ils ont subi, alors qu'ils avaient l'option d'&#234;tre &#233;vacu&#233;s de la ville avec le reste des habitants par mer, comme l'ont &#233;t&#233; des milliers d'immigr&#233;s et de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accusations initiales de la propagande hostile aux rebelles les accusant d'ex&#233;cuter un plan visant &#224; la partition du pays ont &#233;t&#233; enti&#232;rement d&#233;menties par leur lutte acharn&#233;e pour lib&#233;rer l'ensemble de leur pays de la dictature de Kadhafi, et ce malgr&#233; le co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233; pour eux &#233;tant donn&#233;e la disproportion importante entre leurs forces terrestres et celles du r&#233;gime. Cette disproportion &#8211; en blind&#233;s, artillerie, missiles et combattants entra&#238;n&#233;s &#8211; n'est que partiellement contrebalanc&#233;e par l'intervention de l'OTAN. Les reportages des correspondants militaires depuis les divers fronts de la guerre au sol en Libye soulignent &#224; la fois le fait que les forces insurg&#233;es sont mal arm&#233;es, mal entra&#238;n&#233;es, peu professionnelles et chaotiques, et l'&#233;tonnant d&#233;vouement d'un grand nombre de civils devenus combattants pour la lib&#233;ration de l'ensemble de leur pays. Ce d&#233;vouement explique la d&#233;termination des rebelles &#224; continuer &#224; se battre malgr&#233; le co&#251;t &#233;lev&#233; qu'implique le fait d'affronter les forces bien &#233;quip&#233;es, bien entra&#238;n&#233;es et grassement r&#233;tribu&#233;es par le r&#233;gime de Kadhafi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les questions cruciales sont donc les suivantes : pourquoi la campagne a&#233;rienne men&#233;e par l'OTAN en Libye est-elle de si basse intensit&#233;, non seulement en comparaison de la composante a&#233;rienne de la guerre men&#233;e pour la mainmise sur l'Irak, &#233;galement riche en p&#233;trole, mais aussi en comparaison de la guerre a&#233;rienne pour le Kosovo, territoire peu important sur le plan &#233;conomique ? Et pourquoi l'Alliance s'est-elle abstenue en m&#234;me temps de fournir des armes aux insurg&#233;s comme ils l'ont demand&#233; &#224; maintes reprises ? Il y a l&#224; apparemment deux paradoxes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier paradoxe est que tant en Irak qu'en Afghanistan, les guerres men&#233;es par les &#201;tats-Unis ont mis l'accent sur la &#171; nationalisation &#187; du conflit (dans l'esprit de la &#171; vietnamisation &#187; qui a pr&#233;c&#233;d&#233; le retrait &#233;tats-unien en 1973). En Libye, les forces locales supplient l'OTAN de leur fournir les armes dont elles ont besoin. Elles assurent qu'avec un armement ad&#233;quat elles pourraient tr&#232;s vite achever la lib&#233;ration de leur pays. Et pourtant l'OTAN refuse de les armer &#8211; la livraison limit&#233;e d'armes par la France sur le front occidental ne changeant pas grand-chose &#224; cette r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, contrairement aux Afghans, les insurg&#233;s libyens sont pr&#234;ts &#224; payer les armes qui leur seraient livr&#233;es et ils sont potentiellement solvables. Tout le monde sait que ce n'est pas dans les habitudes des marchands de canons occidentaux de n&#233;gliger des affaires juteuses. Ils ont rivalis&#233; de z&#232;le pour vendre des armes &#224; Kadhafi ces derni&#232;res ann&#233;es, et r&#233;ussi &#224; conclure avec lui des march&#233;s pour pr&#232;s d'un milliard de dollars entre la fin 2004, lorsque leurs gouvernements ont lev&#233; l'embargo sur la Libye, et la fin 2009. Parmi les armes livr&#233;es, il y avait notamment des bombes &#224; fragmentation vendues par une entreprise espagnole, des bombes que Kadhafi n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; utiliser contre son propre peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corollaire logique du refus par l'OTAN d'armer les insurg&#233;s aurait &#233;t&#233; de mener une campagne a&#233;rienne tr&#232;s intensive afin de compenser la faiblesse sur le terrain de ceux qu'elle pr&#233;tend soutenir. Or &#8211; deuxi&#232;me paradoxe &#8211; la campagne a&#233;rienne de l'OTAN en Libye est bien plus limit&#233;e que celle de la guerre du Kosovo, sans parler d'autres interventions a&#233;riennes r&#233;centes men&#233;es par les &#201;tats-Unis. Les correspondants occidentaux ont d&#233;crit la frustration des insurg&#233;s libyens &#224; cet &#233;gard depuis le tout d&#233;but des op&#233;rations a&#233;riennes de l'OTAN. Ce qu'&#233;crit C.J. Chivers dans le blog &#171; At War &#187; du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; (24 juillet) montre que la frustration des rebelles n'a fait qu'augmenter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Lorsqu'on fait des reportages aux c&#244;t&#233;s des combattants de l'opposition en Libye, on se rend sans cesse compte de la diff&#233;rence entre, d'une part, ce qui se dit parmi les combattants sur la campagne de bombardements de l'OTAN et, d'autre part, les d&#233;clarations officielles des membres du Conseil National de Transition (CNT), le pouvoir de facto du camp rebelle. Officiellement, la direction du CNT fait des d&#233;clarations mielleuses de soutien et de gratitude pour le travail de l'OTAN, dont ils craignent visiblement d'offenser les dirigeants.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ceux qui sont plus pr&#232;s des combats ou qui vivent dans des zones expos&#233;es ont une vision plus nuanc&#233;e. Eux aussi expriment leur gratitude pour le travail effectu&#233; par l'OTAN au d&#233;but de la guerre, lorsque les frappes a&#233;riennes ont emp&#234;ch&#233; les forces du Colonel Mouammar Kadhafi de l'emporter sur les rebelles dans l'est du pays et d'&#233;craser le soul&#232;vement &#224; Benghazi. Mais ils expriment &#233;galement une frustration profonde et parfois angoiss&#233;e devant le rythme ainsi que le choix des cibles du soutien a&#233;rien. Ils &#233;voquent souvent ce qu'ils estiment &#234;tre des demi-mesures et de l'incomp&#233;tence de la part de l'OTAN. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on croire que l'OTAN, qui a all&#232;grement contourn&#233; le Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations Unies (CSNU) pour mener sa guerre contre le r&#233;gime serbe de Milosevic en 1999, s'est soudain convertie au respect pointilleux de la loi dans les relations internationales ? Difficile de le croire. Serait-ce plut&#244;t que l'OTAN se consid&#232;re oblig&#233;e de respecter &#224; la lettre la r&#233;solution 1973 du CSNU qui a autoris&#233; la campagne a&#233;rienne sur la Libye ? Il serait tr&#232;s na&#239;f de le croire. En effet, tant la lettre que l'esprit de la r&#233;solution ont &#233;t&#233; largement viol&#233;s par la campagne de l'OTAN, qui est all&#233;e bien au-del&#224; de &lt;i&gt;&#171; toutes les mesures n&#233;cessaires... pour prot&#233;ger les civils et les zones d'habitation civiles menac&#233;es par des attaques &#187;.&lt;/i&gt; Une part importante des raids de cette campagne ont eu lieu sur Tripoli et d'autres territoires sous contr&#244;le du r&#233;gime, augmentant ainsi le risque et l'&#233;tendue des &#171; dommages collat&#233;raux &#187; que l'OTAN inflige &#224; la population civile qu'elle pr&#233;tend prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est certainement pas &lt;i&gt;&#171; l'application stricte de l'embargo sur les armes &#187;&lt;/i&gt; stipul&#233;e par la r&#233;solution du CSNU qui emp&#234;che les puissances de l'OTAN d'armer la r&#233;bellion. Si ces puissances avaient voulu effectuer des livraisons importantes d'armes aux rebelles, les vetos de Moscou ou de P&#233;kin n'auraient pas pu emp&#234;cher les Etats-Unis et leurs alli&#233;s de faire comme ils voudraient, comme ils l'ont fait dans les Balkans en 1999 et de nouveau en Irak en 2003. De m&#234;me, si l'OTAN n'intervient pas au sol, ce n'est certainement pas pour se conformer &#224; la r&#233;solution du CSNU qui exclut &lt;i&gt;&#171; une quelconque occupation &#233;trang&#232;re de l'ensemble ou d'une partie du territoire libyen. &#187;&lt;/i&gt; C'est principalement parce que les rebelles eux-m&#234;mes ont persist&#233; &#224; rejeter une intervention au sol. Un panneau d'affichage sur la place Tahrir de Benghazi, dont on peut voir une photo sur le blog de la journaliste palestinienne Dima Khatib, explique sans &#233;quivoque : &lt;i&gt;&#171; Non &#224; l'intervention &#233;trang&#232;re sur notre sol ; oui &#224; l'armement des rebelles &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une m&#233;fiance r&#233;ciproque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;fiance est tout &#224; fait r&#233;ciproque. L'attitude pratique des puissances occidentales &#224; l'&#233;gard des rebelles libyens contraste nettement avec celle qu'elles avaient adopt&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'Arm&#233;e de Lib&#233;ration du Kosovo (UCK) avant et pendant la guerre de 1999, ou celle qu'elles ont adopt&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'Alliance du Nord avant et durant leurs bombardements en Afghanistan &#224; partir d'octobre 2001. Notez &#224; cet &#233;gard l'insistance islamophobe permanente des m&#233;dias occidentaux sur le r&#244;le des &#171; islamistes &#187; dans la r&#233;bellion libyenne, donn&#233; comme pr&#233;texte pour ne pas fournir des armes aux rebelles, et comparez cette attitude avec la complaisance des m&#234;mes concernant la pr&#233;sence de groupes similaires parmi les forces kosovares. Sans m&#234;me parler de l'Alliance du Nord afghane dont le v&#233;ritable nom local est Front uni islamique pour la sauvegarde de l'Afghanistan et qui est compos&#233;e en grande majorit&#233; de groupes adh&#233;rant &#224; des vari&#233;t&#233;s d'int&#233;grisme qui ne sont qu'un peu moins extr&#234;mes que celui des Talibans. Hypocrites, les m&#233;dias occidentaux d&#233;noncent les int&#233;gristes islamiques lorsque ceux-ci sont antioccidentaux, mais font preuve de beaucoup de retenue au sujet du royaume saoudien, &#201;tat le plus int&#233;griste de la plan&#232;te et sponsor &#224; l'&#233;chelle mondiale des courants les plus r&#233;actionnaires de l'int&#233;grisme islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias occidentaux ne se sont jamais trop pr&#233;occup&#233;s de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; des forces afghanes r&#233;unies dans l'Alliance du Nord &#224; laquelle leurs gouvernements ont remis le pouvoir en Afghanistan. Pourtant, en 1992 &#8211; apr&#232;s la d&#233;faite du r&#233;gime Najibullah qui avait &#233;t&#233; soutenu par Moscou jusqu'&#224; l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique survenu l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente &#8211; les m&#234;mes composantes de l'Alliance du Nord avaient transform&#233; l'Afghanistan en un champ de bataille chaotique rappelant la &lt;i&gt;&#171; guerre de tous contre tous &#187;&lt;/i&gt; &#233;voqu&#233;e par Hobbes. L'&#171; Etat islamique d'Afghanistan &#187; se r&#233;v&#233;la &#234;tre une telle pagaille sanglante que les talibans n'eurent pas grand mal &#224; le renverser en 1996. Bien s&#251;r, pareille inqui&#233;tude n'a pas obs&#233;d&#233; Washington lorsqu'il a d&#233;cid&#233; de renverser les talibans par l'action conjointe des troupes de l'Alliance du Nord et sa propre puissance a&#233;rienne. C'est ainsi qu'il y a eu en moyenne 85 sorties a&#233;riennes pour frappe durant 76 jours depuis le d&#233;but des op&#233;rations en octobre jusqu'au 23 d&#233;cembre 2001 (c'est-&#224;-dire 50% de plus que la moyenne en Libye).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re paradoxal de l'intervention occidentale en Libye a &#233;t&#233; soulign&#233; par plusieurs observateurs qui l'attribuent &#224; la volont&#233; de s'assurer du contr&#244;le sur la Libye de l'apr&#232;s-Kadhafi. Depuis le tout d&#233;but du conflit, de nombreux sympathisants de l'insurrection libyenne &#8211; dont certains, y compris moi-m&#234;me, ont exprim&#233; leur compr&#233;hension du fait que les rebelles de Benghazi aient pu demander l'aide du &#171; diable &#187; pour &#233;viter un massacre annonc&#233; &#8211; ont mis en garde les rebelles contre toute repr&#233;sentation du &#171; diable &#187; comme un ange pour l'occasion, ainsi que contre toute illusion sur les motifs r&#233;els des puissances occidentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces soup&#231;ons initiaux ont rapidement &#233;t&#233; confirm&#233;s par l'&#233;volution de la situation en Libye, au point qu'il existe maintenant une conviction largement r&#233;pandue dans les milieux arabes antioccidentaux selon laquelle l'OTAN prolonge d&#233;lib&#233;r&#233;ment la guerre et, de ce fait, l'existence du r&#233;gime de Kadhafi. Cette conviction a &#233;t&#233; clairement exprim&#233;e par Mounir Shafiq &#8211; ancien dirigeant d'un courant mao&#239;ste au sein du Fatah de Yasser Arafat et actuel coordinateur g&#233;n&#233;ral du Congr&#232;s islamique-nationaliste (l'organisation qui regroupe divers partis et personnalit&#233;s, dont les Fr&#232;res musulmans, le Hamas et le Hezbollah) &#8211; dans une tribune d'&lt;i&gt;Aljazeera.net&lt;/i&gt; (4 juillet, en arabe) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Personne ne peut comprendre pourquoi les avions de l'OTAN focalisent leurs bombardements sur des positions &#224; Tripoli qui sont quasiment des leurres, alors qu'ils laissent des rampes de missiles et des v&#233;hicules d'artillerie bombarder Misrata et d'autres villes. Ils laissent m&#234;me des colonnes de forces de Kadhafi se d&#233;placer &#224; d&#233;couvert sans les attaquer. O&#249; est donc la protection des civils, o&#249; est l'assistance au peuple pour qu'ils puisse se d&#233;barrasser de Kadhafi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La position des Etats-Unis et de l'OTAN est flagrante : ils conspirent contre la r&#233;volution du peuple en Libye et maintiennent les forces de Kadhafi en activit&#233; jusqu'&#224; ce qu'ils parviennent &#224; contr&#244;ler le CNT, et peut-&#234;tre aussi quelques chefs sur le terrain. Ce n'est qu'&#224; ce moment qu'ils renverseront Kadhafi, car ils conspirent contre le peuple, contre la r&#233;volution et contre l'avenir de la Libye. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces forts soup&#231;ons font &#233;cho &#224; un sentiment exprim&#233; parmi les rebelles libyens eux-m&#234;mes, comme on peut le constater dans la d&#233;claration d'un de leurs dirigeants locaux au quotidien de Beyrouth &lt;i&gt;Al-Akhbar&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2 juin, traduction fran&#231;aise &#171; L'Occident prolonge l'existence du r&#233;gime de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; D'apr&#232;s Abou-Bakr al-Farjani, le porte-parole du conseil local de la ville de Syrte, qui fait partie du Conseil National Transitoire (CNT) de l'opposition, la lenteur des progr&#232;s des op&#233;rations militaires de l'OTAN contre les brigades de Kadhafi est destin&#233;e &#224; le maintenir plus longtemps au pouvoir, et augmenter ainsi le prix que les puissances mondiales et les grandes entreprises qui les soutiennent pourront exiger de l'opposition. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les plans de l'OTAN pour la Libye&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas l&#224; de fictions fantasmagoriques dues &#224; un certain penchant moyen-oriental pour la th&#233;orie du complot. Ces soup&#231;ons correspondent &#224; des faits r&#233;els sur le terrain, comme le d&#233;placement des lieux de frappes de l'OTAN en Libye tel qu'analys&#233; par Tom Dale dans la tribune en ligne du &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt; (4 Juillet). Et surtout, elles correspondent &#224; un bien v&#233;ritable &#171; complot &#187; des puissances de l'OTAN concernant l'avenir de la Libye. Leur plan a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; par Andrew Mitchell, le secr&#233;taire britannique au d&#233;veloppement international, le 28 juin. Il s'agit d'un &#171; document de stabilisation &#187; de 50 pages, &#233;labor&#233; par une &#233;quipe internationale dirig&#233;e par Londres avec participation turque. Il con&#231;oit un sc&#233;nario post-Kadhafi partant de l'hypoth&#232;se que le Roi des rois d&#233;missionnera ou sera &#233;cart&#233;. Cela parce que, malgr&#233; les tentatives r&#233;p&#233;t&#233;es des Occidentaux pour convaincre le CNT de conclure un accord avec Kadhafi lui-m&#234;me, comme cela a &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement rapport&#233; dans les m&#233;dias au cours des derniers mois, le CNT a clairement fait savoir que le retrait du pouvoir de Kadhafi et de ses fils n'&#233;tait pas n&#233;gociable. M&#234;me la perspective d'offrir &#224; Kadhafi une retraite confortable en Libye, timidement &#233;voqu&#233;e par le CNT sous pression occidentale, a &#233;t&#233; rapidement &#233;cart&#233;e &#224; cause du toll&#233; suscit&#233; dans les rangs rebelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un protagoniste cl&#233; des tentatives occidentales de conclure un accord avec les proches de Kadhafi est son fils, Sa&#239;f al-Islam, l'homme qui s'est achet&#233; un doctorat (sur la soci&#233;t&#233; civile et la d&#233;mocratisation !) de la London School of Economics et a organis&#233; des visites &#224; son p&#232;re de la part de Richard Perle, Anthony Giddens, Francis Fukuyama, Bernard Lewis, Benjamin Barber et Joseph Nye, entre autres, destin&#233;es &#224; &#171; rehausser l'image de la Libye et de Mouammar Kadhafi &#187;. Sa&#239;f a d&#233;clar&#233; au quotidien alg&#233;rien Al-Khabar (11 juillet, en arabe) que le gouvernement fran&#231;ais, malgr&#233; sa position officielle sur la Libye, n&#233;gociait avec Tripoli :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous sommes maintenant en n&#233;gociation avec Paris, nous avons des contacts avec la France. Les Fran&#231;ais nous ont dit que le CNT leur &#233;tait subordonn&#233;, ils nous ont m&#234;me dit que s'ils concluaient un accord avec nous, &#224; Tripoli, ils imposeraient un cessez le feu au conseil. &#8230; Je le dis, si la France veut vendre des avions Rafale, si elle veut conclure des accords p&#233;troliers, s'ils veulent que leurs entreprises reviennent, ils doivent parler avec le gouvernement libyen l&#233;gitime et le peuple libyen, par des moyens pacifiques et des canaux officiels. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Roi des rois, pour sa part, ne se montre nullement dispos&#233; &#224; se retirer de la sc&#232;ne. Il a r&#233;it&#233;r&#233; le 23 juillet ses critiques acerbes contre les peuples tunisien et &#233;gyptien pour avoir renvers&#233; leurs dictateurs. En tout &#233;tat de cause, le document de l'OTAN &#233;labor&#233; sous l'&#233;gide du Royaume-Uni est fond&#233; sur le sc&#233;nario d'un &#171; cessez le feu entre le r&#233;gime et les rebelles &#187;, ce qui signifie que les structures du r&#233;gime et ses barons devraient rester en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci primordial de la feuille de route d&#233;crite dans ce document est d'&#233;viter une r&#233;p&#233;tition de la catastrophe qu'a &#233;t&#233; la gestion par les &#201;tats-Unis de la situation de l'Irak &#224; la suite de l'invasion. L'administration Bush avait &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; un choix entre la cooptation de la majeure partie de l'&#201;tat baassiste ou son d&#233;mant&#232;lement complet. Elle a opt&#233; pour cette derni&#232;re option pr&#233;conis&#233;e par Ahmed Chalabi et les n&#233;oconservateurs avec leur plan d&#233;lirant pour un &#201;tat-client am&#233;ricain minimal en Irak. La nouvelle feuille de route libyenne s'inspire donc du sc&#233;nario que la CIA recommandait et qui avait &#233;t&#233; rejet&#233; en Irak. Comme Mitchell l'a expliqu&#233;, elle est fond&#233;e sur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; la recommandation que la Libye ne doit pas suivre l'exemple irakien de dissolution de l'arm&#233;e, consid&#233;r&#233; par certains responsables comme une erreur strat&#233;gique qui a contribu&#233; &#224; alimenter l'insurrection dans les circonstances sensibles et instables qui ont surgi apr&#232;s le renversement de Saddam Hussein. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me souci a &#233;t&#233; exprim&#233; au CNT par le secr&#233;taire britannique des Affaires &#233;trang&#232;res, William Hague le 5 juin, au lendemain de sa visite &#224; Benghazi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#8220;Pas de d&#233;-baassification, les rebelles apprennent certainement cette le&#231;on&#8221;, a d&#233;clar&#233; Hague. &#8220;Ils doivent maintenant le faire bien conna&#238;tre afin de convaincre les membres du r&#233;gime actuel que c'est quelque chose qui pourrait fonctionner.&#8221; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me pr&#233;occupation dicte l'attitude des puissances occidentales envers le soul&#232;vement r&#233;volutionnaire en Syrie. Leurs moyens de peser en Libye sont cependant beaucoup plus importants. La description par Mitchell de la &lt;i&gt;&#171; forte contribution &#187;&lt;/i&gt; des puissances de l'OTAN et de leurs alli&#233;s &#224; la gestion de l'apr&#232;s-Kadhafi en Libye est tellement hilarante que l'on se demande s'il ne faisait pas de l'humour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'UE, l'OTAN et l'ONU se chargeraient des questions de s&#233;curit&#233; et de justice, l'Australie, la Turquie et l'ONU aideraient &#224; faire fonctionner les services de base, la Turquie, les &#201;tats-Unis et les institutions financi&#232;res internationales se chargeraient de l'&#233;conomie. Mais, a ajout&#233; Mitchell : &#8220;Il est extr&#234;mement important que l'ensemble de ce processus appartienne aux Libyens. Tout cela doit &#234;tre con&#231;u comme un service rendu au peuple libyen.&#8221; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce plan A ne va pas sans un plan B, montrant bien le manque de confiance des puissances occidentales en la probabilit&#233; d'une &lt;i&gt;&#171; transition dans l'ordre &#187;&lt;/i&gt; post-Kadhafi (pour reprendre l'expression r&#233;p&#233;t&#233;e comme une incantation par l'administration Obama sur l'&#201;gypte). Commentant le plan &#233;labor&#233; sous l'&#233;gide du Royaume-Uni, le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; (29 Juin) a indiqu&#233; que les fonctionnaires de l'ONU pr&#233;paraient des &lt;i&gt;&#171; plans d'urgence &#187;&lt;/i&gt;, comprenant &lt;i&gt;&#171; le d&#233;ploiement d'une arm&#233;e, une force multinationale &#187;&lt;/i&gt; qui serait probablement compos&#233;e de troupes d'&#201;tats de la r&#233;gion comme la Turquie, la Jordanie et peut-&#234;tre des &#201;tats de l'Union africaine. Un des partisans d'un tel d&#233;ploiement est sans surprise l'un des dirigeants occidentaux les plus hostiles aux rebelles libyen, le g&#233;n&#233;ral Carter Ham, chef actuel du commandement am&#233;ricain pour l'Afrique (AFRICOM). Il partage cette attitude avec les militaires alg&#233;riens auxquels il a rendu visite d&#233;but juin, mettant en garde contre le risque que les armes qui circulent en Libye puissent tomber entre les mains d'Al-Qa&#239;da. (Un autre facteur dans l'attitude hostile d'Alger est probablement l'&#233;mancipation amazigh dans l'Ouest de la Libye.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas fallu longtemps au CNT libyen pour se conformer aux instructions de l'OTAN et produire sa propre version de la feuille de route de l'OTAN, con&#231;ue de toute &#233;vidence de mani&#232;re &#224; satisfaire l'obsession occidentale au sujet de &#171; l'exemple irakien &#187;. Une copie de ce document libyen de 70 pages a &#233;t&#233; d'abord divulgu&#233;e par le &lt;i&gt;Times&lt;/i&gt; de Londres, qui en a publi&#233; un r&#233;sum&#233; le 8 ao&#251;t. Il donne des chiffres d&#233;taill&#233;s si invraisemblables que l'on ne peut que soup&#231;onner ses auteurs de vouloir plaire &#224; leurs ma&#238;tres de l'OTAN :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il pr&#233;tend que 800 fonctionnaires au service de la s&#233;curit&#233; de Kadhafi ont &#233;t&#233; recrut&#233;s clandestinement &#224; la cause rebelle et sont pr&#234;ts &#224; former la &#8220;colonne vert&#233;brale&#8221; d'un nouvel appareil de s&#233;curit&#233;. Les documents affirment que les groupes rebelles, &#224; Tripoli et dans les r&#233;gions environnantes, ont 8 660 partisans, dont 3 255 dans l'arm&#233;e de Kadhafi. Une d&#233;fection massive des hauts responsables est consid&#233;r&#233;e comme hautement probable, 70% d'entre eux ne soutenant le r&#233;gime que par peur. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dissensions dans les rangs de l'opposition&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le commentaire du &lt;i&gt;Times&lt;/i&gt; se montre sceptique sur ce sc&#233;nario de cooptation du r&#233;gime par le CNT : &lt;i&gt;&#171; Ceci est non seulement risqu&#233; mais controvers&#233;, alors que de nombreux combattants rebelles sont d&#233;cid&#233;s &#224; balayer tous les vestiges du r&#233;gime. &#187;&lt;/i&gt; Comme le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; l'avait not&#233; dans son propre rapport sur la feuille de route produite par le Royaume-Uni :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Beaucoup de brigades rebelles sont devenues des milices, dont certaines n'aiment pas recevoir des ordres de ceux qui occupaient des postes militaires ou de s&#233;curit&#233; dans le r&#233;gime du colonel Kadhafi et qui ont chang&#233; de camp pour rejoindre la r&#233;bellion apr&#232;s qu'elle ait &#233;clat&#233; en f&#233;vrier. Certains chefs rebelles influents ont appel&#233; &#224; &#233;carter les anciens partisans du r&#233;gime de toute future force et &#224; donner la priorit&#233; &#224; ceux qui ont combattu contre le colonel Kadhafi. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;termination des rebelles &#224; &#233;carter ceux qui ont soutenu Kadhafi contre l'insurrection est en r&#233;alit&#233; la cl&#233; pour comprendre le comportement paradoxal de l'OTAN d&#233;crit ci-dessus. Les puissances de l'Alliance ne veulent pas que les rebelles lib&#232;rent Tripoli par leurs propres moyens, comme l'&lt;i&gt;Economist&lt;/i&gt; de Londres l'a d&#233;clar&#233; sans ambages (16 juin) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'espoir des gouvernements occidentaux est que les rebelles ne parviennent pas &#224; saisir Tripoli &#224; la suite d'une avance &#224; toute vitesse en venant de l'Est, avec les risques de repr&#233;sailles qui seraient inflig&#233;es aux partisans de Kadhafi en cours de route. Leur pr&#233;f&#233;rence est plut&#244;t que le r&#233;gime implose de l'int&#233;rieur et que le peuple de Tripoli se soul&#232;ve contre le colonel &#8211; une &#233;ventualit&#233; qui se rapproche selon ce que beaucoup croient dans les milieux gouvernementaux occidentaux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tom Dale a comment&#233; cette pr&#233;f&#233;rence de l'OTAN pour une &lt;i&gt;&#171; implosion de l'int&#233;rieur &#187;&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pourquoi les puissances occidentales pr&#233;f&#232;reraient-elles un coup d'&#201;tat r&#233;alis&#233; par le cercle des proches de Kadhafi &#224; la victoire de l'arm&#233;e rebelle ? Un tel coup d'&#201;tat impliquerait un r&#232;glement n&#233;goci&#233; entre les &#233;l&#233;ments de l'ancien r&#233;gime qui sont encore avec Kadhafi et la direction des , qui elle-m&#234;me comprend de nombreux anciens du r&#233;gime. Les gouvernements occidentaux veulent stabilit&#233; et influence, et ils voient les personnalit&#233;s de l'ancien r&#233;gime, exception faite de la famille Kadhafi, comme le meilleur garant de cela. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re affirmation doit &#234;tre nuanc&#233;e. Prenons par exemple le cas du major-g&#233;n&#233;ral Abdul-Fattah Youn&#232;s, l'une des figures cl&#233;s du r&#233;gime Kadhafi qui a fait d&#233;fection pour se joindre &#224; la r&#233;bellion quelques jours apr&#232;s qu'elle ait commenc&#233;. Commandant militaire de la r&#233;bellion libyenne r&#233;cemment assassin&#233;, Youn&#232;s a &#233;t&#233; un ardent critique de la performance de l'OTAN dans son pays. Il a d&#233;velopp&#233; une relation tr&#232;s antagoniste avec un agent de la CIA, le colonel Khalifa Haftar (parfois &#233;crit Hifter) qui, apr&#232;s avoir v&#233;cu en exil pendant pr&#232;s d'un quart de si&#232;cle, surtout aux &#201;tats-Unis et &#224; la solde de la CIA, est retourn&#233; en Libye et s'est vu confi&#233; une haute position dans la hi&#233;rarchie militaire par le CNT sous pression de Washington. L'homme &#233;tait d&#233;test&#233; par beaucoup dans l'opposition libyenne. Comme l'expliquait le journaliste Shashank Bengali sur &lt;i&gt;Real News Network&lt;/i&gt; (14 avril) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il y a une certaine pr&#233;occupation ici au sujet de Hifter qui a r&#233;sid&#233; longtemps aux &#201;tats-Unis, et qui a des liens pr&#233;sum&#233;s avec la CIA et d'autres responsables am&#233;ricains qui font de lui un peu un personnage controvers&#233; pour les Libyens qui ont le sentiment fort qu'il s'agit d'un soul&#232;vement local. Ils veulent un soutien &#233;tranger sous la forme d'armes et de reconnaissance du gouvernement d'opposition libyenne. Aussi veulent-ils que cela ne soit pas une r&#233;bellion dont puisse s'emparer une force ext&#233;rieure comme la CIA. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hostilit&#233; entre Youn&#232;s et Haftar a amen&#233; certains &#224; croire que l'assassinat du premier a &#233;t&#233; organis&#233; par la CIA afin de d&#233;gager la voie pour le second. Toutefois, Youn&#232;s n'a pas &#233;t&#233; remplac&#233; par Haftar mais par un autre transfuge du r&#233;gime de Kadhafi, le g&#233;n&#233;ral Suleiman Mahmoud, commandant de la province de l'Est bas&#233; &#224; Tobrouk avant sa d&#233;fection. En fait, les conditions ne semblent pas &#234;tre favorables aux hommes ayant les liens les plus forts avec l'&#233;tranger, comme l'indiquent les commentaires sur la dissolution du cabinet provisoire par le CNT, &#224; la suite de l'assassinat de Youn&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le remaniement semble &#233;galement repr&#233;senter un effort par des groupes d'int&#233;r&#234;t au sein du mouvement rebelle, y compris les dirigeants locaux qui ont aid&#233; &#224; lancer l'insurrection, d'affirmer leur pouvoir par la mise &#224; l'&#233;cart des dirigeants qui &#233;taient rentr&#233;s de l'exil et occupaient des postes cl&#233;s. Pendant des mois, il y a eu des plaintes que les membres du gouvernement rebelle &#233;taient inconnus de la plupart des Libyens, et passent la plupart de leur temps &#224; l'&#233;tranger &#8211; en particulier au Qatar, le pays devenu le plus enthousiaste sponsor des rebelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un porte-parole des rebelles a d&#233;clar&#233; que M. [Mahmoud] Jibril [l'&#233;conomiste n&#233;o-lib&#233;ral nomm&#233; par le CNT &#224; la t&#234;te de son gouvernement, apr&#232;s avoir pr&#233;sid&#233; les r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales du r&#233;gime de Kadhafi depuis 2007 jusqu'au soul&#232;vement], qui a rarement &#233;t&#233; vu &#224; Benghazi, devrait passer plus de temps en Libye. