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		<title>Le capitalisme </title>
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		<dc:date>2009-01-14T05:52:10Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ernest Mandel</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le capitalisme Ernest Mandel - Archives internet &lt;br class='autobr' /&gt; Article publi&#233; dans ENCYCLOPEDIA UNIVERSALIS, premi&#232;re &#233;dition, 1981 Le capitalisme est un mode de production fond&#233; sur la division de la soci&#233;t&#233; en deux classes essentielles : celle des propri&#233;taires des moyens de production (terre, mati&#232;res premi&#232;res, machines et instruments de travail) &#8211; qu'ils soient des individus ou des soci&#233;t&#233;s &#8211; qui ach&#232;tent la force de travail pour faire fonctionner leurs entreprises ; celle des prol&#233;taires, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le capitalisme &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.ernestmandel.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ernest Mandel - Archives internet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; dans ENCYCLOPEDIA UNIVERSALIS, premi&#232;re &#233;dition, 1981&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est un mode de production fond&#233; sur la division de la soci&#233;t&#233; en deux classes essentielles : celle des propri&#233;taires des moyens de production (terre, mati&#232;res premi&#232;res, machines et instruments de travail) &#8211; qu'ils soient des individus ou des soci&#233;t&#233;s &#8211; qui ach&#232;tent la force de travail pour faire fonctionner leurs entreprises ; celle des prol&#233;taires, qui sont oblig&#233;s de vendre leur force de travail, parce qu'ils n'ont ni acc&#232;s direct aux moyens de production ou de subsistance, ni le capital qui leur permette de travailler pour leur propre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme n'existe nulle part &#224; l'&#233;tat pur. A cot&#233; de ces deux classes fondamentales vivent d'autres classes sociales. Dans les pays capitalistes industrialis&#233;s, on trouve celle des propri&#233;taires individuels de moyens de production et d'&#233;change, qui n'exploitent pas, ou presque pas, de main-d'&#339;uvre : petits artisans, petits paysans, petits commer&#231;ants. Dans les pays du Tiers Monde, on rencontre souvent encore des propri&#233;taires fonciers semi-f&#233;odaux, dont les revenus ne proviennent pas de l'achat de la force de travail, mais de formes plus primitives d'appropriation du sur-travail, comme la corv&#233;e ou la rente en nature. Il s'agit l&#224; cependant de classes qui repr&#233;sentent des survivances de soci&#233;t&#233;s pr&#233;-capitalistes, et non des classes typiques du capitalisme lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme ne peut survivre et s'&#233;panouir que lorsque sont r&#233;unies les deux caract&#233;ristiques fondamentales que l'on vient d'indiquer : monopole de moyen de production au profit d'une classe de propri&#233;taires priv&#233;s ; existence d'une classe coup&#233;e de moyens de subsistance et de ressources qui lui permettraient de vivre autrement qu'en vendant sa force de travail. Le mode de production capitaliste reproduit constamment les conditions de sa propre existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;partition de la &#171; valeur ajout&#233;e &#187;, du revenu national, fait appara&#238;tre, d'une part, une accumulation de capitaux (entre les mains des entreprises : b&#233;n&#233;fices non r&#233;partis, r&#233;serves ; entre les mains d'individus : dividendes, int&#233;r&#234;ts, rentes et autres revenus capitalis&#233;s) qui permet de transformer en propri&#233;t&#233; priv&#233;e l'essentiel des moyens de production et d'&#233;change nouvellement cr&#233;&#233;s. Cette m&#234;me r&#233;partition du revenu national condamne, d'autre part, la masse des salari&#233;s appoint&#233;s &#224; ne gagner que ce qu'ils consomment, m&#234;me lorsque leur niveau de vie et de consommation s'&#233;l&#232;vent progressivement ; elle ne leur permet pas de se transformer en capitaliste, c'est &#224; dire en individus travaillant pour leur propre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux s&#233;ries statistiques universelles confirment la justesse de cette th&#232;se. Dans tous les pays capitalistes, la part de la population active oblig&#233;e de vendre sa force de travail ne cesse d'augmenter ; la part de cette m&#234;me population active que constituent les &#171; ind&#233;pendants &#187; et leurs &#171; aides familiaux &#187; ne cesse de diminuer. La r&#233;partition de la fortune priv&#233;e y fait appara&#238;tre une &#233;norme concentration : la moiti&#233; ou plus de la fortune mobili&#232;re est g&#233;n&#233;ralement d&#233;tenue par 1, 2 ou 3 % des m&#233;nages, sinon par une fraction encore plus r&#233;duite de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque ces conditions d'existence du mode production capitaliste n'existe pas au d&#233;part, ou n'existent que partiellement, le capitalisme ne peut s'&#233;panouir qu'en les cr&#233;ant artificiellement, par la contrainte. Ainsi dans de nombreux pays du tiers monde, la p&#233;n&#233;tration capitaliste &#233;tait frein&#233;e par l'existence d'abondante r&#233;serves de terre, qui permirent &#224; la masse des populations indig&#232;nes de survivre en s'adonnant &#224; l'agriculture sur des terres dans propri&#233;taire. Pour transformer ces populations en prol&#233;taires, il fallait supprimer le libre acc&#232;s &#224; ces terres, c'est &#224; dire transformer celles-ci en propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Pendant le dernier quart du 19&#232;me si&#232;cle, ce processus s'est g&#233;n&#233;ralis&#233; en Am&#233;rique du Nord et dans de vastes zones d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de production capitaliste est essentiellement une forme d'&#233;conomie de march&#233;. Il constitue le seul exemple historique d'une &#233;conomie de march&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Tous les &#233;l&#233;ments de la vie &#233;conomique deviennent marchandises : non seulement la terre (qui ne l'&#233;tait gu&#232;re en r&#233;gime f&#233;odal typique), les instruments de travail, les machines, le capital-argent, mais aussi la force de travail elle-m&#234;me. Aux origines du capitalisme, il y a pr&#233;cis&#233;ment cette g&#233;n&#233;ralisation de la production et de la circulation de marchandises dans la soci&#233;t&#233;. Les concentrations du capitalisme, qui l'am&#232;neront &#224; dispara&#238;tre, proviennent toutes, en derni&#232;re analyse, des concentrations inh&#233;rentes &#224; la production marchande elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Les origines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas confondre &#171; capitalisme &#187; et &#171; capital &#187;. Le premier est un mode de production n&#233; de la p&#233;n&#233;tration du second dans la sph&#232;re de la production. Mais avant de bouleverser le mode de production, le capital existait, au sein de modes de production ant&#233;rieurs, essentiellement de soci&#233;t&#233;s f&#233;odales et semi-f&#233;odales et du mode de production asiatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La production pour l'&#233;change&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir d'une certaine &#233;tape de d&#233;veloppement des forces productives, l'&#233;change &#8211; d'abord occasionnel et sans importance dans les soci&#233;t&#233;s les plus primitives &#8211; se r&#233;gularise au sein de soci&#233;t&#233;s encore fond&#233;es sur une &#233;conomie essentiellement naturelle. Ainsi appara&#238;t la production pour l'&#233;change (production de marchandises) aux c&#244;t&#233;s de la production pour satisfaire directement les besoins des producteurs ou de leur collectivit&#233;. La petite production marchande (par exemple l'artisanat corporatif au haut Moyen Age) n'est pas port&#233;e par le capital. Elle peut rester stable pendant des si&#232;cles et cohabiter avec une agriculture de subsistance, avec laquelle elle &#233;tablit des rapports d'&#233;change qui ne sapent ni l'un ni l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;change r&#233;gularis&#233;, qui s'&#233;tend progressivement, fait na&#238;tre l'argent et le commerce de l'argent, surtout lorsqu'il s'agit d'un &#233;change &#233;tendu dans le temps et dans l'espace (commerce international). Le capital appara&#238;t dans la soci&#233;t&#233; capitaliste sous la forme de capital-argent, ind&#233;pendamment du mode de production et ind&#233;pendamment des classes fondamentales de cette soci&#233;t&#233;. Il n'est au d&#233;but qu'interm&#233;diaire, mais un interm&#233;diaire qui subjugue progres-sivement toutes les sph&#232;res de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Capital usurier et capital marchand&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les produits de luxe drain&#233;s par le commerce international supposent, pour &#234;tre consomm&#233;s dans une &#233;conomie essentiellement naturelle, un &#233;quivalent en argent. Le capital usurier s'approprie une partie de la rente fonci&#232;re f&#233;odale et provoque l'endettement g&#233;n&#233;ral de la noblesse. Il se soumet m&#234;me les princes, les rois et les empereurs, en finan&#231;ant leurs guerres et leur consommation de luxe. L'&#233;conomie mon&#233;taire s'&#233;tendant (notamment avec l'apparition de la rente fonci&#232;re en argent), l'usure s'empare de toutes les classes de la soci&#233;t&#233;, notamment par le truchement des pr&#234;ts sur gages. Dans une &#233;conomie essentiellement naturelle, le d&#233;tenteur du capital-argent est d'abord un &#233;tranger (Syriens, Juifs, Lombards, banquiers italiens au Moyen Age en Europe). Mais avec la g&#233;n&#233;ralisation de l'&#233;conomie mon&#233;taire, une classe de propri&#233;taire d'argent autochtones appara&#238;t progressivement, qui finit par &#233;liminer le plus souvent la domination des d&#233;tenteurs de capitaux &#233;trangers d&#232;s qu'est franchie une &#233;tape d&#233;termin&#233;e de d&#233;veloppement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essor du commerce international fait appara&#238;tre le capital marchand aux c&#244;t&#233;s du capital usurier. Ce capital finance d'abord des entreprises hasardeuses, mais qui assurent un profit tr&#232;s &#233;lev&#233; (exp&#233;ditions de piraterie, caravanes vers l'Asie et l'Afrique). Peu &#224; peu, il s'organise (premi&#232;res soci&#233;t&#233;s par actions, comptabilit&#233; double), se normalise (l'aire de la Hanse) et s'institutionnalise (guildes, foires). Il cr&#233;e des instruments typiques du cr&#233;dit capitaliste, qui sont les anc&#234;tres de tout notre syst&#232;me mon&#233;taire contemporain (lettres de change, traites, monnaie scripturale, monnaie de papier, actions, titres de dette publique n&#233;gociable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le capital manufacturier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes d&#233;couvertes des 15&#232;me et 16&#232;me si&#232;cles provoquent une v&#233;ritable r&#233;volution commerciale : ce qui &#233;tait