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		<title>La Gauche</title>
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		<title>La R&#233;volution d'octobre &#8211; 90 ans apr&#232;s</title>
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		<dc:date>2010-09-21T02:24:58Z</dc:date>
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		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>



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&lt;p&gt;Inprecor N&#176; 532-533, 2007-11-12 __________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
David Mandel est membre de Gauche socialiste, section qu&#233;b&#233;cois de la IVe Internationale. Professeur &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al, il est l'auteur de plusieurs &#339;uvres sur le mouvement ouvrier en Russie, URSS et ex-URSS, dont Labour After Communism, Black Rose, Montr&#233;al 2005. &lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;volution russe d'octobre 1917 fut l'&#233;v&#233;nement le plus marquant du XXe si&#232;cle. Mais puisque ce sont les gagnants qui &#233;crivent l'histoire, il est peu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Inprecor N&#176; 532-533, &lt;br class='autobr' /&gt;
2007-11-12&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;David Mandel est membre de Gauche socialiste, section qu&#233;b&#233;cois de la IVe Internationale. Professeur &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al, il est l'auteur de plusieurs &#339;uvres sur le mouvement ouvrier en Russie, URSS et ex-URSS, dont Labour After Communism, Black Rose, Montr&#233;al 2005.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution russe d'octobre 1917 fut l'&#233;v&#233;nement le plus marquant du XXe si&#232;cle. Mais puisque ce sont les gagnants qui &#233;crivent l'histoire, il est peu connu que cette r&#233;volution n'&#233;tait que l'ouverture d'une immense vague de contestation du capitalisme qui a balay&#233; tout le monde industriel, suscitant de puissants &#233;chos &#233;galement dans le monde colonial. Partout entre 1918 et 1921 les effectifs syndicaux et les journ&#233;es perdues en gr&#232;ves ont atteint des records historiques, tandis que se gonflaient les rangs de l'aile r&#233;volutionnaire des partis socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie et la Finlande ont connu des r&#233;volutions, dont la force motrice &#233;tait la classe ouvri&#232;re. Des situations portant un potentiel r&#233;volutionnaire r&#233;el et imm&#233;diat ont surgi en Italie et dans des r&#233;gions de Pologne et de France. Dans un m&#233;morandum &#224; la Conf&#233;rence de paix &#224; Versailles en 1919, le Premier Ministre britannique, Lloyd George, a &#233;crit : &#171; L'Europe enti&#232;re est d'une humeur r&#233;volutionnaire. Les travailleurs ressentent une insatisfaction profonde des conditions de vie, telles qu'elles &#233;taient avant la guerre. Ils sont remplis de col&#232;re et d'indignation. Tout l'ordre social, politique et &#233;conomique existant est remis en question par les masses populaires d'un bout de l'Europe &#224; l'autre. &#187; (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais partout, sauf en Russie, la vague r&#233;volutionnaire a &#233;t&#233; refoul&#233;e (2). Cet &#233;chec est &#224; l'origine de la mont&#233;e subs&#233;quente du fascisme (qui jouissait partout de la sympathie, et souvent de l'appui financier, du patronat) et aussi du totalitarisme stalinien. Rosa Luxembourg, assassin&#233;e en janvier 1919 par des forces proto-fascistes allemandes, a correctement formul&#233; l'alternative qui confrontait l'humanit&#233; comme &#171; socialisme ou barbarie &#187; (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le rapport entre l'&#233;chec de la vague r&#233;volutionnaire &#224; l'Ouest et la mont&#233;e du fascisme est assez clair, le lien avec la mont&#233;e du stalinisme est moins bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie a connu deux r&#233;volutions en 1917, l'une en f&#233;vrier, l'autre en octobre. En renversant la monarchie et son r&#233;gime totalitaire (4) en f&#233;vrier, les classes populaires n'avaient pas l'intention de remettre en cause le capitalisme. Cela explique pourquoi elles ont permis aux lib&#233;raux, repr&#233;sentants politiques des classes poss&#233;dantes, de former le gouvernement provisoire. Les buts des travailleurs et des paysans &#233;taient : une r&#233;publique d&#233;mocratique, une r&#233;forme agraire (expropriation des terres de l'aristocratie et leur distribution aux paysans), le renoncement aux buts imp&#233;rialistes de la guerre mondiale en faveur de la recherche active d'une paix d&#233;mocratique et juste, et, finalement, la journ&#233;e de travail de huit heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divers partis socialistes, y compris la majorit&#233; des Bolcheviks, ont appuy&#233; le gouvernement lib&#233;ral. Mais apr&#232;s le retour en Russie de L&#233;nine au d&#233;but d'avril le parti a rapidement chang&#233; de position. Si L&#233;nine a pu si facilement conduire ce revirement, c'est parce que la base et les directions interm&#233;diaires du parti, en tr&#232;s grande majorit&#233; ouvri&#232;res, avaient depuis longtemps conclu, sur la base de leur exp&#233;rience historique et toute r&#233;cente, que les classes poss&#233;dantes &#233;taient oppos&#233;es &#224; la d&#233;mocratie et partisanes ferventes de l'imp&#233;rialisme russe. Selon cette analyse, que la direction bolchevique avait temporairement abandonn&#233;e dans l'euphorie d'unit&#233; nationale apparente suivant la R&#233;volution de f&#233;vrier, la r&#233;volution ne pourrait gagner que si elle &#233;tait dirig&#233;e par un gouvernement ouvrier et paysan et en opposition aux classes poss&#233;dantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que L&#233;nine a apport&#233; de vraiment nouveau pour les Bolcheviks en avril 1917 (ses fameuses &#171; Th&#232;ses d'avril &#187;) c'&#233;tait son appel &#224; la r&#233;volution socialiste en Russie. Il avait adopt&#233; cette position en 1915 sur la base d'une analyse des possibilit&#233;s r&#233;volutionnaires imm&#233;diates ouvertes par la guerre mondiale dans les pays participants. Mais bien avant L&#233;nine, Trotski, parmi d'autres militants de l'aile gauche du socialisme russe (5), avait conclu que la r&#233;volution en Russie, quelque soient ses buts initiaux, ne gagnerait que si elle renversait le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de la fin d'avril, les Bolcheviks appelaient &#224; la formation d'un gouvernement des soviets, ces conseils &#233;lus par les ouvriers et les soldats (ces derniers dans leur &#233;crasante majorit&#233; recrut&#233;s dans la paysannerie) durant la R&#233;volution de f&#233;vrier. Ce serait un gouvernement exclusivement des classes populaires, qui priverait les classes poss&#233;dantes du droit de repr&#233;sentation politique. Initialement cette position a attir&#233; peu de soutien populaire. On jugeait qu'elle ali&#233;nerait gratuitement les classes poss&#233;dantes, qui semblaient s'&#234;tre ralli&#233;es &#224; la r&#233;volution en f&#233;vrier ; que cela provoquerait une guerre civile, que personne ne souhaitait. Les m&#233;tallos de Petrograd, le noyau radical du mouvement ouvrier, faisaient exception. Dans certains quartiers industriels les soviets ont appel&#233; au pouvoir sovi&#233;tique d&#232;s la R&#233;volution de f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais apr&#232;s huit mois d'inaction et de sabotage de la part du gouvernement provisoire lib&#233;ral, et face au danger imminent d'un soul&#232;vement contre-r&#233;volutionnaire militaire appuy&#233; par un lock-out d&#233;guis&#233; des patrons, les masses populaires ont pu se convaincre de la justesse de la position bolchevique. Partout on exigeait le transfert imm&#233;diat du pouvoir aux soviets, ce qui a &#233;t&#233; fait le 25 octobre presque sans effusion de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, la R&#233;volution d'octobre peut &#234;tre vue comme un acte en d&#233;fense de la R&#233;volution d&#233;mocratique de f&#233;vrier face au danger imminent de contre-r&#233;volution. Mais puisque cette seconde r&#233;volution &#233;taient dirig&#233;e contre les classes poss&#233;dantes, elle portait en elle une dynamique anticapitaliste claire. En m&#234;me temps, la R&#233;volution d'octobre &#233;tait bien plus qu'un acte de d&#233;fense. Elle s'est faite &#233;galement dans l'espoir d'inspirer les classes populaires en Occident &#224; suivre l'exemple russe. Ce n'&#233;tait pas la simple expression d'un id&#233;alisme internationaliste. C'&#233;tait vu comme une condition fondamentale de survie de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bons marxistes, les bolcheviks consid&#233;raient que la Russie, pays pauvre et tr&#232;s majoritairement paysan, ne poss&#233;dait pas les conditions mat&#233;rielles et politiques du socialisme. La Russie avait besoin de l'aide de pays socialistes d&#233;velopp&#233;s pour r&#233;aliser une transformation socialiste. Mais il y avait d'autres probl&#232;mes encore plus urgents qui ne pouvaient trouver leur solution sans l'aide de r&#233;volutions &#224; l'Ouest. Pour commencer, les &#201;tats imp&#233;rialistes n'accepteraient jamais une r&#233;volution socialiste en Russie. Et, en fait, tous les pays industriels (et quelques-uns peu industrialis&#233;s) ont envoy&#233; des troupes contre les soviets et/ou ont financ&#233; les forces contre-r&#233;volutionnaires indig&#232;nes. Ils ont &#233;galement &#233;rig&#233; un blocus &#233;conomique et diplomatique autour de l'&#201;tat sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre probl&#232;me imm&#233;diat &#233;tait la paysannerie, 85 % de la population. Elle appuyait les Bolcheviks dans la mesure o&#249; ceux-ci permettraient aux paysans de r&#233;aliser la r&#233;forme agraire et retireraient le pays de la guerre imp&#233;rialiste. Mais comme classe, les paysans (et notamment les paysans riches et moyens, ces derniers &#233;tant majoritaires) n'&#233;taient pas spontan&#233;ment collectivistes. La terre distribu&#233;e, ils risquaient fort de se retourner contre les travailleurs, qui seraient forc&#233;s d'adopter des mesures collectivistes pour d&#233;fendre la r&#233;volution et assurer leur propre survie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette analyse n'&#233;tait pas limit&#233;e &#224; la direction du Parti bolchevique. Elle &#233;tait largement partag&#233;e par les masses ouvri&#232;res, qui suivaient attentivement les p&#233;rip&#233;ties des luttes &#224; l'Ouest. M&#234;me les Mencheviks, marxistes &#171; orthodoxes &#187; qui en octobre avaient refus&#233; d'appuyer la nouvelle r&#233;volution parce que les conditions du socialisme manquaient, ont fini par s'y rallier d&#232;s que la r&#233;volution a &#233;clat&#233; en Allemagne en d&#233;cembre 1918. A leurs yeux cela rendait enfin viable la r&#233;volution socialiste en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre toute attente, la r&#233;volution en Russie, qui a d&#251; organiser &#224; partir de z&#233;ro une arm&#233;e dans des conditions d'effondrement &#233;conomique, a surv&#233;cu malgr&#233; son isolement. Cela a &#233;t&#233; rendu possible en grande partie gr&#226;ce &#224; la mont&#233;e ouvri&#232;re en Occident, qui a limit&#233; la capacit&#233; d'intervention directe des &#201;tats capitalistes. Comme l'explique un historien am&#233;ricain, &#171; Les hommes d'&#201;tat &#224; Paris &#233;taient assis sur une mince cro&#251;te de terrain solide, sous laquelle bouillonnaient les forces volcanique de bouleversement social&#8230; Il y avait donc une raison absolument convaincante expliquant pourquoi les puissances alli&#233;es ne pouvaient satisfaire les attentes des Russes blancs en intervenant avec un plus grand nombre de troupes : il n'y avait pas de troupes fiables. L'opinion commune des grands hommes d'&#201;tat et des g&#233;n&#233;raux, c'est que la tentative d'envoyer un grand nombre de soldats en Russie finirait probablement en mutinerie. &#187; (6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Winston Churchill, qui demandait avec insistance l'envoi de plus de troupes en Russie, Lloyd George a r&#233;pondu que, s'il faisait cela, &#171; la Grande-Bretagne elle-m&#234;me deviendra bolchevique et nous aurons des soviets &#224; Londres. &#187; Il exag&#233;rait sans doute le danger imminent de la r&#233;volution, mais le refus des travailleurs portuaires de charger les armes, les manifestations de masse &#224; travers le pays, la menace imm&#233;diate d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et l'allusion &#224; des actions encore plus d&#233;cisives qui se pr&#233;paraient (350 conseils locaux ont &#233;t&#233; constitu&#233;s et attendaient impatiemment le mot d'ordre de commencer) &#8212; tout cela a emp&#234;ch&#233; une intervention d'envergure avec la France en ao&#251;t 1920 du c&#244;t&#233; des forces polonaises. Ce geste d&#233;sint&#233;ress&#233;, peu dans le caract&#232;re de la direction majoritairement r&#233;formiste du Parti travailliste, donne la mesure de la p&#233;riode. Cette mobilisation a apport&#233; une contribution directe et importante &#224; la survie de la r&#233;volution en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution a &#233;galement r&#233;sist&#233; &#224; l'hostilit&#233; des paysans, ali&#233;n&#233;s par le monopole de grain du gouvernement et par la r&#233;quisition sans contrepartie de leurs surplus, et souvent aussi de ce qui n'&#233;tait pas en surplus. Mais les paysans comprenaient aussi que les bolcheviks &#233;taient la seule force capable d'organiser la victoire sur la contre-r&#233;volution, qui aurait noy&#233; la r&#233;forme agraire dans un bain de sang paysan (7). Ainsi, un grand soul&#232;vement paysan a &#233;clat&#233; dans la r&#233;gion centrale de la Volga (au sud-est de Moscou) au printemps 1919. Cet &#233;t&#233; le g&#233;n&#233;ral blanc Denikine a lanc&#233; une offensive majeure &#224; partir du sud, comptant sur le soutien des paysans r&#233;volt&#233;s. Pour les bolcheviks c'&#233;tait le moment le plus d&#233;sesp&#233;r&#233; de la guerre civile. Et ils ont tent&#233; tout &#8212; r&#233;pression, propagande, all&#233;gement du fardeau fiscal des paysans moyens, amnistie pour les paysans qui ont &#171; par inconscience &#187; adh&#233;r&#233; &#224; la r&#233;volte. Le tout sans effet. Le tournant est arriv&#233; seulement lorsque Denikine s'est approch&#233; de Moscou et que le danger d'un retour des grands propri&#233;taires &#233;tait devenu tangible pour les paysans. A ce moment la r&#233;volte est partie en fum&#233;e et pr&#232;s d'un million de d&#233;serteurs paysans ont volontairement regagn&#233; les rangs de l'Arm&#233;e rouge (8).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la victoire, apr&#232;s trois ans de guerre civile et d'intervention &#233;trang&#232;re, fut pay&#233;e d'un prix terrible : des millions de morts, la plupart emport&#233;s par la faim et l'&#233;pid&#233;mie ; une &#233;conomie d&#233;vast&#233;e ; une classe ouvri&#232;re, force motrice de la r&#233;volution, dispers&#233;e et exsangue. Avec l'isolement international de la r&#233;volution, cela constituait le terrain sociopolitique qui allait nourrir la mont&#233;e de la dictature bureaucratique dans les ann&#233;es suivantes. Pour cette raison, Staline, faisant fi de l'analyse marxiste, a affirm&#233; en 1924 la possibilit&#233; de construire le socialisme dans la Russie isol&#233;e. Entre autres, cette nouvelle &#171; th&#233;orie &#187; servait de justification &#224; la subordination des partis communistes &#233;trangers aux int&#233;r&#234;ts de l'&#233;lite bureaucratique russe, une politique qui demandait l'abandon par ces partis de leur mission r&#233;volutionnaire. Le r&#233;gime bureaucratique, qui allait &#233;craser sa propre classe ouvri&#232;re sous les rouages de sa machine r&#233;pressive et qui la maintiendrait atomis&#233;e pendant six d&#233;cennie, n'&#233;tait aucunement int&#233;ress&#233; &#224; des r&#233;volutions &#224; l'&#233;tranger, et surtout pas en Occident. En fait, il y voyait un danger mortel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* * *&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appuyant la demande des comit&#233;s d'usine au printemps 1918 de nationaliser les entreprises industrielles &#8212; mesure qui n'avait pas &#233;t&#233; pr&#233;vue en octobre par les Bolcheviks (9) &#8212; un militant a expliqu&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les conditions &#233;taient telles que les comit&#233;s d'usines ont pris le plein contr&#244;le des entreprises. C'&#233;tait la cons&#233;quence de tout le d&#233;veloppement de notre r&#233;volution, le r&#233;sultat in&#233;vitable de la lutte de classe qui se d&#233;roulait. Le prol&#233;tariat ne s'est pas tellement avanc&#233; vers cela que les circonstances elles-m&#234;mes l'y ont amen&#233;. Il a d&#251; simplement faire ce que dans la situation donn&#233;e il ne pouvait pas refuser de faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et quelque terrible que cela puisse para&#238;tre &#224; plusieurs, cela signifie l'&#233;cartement total des capitalistes de la gestion de l'&#233;conomie. Oui, cela veut dire des &#8220;exp&#233;riences socialistes&#8221;, comme nos adversaires aiment nous le lancer en se moquant de nous&#8230; Oui, nous devons le dire : ce que la classe ouvri&#232;re de la Russie a d&#251; faire c'est la suppression du capitalisme et la reconstruction de notre &#233;conomie sur une nouvelle base socialiste. Et puisque cela se fait par la classe ouvri&#232;re et que les capitalistes sont &#233;cart&#233;s au cours de la lutte r&#233;volutionnaire, cela doit devenir la r&#233;gulation socialiste&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#187; Cela sera-t-il une nouvelle Commune de Paris (10) ou am&#232;nera-t-il au socialisme mondial &#8212; cela d&#233;pend des circonstances internationales. Mais nous n'avons absolument pas d'autre alternative &#187; (11).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me 90 ans plus tard, il est trop t&#244;t pour tracer le bilan d&#233;finitif de la R&#233;volution d'octobre d'un point de vue socialiste. Mais maintenant, alors que rien ne semble rester de la R&#233;volution d'octobre (l'avenir montrera si c'est une illusion), on peut au moins dire : &#171; Accul&#233;s au mur, ils ont os&#233; &#187;. Ils se sont lanc&#233;s dans une contre-offensive audacieuse qui avait une chance de gagner, au lieu de se replier dans une tactique d&#233;fensive impuissante. Aujourd'hui, lorsque la survie m&#234;me de l'humanit&#233; est en jeu, il y a s&#251;rement encore quelque chose &#224; apprendre &#224; cette r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Cit&#233; dans F. Nitti, Peaceless Europe, Londres , 1922, p. 94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Selon le pays, c'&#233;tait le r&#233;sultat d'une combinaison de r&#233;pression, d'intervention &#233;trang&#232;re, de d&#233;pression &#233;conomique, et/ou d'une direction socialiste confuse, h&#233;sitante ou simplement tra&#238;tre (les probl&#232;mes de direction du mouvement ouvrier et socialiste ont &#233;videmment des racines plus profondes, qui attendent toujours leur analyse ad&#233;quate). Cela ne veut pas dire qu'une r&#233;volution &#233;tait &#224; l'ordre de jour imm&#233;diat dans tous les pays qui ont connu une mont&#233;e des luttes. Mais il est clair que le capitalisme, au moins en Europe, n'aurait pu longtemps survivre &#224; la victoire d'une r&#233;volution m&#234;me dans un seul pays occidental quelque peu important, s'ajoutant &#224; la victoire en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. M&#234;me si l'emploi du terme &#171; barbarie &#187;, en tant que mat&#233;rialisation de la plus profonde d&#233;cadence, est marqu&#233; par la vision que la civilisation gr&#233;co-romaine avait de ces soci&#233;t&#233;s collectivistes, en cours de transformations en soci&#233;t&#233;s &#233;tatiques lors de la d&#233;cadence de l'Empire romain. Pour une pr&#233;sentation historique moins id&#233;ologique des soci&#233;t&#233;s barbares on lira avec int&#233;r&#234;t K. Modzelewski, L'Europe des Barbares, &#233;d. Aubier, Paris 2006 (note du r&#233;dacteur d'Inprecor).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Avant la R&#233;volution de 1905-1907, la Russie &#233;tait le seul &#201;tat europ&#233;en important sans aucune forme de repr&#233;sentation politique, m&#234;me purement consultative. Le r&#233;gime ne tol&#233;rait pas non plus les organisations politiques ou sociales ind&#233;pendantes. Apr&#232;s la d&#233;faite de la r&#233;volution, le Tsar a r&#233;impos&#233; ce m&#234;me r&#233;gime &#224; toute fin utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Trotski a pr&#233;sent&#233; l'analyse la plus coh&#233;rente, mais il &#233;tait loin d'&#234;tre le seul &#224; arriver &#224; cette conclusion sur la base de l'exp&#233;rience de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. W. H. Chamberlin, The Russian Revolution, N.Y., Universal Library, 1962, vol. 2, p. 152.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Ils avaient d&#233;j&#224; v&#233;cu cette exp&#233;rience terrible apr&#232;s la d&#233;faite de la R&#233;volution de 1905.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. T.V. Osipova, Rossiiskoe krest'yanstvo v revolyutsii i grazhdanskoi voine, Moscou, Strelets, 2001, p. 320.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Le parti n'avait pas de programme &#233;conomique clair en octobre 1917. Cela refl&#233;tait en partie l'id&#233;e que ce qui serait possible d&#233;pendait de ce qui se passerait &#224; l'Ouest. L&#233;nine &#224; l'&#233;poque parlait de &#8220;capitalisme d'&#201;tat&#8221;, d'une &#233;conomie qui ressemblerait &#224; celle des autres pays en guerre sauf pour un trait central &#8212; le pouvoir serait entre les mains des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Mars-mai 1871. La Commune a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e militairement par les forces bourgeoises apr&#232;s deux mois et suivie d'une r&#233;pression de masse sanglante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. I. Stepanov, Ot rabochego kontrolya do rabochego upravleniya v promychlennosti i zemledelii, Petrograd, 1918, p. 14.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bilan de la gr&#232;ve des professeurEs de l'UQAM</title>
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		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>



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&lt;p&gt;La gr&#232;ve de sept semaines des professeurEs de l'UQAM, qui s'est termin&#233;e le 24 avril par une victoire significative, quoique partielle, est, malheureusement, un &#233;v&#233;nement rare de la vie syndicale qu&#233;b&#233;coise des derni&#232;res ann&#233;es. Le conflit m&#233;rite donc une analyse pour d&#233;gager les le&#231;ons qui pourraient &#234;tre utiles &#224; d'autres groupes de salari&#233;Es. &lt;br class='autobr' /&gt; _______________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de Presse-toi &#224; Gauche mercredi 3 juin 2009, par David Mandel _______________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Mise en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Politique-quebecoise-" rel="directory"&gt;Politique qu&#233;b&#233;coise&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La gr&#232;ve de sept semaines des professeurEs de l'UQAM, qui s'est termin&#233;e le 24 avril par une victoire significative, quoique partielle, est, malheureusement, un &#233;v&#233;nement rare de la vie syndicale qu&#233;b&#233;coise des derni&#232;res ann&#233;es. Le conflit m&#233;rite donc une analyse pour d&#233;gager les le&#231;ons qui pourraient &#234;tre utiles &#224; d'autres groupes de salari&#233;Es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; de Presse-toi &#224; Gauche&lt;br class='autobr' /&gt;