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une explication plausible de l'assassinat d'Abdul-Fattah Youn&#232;s a &#233;t&#233; donn&#233;e par son collaborateur, Mohammed Agoury, qui a attribu&#233; le meurtre &#224; des membres de la Brigade des Martyrs du 17 f&#233;vrier. (Selon une autre source, les auteurs appartiendraient &#224; un groupe islamique connu sous le nom de Brigade Abou Ubaidah Ibn al-Jarrah.) Le t&#233;moignage d'Agoury fournit un aper&#231;u de la composition complexe et h&#233;t&#233;rog&#232;ne de la r&#233;bellion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La Brigade des Martyrs du 17 f&#233;vrier est un groupe compos&#233; de centaines de civils qui ont pris les armes pour rejoindre la r&#233;bellion. Leurs combattants participent &#224; des batailles en premi&#232;re ligne contre les forces de Kadhafi, mais agissent aussi comme une force semi-officielle de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure pour l'opposition. Certains de ses dirigeants viennent du Groupe combattant islamique libyen, un groupe islamique militant qui a men&#233; une campagne de violence contre le r&#233;gime de Kadhafi dans les ann&#233;es 1990. &#8220;Ils n'ont confiance en personne de ceux qui &#233;taient avec le r&#233;gime Kadhafi, ils ont voulu se venger&#8221;, a d&#233;clar&#233; Agoury. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;v&#233;nement qui r&#233;v&#232;le l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; dans les rangs de l'opposition est la &#171; Conf&#233;rence pour le dialogue national &#187; qui s'est tenue &#224; Benghazi le 28 juillet. Elle a regroup&#233; 350 participants dont des membres de la Brigade des Martyrs du 17 f&#233;vrier et des anciens membres de la branche libyenne des Fr&#232;res Musulmans, les Fr&#232;res Musulmans eux-m&#234;mes ayant ni&#233; tout lien avec la conf&#233;rence. Les participants ont insist&#233; sur l'unit&#233; de la Libye, son caract&#232;re islamique et la n&#233;cessit&#233; d'un dialogue englobant toute la nation, tandis qu'Al-Amin Belhaj, membre du CNT, a indiqu&#233; que, bien que Kadhafi et son fils ne pouvaient pas rester au pouvoir, ils pourraient rester en Libye sous protection. Apparemment, certains des participants avaient des contacts avec Sa&#239;f al-Islam Kadhafi, un fait qui s'accorde bien avec les derni&#232;res d&#233;clarations de ce dernier au &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'ai lib&#233;r&#233; des islamistes libyens de prison, je les connais personnellement, ce sont mes amis&#8221;, a-t-il dit, mais il a ajout&#233; qu'il consid&#233;rait que leur lib&#233;ration avait &#233;t&#233; &#8220;bien s&#251;r une erreur&#8221; en raison de leur r&#244;le dans la r&#233;volte. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une manifestation s'est d&#233;roul&#233;e devant l'h&#244;tel o&#249; se tenait la conf&#233;rence. Aljazeera.net montre un jeune homme brandissant une pancarte disant, au nom des Jeunes de la R&#233;volution du 17 f&#233;vrier : &lt;i&gt;&#171; La Conf&#233;rence pour le dialogue national ne repr&#233;sente qu'elle-m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt; Les manifestants ont soulign&#233; leur refus de tout dialogue avec Sa&#239;f al-Islam et ses collaborateurs. Ils ont accus&#233; les organisateurs de la conf&#233;rence de recourir &#224; des milices afin de s'emparer du pouvoir avant m&#234;me que la lib&#233;ration de la Libye ne soit achev&#233;e. Na&#239;ma Djibril, une juriste et membre &#224; Benghazi du &#171; comit&#233; pour le soutien &#224; la participation des femmes dans la prise de d&#233;cision &#187;, s'est plainte au journaliste du site de l'exclusion des femmes de la conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres d&#233;tails sur le projet du CNT, rapport&#233; par le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; (12 ao&#251;t), montrent une reconnaissance rassurante de la complexit&#233; de la situation libyenne avec des plans pour y faire face de mani&#232;re d&#233;mocratique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le plan reconna&#238;t que la direction de Benghazi n'a pas encore le soutien officiel de r&#233;gions qui se trouvent toujours sous le contr&#244;le du colonel Kadhafi, en cr&#233;ant un processus visant &#224; remplir 25 si&#232;ges vacants destin&#233;s &#224; repr&#233;senter ces r&#233;gions sur un ensemble de 65 si&#232;ges. Selon le plan, les membres actuels du Conseil ne pourraient se pr&#233;senter aux deux premiers tours des &#233;lections nationales, ni accepter des postes politiques dans les gouvernements qui en r&#233;sulteront. [&#8230;] Selon le document, un CNT &#233;largi, comprenant de nouveaux repr&#233;sentants des r&#233;gions tenues par Kadhafi, gouvernerait durant huit mois apr&#232;s la chute du colonel Kadhafi, p&#233;riode pendant laquelle des &#233;lections se tiendraient pour &#233;lire un Comit&#233; constitutionnel et un Congr&#232;s national int&#233;rimaire de 200 membres. La repr&#233;sentation des r&#233;gions au congr&#232;s serait bas&#233;e sur un recensement de la population r&#233;alis&#233; en 2010. Le congr&#232;s gouvernera pour une p&#233;riode int&#233;rimaire de moins d'un an, durant laquelle un projet de nouvelle constitution serait soumis &#224; un r&#233;f&#233;rendum national et le nouveau gouvernement permanent de la Libye serait &#233;lu en conformit&#233; avec les param&#232;tres &#233;tablis dans cette constitution. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;One ne peut qu'esp&#233;rer que la r&#233;alit&#233; sera conforme &#224; un telle vision. Mais les chances d'une mise en &#339;uvre harmonieuse de ce plan &#8211; &#233;tant donn&#233; l'extraordinaire enchev&#234;trement des forces tribales, ethniques et politiques qui constituent la soci&#233;t&#233; libyenne tout juste sortie de plus de quatre d&#233;cennies de l'un des r&#233;gimes dictatoriaux les plus fous de l'histoire moderne &#8211; sont plut&#244;t minces. La constitution provisoire r&#233;cemment publi&#233;e et fond&#233;e sur le plan ci-dessus est d&#233;j&#224; contest&#233;e &#224; Benghazi, et le CNT accus&#233; de travailler derri&#232;re des portes closes. Les principales diff&#233;rences entre le tumulte politique libyen et la situation qui pr&#233;vaut en &#201;gypte sont que l'opposition et le r&#233;gime sont territorialement s&#233;par&#233;s en Libye, et que la famille r&#233;gnante a &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e au Caire mais pas encore &#224; Tripoli. Comme en &#201;gypte, la bataille politique fait rage entre les divers groupes de l'opposition, certains d'entre eux, surtout parmi les forces islamiques, se montrant pr&#234;ts &#224; faire des compromis avec les institutions du r&#233;gime, tandis que d'autres, surtout parmi les jeunes, rejettent cette perspective et veulent une transformation radicale de leur pays. Une autre diff&#233;rence majeure est l'absence en Libye de r&#244;le du mouvement ouvrier, r&#244;le tr&#232;s important dans le processus &#233;gyptien. (Toutefois, Kamal Abu-Aita, le pr&#233;sident de la nouvelle F&#233;d&#233;ration &#233;gyptienne des syndicats ind&#233;pendants, m'a dit qu'une f&#233;d&#233;ration ind&#233;pendante similaire a &#233;t&#233; r&#233;cemment cr&#233;&#233;e &#224; Benghazi.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation en Libye &#8211; comme en Tunisie et en &#201;gypte, et dans tous les autres pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord o&#249; le processus r&#233;volutionnaire actuel se d&#233;roule &#8211; n'en est qu'au d&#233;but d'un cours long et tumultueux de d&#233;veloppement. C'est le destin normal des bouleversements r&#233;volutionnaires. Les puissances occidentales auront beaucoup de difficult&#233; &#224; contr&#244;ler ce processus. Elles n'ont pas de troupes au sol, sans parler du fait qu'elles ont de toute fa&#231;on &#233;chou&#233; &#224; contr&#244;ler la situation dans les pays o&#249; leurs forces sont d&#233;ploy&#233;es, comme en Irak ou en Afghanistan. Le processus de lib&#233;ration et d'autod&#233;termination des peuples est compliqu&#233;, et peut bien passer par des phases d&#233;testables. Mais sans ce processus et la disposition &#224; s'acquitter du co&#251;t qui lui est inh&#233;rent et qui peut s'av&#233;rer lourd, le monde entier vivrait encore sous des r&#233;gimes absolutistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;2 juin, traduction fran&#231;aise &#171; &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article21839&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Occident prolonge l'existence du r&#233;gime de Kadhafi&lt;/a&gt; &#187; disponible sur ESSF.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* Gilbert Achcar, originaire du Liban, est actuellement professeur &#224; l'&#201;cole des &#201;tudes orientales et africaines (School of Oriental and African Studies, SOAS) de l'universit&#233; de Londres. Parmi ses ouvrages : le Choc des barbaries, traduit en 13 langues ; la Poudri&#232;re du Moyen-Orient &#233;crit en collaboration avec Noam Chomsky ; et plus r&#233;cemment les Arabes et la Shoah : la guerre isra&#233;lo-arabe des r&#233;cits. Cet article est paru en anglais sur le site Jadaliyya (disponible sur ESSF, article 22613). La traduction en fran&#231;ais a &#233;t&#233; faite par A.S. et J.R. pour Inprecor.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un d&#233;bat l&#233;gitime et n&#233;cessaire dans une perspective anti-imp&#233;rialiste</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Un-debat-legitime-et-necessaire-dans-une-perspective-anti-imperialiste</link>
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		<dc:date>2011-04-05T14:31:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>


		<dc:subject>Libye</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous reproduisons un article de Gilbert Achcar sur la situation en Libye. Intellectuel marxiste reconnu, Achcar croit n&#233;cessaire l'op&#233;ration militaire &#233;trang&#232;re pour appuyer la r&#233;bellion populaire contre la dictature en Libye. Ses prises de position ont entrain&#233; des r&#233;pliques et un d&#233;bat intense sur la Toile. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; La Paix de Brest-Litovsk, a &#233;t&#233; de fait un compromis avec les imp&#233;rialistes, mais un compromis qui, compte tenu des circonstances, &#233;tait n&#233;cessaire&#8230; Le rejet &#034;par principe&#034; de tout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Libye-+" rel="tag"&gt;Libye&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous reproduisons un article de Gilbert Achcar sur la situation en Libye. Intellectuel marxiste reconnu, Achcar croit n&#233;cessaire l'op&#233;ration militaire &#233;trang&#232;re pour appuyer la r&#233;bellion populaire contre la dictature en Libye. Ses prises de position ont entrain&#233; des r&#233;pliques et un d&#233;bat intense sur la Toile.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La Paix de Brest-Litovsk, a &#233;t&#233; de fait un compromis avec les imp&#233;rialistes, mais un compromis qui, compte tenu des circonstances, &#233;tait n&#233;cessaire&#8230; Le rejet &#034;par principe&#034; de tout compromis, le rejet de l'&#233;ventualit&#233; des compromis en g&#233;n&#233;ral, quelle qu'en soit la nature, est un enfantillage qu'il est difficile de prendre au s&#233;rieux &#224; un quelconque niveau&#8230; Il faut se donner la possibilit&#233; d'analyser la situation et les conditions concr&#232;tes de chaque compromis ou de chaque type de compromis. Il faut apprendre &#224; faire la distinction entre celui qui abandonne son argent et ses armes &#224; des bandits dans le but d'amoindrir le mal qu'ils peuvent faire et de faciliter leur capture et leur ex&#233;cution, et celui qui apporte son argent et ses armes &#224; des bandits dans le but de partager le butin. &#187; &lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;- Vladimir Illitch L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interview que j'ai accord&#233;e &#224; mon ami Steve Shalom au lendemain de l'adoption de la r&#233;solution 1973 par le Conseil de S&#233;curit&#233;, et qui a &#233;t&#233; publi&#233;e sur ZNet le 19 mars (et en fran&#231;ais sur &lt;a href=&#034;http://www.labreche.ch/Ecran/LibyeAchcar03_11.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce site&lt;/a&gt;, a d&#233;clench&#233; un d&#233;luge de discussions et de commentaires de toutes sortes : amicaux, inamicaux, franchement d'accord, moyennement d'accord, poliment critiques ou fr&#233;n&#233;tiquement hostiles &#8211; bien au-del&#224; de ce que tout ce &#224; quoi j'aurais pu m'attendre, et d'autant plus que cette interview a &#233;t&#233; traduite et diffus&#233;e dans plusieurs langues. Si l'importance de ces r&#233;actions a une quelconque signification, c'est que les gens ont senti qu'il y avait l&#224; un enjeu. C'est pourquoi il faut en discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat sur la Libye est l&#233;gitime et n&#233;cessaire pour tous ceux qui partagent une position anti-imp&#233;rialiste, &#224; moins de penser que le fait d'adh&#233;rer &#224; un principe nous affranchit de la n&#233;cessit&#233; d'analyser sp&#233;cifiquement chaque situation concr&#232;te et de d&#233;terminer notre position &#224; la lumi&#232;re de l'&#233;valuation des faits. Chaque r&#232;gle g&#233;n&#233;rale admet des exceptions. Ce constat vaut pour la r&#232;gle qui veut que les interventions militaires men&#233;es par des puissances imp&#233;rialistes avec mandat de l'ONU sont purement r&#233;actionnaires et ne peuvent en aucun cas servir un but humanitaire ou positif. Prenons un exemple, juste pour &#233;clairer le d&#233;bat : sil &#233;tait possible de remonter le cours du temps et revenir &#224; la p&#233;riode juste ant&#233;rieure au g&#233;nocide au Rwanda, est-ce que nous nous opposerions &#224; une intervention militaire men&#233;e par l'Occident sous l'&#233;gide des Nations Unies dans le but d'emp&#234;cher ce g&#233;nocide ? Bien s&#251;r, nombreux seraient ceux qui diraient qu'une intervention de forces imp&#233;rialistes ou &#233;trang&#232;res risquerait de faire beaucoup de victimes. Mais peut-on imaginer en toute honn&#234;tet&#233; que les puissances occidentales auraient massacr&#233; entre un demi-million et un million de personnes en l'espace de 100 jours ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci ne veut pas dire qu'il faut confondre la Libye et le Rwanda. J'expliquerai plus loin pourquoi les puissances occidentales ne se sont pas pr&#233;occup&#233;es du Rwanda ni du tribut en vies humaines proche du g&#233;nocide pay&#233; par la R&#233;publique D&#233;mocratique du Congo, alors qu'elles interviennent en Libye. La r&#233;f&#233;rence au g&#233;nocide rwandais sert ici uniquement &#224; montrer qu'il y a lieu de discuter des cas concrets, m&#234;me quand on adh&#232;re sans r&#233;serve &#224; des principes anti-imp&#233;rialistes. L'argument qui consiste &#224; dire que l'intervention en Libye fera in&#233;vitablement des victimes civiles (j'ai tendance &#224; penser que, d'un point de vue humanitaire il faut m&#234;me se pr&#233;occuper du sort des soldats de Kadhafi) n'est pas d&#233;terminant. Ce qui est d&#233;cisif, c'est la comparaison entre le co&#251;t humain de cette intervention et ce qu'il en aurait &#233;t&#233; si elle n'avait pas eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons une autre analogie extr&#234;me, afin de montrer l'ampleur du d&#233;bat possible : aurait-il &#233;t&#233; possible de vaincre le nazisme par des moyens non-violents ? Les moyens employ&#233;s par les alli&#233;s &#233;taient-ils exempts de cruaut&#233; ? N'ont-ils pas sauvagement bombard&#233; Dresde, Tokyo, Hiroshima et Nagasaki, faisant un nombre &#233;norme de victimes civiles ? Avec le recul, dirions-nous aujourd'hui que le mouvement anti-imp&#233;rialiste en Grande-Bretagne et aux &#201;tats-Unis aurait d&#251; mener campagne contre la participation de leurs &#201;tats &#224; la guerre mondiale ? Ou bien continuons-nous &#224; penser que le mouvement anti-imp&#233;rialiste avait raison de &lt;strong&gt;ne pas s'opposer&lt;/strong&gt; &#224; la guerre contre l'Axe (de m&#234;me qu'il avait eu raison de s'opposer &#224; la pr&#233;c&#233;dente, la guerre mondiale de 1914-1918), mais qu'il aurait d&#251; mener campagne contre toute attaque massive visant les populations civiles sans aucune rationalit&#233; &#233;vidente quant &#224; sa n&#233;cessit&#233; pour vaincre l'ennemi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restons-en l&#224; avec les analogies. Elles font toujours l'objet de d&#233;bats sans fin, m&#234;me si elles servent le but utile de montrer qu'il existe des situations qui font d&#233;bat, des situations dans lesquelles vous pouvez c&#233;der aux bandits ou appeler les gendarmes, etc. Elles montrent qu'il n'est pas d&#233;fendable de croire que qu'il faut rejeter automatiquement ce type d'attitudes au motif qu'elles &#171; trahiraient les principes &#187;, sans prendre la peine d'&#233;valuer les circonstances concr&#232;tes. Autrement, les mouvements anti-imp&#233;rialistes dans les pays occidentaux appara&#238;traient comme uniquement pr&#233;occup&#233;s par l'opposition &#224; leurs propres gouvernements sans la moindre consid&#233;ration pour le destin des autres populations. Ce ne serait plus de l'anti-imp&#233;rialisme, mais de l'isolationnisme de droite, une attitude digne du r&#233;actionnaire &#233;tats-unien Patrick Buchanan : &#171; Qu'ils aillent tous au diable et nous laissent tranquilles &#187;. Essayons donc d'&#233;valuer calmement la situation concr&#232;te qui nous pr&#233;occupe actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par la nature du r&#233;gime de Kadhafi. Les faits laissent ici peu de place &#224; un d&#233;saccord l&#233;gitime. J'en discute &#224; l'attention exclusive de ceux qui, en toute bonne foi et par pure ignorance, croient que Kadhafi est un progressiste et un anti-imp&#233;rialiste. Il est vrai que Kadhafi a commenc&#233; par &#234;tre un dictateur populiste anti-imp&#233;rialiste relativement progressiste, qui avait dirig&#233; un coup d'&#233;tat militaire contre la monarchie libyenne en 1969, imitant en cela le coup d'&#233;tat qui avait renvers&#233; la monarchie &#233;gyptienne en 1952. Son premier h&#233;ros et mod&#232;le &#233;tait Gamal Abdel-Nasser, bien que le r&#233;gime de Kadhafi f&#251;t, &#224; l'origine, plus &#224; droite id&#233;ologiquement, avec une importance beaucoup plus grande accord&#233;e &#224; la religion (plus tard, Kadhafi pr&#233;tendra donner une nouvelle interpr&#233;tation de l'islam). Il entreprit tr&#232;s t&#244;t de recruter pour ses forces arm&#233;es des mercenaires issus de pays plus pauvres, initialement dans le but de constituer une L&#233;gion Islamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1970, il proclama le remplacement des lois en vigueur par la Sharia, juste avant de s'engager dans une imitation de la &#171; r&#233;volution culturelle &#187; chinoise avec sa propre version islamique du &lt;i&gt;Petit Livre Rouge&lt;/i&gt; de Mao : le &lt;i&gt;Livre Vert&lt;/i&gt;. Il imita &#233;galement la pr&#233;tention de &#171; d&#233;mocratie directe &#187; de la &#171; r&#233;volution culturelle &#187; &#224; travers la cr&#233;ation d'un r&#233;seau de &#171; comit&#233;s populaires &#187; cens&#233;s &#234;tre destin&#233;s &#224; transformer la Libye en &#171; &#201;tat des masses &#187;, en r&#233;alit&#233; avec une proportion record de la population &#233;margeant aux services de s&#233;curit&#233;. Plus de 10 % des Libyens &#233;taient des &#171; informateurs &#187; pay&#233;s pour surveiller le reste de la soci&#233;t&#233;. Kadhafi mena une politique extensive d'emprisonnements et d'ex&#233;cutions des opposants &#224; son r&#233;gime, y compris &#224; l'encontre de plusieurs des officiers qui avaient pris part avec lui au renversement de la monarchie. &#192; la fin des ann&#233;es 1970, il d&#233;cida de transformer l'&#233;conomie libyenne en combinant capitalisme d'&#233;tat dans les grandes entreprises et capitalisme priv&#233; avec &#171; partenariat &#187; des travailleurs dans les entreprises plus petites et en abolissant les loyers et le commerce de d&#233;tail (m&#234;me les coiffeurs furent nationalis&#233;s). Il consacra &#233;galement une partie de la rente p&#233;troli&#232;re de l'&#201;tat &#224; l'am&#233;lioration des conditions de vie de la population libyenne, version &#171; r&#233;volutionnaire &#187; de la fa&#231;on dont les monarchies du Golfe dot&#233;e d'un haut revenu p&#233;trolier par habitant, subventionnent les besoins de leurs propres sujets afin d'acheter leur soutien, tout en maltraitant, comme en Libye, les travailleurs immigr&#233;s qui repr&#233;sentent la majorit&#233; de la force de travail et de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la d&#233;cennie suivante, confront&#233; aux r&#233;sultats d&#233;sastreux de sa politique erratique et &#224; l'effondrement de l'URSS dont il d&#233;pendait pour la fourniture d'armes, Kadhafi pr&#233;tendit imiter la perestro&#239;ka de Gorbatchev en lib&#233;ralisant l'&#233;conomie, mais certes beaucoup moins la vie politique. Son revirement politique majeur suivant se produisit en 2003. En d&#233;cembre de cette ann&#233;e-l&#224;, il vint au secours de la politique de Bush et Blair en annon&#231;ant qu'il avait d&#233;cid&#233; de renoncer &#224; ses programmes d'armes de destruction massive. C'&#233;tait une contribution tr&#232;s opportune au renforcement de la cr&#233;dibilit&#233; de l'invasion de l'Irak comme moyen d'arr&#234;ter la prolif&#233;ration des armes de destruction massive. Kadhafi devint soudain un dirigeant respectable et fut chaleureusement f&#233;licit&#233;, Condoleezza Rice allant jusqu'&#224; le citer comme mod&#232;le. L'un apr&#232;s l'autre, les dirigeants occidentaux all&#232;rent en Libye rendre visite &#224; Kadhafi sous sa tente pour y signer de juteux contrats. Celui qui &#233;tablit les relations les plus &#233;troites avec lui fut le dirigeant raciste de la droite dure italienne, le premier ministre Silvio Berlusconi : son amiti&#233; avec Kadhafi ne fut pas fructueuse uniquement dans le domaine &#233;conomique. En 2008, ils conclurent l'accord le plus abject de l'&#233;poque r&#233;cente, en vertu duquel les immigr&#233;s clandestins intercept&#233;s par les forces navales italiennes au cours de leur tentative de rallier les rivages europ&#233;ens seraient directement livr&#233;s &#224; la Libye, au lieu d'&#234;tre emmen&#233;s sur le territoire italien o&#249; leur demande d'asile doit &#234;tre examin&#233;e en vertu des lois. Cet accord fut si efficace que le nombre de demandeurs d'asile en Italie passa de 36000 en 2008 &#224; 4 300 en 2010. Il fut condamn&#233; par le Haut-commissaire pour les R&#233;fugi&#233;s aupr&#232;s des Nations Unies, sans r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que les puissances occidentales interviennent en Libye pour renverser un r&#233;gime contraire &#224; leur int&#233;r&#234;t est compl&#232;tement absurde. Tout aussi absurde est l'id&#233;e que leur but est de mettre la main sur le p&#233;trole libyen. En fait, la totalit&#233; des compagnies p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res occidentales ont des activit&#233;s en Libye : l'italienne ENI, l'allemande Wintershall, la britannique BP, les fran&#231;aises Total et GDF Suez, les &#233;tats-uniennes ConocoPhillips, Hess et Occidental, la britannique-hollandaise Shell, l'espagnole Repsol, la canadienne Suncor, la norv&#233;gienne Statoil, etc. Pourquoi donc les occidentaux interviennent-ils aujourd'hui en Libye, et pas hier au Rwanda et hier et aujourd'hui au Congo ? &#201;tant un de ceux qui ont &#233;nergiquement d&#233;fendu l'id&#233;e que l'invasion de l'Irak &#233;tait &#171; dict&#233;e par le p&#233;trole &#187; face &#224; ceux qui nous regardaient de haut en nous qualifiant de &#171; r&#233;ductionnistes &#187;, n'attendez pas de moi que j'affirme que le p&#233;trole ne joue aucun r&#244;le dans l'affaire libyenne. Il y joue un r&#244;le d&#233;cisif. Mais comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon analyse est la suivante. Apr&#232;s avoir observ&#233; pendant quelques semaines Kadhafi mener une brutale et sanglante r&#233;pression du soul&#232;vement qui a &#233;clat&#233; &#224; la mi-f&#233;vrier &#8211; les estimations du nombre de morts variaient au d&#233;but de mars entre 1000 &#224; 10000 morts, ce dernier chiffre &#233;tant fourni par la Cour de Justice Internationale, tandis que l'opposition libyenne parlait de 6000 &#224; 8000 morts &#8211; les gouvernements occidentaux, comme le reste du monde &#224; cet &#233;gard, acquirent la conviction qu'avec le d&#233;clenchement d'une offensive contre-r&#233;volutionnaire par Kadhafi et l'arriv&#233;e de ses troupes aux portes de Benghazi (plus de 600000 habitants), un gigantesque massacre &#233;tait imminent. Pour avoir une id&#233;e de ce qu'un gouvernement aussi r&#233;pressif est capable de perp&#233;trer, il suffit de se rappeler que la r&#233;pression men&#233;e en 1982 par le r&#233;gime syrien contre le soul&#232;vement dans la ville de Hama, avec moins du tiers de la population de Benghazi, s'est sold&#233;e par la mort de plus de 25000 personnes. Si un massacre &#224; une &#233;chelle comparable avait eu lieu sous l'autorit&#233; de Kadhafi avec pour r&#233;sultat de consolider son pouvoir, les gouvernements occidentaux n'auraient eu d'autre choix que d'imposer des sanctions et un embargo p&#233;trolier contre son r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions pr&#233;valant sur le march&#233; du p&#233;trole dans les ann&#233;es 1990 se caract&#233;risaient par une d&#233;pression des prix au moment o&#249; les &#201;tats-Unis connaissaient la plus longue p&#233;riode de croissance &#233;conomique de leur histoire, le boom soutenu par la bulle de l'&#233;poque Clinton. Pendant cette d&#233;cennie, le maintien d'un embargo sur l'Irak (avec un co&#251;t humain quasi g&#233;nocidaire) &#233;tait tr&#232;s confortable pour Washington et ses alli&#233;s. C'est seulement &#224; la fin de la d&#233;cennie que le march&#233; du p&#233;trole commen&#231;a &#224; sortir de sa d&#233;pression avec une hausse des prix que tout indiquait &#234;tre de nature structurelle, c'est-&#224;-dire une tendance haussi&#232;re sur le long terme. Et ce n'est pas une co&#239;ncidence si George W. Bush et ses amis se prononc&#232;rent alors pour un &#171; changement de r&#233;gime &#187; en Irak. Car c'&#233;tait la condition sans laquelle Washington ne pouvait tol&#233;rer de lever l'embargo sur un pays dont l'essentiel du march&#233; p&#233;trolier avait &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; aux int&#233;r&#234;ts fran&#231;ais, russes et chinois (les trois principaux opposants &#224; l'invasion au sein du Conseil de S&#233;curit&#233; de l'ONU&#8230; quelle surprise !