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		<title>La dictature des march&#233;s, la monarchie belge et le nationalisme flamand</title>
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		<dc:date>2011-08-03T15:26:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>


		<dc:subject>Belgique</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Contre la monarchie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La r&#233;cente visite des princes de la monarchie britannique a raviv&#233; la lutte contre la monarchie, partie int&#233;grante de la lutte de lib&#233;ration national du peuple qu&#233;b&#233;cois. En Belgique, la question nationale et la monarchie soul&#232;vent d'autres enjeux. Une chose est claire, ni en Belgique, ni dans l'&#201;tat canadien, la monarchie - institution parasitaire et anachronique - offre une solution au complexe d&#233;bat national. Il ne saurait remplacer les deux principes phares du socialisme : l'autonomie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Europe-" rel="directory"&gt;Europe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Contre-la-monarchie-+" rel="tag"&gt;Contre la monarchie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH100/arton3229-f2187.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;cente visite des princes de la monarchie britannique a raviv&#233; la lutte contre la monarchie, partie int&#233;grante de la lutte de lib&#233;ration national du peuple qu&#233;b&#233;cois. En Belgique, la question nationale et la monarchie soul&#232;vent d'autres enjeux. Une chose est claire, ni en Belgique, ni dans l'&#201;tat canadien, la monarchie - institution parasitaire et anachronique - offre une solution au complexe d&#233;bat national. Il ne saurait remplacer les deux principes phares du socialisme : l'autonomie des nations et la solidarit&#233; internationaliste. (Introduction : La Gauche)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le discours t&#233;l&#233;vis&#233; que le roi Albert II a prononc&#233; &#224; l'occasion de la f&#234;te nationale n'a pas re&#231;u, &#224; gauche, l'attention qu'il m&#233;ritait. Le monarque est sorti de son r&#244;le constitutionnel pour se camper en &#171; dernier recours &#187; et appeler la population &#224; se mobiliser avec lui pour faire pression sur la classe politique, incapable de r&#233;soudre les probl&#232;mes. Quelques mois auparavant, Albert II, inversant les r&#244;les au sein de l'ex&#233;cutif, avait charg&#233; le gouvernement Leterme, pourtant en affaires courantes, de confectionner un budget 2011 allant plus loin que les injonctions europ&#233;ennes sur la voie de l'assainissement budg&#233;taire. La couronne intervient de plus en plus directement sur le champ politique, en faveur d'une politique d'aust&#233;rit&#233; dure pilot&#233;e et coordonn&#233;e au niveau f&#233;d&#233;ral. Le nationalisme flamand ultra-lib&#233;ral et s&#233;paratiste incarn&#233; par la NVA n'est pas le seul danger qui plane sur les acquis sociaux et sur les droits d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Albert II a justifi&#233; sa sortie au nom du droit de la monarchie de &#171; mettre en garde &#187;. La constitution ne l'autorise pas &#224; &#171; mettre en garde &#187; publiquement, en s'adressant directement &#224; la population, par-dessus le gouvernement. Tous ses actes doivent &#234;tre couverts par le Premier Ministre. De plus, th&#233;oriquement, le roi ne peut user de ce droit de mise en garde que dans le cadre de ses entretiens avec les responsables politiques, dans le cadre de ce qu'on appelle le &#171; colloque singulier &#187;. Mais, en p&#233;riode de crise politique, comme en p&#233;riode de guerre, le pouvoir de la monarchie est consid&#233;rable. Albert II en use et en abuse dans le cadre de la crise de r&#233;gime ouverte qui dure maintenant depuis plus d'un an. Prononc&#233; le 20 juillet, son discours tr&#232;s militant, appuy&#233; par des gestes imp&#233;ratifs, r&#233;v&#232;le &#224; quel point la monarchie est un instrument aux mains de la classe dominante, ou d'une partie de celle-ci. L'instrument d'un pouvoir fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le fond, la partie la plus significative du discours est celle dans laquelle Albert II appelle &#224; des &#171; r&#233;formes structurelles &#187;, tant dans le domaine institutionnel que dans le domaine socio-&#233;conomique. Emball&#233;s dans de belles paroles sur le bien-&#234;tre des citoyens et la d&#233;mocratie (un chef d'Etat non &#233;lu qui parle de d&#233;mocratie !), ces appels ne font pourtant pas illusion. Albert les justifie et les cadre explicitement dans la n&#233;cessit&#233; de continuer &#171; l'aventure europ&#233;enne &#187; et de la mener &#224; bien, contre les menaces de repli nationaliste. Or, &#224; l'heure o&#249; l'Union Europ&#233;enne met bas le masque et joue ouvertement son r&#244;le d'instrument du capital, &#224; l'heure o&#249; la tro&#239;ka Commission Europ&#233;enne-Banque Centrale Europ&#233;enne-FMI impose partout une aust&#233;rit&#233; drastique pour garantir les profits d'une poign&#233;e de sp&#233;culateurs, chacun sait ce que &#171; l'aventure europ&#233;enne &#187; signifie : blocage des salaires, privatisations, d&#233;mant&#232;lement de la s&#233;curit&#233; sociale, allongement de la carri&#232;re professionnelle, flexibilit&#233; de la main-d'oeuvre, pertes d'emploi dans la fonction publique&#8230; on en passe, et des meilleures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours muscl&#233; du souverain s'inscrit ainsi dans la tendance galopante &#224; l'instauration en Europe d'une f&#233;roce dictature du capital, dont les seuls buts sont de sauver &#224; tout prix les profits des banques et d'aider les entreprises du vieux continent dans leur guerre de concurrence contre leurs rivales am&#233;ricaines et asiatiques. Cette tendance a fait des bonds de g&#233;ant ces derniers mois, avec l'instauration du &#171; semestre europ&#233;en &#187; et de la &#171; gouvernance &#233;conomique europ&#233;enne &#187;, des dispositifs qui reviennent tout simplement &#224; mettre les parlements nationaux sous la tutelle des march&#233;s et des agences de notation. Autrement dit &#224; liquider ce que la d&#233;mocratie parlementaire bourgeoise pouvait encore avoir de &#171; repr&#233;sentatif &#187; des populations, via le suffrage universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre pays, les voies d'instauration de cette dictature du grand capital divisent la classe dominante. La plus grande partie du patronat flamand, rassembl&#233;e dans le VOKA, consid&#232;re que les rapports de forces politiques au Nord du pays lui permettent d'aller plus vite &#224; l'objectif. La condition pour ce faire est une autonomie accrue de la Flandre, notamment en mati&#232;re fiscale et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fraction de la classe dominante se reconna&#238;t et s'exprime &#224; travers la NVA de Bart De Wever, dont le nationalisme n'est que l'enveloppe populiste d'un ultra-lib&#233;ralisme de combat, dirig&#233; contre le mouvement ouvrier. Une autre fraction, soutenue par la technocratie europ&#233;enne et les grandes puissances, mise sur l'Etat f&#233;d&#233;ral, et utilise les craintes des cons&#233;quences d'une scission du pays &#8211; notamment de la s&#233;curit&#233; sociale &#8211; pour faire avaler l'aust&#233;rit&#233; au monde du travail, au nom du &#171; moindre mal &#187;. Principal parti au Sud du pays, le PS est l'instrument cl&#233; de cette strat&#233;gie, dont la note Di Rupo constitue l'expression la plus claire. Nul ne sait si les n&#233;gociations politiques qui reprendront apr&#232;s le 15 ao&#251;t d&#233;boucheront ou non sur un gouvernement de plein exercice, avec le CD&amp;V et sans la NVA. Mais une chose est certaine : si ces pourparlers devaient aboutir, ce serait au prix d'attaques encore plus dures que celles qui sont d&#233;j&#224; planifi&#233;es dans le texte du formateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en d&#233;non&#231;ant l'incapacit&#233; du politique et en jouant sa propre carte &#8211; celle de la sin&#233;cure qui permet &#224; sa famille de royaux parasites de vivre aux crochets des contribuables, Albert II vient clairement en appui de cette fraction. Quoique la NVA ne soit pas oppos&#233;e au f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en, on retrouve ici, mutatis mutandis, les tensions entre le grand capital pro-UE et les forces de droite qui, &#224; l'instar du FN fran&#231;ais, exploitent d&#233;magogiquement le m&#233;contentement face &#224; la mondialisation n&#233;olib&#233;rale. Pas &#233;tonnant que le discours du 20 juillet ait &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; comme un coup de pouce aux efforts du Pr&#233;sident du PS &#8211; dont l'ambition personnelle &#224; devenir le Premier Ministre de Sa Majest&#233; ne doit pas &#234;tre sous-estim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas &#233;tonnant que le PS, par la bouche de Laurette Onkelinx, ait salu&#233; la tirade bonapartiste du Chef de l'Etat. Tout cela montre le degr&#233; de d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la social-d&#233;mocratie, d&#233;j&#224; illustr&#233; par les r&#244;les de Papandr&#233;ou en Gr&#232;ce, de Zapatero en Espagne et de Socrates au Portugal &#8211; sans parler de DSK, l'ex-futur Pr&#233;sident des Fran&#231;ais. Quant &#224; la NVA, elle a fustig&#233; l'intervention du roi. Mais il ne faut pas s'y tromper : tout en misant sur le pourrissement des institutions de la Belgique, Bart de Wever est preneur de tout ce qui fait avancer l'aust&#233;rit&#233; et reculer les droits d&#233;mocratiques, car cela cadre avec son projet ultra-lib&#233;ral. C'est pourquoi celui qui avoue sans ambages que &#171; le VOKA est (son) patron &#187;, a soutenu l'extension des pouvoirs du gouvernement en affaires courantes, notamment lors de l'&#233;laboration du budget 2011&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement syndical craint De Wever, &#224; juste titre. Mais il ferait une erreur terrible s'il se r&#233;signait &#224; la strat&#233;gie du &#171; moindre mal &#187; de la social-d&#233;mocratie et de ses alli&#233;s. La seule issue pour lui est d'&#233;laborer son propre programme de r&#233;formes anticapitalistes. D'exiger un audit de la dette publique, afin de mettre en lumi&#232;re les dettes ill&#233;gitimes, produit de la mani&#232;re dont les banques se sont enrichies en pr&#234;tant des capitaux fictifs. De r&#233;clamer l'abrogation des &#171; baisses de charges &#187; patronales ainsi qu'une gestion de la S&#233;curit&#233; sociale par les seuls repr&#233;sentant-e-s du monde du travail. De revendiquer une r&#233;duction radicale du temps de travail, sans perte de salaire, avec embauche proportionnelle et baisse des cadences. Etc&#8230; Il va de soi que ce programme, &#224; la fois social, &#233;cologique et d&#233;mocratique, n'a de sens que s'il va de pair avec une mobilisation en profondeur des travailleurs et des travailleuses &#8211; avec ou sans emploi &#8211; ainsi que des pensionn&#233;-e-s, des jeunes et de tou-te-s les laiss&#233;-e-s pour compte de ce syst&#232;me injuste, Belges et immigr&#233;-e-s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mobilisation ne peut gagner que si elle rassemble les forces, par-del&#224; la fronti&#232;re linguistique&#8230; et celles des appareils. Dans la mesure o&#249; cette mobilisation lib&#232;rera l'&#233;nergie et la cr&#233;ativit&#233; des exploit&#233;-e-s et des opprim&#233;-e-s, elle permettra non seulement de sauvegarder les acquis sociaux mais aussi de r&#233;inventer la d&#233;mocratie par en-bas, comme les Indign&#233;-e-s ont commenc&#233; &#224; le faire en Espagne et en Gr&#232;ce. C'est alors seulement que les probl&#232;mes de la coexistence entre les peuples flamands et wallons pourront trouver une solution f&#233;d&#233;rale conforme aux int&#233;r&#234;ts du monde du travail. Une solution sans monarchie, dans le cadre d'une autre Europe, &#233;cosocialiste. Pour la gauche - la vraie - il n'y a tout simplement pas d'autre voie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Daniel Tanuro, le 27 juillet 2011. Publi&#233; sur le site &lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.lcr-lagauche.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la lutte antimonarchie au Qu&#233;bec : &lt;a href='https://www.lagauche.ca/Quebec-pour-une-republique-libre-sociale-et-democratique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Qu&#233;bec : pour une r&#233;publique libre, sociale et d&#233;mocratique&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les fondements d'une strat&#233;gie &#233;cosocialiste </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Les-fondements-d-une-strategie-ecosocialiste</link>
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		<dc:date>2011-04-27T13:59:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>LaUne11</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le fait que le d&#233;veloppement des forces productives mat&#233;rielles ait commenc&#233; &#224; nous &#233;loigner objectivement d'une alternative socialiste constitue le fait majeur qui fonde et justifie le concept nouveau d'&#233;cosocialisme. Une ligne de d&#233;marcation entre l'&#233;cosocialisme, d'une part, l'&#233;cologie politique et la d&#233;croissance, d'autre part, est l'attitude face &#224; la lutte des classes. Nous restons fermement convaincus que les exploit&#233;Es apprennent par l'exp&#233;rience des luttes collectives, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-19-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-LaUne11-+" rel="tag"&gt;LaUne11&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-224-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecosocialisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le fait que le d&#233;veloppement des forces productives mat&#233;rielles ait commenc&#233; &#224; nous &#233;loigner objectivement d'une alternative socialiste constitue le fait majeur qui fonde et justifie le concept nouveau d'&#233;cosocialisme. Une ligne de d&#233;marcation entre l'&#233;cosocialisme, d'une part, l'&#233;cologie politique et la d&#233;croissance, d'autre part, est l'attitude face &#224; la lutte des classes. Nous restons fermement convaincus que les exploit&#233;Es apprennent par l'exp&#233;rience des luttes collectives, qui commencent par la d&#233;fense des salaires, de l'emploi et des conditions de travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les fondements d'une strat&#233;gie &#233;cosocialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que sugg&#232;re la fausse mais tr&#232;s populaire m&#233;taphore de l'&#238;le de P&#226;ques propos&#233;e par Jared Diamond &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jared Diamond, Collapse. How Societies Choose to Fail or Survive, London, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les d&#233;gradations environnementales que nous observons aujourd'hui ne sont en rien comparables &#224; celles qui ont pu se produire &#224; d'autres p&#233;riodes historiques. Les diff&#233;rences sont non seulement quantitatives (la gravit&#233; et la globalisation des probl&#232;mes &#233;cologiques), mais aussi et surtout qualitatives : alors que toutes les crises environnementales du pass&#233; d&#233;coulaient des tendances sociales &#224; la sous-production chronique, donc de la crainte de la p&#233;nurie, les probl&#232;mes actuels trouvent au contraire leur origine dans la tendance inverse &#224; la surproduction et &#224; la surconsommation, qui est sp&#233;cifique &#224; la production g&#233;n&#233;ralis&#233;e de marchandises. Par cons&#233;quent, l'expression &#171; crise &#233;cologique &#187; est impropre. Ce n'est pas la nature qui est en crise, mais la relation historiquement d&#233;termin&#233;e entre l'humanit&#233; et son environnement. Cette crise n'est pas due aux caract&#233;ristiques intrins&#232;ques de l'esp&#232;ce humaine mais au mode de production devenu dominant il y a deux si&#232;cles environ &#8211; le capitalisme &#8211; et aux modes de consommation et de mobilit&#233; qui en d&#233;coulent. Les atteintes graves aux &#233;cosyst&#232;mes (changements climatiques, pollution chimique, d&#233;clin rapide de la biodiversit&#233;, d&#233;gradation des sols, destruction de la for&#234;t tropicale, etc.) constituent une dimension de la crise syst&#233;mique globale. Ensemble, elles expriment l'incompatibilit&#233; entre le capitalisme et le respect des limites naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Productivisme sans limites&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La raison fondamentale de cette incompatibilit&#233; est simple : sous le fouet de la concurrence, tout propri&#233;taire de capitaux cherche en permanence &#224; remplacer du travail vivant par du travail mort, autrement dit des travailleurs par des machines plus productives, car celles-ci lui procurent un surprofit en plus du profit moyen. Il va de soi que cette op&#233;ration n'aurait pas de sens pour le capitaliste si elle ne s'accompagnait pas d'une tentative d'&#233;limination de ses concurrents les plus faibles, par l'augmentation de la masse de marchandises mises sur le march&#233; &#224; bas prix. L'innovation, dans ce mode de production, n'est pas au service de l'all&#232;gement de la charge de travail mais de l'accumulation incessante du capital. D&#232;s lors, sa recherche constante de nouveaux champs de valorisation am&#232;ne celui-ci &#224; produire une quantit&#233; sans cesse croissante de marchandises inutiles et nuisibles, dont la plus-value, pour &#234;tre r&#233;alis&#233;e, implique que soient constamment cr&#233;&#233;s des d&#233;bouch&#233;s et des besoins, de plus en plus artificiels. Le &#171; productivisme &#187; &#8211; produire pour produire &#8211; implique obligatoirement &#171; consommer pour consommer &#187; et fait partie du code g&#233;n&#233;tique de ce mode de production, au m&#234;me titre que le f&#233;tichisme de la marchandise. &#171; Le capitalisme, non seulement n'est jamais stationnaire, mais ne pourrait jamais le devenir &#187;, disait Schumpeter &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et d&#233;mocratie, Paris, Petite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, pour qu'un capitalisme puisse &#234;tre stationnaire, il faudrait abolir la concurrence entre les capitaux nombreux qui composent le Capital, ce qui est &#233;videmment absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mais, objectera-t-on, si l'efficience dans l'utilisation des ressources augmentait plus vite que la masse de marchandises produites, la reproduction &#233;largie du capital ne s'accompagnerait pas d'une ponction accrue sur les ressources naturelles. Le capitalisme serait alors soutenable &#233;cologiquement. En effet. C'est la th&#232;se du d&#233;couplage entre la croissance du PIB et l'empreinte &#233;cologique. Elle est illustr&#233;e par la courbe en cloche dite &#171; de Kuznets &#187;, selon laquelle l'impact environnemental d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e augmenterait jusqu'&#224; un pic, puis diminuerait en fonction de sa richesse, donc du d&#233;veloppement de ses forces productives. Il est vrai que, de tous les modes de production qui ont exist&#233; dans l'histoire, le capitalisme est celui qui a augment&#233; le plus spectaculairement la productivit&#233; du travail, donc aussi l'efficience dans l'utilisation des ressources. Il en est ainsi parce que la qu&#234;te du surprofit qui pousse &#224; la m&#233;canisation favorise en m&#234;me temps une &#233;conomie croissante dans l'utilisation des richesses naturelles. Pourtant, ce constat ne remet pas en cause la nature &#233;cocidaire du syst&#232;me, et la courbe de Kuznets est fausse. En effet, d'une part, la hausse de l'efficience est forc&#233;ment une asymptote, pas une fonction lin&#233;aire de l'augmentation du capital fixe &#8211; sans quoi on aboutirait &#224; la conclusion que le mouvement perp&#233;tuel est possible, puisque, &#224; la limite, un travail pourrait &#234;tre effectu&#233; sans d&#233;perdition d'&#233;nergie (cette erreur grossi&#232;re a &#233;t&#233; commise par les experts qui ont &#233;valu&#233; la part de la consommation europ&#233;enne d'&#233;lectricit&#233; possiblement couverte par le projet Desertec d'exploitation du rayonnement solaire dans le Sahara) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Possoz et H. Jeanmart, Comments on the electricity demand scenario in two (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, on constate empiriquement que l'augmentation du volume de la production fait plus que compenser la hausse de l'efficience, qui n'est donc que relative. Le cas de l'automobile est frappant : la sobri&#233;t&#233; des moteurs augmente, mais les besoins globaux en hydrocarbures et les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre des transports explosent, par suite du nombre sans cesse croissant de v&#233;hicules. Boulimique, la croissance capitaliste implique in&#233;vitablement une consommation croissante de ressources, inconciliable avec la finitude de celles-ci ainsi qu'avec leurs rythmes de renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la multiplication angoissante de probl&#232;mes &#233;cologiques graves, nous sommes amen&#233;s &#224; nous interroger : quelles sont les limites th&#233;oriques de la croissance capitaliste, et par cons&#233;quent de la d&#233;gradation capitaliste de l'environnement ? R&#233;pondre implique de bien saisir que le capital n'est pas une chose : c'est un rapport social d'exploitation, dont le d&#233;veloppement fut rendu historiquement possible du fait de l'appropriation pr&#233;alable des ressources naturelles (terre, eau, for&#234;ts&#8230;) par les classes dominantes, au nom du profit. Cette appropriation entra&#238;na ensuite celle de la force de travail, transform&#233;e en marchandise salari&#233;e. Pillage des ressources et exploitation du travail &#8211; quand celle-ci est consid&#233;r&#233;e du point de vue social &#8211; sont donc les deux faces d'une m&#234;me m&#233;daille. Mais, en laissant de c&#244;t&#233; sa composante sociale (la coop&#233;ration et ses formes), la force de travail humaine peut aussi &#234;tre consid&#233;r&#233;e sous l'angle thermodynamique, comme une ressource naturelle parmi d'autres (le corps humain est un convertisseur &#233;nerg&#233;tique). Dans ce cas, pillage et exploitation ne sont en fait qu'un seul et m&#234;me processus de destruction, et le surtravail peut &#234;tre d&#233;crit comme une quantit&#233; d'&#233;nergie accapar&#233;e par le patronat. Ceci &#233;tant pos&#233;, on peut r&#233;pondre &#224; la question sur les limites th&#233;oriques du capital. D'une part, l'expropriation des producteurs et productrices directEs, leur ali&#233;nation d'avec la terre nourrici&#232;re, a cr&#233;&#233; une classe sociale dont l'unique moyen de subsistance est la vente de sa force de travail contre un salaire. D'autre part, le travailleur ou la travailleuse embauch&#233;E comme salari&#233;E trouve tout pr&#234;ts, mis &#224; sa disposition par l'employeur, les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; son activit&#233; productive &#8211; outils, b&#226;timents et &#233;nergie &#8211; qui proviennent, directement ou indirectement, de ressources pr&#233;lev&#233;es dans la nature par le travail ou transform&#233;es par lui. Dans ce contexte, et tenant compte du fait que la hausse de l'efficience n'est que relative, il va de soi que la qu&#234;te incessante du surprofit par le productivisme capitaliste p&#232;se &#224; la fois sur les fractions variable et constante du capital, de sorte que celui-ci doit fatalement consommer une quantit&#233; absolue toujours plus grande de force de travail et de ressources naturelles, et ce bien qu'il favorise leur &#233;conomie relative. La formule &#233;nigmatique de Marx disant que le capital n'a d'autre limite que le capital lui-m&#234;me s'&#233;claire ainsi : elle signifie tout simplement que ce mode de production ne s'arr&#234;tera de lui-m&#234;me qu'apr&#232;s avoir &#233;puis&#233; les deux seules sources de &lt;i&gt;&#171; toute richesse : la terre et le travailleur &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Capital, Paris, &#201;ditions sociales, Livre premier, Tome II, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conclusion laisse si peu de place &#224; l'optimisme que certains s'accrochent &#224; tout prix &#224; l'id&#233;e qu'un m&#233;canisme endog&#232;ne non encore identifi&#233; pourrait bloquer le syst&#232;me avant qu'il n'ait atteint cette limite th&#233;orique. Il faut pourtant se r&#233;signer &#224; constater qu'il n'existe et ne peut exister rien de ce genre. La raison, encore une fois, est simple et renvoie aux lois fondamentales du capitalisme : ce mode bas&#233; exclusivement sur la loi de la valeur-travail a pour seul but la production de valeurs d'&#233;change, et non de valeurs d'usage. Or, la valeur &#233;tant d&#233;termin&#233;e par le temps de travail socialement n&#233;cessaire &#224; la production, il est &#233;vident que le capital ne dispose d'aucun moyen lui permettant de prendre spontan&#233;ment en compte l'&#233;tat des richesses que la nature met gratuitement &#224; disposition de l'humanit&#233;. Symbole et essence de la valeur, la forme argent, par son abstraction m&#234;me et du fait du renversement complet de perspective qu'elle engendre (l'argent semble donner leur valeur aux marchandises, alors que ce sont les marchandises qui donnent sa valeur &#224; l'argent) cr&#233;e l'illusion qu'une accumulation mat&#233;rielle illimit&#233;e serait possible. Il convient de pr&#233;ciser que le capital, bien qu'il compte et mesure tout, est non seulement incapable de prendre les richesses naturelles en compte qualitativement, mais aussi quantitativement, comme le montre l'insouciance l&#233;g&#232;re avec laquelle il d&#233;truit irr&#233;versiblement des stocks de nombreuses ressources, en d&#233;pit des avertissements de toutes sortes. Cette folie a m&#234;me trouv&#233; ses th&#233;oriciens, en la personne des ultralib&#233;raux qui d&#233;fendent, contre toute &#233;vidence, la th&#232;se absurde de la substituabilit&#233; int&#233;grale des ressources naturelles par des produits de l'activit&#233; humaine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une r&#233;ponse politique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certes, DES capitaux s'investissent massivement dans le secteur vert de l'&#233;conomie, car les profits y sont attractifs, notamment gr&#226;ce aux subsides publics. Mais LE &#171; capitalisme vert &#187;, en tant que tel, est un oxymore. La seule question digne d'int&#233;r&#234;t consiste &#224; se demander dans quelle mesure l'aveuglement &#233;cologique du mode de production marchand pourrait &#234;tre compens&#233; par des mesures politiques, exog&#232;nes &#224; la sph&#232;re &#233;conomique proprement dite. Au vu de ce qui a &#233;t&#233; dit plus haut, la r&#233;ponse est &#233;vidente : l'efficacit&#233; des politiques &#233;cologiques d&#233;pend enti&#232;rement de la d&#233;termination avec laquelle celles et ceux qui les pr&#244;nent osent contester la libert&#233; du capital, donc construire le rapport de forces social n&#233;cessaire &#224; leur imposition (ce qui implique &#224; son tour de lier la solution de la question &#233;cologique aux combats des exploit&#233;.e.s : la lutte contre le ch&#244;mage, la mis&#232;re, l'in&#233;galit&#233; sociale, les discriminations et la d&#233;gradation des conditions de travail). Et c'est ici que le b&#226;t blesse. Tim Jackson, par exemple, est probablement un des auteurs non marxistes qui appr&#233;hende le mieux la logique productiviste capitaliste comme la cause fondamentale des d&#233;gradations environnementales. Dans Prosp&#233;rit&#233; sans croissance, tournant le dos aux explications superficielles, il &#233;crit pertinemment que &#171; cette soci&#233;t&#233; qui balance tout &#224; la poubelle n'est pas tant une cons&#233;quence de la gloutonnerie des consommateurs qu'une condition de survie du syst&#232;me &#187;, car celui-ci a besoin de &#171; vendre plus de biens, d'innover en permanence &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tim Jackson, Prosp&#233;rit&#233; sans croissance, Bruxelles, Etopia, 2010.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais Jackson esquive la conclusion &#224; tirer de sa propre analyse : plut&#244;t que de contester le mode de production, il d&#233;vie malgr&#233; tout dans la mise en cause d'un &#171; d&#233;sir de nouveaut&#233; et de consommation &#187; qui rel&#232;verait, selon lui, de la nature humaine. Du coup, la montagne accouche d'une souris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur le versant &#233;cologique, Prosp&#233;rit&#233; sans croissance plaide pour que le pouvoir politique fixe des limites s&#233;v&#232;res &#224; l'utilisation des ressources, en fonction des seules contraintes environnementales. C'est effectivement ce qu'il conviendrait de faire&#8230; Toutefois, on ne peut, sous peine d'impuissance, feindre d'ignorer, comme Jackson, que le monde des affaires s'oppose avec succ&#232;s &#224; toute r&#233;gulation environnementale drastique, m&#234;me dans les cas o&#249; la n&#233;cessit&#233; de celle-ci est la moins contest&#233;e ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur le plan social, Jackson a le m&#233;rite de plaider pour la r&#233;duction du temps de travail, mais cette mesure est subordonn&#233;e chez lui au maintien de la comp&#233;titivit&#233; des entreprises, de sorte qu'elle n'est pas chiffr&#233;e. Pour lui, la r&#233;duction du temps de travail est en fait une forme de flexibilit&#233;, pas une r&#233;ponse collective imm&#233;diate au ch&#244;mage, ni un outil pour la redistribution de la richesse produite (par le maintien des salaires). Il ne l'envisage d'ailleurs qu'en dernier recours, au cas o&#249; la conversion des &#233;conomistes &#224; un nouveau &#171; mod&#232;le macro&#233;conomique &#187; ne suffirait pas &#224; &#171; d&#233;placer simplement le point focal de l'activit&#233; &#233;conomique du secteur productif de valeur vers des services d&#233;mat&#233;rialis&#233;s &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Tanuro : &#171; Prosp&#233;rit&#233; sans croissance &#187; : un ouvrage sous tension&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, toutes les propositions mises en avant pour corriger politiquement la nature &#233;cocidaire du capital butent sur les m&#234;mes obstacles : la logique du profit et la nature de classe des institutions &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il en est ainsi notamment de la proposition d'indicateurs alternatifs ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mirage de l'internalisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Einstein aurait dit un jour : &#171; On ne peut pas r&#233;soudre un probl&#232;me avec le type de pens&#233;e qui a conduit au probl&#232;me &#187;. Ce th&#233;or&#232;me s'applique parfaitement &#224; l'id&#233;e que le capitalisme pourrait s'engager sur la voie de la soutenabilit&#233; si des instances politiques attribuaient un prix aux ressources naturelles. Puisque la crise &#233;cologique est une cons&#233;quence de la production g&#233;n&#233;ralis&#233;e de marchandises, ce n'est pas en &#171; marchandisant &#187; l'eau, l'air, le carbone, les g&#232;nes ou toute autre richesse naturelle que la destruction de l'environnement pourra &#234;tre arr&#234;t&#233;e. Non seulement cette &#171; internalisation des externalit&#233;s &#187; ne nous rapproche pas d'une solution, mais elle nous en &#233;loigne au contraire. En effet, il va de soi que la transformation des richesses naturelles en marchandises implique leur appropriation par le capital. D&#232;s lors, l'affaire est entendue car celui-ci, en les soumettant &#224; la loi de la valeur-travail, tend &#224; les soustraire du m&#234;me coup &#224; tout crit&#232;re de gestion autre que le profit. De toute mani&#232;re, ind&#233;pendamment de ces consid&#233;rations, et plus fondamentalement encore, les tentatives de donner un prix aux richesses naturelles se heurtent &#224; une difficult&#233; th&#233;orique insurmontable : comment &#233;valuer en termes mon&#233;taires des biens dont la production n'est pas mesurable en heures de travail, qui n'ont donc pas de valeur, et dont la destruction est, de plus, diff&#233;r&#233;e dans le temps ? Pour toute r&#233;ponse &#224; ce casse-t&#234;te, les &#233;conomistes lib&#233;raux se chamaillent sur le taux d'actualisation et interrogent la disponibilit&#233; des consommateurs &#224; payer pour l'environnement, ou &#224; en accepter la d&#233;gradation. Le prix des richesses naturelles varie alors selon que les personnes interrog&#233;es sont riches ou mis&#233;rables&#8230; Pouss&#233;e &#224; la limite, cette m&#233;thode r&#233;v&#232;le clairement son absurdit&#233; : quelle valeur marchande conviendrait-il de donner au rayonnement solaire, sachant que la vie sur Terre en d&#233;pend ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impasse du calcul marchand appara&#238;t clairement dans la proposition d'une taxe carbone pour rendre les &#233;nergies fossiles plus ch&#232;res que les renouvelables et r&#233;duire par cons&#233;quent les &#233;missions de gaz carbonique. Comme on le sait, pour avoir une chance raisonnable de ne pas trop d&#233;passer 2 &#176;C de hausse de la temp&#233;rature par rapport &#224; la p&#233;riode pr&#233;industrielle, il convient que ces &#233;missions diminuent d'ici 2050 de 80 &#224; 95 % dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, et de 50 &#224; 85 % au niveau mondial, le point d'inflexion devant se situer au plus tard en 2015 &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GIEC, Contribution du Groupe de travail III au rapport 2007, page 776.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces fourchettes de chiffres, dont il serait prudent de viser la partie sup&#233;rieure, impliquent d'abandonner les &#233;nergies fossiles en deux g&#233;n&#233;rations, alors que celles-ci couvrent 80 % de nos besoins &#233;nerg&#233;tiques (et que l'or noir est la mati&#232;re premi&#232;re de l'industrie p&#233;trochimique). En fait, l'ampleur des r&#233;ductions &#224; r&#233;aliser dans l'urgence et l'importance de la diff&#233;rence de co&#251;t entre fossiles et renouvelables sont telles que m&#234;me une taxe de 600 dollars la tonne ne suffirait pas (elle permettrait seulement de r&#233;duire les &#233;missions globales de moiti&#233; d'ici 2050, selon l'Agence internationale de l'&#233;nergie) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AIE, Perspectives des technologies de l'&#233;nergie. Au service du plan d'action (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sachant que la combustion de mille litres de gazole produit 2,7 tonnes de CO2, on comprend qu'une telle mesure serait socialement inapplicable dans les faits : les employeurs ne pourraient s'y r&#233;signer que si elle &#233;tait int&#233;gralement transf&#233;r&#233;e sur les consommateurs finaux, tandis que la majorit&#233; de la population, exc&#233;d&#233;e par l'aust&#233;rit&#233; qui s&#233;vit depuis trente ans, s'opposera &#233;videmment &#224; une telle d&#233;t&#233;rioration de ses conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, en pratique, et en d&#233;pit de toutes les th&#233;ories sophistiqu&#233;es des &lt;i&gt;ecological economics&lt;/i&gt;, les propositions politiques d'internalisation des co&#251;ts des pollutions sont &#224; la fois insuffisantes &#233;cologiquement et insupportables socialement. &#192; supposer que les obstacles th&#233;oriques et pratiques puissent &#234;tre lev&#233;s, l'efficacit&#233; de l'internalisation resterait d'ailleurs al&#233;atoire, parce que le prix est un indicateur purement quantitatif, incapable de saisir les diff&#233;rences qualitatives entre les tonnes de CO2 &#233;vit&#233;es par des moyens aussi diff&#233;rents que l'isolement d'une habitation, l'installation de panneaux photovolta&#239;ques, une plantation d'arbres, ou la suppression d'un grand prix de Formule Un. Quantitativement, rien ne distingue en effet une tonne de CO2 d'une autre. Or, les diff&#233;rences qualitatives sont d&#233;cisives &#224; l'&#233;laboration de strat&#233;gies &#233;cologiques ad&#233;quates, dans lesquelles les moyens mis en &#339;uvre sont coh&#233;rents avec la fin &#8211; le passage sans casse sociale &#224; un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique &#233;conome et d&#233;centralis&#233;, bas&#233; uniquement sur les sources renouvelables.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gestion rationnelle du m&#233;tabolisme et lutte des classes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re &#233;cocidaire du capital s'est concr&#233;tis&#233; d&#232;s les d&#233;buts de ce mode de production. Au XIXe si&#232;cle, le fondateur de la chimie des sols, Liebig, tirait d&#233;j&#224; la sonnette d'alarme : du fait de l'urbanisation capitaliste, les excr&#233;ments humains ne retournaient plus au champ, et cette rupture du cycle des nutriments mena&#231;ait de causer un grave appauvrissement des sols. Au fait de ces travaux, Marx hissa la probl&#233;matique sur le plan conceptuel en posant la n&#233;cessit&#233; g&#233;n&#233;rale d'une &#171; r&#233;gulation rationnelle des &#233;changes de mati&#232;res (ou m&#233;tabolisme) entre l'humanit&#233; et la nature &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Capital, Moscou, &#201;ditions du Progr&#232;s, 1984 [1867], p. 855.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ensuite, arm&#233; de ce concept &#233;cologique avant la lettre, il revint &#224; la question des sols pour mettre en avant une perspective programmatique radicale : l'abolition de la s&#233;paration entre la ville et la campagne, compl&#233;ment indispensable &#224; ses yeux de la disparition progressive de la s&#233;paration entre travail manuel et intellectuel. Il convient d'y insister : l'expression &#171; gestion rationnelle &#187; ne doit pas pr&#234;ter &#224; confusion. La nature, pour Marx, est &#171; le corps inorganique de l'homme &#187;. Le bon m&#233;tabolisme de l'ensemble ne passe pas par une bureaucratie de technocrates verts mais par la suppression des classes sociales. En effet, la division de la soci&#233;t&#233; rend impossible toute ma&#238;trise consciente et organis&#233;e des &#233;changes de mati&#232;res avec l'environnement. Non seulement parce que la course au profit pousse les patrons &#224; piller les ressources naturelles, mais aussi parce que leur appropriation capitaliste fait que les ressources se dressent face aux exploit&#233;Es comme des forces hostiles dont ils et elles sont ali&#233;n&#233;.e.s. Ajoutons &#224; cela que la concurrence entre salari&#233;.e.s et la peur du ch&#244;mage incitent chacun.e individuellement &#224; souhaiter la bonne marche de &#171; son &#187; entreprise, et &#224; collaborer ainsi involontairement au productivisme. Enfin, &#224; partir d'un certain niveau de d&#233;veloppement du capital, la consommation de marchandises procure aux travailleurs et aux travailleuses un certain nombre de compensations mis&#233;rables pour l'ali&#233;nation de la production. Tous ces m&#233;canismes ne peuvent &#234;tre rompus que par le d&#233;veloppement toujours plus large de la solidarit&#233; de classe. C'est pourquoi, pour Marx, la gestion rationnelle du m&#233;tabolisme humanit&#233;-nature ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par &#171; les producteurs associ&#233;s &#187;. Et Marx de pr&#233;ciser que c'est en cela que r&#233;side &lt;i&gt;&#171; la seule libert&#233; possible &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique L&#233;nine y ait fait r&#233;f&#233;rence dans certaines prises de position politiques relatives &#224; la question agraire &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vladimir I. L&#233;nine, La question agraire et les critiques de Marx, Moscou, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et que Boukharine en ait fait une pr&#233;sentation intelligente dans son pr&#233;cis sur le mat&#233;rialisme historique &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicholas Boukharine, La th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique. Manuel de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le concept marxien de r&#233;gulation rationnelle des &#233;changes de mati&#232;re tomba ensuite dans l'oubli. Aucun penseur marxiste ne lui accorda l'importance qu'il m&#233;rite et, surtout, aucun d'entre eux ne vit l'int&#233;r&#234;t de s'y r&#233;f&#233;rer lorsque la question &#233;cologique devint un probl&#232;me de soci&#233;t&#233;, &#224; partir des ann&#233;es 1960 du si&#232;cle pass&#233;. Ce n'est pas le lieu ici de s'interroger sur les raisons de cette solution de continuit&#233; dans le marxisme r&#233;volutionnaire &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Tanuro, &#171; Marxism, energy, and ecology : The moment of truth &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On se contentera de mettre le lecteur en garde contre des interpr&#233;tations simplistes : le stalinisme n'est pas seul en cause, bien qu'il ait signifi&#233;, dans ce domaine aussi, une terrible r&#233;gression th&#233;orique &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Tanuro, &#201;cologie : le lourd h&#233;ritage de L&#233;on Trotsky&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On mettra plut&#244;t l'accent sur le fait que &#171; l'&#233;cologie de Marx &#187; m&#233;rite de prendre d'urgence une place centrale dans la pens&#233;e th&#233;orique et l'&#233;laboration programmatique des marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique du r&#233;chauffement illustre cette n&#233;cessit&#233;. En effet, la saturation de l'atmosph&#232;re en CO2, due principalement &#224; la combustion des combustibles fossiles &#8211; c'est-&#224;-dire &#224; un court-circuit dans le cycle long du carbone &#8211; constitue un cas flagrant de gestion irrationnelle des &#233;changes de mati&#232;re, et cette irrationalit&#233; met l'humanit&#233; face &#224; un terrible dilemme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'un c&#244;t&#233;, trois milliards de gens vivent dans des conditions indignes. Satisfaire leurs besoins l&#233;gitimes n'est possible qu'en augmentant la production mat&#233;rielle. Donc la transformation de ressources pr&#233;lev&#233;es dans l'environnement. Donc la consommation d'une &#233;nergie qui, aujourd'hui, est &#224; 80 % d'origine fossile, c'est-&#224;-dire source de gaz &#224; effet de serre ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de l'autre c&#244;t&#233;, le syst&#232;me climatique est au bord de l'infarctus. &#201;viter des catastrophes irr&#233;versibles (dont les victimes se compteront principalement parmi les trois milliards de gens qui aspirent &#224; une existence digne) impose de r&#233;duire radicalement les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre. Donc la consommation des &#233;nergies fossiles n&#233;cessaires aujourd'hui &#224; la transformation des ressources pr&#233;lev&#233;es dans l'environnement. Donc la production mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le court d&#233;lai de 40 ans qui nous est imparti, selon le GIEC, et &#224; moins d'une r&#233;volution scientifique extraordinaire dans le domaine &#233;nerg&#233;tique, ce syst&#232;me d'&#233;quation ne peut tout simplement pas trouver de solution capitaliste acceptable. En effet, un syst&#232;me bas&#233; sur la concurrence pour le profit est strictement incapable de satisfaire massivement les besoins humains non solvables tout en r&#233;duisant durablement la consommation d'&#233;nergie ainsi que la production mat&#233;rielle. Atteindre ces objectifs s&#233;par&#233;ment est d&#233;j&#224; incompatible avec la logique du capital, que dire alors de les atteindre conjointement ? L'impossibilit&#233; de la chose appara&#238;t clairement &#224; l'examen des sc&#233;narios climatiques propos&#233;s par les gouvernements et les institutions internationales. Le sc&#233;nario Blue map de l'Agence internationale de l'&#233;nergie, par exemple, vise &#224; r&#233;duire les &#233;missions globales de 50 % d'ici 2050 &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AIE, op. cit.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'une part, cet objectif est plus que probablement insuffisant ; d'autre part, il ne serait atteint que moyennant le recours massif &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire, aux agrocarburants et au soi-disant &#171; charbon propre &#187; (CCS) (sans parler du gaz de schiste et des sables bitumineux). Blue Map impliquerait de construire chaque ann&#233;e, pendant plus de quarante ans, 32 centrales nucl&#233;aires de 1 000 MW ainsi que 45 nouvelles centrales au charbon de 500 MW &#233;quip&#233;es de CCS. Inutile de s'attarder : la terrible catastrophe de Fukushima, au Japon, suffit &#224; montrer l'aberration de tels projets.