mercredi 3 juin 2009, par David Mandel&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mise en perspective : les conditions de d&#233;part&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant de pr&#233;senter les r&#233;sultats de la gr&#232;ve, il serait utile de rappeler les conditions de d&#233;part, qui ne semblaient favoriser ni une gr&#232;ve ni une issue victorieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; leur image de penseurs critiques, les professeurEs d'universit&#233; constituent (avec des exceptions quand m&#234;me importantes) un groupe social assez conformiste par rapport &#224; l'id&#233;ologie dominante. La vie intellectuelle est tr&#232;s influenc&#233;e par le rapport de force au sein de la soci&#233;t&#233;, et celui-ci a fortement &#233;volu&#233; depuis un quart de si&#232;cle en faveur de la classe dominante. Rares sont les professeurs qui adoptent des positions contestataires envers l'ordre &#233;tabli ou qui manifestent un engagement envers les classes populaires. En plus, le m&#233;tier de professeur lui-m&#234;me encourage l'individualisme, la concurrence, la recherche de la reconnaissance personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs autres &#233;l&#233;ments de leur situation s'opposaient &#224; la transformation des professeurEs en gr&#233;vistes militantEs. Bien pay&#233;Es par rapport &#224; la masse des salari&#233;s, jouissant d'un degr&#233; de prestige dans la soci&#233;t&#233;, les professeurEs se distinguent aussi par un degr&#233; important d'autonomie au travail, voire m&#234;me de pouvoir &#8211; vis-&#224;-vis des &#233;tudiantEs, des assistantEs, des secr&#233;taires. L'UQAM, comme universit&#233;, se caract&#233;rise aussi par une certaine autogestion ou cogestion : les assembl&#233;es d&#233;partementales embauchent en pratique les nouveaux et les nouvelles coll&#232;gues ; elles &#233;valuent le travail des coll&#232;gues, recommandent leur promotion ; et le c&#244;t&#233; acad&#233;mique de l'universit&#233; est en g&#233;n&#233;ral autog&#233;r&#233; ou cog&#233;r&#233; par les professeurEs. Si ce pouvoir est un atout ind&#233;niable pour les professeurEs et n&#233;cessaire pour la mission de l'universit&#233;, il d&#233;marque les professeurEs de la masse des salari&#233;Es et tend &#224; miner leur conscience des int&#233;r&#234;ts qui les opposent &#224; l'administration, et en cons&#233;quence, &#224; affaiblir leur identification avec le syndicat, avec les coll&#232;gues de travail organis&#233;Es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convention collective du SPUQ est &#233;chue en mai 2007, et le syndicat a aussit&#244;t d&#233;pos&#233; son projet de son renouvellement. Mais cela a &#233;t&#233; suivi de pr&#232;s par l'&#233;clatement de la crise immobili&#232;re : les aventures de l'administration en mati&#232;re de PPP (qui avaient pour contexte un manque r&#233;el d'espace et le refus du gouvernement d'en financer la construction) ont creus&#233; une dette de quelques $300 millions. Et suivant sa politique d'imposer la discipline budg&#233;taire aux universit&#233;s, le gouvernement retenait $65 millions des subventions pour le fonctionnement courant (la source principale de revenu de l'universit&#233;) pour les ann&#233;es 2005-08. &#192; l'automne 2009, le gouvernement s'est finalement dit pr&#234;t &#224; assumer le fardeau de la dette immobili&#232;re et a vers&#233; les subventions retenues, mais la direction de l'universit&#233;, de concert avec la Ministre, insistait toujours sur la n&#233;cessit&#233; d'aust&#233;rit&#233; et de coupures budg&#233;taires. M&#234;me si le recteur reconnaissait le sous-financement historique de l'UQAM, il n'a jamais cach&#233; que, &#224; part la dette de l'immobilier, il n'allait pas demander plus d'argent au gouvernement, parce qu'il lui fallait se montrer responsable envers &#171; nos partenaires &#187;, ce qui, pour lui, signifiait le gouvernement et le milieu des affaires, mais certainement pas les employ&#233;Es et les &#233;tudiantEs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la crise immobili&#232;re (mais non pas ses suites politiques) r&#233;gl&#233;e, la crise &#233;conomique g&#233;n&#233;rale a frapp&#233;, entra&#238;nant de gros d&#233;ficits du budget public, la mont&#233;e du ch&#244;mage et de la pression sur les salaires. Le contexte n'&#233;tait &#233;videmment pas encourageant pour demander plus d'argent du gouvernement, et surtout pas pour des augmentations salariales et pour l'embauche de professeurEs. M&#234;me quand l'&#233;tat des finances publiques &#233;tait plus favorable, le gouvernement a rejet&#233; du revers de la main les revendications de ses employ&#233;s et n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; leur imposer une loi sp&#233;ciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre obstacle de taille &#224; une gr&#232;ve &#233;tait le d&#233;clin, depuis plusieurs ann&#233;es, de la vie syndicale des professeurEs, tendance g&#233;n&#233;rale du mouvement ouvrier qu&#233;b&#233;cois, li&#233;e &#224; toute une s&#233;rie de d&#233;faites majeures subies depuis un quart de si&#232;cle (mais qui ne sont pas &#233;trang&#232;res &#224; l'adoption de la strat&#233;gie du dit &#171; partenariat social &#187;), dont la derni&#232;re, celle du secteur public, date de d&#233;cembre 2005. Mais l'affaiblissement du syndicat &#224; l'UQAM avait aussi des causes sp&#233;cifiques. Ainsi, en 1996 le syndicat a accept&#233;, sans r&#233;sistance s&#233;rieuse, des concessions &#171; temporaires &#187; demand&#233;es par l'administration dans le cadre de la &#171; crise financi&#232;re &#187; de l'&#201;tat, crise bidonne mont&#233;e pour justifier la nouvelle politique de &#171; d&#233;ficit z&#233;ro &#187;, politique ent&#233;rin&#233;e par la direction des centrales lors du fameux Sommet socio-&#233;conomique de cette ann&#233;e. &#192; l'UQAM, la pr&#233;sidente d'alors du SPUQ expliquait aux membres que &#171; C'est &#233;vident que nous avons v&#233;cu au-dessus de nos moyens. &#187; Ces concessions, et en particulier l'augmentation significative de la taille moyenne des groupes-cours, sont par la suite devenues permanentes. Les conventions suivantes ont &#233;t&#233; n&#233;goci&#233;es sans mobilisation des membres et ne leur ont pas apport&#233; de gains significatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas surprenant qu'une partie importante des membres n'appr&#233;ciait pas l'importance du syndicat pour leurs conditions de travail. Au contraire, il y avait une tendance &#224; s'identifier davantage &#224; la direction. La faiblesse de la vie syndicale se manifestait, entre autres, dans le peu d'empressement &#224; assumer des t&#226;ches syndicales, la faible assistance aux assembl&#233;es, la raret&#233; des discussions des affaires syndicales lors des assembl&#233;es d&#233;partementales, le choix parfois des repr&#233;sentantEs du corps professoral aux instances de cogestion d'ignorer les positions syndicales. (Les repr&#233;sentantEs des professeursEs au conseil d'administration ont, par exemple, voter en faveur du projet de &#171; l'Il&#244;t voyageur &#187;, malgr&#233; l'opposition du syndicat.) Pour sa part, la direction ne cachait pas son m&#233;pris pour le syndicat, n&#233;gligeant de lui acheminer l'information requise dans des d&#233;lais raisonnables, passant outre ses opinions, violant la convention collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation &#224; la veille de la gr&#232;ve n'&#233;tait pas toute noire. Le syndicat jouissait de certains atouts importants qui allaient contribuer &#224; une issue positive du conflit. Mais avant de les aborder, il faut pr&#233;senter cette issue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un bilan en gros positif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La plupart des clauses normatives, sans incidence mon&#233;taire, de la nouvelle convention collective ont &#233;t&#233; r&#233;gl&#233;es pendant le printemps de 2008, avec l'exception importante du statut des doyens, que le recteur voulait retirer de l'unit&#233; d'accr&#233;ditation pour en faire des cadres. L'incertitude qui planait au-dessus de l'avenir de l'universit&#233; &#224; cause de la crise immobili&#232;re n'a pas permis d'aborder les clauses mon&#233;taires avant l'automne de 2009. Mais cette crise r&#233;gl&#233;e, le syndicat s'est heurt&#233; au refus de la direction de poursuivre les n&#233;gociations. Les revendications mon&#233;taires principales &#233;taient une augmentation salariale de 5%, 3% et 3% pour les trois ann&#233;es de juin 2007 &#224; mai 2010 (pour atteindre le niveau des autres universit&#233;s montr&#233;alaises) et l'embauche de 300 professeurs, au-del&#224; des 1010 postes existants. (Le syndicat demandait aussi une augmentation de $4000 &#224; $8000 de la compensation des cours assum&#233;s en appoint, &#233;gale &#224; la compensation des charg&#233;Es de cours ; le versement par l'universit&#233; d'une somme &#233;gale lorsque le, la professeurE consacre cette somme &#224; des bourses &#233;tudiantes ; l'augmentation du salaire pendant les ann&#233;es sabbatiques de 80% &#224; 90% du salaire normal (il est &#224; 100% dans les autres universit&#233;s) ; une allocation de d&#233;marrage pour les nouveaux nouvelles professeurEs &#233;gale &#224; deux charges de cours ; et autres.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au refus de l'administration de n&#233;gocier (Les pr&#233;textes changeaient : elle devait d'abord attendre l'entr&#233;e en fonction d'une nouvelle &#233;quipe de n&#233;gociateurs ; ensuite, le d&#233;p&#244;t d'un rapport d'&#233;talonnage ; finalement le d&#233;p&#244;t du budget de retour &#224; l'&#233;quilibre en 2012, attendu pour la fin mai, ce qui suscitait le spectre d'un lockout pendant l'&#233;t&#233;.), l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale a vot&#233; une &#171; journ&#233;e d'&#233;tude &#187; pour le 16 f&#233;vrier, qui a &#233;t&#233; suivie de quatre journ&#233;es de gr&#232;ve dispers&#233;es (les 19, 25, 27 f&#233;vrier et le 10 mars), et puis de presque six semaines compl&#232;tes de gr&#232;ve. &#192; partir de la semaine du 10 mars, le gouvernement a pris en charge directement les n&#233;gociations. Mais, apr&#232;s une premi&#232;re &#171; offre ultime &#187;, que les professeurEs ont rejet&#233;e &#224; 91% comme m&#233;prisante, les n&#233;gociations ont marqu&#233; le pas jusqu'&#224; la toute derni&#232;re semaine. (Le syndicat a fini par d&#233;poser une plainte de mauvaise fois devant la Commission du travail.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entente, ent&#233;rin&#233;e par l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale le 24 avril ajoutera 146 nouveaux postes pendant les trois ans qui restent (jusqu'en mai 2012) de la nouvelle convention collective et &#224; la fin de cette p&#233;riode apportera les salaires au niveau des autres universit&#233;s de l'U.Q. (une augmentation de quelques 12%, au-dessus des augmentations accord&#233;es au secteur public.) Parmi les autres gains sont un versement forfaitaire du retour du travail de 3% du salaire annuel, les sabbatiques compens&#233;es &#224; 90%, l'augmentation de la compensation des cours assum&#233;s en appoint &#224; 6000$. Pour sa part, le gouvernement a abandonn&#233; sa demande de cr&#233;er un comit&#233; d'enqu&#234;te sur la t&#226;che des professeurEs. Cette entente co&#251;tera au gouvernement quelques $20 millions r&#233;currents, une somme non n&#233;gligeable mais qui ne peut pas se comparer aux $205 millions allou&#233;s &#224; la r&#233;novation du casino de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la colonne des gains, il faut inclure aussi le fait d'avoir forcer le gouvernement (c'est lui qui avait l'argent) &#224; assumer directement les n&#233;gociations et d'avoir en m&#234;me temps &#233;vit&#233; une loi sp&#233;ciale, menace brandie par la Ministre et son n&#233;gociateur. Le syndicat a su faire comprendre au gouvernement que le prix &#224; payer pour une loi sp&#233;ciale lui serait &#233;lev&#233;. Nous y reviendrons plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; n&#233;gatif, il y a la reconnaissance par le syndicat du principe des doyens cadres. Leurs pouvoirs devront encore &#234;tre n&#233;goci&#233;s par un comit&#233; paritaire, mais il n'est pas clair ce qui arrivera si ce comit&#233; ne peut pas s'entendre sur une recommandation ou si la recommandation est inacceptable pour les professeurEs ou l'administration. M&#234;me si la direction pr&#233;sente cette question comme une simple mesure de d&#233;centralisation administrative vers les facult&#233;s, une partie importante des professeurEs la consid&#232;re comme le premier pas d'un projet qui vise &#224; r&#233;duire l'autonomie des assembl&#233;es d&#233;partementales et du caract&#232;re autogestionnaire et cogestionnaire de l'UQAM. Autre &#233;l&#233;ment n&#233;gatif : pas de r&#233;troactivit&#233; de l'augmentation salariale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aurait-il &#233;t&#233; possible poursuivre la gr&#232;ve pour obtenir plus ? L'ex&#233;cutif savait de sources internes &#224; l'Assembl&#233;e nationale que la menace d'une loi sp&#233;ciale n'&#233;tait pas, au moins dans l'imm&#233;diat, r&#233;elle. En m&#234;me temps chaque jour additionnel de gr&#232;ve augmentait la pression, mettant davantage en p&#233;ril la session d'hiver. Il est sans doute vrai que les gr&#233;vistes &#233;taient fatigu&#233;Es. Mais la fatigue ne datait pas d'hier, et malgr&#233; elle la gr&#232;ve a &#233;t&#233; reconduite plusieurs fois par des votes massifs &#8211; 91% et 90%, les deux derni&#232;res fois. Il est vrai &#233;galement que les derni&#232;res offres du gouvernement auraient affaibli le vote en faveur de la poursuite de la gr&#232;ve. Mais une majorit&#233; &#233;tait-elle exclue ? Esp&#233;rant renforcer la volont&#233; de l'assembl&#233;e de reconduire la gr&#232;ve, la pr&#233;sidente avait commis l'erreur de pr&#233;senter comme derni&#232;re sa proposition des 10 jours additionnels qui ont de fait pr&#233;c&#233;d&#233; la conclusion de l'entente. En g&#233;n&#233;ral, l'ex&#233;cutif tendait &#224; sous-estimer la d&#233;termination de la base. Dans les mois et les semaines pr&#233;c&#233;dant la gr&#232;ve, il ne l'avait pas vraiment cru possible, craignant m&#234;me de prononcer le mot aux assembl&#233;es. En plus, l'entente finale a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e aux membres comme proposition majoritaire de l'ex&#233;cutif. Malgr&#233; cela, la minorit&#233; dissidente de l'ex&#233;cutif n'a pas jug&#233; bon d'expliquer sa dissidence, ce qui aurait au moins encourag&#233; un d&#233;bat sur la possibilit&#233; et la sagesse de poursuivre la gr&#232;ve. Quoi qu'il en soit, l'entente a &#233;t&#233; ent&#233;rin&#233;e par un vote de 90%, et la gr&#232;ve a &#233;t&#233; tr&#232;s largement per&#231;ue comme une victoire importante du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce bilan serait tr&#232;s incomplet sans mentionner les gains que la gr&#232;ve a apport&#233;s au niveau de la vie syndicale, gains qui, s'ils sont consolid&#233;s - tout un autre d&#233;fi, dont on ne devrait aucune minimiser l'effort soutenu demand&#233; &#8211; pourront changer sensiblement le rapport de force au sein de l'universit&#233;. La gr&#232;ve a renouvel&#233; la vie syndicale, renfor&#231;ant l'identification des membres avec leur organisation, leur sens de communaut&#233;, leur solidarit&#233;. (Ainsi, par exemple, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des professeurEs a fait d'une entente avec les ma&#238;tres de langues, un sous-groupe de seulement 50 personnes qui n&#233;gociaient s&#233;par&#233;ment, la condition d'une entente). Elle a aussi suscit&#233; l'&#233;mergence de nouveaux et nouvelles activistes, notamment parmi les plus jeunes professeurEs, ce qui devrait permettre de trouver enfin une rel&#232;ve &#224; la vieille g&#233;n&#233;ration qui occupait, faute de choix, depuis longtemps les postes de direction du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve a &#233;galement rapproch&#233; les divers syndicats de l'universit&#233;. L'intersyndicale n'a jamais fonctionn&#233; si bien. Plus concr&#232;tement, la gr&#232;ve a facilit&#233; la conclusion sans gr&#232;ve d'une entente avec les employ&#233;Es de soutien (SEUQAM-FTQ), ent&#233;rin&#233;e par un vote de 98%. Le pr&#233;sident de ce syndicat a rendu hommage &#224; l'&#171; effet SPUQ &#187;. L'administration s'est &#233;galement montr&#233;e &#233;tonnement ouverte &#224; la demande des &#233;tudiantEs-employ&#233;Es (S&#201;TUE-FTQ) d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;Es pour le travail de correction qui devrait &#234;tre effectu&#233; apr&#232;s la date formelle de la fin de leurs contrats (quoique la direction, sans l'accord du syndicat, a demand&#233; la conciliation dans le cadre des n&#233;gociations de la nouvelle convention).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve a sans doute eu un effet radicalisant sur les professeurEs, qui par leur action collective ont d&#233;fi&#233; les autorit&#233;s universitaires et publiques, refusant d'assumer les cons&#233;quences de crises dont ils et elles n'&#233;taient pas les auteurEs. Cela a sans doute apport&#233; une contribution importante &#224; la formation politique, citoyenne, des &#233;tudiantEs et des autres employ&#233;Es et a r&#233;affirm&#233; l'h&#233;ritage critique de l'UQAM, si pr&#233;sent &#224; ses origines mais qui s'&#233;tait affaibli &#224; travers les ann&#233;es. Il reste &#224; voir si l'exemple du SPUQ peut inspirer les syndicats du secteur public, qui entrent bient&#244;t en n&#233;gociation avec le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Facteurs de la victoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien des facteurs ont contribu&#233; &#224; l'issue favorable de la gr&#232;ve, mais l'&#233;l&#233;ment central &#233;tait sans aucun doute la forte mobilisation et la solidarit&#233; des membres du syndicat. Rien n'aurait pu compenser une faiblesse &#224; ce niveau. Par contre, l'effet des autres facteurs r&#233;sidait, en grande partie, dans leur contribution au renforcement de la mobilisation et la d&#233;termination des gr&#233;vistes. Les majorit&#233;s en faveur de la gr&#232;ve et de sa reconduction, qui allaient en ascendant &#8211; 76%, 85%, 91%, 91%, 90%, ph&#233;nom&#232;ne rare dans la vie syndicale &#8211; envoyaient un message des plus clairs &#224; la partie patronale et au gouvernement et stimulaient les appuis ext&#233;rieurs des &#233;tudiantEs, des partis de l'opposition, des autres syndicats de professeurEs, des personnages connus des sph&#232;res des arts et des sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'importance cruciale de la participation soutenue des membres aux activit&#233;s de la gr&#232;ve (participation &#171; encourag&#233;e &#187;, il est vrai, par le fait que c'&#233;tait une condition de l'allocation de gr&#232;ve de $720 par semaine, dont $220 de la CSN) &#8211; aux divers comit&#233;s ; aux lignes de piquetage &#8211; lieu privil&#233;gi&#233; de discussion et de d&#233;bat et de renouvellement des solidarit&#233;s ; &#224; la lev&#233;e militante des cours donn&#233;s par une partie des charg&#233;Es de cours ; aux manifestations bruyantes de la fin des quarts de piquetage devant l'&#233;difice de l'administration o&#249; se d&#233;roulaient les n&#233;gociations ; aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales quasi-hebdomadaires qui discutaient de la gr&#232;ve et d&#233;cidaient de sa poursuite ; aux marches et aux manifestations de l'ensemble des membres ; aux multiples vir&#233;es aux bureaux du Premier ministre, de la secr&#233;taire du Tr&#233;sor, des d&#233;put&#233;s lib&#233;raux de Montr&#233;al et &#224; l'Assembl&#233;e nationale ; aux ateliers de discussion et d'information, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre facteur important &#8211; l'existence au sein du corps professoral d'un courant de gauche significatif, m&#234;me si affaibli avec le passage des ann&#233;es. Puisque la droite se d&#233;sint&#233;ressait du syndicat, les ex&#233;cutifs des derni&#232;res ann&#233;es &#233;taient form&#233;s plut&#244;t par des professeurEs qui penchent &#224; gauche. D'o&#249; ses positions cons&#233;quentes et fermes en d&#233;fense du caract&#232;re d&#233;mocratique de l'universit&#233; et le refus d&#233;cisif d'assumer les cons&#233;quences de l'aventure immobili&#232;re et de la crise &#233;conomique. Ces positions ont ralli&#233; les membres de gauche, plut&#244;t dispers&#233;Es, mais dont les interventions aux conseils syndicaux et aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales ont permis de convaincre la majorit&#233; moins d&#233;cisive. Il faut aussi noter que le SPUQ ne souffre pas d'une tendance, pr&#233;sente dans bien des syndicats, de la direction &#224; vouloir se perp&#233;tuer, ce qui tend &#224; encourager le conservatisme de celle-ci. Pour les professeurEs d'universit&#233;, accepter un poste &#224; l'ex&#233;cutif, m&#234;me si cela lib&#232;re d'autres t&#226;ches, repr&#233;sente l'interruption d'une carri&#232;re g&#233;n&#233;ralement tr&#232;s aim&#233;e. Cela se fait donc comme r&#232;gle par engagement sinc&#232;re envers les int&#233;r&#234;ts des membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve a &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e par un fonctionnement tr&#232;s d&#233;mocratique, assez rare dans le monde syndical. Les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales quasi-hebdomadaires, qui informaient les membres de l'&#233;tat des n&#233;gociations, des diverses initiatives de l'ex&#233;cutif et des activit&#233;s des comit&#233;s et qui d&#233;cidaient de la poursuite ou non de la gr&#232;ve ont apport&#233; une contribution inestimable au maintien de la d&#233;termination de membres. (Il faut quand m&#234;me reconna&#238;tre que les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales s'appr&#234;tent mal aux d&#233;bats de fond, ce qui demande des forums de discussion en plus petits groupes, en atelier. Cette fonction a &#233;t&#233; remplie dans une certaine mesure par les discussions sur les lignes de piquetage.) Cette d&#233;mocratie a &#233;galement permis aux &#233;l&#233;ments de gauche &#224; la base de corriger certaines positions trop prudentes de l'ex&#233;cutif, qui craignait que la masse des membres ne le suive pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re graduel (pour certainEs, dont l'auteur, un peu trop graduel) de la mobilisation a permis de renforcer la confiance et le courage d'une base syndicale dont la majorit&#233; au d&#233;but trouvait &#233;trang&#232;re et effrayante l'id&#233;e m&#234;me d'une gr&#232;ve. Le processus de mobilisation a commenc&#233; avec la r&#233;ponse du syndicat &#224; la crise immobili&#232;re. D&#232;s le d&#233;but de cette crise, l'ex&#233;cutif, appuy&#233; par une s&#233;rie d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, a adopt&#233; une position cons&#233;quente et claire : les employ&#233;Es et les &#233;tudiantEs de l'UQAM n'avaient pas &#224; payer pour l'irresponsabilit&#233; de la direction. Et malgr&#233; la mollesse honteuse du nouveau recteur, qui insistait sur la n&#233;cessit&#233; de se montrer &#171; responsable &#187;, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du syndicat a rejet&#233; par un vote unanime les recommandations d'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire des &#171; experts &#187; externes que l'administration a accept&#233;es. M&#234;me si la mobilisation &#224; la base &#233;tait assez limit&#233;e &#8211; le gros de l'effort a &#233;t&#233; fourni par l'ex&#233;cutif &#8212; les positions adopt&#233;es ont pr&#233;par&#233; le terrain id&#233;ologique de la lutte pour le renouvellement de la convention collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 d&#233;cembre &#8211; une fois que le gouvernement eut assum&#233; (au moins en principe) la dette immobili&#232;re et qu'il eut vers&#233; les subventions retenues &#8211;, le syndicat a lanc&#233; sa campagne &#8211; affiches, bulletins, macarons, r&#233;solutions, &#171; visites &#187; du conseil syndical au recteur et au conseil d'administration &#8211; de &#171; dix semaines pour un r&#232;glement &#187;. Mais le syndicat n'a pas pr&#233;cis&#233; ce qu'il ferait si le r&#232;glement demand&#233; tardait &#224; venir. Malgr&#233; l'impatience de certainEs membres, l'ex&#233;cutif refusait de demander aux membres un mandat de gr&#232;ve, &#233;vitant m&#234;me de prononcer le mot terrible. La proposition d'une premi&#232;re journ&#233;e de gr&#232;ve, qualifi&#233;e pudiquement de &#171; journ&#233;e d'&#233;tude &#187;, pour le 16 f&#233;vrier est venue de la salle lors du conseil syndical du 23 janvier et a eu l'appui d'une tr&#232;s forte majorit&#233;. Cette d&#233;cision a &#233;t&#233; ent&#233;rin&#233;e par l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du 29 janvier par un vote de 88%. L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale tenue pendant la journ&#233;e d'&#233;tude du 16 f&#233;vrier a donn&#233; &#224; l'ex&#233;cutif (par un vote de 76%) le mandat d'organiser quatre journ&#233;es de gr&#232;ve, si n&#233;cessaires, les 19, 25, 27 f&#233;vrier et le 10 mars. L'assembl&#233;e suivante le 10 mars a vot&#233; &#224; 85% en faveur d'une premi&#232;re semaine compl&#232;te de gr&#232;ve ; puis celle du 27 mars (&#224; 90%) - 10 jours de gr&#232;ve, et ainsi de suite deux fois de plus jusqu'au 24 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre facteur important &#8211; le caract&#232;re &#171; g&#233;n&#233;reux &#187;, non-corporatiste, des revendications, et notamment celle de l'embauche de 300 professeurEs. En fait, l'ensemble des revendications syndicales &#233;tait pr&#233;sent&#233; comme un projet de relance de l'universit&#233;, n&#233;cessaire pour assurer l'avenir de sa mission. Mais c'est surtout la revendication de 300 postes qui a rendu cette pr&#233;tention cr&#233;dible. C'est surtout cette revendication qui a soutenu le moral, le sentiment de justice, des gr&#233;vistes et a facilit&#233; la recherche des appuis externes, notamment des &#233;tudiantEs, qui se sont misEs en gr&#232;ves de solidarit&#233; (y inclus, pendant une semaine, les &#233;tudiantEs de gestion, geste historique sans pr&#233;c&#233;dent), mais aussi des membres de l'opposition et du monde culturel et scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;termination manifest&#233;e par les gr&#233;vistes, le poids des appuis externes, ainsi que la justice &#233;vidente des revendications syndicales ont emp&#234;ch&#233; le gouvernement d'ex&#233;cuter sa menace d'une loi sp&#233;ciale. Le prix &#224; payer a &#233;videmment &#233;t&#233; jug&#233; trop &#233;lev&#233;. De ce point de vue, le syndicat jouissait d'un atout important sous la forme des liens que plusieurs des professeurEs entretenaient avec des membres des &#233;lites politiques, culturelles et intellectuelles qu&#233;b&#233;coises. L'appartenance des professeurEs eux-m&#234;mes et elles-m&#234;mes &#224; ces &#233;lites, ainsi que les grands efforts faits par l'ex&#233;cutif, expliquent aussi pourquoi la gr&#232;ve a joui d'une couverture m&#233;diatique assez importante, m&#234;me si pas n&#233;cessairement favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut mentionner &#233;galement le r&#244;le important de l'affiliation du SPUQ &#224; une centrale syndicale &#8211; il est le seul syndicat de professeurEs &#224; faire ainsi partie du mouvement ouvrier. &#192; travers les ann&#233;es, bien des professeurEs ont remis en question la pertinence de l'affiliation &#224; la CSN et des gros sous vers&#233;s en cotisations. Mais cette gr&#232;ve leur a fourni une r&#233;ponse convaincante. En plus du soutien politique et financier consid&#233;rable, le r&#244;le de ses conseillers de la CSN dans les n&#233;gociations et dans la mobilisation &#233;tait d'un apport difficile &#224; exag&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, il y a le comportement des adversaires, de l'administration de l'UQAM et du gouvernement. Dans un conflit, la force respective des adversaires est toujours un rapport dialectique. L'attitude si profond&#233;ment m&#233;prisante de l'administration et du gouvernement &#8211; l'injonction, la menace d'une loi sp&#233;ciale, le refus pendant si longtemps de n&#233;gocier, suivi d'une premi&#232;re &#171; offre ultime &#187; si insultante qu'elle a &#233;t&#233; rejet&#233;e pratiquement sans discussion &#224; 91%. Cette attitude n'&#233;tait pas seulement une provocation constante qui renfor&#231;ait la d&#233;termination des gr&#233;vistes, mais elle a apparemment aussi aveugl&#233; le c&#244;t&#233; adversaire &#224; la possibilit&#233; d'une strat&#233;gie visant &#224; diviser les gr&#233;vistes pour miner leur mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion : la lutte a sa propre dynamique, difficilement pr&#233;visible sans s'y engager d'abord&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;valuation statique, genre photo, du rapport de force pendant les mois pr&#233;c&#233;dent la gr&#232;ve aurait &#233;t&#233; plut&#244;t d&#233;courageante et n'aurait pas permis de prendre la juste mesure du potentiel de mobilisation ni de pr&#233;voir la possibilit&#233; d'une victoire. C'est l&#224; sans doute l'une des le&#231;ons principales de la gr&#232;ve &#8211; l'importance du leadership dans le mouvement ouvrier : il faut d'abord s'engager avant de d&#233;cider ce qui est vraiment possible. Une direction syndicale, qui pour ses propres raisons pr&#233;f&#232;re &#233;viter l'affrontement, pourra toujours, sauf dans des p&#233;riodes exceptionnelles de forte mont&#233;e de luttes populaires, justifier son refus de mobiliser s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, on ne fera mieux que de citer Antonio Gramsci, grand penseur marxiste qui avait une tr&#232;s riche exp&#233;rience de luttes syndicales : &#171; En r&#233;alit&#233;, on ne peut pr&#233;voir &#171; scientifiquement &#187; que la lutte, mais non les moments concrets de cette lutte, qui ne peuvent pas ne pas &#234;tre les r&#233;sultats de forces en oppositions et en continuel changement, forces qui ne peuvent en aucun cas &#234;tre r&#233;duites &#224; des quantit&#233;s fixes, car en elles la quantit&#233; devient continuellement qualit&#233;. Dans la r&#233;alit&#233;, on pr&#233;voit dans la mesure o&#249; on agit, o&#249; on met en application un effort volontaire et o&#249; on contribue donc concr&#232;tement &#224; cr&#233;er le r&#233;sultat &#171; pr&#233;vu &#187;. La pr&#233;vision se r&#233;v&#232;le donc, non comme un acte scientifique de connaissance, mais comme l'expression abstraite de l'effort qu'on fait, la mani&#232;re pratique de cr&#233;er une volont&#233; collective. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La qualit&#233; de la direction (et de celle de l'adversaire), sa strat&#233;gie, son intelligence, son esprit d&#233;mocratique, et bien d'autres choses, font partie d'une &#233;quation en mutation constante qui constitue le rapport de force. Le leadership ne peut pas cr&#233;er des miracles l&#224; o&#249; les conditions sont absentes, mais sa faiblesse peut bien barrer la route &#224; des victoires possibles. D'o&#249; l'importance de la pr&#233;sence dans les syndicats d'une gauche, et de pr&#233;f&#233;rence d'une gauche organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici d'encourager des aventures, mais plut&#244;t de renoncer &#224; la strat&#233;gie du dit &#171; partenariat social &#187;, si pr&#233;sente dans le mouvement syndical qu&#233;b&#233;cois depuis les ann&#233;es 1980 et bas&#233;e sur une conception d'int&#233;r&#234;ts fondamentaux partag&#233;s entre les salari&#233;Es et les patrons (m&#234;me si ceux-ci peuvent parfois &#234;tre myopes et ne pas comprendre leurs propres int&#233;r&#234;ts, ce qui peut n&#233;cessiter un rappel muscl&#233;), les deux parties &#233;tant de la m&#234;me mani&#232;re int&#233;ress&#233;e au succ&#232;s de leur entreprise ou de leur institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une gauche qui comprend le caract&#232;re fondamentalement antagonique des int&#233;r&#234;ts qui opposent les salari&#233;es &#224; la direction, et donc le r&#244;le central que joue le rapport de force pour la situation des salari&#233;Es, comprend &#233;galement que la lutte, une fois engag&#233;e, tend &#224; suivre sa propre logique. Une fois engag&#233;Es l&#224;-dedans, les membres sont r&#233;ticentEs &#224; gaspiller leur investissement en s'en retirant trop vite, avant de tester leur vrai potentiel. (Cela explique en partie les votes de plus en plus majoritaires pendant la gr&#232;ve du SPUQ). La lutte, une fois engag&#233;e, renforce par elle-m&#234;me la solidarit&#233;, parce que celle-ci devient la condition vitale de victoire. La gr&#232;ve lib&#232;re du temps, notamment sur les lignes de piquetage, pour &#233;changer en toute s&#233;r&#233;nit&#233; avec des coll&#232;gues venant de diff&#233;rents d&#233;partements sur les revendications, sur les probl&#232;mes du travail, sur des questions sociales et politiques, sur la vie en g&#233;n&#233;ral. Cette solidarit&#233;, cette communaut&#233; retrouv&#233;e de coll&#232;gues de travail, que la soci&#233;t&#233; capitaliste et l'administration s'efforcent de s&#233;parer et de mettre en concurrence, est une source de bonheur qui renforce la d&#233;termination et compense l'incertitude et la fatigue de la lutte. L'affirmation collective de sa dignit&#233; ; le fait de d&#233;fier une autorit&#233; injuste et souvent stupide ; la force nouvellement acquise, fruit de la mobilisation collective, qui permet d'influencer des conditions per&#231;ues hier comme &#171; objectives &#187; et donc immuables &#8211; ce sont des sources de jouissance qui &#233;manent de la lutte elle-m&#234;me et qui donnent le courage de remettre en question les id&#233;es dominantes. Tous ces &#233;l&#233;ments prennent leur place du c&#244;t&#233; des revendications initiales comme mobiles de la poursuite de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte a ainsi un effet transformateur sur ses participantEs. Cet effet, qui contribue directement au rapport de force, ne peut &#234;tre pr&#233;vu ni mesur&#233; par une analyse statique faite avant de s'engager r&#233;ellement dans la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;*L'auteur &#233;tait membre du conseil ex&#233;cutif du SPUQ au moment de la gr&#232;ve et responsable du comit&#233; du piquetage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le capitalisme est-il compatible avec la d&#233;mocratie ? Cercle de Gauche socialiste Montr&#233;al</title>