hier encore du luxe (sucre, &#233;pices, ornements en m&#233;taux pr&#233;cieux, caf&#233;) est maintenant le fait de couches de population beaucoup plus larges. Le capital marchand et les grandes banques se fondent et financent autant le commerce maritime r&#233;gulier &#224; grande distance que l'exploitation syst&#233;matique des richesses coloniales (Compagnies des Indes orientales). De la riposte du capital commercial aux limitations impos&#233;es &#224; la production au sein des villes domin&#233;es par les m&#233;tiers d'artisans, ainsi que des profits n&#233;s du commerce colonial (pillage des colonies, traite des Noirs, &#171; commerce triangulaire &#187;) na&#238;t le capital manufacturier, qui est la premi&#232;re p&#233;n&#233;tration du capital dans la production proprement dite. Ce sont des commer&#231;ants-entrepreneurs qui organisent, &#224; la campagne ou dans des villes jadis petites, une industrie textile ou m&#233;tallurgique &#224; domicile, puis des manufactures dans lesquelles les producteurs, transform&#233;s en prol&#233;taires, sont rassembl&#233;s et plac&#233;s sous le contr&#244;le permanent de surveillants : il s'agit de r&#233;aliser une division du travail plus pouss&#233;e et de limiter les vols et les malfa&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution agricole (li&#233;e au remplacement de l'assolement triennal par des techniques restauratrices de la fertilit&#233; du sol, et &#224; l'extension de l'&#233;levage, notamment celui des moutons pour alimenter en laine l'industrie textile en plein essor) accro&#238;t consid&#233;rablement le nombre de gens d&#233;racin&#233;s, sans ressources ni acc&#232;s aux moyens de subsistance et de production. L'apparition de ces d&#233;racin&#233;s est li&#233;e par ailleurs &#224; tous les ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;composition de la soci&#233;t&#233; du Moyen Age : d&#233;clin des corporations, dissolution des suites f&#233;odales par l'appauvrissement de la noblesse. Ainsi na&#238;t le prol&#233;tariat moderne, par la suite parqu&#233;, souvent de force, dans les manufactures et les premi&#232;res usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution industrielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution industrielle accomplit ce mode de transformation du mode de production capitaliste. En augmentant fortement les frais de premier &#233;tablissement, en rench&#233;rissant les instruments de travail, elle ach&#232;ve de transformer la propri&#233;t&#233; des moyens de production en monopole d'une classe sociale : celle des propri&#233;taires de capitaux. En permettant d'obtenir des profits consid&#233;rables par l'emploi de techniques plus modernes &#8211; en faisant de l'innovation technologique un moteur de changement constant de la production &#8211; la r&#233;volution industrielle fait refluer la majeure partie des capitaux du commerce vers la production. En abaissant consid&#233;rablement les co&#251;ts de production des marchandises, elle fait &#233;clater toutes les particularit&#233;s (nationales, climatologiques, traditionnelles) des besoins et des produits en cr&#233;ant un march&#233; mondial, &#224; la conqu&#234;te duquel le capital se lance avec des app&#233;tits insatiables de profit. En faisant &#233;clater toutes les anciennes limitations de la production, elle cr&#233;e les conditions d'une concurrence qui est un fouet pour le capital : il doit augmenter ses profits afin d'accumuler de plus en plus de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La naissance du mode de production capitaliste est donc li&#233;e &#224; la cr&#233;ation historique des conditions d'existence indiqu&#233;es plus haut. Elle est li&#233;e &#224; la g&#233;n&#233;ralisation de la production marchande, &#224; la cr&#233;ation du march&#233; mondial, comme &#224; l'accumulation d'exp&#233;riences scientifiques et de progr&#232;s techniques qui ont rendu possible la r&#233;volution industrielle. Tous ces processus culminent dans l'affirmation du pouvoir politique de la bourgeoisie capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bourgeoisie capitaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essor du capital usurier, du capital marchand et m&#234;me du capital bancaire a pu se r&#233;aliser au sein de nombreuses civilisations. Il n'&#233;tait pas inf&#233;rieur en Inde, en Chine, dans l'empire de l'Islam classique, &#224; ce qu'il &#233;tait en Europe occidentale au 13&#232;me-15&#232;me si&#232;cles. La Chine avait des si&#232;cles d'avance sur l'Europe dans le domaine du d&#233;veloppement d'une s&#233;rie de techniques productives. Mais la puissance du pouvoir d'Etat central &#8211; fonction dans ces soci&#233;t&#233;s des besoins d'irrigation de l'agriculture &#8211; impose un processus discontinu d'accumulation de capitaux-argent. Les familles bourgeoises les plus riches voient leurs tr&#233;sors r&#233;guli&#232;rement confisqu&#233;s. Le capital est soumis, il se terre, il guette l'occasion de se retransformer en propri&#233;t&#233; immobili&#232;re. Tout au long du Moyen Age europ&#233;en, des ph&#233;nom&#232;nes comparables de discontinuit&#233; se sont produits. Mais, &#224; cette &#233;poque, l'Etat est relativement faible, la ville acquiert une primaut&#233; progressive sur la campagne et la jeune bourgeoisie peut faire un long apprentissage d'autonomie politique dans les communes plus ou moins libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la monarchie absolue appara&#238;t, la bourgeoisie est d&#233;j&#224; si forte qu'elle ne peut plus &#234;tre dispers&#233;e. La Cour doit au contraire effectuer un jeu de bascule savant entre cette bourgeoisie et la noblesse pour affirmer le pouvoir royal, qui est d&#233;j&#224; soumis au capital par les cha&#238;nes d'or de la dette publique. La mont&#233;e de la bourgeoisie vers le pouvoir politique &#233;tablit les conditions d'une continuit&#233; de l'accumulation du capital qui, jointe &#224; des progr&#232;s techniques d&#233;cisifs (notamment dans le domaine de l'artillerie), permet la perc&#233;e du capitalisme en Europe au 16&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Le mode de production capitaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production capitaliste est une production de marchandises pour le profit. La recherche du profit est impos&#233;e par la concurrence. Toute firme qui ne r&#233;alise pas un profit suffisant accumulera moins de capitaux, aura un acc&#232;s plus difficile et plus on&#233;reux au cr&#233;dit, sera par cons&#233;quent distanci&#233;e dans la course vers la technologie la plus moderne et perdra de ce fait des march&#233;s au profit de ses concurrents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus-value et profit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production capitaliste &#233;tant une production de marchandises, il faut distinguer la production du profit (ou, plus exactement, de la plus-value) et sa r&#233;alisation. La plus value na&#238;t au cours du processus de production ; elle provient du fait de la main-d'&#339;uvre salari&#233;e, en travaillant sur la mati&#232;re premi&#232;re &#224; l'aide des machines, remplit une double fonction : elle conserve la valeur du capital constant avec lequel elle op&#232;re, en incorporant des parcelles de cette valeur dans chaque nouveau produit qu'elle fabrique ; elle cr&#233;e une valeur nouvelle, et cette valeur d&#233;passe celle du propre salaire du travailleur. La plus-value est la diff&#233;rence entre la valeur cr&#233;e par la force de travail et sa propre valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour que le capitalisme puisse r&#233;cup&#233;rer le capital avanc&#233; (capital constant + capital variable, le capital variable repr&#233;sentant le prix de la force de travail) et r&#233;aliser un profit, il faut que les marchandises soient vendues, et vendues &#224; un prix susceptible d'accro&#238;tre d'un tel profit le capital avanc&#233;. Cela pose deux probl&#232;mes. D'abord, celui de la vente proprement dite, c'est &#224; dire de l'existence d'une demande sociale solvable. Ensuite, celui du prix de vente : celui-ci peut-&#234;tre tel que la firme vend &#224; perte, qu'elle r&#233;cup&#232;re tout juste son capital, qu'elle r&#233;alise un profit inf&#233;rieur, &#233;gal ou sup&#233;rieur &#224; la moyenne des autres capitaux. La firme capitaliste va donc jouer sur plusieurs claviers, afin de s'assurer le maximum de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan de la production, elle va chercher &#224; abaisser au maximum les co&#251;ts de fabrication : elle recherchera des techniques productives plus avanc&#233;es, tentera d'abaisser les salaires et de r&#233;duire la main-d'&#339;uvre employ&#233;e en am&#233;liorant l'organisation du travail (rationalisation). La firme capitaliste aura recours au cr&#233;dit pour que la plus grande part du capital puisse &#234;tre investie en machines : elle cherchera un cr&#233;dit de circulation, qui couvre la presque totalit&#233; du fond de roulement, et des cr&#233;dits &#224; long terme au march&#233; des capitaux pour &#233;largir sa sph&#232;re d'op&#233;ration au-del&#224; de ses moyens propres, &#233;missions d'actions et d'obligations. En g&#233;n&#233;ral, plus le rayon d'op&#233;ration s'&#233;largit, plus la production augmente, plus le capital fixe mis en mouvement s'accro&#238;t, et plus le co&#251;t unitaire (co&#251;t de l'unit&#233; produite) baisse, et plus augmente de ce fait la comp&#233;titivit&#233; de l'entreprise et la masse absolue des profits qu'elle r&#233;alise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan de la vente, une division du travail s'effectue entre le capital industriel et le capital commercial et bancaire. Ce dernier prend &#224; sa charge les frais de distribution et de vente des marchandises, raccourcit la dur&#233;e de leur circulation entre le moment o&#249; elles sont produites et le moment o&#249; elles sont vendues, cherche &#224; stimuler la vente au moyen des techniques les plus diverses, accroissant ainsi le rayon d'action du capital industriel, c'est &#224; dire la masse des profits qu'il obtient. En &#233;change, ces capitaux s'approprient une partie de la plus-value sociale produite dans les usines capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'effectue un mouvement de nivellement du taux de profit, par un flux et reflux constant des capitaux, qui quittent les branches o&#249; le taux de profit tombe en dessous de la moyenne sociale et affluent vers les branches o&#249; il est sup&#233;rieur &#224; cette moyenne. Il ne s'agit l&#224; que d'une tendance : une p&#233;r&#233;quation absolue des taux de profit ne se r&#233;alise jamais en r&#233;gime capitaliste. Il y a toujours des branches en expansion &#8211; dont la production est encore inf&#233;rieure &#224; la demande sociale solvable, qui jouissent donc en permanence d'un surprofit monopolistique, d'une &#171; rente de monopole &#187; &#8211; et d'autres en d&#233;clin dont la production est g&#233;n&#233;ralement sup&#233;rieure &#224; la demande sociale solvable et dont le taux de profit est donc en permanence d&#233;prim&#233;. Il y a aussi, &#224; l'int&#233;rieur