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions actuelles du march&#233; p&#233;trolier mondial font que les prix de p&#233;trole, apr&#232;s une br&#232;ve chute due au choc de la crise mondiale, ont repris leur hausse, quelques mois avant la vague r&#233;volutionnaire en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Tout ceci dans le cadre d'une crise &#233;conomique mondiale qui perdure et d'une pseudo-sortie de crise extr&#234;mement fragile. Dans ces conditions, un embargo sur le p&#233;trole libyen est tout simplement exclu. Il fallait emp&#234;cher le massacre. Le meilleur sc&#233;nario pour les puissances occidentales devint la chute du r&#233;gime, qui les dispenserait de traiter avec lui. Un moindre mal serait pour elles l'enlisement du conflit et une partition de facto du pays entre l'ouest et l'est, avec une reprise des exportations du p&#233;trole des deux provinces ou exclusivement des champs p&#233;trolif&#232;res les plus productifs situ&#233;s dans la partie orientale sous le contr&#244;le de la r&#233;bellion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce qui pr&#233;c&#232;de, il faut ajouter ce qui suit : c'est un non-sens et une illustration du &#171; mat&#233;rialisme &#187; le plus grossier que d'ignorer le poids des opinions publiques sur les gouvernements occidentaux, et plus particuli&#232;rement dans ce cas les gouvernements des pays europ&#233;ens proches de la Libye. Au moment o&#249; les insurg&#233;s libyens demandaient au monde, avec de plus en plus d'insistance, la cr&#233;ation d'une zone d'exclusion a&#233;rienne dans le but de neutraliser l'avantage principal des troupes de Kadhafi, et avec un public occidental qui suivait les &#233;v&#233;nements &#224; la t&#233;l&#233;vision &#8211; ce qui rendait impossible qu'un massacre de masse &#224; Benghazi passe inaper&#231;u, comme ce fut le cas trop souvent (comme dans les cas de Hama ou de la R&#233;publique D&#233;mocratique du Congo, d&#233;j&#224; mentionn&#233;s) &#8211; les gouvernements occidentaux n'auraient pas seulement d&#251; affronter la col&#232;re de leurs concitoyens, mais ils auraient &#233;galement compl&#232;tement ruin&#233; toute possibilit&#233; d'invoquer des pr&#233;textes humanitaires pour justifier de futures guerres imp&#233;rialistes comme celles des Balkans ou d'Irak. Non seulement leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, mais aussi la cr&#233;dibilit&#233; de leur propre id&#233;ologie &#233;taient en jeu. Et la pression de l'opinion publique arabe a certainement jou&#233; un r&#244;le dans l'appel de la Ligue Arabe &#224; la cr&#233;ation d'une zone d'exclusion a&#233;rienne au-dessus de la Libye, m&#234;me s'il ne peut y avoir aucun doute quant au souhait de la plupart des r&#233;gimes arabes de voir Kadhafi mettre &#224; bas le soul&#232;vement, et renverser ainsi la vague r&#233;volutionnaire qui balaie toute la r&#233;gion et &#233;branle leurs propres r&#233;gimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, que faire devant tout cela ? Un soul&#232;vement de masse, faisant face &#224; une menace bien r&#233;elle de massacre &#224; grande &#233;chelle, qui demande la cr&#233;ation d'une zone d'exclusion a&#233;rienne pour l'aider &#224; r&#233;sister &#224; l'offensive criminelle du r&#233;gime. Contrairement aux forces anti-Milosevic au Kosovo, les insurg&#233;s libyens ne demandaient pas l'occupation de leur pays par des troupes &#233;trang&#232;res. Au contraire, ils avaient de bonnes raisons de ne faire aucune confiance &#224; un tel d&#233;ploiement : leur lucidit&#233;, &#224; la lumi&#232;re de l'Irak, de la Palestine, etc., quant aux vis&#233;es imp&#233;rialistes des puissances mondiales, ainsi que leur propre exp&#233;rience de la mani&#232;re dont le tyran qui les opprime a &#233;t&#233; choy&#233; par ces m&#234;mes puissances. Ils ont tr&#232;s clairement rejet&#233; toute intervention &#233;trang&#232;re sur le sol libyen, demandant simplement une couverture a&#233;rienne. Et, &#224; leur demande, la r&#233;solution du Conseil de S&#233;curit&#233; a explicitement exclu &#171; le d&#233;ploiement d'une force d'occupation &#233;trang&#232;re sous quelque forme que ce soit et sur n'importe quelle partie du territoire libyen &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'attarderai pas sur les arguments inacceptables de ceux qui tentent de jeter le doute sur la nature de la direction du soul&#232;vement. Ce sont, en g&#233;n&#233;ral, les m&#234;mes qui croient que Kadhafi est un progressiste. Les dirigeants du soul&#232;vement sont un m&#233;lange de dissidents politiques et intellectuels, d&#233;fenseurs des droits d&#233;mocratiques et des droits humains, dont certains ont pass&#233; de longues ann&#233;es dans les ge&#244;les de Kadhafi, d'hommes qui ont rompu avec le r&#233;gime pour rallier la r&#233;bellion et de repr&#233;sentants de la diversit&#233; r&#233;gionale et tribale de la population libyenne. Le programme qui les r&#233;unit est un programme de transformation d&#233;mocratique : libert&#233;s politiques, droits de l'homme et &#233;lections libres &#8211; comme pour tous les autres soul&#232;vements dans la r&#233;gion. Et si ce &#224; quoi pourrait ressembler une Libye post-Kadhafi n'est pas clair, deux choses sont certaines : ce ne pourrait &#234;tre pire que le r&#233;gime de Kadhafi et ce ne pourrait &#234;tre pire que le sc&#233;nario plus &#233;vident d'un r&#244;le crucial jou&#233; par les Fr&#232;res Musulmans dans l'&#201;gypte de l'apr&#232;s-Moubarak, que certains on invoqu&#233; comme pr&#233;texte pour soutenir le dictateur &#233;gyptien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une personne se r&#233;clamant de la gauche peut-elle ignorer une demande de protection &#233;manant d'un mouvement populaire, m&#234;me si elle s'adresse aux gendarmes-bandits de l'imp&#233;rialisme, quand le type de protection demand&#233;e n'est pas de nature &#224; permettre la prise de contr&#244;le de leur pays ? Certainement pas, selon ma conception de la gauche. Aucun vrai progressiste ne peut ignorer la demande de protection &#233;mise par le soul&#232;vement &#8211; &#224; moins, comme c'est trop souvent le cas dans la gauche occidentale, d'ignorer tout des circonstances et de la menace imminente de massacre &#224; grande &#233;chelle, et de ne s'int&#233;resser &#224; la situation qu'apr&#232;s que leur propre gouvernement ait d&#233;cid&#233; d'intervenir, d&#233;clenchant ainsi leur r&#233;flexe d'opposition contre son intervention (un r&#233;flexe plut&#244;t sain d'ordinaire, il faut dire). Dans chaque situation o&#249; les anti-imp&#233;rialistes se sont oppos&#233;s aux interventions militaires dirig&#233;es par l'Occident et prenant la pr&#233;vention de massacres comme pr&#233;texte, ils ont mis en &#233;vidence les alternatives montrant que l'option du recours &#224; la force, choisie par les gouvernements occidentaux, d&#233;coulait uniquement de leurs vis&#233;es imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait une solution non-violente &#224; la crise du Kosovo : l'offre faite par le gouvernement de Boris Eltsine, en ao&#251;t 1998, d'une force internationale assurant la mise en &#339;uvre d'une solution politique impos&#233;e conjointement par Moscou et Washington. Cette offre, transmise par l'ambassadeur &#233;tats-unien aupr&#232;s de l'OTAN, Alexander Vershbow, a tout simplement &#233;t&#233; ignor&#233;e par Washington. On peut dire la m&#234;me chose &#224; propos de f&#233;vrier 1999. Les positions de la Serbie et de l'OTAN &#233;taient diff&#233;rentes mais n&#233;gociables, comme cela a &#233;t&#233; le cas apr&#232;s 78 jours de bombardement, lorsque la r&#233;solution de l'ONU a &#233;t&#233; le r&#233;sultat d'un compromis entre les parties. Il existait une solution non-violente pour contraindre Saddam Hussein &#224; retirer ses troupes du Kowe&#239;t en 1990 : outre le fait qu'il n'aurait pas pu r&#233;sister longtemps aux s&#233;v&#232;res sanctions impos&#233;es &#224; son r&#233;gime pour l'en d&#233;loger, il avait propos&#233; de n&#233;gocier son retrait. Washington a pr&#233;f&#233;r&#233; d&#233;truire l'infrastructure du pays et le renvoyer &#224; &#171; l'&#226;ge de pierre &#187;, pour reprendre les termes employ&#233;s par le rapporteur aupr&#232;s du Conseil de S&#233;curit&#233; des Nations Unies pour d&#233;crire la situation du pays apr&#232;s la guerre en 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle &#233;tait alors, dans le cas de la Libye, l'alternative &#224; l'&#233;tablissement d'une zone d'exclusion a&#233;rienne ? Aucune r&#233;ponse n'est convaincante. Le jour o&#249; le Conseil de S&#233;curit&#233; a vot&#233; sa r&#233;solution, les forces de Kadhafi &#233;taient d&#233;j&#224; aux portes de Benghazi et son aviation attaquait la ville. Quelques jours encore et elles auraient pu prendre Benghazi. Ceux qui sont confront&#233;s &#224; cette question fournissent des r&#233;ponses tr&#232;s peu convaincantes. Une solution politique aurait pu &#234;tre envisag&#233;e si Kadhafi avait &#233;t&#233; pr&#234;t &#224; accepter des &#233;lections libres, mais il ne l'&#233;tait pas. Lui et son fils Saif n'ont offert qu'un seul choix aux insurg&#233;s, la reddition (en promettant une amnistie en laquelle personne n'aurait pu croire) ou la &#171; guerre civile &#187;. Je ne parlerai pas de ceux qui disent que la population de Benghazi aurait pu s'enfuir en &#201;gypte et y trouver refuge ! Cette r&#233;ponse ne m&#233;rite pas commentaire. J'ignorerai &#233;galement ceux qui affirment que seules les arm&#233;es arabes auraient d&#251; intervenir, comme si une intervention des forces &#233;gyptiennes et saoudienne et de leurs semblables aurait caus&#233; moins de pertes humaines et diminu&#233; l'influence imp&#233;rialiste sur le processus en cours en Libye. La r&#233;ponse qui para&#238;t &#234;tre la plus convaincante est celle qui pr&#244;ne la fourniture d'armes aux insurg&#233;s, mais ce n'&#233;tait pas une alternative plausible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fourniture d'armes ne pouvait pas &#234;tre organis&#233;e et mise en &#339;uvre en 24 heures, particuli&#232;rement en ce qui concerne des missiles antia&#233;riens sophistiqu&#233;s ! Cette solution ne pouvait pas &#234;tre l'alternative &#224; un massacre imminent. Dans de telles conditions, en l'absence de toute autre solution plausible, l'opposition de la gauche &#224; la mise en place d'une zone d'exclusion a&#233;rienne, autrement dit l'opposition &#224; la demande des insurg&#233;s de cr&#233;ation de cette zone, e&#251;t &#233;t&#233; une faute &#224; la fois morale et politique. Et cela reste une erreur morale et politique que de demander la lev&#233;e de la zone d'exclusion a&#233;rienne, sauf si l'aviation de Kadhafi a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mise hors d'&#233;tat de nuire. &#192; d&#233;faut de cela, la lev&#233;e de la zone d'exclusion a&#233;rienne signifierait la victoire de Kadhafi qui reprendrait ses op&#233;rations a&#233;riennes et &#233;craserait le soul&#232;vement encore plus f&#233;rocement que ce qu'il s'appr&#234;tait &#224; faire pr&#233;c&#233;demment. En revanche, il nous faut r&#233;solument exiger que les bombardements cessent, une fois les moyens a&#233;riens de Kadhafi neutralis&#233;s. Il nous faut demander que clart&#233; soit faite quant au potentiel a&#233;rien dont Kadhafi dispose encore et sur ce que la neutralisation de ce potentiel n&#233;cessite, le cas &#233;ch&#233;ant. Et nous devons nous opposer &#224; ce que l'OTAN devienne une participante &#224; part enti&#232;re dans les op&#233;rations au sol au-del&#224; des frappes initiales contre les blind&#233;s de Kadhafi n&#233;cessaires pour stopper l'offensive de ses troupes contre les villes rebelles de la province occidentale, m&#234;me si les insurg&#233;s demandent ou accueillent positivement la participation de l'OTAN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie-t-il que nous devions hier, et que nous devons aujourd'hui, soutenir la r&#233;solution 1973 du Conseil de S&#233;curit&#233; de l'ONU ? Pas du tout. Cette r&#233;solution est aussi mauvaise que dangereuse, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle ne fournit pas suffisamment de garanties contre la transgression du mandat de protection des populations civiles en Libye. La r&#233;solution laisse trop de place &#224; l'interpr&#233;tation et pourrait &#234;tre employ&#233;e pour poursuivre une politique imp&#233;rialiste allant au-del&#224; du r&#244;le de protection afin d'intervenir dans l'avenir politique de la Libye. Elle ne pouvait &#234;tre soutenue, et doit &#234;tre critiqu&#233;e pour ses ambigu&#239;t&#233;s. Mais on ne pouvait s'y opposer non plus, dans le sens de s'opposer &#224; la zone d'exclusion a&#233;rienne et de donner l'impression de ne pas se pr&#233;occuper des civils et du soul&#232;vement. Nous pouvions seulement exprimer nos fortes r&#233;serves. Une fois l'intervention lanc&#233;e, le r&#244;le des forces anti-imp&#233;rialistes aurait d&#251; se concentrer sur une surveillance &#233;troite des op&#233;rations et sur la condamnation de toutes les frappes touchant des populations civiles, chaque fois que les pr&#233;cautions pour &#233;pargner les civils n'ont pas &#233;t&#233; prises, ainsi que toutes les actions de la coalition qui ne sauraient &#234;tre justifi&#233;es par la protection des civils. Il faut aussi s'opposer fermement &#224; un article de la r&#233;solution du Conseil de S&#233;curit&#233; : celui qui confirme l'embargo sur la livraison d'armes &#224; la Libye, si cet embargo s'applique au pays et non au seul r&#233;gime de Kadhafi. Il nous faut, au contraire, exiger que des armes soient fournies ouvertement et massivement aux insurg&#233;s afin de les affranchir aussi rapidement que possible du besoin de soutien militaire direct de l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier commentaire : nous avons, depuis tant d'ann&#233;es, d&#233;nonc&#233; l'hypocrisie et le deux poids deux mesures des puissances imp&#233;rialistes, en d&#233;non&#231;ant leur inaction pour emp&#234;cher le g&#233;nocide bien r&#233;el au Rwanda tandis qu'elles intervenaient pour mettre fin au &#171; g&#233;nocide &#187; imaginaire au Kosovo. Cette d&#233;nonciation impliquait que nous pensions qu'il aurait fallu une intervention internationale pour emp&#234;cher ou arr&#234;ter le g&#233;nocide au Rwanda. La gauche ne devrait certainement pas &#233;noncer des &#171; principes &#187; absolus tels que &#171; Nous sommes contre l'intervention militaire des puissances occidentales quelles que soient les circonstances &#187;. Cela n'est pas une position politique, mais un tabou religieux. On peut parier sans risque que l'intervention imp&#233;rialiste actuelle en Libye s'av&#232;rera tr&#232;s embarrassante pour les puissances imp&#233;rialistes &#224; l'avenir. Comme s'en sont justement alarm&#233;s les membres de la classe politique &#233;tats-unienne qui se sont oppos&#233;s &#224; l'intervention de leur pays, la prochaine fois qu'Isra&#235;l bombardera un de ses voisins, que ce soit Gaza ou le Liban, les gens demanderont la cr&#233;ation d'une zone d'exclusion a&#233;rienne. Pour ma, part c'est ce que je ferai sans la moindre h&#233;sitation. Il faudra organiser des piquets devant les Nations Unies &#224; New York pour l'exiger. Il faut tous nous pr&#233;parer &#224; de telles actions, avec maintenant un puissant argument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche doit apprendre &#224; mettre en lumi&#232;re l'hypocrisie des imp&#233;rialistes en retournant contre eux les m&#234;mes armes morales qu'ils exploitent cyniquement, plut&#244;t que de renforcer l'efficacit&#233; de leur hypocrisie en donnant l'impression de ne pas se soucier des pr&#233;occupations morales. Ce sont eux qui ont deux poids et deux mesures, pas nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Traduit par Antoine Dequidt)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.alencontre.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.alencontre.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;* Gilbert Achcar&lt;/strong&gt;, originaire du Liban, est actuellement professeur &#224; l'&#201;cole des &#201;tudes Orientales et Africaines (School of Oriental and African Studies, SOAS) de l'Universit&#233; de Londres. Parmi ses ouvrages : Le choc des barbaries, traduit en 13 langues ; La poudri&#232;re du Moyen-Orient &#233;crit en collaboration avec Noam Chomsky ; et plus r&#233;cemment, Les Arabes et la Shoah : La guerre isra&#233;lo-arabe des r&#233;cits. L'article original a &#233;t&#233; publi&#233; par &lt;a href=&#034;http://www.zcommunications.org/libya-a-legitimate-and-necessary-debate-from-an-anti-imperialist-perspective-by-gilbert-achcar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ZNet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Derri&#232;re la crise de Gaza</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Derriere-la-crise-de-Gaza</link>
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		<dc:date>2009-01-20T05:10:06Z</dc:date>
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		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>



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&lt;p&gt;10 janvier 2009 Cet entretien a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; le 10 janvier dernier par Daniel Finn pour la revue &#233;lectronique irlandaise Irish Left Review (pour le texte original, cliquer ici.) La traduction fran&#231;aise a &#233;t&#233; faite par Anne Spagnoli, responsable du site suisse Non &#224; la guerre ! Daniel Finn : Quels sont selon vous les principaux objectifs de la strat&#233;gie isra&#233;lienne actuellement dans l'attaque contre la bande de Gaza ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Gilbert Achcar : Il s'agit-l&#224; en fait d'une question bien compliqu&#233;e, car (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Moyen-Orient-" rel="directory"&gt;Moyen-Orient&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;10 janvier 2009&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet entretien a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; le 10 janvier dernier par Daniel Finn pour la revue &#233;lectronique irlandaise Irish Left Review (pour le texte original, cliquer ici.) La traduction fran&#231;aise a &#233;t&#233; faite par Anne Spagnoli, responsable du site suisse Non &#224; la guerre !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Finn : Quels sont selon vous les principaux objectifs de la strat&#233;gie isra&#233;lienne actuellement dans l'attaque contre la bande de Gaza ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : Il s'agit-l&#224; en fait d'une question bien compliqu&#233;e, car diff&#233;rents niveaux sont impliqu&#233;s. Vue en grand angle, cette strat&#233;gie fait partie de la lutte en cours entre Isra&#235;l, d'une part, et le Hamas et le Hezbollah, de l'autre, lutte qui a atteint son point culminant pr&#233;c&#233;dent en 2006, lorsque Isra&#235;l menait simultan&#233;ment deux guerres, l'une contre Gaza et l'autre &#8211; une offensive de grande envergure &#8211; contre le Liban. Ces guerres &#233;taient li&#233;es &#224; la strat&#233;gie g&#233;n&#233;rale de l'administration Bush dans sa confrontation avec l'Iran. En effet, la conception dominante &#224; Washington est que le Hamas et le Hezbollah sont des outils de l'Etat iranien et qu'ils font donc partie d'un arc de forces qui devraient &#234;tre &#233;cras&#233;es si l'on veut stabiliser l'h&#233;g&#233;monie &#233;tats-unienne aussi bien que la s&#233;curit&#233; isra&#233;lienne. Ce qui se passe maintenant est donc une nouvelle &#233;tape d'une m&#234;me guerre en cours, d&#233;clench&#233;e depuis quelques ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on resserre le cadrage, il devient &#233;vident que cette campagne a &#233;t&#233; lanc&#233;e en ce moment pr&#233;cis&#233;ment, depuis le 27 d&#233;cembre, pour des consid&#233;rations politiques &#224; plus court terme. D'une part, l'administration Bush est sur le d&#233;part. D'apr&#232;s tous les signes donn&#233;s par l'&#233;quipe Obama, le gouvernement isra&#233;lien n'a aucune raison de craindre un changement majeur dans la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient. Mais il y a quand m&#234;me cette perspective, promise par Obama au cours de la campagne &#233;lectorale, que la nouvelle administration entre en pourparlers avec l'Iran. Dans ce cas, l'appui &#233;tats-unien &#224; une position dure dans la confrontation avec l'Iran pourrait &#234;tre dilu&#233;. Compte tenu de cela, une des raisons pour lesquelles la campagne a &#233;t&#233; lanc&#233;e en ce moment m&#234;me est justement d'&#233;pargner &#224; la nouvelle administration la n&#233;cessit&#233; de devoir affronter d'embl&#233;e une crise majeure au Moyen-Orient. L'&#233;quipe Obama &#233;tait donc soulag&#233;e que cela se fasse sous Bush.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me &#8211; et c'est maintenant un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;current lors des agressions isra&#233;liennes &#8211; est que l'op&#233;ration a dur&#233; beaucoup plus longtemps que pr&#233;vu : le temps de la &#171; Guerre des Six Jours &#187; est bien r&#233;volu. Id&#233;alement, le gouvernement isra&#233;lien &#8211; et il y a quelques mois beaucoup de commentateurs &#233;voquaient cette possibilit&#233; &#8211; aurait voulu frapper directement l'Iran avant le d&#233;part de l'administration Bush. Mais cela est devenu impossible pour une s&#233;rie de raisons li&#233;es aux gros probl&#232;mes dans lesquels se trouve l'administration Bush elle-m&#234;me. En effet, outre la faiblesse politique g&#233;n&#233;rale d'un pr&#233;sident discr&#233;dit&#233; et en fin de mandat, il y a la crise &#233;conomique qui fait que toute confrontation militaire avec l'Iran en ce moment serait certainement nuisible aux int&#233;r&#234;ts de l'&#233;conomie mondiale. [Cette interview a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e avant la r&#233;v&#233;lation par le New York Times du rejet par l'administration Bush d'une requ&#234;te r&#233;cente de feu vert de la part d'Isra&#235;l pour des frappes sur les installations nucl&#233;aires iraniennes.] Au lieu de ces frappes contre l'Iran qu'il avait souhait&#233;, Isra&#235;l est en train d'attaquer le Hamas, qu'il voit comme un agent de l'Iran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe enfin une consid&#233;ration encore plus &#233;troite, celle des enjeux &#233;lectoraux en Isra&#235;l. Comme vous le savez, de nouvelles &#233;lections isra&#233;liennes doivent bient&#244;t avoir lieu. Or, les partis repr&#233;sent&#233;s dans le gouvernement de coalition &#8211; le parti Kadima d'Olmert et de Livni et le parti travailliste d'Ehud Barak &#8211; font face &#224; une forte concurrence de la part du Likoud, l'extr&#234;me droite de la mouvance sioniste dominante en Isra&#235;l. D'une certaine fa&#231;on, cette attaque contre Gaza est une mani&#232;re de pr&#233;empter la surench&#232;re sur laquelle Netanyahou aurait certainement construit sa campagne &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on tient compte de tous ces aspects, on s'aper&#231;oit qu'il y a eu surd&#233;termination, autrement dit une multiplicit&#233; de raisons pour que cette op&#233;ration soit lanc&#233;e juste en ce moment. Tout le reste, les roquettes lanc&#233;es par le Hamas etc., ne sont que des pr&#233;textes, tout comme l'enl&#232;vement de deux soldats par le Hezbollah en juillet 2006 n'&#233;tait qu'un pr&#233;texte utilis&#233; par Isra&#235;l pour lancer une agression pr&#233;m&#233;dit&#233;e de grande envergure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Finn : La derni&#232;re confrontation entre Isra&#235;l et le Hamas et le Hezbollah en 2006 s'est termin&#233; en un revers majeur pour l'Etat isra&#233;lien, ce qui a suscit&#233; toutes sortes de r&#233;criminations parmi les &#233;lites politiques et militaires. Pensez-vous qu'Isra&#235;l a maintenant une chance r&#233;aliste de renverser cet &#233;chec et d'obtenir une victoire ou se dirige-t-il vers une nouvelle d&#233;faite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : C'est justement la raison pour laquelle la situation est extr&#234;mement dangereuse et inqui&#233;tante en ce moment. Cette attaque a commenc&#233; le 27 d&#233;cembre, ce qui signifie que les combats ont d&#233;j&#224; dur&#233; pr&#232;s de deux semaines. Le bilan des morts en chiffres absolus est d&#233;j&#224; plus lourd que celui du Liban apr&#232;s deux semaines de bombardements intensifs. Et si l'on prend des chiffres relatifs, en sachant que la population libanaise est pr&#232;s de trois fois plus nombreuse que celle de Gaza, il y en a beaucoup, beaucoup plus. Ce qui est tr&#232;s inqui&#233;tant et dangereux dans la situation actuelle est que, justement &#224; cause du fiasco pr&#233;c&#233;dent au Liban &#224; l'&#233;t&#233; 2006, Isra&#235;l ne peut pas se permettre un autre &#233;chec du m&#234;me genre. Et cela tant pour des raisons strat&#233;giques que pour des raisons opportunistes ou &#224; court terme, des calculs politiques de bas &#233;tage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, l'Etat isra&#233;lien risque de perdre beaucoup de sa soi-disant cr&#233;dibilit&#233; militaire s'il rencontrait un nouvel &#233;chec, d'autant plus que l'ennemi qu'il affronte cette fois-ci &#8211; le Hamas &#224; Gaza &#8211; est certainement bien plus faible que le Hezbollah ne l'&#233;tait au Liban. En effet, le Hezbollah est plus fort dans la communaut&#233; chiite libanaise que le Hamas ne l'est &#224; Gaza, o&#249; il existe une rivalit&#233; farouche entre le Hamas et l'Autorit&#233; Palestinienne/Fatah, sans compter d'autres groupes rivaux se disputant le m&#234;me public. En outre, bien s&#251;r, pour des raisons tr&#232;s &#233;videntes, le Hezbollah disposait de beaucoup plus d'armes que le Hamas &#224; Gaza, cette &#233;troite bande de terrain encercl&#233; de toutes parts et &#233;troitement surveill&#233;e. A Gaza, les Palestiniens peuvent faire entrer clandestinement quelques armes l&#233;g&#232;res, mais pas d'armes lourdes, alors qu'au Liban le Hezbollah a pu accumuler un arsenal important, d'autant plus facilement qu'il b&#233;n&#233;ficiait du soutien de la Syrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, si Isra&#235;l devait subir un second fiasco, de surcro&#238;t contre le Hamas qui est plus faible que le Hezbollah, ceci constituerait pour lui un d&#233;sastre majeur, pire que celui de 2006. Il y a ensuite, en deuxi&#232;me lieu, les petits calculs de politique &#233;lectorale. Si la coalition au pouvoir en Isra&#235;l devait sortir de cette guerre avec un nouvel &#233;chec, les partis qui la composent n'auraient m&#234;me pas besoin de se pr&#233;senter aux &#233;lections. Netanyahu les &#233;craserait compl&#232;tement, et ils le savent. La coalition au pouvoir ne peut donc se permettre un fiasco pour ces deux raisons combin&#233;es, et c'est ce qui rend la situation si inqui&#233;tante. Ils pourraient &#234;tre atteints du syndrome de la b&#234;te bless&#233;e, devenant encore plus f&#233;roces qu'ils ne l'ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent. Le niveau des atrocit&#233;s isra&#233;liennes augmente de guerre en guerre. La guerre des 33 jours en 2006 &#233;tait d&#233;j&#224; l'agression la plus brutale d'une longue histoire de guerres isra&#233;liennes, l'utilisation la plus brutale de la force par Isra&#235;l, avec bombardements massifs de r&#233;gions enti&#232;res du Liban, des r&#233;gions civiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;texte invoqu&#233; alors, comme aujourd'hui, est que les combattants se cachent parmi la population. Il s'agit-l&#224; d'un argument parfaitement hypocrite : qu'attendent-ils qu'ils fassent ? Qu'ils se regroupent dans un terrain vague avec des pancartes disant : &#171; Bombardez-nous ici &#187; ? C'est grotesque. La r&#233;alit&#233; est qu'Isra&#235;l essaie d'&#233;craser des partis politiques de masse. Bien s&#251;r, ceux-ci sont arm&#233;s, mais ils sont oblig&#233;s de l'&#234;tre puisqu'ils sont menac&#233;s en permanence. Il s'agit de mouvements populaires arm&#233;s. La plupart de leurs membres arm&#233;s ne sont pas des combattants professionnels vivant dans des casernes. Si l'on tient compte de tous ces aspects du probl&#232;me, on voit que les inqui&#233;tudes croissantes exprim&#233;es par les agences humanitaires internationales se fondent sur des raisons extr&#234;mement s&#233;rieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de gens ont actuellement le sentiment que la population de Gaza est r&#233;ellement en danger d'extermination. Il ne s'agit pas l&#224; des exag&#233;rations habituelles, mais d'une &#233;valuation sobre, compte tenu du niveau de violence et de brutalit&#233;, jour apr&#232;s jour, avec de plus en plus de pr&#233;tendus accidents au cours desquels des concentrations de civils sont vis&#233;es, entra&#238;nant des massacres de masse. Pour Isra&#235;l la seule mani&#232;re d'&#233;viter un fiasco est de pousser son offensive terrestre dans les zones &#224; forte densit&#233; de population. Le pire devient ainsi possible, ce qui signifierait des milliers et de milliers de tu&#233;s, sans compter les mutil&#233;s et les bless&#233;s, ce qui est terrifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Finn : Si le Hamas veut &#234;tre vu comme &#233;tant le vainqueur, m&#234;me partiellement, &#224; l'issue de cette derni&#232;re confrontation avec Isra&#235;l, que doit-il faire ? Sa survie est-elle suffisante ? Suffirait-il que le Hamas reste debout ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : Vous voulez dire si le Hamas r&#233;ussissait effectivement &#224; sortir de la guerre la t&#234;te haute. Le fait est qu'en raison des conditions g&#233;ographiques, il a d&#233;j&#224; subi un taux plus &#233;lev&#233; de morts dans ses rangs que le Hezbollah en 2006. Le tout premier jour o&#249; les bombardements isra&#233;liens ont commenc&#233;, les b&#226;timents des forces de s&#233;curit&#233; du Hamas ont &#233;t&#233; vis&#233;s, et le nombre de morts a imm&#233;diatement &#233;t&#233; tr&#232;s lourd. Mais si le Hamas r&#233;ussit n&#233;anmoins &#224; sortir de cette attaque en ayant plus ou moins conserv&#233; son commandement et son infrastructure ; s'il ne fait pas de concession majeure &#8211; ou plut&#244;t pas de concession majeure qui ne soit r&#233;ciproque, comme : &#171; Nous arr&#234;tons de lancer des roquettes, mais vous nous garantissez que vous, Isra&#233;liens, cessez de nous tirer dessus, de nous imposer un embargo et de nous &#233;trangler &#187; &#8211; il s'agira alors d'un fiasco isra&#233;lien et ce sera per&#231;u comme une victoire politique pour le Hamas, tout comme celle obtenue par le Hezbollah en 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au moment o&#249; nous parlons, ce n'est l&#224; qu'une hypoth&#232;se, car nous ne pouvons pr&#233;voir comment les choses vont &#233;voluer. Ce qui est clair c'est qu'&#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale, sinon &#224; l'&#233;chelle mondiale, cette attaque isra&#233;lienne a &#233;norm&#233;ment accru la popularit&#233; du Hamas. Toutefois on ne peut consid&#233;rer comme acquis que ce soit &#233;galement le cas parmi les Palestiniens de Gaza, pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de la rivalit&#233; entre le Hamas et le Fatah. Sur cette question, les rapports divergent. Bien entendu les partisans du Fatah diront : &#171; Le Hamas nous a mis dans cette situation terrible, nous souffrons &#224; cause d'eux ; bien s&#251;r, Isra&#235;l est le premier &#224; bl&#226;mer, mais... &#187; &#8211; ce m&#234;me &#171; mais &#187; que l'on retrouve dans les d&#233;clarations de certains r&#233;gimes arabes. C'est notamment ce qu'a exprim&#233; depuis le d&#233;but le gouvernement &#233;gyptien, qui est clairement en collusion avec cette agression isra&#233;lienne. C'est aussi ce qu'on a entendu, ici et l&#224;, de la part des alli&#233;s arabes des Etats-Unis. C'est la m&#234;me rh&#233;torique que l'on a entendue en 2006, lorsqu'on bl&#226;mait le Hezbollah pour l'agression isra&#233;lienne contre le Liban. On ne sait pas encore quelle sera l'issue politique finale pour le Hamas. Je crois qu'il est encore trop t&#244;t pour faire une &#233;valuation de ce que cela donnera &#224; long terme, voire &#224; moyen terme. Pour le moment, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, la seule certitude est la popularit&#233; croissante du Hamas au niveau r&#233;gional. D'ailleurs c'est le r&#233;sultat presque automatique chaque fois qu'Isra&#235;l d&#233;signe une cible arabe et commence &#224; la frapper. La cible devient automatiquement populaire &#224; cause de la haine envers Isra&#235;l et ses agressions permanentes dans la r&#233;gion : toute victime d'Isra&#235;l, et surtout toute force de r&#233;sistance &#224; Isra&#235;l, est assur&#233;e de devenir populaire dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Finn : Il a &#233;t&#233; question, au cours de la semaine pass&#233;e, d'un certain m&#233;contentement parmi la jeune g&#233;n&#233;ration du Fatah. Il y a eu des rapports selon lesquels Marwan Barghouti aurait envoy&#233; des messages depuis sa cellule en prison exprimant des critiques &#224; l'&#233;gard des d&#233;clarations faites par Mahmoud Abbas. Pensez-vous que cela a une possibilit&#233; de se concr&#233;tiser, et de miner la direction actuelle du Fatah ? Pensez-vous qu'il y a une chance que la direction du Fatah change d'orientation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : Barghouti est d'une certaine mani&#232;re une carte de r&#233;serve pour le Fatah. Mahmoud Abbas a d&#233;j&#224; largement br&#251;l&#233; ses propres cartes. Il n'a plus de cr&#233;dibilit&#233; et appara&#238;t comme un personnage servile, un pion secondaire dans ce jeu r&#233;gional. Il n'est pas populaire, m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur du Fatah. Il est donc clair que le Fatah va avoir besoin &#8211; imm&#233;diatement ou tr&#232;s bient&#244;t &#8211; d'une autre personnalit&#233; dirigeante, et Barghouti serait une solution de rechange. Mais comme il est en prison, son sort d&#233;pend largement d'Isra&#235;l et, bien s&#251;r, de Washington. Quant &#224; savoir quelle serait la conduite de Barghouti s'il &#233;tait lib&#233;r&#233; de prison, c'est bien difficile. Le probl&#232;me principal est de savoir quel type de relation il &#233;tablirait avec les Etats-Unis et leur pion palestinien num&#233;ro un, Muhammad Dahlan. Dahlan et Barghouti &#233;taient en alliance &#233;lectorale lors des &#233;lections de janvier 2006. Poursuivraient-ils cette collaboration et constitueraient-ils une &#233;quipe dominante soud&#233;e dans le Fatah de l'apr&#232;s-Abbas, ou seraient-ils en concurrence ? Cela reste &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Finn : Vous avez dit que le r&#233;gime &#233;gyptien en particulier, et dans des mesures variables tous les autres r&#233;gimes arabes pro-&#233;tats-uniens, sont vus comme complices d'Isra&#235;l. Si l'escalade devait se poursuivre, si comme vous l'avez d&#233;crit, Isra&#235;l se comportait comme un animal bless&#233; et utilisait des m&#233;thodes de plus en plus brutales contre les Palestiniens vivant &#224; Gaza, comment le gouvernement &#233;gyptien parviendrait-il &#224; contenir la col&#232;re &#8211; qui semble d&#233;j&#224; consid&#233;rable &#8211; au sein de son propre peuple ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : Ces r&#233;gimes ne sont pas seulement vus comme complices d'Isra&#235;l, ils le sont r&#233;ellement. La presse a d'ailleurs rapport&#233; qu'ils avaient &#233;t&#233; mis au courant de l'attaque contre Gaza avant qu'elle ne se d&#233;clenche. Le jour o&#249; l'attaque a commenc&#233;, le quotidien arabe bas&#233; &#224; Londres, Al-Quds al-Arabi, a publi&#233; un article de son correspondant en Cisjordanie qui rapportait que la ministre des affaires &#233;trang&#232;res isra&#233;lienne Tzipi Livni, lors de sa visite au Caire effectu&#233;e la veille, avait inform&#233; les autorit&#233;s &#233;gyptiennes qu'Isra&#235;l allait d&#233;clencher une op&#233;ration contre le Hamas. Le G&#233;n&#233;ral Suleiman, chef du service des renseignements &#233;gyptien, lui a demand&#233; express&#233;ment qu'Isra&#235;l vise les combattants du Hamas en prenant soin d'&#233;pargner les civils. Or, le jour m&#234;me de la parution de l'article, l'attaque &#233;tait d&#233;clench&#233;e et les premi&#232;res cibles vis&#233;es furent les b&#226;timents de la police &#224; Gaza. Il s'agissait donc en apparence d'une attaque qui &#233;pargnait les civils et ciblait sp&#233;cifiquement les forces arm&#233;es. Ce qui prouve sans le moindre doute que le r&#233;gime &#233;gyptien avait bien &#233;t&#233; inform&#233; de ce qui allait se passer. Il n'a m&#234;me pas pr&#233;venu le Hamas, qui fut pris par surprise lorsque l'attaque a commenc&#233;, d'o&#249; le bilan initial tr&#232;s lourd de tu&#233;s dans les rangs de ses forces arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement &#233;gyptien et les autres r&#233;gimes arabes alli&#233;s aux Etats-Unis souhaiteraient beaucoup voir le Hamas affaibli. Ils ne sont pas en faveur d'une &#233;limination du Hamas &#8211; pour autant que ce fut possible &#8211; puisqu'ils savent que cela aurait un co&#251;t humain &#233;norme et traumatisant. Ils souhaiteraient un Hamas affaibli qui n'aurait alors d'autre choix que de couper ses liens avec l'Iran et serait oblig&#233; de d&#233;pendre d'eux pour survivre : voil&#224; ce qu'ils souhaitent. Ils veulent un Hamas apprivois&#233;, et ils attendent d'Isra&#235;l qu'il se charge du dressage. Ainsi, une fois qu'Isra&#235;l aurait administr&#233; une le&#231;on au Hamas, l'Egypte, puis les Saoudiens et les Jordaniens, pourraient dire &#224; ce dernier : &#171; Vous n'avez pas d'autre choix que de coop&#233;rer avec nous ; soit vous entrez dans le jeu &#224; nos conditions, en coupant tous vos liens avec l'Iran et la Syrie, soit vous devrez affronter Isra&#235;l seul, avec la possibilit&#233; qu'il vous &#233;crase &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'op&#233;ration isra&#233;lienne devait &#233;chouer, ces r&#233;gimes retourneraient imm&#233;diatement leur veste, par pur opportunisme, et ils commenceraient &#224; bl&#226;mer Isra&#235;l, en multipliant les d&#233;clarations de r&#233;probation qui ne vont pas tr&#232;s loin. Le r&#233;gime &#233;gyptien pourrait gonfler l'importance de son d&#233;saccord avec Isra&#235;l sur la question des troupes internationales sur le c&#244;t&#233; &#233;gyptien de la fronti&#232;re avec Gaza, qu'Isra&#235;l demande et que le Caire rejette. Des affaires de ce genre seraient exag&#233;r&#233;s hors de proportion, de sorte que Le Caire et ses alli&#233;s arabes puissent faire mine de confronter Isra&#235;l. Leurs discours hypocrites habituels expliquent qu'ils le font, eux, de mani&#232;re responsable, parce qu'ils connaissent la puissance militaire isra&#233;lienne et se soucient du bien-&#234;tre des populations, pas comme ces fous du Hamas, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Finn : Le Hezbollah a organis&#233; quelques manifestations tr&#232;s importantes au Liban en solidarit&#233; avec le Hamas et avec les habitants de Gaza. Est-ce que son soutien est susceptible de rester au niveau politique ou existe-t-il une possibilit&#233;, comme l'ont &#233;voqu&#233; certains en termes assez alarmistes, que le Hezbollah pourrait ouvrir un deuxi&#232;me front contre Isra&#235;l sur la fronti&#232;re Nord ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : Je ne crois pas du tout &#224; une possibilit&#233; de ce genre. Il semble que les trois roquettes tir&#233;es depuis le Liban vers le nord d'Isra&#235;l l'ont &#233;t&#233; par un des petits groupes palestiniens li&#233;s &#224; Damas. Le Hezbollah a imm&#233;diatement rejet&#233; toute responsabilit&#233; et la coalition gouvernementale libanaise dans laquelle le Hezbollah est repr&#233;sent&#233; a condamn&#233; unanimement ces tirs de roquettes. En fait, &#224; ce stade, il y a bien d'&#233;normes manifestations de solidarit&#233; politique, mais le Hezbollah a aussi tir&#233; la le&#231;on de 2006. Rappelez-vous, apr&#232;s la guerre des 33 jours en 2006, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a d&#233;clar&#233; dans une interview que s'il avait su qu'Isra&#235;l r&#233;agirait comme il l'a fait &#224; l'enl&#232;vement de ses deux soldats le 12 juillet, le Hezbollah ne l'aurait pas organis&#233;. Il voulait dire, en tenant compte des sentiments humains : &#171; Je ne leur aurais pas fourni ce pr&#233;texte si j'avais su qu'ils d&#233;truiraient mon pays et tueraient 1500 personnes parmi mon peuple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, nous savons que pour Isra&#235;l l'enl&#232;vement n'&#233;tait qu'un pr&#233;texte : si aucun soldat n'avait &#233;t&#233; enlev&#233;, Isra&#235;l aurait trouv&#233; &#8211; ou cr&#233;&#233; de toutes pi&#232;ces &#8211;&#172; un pr&#233;texte quelconque pour faire ce qu'il a essay&#233; de faire &#224; cette &#233;poque. Le Hezbollah a accept&#233; la r&#233;solution 1701 du Conseil de S&#233;curit&#233; des Nations Unies. Cette r&#233;solution pr&#233;voyait le d&#233;ploiement au Liban-sud non seulement de l'arm&#233;e libanaise, mais aussi d'une force internationale, la FINUL &#8211; ce qui n'&#233;tait pas dans l'int&#233;r&#234;t du Hezbollah, &#233;tant donn&#233; que cette force est compos&#233;e en grande partie de troupes de l'OTAN, et constitue donc une menace pour lui. Le Hezbollah a d&#251; accepter n&#233;anmoins parce que l'alternative aurait &#233;t&#233; la poursuite de cette guerre horrible, et qu'il y avait des limites humaines &#224; cet &#233;gard. Il ne peut donc se permettre d'appara&#238;tre comme totalement irresponsable en prenant l'initiative d'ouvrir un deuxi&#232;me front &#8211; surtout sans feu vert tant de Damas que de T&#233;h&#233;ran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, comment peut-on s'attendre &#224; ce que les Libanais ouvrent un deuxi&#232;me front alors que les Palestiniens de Cisjordanie eux-m&#234;mes, y compris le Hamas, ne le font pas ? Le Hamas n'a pas tir&#233; de roquettes depuis la Cisjordanie. Ce qui montre, soit dit en passant, &#224; quel point le Hamas a commis une grave erreur en d&#233;cidant de saisir tout le pouvoir &#224; Gaza seul, entra&#238;nant ainsi la s&#233;paration des deux territoires palestiniens. Je ne veux pas dire qu'ils n'auraient pas d&#251; pr&#233;empter le coup que Dahlan &#233;tait en train de monter contre eux avec le soutien des Etats-Unis et d'Isra&#235;l, mais ils n'auraient pas d&#251; &#233;liminer compl&#232;tement le Fatah des institutions de l'Autorit&#233; Palestinienne comme ils l'ont fait. Alors qu'il y a une n&#233;cessit&#233; strat&#233;gique d'organiser la lutte &#224; l'&#233;chelle de toute la r&#233;gion, voil&#224; que la sc&#232;ne palestinienne elle-m&#234;me est fragment&#233;e en deux. C'est tr&#232;s dommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;v&#232;nements mettent &#233;galement en lumi&#232;re tout le probl&#232;me du choix strat&#233;gique des armes. La r&#233;sistance du Hamas est h&#233;ro&#239;que, certes, mais on ne peut pas comparer les conditions au Liban &#224; celles existant en Palestine. Pendant les ann&#233;es d'occupation isra&#233;lienne du Liban, le Hezbollah a livr&#233; une guerre d'usure, concentrant principalement son action dans les zones libanaises contre les forces d'occupation. En avril 1996, il a m&#234;me conclu avec l'occupant, par l'interm&#233;diaire des Etats-Unis, un accord stipulant que : &#171; Les groupes arm&#233;s au Liban n'effectueront pas d'attaques sur Isra&#235;l au moyen de roquettes Katyusha ou d'autres armes. Isra&#235;l et ceux qui coop&#232;rent avec lui n'utiliseront aucune arme contre des civils ou des cibles civiles au Liban. En outre, les deux parties s'engagent &#224; assurer que sous aucune circonstance des civils ne seront vis&#233;es par une attaque, et que les zones habit&#233;es par des civils, les r&#233;gions industrielles et les installations &#233;lectriques ne seront pas utilis&#233;es comme base de lancement d'attaques. &#187; La nature g&#233;ographique du terrain au Liban et la pr&#233;sence de forces isra&#233;liennes dans les zones libanaises habit&#233;es rendaient possible une strat&#233;gie de r&#233;sistance populaire, et c'est ce qui a fini par assurer la victoire, lorsque Isra&#235;l a d&#251; &#233;vacuer le Liban-sud en 2000 dans ce qui ressembla fort &#224; une d&#233;b&#226;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va tout autrement &#224; Gaza, o&#249; les troupes isra&#233;liennes s'&#233;taient retir&#233;es de l'int&#233;rieur de la Bande et l'encerclaient. Du point de vue strat&#233;gique, cela n'a pas beaucoup de sens de les confronter militairement en lan&#231;ant des roquettes vers des zones habit&#233;es au sud d'Isra&#235;l. Le fait est que, du point de vue des Territoires Occup&#233;s palestiniens, si on tire un bilan de la lutte des Palestiniens contre l'Etat d'Isra&#235;l depuis 1967, il est tr&#232;s clair que cette lutte a atteint le maximum d'efficacit&#233; en 1988, avec la &#171; r&#233;volution des pierres &#187;, la premi&#232;re Intifada, sans armes &#224; feu, sans attentats-suicides, sans roquettes, rien de ce genre &#8211; juste par la mobilisation de masse. C'est cette mobilisation qui a &#233;t&#233; le plus terrible pour Isra&#235;l : elle a mis les Isra&#233;liens en grande difficult&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tirer des le&#231;ons de cela. Les diff&#233;rentes forces dans la r&#233;gion ne tiennent pas suffisamment compte des questions strat&#233;giques. Il y a actuellement dans la lutte palestinienne beaucoup de maximalisme d'inspiration religieuse, tout comme il y avait auparavant un maximalisme d'inspiration nationaliste. Ce qui manque, par contre, c'est une &#233;valuation r&#233;aliste des conditions en vue d'&#233;laborer une strat&#233;gie. Non pas une strat&#233;gie de capitulation au nom du &#171; r&#233;alisme &#187;, bien entendu, comme celle de l'OLP &#8211; je veux dire l'Autorit&#233; palestinienne, Arafat et maintenant Mahmoud Abbas. Mais une strat&#233;gie de r&#233;sistance et de lib&#233;ration, de r&#233;sistance populaire, pour imposer &#224; Isra&#235;l tout objectif strat&#233;gique possible dans les conditions existantes. Et ce qui reste envisageable dans les conditions objectives actuelles est d'obtenir qu'Isra&#235;l se retire des territoires occup&#233;s en 1967, avec la possibilit&#233; pour ces territoires d'organiser leur propre gouvernement d&#233;mocratiquement, de jouir au moins d'une souverainet&#233; politique &#8211; ce qui n'est pas le cas actuellement, quand on voit comment Isra&#235;l et ses soutiens occidentaux ont r&#233;agi &#224; la victoire &#233;lectorale du Hamas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de cet objectif imm&#233;diat, la seule strat&#233;gie raisonnable &#224; long terme doit inclure un bouleversement de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne elle-m&#234;me. Elle ne saurait &#234;tre &#233;labor&#233;e comme strat&#233;gie totalement ext&#233;rieure &#224; la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne comme l'ont &#233;t&#233; les strat&#233;gies de l'OLP, hier, et du Hamas aujourd'hui. Il n'est pas possible de vaincre Isra&#235;l militairement depuis l'ext&#233;rieur. Ce n'est pas possible sur le plan de l'armement conventionnel, car Isra&#235;l est beaucoup plus puissant sur ce plan que l'ensemble des Etats arabes environnants &#8211; sans compter le fait que ceux-ci ne sont pas du tout dispos&#233;s &#224; affronter Isra&#235;l, et je ne parle pas seulement de l'Egypte et de la Jordanie, mais &#233;galement de la Syrie. Une &#171; guerre populaire &#187; pour la lib&#233;ration de l'ensemble de la Palestine historique n'a pas de sens, parce que les Isra&#233;liens constituent une large majorit&#233; dans les territoires d'avant 1967. Ce n'est pas comme s'il s'agissait d'une arm&#233;e d'occupation, comme celle des Etats-Unis au Vietnam, ou en Afghanistan ou en Irak, ou comme celle d'Isra&#235;l au Liban. Par ailleurs, tout le monde sait qu'Isra&#235;l est une puissance nucl&#233;aire depuis la fin des ann&#233;es 1960. Tout projet qui repose sur une destruction de l'Etat isra&#233;lien depuis l'ext&#233;rieur est donc irrationnel, dans tous les sens du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, m&#234;me en mettant de c&#244;t&#233; les exigences de l'internationalisme, c'est-&#224;-dire le type de victoire sur l'Etat sioniste qui serait d&#233;sirable, il n'existe pas, en tout cas, de strat&#233;gie raisonnable pour le vaincre sans prendre en consid&#233;ration la n&#233;cessit&#233; d'un bouleversement majeur dans la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne elle-m&#234;me. Il faut imp&#233;rativement qu'une partie majeure de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne s'oppose activement aux politiques belliqueuses du gouvernement isra&#233;lien et se batte pour un r&#232;glement pacifique, durable, fond&#233; sur la justice, l'autod&#233;termination et la fin de toutes les discriminations. C'est une condition essentielle, d&#233;cisive, et c'est la raison pour laquelle l'Intifada de 1988 a &#233;t&#233; si importante : elle a suscit&#233; une crise r&#233;elle, profonde, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la soci&#233;t&#233; isra&#233;lienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, ce que nous voyons maintenant, c'est un tr&#232;s haut degr&#233; de coh&#233;sion et d'unanimit&#233; parmi les Isra&#233;liens au sujet de cette agression qui est la plus f&#233;roce et brutale de leur histoire, et c'est de bien mauvais augure. Dans de telles conditions, m&#234;me s'il se produisait des fiascos pour Isra&#235;l comme celui de 2006, le r&#233;sultat ne serait pas de susciter la rupture de secteurs importants de la population isra&#233;lienne avec la politique men&#233;e par leur gouvernement (et encore moins avec le sionisme) et leur opposition &#224; la guerre, comme ce fut le cas pour de larges secteurs de la population allemande lors de la Premi&#232;re Guerre mondiale ou de la population &#233;tats-unienne au cours de la guerre du Vietnam. Le r&#233;sultat serait plut&#244;t d'entra&#238;ner de nouveaux glissements &#224; droite. C'est pour cette raison que le tableau d'ensemble dans la r&#233;gion est tr&#232;s sombre. Comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, si cette offensive d&#233;bouche sur un fiasco &#8211; et c'est ce que nous souhaitons &#8211; nous savons d'avance que cela signifiera l'arriv&#233;e au pouvoir de Netanyahu, qui est encore pire que les dirigeants actuels. Il est tr&#232;s difficile de pr&#233;voir o&#249; tout cela m&#232;nera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Finn : Il appara&#238;t en effet que c'est une p&#233;riode tr&#232;s dangereuse pour les Palestiniens, peut-&#234;tre le moment le plus dangereux depuis 1967. En Isra&#235;l, dans les m&#233;dias et dans des milieux de l'establishment, il est question d'un transfert de la Bande de Gaza aux autorit&#233;s &#233;gyptiennes et des zones peupl&#233;es de la Cisjordanie &#224; la Jordanie. Si un plan de ce genre &#233;tait mis en pratique, ce serait certainement fatal pour les aspirations nationales palestiniennes durant de nombreuses ann&#233;es. Quelles mesures devraient &#224; votre avis prendre les forces &#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; palestinienne pour am&#233;liorer les perspectives du mouvement national ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : Je ne vois pas vraiment les choses comme vous les d&#233;crivez. Tout d'abord, la monarchie jordanienne elle-m&#234;me aurait plut&#244;t peur aujourd'hui si elle devait reprendre le contr&#244;le de la Cisjordanie. Lorsque cela &#233;tait une perspective r&#233;elle, elle avait d&#233;j&#224; tenu compte du militantisme croissant des Palestiniens, et c'est la raison pour laquelle les plans con&#231;us par le pr&#233;c&#233;dent roi Hussein &#233;taient de nature f&#233;d&#233;rative, pr&#233;voyant notamment d'accorder &#224; la Cisjordanie, ou &#224; la Cisjordanie et &#224; Gaza, une forme d'autogouvernement. Mais le probl&#232;me aujourd'hui est que la monarchie jordanienne ne peut pas compter sur des gens comme Mahmoud Abbas pour dompter la population palestinienne. Ils savent qu'ils ont affaire &#224; une population tr&#232;s radicalis&#233;e, et qu'une nouvelle jonction, une nouvelle fusion entre les Palestiniens de Cisjordanie et ceux de Jordanie, o&#249; ils constituent d&#233;j&#224; une majorit&#233; de la population, serait tr&#232;s dangereuse pour la monarchie jordanienne. Le probl&#232;me est l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle fusion de la Cisjordanie avec la Jordanie serait certainement dans l'int&#233;r&#234;t des Palestiniens, car le soi-disant Etat ind&#233;pendant en Cisjordanie et &#224; Gaza n'a pas de sens. Sur cette question, je suis enti&#232;rement d'accord avec ceux qui critiquent la solution des deux &#201;tats : un soi-disant Etat ind&#233;pendant n'a pas de sens en Cisjordanie, s'il devait &#234;tre pris en otage entre Isra&#235;l et la Jordanie comme entre l'enclume et le marteau. Le peuple palestinien a besoin pour respirer du d&#233;bouch&#233; constitu&#233; par la Jordanie, sans parler des continuit&#233;s humaines et familiales qui existent entre les deux rives du Jourdain. Il y a une unit&#233; historique naturelle de la communaut&#233; humaine vivant sur les deux rives de ce fleuve, et pour que cette communaut&#233; puisse exercer son autod&#233;termination, il faut un autre type de gouvernement en Jordanie, un gouvernement qui soit r&#233;ellement d&#233;mocratique, et non une situation o&#249; la majorit&#233; de la population est opprim&#233;e par un r&#233;gime qui attise des divisions ethniques de nature tribale, comme c'est le cas maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la raison pour laquelle je ne pense pas que le gouvernement jordanien soit enthousiasm&#233; par la perspective d'une nouvelle jonction des deux rives, ni m&#234;me qu'il l'envisage activement. Pourquoi le Roi Hussein a-t-il officiellement rompu les liens entre son royaume et la Cisjordanie en 1988 ? Tout simplement parce qu'en 1988, l'Intifada battait son plein et qu'il a compris que cette Cisjordanie sur laquelle la monarchie avait r&#233;gn&#233; depuis le march&#233; que son p&#232;re avait conclu avec les sionistes en 1948 &#8211; la Cisjordanie sur laquelle la monarchie avait pu r&#233;gner plus ou moins sans difficult&#233; majeure jusqu'en 1967 &#8211; &#233;tait devenue ing&#233;rable &#224; cause de l'Intifada. Elle &#233;tait devenue une patate chaude, trop dangereuse &#224; manipuler, et c'est pourquoi il a rompu officiellement les liens et abandonn&#233; toute pr&#233;tention sur la Cisjordanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Daniel Finn : Pensez-vous que la sc&#232;ne politique palestinienne est susceptible de rester entre les mains du Hamas et du Fatah pour l'avenir pr&#233;visible, ou pensez-vous que certaines des forces qui sont actuellement marginales ont une chance de prendre plus de place ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : Je ne vois pas vraiment une telle perspective actuellement. Je veux dire que, pour le moment, il n'existe pas de r&#233;els concurrents aux deux principaux acteurs que sont le Fatah et le Hamas. Les autres forces, en particulier la gauche palestinienne, ont perdu leur cr&#233;dibilit&#233; au fil des ans, apr&#232;s avoir rat&#233; tant d'occasions. On ne peut donc pas s'attendre &#224; ce qu'elles se d&#233;veloppent soudain par miracle, &#224; moins qu'une nouvelle force &#8211; dont nous n'avons pas encore entendu parler &#8211; ne surgisse, et m&#234;me dans ce cas, il lui faudrait du temps pour m&#251;rir en tout cas. Ce qui aura lieu, dans la situation actuelle, ce sont de nouvelles &#233;volutions de l'int&#233;rieur des deux forces qui polarisent la soci&#233;t&#233; palestinienne, une lutte entre diff&#233;rentes fractions au sein du Fatah, et &#233;galement dans le Hamas. Ni l'une ni l'autre de ces forces n'est monolithique, car elles sont grandes et ont une base et une affiliation de masse. Il est donc plus probable actuellement que des changements se produisent &#224; l'int&#233;rieur de ces mouvements que de voir la mont&#233;e inattendue de nouvelles forces &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, je souhaite vivement qu'une troisi&#232;me force puisse surgir, qui serait un mouvement progressiste, s'appuyant sur la tradition de gauche qui existe parmi les Palestiniens et qui est loin d'&#234;tre n&#233;gligeable, m&#234;me &#224; Gaza, bien qu'elle ne soit pas suffisamment forte pour faire contrepoids au Fatah ou au Hamas. Je souhaite vivement qu'une force de gauche puisse &#233;merger et devenir un acteur majeur sur la sc&#232;ne palestinienne. Mais pour &#234;tre franc, pour le moment, en dehors de l'espoir ou du souhait, ce n'est pas une perspective r&#233;aliste &#8211; nous n'en voyons pas les pr&#233;misses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACHCAR Gilbert, FINN Daniel&lt;br class='autobr' /&gt;
* Cet entretien a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; le 10 janvier dernier par Daniel Finn pour la revue &#233;lectronique irlandaise Irish Left Review (pour le texte original, cliquer ici : The Crisis in Gaza.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La traduction fran&#231;aise a &#233;t&#233; faite par Anne Spagnoli, responsable du site suisse Non &#224; la guerre !.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Gilbert ACHCAR a v&#233;cu au Liban pendant de nombreuses ann&#233;es avant de s'installer en France, puis en Allemagne et au Royaume-Uni, o&#249; il est actuellement professeur &#224; l'&#201;cole des &#233;tudes orientales et africaines (SOAS) de l'Universit&#233; de Londres. Il est auteur et co-auteur de plusieurs ouvrages, dont Le choc des barbaries (2002), L'Orient incandescent (2003), La guerre des 33 Jours (avec Michel Warschawski, 2007), et, avec Noam Chomsky, La poudri&#232;re du Moyen-Orient (2007). Son prochain livre, Les Arabes et la Shoah, para&#238;tra &#224; l'automne 2009.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>UNE AGRESSION PREMEDITEE </title>
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		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>



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&lt;p&gt;Editorial de notre camarade Gilbert Achar, paru dans le quotidien italien Il Manifesto du 28 d&#233;cembre. &lt;br class='autobr' /&gt; _______________________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site de l'Union juive fran&#231;aise pour la paix _______________________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
L'assaut meurtrier qu'Isra&#232;l a perp&#233;tr&#233; contre Gaza &#233;tait tellement pr&#233;m&#233;dit&#233; qu'il &#233;tait annonc&#233; &#195; l'avance hier (samedi) matin dans plusieurs quotidiens arabes. L'information la plus pr&#233;cise a &#233;t&#233; donn&#233;e par le journal nationaliste palestinien et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Moyen-Orient-" rel="directory"&gt;Moyen-Orient&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Editorial de notre camarade Gilbert Achar, paru dans le quotidien italien Il Manifesto du 28 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de l'Union juive fran&#231;aise pour la paix&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;L'assaut meurtrier qu'Isra&#232;l a perp&#233;tr&#233; contre Gaza &#233;tait tellement pr&#233;m&#233;dit&#233; qu'il &#233;tait annonc&#233; &#195; l'avance hier (samedi) matin dans plusieurs quotidiens arabes. L'information la plus pr&#233;cise a &#233;t&#233; donn&#233;e par le journal nationaliste palestinien et arabe al-Quds al-Arabi (J&#233;rusalem arabe) publi&#233; &#195; Londres. &#233;crivant &#195; partir de Ramallah, en Cisjordanie, Walid Awad, le correspondant du quotidien, rapportait avoir appris &#171; de source diplomatique arabe digne de confiance que le g&#233;n&#233;ral Omar Suleiman, chef des renseignements &#233;gyptiens, a inform&#233; certaines capitales arabes qu'Isra&#232;l allait lancer une offensive limit&#233;e contre la bande de Gaza pour exercer une pression sur le mouvement Hamas afin de l'obliger &#195; accepter une tr&#234;ve sans conditions pr&#233;alables. Ces sources ont ajout&#233; que le g&#233;n&#233;ral Suleiman a insist&#233; aupr&#232;s de la ministre isra&#233;lienne des affaires &#233;trang&#232;res, Tzipi Livni, sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;viter de faire des victimes parmi les civils durant l'op&#233;ration militaire afin que des photos d'innocents ne soient pas utilis&#233;es pour exciter la rue arabe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce sc&#233;nario convenu &#224; l'avance qui a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233; le jour m&#234;me de la parution de l'article : saisissant un pr&#233;texte ordinaire les tirs de roquettes &#224; partir de Gaza, qui sont eux-m&#234;mes des tirs de repr&#233;sailles, et ainsi de suite l'aviation isra&#233;lienne a cruellement attaqu&#233; Gaza, concentrant son feu sur les forces de s&#233;curit&#233; int&#233;rieures dirig&#233;es par le gouvernement du Hamas, conform&#233;ment &#224; la demande du patron des services &#233;gyptiens plus soucieux d'att&#233;nuer la r&#233;action de l'opinion publique dans son pays que de sauver des vies humaines palestiniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collusion avec Isra&#235;l des &#171; Arabes de l'Am&#233;rique &#187;, comme les appelle &#171; la rue arabe &#187;, c'est-&#224; -dire les monarchies p&#233;troli&#232;res du Golfe, la monarchie jordanienne et l'Egypte, est ainsi expos&#233;e au grand jour. Le g&#233;n&#233;ral &#233;gyptien met au point avec Tzipi Livni le sc&#233;nario du carnage offert par Isra&#235;l aux Palestiniens en cette p&#233;riode de f&#234;tes et de cadeaux, tandis qu'&#224; Washington, on fait le bilan des pr&#233;sents offerts par les monarques arabes &#224; son homologue am&#233;ricaine, Condoleeza Rice : des bijoux pour plusieurs centaines de millions de dollars, dont un collier d'un co&#251;t estim&#233; &#195; 170 000 dollars ainsi qu'une parure en rubis et diamants de 165 000 dollars de la part du roi saoudien Abdallah, et une parure en &#233;meraudes et diamants d'un co&#251;t estim&#233; &#224; 147 000 dollars de la part du roi jordanien Abdallah II (Associated Press, 22 d&#233;cembre). D es cadeaux d'autant plus extravagants et scandaleux pour les populations des pays concern&#233;s que ces souverains savaient pertinemment que Condoleeza Rice ne pourrait les &#233;trenner que durant son mandat de secr&#233;taire d'&#233;tat et que, conform&#233;ment &#224; la loi am&#233;ricaine, ils sont propri&#233;t&#233; publique et seront d&#233;pos&#233;s dans un entrep&#244;t gouvernemental &#224; la fin du mandat de l'administration sortante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les &#171; Arabes de l'Am&#233;rique &#187; se comportent de fa&#231;on si peu restreinte dans leurs &#233;panchements serviles envers Washington alors que l'administration Bush est la plus ha&#239;e de l'histoire par la &#171; rue arabe &#187; des populations arabes qui ne r&#234;vent d'offrir qu'un seul type de cadeaux &#224; George Bush et aux membres de son &#233;quipe abhorr&#233;e : des chaussures dans la figure, &#224; l'instar de l'acte du journaliste irakien Muntazar al-Zeidi devenu h&#233;ros national de l'ensemble des populations arabes on peut imaginer la fa&#231;on dont ils se comporteront apr&#232;s l'investiture de Barack Hussein Obama : sans retenue aucune, fort probablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement d'administration &#195; Washington, s'il ne laisse pas augurer d'un changement substantiel de la politique &#233;tats-unienne au Moyen-Orient &#224; en juger par la composition de la nouvelle &#233;quipe, entra&#238;nera pour s&#251;r un ravalement de fa&#231;ade : un passage de l'imp&#233;rialisme au visage hideux et islamophobe de l'imp&#233;rialisme &#224; visage humain, noir et islamophile. C'est le sens du grand discours qu'Obama a pr&#233;vu de prononcer, en direction du monde musulman apr&#232;s sa prise de fonctions. L'Am&#233;rique, dont la maladresse de l'administration Bush a plac&#233; les int&#233;r&#232;ts au Moyen-Orient en p&#233;ril, a besoin de redorer son blason aupr&#232;s des musulmans, afin de renforcer sa domination militaire par une h&#233;g&#233;monie politique. C'est une des raisons majeures pour lesquelles le grand capital am&#233;ricain a soutenu Obama tandis que les &#233;lecteurs et &#233;lectrices se mobilisaient pour lui pour de tout autres raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le timing de l'op&#233;ration isra&#233;lienne a &#233;t&#233; choisi en tenant compte de ces consid&#233;rations : il fallait frapper ce grand coup contre Gaza avant l'investiture d'Obama, afin de ne pas compromettre d'entr&#233;e de jeu son op&#233;ration de relations publiques. Le succ&#232;s de celle-ci devrait rendre plus ais&#233;es &#224; l'avenir pareilles agressions brutales contre un ennemi qui sera d'autant plus facile &#224; diaboliser que le pr&#233;sident am&#233;ricain sera ang&#233;lis&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Palestine, Liban, Irak et mouvement antiguerre : &#171; Les Etats-Unis s&#232;ment les germes d'une trag&#233;die de longue dur&#233;e... &#187;</title>