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		<dc:date>2009-06-15T04:32:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le capitalisme est caract&#233;ris&#233; par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des grands moyens de production et de distribution, propri&#233;t&#233; concentr&#233;e entre les mains d'une minorit&#233; restreinte de la soci&#233;t&#233;. Cela conf&#232;re &#224; cette minorit&#233; un &#233;norme pouvoir &#233;conomique, lui permettant de d&#233;terminer les conditions de vie et de travail de la grande majorit&#233;, des salari&#233;s (et aussi, dans une grande mesure, des autonomes et de la classe moyenne des petits et de moyens entrepreneurs). Cette minorit&#233; poss&#233;dante de grands (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH123/arton2391-25fb6.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='123' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le capitalisme est caract&#233;ris&#233; par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des grands moyens de production et de distribution, propri&#233;t&#233; concentr&#233;e entre les mains d'une minorit&#233; restreinte de la soci&#233;t&#233;. Cela conf&#232;re &#224; cette minorit&#233; un &#233;norme pouvoir &#233;conomique, lui permettant de d&#233;terminer les conditions de vie et de travail de la grande majorit&#233;, des salari&#233;s (et aussi, dans une grande mesure, des autonomes et de la classe moyenne des petits et de moyens entrepreneurs). Cette minorit&#233; poss&#233;dante de grands capitaux prend les d&#233;cisions importantes concernant l'investissement, concernant quoi produire, comment produire, o&#249; produire, tandis que les autres subissent les cons&#233;quences de ses d&#233;cisions. (La crise actuelle est une manifestation &#233;clatante de cette r&#233;alit&#233;.) D&#233;j&#224; &#224; ce niveau &#8211; celui de la concentration du pouvoir &#233;conomique entre les mains priv&#233;es - il existe une contradiction profonde entre le capitalisme et la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La gauche sociale-d&#233;mocrate (&#171; les progressistes &#187;), qui cherchent &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s, mais sans remettre en cause les fondements du capitalisme, pr&#233;tend que l'&#201;tat d&#233;mocratique permet de r&#233;guler le pouvoir &#233;conomique priv&#233;, de le limiter et de l'encadrer dans les int&#233;r&#234;ts de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Mais l'exp&#233;rience historique r&#233;fute cette pr&#233;tention. Elle montre que la r&#233;gulation &#233;conomique par l'&#201;tat (qui se dit) d&#233;mocratique se fait le plus souvent dans les int&#233;r&#234;ts des entreprises elles-m&#234;mes, mais sous le couvert de la d&#233;fense de l'int&#233;r&#234;t commun. Ce qui est plus, une grande partie des mesures de r&#233;gulation introduites &#224; la suite de la Crise des ann&#233;es 1930 et de la Deuxi&#232;me guerre mondiale a &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;e pendant le dernier quart de si&#232;cle sous la pression du capital et souvent par des gouvernements sociaux-d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette triste exp&#233;rience des tentatives de r&#233;guler le capitalisme dans l'int&#233;r&#234;t commun est elle-m&#234;me la cons&#233;quence de la concentration du pouvoir &#233;conomique entre les mains priv&#233;es. Ce pouvoir &#233;conomique se traduit en capacit&#233; de chantage politique, qui prend la forme de la menace d'une &#171; perte de confiance du mondes des affaires. &#187; Tout gouvernement qui pense adopter des r&#233;formes qui auraient comme cons&#233;quence de limiter la libert&#233; et la rentabilit&#233; du capital doit affronter la perspective d'un ralentissement de l'activit&#233; &#233;conomique, d'une baisse d'investissements, d'une mont&#233;e de ch&#244;mage, et, par cons&#233;quent, d'une baisse des revenus de l'&#201;tat. Cette perspective, celle d'une crise &#233;conomique, suffit &#224; elle seule pour faire renoncer &#224; ce genre de r&#233;formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aujourd'hui, les gouvernements d&#233;pensent des milliards pour restaurer la confiance des investisseurs, &#233;branl&#233;e par une crise cr&#233;&#233;e par ces m&#234;mes investisseurs. En m&#234;me temps, les entreprises, avec l'appui des gouvernements, m&#232;nent un assaut contre les revenus et les emplois des salari&#233;s. M&#234;me si ceux-ci constituent la grande majorit&#233; de la soci&#233;t&#233;, leur confiance compte beaucoup moins, parce qu'ils et elles ne prennent pas les grandes d&#233;cisions &#233;conomiques. Peut-on parler de d&#233;mocratie quand le destin &#233;conomique de soci&#233;t&#233;s enti&#232;res d&#233;pend de la &#171; confiance &#187; (de la certitude de pouvoir faire des profits) d'une petite minorit&#233; de la population ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le fait que depuis un quart de si&#232;cle tous les gouvernements sociaux-d&#233;mocrates, les uns apr&#232;s les autres, ont abandonn&#233; leurs projets r&#233;formistes, ne s'explique pas par la corruption de leurs dirigeants. Il s'explique plut&#244;t par le fait que le capital, soucieux de ses profits, est devenu moins tol&#233;rant des d&#233;penses sociales, d&#233;penses &#171; non-productives &#187; (de profits). Les gouvernements, m&#234;mes progressistes, mais qui acceptent le capitalisme comme fatalit&#233;, n'ont pas de choix que de s'y plier. La r&#233;gulation sociale adopt&#233;e pendant les &#171; trente glorieuses &#187;, dans la mesure o&#249; elle a vraiment &#233;t&#233; sociale, a &#233;t&#233; le fruit d'un rapport de force favorable aux salari&#233;s. L'exp&#233;rience de la D&#233;pression, le plein emploi cr&#233;&#233; par la guerre, l'impact de la lutte contre le fascisme &#8211; tout cela a contribu&#233; &#224; une puissante mobilisation populaire en faveur des droits sociaux qui a atteint son apog&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1960 et au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Mais ces luttes se sont arr&#234;t&#233;es devant la mise en cause r&#233;elle du capitalisme, du pouvoir &#233;conomique de la bourgeoisie. Cela a permis &#224; celle-ci, s'appuyant initialement sur les effets de la crise &#233;conomique du milieu des ann&#233;es 1970, de lancer une contre-offensive afin de r&#233;cup&#233;rer le terrain perdu et de restaurer ses profits. La &#171; mondialisation &#187; et le &#171; n&#233;o-lib&#233;ralisme &#187; consacrent au niveau politique et id&#233;ologique cet affranchissement du capital de responsabilit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Cette analyse ne serait pas compl&#232;te sans mentionner le pouvoir id&#233;ologique (contr&#244;le des id&#233;es) que la concentration du pouvoir &#233;conomique conf&#232;re &#224; la bourgeoisie. Les m&#233;dias de masse appartiennent aux membres de cette classe, qui contr&#244;lent &#233;galement la grande partie de la production culturelle et qui influencent de plus en plus les orientations des universit&#233;s. Encore une fois, l'&#201;tat dit d&#233;mocratique pourrait en principe intervenir pour assurer une plus grande libert&#233; de la presse, de la vie culturelle et intellectuelle. Il pourrait favoriser la participation populaire &#224; la vie politique en r&#233;duisant le temps de travail, en assurant la transparence de son propre fonctionnement, en fournissant aux jeunes une &#233;ducation citoyenne critique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais au lieu de cela, les gouvernements dans les soci&#233;t&#233;s capitalistes s'efforcent &#224; marginaliser les classes populaires, &#224; les assoupir, &#224; les rendre indiff&#233;rentes aux grands enjeux de la vie politique qui les concernent. Ils le font parce que leur t&#226;che est vraiment tr&#232;s compliqu&#233;e : maintenir la confiance de la minorit&#233; poss&#233;dante tout en essayant, ou en feignant, gouverner dans les int&#233;r&#234;ts de la grande majorit&#233;, des classes populaires. Cette t&#226;che est compliqu&#233;e parce que les int&#233;r&#234;ts des deux groupes sont fondamentalement antagoniques. D'o&#249; le &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187; qui s'observe, &#224; un degr&#233; ou autre, dans toutes les d&#233;mocraties capitalistes. D'o&#249; le fait que les p&#233;riodes d'extension des droits sociaux coincident avec les p&#233;riodes de mont&#233;e des luttes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le bilan de l'exp&#233;rience populaire de la d&#233;mocratie dans la soci&#233;t&#233; capitaliste est le suivant : les gains doivent &#234;tre arrach&#233;s de haute lutte, extraparlementaire encore plus que parlementaire (cette derni&#232;re &#233;tant relativement impuissante sans la premi&#232;re) et ils restent toujours partiels et pr&#233;caires, &#224; moins de s'ins&#233;rer dans une strat&#233;gie visant la socialisation (d&#233;mocratisation) des moyens principaux de production et de distribution. Une telle strat&#233;gie doit inclure la perspective d'un affrontement politique &#233;ventuel qui d&#233;bordera le cadre de l'&#201;tat existant, parce que l'histoire nous apprend que la bourgeoisie ne reculera devant rien pour &#233;viter d'&#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La taille du d&#233;fi trac&#233; par cette analyse a de quoi d&#233;courager ceux et celles qui cherchent des solutions simples au &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187; de notre syst&#232;me politique. Mais cette analyse a le grand avantage d'&#234;tre r&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David Mandel, Daryl Hubert, Philippe Lemmi, Suzan Caldwell, Jos&#233; Bazin&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Gauche socialiste et la voie parlementaire </title>
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		<dc:date>2008-12-07T19:27:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>


		<dc:subject>strat&#233;gie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le 30 novembre dernier avait lieu une r&#233;union publique avec diff&#233;rents repr&#233;sentants de la gauche radicale au Qu&#233;bec. Le titre de la rencontre : &#171; La voie parlementaire est-elle le terrain de lutte de la classe ouvri&#232;re ? &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous trouverez ci-dessous la transcription de l'intervention de David Mandel qui &#233;tait sur le pannel pour Gauche Socialiste. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; La voie parlementaire est-elle le terrain de lutte de la classe ouvri&#232;re ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Pour donner une r&#233;ponse coh&#233;rente &#224; la question, il faut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Editogauches-" rel="directory"&gt;&#201;ditogauches&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-strategie-232-+" rel="tag"&gt;strat&#233;gie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L94xH150/arton1960-39200.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='94' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 30 novembre dernier avait lieu une r&#233;union publique avec diff&#233;rents repr&#233;sentants de la gauche radicale au Qu&#233;bec. Le titre de la rencontre : &#171; La voie parlementaire est-elle le terrain de lutte de la classe ouvri&#232;re ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous trouverez ci-dessous la transcription de l'intervention de David Mandel qui &#233;tait sur le pannel pour Gauche Socialiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; La voie parlementaire est-elle le terrain de lutte de la classe ouvri&#232;re ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Pour donner une r&#233;ponse coh&#233;rente &#224; la question, il faut d'abord la reformuler pour pr&#233;ciser davantage ce qu'on demande. Est-ce qu'on demande si, dans le cadre de la d&#233;mocratie capitaliste, un parti ouvrier devrait participer &#224; la lutte &#233;lectorale et parlementaire ? Ou bien est-ce qu'on demande si la voie parlementaire peut amener au socialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la premi&#232;re question &#8211; si, dans une d&#233;mocratie capitaliste, un parti ouvrier devrait participer aux luttes &#233;lectorales et parlementaires &#8211; la r&#233;ponse du courant marxiste auquel j'appartiens est affirmative : il faut y participer, &#224; moins que la soci&#233;t&#233; se trouve d&#233;j&#224; dans une situation r&#233;volutionnaire, ce qui n'est &#233;videmment pas le cas aujourd'hui. Mais cela ne r&#232;gle pas la question, parce qu'il faut encore pr&#233;ciser de quelle mani&#232;re participer et dans quels buts. J'y retournerai tant&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	A la deuxi&#232;me question &#8211; si la voie parlementaire peut amener au socialisme &#8211; la r&#233;ponse est &#233;galement sans &#233;quivoque : la voie parlementaire ne peut pas amener au socialisme. Et cela avant tout pour la simple raison que la bourgeoisie ne le permettrait jamais. D&#232;s qu'elle se rendra compte que ce syst&#232;me politique ne lui permet plus de d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts vitaux, elle y renoncera en faveur du sabotage, de la r&#233;pression, de la dictature. Il faut aussi reconna&#238;tre que les gains que la classe ouvri&#232;re et ses alli&#233;s peuvent faire dans le cadre de la d&#233;mocratie capitaliste, quoique r&#233;els et souvent significatifs, resteront toujours partiels et pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais malgr&#233; cela, et malgr&#233; que la lutte parlementaire ne puisse lib&#233;rer les travailleurs et les travailleuses de l'exploitation ni renverser la tendance &#224; la d&#233;gradation sociale et &#224; la destruction de l'environnement, nous soutenons qu'il faut y participer, si nous voulons que la classe ouvri&#232;re et ses alli&#233;s soient un jour en mesure de r&#233;aliser la transformation socialiste souhait&#233;e. Une classe qui est incapable de se poser des buts m&#234;me limit&#233;s et de les r&#233;aliser dans des conditions de libert&#233; relative pourrait &#224; peine se poser un but de l'envergure de la transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tant que les libert&#233;s politiques sont plus ou moins respect&#233;es, et &#224; moins que la soci&#233;t&#233; ne soit d&#233;j&#224; dans une situation r&#233;volutionnaire, un parti ouvrier ne peut pas refuser la participation &#224; la lutte parlementaire et &#233;lectorale. Cela pour la simple raison que si ce parti est incapable de convaincre les travailleurs et les travailleuses de voter pour lui afin de gagner des r&#233;formes, m&#234;mes partielles, ce parti ne pourrait certainement pas les mobiliser en faveur d'une r&#233;volution et du socialisme&#8230; A moins que nous ayons affaire &#224; un groupe conspirateur qui cherche &#224; prendre le pouvoir au nom de la classe ouvri&#232;re afin de &#233;clairer celle-ci par la suite &#8211; une strat&#233;gie n&#233;faste que Marx lui-m&#234;me a mis pas mal d'effort &#224; combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La vraie question est donc : comment devrait-on participer &#224; la lutte parlementaire et quelle place elle devrait-elle occuper dans une strat&#233;gie globale qui vise le socialisme. L'un des concepts politiques centraux du marxisme est &#171; le rapport de forces entre les classes &#187;. Ce rapport est une chose complexe, &#224; laquelle contribuent bien des facteurs vari&#233;s, tant mat&#233;riels qu'id&#233;ologiques, tant subjectives qu'objectives. Mais c'est le rapport de force entre les classes qui d&#233;termine en derni&#232;re analyse la situation de la classe ouvri&#232;re : l'&#233;tat de ses droits sociaux et politiques, le niveau d'exploitation dans la soci&#233;t&#233;, la force de l'emprise de l'id&#233;ologie dominante sur la conscience populaire, et bien d'autres choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous faisons pas d'illusions : la bourgeoisie jouit d'&#233;normes avantages dans le cadre de la d&#233;mocratie capitaliste. Pour n'en mentionner que les plus importants : elle contr&#244;le l'&#233;conomie ; elle contr&#244;le &#233;galement les m&#233;dias de masses ; elle jouit de la sympathie des hautes sph&#232;res des appareils &#233;tatiques, y inclus des appareils de r&#233;pression, la police et l'arm&#233;e ; elle a l'appui d'alli&#233;s internationaux tr&#232;s puissants. Ces avantages rendent des victoires &#233;lectorales d'une gauche anticapitaliste extr&#234;mement difficiles. Et m&#234;me quand cette gauche remporte des victoires &#233;lectorales, celles-ci &#8212; &#224; elles seules &#8212; ne peuvent changer de mani&#232;re significative le rapport de force dans la soci&#233;t&#233;. Quelqu'un l'a bien exprim&#233; : &#171; les &#233;lections donnent le droit de gouverner, mais non pas n&#233;cessairement le pouvoir de gouverner &#187;. Ce pouvoir d&#233;pend du rapport de forces global, et avant tout au sein de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, les victoires &#233;lectorales, m&#234;me si elles contribuent au rapport de force entre les classes, ne peuvent pas en elles-m&#234;mes le modifier radicalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La vraie question est donc : comment participer &#224; la lutte &#233;lectorale et dans quels buts ? Il devrait &#234;tre &#233;vident que la lutte &#233;lectorale ne doit pas constituer un but en soi. Les luttes &#233;lectorales et la participation au parlement doivent &#234;tre subordonn&#233;es &#224; une strat&#233;gie qui vise &#224; changer le rapport des forces au sein de la soci&#233;t&#233; en faveur de la classe ouvri&#232;re, de sorte que celle-ci puisse se donner des buts toujours plus ambitieux, jusqu'au moment o&#249; elle pourra poser r&#233;ellement la question de la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	La participation aux &#233;lections doit donc servir en premier lieu &#224; renforcer la capacit&#233; de mobilisation des forces populaires, &#224; &#233;largir leurs perspectives et leurs ambitions, &#224; renforcer leur confiance en elles-m&#234;mes, &#224; les r&#233;unir derri&#232;re des revendications qui vont &#224; l'encontre de la logique du capital et qui remettent en cause son pouvoir. Cela devrait &#233;galement le r&#244;le prioritaire des d&#233;put&#233;s de gauche &#233;lus au parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc d'un parti qui cherche &#224; devenir un v&#233;ritable mouvement politique, enracin&#233; dans les mouvements sociaux, tout en respectant leur autonomie ; un parti qui participent aux luttes &#233;lectorales et parlementaires dans le but de renforcer ces mouvements et de les rassembler derri&#232;re une vision commune de transformation radicale de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction d'un tel parti et l'&#233;laboration d'une telle strat&#233;gie est une chose extr&#234;mement complexe et difficile, et d'autant plus dans une p&#233;riode de d&#233;mobilisation populaire relative, comme celle que nous vivons depuis un quart de si&#232;cle. Le capitalisme est un syst&#232;me en mutation constante : Marx et Engels ont &#233;crit que le capitalisme r&#233;volutionne constamment les rapports de production. Cela signifie que m&#234;me si nous devons tirer des le&#231;ons des exp&#233;riences du pass&#233;, nous nous ne pouvons pas r&#233;p&#233;ter ces exp&#233;riences. Il faut constamment r&#233;nover les strat&#233;gies, m&#234;me si les principes de base de notre action restent constants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il faut reconna&#238;tre sur la base de l'exp&#233;rience historique que la d&#233;mocratie lib&#233;rale &#224; une tr&#232;s grande capacit&#233; de r&#233;cup&#233;ration des forces contestataires. Contre cela il n'existe pas d'immunit&#233; certaine. La participation de r&#233;volutionnaires aux institutions de l'Etat bourgeoisie est une d&#233;marche par sa nature m&#234;me contradictoire. A ce sujet, les anarchistes ont le m&#233;rite de souligner les dangers. Le probl&#232;me est que leur solution &#8211; l'abstention &#8211; n'est pas une solution. Il n'y a que le fonctionnement d&#233;mocratique des organisations ; la formation d'une base de militants et de militantes arm&#233;Es d'une analyse r&#233;aliste de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat capitalistes ; et la r&#233;sistance consciente &#224; la tentation, toujours forte, de se transformer en machine &#233;lectorale et de subordonner le parti &#224; son aile parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire montre que le risque de r&#233;cup&#233;ration est toujours r&#233;el. Mais l'alternative est une gauche anticapitaliste qui tra&#238;ne une existence politique marginale sans influence significative dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Prague 1968 : Les chars sovi&#233;tiques contre le socialisme</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Prague-1968-Les-chars-sovietiques-contre-le-socialisme</link>
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		<dc:date>2008-09-26T04:31:33Z</dc:date>
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		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la revue &#192; Babord No 24 - avril / mai 2008 Le Printemps de Prague &#233;tait en grande partie une crise de d&#233;stalinisation retard&#233;e. Ce processus de lib&#233;ralisation relative des dictatures bureaucratiques et de r&#232;glement de comptes limit&#233; avec la terreur stalinienne a eu lieu en 1956, de mani&#232;re plus ou moins explosive, dans la plupart des pays du camp sovi&#233;tique &#224; la suite de la d&#233;nonciation de Staline par Khrouchtchev lors du XXe Congr&#232;s du Parti communiste d'Union sovi&#233;tique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH113/arton1835-1ca6c.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la revue &#192; Babord&lt;br class='autobr' /&gt;