d'une m&#234;me branche, des entreprises jouissant de monopole de productivit&#233; qui r&#233;alisent des surprofits et des entreprises vieillies qui ne r&#233;alisent pas le profit moyen. La tentative des entreprises de d&#233;passer le profit moyen est le moteur essentiel des investissements et de l'activit&#233; capitalistes. Mais de la multiplication de ces tentatives surgit pr&#233;cis&#233;ment la tendance vers une p&#233;r&#233;quation du taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Capital et travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mode de production capitaliste n'est pas seulement domin&#233; par la concurrence entre capitalistes, mais aussi par la concurrence entre ouvriers et capitalistes. La &#171; valeur ajout&#233;e &#187; dans la production industrielle se partage entre le travail et le capital ; c'est une donn&#233;e fixe, au terme de chaque processus de production (ou de chaque mois ou de chaque ann&#233;e) : la part de l'un ne peut augmenter que si la part de l'autre diminue. Le capitaliste, afin d'accumuler du capital, essaye de r&#233;duire la part des travailleurs dans la valeur ajout&#233;e, tandis que ceux-ci, afin d'accro&#238;tre leur niveau de vie, cherchent spontan&#233;ment &#224; accro&#238;tre cette part. Ainsi na&#238;t la lutte de classe &#233;l&#233;mentaire au sein de ce mode de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offre de main-d'&#339;uvre est d'abord beaucoup plus abondante que la demande : l'industrialisation, dans sa phase initiale, supprime plus d'emplois qu'elle n'en offre. Le mouvement d&#233;mographique, li&#233; aux d&#233;buts de la r&#233;volution industrielle, joue dans le m&#234;me sens. A cette &#233;poque, le capital cherche &#224; accro&#238;tre sa part du revenu national en faisant baisser les salaires r&#233;els et en allongeant la semaine de travail. Cette tendance a pr&#233;valu en Occident du 16&#232;me jusqu'au milieu du 19&#232;me si&#232;cle ; elle pr&#233;vaut encore en partie dans des pays du Tiers Monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, la demande de main-d'&#339;uvre augmente plus vite, lorsque l'industrialisation s'acc&#233;l&#232;re, surtout dans les pays occidentaux qui sont devenus les ateliers industriels du monde. L'offre tend &#224; se r&#233;duire par suite de l'&#233;migration en masse (70 millions d'Europ&#233;ens sont partis pour les pays d'outre-mer). Ainsi, le jeu de l'offre et de la demande arr&#234;te la baisse absolue des salaires r&#233;els. Ceux-ci se mettent &#224; augmenter progressivement. Les capitalistes cherchent cependant &#224; maintenir constante leur part de la &#171; valeur ajout&#233;e &#187; par l'accroissement de la productivit&#233;. Comme celle-ci implique le plus souvent que des machines se substituent aux hommes, elle offre au capital l'avantage suppl&#233;mentaire de reconstituer p&#233;riodiquement l'arm&#233;e de r&#233;serve industrielle et de maintenir les salaires dans des limites supportables par le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Les contradictions du capitalisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La baisse du taux de profit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production capitaliste est, rappelons-le, une production pour le profit ; mais celui-ci provient de la plus-value. Seule une partie du capital produit de la plus-value : le capital variable, qui ach&#232;te la force de travail, seule cr&#233;atrice de valeur. Or, &#224; mesure que le machinisme s'accro&#238;t, que progresse la technologie, la part du capital total d&#233;pens&#233;e en salaire diminue ; la part de ce capital d&#233;pens&#233;e en machine et installations fixes s'accro&#238;t (la composition organique du capital augmente). Si la proportion des salaires dans la &#171; valeur ajout&#233;e &#187; reste la m&#234;me (c'est &#224; dire si le taux de la plus-value est stable), il y a baisse du taux de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette baisse n'est qu'une tendance. On peut la v&#233;rifier de deux fa&#231;ons. Dans chaque cycle quinquennal, septennal ou d&#233;cennal, qui m&#232;ne d'une crise &#224; une autre, le taux de profit augmente d'abord lors de la reprise &#233;conomique, notamment parce que le ch&#244;mage et la rationalisation p&#232;sent &#224; la fois sur les salaires individuels, sur la masse salariale (l'emploi), sur la discipline et sur l'intensit&#233; du travail. Ce taux s'&#233;l&#232;ve avec le boom n&#233; de la hausse des prix, puis commence &#224; &#171; s'effriter &#187; avec le plein emploi, les heures suppl&#233;mentaires, l'augmentation des salaires ; la fluctuation de la main-d'&#339;uvre s'accentue ; la discipline et l'intensit&#233; du travail diminuent. Le taux de profit s'effondre la veille et au d&#233;but de la r&#233;cession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite &#8211; &#224; long terme &#8211; le taux moyen de profit diminue lorsqu'il y a une modification tr&#232;s importante dans la composition organique du capital. En g&#233;n&#233;ral, il est d'autant plus &#233;lev&#233; qu'un pays est moins industrialis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rification statistique de cette tendance &#224; long terme, qui est ais&#233;e jusqu'au lendemain de la Premi&#232;re Guerre Mondiale, se heurte &#224; des difficult&#233;s au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Les sp&#233;cialistes parlent alors d'une stabilit&#233; ou m&#234;me d'une baisse du &#171; coefficient du capital &#187; (d&#233;pense en capital n&#233;cessaire pour produire une unit&#233; suppl&#233;mentaire de revenu) qui, sans &#234;tre identique au taux de profit, est manifestement en rapport avec lui. Cette difficult&#233; provient essen-tiellement de l'impossibilit&#233; de d&#233;terminer la valeur du capital lui-m&#234;me, que les habitudes courantes d'amortissement tendent &#224; sous-&#233;valuer de mani&#232;re consid&#233;rable, surtout &#224; des fins d'&#233;vasion fiscale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre difficult&#233; de v&#233;rification statistique provient de l'inflation mon&#233;taire constante. L'accroissement colossal de la productivit&#233; du travail aurait fait baisser les prix vers des chiffres fort bas s'il n'y avait eu la d&#233;pr&#233;ciation mon&#233;taire. Mais comme il y a des distorsions consid&#233;rables entre l'index des prix de d&#233;tail des produits de large consommation, l'index des prix de gros des mati&#232;res premi&#232;res et l'index des prix des machines (d'ailleurs non comparables &#224; long terme, parce que profond&#233;ment modifi&#233;es), cette d&#233;pr&#233;ciation mon&#233;taire rend tr&#232;s difficile la comparaison des taux de profit &#224; trente ou quarante ann&#233;es de distance.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les crises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les investissements sont le moteur de l'expansion &#233;conomique. Les capitalistes sont amen&#233;s &#224; investir sous le fouet de la concurrence. Mais dans un r&#233;gime de propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, les investissements se font essentiellement de mani&#232;re discontinue. Les centres de d&#233;cisions sont multiples ; ils sont essentiellement influenc&#233;s par les pr&#233;visions de profit. Lorsque l'offre d&#233;passe la demande, lorsque le march&#233; semble en expansion rapide, lorsque les ventes se font &#224; des prix qui laissent des profits consid&#233;rables, les forces qui poussent &#224; &#233;tendre les investissements pr&#233;valent sur celles qui tendent &#224; les freiner. Il suffit que les d&#233;cisions d'investir se multiplient dans quelques secteurs pour qu'elles se g&#233;n&#233;ralisent rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inverse est aussi vrai : une r&#233;duction brusque des investissements dans plusieurs secteurs importants (parce qu'il y a surproduction, stocks invendables ou capacit&#233; de production exc&#233;dentaire, ou encore parce que les marges b&#233;n&#233;ficiaires s'amenuisent) tend &#224; imposer une tendance g&#233;n&#233;rale &#224; la r&#233;duction des investissements. Mais il y a habituellement un &#233;cart assez importants dans le temps entre le moment o&#249; la d&#233;cision de r&#233;duire les investissements est prise et le moment o&#249; la production industrielle commence &#224; se stabiliser ou &#224; diminuer, car les anciennes d&#233;cisions d'investissement tardent &#224; donner leurs effets productifs. Cet &#233;cart (time lag) est un m&#233;canisme fondamental ; il explique l'&#233;clatement des crises. La discontinuit&#233; des d&#233;cisions d'investissements, les mouvements d'emballement (dans le sens de l'expansion ou du resserrement) en constituent l'explication technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la cause plus profonde des crises p&#233;riodiques r&#233;sident &#224; la fois dans la chute p&#233;riodique du taux de profit et dans l'&#233;cart grandissant entre la capacit&#233; de production et la demande solvable de produits finis, &#233;cart auquel toute production pour le produit fini par donner naissance. On pourrait imaginer &#224; la rigueur une &#171; programmation &#187; &#233;conomique qui lie &#224; la part relativement d&#233;clinante de la valeur ajout&#233;e qui &#233;choit aux masses une part d&#233;clinante de la production des biens de consommation dans la production globale. Cette tendance se v&#233;rifie d'ailleurs &#224; long terme. Mais l'accroissement de la production de biens d'investissements, quels que soient les d&#233;tours de plus en plus long qu'emprunte le processus de production avant d'arriver au &#171; dernier consommateur &#187;, finit toujours par accro&#238;tre la capacit&#233; de production des biens de consommation. C'est pourquoi l'emballement des investissements &#8211; indissolublement li&#233; au r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et aux multiples centres de d&#233;cision pour les investissements importants, c'est &#224; dire &#224; la concurrence et &#224; l'anarchie de la production &#8211; aboutit n&#233;cessairement &#224; la surproduction p&#233;riodique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'irrationalit&#233; du mode de production capitaliste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises p&#233;riodiques de surproduction sont l'expression la plus nette de l'irrationalit&#233; fondamentale du mode de production capitaliste. Il s'agit d'ailleurs d'une irrationalit&#233; particuli&#232;re : la production capitaliste combine une rationalit&#233; de plus en plus pouss&#233;e au sein de l'entreprise avec une irrationalit&#233; au sein du syst&#232;me consid&#233;r&#233; dans son ensemble. Et aux tendances &#224; la planification &#224; l'int&#233;rieur de l'entreprise, de la firme et du trust s'ajoutent de plus en plus des tendances &#224; la programmation &#233;conomique nation,ale, qui mettent d'autant plus en relief la nature irrationnelle du syst&#232;me &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette irrationalit&#233; n'est qu'une expression particuli&#232;re de la contradiction fondamentale du mode de production capitaliste : la contradiction entre la tendance &#224; la socialisation progressive de la production et le maintien de l'appropriation priv&#233;e. La socialisation progressive de la production &#233;tablit des liens d'interd&#233;pendances de plus en plus nombreux et de plus en plus complexes entre les entreprises, les producteurs et les individus du monde entier. Elle tend &#224; faire d&#233;pendre le sort de chacun du d&#233;veloppement de la qualification technique et intellectuelle de tous. Elle tend &#224; socialiser les co&#251;ts de satisfaction de besoins de plus en plus nombreux (enseignement, sant&#233;, recherche scientifique, construction routi&#232;re, transports urbains, lutte contre la pollution de l'air et des eaux). Mais en m&#234;me temps, toute cette m&#233;canique de plus en plus complexe et d&#233;licate ne peut fonctionner que si une minorit&#233; infime d'hommes &#8211; les groupes financiers qui disposent des principaux moyens de production et d'&#233;change &#8211; y trouvent leur profit. Sinon, il faudra r&#233;duire la production malgr&#233; d'immenses besoins non satisfaits et condamner au ch&#244;mage et &#224; la mis&#232;re des millions d'hommes &#171; parce qu'on produit trop &#187;. On r&#233;duira les ressources et les possibilit&#233;s et les possibilit&#233;s de d&#233;veloppement des peuples entiers parce que des cours de mati&#232;res premi&#232;res fl&#233;chissent. On pr&#233;s&#233;lectionnera et limitera les acc&#232;s &#224; l'enseignement sup&#233;rieur &#171; par manque de ressources &#187;, la priorit&#233; ayant &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; la production de biens de destruction sur le d&#233;veloppement du capital intellectuel de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ali&#233;nation et lutte de classe&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette contradiction entre la socialisation croissante de la production et de toute la vie &#233;conomique, d'une part, et le maintien de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, d'autre part, se cristallise dans le processus de concentration et de centralisation croissantes du capital, pr&#233;cis&#233;ment au fur et &#224; mesure que les pays deviennent &#171; plus riches &#187; (et que le niveau de vie des masses monte r&#233;ellement). Dans la plupart des pays occidentaux, quelques dizaines de groupes financiers &#8211; et, dans les plus petits d'entre eux, une dizaine &#224; peine &#8211; contr&#244;lent les principaux leviers de commande de la vie &#233;conomique. Et le processus d'internationalisation croissante du capital aboutit &#224; une situation o&#249;, d'ici une vingtaine d'ann&#233;e, quelques 300 &#171; compagnies multinationales &#187; contr&#244;leront la vie &#233;conomique du monde capitaliste (Cf. P.J. Barber, &#171; Les entreprises internationales &#187;, in Analyse et Pr&#233;vision, sept. 1966, et The Economist, 13 juillet 1968).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan social, la g&#233;n&#233;ralisation de la production marchande se traduit par une r&#233;ification et une ali&#233;nation g&#233;n&#233;ralis&#233;es des rapports humains. L'ouvrier &#8211; et, de mani&#232;re croissante, &#233;galement l'employ&#233; et le producteur intellectuel &#8211; est ali&#233;n&#233; des instruments de travail, des produits de son travail et du processus de production lui-m&#234;me. Il n'est plus que l'appendice d'une immense machine qui le broie sous la fatigue physique et nerveuse ou sous l'ennui. Le temps pass&#233; &#224; l'entreprise est consid&#233;r&#233; comme du temps perdu pour la vraie vie, d&#233;pens&#233;e simplement pour gagner les moyens de vivre en dehors du travail. L'immense essor des forces productives, rendu possible par le capitalisme, accro&#238;t, il est vrai, les loisirs. Mais l'homme ali&#233;n&#233; dans le travail ne peut se d&#233;sali&#233;ner dans le &#171; temps libre &#187;. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; embrigad&#233; dans l'industrie productive, le voil&#224; happ&#233; par la commercialisation des loisirs, manipul&#233; par les moyens de diffusion massive : il lui est interdit de librement et spontan&#233;ment se d&#233;velopper, aussi bien dans son travail qu'en dehors de celui-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contradictions du mode de production capitaliste alimentent et exacerbent la lutte des classes. Celle-ci de spontan&#233;e et &#233;l&#233;mentaire, devient consciente et organis&#233;e. Les travailleurs ne se limitent plus &#224; combattre pour &#171; une part plus grande du g&#226;teau &#187;. Ils se constituent en mouvement politique qui cherche &#224; bouleverser les structures m&#234;mes de la soci&#233;t&#233;. Leur id&#233;al est alors de substituer &#224; une &#233;conomie fond&#233;e sur le profit priv&#233; une soci&#233;t&#233; tourn&#233;e vers la satisfaction des besoins de tous. Ils ne pourront y parvenir qu'en rempla&#231;ant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production par la propri&#233;t&#233; collective, g&#233;r&#233;e par les producteurs eux-m&#234;mes, en substituant &#224; l'anarchie et &#224; la concurrence fondamentales de la production capitaliste une planification socialiste dans laquelle les grands projets d'investissements seront d&#233;cid&#233;s d&#233;mocratiquement par la masse de la population laborieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Les &#233;tapes historiques du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, le capitalisme a travers&#233; trois grandes &#233;tapes historiques, chacune li&#233;e &#224; une r&#233;volution des techniques industrielles et &#224; des modifications profondes des rapports entre les classes sociales, au sein m&#234;me de ces classes et entre les diff&#233;rentes zones g&#233;ographiques o&#249; s'est implant&#233; le syst&#232;me capitaliste international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re r&#233;volution industrielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque du capitalisme de libre concurrence est &#233;troitement li&#233;e &#224; la premi&#232;re r&#233;volution industrielle, c'est &#224; dire aux machines mues par la force de la vapeur. Les branches industrielles fondamentales sont le textile, l'industrie charbonni&#232;re, l'industrie de la fonte. Les investissements principaux sont, outre les investissement des premi&#232;res usines, la construction des chemins de fer. L'industrie est essentiellement situ&#233;e en Grande-Bretagne, en Belgique, en France et en Allemagne occidentale ; le reste du monde est un immense march&#233; pour cet atelier industriel. Une grande partie du Tiers Monde (l'Afrique tropicale, la Chine, l'Asie centrale et du Sud-Est, la majeure partie du monde arabe) reste encore en dehors de la sph&#232;re d'op&#233;ration du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la classe capitaliste, l'industriel est roi. C'est un entrepreneur individuel, m&#234;me lorsqu'il est &#224; la t&#234;te d'une soci&#233;t&#233; anonyme. Il est individualiste, partisan du libre-&#233;change, favorable &#224; la monarchie constitutionnelle ou &#224; la r&#233;publique lib&#233;rale. Il est peu enclin &#224; admettre le suffrage universel, puisque le Parlement doit essentiellement contr&#244;ler les revenus et les d&#233;penses de l'Etat, et que le peuple paye relativement peu d'imp&#244;ts. Quant &#224; la classe ouvri&#232;re, elle est peu organis&#233;e, courb&#233;e sous la mis&#232;re et seulement prompte &#224; des explosions p&#233;riodiques de r&#233;volte de la faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrialisation de toute l'Europe occidentale cr&#233;e un probl&#232;me de d&#233;bouch&#233;s de plus en plus angoissant pour le capital. Les capitaux accumul&#233;s dans les vieilles m&#233;tropoles y trouvent de moins en moins d'emplois fructueux. Aussi s'amorcent, &#224; la fois, la course vers le partage du Tiers Monde en zones d'influences, l'extension des grands empires coloniaux, l'exportation des capitaux vers les pays moins industrialis&#233;s, l'emploi des capitaux ainsi export&#233;s pour assurer des d&#233;bouch&#233;s stables &#224; certaines nouvelles branches cl&#233;s de l'industrie, surtout la sid&#233;rurgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, la base &#233;nerg&#233;tique et technologique de l'industrie se modifie. Le moteur &#233;lectrique et le moteur &#224; explosion se substituent peu &#224; peu &#224; la machine &#224; vapeur. A cot&#233; de la sid&#233;rurgie, les branches principales de l'industrie capitaliste sont maintenant la construction m&#233;canique et &#233;lectrique, l'industrie p&#233;troli&#232;re, l'industrie automobile. C'est la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'imp&#233;rialisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure interne de la classe bourgeoise ne se modifie pas moins profond&#233;ment. La concentration des capitaux, surtout dans les nouvelles branches expansives, ne laissent subsister que quelques firmes dominantes. Celles-ci cessent progressivement de pratiquer la concurrence syst&#233;matique par baisse de prix : les ententes capitalistes deviennent la r&#232;gle. Cartels, trusts, holdings, groupes financiers s'assurent de plantureux profits monopolistiques, auxquels s'ajoutent les surprofits coloniaux et semi-coloniaux. Au sein de la classe bourgeoise ne dominent plus l'industriel individuel, mais le capitaine d'industrie, le brasseur d'affaires, le cr&#233;ateur d'empires financiers. La centralisation des capitaux disponibles dans les banques donne &#224; celles-ci une pr&#233;pond&#233;rance dans une phase de besoins aigus en ressources pour financer la nouvelle r&#233;volution industrielle. Les banques p&#233;n&#232;trent dans l'industrie et en deviennent les forces ma&#238;tresses. C'est l'apog&#233;e du capital financier, du capitalisme des monopoles, de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la classe ouvri&#232;re d'Occident, progressivement lib&#233;r&#233;e du ch&#244;mage permanent qui p&#232;sera sur elle pendant un si&#232;cle, elle s'organise de plus en plus dans les premiers partis socialistes de masse et les premiers syndicats. Elle emploie la force ainsi acquise pour obtenir de meilleurs salaires, une r&#233;duction de la semaine de travail, la premi&#232;re l&#233;gislation sociale. Les surprofits coloniaux et monopolistiques fournissent la marge de man&#339;uvres qui permet au capital de faire ses concessions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le nouvel &#233;quilibre est instable. Il durera moins d'un quart de si&#232;cle (essentiellement la p&#233;riode 1890-1914). La concurrence inter-imp&#233;rialismes s'aggrave, s'accompagne d'une course aux armements de plus en plus d&#233;brid&#233;e, de multiples guerres coloniales et de &#171; guerres locales &#187; (guerre russo-japonaise, guerre italo-turque, guerres des Balkans) qui annoncent la conflagration mondiale. La charge des armements et le d&#233;clin du taux de profit amenuisent la marge de concessions du capital ; la hausse des salaires r&#233;els s'arr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conflits sociaux, qui semblent momentan&#233;ment