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		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>



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&lt;p&gt;Cette interview a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e par Foti Benlisoy et Aykut Kili&#231; pour la revue critique turque Mesele (Question). Le texte original anglais de l'interview a &#233;t&#233; publi&#233; sur les sites de ZNet et de International Viewpoint sous le titre &#171; The U.S. is sowing the seeds of a long term tragedy... &#187;. Traduit de l'anglais par JM pour Inprecor et, pour la partie consacr&#233;e &#224; l'Irak, par la r&#233;daction du site suisse www.nonalaguerre.ch. Cette partie a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;e sur le site A l'encontre, dat&#233;e du 10 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Moyen-Orient-" rel="directory"&gt;Moyen-Orient&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH127/arton1768-c7e0d.jpg?1630048795' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='127' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette interview a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e par Foti Benlisoy et Aykut Kili&#231; pour la revue critique turque Mesele (Question). Le texte original anglais de l'interview a &#233;t&#233; publi&#233; sur les sites de ZNet et de International Viewpoint sous le titre &#171; The U.S. is sowing the seeds of a long term tragedy... &#187;. Traduit de l'anglais par JM pour Inprecor et, pour la partie consacr&#233;e &#224; l'Irak, par la r&#233;daction du site suisse &lt;a href=&#034;http://www.nonalaguerre.ch&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.nonalaguerre.ch&lt;/a&gt;. Cette partie a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;e sur le site A l'encontre, dat&#233;e du 10 juin 2008.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mesele : Le soixanti&#232;me anniversaire de la fondation de l'&#201;tat d'Isra&#235;l, qui est aussi celui de la Nakba, la catastrophe palestinienne, tombe en cette ann&#233;e 2008. Comment analysez-vous l'objectif isra&#233;lien et pensez-vous qu'il a chang&#233; au cours des ann&#233;es ? Quelle est la strat&#233;gie isra&#233;lienne actuelle en ce qui concerne tant Gaza que la Cisjordanie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilbert Achcar : Ce sont l&#224; plusieurs questions en m&#234;me temps. Commen&#231;ons d'abord par la continuit&#233; entre 1948 et aujourd'hui : c'est bien s&#251;r celle du projet sioniste initial de s'emparer de l'ensemble de la Palestine, c'est-&#224;-dire de la Palestine telle qu'elle &#233;tait sous le mandat britannique. En 1948 ce but n'a &#233;t&#233; que partiellement accompli car l'&#201;tat d'Isra&#235;l n'a &#233;t&#233; fond&#233; que sur un peu moins de 80 % de ce territoire. Cela fut consid&#233;r&#233; alors comme un premier pas seulement, comme nous le savons aujourd'hui gr&#226;ce aux biographies, documents et archives des dirigeants sionistes et tout particuli&#232;rement de Ben Gourion &#8211; la premi&#232;re &#233;tape d'une entreprise visant au contr&#244;le de l'ensemble du territoire. Ces conditions ont &#233;t&#233; remplies en 1967, lorsqu'Isra&#235;l a envahi et occup&#233; le reste de la Palestine, c'est-&#224;-dire toute la rive ouest du Jourdain. Ainsi depuis la guerre de 1967 &#8211; qui constitue le second grand tournant dans l'histoire du conflit &#8211; le probl&#232;me d'Isra&#235;l a &#233;t&#233; d'achever le projet initial commenc&#233; en 1948, et ce dans les territoire occup&#233;s en 1967, en y construisant des colonies isra&#233;liennes, par un colonialisme de peuplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait toutefois une diff&#233;rence majeure entre 1948 et 1967, qui reste le principal probl&#232;me pour l'Isra&#235;l aujourd'hui. La diff&#233;rence, c'est qu'en 1948, 80 % de la population des territoires dont Isra&#235;l a pris le contr&#244;le a fuit la guerre. Les Palestiniens &#233;taient terroris&#233;s, directement ou indirectement, et se sont sauv&#233;s comme le fait toute population civile en temps de guerre. Comme tout le monde sait, ils furent emp&#234;ch&#233;s de retourner lorsque la guerre fut finie et devinrent des &#171; r&#233;fugi&#233;s &#187;, qui constituent la majorit&#233; de la population palestinienne. Mais dans les territoires occup&#233;s par Isra&#235;l en 1967 le m&#234;me processus ne s'est pas reproduit, parce que la population avait tir&#233; les le&#231;ons de 1948 et compris que, si elle quittait ses maisons, elle ne pourrait pas y retourner. Par cons&#233;quent, la plupart des Palestiniens sont rest&#233; chez eux cette fois. Ils avaient &#233;galement appris de l'exp&#233;rience de 1948, que s'ils restaient chez eux, ils ne seraient pas massacr&#233;s : c'est ce qu'avaient craint les r&#233;fugi&#233;s de 1948. Mais apr&#232;s 1948 Isra&#235;l a gard&#233; une minorit&#233; arabe palestinienne sur son territoire et comme ceux qui sont rest&#233;s ont surv&#233;cu, la majorit&#233; a suivi leur exemple en 1967. Depuis lors Isra&#235;l tente de r&#233;soudre ce probl&#232;me, le plus grand probl&#232;me qu'il doit affronter : la population palestinienne de la Cisjordanie et de Gaza. Cette population est elle-m&#234;me compos&#233;e d'une grande proportion de r&#233;fugi&#233;s du territoire de 1948 en sus des autochtones de Cisjordanie et de Gaza Elle s'oppose au contr&#244;le isra&#233;lien exerc&#233; sur son territoire et le rejette. Ce qu'Isra&#235;l s'efforce d'assurer, car il ne peut simplement expulser la population palestinienne, c'est le contr&#244;le du territoire de la Cisjordanie au moyen d'un r&#233;seau de colonies, de postes militaires et strat&#233;giques, de routes et de murs, etc. afin de maintenir les Palestiniens dans des enclaves s&#233;par&#233;es, sous contr&#244;le isra&#233;lien, de la m&#234;me mani&#232;re que Gaza dans son ensemble est une sorte d'enclave soumise au contr&#244;le militaire ext&#233;rieur absolu par Isra&#235;l, une sorte d'&#233;norme camp de concentration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nombreux sont ceux qui &#233;voquent l'impasse d&#233;mographique de l'&#201;tat d'Isra&#235;l. Maintenant Isra&#235;l ne peut plus &#234;tre un &#201;tat &#224; la fois juif et d&#233;mocratique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet le probl&#232;me d'Isra&#235;l. Tout cela renvoie &#224; cet oxymoron [1] d'un &#201;tat qui pr&#233;tend &#234;tre &#224; la fois d&#233;mocratique et d&#233;fini ethniquement comme &#171; juif &#187;. C'est une contradiction dans les termes car en d&#233;finissant un &#201;tat par son caract&#232;re ethnique ou religieux, on contredit d&#233;j&#224; les valeurs d&#233;mocratiques modernes. Bien s&#251;r, pour rendre ce sophisme cr&#233;dible, ce pr&#233;tendu &#171; &#201;tat Juif d&#233;mocratique &#187;, il faut s'assurer une majorit&#233; juive &#233;crasante parmi les citoyens de cet &#201;tat. Et c'est ce que les sionistes ont obtenu en 1948. Ils ont accept&#233; une minorit&#233; d'Arabes Palestiniens parmi eux &#8211; 15 % &#224; 20 % en 1948 &#8211; en tant qu'alibi qui leur permettait de dire : notre &#201;tat est d&#233;mocratique ; il est Juif en vertu du fait que plus des 80 % de notre population sont juifs. Toutefois, lorsqu'ils se sont empar&#233;s de la Cisjordanie et de Gaza et que la majorit&#233; de la population palestinienne arabe y est demeur&#233;, il ne leur fut pas possible d'annexer ces territoires comme ils l'ont fait avec ceux conquis en 1948. Isra&#235;l s'est limit&#233; &#224; annexer J&#233;rusalem en 1967 et le Golan en 1981. Mais il n'a pas annex&#233; le reste de la Cisjordanie, ni Gaza. Pourquoi ? Du point de vue de l'id&#233;ologie sioniste, la Cisjordanie est beaucoup plus importante pour Isra&#235;l que le Golan. Mais la population arabe du Golan est faible et aujourd'hui les colons isra&#233;liens sont presque aussi nombreux que les autochtones arabes &#8211; qui, par ailleurs, appartiennent dans leur grande majorit&#233; &#224; la secte druze qu'Isra&#235;l a toujours consid&#233;r&#233; comme &#233;tant int&#233;grable (les Druzes servent dans l'arm&#233;e isra&#233;lienne, contrairement aux autres &#171; Arabes isra&#233;liens &#187;). Quand &#224; J&#233;rusalem, la ville a &#233;t&#233; imm&#233;diatement annex&#233;e en 1967 en raison de sa tr&#232;s grande valeur symbolique. Mais ils ne pouvaient pas annexer le reste des territoires occup&#233;s parce que s'il le faisaient, ils devraient soit se retrouver avec une importante population priv&#233;e de droits sur le territoire isra&#233;lien, soit accorder &#224; cette population les droits de citoyennet&#233;, compromettant ainsi le caract&#232;re Juif de l'&#201;tat. En d'autres termes, s'il avait annex&#233; la Cisjordanie et Gaza, l'&#201;tat d'Isra&#235;l aurait cess&#233; soit d'&#234;tre Juif, soit d'&#234;tre d&#233;mocratique dans le sens de l'&#233;galit&#233; des droits, d'une personne/une voix, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet le grand dilemme du sionisme, qu'ils ont essay&#233; de r&#233;soudre avec le plan Allon, con&#231;u en 1967, juste apr&#232;s la guerre. Ce plan pr&#233;voyait la construction des colonies et de bases militaires, de mani&#232;re &#224; s'assurer le contr&#244;le strat&#233;gique des territoires, sans annexer les zones o&#249; la population palestinienne est concentr&#233;e &#8211; villages, villes, etc. &#8211; mais avec le projet de les remettre sous le contr&#244;le d'une autorit&#233; arabe collaborationniste. Au d&#233;but, le plan pr&#233;voyait de rendre ces zones &#224; la monarchie jordanienne. Dans les ann&#233;es 1990, Isra&#235;l a d&#233;cid&#233; de conclure le march&#233; avec l'OLP, car la fraction dominante de l'OLP &#233;tait devenue pr&#234;te &#224; accepter ses conditions et cela a conduit aux accords d'Oslo. Pour Isra&#235;l, les accords d'Oslo n'&#233;taient qu'un pas de plus en direction de la r&#233;alisation du plan Allon. Arafat croyait que l'OLP parviendrait &#224; obtenir une sorte d'&#201;tat ind&#233;pendant. Mais il s'est vite rendu compte qu'il avait &#233;t&#233; victime de ses propres illusions. Et le processus entier, le soi-disant &#171; processus de paix &#187;, c'est effondr&#233;, comme on peut le voir maintenant. Il est en d&#233;liquescence et tous les efforts de Washington m&#232;nent &#224; des impasses. Je ne parle pas ici des rapports avec le Hamas, mais de la soi-disant Autorit&#233; palestinienne de Mahmoud Abbas. Il semble impossible de conclure un accord m&#234;me avec lui, bien qu'Abbas soit le plus servile envers Washington de tous les dirigeants que les Palestiniens ont jamais eu. Malgr&#233; cela, les Isra&#233;liens ne lui accordent aucune concession significative. C'est une impasse totale et un &#233;chec majeur pour les &#201;tats-Unis, pour l'administration Bush, un de ses nombreux &#233;checs au Moyen-Orient. A la fin de cette ann&#233;e, l'&#233;quipe Bush va abandonner la sc&#232;ne avec le pire des bilans de la politique &#233;trang&#232;re &#233;tats-unienne dans l'histoire, en particulier en ce qui concerne le Moyen-Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Edward Said disait, en parlant de l'&#233;lite de l'OLP, qu'&#171; aucun autre groupe de lib&#233;ration dans l'histoire ne s'est vendu &#224; ses ennemis comme celui-ci &#187;. Pensez-vous que ce jugement est correct ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un jugement qui n&#233;cessiterait d'&#234;tre confront&#233; avec un examen d&#233;taill&#233; de tous les mouvements de lib&#233;ration. Je ne suis pas s&#251;r qu'il n'y ait aucun cas comparable de capitulation dans la longue histoire des luttes anticoloniales. Mais on peut &#234;tre certain que si ce n'est pas la direction la plus soumise, c'est bien l'une des plus soumises de l'histoire des luttes nationales. Elle a accept&#233; tant de concessions, tant de reculades sur ses propres demandes fondamentales et n'a pourtant rien obtenu de substantiel en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La direction de l'OLP aurait-elle quelques sp&#233;cificit&#233; qui l'auraient conduit &#224; ces reculs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait des aspects particuliers d&#232;s le d&#233;but. Cela constitue la principale diff&#233;rence entre l'OLP et la plupart des mouvements de lib&#233;ration nationale anticoloniaux dans l'histoire. Une particularit&#233; importante de l'OLP est que, d&#232;s le d&#233;but, elle a &#233;t&#233; &#233;troitement li&#233;e &#224; des &#201;tats r&#233;actionnaires, dont beaucoup &#233;taient et restent &#233;troitement li&#233;s &#224; l'imp&#233;rialisme. Ainsi nous avions cette situation particuli&#232;re d'un mouvement national luttant contre l'&#201;tat sioniste fortement soutenu par l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien, ce mouvement &#233;tant lui-m&#234;me d&#233;pendant pour ses ressources d'&#201;tats &#233;troitement li&#233;s au m&#234;me imp&#233;rialisme, tels que le royaume saoudien. Lorsque les groupes arm&#233;s palestiniens prirent la direction de l'OLP apr&#232;s la guerre de 1967, ils ont &#233;t&#233; inond&#233;s de p&#233;trodollars, des sommes impressionnantes. Ainsi, ce qui est certain, c'est que l'OLP est devenu le mouvement de lib&#233;ration nationale le plus riche dans l'histoire des luttes anticoloniales. Son budget pouvait &#234;tre compar&#233; &#224; celui de certains &#201;tats du Tiers-monde. Cela a d&#233;velopp&#233; une bureaucratie &#233;norme et tr&#232;s corrompue. Avec le temps, ses meilleurs &#233;l&#233;ments, les militants les plus d&#233;vou&#233;s, ont &#233;t&#233; tu&#233;s, en particulier en 1970 au cours de Septembre Noir. Il y eut donc une s&#233;lection en quelque sorte au bout de laquelle ceux qui sont rest&#233;s aux commandes &#233;taient les dirigeants palestiniens les plus corrompus. Une ligne droite relie cette &#233;volution &#224; Oslo et &#224; l'Autorit&#233; palestinienne d'aujourd'hui avec Mahmoud Abbas, Mohammed Dahlan et tous ces chefs corrompus qui misent tout sur Washington. Ils esp&#232;rent que les &#201;tats-Unis leur octroieront quelque chose. Et leur probl&#232;me, c'est que, bien qu'ils soient totalement soumis &#224; Washington, ils n'obtiennent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que diriez-vous de la gauche palestinienne ? Qu'est-ce qui explique sa faiblesse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche palestinienne n'a jamais vraiment r&#233;ussi &#224; se construire en tant qu'alternative r&#233;elle face &#224; la direction droiti&#232;re de l'OLP. Elle n'a jamais r&#233;ellement d&#233;fi&#233; les institutions de l'OLP, n'a jamais remis en cause la structure de ces institutions. Elle a accept&#233; les r&#232;gles du jeu dict&#233;es par la direction du Fatah, la direction droiti&#232;re de l'OLP. Bien qu'il y ait eu de nombreux conflits entre la gauche et la direction du Fatah, y compris des moments o&#249; l'OLP &#233;tait au bord de la scission, la gauche cherchait invariablement la r&#233;conciliation au nom de l'unit&#233; nationale. C'est ainsi qu'elle a perdu la cr&#233;dibilit&#233; en tant que direction alternative de l'OLP et c'est pour cette raison que le Hamas a fait son irruption sur la sc&#232;ne. Au cours des premiers mois qui ont suivi d&#233;cembre 1987, lorsque la premi&#232;re Intifada a commenc&#233;, la gauche palestinienne dominait de mani&#232;re &#233;vidente la direction de l'Intifada aux c&#244;t&#233;s des membres radicaux du Fatah dans les territoires occup&#233;s &#8211; o&#249; il n'y avait pas de place pour un &#233;quivalent de la bureaucratie corrompue de l'exil. N&#233;anmoins, &#224; partir de l'&#233;t&#233; 1988, ils se sont d&#233;brouill&#233;s pour capituler devant la direction droiti&#232;re de l'exil, qui a contr&#244;l&#233; la r&#233;union du Conseil national palestinien en octobre 1988 proclamant un pr&#233;tendu &#201;tat ind&#233;pendant et pr&#233;parant les n&#233;gociations directes avec Washington. Ce furent ces ann&#233;es-l&#224; &#8211; 1987-1988 &#8211; que le Hamas fut fond&#233; et s'engouffra dans la br&#232;che. Tr&#232;s rapidement le Hamas, avec sa perspective islamique radicale, est devenu aux yeux des Palestiniens la seule alternative v&#233;ritable &#224; la direction de l'OLP. Le Hamas s'est construit en tant qu'alternative alors que la gauche a piteusement &#233;chou&#233; &#224; se pr&#233;senter comme telle. Le Hamas est ainsi devenu beaucoup plus fort que la gauche, bien que ce n'&#233;tait nullement le cas au d&#233;but ; les int&#233;gristes n'&#233;taient pas plus forts que la gauche, m&#234;me &#224; Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sein de la gauche il y a un d&#233;bat pour savoir si la solution du probl&#232;me Isra&#235;l-Palestine passe par &#171; deux &#201;tats &#187; ou par &#171; un seul &#201;tat &#187;. Quel est votre point de vue en ce qui concerne cette alternative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre franc, je consid&#232;re que cette discussion est largement une perte de temps. Dans les deux cas il s'agit d'utopies, mais certains conduisent pourtant cette discussion comme si son enjeu &#233;tait d'actualit&#233;. Les deux camps s'accusent mutuellement d'utopisme &#8211; et les deux ont raison, car ces &#171; solutions &#187; sont toutes deux utopiques. Il est &#233;vident qu'un &#201;tat palestinien &#171; ind&#233;pendant &#187; qui se limiterait &#224; la Cisjordanie et &#224; Gaza est totalement utopique. Mais je dirais que le projet d'un seul &#201;tat avec dix millions de Palestiniens et six millions de Juifs est encore plus utopique, car sa r&#233;alisation exigerait la destruction de l'&#201;tat sioniste si on veut prendre la chose au s&#233;rieux. Sinon il ne pourrait pas fonctionner. C'est pourquoi je consid&#232;re qu'il s'agit d'utopies et qu'on d&#233;pense trop d'&#233;nergie dans cette discussion, qui devient ainsi une perte de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis il faut prendre en compte deux niveaux lorsque l'on parle d'une solution palestinienne. Il y a, d'une part, les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et urgents des Palestiniens. Pourquoi les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza se battent-ils ? Ils luttent pour se d&#233;barrasser de l'occupation, naturellement &#8211; et non pour le droit de vote en Isra&#235;l. Ils veulent la souverainet&#233; sur leurs territoires. Leur combat devrait &#233;videmment &#234;tre soutenu. M&#234;me si vous &#234;tes en faveur de la solution impliquant un seul &#201;tat, vous ne pouvez pas dire : &#171; Je m'oppose au combat palestinien contre l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza, parce que ce combat ne correspond pas &#224; mon projet maximaliste de solution juste. &#187; Ce serait compl&#232;tement absurde du point de vue politique. Par cons&#233;quent, si nous voulons parler en termes concrets, nous devons soutenir la lutte des Palestiniens pour leur lib&#233;ration imm&#233;diate du joug de l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, si on veut discuter d'une solution &#224; long terme, c'est-&#224;-dire si l'on aspire &#224; &#233;laborer un programme pour le long terme avec une dimension utopique, pourquoi se limiter alors &#224; la seule Palestine, que ce soit avec un ou avec deux &#201;tats ? Pourquoi, par exemple, exclure la Jordanie de l'&#233;quation ? Il y a plus de Palestiniens qui vivent en Jordanie qu'en Cisjordanie. Les Palestiniens sont en fait majoritaires en Jordanie m&#234;me, c'est &#224; dire sur la rive orientale du Jourdain. Pourquoi donc la Jordanie devrait-elle &#234;tre oubli&#233;e ? Entre 1949 et 1967, la Cisjordanie et l'actuelle Jordanie formaient un seul &#201;tat, dont l'&#233;crasante majorit&#233; de la population &#233;tait palestinienne. Domin&#233; par la monarchie, c'&#233;tait, bien s&#251;r, un &#201;tat despotique. La direction palestinienne, lorsque les gu&#233;rilleros palestiniens constituaient un &#201;tat dans l'&#201;tat en Jordanie, n'a jamais lutt&#233; pour le renversement de la monarchie. Seule la gauche, &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970, appelait au renversement de la monarchie jordanienne. Le Fatah s'est oppos&#233; &#224; la gauche sur ce terrain et c'est l'un des facteurs qui ont permis &#224; la monarchie d'&#233;craser le mouvement palestinien en Jordanie en 1970 (&#171; Septembre noir &#187;). Les forces arm&#233;es palestiniennes furent ensuite chass&#233;es compl&#232;tement de Jordanie en 1971. Bien entendu, la population palestinienne, en majorit&#233; les r&#233;fugi&#233;s de 1948, y est rest&#233;e, mais le mouvement a &#233;t&#233; &#233;cras&#233; et forc&#233; &#224; la clandestinit&#233;. Cela a toujours &#233;t&#233; la perspective de la droite : nous ne touchons pas aux r&#233;gimes arabes ; nous luttons seulement contre Isra&#235;l, c'est la &#171; contradiction principale &#187; et nous devons apaiser les &#171; contradictions secondaires &#187;. C'&#233;tait tragiquement absurde : la pr&#233;tendue &#171; contradiction secondaire &#187; &#8211; c'est-&#224;-dire la monarchie jordanienne &#8211; a tu&#233; plus de Palestiniens qu'Isra&#235;l jusqu'en 1971. Elle s'est av&#233;r&#233;e &#234;tre l'autre face d'une m&#234;me m&#233;daille avec Isra&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A elle seule, la population de Cisjordanie ne peut en aucun cas constituer un &#201;tat ind&#233;pendant &#8211; tout au plus un &#171; Bantoustan &#187;. Mais si nous pensons au territoire jordanien comme un compl&#233;ment naturel de la Cisjordanie, la situation change. Pour cela, il faut un gouvernement d&#233;mocratique en Jordanie. Finalement, je voudrais ajouter qu'aucune solution &#224; long terme, juste et durable, ne peut &#234;tre con&#231;ue autrement qu'&#224; un niveau r&#233;gional et dans des conditions socialistes &#8211; une F&#233;d&#233;ration socialiste du Moyen-Orient et au-del&#224;. Bien sur, c'est une utopie, mais c'est une utopie qui inspire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je dis constamment, si l'on veut &#234;tre utopique, alors autant envisager une utopie qui inspire, et non une utopie mesquine. Il faut voir grand. Voir grand, c'est d&#233;passer les fronti&#232;res, d&#233;passer les nationalismes, c'est le socialisme. Voila une utopie int&#233;ressante, tandis que celle d'un &#201;tat unique, la solution &#171; une personne - une voix &#187; limit&#233;e aux Palestiniens et aux Isra&#233;liens, me para&#238;t &#234;tre une utopie qui n'inspire point. Je ne suis pas du tout convaincu que les Palestiniens aimeraient &#234;tre citoyens d'un m&#234;me &#201;tat avec les Isra&#233;liens, m&#234;me s'ils &#233;taient politiquement majoritaires dans des conditions sociales d'une profonde in&#233;galit&#233; &#8211; comme celles qui existent actuellement en Afrique du Sud, o&#249; les Blancs constituent toujours et de loin la section principale de la classe dominante, deviennent de plus en plus riches, beaucoup d'entre eux vivant dans des communaut&#233;s encloses. Et je suis absolument certain que les Isra&#233;liens n'accepteront jamais d'&#234;tre une minorit&#233; politique. Donc c'est une solution sans avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La semaine derni&#232;re il y a eu un important affrontement entre les forces loyales envers le Hezbollah et le gouvernement libanais pro-occidental. Apr&#232;s que le Hezbollah ait repouss&#233; l'agression isra&#233;lienne en 2006, il &#233;tait devenu le h&#233;ros national. Maintenant la situation semble avoir chang&#233; et &#224; nouveau des divisions profondes apparaissent. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez raison de souligner le fait qu'il y eu un changement. Il est vrai qu'en 2006 le Hezbollah a r&#233;alis&#233; une importante victoire et que, dans la r&#233;gion arabe comme dans l'ensemble du monde musulman et au-del&#224;, il a &#233;t&#233; vu comme une force de r&#233;sistance h&#233;ro&#239;que, faisant face &#224; l'un des principaux alli&#233;s de l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien et repoussant l'agression sioniste. En effet, donc, ils avaient acquis le statut de h&#233;ros. Et il est vrai que cette image a &#233;t&#233; affect&#233;e par les r&#233;cents affrontements. Pourquoi ? Parce que, tout d'abord, les ennemis du Hezbollah, qui sont bien s&#251;r aussi des ennemis de l'Iran &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale &#8211; c'est-&#224;-dire le royaume saoudien, la Jordanie et l'&#201;gypte &#8211; n'avaient qu'un argument pour contrer le Hezbollah et tenter de r&#233;duire l'influence iranienne. C'&#233;tait et cela reste la carte confessionnelle : d&#233;noncer l'Iran en tant que pouvoir chi'ite perse et le Hezbollah en tant qu'agent arabe chi'ite de l'Iran, r&#233;alisant un complot chi'ite contre les Arabes sunnites. C'est ainsi qu'il s'efforcent de pr&#233;senter les choses. En 2006, cela a mis&#233;rablement &#233;chou&#233; parce que les populations dans la r&#233;gion &#8211; Turquie incluse, j'en suis s&#251;r &#8211; sont fortement hostiles &#224; Isra&#235;l et &#224; l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien et ont donc sympathis&#233; avec le Hezbollah. Ainsi, l'&#233;clatante majorit&#233; n'a pas gob&#233; l'argument chi'ites contre sunnites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, le Hezbollah s'est emp&#234;tr&#233; dans la politique libanaise sur une base confessionnelle, avec des alli&#233;s qui adh&#233;rent totalement au cadre confessionnel. Par exemple, le mouvement chi'ite Amal, qui est une organisation purement confessionnelle et n'a rien &#224; voir avec une organisation anti-imp&#233;rialiste. Au cours des ann&#233;es 1980, Amal &#233;tait plus anti-palestinien que toute autre chose. Le Hezbollah s'est ainsi emp&#234;tr&#233; dans la politique confessionnelle libanaise au point de mener r&#233;cemment un assaut militaire avec ses alli&#233;s confessionnels sur les zones peupl&#233;es de sunnites &#224; Beyrouth et ailleurs. Son image en a &#233;t&#233; beaucoup affect&#233;e &#8211; plus au Liban qu'ailleurs, parce que la population libanaise est naturellement plus concern&#233;e par la politique int&#233;rieure libanaise que ne le sont, par exemple, les populations turque ou &#233;gyptienne. Je crois que le Hezbollah a r&#233;agi de mani&#232;re excessive lors du r&#233;cent conflit. Il avait bien s&#251;r raison de rejeter les d&#233;cisions du gouvernement Siniora, mais il pouvait les d&#233;faire ais&#233;ment &#8211; comme il l'a fait dans les cas pr&#233;c&#233;dents, lorsque ces d&#233;cisions ne lui convenaient pas &#8211; sans se lancer dans une offensive militaire &#224; Beyrouth et dans d'autres r&#233;gions du Liban, avec des alli&#233;s comme Amal. Ce faisant, il a cr&#233;&#233; un tr&#232;s fort ressentiment sectaire. Ainsi, bien que militairement ils l'ont facilement emport&#233; lors du dernier conflit, je pense que politiquement ils en sont sortis perdants. Car maintenant la polarisation confessionnelle est redevenue tr&#232;s intense au Liban entre les sunnites et les chi'ites. C'est tr&#232;s dangereux. A pr&#233;sent, comme en t&#233;moignent les discussions qui ont eu lieu au Qatar entre les partis libanais, la question de l'armement du Hezbollah est redevenue discutable. Or, avant les &#233;v&#233;nements r&#233;cents, la majorit&#233; parlementaire conduite par Hariri n'osait pas soulever cette question, surtout apr&#232;s que le Hezbollah ait fait la preuve en 2006 que cet armement &#233;tait indispensable pour repousser et dissuader l'agression isra&#233;lienne. Maintenant, apr&#232;s que le Hezbollah ait utilis&#233; ses armes dans un combat int&#233;rieur pour la premi&#232;re fois depuis de nombreuses ann&#233;es, ses forces arm&#233;es sont soudainement d&#233;nonc&#233;es par ses adversaires comme &#233;tant une milice sectaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis le Hezbollah a commis une grave erreur, dont les cons&#233;quences sont importantes au moment o&#249; le Liban entre dans ce qui semble &#234;tre un nouveau cycle de violence. Il se pourrait bien que, dans quelques ann&#233;es, ce qui vient de se produire maintenant apparaisse comme le premier round d'une nouvelle guerre civile libanaise, &#224; moins que les conditions r&#233;gionales et internationales emp&#234;chent ce sc&#233;nario pessimiste. Pour la lutte anti-imp&#233;rialiste dans la r&#233;gion, ce serait un coup tr&#232;s dur, venant apr&#232;s les massacres terribles entre chi'ites et sunnites, qui continuent en Irak. Si de tels massacres s'&#233;tendaient au Liban et peut-&#234;tre demain &#224; la Syrie, ce serait un d&#233;sastre pour toute la r&#233;gion. Les seuls qui pourraient b&#233;n&#233;ficier d'une telle situation seraient Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis, qui n'h&#233;siteraient pas tous deux &#224; exploiter une telle situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que le Parti communiste du Liban ou d'autres forces la&#239;ques ont mis en avant des revendications visant &#224; changer compl&#232;tement le syst&#232;me de fa&#231;on &#224; ce qu'il ne soit plus fond&#233; sur les identit&#233;s et des partis confessionnels ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste est actuellement la seule force de gauche significative au Liban. Les autres sont de tous petits groupes. Parmi les partis libanais d'une certaine importance, le PC est l'un des rares partis v&#233;ritablement la&#239;ques, avan&#231;ant un programme la&#239;que. C'est un v&#233;ritable parti multiconfessionnel, regroupant c&#244;te-&#224;-c&#244;te des musulmans, tant sunnites que chi'ites, des chr&#233;tiens, des druzes etc. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti est d'origine sunnite alors que la majorit&#233; des membres sont d'origine chi'ite &#8211; c'est r&#233;ellement un parti multiconfessionnel. Il se prononce pour la la&#239;cisation de la politique libanaise et avance, en tant que parti de gauche, des revendications sociales et &#233;conomiques. Le PCL n'a rejoint directement aucun des deux camps principaux au Liban. Lors du conflit r&#233;cent, il a d&#233;cid&#233; de ne pas participer aux affrontements. Bien s&#251;r, les communistes s'opposent au gouvernement et au projet imp&#233;rialiste au Liban, tout comme ils s'opposent aux agressions isra&#233;liennes : ils ont particip&#233; au combat contre les forces isra&#233;liennes en 2006. Mais ils ne peuvent pas partager les buts de l'opposition en politique int&#233;rieure, qu'ils d&#233;noncent comme &#233;tant &#224; la fois confessionnels et bourgeois. Ils critiquent les deux camps, mettant plus d'emphase sur la d&#233;nonciation des forces pro-occidentales men&#233;es par Hariri. Au cours des trois derni&#232;res ann&#233;es, ils ont maintenu une position ind&#233;pendante de mani&#232;re cons&#233;quente. C'est une importante am&#233;lioration de leur ligne politique, car au cours des ann&#233;es 1970 et 1980 ainsi que dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente le parti communiste &#233;tait fortement impliqu&#233; dans des alliances sous h&#233;g&#233;monie bourgeoise : avec Arafat durant un certain temps, avec le chef f&#233;odal druze, Joumblatt, la plupart du temps, ainsi qu'avec le r&#233;gime syrien. A partir du d&#233;but des ann&#233;es 1990, le PCL est entr&#233; dans une crise profonde et s'est fragment&#233;. Le parti actuel &#8211; bien plus faible, il est vrai &#8211; en est le r&#233;sultat. Mais il a radicalement am&#233;lior&#233; sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2005 &#8211; &#224; partir des mobilisations de mars 2005 pour et contre la Syrie au Liban, qui ont suivi l'assassinat de l'ex-Premier ministre Hariri &#8211; le PCL a suivi une ligne v&#233;ritablement ind&#233;pendante. Le 8 mars 2005, le Hezbollah et ses alli&#233;s ont organis&#233; une &#233;norme manifestation en hommage &#224; la Syrie et &#224; son pr&#233;sident Bashar al-Assad. Les forces pro-occidentales ont alors appel&#233; &#224; une contre-manifestation le 14 mars, contre la Syrie. C'est depuis lors que l'actuelle majorit&#233; gouvernementale est aussi d&#233;sign&#233;e par la date du &#171; 14 mars &#187;, alors que l'opposition l'est par celle du &#171; 8 mars &#187;. La Parti communiste a refus&#233; de se joindre &#224; l'une quelconque des deux manifestations et a appel&#233; &#224; une troisi&#232;me, naturellement beaucoup plus petite que les deux manifestations g&#233;antes des 8 et 14 mars, qui ont mobilis&#233; chacune des centaines de milliers de personnes. La manifestation du PCL n'a rassembl&#233; que quelques milliers de personnes, mais avec leurs drapeaux rouges, ils ont fait appara&#238;tre une troisi&#232;me voie pour le Liban, rejetant les deux camps confessionnels. C'est pour cette raison que je pense que leur attitude politique s'est beaucoup am&#233;lior&#233;e, m&#234;me si je continue &#224; avoir plusieurs r&#233;serves &#8211; en particulier en ce qui concerne leur soutien &#224; l'arm&#233;e libanaise et &#224; son chef, qui attend d'&#234;tre &#233;lu pr&#233;sident avec l'appui de toutes les forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il semble que la seule voie permettent de d&#233;passer les divisions sectaires passe par la mobilisation de la gauche politique et des organisations syndicales, qui dessinent une alternative non confessionnelle et r&#233;sistent aux politiques n&#233;olib&#233;rales appliqu&#233;es dans le pays. Est-ce que le Hezbollah penche vers l'organisation de la r&#233;sistance contre ces politiques n&#233;olib&#233;rales ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une illusion compl&#232;te. Le Hezbollah n'a rien fondamentalement contre le n&#233;olib&#233;ralisme et, encore moins, contre le capitalisme. Comme vous le savez, son mod&#232;le supr&#234;me est le r&#233;gime iranien &#8211; qui n'est certainement pas un rempart contre le n&#233;olib&#233;ralisme. Bien s&#251;r, comme tous les int&#233;gristes islamiques, ils pensent que l'&#201;tat et/ou les institutions religieuses devraient venir en aide aux pauvres. Il s'agit l&#224; de charit&#233;. La plupart des religions pr&#233;conisent et organisent la charit&#233;. Cela pr&#233;suppose l'existence d'in&#233;galit&#233;s sociales avec des riches qui donnent aux pauvres leurs miettes. La gauche, par contre, est &#233;galitaire et non &#171; charitable &#187;. En tout &#233;tat de cause, le Hezbollah ne s'int&#233;resse pas vraiment aux politiques sociales et &#233;conomiques de l'&#201;tat. Au cours de toutes les ann&#233;es pendant lesquelles Rafik Hariri dominait le gouvernement tandis que les troupes syriennes contr&#244;laient le pays, les politiques lib&#233;rales les plus cruelles ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es, sans que le Hezbollah ne s'y oppose jamais s&#233;rieusement. Cela ne fait pas partie de son programme, ni de ses priorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers affrontements ont d&#233;but&#233; le jour o&#249; certains syndicats avaient appel&#233; &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Mais il s'agit de syndicats pourris, qui &#233;taient tomb&#233;s sous la coupe des Syriens avant qu'ils ne quittent le Liban. La pr&#233;c&#233;dente fois qu'ils avaient appel&#233; &#224; la gr&#232;ve, ce fut un &#233;chec complet, car l'opposition, c'est-&#224;-dire en premier lieu le Hezbollah, ne l'avait pas r&#233;ellement soutenu, m&#234;me si elle avait approuv&#233; la gr&#232;ve du bout des l&#232;vres en tant que geste oppositionnel. Cette fois-ci le Hezbollah a utilis&#233; l'occasion de la gr&#232;ve pour mobiliser contre les d&#233;cisions politiques du gouvernement qui le concernaient et non pour s'opposer &#224; ses politiques &#233;conomiques et sociales. C'est pourquoi, bien que le conflit ait commenc&#233; le jour de la gr&#232;ve, les revendications &#233;conomiques et sociales sont tomb&#233;es dans l'oubli. Le Hezbollah ne lutte pas contre le n&#233;olib&#233;ralisme, bien qu'il puisse parfois chercher &#224; satisfaire sa base &#233;lectorale pl&#233;b&#233;ienne. La seule force significative qui s'oppose au n&#233;olib&#233;ralisme au Liban, c'est la gauche, principalement le PCL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si nous abordons maintenant l'Irak, quelle est la signification du r&#233;cent conflit entre les forces loyales au gouvernement Maliki et l'arm&#233;e du Mehdi de Moqtada al-Sadr ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit r&#233;sulte de la convergence de deux int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison la plus imm&#233;diate derri&#232;re ces affrontements est que l'influence de l'arm&#233;e du Mehdi et du mouvement sadriste en Irak a beaucoup augment&#233; parmi les chiites durant la derni&#232;re p&#233;riode, et en particulier depuis 2006. Ils sont devenus le courant le plus populaire parmi les chiites irakiens. Les deux autres principaux partis chiites &#8211; le parti de Maliki (le parti Dawa) et le Conseil Supr&#234;me Islamique Irakien (SIIC) qui collaborent avec l'occupation &#233;tats-unienne &#8211; &#233;taient donc tr&#232;s inquiets pour le r&#233;sultat des prochaines &#233;lections provinciales pr&#233;vues pour cet automne. Comme vous le savez, les sadristes avaient initialement form&#233; une coalition avec ces partis, avec lesquels ils avaient men&#233; les pr&#233;c&#233;dentes campagnes &#233;lectorales. Ils ont ensuite rompu avec la coalition, accusant les autres forces de collaborer avec l'occupation. Le parti Dawa et le SIIC ont compris que si rien ne changeait, les sadristes allaient leur faire subir une d&#233;faite &#233;lectorale, et c'est d'abord et surtout pour tenter de marginaliser ou d'affaiblir ces derniers qu'ils ont lanc&#233; l'offensive contre Bassorah, puis contre Sadr City &#224; Bagdad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, bien s&#251;r, l'occupant &#233;tats-unien consid&#232;re fondamentalement les sadristes comme des ennemis, et serait tr&#232;s heureux de les voir affaiblis. Les forces d'occupation &#233;tats-uniennes se sont heurt&#233;es plus d'une fois aux sadristes. Dans les accrochages les plus r&#233;cents, les officiers &#233;tats-uniens ont tent&#233; de faire les hypocrites, commen&#231;ant par pr&#233;tendre qu'ils n'&#233;taient pas impliqu&#233;s et que les sadristes ne posaient pas de probl&#232;me aux forces &#233;tats-uniennes depuis qu'ils avaient gel&#233; leurs activit&#233;s militaires. Or il est &#233;vident que les Etats-Unis &#233;taient tr&#232;s impliqu&#233;s dans les combats contre les sadristes. Comme je l'ai dit, il y a eu convergence entre deux int&#233;r&#234;ts : celui de l'occupation &#233;tats-unienne et celui de l'alliance Dawa-SIIC, soucieuse d'affaiblir les sadristes, son principal concurrent parmi les chiites irakiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les r&#233;sultats du &#171; surge &#187; (accroissement du nombre de troupes) &#233;tats-unien ? Il y a en tout cas eu un d&#233;clin relatif de la violence confessionnelle en Irak. Est-ce que cela signifie que l'occupation &#233;tats-unienne s'am&#233;liore ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; surge &#187; a effectivement obtenu quelques r&#233;sultats, et, du point de vue de Washington, c'est un succ&#232;s, puisque dans l'ensemble le niveau de violence confessionnelle a clairement diminu&#233; &#8211; ce qui est une bonne chose. Mais il vaut la peine de s'interroger sur les raisons de cela. La diminution de la violence fait suite &#224; l'augmentation des troupes &#233;tats-uniennes d&#233;ploy&#233;es &#224; Bagdad et au fait que les sadristes ont d&#233;cid&#233; d'op&#233;rer une retraite et de ne pas se battre lorsque le &#171; surge &#187; a commenc&#233;. Mais l'&#233;l&#233;ment cl&#233; de ce &#171; surge &#187; consiste en un changement de strat&#233;gie de la part de l'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis ont commenc&#233; &#224; faire ce que toutes les puissances coloniales ont fait par le pass&#233; dans cette partie du monde et notamment ce que les Britanniques ont fait en Irak apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale lorsqu'ils ont pris le contr&#244;le du pays : ils ont jou&#233; la carte tribale. Les Etats-Unis ont ainsi cherch&#233; &#224; acheter &#8211; litt&#233;ralement &#224; acheter ou &#224; soudoyer &#8211; des tribus sunnites, dans les r&#233;gions &#224; pr&#233;dominance sunnite. Ils ont soudoy&#233; des tribus et leur ont fourni des armes en les aidant &#224; former ce qu'on a appel&#233; les &#171; assembl&#233;es du r&#233;veil &#187;, qui sont des forces tribales subventionn&#233;es par Washington. Les membres de ces milices tribales re&#231;oivent des salaires qui d&#233;butent &#224; 300 dollars &#233;tats-uniens, ce qui repr&#233;sente une somme &#233;lev&#233;e compar&#233;e aux salaires moyens en Irak, mais pas grand-chose lorsqu'on la met en rapport avec le co&#251;t de l'occupation. Vous pouvez faire le calcul. Si vous donnez, disons 400 dollars en moyenne &#224; un maximum de 250'000 personnes, cela donne 100 millions de dollars, ce qui est n&#233;gligeable compar&#233; aux 12 milliards par mois que les Etats-Unis d&#233;pensent pour l'occupation de l'Irak. Et je n'ai pas encore v&#233;rifi&#233;, mais il se peut tr&#232;s bien que ce soit avec des fonds gouvernementaux irakiens que les tribus sont soudoy&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, Washington a amplement les moyens de verser pareilles sommes. Mais est-ce que cela peut constituer une solution &#224; long terme pour les Etats-Unis ? En r&#233;alit&#233;, sur le long terme, cette strat&#233;gie sera un autre facteur important emp&#234;chant l'Irak d'atteindre une quelconque stabilit&#233;, puisqu'elle renforce la division du pays en tribus et sectes. Paradoxalement, les forces chiites du gouvernement sont en train d'attaquer les forces chiites de Moqtada al-Sadr sous pr&#233;texte de d&#233;manteler toutes les milices. Et les sadristes r&#233;pliquent : &#171; Vous voulez qu'on d&#233;pose les armes alors que maintenant les sunnites ont leurs propres milices. &#187; C'est donc une situation terriblement chaotique. En essayant de se d&#233;gager du bourbier et du d&#233;sastre qu'ils ont cr&#233;&#233;s en Irak, les Etats-Unis sont tout simplement en train de pr&#233;parer le terrain pour un d&#233;sastre encore plus terrible. L'Irak est un probl&#232;me tragique et il est difficile d'y concevoir une issue stable dans l'avenir pr&#233;visible, aussi longtemps que les Etats-Unis pr&#233;sideront &#224; sa destin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous qu'une possible victoire d'Obama ou de Clinton entra&#238;nera un changement de la politique des Etats-Unis &#224; l'&#233;gard du Moyen-Orient et en particulier de l'Irak ? Un retrait de l'Irak est-il possible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que le retrait des troupes &#233;tats-uniennes d'Irak n'aura lieu que si Washington y est contraint. Les Etats-Unis ne se retireront pas volontairement de l'Irak, car la situation n'a rien &#224; voir avec ce qu'elle &#233;tait au Vietnam. Les Etats-Unis ont d&#233;cid&#233; de se retirer du Vietnam en 1973, lorsqu'ils se sont aper&#231;us qu'en tenant compte de tous les param&#232;tres, le co&#251;t de la guerre &#8211; politiquement, &#233;conomiquement et &#224; tous points de vue &#8211; &#233;tait devenu beaucoup plus &#233;lev&#233; que les b&#233;n&#233;fices apport&#233;s par le contr&#244;le du Sud Vietnam. En Irak, par contre, les avantages de conserver le contr&#244;le du pays sont &#233;normes. L'Irak est un pays p&#233;trolier d'une tr&#232;s grande importance qui se situe au milieu de ce qui est de loin la r&#233;gion p&#233;troli&#232;re la plus importante du monde. C'est pourquoi l'enjeu est consid&#233;rablement plus important qu'il ne l'&#233;tait au Vietnam. C'est pour cette raison que l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien ne peut envisager un retrait comme celui effectu&#233; au Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis recherchent des solutions qui leur permettent de conserver le contr&#244;le du pays tout en cherchant &#224; le stabiliser. Car, en fin de compte, &#224; quoi bon contr&#244;ler un pays tr&#232;s riche en p&#233;trole si on ne peut pas exploiter ce p&#233;trole ? Il leur faut donc stabiliser le pays. Je pense que la prochaine administration, quelle qu'elle soit, poursuivra d'une part la strat&#233;gie actuelle d'&#171; irakisation &#187; men&#233;e par l'administration Bush en utilisant les tribus sunnites &#8211; tout comme la &#171; vietnamisation &#187; de la guerre du Vietnam autrefois. Et deuxi&#232;mement les Etats-Unis tenteront de conclure un accord avec l'Iran aussi bien qu'avec la Syrie. Ils tenteront certainement de conclure un accord avec la Syrie et essayeront de la s&#233;parer de l'Iran. Mais il leur faudra &#233;galement conclure un accord avec l'Iran pour stabiliser la r&#233;gion, &#224; d&#233;faut de mieux, c'est-&#224;-dire d'un &#171; changement de r&#233;gime &#187; &#224; T&#233;h&#233;ran. Les n&#233;gociations avec T&#233;h&#233;ran et Damas comptaient d'ailleurs parmi les recommandations majeures de la commission bipartisane Iraq Study Group pr&#233;sid&#233;e par Baker et Hamilton et mise sur pied avant le &#171; surge &#187; pour &#233;valuer la situation en Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une autre question importante, qui est aussi en rapport avec la politique turque, est celle de la r&#233;gion autonome kurde en Irak Quelle est la strat&#233;gie &#233;tats-unienne concernant les Kurdes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question repr&#233;sente un dilemme majeur pour les Etats-Unis. Tout le monde devrait se souvenir de la trahison des Kurdes par Washington apr&#232;s la premi&#232;re guerre contre l'Irak en 1991, lorsqu'ils se sont rebell&#233;s contre Saddam Hussein et que les Etats-Unis ont simplement laiss&#233; ce dernier &#233;craser leur r&#233;bellion. De la m&#234;me mani&#232;re, les Etats-Unis ont permis &#224; Saddam Hussein d'&#233;craser la r&#233;bellion au sud de l'Irak. Dans les deux cas, des dizaines de milliers de personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es. Par la suite, les Etats-Unis ont &#233;tabli dans le Nord kurde une sorte de protectorat, un protectorat &#233;tats-unien et britannique pour le Kurdistan irakien, et cela pour plusieurs raisons. D'une part parce que la Turquie s'&#233;tait inqui&#233;t&#233;e devant le flot de r&#233;fugi&#233;s kurdes qui franchissaient la fronti&#232;re irakienne vers le territoire turc, et voulait les refouler vers le Kurdistan irakien. D'autre part les Europ&#233;ens craignaient &#233;galement qu'en derni&#232;re instance, les Kurdes irakiens arriveraient en Europe en demandeurs d'asile. Enfin, les puissances occidentales voulaient montrer qu'elles &#233;taient hautement humanitaires, en prot&#233;geant cette population qui avait m&#234;me subi des attaques chimiques de la part de Saddam Hussein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que les dirigeants du Kurdistan irakien sont devenus les plus proches alli&#233;s de Washington en Irak. Au d&#233;but de l'occupation de tout l'Irak en 2003, cette alliance s'est av&#233;r&#233;e tr&#232;s utile pour Washington. L'alliance kurde de Talabani et Barzani est non seulement l'alli&#233; le plus important et le plus fiable des Etats-Unis en Irak, mais finalement aussi le seul. Quelqu'un comme Iyad Allawi est peut-&#234;tre un alli&#233; fiable, mais il n'est pas &#224; la t&#234;te d'une force importante comme le sont les Kurdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principales forces chiites ne sont pas des alli&#233;s fiables pour Washington, car tout le monde sait qu'elles sont &#233;troitement li&#233;es &#224; T&#233;h&#233;ran, en particulier le SIIC. Il s'agit au mieux de forces ambivalentes qui collaborent avec l'occupation, mais ne sont pas compl&#232;tement fiables. C'est ainsi que les dirigeants kurdes sont les seuls alli&#233;s fiables des Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de Washington est cependant que les Kurdes ont leurs propres ambitions. Ils veulent &#233;tablir un Etat ind&#233;pendant de fait. Ils ne visent pas &#224; cr&#233;er un Etat officiellement ind&#233;pendant car ils savent que cela entra&#238;nerait une guerre avec la Turquie, et qu'ils n'en ont pas les moyens. En fait ils veulent tous les attributs d'un Etat ind&#233;pendant, mais sans le proclamer. Ils veulent aussi &#233;largir la r&#233;gion sous leur contr&#244;le pour inclure des endroits comme Kirkouk. Ils aspirent &#224; un grand Kurdistan irakien. Mais ces aspirations se heurtent &#233;videmment aux aspirations des autres Irakiens. D'o&#249; le r&#233;el dilemme qui se pose aux Etats-Unis : Washington a besoin de ces alli&#233;s kurdes, mais en m&#234;me temps il ne peut se permettre de perdre les Arabes d'Irak pour garder les Kurdes d'Irak. Le probl&#232;me a &#233;t&#233; report&#233; d'ann&#233;e en ann&#233;e. Selon les projets initiaux, la question de Kirkouk aurait d&#251; &#234;tre r&#233;gl&#233;e depuis longtemps, mais le r&#233;f&#233;rendum qui devait &#234;tre organis&#233; a &#233;t&#233; retard&#233; &#224; maintes reprises. Cette question constitue une v&#233;ritable bombe &#224; retardement pour l'Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous qu'une partition de l'Irak en r&#233;gions ou &#233;tats kurde, sunnite et chiite, soit possible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;tendue solution entra&#238;nerait la guerre. Dans les conditions actuelles toute tentative de diviser le pays conduirait &#224; une guerre, entra&#238;nant la r&#233;gion dans une situation qui serait encore pire pour les Etats-Unis. C'est la raison pour laquelle Washington n'est pas du tout int&#233;ress&#233; &#224; promouvoir une partition, m&#234;me si certaines personnes aux Etats-Unis et au Congr&#232;s &#233;tats-unien sont favorables &#224; une partition ou &#224; la formation d'une sorte de f&#233;d&#233;ration assez l&#226;che. Mais m&#234;me une f&#233;d&#233;ration serait tr&#232;s difficile &#224; mettre en &#339;uvre. Elle ne serait possible que s'il y avait des r&#233;serves de p&#233;trole ou de gaz d'&#233;gale richesse dans les trois r&#233;gions majeures d'Irak. Les Kurdes sont actuellement en train de chercher &#224; garantir leurs propres r&#233;serves. Dans la r&#233;gion arabe sunnite il y a un important champ gazier dont l'exploration intensive constitue actuellement une priorit&#233; politique, car il est n&#233;cessaire de satisfaire les Sunnites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si chaque r&#233;gion pouvait disposer d'importantes ressources d'hydrocarbures, une sorte de f&#233;d&#233;ration pourrait &#233;ventuellement voir le jour, avec les Etats-Unis qui resteraient comme arbitre entre les trois r&#233;gions, kurde, arabe sunnite et arabe chiite. Pour Washington ce serait-l&#224; la meilleure solution, mais elle serait tr&#232;s difficile &#224; mettre en &#339;uvre dans la mesure o&#249; il faudrait obtenir un v&#233;ritable accord, un consensus entre toutes les factions importantes. Un tel accord ne pourra en tout cas pas &#234;tre atteint en armant tout le monde comme le font les Etats-Unis maintenant et en aggravant les divisions tribales et confessionnelles. Les Etats-Unis sont en train de semer les germes d'une trag&#233;die de longue dur&#233;e en Irak, un pays qui vit d&#233;j&#224; en pleine trag&#233;die. L'Irak vit une trag&#233;die permanente depuis que Saddam Hussein et ses comparses sont arriv&#233;s au pouvoir en 1968, et jusqu'&#224; l'embargo g&#233;nocidaire impos&#233; par les Etats-Unis. La trag&#233;die que vivent les Irakiens depuis le d&#233;but de l'occupation est consid&#233;r&#233;e par certains comme pire encore, Et je n'en vois pas d'issue dans l'avenir pr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que le mouvement anti-guerre est une force sociale en d&#233;clin ? Si oui, quelles sont les raisons de ce d&#233;clin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que par rapport aux mobilisations qui ont eu lieu juste avant l'invasion de l'Irak, le mouvement a connu un d&#233;clin. Il y a des raisons de fond et des raisons conjoncturelles qui expliquent cela. Une des raisons conjoncturelles, qui concerne en premier lieu les Etats-Unis mais qui affecte &#233;galement le reste du monde, est l'&#233;lection pr&#233;sidentielle &#233;tats-unienne et la croyance de beaucoup de gens que celle-ci pourrait conduire &#224; un changement radical dans la politique de Washington &#224; l'&#233;gard de l'Irak. Comme d'habitude, l'effet des &#233;lections est de d&#233;mobiliser le mouvement anti-guerre. Une autre raison conjoncturelle est celle qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mentionn&#233;e, &#224; savoir le succ&#232;s relatif du &#171; surge &#187;. Ceci a &#233;galement un effet d&#233;mobilisateur sur le mouvement contre la guerre, car il r&#233;duit le sentiment d'urgence pour la lutte contre l'occupation. A ces consid&#233;rations, il faut ajouter une raison de fond : c'est que la nature des forces qui affrontent l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien inspirent beaucoup moins de sympathie que par le pass&#233;. Au Vietnam les Etats-Unis affrontaient les communistes vietnamiens qui se comportaient de mani&#232;re tr&#232;s intelligente en s'adressant &#224; la population &#233;tats-unienne et au monde entier, et qui avaient ainsi r&#233;ussi &#224; gagner la sympathie de l'opinion publique mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, les forces qui affrontent les Etats-Unis sont surtout des int&#233;gristes islamiques, que repr&#233;sente Al-Qaeda au premier chef. Ils ne peuvent certainement pas rallier la sympathie de l'opinion publique, surtout en Occident o&#249; se trouve l'essentiel du mouvement anti-guerre &#8211; pour une bonne raison, car celui-ci a un sens surtout dans les pays bellig&#233;rants. Ainsi, donc, la nature des forces qui affrontent l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien ne contribue pas &#224; la construction d'un puissant mouvement contre la guerre. Je crois que c'est le principal probl&#232;me auquel le mouvement anti-guerre est confront&#233;. La principale t&#226;che du mouvement contre la guerre, du mouvement anti-imp&#233;rialiste devrait &#234;tre d'expliquer &#224; l'opinion publique que plus il y a des guerres comme celles-ci, plus il y aura du fanatisme et de l'int&#233;grisme. Et d'expliquer que ces guerres ne feront que renforcer la dialectique de la barbarie, ce que j'appelle &#171; le choc des barbaries &#187;, dans laquelle la barbarie majeure est celle de Washington et la mineure celle des bandes fanatiques d'int&#233;gristes islamiques. Cela constitue un d&#233;sastre pour toutes les populations du monde. Il est donc absolument urgent de stopper les guerres et l'agression imp&#233;rialiste en cours. Voil&#224; le genre de message que le mouvement contre la guerre devrait transmettre, et non pas celui qui consiste &#224; dire &#171; Nous soutenons quiconque combat l'imp&#233;rialisme &#233;tats-unien quel qu'il soit et quoi qu'il fasse par ailleurs &#187;. Ce n'est pas la mani&#232;re de gagner un soutien populaire pour la cause anti-guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gauche anti-guerre anti-imp&#233;rialiste se trouve devant un dilemme parce que dans beaucoup de pays de la r&#233;gion la r&#233;sistance &#224; l'agression imp&#233;rialiste est dirig&#233;e par l'Islam politique. Comment la gauche peut-elle manifester de la solidarit&#233; avec cette r&#233;sistance sans abandonner pour autant son combat pour la la&#239;cit&#233;, pour la lib&#233;ration des femmes et pour les droits des travailleurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pense pas qu'il soit possible d'appliquer une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale dans ce domaine. Cela d&#233;pend de la situation dont on parle. Par exemple en Irak il y a des groupes qui combattent l'occupation &#233;tats-unienne, mais ces m&#234;mes groupes sont simultan&#233;ment engag&#233;s dans de la violence confessionnelle. Et ils ont tu&#233; beaucoup plus de civils pour des raisons confessionnelles que des soldats de la coalition. Dans ces circonstances, il serait tout &#224; fait erron&#233; et d&#233;sorientant de dire &#171; Nous soutenons la r&#233;sistance irakienne &#187;. On ne peut pas dire qu'on soutient de telles forces. On devrait plut&#244;t dire &#171; Nous soutenons la lutte contre l'occupation &#187;, ou, mieux encore, pour des objectifs didactiques : &#171; La lutte contre l'occupation est l&#233;gitime, par tous les moyens (r&#233;ellement) n&#233;cessaires &#187;. Une telle formulation est correcte : on soutient les actes de mani&#232;re s&#233;lective, pas les acteurs quand on ne peut pas prendre la responsabilit&#233; pour tous leurs actes. En Irak, on ne peut pas soutenir une quelconque force sp&#233;cifique parce que toutes les forces qui combattent l'occupation sont en m&#234;me temps des forces confessionnelles. Il y a donc deux guerres men&#233;es en m&#234;me temps : une guerre juste et une guerre tr&#232;s r&#233;actionnaire. Si nous prenons maintenant le cas du Liban ou de la Palestine, o&#249; il y a le Hezbollah et le Hamas, des forces int&#233;gristes islamiques, qui s'opposent &#224; l'agression isra&#233;lienne. On peut alors dire : &#171; Nous soutenons la lutte du peuple contre l'agression imp&#233;rialiste ind&#233;pendamment de la nature des directions ; nous soutenons la lutte malgr&#233; nos r&#233;serves sur les directions. &#187; En outre, je suis tr&#232;s oppos&#233; &#224; un soutien acritique &#224; quelque direction que ce soit, m&#234;me les plus progressistes &#8211; et &#224; plus forte raison lorsqu'elles ne sont pas progressistes et adh&#232;rent &#224; des id&#233;ologies r&#233;actionnaires. Lorsque la l&#233;gitimit&#233; du combat ne souffre d'aucune ambigu&#239;t&#233;, mais qu'il est dirig&#233; par des forces non progressistes, on devrait d&#233;clarer tr&#232;s clairement : &#171; Nous soutenons la lutte, mais nous ne partageons pas les orientations de sa direction. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Oxymoron : figure de style qui consiste &#224; associer deux mots apparemment contradictoires pour cr&#233;er un effet paradoxal (silence &#233;loquent, douce violence, r&#233;alit&#233; virtuelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ACHCAR Gilbert, BENLISOY Foti, KILI&#199; Aykut &lt;br class='autobr' /&gt;
* Cette interview a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e par Foti Benlisoy et Aykut Kili&#231; pour la revue critique turque Mesele (Question). Le texte original anglais de l'interview a &#233;t&#233; publi&#233; sur les sites de ZNet et de International Viewpoint sous le titre &#171; The U.S. is sowing the seeds of a long term tragedy... &#187;. Traduit de l'anglais par JM pour Inprecor et, pour la partie consacr&#233;e &#224; l'Irak, par la r&#233;daction du site suisse &lt;a href=&#034;http://www.nonalaguerre.ch&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.nonalaguerre.ch&lt;/a&gt;. Cette partie a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; publi&#233;e sur le site A l'encontre, dat&#233;e du 10 juin 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Gilbert Achcar, professeur &#224; l'Ecole des &#233;tudes orientales et africaines (SOAS) de l'Universit&#233; de Londres, est un collaborateur r&#233;gulier d'Inprecor et de la revue La br&#232;che. Parmi ses ouvrages, on peut citer : &lt;br class='autobr' /&gt; Le choc des barbaries (Complexe, 2002 ; 10/18, 2004) &lt;br class='autobr' /&gt; L'Orient incandescent &#8211; (Page Deux, 2004) &lt;br class='autobr' /&gt; La guerre des 33-Jours, avec Michel Warschawski (Textuel, 2007) &lt;br class='autobr' /&gt; La poudri&#232;re du Moyen-Orient, avec Noam Chomsky (Fayard, 2007)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Contre la r&#233;solution 1701, contre l'envoi de troupes de l'OTAN</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>