No 24 - avril / mai 2008&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le Printemps de Prague &#233;tait en grande partie une crise de d&#233;stalinisation retard&#233;e. Ce processus de lib&#233;ralisation relative des dictatures bureaucratiques et de r&#232;glement de comptes limit&#233; avec la terreur stalinienne a eu lieu en 1956, de mani&#232;re plus ou moins explosive, dans la plupart des pays du camp sovi&#233;tique &#224; la suite de la d&#233;nonciation de Staline par Khrouchtchev lors du XXe Congr&#232;s du Parti communiste d'Union sovi&#233;tique (PCUS).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour une s&#233;rie de raisons, la direction tch&#233;coslovaque, tr&#232;s impliqu&#233;e dans les r&#233;pressions de l'&#233;poque stalinienne, a pu r&#233;sister plus longtemps que les autres aux pressions internes et &#224; celles venant de Moscou. L'une de celles-ci &#233;tait sans doute la faiblesse du facteur nationaliste en Tch&#233;coslovaquie. En Pologne et en Hongrie, o&#249; la d&#233;stalinisation avait d&#233;clench&#233; les plus puissantes contestations, les r&#233;gimes communistes &#233;taient largement per&#231;us comme des agents d'un pouvoir &#233;tranger et hostile, l'URSS. Cependant, en Tch&#233;coslovaquie &#224; la fin de la IIe Guerre mondiale, le Parti communiste jouissait d'un soutien populaire important, bas&#233; sur so-n r&#244;le dans la r&#233;sistance (surtout en Slovaquie) et le prestige de l'Union sovi&#233;tique comme lib&#233;rateur de l'Allemagne nazie. Surtout, il existait un puissant d&#233;sir populaire d'une transformation radicale de la soci&#233;t&#233; dans le sens de la justice sociale. Les Tch&#233;coslovaques se souvenaient aussi que seule l'URSS avait &#233;t&#233; pr&#234;te &#224; venir les secourir en 1938 lors du d&#233;membrement de leur pays aux mains de l'Allemagne nazie avec la complicit&#233; des puissances occidentales [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; qu'en 1962 &#233;clate une crise &#233;conomique : croissance z&#233;ro, chose inou&#239;e &#224; cette &#233;poque dans un camp communiste habitu&#233; &#224; des taux annuels de 10 % et plus. En plus d'intensifier le m&#233;contentement popu-laire, cette crise a surtout &#233;branl&#233; la confiance de l'&#233;lite bureaucratique en elle-m&#234;me. Une partie de plus en plus importante des fonctionnaires comprenait la n&#233;cessit&#233; de r&#233;formes d'envergure du mode de gestion. Puis, cette m&#234;me ann&#233;e, Khrouchtchev est revenu &#224; la charge au XXIIe congr&#232;s du PCUS avec une d&#233;nonciation encore plus candide et virulente des crimes de Staline, ce qui a mis sur la d&#233;fensive les &#233;l&#233;ments conservateurs de la direction tch&#233;coslovaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'intelligentsia communiste &#8211; journalistes, &#233;crivains, &#233;conomistes &#8211; qui a pris la t&#234;te du mouvement d'opposition, avec le soutien tacite d'&#233;l&#233;ments r&#233;formistes au sommet du pouvoir, en demandant une discussion ouverte et franche du pass&#233;, des libert&#233;s politiques et des r&#233;formes &#233;conomiques. La situation interne et internationale des conservateurs de l'&#233;quipe dirigeante ne permettait pas le recours &#224; la r&#233;pression, tandis que les concessions faites aux forces r&#233;formistes ne faisaient que les &#233;peronner davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux travailleurs qui &#233;coutaient avec plaisir les r&#233;v&#233;lations et les d&#233;nonciations, ils n'&#233;taient pas encore persuad&#233;s de la signification pour leur propre situation de cette lutte au sommet. De plus, ils se m&#233;fiaient de la r&#233;forme d&#233;centralisatrice propos&#233;e par les r&#233;formateurs, laquelle semblait menacer le principe de s&#233;curit&#233; d'emploi et l'&#233;galitarisme assez remarquable de leur pays (&#224; l'exception partielle de rangs de la bureaucratie) et qui n'offrait rien de concret comme compensation. Les r&#233;formateurs attribuaient cette m&#233;fiance &#224; la d&#233;moralisation de la classe ouvri&#232;re sous le r&#233;gime stalinien. Mais le vrai probl&#232;me &#233;tait qu'ils n'avaient pas pris la peine de consulter les travailleurs sur la r&#233;forme qui, il va sans dire, n'envisageait pas la d&#233;mocratisation de la gestion de l'&#233;conomie. Par contre, elle devait renforcer le pouvoir des directeurs des entreprises vis-&#224;-vis des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ralisation politique avan&#231;ait, bien que lentement, face &#224; la r&#233;sistance de la fraction conservatrice de la direction qui, semblait-il, n'attendait que le moment propice pour lancer sa contre-offensive. En octobre 1967, une manifestation &#233;tudiante &#224; Prague contre les mauvaises conditions des r&#233;sidences a &#233;t&#233; brutalement r&#233;prim&#233;e par la police. Au sein du Comit&#233; central (CC) du Parti communiste qui, gr&#226;ce aux divisions au sommet, &#233;tait devenu un vrai lieu de d&#233;bat et de d&#233;cision politiques, l'opposition r&#233;formatrice &#233;tait d&#233;j&#224; majoritaire. Lors de sa r&#233;union de la fin octobre, il a donc d&#233;cid&#233; de mettre sur pied une commission ayant pour mandat de soumettre dans les 15 jours une proposition de r&#233;solution de la crise. Profitant de ce sursis, le chef stalinien du parti, Antonin Novotny, a tent&#233; de monter un coup de force militaire contre l'opposition, sans succ&#232;s. Ce sont les officiers politiques, cadres du parti au sein de l'arm&#233;e, qui l'ont bloqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de 1968, le CC a &#233;lu Alexander Dubcek &#224; la t&#234;te du parti. C'&#233;tait un candidat de compromis, un communiste lib&#233;ral mais pas trop radical, le premier Slovaque &#224; diriger le pays. Ce tournant allait avoir un impact majeur sur le caract&#232;re du mouvement r&#233;formiste. La nouvelle direction du pays a pu convaincre les travailleurs de la sinc&#233;rit&#233; de son intention de partager le pouvoir avec la soci&#233;t&#233;, sinon de le lui remettre enti&#232;rement. C'est cela qui a pouss&#233; les travailleurs &#224; se mobiliser. Le projet de r&#233;forme &#233;conomique a &#233;t&#233; modifi&#233; avec l'adoption d'une loi permettant l'&#233;lection, dans les entreprises, de conseils d'employ&#233;s dot&#233;s du pouvoir d'&#233;lire et de contr&#244;ler la direction et d'adopter le plan de production et d'emploi ainsi que la politique salariale. Les syndicats ont regagn&#233; leur autonomie et les gr&#232;ves ont &#233;t&#233; l&#233;galis&#233;es. Des programmes d'assurance-ch&#244;mage et de recyclage de main-d'&#339;uvre ont &#233;t&#233; mis en place. Mais c'est avant tout le progr&#232;s fait vers la d&#233;mocratie au sein de la soci&#233;t&#233; qui a donn&#233; aux travailleurs l'assurance que les r&#233;formes &#233;conomiques profiteront au peuple, non pas &#224; l'&#233;lite bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, l'initiative est pass&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; qui ne cessait de pousser le gouvernement dans le sens d'une d&#233;mocratie v&#233;ritablement populaire. Le r&#233;gime, quant &#224; lui, ne tra&#238;nait pas trop les pieds. En cons&#233;quence, il a acquis un remarquable soutien populaire. En avril 1968, le gouvernement a publi&#233; son Programme d'action, lequel &#233;cartait le Parti communiste de l'administration du pays. Il n'a pas annonc&#233; le multipartisme, mais l'existence libre d'autres partis &#233;tait d&#233;j&#224; un fait. La censure a &#233;t&#233; abolie, une mesure ayant particuli&#232;rement alarm&#233; la direction sovi&#233;tique, qui exigeait son r&#233;tablissement imm&#233;diat. Face &#224; cette pression, les travailleurs ont cr&#233;&#233; dans leurs entreprises des comit&#233;s de d&#233;fense de la libert&#233; de la presse et se sont d&#233;clar&#233;s pr&#234;ts &#224; d&#233;brayer pour la d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les r&#233;gimes communistes &#171; fraternels &#187; de Pologne, de Hongrie, de Roumanie et de Bulgarie, effray&#233;s par la menace pos&#233;e par les forces &#171; anti- socialistes &#187; et &#171; antisovi&#233;tiques &#187;, faisaient monter la pression. Ces dictatures bureaucratiques avaient une peur bleue de l'influence que pouvait avoir cet exemple d&#233;mocratique sur leurs propres populations. Car dans les faits, aucun groupe de quelque importance que ce soit en Tch&#233;coslovaquie ne songeait en 1968 &#224; la restauration du capitalisme ni au retrait de leur pays du Pacte de Varsovie. C'est de socialisme que la soci&#233;t&#233; r&#234;vait en 1968.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 juillet, les dirigeants du Pacte de Varsovie ont envoy&#233; une lettre au gouvernement tch&#233;coslovaque avec 15 demandes, y inclus une lutte d&#233;cisive contre les &#171; forces antisocialistes &#187;, le r&#233;tablissement de la censure et du &#171; centralisme d&#233;mocratique &#187;, bref la restauration de la dictature bureaucratique. Mais Dubcek n'a pas recul&#233;. Les Sovi&#233;tiques devaient agir avant septembre, date du congr&#232;s du Parti communiste tch&#233;coslovaque qui ent&#233;rinerait certainement le programme de transformation d&#233;mocratique. L'invasion a donc commenc&#233; le 21 ao&#251;t. Mais le congr&#232;s du parti s'est tenu quand m&#234;me dans la clandestinit&#233; d'une usine de Prague. Il a condamn&#233; l'invasion et a lanc&#233; l'appel &#224; une gr&#232;ve d'une heure, pour le 23 &#224; midi, qui fut suivie unanimement &#224; travers le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les occupants n'ont pu trouver une minorit&#233; quelle que peu importante au sein des fonctionnaires ou &#224; la base du parti sur laquelle s'appuyer pour refaire le r&#233;gime. Il a donc fallu d&#233;manteler le parti pour le reconstruire de nouveau. Mais cela prenait du temps et, dans l'intervalle, la population refusait la nourriture et m&#234;me l'eau aux troupes sovi&#233;tiques, dont certaines au d&#233;but de l'op&#233;ration se croyaient en Allemagne de l'Ouest, non pas dans un &#171; pays socialiste fraternel &#187;. Les Sovi&#233;tiques, qui avait conduit l'&#233;quipe de Dubcek en URSS, ont d&#251; la ramener et la r&#233;installer. Du point de vue politique, l'invasion a &#233;chou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait donc mettre en place une tactique des petits pas pour &#233;touffer le socialisme en Tch&#233;coslovaquie. Un demi-million (le tiers) des membres ont &#233;t&#233; purg&#233;s du parti. Un grand nombre d'intellectuels ont perdu leur emploi et ont d&#251; chercher du travail manuel. Les enfants des obstin&#233;s se sont vus refuser l'acc&#232;s aux &#233;tudes sup&#233;rieures. Les autres, isol&#233;s et craignant pour leur poste et pour l'avenir de leurs enfants, se sont tus. C'&#233;tait une terreur socio-&#233;conomique &#171; douce &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la r&#233;sistance ouverte a dur&#233; encore quelques ann&#233;es. Sous l'impulsion de l'invasion, les conseils ouvriers se sont multipli&#233;s malgr&#233; les menaces &#224; leur endroit. Au cours de l'hiver 1969, les travailleurs se sont prononc&#233;s pour l'&#233;largissement du mouvement des conseils, &#224; l'encontre de la politique de concessions d'Alexandre Dubcek et de la politique de &#171; normalisation &#187; de son successeur, Gust&#225;v Hus&#225;k. Il existait &#224; cette &#233;poque une alliance r&#233;elle entre travailleurs et intellectuels pour la d&#233;fense des libert&#233;s et pour des revendications &#233;conomiques. Mais la &#171; normalisation &#187; poursuivait son cours. En 1970, 50 000 syndicalistes ont &#233;t&#233; expuls&#233;s de leur poste et les conseils d'entreprise interdits. En m&#234;me temps, pour amadouer les travailleurs, Husak am&#233;liorait l'approvisionnement du march&#233; en biens de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de la dictature bureaucratique de 1968 en Tch&#233;coslovaquie a men&#233; le pays au socialisme. L'invasion d&#233;montre bien le caract&#232;re antisocialiste, profond&#233;ment contre-r&#233;volutionnaire de la bureaucratie sovi&#233;tique, et cela malgr&#233; sa d&#233;fense &#8211; jusqu'en 1989 au moins &#8211; de l'&#233;conomie &#233;tatis&#233;e. La crise de 1989 l'a men&#233; au capitalisme. Pourquoi ces r&#233;sultats contradictoires ? Il y a deux facteurs principaux li&#233;s l'un &#224; l'autre. Le premier &#233;tait que malgr&#233; les crimes de la bureaucratie tch&#233;coslovaque, le socialisme comme projet n'&#233;tait pas encore discr&#233;dit&#233; aux yeux du peuple en 1968, comme il le sera en 1989 apr&#232;s 20 ans de &#171; normalisation &#187;. L'autre &#233;tait le contexte international : en 1968, on assistait &#224; une puissante mont&#233;e de contestation du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme &#224; travers le monde. Partout et jusque dans les pays capitalistes riches, de larges couches de la population croyaient le socialisme possible et souhaitable. En 1989, l'accumulation de d&#233;faites accompagn&#233;es de la mont&#233;e de l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale avait &#224; toutes fins pratiques &#233;touff&#233; l'id&#233;e qu'une alternative &#233;tait possible. Cela ne pouvait pas ne pas influencer les Tch&#233;coslovaques dans leur choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David Mandel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeur au d&#233;partement de Science politique de l'UQAM&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En septembre 1938, les Accords de Munich, sign&#233;s entre l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l'Italie repr&#233;sent&#233;es respectivement par Adolf Hitler, &#201;douard Daladier, Neville Chamberlain, et Benito Mussolini scellent le sort de la Tch&#233;coslovaquie qui sera envahie six mois plus tard par l'Allemagne nazie. Les Accords de Munich devaient permettre, croyait-on &#224; l'&#233;poque, d'&#171; &#233;viter la guerre &#187; avec l'Allemagne&#8230; (ndlr)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La base d'une &#233;ventuelle unit&#233; : un projet de transformation sociale partag&#233; - Intervention lors du forum social qu&#233;b&#233;cois (septembre 2007)</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-base-d-une-eventuelle-unite-un-projet-de-transformation-sociale-partage</link>
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		<dc:date>2008-04-14T02:17:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Intervention au panel du FSQ sur l'unit&#233; des mouvements sociaux&lt;br class='autobr' /&gt;
La base d'une &#233;ventuelle unit&#233; : un projet de transformation sociale partag&#233;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Strategie-" rel="directory"&gt;Strat&#233;gie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'id&#233;e principale que je veux d&#233;velopper par rapport au th&#232;me de l'atelier &#8212; &#171; la n&#233;cessaire unit&#233; des mouvements sociaux dans la lutte contre la mont&#233;e de la droite au Qu&#233;bec &#187; &#8212; est que cette unit&#233; n'est possible que sur la base d'un projet de transformation sociale partag&#233; par les mouvements et par de larges couches des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que les luttes sociales restent d&#233;fensives &#8211; et c'est le cas normal quand les revendications imm&#233;diates ne font pas partie d'une strat&#233;gie de transformation sociale &#8211; ce sera la logique de groupe, une logique corporatiste, qui dominera les mouvements sociaux. Cette logique est impos&#233;e par le fonctionnement m&#234;me du capitalisme qui met les travailleurs et les travailleuses en comp&#233;tition les uns avec les autres. Et cela est d'autant plus le cas dans une p&#233;riode, comme celle d'aujourd'hui, o&#249; la bourgeoise et son &#201;tat sont partis en offensive contre les gains sociaux et politiques du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a chaque jour des exemples de cette logique corporatiste des mouvements sociaux. Ainsi, la r&#233;ponse de la FTQ &#224; la crise du secteur du bois est de demander l'intervention gouvernementale pour r&#233;duire les co&#251;ts de la production afin de rendre les entreprises du secteur plus concurrentielles. Il s'agit en pratique d'une subvention aux entreprises, dans l'espoir que cela sauvera des emplois. Pourtant, la demande de la FTQ n'inclut pas, et ne peut vraiment pas inclure, des garanties d'emploi de la part des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas difficile d'imaginer la r&#233;action des autres secteurs des classes populaires &#224; cette demande. Eux aussi connaissent la pr&#233;carit&#233; des emplois tout en regardant se d&#233;t&#233;riorer les services publics sous le pr&#233;texte que gouvernement n'a plus de moyens. Dans une telle situation, il est assez naturel de consid&#233;rer que la satisfaction de la demande de subventionner l'industrie de bois serait faite aux d&#233;pens de la majorit&#233; des travailleurs qui ne sont pas touch&#233;s par la crise de ce secteur. La position de la FTQ ne peut donc pas susciter une r&#233;ponse solidaire aupr&#232;s des autres mouvements sociaux ni du public en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les TCA, le Syndicat des travailleurs et des travailleuses de l'automobile, longtemps identifi&#233; &#224; l'aile gauche du mouvement syndicale, s'est r&#233;duit &#233;galement ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; demander, de concert avec les patrons, des subventions pour les entreprises de construction d'automobiles, m&#234;me quand celles-ci sont hautement rentables. Le syndicat s'oppose &#233;galement &#224; l'adoption de r&#233;gulations environnementales trop strictes qui nuiraient &#224; la comp&#233;titivit&#233; des entreprises. Encore une fois, c'est &#233;vident qu'une telle position ne peut susciter une r&#233;ponse solidaire de la part des autres syndicats et des mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il y a l'exp&#233;rience r&#233;cente du pacte d'auto, aujourd'hui supprim&#233; par d&#233;cision de l'OMC &#8211; mondialisation oblige &#8211; qui aurait pu inspirer les TCA. Sous ce pacte, conclu entre le Canada et les E-U durant les ann&#233;es 1960, les multinationales am&#233;ricaines de l'automobile &#233;taient oblig&#233;es &#224; produire au Canada autant de v&#233;hicules qu'elles y vendaient. En d'autres mots, la responsabilit&#233; sociale des entreprises envers les communaut&#233;s d'o&#249; elles tiraient leurs profits &#233;tait officiellement reconnue. Mais aujourd'hui cette politique est d&#233;clar&#233;e &#171; irr&#233;aliste &#187; par les gouvernements et par la bourgeoisie, et les TCAs se plient &#224; ce jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soumission &#224; la logique de la comp&#233;titivit&#233;, le renoncement &#224; toute strat&#233;gie de transformation sociale, est &#224; la base de la faiblesse du mouvement syndical face &#224; l'offensive patronale et gouvernementale. La population, non sans raison, ne voit plus dans les syndicats un moteur du progr&#232;s social. Elle les voit (avec ou sans raison) plut&#244;t comme des d&#233;fenseurs de privil&#232;ges de groupes. L'absence d'une vision strat&#233;gique est &#233;galement &#224; la base de la d&#233;sunion syndicale face &#224; l'offensive gouvernementale. Les centrales pointent le doigt les unes envers les autres, mais dans les faits chacune se limite &#224; d&#233;fendre ses propres int&#233;r&#234;ts organisationnels et sectoriels aux d&#233;pens des int&#233;r&#234;ts de l'ensemble de la classe des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation n'est pas diff&#233;rente en ce qui concerne les autres mouvements sociaux qui se limitent &#224; des luttes d&#233;fensives et au lobbying. L&#224; aussi, il manque de vision strat&#233;gique. Dans les cas des groupes qui luttent contre la pauvret&#233;, cette attitude facilite le travail des forces droiti&#232;res qui cherchent &#224; dresser la dite &#171; classe moyenne &#187;, qui assume de plus en plus du fardeau fiscal tout en recevant de moins en moins en services publiques, contre les pauvres. En fait, les deux groupes font partie de la m&#234;me classe ouvri&#232;re, mais l'absence d'un projet de soci&#233;t&#233; alternative emp&#234;che l'&#233;laboration de campagnes qui pourraient susciter la solidarit&#233; entre les diff&#233;rentes parties de cette classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si regarde du c&#244;t&#233; du mouvement &#233;tudiant, on constate que de ses diverses organisations, seule l'ASSEE cherche l'unit&#233; avec les autres mouvements sociaux, notamment avec le mouvement ouvrier, qui, malheureusement ne r&#233;pond pas, &#224; part quelques gestes plut&#244;t symboliques. La volont&#233; d'unit&#233; de l'ASSEE d&#233;coule naturellement de sa vision strat&#233;gique de transformation sociale, vision qui manque totalement &#224; la FEUQ et &#224; la FECQ. C'est pour cette raison que l'unit&#233; de ces derni&#232;res avec l'ASSEE, sauf sur des questions de tactiques ponctuelles et limit&#233;es, n'est pas possible. L'unit&#233; n'est m&#234;me pas souhaitable, si cela doit se faire aux d&#233;pens de la vision strat&#233;gique de l'ASSEE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande question est &#233;videmment comment r&#233;orienter les mouvements populaires en faveur d'un projet strat&#233;gique de transformation sociale. La r&#233;ponse est loin d'&#234;tre &#233;vidente. Quand le rapport de force est si d&#233;favorable aux classes populaires, tout projet de transformation radicale para&#238;t irr&#233;aliste. C'est un cercle magique : la faiblesse des mouvements populaires encourage la soumission &#224; la logique capitaliste au nom du r&#233;alisme, et la soumission &#224; la logique capitaliste condamne les mouvements sociaux &#224; la faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de formules magiques pour sortir de ce dilemme. Mais il est clair que dans la recherche d'une issue, un parti de gauche porteur d'un projet de soci&#233;t&#233; alternative a un r&#244;le important &#224; jouer. Le r&#244;le de ce parti est d'&#233;laborer, en s'appuyant sur les probl&#233;matiques et les exp&#233;riences des mouvements sociaux, un projet de transformation sociale radicale et de promouvoir au sein mouvements sociaux une pens&#233;e strat&#233;gique qui s'inspire de ce projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas question de donner des le&#231;ons aux mouvements sociaux. Il s'agit plut&#244;t de cr&#233;er des espaces pour que les membres du parti qui militent dans les diff&#233;rents mouvements sociaux puissent &#233;changer des exp&#233;riences et des id&#233;es et &#233;laborer des positions qui s'inspire du programme du parti. Ils doivent ensuite d&#233;fendre ces positions dans leurs organisations respectives. Cela doit se faire &#233;videmment d'une mani&#232;re respectueuse de l'autonomie et de l'identit&#233; propre des mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident qu'un tel parti ne peut pas se limiter &#224; l'activit&#233; &#233;lectoraliste. Une orientation &#233;lectoraliste, qui caract&#233;rise les partis sociaux-d&#233;mocrates, comme le NPD, pousse constamment vers le centre politique. Et de nos jours ce centre est de plus en plus &#224; droite. Sans nier l'int&#233;r&#234;t d'&#233;lire des d&#233;put&#233;s, les campagnes &#233;lectorales doivent servir surtout &#224; &#233;largir les termes du d&#233;bat public, &#224; populariser des revendications qui remettent en cause la logique capitaliste et qui laissent entrevoir une soci&#233;t&#233; diff&#233;rente, d&#233;mocratique et solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit &#233;videmment du fameux &#171; parti des urnes et de la rue &#187; comme se d&#233;clare QS, sans qu'il le soit vraiment. C'est le grand d&#233;fi devant l'aile gauche du parti &#8211; de faire du slogan une r&#233;alit&#233;. La base du parti semble ouverte &#224; une telle conception, mais il reste un grand travail d'&#233;ducation &#224; faire. Il faut forcer le d&#233;bat sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre d&#233;fi, encore plus redoutable, est d'&#233;laborer des revendications qui, tout en s'inspirant d'une strat&#233;gie de transformation sociale, paraissent r&#233;elles et justes au monde et sont capables de gagner dans l'imm&#233;diat et d'apporter des am&#233;liorations r&#233;elles. Cela ne donne rien de d&#233;clarer dans les forums sociaux qu'un autre monde est possible. Ce n'est que la confiance qui vient de victoires concr&#232;tes qui cr&#233;e un terrain social r&#233;ceptif &#224; un projet de transformation sociale, &#224; une strat&#233;gie d'offensif populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;fis sont de tailles. Mais ne pas les relever condamnent les mouvements sociaux &#224; des luttes d&#233;fensives. Et les luttes d&#233;fensives ont peu de chance aujourd'hui &#224; r&#233;ussir. Au mieux, elles peuvent ralentir l'offensive de la bourgeoisie et de son &#201;tat. C'est eux qui garderont toujours l'initiative et qui d&#233;termineront l'ordre de jour. Il nous faut passer &#224; l'offensive. C'est la condition de l'unification des luttes. Mais pour cela, il faut une strat&#233;gie et un projet de soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le marxisme et les sciences sociales</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'un des &#233;l&#233;ments les plus caract&#233;ristiques de l'analyse marxiste est son caract&#232;re engag&#233;. &#192; la diff&#233;rence des autres th&#233;ories en sciences sociales, la th&#233;orie marxiste ne pr&#233;tend pas &#234;tre id&#233;ologiquement neutre. &lt;br class='autobr' /&gt; Quand j'&#233;tais &#233;tudiant pendant les ann&#233;es 1970, les &#233;tudiant&#183;e&#183;s de mon d&#233;partement se sont battu&#183;e&#183;s pour l'embauche d'un professeur marxiste. &#192; l'&#233;poque, la jeunesse &#233;tudiante &#233;tait assez radicalis&#233;e, et plusieurs d'entre nous voulaient faire nos th&#232;ses en utilisant une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'un des &#233;l&#233;ments les plus caract&#233;ristiques de l'analyse marxiste est son caract&#232;re engag&#233;. &#192; la diff&#233;rence des autres th&#233;ories en sciences sociales, la th&#233;orie marxiste ne pr&#233;tend pas &#234;tre id&#233;ologiquement neutre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais &#233;tudiant pendant les ann&#233;es 1970, les &#233;tudiant&#183;e&#183;s de mon d&#233;partement se sont battu&#183;e&#183;s pour l'embauche d'un professeur marxiste. &#192; l'&#233;poque, la jeunesse &#233;tudiante &#233;tait assez radicalis&#233;e, et plusieurs d'entre nous voulaient faire nos th&#232;ses en utilisant une approche marxiste. Mais dans ce grand d&#233;partement de quelque 40 professeurs il n'y avait pas un seul marxiste. Nos moyens de pressions, entre autres, une gr&#232;ve, ont finalement amen&#233; le d&#233;partement &#224; la table de n&#233;gociation. Mais les n&#233;gociations tra&#238;naient sans r&#233;sultat. Apr&#232;s plusieurs s&#233;ances, l'un des professeurs s'est finalement &#233;cri&#233; en frustration : &#171; Mais, voyons donc, le marxisme, c'est une religion ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus tard, lors de la soutenance de ma th&#232;se, j'ai rencontr&#233; de nouveau cette attitude : certains membres du jury m'ont reproch&#233; d'avoir fait une th&#232;se politique, non pas scientifique. Ils voulaient m'imposer des r&#233;visions majeures, ce qui est l'&#233;quivalent d'un &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces professeurs consid&#233;raient, peut-&#234;tre sinc&#232;rement, que leurs propres analyses, &#224; la diff&#233;rence de la mienne, &#233;taient neutres. Mais c'&#233;tait une illusion. Un parti pris id&#233;ologique est comme un accent. Quand on a grandi au Qu&#233;bec o&#249; tout le monde parle avec le m&#234;me accent qu&#233;b&#233;cois, on peut bien se faire l'illusion de parler sans accent. Ce seraient plut&#244;t les anglophones et les touristes fran&#231;ais qui ont des accents. C'est pareil en id&#233;ologie : lorsqu'on adh&#232;re &#224; l'id&#233;ologie dominante, qui est v&#233;hicul&#233;e par nos grands m&#233;dias, par l'&#233;crasante majorit&#233; des intellectuels et par les membres de la dite &#171; classe politique &#187;, on peut bien avoir l'impression de n'adh&#233;rer &#224; aucune id&#233;ologie. Mais on a quand m&#234;me un parti pris &#8211; en faveur de l'ordre &#233;tabli, du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le champ visuel du marxisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'engagement conscient et avou&#233; du marxisme est envers le socialisme, qui une soci&#233;t&#233; sans exploitation, o&#249; l'&#233;conomie serait g&#233;r&#233;e d&#233;mocratiquement pour et par la collectivit&#233;. L'&#233;conomie capitaliste, par contre, est g&#233;r&#233;e par et pour les grands poss&#233;dants, la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet engagement envers le socialisme a des cons&#233;quences importantes au niveau de la m&#233;thode du marxisme. &#192; la diff&#233;rence des autres approches, l'analyse marxiste ne consid&#232;re pas le