att&#233;nu&#233;s vers le d&#233;but du si&#232;cle, prennent de nouveau une tournure de plus en plus violente (r&#233;volution russe de 1905, mont&#233;e r&#233;volutionnaire russe &#224; la veille de la Premi&#232;re Guerre mondiale, mouvements pour la r&#233;forme du syst&#232;me &#233;lectoral en Prusse, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1905 pour le suffrage universel en Autriche, de 1913 en Belgique, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Italie contre la guerre, etc.). Des explosions s'annoncent, un moment retard&#233;es par la Premi&#232;re Guerre mondiale &#224; laquelle se r&#233;signent les vieilles directions social-d&#233;mocrates en Occident. Elles &#233;clatent avec la r&#233;volution russe de 1917, la r&#233;volution allemande de 1918, la mont&#233;e r&#233;volutionnaire de 1918-1923 dans toute l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, la guerre russo-japonaise, la r&#233;volution russe de 1905 et, encore davantage, la r&#233;volution russe de 1917 ont stimul&#233; le r&#233;veil des nationalit&#233;s du Tiers Monde. Un mouvement nationaliste d'&#233;mancipation s'affirme partout ; s'il reste dirig&#233; par la bourgeoisie nationale en Inde (Parti du Congr&#232;s) et en Chine (Kouo-min-tang), il permet la naissance d'un jeune mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire qui s'affirmera vite communiste et luttera pour conqu&#233;rir d'abord son autonomie, puis l'h&#233;g&#233;monie au sein du mouvement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'annonce le d&#233;clin de l'imp&#233;rialisme classique, arriv&#233; &#224; son apog&#233;e &#224; la veille de la Seconde Guerre mondiale. Dans les deux guerres mondiales, les diff&#233;rentes puissances imp&#233;rialistes europ&#233;ennes s'affaiblissent mutuellement. De la Seconde Guerre mondiale, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain sort seul renforc&#233; du point de vue &#233;conomique, financier et militaire ; il est alors au fa&#238;te de sa puissance : la th&#233;orie du &#171; super-imp&#233;rialisme &#187; semble confirm&#233;e. Mais l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain aura bient&#244;t &#224; faire face &#224; la mont&#233;e de la r&#233;volution dans le Tiers Monde, qui arrachera le pays le plus peupl&#233; du monde &#8211; la Chine &#8211; &#224; l'aire d'exploitation du capital ; il assistera au d&#233;veloppement rapide de la puissance &#233;conomique et technologique de l'U.R.S.S. ;et, pour tenir celle-ci en &#233;chec suyr le continent europ&#233;en et en Extr&#234;me-Orient, il devra contribuer lui-m&#234;me &#224; la renaissance de l'imp&#233;rialisme d'Europe occidentale et du Japon, qui se transformeront de nouveau en concurrents redoutables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution technologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, une troisi&#232;me r&#233;volution industrielle a commenc&#233;, nourrie surtout du d&#233;veloppement technologique n&#233; de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre froide : l'&#233;lectronique et l'&#233;nergie nucl&#233;aire passent au premier plan des techniques productives. Les ensembles automatiques et t&#233;l&#233;guid&#233;s se substituent aux cha&#238;nes semi-automatiques. L'a&#233;ronautique, l'industrie des computeurs (ordinateurs), la construction &#233;lectrique, la p&#233;trochimie remplacent l'industrie sid&#233;rurgique et la construction m&#233;canique comme branches industrielles cl&#233;s, disputant m&#234;me la premi&#232;re place &#224; l'industrie automobile et au p&#233;trole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trusts monopolistiques s'&#233;mancipent peu &#224; peu du contr&#244;le du capital financier ; les &#233;normes surprofits qu'ils accumulent leur permettent un taux d'autofinancement inconnu avant la premi&#232;re guerre mondiale. Ces trusts multiplient les filiales dans le monde entier : ainsi na&#238;t la &#171; compagnie multinationales &#187;. Ce vaste mouvement de concentration internationale des capitaux a surtout pour objet les pays imp&#233;rialistes eux-m&#234;mes. Les capitaux priv&#233;s &#8211; m&#234;me si l'exploitation des puits de p&#233;trole continue de la attirer &#8211; se d&#233;tournent de plus en plus des pays du Tiers Monde, consid&#233;r&#233;s comme trop sujets aux risques d'expropriation et de r&#233;volution sociale. Les exportations de capitaux, plus importantes que jamais, se dirigent en priorit&#233; vers d'autres pays imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrialisation du Tiers Monde s'acc&#233;l&#232;re, mais sans que celui-ci cesse d'&#234;tre exploit&#233; dans les &#233;changes internationaux. Les pays imp&#233;rialistes, en &#233;changeant des machines contre les produits textiles ou les conserves du Tiers Monde, continuent &#224; r&#233;aliser des superprofits, comme ils le faisaient en &#233;changeant leurs produits finis contre les mati&#232;res premi&#232;res des pays coloniaux et semi-coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les menaces qui p&#232;sent sur l'existence du syst&#232;me (r&#233;volutions sociales et crises catastrophiques) obligent celui-ci &#224; un effort d'adaptation. L'Etat intervient de plus en plus dans la vie &#233;conomique ; il devient le garant du profit des monopoles. Il leur assure des d&#233;bouch&#233;s stables dans un secteur d'armements et un secteur public dor&#233;navant important ; il tend &#224; stabiliser le niveau de la demande globale et des investissements en appliquant une politique anticyclique et anticrise. Il s'efforce, par la programmation &#233;conomique, de coordonner et de rationaliser les investissements priv&#233;s et de stabiliser le taux d'exploitation de la main-d'&#339;uvre en rattachant les augmentations de salaires &#224; celle de la productivit&#233; (politique des revenus). C'est la phase du n&#233;o-capitalisme, qui laisse d'abord la classe ouvri&#232;re d&#233;contenanc&#233;e &#8211; manque de pr&#233;paration organisationnelle et id&#233;ologique &#8211; par une p&#233;riode d'expansion et d'augmentation du niveau de vie d'une dur&#233;e surprenante. Mais d&#232;s que s'annonce la fin de la longue phase d'expansion 1945-1965, que les r&#233;cessions se multiplient et se g&#233;n&#233;ralisent, que les crises structurelles s'av&#232;rent plus profondes, que le probl&#232;me de l'ali&#233;nation se pose dans toute son ampleur, de nouvelles explosions ouvri&#232;res se pr&#233;parent, port&#233;es surtout par les jeunes g&#233;n&#233;rations et dont les &#233;v&#233;nements de mai-juin 1968 en France sont un exemple typique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Les contradictions du n&#233;o-capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un moment voil&#233;es par la dur&#233;e de l'expansion n&#233;o-capitaliste, les contradictions classiques du capitalisme reviennent &#224; la surface, sous une forme &#224; peine modifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; programmation &#233;conomique &#187;, les &#233;tudes de march&#233;, l'adaptation constante du volume de la production aux fluctuations de la demande solvable semblaient avoir r&#233;solu le probl&#232;me de la surproduction p&#233;riodique ; mais ce probl&#232;me resurgit douloureusement : la capacit&#233; de production exc&#233;dentaire &#233;tait, au printemps 1967, de 25 % pour l'industrie de l'Allemagne occidentale, un an plus tard de 25 % en France, et de 20 % aux Etats-Unis en 1968. Les charbonnages, la sid&#233;rurgie, l'industrie textile semblent irr&#233;m&#233;diablement frapp&#233;s ; mais c'est d&#233;j&#224; le tour de la p&#233;trochimie et de l'automobile. Et qu'est-ce que la capacit&#233; de production exc&#233;dentaire, sinon une surproduction &#171; gel&#233;e &#187; au niveau des machines, au lieu d'&#234;tre cristallis&#233;es dans des marchandises invendables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;cessions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le spectre de la surproduction, on croyait avoir exorcis&#233; le p&#233;ril des crises. Mais voici que surgissent les r&#233;cessions. Elles se sont d'abord manifest&#233;es seulement aux Etats-Unis (1949, 1953, 1957, 1960), ainsi qu'en Grande-Bretagne et en Belgique sous forme att&#233;nu&#233;e ; elles &#233;clatent successivement en Italie (1964), en France et au Japon (1965), en Grande-Bretagne et en Allemagne occidentale (1966). L'expansion g&#233;n&#233;rale se ralentit et la crise du syst&#232;me mon&#233;taire s'amplifie. En imposant une solidarit&#233; de plus en plus pouss&#233;e aux autorit&#233;s mon&#233;taires des principaux pays imp&#233;rialistes, elle r&#233;duit d'autant leur capacit&#233; de r&#233;pondre de mani&#232;re autonome, aux menaces de surchauffe en provoquant des r&#233;cessions pr&#233;matur&#233;es et plus limit&#233;es. Ainsi, le syst&#232;me s'oriente vers une r&#233;cession g&#233;n&#233;rale qui, sans &#234;tre comparable &#224; la crise de 1929-1933, d&#233;passera cependant en ampleur, toutes les perturbations &#233;conomiques connues depuis la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore le d&#233;sastre d'une crise grave du type 1929 n'est-il &#233;vit&#233; que gr&#226;ce &#224; de colossales d&#233;penses d'armements : pr&#232;s de 100 milliards de dollars par an pour les pays imp&#233;rialistes. La seule r&#233;cession mod&#233;r&#233;e qu'ait connue l'Allemagne occidentale en 1966-1967 a r&#233;duit les ressources disponibles pendant trois ans de pr&#232;s de 50 milliards de DM. Si le gaspillage caus&#233; par les r&#233;cessions est inf&#233;rieur &#224; celui qu'a provoqu&#233; la crise de 1929-1933, il faut y ajouter les pertes caus&#233;es par le sous-emploi permanent de l'appareil de production et par les immenses ressources utilis&#233;es &#224; perte pour la fabrication de moyens de destruction. Ainsi le bilan de gaspillage et d'irrationalit&#233; du syst&#232;me n'en est-il que plus lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une irrationalit&#233; croissante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bilan est encore plus &#233;vident lorsqu'on prend conscience de la polarisation progressive des ressources dans les pays industrialis&#233;s et de l'appauvrissement progressif des pays du Tiers Monde. Les d&#233;penses somptuaires et insens&#233;es de l'Occident auraient pu fournir les ressources qui eussent permis d'&#233;viter des famines effroyables, comme celle quoi ont frapp&#233; l'Inde et le Pakistan en 1966-1967 et l'Afrique tropicale &#8211; surtout le Nigeria &#8211; en 1967-1968. Pour sauver une seule vie humaine, dans des conditions exceptionnelles, on d&#233;pense en Occident l'&#233;quivalent de ce qui sauverait cent &#224; cinq cents vies humaines dans les pays sous-d&#233;velopp&#233;s. Les ressources gaspill&#233;es dans l'armement pourraient assurer, en l'espace de quelques d&#233;cennies, une industrialisation sans larme au Tiers Monde, sans que soit r&#233;duit d'une quelconque mani&#232;re le niveau de vie atteint en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces productives continuent &#224; cro&#238;tre &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;, mais