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le choix strat&#233;gique est d&#232;s lors le suivant :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit on sort du capitalisme en restreignant radicalement la sph&#232;re et le volume de la production capitaliste, et il est possible de limiter au maximum les d&#233;g&#226;ts du r&#233;chauffement tout en garantissant un d&#233;veloppement humain de qualit&#233;, bas&#233; exclusivement sur les &#233;nergies renouvelables dans la perspective d'une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur une autre &#233;conomie du temps ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit on reste dans la logique capitaliste d'accumulation, le d&#233;r&#232;glement climatique restreint radicalement le droit &#224; l'existence de centaines de millions d'&#234;tres humains et les g&#233;n&#233;rations futures seront condamn&#233;es &#224; essuyer les pl&#226;tres de la fuite en avant dans des technologies dangereuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On choisira &#233;videmment la premi&#232;re solution, mais il convient d'insister sur le fait que la stricte contrainte environnementale soumet la transition au socialisme &#224; des conditions in&#233;dites. L'ampleur du d&#233;fi ne saurait &#234;tre surestim&#233;e. Dans l'Union europ&#233;enne, par exemple, r&#233;duire les &#233;missions de 60 % (or il faudrait les r&#233;duire de 95 % !) sans recourir &#224; l'atome n&#233;cessiterait de supprimer 40 % environ de la demande &#233;nerg&#233;tique finale &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wolfram Krevitt, Uwe Klann, Stefan Kronshage, Energy Revolution. A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est pas facile de mesurer l'implication en cascade sur la production mat&#233;rielle et les transports, mais il semble &#233;vident que l'objectif ne sera pas atteint simplement en &#233;liminant les productions inutiles et nuisibles (armement, publicit&#233;, yachts de luxe et avions priv&#233;s, etc.) en luttant contre l'obsolescence planifi&#233;e des produits, ou en supprimant la consommation ostentatoire des couches les plus riches de la classe dominante&#8230; Des mesures plus radicales seront n&#233;cessaires, qui auront des effets sur l'ensemble de la population, au moins dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s. En d'autres termes, la transition au socialisme doit se faire dans des conditions fort diff&#233;rentes de celles du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une indication est donn&#233;e par l'estimation de la part de l'agrobusiness dans le total des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre. Selon la campagne &#171; Ne mange pas le monde &#187;, en effet, de 44 &#224; 57 % des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre sont dues au mod&#232;le actuel de production, de distribution et de consommation des produits agricoles et forestiers. Ce chiffre est obtenu en additionnant les &#233;missions dues aux activit&#233;s strictement agricoles (11 &#224; 15 %), &#224; la d&#233;forestation (15 &#224; 18 %), &#224; la manutention, au transport et au stockage des aliments (15 &#224; 20 %) et des r&#233;sidus organiques (3 &#224; 4 %). &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport&#233; par Esther Vivas, &#171; Ne mange pas le monde &#187; : Une autre agriculture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La lutte pour la stabilisation du climat au meilleur niveau possible ne saurait par cons&#233;quent se limiter &#224; l'expropriation des expropriateurs-pollueurs-gaspilleurs : le changement des rapports de propri&#233;t&#233; ne constitue que la condition n&#233;cessaire &#8211; mais non suffisante &#8211; d'un changement social extr&#234;mement profond, impliquant la modification substantielle de modes sociaux de consommation et de mobilit&#233;. Ces modifications &#8211; se d&#233;placer autrement, manger moins de viande et consommer des l&#233;gumes de saison, par exemple &#8211; doivent &#234;tre mises en perspective d&#232;s maintenant, car il y a urgence et qu'elles ont des implications imm&#233;diates. Elles peuvent l'&#234;tre, car elles mettent en &#339;uvre des m&#233;canismes culturels et id&#233;ologiques qui ont une certaine autonomie par rapport &#224; la base productive de la soci&#233;t&#233;. Quoiqu'elles ne portent en elles aucun changement structurel, il convient de les consid&#233;rer comme partie int&#233;grante de l'alternative anticapitaliste. Dans la mesure o&#249; elles d&#233;bouchent sur des pratiques collectives, elles peuvent favoriser la prise de conscience et l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une p&#233;riode nouvelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Programme de Transition r&#233;dig&#233; par L&#233;on Trotsky en 1938 commence par l'affirmation que &#171; la pr&#233;misse &#233;conomique de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est arriv&#233;e depuis longtemps au point le plus &#233;lev&#233; qui puisse &#234;tre atteint sous le capitalisme &#187;, et conclut que &#171; les pr&#233;misses objectives [&#8230;] ne sont pas seulement m&#251;res ; elles ont m&#234;me commenc&#233; &#224; pourrir. Sans r&#233;volution socialiste, et cela dans la prochaine p&#233;riode historique, la civilisation humaine tout enti&#232;re est menac&#233;e d'&#234;tre emport&#233;e dans une catastrophe &#187;. Certes, le fondateur de l'Arm&#233;e rouge r&#233;f&#232;re en premier lieu au contexte historique : la victoire du fascisme et du nazisme, l'&#233;crasement de la r&#233;volution espagnole et la guerre mondiale imminente. Son jugement sur la putr&#233;faction des conditions objectives semble pourtant avoir une port&#233;e historique plus vaste. Ce th&#232;me r&#233;appara&#238;tra d'ailleurs sous la plume d'Ernest Mandel : &#171; En fait, (&#224; partir d'un certain niveau) la croissance des forces productives et la croissance des relations marchandes-mon&#233;taires peut &#233;carter la soci&#233;t&#233; de son objectif socialiste au lieu de l'en rapprocher. &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest Mandel, Ten Theses on the Social and Economic Laws Governing the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citation remarquable, dont les implications strat&#233;giques m&#233;riteraient d'&#234;tre explor&#233;es. Car telle est en fait la situation sans pr&#233;c&#233;dent &#224; laquelle nous sommes confront&#233;Es : au niveau des pays d&#233;velopp&#233;s, le capitalisme est all&#233; trop loin dans la croissance des forces productives mat&#233;rielles, de sorte qu'une alternative socialiste digne ne passe plus par une avanc&#233;e, mais par une forme de recul. (Nous parlons bien des forces mat&#233;rielles, le d&#233;veloppement des connaissances et de la coop&#233;ration entre producteurs n'est &#233;videmment pas en cause.) C'est cette conjoncture historique nouvelle qui s'exprime dans l'imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; de produire et de transporter moins, afin de consommer radicalement moins d'&#233;nergie et de supprimer totalement les &#233;missions de CO2 fossile d'ici la fin du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le d&#233;veloppement des forces productives mat&#233;rielles ait commenc&#233; &#224; nous &#233;loigner objectivement d'une alternative socialiste constitue le fait majeur qui fonde et justifie le concept nouveau d'&#233;cosocialisme. Loin de n'&#234;tre qu'une nouvelle &#233;tiquette sur la bouteille, ce concept introduit au moins cinq nouveaut&#233;s, que j'ai esquiss&#233;es dans mon livre L'impossible capitalisme vert, et que je rappellerai bri&#232;vement ici &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Tanuro, L'impossible capitalisme vert, Paris, La D&#233;couverte, 2010.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; La notion de &#171; ma&#238;trise humaine sur la nature &#187; doit &#234;tre abandonn&#233;e. La complexit&#233;, les inconnues et le caract&#232;re &#233;volutif de la biosph&#232;re impliquent un degr&#233; d'incertitude irr&#233;ductible. L'intrication du social et de l'environnemental doit &#234;tre pens&#233;e comme un processus en mouvement constant, comme une production de nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; La d&#233;finition classique du socialisme doit &#234;tre compl&#233;t&#233;e. Le seul socialisme possible d&#233;sormais est celui qui satisfait les besoins humains r&#233;els (d&#233;barrass&#233;s de l'ali&#233;nation marchande), d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s par les int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes dans les limites des ressources et en s'interrogeant prudemment sur l'impact environnemental de ces besoins et de la mani&#232;re dont ils sont satisfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Il s'agit de d&#233;passer la vision cloisonn&#233;e, utilitariste et lin&#233;aire de la nature comme la plateforme physique &#224; partir de laquelle l'humanit&#233; op&#232;re, comme le magasin o&#249; elle puise les ressources n&#233;cessaires &#224; la production de son existence sociale et comme la d&#233;charge o&#249; elle entrepose ses d&#233;chets. La nature est tout &#224; la fois la plateforme, le magasin, la d&#233;chetterie et l'ensemble des processus vivants qui, gr&#226;ce &#224; l'apport d'&#233;nergie solaire, font circuler la mati&#232;re entre ces p&#244;les en la r&#233;organisant constamment. Les d&#233;chets et leur mode de d&#233;p&#244;t doivent donc &#234;tre compatibles en qualit&#233; comme en qualit&#233; avec les capacit&#233;s et les rythmes de recyclage par les &#233;cosyst&#232;mes. C'est-&#224;-dire que le bon fonctionnement de l'ensemble d&#233;pend de la biodiversit&#233;, qui doit &#234;tre prot&#233;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; Les sources &#233;nerg&#233;tiques et les m&#233;thodes de conversion employ&#233;es ne sont pas neutres socialement. Le socialisme, par cons&#233;quent, ne peut pas se d&#233;finir &#224; la mode de L&#233;nine comme &#171; les soviets plus l'&#233;lectricit&#233; &#187;. Le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique capitaliste est centralis&#233;, anarchique, gaspilleur, inefficient, intensif en travail mort, bas&#233; sur des sources non renouvelables et orient&#233; vers l'accumulation. Une transformation socialiste digne de ce nom n&#233;cessite son remplacement progressif par un syst&#232;me d&#233;centralis&#233;, planifi&#233;, &#233;conome, efficient, intensif en travail vivant, bas&#233; exclusivement sur les sources renouvelables et orient&#233; vers la production de valeurs d'usage durables, recyclables et r&#233;utilisables. Ceci ne concerne pas seulement la production d'&#233;nergie au sens &#233;troit mais l'ensemble de l'appareil industriel, l'agriculture, les transports, les loisirs et l'am&#233;nagement des territoires. Cette transformation extr&#234;mement profonde ne peut s'achever qu'au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; Le d&#233;passement du seuil &#224; partir duquel la croissance des forces productives mat&#233;rielles complique le passage au socialisme implique une attitude critique face &#224; la hausse de la productivit&#233; du travail. Dans un certain nombre de domaines, la mise en &#339;uvre d'une alternative anticapitaliste respectueuse des &#233;quilibres &#233;cologiques n&#233;cessite le remplacement du travail mort par du travail vivant. C'est manifestement le cas dans l'agriculture, o&#249; le syst&#232;me de l'agrobusiness ultra-m&#233;canis&#233;, gros consommateur d'intrants et d'&#233;nergie fossile, devra c&#233;der la place &#224; un autre mode d'exploitation, plus intensif en travail humain. La m&#234;me chose vaut pour le secteur de l'&#233;nergie, car la production d&#233;centralis&#233;e bas&#233;e sur les renouvelables n&#233;cessitera beaucoup de travail, de maintenance notamment. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la quantit&#233; de travail vivant doit augmenter radicalement dans tous les domaines li&#233;s directement &#224; l'environnement. Un parall&#232;le peut &#234;tre fait avec les soins aux personnes, l'enseignement, et d'autres secteurs dans lesquels la gauche consid&#232;re comme allant de soi de d&#233;velopper l'emploi public : l'intelligence et l'&#233;motion humaines, combin&#233;es &#224; une culture du &#171; prendre soin &#187;, sont en effet n&#233;cessaires dans les mati&#232;res qui rel&#232;vent directement de l'interaction avec la biosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des esprits dogmatiques craindront que ces r&#233;flexions ouvrent la porte &#224; une r&#233;vision du marxisme r&#233;volutionnaire, sous la forme de concessions &#224; l'offensive d'aust&#233;rit&#233; contre la classe ouvri&#232;re des pays d&#233;velopp&#233;s. Il n'en est rien. Il n'est pas question de c&#233;der la moindre parcelle de terrain aux discours culpabilisants qui utilisent la crise &#233;cologique pour tenter de d&#233;sarmer le monde du travail et ses repr&#233;sentants. Une ligne de d&#233;marcation entre l'&#233;cosocialisme, d'une part, l'&#233;cologie politique et la d&#233;croissance, d'autre part, est l'attitude face &#224; la lutte des classes. Nous restons fermement convaincus que les exploit&#233;Es apprennent par l'exp&#233;rience des luttes collectives, qui commencent par la d&#233;fense des salaires, de l'emploi et des conditions de travail. Toute lutte des travailleuses et des travailleurs, m&#234;me la plus imm&#233;diate, doit &#234;tre soutenue et consid&#233;r&#233;e comme une chance d'augmenter le niveau conscience pour l'orienter vers une perspective socialiste. Dans ce cadre strat&#233;gique, le constat que la transition socialiste doit s'op&#233;rer dor&#233;navant sous contrainte environnementale n'affaiblit pas les convictions anticapitalistes : il les renforce au contraire. Cependant, seule la v&#233;rit&#233; est r&#233;volutionnaire. On ne peut dissimuler le fait que la transformation socialiste impliquera fort probablement de renoncer &#224; certains biens, services et habitudes qui impr&#232;gnent profond&#233;ment la vie quotidienne de larges couches de la population, au moins dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s. Il s'agit donc de mettre en avant des objectifs capables de compenser cette perte par un progr&#232;s substantiel dans la qualit&#233; de vie. Deux pistes nous semblent devoir &#234;tre privil&#233;gi&#233;es : 1&#176; la gratuit&#233; des biens de base (eau, &#233;nergie mobilit&#233;) jusqu'&#224; un volume social moyen (ce qui implique l'extension du secteur public) ; 2&#176; la r&#233;duction radicale (50 %) du temps de travail, sans perte de salaire, avec embauche proportionnelle et avec diminution des cadences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Toute &#233;conomie se r&#233;sume en derni&#232;re instance &#224; une &#233;conomie du temps &#187;&lt;/i&gt;, disait Marx. Affirmer la n&#233;cessit&#233; de produire et de consommer moins, c'est revendiquer le temps de vivre, et de vivre mieux. C'est ouvrir un d&#233;bat fondamental sur la ma&#238;trise du temps social, sur ce qui est n&#233;cessaire &#224; qui, pourquoi et en quelles quantit&#233;s. C'est r&#233;veiller le d&#233;sir collectif d'un monde sans guerres, o&#249; l'on travaille moins et autrement, o&#249; l'on pollue moins, o&#249; on d&#233;veloppe les relations sociales, o&#249; on am&#233;liore substantiellement le bien-&#234;tre, la sant&#233; publique, l'&#233;ducation et la participation d&#233;mocratique. Un monde o&#249; les producteurs associ&#233;s r&#233;apprennent &#224; &#171; dialoguer &#187; collectivement avec la nature. Ce monde-l&#224; ne sera pas moins riche que le monde actuel &#8211; comme dit la droite, ni &#171; aussi riche pour la grande majorit&#233; de la population &#187; &#8211; comme dit une certaine gauche. Il sera infiniment moins futile, moins stress&#233;, moins press&#233; &#8211; en un mot : plus riche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jared Diamond, Collapse. How Societies Choose to Fail or Survive, London, Penguin Books, 2005. Des critiques de la th&#232;se de Diamond sont propos&#233;es notamment par Benny Peiser, &#171; From ecocide to genocide : the rape of Rapa Nui &#187;, Energy and Environment, vol. 16, n&#176; 3-4, 2005 ; par Terry L. Hunt, &#171; Rethinking Easter Island's ecological catastrophe &#187;, Journal of Archaeological Science, 2007, n&#176; 34, p. 485-502 ; et par Daniel Tanuro, &#171; Catastrophes &#233;cologiques d'hier et d'aujourd'hui : la fausse m&#233;taphore de l'&#238;le de P&#226;ques &#187;, Critique Communiste, n&#176; 185, d&#233;cembre 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et d&#233;mocratie, Paris, Petite Biblioth&#232;que Payot, 1942.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Possoz et H. Jeanmart, Comments on the electricity demand scenario in two studies from the DLR : MED-CSP &amp; TRANS-CSP, ORMEE &amp; MITEC engineering consultancy, Belgium, &lt;a href=&#034;http://www.dlr.de/tt/Portaldata/41/Resources/dokumente/institut/system/projects/csp/Critics-on-Electricity-Demand-Scenarios.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.dlr.de/tt/Portaldata/41/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, Le Capital, Paris, &#201;ditions sociales, Livre premier, Tome II, 1973 [1867], p. 181-182. Soulign&#233; par Marx.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tim Jackson, Prosp&#233;rit&#233; sans croissance, Bruxelles, Etopia, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Tanuro : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article18986&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Prosp&#233;rit&#233; sans croissance &#187; : un ouvrage sous tension&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il en est ainsi notamment de la proposition d'indicateurs alternatifs ou compl&#233;mentaires au PIB. Que le PIB ne mesure pas la qualit&#233; de l'environnement est une &#233;vidence, ce n'est pas son but, ni celui du capitalisme. Le PIB mesure l'accumulation du capital&#8230; Il est donc parfaitement adapt&#233; au capitalisme. Faire croire qu'il suffirait de changer d'instrument de mesure pour que le syst&#232;me change de logique rel&#232;ve soit de la na&#239;vet&#233;, soit de l'escroquerie intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GIEC, Contribution du Groupe de travail III au rapport 2007, page 776.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;AIE, Perspectives des technologies de l'&#233;nergie. Au service du plan d'action du G8. Sc&#233;narios et strat&#233;gies &#224; l'horizon 2050, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, Le Capital, Moscou, &#201;ditions du Progr&#232;s, 1984 [1867], p. 855.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vladimir I. L&#233;nine, La question agraire et les critiques de Marx, Moscou, &#201;ditions du Progr&#232;s, 1973, chapitre IV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicholas Boukharine, La th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique. Manuel de sociologie marxiste, Paris, Anthropos, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Tanuro, &#171; Marxism, energy, and ecology : The moment of truth &#187;, Capitalism Nature Socialism, de&#233;cembre 2010, p. 89-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Tanuro, &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article18418&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;cologie : le lourd h&#233;ritage de L&#233;on Trotsky&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;AIE, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wolfram Krevitt, Uwe Klann, Stefan Kronshage, Energy Revolution. A Sustainable Pathway to a Clean Energy Future for Europe, Stuttgart, Institute of Technical Thermodynamics &amp; Greenpeace, septembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport&#233; par Esther Vivas, &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article15694&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Ne mange pas le monde &#187; : Une autre agriculture pour un autre climat&lt;/a&gt;, traduction fran&#231;aise d'un article dans le quotidien catalan Publico.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest Mandel, &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article20953&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ten Theses on the Social and Economic Laws Governing the Society Transitional Between Capitalism and Socialism&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Tanuro, L'impossible capitalisme vert, Paris, La D&#233;couverte, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* A para&#238;tre dans les Nouveaux Cahiers du Socialisme, septembre 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pas de nucl&#233;aire sans catastrophe</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Pas-de-nucleaire-sans-catastrophe</link>
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		<dc:date>2011-03-16T13:44:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Japon</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il s'est produit ce qui devait se produire : un nouvel &#171; accident &#187; nucl&#233;aire majeur. A l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, il n'est pas encore certain qu'il prendra les dimensions d'une catastrophe semblable &#224; celle de Tchernobyl, mais c'est bien dans cette direction que les choses, h&#233;las, paraissent &#233;voluer. &lt;br class='autobr' /&gt; De toute mani&#232;re, catastrophe de grande ampleur ou pas, la preuve est une nouvelle fois fournie que cette technologie ne pourra jamais &#234;tre s&#251;re &#224; 100%. Les risques sont &#224; ce point (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-19-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-224-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Japon-+" rel="tag"&gt;Japon&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH106/arton3134-89797.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il s'est produit ce qui devait se produire : un nouvel &#171; accident &#187; nucl&#233;aire majeur. A l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, il n'est pas encore certain qu'il prendra les dimensions d'une catastrophe semblable &#224; celle de Tchernobyl, mais c'est bien dans cette direction que les choses, h&#233;las, paraissent &#233;voluer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De toute mani&#232;re, catastrophe de grande ampleur ou pas, la preuve est une nouvelle fois fournie que cette technologie ne pourra jamais &#234;tre s&#251;re &#224; 100%. Les risques sont &#224; ce point effrayants que la conclusion coule de source : il faut imp&#233;rativement sortir du nucl&#233;aire, et en sortir le plus rapidement possible. C'est la premi&#232;re le&#231;on &#224; tirer de Fukushima, mais son application soul&#232;ve des questions sociales et politiques absolument fondamentales, n&#233;cessitant un v&#233;ritable d&#233;bat de soci&#233;t&#233;, une alternative &#224; la civilisation capitaliste de la croissance infinie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une technologie dangereuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Windscale en 1957, Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986, Tokai Mura en 2000, et maintenant Fukushima. La liste des accidents dans des centrales nucl&#233;aires continue de s'allonger. Il ne peut tout simplement pas en &#234;tre autrement. Il n'est pas n&#233;cessaire d'&#234;tre docteur en physique pour le comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une centrale nucl&#233;aire fonctionne un peu sur le mode d'une bouilloire &#233;lectrique. La r&#233;sistance dans la bouilloire correspond aux barres de combustibles dans la centrale. S'il n'y a pas d'eau dans la bouilloire et que la r&#233;sistance chauffe, il y a un probl&#232;me. M&#234;me chose dans la centrale : les barres de combustible doivent baigner en permanence dans l'eau qu'elles font bouillir. La vapeur produite fait tourner des turbines qui produisent l'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La centrale consomme donc de grandes quantit&#233;s d'eau dont la circulation est assur&#233;e par des pompes. Si les pompes tombent en panne, l'eau vient &#224; manquer et les barres surchauff&#233;es se d&#233;gradent. Si on n'ajoute pas rapidement de l'eau, la chaleur produite par la r&#233;action au sein des barres est telle que les barres fondent et tombent sur le fond de la cuve (qui correspond &#224; l'enveloppe de la bouilloire). Cette cuve &#224; son tour est enferm&#233;e dans une double enceinte de s&#233;curit&#233; : le r&#233;acteur dont tout le monde conna&#238;t la silhouette ext&#233;rieure, qui est caract&#233;ristique. Si cette enceinte ne r&#233;siste pas &#224; la chaleur intense des barres en fusion et qu'elle se fissure, la radioactivit&#233; est l&#226;ch&#233;e dans l'environnement, avec toutes les cons&#233;quences mortelles qui en d&#233;coulent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une technologie fragile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action qui se produit dans une centrale est une r&#233;action en cha&#238;ne : on bombarde des noyaux d'uranium avec des neutrons ; en absorbant un neutron, un noyau d'Uranium se scinde en deux et lib&#232;re une grande quantit&#233; d'&#233;nergie (c'est la fission nucl&#233;aire) ; en m&#234;me temps, il lib&#232;re d'autres neutrons et chacune de ce ceux-ci peut entra&#238;ner la fission d'un autre noyau d'Uranium. Une fois que la r&#233;action est lanc&#233;e, elle continue donc toute seule. Le seul moyen de la contr&#244;ler, et de contr&#244;ler la temp&#233;rature, consiste &#224; ins&#233;rer, entre les barres de combustible, des barres constitu&#233;es d'alliages capables d'absorber les neutrons sans entra&#238;ner une fission de la mati&#232;re. On peut ainsi refroidir le c&#339;ur du r&#233;acteur. Mais ce refroidissement prend un certain temps. Pendant ce temps, les barres de combustible doivent baigner dans l'eau, sans quoi elles risquent de surchauffer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans du nucl&#233;aire r&#233;p&#232;tent sans rel&#226;che que le dispositif est extr&#234;mement s&#251;r, notamment parce que, en cas de d&#233;faillance du r&#233;seau &#233;lectrique, les pompes peuvent &#234;tre aliment&#233;es en &#233;nergie gr&#226;ce &#224; des groupes &#233;lectrog&#232;nes de secours. L'accident de Fukushima montre que ces propos rassurants ne valent pas grand-chose : du fait du tremblement de terre, les centrales ont d&#233;clench&#233; automatiquement, comme pr&#233;vu dans ce genre de circonstances. Il n'y avait donc plus de courant pour actionner les pompes. Les groupes &#233;lectrog&#232;nes auraient d&#251; se mettre en route, malheureusement ils &#233;taient hors d'usage, noy&#233;s par le tsunami. L'eau de refroidissement &#233;tant insuffisante, les barres de combustible ont &#233;t&#233; d&#233;gag&#233;es sur une hauteur d'un m&#232;tre quatre-vingt &#224; plus de trois m&#232;tres (sur une longueur totale de 3, 71 m&#232;tres). La surchauffe a provoqu&#233; une surpression et une r&#233;action chimique (&#233;lectrolyse de l'eau de refroidissement) d&#233;gageant de l'hydrog&#232;ne. Les techniciens ont alors rel&#226;ch&#233; de la vapeur, pour &#233;viter une explosion de la cuve. Mais l'hydrog&#232;ne a semble-t-il explos&#233; dans le r&#233;acteur, provoquant l'effondrement du d&#244;me du b&#226;timent, et la vapeur s'est r&#233;pandue dans l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario s'est apparemment reproduit dans un second r&#233;acteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comme &#224; Tchernobyl&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La distribution d'eau douce &#233;tant interrompue suite au tsunami, les techniciens ont utilis&#233; l'eau de la mer toute proche. Plusieurs sp&#233;cialistes am&#233;ricains ont estim&#233; qu'il s'agissait typiquement d'un &#171; acte de d&#233;sespoir &#187;. Selon eux, cela &#233;voque les vaines tentatives d'&#233;viter la fonte du c&#339;ur du r&#233;acteur &#224; Tchernobyl, lorsque les employ&#233;s de la centrale et des volontaires h&#233;ro&#239;ques se sont mis &#224; d&#233;verser du sable et du b&#233;ton sur le r&#233;acteur, ce qu'ils ont pay&#233; de leur vie. La radioactivit&#233; mesur&#233;e &#224; 80 km de Fukushima est d'ores et d&#233;j&#224; plus de 400 fois sup&#233;rieure aux normes autoris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six journalistes japonais courageux se sont rendus avec des compteurs Geiger &#224; la mairie de Futaba, situ&#233;e &#224; 2km de la centrale : la radioactivit&#233; y &#233;tait sup&#233;rieure &#224; la capacit&#233; de mesure de certains de leurs appareils ! A l'heure actuelle, on estime qu'un citoyen japonais re&#231;oit en une heure la dose de radioactivit&#233; consid&#233;r&#233;e comme acceptable en une ann&#233;e. Comme le dit un communiqu&#233; du r&#233;seau fran&#231;ais &#171; Sortir du nucl&#233;aire &#187;, &#171; de telles informations accr&#233;ditent un niveau de radioactivit&#233; dramatiquement &#233;lev&#233; dans un p&#233;rim&#232;tre &#233;tendu autour de la centrale, dont les cons&#233;quences sanitaires ne pourront &#234;tre que tr&#232;s graves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne croyons pas &#234;tre &#224; l'abri des retomb&#233;es : le pr&#233;c&#233;dent de Tchernobyl a montr&#233; qu'un nuage radioactif peut contaminer des r&#233;gions tr&#232;s vastes. Tout d&#233;pend de la violence avec laquelle les particules sont envoy&#233;es dans l'atmosph&#232;re. En cas de tr&#232;s forte explosion, les &#233;l&#233;ments radioactifs peuvent &#234;tre propuls&#233;s &#224; l'altitude des jetstreams, ces vents violents qui r&#232;gnent &#224; haute altitude. Dans ce cas, les retomb&#233;es pourraient affecter des r&#233;gions tr&#232;s &#233;loign&#233;es de Fukushima.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux questions angoissantes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette radioactivit&#233; provient essentiellement de deux &#233;l&#233;ments : l'Iode 131 et le C&#233;sium 137. Tous deux sont extr&#234;mement canc&#233;rig&#232;nes, mais le premier a une dur&#233;e de vie dans l'atmosph&#232;re de quatre-vingt jours environ, tandis que le second reste radioactif pendant quelque 300 ans. Dimanche 13 mars, plus de 200.000 personnes &#233;taient &#233;vacu&#233;es. Les autorit&#233;s d&#233;cr&#233;taient une zone d'exclusion de 20 kilom&#232;tres autour du premier r&#233;acteur de Fukushima, et de 10km autour du second. La pr&#233;sence de C&#233;sium 137 est particuli&#232;rement inqui&#233;tante. Elle permet aux sp&#233;cialistes d'affirmer cat&#233;goriquement que les barres de combustible du r&#233;acteur 1 ont fondu, au moins partiellement, et que la cuve qui les contient est fissur&#233;e. L'information pr&#233;cise fait d&#233;faut : la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco) et les autorit&#233;s japonaises cachent plus que probablement une partie de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux questions les plus angoissantes qui se posent sont de savoir si la fusion des barres est ma&#238;tris&#233;e ou si elle continue, d'une part, et si la structure de confinement o&#249; se trouve la cuve tiendra le coup, d'autre part. Selon Ken Bergeron, un physicien nucl&#233;aire qui travaille sur les simulations d'accident dans les centrales, cette structure &#171; est certainement plus solide qu'&#224; Tchernobyl, mais bien moins qu'&#224; Three Mile Islands &#187;. Les sp&#233;cialistes ne cachent pas leur inqui&#233;tude : &#171; S'ils ne reprennent pas le contr&#244;le de tout &#231;a, on va passer d'une fusion partielle &#224; une fusion compl&#232;te, ce sera le d&#233;sastre total &#187; a d&#233;clar&#233; l'un d'eux (Le Monde, 13.3.2011).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire serait la fusion du c&#339;ur du second r&#233;acteur, celui qui a explos&#233; le 13 mars. En effet, le combustible utilis&#233; est le MOX, un m&#233;lange d'oxydes d'uranium appauvri et de plutonium 239. Ce plutonium 239 est en fait un d&#233;chet recycl&#233; du fonctionnement des centrales classiques &#224; l'uranium. Sa radioactivit&#233; est extr&#234;mement &#233;lev&#233;e et sa &#171; demi-vie &#187; (le nombre d'ann&#233;es n&#233;cessaires &#224; la diminution de moiti&#233; de la radioactivit&#233;) est estim&#233;e &#224; 24.000 ans. Les Japonais connaissent bien cet &#233;l&#233;ment et ses redoutables cons&#233;quences : la bombe thermonucl&#233;aire largu&#233;e sur Nagasaki, &#224; la fin de la seconde guerre mondiale, &#233;tait &#224; base de Plutonium 239&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un risque inacceptable&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la catastrophe de Tchernobyl, les thurif&#233;raires du nucl&#233;aire ont expliqu&#233; que la mauvaise technologie sovi&#233;tique, des normes de s&#233;curit&#233; insuffisantes et la nature bureaucratique du syst&#232;me &#233;taient &#224; la base de l'accident. A les croire, rien de semblable ne pouvait se produire avec les centrales bas&#233;es sur la bonne technologie capitaliste, surtout pas dans nos pays &#171; d&#233;mocratiques &#187; o&#249; le l&#233;gislateur prend toutes les mesures de s&#233;curit&#233; n&#233;cessaires, &#224; tous les niveaux. On voit aujourd'hui que ce discours ne vaut pas tripette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Japon est un pays de tr&#232;s haute technologie. Bien conscientes du risque sismique, les autorit&#233;s nippones ont impos&#233; des normes s&#233;v&#232;res pour la construction des centrales. Le r&#233;acteur 1 de Fukushima comportait m&#234;me un double dispositif de s&#233;curit&#233;, avec certains groupes &#233;lectrog&#232;nes aliment&#233;s au fuel, d'une part, et d'autres fonctionnant sur batteries. Rien n'y fit, parce que la technologie la plus sophistiqu&#233;e et les normes de s&#233;curit&#233; les plus strictes ne donneront jamais une garantie absolue, ni face aux catastrophes naturelles, ni face aux possibles actes criminels de terroristes insens&#233;s (sans compter les erreurs humaines toujours possibles).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut r&#233;duire le risque des centrales nucl&#233;aires, on ne peut pas le supprimer totalement. Si on le r&#233;duit relativement mais que le nombre de centrales augmente, comme c'est le cas actuellement, le risque absolu peut augmenter. Il est tr&#232;s important de poser que ce risque est inacceptable parce qu'il est d'origine humaine, qu'il est &#233;vitable, et qu'il est le r&#233;sultat de d&#233;cisions d'investissement prises par des cercles restreints, en fonction de leurs profits, sans v&#233;ritable consultation d&#233;mocratique des populations. Ecrire que &#171; les accidents (sic) nucl&#233;aires au Japon sont loin d'avoir fait autant de victimes que le tsunami &#187;, comme le fait par exemple l'&#233;dito du Soir (14 mars), revient &#224; escamoter la diff&#233;rence qualitative entre une catastrophe naturelle in&#233;vitable et une catastrophe technologique parfaitement &#233;vitable. Ajouter que &#171; &#224; l'instar de tout processus industriel complexe, la production d'&#233;nergie &#224; partir de l'atome comporte une part importante de risque &#187; (idem) revient &#224; escamoter en plus la sp&#233;cificit&#233; du risque nucl&#233;aire, qui consiste notamment en ceci que cette technologie a le potentiel de rayer l'esp&#232;ce humaine de la Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut traquer sans rel&#226;che les propos de ce genre, qui traduisent les pressions colossales exerc&#233;es &#224; tous les niveaux par le lobby de l'atome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un choix de soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut sortir du nucl&#233;aire, compl&#232;tement et le plus rapidement possible. C'est parfaitement possible techniquement, et il convient de rappeler au passage que l'efficience du nucl&#233;aire est tr&#232;s m&#233;diocre (deux tiers de l'&#233;nergie est dissip&#233;e sous forme de chaleur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est avant tout un d&#233;bat politique, un d&#233;bat de soci&#233;t&#233; qui pose en d&#233;finitive un choix de civilisation. Car voici le probl&#232;me : il faut sortir du nucl&#233;aire et, simultan&#233;ment, abandonner les combustibles fossiles, cause principale du basculement climatique. En deux g&#233;n&#233;rations &#224; peine, les renouvelables doivent devenir notre seule source d'&#233;nergie. Or, le passage aux renouvelables n&#233;cessite de gigantesques investissements, gourmands en &#233;nergie, donc sources de gaz &#224; effet de serre suppl&#233;mentaires. En pratique, la transition &#233;nerg&#233;tique n'est possible que si la demande finale d'&#233;nergie diminue radicalement, au moins dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, cette diminution devrait &#234;tre de l'ordre de 50% d'ici 2050. Une diminution d'une telle ampleur n'est pas r&#233;alisable sans une r&#233;duction significative de la production mat&#233;rielle ainsi que des transports. Il faut produire et transporter moins, sans quoi l'&#233;quation sera insoluble. C'est dire qu'elle est insoluble pour le syst&#232;me capitaliste, car la course au profit sous le fouet de la concurrence implique in&#233;vitablement la croissance, autrement dit l'accumulation du capital qui se traduit in&#233;vitablement par une masse croissante de marchandises, donc par une pression accrue sur les ressources. C'est pourquoi toutes les r&#233;ponses capitalistes au d&#233;fi climatique font appel &#224; des technologies d'apprentis sorciers, dont le nucl&#233;aire est le fleuron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario &#233;nerg&#233;tique &#171; blue map &#187; de l'Agence Internationale de l'Energie est r&#233;v&#233;lateur &#224; cet &#233;gard : il propose de multiplier le parc nucl&#233;aire par trois d'ici 2050, ce qui impliquerait de construire chaque semaine une centrale de un Gigawatt. C'est de la folie pure et simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une alternative &#224; ce syst&#232;me infernal est plus urgente que jamais. Elle passe par la r&#233;duction radicale du temps de travail sans perte de salaire, avec embauche proportionnelle et baisse des cadences de travail : pour produire moins, il faut travailler moins, et le faire en redistribuant les richesses. Elle passe aussi par la propri&#233;t&#233; collective des secteurs de l'&#233;nergie et de la finance, car les renouvelables sont plus chers que les autres sources, et le resteront pendant une vingtaine d'ann&#233;es, au moins. Elle passe enfin par une planification &#224; tous les niveaux, du local au global, afin de concilier le droit du Sud au d&#233;veloppement et la sauvegarde des &#233;quilibres &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, elle implique le projet &#233;cosocialiste d'une soci&#233;t&#233; produisant pour la satisfaction des besoins humains r&#233;els, d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s, dans le respect des rythmes et des fonctionnements des &#233;cosyst&#232;mes. Faute d'une telle alternative, la croissance capitaliste provoquera toujours plus de catastrophes, sans satisfaire pour autant les besoins sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est, en derni&#232;re instance, la terrible le&#231;on de Fukushima.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.npa2009.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.npa2009.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les bons &#233;l&#232;ves sont au Sud !</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Les-bons-eleves-sont-au-Sud</link>
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		<dc:date>2010-11-30T14:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>
		<dc:subject>Changements climatiques</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le constat est l&#224; : les engagements des pays dits &#171; en d&#233;veloppement &#187; sont en phase avec les mesures &#224; prendre pour ne pas trop d&#233;traquer le climat, ceux des pays d&#233;velopp&#233;s ne le sont pas. &lt;br class='autobr' /&gt; Rappel : selon le GIEC, pour ne pas trop d&#233;passer 2&#176;C de hausse de la temp&#233;rature du globe d'ici 2100, les pays d&#233;velopp&#233;s doivent r&#233;duire leurs &#233;missions de 80 &#224; 95% d'ici 2050 (par rapport &#224; 1990), tandis que les pays dits &#171; en d&#233;veloppement &#187; doivent prendre des mesures pour que leurs &#233;missions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-224-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Changements-climatiques-+" rel="tag"&gt;Changements climatiques&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH146/arton3094-9399b.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='146' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le constat est l&#224; : les engagements des pays dits &#171; en d&#233;veloppement &#187; sont en phase avec les mesures &#224; prendre pour ne pas trop d&#233;traquer le climat, ceux des pays d&#233;velopp&#233;s ne le sont pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rappel : selon le GIEC, pour ne pas trop d&#233;passer 2&#176;C de hausse de la temp&#233;rature du globe d'ici 2100, les pays d&#233;velopp&#233;s doivent r&#233;duire leurs &#233;missions de 80 &#224; 95% d'ici 2050 (par rapport &#224; 1990), tandis que les pays dits &#171; en d&#233;veloppement &#187; doivent prendre des mesures pour que leurs &#233;missions diminuent de 15 &#224; 30% par rapport aux projections &#171; business as usual &#187; (BAU). Comme ces projections sont bas&#233;es sur des mod&#232;les climatiques qui n'int&#232;grent pas les ph&#233;nom&#232;nes non lin&#233;aires (par exemple, d&#233;sint&#233;gration des calottes glaciaires), le principe de pr&#233;caution recommande de choisir les objectifs les plus drastiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soit disant &#171; accord &#187; conclu dans les coulisses de Copenhague &#224; l'initiative des Etats-Unis, de la Chine, de l'Inde, de l'Afrique du Sud, et auquel l'Union Europ&#233;enne et le Japon se sont ralli&#233;s, stipulait que chaque pays communiquerait son &#171; plan climat &#187; au secr&#233;tariat de la Convention cadre des Nations unies sur le Climat (UNFCCC). La plupart des pays se sont ex&#233;cut&#233;s. Sur base des informations communiqu&#233;es, on a estim&#233; que la hausse de temp&#233;rature d'ici 2100 avoisinerait 4&#176;C&#8230; Une catastrophe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre information int&#233;ressante &#224; tirer de ces plans est la ventilation des efforts entre pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s et &#171; en voie de d&#233;veloppement &#187; : les premiers s'engagent globalement &#224; r&#233;duire leurs &#233;missions de 15% environ ; les seconds pr&#233;voient que leurs &#233;missions d&#233;vieront de 25% par rapport aux pr&#233;visions BAU. En d'autres termes : le Sud r&#233;alise presque le maximum de l'effort n&#233;cessaire, tandis que le Nord n'atteint m&#234;me pas le minimum, alors que sa responsabilit&#233; historique dans le r&#233;chauffement est &#233;crasante !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;tail des engagements de diff&#233;rents pays d'ici 2020 est &#233;galement tr&#232;s instructif. Les USA, responsables de 14,3% des &#233;missions, ont communiqu&#233; un objectif de 17% de r&#233;duction par rapport &#224; 2005 (alors que leurs &#233;missions ont augment&#233; de 30% depuis 1990 !). Il ne sera pas r&#233;alis&#233;, le S&#233;nat n'ayant pas adopt&#233; la loi sur le climat propos&#233;e par Barack Obama. Le Canada s'engage aussi pour 17%. L'Australie a communiqu&#233; un objectif vague, compris entre 5 et 25% de r&#233;duction. L'UE, comme on le sait, s'engage pour 20%. Le seul pays d&#233;velopp&#233; &#224; respecter &#8211;de justesse- les chiffres du GIEC est le Japon, qui s'engage pour 25%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image est bien diff&#233;rente du c&#244;t&#233; des pays du Sud. Chine : 40 &#224; 45% de r&#233;duction par l'am&#233;lioration de l'efficience &#233;nerg&#233;tique. Br&#233;sil : 36 &#224; 39%. Inde : 20 &#224; 25%. Indon&#233;sie : 26%... Certes, il s'agit ici de r&#233;ductions relatives, tandis que les pays d&#233;velopp&#233;s doivent r&#233;duire leurs &#233;missions absolument. N'emp&#234;che que le constat est l&#224; : les engagements des pays dits &#171; en d&#233;veloppement &#187; sont en phase avec les mesures &#224; prendre pour ne pas trop d&#233;traquer le climat, ceux des pays d&#233;velopp&#233;s ne le sont pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; propos du capitalisme vert</title>
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		<dc:date>2010-10-08T02:15:53Z</dc:date>
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		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>