capitalisme comme une chose allant de soi-m&#234;me, comme une donn&#233;e naturelle qui doit &#234;tre accept&#233;e comme telle et ne pas &#234;tre int&#233;gr&#233;e &#224; l'analyse de la question sous &#233;tude. L'approche marxiste, au contraire, int&#232;gre le syst&#232;me capitaliste dans son analyse de toute question importante de la soci&#233;t&#233;, que ce soit le d&#233;ficit d&#233;mocratique, la mondialisation, la pauvret&#233;, la question nationale, la discrimination raciale ou sexuelle, la destruction de l'environnement, l'&#233;rosion de notre filet de s&#233;curit&#233; sociale, et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mani&#232;re, le concept de &#171; totalit&#233; &#187; joue un r&#244;le central dans la m&#233;thode marxiste : toute question particuli&#232;re est analys&#233;e comme partie int&#233;grante de la totalit&#233; des rapports qui constituent la soci&#233;t&#233; donn&#233;e. En cons&#233;quence, le champ visuel de l'analyse marxiste est plus large, plus englobant, que celui des th&#233;ories qui, consciemment ou non, acceptent l'ordre &#233;tabli. Ces th&#233;ories produisent des analyses partielles. Et, comme on sait, les v&#233;rit&#233;s partielles, lorsqu'on les situe dans le tableau plus large, s'av&#232;rent souvent des mensonges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat d&#233;mocratique selon l'id&#233;ologie dominante et selon l'analyse marxiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que mes propos ne restent pas abstraits, je propose de pr&#233;senter tr&#232;s sommairement l'analyse marxiste d'une question qui nous concerne toutes et tous : la nature de notre &#201;tat d&#233;mocratique &#8212; est-il ce qu'il pr&#233;tend &#234;tre ? L'id&#233;ologie dominante, et sa version intellectuelle, la th&#233;orie pluraliste, y r&#233;pondent &#224; l'affirmatif. Selon cette th&#233;orie, notre d&#233;mocratie est, peut-&#234;tre, imparfaite ; elle a besoin de r&#233;formes ; mais elle est quand m&#234;me une v&#233;ritable d&#233;mocratie, et, d'ailleurs, elle est la seule possible, puisque le socialisme am&#232;ne au totalitarisme, comme le montrerait l'exp&#233;rience sovi&#233;tique. Notre syst&#232;me, selon la th&#233;orie pluraliste, est d&#233;mocratique parce qu'il est caract&#233;ris&#233; par le suffrage universel et &#233;gal et par les libert&#233;s d&#233;mocratiques. Les partis au pouvoir savent qu'ils risquent &#234;tre foutus dehors lors du prochain scrutin, s'ils adoptent des politiques impopulaires. Dans la comp&#233;tition pour influencer l'action du gouvernement, aucun int&#233;r&#234;t n'est exclu ; tout groupe d'int&#233;r&#234;t de la soci&#233;t&#233; peut trouver des moyens t&#244;t ou tard pour se faire valoir. Comme preuve, les partisans de notre d&#233;mocratie citent les victoires politiques remport&#233;es par les forces populaires, comme, par exemple, la victoire des &#233;tudiants il y a presque deux ans sur la question des pr&#234;ts-bourses, ou sur le maintien du gel des frais de scolarit&#233;. Ce sont des victoires remport&#233;es contre l'opposition combin&#233;e du gouvernement, du patronat, des &#233;ditorialistes des grands journaux, de la plupart des recteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, selon cette analyse qui correspond &#224; l'id&#233;ologie dominante, le pouvoir politique n'est pas le monopole de la bourgeoisie ou d'une quelconque &#233;lite du pouvoir. Le peuple est souverain, m&#234;me si sa participation &#224; la vie politique est limit&#233;e aux scrutins p&#233;riodiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons maintenant l'analyse marxiste. D'abord, elle reconna&#238;t comme r&#233;els les traits du syst&#232;me que je viens d'&#233;num&#233;rer. On ne peut r&#233;duire notre syst&#232;me politique &#224; une simple d&#233;mocratie de fa&#231;ade ou &#224; une dictature cach&#233;e, comme le font certains courants anarchistes. Ce n'est pas pour rien que le mouvement ouvrier et plus tard aussi le mouvement f&#233;ministe se sont battus pour obtenir le suffrage universel. Mais malgr&#233; tout cela, notre d&#233;mocratie n'est pas ce qu'elle pr&#233;tend &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se marxiste est que le capitalisme subvertit la d&#233;mocratie, la transformant en outil de domination de la minorit&#233; poss&#233;dante du capital, de la bourgeoisie. La fonction fondamentale de notre Etat, et des appareils de violence sur lesquels il s'appuie, est de d&#233;fendre l'int&#233;grit&#233; et le bon fonctionnement du capitalisme, syst&#232;me d'exploitation qui permet &#224; la bourgeoisie d'accumuler de plus en plus de richesses aux d&#233;pens du travail non r&#233;mun&#233;r&#233; [plus-value] des salari&#233;s, qui sont oblig&#233;e)s &#224; vendre leur force de travail aux membres de la bourgeoisie pour subsister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat d&#233;mocratique et l'appropriation priv&#233;e des moyens de production, de distribution et de diffusion (m&#233;dias)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons bri&#232;vement les arguments sur lequel la th&#232;se marxiste s'appuie. On peut les organiser en trois groupes. Le premier concerne les aspects de la soci&#233;t&#233; capitaliste qui conf&#232;rent un avantage permanent et &#233;crasant &#224; la bourgeoisie dans la comp&#233;tition pour influencer le gouvernement. Cela ne veut pas dire que les forces populaires ne gagnent jamais les luttes politiques. David n'a-t-il pas abattu Goliath ? Comme j'ai soulign&#233;, notre syst&#232;me n'est pas une dictature cach&#233;e. N&#233;anmoins, la lutte politique entre la bourgeoisie et les forces populaires pour influencer la politique de l'Etat se m&#232;ne &#224; armes tr&#232;s in&#233;gales. Et aucune r&#233;forme du syst&#232;me politique qui laisse int&#232;gre le syst&#232;me capitaliste ne pourra pas changer cette donn&#233;e fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re source de l'in&#233;galit&#233; des moyens d'influence est la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et de distribution, qui se trouvent entre les mains de la bourgeoisie. Dans une &#233;conomie capitaliste, ce sont les membres de cette classe qui prennent les d&#233;cisions concernant les investissements et la production et la distribution des biens et des services. Quelle serait la r&#233;action du milieu des affaires &#224; un gouvernement qui ose remettre en cause l'orthodoxie n&#233;o-lib&#233;rale ou tout autre int&#233;r&#234;t que ce milieu consid&#232;re vital ? Il y aurait une diminution des investissements, une fuite de capital, une vague de d&#233;localisations des entreprises. Et ces actions ne seraient n&#233;cessairement m&#234;me pas concert&#233;es. Ce sont les r&#233;actions spontan&#233;es des poss&#233;dants aux menaces &#224; leurs capitaux et &#224; leurs profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mani&#232;re, la bourgeoisie tient la sant&#233; de l'&#233;conomie et des finances publiques entre ses mains. C'est la source d'immense influence politique. Tout gouvernement, &#224; moins qu'il ne d&#233;cide de nationaliser l'&#233;conomie, est oblig&#233; &#224; chercher la confiance du monde des affaires. Mais il peut bien se passer de la confiance des forces populaires, comme le montrent les ann&#233;es du gouvernement Charest [Jean Charest, premier ministre du Qu&#233;bec].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet immense pouvoir &#233;conomique de la bourgeoisie, il faut ajouter celui de ses nombreux alli&#233;s internationaux. Il s'agit des investisseurs &#233;trangers, des institutions financi&#232;res internationales, comme le FMI et la Banque mondiale, et des gouvernements &#233;trangers. Tout gouvernement qui oserait porter atteinte aux int&#233;r&#234;ts importants de la bourgeoisie se retrouverait sous la lourde pression &#233;conomique, politique, m&#234;me militaire, de ses acteurs ext&#233;rieurs. Les forces populaires ne peuvent, malheureusement, compter sur une solidarit&#233; internationale comparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre immense avantage politique de la bourgeoisie est son contr&#244;le des moyens de production et de diffusion des id&#233;es. Marx et Engels ont affirm&#233; il y a 150 ans qu'&#224; toutes les &#233;poques les id&#233;es dominantes sont celles de la classe qui domine &#233;conomiquement. La classe qui poss&#232;de les moyens de production mat&#233;rielle contr&#244;le aussi les moyens de production et de diffusion des id&#233;es. Au Qu&#233;bec et au Canada, comme dans le reste du monde capitaliste, les m&#233;dias de masse, &#224; quelques exceptions pr&#232;s, sont la propri&#233;t&#233; de grandes corporations. Celles-ci sont naturellement d'orientation conservatrice, ou, au mieux, lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'est pas un complot. C'est la cons&#233;quence de la concentration de capital, qui est une tendance fondamentale du capitalisme : l'&#233;norme capital n&#233;cessaire aujourd'hui pour acheter ou fonder un journal de masse ou un canal de t&#233;l&#233;vision est tout simplement hors de la port&#233;e des forces populaires. Et aux m&#233;dias de masse comme outil de domination id&#233;ologique, on peut ajouter les maintes bo&#238;tes &#224; pens&#233;es et les agences de relations publiques financ&#233;es par les membres de la bourgeoisie, son arm&#233;e d'id&#233;ologues dipl&#244;m&#233;s directement ou indirectement &#224; leur solde, le syst&#232;me d'&#233;ducation, et tr&#232;s souvent aussi les institutions religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces moyens de domination id&#233;ologiques conf&#232;rent &#224; la bourgeoisie une capacit&#233; in&#233;gal&#233;e d'influencer l'opinion publique. Un gouvernement qui ose porter atteinte &#224; ses int&#233;r&#234;ts importants se verrait l'objet d'une campagne m&#233;diatique accablante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer ce premier groupe d'arguments, je veux citer un discours fait par le Premier ministre d'Italie en 1947. &#192; la fin de la guerre mondiale, avec la chute du r&#233;gime fasciste en Italie, qui avait eu le soutien enthousiaste de la bourgeoisie, son parti D&#233;mocrate chr&#233;tien (DC) a cherch&#233; &#224; s'appuyer sur les classes dites moyennes. Mais de Gasperi [Alcide de Gasperi, 1881-1954, fondateur de la DC] a vite compris que cela ne suffisait pas. Son parti ne pouvait se passer de l'appui de la bourgeoisie. Je le cite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a en Italie un quatri&#232;me parti, en plus des D&#233;mocrates chr&#233;tiens, des Communistes, et des Socialistes, un parti qui est capable de paralyser et de rendre futile tout effort, en organisant le sabotage du pr&#234;t national, la fuite du capital, l'inflation, et la diffusion de campagnes scandaleuses. L'exp&#233;rience m'a appris que l'Italie ne peut &#234;tre gouvern&#233;e aujourd'hui &#224; moins que nous n'amenions au gouvernement, sous une forme ou autre, les repr&#233;sentants de ce quatri&#232;me parti, qui dispose de la richesse de la nation et du pouvoir &#233;conomique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les institutions de l'Etat et la bourgeoisie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me groupe d'arguments concerne les avantages dont jouit la bourgeoisie au sein m&#234;me des institutions de l'&#201;tat. L'&#201;tat d&#233;mocratique a &#233;t&#233; form&#233; principalement par et pour les forces bourgeoises, m&#234;me si le suffrage universel a &#233;t&#233; une concession &#224; la pression du mouvement ouvrier. Cet &#201;tat s'est d&#233;velopp&#233; pour gouverner la soci&#233;t&#233; capitaliste. Il est en fait l'expression politique de la soci&#233;t&#233; capitaliste. C'est un &#201;tat capitaliste, malgr&#233; sa forme d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il s'agit de la sympathie spontan&#233;e de l'administration publique, du judiciaire, de l'arm&#233;e et de la police pour les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie. C'est le cas quelle que soit la couleur du parti au pouvoir. Les hautes sph&#232;res, et tr&#232;s souvent aussi les interm&#233;diaires, de ces institutions &#233;tatiques, dont tout gouvernement d&#233;pend pour son fonctionnement normal, partagent les m&#234;mes orientations id&#233;ologiques que le monde des affaires. Les hauts rangs notamment de ces institutions appartiennent au m&#234;me milieu social que la bourgeoisie. Et ils vont r&#233;sister, passivement ou activement, &#224; toute mesure qui porte atteinte aux int&#233;r&#234;ts de cette classe. Cette affinit&#233; id&#233;ologique donne aux membres de la bourgeoisie un acc&#232;s privil&#233;gi&#233; aux all&#233;es du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on se rend compte du caract&#232;re fondamentalement capitaliste de la d&#233;mocratie lib&#233;rale, il devient clair que ses d&#233;fauts, qu'on trouve &#224; un degr&#233; ou autre dans tous les pays capitalistes, ne sont pas le simple fruit du hasard et qu'ils ne peuvent pas &#234;tre corrig&#233;s par du bricolage r&#233;formateur. Au contraire, ils font partie int&#233;grante du syst&#232;me politique. Depuis l'av&#232;nement du suffrage universel au d&#233;but du XXe si&#232;cle &#8211; r&#233;forme &#224; laquelle les Etats et les classes poss&#233;dantes ont longtemps r&#233;sist&#233; avec f&#233;rocit&#233; &#8211; les gouvernants se trouvent affront&#233;s &#224; un probl&#232;me compliqu&#233; : comment gouverner pour la bourgeoisie, tout en soutenant l'illusion de gouverner pour tout le peuple. C'est t&#226;che est d'autant plus difficile de nos jours, l'&#233;poque n&#233;olib&#233;rale, quand le progr&#232;s du capitalisme s'accompagne de la r&#233;gression de la situation des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187; un trait inh&#233;rent de la d&#233;mocratie capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; part les concessions de temps en temps pour contenir la pression populaire, le moyen principal de la d&#233;mocratie capitaliste pour r&#233;soudre ce probl&#232;me est de tenir les classes populaires &#224; l'&#233;cart de la vie politique. Pour les th&#233;oriciens lib&#233;raux de la d&#233;mocratie, la faible participation populaire &#224; la vie politique est une chose peut-&#234;tre regrettable, mais fondamentalement normale, puisque, selon eux, la majorit&#233; des gens pr&#233;f&#232;rent s'occuper de leur vie priv&#233;e. Et de toute mani&#232;re, le peuple n'a pas l'expertise n&#233;cessaire pour s'orienter dans des questions complexes, loin de son exp&#233;rience quotidienne. Mieux laisser cela aux sp&#233;cialistes de la classe dite politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais selon l'analyse marxiste, la d&#233;mocratie capitaliste a &#233;t&#233; con&#231;ue pour marginaliser les classes populaires, cultiver leur indiff&#233;rence et l'ignorance des agissements de l'&#201;tat. La manipulation et le mensonge, l'absence de transparence, le secret d'Etat, le refus de prendre des mesures s&#233;rieuses pour encourager la participation &#8211; bref, tout ce qu'on appelle aujourd'hui le &#171; d&#233;ficit d&#233;mocratique &#187; &#8211; sont des traits inh&#233;rents de la d&#233;mocratie capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un exemple. Lorsque l'ancien Premier Ministre Brian Mulroney a d&#233;cid&#233; de n&#233;gocier le trait&#233; de libre-&#233;change avec les Etats-Unis, ce qu'il avait solennellement promis de ne pas faire lors de sa campagne &#233;lectorale, il a envoy&#233; le m&#233;morandum suivant &#224; son cabinet : &#171; Il est vraisemblable que plus le sujet sera connu et d&#233;battu, plus l'appui que lui accorde le public ira en d&#233;clinant. Cependant, un programme de communication correctement ex&#233;cut&#233; aura pour effet probable d'induire chez la majorit&#233; des Canadiens une sorte de d&#233;sint&#233;r&#234;t bienveillant pour le sujet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, des pans entiers de notre syst&#232;me politique jouent joue un r&#244;le principalement symbolique pour faire croire au peuple que l'Etat est neutre et d&#233;fend l'int&#233;r&#234;t commun. C'est le cas en grande partie, par exemple, de la Commission des droits de la personne, qui est terriblement sous-financ&#233;e et qui manque le pouvoir de prendre des d&#233;cisions ex&#233;cutoires. C'est aussi largement le cas de la Commission des normes de travail, appel&#233;e &#224; d&#233;fendre les droits des salari&#233;s non-syndiqu&#233;s. Et c'est &#233;galement le cas de la CSST (Commission de la sant&#233; et de la s&#233;curit&#233; du travail) qui n'a ni les ressources ni la volont&#233; de forcer les patrons &#224; respecter les normes de sant&#233; et s&#233;curit&#233; du travail. En fait, la plupart des agences &#233;tablies formellement pour r&#233;guler l'&#233;conomie dans les int&#233;r&#234;ts de la population les r&#233;gulent, de facto, dans les int&#233;r&#234;ts des entreprises pr&#233;tendument r&#233;gul&#233;es. Mais leur existence et leurs interventions de temps en temps en faveur des faibles et des d&#233;munis servent &#224; maintenir l'illusion d'un Etat de tout le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me en grande partie pour le parlement lui-m&#234;me. Cette institution tr&#232;s en vue ne cesse de perdre du pouvoir en faveur de l'ex&#233;cutif, qui lui agit pour la plupart derri&#232;re les coulisses. Ce glissement du pouvoir des l&#233;gislatifs vers les ex&#233;cutifs est un ph&#233;nom&#232;ne universel des Etats d&#233;mocratiques depuis l'av&#232;nement du suffrage universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en plus, il y a des &#233;l&#233;ments importants de l'Etat qui sont officiellement m&#234;me hors du contr&#244;le d&#233;mocratique. Par exemple, de la Banque nationale, qui joue un r&#244;le tr&#232;s important dans la vie &#233;conomique du pays, est officiellement ind&#233;pendante du gouvernement &#233;lu. Une grande partie de ce que le gouvernement fait dans la sph&#232;re de la politique ext&#233;rieure est &#233;galement soustraite au contr&#244;le d&#233;mocratique. Nos parlementaires n'ont m&#234;me pas &#233;t&#233; admis aux n&#233;gociations de la ZLEA (Zone de libre &#233;change des Am&#233;riques &#8211; ALCA), tandis que des hommes d'affaires y &#233;taient pr&#233;sents. La d&#233;cision d'envoyer nos troupes en Afghanistan n'a &#233;t&#233; ni d&#233;battue ni ent&#233;rin&#233;e par le parlement. Le contr&#244;le d&#233;mocratique des appareils de violence &#8211; la police, la GRC (Gendarmerie royale du Canada), le SCIS (Service canadien du renseignement de s&#233;curit&#233;) &#8211; est &#233;galement quasi inexistant. La GRC en particulier, qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 1919 en r&#233;ponse &#224; la radicalisation du mouvement ouvrier, a souvent agi avec impunit&#233; en violation de la loi. Il va sans le dire que ses actions ill&#233;gales ont le plus souvent &#233;t&#233; dirig&#233;es contre les forces populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'arrive enfin au troisi&#232;me et dernier type d'argument : l'analyse marxiste affirme que la d&#233;mocratie capitaliste ne peut tol&#233;rer la remise en cause du capitalisme. Et je parle ici de la remise en cause l&#233;gale et constitutionnelle du capitalisme. Si l'Etat &#233;tait vraiment d&#233;mocratique, il devrait permettre la transition au socialisme, si cela repr&#233;sente la volont&#233; populaire. Mais cela n'est pas le cas. &#192; ce sujet, on peut reformuler la th&#232;se marxiste de la mani&#232;re suivante : la bourgeoisie accepte l'incertitude inh&#233;rente &#224; la d&#233;mocratie tant que cette incertitude ne touche que ses int&#233;r&#234;ts secondaires et que le syst&#232;me lui permet de d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts jug&#233;s vitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie, au moins des pays riches, a appris au cours du XXe si&#232;cle &#224; vivre avec le risque de d&#233;faites politiques sur des questions d'une importance secondaire parce qu'elle a compris que la d&#233;mocratie permet mieux que la dictature de l&#233;gitimer sa domination &#233;conomique. Les dictatures rendent cette domination trop transparente et donc intol&#233;rable. Il est connu que les luttes populaires contre les dictatures se transforment facilement en lutte contre le capitalisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si jamais les classes populaires arrivent &#224; surmonter tous les obstacles id&#233;ologiques et institutionnels et &#233;lisent un gouvernement porteur d'un projet socialiste, &#224; ce moment la bourgeoisie renoncerait &#224; la d&#233;mocratie et &#224; la l&#233;galit&#233; constitutionnelle pour embrasser le sabotage et la violence. Et en faisant cela, elle aura l'appui des hautes sph&#232;res des appareils de violence (l'arm&#233;e et la police), de la fonction publique, du judiciaire, des grands m&#233;dias, de la plupart des intellectuels. Et si ces forces domestiques ne suffisent pas, elle pourra compter sur l'appui de forces &#233;conomiques, diplomatiques et militaires venant de l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire confirme la justesse de cette th&#232;se. On peut mentionner, entre autres, l'Espagne en 1936-9, Chili en 1970-1973, Nicaragua durant les ann&#233;es 1980, Venezuela aujourd'hui. On citerait &#233;galement le cas de la Russie de 1918-1921, mais cela prendrait plus d'explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Etat comme partie int&#233;grante de la totalit&#233; des rapports qui constituent la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc tr&#232;s bri&#232;vement l'analyse marxiste de notre d&#233;mocratie. L'approche dialectique, qui aborde l'Etat comme partie int&#233;grante de la totalit&#233; des rapports qui constituent la soci&#233;t&#233;, permet de comprendre comment le syst&#232;me capitaliste, sans supprimer les libert&#233;s politiques, arrive &#224; transformer la d&#233;mocratie en outil de domination de la minorit&#233; bourgeoise. Ce qui du point de vue de l'id&#233;ologie dominante, avec son champ visuel limit&#233;, appara&#238;t comme d&#233;mocratie devient un outil de domination lorsqu'on &#233;largit le champ visuel &#224; la totalit&#233; de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette pr&#233;sentation, il peut sembler paradoxal de parler de l'optimisme fondamental de la th&#233;orie marxiste. Mais l'analyse que je viens de pr&#233;senter n'est pas pessimiste &#8211; elle est simplement r&#233;aliste et am&#232;ne &#224; la conclusion qu'une v&#233;ritable d&#233;mocratie passe par l'appropriation collective de l'&#233;conomie. Cela &#224; son tour demande une rupture r&#233;volutionnaire avec l'&#201;tat capitaliste et son remplacement par une d&#233;mocratie authentiquement populaire, un Etat transparent qui facilite et encourage la participation populaire aux affaires publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle rupture r&#233;volutionnaire ne signifie n&#233;cessairement pas une guerre civile destructrice avec des rivi&#232;res de sang. Cela d&#233;pend en fin de compte de la r&#233;sistance de la bourgeoisie. Car la justice est du c&#244;t&#233; des classes exploit&#233;es, et plus elles seraient d&#233;termin&#233;es et conscientes de leurs int&#233;r&#234;ts, plus faible sera la r&#233;sistance au nouvel ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la passivit&#233; qu'on observe aujourd'hui dans la soci&#233;t&#233;, de telles paroles semblent sans doute assez utopiques. Mais le n&#233;olib&#233;ralisme s'appuie justement sur la r&#233;signation des classes populaires. Les gens ne cherchent pas des changements, non pas parce qu'ils sont contents de l'ordre &#233;tabli, mais parce qu'ils consid&#232;rent sa transformation progressiste impossible. On les a convaincus qu'on est arriv&#233; &#224; la fin de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre marxiste ne signifie pas croire que la r&#233;volution et une soci&#233;t&#233; libre et juste sont &#224; port&#233;e de la main, ni m&#234;me qu'elles sont in&#233;vitables &#224; plus long terme. Etre marxiste signifie seulement que ces choses sont possibles et que leur r&#233;alisation d&#233;pend en fin de compte de notre action collective. Le capitalisme en a cr&#233;&#233; les conditions objectives : une &#233;conomie hautement productive qui peut fournir &#224; chaque &#234;tre humain de la plan&#232;te une s&#233;curit&#233; socio-&#233;conomique fondamentale et les moyens de son &#233;panouissement en tant qu'individu. Le capitalisme a &#233;galement cr&#233;&#233; une force sociale majoritaire, la classe des salari&#233;s, qui est objectivement int&#233;ress&#233;e &#224; la socialisation de l'&#233;conomie, parce qu'elle ne poss&#232;de pas de propri&#233;t&#233; et est forc&#233;e &#224; vivre de la vente de sa force de travail. C'est une classe dont les conditions de vie et de travail sont dict&#233;es par le capital, situation qui va compl&#232;tement &#224; l'encontre de la pr&#233;tention d&#233;mocratique de notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme consid&#232;re le socialisme possible aussi parce que l'oppression et l'injustice qui sont &#224; la base de notre soci&#233;t&#233; capitaliste n'&#233;manent pas d'une quelconque nature humaine, qui serait &#233;go&#239;ste et comp&#233;titive, comme nous le ferait croire l'id&#233;ologie dominante. Selon la th&#233;orie marxiste, la nature humaine n'est ni bonne ni mauvaise. Son trait fondamental est justement d'&#234;tre capable de presque tout, comme nous montre, en effet, l'histoire du dernier si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes des &#234;tres sociaux. Nous ne devenons humains qu'&#224; travers la soci&#233;t&#233;, et c'est le caract&#232;re de la soci&#233;t&#233; qui d&#233;termine quelle sera la nature humaine qu'y domine. Le capitalisme cr&#233;e des &#234;tres humains comp&#233;titifs, &#233;go&#239;stes, souvent cruels parce que c'est le genre d'individu le mieux adapt&#233;e pour r&#233;ussir dans ce genre de soci&#233;t&#233;. Mais la lutte contre le capitalisme a la capacit&#233; de transformer les gens en individus g&#233;n&#233;reux, solidaires, d&#233;mocratiques. Ce sont des traits qui se manifestent avec force lors de toute lutte populaire d'envergure parce qu'ils sont n&#233;cessaires pour gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela le sens de la remarque de Marx selon laquelle la v&#233;ritable lutte n'est pas entre le travail et le capital, mais entre le travailleur et l'&#234;tre humain. Le capital cr&#233;e le travailleur dont il a besoin. Mais il g&#233;n&#232;re aussi la lutte contre le capital, et cette lutte a la capacit&#233; de transformer le travailleur en individu capable de participer &#224; la construction d'une soci&#233;t&#233; solidaire et d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai soulign&#233; au d&#233;but que la th&#233;orie marxiste est une th&#233;orie ouvertement engag&#233;e. Son engagement est envers une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur la libert&#233;, la solidarit&#233;, et la justice, une soci&#233;t&#233;, selon Marx, o&#249; le d&#233;veloppement libre de tous et de toutes est la condition du d&#233;veloppement de chacune et de chacun. Si un tel engagement vous attire, le marxisme devrait vous aussi int&#233;resser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Cette conf&#233;rence a &#233;t&#233; faite par David Mandel le 1er novembre 2006 &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec. D. Mandel est professeur titulaire au d&#233;partement de science politique de l'l'Universit&#233; du Qu&#233;bec (Montr&#233;al). Il est l'auteur, entre autres, The Petrograd workers and the Soviet seizure of power : from the July days 1917 to July 1918, Macmillan, 1984. Les intertitres sont de la r&#233;daction de A l'Encontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 novembre 2007&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qu&#233;bec solidaire : au-del&#224; de l'&#233;lectoralisme ? </title>