cette croissance est de plus en plus anarchique et irrationnelle sur le plan global, malgr&#233; tous les efforts de rationalisation au niveau des entreprises, des firmes et m&#234;me des nations. La concentration des d&#233;cisions strat&#233;giques entre les mains de quelques hommes s'av&#232;re une barri&#232;re infranchissable de la rationalit&#233; &#233;conomique. Des erreurs de jugement entra&#238;nent des pertes immenses (Blue Streak en Grande-Bretagne, choix erron&#233; de syst&#232;mes de computers par IBM, investissements sid&#233;rurgiques d&#233;j&#224; technologiquement d&#233;suets &#224; la fin des ann&#233;es cinquante), dont les frais sont support&#233;s par des populations laiss&#233;es dans l'ignorance des &#233;l&#233;ments du probl&#232;me. Les risques de voir l'immense concentration des informations disponibles dans les cerveaux &#233;lectroniques g&#233;ants rester &#224; la disposition exclusive d'un noyau d'hommes d'affaires et de hauts responsables symbolisent la menace d'autoritarisme irresponsable qui r&#233;sulte de la concentration extr&#234;me du capitalisme &#224; notre &#233;poque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;s&#233;quilibre croissant entre la concentration priv&#233;e et la consommation collective reproduit au sein des nations imp&#233;rialistes le d&#233;s&#233;quilibre entre nations riches et nations pauvres. L'id&#233;e de d&#233;penses de solidarit&#233;, de socialisation des co&#251;ts de satisfaction des besoins &#233;l&#233;mentaires, en progr&#232;s constant au cours des ann&#233;es trente et quarante sous la pression d'un mouvement ouvrier militant qui mena&#231;ait l'existence du r&#233;gime, est &#224; pr&#233;sent en recul ; et ce dernier est fonction du recul temporaire du mouvement ouvrier. On critique les &#171; gaspillages &#187; provoqu&#233;s par la &#171; gratuit&#233; &#187; des services sociaux, et on ferme les yeux sur le gaspillage social, autrement important, que repr&#233;sente l'augmentation rapide des d&#233;penses individuelles pour les boissons alcooliques, les drogues et le jeu. On &#233;largit de nouveau les zones d'in&#233;galit&#233; dans les domaines de la sant&#233;, o&#249; elles semblaient sur le point de dispara&#238;tre. La disproportion frappante entre l'essor de la production automobile et le retard de construction des autoroutes, des parkings et des transports urbains rapides symbolise cette contradiction entre la consommation individuelle, que le syst&#232;me cherche &#224; d&#233;velopper de mani&#232;re illimit&#233;e, et la consommation sociale, qu'il continue &#224; rationner chichement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un prol&#233;tariat renouvel&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transformations technologiques provoqu&#233;es par la troisi&#232;me r&#233;volution industrielle entra&#238;nent un bouleversement complet dans la composition de la classe ouvri&#232;re ; elles modifient de fond en comble les conditions de reproduction de la force de travail. Le travail manuel non qualifi&#233; dispara&#238;t ; le travail intellectuel hautement qualifi&#233; &#8211; de formation universitaire ou semi-universitaire &#8211; est de plus en plus int&#233;gr&#233; dans le processus de production. Mais, au fur et &#224; mesure que le niveau de culture et de qualification de la classe ouvri&#232;re s'&#233;l&#232;ve, la structure hi&#233;rarchique de l'entreprise et l'organisation autoritaire du travail deviennent de plus en plus insupportables. La r&#233;volte des &#233;tudiants contre la structure autoritaire de l'Universit&#233; annonce et pr&#233;pare la r&#233;volte des travailleurs contre la structure autoritaire de l'entreprise. Il n'y a pas que les &#233;v&#233;nements de mai-juin 1968 en France ou la r&#233;apparition de l'extr&#234;me gauche en Allemagne occidentale qui l'attestent. L'importance de plus en plus grande que les sections syndicales d'entreprise en Grande-Bretagne et en Italie accordent au probl&#232;me du contr&#244;le ouvrier est sans doute un indice tout aussi important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le d&#233;veloppement du n&#233;o-capitalisme lui-m&#234;me d&#233;montre le caract&#232;re illusoire de la th&#232;se selon laquelle ce syst&#232;me aurait r&#233;solu l'essentiel de ses contradictions &#233;conomiques. Il d&#233;montre ainsi que le d&#233;placement du centre de gravit&#233; des luttes anticapitalistes vers les pays du Tiers Monde n'a &#233;t&#233; qu'un &#233;pisode historique. Quel que soit le r&#244;le de d&#233;tonateur que les &#233;tudiants et les jeunes en g&#233;n&#233;ral puissent jouer dans les luttes de classes exacerb&#233;es auxquelles le n&#233;o-capitalisme a d&#233;j&#224; donn&#233; naissance, ce n'est pas dans ces couches p&#233;riph&#233;riques du monde du travail, et encore moins dans les minorit&#233;s surexploit&#233;es, qu'il faudra chercher la force sociale capable de jouer le r&#244;le de fossoyeur du capitalisme. Plus que jamais, le prol&#233;tariat est seul capable de remplir cette fonction, mais un prol&#233;tariat renouvel&#233; dans sa composition sociale par les r&#233;volutions technologiques en cours, et auquel s'int&#232;grent progressivement toutes les couches salari&#233;es de la population, dont les diff&#233;rences de r&#233;mun&#233;ration, de mode de vie et d'id&#233;ologie s'estompent au fur et &#224; mesure que s'unifient les conditions, les co&#251;ts et le niveau de qualification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Le capitalisme peut-il survivre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'adaptabilit&#233; du syst&#232;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qu'un syst&#232;me social disparaisse, il ne faut pas seulement qu'il y ait une force sociale susceptible de le contester dans l'action et de le renverser. Il ne suffit pas non plus qu'il ait donn&#233; les preuves de son irrationalit&#233; &#233;conomique ; il faut encore qu'il engendre des obstacles de plus en plus infranchissables &#224; son propre d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diverses th&#233;ories apolog&#233;tiques qui mettent en question l'impuissance du n&#233;o-capitalisme &#224; surmonter ses propres contradictions se basent en r&#233;alit&#233; sur l'id&#233;e d'une adaptabilit&#233; infinie du syst&#232;me aux d&#233;fis historiques successifs qu'il a rencontr&#233; (lutte de classes, r&#233;volution russe, mouvements d'&#233;mancipation du Tiers Monde, crises &#233;conomiques de type catastrophique, menace de destruction nucl&#233;aire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, les th&#233;ories, dites de la convergence, du rapprochement structurel entre le syst&#232;me capitaliste et le syst&#232;me sovi&#233;tique, ou plus g&#233;n&#233;ralement des contradictions de la soci&#233;t&#233; dite industrielle (Aron, Dahrendorf, Marcuse, Galbraith), tout en mettant en question la nature capitaliste des soci&#233;t&#233;s surgies de cette adaptation progressive, supposent que la continuit&#233; de domination sociale n'a pas &#233;t&#233; interrompue. Si des managers reprennent de plus en plus les r&#234;nes du pouvoir des mais des actionnaires, comme ils l'affirment, si une technocratie ou m&#234;me une &#171; m&#233;ritocratie &#187; succ&#232;de au r&#232;gne des grands financiers, il n'y a ni expropriation ni destruction du pouvoir de la classe capitaliste. Il y aurait plut&#244;t substitution graduelle de couches dominantes au sein de cette classe, transformation des propri&#233;taires du capital de dominateurs actifs en profiteurs passifs du syst&#232;me. On peut difficilement contester que les actions continuent &#224; rapporter des dividendes et que m&#234;me les managers les plus puissants ne connaissent pas d'autres moyens que l'acquisition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e pour transmettre &#224; leurs enfants les fruits de leur &#171; position dominante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de d&#233;montrer que les m&#233;canismes fondamentaux du syst&#232;me capitaliste &#8211; et non seulement des traits apparents, comme la forme passag&#232;re que prend la direction technique des affaires &#8211; finiront par &#234;tre de plus en plus bloqu&#233;s et que des limites infranchissables existent &#224; l'adaptabilit&#233; du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les limites de l'adaptabilit&#233; &#8211; La saturation des besoins&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces limites, et de loin la plus importante, est l'irrationalit&#233; croissante de l'&#233;conomie de march&#233;, au fur et &#224; mesure que l'essor des forces productives fait passer l'humanit&#233; du stade de la demi-p&#233;nurie &#8211; stade classique de l'&#233;conomie marchande &#8211; au stade d'une abondance de plus en plus grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; les consommateurs ne r&#233;agissent plus aux fluctuations des prix, ou r&#233;agissent &#224; contresens (par exemple la consommation baisse avec des baisses des prix), &#224; partir du moment o&#249; la demande devient in&#233;lastique, soit &#224; l'accroissement des revenus soit aux fluctuations des prix, ou bien acquiert une &#233;lasticit&#233; marginale n&#233;gative, un m&#233;canisme fondamental de l'&#233;conomie capitaliste de l'&#233;conomie capitaliste est d&#233;finitivement d&#233;traqu&#233;. C'est d&#233;j&#224; le cas, dans les pays industrialis&#233;s les plus d&#233;velopp&#233;s, de la demande de nombreux biens &#233;l&#233;mentaires (pain, pommes de terre, fruits indig&#232;nes, viande de porc) et de certains produits textiles ; c'est de plus en plus le cas de certains services publics (avant tout les transports urbains collectifs). Tout syst&#232;me de production qui continue d&#232;s lors &#224; se fonder sur la notion de &#171; rentabilit&#233; des entreprises &#187; engendre fatalement la surproduction syst&#233;matique et la destruction d'une fraction des biens produits (c'est le cas de l'agriculture occidentale). Tout syst&#232;me de distribution qui veut &#224; fortiori conserver l'&#233;change engendre d&#232;s lors un gaspillage d&#233;mesur&#233; ; la distribution gratuite, sous forme de service, devient plus &#233;conomique que la vente et l'achat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie de march&#233; devient toute aussi absurde dans le domaine de la production, au fur et &#224; mesure que les co&#251;ts salariaux et m&#234;me les co&#251;ts des mati&#232;res premi&#232;res s'abaissent vers z&#233;ro (par exemple, production automatique d'objets en mati&#232;res plastiques). Le maintien des crit&#232;res de rentabilit&#233; individuelle des entreprises et de distribution marchande de tels produits implique des prix de vente au d&#233;tail dont les frais de distribution constituent une fraction sans cesse grandissante. Le gaspillage qu'entra&#238;ne le maintien de l'&#233;conomie marchande appara&#238;t alors clairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'extinction du salariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me limite &#224; l'adaptabilit&#233; du syst&#232;me capitaliste : les bonds en avant effectu&#233;s par l'automation