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&lt;p&gt;Daniel Tanuro vous &#234;tes l'auteur de L'impossible capitalisme vert, paru aux &#233;ditions Les emp&#234;cheurs de penser en rond / La d&#233;couverte. Vous &#234;tes aussi le fondateur de l'ONG &#171; Climat et justice sociale &#187;. Qu'est-ce que le &#171; capitalisme vert &#187; ? &lt;br class='autobr' /&gt; D.T. : L'expression &#171; capitalisme vert &#187; peut s'entendre dans deux sens diff&#233;rents. Un producteur d'&#233;oliennes peut se targuer de faire du capitalisme vert. En ce sens - au sens que certains capitaux s'investissent dans un secteur &#171; propre &#187; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L102xH150/arton3072-c94ea.png?1630329753' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Daniel Tanuro vous &#234;tes l'auteur de L'impossible capitalisme vert, paru aux &#233;ditions Les emp&#234;cheurs de penser en rond / La d&#233;couverte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous &#234;tes aussi le fondateur de l'ONG &#171; Climat et justice sociale &#187;. Qu'est-ce que le &#171; capitalisme vert &#187; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D.T. : L'expression &#171; capitalisme vert &#187; peut s'entendre dans deux sens diff&#233;rents. Un producteur d'&#233;oliennes peut se targuer de faire du capitalisme vert. En ce sens - au sens que certains capitaux s'investissent dans un secteur &#171; propre &#187; de l'&#233;conomie &#8211; une forme de capitalisme vert est &#233;videmment possible et tr&#232;s rentable. Mais la vraie question est de savoir si le capitalisme dans son ensemble peut tourner au vert, autrement dit si l'action globale des capitaux nombreux et concurrents qui constituent le Capital peut respecter les cycles &#233;cologiques, leur rythmes, et la vitesse de reconstitution des ressources naturelles. C'est dans ce sens que mon livre pose la question et il y r&#233;pond par la n&#233;gative. Mon argument principal est que la concurrence pousse chaque propri&#233;taire de capitaux &#224; remplacer des travailleurs par des machines plus productives, afin de toucher un surprofit en plus du profit moyen. Le productivisme est ainsi au c&#339;ur du capitalisme. Comme disait Schumpeter : &#171; un capitalisme sans croissance est une contradiction dans les termes &#187;. L'accumulation capitaliste &#233;tant potentiellement illimit&#233;e, il y a un antagonisme entre le capital et la nature, dont les ressources sont finies. On peut objecter que la course &#224; la productivit&#233; am&#232;ne le capital &#224; &#234;tre de plus en plus &#233;conome en ressources, ce qui se traduit notamment par la diminution observ&#233;e de la quantit&#233; d'&#233;nergie n&#233;cessaire &#224; la production d'un point de PIB. Mais, d'une part, cette tendance &#224; l'efficience accrue ne peut &#233;videmment pas se prolonger ind&#233;finiment de fa&#231;on lin&#233;aire et, d'autre part, on constate empiriquement qu'elle est plus que compens&#233;e par la masse croissante de marchandises produites. Le capitalisme vert est donc un oxymore, au m&#234;me titre que le capitalisme social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat ouvre un d&#233;bat entre deux conceptions strat&#233;giques oppos&#233;es. Pour les uns, le fonctionnement spontan&#233;ment &#233;cocidaire du capitalisme peut &#234;tre corrig&#233; par une action politique dans le cadre du syst&#232;me, en recourant aux m&#233;canismes marchands (taxes, incitants fiscaux, droits d'&#233;mission &#233;changeables, etc.). Pour les autres, dont je fais partie, une politique de rupture s'impose au contraire parce qu'une remise en cause des lois fondamentales du capitalisme est absolument indispensable au sauvetage de l'environnement. Il s'agit notamment d'oser contester la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, fondement du syst&#232;me. A mon avis, le d&#233;bat entre ces deux lignes est tranch&#233; en pratique par l'exemple de la lutte contre les changements climatiques. Dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, nous sommes confront&#233;s &#224; l'obligation d'abandonner quasi-compl&#232;tement l'usage des combustibles fossiles en deux g&#233;n&#233;rations &#224; peine. Si l'on exclut le nucl&#233;aire &#8211; et il faut l'exclure - cela implique, en Europe par exemple, de diviser de moiti&#233; environ la consommation finale d'&#233;nergie, ce qui n'est possible qu'en r&#233;duisant dans une mesure non n&#233;gligeable la transformation et le transport de mati&#232;re. Passage aux renouvelables et r&#233;duction de la consommation &#233;nerg&#233;tique sont li&#233;s et n&#233;cessitent des investissements importants, inconcevables si les d&#233;cisions restent subordonn&#233;s au dogme de l'efficience-co&#251;t. Or, l'alternative &#224; l'efficience-co&#251;t ne peut &#234;tre qu'une planification d&#233;mocratique ax&#233;e sur les besoins sociaux et &#233;cologiques. Et cette planification &#224; son tour n'est possible qu'en brisant la r&#233;sistance des monopoles du p&#233;trole, du charbon, du gaz, de l'automobile, de la p&#233;trochimie, de la construction navale et a&#233;ronautique,&#8230;, car ceux-ci veulent br&#251;ler des combustibles fossiles le plus longtemps possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le changement climatique est au centre de votre livre. Vous interpr&#233;tez ce changement comme &#233;tant un &#171; basculement climatique &#187;. Qu'entendez-vous par basculement, et en quoi celui-ci vous para&#238;t-il &#234;tre autrement plus inqui&#233;tant qu'un simple changement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.T. : L'expression &#171; changements climatiques &#187; (il s'agit bien de changements, au pluriel) sugg&#232;re la r&#233;p&#233;tition de variations climatiques analogues &#224; celles du pass&#233;. Or, d'ici la fin du si&#232;cle, en quelques d&#233;cennies, le climat de la Terre risque de changer autant qu'au cours des 20.000 ann&#233;es &#233;coul&#233;es depuis la derni&#232;re glaciation. Nous ne sommes sans doute plus tr&#232;s loin d'un &#171; tipping point &#187; au-del&#224; duquel il ne sera plus possible d'emp&#234;cher la fonte &#224; terme des calottes glaciaires form&#233;es il y a 65 millions d'ann&#233;es. Pour d&#233;crire cette r&#233;alit&#233;, le terme &#171; basculement &#187; est indiscutablement plus adapt&#233; que celui de &#171; changements &#187; ! La vitesse du ph&#233;nom&#232;ne est sans pr&#233;c&#233;dent et fait peser une menace majeure, car de nombreux &#233;cosyst&#232;mes ne pourront pas s'adapter. Cela vaut non seulement pour les &#233;cosyst&#232;mes naturels mais aussi, je le crains, pour certains &#233;cosyst&#232;mes am&#233;nag&#233;s par l'&#234;tre humain. Voyez ce qui se passe au Pakistan : con&#231;u par le colonisateur britannique en fonction de ses int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes, le dispositif de gestion des eaux de l'Indus par des barrages et des digues qui alimentent un vaste r&#233;seau d'irrigation se r&#233;v&#232;le inad&#233;quat face au risque de crues exceptionnelles. Or, ce risque augmente parce que le r&#233;chauffement perturbe le r&#233;gime des moussons et augmente la violence des pr&#233;cipitations. Il me semble illusoire d'esp&#233;rer gagner cette course de vitesse en renfor&#231;ant les infrastructures existantes, comme le proposent la Banque Mondiale et les grands groupes capitalistes sp&#233;cialis&#233;s dans les travaux publics. A l'endiguement des eaux, il serait plus raisonnable d'opposer la gestion souple des crues qui &#233;tait pratiqu&#233;e avant la colonisation. C'est ce que propose l'IRN (International Rivers Network) : permettre aux flots d'&#233;vacuer les s&#233;diments pour emp&#234;cher l'envasement du bassin et alimenter le delta, arr&#234;ter la d&#233;forestation, m&#233;nager des zones inondables, etc. Mais cela demande une refonte compl&#232;te du dispositif, sur plus de 3000 km, avec des implications majeures sur l'am&#233;nagement du territoire, la politique agricole, la politique urbaine, la production &#233;nerg&#233;tique, etc. Sur le plan social, cette refonte, &#224; r&#233;aliser en deux ou trois d&#233;cennies (c'est-&#224;-dire tr&#232;s vite pour des travaux d'une telle ampleur !), implique de remettre en cause le pouvoir de l'oligarchie fonci&#232;re ainsi que les programmes de d&#233;veloppement que FMI et Banque Mondiale imposent par le truchement de la dette. Cette dette doit d'ailleurs &#234;tre annul&#233;e, sans quoi la reconstruction sera lourdement hypoth&#233;qu&#233;e et le pays, &#233;trangl&#233;, risquera d'entrer dans l'histoire comme le premier exemple de spirale r&#233;gressive o&#249; le r&#233;chauffement global lie entre eux tous les m&#233;canismes du sous-d&#233;veloppement et en d&#233;multiplie les effets n&#233;gatifs. On voit bien ici comment les questions sociales et environnementales s'interp&#233;n&#232;trent. En fait, la lutte contre le basculement climatique requiert un basculement politique vers un autre mod&#232;le de d&#233;veloppement, centr&#233; sur la satisfaction des besoins des populations. Sans cela, d'autres catastrophes encore plus terribles risquent de se produire, dont les pauvres seront les principales victimes. Tel est l'avertissement lanc&#233; par le drame pakistanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous estimez que les pays du Sud devraient &#171; sauter &#187; l'&#233;tape des &#233;nergies fossiles pour assurer leur d&#233;veloppement et passer directement &#224; celle des &#233;nergies renouvelables. Que r&#233;pondez-vous &#224; ceux qui vous objectent que les &#233;nergies renouvelables ne sont pas en mesure (techniquement et quantitativement) d'assurer cette fonction ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.T. : Je leur r&#233;ponds qu'ils ont tort. Le flux solaire qui atteint la surface de la Terre &#233;quivaut 8 &#224; 10.000 fois la consommation &#233;nerg&#233;tique mondiale. Le potentiel technique des &#233;nergies renouvelables &#8211; c'est-&#224;-dire la part de ce potentiel th&#233;orique utilisable au moyen des technologies connues, ind&#233;pendamment du co&#251;t &#8211; repr&#233;sente six &#224; dix-huit fois les besoins mondiaux, selon les estimations. Il est certain que ce potentiel technique pourrait augmenter tr&#232;s rapidement si le d&#233;veloppement des renouvelables devenait enfin une priorit&#233; absolue des politiques de recherche dans le domaine de l'&#233;nergie (ce qu'il n'est toujours pas actuellement). La transition aux renouvelables pose assur&#233;ment une foule de probl&#232;mes techniques complexes, mais il n'y a pas de raison de les croire insurmontables. Les principaux obstacles sont politiques. Un : sauf exceptions, les &#233;nergies renouvelables restent plus ch&#232;res que les &#233;nergies fossiles. Deux : passer aux renouvelables n'est pas la m&#234;me chose que de changer de carburant &#224; la pompe : il faut changer de syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique. Cela requiert d'&#233;normes investissements et ceux-ci, au d&#233;but de la transition, seront forc&#233;ment consommateurs d'&#233;nergies fossiles, donc g&#233;n&#233;rateurs de gaz &#224; effet de serre suppl&#233;mentaires ; ces &#233;missions suppl&#233;mentaires doivent &#234;tre compens&#233;es, et c'est pourquoi, dans l'imm&#233;diat, la r&#233;duction de la consommation finale d'&#233;nergie constitue la condition sine qua non d'un passage aux renouvelables qui, une fois op&#233;r&#233;, ouvrira de nouveaux horizons. Je le r&#233;p&#232;te : il n'y a pas de solution satisfaisante possible sans affronter le double obstacle combin&#233; du profit et de la croissance capitalistes. Cela implique notamment que les technologies propres contr&#244;l&#233;es par le Nord soient transf&#233;r&#233;es gratuitement au Sud, &#224; la seule condition d'&#234;tre mises en &#339;uvre par le secteur public et sous contr&#244;le des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pr&#244;nez une &#233;cologie sociale que vous appelez l'&#233;cosocialisme. Qu'est-ce qu'un &#233;cosocialiste ? Et en quoi se diff&#233;rencie-t-il d'un &#233;cologiste ou d'un socialiste de &#171; base &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.T. : Un &#233;cosocialiste se diff&#233;rencie d'un &#233;cologiste en ceci qu'il analyse la &#171; crise &#233;cologique &#187; non comme une crise du rapport entre l'humanit&#233; en g&#233;n&#233;ral et la nature mais comme une crise du rapport entre un mode de production historiquement d&#233;termin&#233; et son environnement, donc en derni&#232;re instance comme une manifestation de la crise du mode de production lui-m&#234;me. Autrement dit, pour un &#233;cosocialiste, la crise &#233;cologique est en fait une manifestation de la crise du capitalisme (en n'oubliant pas la crise sp&#233;cifique des soci&#233;t&#233;s dites &#171; socialistes &#187; qui ont sing&#233; le productivisme capitaliste). Il en r&#233;sulte que, dans son combat pour l'environnement, un &#233;cosocialiste proposera toujours des revendications qui font le lien avec la question sociale, avec la lutte des exploit&#233;s et des opprim&#233;s pour une redistribution des richesses, pour l'emploi, etc. Par ailleurs, l'&#233;cosocialiste se diff&#233;rencie du socialiste &#171; de base &#187;, comme vous dites, en ceci que, pour lui, le seul anticapitalisme qui vaille d&#233;sormais est celui qui prend en compte les limites naturelles ainsi que les contraintes de fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes. Cela a de nombreuses implications : rupture avec le productivisme et le consum&#233;risme, bien s&#251;r, dans la perspective d'une soci&#233;t&#233; o&#249;, les besoins de base &#233;tant satisfaits, le temps libre et les relations sociales constituent la v&#233;ritable richesse. Mais aussi contestation des technologies ainsi que des productions nuisibles, coupl&#233;e &#224; l'exigence de reconversion des travailleurs. La d&#233;centralisation maximale de la production et de la distribution, dans le cadre d'une &#233;conomie d&#233;mocratiquement planifi&#233;e, est une autre insistance des &#233;cosocialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point sur lequel il me semble important d'insister est la mise en cause de la vision socialiste traditionnelle qui voit toute hausse de la productivit&#233; du travail agricole comme un pas vers le socialisme. A mon avis, cette conception ne permet pas de rencontrer les exigences de respect accru de l'environnement. En fait, une agriculture et une foresterie plus soutenables &#233;cologiquement n&#233;cessitent plus de main-d'&#339;uvre, pas moins. Recr&#233;er des haies, des bocages, des zones humides, diversifier les cultures, mener la lutte biologique, par exemple, implique une augmentation de la part du travail social investi dans des t&#226;ches de maintenance &#233;cologique. Ce travail peut &#234;tre de haute scientificit&#233; et de haute technicit&#233; &#8211; ce n'est pas le retour &#224; la houe &#8211; mais il n'est gu&#232;re m&#233;canisable. C'est pourquoi je pense qu'une culture du &#171; prendre soin &#187; (j'emprunte ce concept &#224; Isabelle Stengers) doit impr&#233;gner les activit&#233;s &#233;conomiques, en particulier celles qui sont en prise directe sur les &#233;cosyst&#232;mes. Nous sommes responsables de la nature. D'une certaine mani&#232;re, il s'agit d'&#233;tendre la logique qui est celle de la gauche dans le domaine des soins aux personnes, de l'enseignement, etc. Aucun socialiste ne plaide pour remplacer les infirmi&#232;res par des robots ; nous sommes tous conscients du fait qu'il faut plus d'infirmi&#232;res mieux pay&#233;es pour que les patients soient mieux soign&#233;s. Eh bien ! il en va de m&#234;me, mutatis mutandis, pour l'environnement : pour &#234;tre mieux soign&#233;, il y faut plus de force de travail, d'intelligence et de sensibilit&#233; humaines. Contrairement au &#171; socialiste de base &#187;, et m&#234;me si c'est difficile, l'&#233;cosocialiste, parce qu'il est conscient de l'urgence, t&#226;che d'introduire toutes ces questions dans les luttes des exploit&#233;s et des opprim&#233;s, plut&#244;t que de les renvoyer aux lendemains qui chantent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beaucoup, dont moi, sont convaincus que la sortie de capitalisme productiviste est une condition incontournable pour lutter efficacement contre le changement climatique. Pour ce faire, vous en appelez &#224; &#171; l'homme social, les producteurs associ&#233;s &#187;. Qui sont-ils, et comment peuvent-ils concr&#232;tement agir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.T. : Vous faites allusion &#224; la citation de Marx plac&#233;e en exergue de mon ouvrage : &#171; La seule libert&#233; possible est que l'homme social, les producteurs associ&#233;s, r&#232;glent rationnellement leur &#233;change de mati&#232;re avec la nature&#8230; &#187;. Il faut bien voir que dans l'esprit de Marx, cette r&#233;gulation rationnelle des &#233;changes est conditionn&#233;e par la disparition du capitalisme. En effet, d'une part la lutte de tous contre tous sape en permanence les tentatives des producteurs de s'associer ; d'autre part, une fraction significative des producteurs -les salari&#233;s- sont coup&#233;s de leurs moyens de production. Ceux-ci, y compris les ressources naturelles, sont appropri&#233;s par les patrons. Priv&#233;s de tout pouvoir de d&#233;cision, les salari&#233;s ne sont pas en mesure de r&#233;gler rationnellement quoi que ce soit qui concerne la production, pour ne pas parler de r&#233;gler rationnellement les &#233;changes de mati&#232;re avec l'environnement ! Pour se constituer en homme social, les producteurs doivent commencer &#224; s'associer dans le combat contre leurs exploiteurs. Ce combat porte en germe l'appropriation collective des moyens de production et l'usufruit collectif des ressources naturelles. Ceux-ci &#224; leur tour sont la condition n&#233;cessaire mais non suffisante d'une relation plus harmonieuse avec la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, on peut r&#233;pondre &#224; votre question sur l'action concr&#232;te en examinant comment les diff&#233;rents groupes de producteurs comprennent - ou pas - la n&#233;cessit&#233; de r&#233;guler rationnellement les &#233;changes de mati&#232;re humanit&#233;-nature. Actuellement, il est frappant que les prises de position de type &#233;cosocialiste les plus avanc&#233;es &#233;manent des peuples indig&#232;nes et des petits paysans mobilis&#233;s contre l'agrobusiness. Ce n'est pas un hasard : ces deux cat&#233;gories de producteurs ne sont pas, ou pas compl&#232;tement, coup&#233;s de leurs moyens de production. C'est pourquoi elles sont capables de proposer des strat&#233;gies concr&#232;tes de r&#233;gulation rationnelle de leurs &#233;changes avec l'environnement. Les peuples indig&#232;nes voient dans la d&#233;fense du climat un argument suppl&#233;mentaire en faveur de la pr&#233;servation de leur mode de vie pr&#233;capitaliste, en symbiose avec la for&#234;t. Quant au mouvement paysan Via Campesina, il a &#233;labor&#233; tout un programme de revendications concr&#232;tes sur le th&#232;me &#171; les paysannes et les paysans savent comment refroidir le climat &#187;. Par contraste, le mouvement ouvrier est &#224; la tra&#238;ne. C'est &#233;videmment le r&#233;sultat du fait que chaque travailleur salari&#233; individuel est amen&#233; &#224; souhaiter la bonne marche de l'entreprise qui l'exploite, afin de pr&#233;server son gagne-pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Conclusion : plus les solidarit&#233;s ouvri&#232;res reculeront face &#224; l'offensive n&#233;olib&#233;rale, plus il sera difficile de d&#233;velopper une conscience &#233;cologique chez les travailleurs. C'est un gros probl&#232;me, car la classe ouvri&#232;re, de par sa place centrale dans la production, est appel&#233;e &#224; jouer un r&#244;le de premier plan dans la lutte pour l'alternative anticapitaliste n&#233;cessaire au sauvetage de l'environnement. Les peuples indig&#232;nes, les organisations paysannes et la jeunesse ont donc int&#233;r&#234;t &#224; tenter d'impliquer toujours plus les syndicats dans les campagnes pour le climat, en multipliant les collaborations, les contacts &#224; la base, etc. A l'int&#233;rieur m&#234;me du mouvement ouvrier, il convient de faire &#233;merger des revendications qui r&#233;pondent aux pr&#233;occupations en mati&#232;re d'emploi, de revenu et de conditions de travail tout en contribuant &#224; r&#233;duire les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre. Un enjeu important &#224; cet &#233;gard est la r&#233;duction collective radicale du temps de travail, sans perte de salaire, avec diminution drastique des cadences et embauche compensatoire. Un autre volet est l'extension d'un secteur public sous contr&#244;le des travailleurs et des usagers : transports publics gratuits et de qualit&#233;, service public de l'&#233;nergie, entreprises publiques d'isolation et de r&#233;novation des b&#226;timents, etc. Les &#233;cosocialistes ont un r&#244;le &#224; jouer pour favoriser l'apparition de telles demandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec L'impossible capitalisme vert vous ne semblez pas craindre d'&#234;tre tax&#233; de catastrophiste par ceux qui n'ont pas encore compris que nous sommes entr&#233;s dans l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne et que l'homme est le principal responsable, notamment depuis l'&#232;re industrielle, de l'emballement climatique. Le capitalisme vert, tout comme &#171; le d&#233;veloppement durable &#187; et le &#171; greenwashing &#187;, ne participent-ils pas d'une volont&#233; de nier cette responsabilit&#233; et de continuer &#171; comme avant &#187; ? La sortie du capitalisme productiviste ne passe-t-elle pas d'abord par une modification de nos comportements de consommateurs et de producteurs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.T. : Je ne suis pas un catastrophiste. Dans mon livre, je me suis bas&#233; quasi- exclusivement sur les rapports du GIEC qui, pour ce qui est du diagnostic sur le r&#233;chauffement et sur ses impacts possibles, m'apparaissent, quoi qu'on en dise, comme une excellente synth&#232;se de &#171; bonne science &#187;, soumise &#224; la peer review. C'est vrai que le GIEC retarde un peu par rapport aux derni&#232;res d&#233;couvertes, mais cela ne change pas grand-chose aux conclusions. En fait, je redoute les discours de panique et de surench&#232;re. Trop souvent, ils tendent &#224; occulter les vraies menaces et les vraies responsabilit&#233;s. Le basculement climatique se pr&#234;te bien aux eschatologies, et il ne manque pas de gourous pour clamer que &#171; la plan&#232;te est en danger &#187;, que &#171; la vie est en danger &#187; que &#171; l'humanit&#233; est en danger &#187;, que le &#171; plafond photosynth&#233;tique &#187; va nous tomber sur la t&#234;te, ou que sais-je encore. Tout cela est excessif. La plan&#232;te ne craint rien, et la vie sur Terre est un ph&#233;nom&#232;ne &#224; ce point coriace que l'humanit&#233;, quand bien m&#234;me elle le voudrait, ne pourrait probablement pas en venir &#224; bout, m&#234;me &#224; coup de bombes atomiques&#8230; Quant &#224; notre esp&#232;ce, le changement climatique, en soi, ne la met pas en p&#233;ril. Le danger qu'il fait planer est plus circonscrit : trois milliards d'&#234;tres humains environ risquent une d&#233;gradation substantielle de leurs conditions de vie, et quelques centaines de millions d'entre eux &#8211; les plus pauvres &#8211; sont menac&#233;s dans leur existence m&#234;me. Les d&#233;cideurs le savent et ne font rien - ou presque rien - parce que cela co&#251;terait trop cher, et handicaperait par cons&#233;quent la bonne marche des affaires. Voil&#224; la r&#233;alit&#233; toute nue. Trop souvent, les discours catastrophistes ont pour effet d'en voiler la barbarie potentielle, et de diluer les enjeux dans un vague sentiment global de culpabilit&#233; : &#171; ne perdons pas de temps &#224; pinailler sur les responsabilit&#233;s &#187;, &#171; nous sommes tous coupables &#187;, &#171; nous devons tous accepter de faire des efforts &#187;, etc. Pendant ce temps-l&#224;, les lobbies &#233;nerg&#233;tiques continuent tranquillement &#224; br&#251;ler du charbon et du p&#233;trole &#224; tire-larigot&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci m'am&#232;ne &#224; la deuxi&#232;me partie de votre question, concernant le changement de nos comportements de producteurs et de consommateurs. A la suite de ce que j'ai dit plus t&#244;t, il convient de souligner que les salari&#233;s sont incapables de changer leurs comportements de producteurs. Qui produit, comment, pourquoi, pour qui, en quelles quantit&#233;s, avec quels impacts &#233;cologiques et sociaux ? au quotidien, seuls les patrons ont le pouvoir de r&#233;pondre &#224; ces questions et, en derni&#232;re instance, ils y r&#233;pondent en fonction de leurs profits. Les salari&#233;s ne peuvent que tenter d'exercer un droit de regard sur la gestion patronale, dans le but de la contester et de prendre conscience de leur capacit&#233; de faire mieux, selon d'autres crit&#232;res que le profit. C'est la dynamique du contr&#244;le ouvrier, et les &#233;cosocialistes devraient se pencher sur la mani&#232;re dont cette vielle revendication peut &#234;tre revisit&#233;e pour englober les pr&#233;occupations environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la consommation, je crois n&#233;cessaire de faire la distinction entre les changements individuels et les changements collectifs. A tout prendre, il vaut certes mieux que celui qui voyage en avion compense ses &#233;missions de CO2 d'une mani&#232;re ou d'une autre, mais cette compensation lui permettra surtout de s'acheter une bonne conscience &#224; bon march&#233; tout en le d&#233;tournant du combat politique en faveur des changements structurels indispensables. Promouvoir ce genre de comportements, c'est faire le jeu du &#171; greenwashing &#187;, et celui-ci vise effectivement &#224; &#171; continuer comme avant &#187;. Autre chose sont les changements collectifs qui concourent &#224; valider une autre logique possible, favorisent l'invention de pratiques alternatives et contribuent &#224; la prise de conscience que des changements structurels sont n&#233;cessaires, qui passent par une mobilisation sociale. Ces changements-l&#224;, tels que les groupements d'achat de produits bio aupr&#232;s des agriculteurs, ou les potagers urbains collectifs, sont &#224; encourager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on lutter contre le basculement climatique sans tenir compte des co&#251;ts financiers et sociaux que cela repr&#233;sente ? Y-a-t-il urgence &#224; b&#226;tir un autre mod&#232;le et &#224; risquer de mettre en p&#233;ril la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re ? Entre Nature et civilisation, quel choix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.T. : Dire qu'une autre politique climatique mettrait la soci&#233;t&#233; toute enti&#232;re en p&#233;ril au nom d'une priorit&#233; de la Nature sur la civilisation, c'est mettre la r&#233;alit&#233; sur sa t&#234;te ! Ce qui se passe en v&#233;rit&#233;, c'est que la politique actuelle met la civilisation en p&#233;ril tout en causant d'&#233;normes dommages irr&#233;versibles &#224; la Nature, qui est notre patrimoine commun. Cette politique est totalement subordonn&#233;e au dogme de l'efficience-co&#251;t, et on voit ce que &#231;a donne : des peanuts. Nous allons droit dans le mur. Evidemment, une autre politique ne pourra pas faire comme si le co&#251;t des diff&#233;rentes mesures &#224; prendre n'avait aucune esp&#232;ce d'importance : entre deux strat&#233;gies &#233;quivalentes pour r&#233;duire les &#233;missions, il est raisonnable de choisir celle qui, toutes autres conditions &#233;tant &#233;gales, co&#251;tera le moins cher &#224; la collectivit&#233;. Mais le fond de l'affaire qu'il faut d'abord une autre politique, guid&#233;e par d'autres crit&#232;res que le co&#251;t, notamment des crit&#232;res qualitatifs. Sur le plan technique, un crit&#232;re essentiel est celui de l'efficience &#233;nerg&#233;tique au niveau des fili&#232;res. Le grand &#233;cologiste am&#233;ricain Barry Commoner plaidait d&#233;j&#224; cette cause il y a plus de vingt ans. Il est thermodynamiquement absurde, disait-il, de transporter du charbon sur des milliers de kilom&#232;tres pour produire de l'&#233;lectricit&#233; qui, une fois achemin&#233;e sur des centaines de kilom&#232;tres, servira &#224; chauffer de l'eau sanitaire, chose que l'on peut tr&#232;s bien faire avec un chauffe-eau solaire. Sur le plan social, un crit&#232;re majeur doit &#234;tre la protection des populations et de leur bien-&#234;tre, en particulier la protection des plus pauvres. Ce crit&#232;re, aujourd'hui, est tr&#232;s largement ignor&#233;, d'o&#249; le drame du Pakistan, entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfin, pensez-vous que votre projet &#233;cosocialiste soit r&#233;alisable dans un avenir proche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D.T. : La possibilit&#233; de r&#233;aliser ce projet d&#233;pend enti&#232;rement des rapports de force entre le capitalisme d'une part, les exploit&#233;s et les opprim&#233;s d'autre part. Ces rapports de force sont actuellement &#224; l'avantage du capital, il ne faut pas se le cacher. Mais il n'y a pas de troisi&#232;me voie possible : les tentatives de sauver le climat par des m&#233;canismes de march&#233; &#233;talent tous les jours leur inefficacit&#233; &#233;cologique et leur injustice sociale. Il n'y a pas d'autre chemin que celui de la r&#233;sistance. Elle seule peut changer les rapports de forces et imposer des r&#233;formes partielles allant dans la bonne direction. Copenhague a &#233;t&#233; un premier pas, le sommet de Cochabamba un second. Continuons &#224; marcher, unissons-nous, mobilisons-nous, construisons un vaste mouvement mondial pour le sauvetage du climat dans la justice sociale. Ce sera plus efficace que toutes les d&#233;marches lobbyistes de ceux qui se font des illusions sur le capitalisme vert.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;SOURCE &lt;a href=&#034;http://www.ecologitheque.com/itwtan..&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.ecologitheque.com/itwtan..&lt;/a&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
P.-S.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Sommet des peuples de Cochabamba : Quelques commentaires critiques sur la d&#233;claration finale </title>
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		<dc:creator>Daniel Tanuro, Sandra Invernizzi </dc:creator>



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&lt;p&gt;Par Sandra Invernizzi et Daniel Tanuro le Mardi, 11 Mai 2010 __________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Sommet des peuples sur le climat et les droits de la Terre m&#232;re, qui s'est r&#233;uni &#224; Cochabamba (Bolivie) du 20 au 22 avril, &#224; l'invitation du pr&#233;sident Evo Morales, a &#233;t&#233; un &#233;norme succ&#232;s. Trente mille participants ont d&#233;battu plusieurs jours durant des diff&#233;rentes facettes de la crise climatique et adopt&#233; une s&#233;rie de documents forts int&#233;ressants, dans une optique r&#233;solument anticapitaliste. La (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Par Sandra Invernizzi et Daniel Tanuro&lt;br class='autobr' /&gt; le Mardi, 11 Mai 2010&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Le Sommet des peuples sur le climat et les droits de la Terre m&#232;re, qui s'est r&#233;uni &#224; Cochabamba (Bolivie) du 20 au 22 avril, &#224; l'invitation du pr&#233;sident Evo Morales, a &#233;t&#233; un &#233;norme succ&#232;s. Trente mille participants ont d&#233;battu plusieurs jours durant des diff&#233;rentes facettes de la crise climatique et adopt&#233; une s&#233;rie de documents forts int&#233;ressants, dans une optique r&#233;solument anticapitaliste. La D&#233;claration finale du Sommet, qui synth&#233;tise ces travaux, constitue une avanc&#233;e importante sur la voie d'une convergence des luttes sociales et environnementales dans une perspective antiproductiviste et internationaliste. En tant que militants &#233;cosocialistes, nous ne pouvons que nous en f&#233;liciter. En m&#234;me temps, il nous semble n&#233;cessaire d'ouvrir un d&#233;bat fraternel sur quelques lacunes du texte qui m&#233;riteraient d'&#234;tre surmont&#233;es &#224; l'avenir, lors d'une prochaine rencontre de ce type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sillage des prises de position d'Evo Morales et d'Hugo Chavez au sommet des Nations Unies, en d&#233;cembre &#224; Copenhague, la d&#233;claration finale de la conf&#233;rence pointe clairement l'origine capitaliste du d&#233;r&#232;glement climatique en cours. Le texte d&#233;nonce les gouvernements qui discutent des changements climatiques comme d'une simple question de temp&#233;rature, comme si le probl&#232;me pouvait &#234;tre r&#233;gl&#233; sans remettre en cause le syst&#232;me socio-&#233;conomique responsable de celle-ci. Il souligne l'incompatibilit&#233; compl&#232;te entre un mod&#232;le bas&#233; sur la logique de concurrence, donc de croissance illimit&#233;e, d'une part, et la n&#233;cessit&#233; imp&#233;rieuse de respecter les limites des &#233;cosyst&#232;mes et de leurs rythmes, d'autre part : &#171; le syst&#232;me capitaliste nous a impos&#233; une logique de concurrence, (&#8230;) et de croissance illimit&#233;e. Ce r&#233;gime de production et de consommation cherche le profit sans limites, en s&#233;parant l'&#234;tre humain de la nature, en &#233;tablissant une logique de domination sur celle-ci, en convertissant tout en marchandise : l'eau, la terre, le g&#233;nome humain, les cultures ancestrales, la biodiversit&#233;, la justice, l'&#233;thique, les droits des peuples, la mort et la vie elles-m&#234;mes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir stigmatis&#233; la transformation des ressources naturelles et des &#234;tres humains en marchandises, la d&#233;claration cloue au pilori la colonisation imp&#233;rialiste, puis conclut logiquement qu'il serait &#171; irresponsable de laisser aux mains du march&#233; le soin (cuidado) et la protection de l'esp&#232;ce humaine et de notre Terre M&#232;re &#187;. Cette prise de position strat&#233;gique est ensuite traduite en une s&#233;rie de revendications concr&#232;tes qui lient l'&#233;cologique et le social : contre le march&#233; du carbone, le m&#233;canisme REDD (1)(+ et ++), les agrocarburants, les OGM, les droits de propri&#233;t&#233; intellectuelle sur le vivant, les Trait&#233;s de Libre Commerce ; pour un fonds mondial d'adaptation et un fonds pour les technologies propres, pour que l'eau soit reconnue comme droit humain fondamental, pour le respect des droits des peuples indig&#232;nes, pour le soutien &#224; une agriculture paysanne, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;masquant le cynisme des gouvernements qui ne pr&#233;voient rien alors que 100 millions de personnes pourraient devenir des &#034;r&#233;fugi&#233;s climatiques&#034; dans les prochaines d&#233;cennies, le texte r&#233;clame la fin des politiques d'immigration restrictives et r&#233;pressives des pays occidentaux, et demande que les fonds affect&#233;s aux budgets militaires soient investis dans la protection du climat. Il d&#233;nonce aussi les m&#233;canismes flexibles qui, sous couvert de transferts technologiques, visent en r&#233;alit&#233; &#224; permettre aux grandes entreprises du Nord de continuer &#224; polluer tout en faisant des superprofits sur le march&#233; du carbone. Face &#224; cette nouvelle forme d'exploitation coloniale, la d&#233;claration affirme que &#171; la connaissance est universelle et ne peut en aucun cas &#234;tre un objet de propri&#233;t&#233; priv&#233;e et d'utilisation privative &#187;, en cons&#233;quence de quoi elle plaide pour le partage des technologies et leur d&#233;veloppement au service du &#171; vivir bien &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le texte propose la mise en place concr&#232;te d'un cadre juridique international souverain et &#233;quitablement dirig&#233; par les populations du monde dont le but serait de mettre fin aux d&#233;rives en termes de surexploitation des ressources, irresponsabilit&#233; environnementale et traitement inhumain des populations migrantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces prises de position anticapitalistes sont remarquables, on doit pourtant d&#233;plorer certaines lacunes. Le point le plus frappant est que les oligarchies du p&#233;trole, du gaz et du charbon ainsi que les grandes multinationales du secteur &#233;nerg&#233;tique ne sont pas mises en accusation, ni m&#234;me cit&#233;es, alors que leur responsabilit&#233; dans les changements climatiques est &#233;crasante. Le texte s'&#233;tend sur le r&#244;le n&#233;faste de l'agrobusiness dans la d&#233;gradation du climat , mais le mot &#171; p&#233;trole &#187; n'appara&#238;t qu'une fois dans la d&#233;claration, et encore : uniquement dans le cadre de la demande de non exploitation des gisements situ&#233;s en zones foresti&#232;res, au nom de la protection des for&#234;ts et des droits des peuples indig&#232;nes (demande correcte et l&#233;gitime mais totalement insuffisante). Les mots &#171; charbon &#187; et &#171; gaz naturel &#187; ne sont carr&#233;ment pas cit&#233;s. L'expression &#171; &#233;nergies renouvelables &#187; est absente &#233;galement. De plus, le document ne comporte ni rejet du nucl&#233;aire ni conseil de prudence face aux risques possibles du stockage g&#233;ologique du CO2&#8230; Au total, on ne peut se d&#233;partir de l'impression que la D&#233;claration passe sous silence la lutte contre les lobbies capitalistes de l'&#233;nergie et des secteurs connexes (automobile, p&#233;trochimie, construction navale et a&#233;ronautique, transports,&#8230;), alors qu'il s'agit &#233;videmment de la question cl&#233; dans le cadre d'une strat&#233;gie anticapitaliste de stabilisation du climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera aussi l'&#233;tonnant contraste entre cette absence et la radicalit&#233; de l'objectif de diminution de GES pr&#233;conis&#233; par la D&#233;claration. Celle-ci propose, sans toucher &#224; la question du choix des ressources &#233;nerg&#233;tiques, de s'inscrire dans un canevas de diminution d'une ampleur nettement plus importante que le plus radical des sc&#233;narios du GIEC : 300 ppm de CO2 &#233;quivalents, pour ne pas d&#233;passer 1&#176;C de hausse de la temp&#233;rature par rapport &#224; l'&#232;re pr&#233;industrielle Or pour atteindre ce niveau de stabilisation, il faut suivre une s&#233;rie d'&#233;tapes incontournables, qui concernent principalement le secteur de l'&#233;nergie et la question des ressources :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; l'obligation &#224; court terme de sortir des &#233;nergies fossiles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la n&#233;cessit&#233; de planifier le remplacement des fossiles par les renouvelables ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la n&#233;cessit&#233; de r&#233;duire globalement la production et le transport de mati&#232;res pour que ce remplacement soit possible en pratique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; tout cela en consid&#233;rant le risque d'hypoth&#233;quer la satisfaction des besoins l&#233;gitimes des trois milliards d'&#234;tres humains manquant de l'essentiel ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; pour r&#233;soudre ce probl&#232;me de fa&#231;on humaine, il est n&#233;cessaire et imp&#233;rieux de faire de l'&#233;nergie un bien commun, afin que les investissements puissent &#234;tre effectu&#233;s en fonction des besoins et ind&#233;pendamment des co&#251;ts, sans casse sociale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; enfin, cette mise sous statut public de l'&#233;nergie doit &#234;tre coupl&#233;e &#224; une redistribution des richesses, afin de mobiliser les ressources indispensables &#224; la transition &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout cela, la D&#233;claration ne dit rien. Or, sans ces mesures radicales, il sera tout simplement impossible de stabiliser le climat au meilleur niveau possible, pour ne pas parler de satisfaire les droits l&#233;gitimes du Sud &#224; un d&#233;veloppement centr&#233; sur les besoins des populations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut comprendre que l'objectif ultra-radical des 300 ppm CO2 &#233;quivalent soit avanc&#233; dans le but de limiter au maximum l'injustice des changements climatiques pour les populations qui ne portent aucune responsabilit&#233; dans le g&#226;chis. Mais on doit malheureusement &#224; la v&#233;rit&#233; de dire que la limite de 1&#176;C de hausse ne peut plus ne pas &#234;tre franchie : la temp&#233;rature a gagn&#233; 0,8&#176;C depuis 1850, une hausse suppl&#233;mentaire de 0,6&#176;C est d&#233;j&#224; &#171; dans le pipeline &#187; (diff&#233;r&#233;e seulement par l'inertie thermique des oc&#233;ans) et on ajoute chaque ann&#233;e 2 &#224; 3ppm de CO2 dans l'air&#8230; En fait, m&#234;me une hausse de 2&#176;C ne peut sans doute plus &#234;tre &#233;vit&#233;e. La concentration atmosph&#233;rique en gaz &#224; effet de serre (tous gaz confondus) est actuellement sup&#233;rieure &#224; 460 ppm de CO2 &#233;quivalent. Le plus radical des sc&#233;narios de stabilisation mentionn&#233;s dans le 4e rapport du GIEC mise sur une concentration entre 445 et 490 ppm en 2050, correspondant &#224; une hausse de temp&#233;rature de 2 &#224; 2,4&#176;C et &#224; une hausse du niveau des oc&#233;ans de 0,4 &#224; 1,4 m (&#224; l'&#233;quilibre). On pourrait &#233;ventuellement revenir un jour &#224; 300 ppm, et &#224; une diff&#233;rence de temp&#233;rature de 1&#176;C par rapport &#224; l'&#232;re pr&#233;industrielle, comme l'exige la D&#233;claration, mais certainement pas au court de ce si&#232;cle : cela demandera un effort de tr&#232;s longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce probl&#232;me est li&#233; &#224; celui de la r&#233;partition de l'effort entre les pays d&#233;velopp&#233;s et le reste du monde. Comme on le sait, la Convention cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique enjoint de tenir compte du fait que la responsabilit&#233; pour le r&#233;chauffement est commune mais diff&#233;renci&#233;e. Le respect de ce principe est &#233;videmment crucial pour les pays du Sud, mais la contradiction est la suivante : plus l'objectif de stabilisation est drastique, plus il est n&#233;cessaire que les pays en d&#233;veloppement participent &#224; l'effort. C'est ainsi que le sc&#233;nario le plus radical du GIEC implique que les pays d&#233;velopp&#233;s r&#233;duisent leurs &#233;missions de 80 &#224; 95% d'ici 2050 (en passant par 25 &#224; 40% d'ici 2020), ce qui revient en gros &#224; dire qu'ils ont quarante ans pour se passer des combustibles fossiles et pour r&#233;duire de moiti&#233; leur consommation finale d'&#233;nergie. Au nom du principe de pr&#233;caution, il n'est que logique et juste d'exiger du Nord au moins 40% de r&#233;duction en 2020 et 95% en 2050, en excluant les achats de cr&#233;dits de carbone. Mais deux remarques s'imposent : 1&#176;) dans ce sc&#233;nario, l'effort des pays du Sud n'est pas n&#233;gligeable puisque leurs &#233;missions devraient d&#233;vier de 15 &#224; 30% par rapport au sc&#233;nario de r&#233;f&#233;rence ; 2&#176;) pour aller plus loin, les pays du Nord devraient avoir recours &#224; des technologies dangereuses et socialement douteuses telles que le charbon propre, les agro carburants, le nucl&#233;aire&#8230; sans avoir m&#234;me la certitude que cela suffirait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ll y a donc une forme d'irr&#233;alisme dans la demande de la D&#233;claration lorsqu'elle exige que les pays du Nord aillent non seulement plus loin que le sc&#233;nario le plus radical du GIEC, mais soient en plus les seuls &#224; devoir faire un effort. Un chiffre pr&#233;cis est mis en avant : 50% de r&#233;duction d'ici 2017 dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s. Si nous comprenons et partageons l'indignation de la D&#233;claration face aux gouvernements de ces pays, nous ne pouvons pas faire silence sur l'exag&#233;ration de ce sc&#233;nario. Pour qu'il soit praticable, il faudrait en effet qu'une r&#233;volution socialiste anti-productiviste triomphe demain simultan&#233;ment dans tous les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s (et encore !). Cette &#233;ventualit&#233; est malheureusement assez peu probable, de sorte que la question est : quel discours faut-il tenir en direction de la classe ouvri&#232;re du Nord pour qu'elle prenne conscience de sa responsabilit&#233; cruciale dans le sauvetage du climat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette question, la D&#233;claration ne r&#233;pond pas de fa&#231;on convaincante. La cause en est qu'elle &#233;tablit une dichotomie entre le nord exploiteur et le sud exploit&#233;, et passe ainsi &#224; c&#244;t&#233; de l'urgente unification des luttes des exploit&#233;s des pays &#171; d&#233;velopp&#233;s &#187; et &#171; en d&#233;veloppement &#187;. Dans le cas du Sud, la mani&#232;re dont la D&#233;claration propose de concr&#233;tiser le principe des responsabilit&#233;s communes mais diff&#233;renci&#233;es tend &#224; faire l'impasse sur la critique n&#233;cessaire des strat&#233;gies de d&#233;veloppement productiviste de certaines classes dominantes, telles que celles du Br&#233;sil, de la Chine ou du&#8230; V&#233;n&#233;zu&#233;la, par exemple, en tant que grand producteur de p&#233;trole. Cette mani&#232;re &#171; tiers-mondiste &#187; d'aborder la question risque de provoquer une r&#233;action de rejet parmi les exploit&#233;s au Nord, qui craignent pour leur emploi ou ont perdu leur emploi du fait de la crise &#233;conomique. Or, la lutte pour le climat n'avancera pas si les exploit&#233;s de tous les pays ne luttent pas unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de lancer le chiffre peu r&#233;aliste de 50% de r&#233;duction en 2017, cette unit&#233; pourrait &#234;tre favoris&#233;e en faisant remarquer que les pays du Sud s'engagent d&#233;j&#224; &#224; faire presque le maximum de ce qui est n&#233;cessaire pour stabiliser le climat, tandis que les pays du Nord font moins de la moiti&#233; de l'effort qui leur est imparti. Selon le GIEC, en effet, les pays en d&#233;veloppement devraient prendre des mesures pour que leurs &#233;missions en 2020 soient 15 &#224; 30% au-dessous des projections &#171; business as usual &#187;. Or, il ressort des 120 plans climat communiqu&#233;s au secr&#233;tariat de la CCNUCC dans le cadre de l'accord de Copenhague que les engagements du Sud &#233;quivalent &#224; une d&#233;viation moyenne de 25% (presque le maximum, donc). Par contre, les plans climat communiqu&#233;s par les pays d&#233;velopp&#233;s correspondent &#224; peine &#224; une diminution des &#233;missions de 15% par rapport &#224; 1990, alors que le GIEC avance pour eux une fourchette de 25 &#224; 40%. On n'est donc pas dans une situation o&#249; le Sud exige de continuer &#224; ne faire aucun effort, comme la D&#233;claration pourrait le faire comprendre. On est au contraire dans une situation o&#249; le Sud fait plus que correctement sa part de l'effort et o&#249; le Nord ne fait rien, alors qu'il est responsable historiquement ! Ce constat offre un point d'appui solide pour justifier l'exigence d'une r&#233;duction drastique des &#233;missions des pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s. De plus, elle coupe l'herbe sous le pied de tous les d&#233;magogues qui voudraient exciter les victimes de la crise au Nord en pointant les peuples du Sud comme des boucs &#233;missaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains progressistes qui soutenaient en g&#233;n&#233;ral la d&#233;marche du sommet ont &#233;mis des r&#233;serves par rapport &#224; une approche de la justice climatique bas&#233;e sur les droits de la terre-m&#232;re. A la lecture de la D&#233;claration, force est pourtant de constater que cette conception de la terre m&#232;re comme source de toute vie et de son droit &#224; vivre en &#233;quilibre apporte une approche tout &#224; fait nouvelle et int&#233;ressante du &#034;droit &#224; vivre dans un environnement sain&#034;. Sans adh&#233;rer n&#233;cessairement &#224; la conception spirituelle ou mystique que les populations indig&#232;nes d'Am&#233;rique latine ont de leur rapport &#224; Pachamama, on ne peut que constater que, au-del&#224; des r&#233;f&#233;rences culturelles diff&#233;rentes, les mises au points tr&#232;s claires de la d&#233;claration face &#224; la politique mondiale de marchandisation et de pillage de la nature permettent &#224; des cultures totalement diff&#233;rentes de se rejoindre sur un objectif commun : faire reculer la logique de profit et d'exploitation qui hypoth&#232;que le droit des peuples &#224; vivre dans une situation climatique stable. Face &#224; la crise environnementale, il est ind&#233;niable que la vision cosmologique des peuples indig&#232;nes, bas&#233;e sur l'id&#233;e que la mati&#232;re et l'&#233;nergie circulent sans cesse au sein de la nature consid&#233;r&#233;e comme un tout, constitue un apport pr&#233;cieux, qui doit &#234;tre appr&#233;ci&#233; &#224; sa juste valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si valable soit-elle, cette vision dynamique des interrelations entre l'humanit&#233; et le reste de la nature ne saurait remplacer des revendications pr&#233;cises telles que l'expropriation pure et simple des monopoles, en premier lieu dans le secteur &#233;nerg&#233;tique. Sans cette expropriation, en effet, le respect des rythmes et des cycles biosph&#233;rique restera une chim&#232;re pour la simple raison qu'il ne sera pas possible de mettre en &#339;uvre politique de transition &#233;nerg&#233;tique et productive radicale et mondialement &#233;quitable. De ce point de vue, le texte est en fait &#224; la crois&#233;e des chemins entre un refus radical, r&#233;volutionnaire, du syst&#232;me capitaliste, d'une part, et un positionnement plus ambigu qu'il n'y para&#238;t &#224; premi&#232;re vue en faveur d'un &#171; changement &#224; apporter au syst&#232;me capitaliste actuel &#187;, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Sommet des Peuples, r&#233;p&#233;tons-le, constitue une avanc&#233;e remarquable en direction d'une strat&#233;gie climatique digne de ce nom, c'est-&#224;-dire d'une strat&#233;gie anticapitaliste. Tous les exploit&#233;s et opprim&#233;s du monde sont redevables au peuple bolivien a pris l'initiative de cet &#233;v&#233;nement, &#224; travers son Pr&#233;sident &#233;lu. Ils sont redevables en particulier aux peuples indig&#232;nes, qui jouent un r&#244;le de premier plan en montrant qu'une autre relation entre l'humanit&#233; et la nature est possible et n&#233;cessaire. C'est dans le cadre de ce bilan &#233;minemment positif, que nous souhaitons contribuer &#224; un d&#233;bat constructif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Le Programme des Nations unies sur la r&#233;duction des &#233;missions r&#233;sultant du d&#233;boisement et de la d&#233;gradation foresti&#232;re dans les pays en d&#233;veloppement (UN-REDD) vise &#224; r&#233;duire ce chiffre en attribuant aux for&#234;ts une valeur financi&#232;re bas&#233;e sur leur capacit&#233; de stockage de carbone.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Copenhague : d&#233;route au sommet, victoire &#224; la base</title>
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		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>



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&lt;p&gt;On savait que le sommet des Nations Unies &#224; Copenhague ne d&#233;boucherait pas sur un nouveau trait&#233; international mais sur une simple d&#233;claration d'intention &#8211; une de plus. Mais le texte adopt&#233; au terme de la rencontre est pire que tout ce qu'on pouvait imaginer &lt;br class='autobr' /&gt; _______________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res 19 d&#233;cembre 2009 &lt;br class='autobr' /&gt;
On savait que le sommet des Nations Unies &#224; Copenhague ne d&#233;boucherait pas sur un nouveau trait&#233; international mais sur une simple (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH113/arton2699-cc31b.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On savait que le sommet des Nations Unies &#224; Copenhague ne d&#233;boucherait pas sur un nouveau trait&#233; international mais sur une simple d&#233;claration d'intention &#8211; une de plus. Mais le texte adopt&#233; au terme de la rencontre est pire que tout ce qu'on pouvait imaginer&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire Sans Fronti&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