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&lt;p&gt;L'Organisation des Nations Unies, sa Charte en particulier, sont un pr&#233;cieux acquis historique - loin d'&#234;tre parfaits, certes, mais entre le possible et le souhaitable, il faut les pr&#233;server tout en cherchant &#224; les am&#233;liorer. C'est bien pourquoi la violation croissante des principes et r&#232;gles de fonctionnement stipul&#233;s par la lettre de la Charte, ainsi que la d&#233;rogation grandissante &#224; son esprit, doivent &#234;tre vigoureusement condamn&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt; Le Liban a &#233;t&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, un terrain (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Debats-politiques-" rel="directory"&gt;D&#233;bats politiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Organisation des Nations Unies, sa Charte en particulier, sont un pr&#233;cieux acquis historique - loin d'&#234;tre parfaits, certes, mais entre le possible et le souhaitable, il faut les pr&#233;server tout en cherchant &#224; les am&#233;liorer. C'est bien pourquoi la violation croissante des principes et r&#232;gles de fonctionnement stipul&#233;s par la lettre de la Charte, ainsi que la d&#233;rogation grandissante &#224; son esprit, doivent &#234;tre vigoureusement condamn&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Liban a &#233;t&#233;, ces derni&#232;res ann&#233;es, un terrain privil&#233;gi&#233; de la d&#233;rive favoris&#233;e par la fin du syst&#232;me tr&#232;s particulier de &#171; l'&#233;quilibre des pouvoirs &#187; que s'imposaient mutuellement les deux superpuissances de la Guerre froide jusqu'en 1990. La r&#233;solution 1559 (2004) du Conseil de s&#233;curit&#233; au sujet du Liban est &#224; la fois une violation flagrante de la Charte de l'ONU et un monument d'hypocrisie. Adopt&#233;e sans saisine du Conseil de s&#233;curit&#233; par le gouvernement libanais, elle proclame son attachement &#224; la souverainet&#233; du Liban tout en s'ing&#233;rant dans ses affaires int&#233;rieures en d&#233;rogation &#224; l'article 2, point 7, de la Charte, qui prohibe toute intervention &#171; dans des affaires qui rel&#232;vent essentiellement de la comp&#233;tence nationale d'un &#201;tat &#187;. Il faudrait, d'ailleurs, une dose extraordinaire de na&#239;vet&#233; pour croire un seul instant &#224; l'attachement des membres permanents du Conseil de s&#233;curit&#233; &#224; la souverainet&#233; d'un &#201;tat autre que le leur. La r&#233;solution 1559 - et le fait qu'elle ait &#233;t&#233; adopt&#233;e en 2004, et pas avant, le montre bien - s'inscrit de mani&#232;re &#233;vidente dans l'action des &#201;tats-Unis contre l'Iran dans la foul&#233;e de leur occupation de l'Irak, en visant deux des alli&#233;s de T&#233;h&#233;ran : le r&#233;gime syrien et le Hezbollah libanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guerre isra&#233;lienne au Liban d'une autre fa&#231;on&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution 1701 du 11 ao&#251;t 2006 rel&#232;ve de cette m&#234;me action de fa&#231;on tout aussi flagrante. Elle a &#233;t&#233; adopt&#233;e apr&#232;s plusieurs semaines de blocage du Conseil de s&#233;curit&#233; par Washington pour laisser &#224; Isra&#235;l le temps de poursuivre son agression. Son iniquit&#233; saute aux yeux lorsqu'elle s'abstient de condamner l'agression criminelle d'Isra&#235;l pour n'&#233;voquer que &#171; l'attaque du Hezbollah contre Isra&#235;l &#187; et les &#171; hostilit&#233;s au Liban et en Isra&#235;l &#187; (sic). Elle fait preuve d'une hypocrisie flagrante en demandant &#224; Isra&#235;l de cesser ses &#171; op&#233;rations militaires offensives &#187;, sans m&#234;me exiger la lev&#233;e imm&#233;diate du blocus qu'il impose au Liban - comme si un blocus n'&#233;tait pas une op&#233;ration militaire &#233;minemment offensive. L'iniquit&#233; est tout aussi flagrante lorsque la nouvelle FINUL - qui, remarquablement, ne se d&#233;ploie que sur le territoire du pays occup&#233; - est cens&#233;e emp&#234;cher que sa zone de d&#233;ploiement ne soit utilis&#233;e pour &#171; des activit&#233;s hostiles de n'importe quelle sorte &#187;. La r&#233;solution 1701 ne souffle mot de la protection du territoire libanais contre les agressions r&#233;p&#233;t&#233;es d'Isra&#235;l, puissance occupante au Liban 18 ann&#233;es durant (sans parler de la portion de territoire occup&#233;e depuis 1967).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se faire une id&#233;e du caract&#232;re tr&#232;s biais&#233; de ce que pr&#233;voit la FINUL dans l'esprit des &#201;tats europ&#233;ens qui en fournissent la colonne vert&#233;brale, il n'est qu'&#224; lire l'entretien accord&#233; au journal Le Monde par Jean-Marie Gu&#233;henno, le chef des op&#233;rations de maintien de la paix de l'ONU. Il se passe de commentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourriez-vous &#234;tre amen&#233;s &#224; user de la force contre le Hezbollah ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous pouvons &#234;tre amen&#233;s &#224; le faire &#224; l'&#233;gard de tout &#233;l&#233;ment qui emp&#234;cherait notre libert&#233; de mouvement ou repr&#233;senterait une menace pour la population ou pour la paix. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que ferait la FINUL en cas de raid de l'arm&#233;e isra&#233;lienne sur le Liban ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Malheureusement, depuis la cessation des hostilit&#233;s, il y a eu plus de violations isra&#233;liennes que de violations du fait d'&#233;l&#233;ments arm&#233;s libanais. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourrait-elle &#234;tre amen&#233;e &#224; utiliser la force contre Isra&#235;l dans cette hypoth&#232;se ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense qu'Isra&#235;l, qui tient &#224; ce que le droit international s'affirme, &#224; ce que responsabilit&#233; et souverainet&#233; aillent de pair au Liban, assumera ses responsabilit&#233;s dans le respect du droit international. &#187; (12)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution 1701 est pleine de formulations d&#233;lib&#233;r&#233;ment ambigu&#235;s de sorte qu'elle permet une interpr&#233;tation allant dans le sens d'une mission de combat relevant de facto du Chapitre VII de la Charte, que Washington et Paris invoquaient directement dans leur projet de r&#233;solution distribu&#233; le 5 ao&#251;t et rejet&#233; par le Hezbollah et le gouvernement libanais. Devant ces objections, Washington et Paris ont abandonn&#233; l'id&#233;e d'une nouvelle force internationale au Liban, s'en tenant &#224; la FINUL d&#233;j&#224; en place. Toutefois, le mandat de cette derni&#232;re est profond&#233;ment alt&#233;r&#233;, non seulement dans le sens indiqu&#233; ci-dessus, mais aussi quant &#224; sa zone d'activit&#233; puisque la FINUL II est autoris&#233;e &#224; se d&#233;ployer le long de la fronti&#232;re libano-syrienne et &#224; contr&#244;ler les acc&#232;s a&#233;riens et maritimes du Liban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'esprit de cette r&#233;solution est de traiter le Liban comme s'il &#233;tait l'agresseur ! Elle rel&#232;ve, en ce sens, d'une tentative de continuer la guerre isra&#233;lienne au Liban d'une autre fa&#231;on, qui pourra impliquer des op&#233;rations de guerre &#224; courte ou moyenne &#233;ch&#233;ance. C'est pourquoi elle doit &#234;tre vigoureusement d&#233;nonc&#233;e et rejet&#233;e par toute personne attach&#233;e &#224; l'esprit de la Charte des Nations Unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Force d'interposition ? Des troupes de pays neutres !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de rejeter la pr&#233;sence m&#234;me de la FINUL le long de la fronti&#232;re libano-isra&#233;lienne. La FINUL est en place depuis 1978 et accept&#233;e par l'ensemble des forces politiques libanaises. En d&#233;pit de son inefficacit&#233; &#233;vidente quant &#224; la protection du Liban contre les empi&#233;tements d'Isra&#235;l sur sa souverainet&#233;, son inaction face &#224; l'invasion du Liban par Isra&#235;l en 1982 et son occupation du Liban sud 18 ann&#233;es durant, elle est un t&#233;moin pr&#233;cieux de ces violations de souverainet&#233;. Ce dont il s'agit, c'est 1) de rejeter l'alt&#233;ration profonde et dangereuse du mandat de la FINUL que constitue la r&#233;solution 1701, et 2) de s'opposer &#224; l'utilisation de la FINUL II et de la couverture onusienne afin de continuer la guerre pour les objectifs communs d'Isra&#235;l, de Washington et de Paris au Liban. Ce qui est en train de se tramer, c'est la r&#233;p&#233;tition d'une pratique symptomatique des temps nouveaux : l'utilisation de l'ONU comme feuille de vigne pour des op&#233;rations militaires men&#233;es par Washington avec l'OTAN et autres alli&#233;s, comme c'est le cas en Afghanistan depuis d&#233;cembre 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bonne logique, une force d'interposition doit &#234;tre compos&#233;e de troupes de pays neutres. Or, Washington et Paris ne sont nullement neutres dans le conflit libanais. Aucune force alli&#233;e de Washington ne saurait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme neutre dans un conflit entre l'un des principaux alli&#233;s de Washington et un autre &#201;tat. C'est le cas des forces de tous les pays membres de l'OTAN, alli&#233;s de la fa&#231;on la plus formelle aux &#201;tats-Unis. C'est pourquoi tous ceux et celles qui tiennent &#224; la paix au Moyen-Orient et s'inqui&#232;tent des projets &#233;tats-uniens dans cette partie du monde doivent s'opposer &#233;nergiquement &#224; l'envoi et &#224; la pr&#233;sence au Liban de troupes de pays membres de l'OTAN. Un mouvement de protestation en ce sens est enclench&#233; dans les pays en question, de l'Allemagne &#224; la Turquie, en passant par la France, l'Italie et l'Espagne. Il s'agit de l'exercice d'un devoir d'autant plus n&#233;cessaire qu'Isra&#235;l s'arroge le &#171; droit du plus fort &#187; de refuser la participation &#224; la FINUL de certains pays musulmans candidats &#224; l'envoi de troupes, en invoquant le fait qu'ils ne sont pas neutres dans le conflit isra&#233;lo-arabe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Onze th&#232;ses sur la r&#233;surgence actuelle de l'int&#233;grisme islamique</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Onze-theses-sur-la-resurgence-actuelle-de-l-integrisme-islamique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Onze-theses-sur-la-resurgence-actuelle-de-l-integrisme-islamique</guid>
		<dc:date>2006-09-26T02:03:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>



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&lt;p&gt;1. L'&#233;tendue et la diversit&#233; des formes de la r&#233;surgence de l'int&#233;grisme islamique, qui a marqu&#233; le d&#233;but de ce dernier quart de si&#232;cle, emp&#234;chent toute g&#233;n&#233;ralisation h&#226;tive de conjectures &#224; son sujet. De m&#234;me, en effet, qu'il serait totalement aberrant d'identifier le catholicisme des ouvriers polonais et celui de la r&#233;action franquiste, sans pour autant s'abstenir d'analyser les traits communs aux histoires agraires de l'Espagne et de la Pologne ou au contenu politique et id&#233;ologique de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Moyen-Orient-" rel="directory"&gt;Moyen-Orient&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1. L'&#233;tendue et la diversit&#233; des formes de la r&#233;surgence de l'int&#233;grisme islamique, qui a marqu&#233; le d&#233;but de ce dernier quart de si&#232;cle, emp&#234;chent toute g&#233;n&#233;ralisation h&#226;tive de conjectures &#224; son sujet. De m&#234;me, en effet, qu'il serait totalement aberrant d'identifier le catholicisme des ouvriers polonais et celui de la r&#233;action franquiste, sans pour autant s'abstenir d'analyser les traits communs aux histoires agraires de l'Espagne et de la Pologne ou au contenu politique et id&#233;ologique de leurs catholicismes respectifs, la prudence analytique la plus &#233;l&#233;mentaire interdit d'inclure sous une seule et m&#234;me rubrique des ph&#233;nom&#232;nes aussi diff&#233;rents que la remont&#233;e des mouvements musulmans cl&#233;ricaux et/ou politiques en &#201;gypte, Syrie, Tunisie, Turquie, Indon&#233;sie, au Pakistan ou au S&#233;n&#233;gal, la dictature militaire d'un Zia Ul-Haq (1) au Pakistan ou celle d'un Kadhafi en Libye, la prise du pouvoir par le clerg&#233; chiite iranien ou la gu&#233;rilla afghane, etc. M&#234;me des ph&#233;nom&#232;nes dont l'identit&#233; semble &#233;vidente, tels que les progr&#232;s du m&#234;me mouvement, celui des &#171; Fr&#232;res musulmans &#187;, en &#201;gypte et en Syrie, recouvrent en fait une disparit&#233; de contenus et de fonctions politiques, d&#233;termin&#233;e par celle de leurs objectifs imm&#233;diats. Car, en de&#231;&#224; de l'accord sur les affaires c&#233;lestes et au-del&#224; de l'accord sur les probl&#232;mes de la vie quotidienne, quand ces accords existent, et nonobstant la similitude, voire l'identit&#233;, des formes organisationnelles et des d&#233;nominations, les mouvements musulmans restent essentiellement des mouvements politiques, et donc les expressions d'int&#233;r&#234;ts sociopolitiques sp&#233;cifiques et &#233;minemment terrestres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Il n'y a pas eu d'irruption de l'Islam dans la politique : l'Islam, en fait, est ins&#233;parable de celle-ci, &#233;tant lui-m&#234;me religion politique, au sens &#233;tymologique du terme. Ainsi la revendication de la s&#233;paration de la religion et de l'&#201;tat est-elle plus que la&#239;ciste, en pays musulman ; elle est franchement antireligieuse. Cette donn&#233;e contribue &#224; expliquer pourquoi aucun des grands courants du nationalisme bourgeois et petit-bourgeois en terre d'Islam, &#224; l'exception du k&#233;malisme en Turquie, ne s'est prononc&#233; pour la la&#239;cit&#233;. T&#226;che d&#233;mocratique &#233;l&#233;mentaire sous d'autres cieux, celle-ci est &#224; tel point radicale dans les pays musulmans, ceux du Moyen-Orient en particulier, que m&#234;me la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; &#233;prouvera des difficult&#233;s &#224; la r&#233;aliser ; elle est hors de la port&#233;e des autres classes. Par ailleurs, les classes d&#233;mocratiques des soci&#233;t&#233;s musulmanes n'ont eu, dans l'ensemble, aucun int&#233;r&#234;t, ou presque, &#224; combattre leur propre religion. L'Islam, en effet, n'a pas &#233;t&#233; per&#231;u au XXe si&#232;cle, dans ces soci&#233;t&#233;s, comme ciment id&#233;ologique d'une structure de classe surann&#233;e, f&#233;odale ou semi-f&#233;odale, mais bien plut&#244;t comme &#233;l&#233;ment fondamental de l'identit&#233; nationale bafou&#233;e par l'oppresseur &#233;tranger chr&#233;tien (voire ath&#233;e). Ce n'est pas un hasard si la Turquie a &#233;t&#233; l'unique soci&#233;t&#233; musulmane &#224; n'avoir pas &#233;t&#233; soumise, au XXe si&#232;cle, &#224; un joug &#233;tranger ; Mustafa Kemal, lui aussi, fut exceptionnel parmi ses pairs : il mena son combat principal, non contre le colonialisme ou l'imp&#233;rialisme, mais contre le sultanat, combinaison de pouvoirs temporels et spirituels (califat). Par contre, un nationaliste bourgeois aussi radical que Nasser avait tout int&#233;r&#234;t &#224; se revendiquer de l'Islam dans son combat principal contre l'imp&#233;rialisme, d'autant plus qu'il y trouvait, en m&#234;me temps, un moyen &#224; bon compte de se garder &#224; gauche comme &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'Islam, en tant qu'&#233;l&#233;ment de l'id&#233;ologie des courants nationalistes, &#233;l&#233;ment parmi d'autres, bien que fondamental, n'est pas le sujet des th&#232;ses qui suivent. Cet Islam-l&#224; a fait son temps, de m&#234;me que les courants qui s'en revendiquent. Plus g&#233;n&#233;ralement, nous discernerons entre l'Islam utilis&#233; comme moyen, servant &#224; fa&#231;onner et affirmer une identit&#233; nationale ou communautaire, voire sectaire, aux prises avec d'autres, et l'Islam consid&#233;r&#233; comme but en soi, objectif global et total, programme unique et exclusif. &#171; Le Coran est notre constitution &#187;, proclamait Hassan Al-Banna, fondateur en 1928 du mouvement des &#171; Fr&#232;res musulmans &#187;. C'est cet Islam-ci qui nous int&#233;resse dans le cadre de ces th&#232;ses : l'Islam &#233;rig&#233; en principe absolu auquel toute revendication, toute lutte, toute r&#233;forme, sont subordonn&#233;es, l'Islam des &#171; Fr&#232;res musulmans &#187;, du &#171; Jamaat-i-Islami &#187;, des diff&#233;rentes associations d'ul&#233;mas et du mouvement des ayatollahs iraniens dont l'expression organis&#233;e est le &#171; Parti de la R&#233;publique islamique &#187;. Le d&#233;nominateur commun entre ces diff&#233;rents mouvements est l'int&#233;grisme islamique, c'est-&#224;-dire la volont&#233; d'un retour &#224; l'Islam, l'aspiration &#224; une &#171; Utopia &#187; islamique qui ne saurait, d'ailleurs, se limiter &#224; une seule nation, mais devrait englober l'ensemble des peuples musulmans, sinon le monde entier. C'est dans ce sens que Bani Sadr affirmait, en 1979, &#224; un quotidien de Beyrouth (An-Nahar) que &#171; l'ayatollah Khomeyni est internationaliste : il s'oppose aux staliniens de l'Islam qui veulent construire l'Islam dans un seul pays &#187; (sic !). Cet &#171; internationalisme &#187; se traduit &#233;galement par le fait que les mouvements pr&#233;cit&#233;s d&#233;bordent les fronti&#232;res de leurs pays d'origine et/ou entretiennent des relations plus ou moins &#233;troites entre eux. Ils rejettent tous le nationalisme, dans l'acception restreinte du terme, et consid&#232;rent les courants nationalistes, m&#234;me ceux qui font profession d'Islam, comme des rivaux, voire des adversaires. C'est au nom de l'-Islam qu'ils s'opposent &#224; l'oppression &#233;trang&#232;re ou &#224; l'ennemi national, et non en d&#233;fense de la &#171; Nation &#187;. Ainsi, les &#201;tats-Unis ne sont pas tant &#171; l'Imp&#233;rialisme &#187;, pour Khomeyni, que le &#171; Grand Satan &#187; ; Saddam Hussein, lui, est avant tout un &#171; ath&#233;e &#187;, un &#171; infid&#232;le &#187;. Isra&#235;l, pour tous les mouvements en cause, n'est pas tant l'usurpateur sioniste du territoire palestinien que &#171; l'usurpateur juif d'une terre islamique sacr&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Quelle que soit la port&#233;e progressiste, nationale et/ou d&#233;mocratique, objective de certaines des luttes que m&#232;nent les divers courants de l'int&#233;grisme islamique, elle ne saurait voiler le fait que leur id&#233;ologie et leur programme sont essentiellement, et par d&#233;finition, r&#233;actionnaires. Qu'est-ce, en effet, qu'un programme qui vise &#224; construire un &#201;tat islamique, calqu&#233; sur le mod&#232;le de celui du VIIe si&#232;cle de l'&#232;re chr&#233;tienne, sinon une utopie r&#233;actionnaire ? Qu'est-ce qu'une id&#233;ologie qui vise &#224; restaurer un ordre vieux de treize si&#232;cles, sinon une id&#233;ologie &#233;minemment r&#233;actionnaire ? En ce sens, il est aberrant, voire absurde, de qualifier les mouvements int&#233;gristes islamiques de bourgeois, quelle que soit la convergence de certaines luttes qu'ils m&#232;nent avec tout ou partie de la bourgeoisie de leur pays, tout aussi aberrant que de les qualifier de r&#233;volutionnaires quand il leur arrive de s'opposer &#224; cette m&#234;me bourgeoisie. Tant par la nature de leur programme et de leur id&#233;ologie que par leur composition sociale, et m&#234;me par l'origine sociale de leurs fondateurs, les mouvements int&#233;gristes islamiques sont des mouvements petits-bourgeois. Ils ne cachent pas leur haine tant des repr&#233;sentants du grand capital que des repr&#233;sentants du prol&#233;tariat, tant des &#201;tats imp&#233;rialistes que des &#201;tats &#171; communistes &#187;. Ils s'opposent aux deux p&#244;les de la soci&#233;t&#233; industrielle qui les menace : la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. Ils correspondent &#224; cette fraction de la petite-bourgeoisie d&#233;crite par le Manifeste communiste : &#171; Les classes moyennes, petits fabricants, d&#233;taillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu'elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas r&#233;volutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont r&#233;actionnaires : elles cherchent &#224; faire tourner &#224; l'envers la roue de l'histoire. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;action islamique petite-bourgeoise trouve ses id&#233;ologues et cadres organisateurs parmi les &#171; intellectuels traditionnels &#187; des soci&#233;t&#233;s musulmanes, les ul&#233;mas et assimil&#233;s, ainsi que parmi les &#233;chelons les plus bas des &#171; intellectuels organiques &#187; de la bourgeoisie, ceux-l&#224; m&#234;mes qui sont issus de la petite-bourgeoisie et sont condamn&#233;s &#224; y rester : les instituteurs et les clercs, en particulier. En p&#233;riode de mont&#233;e, l'int&#233;grisme islamique recrute largement dans les universit&#233;s et autres centres de production des &#171; intellectuels &#187;, l&#224; o&#249; ceux-ci demeurent plus d&#233;termin&#233;s par leur origine sociale que par un avenir hypoth&#233;tique et souvent al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Les populations actives des pays o&#249; la r&#233;action int&#233;griste islamique a pu se constituer en mouvement de masse et o&#249; elle a aujourd'hui le vent en poupe, se distinguent par une forte proportion de classes moyennes, au sens d&#233;fini par le Manifeste Communiste : petits fabricants, d&#233;taillants, artisans et paysans. Cependant, toute &#233;ruption de l'int&#233;grisme islamique mobilise non seulement une fraction plus ou moins large de ces classes moyennes, mais aussi des fractions d'autres classes, fra&#238;chement issues des classes moyennes, sous l'effet de l'accumulation primitive et de la paup&#233;risation capitalistes. Ainsi, des fractions du prol&#233;tariat, celles dont la prol&#233;tarisation est la plus r&#233;cente, et surtout des fractions du sous-prol&#233;tariat, celles qui ont &#233;t&#233; d&#233;chues par le capitalisme de leur position petite-bourgeoise ant&#233;rieure, sont particuli&#232;rement r&#233;ceptives &#224; l'agitation int&#233;griste et susceptibles d'&#234;tre entra&#238;n&#233;es par celle-ci. Telle est la base sociale de l'int&#233;grisme islamique, sa base de masse. Cette base n'est toutefois pas acquise d'office &#224; la r&#233;action religieuse, comme la bourgeoisie l'est &#224; son propre programme. Quelle que soit, en effet, la force du sentiment religieux des masses, et m&#234;me si la religion en cause est l'Islam, il y a un bond qualitatif entre ce sentiment et l'adh&#233;sion &#224; la religion comme utopie temporelle : pour que d'opium des peuples, la religion, redevienne excitant, et ceci &#224; l'&#232;re de l'automation, il faut vraiment que lesdits peuples n'aient plus d'autre choix que de se vouer &#224; Dieu. Car le moins que l'on puisse dire de l'Islam, c'est que son actualit&#233; n'est pas &#233;vidente ! En fait, l'int&#233;grisme islamique pose plus de probl&#232;mes qu'il n'en r&#233;sout : outre l'actualisation probl&#233;matique d'un code civil vieux de treize si&#232;cles qui, bien que post&#233;rieur de plusieurs si&#232;cles au droit romain, fut produit par une soci&#233;t&#233; nettement plus arri&#233;r&#233;e que celle de la Rome antique (le Coran est largement inspir&#233; de la Torah, de m&#234;me que le mode de vie des Arabes &#233;tait largement similaire &#224; celui des H&#233;breux), il s'agit de le compl&#233;ter. En d'autres termes, le plus orthodoxe des int&#233;gristes musulmans est incapable de r&#233;pondre aux probl&#232;mes que lui pose la soci&#233;t&#233; moderne par les seules p&#233;rip&#233;ties de l'ex&#233;g&#232;se, &#224; moins que celle-ci ne devienne totalement arbitraire et, partant, source de d&#233;saccords sans fin entre les ex&#233;g&#232;tes. Il y a ainsi autant d'interpr&#233;tations de l'islam qu'il y a d'interpr&#232;tes. Quant au noyau central de la religion islamique, celui qui fait l'unanimit&#233; des musulmans, il ne satisfait en aucune fa&#231;on les besoins mat&#233;riels pressants du petit-bourgeois, ind&#233;pendamment du fait qu'il puisse satisfaire ses besoins spirituels. L'int&#233;grisme islamique, en soi, n'est aucunement le programme le plus conforme aux aspirations des couches sociales sur lesquelles il agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. La base sociale d&#233;crite plus haut est caract&#233;ris&#233;e par sa versatilit&#233; politique. La citation du Manifeste communiste, que nous avons reproduite, ne d&#233;crit pas une attitude permanente des classes moyennes, mais seulement le contenu r&#233;el de leur combat contre la bourgeoisie, quand celui-ci a lieu, c'est-&#224;-dire quand les classes moyennes se retournent contre la bourgeoisie. Car avant de combattre la bourgeoise, les classes moyennes ont &#233;t&#233; ses alli&#233;es dans le combat contre la f&#233;odalit&#233; ; avant de chercher &#224; renverser le cours de l'histoire, elles ont contribu&#233; &#224; le faire avancer. Les classes moyennes sont, avant tout, la base sociale de la r&#233;volution d&#233;mocratique et de la lutte nationale. Dans les soci&#233;t&#233;s arri&#233;r&#233;es et d&#233;pendantes, telles que les soci&#233;t&#233;s musulmanes, les classes moyennes conservent ce r&#244;le dans la mesure o&#249; les t&#226;ches d&#233;mocratiques et nationales restent, plus ou moins enti&#232;res, &#224; l'ordre du jour. Elles constituent les supporters les plus ardents de toute direction bourgeoise (ou petite-bourgeoise, &#224; plus forte raison) qui inscrit ces t&#226;ches sur son &#233;tendard. Les classes moyennes sont la base sociale, par excellence, du bonapartisme de la bourgeoisie ascendante (elles sont d'ailleurs la base sociale de tout bonapartisme bourgeois). Il faut donc que les directions bourgeoises ou petites-bourgeoises qui assument les t&#226;ches d&#233;mocratiques et nationales aient atteint leurs propres limites dans la r&#233;alisation de ces t&#226;ches, qu'elles aient perdu leur cr&#233;dibilit&#233;, pour que de larges fractions des classes moyennes s'en d&#233;tachent et cherchent d'autres voies. Bien entendu, tant que l'essor capitaliste semble leur ouvrir les voies de l'ascension sociale, tant que leurs conditions d'existence s'am&#233;liorent, les classes moyennes ne remettent pas en question l'ordre &#233;tabli ; m&#234;me d&#233;politis&#233;es ou sans enthousiasme, elles n'en jouent pas moins le r&#244;le de &#171; majorit&#233; silencieuse &#187; de l'ordre bourgeois. Mais pour peu que l'&#233;volution capitaliste de la soci&#233;t&#233; se mette &#224; peser sur elles de tout son poids, le poids de la concurrence nationale et/ou &#233;trang&#232;re, de l'inflation et des dettes, les classes moyennes deviennent alors un r&#233;servoir redoutable de forces d'opposition au pouvoir &#233;tabli, libre de tout contr&#244;le bourgeois et d'autant plus redoutable que la violence du petit-bourgeois dans la d&#233;tresse et son d&#233;cha&#238;nement sont sans pareils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Le choix r&#233;actionnaire n'en devient pas plus in&#233;luctable pour le petit-bourgeois, &#233;cras&#233; par la soci&#233;t&#233; capitaliste et d&#233;sillusionn&#233; quant aux directions nationalistes-d&#233;mocratiques bourgeoises et petites-bourgeoises. Un autre choix existe toujours, du moins en th&#233;orie ; les classes moyennes se trouvent plac&#233;es devant l'alternative : r&#233;action ou r&#233;volution. Elles peuvent, en effet, se joindre &#224; la lutte r&#233;volutionnaire contre la bourgeoisie, comme le pr&#233;voyait le Manifeste communiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si [les classes moyennes] sont r&#233;volutionnaires, c'est en consid&#233;ration de leur passage imminent au prol&#233;tariat : elles d&#233;fendent alors leurs int&#233;r&#234;ts futurs et non leurs int&#233;r&#234;ts actuels ; elles abandonnent leur propre point de vue pour adopter celui du prol&#233;tariat. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, dans les soci&#233;t&#233;s arri&#233;r&#233;es et d&#233;pendantes que n'envisageait pas le Manifeste communiste (dans la fameuse Adresse de 1850, des m&#234;mes Marx et Engels, on trouvera une description diff&#233;rente du r&#244;le des petits-bourgeois, sans que soit envisag&#233; pour autant leur ralliement au prol&#233;tariat), point n'est besoin aux classes moyennes d'abandonner leur propre point de vue pour se placer sous la direction du prol&#233;tariat. Bien au contraire, c'est en reprenant &#224; son compte les aspirations des classes moyennes, et notamment les t&#226;ches d&#233;mocratiques et nationales, que ce dernier parvient &#224; les rallier &#224; sa lutte. Mais pour que le prol&#233;tariat puisse gagner la confiance des classes moyennes, il faut d'abord qu'il dispose lui-m&#234;me d'une direction cr&#233;dible, qui ait fait ses preuves politiques et militantes. Par contre, si la direction majoritaire du prol&#233;tariat s'est discr&#233;dit&#233;e sur le terrain des luttes politiques nationales d&#233;mocratiques (tout en conservant sa position majoritaire gr&#226;ce &#224; son r&#244;le syndical ou faute de rempla&#231;ants), si elle fait preuve de veulerie politique &#224; l'&#233;gard de l'ordre &#233;tabli ou, pis encore, si elle soutient l'ordre &#233;tabli, alors, les classes moyennes n'auront vraiment d'autre choix que de pr&#234;ter l'oreille &#224; la r&#233;action petite-bourgeoise - f&#251;t-elle aussi &#233;nigmatique que la r&#233;action islamique - et, &#233;ventuellement, de r&#233;pondre &#224; ses appels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Dans tous les pays o&#249; l'int&#233;grisme islamique a notablement gagn&#233; du terrain, et particuli&#232;rement en &#201;gypte, en Syrie, en Iran et au Pakistan, l'ensemble des conditions d&#233;crites ci-dessus existent (2). Dans tous ces pays, la condition des classes moyennes s'est notoirement aggrav&#233;e au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Bien que certains d'entre eux soient eux-m&#234;mes exportateurs de p&#233;trole, la seule retomb&#233;e de l'explosion des prix du p&#233;trole sur la majorit&#233; des classes moyennes dans l'ensemble de ces pays a &#233;t&#233; une inflation d&#233;brid&#233;e. Par ailleurs, les directions nationalistes-d&#233;mocratiques bourgeoises et petites-bourgeoises y sont discr&#233;dit&#233;es, en g&#233;n&#233;ral. Dans les quatre pays mentionn&#233;s, lesdites directions sont pass&#233;es par l'&#233;preuve du pouvoir. Elles ont toutes fait autour d'elles, &#224; certains moments de leur histoire, la quasi-unanimit&#233; des classes moyennes, en tentant de r&#233;aliser leur programme national d&#233;mocratique. Certaines sont all&#233;es loin dans cette direction, comme ce fut le cas en &#201;gypte, et dans les pays de la mouvance &#233;gyptienne, o&#249; Nasser fit figure de g&#233;ant. Les nationalistes purent se maintenir longtemps au pouvoir, ou s'y maintiennent toujours, dans ces derniers pays, du fait qu'ils y acc&#233;d&#232;rent au moyen de l'arm&#233;e. En Iran et au Pakistan, o&#249; les nationalistes constitu&#232;rent des gouvernements civils, ils ne tard&#232;rent pas &#224; &#234;tre balay&#233;s par l'arm&#233;e ; Mossadegh et Bhutto (3) finirent lamentablement. En tout &#233;tat de cause, la marge de progression sur la voie du programme national-d&#233;mocratique, dans le cadre et les limites de l'&#201;tat bourgeois, est aujourd'hui tr&#232;s r&#233;duite ou quasi nulle dans les quatre pays susmentionn&#233;s. M&#234;me en Iran, o&#249; l'exp&#233;rience Mossadegh fut tr&#232;s br&#232;ve, le Shah, conseill&#233; par ses tuteurs am&#233;ricains, prit sur lui-m&#234;me, par ses propres m&#233;thodes pseudo-bismarckiennes, de r&#233;aliser ce que les Robespierre et Bonaparte combin&#233;s accomplirent dans les autres pays. D'autre part, les seules organisations politiques notables du prol&#233;tariat, dans l'ensemble de la r&#233;gion, sont les organisations staliniennes qui, lorsqu'elles ne sont pas insignifiantes, se sont totalement discr&#233;dit&#233;es par une longue histoire de trahisons des luttes populaires et de compromissions avec les pouvoirs &#233;tablis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, lorsque le m&#233;contentement des classes moyennes commen&#231;a &#224; se manifester, ces derni&#232;res ann&#233;es, dans les quatre pays pr&#233;cit&#233;s, aucune organisation ouvri&#232;re ou nationaliste bourgeoise, ou petite-bourgeoise, ne put le capitaliser : le champ &#233;tait libre devant la r&#233;action int&#233;griste islamique petite-bourgeoise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contraste, en Alg&#233;rie, en Libye (4) et en Irak, o&#249; le despotisme &#233;clair&#233; d'une bureaucratie nationaliste bourgeoise ou petite-bourgeoise sut faire b&#233;n&#233;ficier de la manne p&#233;troli&#232;re de larges fractions des classes moyennes, l'int&#233;grisme islamique a pu &#234;tre contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Si l'int&#233;grisme islamique a notablement progress&#233; aussi bien en &#201;gypte, qu'en Syrie, en Iran et au Pakistan, les formes et l'&#233;tendue de sa progression, de m&#234;me que son contenu et sa fonction politiques, diff&#232;rent beaucoup d'un pays &#224; l'autre (5).&lt;br class='autobr' /&gt;