sapent un autre fondement de cette &#233;conomie, le salariat. La notion de salaire implique celle d'un &#233;change exactement mesur&#233; entre une force de travail achet&#233;e pour un laps de temps tout aussi strictement mesur&#233; et une quantit&#233; limit&#233; de biens de consommation (de moyens de payement qui permettent d'acqu&#233;rir ces biens de consommation). Lorsque la productivit&#233; du travail humain progresse de telle mani&#232;re que les biens de consommation susceptible de couvrir tous les besoins raisonnables d'un pays industrialis&#233; peuvent &#234;tre produits en une fraction fort r&#233;duite du temps de travail globalement disponible, la solution rationnelle est &#233;videmment celle de r&#233;duire le temps de travail de chaque individu de mani&#232;re tellement radicale que la notion m&#234;me de &#171; salaire &#187; perd tout son sens : &#171; l'&#233;conomie des Etats-Unis, &#233;crit Lord Bowden, se trouve dans une situation extraordinaire. La moiti&#233; environ de la population active suffit &#224; satisfaire les besoins r&#233;els des habitants du pays &#8211; c'est &#224; dire leur alimentation, leur logement, leurs v&#234;tements et leurs voitures &#8211; de sorte que les pouvoirs publics sont oblig&#233;s de trouver un emploi pour l'autre moiti&#233;. &#187;. Ainsi n'est-il plus n&#233;cessaire de mesurer exactement la d&#233;pense de travail de chacun ; il y a satisfaction g&#233;n&#233;rale de ces besoins &#233;l&#233;mentaires du fait de la richesse collective acquise par la soci&#233;t&#233;, et, en &#233;change de cette satisfaction, d&#233;veloppement parall&#232;le d'activit&#233; cr&#233;atrices des hommes, aussi bien pendant le &#171; travail &#187; que pendant les &#171; loisirs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le capitalisme essaye de survivre &#224; l'approche de cette phase d'automation et d'abondance, il doit artificiellement multiplier les emplois inutiles ou nuisibles (arm&#233;es, interm&#233;diaires, parasites) afin de &#171; r&#233;sorber le ch&#244;mage &#187;, et, non moins artificiellement, maintenir des groupes d'hommes enferm&#233;s dans l'industrie, alors qu'ils y sont inutiles pendant une partie de la journ&#233;e de travail. La notion m&#234;me de &#171; salaire annuel garanti &#187; - et garanti pour ceux qui travaillent vraiment que pour les ch&#244;meurs &#8211; qui fait l'objet de d&#233;bats aux Etats-Unis, montre jusqu'&#224; quel point on s'est approch&#233; de ce d&#233;passement objectif du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;clin du travail manuel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, la production automatique g&#233;n&#233;ralis&#233;e conduirait la production de valeurs, la production marchande et l'&#233;conomie mon&#233;taire &#224; des cons&#233;quences absurdes. Si l'automation se g&#233;n&#233;ralisait &#8211; et ce n'est qu'une question de temps &#8211; dans le secteur des services et dans celui de la production, on verrait une production enti&#232;rement automatis&#233;e ne plus donner naissance &#224; un pouvoir d'achat pour bien de consommation, puisque les revenus de la grande majorit&#233; de la population d'&#233;teindraient, de m&#234;me que l'emploi de la main-d'&#339;uvre industrielle, commerciale et de services. Le maintien de l'&#233;conomie mon&#233;taire aboutirait alors &#224; une situation paradoxale : on serait oblig&#233; de distribuer gratuitement des &#171; revenus mon&#233;taires &#187; &#224; la population pour qu'elle puisse continuer &#224; &#171; acheter &#187; des &#171; marchandises &#187;, alors qu'il serait beaucoup plus simple de distribuer gratuitement ces bien de consommation abondants. En v&#233;rit&#233;, il est impensable pour le capitalisme de passer &#224; l'automation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la production, de la distribution et des services : en effet, pareille automation d&#233;truirait les bases m&#234;mes sur les quelles il existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La hi&#233;rarchie en p&#233;ril&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me et derni&#232;re limite absolue du syst&#232;me capitaliste r&#233;side en ce qu'&#224; l'explosion actuelle des forces productives correspond non seulement la possibilit&#233; de l'automation g&#233;n&#233;ralis&#233;e, mais encore la possibilit&#233; de suppression de tout travail non qualifi&#233;, m&#233;canique, r&#233;p&#233;titif. L'acc&#232;s de tous les jeunes &#224; l'enseignement sup&#233;rieur g&#233;n&#233;ralis&#233;, qui est inscrit dans les faits (aux Etats-Unis et en U.R.S.S., le pourcentage des jeunes ayant acc&#232;s aux universit&#233;s est d&#233;j&#224; respectivement de 45 % et 25 % des classes d'&#226;ge concern&#233;es), est l'&#233;quivalent, dans le domaine de la reproduction de la force de travail, de cette exigence inh&#233;rente au progr&#232;s technique. Mais une entreprise dans laquelle il n'y aurait plus que des ing&#233;nieurs et des savants est &#233;videmment incompatible avec une structure patronale, hi&#233;rarchique, qui correspond &#224; la survie de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. &#171; L'autorit&#233; &#187; qui &#233;clate en colloques et d&#233;bats entre universitaires individuellement indispensables au fonctionnement de la production, voil&#224; ce qui est inconcevable pour une autorit&#233; capitaliste ou bureaucratique quelconque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera que les quatre &#171; limites absolues &#187; du mode de production capitaliste &#8211; la saturation des besoins rationnels ; l'abondance, qui fait tendre les co&#251;ts de production vers z&#233;ro et sape la notion m&#234;me de salariat ; l'automation, qui &#233;limine le travail manuel de la production et de la consommation ; la suppression des diff&#233;rences entre travail manuel et travail intellectuel, qui condamne le maintien de la structure hi&#233;rarchique de l'entreprise &#8211; ne sont que la projection, dans un avenir peu &#233;loign&#233;, de tendances qui se manifestent d&#233;j&#224; partiellement, du moins dans les pays capitalistes les plus d&#233;velopp&#233;s. Il n'y a rien &#171; d'utopique &#187; dans cette projection : il ne s'agit que de g&#233;n&#233;ralisation de tendances qui se v&#233;rifient d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan purement &#233;conomique, les expressions concomitantes de ces tendances sont : la pl&#233;thore de plus en plus prononc&#233;e de capitaux ; l'inflation de plus en plus grave ; les co&#251;ts de production qui constitue une fraction de plus en plus r&#233;duite des prix de vente &#171; au dernier consommateur &#187; ; la capacit&#233; de production exc&#233;dentaire sans cesse croissance ; l'obligation de d&#233;tourner une fraction croissante de la population active et des ressources mat&#233;rielles vers des emplois de plus irrationnels ; l'impossibilit&#233; croissante de d&#233;terminer la distribution nationale des &#171; facteurs de production &#187; en fonction des imp&#233;ratifs de profit des grands capitalistes (sans m&#234;me parler de leur distribution internationale, tragiquement inad&#233;quate). Cela signifie que les m&#233;canismes qui assurent le fonctionnement automatique du syst&#232;me sont de plus en plus enray&#233;s, que ce fonctionnement exige de plus en plus d'interventions et de manipulations extra-&#233;conomiques. La question se pose alors de fa&#231;on &#233;vidente : peut-on continuer &#224; faire marcher l'&#233;conomie de deux tiers du genre humain en fonction du seul profit des fameuses trois cents compagnies multinationales qui domineront le monde capitaliste d'ici &#224; une vingtaine d'ann&#233;es, alors m&#234;me que ces compagnies ne peuvent plus, &#224; elles seules, assurer le fonctionnement de l'&#233;conomie et sont oblig&#233;es de &#171; socialiser &#187; des fractions sans cesse croissantes de leurs activit&#233;s et de leurs co&#251;ts ? Si l'&#233;conomie ne peut plus survivre que sous la direction consciente de la soci&#233;t&#233;, ne doit-elle pas fonctionner dans l'int&#233;r&#234;t de la collectivit&#233;, sous la gestion d&#233;mocratique de cette collectivit&#233;, plut&#244;t que de fonctionner aux frais de la collectivit&#233; sous la houlette de quelques centaines de magnats de la finance et de technocrates ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne voulons nullement conclure que le capitalisme subsistera jusqu'&#224; ce que toutes les implications ultimes de son irrationalit&#233; contemporaine se soient r&#233;alis&#233;es dans le d&#233;tail et jusqu'&#224; leur absurdit&#233; finale. Nous voulons simplement sugg&#233;rer les obstacles qui interdisent la survie du syst&#232;me, obstacles engendr&#233;s par ses propres tendances. Le reste est l'affaire de l'intervention consciente des forces sociales &#8211; c'est &#224; dire de praxis r&#233;volutionnaire, politique et sociale &#8211; et d'un effort d&#233;lib&#233;r&#233; pour renverser le r&#233;gime &#224; l'occasion d'une de ses multiples crises politiques, &#233;conomiques, culturelles, militaires, internationales, et pour lui substituer une soci&#233;t&#233; socialiste fond&#233;e sur la d&#233;mocratie socialiste et sur l'autogestion collective et planifi&#233;e des travailleurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>LIBERT&#201;S D&#201;MOCRATIQUES ET INSTITUTIONS DE L'&#201;TAT D&#201;MOCRATIQUE BOURGEOIS</title>
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		<dc:creator>Ernest Mandel</dc:creator>