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		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>

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&lt;p&gt;Un peu plus de 50 personnes ont particip&#233; &#224; la soir&#233;e de lancement du collectif montr&#233;alais de Presse-toi &#224; gauche ! le 16 mars, &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al. Au programme, un d&#233;bat-discussion sur le th&#232;me &#171; Qu&#233;bec solidaire : au-del&#224; de l'&#233;lectoralisme ? &#187; Nous vous proposons le texte introductif pr&#233;sent&#233; par David Mandel, membre de Presse-toi &#224; gauche ! et professeur en science politique &#224; l'UQAM. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans l'UFP, on aimait dire qu'on &#233;tait &#8220;un parti des urnes et de la rue&#8221;. Mais je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un peu plus de 50 personnes ont particip&#233; &#224; la soir&#233;e de lancement du collectif montr&#233;alais de Presse-toi &#224; gauche ! le 16 mars, &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al. Au programme, un d&#233;bat-discussion sur le th&#232;me &#171; Qu&#233;bec solidaire : au-del&#224; de l'&#233;lectoralisme ? &#187; Nous vous proposons le texte introductif pr&#233;sent&#233; par David Mandel, membre de Presse-toi &#224; gauche ! et professeur en science politique &#224; l'UQAM.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'UFP, on aimait dire qu'on &#233;tait &#8220;un parti des urnes et de la rue&#8221;. Mais je n'ai jamais assist&#233; &#224; une discussion sur le sens de ces mots. C'est surtout le sens du terme &#8220;parti de la rue&#8221; qui n'a jamais &#233;t&#233; tr&#232;s clair, ni pourquoi un parti &#233;lectoral ne nous suffisait pas. Pourtant, ce sont des questions fondamentales pour un parti de gauche. Le but de mes propos est de pr&#233;senter un des points de vue possibles sur cette question, afin de lancer la discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence par l'observation suivante : toute une s&#233;rie de partis de gauche qui, dans divers pays, ont form&#233; des gouvernements ces derni&#232;res ann&#233;es, ont fini par se plier &#224; l'orthodoxie n&#233;olib&#233;rale tout en essayant, tant bien que mal, de lui donner un visage un peu plus humain. On pense aux gouvernements de Lula au Br&#233;sil, de Helmut Schmidt en Allemagne, de Tony Blair en Grande-Bretagne ou, au Canada, aux gouvernements provinciaux form&#233;s par le NPD. &#192; l'exception du gouvernement de Chavez au Venezuela - qui est un cas &#224; part - aucun parti de gauche au pouvoir n'a pu rompre avec le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma th&#232;se est la suivante : la soumission &#224; l'orthodoxie n&#233;olib&#233;rale est quasi in&#233;vitable si un parti accorde la priorit&#233; &#224; la lutte &#233;lectorale et parlementaire au d&#233;triment de la dimension extra-parlementaire de son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer cette th&#232;se, il faut d'abord comprendre les avantages que la d&#233;mocratie lib&#233;rale - c'est-&#224;-dire la d&#233;mocratie dans la soci&#233;t&#233; capitaliste - accorde au patronat. Si je parle du patronat, ou de la bourgeoisie, c'est parce que je consid&#232;re que le n&#233;olib&#233;ralisme est beaucoup plus qu'une simple id&#233;ologie. C'est bien s&#251;r une id&#233;ologie, mais son r&#244;le est de justifier des politiques qui correspondent aux int&#233;r&#205;ts du patronat, c'est-&#224;-dire de ceux et celles qui vivent de leur capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous avez des doutes &#224; ce sujet, je vous conseille de consulter les documents programmatiques du Conseil du patronat ou de l'Institut &#233;conomique de Montr&#233;al, financ&#233; par le patronat. Vous y trouverez une concordance frappante avec les orientations des gouvernements de Charest, de Harper et, avant eux, de Landry et de Martin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y en a qui disent, comme l'a fait Omar Aktouf lors du lancement de sa campagne pour l'UFP dans Outremont, que l'adh&#233;sion du patronat au n&#233;olib&#233;ralisme est une erreur de sa part. C'est de la fausse conscience qui menace ses propres int&#233;r&#234;ts, et nous voulons le sauver de sa propre b&#234;tise. Mais admettons que cela est vrai - et c'est loin d'&#234;tre mon opinion - que faire si le patronat refuse d'&#234;tre sauv&#233; de lui-m&#234;me ? Il faut quand m&#234;me construire un rapport de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons donc par les avantages du patronat &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de l'&#201;tat, et cela quelle que soit la couleur politique du gouvernement. Le patronat peut toujours compter sur la sympathie active - on pourrait dire &#8220;pr&#233;jug&#233; favorable&#8221; - de la haute fonction publique, du judiciaire et des hautes sph&#232;res de l'arm&#233;e et de la police - les appareils de violence. Ces acteurs &#233;tatiques, dont tout gouvernement d&#233;pend pour son fonctionnement normal, partagent les orientations id&#233;ologiques du monde des affaires. Ils appartiennent souvent au m&#234;me milieu social que le patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces avantages sont relativement peu importants par rapport aux grands atouts du patronat &#224; l'ext&#233;rieur de l'&#201;tat, dans ladite &#8220;soci&#233;t&#233; civile.&#8221; D'abord, dans une &#233;conomie capitaliste, c'est le patronat, la bourgeoisie, qui prend les d&#233;cisions concernant les investissements et la production des biens et des services. En cons&#233;quence, la sant&#233; de l'&#233;conomie et des finances publiques d&#233;pend largement de sa bonne volont&#233;. Ensuite, les m&#233;dias de masse appartiennent &#224; des membres de cette m&#234;me classe, qui partagent tout naturellement les m&#234;mes orientations conservatrices. Aux m&#233;dias, on peut ajouter les nombreuses bo&#238;tes &#224; penser, financ&#233;es par la bourgeoisie, les experts dipl&#244;m&#233;s qui sont directement ou indirectement &#224; leur solde, et une grande vari&#233;t&#233; d'autres moyens, directs et indirects, d'influence de l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici l'extrait d'un discours prononc&#233; en 1947 par le chef du parti D&#233;mocrate chr&#233;tien italien, Alcide De Gasperi, devant son Conseil des ministres. Apr&#232;s la guerre mondiale et la chute du r&#233;gime fasciste, qui avait joui de l'appui enthousiaste de la bourgeoisie italienne, le parti D&#233;mocrate chr&#233;tien a tent&#233; de s'appuyer sur lesdites classes moyennes. Mais De Gasperi a vite compris que le v&#233;ritable int&#233;r&#234;t de son parti &#233;tait d'appuyer sans &#233;quivoque la classe des employeurs. Voil&#224; comment il l'a expliqu&#233; &#224; ses ministres :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Il y a en Italie un quatri&#232;me parti, en plus des D&#233;mocrates chr&#233;tiens, des Communistes et des Socialistes, qui est capable de paralyser et de rendre futile tout effort, en organisant le sabotage du pr&#234;t national, la fuite du capital, l'inflation, et la diffusion de campagnes scandaleuses. L'exp&#233;rience m'a appris que l'Italie ne peut &#234;tre gouvern&#233;e aujourd'hui &#224; moins que nous amenions au gouvernement, sous une forme ou une autre, les repr&#233;sentants de ce quatri&#232;me parti, qui disposent de la richesse de la nation et du pouvoir &#233;conomique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginons pour un instant qu'un parti de gauche, comme Qu&#233;bec solidaire, se fasse &#233;lire sur la base d'un programme qui remet en cause la politique n&#233;olib&#233;rale. Ce gouvernement serait imm&#233;diatement soumis &#224; une pression id&#233;ologique et &#233;conomique &#233;crasante, non seulement de la part du patronat et de ses alli&#233;s domestiques, mais &#233;galement de ses alli&#233;s internationaux - gouvernements &#233;trangers, institutions financi&#232;res et investisseurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; ce propos, voici un autre extrait, cette fois de la revue du Centre canadien pour des alternatives politiques - l'une des rares bo&#238;tes &#224; penser de gauche. Mais il s'agit d'une gauche mod&#233;r&#233;e, qui prend comme mod&#232;le les Etats scandinaves. Dans son &#233;ditorial, le r&#233;dacteur demande &#224; quoi les Canadiens et les Canadiennes devraient s'attendre si un jour leur gouvernement d&#233;cidait de rompre avec l'ALENA et avec l'orthodoxie n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'attendre &#224; la menace imm&#233;diate de fermeture d'entreprises, de mises &#224; pied, de sous-traitance. Et si le gouvernement r&#233;sistait, l'&#233;conomie pourrait &#234;tre s&#233;rieusement d&#233;stabilis&#233;e, notre monnaie d&#233;valu&#233;e, le taux de ch&#244;mage tripl&#233;. Les gr&#232;ves d'investissement et la fuite du capital pourraient g&#233;n&#233;rer une d&#233;pression accablante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et l'auteur ne mentionne m&#234;me pas l'offensive id&#233;ologique qui accompagnerait la pression &#233;conomique. Et la pression &#233;conomique ne serait pas n&#233;cessairement l'expression d'un complot. C'est le comportement plus ou moins spontan&#233; de poss&#233;dants face &#224; un gouvernement per&#231;u comme hostile au monde des affaires. Et de nos jours, tout gouvernement qui d&#233;vie un peu trop de l'orthodoxie n&#233;olib&#233;rale est per&#231;u de cette mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti de gauche qui s'appuie principalement sur son succ&#232;s &#233;lectoral et qui limite son action &#224; la lutte parlementaire ne pourrait r&#233;sister longtemps &#224; cette pression. Il serait forc&#233; de diluer son programme dans un effort pour r&#233;tablir la confiance du monde des affaires. Dans le cas contraire, il risquerait de perdre son appui &#233;lectoral &#224; cause de la d&#233;gradation des conditions &#233;conomiques et de l'offensive m&#233;diatique. La perspective m&#234;me d'une telle r&#233;action de la part du patronat et de ses alli&#233;s est &#224; ce point accablante, que la majorit&#233; des partis de gauche, depuis 15 &#224; 20 ans, ont exclu de leurs plates-formes &#233;lectorales, sinon de leurs programmes, les r&#233;formes qui vont trop &#224; l'encontre de la logique n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma th&#232;se est donc qu'un gouvernement de gauche qui s'appuie principalement sur sa performance &#233;lectorale se verra forc&#233; &#224; limiter son action &#224; ce qui est acceptable pour le monde des affaires. Ce fut toujours le cas. Mais durant &#8220;les trente ann&#233;es dites glorieuses&#8221; de l'apr&#232;s-guerre, la marge de manoeuvre &#233;tait plus grande, gr&#226;ce &#224; l'expansion rapide de l'&#233;conomie et aux taux de profit historiquement &#233;lev&#233;s. Cela rendait le patronat moins coriace. En plus, le mouvement ouvrier est sorti renforc&#233; de la D&#233;pression et de la guerre mondiale. Mais depuis les ann&#233;es 1980, la strat&#233;gie du capital a chang&#233; - elle se base beaucoup plus qu'avant sur l'intensification absolue de l'exploitation du travail. La marge de manoeuvre d'un parti de gauche &#224; l'int&#233;rieur de ce que le patronat est pr&#234;t &#224; supporter s'est r&#233;tr&#233;cie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit qu'un parti qui veut se lib&#233;rer du carcan n&#233;olib&#233;ral doit s'appuyer sur un rapport de force qui va bien au-del&#224; de ce que le seul &#233;lectoralisme peut lui fournir. Il faut avoir, au sein m&#234;me de la soci&#233;t&#233;, un contrepoids qui peut neutraliser les avantages que la d&#233;mocratie lib&#233;rale accorde au patronat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela nous am&#232;ne au &#8220;parti de la rue.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parti qui veut cr&#233;er un tel contrepoids doit &#234;tre plus qu'une machine &#233;lectorale, dans laquelle le r&#244;le de ses membres est limit&#233; &#224; la pr&#233;paration et &#224; la r&#233;alisation de campagnes &#233;lectorales. Ce parti doit &#234;tre un v&#233;ritable mouvement politique. Il doit accorder une priorit&#233; &#224; la formation active de ses membres, qui doivent &#234;tre en mesure d'analyser de mani&#232;re ind&#233;pendante et critique les grands enjeux. Ses membres doivent participer pleinement &#224; l'&#233;laboration du programme et &#224; la strat&#233;gie du parti et se les approprier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc un parti profond&#233;ment d&#233;mocratique, dont la direction encourage les initiatives de la base et cr&#233;e des espaces pour l'activit&#233; et l'organisation qui en soient ind&#233;pendants. Ce n'est que ce genre de parti qui peut cr&#233;er l'engagement et la confiance n&#233;cessaires dans sa base pour changer la soci&#233;t&#233; et pour exercer un contr&#244;le efficace sur la direction et sur sa fraction parlementaire - probl&#232;me r&#233;current des partis politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre un &#8220;parti de la rue&#8221; signifie donc plus que para&#238;tre aux manifestations avec sa banderole. Il faut &#234;tre enracin&#233; dans les mouvements sociaux. Je ne parle pas de &#8220;noyautage,&#8221; ce qui est, &#224; mon avis, un loup-garou qui vise &#224; justifier une division du travail artificielle et n&#233;faste entre le parti et les mouvements sociaux, notamment les syndicats. Je parle de recruter au parti, de former et d'organiser les personnes de gauche qui militent dans les mouvements sociaux pour qu'elles puissent d&#233;fendre dans ces mouvements une vision strat&#233;gique de transformation sociale et y mobiliser des appuis pour les positions du parti. Cela donnerait au parti les moyens pour encourager des luttes sociales qui vont au-del&#224; de la logique n&#233;olib&#233;rale et pour se construire un appui vraiment engag&#233; au sein de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que lorsque les classes populaires sont organis&#233;es et en lutte pour d&#233;fendre leurs int&#233;r&#234;ts au sein m&#234;me de la soci&#233;t&#233; qu'elles peuvent cr&#233;er l'espace id&#233;ologique et la confiance n&#233;cessaires pour faire contrepoids &#224; la pression de la bourgeoisie et de ses alli&#233;s. Sans cela, un gouvernement de gauche - m&#234;me s'il arrive &#224; se faire &#233;lire - finira par c&#233;der &#224; la pression sup&#233;rieure des forces n&#233;olib&#233;rales. C'est l'exp&#233;rience maintes fois confirm&#233;e des partis de gauche de diff&#233;rents pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer, &#224; cause des avantages que la d&#233;mocratie lib&#233;rale accorde au patronat, toute lutte contre la politique n&#233;olib&#233;rale qui se limite &#224; l'ar&#232;ne parlementaire est perdue &#224; l'avance. Pour gagner, la lutte parlementaire doit s'appuyer sur la mobilisation populaire extra-parlementaire. Et de leur c&#244;t&#233;, les victoires &#233;lectorales doivent servir &#224; faciliter et encourager la mobilisation extra-parlementaire. C'est le vrai sens d'un &#8220;parti de la rue.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant de mobilisation extra-parlementaire, je vise le genre de mouvements sociaux qu'on a vus en Bolivie, ces derni&#232;res ann&#233;es, durant les guerres de l'eau et du gaz. Il s'agit de l'&#233;ducation populaire et de manifestations, bien s&#251;r, mais aussi d'actions sur les lieux de travail et allant jusqu'&#224; des gr&#232;ves, des occupations, des blocages d'art&#232;res et de b&#226;timents, des boycotts, et ainsi de suite.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a pu sentir l'immense potentiel de ce genre de mobilisation il y a deux ans durant la journ&#233;e de perturbation syndicale contre les lois anti-ouvri&#232;res de Charest. Mais encore plus, c'est le mouvement &#233;tudiant du printemps dernier qui a montr&#233; l'&#233;norme potentiel politique des mobilisations populaires extra-parlementaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le genre de mobilisation qui cr&#233;e un terrain social favorable pour un parti de gauche et auquel un parti de gauche peut contribuer en y apportant une vision strat&#233;gique et en facilitant l'unification des luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce genre de mobilisation extra-parlementaire qui a rendu possible l'&#233;lection d'Evo Morales en Bolivie. Et je peux presque garantir que si ces mobilisations ne se poursuivent pas, Morales va d&#233;cevoir les attentes. Ce n'est pas remettre en cause l'engagement ni l'honn&#234;tet&#233; de Morales. C'est affronter la dure r&#233;alit&#233; d'un parti de gauche qui veut changer la soci&#233;t&#233;. C'est le r&#233;alisme auquel nous appelle la d&#233;claration de principe de Qu&#233;bec solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20 mars 2006 &lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; du site Presse-toi &#224; gauche)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Partenariat social et ind&#233;pendance de classe dans le mouvement ouvrier post-sovi&#233;tique</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Partenariat-social-et-independance-de-classe-dans-le-mouvement-ouvrier-post</link>
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		<dc:date>2005-05-26T13:26:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>David Mandel</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement ouvrier</dc:subject>

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&lt;p&gt;D'un point de vue de gauche l'histoire du mouvement ouvrier peut &#234;tre regard&#233;e comme une longue et laborieuse lutte de la classe ouvri&#232;re (1) pour son autod&#233;termination, dont l'expression finale serait le remplacement du capitalisme par une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e sans exploitation, c'est-&#224;-dire par le socialisme. Cette lutte a &#233;t&#233; men&#233;e contre la bourgeoisie et l'&#201;tat capitaliste mais encore plus contre les courants id&#233;ologiques au sein du mouvement ouvrier, qui ont accept&#233;, de mani&#232;re explicite (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Russie-" rel="directory"&gt;Russie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Mouvement-ouvrier-+" rel="tag"&gt;Mouvement ouvrier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'un point de vue de gauche l'histoire du mouvement ouvrier peut &#234;tre regard&#233;e comme une longue et laborieuse lutte de la classe ouvri&#232;re (1) pour son autod&#233;termination, dont l'expression finale serait le remplacement du capitalisme par une soci&#233;t&#233; autog&#233;r&#233;e sans exploitation, c'est-&#224;-dire par le socialisme. Cette lutte a &#233;t&#233; men&#233;e contre la bourgeoisie et l'&#201;tat capitaliste mais encore plus contre les courants id&#233;ologiques au sein du mouvement ouvrier, qui ont accept&#233;, de mani&#232;re explicite ou implicite, le capitalisme comme in&#233;vitable ou du moins comme pr&#233;f&#233;rable &#224; n'importe quelle alternative r&#233;elle, et qui rejettent l'id&#233;e que le travail et le capital s'opposent du fait de leurs int&#233;r&#234;ts contradictoires. Au niveau politique, le socialisme r&#233;volutionnaire a lutt&#233; contre le r&#233;formisme de diverses sortes pour conqu&#233;rir le soutien des travailleurs, alors que dans le mouvement syndical les partisans du &#171; syndicalisme de combat &#187; ont combattu les d&#233;fenseurs du &#171; partenariat social &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'orientation id&#233;ologique ou strat&#233;gique, &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187; est fond&#233;e sur une analyse des int&#233;r&#234;ts respectifs du travail et du capital, du travail et de l'&#201;tat, comme fondamentalement antagonistes. Les rapports du travail avec le capital et avec l'&#201;tat sont donc d&#233;termin&#233;s en derni&#232;re instance par les rapports de forces plut&#244;t que par quelques int&#233;r&#234;ts communs. Il s'ensuit que la strat&#233;gie du mouvement ouvrier en d&#233;fendant et favorisant les int&#233;r&#234;ts des travailleurs devrait accorder la priorit&#233; &#224; la modification du rapport des forces en faveur de ces derniers. Et bien que de nombreux facteurs peuvent contribuer au renforcement du mouvement ouvrier, sa principale ressource est la solidarit&#233; des ouvriers du rang, leur engagement actif en faveur de leurs buts communs et leur confiance dans leur capacit&#233; collective de parvenir &#224; des modifications progressistes de leur conditions d'emploi et de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le &#171; partenariat social &#187;, bien qu'il prenne des formes et des degr&#233;s divers, est une strat&#233;gie fond&#233;e en derni&#232;re instance sur l'id&#233;e que le travail et le capital ont un int&#233;r&#234;t commun, essentiel, dans le succ&#232;s de l'entreprise donn&#233;e et de l'&#233;conomie nationale dans son ensemble. Et sous le capitalisme le succ&#232;s signifie toujours plus de profit, car sans lui il n'y a pas d'emploi, pas de salaires et pas de prestations. En cons&#233;quence tout conflit s&#233;rieux qui pourrait surgir entre le travail et le capital tend a &#234;tre interpr&#233;t&#233; comme d&#233;coulant d'un d&#233;faut de la communication ou du refus d'une des parties de comprendre son propre int&#233;r&#234;t &#224; long terme. Les n&#233;gociations prennent donc la forme du &#171; dialogue social &#187;, plut&#244;t que celle de l'affrontement, et la force (du moins de la part des travailleurs), si elle n'est pas exclue, est rel&#233;gu&#233;e &#224; un r&#244;le essentiellement symbolique. Il faut noter que cette image harmonieuse des rapports capital-travail, souvent accompagn&#233;e de sch&#233;mas de la &#171; participation &#187;, a longtemps fait partie de l'arsenal des employeurs et des gouvernements (2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, sans doute bien plus que jamais depuis l'apparition du mouvement ouvrier organis&#233; et massif au cours du dernier quart du XIXe si&#232;cle, le &#171; partenariat social &#187; domine dans pratiquement tous les pays (3). C'est &#224; la fois une cons&#233;quence et une cause de la modification importante du rapport des forces entre les classes au d&#233;triment du travail, qui a commenc&#233; au cours des ann&#233;es 1970 dans les pays capitalistes et &#224; la fin des ann&#233;es 1980 au sein de l'ex-monde communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux d'embl&#233;e indiquer mon propre point de vue : le &#171; partenariat social &#187; est au mieux un cas de la confusion des d&#233;sirs et de la r&#233;alit&#233;, ayant peu de rapports avec la r&#233;alit&#233; capitaliste dans sa version n&#233;olib&#233;rale actuelle ; au pire, c'est un sympt&#244;me de la corruption des directions syndicales. Le plus souvent, c'est une combinaison des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les pr&#233;mices qui fondent le &#171; partenariat social &#187; ne correspondent pas &#224; la r&#233;alit&#233;, en tant qu'id&#233;ologie il a des fortes racines dans cette r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire dans la tr&#232;s r&#233;elle d&#233;pendance du travail envers le capital. Et en g&#233;n&#233;ral la puissance du &#171; partenariat social &#187; au sein du mouvement ouvrier varie inversement &#224; la d&#233;pendance du travail envers le capital. En d'autres termes, cette id&#233;ologie est plus puissante lorsque le travail est affaibli et vice versa. En m&#234;me temps, le &#171; partenariat social &#187; contribue &#224; affaiblir le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article examine bri&#232;vement le r&#244;le du &#171; partenariat social &#187; dans les d&#233;faites du mouvement ouvrier apr&#232;s l'effondrement des r&#233;gimes appel&#233;s communistes en Russie, en Ukraine et en Bi&#233;lorussie (dite &#233;galement Belarus), les trois pays les plus industrialis&#233;s, majoritairement slaves, de l'ex-Union sovi&#233;tique. Son impact a &#233;t&#233; un peu diff&#233;rent dans chacun des trois pays, mais dans chaque cas il a contribu&#233; de mani&#232;re significative au dramatique recul subi par les travailleurs, qui ont vu leur &#233;pargne &#233;limin&#233;e, leurs salaires r&#233;els r&#233;duits de plus des deux tiers (4) et la d&#233;mocratie promise bris&#233;e - si par d&#233;mocratie on comprend un &#201;tat fond&#233; sur la loi qui autorise la libre concurrence des int&#233;r&#234;ts sociaux pour influencer la politique gouvernementale (5).