En Syrie, le mouvement int&#233;griste est la principale force d'opposition au bonapartisme d&#233;cadent de la bureaucratie bourgeoise baassiste, contre laquelle il s'est engag&#233; dans une lutte &#224; mort. Il b&#233;n&#233;ficie, en particulier, du caract&#232;re confessionnel minoritaire (alaouite) de l'&#233;quipe gouvernante. La nature outranci&#232;rement et exclusivement r&#233;actionnaire du programme du mouvement int&#233;griste syrien r&#233;duit &#224; n&#233;ant, ou presque, ses perspectives autonomes de prise du pouvoir. Il ne peut, seul, sur la base d'un tel programme, mobiliser les forces n&#233;cessaires au renversement de la dictature baassiste. Il peut encore moins g&#233;rer, seul, un pays aux probl&#232;mes politiques et &#233;conomiques aussi &#233;pineux que ceux de la Syrie. Le mouvement int&#233;griste syrien est donc condamn&#233; &#224; coop&#233;rer avec les classes poss&#233;dantes syriennes (bourgeoisie et propri&#233;taires fonciers). Il n'est, et ne peut &#234;tre, rien de plus que leur fer de lance.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#201;gypte, et pour les m&#234;mes raisons, les perspectives d'une prise de pouvoir autonome par le mouvement int&#233;griste sont tr&#232;s r&#233;duites, d'autant plus que son influence relative y est nettement moins importante qu'en Syrie. Dans ces deux pays, le mouvement int&#233;griste s'est endurci dans une longue lutte contre des r&#233;gimes progressistes, accentuant par l&#224; m&#234;me son caract&#232;re r&#233;actionnaire. En outre, la dimension m&#234;me des probl&#232;mes &#233;conomiques de l'&#201;gypte y rend encore moins cr&#233;dible la pr&#233;tention du mouvement int&#233;griste au pouvoir. La bourgeoisie &#233;gyptienne en est parfaitement consciente, qui fait preuve d'une grande complaisance &#224; l'&#233;gard du mouvement int&#233;griste. Celui-ci constitue, &#224; ses yeux, une cinqui&#232;me colonne id&#233;ale au sein du mouvement des masses, un &#171; anticorps &#187; particuli&#232;rement efficace contre la gauche. C'est pourquoi elle n'est point inqui&#232;te de voir aujourd'hui le mouvement int&#233;griste &#233;gyptien rivaliser avec la gauche sur les deux terrains favoris de cette derni&#232;re : la question nationale et la question sociale (6). Tout progr&#232;s de la r&#233;action islamique sur ces deux terrains r&#233;duit d'autant celui de la gauche. L'attitude de la bourgeoisie &#233;gyptienne &#224; l'&#233;gard du mouvement int&#233;griste participe de celle de toute bourgeoisie, confront&#233;e &#224; une profonde crise sociale, &#224; l'&#233;gard de l'extr&#234;me droite et du fascisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Pakistan se distingue de l'&#201;gypte en ce que le mouvement int&#233;griste s'y est affermi principalement sous des r&#233;gimes r&#233;actionnaires. Il a donc pu reprendre &#224; son compte, sur de longues p&#233;riodes, des &#233;l&#233;ments du programme national-d&#233;mocratique et, partant, constituer une force d'opposition cr&#233;dible &#224; l'ordre &#233;tabli. Sur ces m&#234;mes longues p&#233;riodes cependant, les tendances nationalistes-d&#233;mocratiques bourgeoises &#233;taient elles-m&#234;mes dans l'opposition, et forc&#233;ment plus influentes, car plus cr&#233;dibles, que le mouvement int&#233;griste. Il a fallu qu'un Bhutto, par un raccourci historique impressionnant, br&#251;le les &#233;tapes d'une &#233;volution de type nass&#233;rien et en arrive rapidement &#224; s'ali&#233;ner les masses, en s'emp&#234;trant dans ses propres contradictions, pour que le champ devienne libre devant l'extr&#234;me droite domin&#233;e par le mouvement int&#233;griste, l'extr&#234;me gauche pakistanaise &#233;tant insignifiante. La faillite de Bhutto fut &#224; tel point prononc&#233;e que le mouvement int&#233;griste r&#233;ussit &#224; mobiliser contre lui un vaste mouvement de masse. C'est pour pr&#233;venir &#171; l'anarchie &#187; qui aurait pu r&#233;sulter d'un renversement de Bhutto par cette mobilisation (cf. Iran !) que le coup d'&#201;tat eut lieu. La dictature militaire bourgeoise r&#233;actionnaire de Zia Ul-Haq, pour gagner les sympathies du mouvement int&#233;griste, reprit &#224; son compte avantageusement les projets de r&#233;forme islamique de celui-ci. Elle compte aujourd'hui sur lui pour neutraliser toute opposition &#171; progressiste &#187; &#224; son r&#233;gime, y compris celle du parti de feu Bhutto.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les trois cas envisag&#233;s ci&#8212;dessus, le mouvement int&#233;griste s'est av&#233;r&#233; n'&#234;tre qu'une force d'appoint &#224; la bourgeoisie r&#233;actionnaire. Le cas de l'Iran est diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. En Iran, le mouvement int&#233;griste, repr&#233;sent&#233; principalement par la tendance int&#233;griste du clerg&#233; chiite, s'est forg&#233; dans une longue et &#226;pre lutte contre le r&#233;gime &#233;minemment r&#233;actionnaire, et soutenu par l'imp&#233;rialisme, du Shah. La faillite historique lamentable du nationalisme bourgeois et du stalinisme iraniens est trop connue pour que nous la d&#233;crivions ici. Toujours est-il que, par cette combinaison exceptionnelle de circonstances historiques, le mouvement int&#233;griste iranien en est arriv&#233; &#224; &#234;tre l'unique fer de lance des deux t&#226;ches imm&#233;diates de la r&#233;volution d&#233;mocratique nationale en Iran : le renversement du Shah et la rupture des liens avec l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Cette situation &#233;tait d'autant plus possible que les deux t&#226;ches en question &#233;taient en parfaite harmonie avec le programme g&#233;n&#233;ral r&#233;actionnaire de l'int&#233;grisme islamique. Ainsi, lorsque la crise sociale m&#251;rit en Iran au point de cr&#233;er les conditions d'un renversement r&#233;volutionnaire du Shah, lorsque le ressentiment des classes moyennes &#224; l'&#233;gard de ce dernier atteignit son comble, le mouvement int&#233;griste, personnifi&#233; par Khomeyni, parvint &#224; canaliser l'immense force des classes moyennes en d&#233;tresse et du sous-prol&#233;tariat pour prodiguer au r&#233;gime une s&#233;rie de coups de poings nus, quasiment suicidaires dans leur obstination &#224; rester d&#233;sarm&#233;s, tel que seul en est capable un mouvement mystique. Le mouvement int&#233;griste iranien r&#233;ussit &#224; accomplir la premi&#232;re &#233;tape d'une r&#233;volution nationale d&#233;mocratique en Iran ; tr&#232;s vite, cependant, sa nature int&#233;griste allait reprendre le dessus. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution iranienne est, en quelque sorte, une r&#233;volution permanente invers&#233;e. Commenc&#233;e sur le terrain de la r&#233;volution nationale d&#233;mocratique, elle aurait pu, sous une direction prol&#233;tarienne, prendre le chemin de la &#171; transcroissance &#187; socialiste. Sa direction int&#233;griste petite-bourgeoise l'en a emp&#234;ch&#233;, la poussant, au contraire, dans le sens d'une r&#233;trogradation r&#233;actionnaire. La r&#233;volution de f&#233;vrier 1979 ressembla &#233;tonnamment &#224; celle de f&#233;vrier 1917 : deux points de d&#233;part identiques pour des &#233;volutions diam&#233;tralement oppos&#233;es. L&#224; o&#249; Octobre permit d'aller jusqu'au bout de la r&#233;volution d&#233;mocratique russe, la direction int&#233;griste trahit le contenu d&#233;mocratique de la r&#233;volution iranienne. Les bolcheviks remplac&#232;rent l'Assembl&#233;e constituante, apr&#232;s avoir lutt&#233; pour son &#233;lection, par le pouvoir &#233;minemment d&#233;mocratique des soviets ; les ayatollahs remplac&#232;rent l'Assembl&#233;e constituante, qu'ils avaient eux aussi plac&#233;e en t&#234;te de leurs revendications mais qu'ils emp&#234;ch&#232;rent de voir le jour, par cette caricature r&#233;actionnaire qu'est l'&#171; Assembl&#233;e des experts &#187; musulmans. Le sort de cette revendication commune des deux r&#233;volutions r&#233;sume &#233;loquemment les natures antith&#233;tiques de leurs directions et, partant, de leur sens de d&#233;veloppement. Quant aux formes d'organisation d&#233;mocratiques apparues dans la foul&#233;e du F&#233;vrier iranien, elles furent r&#233;cup&#233;r&#233;es par la direction islamique : c'est toute la distance entre les &#171; shoras &#187; et les soviets ! Sur le terrain national, l&#224; o&#249; l'internationalisme prol&#233;tarien des bolcheviks permit l'&#233;mancipation des nationalit&#233;s opprim&#233;es de l'empire russe, l'&#171; internationalisme &#187; islamique des ayatollahs s'av&#233;ra &#234;tre un pr&#233;texte religieux pour la r&#233;pression sanguinaire des nationalit&#233;s opprim&#233;es de l'empire perse. Le sort des femmes dans les deux r&#233;volutions est tout aussi connu. La direction int&#233;griste iranienne ne resta fid&#232;le au programme national d&#233;mocratique que sur un seul point : la lutte contre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain ; mais elle y resta fid&#232;le &#224; sa propre mani&#232;re. D&#233;signant l'ennemi comme &#233;tant non pas l'imp&#233;rialisme, mais l'&#171; Occident &#187;, sinon le &#171; Grand Satan &#187;, Khomeyni appela &#224; jeter le b&#233;b&#233; avec l'eau de la bassine, ou plut&#244;t le b&#233;b&#233; avant l'eau de la bassine. Attribuant &#224; l'&#171; Occident &#187; abhorr&#233; tous les acquis politiques et sociaux apport&#233;s par la r&#233;volution bourgeoise, y compris la &#171; d&#233;mocratie &#187; et m&#234;me le marxisme consid&#233;r&#233; (&#224; juste titre) comme un produit de la civilisation industrielle, qualifi&#233;e d'&#171; occidentale &#187;, il appela &#224; extirper ces fl&#233;aux de la soci&#233;t&#233; iranienne, tout en n&#233;gligeant les liens principaux entre 1'Iran et l'imp&#233;rialisme : les liens &#233;conomiques. L'affaire de l'ambassade des &#201;tats-Unis, telle qu'elle a &#233;t&#233; men&#233;e, n'a rien apport&#233; &#224; l'Iran ; elle lui a co&#251;t&#233; tr&#232;s cher, profitant en derni&#232;re instance aux banques am&#233;ricaines. Quelle que soit l'&#233;volution ult&#233;rieure de la dictature int&#233;griste en Iran, elle s'est d&#233;j&#224; av&#233;r&#233;e &#234;tre un obstacle majeur au d&#233;veloppement de la r&#233;volution iranienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;volution est d'ailleurs tr&#232;s al&#233;atoire. Outre la combinaison exceptionnelle de circonstances d&#233;crite ci-dessus, une diff&#233;rence fondamentale existe entre l'Iran et les trois pays envisag&#233;s plus haut : l'Iran peut s'offrir le &#171; luxe &#187; d'une exp&#233;rience de pouvoir int&#233;griste petit-bourgeois autonome. Sa richesse p&#233;troli&#232;re est la garantie d'une balance des paiements et d'un budget exc&#233;dentaires. Mais &#224; quel prix et jusqu'&#224; quand ? Le bilan &#233;conomique de deux ans de pouvoir int&#233;griste est d&#233;j&#224; lourdement n&#233;gatif, en comparaison des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. D'autre part, l'inconsistance du &#171; programme &#187; int&#233;griste et la grande vari&#233;t&#233; des couches sociales qui s'en revendiquent et l'interpr&#232;tent, chacune &#224; sa mani&#232;re, se traduisent par une pluralit&#233; de pouvoirs rivaux et antagoniques dont seule l'autorit&#233; d'un Khomeyni a permis jusqu'ici de maintenir l'unit&#233; de fa&#231;ade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. L'int&#233;grisme islamique est un des ennemis les plus dangereux du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Il est absolument, et en toutes circonstances, n&#233;cessaire de combattre son &#171; influence r&#233;actionnaire et moyen&#226;geuse &#187; comme y appelaient d&#233;j&#224; les &#171; Th&#232;ses sur la question nationale et coloniale &#187; adopt&#233;es par le deuxi&#232;me congr&#232;s de l'Internationale communiste. M&#234;me dans les cas, comme celui de l'Iran, o&#249; le mouvement int&#233;griste assume provisoirement des t&#226;ches nationales d&#233;mocratiques, le devoir des communistes r&#233;volutionnaires est de combattre implacablement la mystification qu'il exerce sur les masses en lutte, et dont celles-ci payeront le prix si elles ne s'en lib&#232;rent pas &#224; temps. Tout en frappant ensemble contre l'ennemi commun, les communistes r&#233;volutionnaires doivent mettre en garde les masses laborieuses contre tout d&#233;tournement de leur lutte dans un sens r&#233;actionnaire. Tout manquement &#224; ces t&#226;ches &#233;l&#233;mentaires est non seulement une carence fondamentale, mais porte aussi, en soi, le danger d'une d&#233;viation opportuniste de l'organisation communiste r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, et m&#234;me dans les cas o&#249; l'int&#233;grisme islamique se pr&#233;sente exclusivement sous son aspect r&#233;actionnaire, les communistes r&#233;volutionnaires doivent s'armer de prudence tactique dans leur combat contre lui. Ils doivent, en particulier, &#233;viter de mener le combat sur le terrain de la foi religieuse, comme cherchent toujours &#224; les y entra&#238;ner les int&#233;gristes, pour le maintenir sur les terrains national, d&#233;mocratique et social. Les communistes r&#233;volutionnaires ne doivent pas perdre de vue, en effet, qu'une partie, souvent importante, des masses sur lesquelles l'int&#233;grisme islamique exerce son influence, peut et doit en &#234;tre d&#233;tach&#233;e et gagn&#233;e &#224; la lutte du prol&#233;tariat. Ce faisant, les communistes r&#233;volutionnaires doivent n&#233;anmoins se prononcer sans ambages pour la la&#239;cisation de la soci&#233;t&#233;, &#233;l&#233;ment rudimentaire du programme d&#233;mocratique. Ils peuvent mettre une sourdine &#224; leur ath&#233;isme ; jamais &#224; leur la&#239;cisme, &#224; moins de remplacer carr&#233;ment Marx par Mahomet !&lt;br class='autobr' /&gt;
le 1er f&#233;vrier 1981&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;* Premi&#232;re parution dans la revue Quatri&#232;me Internationale, III/6, octobre 1981. Nous reprenons ici la version int&#233;grale, avec r&#233;insertion de bouts de phrase qui avaient &#233;t&#233; omis par erreur lors de leur premi&#232;re publication, telle qu'elle a &#233;t&#233; publi&#233;e dans le livre de Gilbert Achcar, L'Orient incandescent, &#233;d. Page 2, Lausanne 2003.&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Mohammad Zia Ul-Haq, g&#233;n&#233;ral, auteur du coup d'Etat contre Bhutto en 1977 ; il fut pr&#233;sident du Pakistan de 1978 &#224; sa mort accidentelle en 1988.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. En Tunisie et au Liban, la profonde &#171; occidentalisation &#187; de la soci&#233;t&#233; handicape la progression de l'int&#233;grisme islamique, qui n'en est pas moins r&#233;elle. &lt;br class='autobr' /&gt;
3 . Zulfikar Ali Bhutto, pr&#233;sident puis premier ministre du Pakistan, de 1971 &#224; son renversement en 1977 ; il fut ex&#233;cut&#233; en 1979.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Kadhafi, contrairement &#224; ce que l'ont pourrait penser, n'est pas un int&#233;griste au vrai sens du terme : il le fut, jusqu'&#224; un certain point, au cours des premi&#232;res ann&#233;es de sa dictature petite-bourgeoise, devenant en quelque sorte le pr&#233;curseur de la r&#233;surgence actuelle et m&#234;me un de ses principaux instigateurs. Sa radicalisation ult&#233;rieure s'&#233;tendit jusqu'&#224; l'Islam qu'il pr&#233;tend aujourd'hui r&#233;former. Les &#171; Fr&#232;res musulmans &#187; existent en Libye et y sont r&#233;prim&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Ils diff&#232;rent aussi d'une composante &#224; l'autre du mouvement int&#233;griste dans chaque pays, mais nous ne pouvons ici, dans le cadre de ces th&#232;ses g&#233;n&#233;rales, rendre compte de ce dernier type de diff&#233;rences. &lt;br class='autobr' /&gt;
6. Ces lignes ont &#233;t&#233; &#233;crites avant l'assassinat d'Anouar El-Sadate par un militant int&#233;griste musulman en octobre 1981. Dans les ann&#233;es 1980, la gauche &#233;gyptienne a &#233;t&#233; lamin&#233;e, tandis que les franges radicales de la mouvance int&#233;griste s'engageaient dans une opposition violente au pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le Hezbollah</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Le-Hezbollah</link>
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		<dc:date>2006-09-26T02:02:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilbert Achcar</dc:creator>



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&lt;p&gt;LE HEZBOLLAH naquit &#224; partir d'une radicalisation dans le milieu des chi'ites libanais, le milieu le plus r&#233;ceptif &#224; l'influence de la r&#233;volution iranienne par affinit&#233; confessionnelle. Parmi les chi'ites, il se trouvait d&#233;j&#224; un autre mouvement communautaire, le Mouvement des d&#233;sh&#233;rit&#233;s (Amal), non int&#233;griste, mais &#233;galement fond&#233; par une figure religieuse, Moussa Sadr, &#171; disparu &#187; lors d'une visite en Libye en 1978. &lt;br class='autobr' /&gt; L'invasion isra&#233;lienne de 1982 pr&#233;cipita une radicalisation au sein (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Liban-" rel="directory"&gt;Liban&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;LE HEZBOLLAH naquit &#224; partir d'une radicalisation dans le milieu des chi'ites libanais, le milieu le plus r&#233;ceptif &#224; l'influence de la r&#233;volution iranienne par affinit&#233; confessionnelle. Parmi les chi'ites, il se trouvait d&#233;j&#224; un autre mouvement communautaire, le Mouvement des d&#233;sh&#233;rit&#233;s (Amal), non int&#233;griste, mais &#233;galement fond&#233; par une figure religieuse, Moussa Sadr, &#171; disparu &#187; lors d'une visite en Libye en 1978.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'invasion isra&#233;lienne de 1982 pr&#233;cipita une radicalisation au sein d'Amal et l'&#233;mergence d'une aile se r&#233;clamant de la r&#233;volution iranienne. Celle-ci se construisit avec l'aide directe de T&#233;h&#233;ran, en investissant le terrain de la lutte contre l'occupation. Les fonds iraniens, intelligemment utilis&#233;s, servirent au Hezbollah &#224; mettre sur pied un r&#233;seau d'aide sociale et &#224; se construire ainsi une base de masse au sein de la communaut&#233; chi'ite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Hezbollah a men&#233; au d&#233;part un combat farouche contre ses concurrents en milieu chi'ite. L'une des forces qu'il consid&#233;ra comme un rival &#224; abattre fut le Parti communiste libanais, dont l'implantation chi'ite &#233;tait importante et qui avait pris l'initiative de la r&#233;sistance anti-isra&#233;lienne. Avec les communistes, le combat ne fut pas seulement id&#233;ologique : le Hezbollah est fortement soup&#231;onn&#233; d'avoir &#233;t&#233; derri&#232;re l'assassinat de plusieurs des personnalit&#233;s communistes chi'ites les plus en vue. Apr&#232;s les premi&#232;res ann&#233;es marqu&#233;es par une concurrence impitoyable, le Hezbollah a &#233;tabli un modus vivendi avec les autres organisations pr&#233;sentes en milieu chi'ite (Amal, Parti communiste libanais, Parti national social syrien, etc.). Et lorsqu'en l'an 2000, Isra&#235;l choisira, contraint, d'&#233;vacuer la derni&#232;re portion du territoire libanais occup&#233; en 1982, le Hezbollah revendiquera le prestige de cette victoire - &#224; juste titre, certes, mais en occultant aussi le r&#244;le non n&#233;gligeable des autres courants, la&#239;ques ou de gauche, dans la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des ans, le Hezbollah a op&#233;r&#233; une mutation, son statut de parti de masse l'emportant progressivement sur son r&#244;le d'organisation de la r&#233;sistance arm&#233;e, jusqu'&#224; devenir dominant. Reprenant le concept forg&#233; par Annie Kriegel pour le parti communiste fran&#231;ais, un sociologue libanais a d&#233;crit le Hezbollah comme une &#171; contre-soci&#233;t&#233; &#187;. &#192; l'instar des partis ouvriers de masse, le mouvement chi'ite a organis&#233; des services sociaux de tout genre. Il a investi le champ politique et institutionnel &#224; partir des ann&#233;es 90, devenant l'une des forces majeures de la sc&#232;ne politique libanaise. Le parti dispose aujourd'hui d'une fraction parlementaire et de deux ministres. C'est la force de loin la plus populaire dans la communaut&#233; chi'ite, la plus nombreuse des communaut&#233;s libanaises : sa l&#233;gitimit&#233; para&#238;t donc inattaquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que je viens de dire n'est pas en contradiction avec le fait que l'id&#233;ologie originelle du Hezbollah est int&#233;griste. Mais l'int&#233;grisme islamique est multiple et diff&#233;renci&#233; : entre une organisation de masse comme le Hezbollah et un r&#233;seau terroriste &#171; substitutiste &#187; comme Al-Qaida, il y a la m&#234;me diff&#233;rence qu'il pouvait y avoir entre le Parti communiste italien et les Brigades rouges, se r&#233;clamant pourtant tous deux du &#171; communisme &#187;. Washington et Isra&#235;l qualifient le Hezbollah d'&#171; organisation terroriste &#187; et l'accusent d'avoir men&#233; des op&#233;rations dites &#171; terroristes &#187; - y compris contre des cibles civiles au Liban ou &#224; l'&#233;tranger, m&#234;me si c'est loin d'&#234;tre prouv&#233; et le Hezbollah le conteste. Mais en tout &#233;tat de cause, cela fait tr&#232;s longtemps qu'il n'y a pas eu une seule op&#233;ration &#171; terroriste &#187;, au sens d'une op&#233;ration visant d&#233;lib&#233;r&#233;ment des civils, imputable, ou m&#234;me imput&#233;e, au parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il maintienne un bras arm&#233; important, que l'on a vu &#224; l'&#339;uvre dans la r&#233;cente guerre, la lutte arm&#233;e - m&#234;me la plus l&#233;gitime - est devenue une activit&#233; secondaire pour le Hezbollah, en comparaison de ses activit&#233;s de parti politique. Apr&#232;s l'&#233;vacuation de 2000, les op&#233;rations militaires sporadiques du parti se sont inscrites dans la guerre de basse intensit&#233; qui s'est poursuivie avec Isra&#235;l. Mais le Hezbollah a conclu en 1996 un accord avec le gouvernement isra&#233;lien visant &#224; &#233;pargner les civils, et il a mieux respect&#233; cet accord que ce dernier. L'op&#233;ration du 12 juillet qu'Isra&#235;l a saisi comme pr&#233;texte pour lancer son agression prenait d'ailleurs pour cible des soldats, et non des civils. Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, a soulign&#233; dans un discours le fait que son organisation n'avait commenc&#233; &#224; bombarder le nord d'Isra&#235;l - &#224; l'aveuglette, vu le type de missiles dont ils disposent - qu'en riposte aux bombardements isra&#233;liens qui visaient d&#233;lib&#233;r&#233;ment des zones civiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le Hezbollah n'a que quelques milliers de combattants entra&#238;n&#233;s, mais il a une formidable capacit&#233; de mobilisation et a fait la preuve d'une efficacit&#233; et d'une d&#233;termination redoutables : quelques dizaines de combattants &#224; Bint-Jbeil ont mis en &#233;chec l'arm&#233;e isra&#233;lienne, pendant plusieurs jours, malgr&#233; son avantage consid&#233;rable en nombre et en moyens. La popularit&#233; du Hezbollah est maintenant renforc&#233;e par le r&#244;le qu'il joue dans l'aide &#224; la reconstruction des zones ravag&#233;es, avec l'aide de l'Iran, de sorte que le d&#233;sastre subi par les chi'ites ne peut pas &#234;tre exploit&#233; contre lui. L'aide g&#233;n&#233;reuse prodigu&#233;e par le Hezbollah fait qu'il jouit au contraire d'une gratitude populaire accroissant son prestige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre sp&#233;cificit&#233; du Hezbollah par rapport &#224; la gamme de l'int&#233;grisme islamique tient &#224; la sp&#233;cificit&#233; du Liban : puisque c'est un pays multiconfessionnel o&#249; les chi'ites, tout en &#233;tant la communaut&#233; la plus nombreuse, ne sont pas majoritaires au point de briguer un exercice exclusif du pouvoir, et puisqu'une partie importante de la population n'est pas m&#234;me musulmane, le Hezbollah a renonc&#233; &#224; appliquer son programme int&#233;griste de &#171; r&#233;publique islamique &#187; au Liban. Il se revendique toujours id&#233;ologiquement du mod&#232;le iranien, mais il se contente d'&#234;tre au Liban une force politique communautaire, pleinement impliqu&#233;e dans le jeu politique interconfessionnel - aujourd'hui par le biais d'une alliance avec le g&#233;n&#233;ral Michel Aoun, principale figure au sein de la communaut&#233; chr&#233;tienne maronite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la quasi-totalit&#233; des courants int&#233;gristes musulmans, le Hezbollah ne remet nullement en question l'ordre socio-&#233;conomique n&#233;olib&#233;ral en vigueur au Liban. Il est vain d'essayer de le peindre en rouge comme certains sont tent&#233;s de le faire &#224; l'extr&#234;me gauche. Ce n'est pas le r&#244;le des progressistes de soutenir le Hezbollah. Leur r&#244;le est de s'opposer &#224; l'agression isra&#233;lienne, de d&#233;fendre la souverainet&#233; du Liban face &#224; tous les Etats qui empi&#232;tent sur cette souverainet&#233; - Isra&#235;l et les &#201;tats-Unis, mais aussi la Syrie qui fut farouchement combattue par la gauche libanaise et les Palestiniens en 1976. Les progressistes qui veulent soutenir la r&#233;sistance libanaise contre l'agression isra&#233;lienne doivent soutenir les forces progressistes libanaises, toujours pr&#233;sentes. Ainsi, le Parti communiste libanais a perdu plusieurs de ses membres au combat contre la derni&#232;re agression isra&#233;lienne. La situation est somme toute assez classique : l'histoire a connu maintes luttes de lib&#233;ration nationale men&#233;es par des organisations conservatrices sur le plan social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit nullement de s'identifier avec toute direction, quelle qu'elle soit, qui exprime une souverainet&#233; nationale ou une r&#233;sistance nationale &#224; un moment donn&#233;, mais bien de s'opposer aux agressions imp&#233;riales - c'est en cela que consiste la position de principe. Pour le reste, c'est aux peuples eux-m&#234;mes de trouver leur chemin. Il faut &#233;viter deux &#233;cueils : le premier consiste &#224; ne juger une force que par son id&#233;ologie et aboutir &#224; des discours du type de celui que Bush a tenu r&#233;cemment sur l'&#171; islamo-fascisme &#187;. L'autre &#233;cueil consiste &#224; ne voir dans le Hezbollah que sa d&#233;fense de la souverainet&#233; nationale, une pratique anti-imp&#233;rialiste, qui aurait pour originalit&#233; d'avoir un vernis religieux sans importance. Or, le Hezbollah est une organisation dot&#233;e d'une vision des rapports sociaux et de genre qui est d&#233;termin&#233;e par son int&#233;grisme religieux : elle est donc bien ancr&#233;e &#224; droite sur ces terrains-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;* Extrait de l'interview recueillie le 28 ao&#251;t par Jim Cohen, avec la collaboration de Dimitri Nicola&#239;dis, et publi&#233;e dans la revue Mouvements n&#176; 47, septembre-octobre 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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