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&lt;p&gt;(tir&#233; de Critique de l'eurocommunisme) &lt;br class='autobr' /&gt; Une deuxi&#232;me confusion fondamentale qui se profile derri&#232;re la r&#233;vision de la th&#233;orie marxiste, de l'&#201;tat bourgeois concerne l'identification entre libert&#233;s d&#233;mocratiques des masses et institutions &#233;tatiques bourgeoises, c'est-&#224;-dire institutions de l'&#201;tat bourgeois sous sa forme de d&#233;mocratie parlementaire. &lt;br class='autobr' /&gt; Le Parlement n'est pas une institution &#034;impos&#233;e&#034; &#224; la bourgeoisie par la lutte des masses laborieuses. Il est une institution d'origine (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Debats-politiques-" rel="directory"&gt;D&#233;bats politiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;(tir&#233; de Critique de l'eurocommunisme)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me confusion fondamentale qui se profile derri&#232;re la r&#233;vision de la th&#233;orie marxiste, de l'&#201;tat bourgeois concerne l'identification entre libert&#233;s d&#233;mocratiques des masses et institutions &#233;tatiques bourgeoises, c'est-&#224;-dire institutions de l'&#201;tat bourgeois sous sa forme de d&#233;mocratie parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Parlement n'est pas une institution &#034;impos&#233;e&#034; &#224; la bourgeoisie par la lutte des masses laborieuses. Il est une institution d'origine typiquement bourgeoise, destin&#233;e &#224; contr&#244;ler l'emploi des imp&#244;ts pay&#233;s par la bourgeoisie. C'est pourquoi traditionnellement la bourgeoisie &#233;tait oppos&#233;e au suffrage universel, voulant r&#233;server le droit d'&#233;lire des parlementaires aux seuls propri&#233;taires de capitaux (ll). Toutes les autres institutions de l'&#201;tat bourgeois ont la m&#234;me origine et la m&#234;me fonction de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts des poss&#233;dants (contre l'absolutisme semi-f&#233;odal, sans aucun doute, mais aussi contre le peuple d&#233;poss&#233;d&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, le suffrage universel fut, &#224; quelques exceptions pr&#232;s - la plus nette &#233;tant celle de l'Allemagne &#034;une conqu&#234;te impos&#233;e par le mouvement ouvrier &#224; une bourgeoisie r&#233;calcitrantel2. La m&#234;me remarque vaut pour la libert&#233; d'association, la libert&#233; de manifestation et la libert&#233; de la presse sans entraves, ainsi que le droit de gr&#232;ve non r&#233;glement&#233;. La bourgeoisie a voulu limiter l'&#233;tendue des libert&#233;s d&#233;mocratiques fondamentales pour qu'elles n'entrent pas en conflit avec la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Seule la mont&#233;e du mouvement ouvrier organis&#233; a impos&#233; leur extension, c'est-&#224;-dire a supprim&#233; une partie (pas toutes !) de ces limitations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Conformes &#224; la logique du syst&#232;me bourgeois, le suffrage universel et l'extension des libert&#233;s d&#233;mocratiques ont d'ailleurs eu un double corollaire : une ponction fiscale de plus en plus lourde sur les revenus des travailleurs (ceux-ci paient aujourd'hui plus de 50 % des imp&#244;ts direct comme ils paient depuis toujours la majeure part des imp&#244;ts indirects dans branches de l'Ex&#233;cutif soustraites au contr&#244;le du Parlement et qui constituent le garant en derni&#232;re instance de l'ordre bourgeois. Plus nombreux sont les repr&#233;sentants du mouvement ouvrier qui p&#233;n&#232;trent au Parlement, plus le r&#244;le du Parlement dans l'ensemble des m&#233;canismes de l'&#201;tat bourgeois tend &#224; se r&#233;duire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cela n'implique &#233;videmment pas que la classe ouvri&#232;re et le mouvement ouvrier organis&#233; soient indiff&#233;rents &#224; la forme pr&#233;cise que rev&#234;t l'&#201;tat bourgeois et au degr&#233; d'extension des libert&#233;s d&#233;mocratiques des masses au sein de cet &#201;tat. Par rapport &#224; des formes d'&#201;tat plus r&#233;pressives (dictatures militaires ou bonapartistes, dictatures fascistes), la forme d&#233;mocratique parlementaire de l'&#201;tat bourgeois permet un d&#233;veloppement plus libre, plus organique, de la lutte et de l'organisation ouvri&#232;res, un essor plus large du mouvement ouvrier, une accumulation d'exp&#233;riences et une possibilit&#233; d'&#233;ducation qui servent le d&#233;veloppement de la conscience de classe. Paradoxalement, m&#234;me du point de vue de la lutte n&#233;cessaire contre les illusions &#233;lectoralistes, les conditions de d&#233;mocratie bourgeoise prolong&#233;e permettent d'atteindre &#224; la longue des r&#233;sultats plus concluants, si l'avant-garde r&#233;volutionnaire est suffisamment large, suffisamment influente au sein des masses et suffisamment exp&#233;riment&#233;e sur le plan politique. Sous des r&#233;gimes de dictature, ces illusions tendent &#224; se renforcer parmi les larges masses, selon la formule bien connue : &#171; Que la R&#233;publique &#233;tait belle sous l'Empire... &#187; L'exp&#233;rience d&#233;sastreuse du prol&#233;tariat europ&#233;en avec le fascisme et le stalinisme a eu un effet v&#233;ritablement traumatisant de r&#233;habilitation de la d&#233;mocratie bourgeoise aux yeux des masses (une d&#233;mocratie bourgeoise passablement discr&#233;dit&#233;e dans la p&#233;riode 1929-1939). Une des armes id&#233;ologiques principales de la bourgeoisie d'aujourd'hui consiste &#224; d&#233;fendre jour apr&#232;s jour les faux axiomes : pas de libert&#233; politique et individuelle sans d&#233;mocratie parlementaire bourgeoise ; pas de libert&#233; politique sans libre entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La social-d&#233;mocratie internationale prend vigoureusement le relais de cette entreprise de mystification id&#233;ologique, S.P.D. ouest-allemand en t&#234;te. Les partis dits eurocommunistes &#187; rejoignent aujourd'hui de plus en plus cette nouvelle &#171; Sainte Alliance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re mystificateur de l'entreprise n'est pas difficile &#224; d&#233;montrer. Si vraiment les institutions de l'&#201;tat d&#233;mocratique bourgeois sont le cadre &#171; naturel &#187; et &#171; pr&#233;dispos&#233; &#187; pour l'affermissement et l'extension des libert&#233;s d&#233;mocratiques, pourquoi tout ce beau monde ne r&#233;clame-t-il pas la g&#233;n&#233;ralisation, du principe d'&#233;ligibilit&#233; &#224; tous les niveaux des institutions d'&#201;tat ? Pourquoi ne r&#233;clame-t-il pas l'&#233;lection des juges, l'&#233;lection des officiers, l'&#233;lection des directeurs des minist&#232;res ? Pourquoi n'inscrit-il pas dans la Constitution le droit au travail et le minimum vital garantis &#224; tous les citoyens ? Ne serait-ce pas &#171; d&#233;mocratique &#187; ? Ou est-ce plut&#244;t parce que ce ne serait pas compatible avec la fonction de l'&#201;tat bourgeois, qui est de garantir la propri&#233;t&#233; capitaliste, la mise en valeur du capital et la production de la plus-value ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pourquoi ne joint-on pas le principe de la r&#233;vocabilit&#233; des &#233;lus au gr&#233; des &#233;lecteurs au principe d'&#233;ligibilit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e de tous les &#171; chefs administratifs &#187; ? Est-ce parce que cela nuirait &#224; la &#171; comp&#233;tence technique &#187; ? Et quid alors de la &#171; comp&#233;tence &#187; des d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs, cens&#233;s trancher les probl&#232;mes non pas d'un seul domaine mais de cent domaines sp&#233;cialis&#233;s &#224; la fois ? Ne serait-ce pas plut&#244;t parce que ce principe ne permettrait plus l'ind&#233;pendance de l'appareil d'&#201;tat par rapport &#224; la majorit&#233; de la nation, c'est-&#224;-dire au peuple travailleur, qui est justement la pr&#233;condition de sa fonction de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de classe de la bourgeoisie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es : pourquoi ne r&#233;clame-t-on pas l'application g&#233;n&#233;rale du principe de la limitation des traitements des hauts fonctionnaires, commandants de l'arm&#233;e, ministres et parlementaires au salaire d'un ouvrier qualifi&#233;, principe appliqu&#233; par la Commune de Paris et tant vant&#233; par Marx et L&#233;nine (13) ? Peut-&#234;tre parce que l'application de ce principe emp&#234;cherait le processus de s&#233;lection du haut personnel de l'&#201;tat de jouer dans le sens bourgeois (en surmontant la concurrence pour l'enrichissement individuel, en emp&#234;chant l'int&#233;gration automatique de ce personnel dans la bourgeoisie par l'accumulation du capital) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce n'est donc pas par hasard que ni le Programme commun, ni le programme propre du P.C.F. (Le Socialisme pour la France, ou Georges Marchais : Le D&#233;fi d&#233;1nocratique), ni les commentaires de S&#232;ve, Fabre, Hincker (14) ne pr&#233;voient aucune de ces r&#233;elles transformations r&#233;volutionnaires de la d&#233;mocratie..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous respectent la structure donn&#233;e de l'&#201;tat d&#233;mocratique bourgeois qui est justement l'expression et le garant de sa nature bourgeoise. Tous acceptent, en d'autres termes, la limitation d&#233;cisive des libert&#233;s d&#233;mocratiques des masses qui d&#233;coule de cette structure de l'&#201;tat, m&#234;me s'ils pr&#244;nent certaines extensions des libert&#233;s d&#233;mocratiques, mais qui ne portent justement pas de coups aux fondements m&#234;mes de l'appareil d'&#201;tat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre position est diam&#233;tralement oppos&#233;e &#224; celle-l&#224;. Nous sommes partisans d'une consolidation, d'une extension, d'un &#233;largissement qualitatifs des libert&#233;s d&#233;mocratiques des mais nous savons que tout processus dans ce sens se heurte et se heurtera aux structures de l'&#201;tat bourgeois, fussent-elles d&#233;mocratico-parlementaires. Un conflit entre ce processus d'extension des libert&#233;s d&#233;mocratiques et les institutions de l'&#201;tat bourgeois est d&#232;s lors in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce conflit est le contenu m&#234;me de la p&#233;riode de dualit&#233; de pouvoir, de la crise r&#233;volutionnaire &#224; proprement parler. Du point de vue politique et p&#233;dagogique, ce conflit a pour but de d&#233;truire progressivement, aux yeux des masses, la l&#233;gitimit&#233; de l'&#201;tat bourgeois, en leur faisant faire l'exp&#233;rience pratique d'une forme plus &#233;lev&#233;e de d&#233;mocratie, d'un accroissement de droits et libert&#233;s qui leur sont ni&#233;s en d&#233;mocratie bourgeoise. C'est ainsi que se fonde une l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique nouvelle et sup&#233;rieure, celle de la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, celle des conseils ouvriers. Sans la victoire de cette seconde l&#233;gitimit&#233;) sur la premi&#232;re, aux yeux de la majorit&#233; de la population, il n'y aura pas, dans les pays industriellement avanc&#233;s, de v&#233;ritable renversement de l'&#201;tat bourgeois, de v&#233;ritable r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt; Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Les id&#233;ologues les plus repr&#233;sentatifs et les plus logiques avec eux-m&#234;mes de la bourgeoisie r&#233;volutionnaire &#233;taient tous oppos&#233;s au suffrage universel, dans lequel ils virent une menace, pour la libert&#233; (la libert&#233; d'exploiter, s'entend). Ce fut le notamment de Locke, Montesquieu, Voltaire, Fichte, Kant, Turgot, etc. M&#234;me les &#171; levellers &#187;, l'extr&#234;me-gauche de la r&#233;volution bourgeoise anglaise du XVIIe si&#232;cle, adopt&#232;rent le m&#234;me point de vue (voir &#224; ce propos. Leo KOFLER, Zur Geschichte deer burgerlichen Gesellschaft, Mitteldeutsche Druckerei und Verlagsanstalt, Halle/Saale, 1948, p. 445-455, 455-456, 462 et s.). &lt;br class='autobr' /&gt;
12. G. THerborn (New,Left Review, n&#176; 103) nous rappelle &#224; quelle date tardive le suffrage universel s'est g&#233;n&#233;ralis&#233; dans la plupart des pays capitalistes avanc&#233;s : au lendemain de la Premi&#232;re Guerre mondiale... &lt;br class='autobr' /&gt;
13. K. MARX, La Guerre civile en France, p. 557, in MARX ENGELS, &#338;uvres choisies, 2 volumes, Editions du Progr&#232;s, Moscou, pour ne citer que ce seul exemple. 14. Voir notamment tout le chapitre 2 de la deuxi&#232;me partie (p. 153 et s.) de Les Communistes et l'&#201;tat, op. cit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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