19 d&#233;cembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;On savait que le sommet des Nations Unies &#224; Copenhague ne d&#233;boucherait pas sur un nouveau trait&#233; international mais sur une simple d&#233;claration d'intention &#8211; une de plus. Mais le texte adopt&#233; au terme de la rencontre est pire que tout ce qu'on pouvait imaginer : pas d'objectifs chiffr&#233;s de r&#233;duction des &#233;missions, pas d'ann&#233;e de r&#233;f&#233;rence pour les mesurer, pas d'&#233;ch&#233;ance, pas de date ! Le texte comporte une vague promesse de cent milliards de dollars par an pour l'adaptation dans les pays en d&#233;veloppement, mais les formules utilis&#233;es et divers commentaires font craindre des pr&#234;ts administr&#233;s par les grandes institutions financi&#232;res plut&#244;t que de vraies r&#233;parations pay&#233;es par les responsables du g&#226;chis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incoh&#233;rence du document est totale. Les chefs d'Etat et de gouvernement reconnaissent que &#171; le changement climatique constitue un des plus grands d&#233;fis de notre &#233;poque &#187; mais, &#224; l'issue de la quinzi&#232;me conf&#233;rence de ce type, ils sont toujours incapables de prendre la moindre mesure concr&#232;te pour y faire face. Ils admettent &#8211; c'est une premi&#232;re ! - la n&#233;cessit&#233; de rester &#171; au-dessous de 2&#176;C &#187; de hausse de la temp&#233;rature, donc la n&#233;cessit&#233; de &#171; r&#233;ductions drastiques &#187; (deep cuts) des &#233;missions &#171; conform&#233;ment au quatri&#232;me rapport du GIEC &#187;, mais sont incapables d'endosser les conclusions chiffr&#233;es par les climatologues : au moins 40% de r&#233;duction en 2020 et 95% de r&#233;duction en 2050 dans les pays d&#233;velopp&#233;s. Ils soulignent avec emphase leur &#171; forte volont&#233; politique &#187; de &#171; collaborer &#224; la r&#233;alisation de cet objectif &#187; (moins de 2&#176;C de hausse de la temp&#233;rature), mais n'ont rien d'autre &#224; proposer qu'une auberge espagnole o&#249; chaque pays, d'ici le 1er f&#233;vrier 2010, communiquera aux autres ce qu'il compte faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pi&#233;g&#233;s par l'hyper-m&#233;diatisation qu'ils ont eux-m&#234;mes orchestr&#233;e, les grands de ce monde se sont retrouv&#233;s sous les feux de la rampe, sans rien d'autre &#224; montrer que leurs rivalit&#233;s sordides. Alors, les repr&#233;sentants de 26 grands pays ont vir&#233; les ONG, &#233;cart&#233; les petits Etats et pondu en catastrophe un texte dont le but principal est de faire croire qu'il y a un pilote politique dans l'avion. Mais il n'y a pas de pilote. Ou plut&#244;t, le seul pilote est automatique : c'est la course au profit des groupes capitalistes lanc&#233;s dans la guerre de concurrence pour les march&#233;s mondiaux. Le candidat Obama et l'Union Europ&#233;enne avaient jur&#233; leurs grands dieux que les entreprises devraient payer leurs droits d'&#233;missions. Bernique : en fin de compte, la plupart d'entre elles les ont re&#231;u gratuitement et font du profit avec, en les revendant et en les facturant au consommateur ! Tout le reste est &#224; l'avenant. Touche pas au grisbi, telle est la consigne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soi-disant accord sue l'impuissance par tous les pores. Rester au-dessous de 2&#176;C, cela ne se d&#233;cr&#232;te pas. Pour peu que ce soit encore possible, il y a des conditions drastiques &#224; remplir. Elles impliquent en d&#233;finitive de consommer moins d'&#233;nergie, donc de transformer et de transporter moins de mati&#232;re. Il faut produire moins pour la demande solvable et satisfaire en m&#234;me temps les besoins humains, notamment dans les pays pauvres. Comment faire ? C'est la question cl&#233;. Elle n'est pas si difficile &#224; r&#233;soudre. On pourrait supprimer la production d'armes, abolir les d&#233;penses de publicit&#233;, renoncer &#224; quantit&#233; de fabrications, d'activit&#233;s et de transports inutiles. Mais cela irait &#224; l'encontre du productivisme capitaliste, de la course au profit qui n&#233;cessite la croissance. Sacril&#232;ge ! Tabou ! R&#233;sultat des courses ? Alors que les &#233;missions mondiales doivent diminuer de 80% au moins d'ici 2050, alors que les pays d&#233;velopp&#233;s sont responsables de plus de 70% du r&#233;chauffement, la seule mesure concr&#232;te &#233;pingl&#233;e dans l'accord est l'arr&#234;t de la d&#233;forestation&#8230; qui ne concerne que le Sud et repr&#233;sente 17% des &#233;missions. Avanc&#233;e &#233;cologique ? Que nenni ! &#171; Prot&#233;ger &#187; les for&#234;ts tropicales (en chassant les populations qui y vivent !) est pour les pollueurs le moyen le moins cher d'acheter le droit de continuer &#224; produire (des armes, de la publicit&#233;, etc) et &#224; polluer &#8230; donc de continuer &#224; d&#233;truire les for&#234;ts par le r&#233;chauffement. C'est ainsi que la loi du profit pourrit tout ce qu'elle touche et transforme tout en son contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, face &#224; la d&#233;route au sommet, Copenhague est une magnifique victoire &#224; la base. La manifestation internationale du samedi 12 d&#233;cembre a rassembl&#233; quelque 100.000 personnes. Le seul pr&#233;c&#233;dent de mobilisation aussi massive sur cette th&#233;matique est celui des cort&#232;ges qui ont regroup&#233; 200.000 citoyens australiens dans plusieurs villes simultan&#233;ment, en novembre 2007. Mais il s'agissait d'une mobilisation nationale et l'Australie subit de plein fouet les impacts du r&#233;chauffement : ce n'est (encore) pas le cas des pays europ&#233;ens d'o&#249; sont venus la plupart des manifestants qui, en d&#233;pit d'une r&#233;pression polici&#232;re f&#233;roce, ont investi la capitale nordique au cri de &#171; Planet first, people first &#187;. Face &#224; l'incapacit&#233; totale des gouvernements, face aux lobbies &#233;conomiques qui emp&#234;chent de prendre les mesures pour stabiliser le climat dans la justice sociale, de plus en plus d'habitants de la plan&#232;te comprennent que les catastrophes annonc&#233;es par les sp&#233;cialistes ne pourront &#234;tre &#233;vit&#233;es qu'en changeant radicalement de politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Copenhague symbolise cette prise de conscience. Elle s'exprime par la participation d'acteurs sociaux qui, il y a peu encore, se tenaient &#224; l'&#233;cart des questions &#233;cologiques, voire les envisageaient avec m&#233;fiance : organisations de femmes, mouvements paysans, syndicats, associations de solidarit&#233; Nord-Sud, mouvement de la paix, groupements altermondialistes, etc. Un r&#244;le cl&#233; est jou&#233; par les peuples indig&#232;nes qui, en luttant contre la destruction des for&#234;ts (dans un rapport de forces digne de David affrontant Goliath !), symbolisent &#224; la fois la r&#233;sistance &#224; la dictature du profit et la possibilit&#233; d'une autre relation entre l'humanit&#233; et la nature. Or, ces forces ont en commun de miser davantage sur l'action collective que sur le lobbying, cher aux grandes associations environnementales. Leur entr&#233;e en sc&#232;ne d&#233;place radicalement le centre de gravit&#233;. D&#233;sormais, la lutte pour un trait&#233; international &#233;cologiquement efficace et socialement juste se jouera dans la rue - plus dans les couloirs des sommets - et ce sera une bataille sociale - plus un d&#233;bat entre experts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que le sommet officiel accouchait d'un chiffon de papier, la mobilisation sociale et le sommet alternatif ont jet&#233; les bases politiques de l'action &#224; mener &#224; la base dans les prochains mois : &#171; Change the system, not the climate &#187;, &#171; Planet not profit &#187;, &#171; bla bla bla Act Now &#187;, &#171; Nature doesn't compromise &#187;, &#171; &#171; Change the Politics, not the climate &#187;, &#171; There is no PLANet B &#187;. En d&#233;pit de ses limites (concernant le r&#244;le des Nations Unies, notamment) la d&#233;claration du Klimaforum09 est un bon document, qui rejette le march&#233; du carbone, le n&#233;ocolonialisme climatique et la compensation (&#171; offsetting &#187;) des &#233;missions par des plantations d'arbres, ou d'autres techniques bidon. De plus en plus de gens le comprennent : la d&#233;gradation du climat n'est pas le fait de &#171; l'activit&#233; humaine &#187; en g&#233;n&#233;ral mais bien d'un mode de production et de consommation insoutenable. Et ils en tirent la conclusion logique : le sauvetage du climat ne saurait d&#233;couler seulement d'une modification des comportements individuels, il requiert au contraire des changements structurels profonds. Il s'agit de mettre en accusation la course au profit, car celle-ci entra&#238;ne fatalement la croissance exponentielle de la production, du gaspillage et du transport de mati&#232;re, donc des &#233;missions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catastrophe, l'&#233;chec du sommet ? Excellente nouvelle au contraire. Excellente nouvelle car il est temps que s'arr&#234;te ce chantage qui impose que, en &#233;change de moins d'&#233;missions, il faudrait plus de n&#233;olib&#233;ralisme, plus de march&#233;. Excellente nouvelle car le trait&#233; que les gouvernements pourraient conclure aujourd'hui serait &#233;cologiquement insuffisant, socialement criminel et technologiquement dangereux : il impliquerait une hausse de temp&#233;rature entre 3,2 et 4,9&#176;C, une mont&#233;e du niveau des oc&#233;ans de 60cm &#224; 2,9 m&#232;tres (au moins), et une fuite en avant dans des technologies d'apprenti-sorcier (nucl&#233;aire, agrocarburants, OGM et &#171; charbon propre &#187; avec stockage g&#233;ologique de milliards de tonnes de CO2). Des centaines de millions de pauvres en seraient les principales victimes. . Excellente nouvelle car cet &#233;chec dissipe l'illusion que la &#171; soci&#233;t&#233; civile mondiale &#187; pourrait, par &#171; la bonne gouvernance &#187;, en associant tous les &#171; stakeholders &#187;, trouver un consensus climatique entre des int&#233;r&#234;ts sociaux antagoniques. Il est grand temps de voir qu'il n'y a, pour sortir des combustibles fossiles, que deux logiques totalement oppos&#233;es : celle d'une transition pilot&#233;e &#224; l'aveugle par le profit et la concurrence, qui nous m&#232;ne droit dans le mur ; et celle d'une transition planifi&#233;e consciemment et d&#233;mocratiquement en fonction des besoins sociaux et &#233;cologiques, ind&#233;pendamment des co&#251;ts, donc en recourant au secteur public et en partageant les richesses. Cette voie alternative est la seule qui permette d'&#233;viter la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi est nu. Le syst&#232;me est incapable de r&#233;pondre au gigantesque probl&#232;me qu'il a cr&#233;&#233; autrement qu'en infligeant des d&#233;g&#226;ts irr&#233;parables &#224; l'humanit&#233; et &#224; la nature. Pour l'&#233;viter, l'heure est &#224; la mobilisation la plus large. Nous sommes toutes et tous concern&#233;(e)s. Le r&#233;chauffement de la plan&#232;te est bien plus qu'une question &#171; environnementale &#187; : une &#233;norme menace sociale, &#233;conomique, humaine et &#233;cologique, qui n&#233;cessite objectivement une alternative &#233;cosocialiste. Le fond de l'affaire : le capitalisme, en tant que syst&#232;me, a d&#233;pass&#233; ses limites. Sa capacit&#233; de destruction sociale et &#233;cologique l'emporte clairement sur son potentiel de progr&#232;s. Puisse ce constat aider &#224; faire converger les combats en faveur d'une autre soci&#233;t&#233;. Les manifestants de Copenhague ont ouvert la voie. Ils nous invitent &#224; les rejoindre dans l'action : &#171; Act now. Planet, not profit. Nature doesn't compromise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Tanuro, 19/12/09&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De Copenhague &#224; Mexico et au-del&#224; : Droit dans le mur, tant pis pour les pauvres et pour la plan&#232;te ! </title>
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&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la LCR (Belgique) Par Daniel Tanuro le lundi, 30 novembre 2009 &lt;br class='autobr' /&gt; Alors que l'urgence est maximale, le sommet des Nations unies sur le climat, &#224; Copenhague en d&#233;cembre prochain, ne d&#233;bouchera pas sur un trait&#233; international contraignant. Au mieux, les gouvernements s'accorderont sur une d&#233;claration politique. Une de plus&#8230; Les n&#233;gociations pourraient se conclure &#224; Mexico, fin 2010. Sur base des positions en pr&#233;sence, elles ne peuvent qu'accoucher d'un texte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site de la LCR (Belgique)&lt;br class='autobr' /&gt;
Par Daniel Tanuro le lundi, 30 novembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'urgence est maximale, le sommet des Nations unies sur le climat, &#224; Copenhague en d&#233;cembre prochain, ne d&#233;bouchera pas sur un trait&#233; international contraignant. Au mieux, les gouvernements s'accorderont sur une d&#233;claration politique. Une de plus&#8230; Les n&#233;gociations pourraient se conclure &#224; Mexico, fin 2010. Sur base des positions en pr&#233;sence, elles ne peuvent qu'accoucher d'un texte &#233;cologiquement insuffisant, socialement inacceptable et technologiquement dangereux. Il est temps de sonner le tocsin. La logique productiviste du capitalisme, sa course au profit plan&#233;taire et sa guerre de concurrence sont en train de nous pr&#233;cipiter droit dans le mur. Au risque que des centaines de millions de pauvres en fassent les frais et que des richesses naturelles irrempla&#231;ables soient d&#233;truites. Une mobilisation sans fronti&#232;res, massive et unitaire, est absolument n&#233;cessaire pour imposer, dans la justice sociale, des objectifs et des mesures &#224; la hauteur du danger. Au sein de cette mobilisation, une aile gauche, anticapitaliste, doit faire entendre sa voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus un seul responsable politique important ne doute que le r&#233;chauffement est d&#251; principalement &#224; la combustion de charbon, de p&#233;trole et de gaz naturel. Tous connaissent les dangers de la situation. Le r&#233;sum&#233; &#224; l'intention des d&#233;cideurs du quatri&#232;me rapport du GIEC&#8211; un document qui engage les Etats - propose un des tableau des impacts sur les ressources en eau douce, les &#233;cosyst&#232;mes, la production agricole, les zones c&#244;ti&#232;res et la sant&#233; humaine. Il en ressort que le seuil de dangerosit&#233; est bien inf&#233;rieur au chiffre de +2&#176;C par rapport &#224; l'&#232;re pr&#233;-industrielle. En r&#233;alit&#233;, dans les &#238;les du Pacifique, les r&#233;gions arctiques, les vall&#233;es andines, les zones c&#244;ti&#232;res du Bangladesh, le seuil est d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentants des petits Etats insulaires exigent de tout mettre en &#339;uvre pour ne pas exc&#233;der 1,5&#176;C de hausse. Comme le mercure a d&#233;j&#224; gagn&#233; 0,7&#176;C depuis 1780 et qu'une augmentation de 0,6&#176;C est in&#233;vitable (vu la quantit&#233; de gaz &#224; effet de serre accumul&#233;e dans l'atmosph&#232;re), la conclusion coule de source : il n'y a plus une minute &#224; perdre ! Les conditions d'existence de centaines de millions de gens d&#233;pendent d'une action rapide, coordonn&#233;e, mondiale, pour r&#233;duire radicalement et rapidement les &#233;missions, principalement les &#233;missions de CO2. Mais cette action ne vient pas !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fumisterie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#233;dias dominants et repr&#233;sentants des pouvoirs politiques continuent de dire que les n&#233;gociations ont pour but de rester au-dessous des 2&#176;C. C'est de la fumisterie. En r&#233;alit&#233;, les rapports du GIEC ne pr&#233;voient d&#233;j&#224; plus cette possibilit&#233;. Dans le meilleur des cas, la temp&#233;rature ne monterait &#171; que &#187; de 2 &#224; 2,4&#176;C et le niveau des mers de 40cm &#224; 1,4m. Nous sommes donc d&#233;j&#224; dans la zone dangereuse. Pour ne pas s'y enfoncer davantage, que faudrait-il faire ? 1&#176;) les pays d&#233;velopp&#233;s devraient r&#233;duire leurs &#233;missions de 80 &#224; 95% d'ici 2050 (par rapport &#224; 1990) en passant par une &#233;tape de 25 &#224; 40% d'ici 2020 ; 2&#176;) les pays en d&#233;veloppement devraient prendre des mesures pour que leurs &#233;missions, d&#232;s 2020 (2050 pour l'Afrique), soient inf&#233;rieures de 15 &#224; 30% aux projections ; 3&#176;) les &#233;missions mondiales devraient baisser de 50 &#224; 85% d'ici 2050 (par rapport &#224; 2000) et devenir nulles, voire n&#233;gatives, avant la fin du si&#232;cle ; 4&#176;) cette diminution au niveau mondial devrait d&#233;buter au plus tard en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres sont &#224; consid&#233;rer comme des minima, car ils sont &#233;tablis &#224; partir de mod&#232;les qui tiennent insuffisamment compte de l'inqui&#233;tante d&#233;sint&#233;gration des calottes glaciaires, entre autres. Selon le climatologue en chef de la NASA, James Hansen, en tenant compte de cette d&#233;sint&#233;gration, la hausse des oc&#233;ans correspondant &#224; la concentration actuelle en gaz &#224; effet de serre pourrait &#234;tre de &#171; plusieurs m&#232;tres &#187; en quelques d&#233;cennies. Conclusion : au nom du principe de pr&#233;caution, les objectifs de stabilisation du climat devraient &#234;tre les suivants : au moins 95% de r&#233;duction des &#233;missions des pays d&#233;velopp&#233;s d'ici 2050 (par rapport &#224; 1990), au moins 40% d'ici 2020, au moins 85% de r&#233;duction au niveau mondial d'ici 2050 (par rapport &#224; 2000).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ils s'en fichent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unis &#224; Barcelone le 6 novembre, les gouvernements ont conclu &#224; l'impossibilit&#233; de signer &#224; Copenhague, en d&#233;cembre, un trait&#233; international prenant le relais du Protocole de Kyoto. Ces messieurs-dames ont d'autres chats &#224; fouetter : sauver les profits des banques et des trusts de l'automobile, r&#233;duire les d&#233;ficits en attaquant la s&#233;curit&#233; sociale et en d&#233;mantelant les services publics, traquer les ch&#244;meurs et pr&#233;cariser l'emploi. La mobilisation en faveur du climat, ils la voient surtout comme un pr&#233;texte pour imposer plus de sacrifices au monde du travail et donner plus de cadeaux aux capitalistes. Serrer la ceinture aux travailleurs et cr&#233;er de nouveaux march&#233;s pour que le capital fasse encore plus de profits, voil&#224; les seuls biais par lesquels le d&#233;fi climatique p&#233;n&#232;tre les neurones des &#171; d&#233;cideurs &#187;. En cette mati&#232;re, leur imagination est aussi illimit&#233;e que la soif de plus-value de leurs ma&#238;tres : taxe carbone, march&#233; des droits d'&#233;mission, march&#233; des cr&#233;dits de carbone, march&#233; des fraudes au march&#233; de ces cr&#233;dits, march&#233; des produits d&#233;riv&#233;s des assurances contre les accidents climatiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A d&#233;faut de faire baisser les quantit&#233;s de gaz &#224; effet de serre dans l'air, cette politique n&#233;olib&#233;rale fait maigrir les revenus des travailleurs et grossir ceux des sp&#233;culateurs. Sur le march&#233; climatique, chaque chef d'Etat se transforme en repr&#233;sentant de commerce pour faire la promotion de ses capitalistes &#171; propres &#187; : Obama ne jure que par le &#171; charbon propre &#187;, qu'il veut vendre aux Chinois et aux Indiens ; Merkel se d&#233;m&#232;ne pour l'industrie allemande du photovolta&#239;que, qui dispute aux Japonais le leadership mondial ; Sarkozy tente de fourguer partout les centrales nucl&#233;aires d'Areva ; et les Danois voient dans la r&#233;union de Copenhague une vitrine pour Vesta, le N&#176;1 mondial de l'&#233;olien. La d&#233;cision de ne pas conclure de trait&#233; montre clairement les vraies priorit&#233;s de ces gens-l&#224;. Mais le plus important est de prendre conscience du fait que, s'ils concluaient un accord, celui-ci serait &#233;cologiquement insuffisant, socialement criminel et technologiquement dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ecologiquement insuffisant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; paquet &#233;nergie-climat &#187; de l'Union europ&#233;enne pr&#233;voit d'ici 2020 de r&#233;duire les &#233;missions de 20%, soit moins que le chiffre le plus bas du GIEC. En outre, plus de la moiti&#233; de l'objectif pourra &#234;tre r&#233;alis&#233; en recourant &#224; l'achat de cr&#233;dits de carbone, ces &#171; droits de polluer &#187; g&#233;n&#233;r&#233;s par des investissements &#171; propres &#187; dans les pays en d&#233;veloppement. Le principe : quand un investissement au Sud permet de diminuer les &#233;missions par rapport aux projections (hypoth&#233;tiques), des droits de polluer peuvent &#234;tre mis sur le march&#233; au prorata de la quantit&#233; de gaz non &#233;mis (un droit = une tonne). Ces &#171; cr&#233;dits de carbone &#187; peuvent remplacer les r&#233;ductions d'&#233;mission dans les pays d&#233;velopp&#233;s. Les multinationales sont tr&#232;s friandes de ce syst&#232;me qui leur permet de maquiller leurs investissements au Sud en contributions &#224; la protection du climat, de faire des profits en vendant des cr&#233;dits et d'&#233;viter les investissements technologiques plus co&#251;teux qui seraient n&#233;cessaires pour r&#233;duire leurs &#233;missions au Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus les gouvernements se rendent compte du fait que le r&#233;chauffement est une affaire s&#233;rieuse, au plus ils cherchent des astuces pour produire des cr&#233;dits moins chers. C'est ainsi que le sommet de Bali a d&#233;cid&#233; que non seulement les plantations d'arbres mais aussi la protection des for&#234;ts existantes serait g&#233;n&#233;ratrice de cr&#233;dits (les arbres en croissance absorbent le CO2 de l'air). Cela permet de mettre sur le march&#233; des cr&#233;dits dont le prix de revient tourne autour de 2-3 euros/tonne, revendus sur le march&#233; mondial au-dessus de 10 euros/tonne. En fait, plus de 50% des cr&#233;dits ne correspondent &#224; aucune diminution r&#233;elle et structurelle des &#233;missions. Soit parce qu'ils proviennent d'investissements qui auraient &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s de toute fa&#231;on, soit parce qu'ils proviennent d'investissements forestiers, soit parce que la certification est entach&#233;e de fraude (les organismes qui certifient la r&#233;duction sont choisis et pay&#233;s par les investisseurs). Selon des chercheurs de l'universit&#233; de Stanford, jusqu'&#224; 60% des cr&#233;dits sont bidon. Si les entreprises et les gouvernements de l'UE utilisent &#224; fond la possibilit&#233; qui leur est offerte de remplacer les r&#233;ductions d'&#233;mission par ces achats de cr&#233;dits, un simple calcul indique que la r&#233;duction effective d'&#233;mission sera de 15% &#224; peine en huit ans (de 2012 &#224; 2020). En base annuelle, c'est moins que ce qui &#233;tait pr&#233;vu par Kyoto (8% entre 20O8 et 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le topo est identique aux Etats-Unis. Le projet de loi sur le climat adopt&#233; par la Chambre en juin pr&#233;voit une r&#233;duction de 80% d'ici 2050 (les USA, vu leurs responsabilit&#233;s, devraient faire au moins 95%). L'ann&#233;e de r&#233;f&#233;rence est 2005, tandis que les 80 &#224; 95% du GIEC sont calcul&#233;s par rapport &#224; 1990. Or, les rejets de CO2 des USA sont pass&#233;s de 5,8 &#224; 7 milliards de tonnes entre ces deux dates. D'ici 2020, le projet de loi pr&#233;voit 17% de r&#233;duction par rapport au pr&#233;sent. Cet objectif n'est pas seulement au-dessous des 25 &#224; 40% par rapport &#224; 1990 avanc&#233;s par le GIEC, mais aussi inf&#233;rieur &#224; ce que les USA auraient d&#251; r&#233;aliser avant 2012, s'ils avaient ratifi&#233; Kyoto. Quant aux cr&#233;dits d'&#233;mission, Washington fait encore plus fort que Bruxelles : ils pourront provenir non seulement d'investissements propres au Sud mais aussi de la cr&#233;ation de &#171; puits de carbone &#187; aux USA-m&#234;mes (par la plantation d'arbres, l'enterrement de charbon de bois et diverses pratiques agricoles cens&#233;es accro&#238;tre le stockage du carbone dans les sols). Si l'industrie utilisait int&#233;gralement la manne des cr&#233;dits, elle pourrait se dispenser de r&#233;duire ses propres &#233;missions jusqu'en 2026&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces projets europ&#233;ens et &#233;tats-uniens servaient de base &#224; un trait&#233;, la hausse de temp&#233;rature oscillerait entre 3,2 et 4,9&#176;C, et le niveau des oc&#233;ans monterait de 60cm &#224; 2,9 m&#232;tres&#8230; sans compter la hausse due &#224; la d&#233;sint&#233;gration des calottes glaciaires. Selon le tableau des impacts (cf. plus haut), il en d&#233;coulerait de &#171; lourdes cons&#233;quences pour les services sanitaires &#187;, la &#171; perte d'environ 30% des zones humides de la plan&#232;te &#187;, &#171; des millions de personnes suppl&#233;mentaires expos&#233;es &#224; des inondations c&#244;ti&#232;res chaque ann&#233;e &#187;, une &#171; baisse du rendement de toutes les cultures c&#233;r&#233;ali&#232;res aux basses latitudes &#187;, une &#171; tendance de la biosph&#232;re &#224; devenir une source nette de carbone &#187; (effet boule de neige du changement climatique), &#171; jusqu'&#224; 30% des esp&#232;ces expos&#233;es &#224; un risque d'extinction accru &#187; et &#171; l'exposition de centaines de millions de personnes &#224; une stress hydrique accru &#187;. Voil&#224;, en termes tr&#232;s g&#233;n&#233;raux, les catastrophes qui se profilent et dont les pauvres de la Terre sont d&#233;j&#224; les victimes. Les dirigeants le savent, mais, comme on l'a dit, ils ont d'autres chats &#224; fouetter. De toute mani&#232;re, leur r&#233;&#233;lection ne d&#233;pend pas des damn&#233;s de la terre du Tuvalu, du Bangladesh, du P&#233;rou ou du Mali.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Socialement criminel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pas besoin de longs d&#233;veloppements pour caract&#233;riser socialement cette politique climatique capitaliste : des centaines de millions de pauvres sont victimes des changements climatiques alors que leur responsabilit&#233; est proche de z&#233;ro. Peut-on imaginer plus grande injustice ? Une adaptation &#224; un certain r&#233;chauffement est possible, mais elle requiert des moyens dont les pays les moins avanc&#233;s ne disposent pas. Au nom du principe (lib&#233;ral) pollueur-payeur, les pays d&#233;velopp&#233;s devraient payer mais s'y refusent, tout simplement. Selon le PNUE, l'adaptation n&#233;cessiterait le transfert annuel de 86 milliards de dollars du Nord vers le Sud. Les diff&#233;rents fonds disponibles en contiennent &#224; peine 26 millions. La derni&#232;re r&#233;union du G20 n'a pas d&#233;gag&#233; d'accord pour accro&#238;tre ces montants. Cette avarice criminelle risque de co&#251;ter la vie &#224; de tr&#232;s nombreuses personnes, principalement des femmes, des enfants et des personnes &#226;g&#233;es sans ressources. Certains parleront de &#171; catastrophes naturelles &#187; mais c'est de refus d'assistance &#224; personnes en danger qu'il s'agit. Ce n'est pas que les dirigeants capitalistes soient inconscients, non. Simplement, pour eux, adaptation bien ordonn&#233;e commence par soi-m&#234;me : les fonds que le land du Bade Wurtemberg investit dans les infrastructures contre les inondations, par exemple, sont sup&#233;rieurs &#224; l'ensemble des budgets disponibles pour l'adaptation dans les pays en d&#233;veloppement. Pour eux, il faut prot&#233;ger les usines, le capital fixe, les infrastructures par o&#249; circulent les marchandises !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage du cyclone Katrina &#224; la Nouvelle-Orl&#233;ans montre que les pauvres du Nord sont &#233;galement menac&#233;s. Les canicules, inondations et autres accidents climatiques font toujours plus de victimes dans les groupes sociaux &#224; bas revenus : travailleurs, pr&#233;caires, ch&#244;meurs, sp&#233;cialement les femmes. Plus largement, le but des classes dominantes est de faire payer leur politique climatique - m&#233;rite-t-elle ce nom ? - &#224; la classe ouvri&#232;re, par le biais du prix du carbone. Pour les lib&#233;raux, en effet, tout probl&#232;me peut se r&#233;soudre par des m&#233;canismes de march&#233;, en jouant sur les prix. Il y a du ch&#244;mage parce que le prix du travail est trop &#233;lev&#233;, tout le monde sait cela, et trop de carbone dans l'air parce que celui du CO2 est trop bas. On ne conna&#238;t que trop l'efficacit&#233; de ce paradigme dans le domaine social : la crise sociale s'approfondit sans cesse. Eh bien, il en ira de m&#234;me en mati&#232;re climatique : la crise s'approfondira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pla&#231;ons-nous un instant dans la logique de la r&#233;gulation par les prix, et posons-nous la question : quel devrait &#234;tre le prix d'une tonne de CO2 pour r&#233;duire les &#233;missions de 50% ? R&#233;ponse de l'Agence Internationale de l'Energie : de 500 &#224; 700 dollars. A la limite, les patrons peuvent s'accommoder d'une taxe carbone mod&#233;r&#233;e s'ils ont la double garantie que tous les concurrents la paient et qu'elle sera r&#233;percut&#233;e int&#233;gralement sur les consommateurs finaux, c'est-&#224;-dire essentiellement les travailleurs. Ils voient d'un bon &#339;il les propositions visant &#224; utiliser le produit de la taxe pour diminuer leurs cotisations &#224; la s&#233;curit&#233; sociale. Mais, &#224; 500-700 dollars/tonne, tous ces sc&#233;narios deviennent absurdes car des montants de cet ordre signifieraient une r&#233;cession sociale si brutale que plus personne ne pourrait acheter la camelote capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Technologiquement dangereux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le d&#233;lai imparti, les r&#233;ductions d'&#233;missions &#224; r&#233;aliser ne peuvent &#234;tre atteintes sans diminuer s&#233;rieusement la consommation d'&#233;nergie, donc aussi, dans une certaine mesure, la production mat&#233;rielle. Vu les conditions techniques, cette r&#233;duction est la condition n&#233;cessaire pour que les renouvelables puissent se substituer aux fossiles. Or, cette condition, le capitalisme est incapable de la remplir. Chaque propri&#233;taire de capitaux cherche en effet &#224; remplacer des travailleurs par des machines afin d'augmenter la productivit&#233; du travail et de toucher un surprofit par rapport &#224; ses concurrents. Tous font de m&#234;me, de sorte que le syst&#232;me est agit&#233; en permanence d'une v&#233;ritable &#171; danse de Saint-Guy &#187; productiviste qui met en circulation toujours plus de marchandises et cr&#233;e artificiellement de nouveaux &#171; besoins &#187;. R&#233;chauffement ou pas, le capital a donc besoin de plus d'&#233;nergie, toujours plus d'&#233;nergie. Pour tenter de concilier tant soit peu cette exigence avec les contraintes physiques du climat, les trois solutions technologiques qui ont les faveurs des capitalistes sont les agrocarburants, le nucl&#233;aire et le &#171; charbon propre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La folie des agrocarburants a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e si abondamment qu'on peut se permettre de ne pas s'y attarder. On se contentera de souligner qu'un p&#233;ril majeur vient des recherches sur la production d'agrocarburants par des organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s. Le nucl&#233;aire fait un come-back remarqu&#233; en se pr&#233;sentant &#8211; &#224; tort &#8211; comme une fili&#232;re &#233;nerg&#233;tique sans carbone. Outre les arguments bien connus &#8211; les d&#233;chets, la prolif&#233;ration militaire, l'Etat policier, etc. &#8211; il faut pr&#233;ciser que les projets qui circulent sont totalement irr&#233;alistes. Pour r&#233;duire les &#233;missions de 50%, l'AIE mise sur un triplement du parc, soit la construction de 32 centrales par an, pendant 40 ans. C'est du d&#233;lire : la construction d'une centrale prend 10 ans, et les r&#233;serves connues d'uranium permettent &#224; peine de faire fonctionner le parc actuel pendant une cinquantaine d'ann&#233;es. Le dernier-n&#233; des Frankenstein productivistes est le &#171; charbon propre &#187; &#8211; autrement dit l'exploitation massive des &#233;normes r&#233;serves de charbon (300 ans au rythme de consommation actuel) avec stockage du CO2 dans les couches g&#233;ologiques profondes. Il risque de r&#233;server quelques surprises d&#233;sagr&#233;ables, car personne ne peut garantir l'&#233;tanch&#233;it&#233; &#224; long terme des r&#233;servoirs, en cas d'accident sismique notamment&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Choix de civilisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Produire moins ? Le capitalisme n'en est capable que temporairement, par la crise qui s&#232;me le ch&#244;mage et la mis&#232;re. Dans ces conjonctures-l&#224;, oui, les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre diminuent. Elles baisseront de 3% cette ann&#233;e. Mais, outre les d&#233;g&#226;ts sociaux qu'elle occasionne, la suppression d'activit&#233;s op&#232;re &#224; l'aveuglette, sur la seule base de la rentabilit&#233;, sans &#233;gard pour l'utilit&#233; sociale de la production. Il va de soi que seuls des fous pourraient souhaiter plus de crises dans l'espoir qu'il y ait moins de production, donc moins d'&#233;missions ! D'autant plus que trois milliards d'&#234;tres humains manquent de tout, notamment de l'essentiel. Pour satisfaire leurs besoins fondamentaux &#8211; des maisons, des &#233;coles, des soins de sant&#233;, des aliments, des transports en commun, une eau potable de qualit&#233; &#8211; il faut produire davantage. Mais cette production-l&#224; n'int&#233;resse pas le capitalisme, car la demande est non solvable. Or, le capitalisme ne produit pas des valeurs d'usage pour les besoins mais des marchandises pour le profit. Il y a donc deux d&#233;fis contradictoires : d'une part, pour stabiliser le climat au niveau le moins dangereux possible, il faut produire moins. D'autre part, pour satisfaire les besoins sociaux fondamentaux, il faut produire plus. L'&#233;conomie de march&#233; est incapable de relever chacun de ces d&#233;fis s&#233;par&#233;ment ; les relever ensemble rel&#232;verait pour elle de la quadrature du cercle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en sortir ? A moins d'accepter les technologies des apprentis sorciers (et encore), il n'y a pas d'issue possible sans incursions dans la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste. Pour stabiliser le climat tout en satisfaisant les besoins fondamentaux, il faut supprimer les productions inutiles ou nuisibles (armes, publicit&#233;, etc), reconvertir les travailleurs, r&#233;duire le temps de travail sans perte de salaire (avec baisse des cadences et embauche compensatoire), &#233;tendre radicalement le secteur public dans les secteurs du logement et des transports. La hausse de l'efficience &#233;nerg&#233;tique et le passage aux renouvelables doivent &#234;tre planifi&#233;s et r&#233;alis&#233;s ind&#233;pendamment des co&#251;ts, et la plus grande partie de la production agricole doit &#234;tre relocalis&#233;e via un soutien &#224; l'agriculture paysanne. L'&#233;nergie et le cr&#233;dit doivent &#234;tre plac&#233;s sous statut public, et un fonds mondial d'adaptation doit &#234;tre cr&#233;&#233; &#224; partir de ponctions sur les b&#233;n&#233;fices de monopoles. Quant &#224; la recherche, elle doit &#234;tre refinanc&#233;e et lib&#233;r&#233;e de la tutelle de l'industrie. Toutes ces mesures devraient &#234;tre prises sous le contr&#244;le du monde du travail, dont la participation active est une condition de succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus facile &#224; dire qu'&#224; faire, diront certains. Certes, cela implique une lutte &#224; contre-courant contre un ennemi tr&#232;s puissant. Mais il n'y a pas d'autre issue possible. La premi&#232;re chose &#224; faire, c'est de le dire. Il faut que les cadres des mouvements sociaux, notamment syndicaux, comprennent que la lutte pour le climat est beaucoup plus qu'une lubie environnementale : c'est un choix de civilisation qui passe par une lutte &#224; la fois &#233;cologique et sociale - une lutte &#233;cosocialiste - contre le capitalisme. Ce syst&#232;me, comme disait Marx, &#233;puise &#224; la fois les deux seules sources de toute richesse : la Terre et le travailleur - Il faut le liquider, sans quoi l'histoire risque vraiment de mal tourner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le basculement climatique capitaliste et nos t&#226;ches</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Le-basculement-climatique-capitaliste-et-nos-taches</link>
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		<dc:date>2009-11-27T05:31:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire et sans fronti&#232;res &lt;br class='autobr' /&gt;
TANURO Daniel 10 novembre 2009 &lt;br class='autobr' /&gt; _____________________________ &lt;br class='autobr' /&gt; Ce texte s'inscrit dans le cadre de la pr&#233;paration du congr&#232;s mondial du r&#233;seau qu'est la quatri&#232;me internationale. pour acc&#233;der &#224; l'ensemble des textes actuellement disponibles : &lt;br class='autobr' /&gt;
http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article2563 &lt;br class='autobr' /&gt;
_Voici maintenant le projet de r&#233;solution (version initiale du 10/11/2009) pr&#233;par&#233; &#224; cette fin par Daniel Tanuro et soumis &#224; la discussion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-224-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH130/arton2642-a4492.jpg?1629990435' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='130' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site Europe Solidaire et sans fronti&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TANURO Daniel&lt;br class='autobr' /&gt;
10 novembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; _____________________________&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce texte s'inscrit dans le cadre de la pr&#233;paration du congr&#232;s mondial du r&#233;seau qu'est la quatri&#232;me internationale. pour acc&#233;der &#224; l'ensemble des textes actuellement disponibles :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article2563&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lagauche.com/lagauche/spip.php?article2563&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;_Voici maintenant le projet de r&#233;solution (version initiale du 10/11/2009) pr&#233;par&#233; &#224; cette fin par Daniel Tanuro et soumis &#224; la discussion pr&#233;paratoire au Congr&#232;s mondial.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;1. Le basculement climatique en cours n'est pas le produit de l'activit&#233; humaine en g&#233;n&#233;ral mais de la course au profit capitaliste. Face au danger d'une catastrophe sociale et &#233;cologique sans pr&#233;c&#233;dent et irr&#233;versible &#224; l'&#233;chelle humaine des temps, le syst&#232;me, incapable de remettre en cause sa logique fondamentale d'accumulation, s'engage dans une fuite en avant technologique dangereuse et sans issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le basculement climatique en cours n'est pas le produit de l'activit&#233; humaine en g&#233;n&#233;ral mais principalement du fait que le syst&#232;me capitaliste, guid&#233; par le profit et le surprofit &#224; court terme, a b&#226;ti et continue de b&#226;tir son d&#233;veloppement non seulement sur l'exploitation de la force de travail mais aussi sur le pillage des ressources naturelles, notamment les r&#233;serves finies et non renouvelables de combustibles fossiles &#224; bas prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) Dans les derni&#232;res d&#233;cennies du 19e si&#232;cle et au d&#233;but du 20e si&#232;cle, des propositions coh&#233;rentes de syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques alternatifs bas&#233;s sur l'utilisation de l'&#233;nergie solaire ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es par les lois de la rentabilit&#233; capitaliste ou torpill&#233;es sous la pression des groupes charbonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) Apr&#232;s 1945, pour p&#233;renniser leurs surprofits, les monopoles du p&#233;trole et des secteurs d&#233;pendants du p&#233;trole ont &#233;touff&#233; de nombreuses alternatives techniques et impos&#233; des modes de transport, de consommation et d'am&#233;nagement du territoire dict&#233;s par la seule volont&#233; de vendre une quantit&#233; toujours croissante de marchandises, notamment d'automobiles et d'autres biens de consommation individuelle de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iii) Au cours des 40 ans &#233;coul&#233;s, en d&#233;pit d'un faisceau d'&#233;vidences de plus en plus convaincantes, les avertissements des scientifiques ont &#233;t&#233; ignor&#233;s par les gouvernements et les m&#233;dias bourgeois. Ceux-ci ont au contraire relay&#233; les campagnes de d&#233;sinformation des lobbies capitalistes alors que, dans le m&#234;me temps, la mondialisation n&#233;olib&#233;rale de la production et des &#233;changes faisait exploser les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iv) En ce d&#233;but du 21e si&#232;cle, les causes du r&#233;chauffement sont parfaitement document&#233;es, le danger est connu et reconnu par tous les gouvernements, les solutions techniques existent, et la gravit&#233; de la situation augmente &#224; chaque nouveau rapport des experts. Mais le capitalisme continue malgr&#233; tout &#224; utiliser principalement les combustibles fossiles, y compris les sources non conventionnelles (huiles lourdes, sables et schistes bitumineux) ainsi que les &#233;normes r&#233;serves de charbon &#224; bas prix. La logique d'accumulation constituant son fondement, le syst&#232;me s'est lanc&#233; dans des fuites en avant productivistes qui impliquent des technologies dangereuses : d&#233;veloppement du nucl&#233;aire, manipulations g&#233;n&#233;tiques visant &#224; accro&#238;tre la production n&#233;faste d'agrocarburants, &#171; charbon propre &#187; avec capture-s&#233;questration de Gigatonnes de CO2 dans les couches g&#233;ologiques profondes. Pour le capital, les sources d'&#233;nergie renouvelables ne sont qu'un nouveau champ pour l'accumulation de valeur, ce qui explique que leur mise en &#339;uvre peut prendre des formes particuli&#232;rement destructrices et vient en compl&#233;ment de l'approvisionnement par les fossiles, pas en remplacement de ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule limite du capital, c'est le capital lui-m&#234;me (Marx). La folle course de ce syst&#232;me qui accumule richesse et surconsommation &#224; un p&#244;le, pauvret&#233; et p&#233;nurie &#224; l'autre, menace de pr&#233;cipiter une catastrophe humaine et &#233;cologique irr&#233;versible &#224; l'&#233;chelle historique des temps, avec des d&#233;g&#226;ts irr&#233;parables inflig&#233;s aux &#233;cosyst&#232;mes, notamment &#224; la biodiversit&#233;. Alors que le seuil de dangerosit&#233;, bien inf&#233;rieur &#224; +2&#176;C par rapport &#224; l'&#232;re pr&#233;-industrielle, est d&#233;j&#224; franchi en de nombreuses r&#233;gions (Etats insulaires, pays andins, r&#233;gions arctiques, zones semi-arides&#8230;) les plans adopt&#233;s ou en d&#233;bat au niveau des puissances imp&#233;rialistes annoncent un r&#233;chauffement entre +3,2 et +4,9&#176;C, correspondant &#224; une hausse du niveau des mers comprise entre 60 cm et 2,9 m&#232;tres &#224; l'&#233;quilibre (sans compter la dislocation des calottes glaciaires). Non seulement les Objectifs de D&#233;veloppement du Mill&#233;naire, qui sont insuffisants, ne seront pas r&#233;alis&#233;s, mais en plus des centaines de millions d'&#234;tres humains sont expos&#233;s &#224; une s&#233;rieuse d&#233;gradation de leurs conditions de vie. Les plus pauvres d'entre eux sont m&#234;me menac&#233;s dans leur existence m&#234;me, du fait notamment des risques d'inondation c&#244;ti&#232;re, de la tension sur les ressources en eau douce et de la baisse de la productivit&#233; agricole attendue dans les r&#233;gions tropicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La stabilisation du climat au niveau le moins dangereux possible n&#233;cessite une diminution drastique de la consommation d'&#233;nergie, donc de la production mat&#233;rielle. En m&#234;me temps, de l'&#233;nergie et d'autres ressources sont n&#233;cessaires pour assurer le droit au d&#233;veloppement de trois milliards d'hommes et de femmes qui vivent dans des conditions indignes de leur humanit&#233; et qui sont les premi&#232;res victimes du r&#233;chauffement. Le syst&#232;me capitaliste est incapable de relever ces deux d&#233;fis s&#233;par&#233;ment. Les relever simultan&#233;ment &#233;quivaut pour lui &#224; la quadrature du cercle. Des mesures anticapitalistes radicales sont indispensables pour mettre en &#339;uvre, ind&#233;pendamment des co&#251;ts, un plan de transition mondial vers un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique &#233;conome et efficient, bas&#233; exclusivement sur les sources renouvelables, capable de satisfaire les besoins fondamentaux de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC), la stabilisation du climat au niveau le moins dangereux possible n&#233;cessite que les &#233;missions mondiales de gaz &#224; effet de serre culminent avant 2015 et diminuent de 50 &#224; 85% d'ici 2050, par rapport &#224; 2000. Au nom du principe de pr&#233;caution, il s'impose d'adopter au minimum les plus drastiques de ces objectifs. En effet, les mod&#232;les climatiques n'int&#232;grent pas, ou tr&#232;s imparfaitement, les ph&#233;nom&#232;nes dits &#171; non lin&#233;aires &#187;, notamment la dislocation des calottes glaciaires de l'Arctique et de l'Antarctique et la lib&#233;ration du m&#233;thane des sols gel&#233;s en permanence (perg&#233;lisol). Or, ces ph&#233;nom&#232;nes, d&#233;j&#224; perceptibles, sont susceptibles d'acc&#233;l&#233;rer tr&#232;s fortement le basculement climatique et d'en accro&#238;tre consid&#233;rablement les effets n&#233;gatifs dans les d&#233;cennies qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces contraintes physiques s'ajoutent d'autres contraintes sociales, politiques et techniques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) Pour tenir compte des responsabilit&#233;s historiques diff&#233;renci&#233;es des pays imp&#233;rialistes et des pays domin&#233;s, le GIEC estime que les premiers doivent r&#233;duire leurs &#233;missions de 25 &#224; 40% d'ici 2020 et de 80 &#224; 95% d'ici 2050, par rapport &#224; 1990, tandis que la courbe des &#233;missions des seconds doit baisser de 15 &#224; 30% par rapport aux projections, dans toutes les r&#233;gions en 2050 et dans la plupart des r&#233;gions (sauf l'Afrique) d&#232;s 2020. Ici aussi, les objectifs les plus drastiques doivent &#234;tre adopt&#233;s comme un minimum, pour les raisons indiqu&#233;es plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) Vu leur responsabilit&#233; d&#233;terminante dans le r&#233;chauffement, la part de ces objectifs qui concerne les nations d&#233;velopp&#233;es doit &#234;tre r&#233;alis&#233;e par celles-ci &#224; l'aide de mesures domestiques, c'est-&#224;-dire par des r&#233;ductions de leurs propres &#233;missions. Ces r&#233;ductions ne peuvent &#234;tre remplac&#233;es ni par des achats de droits de polluer provenant d'investissements soi-disant &#171; propres &#187; dans les pays en d&#233;veloppement ou en transition, ni par la plantation d'arbres - qui n'offre pas de solution structurelle, ni par la protection sols ou des for&#234;ts existantes &#8211; la sauvegarde des sols et des for&#234;ts, n&#233;cessaire en soi, ne doit pas permettre aux pollueurs de continuer &#224; polluer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iii) Au nom de la justice climatique et de la r&#233;paration de leur dette &#233;cologique, les pays imp&#233;rialistes sont tenus de transf&#233;rer aux pays domin&#233;s les savoirs et les technologies permettant &#224; ceux-ci de se d&#233;velopper en respectant les contraintes physiques de la stabilisation du climat. Ils sont tenus &#233;galement de financer les mesures d'adaptation &#224; la partie in&#233;vitable des changements climatiques, dont les populations pauvres des pays pauvres, principalement les femmes, sont les principales victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iv) Du point de vue technique, les sources renouvelables permettent amplement de faire face aux besoins futurs de l'humanit&#233;. Cependant, du fait de la n&#233;cessit&#233; de changer de syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique, la r&#233;ussite de la transition dans les 40 ans &#224; venir est conditionn&#233;e par une importante diminution de la consommation d'&#233;nergie (50% et plus dans les pays d&#233;velopp&#233;s). Celle-ci implique &#224; son tour une r&#233;duction significative de la production mat&#233;rielle, de sorte que le probl&#232;me cl&#233; est le suivant : il faut produire globalement moins, tout en r&#233;pondant aux demandes l&#233;gitimes de trois milliards d'&#234;tres humains dont de nombreux besoins fondamentaux sont insatisfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une illusion totale de croire que ce faisceau de conditions pourrait &#234;tre respect&#233; en attribuant au carbone un prix qui int&#232;gre le co&#251;t des d&#233;g&#226;ts du changement climatique. La valeur est un indicateur purement quantitatif exprimant la quantit&#233; de travail humain abstrait mise en &#339;uvre &#224; un moment d&#233;termin&#233; de d&#233;veloppement du capital : elle est par d&#233;finition incapable de prendre en consid&#233;ration les richesses naturelles, de tenir compte des besoins des g&#233;n&#233;rations futures, de faire la diff&#233;rence entre les travaux concrets utiles ou inutiles du point de vue humain et d'int&#233;grer les nombreux param&#232;tres quantitatifs ainsi que qualitatifs de la stabilisation du climat. Cette incapacit&#233; se traduit d&#233;j&#224; en pratique dans le fait que les monopoles capitalistes p&#232;sent de tout leur poids, et avec succ&#232;s, pour emp&#234;cher que la facture du r&#233;chauffement leur soit imput&#233;e, de sorte qu'ils d&#233;terminent en fin de compte les rythmes et les formes de la politique suivie, en fonction de leurs int&#233;r&#234;ts. Sur le plan social, enfin, l'imposition d'un prix mondial du carbone ferait payer la facture du