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pr&#233;tends pas qu'une strat&#233;gie diff&#233;rente aurait n&#233;cessairement permis aux travailleurs de sortir victorieux de la chute de la dictature bureaucratique. Les circonstances objectives, d&#233;crites ci-dessous, ne favorisaient pas le travail. Mais, au moins, ses pertes auraient certainement pu &#234;tre fortement r&#233;duites. Le fait est, que les syndicats n'ont m&#234;me pas employ&#233; les ressources r&#233;duites dont ils disposaient pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de leurs membres. Il y a bien s&#251;r eu quelques exceptions, mais elles furent trop peu nombreuses et trop isol&#233;es pour affecter les r&#233;sultats globaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Circonstances objectives d&#233;favorables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre les conditions &#171; objectives &#187; et &#171; subjectives &#187; est au mieux relative, mais elle est n&#233;anmoins utile pour pr&#233;senter le contexte dans lequel les syndicats post-sovi&#233;tiques ont op&#233;r&#233;. Les facteurs &#171; objectifs &#187; sont ceux, sur lesquels les syndicat n'avaient pas d'influence imm&#233;diate ou ne pouvaient avoir que fort peu d'influence ; tandis que les facteurs &#171; subjectifs &#187; sont ceux que les syndicats peuvent influencer, pour l'essentiel du fait de leurs choix strat&#233;giques et tactiques et de la qualit&#233; de leurs directions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des facteurs &#171; objectifs &#187; a &#233;t&#233;, et demeure, l'h&#233;ritage de plus d'un demi-si&#232;cle de domination totalitaire, au cours duquel les travailleurs ne pouvaient pas s'organiser de mani&#232;re ind&#233;pendante. La lib&#233;ralisation gorbatchevienne a chang&#233; cela, mais cette p&#233;riode a &#233;t&#233; trop courte pour que la majorit&#233; des travailleurs puisse acqu&#233;rir l'exp&#233;rience de l'organisation et de l'activit&#233; ind&#233;pendantes. De plus cette ouverture politique fut octroy&#233;e &#171; par en haut &#187; et non arrach&#233;e dans la lutte. Se r&#233;f&#233;rant &#224; l'&#232;re sovi&#233;tique, le pr&#233;sident du syndicat minoritaire de l'usine automobile Volga (fabriquant des Ladas) a observ&#233; qu'il &#171; n'y avait pas de classe ouvri&#232;re ; seulement des individus isol&#233;s dans une situation similaire &#187;. La premi&#232;re r&#233;union des travailleurs qui n'a pas &#233;t&#233; convoqu&#233;e et ne fut pas dirig&#233;e par les dirigeants de l'usine ou du parti a eu lieu en septembre 1989 pour discuter de la gr&#232;ve, la premi&#232;re action collective organis&#233;e dans l'histoire de cette entreprise de plus de 100 000 salari&#233;s. De m&#234;me, seulement deux ann&#233;es et demi s&#233;parent la gr&#232;ve des mineurs de juillet 1989 (6), la premi&#232;re grande entr&#233;e des travailleurs sur la sc&#232;ne publique, de l'effondrement du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E.P. Thompson a &#233;crit que la classe ouvri&#232;re &#171; se fait elle-m&#234;me &#187; autant qu'elle est form&#233;e par les circonstances (7). Mais les travailleurs sovi&#233;tiques ont eu peu de temps pour &#171; se faire &#187; avant de faire face &#224; une attaque massive du nouvel &#201;tat &#171; d&#233;mocratique &#187; qu'ils venaient tout juste d'aider &#224; constituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie et en Ukraine cette attaque a pris la forme de la &#171; th&#233;rapie de choc &#187; (8). Cette politique, dont l'&#233;l&#233;ment principal &#233;tait la rapidit&#233; de son ex&#233;cution, a &#233;t&#233; con&#231;ue par le G-7 et activement promue par le FMI (9). La rapidit&#233; &#233;tait une n&#233;cessit&#233; politique pour exploiter &#171; la fen&#234;tre d'opportunit&#233; &#187; pr&#233;sent&#233;e par le manque d'exp&#233;rience et par la cr&#233;dulit&#233; populaires, qui permettait de miner le potentiel de la r&#233;sistance et de cr&#233;er une situation de non-retour en imposant une forme de capitalisme adapt&#233;e aux int&#233;r&#234;ts occidentaux. Pratiquement en une nuit le gouvernement a mis fin &#224; des d&#233;cennies de s&#233;curit&#233; &#233;conomique des travailleurs qui, en d&#233;pit d'un niveau de vie modeste, avaient appr&#233;ci&#233; le plein emploi ainsi que la fourniture gratuite ou subventionn&#233;e des logements, des soins de sant&#233;, de l'&#233;ducation, des services culturels et de loisirs et des biens de consommation de base. En peu de mois la structure m&#234;me de la vie &#233;conomique et les valeurs fondamentales de la soci&#233;t&#233; ont &#233;t&#233; transform&#233;es. L'ins&#233;curit&#233; profonde qui en a r&#233;sult&#233; est devenue un obstacle majeur &#224; la r&#233;sistance collective, car la plupart des travailleurs ont &#233;t&#233; pris par la lutte individuelle pour la survie, tentant de s'adapter aux conditions nouvelles plut&#244;t que d'essayer de les changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte international &#233;tait lui aussi d&#233;favorable. Presque partout le travail reculait (c'est toujours le cas) devant l'offensive du capital. Les pays dits ex-communistes, et m&#234;me ceux encore sous r&#233;gimes dits communistes (&#224; l'exception de Cuba et de la Cor&#233;e du Nord), &#233;taient engag&#233;s dans la restauration du capitalisme. Il n'y avait nulle part (&#224; l'exception du Br&#233;sil et de l'Afrique du Sud, mais pas pour longtemps) de mouvement ouvrier puissant avan&#231;ant sous le drapeau du socialisme. M&#234;me le d&#233;veloppement du capitalisme orient&#233; vers le march&#233; int&#233;rieur (&#171; national &#187;) a &#233;t&#233; pratiquement mis hors-jeu, en tant qu'option politique, par le &#171; Consensus de Washington &#187; triomphant et la &#171; mondialisation &#187; n&#233;olib&#233;rale. Dans ces circonstances lorsque les id&#233;ologues du &#171; march&#233; libre &#187;, qui dominaient d&#233;j&#224; les m&#233;dias sovi&#233;tiques au cours des derni&#232;res ann&#233;es, ont dit aux travailleurs - qui &#233;taient persuad&#233;s d'avoir d&#233;j&#224; exp&#233;riment&#233; le socialisme - que le capitalisme du &#171; march&#233; libre &#187; est le seul syst&#232;me social &#171; normal &#187;, cela pouvait leur sembler raisonnable. Apr&#232;s tout, ils n'avaient aucune connaissance r&#233;aliste du capitalisme - autre h&#233;ritage du syst&#232;me totalitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier sovi&#233;tique naissant a jou&#233; un r&#244;le important, peut-&#234;tre m&#234;me d&#233;cisif, en &#233;branlant les fondations du syst&#232;me sovi&#233;tique, qui s'est av&#233;r&#233; remarquablement fragile sous sa superstructure totalitaire impressionnante. Mais il n'a pas r&#233;ussi &#224; construire son ind&#233;pendance organisationnelle et id&#233;ologique, qui lui auraient permis d'influencer le cours des &#233;v&#233;nements qui a suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crasante majorit&#233; des travailleurs syndiqu&#233;s en Russie le sont au sein de la F&#233;d&#233;ration des syndicats ind&#233;pendants de Russie (FNPR), le successeur russe de la F&#233;d&#233;ration de l'&#232;re sovi&#233;tique. En novembre 2001 la FNPR annon&#231;ait qu'elle syndiquait 54 % de la force de travail salari&#233;e, soit un fort taux de syndicalisation, m&#234;me s'il est inf&#233;rieur aux 70 % revendiqu&#233;s en 1991 (10). Presque tous les syndicats qui la constituent sont &#233;galement des h&#233;ritiers des structures de la p&#233;riode sovi&#233;tique. Il n'y a pratiquement pas de syndicats dans les entreprises priv&#233;es qui n'aient pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s sur la base des anciennes usines &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FNPR et ses syndicats sont fortement attach&#233;s au &#171; partenariat social &#187;. En d&#233;pit de la transformation profonde du syst&#232;me socio-&#233;conomique et de la privatisation de la majeure partie de l'&#233;conomie, ils continuent en pratique &#224; agir en tant que service du personnel, secondaire, soumis au patron. Ils poursuivent &#233;galement la pratique sovi&#233;tique de l'int&#233;gration en leur sein du personnel de direction, y compris parfois le directeur g&#233;n&#233;ral de l'entreprise. Et il n'est toujours pas inhabituel de voir les pr&#233;sidents des syndicats locaux prendre les postes de direction, en g&#233;n&#233;ral en tant que directeur adjoint charg&#233; du personnel. La principale diff&#233;rence c'est que, par le pass&#233;e, la subordination du syndicat &#224; la direction &#233;tait justifi&#233;e au nom de la nature &#171; socialiste &#187;, non antagoniste de la soci&#233;t&#233;, alors qu'aujourd'hui les dirigeants syndicaux parlent du &#171; partenariat social &#187;. Ils soulignent &#233;galement la situation fragile de la majorit&#233; des secteurs industriels. Cela, selon eux, impose de faire &#171; preuve de compr&#233;hension &#187;, c'est-&#224;-dire de faire des concessions aux patrons. Les ouvriers et les patrons - l'argument suit - sont sur le m&#234;me bateau et doivent ramer ensemble pour sauver l'entreprise et les emplois. Le souci des dirigeants syndicaux de pr&#233;server les bonnes relations avec les patrons est si grand que la majorit&#233; d'entre eux refusent de poursuivre devant les tribunaux les directions qui ne transf&#232;rent pas aux syndicats les cotisations syndicales d&#233;duites automatiquement des salaires ouvriers - une pratique patronale r&#233;pandue au cours de la seconde moiti&#233; de la d&#233;cennie 1990 - bien que de telles poursuites se soient r&#233;v&#233;l&#233;es efficaces dans les rares cas o&#249; les syndicats les ont pratiqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, l'exp&#233;rience de la premi&#232;re d&#233;cennie post-sovi&#233;tique a montr&#233; tr&#232;s clairement que les directions des entreprises &#233;taient bien plus int&#233;ress&#233;es par leur propre enrichissement, en d&#233;pouillant les entreprises de leurs capitaux, que par les tentatives de les redresser et de pr&#233;server les emplois, une t&#226;che p&#233;nible et intr&#233;pide dans ces circonstances. Cette orientation n'a pas &#233;t&#233; sensiblement modifi&#233;e depuis que les &#171; oligarques &#187;, &#224; la t&#234;te des conglom&#233;rats bancaires et de mati&#232;res premi&#232;res, ont commenc&#233; &#224; acheter les entreprises manufacturi&#232;res &#224; la fin des ann&#233;es 1990 : l'investissement en dehors du secteur des mati&#232;res premi&#232;res a &#233;t&#233; minimal, m&#234;me si le pillage des usines soit devenu un peu plus ordonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a eu que peu de r&#233;ponses des syndicats &#224; l'attaque globale contre le niveau de vie et les droits des travailleurs, men&#233;e par l'&#201;tat et le patronat, qui a commenc&#233; par le lancement de la &#171; th&#233;rapie de choc &#187; en 1992 et qui se poursuit toujours, malgr&#233; le retour &#224; la croissance apr&#232;s le krach financier de 1998. Ainsi, dans l'esprit du &#171; partenariat &#187;, le pr&#233;sident du syndicat de la fabrique de tracteurs de St-P&#233;tersbourg racontait : &#171; Nous nous rencontrons avec le vice-directeur financier et le chef du bureau de planification chaque semaine et nous demandons : &#8220;Y a-t-il une possibilit&#233; d'indexer les salaires ou de les augmenter ?&#8221; Le besoin de faire pression ne surgit pas. Si la possibilit&#233; existe, la direction le fait [augmente les salaires] d'elle-m&#234;me &#187; (11). Une analyse du rapport des forces n'a aucune place dans la pens&#233;e strat&#233;gique des dirigeants syndicaux. Et comme la pression est d&#233;clar&#233;e inutile, ils n'attachent que peu d'importance &#224; informer, &#233;duquer, mobiliser leurs membres, &#224; promouvoir la d&#233;mocratie syndicale ou la participation de la base. En effet, de telles activit&#233;s, en r&#233;veillant les travailleurs, pourraient mettre en danger les relations harmonieuses syndicat-patronat. Les dirigeants syndicaux se pr&#233;sentent de mani&#232;re significative comme &#171; servant de tampons &#187; ou &#171; interm&#233;diaires &#187; (12) entre les travailleurs et le patronat, rarement en tant que repr&#233;sentants ou dirigeants des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance, lorsqu'elle s'est produite, a &#233;t&#233; compl&#232;tement isol&#233;e au niveau de l'usine et parfois m&#234;me de l'atelier. Ces luttes re&#231;oivent peu de soutien des syndicats nationaux, de leur branche comme des f&#233;d&#233;rations r&#233;gionales ou nationales. Pour &#234;tre juste, les directions nationales manquent de moyens pour apporter une aide importante, car elles ne re&#231;oivent qu'une tr&#232;s faible part des cotisations collect&#233;es, parfois seulement 2 %. Mais elles apportent rarement m&#234;me un soutien symbolique aux luttes, car le conflit est consid&#233;r&#233; comme nocif ou, au mieux, malheureux et inutile. En r&#233;alit&#233;, malgr&#233; les plaintes constantes des dirigeants nationaux, leur part minuscule des cotisations collect&#233;es est une cons&#233;quence directe de l'orientation de leurs syndicats en faveur du &#171; partenariat &#187;. Car si les travailleurs sont solidaires de leurs patrons, ils ne seront pas solidaires de leurs camarades travailleurs des autres entreprises, avec lesquels leur propre entreprise pourrait &#234;tre en concurrence. La dispersion des ressources au sein des syndicats locaux en Russie est le reflet du niveau insondable de la solidarit&#233; : les dirigeants syndicaux des usines refusent de mettre en commun les cotisations de leurs membres avec celles des autres entreprises pour renforcer l'organisation nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les luttes isol&#233;es peuvent au mieux obtenir des victoires partielles et provisoires lorsque les travailleurs font face &#224; une offensive men&#233;e par l'&#201;tat et lorsque leur industrie est en crise. Des strat&#233;gies nationales seraient bien &#233;videmment n&#233;cessaires. Mais &#224; ce niveau aussi le &#171; partenariat &#187; r&#232;gne en ma&#238;tre. La pens&#233;e magique a atteint un niveau record en 1997 lorsque quatre syndicats de la m&#233;tallurgie ont essay&#233; d'organiser leurs directeurs d'usine (du fait de la dispersion de la propri&#233;t&#233; &#224; ce moment les directeurs exer&#231;aient de facto le pouvoir des propri&#233;taires) au sein d'une association patronale dans l'espoir de pouvoir n&#233;gocier un accord sectoriel qui serait obligatoire pour les employeurs. En d&#233;pit de l'absolue futilit&#233; de ces efforts - au demeurant substantiels - les dirigeants syndicaux n'ont toujours pas abandonn&#233; l'espoir : &#171; Je voudrais travailler avec un syndicat patronal fort &#187; a soupir&#233; le vice-pr&#233;sident du syndicat de l'automobile et des machines agricoles (13). Mais en m&#234;me temps ils n'ont m&#234;me pas imagin&#233; qu'ils pourraient organiser les travailleurs dans leurs syndicats affili&#233;s pour forcer les employeurs &#224; signer un accord national significatif servant de mod&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, au niveau politique la FNPR a &#233;tabli une s&#233;rie d'alliances &#233;lectorales avec les associations de directeurs d'entreprises. Ces alliances n'ont pas attir&#233; les votes. Alors, en 2000, l'aile politique de la f&#233;d&#233;ration a rejoint le parti &#171; Russie unie &#187;, r&#233;cemment form&#233;, dont le programme se limite &#224; soutenir le pr&#233;sident Poutine. Ainsi, au niveau politique &#233;galement, les syndicats ont restaur&#233; les vieilles pratiques sous une forme r&#233;nov&#233;e : un fois de plus ils se retrouvent sous l'aile paternelle de l'&#201;tat. Les protestations organis&#233;es par la FNPR sont devenues rares. Apr&#232;s tout, en tant que partenaire de la coalition gouvernementale, la f&#233;d&#233;ration protesterait contre elle-m&#234;me. En f&#233;vrier 2005 &#171; Russie unie &#187; n'a-t-elle pas organis&#233; une manifestation de soutien au gouvernement en tant que contrepoids aux manifestations populaires contre les restrictions des d&#233;penses sociales ? (14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats dits &#171; alternatifs &#187;, qui sont apparus &#224; la fin de la p&#233;riode sovi&#233;tique et au cours des ann&#233;es suivantes, constituent la principale exception &#224; l'orientation dominante. Au d&#233;but ils ont limit&#233; leur ind&#233;pendance aux rapports avec les patrons. Politiquement ils soutenaient Eltsine. Cela a chang&#233; autour de 1998, lorsque ces syndicats ont &#233;volu&#233; vers des positions social-d&#233;mocrates en opposition &#224; la politique n&#233;olib&#233;rale et antid&#233;mocratique du gouvernement. Cependant, dans l'ensemble les syndicats &#171; alternatifs &#187; sont faibles, ne regroupant pas plus de 3 % de la force de travail organis&#233;e. Leur survie seule constitue un exploit important face au harc&#232;lement et &#224; la r&#233;pression constante que le patronat, souvent soutenu par les affili&#233;s locaux de la FNPR, leur impose. Ils doivent &#233;galement traiter avec une justice corrompue qui leur est hostile et avec le nouveau code du travail, adopt&#233; en 2002 avec le soutien de la FNPR, qui a priv&#233; les syndicats minoritaires et les travailleurs de beaucoup de leurs droits ant&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ukraine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A beaucoup d'&#233;gards la sc&#232;ne ukrainienne du monde du travail rappelle celle de la Russie. O. Stoyan, le chef de la F&#233;d&#233;ration ukrainienne des syndicats (FPU) jusqu'en fin 2004, &#233;tait un ancien conseiller du premier pr&#233;sident de l'Ukraine et il a fait de son mieux pour emp&#234;cher les protestations ouvri&#232;res dirig&#233;es contre le gouvernement ou pour les miner. A l'occasion de son cinquanti&#232;me anniversaire, le gouvernement lui a d&#233;cern&#233; une m&#233;daille &#171; pour services rendus &#187;. En expliquant son refus de s'opposer au gouvernement, Stoyan ne cachait pas que son souci premier concernait l'exploitation des biens immobiliers syndicaux, qui risquaient autrement d'&#234;tre mis en danger (15). Comme dans le cas de la FNPR, ces possessions sont substantielles et la direction de la f&#233;d&#233;ration &#233;vite soigneusement de rendre compte de leur gestion aux organisations syndicales affili&#233;es, pour ne rien dire des syndiqu&#233;s de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu, cependant, une diff&#233;rence importante avec la Russie : le Syndicat des travailleurs de l'industrie automobile et des machines agricoles, cr&#233;&#233; en 1991 sur la base des syndicats locaux et r&#233;gionaux pr&#233;existants, qui avaient &#233;t&#233; autrefois directement affili&#233;s &#224; la direction nationale situ&#233;e &#224; Moscou. Ce syndicat a &#233;lu un pr&#233;sident, Vladimir Zlenko, qui &#233;tait attach&#233; &#224; une orientation visant &#224; d&#233;velopper &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187;. C'&#233;tait &#233;galement un socialiste convaincu (non stalinien, c'est-&#224;-dire un socialiste d&#233;mocratique), un autre ph&#233;nom&#232;ne rare sur la sc&#232;ne post-sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zlenko a fourni un soutien actif &#224; toutes les luttes locales men&#233;es par son syndicat et les a mises en valeur en tant qu'exemples &#224; suivre. Il a pouss&#233; du coude, cajol&#233; et fait pression sur son comit&#233; central - constitu&#233; pour l'essentiel des pr&#233;sidents r&#233;gionaux - pour amender le statut du syndicat afin d'emp&#234;cher l'adh&#233;sion des dirigeants des entreprises. Il a finalement r&#233;ussi &#224; l'obtenir en 1998, bien que l'application pratique de cet amendement au statut soit une autre paire de manches. Il a &#233;galement r&#233;ussi &#224; faire adopter un amendement assurant une plus grande repr&#233;sentation des adh&#233;rents de base dans les conf&#233;rences, les congr&#232;s et les conseils syndicaux. Il a tent&#233;, et n'a pas r&#233;ussi, d'organiser une opposition &#224; Stoyan au sein de la FPU et il a convaincu son propre syndicat de soutenir le Parti socialiste, qui, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait un parti social-d&#233;mocrate de gauche oppos&#233; au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zlenko a obtenu un certain appui actif des dirigeants locaux et r&#233;gionaux, en particulier dans la r&#233;gion de Kharkyv (en russe Kharkov). Mais cela ne fut pas suffisant pour &#233;loigner la majorit&#233; des syndicats locaux du &#171; partenariat &#187;. Se rendant compte de cela, il a essay&#233; de suivre une strat&#233;gie fond&#233;e sur le d&#233;veloppement de la pression &#171; d'en bas &#187; sur les dirigeants conservateurs &#171; conciliateurs &#187;. Pour atteindre les adh&#233;rents, il a publi&#233; un journal national mensuel et a favoris&#233; la formation syndicale de la base. Mais sa capacit&#233; d'action a &#233;t&#233; limit&#233;e par le refus des dirigeants locaux de reverser &#224; l'organisation nationale plus de 5 % des cotisations syndicales collect&#233;es. Si c'&#233;tait plus du double de ce que recevait l'organisation parall&#232;le en Russie, c'&#233;tait loin de couvrir les besoins. De plus le secteur &#233;conomique au sein duquel agissait le syndicat a &#233;t&#233; d&#233;truit bien plus rapidement qu'en Russie : le nombre d'emplois fut r&#233;duit de pr&#232;s des trois quarts entre 1991 et 2003 et parmi les 129 000 salari&#233;s restants, beaucoup ne disposaient pas d'un emploi &#224; plein temps ou recevaient des salaires irr&#233;guli&#232;rement (16).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#226;ge de 60 ans, apr&#232;s deux mandats, Zlenko a laiss&#233; la pr&#233;sidence &#224; son vice-pr&#233;sident de longue date, croyant qu'il laissait son syndicat dans de bonnes mains. Las, ce dernier n'a pas tard&#233; &#224; faire entrer le syndicat dans le moule du &#171; partenariat &#187;, rencontrant peu de r&#233;sistance s&#233;rieuse en son sein. Zlenko n'a cependant pas renonc&#233; au combat. Il a aid&#233; &#224; fonder l'&#201;cole pour la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, qui offre aux syndicalistes de base une formation impr&#233;gn&#233;e de &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187;. Sous sa direction l'&#233;cole a d&#233;velopp&#233; des relations de travail avec plusieurs syndicats importants, dont ceux des industries automobile, de la d&#233;fense, &#233;lectronique et textile. Cela aussi constitue une diff&#233;rence avec la Russie, o&#249; une &#233;cole similaire a &#233;chou&#233; &#224; susciter l'int&#233;r&#234;t des syndicats affili&#233;s &#224; la FNPR et ne travaille qu'avec les syndicats &#171; alternatifs &#187; (ces derniers sont, en Ukraine, encore plus faibles qu'en Russie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bi&#233;lorussie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bi&#233;lorussie, le plus petit des trois pays, la question de &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187; s'est pos&#233;e de mani&#232;re originale. Les deux plus grands syndicats industriels - celui des travailleurs de l'industrie automobile et des machines agricoles et celui de la radio-&#233;lectronique - sont entr&#233;s dans l'&#232;re post-sovi&#233;tique avec un potentiel plus grand. La majorit&#233; de leurs membres a pris part &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale spontan&#233;e, qui a dur&#233; pr&#232;s d'un mois en avril 1991 et qui a &#233;branl&#233; les directions syndicales autant que l'establishment politique local et central. En cons&#233;quence, les syndicalistes de base furent plus actifs et il y avait donc une force significative pour en finir avec la tradition de soumission. Une autre circonstance favorable fut la grande concentration des adh&#233;rents syndicaux dans les grandes usines de la capitale et de sa r&#233;gion. Et alors que le secteur radio-&#233;lectronique, qui produisait surtout pour l'arm&#233;e sovi&#233;tique, perdait plus tard la majorit&#233; de ses postes de travail, l'emploi dans les secteurs automobile et de machines agricoles n'a &#233;t&#233; r&#233;duit que de 20 % entre 1991 et 2002 (pour atteindre environs 150 000 salari&#233;s), une baisse bien moins importante qu'en Russie ou en Ukraine. Cela &#233;tait largement d&#251; au rejet de la &#171; th&#233;rapie de choc &#187; par le gouvernement, un choix (unique parmi les r&#233;gimes post-sovi&#233;tiques) dans l'adoption duquel les syndicats avaient jou&#233; initialement un r&#244;le. M&#234;me aujourd'hui l'industrie n'a pas subi la privatisation sur une grande &#233;chelle et l'&#201;tat conduit une politique industrielle active (17).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1991 les deux syndicats ont &#233;lu leurs dirigeants nationaux et les deux furent des partisans de &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187;. Ce fut particuli&#232;rement &#233;vident au niveau politique. En 1993 ils ont fond&#233; le Parti bi&#233;lorusse du travail avec une orientation social-d&#233;mocrate et, en 1996, lorsque le pr&#233;sident Lukachenko, &#224; la suite d'un r&#233;f&#233;rendum, a ill&#233;galement modifi&#233; la Constitution pour renforcer son pouvoir aux d&#233;pens du Parlement, r&#233;duit &#224; &#234;tre un outil ob&#233;issant, les deux syndicats ont adopt&#233; des positions clairement oppositionnelles. Sous leur influence, la F&#233;d&#233;ration bi&#233;lorusse des syndicats s'est &#233;galement par la suite alli&#233;e &#224; l'opposition et, lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2001, son pr&#233;sident, V. Goncharik, s'est pr&#233;sent&#233; sans succ&#232;s contre Lukachenko en tant que candidat de l'opposition d&#233;mocratique unifi&#233;e (18).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le patronat cependant, la politique des syndicats fut moins claire. La gr&#232;ve d'avril 1991 avait permis l'&#233;lection de nouveaux comit&#233;s syndicaux dans une minorit&#233; d'entreprises seulement. Dans la majorit&#233; d'entre elles la pression &#171; d'en bas &#187; n'a pas &#233;t&#233; suffisante pour &#233;carter les anciens dirigeants adeptes du &#171; partenariat social &#187;. Dans certaines de ces entreprises, des syndicats alternatifs, minoritaires, ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s. La direction nationale avait maintenu des liens informels avec ces syndicats et, au moins au d&#233;but, a soutenu les forces locales favorables &#224; l'ind&#233;pendance syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais par la suite les dirigeants nationaux ont fait la paix - dans la pratique et de mani&#232;re non officielle - avec les syndicalistes serviles des entreprises. Ceci s'est produit alors qu'ils concentraient leur &#233;nergie sur la lutte politique. Comme le gouvernement continuait &#224; d&#233;terminer pour une large part la politique salariale, les entreprises restant en grande majorit&#233; propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat, une telle orientation &#233;tait fond&#233;e. Mais le probl&#232;me, c'est que cela a conduit les dirigeants nationaux des syndicats &#224; composer avec la persistance du &#171; partenariat social &#187; dans les entreprises. En &#233;change de la tol&#233;rance pour leur servilit&#233; envers les patrons, les dirigeants syndicaux des entreprises ont soutenu les campagnes politiques de leurs dirigeants nationaux et on vot&#233; en leur faveur au Conseil central. Mais quand il a fallu mobiliser la base pour ces campagnes, ces chefs locaux se sont abstenus ou se sont limit&#233;s &#224; des gestes symboliques, car le patronat le leur a demand&#233;, sous la pression du gouvernement. Les seuls syndicats locaux qui ont mobilis&#233; r&#233;ellement furent ceux qui ont rompu avec le &#171; partenariat &#187; et ils ont r&#233;guli&#232;rement mobilis&#233; massivement leurs base en d&#233;pit de l'intimidation exerc&#233;e par le patronat et les autorit&#233;s politiques. Mais de tels syndicaux locaux neconstituaient qu'une minorit&#233;. En cons&#233;quence la direction nationale s'est av&#233;r&#233;e incapable de construire un rapport de forces suffisant contre le gouvernement. Et avec le temps, le soutien actif de la base aux actions politiques des syndicats s'est amenuis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre obstacle pour mobiliser les travailleurs contre le gouvernement fut l'incapacit&#233; des syndicats &#224; offrir &#224; leurs membres un programme &#233;conomique auquel ils puissent s'identifier. Bien que les dirigeants syndicaux aient d&#233;montr&#233; leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du gouvernement, ils n'ont pas &#233;t&#233; capables de d&#233;velopper une position ind&#233;pendante vis-&#224;-vis de la bourgeoisie, dans ce cas le G-7 et ses alli&#233;s bi&#233;lorusses. Alors que le programme du Parti du travail r&#233;clamait une forte protection sociale, il &#233;tait vague en ce qui concerne la politique &#233;conomique. Sa demande de la &#171; libert&#233; &#233;conomique &#187; pour les entreprises ne pouvait que soulever des doutes parmi les travailleurs qui connaissaient les r&#233;sultats d&#233;sastreux des politiques n&#233;olib&#233;rales en Russie et en Ukraine. Un des dirigeants syndicaux fut en r&#233;alit&#233; tr&#232;s sinc&#232;re : &#171; Nous allons leur [les lib&#233;raux] laisser faire leur boulot et nous allons d&#233;fendre les travailleurs &#187;. Les craintes des travailleurs n'ont pu que s'accro&#238;tre lorsque le Parti du travail a rejoint une alliance &#233;lectorale des partis lib&#233;raux de droite sous l'&#233;gide de l'ambassade &#233;tats-unienne lors de la campagne pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en 2001. Le projet &#233;tait semblable &#224; celui r&#233;alis&#233; plus t&#244;t en Serbie et &#224; celui qui fut mis en &#339;uvre plus tard lors de la &#171; r&#233;volution orange &#187; en Ukraine. Mais la situation bi&#233;lorusse &#233;tait diff&#233;rente. Malgr&#233; son caract&#232;re arbitraire et son autoritarisme, beaucoup de travailleurs appr&#233;ciaient le refus de la &#171; th&#233;rapie de choc &#187; par Lukachenko et l'identifiaient avec la d&#233;fense de l'&#233;conomie nationale - donc de leur gagne-pain - contre les forces destructrices occidentales qui voulaient s'en emparer (19).