r&#233;chauffement aux travailleur et aux pauvres, approfondissant du m&#234;me coup les in&#233;galit&#233;s, entre Nord-Sud mais aussi au sein des soci&#233;t&#233;s du Nord et du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital est incapable de r&#233;soudre le probl&#232;me cl&#233; car il est structurellement incapable de r&#233;duire la production mat&#233;rielle globale tout en produisant davantage pour les besoins non solvables. Combiner le droit l&#233;gitime au d&#233;veloppement humain et la mise en &#339;uvre planifi&#233;e, d&#233;mocratique et rationnelle d'un programme de transition mondial vers un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique &#233;conome et efficient, bas&#233; exclusivement sur les sources renouvelables, ind&#233;pendamment des co&#251;ts, n'est possible qu'en recourant &#224; des mesures anticapitalistes radicales. Ces mesures incluent notamment l'expropriation des secteurs de l'&#233;nergie et du cr&#233;dit ; la r&#233;duction massive du temps de travail (vers la demi-journ&#233;e de travail) avec baisse des cadences, sans perte de salaire et avec embauche compensatoire ; des ponctions significatives sur les b&#233;n&#233;fices capitalistes ; la plus grande relocalisation possible de la production, notamment agricole, via un soutien &#224; l'agriculture paysanne ; des initiatives publiques dans le domaine du logement et du transport, indispensables pour changer les modes de consommation ; la constitution d'un fonds mondial d'adaptation aliment&#233; par les b&#233;n&#233;fices des monopoles ; le refinancement public de la recherche, l'arr&#234;t de sa subordination &#224; l'industrie et le transfert gratuit des technologies propres vers les pays du Sud ; ainsi que des dispositifs de participation d&#233;mocratique et de contr&#244;le par les populations et les collectivit&#233;s locales, &#224; tous ces diff&#233;rents niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. H&#233;ritage empoisonn&#233; de deux cents ans de d&#233;veloppement capitaliste bas&#233; sur les combustibles fossiles, le basculement climatique concentre la crise de civilisation due au fait que le potentiel de destruction sociale et &#233;cologique de ce syst&#232;me l'emporte d&#233;sormais sur sa capacit&#233; d'identifier les besoins humains et d'y r&#233;pondre. La combinaison des crises &#233;conomique, climatique et alimentaire dans le cadre de la loi de population capitaliste porte en elle la menace d'une catastrophe humaine majeure, voire d'une plong&#233;e dans la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;ritage empoisonn&#233; de deux cents ans de d&#233;veloppement capitaliste, le basculement climatique constitue la manifestation la plus nette de la crise globale d'un syst&#232;me dont le potentiel de destruction sociale et &#233;cologique l'emporte d&#233;sormais sur sa capacit&#233; d'identifier les besoins humains et d'y r&#233;pondre. La croissance des forces productives est devenue croissance des forces destructives, non seulement parce que de plus en plus de technologies socialement et &#233;cologiquement destructrices sont d&#233;ploy&#233;es, mais aussi, globalement, parce que la logique capitaliste, en d&#233;traquant le climat, entra&#238;ne l'humanit&#233; vers un ensemble de difficult&#233;s aigu&#235;s. Le mode de production capitaliste implique une loi de population sp&#233;cifique exprimant le besoin permanent d'une &#171; arm&#233;e de r&#233;serve industrielle &#187;. Dans le cadre de cette loi et dans le contexte de l'&#233;puisement historique du capitalisme du troisi&#232;me &#226;ge, la combinaison des crises &#233;conomique, climatique et alimentaire porte en elle la sourde menace d'une vague de &#171; destruction cr&#233;atrice &#187; (Schumpeter) d'une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent, impliquant non seulement l'&#233;limination massive de forces productives mat&#233;rielles et de richesses naturelles irrempla&#231;ables, mais aussi un risque majeur de destruction physique pour des centaines de millions d'&#234;tres humains. Cette logique infernale est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans la convergence des fractions du grand capital investies dans l'agrobusiness, l'&#233;nergie, l'automobile et la p&#233;trochimie qui, en se ruant sur l'appropriation de terres et l'exploitation industrielle de la biomasse comme ressource &#233;nerg&#233;tique, acc&#233;l&#232;rent la ruine des petits paysans et l'exode rural, menacent les communaut&#233;s indig&#232;nes et augmentent dramatiquement le nombre de sous-prol&#233;taires victimes de la famine chronique. Faute d'une alternative d'ensemble, la dynamique interne du syst&#232;me le poussera toujours plus fortement sur la pente glissante d'une crise globale qui pourrait &#234;tre d'une brutalit&#233; et d'une barbarie sans aucun pr&#233;c&#233;dent historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le basculement climatique souligne &#224; la fois l'urgence d'une alternative socialiste mondiale et celle d'une rupture radicale du projet socialiste avec le productivisme. La saturation du cycle du carbone et l'&#233;puisement de ressources non renouvelables signifient en effet que, &#224; la diff&#233;rence du pass&#233;, l'&#233;mancipation des travailleurs n'est plus concevable sans prise en compte des principales contraintes naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition &#224; la croissance capitaliste, en soi, ne constitue ni un projet de soci&#233;t&#233;, ni une strat&#233;gie pour la mobilisation sociale large en faveur d'une autre soci&#233;t&#233;. La diminution de la production et de la consommation mat&#233;rielles est imm&#233;diatement n&#233;cessaire &#224; la stabilisation du climat parce que le capitalisme a entra&#238;n&#233; l'humanit&#233; trop loin dans une voie sans issue. Mais elle ne pr&#233;juge en rien des possibilit&#233;s de d&#233;veloppement futures, une fois que le syst&#232;me climatique aura &#233;t&#233; stabilis&#233;, d'une part, et elle ne constitue qu'un crit&#232;re quantitatif de la transition n&#233;cessaire vers une &#233;conomie sans carbone fossile, d'autre part. Sous peine de d&#233;boucher sur des conclusions anti-sociales, voire r&#233;actionnaires, ce crit&#232;re quantitatif doit &#234;tre combin&#233; &#224; des crit&#232;res qualitatifs : redistribution des richesses, r&#233;duction du temps de travail sans perte de salaire, d&#233;veloppement du secteur public, notamment. Si ceux-ci sont satisfaits, et pour peu qu'elle cible les productions inutiles ou nuisibles, la r&#233;duction de la production mat&#233;rielle sera en r&#233;alit&#233; synonyme d'augmentation du bien-&#234;tre, de la richesse et de la qualit&#233; de vie de l'immense majorit&#233; de l'humanit&#233;, via des investissements dans les secteurs sociaux, un autre am&#233;nagement du territoire, la gratuit&#233; des services vitaux et la reconqu&#234;te du temps libre n&#233;cessaire &#224; l'auto-activit&#233;, &#224; l'auto-organisation et &#224; l'autogestion d&#233;mocratiques &#224; tous les niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste est ins&#233;parable de la croissance de la production et de la consommation mat&#233;rielles, mais celle-ci constitue un effet, pas une cause. C'est la production de valeur, en tant que forme abstraite des valeurs d'&#233;change, qui entra&#238;ne la tendance permanente &#224; l'accumulation sans limites de la richesse &#224; un p&#244;le, et provoque en m&#234;me temps l'accumulation de mis&#232;re &#224; l'autre. Une politique climatique qui ne prendrait pas en compte cette double r&#233;alit&#233; serait vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le point crucial et le levier de l'alternative anticapitaliste restent donc fondamentalement ceux que le projet socialiste a d&#233;finis : la mobilisation des exploit&#233;s et des opprim&#233;s contre un syst&#232;me bas&#233; sur la course au (sur)profit, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, la production de marchandises, la concurrence et le salariat. Mais ce point crucial et ce levier ne suffisent plus &#224; d&#233;finir l'alternative. La saturation du cycle du carbone constitue en effet la d&#233;monstration la plus &#233;vidente et la plus globale du fait que, &#224; la diff&#233;rence du pass&#233;, l'&#233;mancipation des travailleurs n'est plus concevable sans prise en compte des principales contraintes naturelles : limites des stocks de ressources non renouvelables &#224; l'&#233;chelle historique, vitesse de reconstitution des ressources renouvelables, lois de conversion de l'&#233;nergie, conditions de fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes et des cycles biologiques, rythmes de ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas d'affirmer que le socialisme doit int&#233;grer les questions &#233;cologiques. Le v&#233;ritable d&#233;fi consiste plut&#244;t &#224; cr&#233;er les conditions pour que le projet socialiste soit compatible avec l'&#233;cologie globale du super-&#233;cosyst&#232;me terrestre. Le d&#233;veloppement ne peut &#234;tre con&#231;u seulement dans le but de satisfaire les besoins humains r&#233;els d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s, mais aussi en fonction de sa soutenabilit&#233; par l'environnement, et en acceptant de surcro&#238;t que la complexit&#233;, les inconnues et le caract&#232;re &#233;volutif de la biosph&#232;re conf&#232;rent &#224; cette entreprise un degr&#233; d'incertitude irr&#233;ductible. La notion de &#171; ma&#238;trise humaine sur la nature &#187; doit &#234;tre abandonn&#233;e. Le seul socialisme r&#233;ellement possible d&#233;sormais est celui qui satisfait les besoins humains r&#233;els (d&#233;barrass&#233;s de l'ali&#233;nation marchande), d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s par les int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes, en prenant soin simultan&#233;ment de s'interroger prudemment sur l'impact environnemental de ces besoins et de la mani&#232;re dont ils sont satisfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser l'intrication du social et de l'&#233;cologique implique en premier lieu de d&#233;passer la vision cloisonn&#233;e, utilitariste et lin&#233;aire de la nature comme la plateforme physique &#224; partir de laquelle l'humanit&#233; op&#232;re, comme le magasin o&#249; elle puise les ressources n&#233;cessaires &#224; la production de son existence sociale et comme la d&#233;charge o&#249; elle entrepose les d&#233;chets de cette activit&#233;. En r&#233;alit&#233;, la nature est tout &#224; la fois la plateforme, le magasin, la d&#233;chetterie et l'ensemble des processus vivants qui, gr&#226;ce &#224; l'apport ext&#233;rieur d'&#233;nergie solaire, font circuler la mati&#232;re entre ces p&#244;les en la r&#233;organisant constamment. Les d&#233;chets et leur mode de d&#233;p&#244;t doivent donc &#234;tre compatibles en qualit&#233; comme en qualit&#233; avec les capacit&#233;s et les rythmes de recyclage par les &#233;cosyst&#232;mes, afin de ne pas d&#233;traquer le bon fonctionnement de la biosph&#232;re. Or, ce bon fonctionnement d&#233;pend du nombre et de la diversit&#233; des op&#233;rateurs biologiques, ainsi que de la qualit&#233; et de la complexit&#233; des multiples cha&#238;nes de relations qui les unissent, l'&#233;quilibre des flux d&#233;terminant en fin de compte l'approvisionnement de l'humanit&#233; en ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penser l'intrication du social et de l'&#233;cologique implique en deuxi&#232;me lieu de tirer les le&#231;ons du constat qu'un mode de production ne se d&#233;finit pas seulement par ses rapports de production et de propri&#233;t&#233; mais aussi par ses fili&#232;res technologiques, qui sont model&#233;es par ses choix &#233;nerg&#233;tiques. Le changement climatique le montre clairement : les sources &#233;nerg&#233;tiques utilis&#233;es par un mode de production et les m&#233;thodes employ&#233;es pour convertir l'&#233;nergie afin de satisfaire les besoins humains (en aliments, en chaleur, en mouvement et en lumi&#232;re) ne sont pas neutres socialement mais ont un caract&#232;re de classe marqu&#233;. Le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique capitaliste est centralis&#233;, anarchique, gaspilleur, inefficient, intensif en travail mort, bas&#233; sur des sources non renouvelables, et orient&#233; vers la surproduction tendancielle de marchandises. La transformation socialiste de la soci&#233;t&#233; n&#233;cessite sa destruction progressive et son remplacement par un syst&#232;me d&#233;centralis&#233;, planifi&#233;, &#233;conome, efficient, intensif en travail vivant, bas&#233; exclusivement sur les sources renouvelables et orient&#233; vers la production de valeurs d'usage durables, recyclables et r&#233;utilisables. Cette transformation ne concerne pas seulement la &#171; production &#187; d'&#233;nergie au sens &#233;troit mais l'ensemble de l'appareil industriel, l'agriculture, les transports, les loisirs et l'am&#233;nagement des territoires. Le d&#233;fi &#233;nerg&#233;tique/climatique impose de concevoir la r&#233;volution socialiste non seulement comme destruction du pouvoir d'Etat bourgeois, cr&#233;ation d'un Etat prol&#233;tarien qui commence &#224; d&#233;p&#233;rir d&#232;s sa formation et instauration progressive de l'autogestion par les masses, mais aussi comme amorce d'un processus de destruction du vieil appareil productif capitaliste et de remplacement par un appareil alternatif, mettant en &#339;uvre d'autres sources &#233;nerg&#233;tiques, d'autres technologies et d'autres fili&#232;res au service de buts d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s. Ce bouleversement historique extr&#234;mement profond peut commencer dans un pays ou un groupe de pays mais ne peut prendre toute son ampleur et s'achever qu'apr&#232;s la victoire de la r&#233;volution socialiste au niveau mondial, une fois que l'abolition des principales in&#233;galit&#233;s de d&#233;veloppement aura permis de satisfaire le droit fondamental de chaque &#234;tre humain &#224; une existence digne de ce nom. Il postule en effet la r&#233;alisation pr&#233;alable de l'autonomie &#233;nerg&#233;tique, notamment de l'autonomie alimentaire des diff&#233;rents pays. Loin d'&#234;tre synonyme d'arr&#234;t du d&#233;veloppement humain, il implique un progr&#232;s important des sciences et des techniques ainsi que de la capacit&#233; sociale de les mettre en &#339;uvre d&#233;mocratiquement, avec la participation active de toutes et tous, dans le cadre d'une culture du &#171; prendre soin avec prudence &#187; de la biosph&#232;re pour laquelle l'apport des communaut&#233;s indig&#232;nes sera pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme r&#233;volutionnaire consid&#232;re que, une fois satisfaits les besoins humains fondamentaux, le d&#233;veloppement qualitatif de l'humanit&#233; prendra le pas sur le d&#233;veloppement quantitatif. Cette conception est coh&#233;rente avec celle de Marx, pour qui la vraie richesse r&#233;side dans le temps libre, les relations sociales et la compr&#233;hension du monde. La perspective d'un communisme utilisant exclusivement les sources d'&#233;nergie renouvelables, principalement solaires, s'inscrit dans la continuit&#233; de cette pens&#233;e non productiviste tout en l&#8216;approfondissant et en tirant des conclusions nouvelles en termes de revendications, de t&#226;ches et de programme. Cet approfondissement justifie l'usage du concept nouveau d'&#233;cosocialisme. Expression concentr&#233;e du combat commun contre l'exploitation du travail humain et contre la destruction des ressources naturelles par le capitalisme, l'&#233;cosocialisme ne proc&#232;de pas d'une vision id&#233;aliste et chim&#233;rique sur &#171; l'harmonie &#187; &#224; &#233;tablir entre l'humanit&#233; et la nature mais de la n&#233;cessit&#233; mat&#233;rialiste de g&#233;rer les &#233;changes de mati&#232;re entre la soci&#233;t&#233; et l'environnement en ma&#238;trisant consciemment, collectivement et d&#233;mocratiquement la tension entre les besoins humains et le bon fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Nos t&#226;ches&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.1. Sensibiliser les militants des mouvements sociaux pour conscientiser les masses et contribuer &#224; construire une mobilisation de masse sur le climat. Le combat sur le climat requiert en priorit&#233; la construction de rapports de forces sociaux. Face &#224; l'urgence et &#224; la politique criminelle des gouvernements capitalistes, nous oeuvrons dans tous les pays &#224; la construction d'un puissant mouvement de masse unitaire, coordonn&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale. Ce mouvement doit &#234;tre con&#231;u comme un maillage des r&#233;sistances sociales existant sur diff&#233;rents terrains, avec actions convergentes coordonn&#233;es et manifestations occasionnelles pluralistes, sur une plateforme minimale commune. Son but doit &#234;tre de contraindre les gouvernements &#224; viser au minimum les r&#233;ductions d'&#233;mission les plus radicales avanc&#233;es par le GIEC, dans le respect du principe des &#171; responsabilit&#233;s communes mais diff&#233;renci&#233;es &#187;, des droits sociaux et d&#233;mocratiques ainsi que du droit de toutes et tous &#224; une existence humaine digne de ce nom. La mobilisation de masse en d&#233;fense du climat est une t&#226;che ardue du fait notamment du double d&#233;calage spatial et temporel entre le ph&#233;nom&#232;ne et ses effets. Un ample travail d'information sur le r&#233;chauffement et sur ses impacts est n&#233;cessaire . Il doit viser en particulier les &#233;quipes militantes des diff&#233;rents mouvements sociaux et des formations politiques de gauche, car celles-ci jouent un r&#244;le d&#233;cisif pour &#233;tablir le lien concret entre la menace climatique globale et les probl&#232;mes sociaux particuliers, et en d&#233;duire des strat&#233;gies permettant de combiner lutte sociale et lutte environnementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.2. Construire un courant de gauche, qui lie la lutte sur le climat et la justice sociale. La mutation n&#233;cessaire ne peut &#234;tre gagn&#233;e sans la mobilisation et la participation active des exploit&#233;s et des opprim&#233;s qui constituent l'immense majorit&#233; de la population. La politique climatique capitaliste rend cette participation impossible parce qu'elle est inacceptable sur le plan social. Elle implique en effet le renforcement de la domination imp&#233;rialiste, de la concurrence et de la violence capitalistes ; donc de l'exploitation, de l'oppression, de l'in&#233;galit&#233; sociale, de la concurrence entre travailleurs, de la violation des droits et de l'appropriation priv&#233;e des ressources. En particulier, cette politique n'apporte aucune r&#233;ponse au d&#233;fi majeur de l'emploi, des salaires et des acquis des millions de travailleurs occup&#233;s dans les secteurs gros &#233;metteurs de gaz &#224; effet de serre. De ce fait, elle ne peut que se heurter &#224; des r&#233;sistances sociales l&#233;gitimes. Les grandes ONG environnementales tentent de radicaliser les objectifs climatiques des gouvernements en refusant de voir que cette radicalisation entra&#238;ne du m&#234;me coup l'accentuation des attaques anti-sociales. C'est une voie sans issue. Nous d&#233;fendons la n&#233;cessit&#233; d'une lutte combin&#233;e sur le climat et la justice sociale. Au sein du mouvement large, nous oeuvrons &#224; la constitution d'un p&#244;le de gauche qui lie ces deux dimensions et qui plaide par cons&#233;quent contre les recettes bas&#233;es sur les instruments de march&#233;, l'accumulation, la domination n&#233;ocoloniale et la fuite en avant technologique. Ce p&#244;le cherche &#224; regrouper des &#233;l&#233;ments des gauches syndicale, &#233;cologiste, altermondialiste, f&#233;ministe, tiers-mondiste, la gauche des &#171; d&#233;croissants &#187;, les organisations de la gauche radicale, des scientifiques critiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.3.Mener la lutte id&#233;ologique contre le n&#233;o-malthusianisme vert, en d&#233;fense des pauvres et des droits des femmes. Par sa nature de probl&#232;me global et l'ampleur des catastrophes qu'il est susceptible de provoquer, le r&#233;chauffement favorise le d&#233;veloppement de toute une s&#233;rie de courants id&#233;ologiques qui, sous couvert d'&#233;cologie radicale, tentent de r&#233;habiliter les th&#232;ses de Malthus en les emballant dans un discours apocalyptique aux forts accents religieux. Ces courants trouvent un &#233;cho au plus haut niveau dans certains secteurs des classes dominantes, o&#249; la disparition de quelques centaines de millions d'&#234;tres humains est plus facile &#224; imaginer que celle du capitalisme. De ce fait, ils font peser une menace potentiellement s&#233;rieuse sur les pauvres en g&#233;n&#233;ral, tout particuli&#232;rement sur les femmes. La lutte contre ces courants constitue une t&#226;che importante, que nos organisations doivent assumer en tant que telles et en lien avec le mouvement des femmes. Le niveau de la population est &#233;videmment un param&#232;tre de l'&#233;volution du climat, mais il s'agit de combattre cat&#233;goriquement l'id&#233;e fausse que la croissance d&#233;mographique serait une cause du changement climatique. La transition d&#233;mographique est largement entam&#233;e dans les pays en d&#233;veloppement, et progresse plus vite que pr&#233;vu. Il est souhaitable qu'elle se poursuive, mais cela passe par le progr&#232;s social, le d&#233;veloppement de syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; sociale, l'information des femmes et leur droit &#224; contr&#244;ler leur propre f&#233;condit&#233; (y compris le droit &#224; l'avortement dans de bonnes conditions). Il s'agit forc&#233;ment d'une politique de long terme. Sauf &#224; recourir &#224; des moyens barbares, aucune politique de contr&#244;le de la population ne permet de r&#233;pondre &#224; l'urgence climatique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.4. Introduire la question du climat dans les plateformes et les luttes des mouvements sociaux. Dans la perspective d'une mobilisation large enracin&#233;e dans les luttes existantes, nous agissons pour que la d&#233;fense du climat devienne une pr&#233;occupation majeure des mouvements sociaux et qu'elle trouve une traduction concr&#232;te dans leurs plateformes de revendications, sur tous les terrains. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la lutte pour la paix : la production d'armes et l'emploi des armes constituent une folie inacceptable au regard au regard du changement climatique&#8230; qui est lui-m&#234;me une cause possible de conflits suppl&#233;mentaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la lutte contre la pauvret&#233;, pour le droit au d&#233;veloppement et la protection sociale : la capacit&#233; d'adaptation aux CC est directement proportionnelle au niveau de ressources et de d&#233;veloppement. L'in&#233;galit&#233; sociale accro&#238;t la vuln&#233;rabilit&#233; et handicape la mutation &#233;nerg&#233;tique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la lutte des femmes : l'adaptation au changement climatique renforce l'importance et l'urgence des revendications sp&#233;cifiques des femmes pour l'&#233;galit&#233; des droits, pour une prise en charge sociale des enfants, contre la double journ&#233;e de travail, pour le droit &#224; l'avortement et &#224; la contraception ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la lutte pour l'emploi : r&#233;duire radicalement la consommation d'&#233;nergie, r&#233;am&#233;nager le territoire, les villes, prendre soin de la biodiversit&#233;, d&#233;velopper les transports publics et substituer les sources renouvelables aux fossiles offre un gigantesque r&#233;servoir d'emplois de qualit&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la lutte pour l'acc&#232;s &#224; la terre, &#224; l'eau et aux ressources naturelles, ainsi que pour une agriculture organique paysanne : les communaut&#233;s rurales pratiquant une agriculture organique intensive en main-d'&#339;uvre connaissent les moyens d'augmenter la teneur des sols en mati&#232;re organique et de r&#233;duire les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre du secteur ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la lutte contre la mondialisation et la lib&#233;ralisation des march&#233;s agricoles : cause de ruine des populations rurales, de famine, d'exode rural et/ou de pillage des &#233;cosyst&#232;mes, la lib&#233;ralisation de ces march&#233;s est aussi une importante sources d'&#233;missions, directes (transport des produits d'exportation) et indirectes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la lutte pour le droit d'asile : face &#224; l'accroissement du nombre de r&#233;fugi&#233;s environnementaux, notamment climatiques, la libert&#233; de circulation est indispensable et constitue la seule r&#233;ponse digne de l'humanit&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; les luttes des communaut&#233;s indig&#232;nes pour leurs droits : par leur savoir et leur mode d'exploitation des &#233;cosyst&#232;mes, notamment forestiers, ces communaut&#233;s sont les mieux &#224; m&#234;me de pr&#233;server et d&#233;velopper les puits de carbone ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la lutte contre la flexibilit&#233; et la pr&#233;carisation du travail, contre l'allongement du temps de travail : les horaires coup&#233;s, flexibles, les campagnes capitalistes en faveur de la mobilit&#233; accrue de la main-d'&#339;uvre, contraignent les salari&#233;s &#224; l'usage la voiture. La production &#171; just in time &#187; est une source majeure d'&#233;missions de GES dans le secteur des transports. La r&#233;duction du temps de travail est une condition n&#233;cessaire &#224; l'&#233;closion &#224; une &#233;chelle de masse de comportements alternatifs en mati&#232;re de consommation et de loisirs ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la lutte contre les privatisations, pour un secteur public de qualit&#233; dans les domaines des transports, de l'&#233;nergie et de l'eau. Un secteur public de transport gratuit et de qualit&#233; peut seul concilier le droit de toutes et tous &#224; la mobilit&#233; et la r&#233;duction des &#233;missions. La lib&#233;ralisation de la production d'&#233;lectricit&#233; complique l'introduction sur le r&#233;seau des sources renouvelables intermittentes. Seule une entreprise publique ne travaillant pas pour le profit peut relever le d&#233;fi consistant &#224; supprimer en 2 ou 3 d&#233;cennies la totalit&#233; des &#233;missions dans le secteur du logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.5. Faire des revendications sur le climat un axe de la gauche syndicale, dans la perspective d'une lutte anticapitaliste allant au-del&#224; de la redistribution des richesses. Les directions des grandes conf&#233;d&#233;rations syndicales internationales accompagnent la politique climatique capitaliste en &#233;change de la possibilit&#233; pour elles d'en n&#233;gocier certaines modalit&#233;s. Cette orientation se concr&#233;tise dans la proposition d'un &#171; Green Deal &#187; bas&#233; sur l'illusion que les technologies vertes permettront de r&#233;sorber le ch&#244;mage et donneront l'impulsion &#224; une nouvelle onde longue de prosp&#233;rit&#233; et d'expansion capitaliste. Les bureaucraties syndicales int&#232;grent les imp&#233;ratifs productivistes et de rentabilit&#233; capitalistes ainsi que les outils de la politique climatique dominante : aides publiques aux entreprises &#171; vertes &#187;, &#171; fiscalit&#233; &#233;cologique &#187;, M&#233;canisme de D&#233;veloppement Propre, march&#233; des droits d'&#233;mission, voire soutien &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire et aux agrocarburants. Cette politique risque de rendre le mouvement syndical co-responsable des catastrophes. Elle s&#232;me la division parmi les travailleurs &#224; l'&#233;chelle internationale, et entre secteurs au sein des diff&#233;rents pays. Vu l'importance du d&#233;fi climatique et &#233;nerg&#233;tique, il est d&#233;cisif pour la gauche syndicale d'en faire un &#233;l&#233;ment de sa lutte pour un changement de cap. Ce combat est difficile car il ne passe pas par la &#171; relance &#233;conomique &#187; mais par la diminution de la consommation d'&#233;nergie, la suppression des productions inutiles ou nuisibles, la reconversion des travailleurs et travailleuses employ&#233;s dans ces secteurs, etc. Il y a l&#224; un obstacle consid&#233;rable, d&#251; &#224; l'encha&#238;nement des salari&#233;s au mode de production capitaliste dont ils d&#233;pendent pour leur existence quotidienne. Pour relever le d&#233;fi, la gauche syndicale doit sortir d'une vision &#233;triqu&#233;e ax&#233;e sur la redistribution des richesses pour contester la conception m&#234;me de la richesse et la mani&#232;re dont les richesses sont produites, c'est-&#224;-dire le mode de production dans ses fondements. Cette approche rehausse l'importance de revendications telles que la r&#233;duction du temps de travail (avec baisse des cadences, sans perte de salaire et avec embauche proportionnelle), l'extension du secteur public, la gratuit&#233; des services de base et le contr&#244;le ouvrier (sur les cadences, la production, l'&#233;nergie, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.6. Le transfert massif de technologies propres vers les pays domin&#233;s et le financement de l'adaptation aux effets du changement climatique dans ces pays requi&#232;rent un partage des avoirs et des savoirs &#224; l'&#233;chelle mondiale, donc ponctions substantielles sur les profits capitalistes. Le sauvetage du climat n&#233;cessite un partage des avoirs et des savoirs, &#224; l'&#233;chelle mondiale. Il doit donc &#234;tre li&#233; &#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; l'annulation de la dette du tiers-monde et la restitution aux peuples des avoirs que les dictateurs de pays du Sud ont plac&#233;s dans les banques occidentales ; &lt;br class='autobr' /&gt; la lev&#233;e du secret bancaire, la suppression des paradis fiscaux, l'imposition des patrimoines, la taxation des mouvements sp&#233;culatifs, etc. ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; l'augmentation substantielle des budgets des pays imp&#233;rialistes consacr&#233;s &#224; l'aide publique au d&#233;veloppement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la cr&#233;ation, en plus de cette aide, d'un fonds mondial unique pour l'adaptation des pays en d&#233;veloppement aux effets in&#233;vitables du CC et pour le transfert des technologies propres vers le secteur public de ces pays, sans conditions financi&#232;res ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; l'alimentation de ce fonds par une ponction sur les profits et les surprofits des secteurs &#233;conomiques les plus responsables du changement climatique (secteur p&#233;trolier, charbonnier, automobile, production d'&#233;lectricit&#233;, notamment) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la suppression du r&#233;gime des brevets dans la sant&#233; et dans les technologies permettant de produire des biens de consommation et des services essentiels (transports, industrie l&#233;g&#232;re, eau et &#233;nergie, communications) afin que toutes les populations de la plan&#232;te puissent acc&#233;der aux biens fondamentaux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; un syst&#232;me de compensation financi&#232;re pour les pays du Sud qui renoncent &#224; exploiter leurs ressources en combustibles fossiles. 5.7. Les &#233;missions des pays domin&#233;s ne pourront pas d&#233;vier de 30% au moins par rapport aux projections si le mod&#232;le capitaliste de d&#233;veloppement n'est pas remis en cause. La contribution des pays domin&#233;s &#224; la stabilisation du climat au niveau le moins dangereux possible n'est possible que par un d&#233;veloppement endog&#232;ne, r&#233;pondant aux besoins de la grande masse de la population, donc li&#233; &#224; une r&#233;forme agraire en faveur de l'agriculture paysanne et &#224; une r&#233;orientation de la production vers le march&#233; int&#233;rieur. Concilier droit au d&#233;veloppement humain et stabilisation du climat n&#233;cessite donc des mesures contre les classes dominantes locales, qui tirent pr&#233;texte du droit au d&#233;veloppement pour tenter de refuser toute entrave &#224; la combustion des combustibles fossiles, pillent des ressources naturelles, s'approprient les for&#234;ts, jouent les interm&#233;diaires pour la vente des cr&#233;dits de carbone, produisent des agrocarburants, et exportent des denr&#233;es agricoles ou des produits industriels &#224; bas prix pour les march&#233;s des pays d&#233;velopp&#233;s. Pour emp&#234;cher qu'ils servent &#224; alimenter ce mod&#232;le de d&#233;veloppement socialement et &#233;cologiquement nuisible, les fonds et moyens technologiques mis &#224; disposition des pays du Sud doivent &#234;tre plac&#233;s sous le contr&#244;le d&#233;mocratique des populations ainsi que de leurs mouvements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.8. S'opposer &#224; la fuite en avant technologique et int&#233;grer tous les grands d&#233;fis &#233;cologiques dans une perspective de d&#233;veloppement vraiment soutenable. L'histoire du capitalisme est jalonn&#233;e de crises environnementales &#171; r&#233;solues &#187; sans vision &#233;cologique d'ensemble, par la mise en &#339;uvre de r&#233;ponses technologiques partielles subordonn&#233;es aux imp&#233;ratifs de rentabilit&#233;, dont les effets environnementaux n&#233;fastes apparaissent plus tard. R&#233;soudre la crise climatique/&#233;nerg&#233;tique en suivant la m&#234;me m&#233;thode d'apprenti-sorcier risque d'avoir des cons&#233;quences encore plus redoutables, en particulier dans trois domaines : le recours accru au nucl&#233;aire et aux organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s ainsi que le stockage g&#233;ologique du CO2 dans le cadre d'une nouvelle vague d'exploitation de la houille. S'opposer &#224; ces r&#233;ponses capitalistes est une t&#226;che des plus importantes. Il faut les d&#233;noncer comme des symboles de la folie de la croissance capitaliste sans limites, comme la tentative absurde du syst&#232;me de sauter par-dessus sa propre t&#234;te pour maintenir malgr&#233; tout l'accumulation g&#233;n&#233;ratrice de profit. D'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, le d&#233;fi climatique f&#233;d&#232;re toutes les questions environnementales. La riposte doit donc int&#233;grer tous les grands d&#233;fis &#233;cologiques, notamment : (i) la d&#233;fense de la for&#234;t tropicale dans le respect des droits des communaut&#233;s indig&#232;nes qui vivent de ses ressources (puits de carbone) ; (ii) la d&#233;fense de la biodiversit&#233; ; (iii) la gestion rationnelle et publique des ressources en eau ; (iv) la lutte contre l'empoisonnement de la biosph&#232;re par les quelques 100.000 mol&#233;cules issues de la p&#233;trochimie, qui n'existent pas dans la nature et donc certaines ne peuvent &#234;tre d&#233;compos&#233;es par ses agents r&#233;ducteurs ; (v) l'&#233;limination des gaz destructeurs de l'ozone stratosph&#233;rique et leur remplacement par des compos&#233;s n'ayant pas d'autre impact &#233;cologique dangereux ; (vi) la lutte contre la pollution atmosph&#233;rique et ses cons&#233;quences pour la sant&#233; humaine (asthme, maladies cardiovasculaires,) ainsi que pour les &#233;cosyst&#232;mes (acidification, ozone troposph&#233;rique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.9. D&#233;noncer le foss&#233; entre les plans capitalistes et le diagnostic de la situation par les scientifiques. Nouer des liens avec des scientifiques critiques. Poser les questions de la propri&#233;t&#233; du savoir et du r&#244;le social de la recherche. La pr&#233;tention des gouvernements qui tentent de faire croire que leur politique climatique capitaliste et lib&#233;rale est fond&#233;e sur &#171; la science &#187; doit &#234;tre combattue vigoureusement. Pour ce faire, il s'agit de d&#233;noncer le gouffre s&#233;parant les objectifs des gouvernements des conclusions que le principe de pr&#233;caution impose de tirer des rapports du GIEC. Cette d&#233;nonciation implique d'assimiler l'essentiel de l'expertise scientifique tout en critiquant les pr&#233;suppos&#233;s id&#233;ologiques et sociaux dominants qui sont v&#233;hicul&#233;s par la grande majorit&#233; des experts. La gauche doit nouer des relations avec des scientifiques, les inviter &#224; communiquer leur expertise aux mouvements sociaux, les interpeller &#224; partir de ceux-ci sur leur positionnement politique g&#233;n&#233;ral, les pousser &#224; s'exprimer sur la contradiction entre les solutions rationnelles globales que demande la lutte contre le r&#233;chauffement, d'une part, et l'ultra-cloisonnement des sciences au service de la rationalit&#233; capitaliste partielle, d'autre part. Vu la place prise par l'expertise scientifique dans l'&#233;laboration des politiques, il est d'une importance non n&#233;gligeable de nouer des relations entre les mouvements sociaux et des chercheurs critiques et humanistes. Dans ce cadre, nous d&#233;veloppons un point de vue plus g&#233;n&#233;ral sur le r&#244;le de la science et de la recherche dans la lutte pour la stabilisation du climat dans la justice sociale. Nous ne refusons pas les solutions technologiques, ni les concepts de d&#233;veloppement et de progr&#232;s. Nous plaidons au contraire pour que la recherche scientifique et technique soit lib&#233;r&#233;e de l'emprise du capital afin que son potentiel puisse &#234;tre mis massivement et rapidement au service du progr&#232;s dans l'efficience &#233;nerg&#233;tique, la gestion rationnelle des ressources et le d&#233;veloppement soutenable des sources &#233;nerg&#233;tiques renouvelables. Nous exigeons le refinancement public massif de la recherche, l'arr&#234;t des contrats qui lient les universit&#233;s &#224; l'industrie et au capital financier, la d&#233;finition d&#233;mocratique des priorit&#233;s de la recherche en fonction de la transition, dans la justice sociale, vers une soci&#233;t&#233; sans combustibles fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.10. Combattre la culpabilisation, mais assumer la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique dans la mesure du possible social. Les discours culpabilisants des gouvernements qui attribuent la responsabilit&#233; du r&#233;chauffement au comportement individuel de chacun escamotent l'in&#233;galit&#233; sociale, la responsabilit&#233; du capitalisme, d&#233;tournent l'attention des profonds changements structurels n&#233;cessaires, et pavent le chemin pour des mesures injustes telles que la &#171; taxe carbone &#187;. C'est une illusion de croire que le climat pourrait &#234;tre sauv&#233; par un mouvement de &#171; contagion culturelle &#187; contre la surconsommation, alors que plus de la moiti&#233; de l'humanit&#233; vit dans la sous-consommation chronique. Mais c'est une illusion &#233;galement de miser sur d'hypoth&#233;tiques perc&#233;es scientifiques r&#233;volutionnaires pour ne pas mettre en question la surconsommation et les pratiques individuelles qui en d&#233;coulent. Au lieu d'opposer les actions dans la sph&#232;re de la consommation aux changements structurels dans la sph&#232;re de la production, les premi&#232;res doivent &#234;tre con&#231;ues comme un moyen de faire prendre conscience de la n&#233;cessit&#233; des secondes. Les pratiques sociales alternatives, les campagnes et les mobilisations d&#233;mocratiques, m&#234;me minoritaires, qui contestent le productivisme et le consum&#233;risme, peuvent jouer un r&#244;le positif dans la formation de la conscience collective que des changements structurels sont n&#233;cessaires, aussi dans la sph&#232;re de la production, et que ces changements s'accompagneront d'une plus grande qualit&#233; de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 .11. D&#233;velopper une pratique de secours populaire en cas de catastrophe. Le changement climatique accro&#238;t consid&#233;rablement les risques de catastrophes frappant plus particuli&#232;rement les travailleurs et les pauvres, en particulier dans les pays en d&#233;veloppement. Face &#224; cette menace, nous devons nous pr&#233;parer &#224; intervenir avec les mouvements sociaux sur deux terrains diff&#233;rents : le terrain revendicatif consistant &#224; mettre les Etats devant leurs responsabilit&#233;s ; et le terrain des secours directs, populaires et solidaires, pris en charge par les populations locales et leurs organisations avec l'aide des r&#233;seaux militants au niveau mondial. L'exp&#233;rience acquise dans les catastrophes naturelles montre en effet que ces secours populaires sont plus rapides, plus directement orient&#233;s vers les pauvres et les besoins r&#233;els et peu co&#251;teux. De plus, ils sont favorables &#224; l'&#233;closion d'autres rapports sociaux, de contestation de l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TANURO Daniel&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Voir Rapport sur le changement climatique au CI de la Quatri&#232;me Internationale&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rapport sur le changement climatique au CI de la Quatri&#232;me Internationale</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Rapport-sur-le-changement-climatique-au-CI-de-la-Quatrieme-Internationale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Rapport-sur-le-changement-climatique-au-CI-de-la-Quatrieme-Internationale</guid>
		<dc:date>2009-10-09T23:07:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cologie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous une version retravaill&#233;e du rapport pr&#233;sent&#233; par Daniel Tanuro au Comit&#233; international (CI) de la Quatri&#232;me Internationale (QI), en f&#233;vrier 2009. Ce rapport a &#233;t&#233; adopt&#233; pour servir de base &#224; la r&#233;daction d'un r&#233;solution &#171; Climat &#187; au prochain congr&#232;s de la QI. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous souhaitons que ce rapport suscite d'autres contributions &#8211; que ce soit de la part de membres du CI de la QI qui ont particip&#233; &#224; la discussion du texte, ou de la part de militants engag&#233;s dans le combat (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-224-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L75xH75/arton2222-a8310.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='75' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous une version retravaill&#233;e du rapport pr&#233;sent&#233; par Daniel Tanuro au Comit&#233; international (CI) de la Quatri&#232;me Internationale (QI), en f&#233;vrier 2009. Ce rapport a &#233;t&#233; adopt&#233; pour servir de base &#224; la r&#233;daction d'un r&#233;solution &#171; Climat &#187; au prochain congr&#232;s de la QI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous souhaitons que ce rapport suscite d'autres contributions &#8211; que ce soit de la part de membres du CI de la QI qui ont particip&#233; &#224; la discussion du texte, ou de la part de militants engag&#233;s dans le combat sur le changement climatique et travaillant notamment le lien entre l'&#233;cologique et le social. Nous esp&#233;rons alimenter un effort de r&#233;flexion collective en publiant de telles contributions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; I. LA MENACE CLIMATIQUE : CAUSES, RESPONSABILITES, IMPACTS SOCIAUX ET ECOLOGIQUES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le changement climatique est un fait sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement climatique est un fait. Au 20eS, la temp&#233;rature moyenne de surface de la Terre s'est accrue de 0,6&#176;C, le niveau des mers a mont&#233; de 10 &#224; 20 cm, les glaciers ont presque partout recul&#233; dans des proportions importantes, la violence des cyclones a augment&#233; dans l'Atlantique Nord, et on a enregistr&#233; davantage d'&#233;v&#233;nements m&#233;t&#233;orologiques extr&#234;mes tels que temp&#234;tes, inondations et s&#233;cheresses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de variations p&#233;riodiques (comme le ph&#233;nom&#232;ne &#171; El Ni&#328;o &#187;, par exemple) mais de changements profonds et de long terme, traduisant un important d&#233;s&#233;quilibre global du syst&#232;me climatique. Le moteur de ces d&#233;s&#233;quilibres - la hausse de la temp&#233;rature moyenne de surface &#8211; est d'une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent depuis au moins 1300 ans. Cette hausse est fortement corr&#233;l&#233;e avec un autre ph&#233;nom&#232;ne, qui est lui sans pr&#233;c&#233;dent depuis 800.000 ans : l'augmentation de la concentration atmosph&#233;rique en carbone, sous la forme de gaz carbonique et de m&#233;thane - deux gaz dont la contribution &#224; l'effet de serre est bien &#233;tablie depuis longtemps par la physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explication du r&#233;chauffement actuel par la hausse des &#233;missions des gaz &#224; effet de serre en tant que cause majeure est certaine &#224; plus de 90% et ne fait plus l'objet de contestations cr&#233;dibles sur le plan scientifique. Il est bien &#233;tabli que le r&#233;chauffement actuel est sans pr&#233;c&#233;dent et diff&#232;re radicalement des autres phases de r&#233;chauffement que la Terre a connues au cours de son histoire. Au cours des p&#233;riodes interglaciaires du pass&#233;, les variations naturelles dans la position de la Terre par rapport au Soleil, ou de l'activit&#233; solaire, cr&#233;aient un r&#233;chauffement, celui-ci favorisait le d&#233;veloppement de la vie, et ce d&#233;veloppement &#224; son tour entra&#238;nait une hausse de la concentration atmosph&#233;rique en CO2, laquelle accentuait encore le r&#233;chauffement. Aujourd'hui, la cha&#238;ne de causalit&#233; est invers&#233;e : les facteurs naturels n'expliquent qu'une part tr&#232;s limit&#233;e du r&#233;chauffement (5% &#224; 10% environ) ; l'essentiel de celui-ci d&#233;coule d'une hausse tr&#232;s rapide des concentrations atmosph&#233;riques en CO2 et en m&#233;thane, due aux activit&#233;s humaines. En d'autres termes : jadis le changement climatique causait l'augmentation de l'effet de serre, aujourd'hui l'augmentation de l'effet de serre entra&#238;ne directement le changement climatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'expression &#171; changement climatique &#187; est trompeuse : nous sommes confront&#233;s &#224; un basculement brutal, irr&#233;versible &#224; l'&#233;chelle humaine des temps.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; changement climatique &#187; est trompeuse : elle &#233;voque une modification graduelle alors que nous sommes confront&#233;s &#224; un basculement brutal, dont la vitesse s'acc&#233;l&#232;re. Il est d&#251; &#224; trois types d'activit&#233;s &#233;conomiques qui accroissent les concentrations atmosph&#233;riques en gaz &#224; effet de serre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) Les for&#234;ts, les prairies naturelles, les sols et les tourbi&#232;res stockent le carbone sous forme de mati&#232;re organique. La d&#233;forestation, la transformation des prairies en terres de culture, l'ass&#232;chement des zones humides et les mauvaises pratiques culturales ont pour effet de lib&#233;rer ce carbone. Par ailleurs, l'emploi excessif d'engrais nitr&#233;s artificiels (17,9% des &#233;missions) provoque des &#233;missions d'oxyde nitreux, un autre gaz &#224; effet de serre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) Toute combustion se traduit par l'&#233;mission de gaz carbonique (CO2). Mais il y a une grande diff&#233;rence entre le CO2 provenant de la combustion de biomasse, d'une part, et le CO2 provenant de la combustion de combustibles fossiles (charbon, p&#233;trole, gaz naturel). Le premier est recycl&#233; sans probl&#232;me par les &#233;cosyst&#232;mes (plantes vertes et oc&#233;ans) qui absorbent et rejettent en permanence du CO2 (&#171; cycle du carbone &#187;). Le second, par contre, ne peut &#234;tre recycl&#233; que dans certaines limites. Or, depuis deux si&#232;cles, la combustion des combustibles fossiles injecte dans l'atmosph&#232;re tr&#232;s rapidement et en continu d'importantes quantit&#233;s de CO2 (56,6% des &#233;missions) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iii) Certains process industriels sont responsables de l'&#233;mission de gaz &#224; effet de serre (gaz fluor&#233;s) inconnus dans la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le carbone n'est pr&#233;sent naturellement dans l'atmosph&#232;re qu'&#224; des concentrations tr&#232;s faibles. C'est pr&#233;cis&#233;ment pour cette raison que les activit&#233;s humaines peuvent avoir un impact aussi important sur le syst&#232;me climatique. Actuellement, la quantit&#233; globale de gaz &#224; effet de serre que nous envoyons dans l'atmosph&#232;re est pr&#232;s de deux fois sup&#233;rieure &#224; la capacit&#233; d'absorption naturelle. Le reste s'accumule, entra&#238;nant l'augmentation de l'effet de serre, donc de la temp&#233;rature, et cette accumulation tend &#224; augmenter avec le r&#233;chauffement. Le m&#233;canisme principal du r&#233;chauffement se r&#233;sume ainsi en une saturation du cycle du carbone par les &#233;missions de gaz provenant des activit&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;chauffement est irr&#233;versible &#224; l'&#233;chelle humaine. M&#234;me si les concentrations atmosph&#233;riques en GES &#233;taient stabilis&#233;es imm&#233;diatement, le r&#233;chauffement ferait sentir ses effets pendant pr&#232;s de mille ans, parce que la temp&#233;rature des &#233;normes masses d'eau oc&#233;aniques met tr&#232;s longtemps &#224; s'homog&#233;n&#233;iser. En l'absence de toute stabilisation, le m&#233;canisme s'emballerait in&#233;vitablement et d&#233;clencherait des ph&#233;nom&#232;nes fort dangereux, tels que la d&#233;sint&#233;gration des calottes glaciaires, ou la lib&#233;ration des &#233;normes quantit&#233;s de m&#233;thane contenues dans les sols gel&#233;s (perg&#233;lisols), voire dans les fonds oc&#233;aniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait erron&#233; et dangereux de miser sur le fait que l'&#233;puisement des stocks de charbon, de p&#233;trole et de gaz naturel surviendrait &#224; temps pour prot&#233;ger l'humanit&#233; de ces risques majeurs. En effet, les r&#233;serves prouv&#233;es de combustibles fossiles (notamment de charbon) sont amplement suffisantes pour provoquer un emballement incontr&#244;lable. Dans ce cas, la Terre risquerait en fin de compte de retrouver des conditions qu'elle n'a pas connues depuis 65 millions d'ann&#233;es et que l'humanit&#233; n'a par cons&#233;quent jamais exp&#233;riment&#233;es : un globe sans glaces, o&#249; le niveau des mers d&#233;passerait de cent m&#232;tres environ le niveau actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le basculement climatique n'est pas d&#251; &#224; &#171; l'activit&#233; humaine &#187; en g&#233;n&#233;ral mais au mode de cette activit&#233; depuis la R&#233;volution industrielle capitaliste.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bouleversement climatique n'est pas d&#251; &#224; &#171; l'activit&#233; humaine &#187; en g&#233;n&#233;ral, comme disent les m&#233;dias et les rapports du GIEC, mais bien au mode de cette activit&#233; depuis la R&#233;volution industrielle capitaliste, en particulier &#224; la combustion des combustibles fossiles. La cause du ph&#233;nom&#232;ne r&#233;side fondamentalement dans la logique capitaliste et productiviste d'accumulation, dont le centre de gravit&#233; historique est situ&#233; dans les m&#233;tropoles imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;collage &#233;conomique de la R&#233;volution industrielle n'aurait pas pu se faire &#224; grande &#233;chelle sans le charbon. Il serait pourtant r&#233;ducteur d'imputer indistinctement le changement climatique au &#171; progr&#232;s &#187;, en g&#233;n&#233;ral. En effet, assez rapidement, de nouvelles possibilit&#233;s d'exploitation des &#233;nergies renouvelables sont apparues, qui auraient permis de concilier un d&#233;veloppement raisonnable et la protection de l'environnement. Elles ont &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es syst&#233;matiquement par la logique capitaliste d'accumulation. A cet &#233;gard, le contraste est criant entre le d&#233;sint&#233;r&#234;t durable pour le photovolta&#239;que (d&#233;couvert en 1839) et l'engouement imm&#233;diat des pays capitalistes (et non-capitalistes) pour la fission atomique. Le d&#233;veloppement de la fili&#232;re nucl&#233;aire n'aurait pas &#233;t&#233; possible sans des investissements publics consid&#233;rables, consentis en d&#233;pit des dangers terribles de cette technologie. Le potentiel solaire n'a jamais b&#233;n&#233;fici&#233; d'un tel int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement capitaliste, les grands groupes &#233;nerg&#233;tiques ont acquis un poids d&#233;terminant qui leur a permis de fa&#231;onner le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique en fonction de leurs int&#233;r&#234;ts. Le pouvoir de ces groupes r&#233;sulte non seulement du fait que l'&#233;nergie est indispensable &#224; toute activit&#233; &#233;conomique et que les investissements &#233;nerg&#233;tiques sont de long terme, mais aussi du fait que le caract&#232;re limit&#233; et appropriable des gisements de combustibles fossiles offre la possibilit&#233; d'imposer des prix de monopole, donc de pr&#233;lever un surprofit important, stabilis&#233; sous la forme de rente &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le cl&#233; du p&#233;trole en tant que source abondante et bon march&#233; de carburant liquide &#224; haut contenu &#233;nerg&#233;tique a notamment permis aux capitaux de plus en plus concentr&#233;s et centralis&#233;s qui contr&#244;lent ce secteur d'occuper une position strat&#233;gique, &#224; la fois sur le plan &#233;conomique et politique. Ensemble avec les producteurs de charbon, les &#233;lectriciens et les grands secteurs d&#233;pendant du p&#233;trole (automobile, construction navale et a&#233;ronautique, p&#233;trochimie), les multinationales p&#233;troli&#232;res ont emp&#234;ch&#233; l'utilisation de ressources &#233;nerg&#233;tiques, de technologies et de sch&#233;mas de distribution alternatifs, tout en poussant &#224; la surconsommation et en limitant les progr&#232;s de l'efficience &#233;nerg&#233;tique, tant au niveau des syst&#232;mes que des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre l'engrenage du changement climatique, il convient de compl&#233;ter l'analyse en int&#233;grant la tendance du capitalisme en g&#233;n&#233;ral &#224; la concentration et &#224; la centralisation, au remplacement incessant du travail vivant par du travail mort, &#224; la standardisation des techniques et &#224; la surproduction de biens de consommation de masse pour le march&#233; mondial. Apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale, cette tendance s'est traduite notamment par la fabrication de millions d'automobiles individuelles. Tout en &#171; tirant &#187; l'onde longue expansive des &#171; trente glorieuses &#187;, cette production a contribu&#233; &#224; faire exploser l'usage des combustibles fossiles, donc les &#233;missions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#232;s de nous, la mondialisation capitaliste n&#233;olib&#233;rale, l'exportation massive des capitaux vers les pays &#233;mergents, la production &#224; flux tendu pour le march&#233; mondial, le d&#233;mant&#232;lement des transports publics (notamment du rail), et l'accroissement spectaculaire des transports par avion et par bateau sont venus donner une nouvelle impulsion au ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Les pays du &#171; socialisme r&#233;el &#187; portent aussi une lourde responsabilit&#233; : renon&#231;ant &#224; la r&#233;volution mondiale, ils ont sing&#233; le productivisme et copi&#233; les technologies capitalistes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'analyse du changement climatique, la responsabilit&#233; des pays qui ont tent&#233; de s'engager sur une voie alternative au capitalisme ne peut &#234;tre &#233;lud&#233;e. Du fait de leur d&#233;g&#233;n&#233;rescence bureaucratique, principalement, ces pays ont renou&#233; avec le productivisme et ont port&#233; le gaspillage des ressources naturelles, notamment &#233;nerg&#233;tiques, &#224; un niveau sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Russie tsariste &#233;tait un pays arri&#233;r&#233;. Apr&#232;s la guerre, la r&#233;volution et la guerre civile, il n'aurait pas &#233;t&#233; possible de le redresser sans recourir aux combustibles fossiles. Ceci contribue en partie &#224; expliquer l'absence de r&#233;flexion prospective des th&#233;oriciens sovi&#233;tiques sur l'impasse in&#233;vitable &#224; terme d'un syst&#232;me bas&#233; sur des sources non renouvelables, mais d'autres &#233;l&#233;ments doivent sans doute &#234;tre pris en compte (cf. chap. 5. infra). Ce qui semble certain, c'est que le d&#233;veloppement &#233;conomique ult&#233;rieur de l'URSS aurait permis d'explorer d'autres choix &#233;nerg&#233;tiques, mais que la dictature stalinienne et la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; ont bouch&#233; cette possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En abandonnant la perspective de la r&#233;volution mondiale, en misant sur une coexistence pacifique avec l'imp&#233;rialisme dans l'espoir de s&#233;curiser ses propres privil&#232;ges, en &#233;touffant la pens&#233;e cr&#233;atrice, la bureaucratie stalinienne a choisi du m&#234;me coup de se mettre &#224; la tra&#238;ne du d&#233;veloppement technologique des pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s &#8211; tir&#233; en avant par les technologies militaires - et d'imiter le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique capitaliste &#8211; taill&#233; sur mesure pour les besoins du capital. Cette logique culmina sous Kroutchev avec l'illusion d'un rattrapage et d'un d&#233;passement des USA. Elle entra&#238;na notamment le d&#233;veloppement insens&#233; de l'&#233;nergie nucl&#233;aire, qui devait d&#233;boucher sur la catastrophe de Tchernobyl.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bas&#233; sur un syst&#232;me de primes au tonnage de mati&#232;res consomm&#233;es, le mode bureaucratique d'int&#233;ressement mat&#233;riel des directeurs aux r&#233;sultats de la production a constitu&#233; un facteur de gaspillage sp&#233;cifique. Le r&#233;sultat fut un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique encore plus polluant et gaspilleur que le mod&#232;le capitaliste de r&#233;f&#233;rence, et encore moins efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le m&#233;pris pour les besoins des masses, leur exclusion des d&#233;cisions politique et la volont&#233; de les maintenir dans un &#233;tat d'atomisation sociale ont conduit &#224; des choix largement irrationnels dans toute une s&#233;rie de domaines (am&#233;nagement du territoire, architecture, urbanisme,&#8230; pour ne pas parler de la collectivisation forc&#233;e de l'agriculture). Ces choix ont eu pour effet d'aggraver le gaspillage des ressources et l'inefficience &#233;nerg&#233;tique de l'ensemble, sans compter les graves cons&#233;quences dans d'autres domaines, notamment en mati&#232;re de pollution et de sant&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale, les &#233;missions de l'URSS et de certains pays d'Europe centrale ont commenc&#233; &#224; repr&#233;senter une part significative des &#233;missions mondiales. La comparaison des tonnages de gaz carbonique &#233;mis par personne et par an dans ces pays avec les tonnages &#233;mis &#224; l'&#233;poque dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s montre bien la responsabilit&#233; sp&#233;cifique du &#171; socialisme r&#233;el &#187; dans le d&#233;traquage du climat. Juste avant la chute du Mur, par exemple, la Tch&#233;coslovaquie &#233;mettait 20,7 tCO2/hab/an et la RDA 22 tCO2/hab/an. A titre de comparaison, les USA, le Canada et l'Australie - les plus importants &#233;metteurs de CO2 du monde capitaliste d&#233;velopp&#233; - &#233;mettaient &#224; cette &#233;poque respectivement 18,9, 16,2 et 15 tCO2/pers/an, pour un PNB par habitant largement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Les changements climatiques sont porteurs de cons&#233;quences catastrophiques pour l'humanit&#233; et les &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement climatique est porteur de cons&#233;quences catastrophiques pour l'humanit&#233; ainsi que pour les &#233;cosyst&#232;mes. Il n'y a aucun doute que ses effets n&#233;gatifs l'emportent nettement sur les effets positifs, m&#234;me pour une hausse de temp&#233;rature limit&#233;e. Selon le GIEC [1] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour tout accroissement de temp&#233;rature entre +1&#176;C et +5&#176;C, la s&#233;cheresse devrait s'intensifier dans les r&#233;gions subtropicales et dans les r&#233;gions tropicales semi-arides. A partir de +2&#176;C, des millions de gens suppl&#233;mentaires pourraient &#234;tre soumis &#224; des inondations c&#244;ti&#232;res chaque ann&#233;e. A partir de +3&#176;C, 30% environ des zones humides c&#244;ti&#232;res seraient perdues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s maintenant, le r&#233;chauffement diminue les r&#233;coltes des petits fermiers et les prises des petits p&#234;cheurs, qui produisent des moyens de subsistance pour les populations locales. A partir de +1&#176;C, on projette des pertes accrues de productivit&#233; de certaines c&#233;r&#233;ales dans les r&#233;gions tropicales, et, &#224; partir de +3,5&#176;C, une perte de productivit&#233; pour toutes les c&#233;r&#233;ales &#224; ces latitudes. Dans les r&#233;gions temp&#233;r&#233;es (haute latitude), les mod&#232;les indiquent une hausse de productivit&#233; pour certaines c&#233;r&#233;ales &#224; partir de +1&#176;C, mais une baisse de productivit&#233; de plus en plus g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; partir de + 3,5&#176;C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s maintenant aussi, les syst&#232;mes de sant&#233; sont confront&#233;s &#224; une charge suppl&#233;mentaire due &#224; la malnutrition, &#224; la diarrh&#233;e, aux maladies cardio-respiratoires et infectieuses, dont l'augmentation est une cons&#233;quence des changements climatiques. La morbidit&#233; et la mortalit&#233; accrues lors des canicules, inondations et s&#233;cheresses se fait d&#233;j&#224; sentir, de m&#234;me que la modification des aires de distribution de certains insectes vecteurs de maladies (anoph&#232;les transmettant la malaria, tiques transmettant la maladie de Lyme, ...). De plus, la combustion des combustibles fossiles contribue &#224; la pollution de l'air, notamment par les particules fines qui sont une cause majeure de l'accroissement extr&#234;mement pr&#233;occupant des maladies respiratoires telles que l'asthme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A partir de +1&#176;C, on estime que 30% des esp&#232;ces animales et v&#233;g&#233;tales courront un risque accru d'extinction. Quant &#224; une hausse de +5&#176;C, elle signifierait des extinctions significatives d'esp&#232;ces dans toutes les r&#233;gions du globe. Ces projections sont d'autant plus alarmantes que d'autres facteurs (tels que l'utilisation des sols) contribuent aujourd'hui d&#233;j&#224; &#224; une vague d'extinction plus importante et plus rapide que celle que la Terre a connue lors de la disparition des dinosaures, il y a soixante millions d'ann&#233;es. Outre ses importants aspects esth&#233;tiques, affectifs et culturels, cet appauvrissement radical du vivant constitue une grave menace. La biodiversit&#233; conditionne en effet les capacit&#233;s d'adaptation des &#233;cosyst&#232;mes, notamment des &#233;cosyst&#232;mes cultiv&#233;s, par exemple les possibilit&#233;s de s&#233;lection de plantes de culture adapt&#233;es aux changements climatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A partir de +2,5&#176;C environ, de 15% &#224; 40% des &#233;cosyst&#232;mes terrestres commenceraient &#224; &#233;mettre plus de CO2 qu'ils n'en absorbent , ce qui signifie que la saturation du cycle du carbone s'accro&#238;trait et que le r&#233;chauffement s'auto-alimenterait selon un effet boule de neige incontr&#244;lable (&#171; runaway climate change &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan humain, selon certaines projections, le nombre de victimes suppl&#233;mentaires des ces fl&#233;aux tendrait &#224; augmenter de plus en plus rapidement en fonction de la hausse de temp&#233;rature. Pour une hausse de +3,25&#176;C (par rapport &#224; la p&#233;riode pr&#233;-industrielle), situ&#233;e &#224; peu pr&#232;s au milieu des projections du GIEC, les inondations c&#244;ti&#232;res feraient entre 100 et 150 millions de victimes d'ici 2050, les famines jusqu'&#224; 600 millions et la malaria 300 millions, tandis que la p&#233;nurie d'eau pourrait frapper jusqu'&#224; 3,5 milliards de personnes suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces estimations sont &#233;videmment frapp&#233;es d'incertitudes plus ou moins fortes. De plus, les impacts sont fonction de facteurs sociaux qui peuvent les accro&#238;tre ou les r&#233;duire dans une certaine mesure, surtout si le r&#233;chauffement reste limit&#233;. Il reste que, &#224; politique inchang&#233;e, l'ampleur g&#233;n&#233;rale des menaces est consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. D&#232;s &#224; pr&#233;sent, les peuples du Sud paient un lourd tribut au basculement climatique dont ils seront les principales victimes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;326 catastrophes climatiques ont &#233;t&#233; enregistr&#233;es en moyenne chaque ann&#233;e entre 2000 et 2004 ; elles ont fait 262 millions de victimes - pr&#232;s de trois fois plus qu'entre 1980 et 1984. Plus de 200 millions d'entre elles vivaient dans des pays non-membres de l'OCDE qui ne portent qu'une responsabilit&#233; marginale dans l'accroissement de l'effet de serre. Pour les ann&#233;es 2000-2004, un habitant sur 19 a &#233;t&#233; affect&#233; par une catastrophe climatique dans les pays en d&#233;veloppement. Le chiffre correspondant pour les pays de l'OCDE est de 1 sur 1500 (79 fois moins). [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de politique ad&#233;quate, cette injustice climatique est appel&#233;e &#224; s'accentuer pour atteindre des proportions dramatiques. Le Programme des Nations Unies pour le D&#233;veloppement le reconna&#238;t : du fait du changement climatique, m&#234;me les &#171; Objectifs du Mill&#233;naire &#187; ne seront pas r&#233;alis&#233;s, alors qu'ils sont notoirement insuffisants. En cas de catastrophe climatique, certains pays parmi les plus pauvres risquent d'entrer dans une spirale de r&#233;gression sociale et &#233;conomique sans issue. Par exemple, l'immense majorit&#233; des centaines de millions d'&#234;tres humains menac&#233;s par la mont&#233;e du niveau des oc&#233;ans vivent en Chine (30 millions), en Inde (30 millions), au Bangladesh (15-20 millions), en Egypte (10 millions), ou dans d'autres deltas -notamment M&#233;kong, Niger- (10 millions)&#8230; Pour une hausse d'un m&#232;tre du niveau des oc&#233;ans, un quart de la population du Vietnam devrait d&#233;m&#233;nager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e de l'ins&#233;curit&#233; alimentaire est une autre manifestation criante de l'injustice climatique. Selon certaines sources, le potentiel de production agricole des pays d&#233;velopp&#233;s pourrait augmenter de 8% &#224; l'horizon 2080 alors que celui des pays en voie de d&#233;veloppement diminuerait de 9%. L'Am&#233;rique latine et l'Afrique seraient les continents les plus affect&#233;s, avec des pertes de productivit&#233; sup&#233;rieures &#224; 12%, voire &#224; 15%. Dans certaines r&#233;gions d'Afrique subsaharienne et d'Asie, la productivit&#233; de l'agriculture non irrigu&#233;e pourrait &#234;tre r&#233;duite de moiti&#233; dans les 20 ans qui viennent, selon le GIEC. Les cons&#233;quences risquent de se d&#233;cliner en termes de d&#233;pendance renforc&#233;e vis-&#224;-vis de l'agrobusiness capitaliste, de mainmise croissante des latifundistes, de pauvret&#233; et de famine accrues frappant les petits paysans, d'exode rural et de d&#233;gradations environnementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. L'exemple du cyclone Katrina montre les dangers pour les travailleurs et les pauvres des pays d&#233;velopp&#233;s &#233;galement.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 2005, le cyclone Katrina qui a frapp&#233; la Nouvelle Orl&#233;ans a montr&#233; que les fractions les plus pauvres de la classe ouvri&#232;re dans les pays d&#233;velopp&#233;s sont &#224; peine mieux loties face au changement climatique que les masses des pays domin&#233;s : elles habitent dans les zones les plus expos&#233;es aux catastrophes, n'ont pas les moyens de fuir (ou craignent de le faire par peur de ne pas pouvoir revenir et de tout perdre), leurs biens ne sont pas ou insuffisamment assur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Katrina a entra&#238;n&#233; la mort de 1500 personnes et le d&#233;placement de 780.000 autres. 750.000 d'entre elles n'&#233;taient couvertes par aucun r&#233;gime d'assurances. New Orleans comptait 28% de pauvres (moyenne US : 12%) et 35% de pauvres parmi la population afro-am&#233;ricaine (moyenne US : 25%). Les quartiers o&#249; ils vivaient ont &#233;t&#233; les plus touch&#233;s. 75% de la population dans les quartiers inond&#233;s &#233;tait noire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute d'&#233;vacuation prise en charge par les pouvoirs publics, 138.000 des 480.000 habitants de la ville ont &#233;t&#233; pris au pi&#232;ge. Sans eau potable, sans &#233;lectricit&#233;, sans t&#233;l&#233;phone, ils ont attendu plus de cinq jours avant d'&#234;tre secourus. L'immense majorit&#233; d'entre eux &#233;taient des travailleurs pauvres, des ch&#244;meurs, des enfants pauvres, des personnes &#226;g&#233;es sans ressources. Ce bilan est ins&#233;parable de la politique de classe, imp&#233;rialiste et raciste de la bourgeoisie US en g&#233;n&#233;ral, et de l'administration Bush en particulier. A partir de 2003, pour financer la &#171; guerre contre le terrorisme &#187;, l'Etat f&#233;d&#233;ral a diminu&#233; syst&#233;matiquement les budgets du service charg&#233; de l'entretien des digues ; pour l'ann&#233;e 2005, ce service avait re&#231;u &#224; peine le sixi&#232;me des moyens demand&#233;s. Cette politique arrogante et brutale s'est poursuivie apr&#232;s la catastrophe, &#224; travers une strat&#233;gie de reconstruction visant &#224; chasser les pauvres de la ville et &#224; attaquer les acquis sociaux des travailleurs (suppression du salaire minimum, notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bilan est ins&#233;parable aussi des autres in&#233;galit&#233;s sociales qui caract&#233;risent la soci&#233;t&#233; capitaliste, en premier lieu les in&#233;galit&#233;s impos&#233;es aux femmes. Ce n'est pas par hasard que les femmes afro-am&#233;ricaines (et leurs enfants) ont pay&#233; le plus lourd tribut &#224; la catastrophe. D'une part, les femmes sont en premi&#232;re ligne face aux menaces climatiques parce qu'elles repr&#233;sentent 80% des 1,3 milliards d'&#234;tres humains vivant sous le seuil de pauvret&#233;. D'autre part, elles sont frapp&#233;es d'une mani&#232;re sp&#233;cifique, du fait de leur oppression. Dans les pays les moins d&#233;velopp&#233;s, les changements climatiques entra&#238;nent par exemple l'alourdissement de la collecte du bois de chauffe et la r&#233;duction des revenus provenant des travaux agricoles, deux t&#226;ches assum&#233;es majoritairement par les femmes. Dans les pays plus d&#233;velopp&#233;s, la pr&#233;carit&#233; de l'emploi, le travail &#224; temps partiel et les bas salaires touchent en particulier les femmes, et celles-ci ont de ce fait moins de possibilit&#233;s de se pr&#233;munir contre les effets des CC. Dans les deux cas, les cons&#233;quences touchent affectent encore plus durement les femmes seules avec enfants et, parmi ceux-ci, les filles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; II. LES CONTRAINTES PHYSIQUES ET HUMAINES DU SAUVETAGE DU CLIMAT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8. L'urgence est maximale. M&#234;me une r&#233;duction tr&#232;s radicale et rapide des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre ne semble plus permettre de ne pas franchir le seuil de dangerosit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le GIEC, le maintien des tendances actuelles en mati&#232;re d'&#233;missions impliquerait, d'ici 2100, une hausse de la temp&#233;rature moyenne de surface comprise entre +1,1 et +6,4&#176;C par rapport &#224; 1990. L'ampleur de la fourchette s'explique par la double incertitude qui d&#233;coule des mod&#232;les climatiques, d'une part, et des sc&#233;narios de d&#233;veloppement humain, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1990 et 2006, la hausse observ&#233;e des temp&#233;ratures s'est situ&#233;e dans la partie haute de la fourchette des projections. Sur cette base empirique, on est amen&#233; &#224; conclure que l'humanit&#233; risque d'&#234;tre confront&#233;e &#224; relativement court terme &#224; un &#233;cart thermique d'au moins +4,5&#176;C par rapport &#224; la fin du 18e si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel &#233;cart repr&#233;senterait un changement des conditions d'existence au moins aussi consid&#233;rable que celui qui s&#233;pare l'&#233;poque actuelle de la derni&#232;re glaciation, il y a 20.000 ans. Mais, loin de prendre des mill&#233;naires, le changement pourrait s'op&#233;rer en quelques si&#232;cles, voire moins. Cette rapidit&#233; diminue s&#233;rieusement les possibilit&#233;s d'adaptation, tant pour les soci&#233;t&#233;s humaines que pour les &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1996, l'UE faisait d'une hausse maximale de 2&#176;C l'objectif de sa politique climatique. La d&#233;cision &#233;tait prise sur base des estimations de l'&#233;poque concernant le seuil de dangerosit&#233;. Depuis lors, ces estimations sont revues &#224; la baisse, les experts situant le seuil plut&#244;t autour de 1,7&#176;C. On constate en effet que, pour une telle hausse, les risques sont d&#233;j&#224; &#233;lev&#233;s, tout particuli&#232;rement dans trois domaines : d&#233;clin de la biodiversit&#233;, hausse du niveau des oc&#233;ans et productivit&#233; agricole des pays tropicaux ou subtropicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La temp&#233;rature moyenne de surface de la Terre a d&#233;j&#224; augment&#233; de 0,7&#176;C depuis la p&#233;riode pr&#233;-industrielle et un r&#233;chauffement diff&#233;r&#233; de 0,6&#176;C est probablement d&#233;j&#224; &#171; dans le pipe-line &#187;. Par cons&#233;quent, la marge de man&#339;uvre pour sauver le climat est extr&#234;mement &#233;troite. L'urgence doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme maximale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gaz &#224; effet de serre ont une dur&#233;e de vie plus ou moins longue dans l'atmosph&#232;re (150 ans environ pour le CO2). Il en d&#233;coule que la stabilisation de la temp&#233;rature implique non pas une stabilisation des &#233;missions mais une r&#233;duction, d'autant plus rapide et s&#233;v&#232;re que l'objectif de stabilisation est bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sc&#233;nario le plus radical test&#233; par le GIEC dans le cadre de son quatri&#232;me rapport d'&#233;valuation (2007) consiste en une stabilisation de la concentration atmosph&#233;rique en CO2 entre 350 et 400 parts par millions (ppm), correspondant &#224; 445-490 ppm d'&#233;quivalents CO2 [3]. Ce sc&#233;nario implique (i) de r&#233;duire les &#233;missions globales de 50 &#224; 85% d'ici 2050 et (ii) que la quantit&#233; de gaz &#224; effet de serre &#233;mise au niveau mondial commence &#224; d&#233;cliner au plus tard en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays d&#233;velopp&#233;s sont responsables &#224; plus de 70% du changement climatique, parce qu'ils br&#251;lent des combustibles fossiles depuis plus de deux cents ans. Les efforts des pays d&#233;velopp&#233;s et des pays domin&#233;s doivent donc &#234;tre ventil&#233;s en fonction des responsabilit&#233;s historiques. Dans ce cas, les premiers devraient diminuer leurs &#233;missions de 80 &#224; 95% d'ici 2050, en passant par une r&#233;duction de 25 &#224; 40% d'ici 2020. Quant aux seconds, il faudrait que leurs &#233;missions &#171; d&#233;vient substantiellement par rapport au sc&#233;nario de r&#233;f&#233;rence &#187; d'ici 2020, selon le GIEC (2050 pour l'Afrique). [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CO2 est un produit in&#233;vitable de toute combustion et la combustion des combustibles fossiles assure 80% de la fourniture d'&#233;nergie au niveau mondial. Les objectifs ci-dessus repr&#233;sentent donc un d&#233;fi colossal. Ils ne signifient rien moins qu'un abandon quasi-total de l'usage des combustibles fossiles, &#224; r&#233;aliser en moins d'un si&#232;cle, ce qui n&#233;cessite une mutation socio-&#233;conomique extr&#234;mement profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les objectifs ci-dessus &#233;taient atteints, la hausse de temp&#233;rature d&#233;passerait l&#233;g&#232;rement 2&#176;C : le GIEC la chiffre entre 2 et 2,4&#176;C &#224; l'&#233;quilibre (dans un mill&#233;naire environ). En d'autres termes, il ne semble plus possible de ne pas d&#233;passer le seuil de dangerosit&#233;. On ne peut en tirer qu'une seule conclusion rationnelle : les objectifs de r&#233;duction les plus contraignants s'imposent, non comme une vague indication d'un but &#224; atteindre dans la mesure du possible, mais comme un &#171; must &#187; incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9. Les objectifs &#224; adopter sont d'autant plus imp&#233;ratifs que les rapports du GIEC sous-estiment certains param&#232;tres des changements climatiques.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour prendre toute la mesure du d&#233;fi, il convient de pr&#233;ciser que les conclusions du GIEC reposent sur des hypoth&#232;ses conservatrices, de sorte que la prudence devrait commander de prendre les projections les plus pessimistes comme base de l'action &#224; mener, et de les consid&#233;rer comme le minimum n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; de cette prudence ressort notamment de deux &#233;l&#233;ments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) le GIEC sous-estime les ph&#233;nom&#232;nes non-lin&#233;aires. Un des principaux facteurs d'incertitude des projections r&#233;side dans la grande complexit&#233; des ph&#233;nom&#232;nes dits &#171; non-lin&#233;aires &#187;, tels que la dislocation possible des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique. Contrairement &#224; la fonte des glaces, qui est un ph&#233;nom&#232;ne continu, la dislocation des calottes progresse par bonds et, jusqu'&#224; pr&#233;sent, elle n'est pas mod&#233;lisable. Ceci contribue sans doute &#224; expliquer que la mont&#233;e observ&#233;e du niveau des oc&#233;ans ait &#233;t&#233; de 3mm/an de 1990 &#224; 2006, soit 60% de plus que les projections des mod&#232;les. La quantit&#233; totale de glace accumul&#233;e au Groenland et en Antarctique &#233;quivaut respectivement &#224; 6 m&#232;tres et &#224; 60 m&#232;tres environ de hausse du niveau des oc&#233;ans. Or, selon certains sp&#233;cialistes, la concentration atmosph&#233;rique en CO2 est en train de franchir &#8211; dans l'autre sens - le seuil qualitatif correspondant &#224; la formation de la calotte antarctique, il y a 35 millions d'ann&#233;es. Une d&#233;b&#226;cle partielle brutale serait d&#232;s lors possible &#224; court ou moyen terme. Elle pourrait entra&#238;ner une hausse de plusieurs m&#232;tres du niveau des oc&#233;ans en moins d'un si&#232;cle. C'est une des menaces les plus s&#233;rieuses que le changement climatique fait peser &#224; court et moyen terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) le GIEC surestime la baisse spontan&#233;e de l'intensit&#233; en carbone de l'&#233;conomie. Produire une unit&#233; de PIB n&#233;cessite une certaine quantit&#233; d'&#233;nergie fossile, donc un certain volume d'&#233;missions. On constate empiriquement que cette &#171; intensit&#233; en &#233;nergie &#187; et cette &#171; intensit&#233; en carbone &#187; de l'&#233;conomie ont diminu&#233; assez r&#233;guli&#232;rement depuis la r&#233;volution industrielle [5]. Si cette tendance se poursuivait, il va de soi que l'effort &#224; consentir pour r&#233;duire les &#233;missions dans une proportion donn&#233;e serait moins grand que si l'intensit&#233; &#233;tait stationnaire, ou augmentait. Les travaux du GIEC sont bas&#233;s sur cette hypoth&#232;se. Or, celle-ci est contredite par la r&#233;alit&#233; observ&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es : depuis 2000, on note un d&#233;passement par rapport aux projections. Il est d&#251; notamment aux investissements massifs du capital en Chine et en Inde, qui ont entra&#238;n&#233; la construction dans ces pays de nombreuses centrales au charbon, produisant une &#233;lectricit&#233; &#224; bon march&#233; &#8211; et des produits &#224; bon march&#233; pour le march&#233; occidental. Selon certaines sources, 17% de la hausse des &#233;missions mondiales depuis 2000 serait dus &#224; la hausse de l'intensit&#233; en carbone de l'&#233;conomie, autrement dit &#224; l'emploi de technologies plus polluantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10. La r&#233;duction des &#233;missions &#224; la source est la seule strat&#233;gie structurelle. La r&#233;duction des &#233;missions provenant de la combustion des combustibles fossiles est prioritaire.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oriquement, la r&#233;duction de la concentration atmosph&#233;rique en carbone peut &#234;tre envisag&#233;e selon trois voies : protection et d&#233;veloppement des for&#234;ts (&#171; puits de carbone &#187;), capture et s&#233;questration g&#233;ologique du CO2, r&#233;duction des &#233;missions &#224; la source. Seule la r&#233;duction des &#233;missions offre une solution structurelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;forestation &#233;tant la deuxi&#232;me cause d'&#233;mission de gaz &#224; effet de serre, la protection des for&#234;ts existantes est un moyen de ne pas aggraver le changement climatique. Mais ce n'est pas une solution structurelle : (i) parce qu'une for&#234;t m&#226;ture &#233;met autant de carbone (par la respiration) qu'elle en absorbe (par la photosynth&#232;se), (ii) parce que le r&#233;chauffement, &#224; partir d'un certain point, am&#232;nera comme on l'a vu les for&#234;ts &#224; &#233;mettre plus de carbone qu'elles n'en absorbent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les arbres en croissance absorbent plus de carbone qu'ils n'en &#233;mettent. A certaines conditions sociales et &#233;cologiques, planter des arbres peut donc &#234;tre un moyen transitoire de lutter contre les changements climatiques. Mais il ne s'agit pas non plus d'une solution structurelle, car : (i) l'extension des for&#234;ts est limit&#233;e par les surfaces disponibles et (ii) le carbone stock&#233; est lib&#233;r&#233; quand on abat les arbres (ou un certain temps apr&#232;s, en fonction de l'usage du bois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; capture et s&#233;questration du carbone &#187; (CSC) consiste &#224; isoler le CO2 des fum&#233;es &#224; la sortie des usines polluantes pour l'injecter ensuite &#224; grande profondeur dans des couches g&#233;ologiques &#233;tanches. Les sites de stockage possibles semblent d'une grande capacit&#233;. L'engouement pour cette technologie s'explique du fait qu'elle permettrait d'utiliser les r&#233;serves de charbon, qui sont beaucoup plus importantes que les r&#233;serves de p&#233;trole et de gaz. Cependant, il est clair que la CSC n'est pas non plus une solution structurelle : les r&#233;servoirs ont forc&#233;ment une capacit&#233; finie et seul le CO2 &#233;mis par les grandes entreprises peut &#234;tre capt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction &#224; la source des &#233;missions de GES constitue donc fondamentalement la seule r&#233;ponse structurelle au probl&#232;me de la saturation du cycle du carbone. Des strat&#233;gies de r&#233;duction peuvent &#234;tre mises en &#339;uvre pour tous les gaz concern&#233;s, mais la r&#233;duction radicale des &#233;missions de CO2 provenant de la combustion des combustibles fossiles constitue l'axe strat&#233;gique du sauvetage du climat : (i) parce que la combustion des combustibles fossiles est la cause principale du r&#233;chauffement, (ii) parce que le CO2 est de loin le principal GES et (iii) parce que sa dur&#233;e de vie dans l'atmosph&#232;re est relativement longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre ces motifs techniques, il va de soi que, du point de vue social, on ne peut pas mettre sur le m&#234;me pied la r&#233;duction des &#233;missions de CO2 fossile r&#233;sultant du transport automobile ou a&#233;rien, d'une part, et celle des &#233;missions de m&#233;thane r&#233;sultant de la culture du riz, ou les &#233;missions de CO2 non fossile r&#233;sultant de l'agriculture sur br&#251;lis pratiqu&#233;e par des peuples indig&#232;nes vivant de la for&#234;t, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11. La baisse absolue de la consommation d'&#233;nergie dans les pays d&#233;velopp&#233;s conditionne le passage aux renouvelables et le sauvetage du climat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction radicale des &#233;missions de CO2 fossile implique de recourir conjointement &#224; deux leviers : (i) le remplacement du p&#233;trole, du charbon et du gaz naturel par des &#233;nergies renouvelables ; (ii) la r&#233;duction de la consommation &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le potentiel technique de l'&#233;nergie solaire sous ses diff&#233;rentes formes (&#233;olienne, solaire thermique, solaire photovolta&#239;que, hydraulique, marine) &#233;quivaut 7 &#224; 10 fois la consommation mondiale d'&#233;nergie [6]. Il pourrait augmenter tr&#232;s consid&#233;rablement dans les d&#233;cennies qui viennent, gr&#226;ce aux progr&#232;s de la recherche scientifique et technique. La d&#233;carbonisation totale de l'&#233;conomie mondiale sans recours au nucl&#233;aire et sans recul social n'est donc pas une abstraction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cet &#233;norme potentiel technique ne valide pas un sc&#233;nario dans lequel les sources renouvelables viendraient simplement remplacer les sources fossiles, toutes autres choses restant &#233;gales par ailleurs. En effet, (i) l'&#233;nergie solaire est diffuse, (ii) elle se pr&#233;sente sous diverses formes plus ou moins utilisables en diff&#233;rentes r&#233;gions du globe, (iii) la plupart de ces formes sont intermittentes, de sorte que leur emploi n&#233;cessite le d&#233;veloppement de syst&#232;mes de stockage de l'&#233;nergie, avec recours &#224; de nouveaux vecteurs et infrastructures ad hoc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que la transition vers les renouvelables implique la construction d'un nouveau syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique international, d&#233;centralis&#233;, diversifi&#233;, &#233;conome, orient&#233; vers la maximisation de l'efficience, bas&#233; uniquement sur l'exploitation du potentiel solaire. Il s'agit d'une entreprise gigantesque et qui n&#233;cessite des investissements importants. Donc une &#233;nergie qui, au moins dans les premi&#232;res phases de la transition, ne peut &#234;tre que d'origine majoritairement fossile - donc source d'&#233;missions suppl&#233;mentaires - ou&#8230; nucl&#233;aire &#8211; donc source de dangers &#233;cologiques, sociaux et politiques inacceptables (cf. infra).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que, pour ne pas trop d&#233;passer 2&#176;C de hausse de la temp&#233;rature, les &#233;missions mondiales devraient commencer &#224; diminuer au plus tard en 2015. Il en d&#233;coule que les &#233;missions suppl&#233;mentaires g&#233;n&#233;r&#233;es par la transition doivent imp&#233;rativement &#234;tre compens&#233;es par ailleurs. En d'autres termes, concr&#232;tement, l'urgence et la gravit&#233; de la situation climatique sont telles que le passage aux renouvelables, dans l'&#233;tat actuel des connaissances, n'offre une issue que s'il est strictement conditionn&#233; par une r&#233;duction drastique de la consommation d'&#233;nergie dans les pays les plus &#171; &#233;nergivores &#187;. Un telle r&#233;duction implique &#224; son tour une baisse &#8211; non proportionnelle mais n&#233;anmoins importante - des &#233;changes de mati&#232;res, c'est-&#224;-dire de la production et de la consommation mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le CC vient ainsi confirmer de fa&#231;on d&#233;cisive les consid&#233;rations environnementales plus g&#233;n&#233;rales sur l'insoutenabilit&#233; du rythme de plus en plus rapide auquel l'&#233;conomie capitaliste pr&#233;l&#232;ve des ressources dans l'environnement naturel, sans tenir compte du temps n&#233;cessaire &#224; leur renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12. La diminution de la consommation d'&#233;nergie des pays d&#233;velopp&#233;s doit &#234;tre drastique. Elle peut &#234;tre synonyme non seulement de maintien des acquis mais aussi de progr&#232;s social.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction de la consommation d'&#233;nergie concerne essentiellement les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, o&#249; le potentiel de r&#233;duction des &#233;missions par &#233;conomie d'&#233;nergie est extr&#234;mement consid&#233;rable. Les diff&#233;rences entre pays en attestent : par exemple, un habitant des USA consomme en moyenne 8 tep/an, un Suisse 4 tep, pour un niveau de vie comparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique tr&#232;s &#233;lev&#233;es, les estimations courantes des potentiels de r&#233;duction sont largement sous-estim&#233;es. En effet, elles ignorent la plupart des m&#233;canismes structurels qui font de la soci&#233;t&#233; capitaliste une machine &#224; gaspiller l'&#233;nergie et les ressources : tendance &#224; la surproduction et &#224; la surconsommation, productions inutiles ou nuisibles (industrie de la publicit&#233;, fabrication d'armes, etc.), production s&#233;par&#233;e e chaleur et d'&#233;lectricit&#233;, m&#233;diocre efficience &#233;nerg&#233;tique des appareils de toutes sortes, d&#233;localisation massive de la production vers les pays &#233;mergents produisant pour le march&#233; des pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, hypertrophie du transport due &#224; la production just in time pour le march&#233; mondial et &#224; la flexibilit&#233; du travail, obsolescence acc&#233;l&#233;r&#233;e des produits, aberrations des destructions/reconstructions dues aux guerres, absurde am&#233;nagement capitaliste du territoire (expansion des banlieues, parcs industriels, etc.), sans compter la fr&#233;n&#233;sie de possession mat&#233;rielle des riches et la compensation du mal-&#234;tre social de masse par la consommation compulsive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diviser le besoin d'&#233;nergie par deux dans l'UE et au Japon et par quatre aux USA est un objectif techniquement r&#233;alisable. Au vu des m&#233;canismes concrets du gaspillage &#233;nerg&#233;tique, c'est peu dire que cet objectif est compatible avec un maintien des acquis sociaux : il peut &#234;tre synonyme d'un important progr&#232;s social. Cela d&#233;pend de choix politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13. Il n'est plus possible de sauver le climat sans la participation du Sud. Le droit au d&#233;veloppement des peuples du Sud ne peut se concr&#233;tiser que par le recours &#224; des technologies propres.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les efforts les plus drastiques au niveau des pays d&#233;velopp&#233;s ne suffiraient plus &#224; sauver le climat. Au-del&#224; d'un d&#233;lai de quelques ann&#233;es &#224; peine, une certaine participation des pays domin&#233;s, en priorit&#233; des grands pays &#233;mergents, est devenue indispensable. Les chiffres du GIEC, &#233;tablis sur base des responsabilit&#233;s historiques diff&#233;renci&#233;es, stipulent que ces pays doivent &#171; d&#233;vier substantiellement par rapport au sc&#233;nario de r&#233;f&#233;rence &#187; &#224; l'horizon 2020 (2050 pour l'Afrique). Une d&#233;viation de 15 &#224; 30% par rapport au sc&#233;nario d'&#233;missions &#171; business as usual &#187; peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e par une combinaison de protection des for&#234;ts et de hausse de l'efficience &#233;nerg&#233;tique. Mais, ind&#233;pendamment des strat&#233;gies sociales, la concr&#233;tisation du droit fondamental au d&#233;veloppement social et &#233;conomique n&#233;cessite imp&#233;rativement la mise en &#339;uvre de technologies propres, afin que ces pays puissent sauter par-dessus le sch&#233;ma &#233;conomique bas&#233; sur les combustibles fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14. Il ne suffit pas de lutter contre les changements climatiques, il faut s'adapter &#224; la partie d&#233;sormais in&#233;vitable du ph&#233;nom&#232;ne. C'est un enjeu majeur pour les peuples du Sud.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me une r&#233;duction extr&#234;mement radicale et rapide des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre ne permettrait plus d'emp&#234;cher le changement climatique, dont les effets se font d&#233;j&#224; sentir. Toute strat&#233;gie de lutte, quelle qu'elle soit, doit donc articuler l'att&#233;nuation (mitigation) du ph&#233;nom&#232;ne et l'adaptation &#224; la partie d&#233;sormais in&#233;vitable de ses effets, et ce &#224; l'&#233;chelle mondiale, en fonction des responsabilit&#233;s historiques des pays et de leurs capacit&#233;s. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, att&#233;nuation et adaptation sont li&#233;es de telle sorte que, au plus la premi&#232;re sera forte et rapide, au plus la seconde sera limit&#233;e, et inversement. Au-del&#224; de 2&#176;C de hausse de la temp&#233;rature par rapport &#224; la p&#233;riode pr&#233;-industrielle, l'adaptation deviendra de plus en plus probl&#233;matique et co&#251;teuse. A partir d'un certain niveau, elle sera impossible - sauf au prix de catastrophes humaines faisant des centaines de millions de victimes et des d&#233;sastres &#233;cologiques de tr&#232;s grande ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adaptation ne se limite pas &#224; la construction ou au renforcement d'infrastructures de protection des populations (digues contre les inondations ou la mont&#233;e du niveau des eaux, bassins d'orage, syst&#232;mes d'&#233;go&#251;tage, etc), d'une part, et &#224; l'accroissement des moyens mobilisables en cas de catastrophe, d'autre part. Le changement climatique affecte toutes les sph&#232;res de la vie sociale et tous les &#233;cosyst&#232;mes, et risque de les affecter encore plus &#224; l'avenir. Des mesures d'adaptation doivent &#234;tre prises dans de tr&#232;s nombreux domaines : gestion des ressources hydriques, am&#233;nagement du territoire, agriculture, sylviculture, sant&#233; publique, politique environnementale (sauvegarde des zones humides et des mangroves, notamment), habitudes alimentaires, assurance contre les risques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adaptation constitue un d&#233;fi majeur pour les pays domin&#233;s, o&#249; les effets du changement climatique se font d&#233;j&#224; sentir de la fa&#231;on la plus nette. Les pays d&#233;velopp&#233;s investissent massivement dans l'adaptation chez eux. Or, &#233;tant les principaux responsables du CC, il leur revient de payer les frais aff&#233;rents &#224; l'adaptation des pays moins d&#233;velopp&#233;s. Selon l'estimation du PNUD, cela implique un transfert financier Nord-Sud de 86 milliards/an &#224; l'horizon 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des aspects techniques, la mesure d'adaptation la plus importante est en r&#233;alit&#233; la suppression de la pauvret&#233; et la r&#233;duction drastique des in&#233;galit&#233;s sociales. En effet, la capacit&#233; d'adaptation est directement fonction des ressources, des droits sociaux et de l'efficacit&#233; des syst&#232;mes de protection sociale. L'adaptation constitue donc un enjeu particuli&#232;rement important pour les femmes des pays les plus pauvres, et partant pour la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, puisque le travail des femmes assure quelque 80% de la production alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15. Le niveau de la population est un param&#232;tre de l'&#233;volution du climat, pas une cause du changement climatique. La poursuite de la transition d&#233;mographique est souhaitable, mais aucune politique de contr&#244;le de la population ne permet de relever le d&#233;fi climatique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution de la population mondiale influe &#233;videmment sur les sc&#233;narios de stabilisation du climat : pour une population de six milliards, diviser les &#233;missions par deux revient &#224; dire que chaque &#234;tre humain peut &#233;mettre 0,5 tonnes de carbone par an ; pour une population de neuf milliards, toutes autres choses &#233;tant &#233;gales, les &#233;missions devraient &#234;tre divis&#233;es par trois, de sorte que le quota annuel de carbone serait ramen&#233; &#224; 0,25 tonnes/personne environ. Mais cette pr&#233;sentation agr&#233;g&#233;e escamote le fait qu'un pays comme les USA, par exemple, avec 5% de la population mondiale, consomme 25% des ressources &#233;nerg&#233;tiques et est responsable d'un quart des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pays d&#233;velopp&#233;s &#233;mettent entre huit et vingt fois plus de CO2/habitant et par an que les pays domin&#233;s. Si on consid&#232;re la p&#233;riode 1950-1990, on constate que : (i) la hausse de la population dans les pays dits &#171; en d&#233;veloppement &#187; a contribu&#233; nettement moins &#224; l'augmentation des &#233;missions de CO2 que la hausse de la consommation dans les pays d&#233;velopp&#233;s, et m&#234;me que la hausse de la population dans ces pays ; (ii) si les pays du Sud avaient bloqu&#233; leur population au niveau de 1950 tout en adoptant le niveau d' &#233;missions de CO2 par habitant du Nord, le r&#233;chauffement serait beaucoup plus grave que ce que nous connaissons ; (iii) par contre, si les &#233;missions par habitant des pays du pays du Nord avaient &#233;t&#233; &#233;gales aux &#233;missions par habitant des pays du Sud, le r&#233;chauffement serait nettement moins grave que ce que nous connaissons, m&#234;me en l'absence de toute politique de contr&#244;le d&#233;mographique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mographie, celle des pays en d&#233;veloppement en particulier, ne peut donc pas &#234;tre d&#233;sign&#233;e comme la cause principale, ni m&#234;me comme une cause majeure du changement climatique. L'augmentation de la population, dans les pays d&#233;velopp&#233;s d'abord, dans les pays domin&#233;s ensuite, est elle-m&#234;me un produit du mode de production et de consommation cr&#233;&#233; avec la R&#233;volution industrielle. La surpopulation relative est un trait majeur de la loi de population du capitalisme, qui a besoin en permanence d'une &#171; arm&#233;e de r&#233;serve &#187;. Il ressort des rapports du GIEC que ce syst&#232;me menace de provoquer une catastrophe climatique. Il faut donc le mettre en cause, d'urgence. C'est le seul moyen de relever le d&#233;fi du r&#233;chauffement dans les d&#233;lais tr&#232;s brefs qui nous sont impartis, d'une part, et dans le respect des droits humains, des droits des femmes en particulier, d'autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition d&#233;mographique est largement entam&#233;e dans les pays en d&#233;veloppement, o&#249; elle progresse plus vite que pr&#233;vu. Pour une s&#233;rie de raisons environnementales, il est souhaitable que cette transition se poursuive. Cela passe par le progr&#232;s social, le d&#233;veloppement de syst&#232;mes de s&#233;curit&#233; sociale, l'information des femmes et l'extension de leur droit &#224; contr&#244;ler leur propre f&#233;condit&#233; (y compris le droit &#224; l'avortement dans de bonnes conditions). Il s'agit forc&#233;ment d'une politique de long terme. Sauf &#224; recourir &#224; des moyens d'une barbarie inou&#239;e, aucune politique de contr&#244;le de la population ne permet de r&#233;pondre &#224; l'urgence climatique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; III. LA REPONSE CAPITALISTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16. L'action des lobbies capitalistes a fait perdre 30 ans dans la lutte pour le climat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers avertissements scientifiques relatifs au risque d'un r&#233;chauffement global remontent &#224; 1957. En 1958 fut fond&#233; l'Observatoire de Mauna Loa (Hawa&#239;) qui, depuis sa cr&#233;ation, confirme l'accumulation acc&#233;l&#233;r&#233;e des gaz &#224; effet de serre dans l'atmosph&#232;re. Il fallut pourtant attendre plus de 20 ans pour que l'ONU convoque une premi&#232;re Conf&#233;rence mondiale sur le climat (Gen&#232;ve 1979) et plus de 30 ans pour que soit fond&#233; le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC). Deux ans apr&#232;s sa fondation, le GIEC adoptait son premier rapport d'&#233;valuation (Gen&#232;ve, 1990), dont les conclusions n'ont fait qu'&#234;tre confirm&#233;es par les trois rapports ult&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier pas symbolique dans le sens de l'action internationale pr&#233;conis&#233;e par le GIEC fut franchi lors du Sommet de la Terre (Rio 1992), au cours duquel 154 pays sign&#232;rent la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC). La Convention adopta l'important principe des &#171; responsabilit&#233;s communes mais diff&#233;renci&#233;es &#187; et fixa pour &#171; objectif ultime &#187; de &#171; stabiliser les concentrations de gaz &#224; effet de serre dans l'atmosph&#232;re &#224; un niveau qui emp&#234;che toute perturbation anthropique dangereuse du syst&#232;me climatique &#187;. Mais ce niveau n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233; et le texte se contentait de formuler le v&#339;u que les Etats diminuent volontairement leurs &#233;missions afin que celles-ci reviennent en 2000 &#224; leur niveau de 1990. Il faudra attendre 1997 &#8211; quarante ans apr&#232;s les premiers avertissements des chercheurs &#8211; pour que soit conclu &#224; Kyoto le premier trait&#233; climatique contraignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me lenteur de la prise de conscience du danger a pu s'expliquer dans un premier temps par l'incertitude et par le caract&#232;re tr&#232;s diff&#233;r&#233; des effets du changement climatique. Mais, dans un deuxi&#232;me temps, un r&#244;le cl&#233; a &#233;t&#233; jou&#233; par les lobbies capitalistes. D&#232;s les ann&#233;es '80, en effet, des repr&#233;sentants des secteurs du capital US les plus li&#233;s aux combustibles fossiles ont mis sur pied et financ&#233; g&#233;n&#233;reusement des structures de lobbying qui ont litt&#233;ralement achet&#233; des scientifiques sceptiques, des journalistes et des repr&#233;sentants politiques afin d'&#233;viter que le consensus croissant parmi les climatologues ne gagne les d&#233;cideurs et l'opinion publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jouant tant&#244;t sur &#171; la Science &#187;, tant&#244;t sur la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de celle-ci, tant&#244;t sur les sacrifices exig&#233;s par le protocole de Kyoto, tant&#244;t sur l'insignifiance de celui-ci, ces lobbies ont tout mis en &#339;uvre pour que la r&#233;alit&#233; du changement climatique soit ramen&#233;e syst&#233;matiquement au rang d'hypoth&#232;se incertaine et contest&#233;e, voire de lubie religieuse apocalyptique ou de complot international contre l'American way of life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par leur action diversifi&#233;e, les lobbies ont gagn&#233; une influence h&#233;g&#233;monique sur les repr&#233;sentants politiques &#233;tatsuniens &#224; tous les niveaux. Vu le r&#244;le dominant des USA en tant que superpuissance imp&#233;rialiste, cela leur a permis (i) de peser de fa&#231;on d&#233;terminante &#224; des moments-cl&#233;s du processus international de n&#233;gociation climatique (conf&#233;rence de La Haye, 2000), (ii) d'alimenter en &#171; arguments &#187; de nombreuses forces capitalistes sur la sc&#232;ne internationale. En fin de compte, la &#171; v&#233;rit&#233; qui d&#233;range &#187; s'est impos&#233;e, y compris &#224; la classe dominante am&#233;ricaine. Mais l'action des lobbies a fait gagner 30 ans aux multinationales des &#233;nergies fossiles, et perdre 30 ans &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17. Seul trait&#233; international contraignant &#224; ce jour, le Protocole de Kyoto n'est pas seulement totalement insuffisant : le march&#233; du carbone mis en &#339;uvre augmente l'injustice sociale et climatique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re tentative des gouvernements de fournir une r&#233;ponse d'ensemble au changement climatique, le Protocole de Kyoto (1997) enjoint aux pays industrialis&#233;s de r&#233;duire leurs &#233;missions de 5,2% par rapport &#224; 1990 au cours de la p&#233;riode 2008-2012. C'est une banalit&#233; de dire que ce trait&#233; est totalement insuffisant. Les 5,2% de r&#233;duction des &#233;missions ne mettent pas les pays d&#233;velopp&#233;s sur la voie d'une r&#233;duction de 25 &#224; 40% en 2020 et de 80 &#224; 95% d'ici 2050 . La non-ratification &#233;tasunienne implique une r&#233;duction effective de 1,7% &#224; peine. Les objectifs sont encore affaiblis par le fait que sont mises sur le m&#234;me pied les r&#233;ductions structurelles d'&#233;missions, d'une part, et les augmentations temporaires de l'absorption du carbone par les for&#234;ts, d'autre part. De plus, les &#233;missions du transport a&#233;rien et maritime (2% du total des &#233;missions) ne sont pas prises en compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quotas de r&#233;duction assign&#233;s aux Etats sont encore assouplis par trois &#171; m&#233;canismes de flexibilit&#233; &#187; : le M&#233;canisme de D&#233;veloppement Propre (MDP), la Mise en Oeuvre Conjointe (MOC) et le Commerce des Droits d'Emission (Emission Trading). Le commerce des droits permet aux entreprises des pays d&#233;velopp&#233;s soumises &#224; des objectifs de r&#233;duction, et qui d&#233;passent ceux-ci, de vendre des droits d'&#233;mettre les tonnes de carbone correspondantes. Le MDP (et la MOC accessoirement) permettent aux pays d&#233;velopp&#233;s de remplacer une partie des efforts &#224; r&#233;aliser par des investissements r&#233;duisant les &#233;missions dans les pays du Sud (et de l'Est). Ces investissements sont g&#233;n&#233;rateurs de &#171; cr&#233;dits d'&#233;mission &#187; (ou de droits certifi&#233;s) n&#233;gociables. Tout ce dispositif est pr&#233;sent&#233; comme la preuve que le climat peut &#234;tre sauv&#233; par des m&#233;canismes capitalistes, en cr&#233;ant un march&#233; du carbone pour &#233;changer les droits et les cr&#233;dits d'&#233;mission. En r&#233;alit&#233;, une bonne partie des droits et cr&#233;dits ne correspondent &#224; aucun effort de r&#233;duction structurelle et plus de 50% des cr&#233;dits du MDP ne correspondent m&#234;me &#224; aucune r&#233;duction r&#233;elle d'&#233;missions. Quant &#224; l'&#233;change des droits, l'exp&#233;rience du syst&#232;me mis en &#339;uvre par l'Union Europ&#233;enne depuis 2005 (ETS) montre que, en pratique, le &#171; cap and trade &#187; a pour r&#233;sultat que les objectifs de r&#233;duction (cap) sont fix&#233;s en fonction des imp&#233;ratifs de rentabilit&#233; des groupes, et que les plus grands pollueurs se renforcent en r&#233;alisant d'&#233;normes surprofits (qu'ils ne sont m&#234;me pas tenus d'investir dans des technologies propres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses m&#233;canismes, le Protocole s'ins&#232;re dans l'offensive mondiale des classes dominantes contre le monde du travail, dans l'offensive imp&#233;rialiste vis-&#224;-vis des pays domin&#233;s et dans la bataille capitaliste pour l'appropriation et la marchandisation des ressources naturelles : Les pays imp&#233;rialistes peuvent acqu&#233;rir des cr&#233;dits de carbone &#224; bas prix plut&#244;t que de r&#233;duire leurs propres &#233;missions, tout en handicapant la capacit&#233; future des pays en d&#233;veloppement de r&#233;duire les leurs ; le MDP et la MOC, li&#233;s au commerce de droits, permettent aux multinationales d'ouvrir de nouveaux march&#233;s &#224; leurs investissements dans les pays en d&#233;veloppement ou en transition et d'intensifier les chantages en direction des travailleurs ; le d&#233;veloppement de ce march&#233; du carbone ouvre un champ d'activit&#233;s suppl&#233;mentaire au Fonds Mon&#233;taire International et &#224; la Banque Mondiale, les bases sont ainsi jet&#233;es d'un n&#233;ocolonialisme du carbone ; la r&#233;partition entre pays de quotas d'&#233;missions sur base des volumes de gaz &#224; effet de serre d&#233;gag&#233;s en 1990 ent&#233;rine l'in&#233;galit&#233; de d&#233;veloppement Nord-Sud ; la privatisation et la marchandisation du droit d'&#233;mettre du carbone ainsi que l'appropriation des &#233;cosyst&#232;mes capables d'en absorber constituent une prise de contr&#244;le capitaliste sur le cycle du carbone terrestre, donc une appropriation potentielle globale de la biosph&#232;re, qui r&#233;gule ce cycle ; Kyoto ne prend pas en compte les efforts que de grands pays en d&#233;veloppement r&#233;aliseraient d&#232;s maintenant. Les classes dominantes de ces pays ont ainsi un pr&#233;texte commode pour br&#251;ler des combustibles fossiles ou pour d&#233;truire les for&#234;ts le plus longtemps possible, au nom du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, le Protocole comporte certain nombre de mesures de r&#233;gulation : la r&#233;duction d'&#233;missions est chiffr&#233;e et li&#233;e &#224; des &#233;ch&#233;ances ; des sanctions sont pr&#233;vues en cas de non respect ; les m&#233;canismes de flexibilit&#233; ne peuvent &#234;tre utilis&#233;s qu'en &#171; compl&#233;ment &#187; des r&#233;ductions domestiques ; les investissements dans l'&#233;nergie nucl&#233;aire ne sont pas &#233;ligibles dans le cadre du MDP ; le recours aux cr&#233;dits provenant d'investissements dans les puits forestiers est limit&#233; (bannis m&#234;me par certains Etats)... La pression constante que les lobbies capitalistes exercent contre ces mesures indispensables exprime l'antagonisme entre les limites physiques &#224; respecter pour stabiliser le climat, d'une part, et la logique d'accumulation pour le profit, d'autre part :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18. Tout en aiguisant la concurrence intercapitaliste, la r&#233;alit&#233; du changement climatique et les d&#233;fis de l'approvisionnement &#233;nerg&#233;tique contraignent les classes dominantes &#224; envisager une r&#233;ponse globale au CC.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'&#233;tendue et &#224; la solidit&#233; croissantes du consensus scientifique, aux manifestations de plus en plus &#233;videntes du r&#233;chauffement et sous la pression des opinions publiques, les classes dominantes ont d&#251; commencer &#224; envisager une strat&#233;gie contraignante, plus ambitieuse que le Protocole de Kyoto et de plus long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que ce tournant ait commenc&#233; plus t&#244;t en Europe et au Japon qu'aux Etats-Unis s'explique par la situation sp&#233;cifique des trois grands blocs capitalistes. Le Japon et l'UE cherchent &#224; r&#233;duire leur forte d&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique en am&#233;liorant l'efficience &#233;nerg&#233;tique et en diversifiant leurs ressources. Ils esp&#232;rent en tirer des avantages comp&#233;titifs sur le march&#233; du carbone en formation, sur le march&#233; des technologies &#171; vertes &#187; et sur le march&#233; du nucl&#233;aire, notamment. Par contre, les secteurs p&#233;trolier et charbonnier p&#232;sent d'un poids fort important dans la structure du capitalisme US, qui a en outre construit une alliance g&#233;ostrat&#233;gique avec les monarchies p&#233;troli&#232;res du Golfe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union Europ&#233;enne est aux premiers rangs. Apr&#232;s le sommet de La Haye (2000) elle a jou&#233; un r&#244;le moteur dans la mise en &#339;uvre du Protocole de Kyoto sans les Etats-Unis par la n&#233;gociation des accords de Marrakech. En 2005 &#233;tait lanc&#233; le march&#233; europ&#233;en d'&#233;change de droits, dont l'exp&#233;rience servira probablement de mod&#232;le &#224; un futur march&#233; mondial des droits. La m&#234;me ann&#233;e, au sommet du G8, Tony Blair avan&#231;ait pour la premi&#232;re fois la proposition d'une r&#233;duction de 50% des &#233;missions globales d'ici 2050, adopt&#233;e au sommet de Toyako, en 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la position des Etats-Unis et de leurs alli&#233;s dans le dossier climatique est devenue de plus en plus intenable. Tandis que l'administration Bush continuait de refuser des r&#233;ductions obligatoires li&#233;es &#224; des &#233;ch&#233;ances pr&#233;cises et &#224; contester le traitement diff&#233;renci&#233; des pays imp&#233;rialistes et des pays domin&#233;s, un nombre croissant de secteurs du grand capital US commenc&#232;rent &#224; plaider pour une politique de contingentement des &#233;missions. Quatre raisons combin&#233;es sont intervenues dans ce basculement progressif : (i) la crainte que le co&#251;t de l'inaction d&#233;passe &#224; terme celui de l'action, (ii) la conviction qu'une r&#233;duction planifi&#233;e des &#233;missions &#233;tant in&#233;vitable, il vaut mieux l'anticiper et l'organiser selon des r&#232;gles globales ; (iii) la crainte que la politique climatique de l'UE et du Japon donne une avance significative aux concurrents dans le domaine des technologies &#171; vertes &#187; ; (iv) la preuve apport&#233;e par l'UE des avantages d'une strat&#233;gie de &#171; cap and trade &#187; coupl&#233;e au syst&#232;me du MDP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;alignement de la classe dominante US s'est concr&#233;tis&#233; &#224; travers de tr&#232;s nombreuses initiatives au niveau des entreprises, des f&#233;d&#233;rations d'entreprises, des municipalit&#233;s et des Etats. Petit &#224; petit, les sceptiques du changement climatique ont perdu leur emprise, au point que huit propositions de loi en faveur d'un contingentement plus ou moins important des &#233;missions ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;es &#224; la Chambre des Repr&#233;sentants. Cette &#233;volution s'est traduite avec des nuances dans le programme des deux candidats &#224; la succession de GW Bush.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;volution parall&#232;le s'est produite parmi les classes dominantes des grands pays &#233;mergents, en particulier la Chine, le Br&#233;sil, l'Afrique du Sud, le Mexique et l'Inde (dans une moindre mesure). Dans un premier temps, les bourgeoisies de ces pays se contentaient d'affirmer leur droit au d&#233;veloppement et de renvoyer aux pays d&#233;velopp&#233;s toute la responsabilit&#233; de l'action &#224; mener pour sauver le climat. Ce positionnement est devenu intenable du fait de l'acc&#233;l&#233;ration du changement climatique et de ses impacts socio-&#233;conomiques concrets, de la place accrue de la probl&#233;matique climat/&#233;nergie dans la politique g&#233;n&#233;rale de l'imp&#233;rialisme, et de la vive inqui&#233;tude des populations dans certains pays&#8230; Sans oublier ce double constat incontournable : le r&#233;chauffement frappe et frappera le plus durement les pays domin&#233;s, or une stabilisation &#224; un niveau non dangereux pour l'humanit&#233; est impossible sans une certaine participation de ces pays &#224; l'effort de r&#233;duction des &#233;missions. Amen&#233;es &#224; accepter le principe d'une collaboration &#224; l'effort mondial, les classes dominantes des grands pays &#233;mergents se pr&#233;parent &#224; en n&#233;gocier durement les conditions face &#224; l'imp&#233;rialisme, dans le but de d&#233;fendre leurs propres int&#233;r&#234;ts capitalistes. Certains gouvernements (Chine, Mexique) prennent les devants en fixant unilat&#233;ralement leurs propres objectifs de r&#233;duction des &#233;missions, afin d'&#233;viter au maximum de se faire dicter des conditions trop d&#233;favorables par les puissances imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, une &#233;volution est favoris&#233;e dans tous les pays par la perspective de tensions croissantes dans le domaine de l'approvisionnement en hydrocarbures, dues &#224; l'appauvrissement des r&#233;serves. Au-del&#224; des hauts et des bas dus &#224; la conjoncture et aux mouvements sp&#233;culatifs, cette tension aura pour effet de maintenir le prix du p&#233;trole &#224; un niveau &#233;lev&#233;, et par cons&#233;quent de tirer vers le haut aussi les prix des autres combustibles fossiles ainsi que celui des agrocarburants, et par cons&#233;quent des produits agricoles. L'ensemble de ces &#233;l&#233;ments explique que la ligne de l'administration am&#233;ricaine ait &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;e lors de la conf&#233;rence de Bali (d&#233;c. 2007), et que celle-ci ait d&#233;bouch&#233; sur un d&#233;blocage relatif des n&#233;gociations en vue d'un nouveau trait&#233; international cens&#233; prendre le relais du protocole de Kyoto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;19. Les politiques capitalistes en voie d'&#233;laboration pour la p&#233;riode 2012-2050 sont encore plus lib&#233;rales que Kyoto et laissent pr&#233;sager une hausse de la temp&#233;rature moyenne de surface comprise entre 2,8 et 4&#176;C, voire plus. C'est un crime majeur contre l'Humanit&#233; et contre son environnement naturel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; feuille de route &#187; adopt&#233;e &#224; Bali r&#233;f&#233;rait de fa&#231;on pr&#233;cise aux conclusions chiffr&#233;es &#224; tirer du rapport 2007 du GIEC (cf. supra, pt. 8). L'encre de ce texte n'&#233;tait pas encore s&#232;che que le G8 se pronon&#231;ait en faveur d'une r&#233;duction des &#233;missions globales de 50% en 2050, sans mentionner ni la partie haute de la fourchette de r&#233;duction globale avanc&#233;e par le GIEC (85%), ni l'objectif de r&#233;duction concernant les pays d&#233;velopp&#233;s (de 80 &#224; 95% d'ici 2050), ni les objectifs de r&#233;duction interm&#233;diaires pour ces pays (de 25 &#224; 40% d'ici 2020), ni la diminution des &#233;missions globales d&#232;s 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but 2008, la Commission Europ&#233;enne proposait aux Etats membres et au Parlement un &#171; paquet &#233;nergie-climat &#187; (20% de r&#233;duction des &#233;missions, 20% de gain d'efficience &#233;nerg&#233;tique et 20% d'&#233;nergie renouvelable - dont 10% d'agrocarburants dans les transports, d'ici 2020). Ce &#171; paquet &#187; est inf&#233;rieur aux recommandations du GIEC et incompatible avec l'objectif adopt&#233; par le Conseil en mars 1996 d'une hausse maximum de 2&#176;C [7]. A l'automne 2008, dans le contexte de la &#8216;crise financi&#232;re' d&#233;clench&#233;e par l'affaire des subprimes et de la r&#233;cession capitaliste, plusieurs Etats membres (Italie, Pologne et Tch&#233;quie notamment) et secteurs industriels (automobile, sid&#233;rurgie) ont contest&#233; le contenu et surtout les modalit&#233;s du &#171; paquet &#187;. Le Conseil de d&#233;cembre 2008 a maintenu la formule symbolique 20-20-20(10), mais, pour l'essentiel, il ne s'agit plus que d'une fa&#231;ade. Les patrons ont obtenu tr&#232;s largement satisfaction sur deux points cl&#233;s : la gratuit&#233; des droits d'&#233;mission pour les secteurs &#171; expos&#233;s &#224; la concurrence internationale &#187; et pour les centrales au charbon des nouveaux Etats membres, ainsi que l'externalisation massive des efforts vers les pays en d&#233;veloppement, par le truchement du MDP (pr&#232;s de 70% des r&#233;ductions d'&#233;mission pourront &#234;tre d&#233;localis&#233;es au Sud).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une orientation analogue se dessine aux Etats-Unis. Le programme &#171; &#233;nergie climat &#187; de Barack Obama pr&#233;voit de r&#233;duire les &#233;missions de 80% d'ici 2050. L'objectif para&#238;t impressionnant mais il correspond &#224; peine au chiffre inf&#233;rieur de la fourchette de r&#233;duction mise en avant par le GIEC pour les pays d&#233;velopp&#233;s (alors que les USA devraient &#234;tre dans la partie sup&#233;rieure de cette fourchette, vu leurs niveaux d'&#233;mission). Pour 2020, Obama a promis de ramener les &#233;missions US &#224; leur niveau de 1990, ce qui implique une r&#233;duction de 20% par rapport au pr&#233;sent. Encore une fois, l'objectif semble impressionnant. En r&#233;alit&#233;, il est nettement inf&#233;rieur aux chiffres du GIEC, et inf&#233;rieur au but que les USA auraient d&#251; atteindre en 2012, s'ils avaient ratifi&#233; le Protocole de Kyoto. Obama a encore annonc&#233; un syst&#232;me &#171; cap-and-trade &#187; avec vente aux ench&#232;res de tous les droits d'&#233;missions et utilisation du produit de cette vente pour financer une r&#233;forme du syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique, d'une part, des programmes d'att&#233;nuation des co&#251;ts de cette r&#233;forme pour les couches sociales les plus d&#233;favoris&#233;s, d'autre part. Comme en Europe, on peut pr&#233;voir que le patronat US exercera une pression maximale sur ce projet et qu'il obtiendra satisfaction, au nom de la comp&#233;titivit&#233;. D&#232;s lors, la facture sociale de la politique &#171; &#233;nergie-climat &#187; ne peut ici aussi que s'alourdir, et son efficacit&#233; &#233;cologique se r&#233;duire, suivant en cela la trajectoire du &#171; paquet &#187; europ&#233;en. De m&#234;me, il est probable que, comme en Europe, la possibilit&#233; pour les entreprises am&#233;ricaines de remplacer les r&#233;ductions d'&#233;mission par des achats de cr&#233;dits de carbone du MDP augmentera au fur et &#224; mesure que les objectifs climatiques deviendront plus ambitieux et contraignants. C'est ainsi que des principales La proposition de loi Dingell-Boucher, par exemple, offre la possibilit&#233; aux entreprises d'acheter assez de cr&#233;dits de carbone pour diff&#233;rer toute r&#233;duction d'&#233;missions jusqu'en 2029.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique climat-&#233;nergie pr&#233;sent&#233;e par Barack Obama lors de la campagne pr&#233;sidentielle constitue un &#233;l&#233;ment d&#233;cisif d'une orientation visant &#224; tenter de sauvegarder l'h&#233;g&#233;monie d&#233;clinante de l'imp&#233;rialisme US. Le tournant par rapport &#224; l'administration Bush se marque notamment sur les points suivants : (i) volont&#233; d'ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique par rapport au p&#233;trole du Moyen-Orient et aux r&#233;gimes instables de la r&#233;gion ; (ii) d&#233;veloppement d'un mix de solutions alternatives dont les axes principaux sont le charbon, les agrocarburants, le nucl&#233;aire et l'efficience &#233;nerg&#233;tique ; (iii) acceptation de la n&#233;cessit&#233; d'objectifs de r&#233;duction contraignants et chiffr&#233;s des &#233;missions US en tant que condition indispensable pour reprendre la main dans la n&#233;gociation d'un accord climatique international impliquant les grands pays &#233;mergents ; (iv) recherche d'une alliance avec l'UE face aux pays &#233;mergents sur la question de la participation de ceux-ci &#224; l'effort climatique, et avec les pays &#233;mergents face &#224; l'UE sur d'autres questions, telles que les fili&#232;res &#233;nerg&#233;tiques ; (v) soutien massif au capital US dans le domaine des technologies &#233;nerg&#233;tiques dites &#171; bas carbone &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;20. Les conditions &#224; remplir pour sauver le climat &#233;quivalent &#224; la quadrature du cercle pour le capitalisme. Incapable de r&#233;soudre la difficult&#233;, il va tenter de la repousser par une fuite en avant technologique, coupl&#233;e &#224; une nouvelle extension de la sph&#232;re marchande.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commencer &#224; r&#233;duire les &#233;missions globales au plus tard en 2015, r&#233;duire les &#233;missions des pays d&#233;velopp&#233;s de 80 &#224; 95% en un peu plus de quarante ans, diminuer radicalement les besoins &#233;nerg&#233;tiques de ces pays, transf&#233;rer massivement des technologies propres vers les pays en d&#233;veloppement et y financer l'adaptation indispensable : ces conditions &#224; remplir pour stabiliser le climat au meilleur niveau possible ptr &#233;quivalent &#224; la quadrature du cercle pour un syst&#232;me productiviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incapable de r&#233;soudre la difficult&#233;, le capitalisme va tenter de la repousser par un fuite en avant. Sur le plan technologique, sa r&#233;ponse s'appuie principalement sur les &#233;l&#233;ments suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) Exploitation des importantes r&#233;serves connues de charbon (200 ans environ au rythme d'extraction actuel) comme source d'&#233;nergie de plus en plus importante pour la production d'&#233;lectricit&#233; (avec d&#233;veloppement des techniques de capture et de s&#233;questration du carbone), voire pour la production de carburants de substitution au p&#233;trole dans le secteur des transports ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) D&#233;veloppement massif des agrocarburants de premi&#232;re g&#233;n&#233;ration (&#233;thanol &#224; base de sucres, diesel &#224; base d'huiles v&#233;g&#233;tales) et de seconde g&#233;n&#233;ration (&#233;thanol &#224; base de cellulose) dans le secteur des transports, impliquant une importante modification dans l'utilisation des terres, en particulier dans les r&#233;gions tropicales et sub-tropicales, plus productives, ainsi qu'un recours accru aux technologies du &#171; g&#233;nie g&#233;n&#233;tique &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iii) D&#233;veloppement de l'offshore p&#233;trolier profond et exploitation des ressources p&#233;troli&#232;res non conventionnelles (huiles lourdes, sables et schistes bitumineux) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iv) Exploitation du gisement d'&#233;conomie d'&#233;nergie par hausse de l'efficience &#233;nerg&#233;tique, en priorit&#233; dans les secteurs de la production &#233;lectrique et de l'industrie (gros potentiel de r&#233;duction des &#233;missions dans les pays &#233;mergents et en transition), mais aussi dans les secteurs du b&#226;timent et des transports (en fonction de la demande solvable). Mais la capacit&#233; du capitalisme d'exploiter ce potentiel est limit&#233;e par la demande solvable ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(v) D&#233;veloppement combin&#233; du nucl&#233;aire, de l'&#233;olien et du solaire (thermique et photovolta&#239;que). Assimilation de fait du nucl&#233;aire aux renouvelables, augmentation importante du nombre de centrales et d&#233;veloppement de nouvelles technologies nucl&#233;aires (centrales de 4e g&#233;n&#233;ration, surg&#233;n&#233;rateur) permettant de faire face aux limites des gisements d'uranium connus (environ 60 ans dans l'&#233;tat actuel du parc de centrales) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(vi) Utilisation maximale des puits de carbone (plantations d'arbres, protection des for&#234;ts existantes et des zones humides, pratiques culturales bas carbone,&#8230;), valorisation des d&#233;chets comme source d'&#233;nergie. La mise en &#339;uvre de ces r&#233;ponses technologiques passe par la cr&#233;ation d'un march&#233; mondial du carbone avec fixation d'un prix unique du carbone, un accord sur l'&#233;quivalence entre hausse de l'absorption et r&#233;duction des &#233;missions, des accords commerciaux, l'&#233;tablissement de normes, de quotas (y compris de quotas individuels &#233;changeables, le cas &#233;ch&#233;ant), de taxes et d'incitants ainsi que de m&#233;canismes de mesure et de rapportage, etc. Elle implique aussi et surtout un nouveau trait&#233; international encore plus n&#233;olib&#233;ral que le Protocole de Kyoto, associant les pays imp&#233;rialistes, les pays &#233;mergents et le reste du monde, fixant la contribution de chacun &#224; l'effort global et permettant la d&#233;localisation maximale des r&#233;ductions d'&#233;missions des pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s vers les pays en d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;localisation constitue un &#233;l&#233;ment cl&#233; de la politique climatique capitaliste. Pour l'imp&#233;rialisme, il s'agit d'att&#233;nuer au maximum les co&#251;ts de la transition &#233;nerg&#233;tique en utilisant les pays domin&#233;s comme exportateurs d'agrocarburants et de cr&#233;dits de carbone &#224; bon march&#233;. Ceux-ci peuvent &#234;tre g&#233;n&#233;r&#233;s soit par la sauvegarde des for&#234;ts existantes, soit par de nouvelles plantations d'arbres, soit surtout par des investissements &#171; propres &#187; dans les renouvelables ou dans l'efficience &#233;nerg&#233;tique. Ce projet cadre ainsi avec l'offensive g&#233;n&#233;rale de l'imp&#233;rialisme envers les pays en d&#233;veloppement, telle qu'elle est men&#233;e &#224; travers le FMI, la BM et l'OMC. Mais sa mise en &#339;uvre est compliqu&#233;e par le r&#233;ajustement des rapports de forces mondiaux r&#233;sultant de la mont&#233;e en puissance des grands pays &#233;mergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en conc&#233;dant du bout des l&#232;vres que le changement climatique est &#171; l'&#233;chec le plus large du march&#233; &#187; (N. Stern), la r&#233;ponse capitaliste bas&#233;e sur plus de march&#233;, donc plus de marchandises, tend &#224; inverser compl&#232;tement la priorit&#233; : au lieu de servir &#224; r&#233;duire la consommation &#233;nerg&#233;tique tout en satisfaisant les besoins humains r&#233;els, le d&#233;veloppement des renouvelables et les progr&#232;s de l'efficience &#233;nerg&#233;tique servent &#224; ouvrir de nouveaux cr&#233;neaux &#224; l'accumulation capitaliste, donc &#224; la hausse de l'offre &#233;nerg&#233;tique. La r&#233;duction des &#233;missions est subordonn&#233;e aux imp&#233;ratifs de profit. En pratique, l'objectif de hausse du pourcentage d'&#233;nergie d'origine renouvelable se substitue &#224; celui de baisse globale des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;21. Outre qu'elle est totalement insuffisante &#224; la stabilisation climatique, la r&#233;ponse capitaliste est grosse d'autres cons&#233;quences &#233;cologiques extr&#234;mement mena&#231;antes pour l'humanit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'option nucl&#233;aire fait peser une menace majeure sur la survie du genre humain. La question des d&#233;chets reste sans solution, le risque de fuite radioactive est impossible &#224; &#233;liminer totalement, et le danger de prolif&#233;ration de l'armement nucl&#233;aire &#8211; donc d'emploi effectif de cet armement - est ins&#233;parable de la technologie. Il y a lieu d'ajouter que la technologie nucl&#233;aire repr&#233;sente un choix techniquement irrationnel, inefficient du point de vue de la protection du climat, incoh&#233;rent avec la r&#233;volution &#233;nerg&#233;tique n&#233;cessaire. L'efficience &#233;nerg&#233;tique d'une centrale nucl&#233;aire (30%) est inf&#233;rieure &#224; celle d'une centrale &#224; gaz ; le bilan carbone, m&#233;diocre &#224; l'&#233;chelle de l'ensemble de la fili&#232;re, ne peut que s'alourdir du fait de l'exploitation de gisements d'uranium de moins en moins riches ; les ressources en minerai sont limit&#233;es (les r&#233;serves connues d'uranium repr&#233;sentent 60 ans de consommation dans l'&#233;tat actuel du parc) ; une r&#233;ponse au CC bas&#233;e sur le nucl&#233;aire est totalement impraticable, vu le nombre de centrales qu'il faudrait construire (une par semaine environ pendant 50 ans), le temps de construction et le co&#251;t ; le tout-nucl&#233;aire est impossible, cette technologie (2,7% de l'&#233;nergie consomm&#233;e dans le monde, 17% de l'&#233;lectricit&#233;) ne pourrait jamais couvrir plus qu'une fraction limit&#233;e des besoins humains ; enfin, l'axe de l'alternative &#233;nerg&#233;tique ne peut &#234;tre fond&#233; que sur les renouvelables et l'efficience &#233;nerg&#233;tique, or ceux-ci impliquent une d&#233;centralisation radicale du syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique, compl&#232;tement antagonique &#224; l'ultra-centralisation nucl&#233;aire. Ceci vaut &#233;galement pour le co&#251;teux projet de recherche sur la fusion nucl&#233;aire (ITER). Un projet compl&#232;tement inutile, puisque l'humanit&#233; a d&#233;j&#224; la chance de b&#233;n&#233;ficier d'une centrale &#224; fusion nucl&#233;aire sans danger, gratuite, qui fonctionnera entre 4,5 milliards d'ann&#233;es et qui recycle elle-m&#234;me ses d&#233;chets : le Soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les agrocarburants ne couvrent qu'une infime fraction des besoins &#233;nerg&#233;tiques dans le domaine du transport, ils ont d&#233;j&#224; amplement d&#233;montr&#233; leurs effets pervers. In&#233;vitablement, la logique de la production pour le profit conduit en effet &#224; ce que la production d'&#233;thanol et de biodiesel pour la demande solvable passe avant la satisfaction du droit fondamental &#224; l'alimentation, avant les droits des communaut&#233;s indig&#232;nes et avant la protection de l'environnement. Ici aussi, l'irrationalit&#233; technique est au rendez-vous, dans la mesure o&#249; le bilan &#233;nerg&#233;tique global de la production d'agrocarburants est n&#233;gatif dans la plupart des cas. Le passage aux agrocarburants de seconde g&#233;n&#233;ration, en soi, n'&#233;limine pas les dangers. A supposer m&#234;me que des r&#232;gles suffisamment strictes interdisent d'affecter des terres de culture &#224; la production d'&#233;thanol cellulosique, la demande &#233;manant des transports est telle qu'il faudrait consacrer d'&#233;normes superficies d'autres terres &#8211; ou de zones marines - &#224; la monoculture productiviste, avec toutes les cons&#233;quences qui en d&#233;coulent en termes de pollution aux pesticides et de destruction de la biodiversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique formul&#233;e par rapport aux agrocarburants vaut, mutatis mutandis, pour les ressources p&#233;troli&#232;res non conventionelles : l'exploitation des huiles lourdes, des sables et des schistes bitumineux n&#233;cessite une &#233;norme d&#233;pense d'&#233;nergie ainsi qu'un fort gaspillage d'autres ressources (eau notamment) et son impact environnemental est particuli&#232;rement lourd. De plus, dans de nombreux cas, les gisements sont situ&#233;s dans des r&#233;gions habit&#233;es par des communaut&#233;s indig&#232;nes dont les droits sont ainsi menac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu l'urgence et pour des raisons sociales, la capture et s&#233;questration du carbone pourrait &#234;tre acceptable &#224; titre transitoire, dans le cadre d'une strat&#233;gie de sortie rapide des combustibles fossiles : elle permettrait notamment de planifier la reconversion des mineurs. Mais ce n'est pas dans cette optique qu'elle est envisag&#233;e actuellement. Il s'agit au contraire d'une nouvelle tentative capitaliste de repousser les limites physiques sans se soucier des cons&#233;quences. Les gouvernements parlent de &#171; charbon propre &#187;, mais c'est un mythe si l'on prend en compte la p&#233;nibilit&#233; de l'extraction, la pollution par les poussi&#232;res, les cons&#233;quences sur la sant&#233;, et l'impact &#233;cologique des houill&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le changement climatique risque de donner une impulsion majeure au &#171; g&#233;nie g&#233;n&#233;tique &#187;, entra&#238;nant une augmentation qualitative des risques inh&#233;rents &#224; cette technologie. C'est ainsi que la production d'arbres g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s (OGM &#224; croissance rapide pour accro&#238;tre la capacit&#233; des puits de carbone, OGM &#224; basse teneur en lignine ou &#224; haute teneur en cellulose, etc.) augmente consid&#233;rablement les risques d'allergies. La menace la plus dangereuse pourrait cependant venir du &#171; g&#233;nie g&#233;n&#233;tique &#187; dans la production d'agocarburants de deuxi&#232;me g&#233;n&#233;ration, o&#249; la mise au point de bact&#233;ries et de micro-algues g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;es multiplie les menaces en termes de diss&#233;mination et d'hybridation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;22. La r&#233;ponse capitaliste implique des attaques redoubl&#233;es contre les salari&#233;s, les paysans pauvres, les femmes, les communaut&#233;s indig&#232;nes et les pauvres en g&#233;n&#233;ral, ainsi qu'une accentuation des in&#233;galit&#233;s sociales.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le &#171; mix &#233;nerg&#233;tique &#187; choisi, il impliquera un rench&#233;rissement de l'&#233;nergie qui frappera doublement le monde du travail : au niveau de ses propres besoins &#233;nerg&#233;tiques, d'une part, au niveau des produits de consommation d'autre part, les patrons r&#233;percutant la hausse des prix de l'&#233;nergie sur les prix des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergie &#233;tant une composante du capital constant, son rench&#233;rissement gr&#232;vera le taux de profit, ce qui am&#232;nera le patronat &#224; multiplier les attaques contre les salaires, les m&#233;canismes d'indexation, la protection sociale et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, l'incitera encore plus &#224; tenter d'augmenter le taux d'exploitation par tous les moyens possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s maintenant, on constate que le march&#233; mondial du carbone offre aux capitalistes de nouveaux moyens d'exacerber la concurrence entre travailleurs. Ceux-ci sont notamment soumis &#224; une nouvelle forme de chantage &#224; l'emploi et &#224; l'investissement visant soit &#224; les faire plier devant les diktats n&#233;olib&#233;raux des multinationales, soit &#224; les manipuler pour tenter d'imposer des mesures protectionnistes ou des cadeaux aux entreprises. Par contre, les divers incitants et autres instruments de march&#233; visant &#224; ouvrir le march&#233; des &#233;nergies renouvelables et &#224; am&#233;liorer l'efficience &#233;nerg&#233;tique favorisent non seulement le patronat mais aussi les classes moyennes ais&#233;es, la petite-bourgeoisie salari&#233;e ainsi que les couches sup&#233;rieures du prol&#233;tariat, aggravant de ce fait l'in&#233;galit&#233; dans la distribution des revenus, dans l'acc&#232;s &#224; la mobilit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'instauration encore hypoth&#233;tique de quotas de carbone individuels et &#233;changeables intensifierait encore cette tendance in&#233;galitaire, dans la mesure o&#249; les plus pauvres seraient amen&#233;s &#224; vendre leurs quotas pour acqu&#233;rir des biens de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays domin&#233;s, la politique climatique capitaliste donne une nouvelle impulsion &#224; la s&#233;paration des producteurs et de leurs moyens de production traditionnels - en premier lieu la terre - avec pour r&#233;sultat soit l'exode rural, soit la transformation en ouvriers (plantations &#233;nerg&#233;tiques, exploitations d'hydrocarbures&#8230;) soit le d&#233;placement vers des zones moins favorables ou la reconversion dans &#171; l'industrie touristique &#187;. Tous ces cas de figure entra&#238;nent une d&#233;gradation de l'autonomie et des conditions d'existence du plus grand nombre &#8211; en particulier des femmes vu leur r&#244;le cl&#233; dans la production vivri&#232;re - ainsi que des attaques accrues contre les communaut&#233;s indig&#232;nes et leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;23. Incapables de cr&#233;er les conditions sociales d'une r&#233;duction structurelle des &#233;missions, les gouvernements capitalistes des pays d&#233;velopp&#233;s utilisent la lutte contre le changement climatique comme pr&#233;texte pour faire accepter l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la bourgeoisie, la th&#232;se du changement climatique &#171; provoqu&#233; par l'Homme &#187; tombe &#224; pic pour tenter de justifier au nom de la science l'aust&#233;rit&#233; et les sacrifices, tandis que la popularisation des menaces du r&#233;chauffement cr&#233;e un terrain propice &#224; la promotion des marchandises du secteur &#171; vert &#187; de l'&#233;conomie. Mais, en imputant &#224; &#171; l'Homme &#187; ce qui est un produit de la R&#233;volution industrielle capitaliste, la propagande bourgeoise contribue &#224; cr&#233;er une ambiance mortif&#232;re et irrationnelle, combinant misanthropie, fatalisme, cynisme individualiste et nostalgie r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat le plus dangereux de cette confusion d&#233;lib&#233;r&#233;ment orchestr&#233;e est le regain des th&#232;ses malthusiennes ou n&#233;omalthusiennes imputant la &#171; crise &#233;cologique &#187; principalement ou exclusivement &#224; la population&#8230; donc aux pauvres puisqu'ils font plus d'enfants que les riches&#8230; donc aux pays en d&#233;veloppement puisque le taux de f&#233;condit&#233; des femmes y est g&#233;n&#233;ralement plus &#233;lev&#233; que dans les pays d&#233;velopp&#233;s. Jadis par&#233;es de consid&#233;rations religieuses, ces th&#232;ses sont aujourd'hui emball&#233;es dans une pseudo-science qui d&#233;tourne des concepts de l'&#233;cologie scientifique (tels que la &#171; capacit&#233; de charge &#187;) pour naturaliser les relations sociales. Certaines de ces campagnes peuvent compter sur la collaboration de scientifiques dont les travaux dans le domaine de l'&#233;cologie ne font en r&#233;alit&#233; que traduire les a priori bourgeois, comme on le voit clairement dans le cas de la th&#232;se dite de la &#171; trag&#233;die des communs &#187;. Des forces politiques ultra-r&#233;actionnaires tentent ainsi d'utiliser la peur du changement climatique pour donner plus d'&#233;cho &#224; leurs campagnes de haine contre les immigr&#233;s, contre les demandeurs d'asile, contre le droit des femmes &#224; disposer de leur corps, ou contre l'aide aux pays en d&#233;veloppement. Des sectes religieuses et des courants religieux r&#233;actionnaires int&#232;grent la menace climatique dans un discours eschatologique pr&#234;chant la soumission &#224; l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A terme, on peut craindre que l'&#233;chec pr&#233;visible de sa politique climatique am&#232;ne le capitalisme &#224; opter pour des r&#233;gimes forts menant une politique dirigiste, afin de mobiliser tous les moyens disponibles, comme en p&#233;riode de guerre. Une telle politique impliquerait in&#233;vitablement de nouvelles attaques contre les droits sociaux et d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;24. La r&#233;ponse capitaliste au d&#233;fi climatique multiplie les risques de guerre pour les ressources.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays les plus fragilis&#233;s par la mondialisation capitaliste et l'ajustement structurel, les impacts des changements climatiques accroissent la probabilit&#233; de crises d&#233;bouchant sur des situations chaotiques, avec conflits arm&#233;s entre chefs de guerre. En aggravant la p&#233;nurie dans un certain nombre de r&#233;gions d&#233;j&#224; soumise &#224; un stress hydrique intense, le changement climatique aiguise l'importance du contr&#244;le des ressources en eau et cr&#233;e les conditions de guerres de l'eau entre Etats. Mais le plus grand danger pourrait venir de l'exacerbation de la concurrence pour l'appropriation non seulement des ressources &#233;nerg&#233;tiques fossiles d&#233;clinantes, mais aussi des nouvelles ressources &#233;nerg&#233;tiques. L'enjeu climat-&#233;nergie s'ins&#232;re ainsi dans le cadre plus vaste du glissement d'un monde bipolaire (imp&#233;rialisme-pays domin&#233;s) sous h&#233;g&#233;monie US vers un monde tripolaire (imp&#233;rialisme-pays &#233;mergents-pays les moins avanc&#233;s) au sein duquel la bataille pour le leadership imp&#233;rialiste fait rage.