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'&#233;preuve de force politique qui a suivi les &#233;lections, Lukachenko n'a pas eu de mal &#224; &#233;craser l'opposition politique des syndicats, dont les dirigeants furent incapables de mobiliser la base. Dans de nombreuses usines les dirigeants syndicaux serviles, aux ordres des patrons, n'ont pas rencontr&#233; de r&#233;sistance des membres (qui n'ont pas &#233;t&#233; consult&#233;s) lorsqu'ils ont transf&#233;r&#233; leurs syndicats vers la nouvelle f&#233;d&#233;ration syndicale mise en place par l'&#201;tat. A la fin 2003 les dirigeants syndicaux, qui &#233;taient rest&#233;s au sein du Syndicat national des travailleurs de l'automobile et des machines agricoles, ont organis&#233; un coup de force, rempla&#231;ant son pr&#233;sident par un d&#233;vou&#233; loyal de Loukachenko.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que ce dirigeant national jouissait d'une grande sympathie au sein du syndicat, seulement une petite minorit&#233; lui est demeur&#233;e loyale. Ils forment aujourd'hui un syndicat &#171; alternatif &#187;, qui, avec d'autres syndicats similaires, luttent h&#233;ro&#239;quement pour survivre &#224; la r&#233;pression gouvernementale. C'est une lutte difficile, car les travailleurs qui les soutiennent ouvertement mettent en jeu leurs emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le &#171; partenariat social &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le &#171; partenariat &#187; rend in&#233;vitable la d&#233;faite, pourquoi reste-il toujours si dominant ? Comme il a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; mentionn&#233;, cette orientation id&#233;ologique a ses racines dans la d&#233;pendance r&#233;elle des travailleurs envers le capital qui est inh&#233;rente au capitalisme. Plus les travailleurs sont d&#233;pendants du capital &#224; cause des conditions &#171; objectives &#187; et plus le &#171; partenariat social &#187; a prise sur eux, ce qui refl&#232;te leur manque de confiance dans leur capacit&#233; collective de changer les conditions dans leur propre int&#233;r&#234;t. Le paradoxe, c'est qu'en subordonnant effectivement l'activit&#233; syndicale aux int&#233;r&#234;ts patronaux, le &#171; partenariat &#187; souligne et renforce cette faiblesse, contribuant davantage &#224; la d&#233;moralisation et bloquant les actions qui pourraient reconstruire la confiance et la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas difficile de comprendre l'attrait qu'exerce le &#171; partenariat social &#187; sur les dirigeants des syndicats faisant face aux employeurs et aux gouvernements agressifs et dont les adh&#233;rents sont d&#233;moralis&#233;s. Dans de telles conditions les dirigeants courent un risque personnel &#233;lev&#233; s'ils essayent de mobiliser les travailleurs pour s'opposer au patronat ou au gouvernement. Les risques d'&#233;chec sont consid&#233;rables et une d&#233;faite peut bien conduire au changement de la direction syndicale par un patronat irrit&#233; ou par des adh&#233;rents m&#233;contents et m&#234;me &#224; la destruction du syndicat. D'autre part, lorsque les dirigeants ne sont pas soumis &#224; une forte pression &#171; d'en bas &#187;, leurs chances de s'en sortir personnellement sont bien plus grandes s'ils se comportent en &#171; partenaires &#187; soumis &#224; l'administration. Le patronat tol&#233;rera probablement de tels syndicats coop&#233;ratifs et pourrait m&#234;me leur faire des concessions mineures pour les aider &#224; pr&#233;server leur cr&#233;dibilit&#233; aux yeux de leur adh&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de raisonnement - sous une forme sans doute moins crue - peut sembler tout &#224; fait l&#233;gitime aux yeux des dirigeants syndicaux. Mais les membres pourraient se poser la question : &#224; quoi leur sert un syndicat qui recule sans cesse ? M&#234;me si une telle strat&#233;gie prot&#232;ge l'existence du syndicat, quelle valeur rev&#234;t cette existence si le prix en est le maintien des travailleurs dans une position de faiblesse ? Dans un moment de franchise le fonctionnaire d'un des plus grands syndicats de Russie a confi&#233; que la situation pourrait &#234;tre meilleure si son syndicat n'existait pas, car les travailleurs n'auraient plus d'illusions et pourraient commencer &#224; s'organiser (cela fut dit &#224; un moment o&#249; le non-paiement des salaires avait atteint des proportions &#233;pidemiques alors que le syndicat s'av&#233;rait incapable ou peu dispos&#233; &#224; faire quoi que ce soit &#224; ce sujet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, des formes plus flagrantes de corruption influencent &#233;galement fr&#233;quemment les choix strat&#233;giques des dirigeants syndicaux. Ceux qui font preuve de &#171; compr&#233;hension &#187; peuvent compter sur le soutien des patrons pour pr&#233;server leur emplois. Dans les circonstances post-sovi&#233;tiques, alors que les adh&#233;rents sont divis&#233;s et en grande partie passifs, le soutien du directeur est d&#233;cisif. D'ailleurs, la majorit&#233; des dirigeants des syndicats de l'industrie sont d'anciens ing&#233;nieurs. La loi les prot&#232;ge formellement contre le licenciement apr&#232;s qu'ils aient quitt&#233; leurs mandats syndicaux, mais la direction peut rendre leur vie tr&#232;s mis&#233;rable. En outre, apr&#232;s des ann&#233;es en dehors de la production, ils deviennent incomp&#233;tents. Enfin, le patronat offre g&#233;n&#233;ralement aux dirigeants syndicaux coop&#233;ratifs des r&#233;compenses mat&#233;rielles substantielles, y compris la perspective d'un emploi de cadre sup&#233;rieur bien r&#233;mun&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour leur part, les dirigeants syndicaux invoquent la passivit&#233; des adh&#233;rents pour justifier le &#171; partenariat social &#187;, disant qu'en cas de conflit avec le patronat ils risqueraient d'&#234;tre abandonn&#233;s par les travailleurs indiff&#233;rents et craintifs. Mais cet argument n'est pas sinc&#232;re, car ceux-l&#224; m&#234;me qui l'utilisent ne font aucun effort pour d&#233;passer la d&#233;moralisation de leurs adh&#233;rents. Au contraire, ils d&#233;couragent activement les actions collectives spontan&#233;es des travailleurs en d&#233;fense de leurs int&#233;r&#234;ts et coop&#232;rent avec le patronat pour les &#233;touffer quand elles se produisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;moralisation universelle est un fait. C'est la principale source de la faiblesse du monde du travail, qui a ses racines dans les conditions &#171; objectives &#187; soulign&#233;es au d&#233;but. Mais les travailleurs n'&#233;tant pas des robots, leurs activit&#233;s ne sont pas d&#233;termin&#233;es m&#233;caniquement par leurs conditions &#171; objectives &#187;. Sans tenter d'organiser leurs actions militantes solidaires il est impossible de mesurer le potentiel de lutte des adh&#233;rents de base. Gramsci l'a formul&#233; de la mani&#232;re suivante : &#171; En r&#233;alit&#233;, on peut &#8220;pr&#233;voir&#8221; dans la mesure o&#249; l'on agit, dans la mesure o&#249; l'on r&#233;alise un effort volontaire et o&#249; l'on contribue ainsi concr&#232;tement &#224; cr&#233;er le r&#233;sultat &#8220;pr&#233;vu&#8221;. La pr&#233;vision se r&#233;v&#232;le ainsi non comme un acte scientifique de la connaissance mais comme une expression abstraite de l'effort fait, la mani&#232;re pratique de cr&#233;er une volont&#233; collective. &#187; (20) Il ne s'agit pas, naturellement, que le syndicat se lance aveuglement dans des aventures, en rejetant toute concession par principe. Il est l&#233;gitime pour un syndicat - pour ses membres, non pour ses chefs se substituant aux membres, comme cela est pratiqu&#233; g&#233;n&#233;ralement - de d&#233;cider de r&#233;duire les pertes lorsqu'il juge que le rapport des forces est d&#233;favorable et qu'il n'est pas susceptible d'&#234;tre modifi&#233; dans un futur acceptable. Mais ceci n&#233;cessite une v&#233;ritable analyse du rapport des forces actuel et potentiel et une s&#233;rieuse tentative de r&#233;sister. Et une direction qui fait preuve de sa volont&#233; et de sa d&#233;termination de conduire les membres, en leur proposant des tactiques et des buts r&#233;alistes, en est l'&#233;l&#233;ment critique. Rien de cela ne fait partie de la pratique des syndicats qui ont &#233;pous&#233; le &#171; partenariat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite subie par les travailleurs pouvait en effet constituer le r&#233;sultat le plus probable. N&#233;anmoins elle n'&#233;tait pas in&#233;vitable, et certainement pas dans la forme d&#233;sastreuse qu'elle a eue, qui a servi au capital du monde entier de le&#231;on lui indiquant &#224; quel point il est possible d'&#233;craser les travailleurs. En d&#233;pit de l'ins&#233;curit&#233; universelle, de la faible solidarit&#233; et de la d&#233;moralisation, une minorit&#233; significative des travailleurs dans les trois pays a d&#233;ploy&#233; au cours de ces ann&#233;es une volont&#233; de r&#233;sistance sous la forme de gr&#232;ves ou de d&#233;sob&#233;issance civile. Ces actions ont souvent obtenu des r&#233;sultats positifs, mais parce qu'elles sont rest&#233; isol&#233;es, leurs victoires furent limit&#233;es et elles n'ont pas eu un impact r&#233;el sur la situation g&#233;n&#233;rale de la classe ouvri&#232;re. Les choses auraient pu &#234;tre diff&#233;rentes si une direction avait pu &#233;merger pour unir et diriger ces luttes isol&#233;es. La minorit&#233; active, qui pour l'essentiel ne pouvait &#234;tre socialement distingu&#233;e des autres, aurait pu atteindre une masse critique, renfor&#231;ant la confiance en soi des autres. Les dirigeants syndicaux qui ont fait le choix du &#171; partenariat &#187; ne peuvent pas &#233;viter une part de responsabilit&#233; dans cette d&#233;faite en arguant des conditions d&#233;favorables. Nombre de ces dirigeants nient d'ailleurs simplement qu'il y a eu une d&#233;faite, essayant ainsi de minimiser encore leur r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;pendance de classe et socialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions post-sovi&#233;tiques tout dirigeant syndical qui opte en faveur de &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187; doit &#234;tre une sorte de h&#233;ros, c'est-&#224;-dire un individu engag&#233; de mani&#232;re d&#233;sint&#233;ress&#233;e en faveur de la cause de la classe ouvri&#232;re, car une telle orientation est tr&#232;s difficile et personnellement tr&#232;s risqu&#233;e. Dans l'histoire, lorsque les perspectives imm&#233;diates &#233;taient sombres, de tels dirigeants sont venus des rangs du mouvement socialiste. Ils pouvaient s'appuyer sur leur engagement politique et sur leur perspective historique. La faiblesse de l'orientation en faveur de &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187; dans le mouvement syndical et l'exclusion de fait du socialisme du spectre politique-id&#233;ologique (21) post-sovi&#233;tique (sinon mondial) sont ainsi &#233;troitement li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elles sont aussi li&#233;es d'une mani&#232;re bien plus fondamentale. Sous le capitalisme les travailleurs sont d&#233;pendants du capital et aucun dirigeant syndical ou politique de gauche ne peut l'ignorer. &#171; L'ind&#233;pendance de classe &#187; est une orientation id&#233;ologique, une id&#233;ologie ouvri&#232;re ind&#233;pendante et non un &#233;tat de fait qui pourrait exister sous le capitalisme. Mais &#171; l'ind&#233;pendance de classe &#187;, comme le socialisme, nient la l&#233;gitimit&#233; et le caract&#232;re in&#233;vitable du capital. Ils regardent le pouvoir du capital comme une usurpation qui ne doit &#234;tre tol&#233;r&#233;e que du fait que le rapport des forces entre les classes ne permet pas de le renverser dans la situation pr&#233;sente. Cependant la perspective strat&#233;gique est constamment d'entamer le pouvoir du capital, de tenter de modifier le rapport des forces de mani&#232;re &#224; ce que la domination du capital puisse &#234;tre renvers&#233;e et remplac&#233;e par la gestion d&#233;mocratique de l'&#233;conomie. Les syndicats qui essayent de suivre une strat&#233;gie de l'ind&#233;pendance envers le patronat tout en acceptant la l&#233;gitimit&#233; du capital finissent toujours emp&#234;tr&#233;s dans leurs propres contradictions (par exemple lorsqu'ils deviennent lobbyistes pour obtenir des subventions gouvernementales pour leurs employeurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ind&#233;pendance de classe &#187; n'est, bien s&#251;r, pas une panac&#233;e qui fournit le plan de la victoire. C'est une orientation dont le but strat&#233;gique est de mettre fin &#224; la domination du capital. Aujourd'hui le capital est tr&#232;s dominant et les travailleurs sont tr&#232;s d&#233;pendants de lui. La confrontation de cette orientation strat&#233;gique avec la r&#233;alit&#233; capitaliste ne conduit pas automatiquement &#224; des choix &#233;vidents des buts et des tactiques dans des situations concr&#232;tes. Mais c'est une orientation qui donne au moins la possibilit&#233; aux ouvriers d'aller de l'avant, m&#234;me lorsque le but strat&#233;gique de l'&#233;mancipation semble actuellement n'&#234;tre qu'un lointain espoir. Au contraire, l'exp&#233;rience accumul&#233;e de la pratique du &#171; partenariat social &#187; conduit &#224; la conclusion que &#171; la soci&#233;t&#233; capitaliste sans une alternative socialiste ressemble beaucoup &#224; la d&#233;cadence qui conduit vers les formes barbares de la vie sociale. &#187; (22)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduit de l'anglais par J.M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Par &#171; classe ouvri&#232;re &#187; nous entendons tous les salari&#233;s &#224; l'exception de ceux qui exercent des fonctions patronales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le cas le plus c&#233;l&#232;bre est probablement &#171; le mod&#232;le japonais &#187;, dont la r&#233;alit&#233; a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e succinctement dans P. Briggs, &#8220;The Japanization of British Industry&#8221;, Industrial Relations Journal, vol. 19, n&#176; 1, 1998. Pour l'exp&#233;rience des &#201;tats-Unis voir : E. Leary &amp; M Menaker, Jointness at GM : Company Unionism in the 21st Centruy, Woonsocket, R.I, New Directions Regions 9A, n.d., ainsi que M.Parker and J .Slaughter, Choosing Sides : Unions and the Team Concept, &#233;d. South End Press, Boston 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sch&#233;mas du &#171; partenariat &#187; doivent &#234;tre distingu&#233;s des formes de la &#171; dualit&#233; de pouvoirs &#187;, en particulier du contr&#244;le ouvrier, qui surgissent au cours des p&#233;riodes des offensives ouvri&#232;res. Ces derni&#232;res sont, cependant, intrins&#232;quement instables et conduisent rapidement soit &#224; ce que le capital retrouve le pouvoir perdu soit &#224; son expropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Au niveau international la Conf&#233;d&#233;ration internationale des syndicats libres (CISL ou ICFU) est l'un des principaux partisans du &#171; partenariat social &#187;. Cf. The ICFU Statement on the Global Compact (Rapport de la CISL sur le contrat global). Pour une excellente analyse de l'id&#233;ologie du &#171; pacte social &#187; au sein du mouvement syndical de l'Europe centrale et occidentale, voir A. Wahl, &#8220;European Labour : the Ideological Legacy of the Social Pact&#8221;, Monthly Review, janvier 2004, pp. 37-49. Aux &#201;tats-Unis le bulletin mensuel Labour Notes a &#233;t&#233; consacr&#233; au combat contre le &#171; partenariat &#187; au sein du mouvement ouvrier au cours des deux derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Goskomstat Rossii, Rossiiskii v tskifrakh 2003, Moscou 2003, p. 97. Il s'agit l&#224; d'une source officielle. La chute moyenne des salaires fut plus forte en Ukraine et moins forte en Bi&#233;lorussie. Les salaires r&#233;els ont recommenc&#233; &#224; cro&#238;tre &#224; nouveau apr&#232;s 1998, mais malgr&#233; plusieurs ann&#233;es de croissance &#233;conomique relativement &#233;lev&#233;e (partant de tr&#232;s bas...), l'accroissement des salaires a &#233;t&#233; remarquablement lent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Je me r&#233;f&#232;re ici, &#233;videmment, &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise, dans laquelle la concurrence est libre, tout en &#233;tant tr&#232;s in&#233;gale. Il est encore trop t&#244;t pour dire si la &#171; r&#233;volution orange &#187; de d&#233;cembre 2004 en Ukraine am&#233;liorera la d&#233;mocratie fortement &#171; dirig&#233;e &#187; et profond&#233;ment corrompue des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes. La situation sociale et politique des travailleurs dans les trois pays est pr&#233;sent&#233;e dans mon : Labour After Communism, &#233;d. Black Rose, Montr&#233;al 2004. L'analyse de cet article est en grande partie bas&#233;e sur le mat&#233;riel pr&#233;sent&#233; dans ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Cf. D. Mandel, &#8220;Rebirth of the Soviet Labour Movement : The Coalminers' Strike of July 1989&#8221;, Perestroika and the Soviet People, &#233;d. Black Rose, Montr&#233;al 1991, pp. 51-78.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. E. P. Thompson, The Making of the English Working Class, Penguin, London 1991, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Pour une pr&#233;sentation critique de cette politique faite &#224; partir d'un point de vue keyn&#233;sien voir J. Stiglitz, Globalization and Its Discontents, W.W. Norton, N.Y. 2002, pp. 133-65.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. En ce qui concerne le r&#244;le de &#171; l'Occident &#187; dans la promotion de cette politique en Russie, cf. P. Reddaway et D. Glinski, The Tragedy of Russia's Reforms, U.S. Institute of Peace Press, Washington 2001, pp. 172-82 ; 290-98 ; 414-26 ; 537-9 ; 563-70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. S. Ashwin &amp; S. Clarke, Russian Trade Unions and Industrial Relations in Transition, Houndsmills, Macmillan, Basingstoke 2003, p. 86.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Interview avec le pr&#233;sident du syndicat de la Fabrique de tracteurs Kirov de St-P&#233;tersbourg, dans B. Maksimov, &#8220;Kuda vedut lidery,&#8221; article non publi&#233;, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Ainsi, selon V. Saveliev, le nouveau pr&#233;sident de la f&#233;d&#233;ration syndicale r&#233;gionale de Yaroslavl, &#171; le dirigeant syndical doit &#234;tre un interm&#233;diaire talentueux. Saveliev a pass&#233; la majeure partie de sa vie professionnelle en tant que cadre sup&#233;rieur dans l'industrie automobile de Yaroslavl. Cf. M. Obrazkova, &#8220;Predsedatel' dolzhen byt' muzhikom,&#8221; Solidarnost n&#176; 3, 2005, p. 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Le vice-pr&#233;sident national du Syndicat des travailleurs de l'automobile et des machines agricoles cit&#233; dans Golos profsoyouza, f&#233;vrier 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. RTR Russia TV, Moscou, le 12 f&#233;vrier 2005, 11h (temps universel), cit&#233; d'apr&#232;s Johnson's List, 13 f&#233;vrier 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. I. Shagnina, &#8220;Prosoyuzy Ukrainy : davaite druzhit', no ne trogaite nashe imuschchestvo&#8221;, Narodnaya volya (Minsk), n&#176; 15, 2001, p. 8.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16. Rapport du pr&#233;sident au comit&#233; central du 10 avril 2003 (non publi&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17. Pour une analyse relativement &#233;quilibr&#233;e voir K. Haiduk et al., The Belarussian Economy at a Crossroads, ILO, Moscou 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18. On estime en g&#233;n&#233;ral que la majorit&#233; a vot&#233; en faveur de Lukachenko lors de cette &#233;lection, bien que son succ&#232;s ait &#233;t&#233; inf&#233;rieur &#224; ce qui a &#233;t&#233; officiellement annonc&#233;. En tant que candidat sortant avec de tr&#232;s grands pouvoirs, Lukachenko jouissait d'un grand avantage face &#224; son adversaire. Mais cela s'applique &#233;galement &#224; Ianoukovitch en Ukraine, qui, finalement fut &#233;cart&#233; en d&#233;cembre 2004 par Iouchtchenko &#224; la faveur de la &#171; r&#233;volution orange &#187;. Les &#201;tats-Unis et l'Union europ&#233;enne ont jou&#233; un jeu similaire dans les deux campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19. Le rejet du &#171; Consensus de Washington &#187; par Lukachenko aide &#224; expliquer la haine des gouvernements occidentaux pour son r&#233;gime, alors qu'ils tol&#232;rent parfaitement des dictateurs bien plus r&#233;pressifs dans d'autres r&#233;publiques ex-sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20. Q .Hoare &amp; G. Smith, Selections from the Prison Notebooks of Antonio Gramsci, International Publishers, N.Y. 1971, p. 438.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21. En d&#233;pit de leur nom, les partis &#171; communistes &#187; ont adopt&#233; le capitalisme. Ils sont aussi fortement teint&#233;s par les formes chauvines du nationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22. A. Boron, State, Capitalism and Democracy in Latin America, &#233;d. Lynne Rienner, Boulder 1995, p. 243.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (tir&#233; de la revue Inprecor, no.505-506)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un bon exemple du parti pris id&#233;ologique et de l'ignorance de l'Ukraine</title>
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&lt;p&gt;L'&#233;ditorial de Serge Truffaut du 28 d&#233;cembre sur les &#233;lections en Ukraine est un bon exemple du parti pris id&#233;ologique et de l'ignorance du pays qui, malheureusement, caract&#233;risent une grande partie du reportage m&#233;diatique sur l'Ukraine. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;ditorialiste affirme que le &#034; r&#233;gime autocrate &#034; que Iouchtchenko veut balayer a &#233;t&#233; impos&#233; en 1991 par &#034; une nomenklatura en suivant &#224; la lettre les ordonnances &#233;dict&#233;es par le Kremlin. &#034; Ce conte de f&#233;e est peut-&#234;tre r&#233;confortant pour les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;ditorial de Serge Truffaut du 28 d&#233;cembre sur les &#233;lections en Ukraine est un bon exemple du parti pris id&#233;ologique et de l'ignorance du pays qui, malheureusement, caract&#233;risent une grande partie du reportage m&#233;diatique sur l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;ditorialiste affirme que le &#034; r&#233;gime autocrate &#034; que Iouchtchenko veut balayer a &#233;t&#233; impos&#233; en 1991 par &#034; une nomenklatura en suivant &#224; la lettre les ordonnances &#233;dict&#233;es par le Kremlin. &#034; Ce conte de f&#233;e est peut-&#234;tre r&#233;confortant pour les nationalistes ukrainiens qui s'obstinent &#224; voir la main de Moscou dans tous les malheurs de leur pays souffrant. Mais, h&#233;las, cela a peu &#224; voir avec la r&#233;alit&#233;. Le r&#233;gime &#233;lu en 1991 &#233;tait le fait d'une coalition entre la nomenklatura ukrainienne et les nationalistes pro-occidentaux r&#233;unis dans le parti &#034; Roukh &#034;, essentiellement les m&#234;mes forces nationalistes qui appuient aujourd'hui avec tant d'enthousiasme Viktor Iouchtchenko. Ces forces ont conclu cette alliance avec le diable ex-communiste, fra&#238;chement reconverti au patriotisme ukrainien, parce qu'elles n'avaient pas &#224; elles seules le moindre espoir de gagner une majorit&#233; de l'&#233;lectorat. Moscou, dont le r&#233;gime communiste &#233;tait cliniquement mort et le r&#233;gime capitaliste &#224; peine n&#233;, n'y &#233;tait pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Truffaut exprime l'espoir que Iouchtchenko &#034; mettra un terme aux m&#233;faits des oligarques qui ont fait main basse sur tout un pays. &#034; Nous appelle-t-il donc &#224; ignorer la pr&#233;sence marquante d'oligarques dans l'&#233;quipe m&#234;me de Iouchtchenko ? Il s'agit, entre autres, de la milliardaire Iulia Timochenko et du &#034; roi sucr&#233; &#034; Porochenko. Et devrait-on oublier que Iouchtchenko a lui-m&#234;me &#233;t&#233; le premier ministre sous le Pr&#233;sident sortant Koutchma ? &#192; l'&#233;poque, Iouchtchenko a qualifi&#233; ses rapports avec le pr&#233;sident comme ceux entre un fils et son p&#232;re. Enfin, devrait-on tourner les yeux de la pr&#233;sence d'&#233;l&#233;ments fascisants parmi les forces nationalistes qui font partie de la coalition de Iouchtchenko ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux penchants pro-occidentaux de Iouchtchenko que l'&#233;ditorialiste cite avec une approbation &#233;vidente, n'oublions pas que jusqu'&#224; 2000 le r&#233;gime de Koutchma a &#233;t&#233; un favori de Washington (l'Ukraine, apr&#232;s Isra&#235;l et l'&#201;gypte, &#233;tait le troisi&#232;me plus important b&#233;n&#233;ficiaire de l'aide bilat&#233;rale des &#201;tats-Unis) et un enfant ch&#233;ri du FMI, dont le premier vice-directeur en 1999 a lou&#233; le pr&#233;sident Koutchma tout en fustigeant l'obstructionnisme du parlement. Les oligarques sont &#233;videmment des pillards cyniques, mais le d&#233;sastre que constitue l'&#233;conomie ukrainienne n'a pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233; sans l'aide des gouvernements occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, les choses ne sont pas aussi nettes que l'&#233;ditorialiste tente de nous le faire croire. Que les classes populaires ukrainiennes aient une v&#233;ritable soif de d&#233;mocratie et de justice - j'en suis certain. Est-ce que l'administration de Iouchtchenko va la satisfaire ? Permettez-moi d'en douter. Cela m'a r&#233;chauff&#233; le c&#339;ur de voir les masses sortir dans la rue et l'occuper. Je souhaite sinc&#232;rement que cela arrive plus souvent chez nous pour protester contre des politiques pour lesquelles on n'a pas vot&#233; et qu'on ne veut point. Mais sans leurs propres organisations politiques et sans leur propre projet de soci&#233;t&#233;, ces masses vont en toute probabilit&#233; avoir encore une fois servi de b&#233;lier pour des forces qui leur sont fondamentalement hostiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, avec toutes les diff&#233;rences, n'est-ce pas essentiellement cela qui se passe les derni&#232;res ann&#233;es en Occident lors des &#233;lections ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;David Mandel&lt;br class='autobr' /&gt;
Professeur de science politique, UQAM&lt;br class='autobr' /&gt;
Co-directeur de l'&#233;cole de la d&#233;mocratie du travail de l'Ukraine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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