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; IV. CONSTRUIRE UN MOUVEMENT DE LUTTE CONTRE LE CHANGEMENT CLIMATIQUE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;25. La lutte contre le changement climatique ne sera pas gagn&#233;e par une combinaison de lobbying , d'actions m&#233;diatiques spectaculaires et de campagnes en faveur de changements comportementaux des consommateurs individuels, mais par la mobilisation de masse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat pour le climat est politique et requiert en priorit&#233; la construction de rapports de forces sociaux. Ce combat peut &#234;tre gagn&#233;, comme le montre l'exemple de l'Australie o&#249; la mobilisation de masse (150.000 manifestants en novembre 2007) a d&#233;bouch&#233; sur un premier succ&#232;s partiel : la d&#233;faite du gouvernement conservateur align&#233; sur la politique de GW Bush, et la ratification du Protocole de Kyoto par la nouvelle &#233;quipe au pouvoir. Face &#224; l'urgence climatique et &#224; la politique criminelle des gouvernements capitalistes, nous oeuvrons dans tous les pays &#224; la construction d'un puissant mouvement de masse unitaire, coordonn&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale, dans la tradition des mobilisations contre la guerre et contre la course aux armements (&#171; single issue campaign &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de ce mouvement n'est pas d'&#233;laborer des plateformes sophistiqu&#233;es mais de contraindre les gouvernements &#224; agir au minimum conform&#233;ment aux conclusions les plus prudentes d&#233;coulant des rapports d'&#233;valuation du GIEC, dans le respect du principe des &#171; responsabilit&#233;s communes mais diff&#233;renci&#233;es &#187;, des droits sociaux et d&#233;mocratiques ainsi que du droit de toutes et tous &#224; une existence humaine digne de ce nom. Nous d&#233;fendons ce but contre les courants qui rabaissent les objectifs de r&#233;duction des &#233;missions au nom du r&#233;alisme, mais aussi contre ceux qui les d&#233;noncent comme insuffisants (nous tentons de rallier ces derniers en demandant &#171; au minimum &#187; le respect des conclusions &#171; les plus prudentes &#187; du GIEC). Notre pr&#233;occupation est de tirer avantage de la l&#233;gitimit&#233; du GIEC pour r&#233;aliser l'unit&#233; d'action la plus large tout en mettant en accusation la duplicit&#233; des gouvernements - qui adoptent les &#171; r&#233;sum&#233;s pour les d&#233;cideurs &#187; dans les conf&#233;rences internationales sur le climat, mais n'en tiennent pas compte en pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation de masse en d&#233;fense du climat est une t&#226;che ardue. La difficult&#233; d&#233;coule des caract&#233;ristiques du changement climatique, en particulier sa relative progressivit&#233; actuelle, ainsi que du double d&#233;calage spatial et temporel entre causes et effets. Un ample travail de diffusion de l'information scientifique sur le r&#233;chauffement et sur ses impacts est donc n&#233;cessaire . Il doit viser en particulier les &#233;quipes militantes des diff&#233;rents mouvements sociaux et des formations politiques de gauche. Ces &#233;quipes jouent en effet un r&#244;le d&#233;cisif : elles seules sont capables d'&#233;tablir le lien concret entre la menace climatique globale et les probl&#232;mes sociaux particuliers, notamment sur le plan local, et d'en d&#233;duire des strat&#233;gies permettant de combiner lutte sociale et lutte pour le sauvetage du climat. C'est dire que la construction du mouvement doit &#234;tre con&#231;ue comme un maillage des r&#233;sistances sociales existant sur diff&#233;rents terrains, avec actions convergentes coordonn&#233;es et manifestations occasionnelles pluralistes, sur une plateforme minimale commune. Ce travail de maillage sera facilit&#233; par la mise sur pied de comit&#233;s, de fronts ou de coalitions pour le climat, tels qu'ils peuvent se d&#233;velopper dans le cadre de la Global Climate Campaign.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;26. Au sein du mouvement pour le climat, il est n&#233;cessaire de construire un courant de gauche, qui lie la lutte pour le climat et la justice sociale.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mutation n&#233;cessaire est d'une ampleur telle qu'elle ne peut &#234;tre gagn&#233;e sans la mobilisation et la participation active des exploit&#233;s et des opprim&#233;s qui constituent l'immense majorit&#233; de la population. La politique climatique capitaliste rend cette participation impossible parce qu'elle est inacceptable sur le plan social tout en &#233;tant nuisible sur le plan environnemental. Elle implique en effet le renforcement de la domination imp&#233;rialiste, de la concurrence et de la violence capitalistes ; donc de l'exploitation, de l'oppression, de l'in&#233;galit&#233; sociale, de la concurrence entre travailleurs, de la violation des droits et de l'appropriation priv&#233;e des ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, la strat&#233;gie capitaliste n'apporte aucune r&#233;ponse au d&#233;fi majeur de l'emploi, des salaires et des acquis des millions de travailleurs occup&#233;s dans les secteurs gros &#233;metteurs de gaz &#224; effet de serre, tels que l'industrie p&#233;troli&#232;re, charbonni&#232;re, cimenti&#232;re, verri&#232;re, sid&#233;rurgique, ainsi que le secteur des transports. Une telle politique ne peut que se heurter &#224; des r&#233;sistances sociales l&#233;gitimes. Au lieu de favoriser la prise de conscience du danger climatique, elle risque de jeter certains secteurs de la population dans les bras des sceptiques du changement climatique. Ce risque est particuli&#232;rement important dans les cat&#233;gories professionnelles qui sont touch&#233;es de plein fouet par la hausse des prix de l'&#233;nergie et o&#249; le poids social des petits patrons (agriculteurs, p&#234;cheurs, camionneurs) pourrait favoriser des r&#233;actions corporatistes violentes et d&#233;sesp&#233;r&#233;es, exer&#231;ant une pression forte sur les gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes ONG environnementales tentent de radicaliser les objectifs climatiques des gouvernements sans voir que cette radicalisation entra&#238;ne du m&#234;me coup l'accentuation des attaques contre les exploit&#233;s et les opprim&#233;s. C'est une voie sans issue. Nous d&#233;fendons la n&#233;cessit&#233; d'une lutte combin&#233;e en faveur du climat et de la justice sociale. Au sein du mouvement large, nous oeuvrons &#224; la constitution d'un p&#244;le de gauche qui lie ces deux dimensions et qui plaide par cons&#233;quent contre les recettes bas&#233;es sur les instruments de march&#233; (prix du carbone, primes et incitants fiscaux en faveur des renouvelables, achat de droits et de cr&#233;dits, etc.), l'accumulation, la domination n&#233;ocoloniale et la fuite en avant technologique. Ce p&#244;le cherche &#224; regrouper des &#233;l&#233;ments des gauches syndicale, &#233;cologiste, altermondialiste, f&#233;ministe, tiers-mondiste, la gauche des &#171; d&#233;croissants &#187;, des membres d'organisations de la gauche radicale, des scientifiques critiques, etc. Il contribue &#224; la construction du mouvement large en pratique et sur le plan politique, en prenant toute initiative permettant de faire progresser l'id&#233;e d'une politique climatique alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;27. La d&#233;fense du climat doit prendre une place importante dans les plateformes et les luttes des mouvements sociaux.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective d'une mobilisation large enracin&#233;e dans les luttes existantes, nous agissons pour que la d&#233;fense du climat devienne une pr&#233;occupation majeure des mouvements sociaux et qu'elle trouve une traduction concr&#232;te dans leurs plateformes de revendications, sur tous les terrains. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) la lutte pour la paix : la production d'armes et l'emploi des armes constituent une folie inacceptable au regard au regard du changement climatique&#8230; qui est lui-m&#234;me une cause possible de conflits suppl&#233;mentaire ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) la lutte contre la pauvret&#233;, pour le droit au d&#233;veloppement et la protection sociale : la capacit&#233; d'adaptation aux CC est directement proportionnelle au niveau de ressources et de d&#233;veloppement. L'in&#233;galit&#233; sociale accro&#238;t la vuln&#233;rabilit&#233; et handicape la mutation &#233;nerg&#233;tique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iii) la lutte des femmes : les besoins de l'adaptation au changement climatique, en particulier, renforcent l'importance et l'urgence des revendications sp&#233;cifiques des femmes pour l'&#233;galit&#233; des droits, pour une prise en charge sociale des enfants, contre la double journ&#233;e de travail, pour le droit &#224; l'avortement et &#224; la contraception ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iv) la lutte pour l'emploi : r&#233;duire radicalement la consommation d'&#233;nergie, r&#233;am&#233;nager le territoire, les villes, prendre soin de la biodiversit&#233;, d&#233;velopper les transports publics et substituer les sources renouvelables aux fossiles offre un gigantesque r&#233;servoir d'emplois ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(v) la lutte pour l'acc&#232;s &#224; la terre, &#224; l'eau et aux ressources naturelles, ainsi que pour une agriculture organique paysanne : les communaut&#233;s rurales pratiquant une agriculture organique intensive en main-d'&#339;uvre sont les mieux &#224; m&#234;me d'augmenter la capacit&#233; des puits de carbone et de r&#233;duire les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre du secteur agricole ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(vi) la lutte contre la mondialisation et la lib&#233;ralisation des march&#233;s agricoles : cause de ruine des populations rurales, de famine, d'exode rural et/ou de pillage des &#233;cosyst&#232;mes, la lib&#233;ralisation des march&#233;s agricoles est aussi une importante sources d'&#233;missions, directes (transport des produits d'exportation) et indirectes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(vii) la lutte pour le droit d'asile : face &#224; l'accroissement du nombre de r&#233;fugi&#233;s environnementaux, notamment climatiques, la libert&#233; de circulation est indispensable et constitue la seule r&#233;ponse digne de l'humanit&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(viii) les luttes des communaut&#233;s indig&#232;nes pour leurs droits : par leur savoir et leur mode d'exploitation des &#233;cosyst&#232;mes, notamment forestiers , ces communaut&#233;s sont les mieux &#224; m&#234;me de pr&#233;server et d&#233;velopper les puits de carbone ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ix) la lutte contre la flexibilit&#233; et la pr&#233;carisation du travail, contre l'allongement du temps de travail : les horaires coup&#233;s, flexibles, les campagnes capitalistes en faveur de la mobilit&#233; accrue de la main-d'&#339;uvre, contraignent les salari&#233;s &#224; l'usage la voiture. La production &#171; just in time &#187; est une source majeure d'&#233;missions de GES dans le secteur des transports. La r&#233;duction du temps de travail est une condition n&#233;cessaire &#224; l'&#233;closion &#224; une &#233;chelle de masse de comportements alternatifs en mati&#232;re de consommation et de loisirs ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(x) la lutte contre les privatisations, pour un secteur public de qualit&#233; dans les domaines des transports, de l'&#233;nergie et de l'eau. Un secteur public de transport gratuit et de qualit&#233; peut seul concilier le droit de toutes et tous &#224; la mobilit&#233; et la r&#233;duction des &#233;missions. La lib&#233;ralisation de la production d'&#233;lectricit&#233; complique l'introduction sur le r&#233;seau des sources renouvelables intermittentes. Seule une entreprise publique ne travaillant pas pour le profit peut relever le d&#233;fi consistant &#224; supprimer en 2 ou 3 d&#233;cennies la totalit&#233; des &#233;missions dans le secteur du logement. Pour des quotas individuels gratuits d'eau et d'&#233;nergie, fix&#233;s en fonction des besoins sociaux vitaux, non &#233;changeables, coupl&#233;s &#224; une tarification rapidement croissante au-del&#224; des quotas et &#224; un plafond de consommation absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;28. Le d&#233;fi climatique est essentiel pour la gauche syndicale. Il implique d'aller au-del&#224; de la lutte pour la redistribution des richesses.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les directions des grandes conf&#233;d&#233;rations syndicales internationales ont pour orientation d'accompagner la politique climatique capitaliste en &#233;change de la possibilit&#233; pour elles d'en n&#233;gocier certaines modalit&#233;s. Cette orientation se concr&#233;tise dans la proposition d'un &#171; Green Deal &#187; bas&#233; sur l'illusion que les technologies vertes permettront de r&#233;sorber le ch&#244;mage et donneront l'impulsion &#224; une nouvelle onde longue de prosp&#233;rit&#233; et d'expansion capitaliste. Les conditions sociales et les r&#233;percussions environnementales d'une relance durable du capitalisme ne sont pas prises en consid&#233;ration. Au contraire, les bureaucraties syndicales int&#232;grent les imp&#233;ratifs productivistes et de rentabilit&#233; capitalistes ainsi que les outils de la politique climatique dominante : aides publiques aux entreprises &#171; vertes &#187;, &#171; fiscalit&#233; &#233;cologique &#187;, M&#233;canisme de D&#233;veloppement Propre , Echange de Droits d'Emission, voire soutien &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire et aux agrocarburants. Cette politique cogestionnaire risque de rendre le mouvement syndical, en particulier le mouvement syndical des pays d&#233;velopp&#233;s, co-responsable des catastrophes climatiques et de leurs r&#233;percussions sur les pauvres dans les pays pauvres. Elle ne peut que semer la division parmi les travailleurs &#224; l'&#233;chelle internationale, et entre secteurs au sein des diff&#233;rents pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu l'importance du d&#233;fi climatique et &#233;nerg&#233;tique, il est d&#233;cisif pour la gauche syndicale de s'en emparer et d'en faire un &#233;l&#233;ment central de sa lutte pour un changement de cap des organisations de travailleurs. Ce combat est d'autant plus difficile que, du point de vue strat&#233;gique, il ne passe pas en premier lieu par le d&#233;veloppement de nouvelles productions, de nouvelles marchandises et de nouveaux march&#233;s dans le domaine des technologies vertes - donc par la &#171; relance &#233;conomique &#187; - mais par la lutte prioritaire pour la diminution de la consommation d'&#233;nergie, la suppression des productions inutiles ou nuisibles, la reconversion des travailleurs et travailleuses employ&#233;s dans ces secteurs, etc. Il y a l&#224; un obstacle consid&#233;rable, qui illustre le drame de l'encha&#238;nement des salari&#233;s au mode de production capitaliste dont ils d&#233;pendent pour leur existence quotidienne. Cet obstacle ne peut &#234;tre surmont&#233; qu'en mettant en cause la propri&#233;t&#233; capitaliste au moyen de revendications telles que (i) la mise sous statut public des activit&#233;s d&#233;cisives du double point de vue du sauvetage du climat et de la satisfaction des besoins humains fondamentaux, c'est-&#224;-dire en priorit&#233; l'expropriation sans rachat des entreprises capitalistes qui contr&#244;lent l'extraction, la conversion et la distribution de l'&#233;nergie (ii) la mise sous statut public de la recherche et des r&#233;sultats de la recherche, coupl&#233;e &#224; un refinancement dans le cadre de programmes internationaux visant &#224; la mise au point prioritaire d'alternatives technologiques, en priorit&#233; dans le domaine des renouvelables et de l'efficience &#233;nerg&#233;tique, (iii) un plan de transition &#224; tous les niveaux (global, r&#233;gional, national, local) vers une soci&#233;t&#233; sans combustibles fossiles, o&#249; la production et la consommation sont relocalis&#233;es dans la mesure du possible et o&#249; les salari&#233;s des secteurs &#171; fossiles &#187; b&#233;n&#233;ficient d'une reconversion avec maintien des acquis, sous contr&#244;le ouvrier. Face au d&#233;fi, la gauche syndicale doit sortir d'une vision &#233;triqu&#233;e ax&#233;e sur la redistribution des richesses pour contester la conception m&#234;me de la richesse et la mani&#232;re dont les richesses sont produites, c'est-&#224;-dire le mode de production dans ses fondements. Alors seulement pourront &#234;tre d&#233;gag&#233;es les ressources d'imagination et de cr&#233;ativit&#233; n&#233;cessaires &#224; la mobilisation des travailleurs autour d'objectifs concrets. Cette approche rehausse l'importance de revendications telles que la r&#233;duction du temps de travail (avec baisse des cadences, sans perte de salaire et avec embauche proportionnelle) et le contr&#244;le ouvrier (sur les cadences, la production, l'&#233;nergie, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;29. Le transfert massif de technologies propres vers les pays domin&#233;s et le financement de l'adaptation aux effets du changement climatique dans ces pays requi&#232;rent l'annulation de la dette ainsi qu'un fonds sp&#233;cial, aliment&#233; par des ponctions substantielles sur les profits capitalistes. Ces moyens doivent &#234;tre plac&#233;s sous le contr&#244;le d&#233;mocratique des populations et de leurs organisations sociales. D&#232;s lors qu'il implique la participation des pays domin&#233;s, le sauvetage du climat n&#233;cessite un partage des avoirs et des savoirs, &#224; l'&#233;chelle mondiale. Il doit donc &#234;tre li&#233; &#224; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) l'annulation de la dette du tiers-monde et la restitution aux peuples des avoirs que les dictateurs de pays du Sud ont plac&#233;s dans les banques occidentales ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) la lev&#233;e du secret bancaire, la suppression des paradis fiscaux, l'imposition des patrimoines, la taxation des mouvements sp&#233;culatifs, etc. ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iii) l'augmentation substantielle des budgets des pays imp&#233;rialistes consacr&#233;s &#224; l'aide publique au d&#233;veloppement ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iv) la cr&#233;ation, en plus de cette aide, d'un fonds mondial unique pour l'adaptation des pays en d&#233;veloppement aux effets in&#233;vitables du CC et pour le transfert des technologies propres vers le secteur public de ces pays, sans conditions financi&#232;res ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(v) l'alimentation de ce fonds par une ponction sur les profits et les surprofits des secteurs &#233;conomiques les plus responsables du changement climatique (secteur p&#233;trolier, charbonnier, automobile, production d'&#233;lectricit&#233;, notamment) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(vi) la suppression du r&#233;gime des brevets dans la sant&#233; et dans les technologies permettant de produire des biens de consommation et des services essentiels (transports, industrie l&#233;g&#232;re, eau et &#233;nergie, communications) afin que toutes les populations de la plan&#232;te puissent acc&#233;der aux biens fondamentaux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(vii) un syst&#232;me de compensation financi&#232;re pour les pays du Sud qui renoncent &#224; exploiter leurs ressources en combustibles fossiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la redistribution des richesses entre Nord et Sud ne suffit pas, ici non plus, &#224; relever le d&#233;fi climatique. Le mod&#232;le capitaliste de d&#233;veloppement qui subordonne les &#233;conomies des pays du Sud aux imp&#233;ratifs de l'accumulation, dans le cadre de la mondialisation de la production et des &#233;changes, est rigoureusement incompatible avec la n&#233;cessaire d&#233;viation des &#233;missions de 15 &#224; 30% d'ici 2020 (2050 pour l'Afrique). Cet objectif ne peut &#234;tre atteint que par un d&#233;veloppement endog&#232;ne, r&#233;pondant aux besoins de la grande masse de la population, donc li&#233; &#224; une r&#233;forme agraire en faveur de l'agriculture paysanne et &#224; une r&#233;orientation de la production vers le march&#233; int&#233;rieur. Concilier droit au d&#233;veloppement humain et sauvetage du climat n&#233;cessite donc des mesures contre les classes dominantes locales, qui tirent pr&#233;texte du droit au d&#233;veloppement pour refuser toute entrave &#224; la combustion des combustibles fossiles, pillent des ressources naturelles, s'approprient les for&#234;ts, jouent les interm&#233;diaires pour la vente des cr&#233;dits de carbone, produisent des agrocarburants, et exportent des denr&#233;es agricoles ou des produits industriels &#224; bas prix pour les march&#233;s des pays d&#233;velopp&#233;s. Pour emp&#234;cher qu'ils servent &#224; alimenter ce mod&#232;le de d&#233;veloppement socialement et &#233;cologiquement nuisible, les fonds et moyens technologiques mis &#224; disposition des pays du Sud doivent &#234;tre plac&#233;s sous le contr&#244;le d&#233;mocratique des populations ainsi que de leurs mouvements sociaux. La lutte contre le changement climatique valide ainsi la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente dans les pays coloniaux et semi-coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;30. La riposte au changement climatique doit int&#233;grer tous les grands d&#233;fis &#233;cologiques dans une perspective de d&#233;veloppement vraiment soutenable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire du capitalisme est jalonn&#233;e de crises environnementales &#171; r&#233;solues &#187; sans vision &#233;cologique d'ensemble, par la mise en &#339;uvre de r&#233;ponses technologiques partielles subordonn&#233;es aux imp&#233;ratifs de rentabilit&#233;, dont les effets environnementaux n&#233;fastes apparaissent plus tard. La destruction totale des for&#234;ts europ&#233;ennes a &#233;t&#233; &#233;vit&#233;e par l'exploitation du charbon, cause majeure du changement climatique ; l'&#233;puisement des sols a &#233;t&#233; &#233;vit&#233; par l'usage massif des engrais, source de gaz &#224; effet de serre, cause de pollution et d'eutrophisation des eaux ; le d&#233;veloppement du trou dans la couche d'ozone a &#233;t&#233; frein&#233; par le recours &#224; des gaz r&#233;frig&#233;rants qui contribuent de fa&#231;on significative &#224; la hausse de l'effet de serre, etc&#8230; R&#233;soudre la crise climatique/&#233;nerg&#233;tique en suivant la m&#234;me m&#233;thode d'apprenti-sorcier risque d'avoir des cons&#233;quences encore plus redoutables, en particulier dans deux domaines : le recours accru au nucl&#233;aire et aux organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s. S'opposer &#224; ces est une t&#226;che des plus importantes pour la gauche. Il faut les d&#233;noncer comme symbolisant la folie de la croissance capitaliste sans limites, comme la tentative absurde du syst&#232;me de sauter par-dessus sa propre t&#234;te pour maintenir malgr&#233; tout l'accumulation g&#233;n&#233;ratrice de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, le d&#233;fi climatique f&#233;d&#232;re toutes les questions environnementales. La riposte doit donc int&#233;grer tous les grands d&#233;fis &#233;cologiques, notamment : (i) la d&#233;fense de la for&#234;t tropicale dans le respect des droits des communaut&#233;s indig&#232;nes qui vivent de ses ressources (puits de carbone) ; (ii) la d&#233;fense de la biodiversit&#233; ; (iii) la gestion rationnelle et publique des ressources en eau ; (iv) la lutte contre l'empoisonnement de la biosph&#232;re par les quelques 100.000 mol&#233;cules issues de la p&#233;trochimie, qui n'existent pas dans la nature et donc certaines ne peuvent &#234;tre d&#233;compos&#233;es par ses agents r&#233;ducteurs ; (v) l'&#233;limination des gaz destructeurs de l'ozone stratosph&#233;rique et leur remplacement par des compos&#233;s n'ayant pas d'autre impact &#233;cologique dangereux ; (vi) la lutte contre la pollution atmosph&#233;rique et ses cons&#233;quences pour la sant&#233; humaine (asthme, maladies cardiovasculaires,) ainsi que pour les &#233;cosyst&#232;mes (acidification, ozone troposph&#233;rique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;31. D&#233;noncer l'&#233;cart entre les plans capitalistes et les recommandations des scientifiques. A partir des mouvements sociaux, nouer des liens avec des scientifiques critiques. Poser les questions de la propri&#233;t&#233; du savoir et du r&#244;le social de la recherche.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;tention des gouvernements qui tentent de faire croire que leur politique climatique capitaliste et lib&#233;rale est fond&#233;e sur &#171; la science &#187; doit &#234;tre combattue vigoureusement. Pour ce faire, il s'agit de d&#233;noncer le gouffre s&#233;parant les objectifs des gouvernements des conclusions les plus prudentes &#224; tirer des rapports du GIEC. Cependant, cette d&#233;nonciation implique d'assimiler l'essentiel de l'expertise scientifique tout en critiquant les pr&#233;suppos&#233;s id&#233;ologiques et sociaux dominants qui sont v&#233;hicul&#233;s par la grande majorit&#233; des experts. La gauche doit donc nouer des relations avec des scientifiques, les inviter &#224; communiquer leur expertise aux mouvements sociaux, les interpeller &#224; partir de ceux-ci sur leur positionnement politique g&#233;n&#233;ral, les pousser &#224; s'exprimer sur la contradiction entre les solutions rationnelles globales que demande la lutte contre le r&#233;chauffement, d'une part, et l'ultra-cloisonnement des sciences au service de la rationalit&#233; capitaliste partielle, d'autre part. Vu la place prise par l'expertise scientifique dans l'&#233;laboration de la politique climatique, il est d'une importance non n&#233;gligeable de nouer des relations entre les mouvements sociaux et des chercheurs critiques et humanistes, des laboratoires, ou des associations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, nous d&#233;veloppons un point de vue plus g&#233;n&#233;ral sur le r&#244;le de la science et de la recherche dans la lutte pour les sauvetage du climat dans la justice sociale. Nous ne refusons pas les solutions technologiques, ni les concepts de d&#233;veloppement et de progr&#232;s. Nous plaidons au contraire pour que la recherche scientifique et technique soit lib&#233;r&#233;e de l'emprise du capital afin que son potentiel puisse &#234;tre massivement et rapidement au service du d&#233;veloppement soutenable des sources &#233;nerg&#233;tiques renouvelables, du progr&#232;s dans l'efficience &#233;nerg&#233;tique et de la gestion rationnelle des ressources. Pour cette raison, nous exigeons le refinancement public massif de la recherche, l'arr&#234;t des contrats qui lient les universit&#233;s &#224; l'industrie et au capital financier, la d&#233;finition d&#233;mocratique des priorit&#233;s de la recherche en fonction de la transition, dans la justice sociale, vers une soci&#233;t&#233; soutenable &#233;cologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;32. Combattre la culpabilisation, mais assumer la sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique dans la mesure du possible social.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche combat les discours culpabilisants des gouvernements qui attribuent la responsabilit&#233; du r&#233;chauffement et du sauvetage du climat au comportement individuel de chacun, toutes classes confondues. Ces discours escamotent l'in&#233;galit&#233; sociale, la culpabilit&#233; du capitalisme et d&#233;tournent l'attention des profonds changements structurels n&#233;cessaires dans le mode de production. Mais il n'en d&#233;coule pas que la gauche pourrait &#233;viter de poser la question des comportements individuels, ou refuser toute action dans la sph&#232;re de la consommation, au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une illusion de croire que le climat pourrait &#234;tre sauv&#233; par un mouvement de &#171; contagion culturelle &#187; contre la surconsommation : faute de changements structurels, les ruptures individuelles ne peuvent d&#233;boucher que sur un style de vie monacal, tr&#232;s peu &#171; contagieux &#187;. Mais il est &#233;galement irrationnel de miser sur d'hypoth&#233;tiques perc&#233;es scientifiques r&#233;volutionnaires pour ne pas mettre en question la surconsommation et les pratiques individuelles qui en d&#233;coulent. L'urgence climatique impose de prendre ici et maintenant les d&#233;cisions n&#233;cessaires sur la base des solutions technologiques connues et du diagnostic scientifique existant. Une attitude bas&#233;e sur la foi dans le progr&#232;s, la croyance en un deus ex machina technologique, ne sert qu'&#224; justifier l'inaction, alors que les tenants de la contagion culturelle ont au moins le m&#233;rite d'agir pour sauver le climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'opposer les actions dans la sph&#232;re de la consommation aux changements structurels dans la sph&#232;re de la production, la gauche doit concevoir les premi&#232;res comme un moyen de souligner la n&#233;cessit&#233; des secondes. D'une part, la conscience de la gravit&#233; du r&#233;chauffement et de ses impacts est incompatible avec la poursuite de certains comportements qui traduisent un m&#233;pris flagrant et cynique pour l'environnement : dans la mesure du possible social, une exigence &#233;thique &#233;l&#233;mentaire veut que ceux dont les besoins fondamentaux sont satisfaits fassent preuve de sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique et agissent de fa&#231;on cons&#233;quente pour &#233;viter de contribuer au basculement climatique. D'autre part, les pratiques sociales alternatives, les campagnes et les mobilisations d&#233;mocratiques, m&#234;me minoritaires, qui contestent le productivisme et le consum&#233;risme, peuvent jouer un r&#244;le positif et important dans la formation de la conscience collective que des changements structurels sont n&#233;cessaires, aussi dans la sph&#232;re de la production, et que ces changements peuvent s'accompagner d'une plus grande qualit&#233; de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous soutenons donc les campagnes et les actions d&#233;mocratiques contre l'envahissement publicitaire, l'appropriation capitaliste de l'espace public, le gaspillage des ressources naturelles, le tout automobile, l'explosion du transport a&#233;rien, pour le boycott des produits issus de la destruction de la for&#234;t &#233;quatoriale, etc., en les liant &#224; la n&#233;cessit&#233; de changements structurels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;33. D&#233;velopper une pratique de secours populaire en cas de catastrophe.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement climatique accro&#238;t consid&#233;rablement les risques de s&#233;cheresses, inondations, glissements de terrain et autres catastrophes frappant plus particuli&#232;rement les travailleurs et les pauvres. Dans les pays en d&#233;veloppement, ces catastrophes pourraient dans certains cas prendre une ampleur extr&#234;me. Face &#224; cette menace, nous devons nous pr&#233;parer &#224; intervenir avec les mouvements sociaux sur deux terrains diff&#233;rents : le terrain revendicatif consistant &#224; mettre les Etats devant leurs responsabilit&#233;s ; et le terrain des secours directs, populaires et solidaires, pris en charge par les populations locales et leurs organisations avec l'aide des r&#233;seaux militants au niveau mondial. L'exp&#233;rience acquise dans les catastrophes naturelles montre en effet que ces secours populaires sont plus rapides, plus directement orient&#233;s vers les pauvres et les besoins r&#233;els et peu co&#251;teux. De plus, ils sont favorables &#224; l'&#233;closion d'autres rapports sociaux, de contestation de l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; V. OUVRIR LA VOIE A UNE ALTERNATIVE ANTICAPITALISTE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;34. L'incapacit&#233; des gouvernements &#224; prendre les mesures n&#233;cessaires pour sauver le climat est ancr&#233;e structurellement dans les lois fondamentales du capitalisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence pousse chaque propri&#233;taire de capitaux &#224; remplacer les travailleurs par des machines qui, en augmentant la productivit&#233; du travail, permettent de d&#233;gager un surprofit en plus du profit moyen, et de gagner ainsi un avantage comp&#233;titif. Cette course &#224; la rente technologique, qui s'acc&#233;l&#232;re au fil du d&#233;veloppement, accentue la tendance du syst&#232;me &#224; la surproduction, et par cons&#233;quent &#224; la surconsommation. Surproduction et surconsommation impliquent in&#233;vitablement un &#233;largissement du volume de la production mat&#233;rielle. Celui-ci &#224; son tour n&#233;cessite des pr&#233;l&#232;vements accrus de ressources (notamment &#233;nerg&#233;tiques), d'une part, et des rejets plus importants de d&#233;chets, d'autre part. La tendance &#224; la d&#233;mat&#233;rialisation, &#224; l'efficience dans l'utilisation des ressources et &#224; la transformation des d&#233;chets en mati&#232;res premi&#232;res peut freiner ce mouvement d'ensemble, pas l'emp&#234;cher. Un capitalisme stationnaire constitue une contradiction dans les termes : l'&#233;conomie capitaliste ayant pour but la production de valeur, c&#224;d. d'une forme g&#233;n&#233;rale et abstraite des valeurs d'&#233;change, il en d&#233;coule que le capitalisme, selon la formule de Marx, ne conna&#238;t d'autre limite que le capital lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce cadre qu'il convient d'analyser le changement climatique. Tout au long de ses quelques 200 ans d'histoire, le syst&#232;me a pr&#233;lev&#233; dans l'environnement naturel les ressources &#233;nerg&#233;tiques fossiles abondantes qui lui ont assur&#233; un &#233;l&#233;ment de capital constant &#224; bas prix. D&#233;chet invisible de cette consommation productive, le CO2 s'est accumul&#233; dans l'atmosph&#232;re au point que la quantit&#233; globale &#233;mise actuellement &#233;quivaut deux fois la capacit&#233; d'absorption par les &#233;cosyst&#232;mes. Sur une longue p&#233;riode, on observe logiquement une forte corr&#233;lation entre les tonnages de CO2 &#233;mis et les ondes longues d'expansion ou de stagnation capitalistes. C'est ainsi que les &#171; trente glorieuses &#187; tir&#233;es par la production massive d'automobiles et d'autres biens de consommation de masse co&#239;ncident avec une hausse si importante des &#233;missions que la concentration atmosph&#233;rique en gaz &#224; effet de serre a &#233;t&#233; port&#233;e &#224; un niveau durablement proche de celui qui peut entra&#238;ner une catastrophe climatique de grande ampleur. Apr&#232;s un l&#233;ger recul et une stabilisation dans les ann&#233;es 70-80, les &#233;missions globales ont recommenc&#233; &#224; cro&#238;tre ensuite, du fait de la mondialisation capitaliste de la production et des transports, de la transformation de la Chine en &#171; atelier du monde &#187; et de la relance US tir&#233;e par l'endettement. Le r&#233;chauffement plan&#233;taire et l'&#233;puisement in&#233;vitable &#224; terme des ressources fossiles surviennent alors comme des obstacles physiques, des limites sur lesquelles la machine bute sans &#234;tre capable d'en admettre l'existence et, surtout, d'en tirer toutes les conclusions pratiques indispensables. Le CC montre que le syst&#232;me capitaliste, bas&#233; sur l'accumulation potentiellement illimit&#233;e de valeur entra&#238;nant une rotation acc&#233;l&#233;r&#233;e du capital, se r&#233;v&#232;le incapable d'int&#233;grer effectivement les notions de limites physiques et de rythmes &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;35. Le CC porte la crise du capitalisme contemporain &#224; un niveau de globalit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent et contribue &#224; en faire une crise syst&#233;mique majeure, une crise de civilisation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;chauffement traduit en termes physiques la th&#232;se formul&#233;e en termes politiques par les marxistes r&#233;volutionnaires, il y a plus de 60 ans : les conditions objectives pour une soci&#233;t&#233; non-capitaliste ne sont pas seulement m&#251;res, elles ont commenc&#233; &#224; pourrir. La crise climatique est la manifestation la plus &#233;clatante et la plus globale de ce pourrissement. Faute d'avoir &#233;t&#233; &#233;limin&#233; et remplac&#233; par un syst&#232;me non productiviste, le &#171; capitalisme du troisi&#232;me &#226;ge &#187; a amen&#233; l'humanit&#233; &#224; franchir des pas d&#233;cisifs et irr&#233;versibles vers une d&#233;gradation extr&#234;mement s&#233;rieuse de l'environnement, qui menace d'aggraver les conditions d'existence de centaines de millions d'&#234;tres humains. Si les mesures radicales susceptibles d'arr&#234;ter cet engrenage ne sont pas prises &#224; tr&#232;s court terme, l'humanit&#233; devra affronter une s&#233;rie de catastrophes de grande ampleur, aux cons&#233;quences sociales et politiques incalculables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique, la politique d'aust&#233;rit&#233; brutale men&#233;e dans le cadre de l'onde longue r&#233;cessive ouverte au d&#233;but des ann&#233;es 70 du si&#232;cle pass&#233; a d&#233;bouch&#233; sur une situation sans pr&#233;c&#233;dent, qui se prolonge depuis 25 ans : une relance du taux de profit sans relance du taux d'accumulation du capital, avec maintien d'un ch&#244;mage massif, croissance de la mis&#232;re, explosion des in&#233;galit&#233;s. Cette incapacit&#233; prolong&#233;e du syst&#232;me &#224; renouer avec une onde longue expansive traduit un &#233;puisement historique qui renvoie en derni&#232;re instance &#224; la difficult&#233; croissante de compenser la chute tendancielle du taux de profit moyen par la hausse du taux d'exploitation, et aux contradictions qui en r&#233;sultent pour la r&#233;alisation de la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan social, le capitalisme n'a pu sortir de la Grande D&#233;pression que par l'&#233;crasement du mouvement ouvrier, le fascisme, la guerre, et au double prix d'une inflation permanente ainsi que d'un d&#233;s&#233;quilibre irr&#233;versible du syst&#232;me climatique. L'ouverture d'une nouvelle p&#233;riode historique de prosp&#233;rit&#233; de la soci&#233;t&#233; capitaliste n&#233;cessiterait de passer par un &#171; choc exog&#232;ne &#187; d'une ampleur au moins comparable &#224; ce rem&#232;de de cheval des ann&#233;es trente. La r&#233;cession ouverte par l'affaire des subprimes indique que, en d&#233;pit des d&#233;faites du mouvement ouvrier, les conditions d'une nouvelle onde longue d'expansion ne sont pas r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan environnemental, m&#234;me dans l'hypoth&#232;se o&#249; des aides publiques massives aux entreprises (c&#224;d. un nouveau transfert de richesse du travail vers le capital ) acc&#233;l&#232;reraient la diffusion des technologies propres, une relance capitaliste durable &#8211; sur le mod&#232;le des &#171; trente glorieuses &#187; - impliquerait in&#233;vitablement plusieurs ann&#233;es de consommation accrue d'&#233;nergies fossiles, donc une acc&#233;l&#233;ration des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre plus que suffisante pour pr&#233;cipiter la catastrophe climatique. En d'autres termes, la lutte contre le CC pose un choix de civilisation fondamental : poursuite du productivisme capitaliste aux d&#233;pens de l'environnement et de la majorit&#233; sociale, ou alternative non capitaliste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;36. R&#233;soudre conjointement et structurellement la crise climatique et la crise sociale ne peut se faire qu'en rompant avec la logique de l'accumulation de valeur, en substituant la production d'utilit&#233;s (valeurs d'usage) &#224; la production de marchandises.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La stabilisation du climat &#224; un niveau coh&#233;rent avec le principe de pr&#233;caution requiert que les &#233;missions globales commencent &#224; diminuer au plus tard en 2015 pour &#234;tre r&#233;duites de 50 &#224; 85% d'ici 2050, et plus d'ici la fin du si&#232;cle. Il s'agit d'atteindre cet objectif sans nucl&#233;aire, sans production massive d'agrocarburants pour le march&#233; mondial et en ne recourant que marginalement &#224; la capture-s&#233;questration du carbone. Dans l'&#233;tat actuel des connaissances, ce n'est possible, on l'a vu, qu'en r&#233;duisant significativement la consommation globale d'&#233;nergie, condition pour l'introduction des renouvelables. Pour ce faire, la hausse de l'efficience &#233;nerg&#233;tique et la baisse de l'intensit&#233; en carbone fossile de l'&#233;conomie ne suffiront pas. Ind&#233;pendamment de la question socialement et politiquement d&#233;cisive de la r&#233;partition des efforts (Nord-Sud, Nord-Nord, Sud-Sud), une certaine d&#233;croissance de la production mat&#233;rielle globale est donc objectivement n&#233;cessaire. Or, le capitalisme est fondamentalement productiviste. Il n'est capable de r&#233;pondre aux besoins sociaux, &#224; sa mani&#232;re (pervertie par la marchandise) que lorsque les exploit&#233;s et les opprim&#233;s l'obligent par leurs luttes &#224; laisser tomber les miettes de la croissance de la table de l'accumulation. Dans le cadre de ce syst&#232;me, une d&#233;croissance de la production et de la consommation mat&#233;rielles ne peut se concr&#233;tiser que temporairement, par le truchement des crises de surproduction qui entra&#238;nent l'aggravation de la crise sociale, la mis&#232;re, le ch&#244;mage, la croissance des in&#233;galit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire que le d&#233;fi climatique conf&#232;re objectivement une urgence imp&#233;rieuse &#224; l'alternative anticapitaliste, et disqualifie les strat&#233;gies de participation aux institutions bourgeoises dans le but d'une hypoth&#233;tique transformation graduelle. En effet, casser la spirale d'accumulation incompatible avec le sauvetage du climat n'est possible qu'en substituant la production de valeurs d'usage pour la satisfaction des besoins r&#233;els (forc&#233;ment limit&#233;s) &#224; la production de marchandises pour l'accumulation de valeur (potentiellement illimit&#233;e). Des changements structurels dans la sph&#232;re de la production (et des transports en tant qu'activit&#233; productive) sont donc d&#233;cisifs. Ce sont eux qui cr&#233;eront la base mat&#233;rielle de changements dans la sph&#232;re de la consommation. Ces changements n&#233;cessitent non seulement un transfert massif de richesse du capital vers le travail mais aussi une remise en cause du droit de propri&#233;t&#233; capitaliste. Ces deux dimensions se rejoignent dans la revendication de nationalisation avec expropriation de l'ensemble du secteur du cr&#233;dit (banques et assurances), qui acquiert d&#232;s lors une importance strat&#233;gique majeure. La lutte contre le CC ouvre ainsi la possibilit&#233; de revitaliser la d&#233;marche du programme de transition : d'une part en refondant la n&#233;cessit&#233; pour l'humanit&#233; d'une issue non capitaliste, d'autre part en donnant une justification objective solide &#224; un ensemble coh&#233;rent de revendications concr&#232;tes qui, prises globalement, sont incompatibles avec le fonctionnement normal du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les demandes pr&#233;cises peuvent varier fortement de pays &#224; pays, de r&#233;gion &#224; r&#233;gion, en fonction notamment du niveau de d&#233;veloppement, de la formation sociale, des caract&#233;ristiques des &#233;cosyst&#232;mes, des sp&#233;cificit&#233;s des syst&#232;mes &#233;nerg&#233;tiques, etc. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, leur caract&#232;re transitoire sera d&#233;termin&#233; par le fait qu'elles appara&#238;tront comme pouvant contribuer effectivement &#224; r&#233;soudre &#224; la fois la crise &#233;cologique/climatique et la crise sociale. La cr&#233;ation d'emplois dans des activit&#233;s socialement utiles, le droit &#224; l'&#233;nergie, au logement et &#224; la mobilit&#233; (transports publics gratuits), la lutte contre la pollution et ses impacts sur la sant&#233;, le pr&#233;l&#232;vement responsable sur les ressources des mers, des for&#234;ts et des lacs,&#8230; sont autant de domaines cl&#233;s o&#249; des propositions peuvent &#234;tre mises en avant qui articulent r&#233;duction des &#233;missions, gestion rationnelle des flux d'&#233;nergie et de mati&#232;re, r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s sociales, accroissement des droits d&#233;mocratiques et recul de l'emprise de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette articulation, la question de l'efficacit&#233; &#233;cologique/climatique (r&#233;duction des &#233;missions) n'est pas un suppl&#233;ment d'&#226;me. Elle doit au contraire recevoir une attention particuli&#232;re. Du fait de l'importance objective de la lutte contre le r&#233;chauffement en tant que question globale, aux implications sociales majeures, mais aussi parce que les propositions anticapitaliste sont plus efficaces climatiquement que les recettes capitalistes, ce qui ne peut qu'approfondir la crise de l&#233;gitimit&#233; du syst&#232;me face &#224; un d&#233;fi qu'il est lui-m&#234;me contraindre de reconna&#238;tre comme d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;37. Du fait m&#234;me de sa nature de probl&#232;me global gigantesque, &#224; r&#233;soudre dans l'urgence pour &#233;viter des catastrophes encore plus graves, le CC offre une opportunit&#233; exceptionnelle d'introduire la n&#233;cessit&#233; d'une alternative anticapitaliste &#171; par le haut &#187;, en des termes &#233;minemment pratiques, rationnels et imm&#233;diats.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au CC, l'ampleur colossale des mesures &#224; prendre dans un d&#233;lai tr&#232;s court (deux g&#233;n&#233;rations) peut avoir des effets contradictoires sur l'&#233;tat d'esprit des masses : m&#233;canismes de censure et d'incr&#233;dulit&#233;, r&#233;ponses cyniques, exacerbation de l'angoisse latente engendr&#233;e par l'ins&#233;curit&#233; d'existence dans le capitalisme du troisi&#232;me &#226;ge. Ces sentiments peuvent &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;s et manipul&#233;s par les gouvernements bourgeois, mais aussi par des tendances mystiques offrant de pseudo-issues irrationnelles et eschatologique. Ils peuvent &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;s &#233;galement par des courants r&#233;actionnaires qui naturalisent les rapports entre l'humanit&#233; et son environnement et, &#224; partir de l&#224;, tendent invariablement &#224; d&#233;boucher sur des conclusions n&#233;omalthusiennes, potentiellement barbares. Ces risques de r&#233;cup&#233;ration sont d'autant plus r&#233;els que le niveau de la lutte des classes est bas, avec une forte pr&#233;dominance de conflits &#224; caract&#232;re d&#233;fensif (dans lesquels les consid&#233;rations environnementales tendent le plus souvent &#224; &#234;tre marginalis&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait pourtant erron&#233; d'arguer de cette situation difficile pour se contenter de revendications tr&#232;s imm&#233;diates face au CC (pour ne pas parler de faire l'impasse sur la question, en la renvoyant &#224; des temps meilleurs, ou aux lendemains qui chantent). La situation requiert au contraire de combiner audacieusement l'agitation sur les revendications imm&#233;diates &#224; une propagande anticapitaliste large, radicale, globale, simple et directe. C'est indispensable pour se hisser au niveau objectif du d&#233;fi, dans sa double dimension &#233;cologique et sociale, et donc pour se pr&#233;senter comme offrant une issue. Et c'est possible parce que, du fait m&#234;me de sa nature de probl&#232;me global gigantesque, &#224; r&#233;soudre dans l'urgence pour &#233;viter des catastrophes encore plus graves, le CC offre une opportunit&#233; exceptionnelle d'introduire la n&#233;cessit&#233; d'une alternative anticapitaliste &#171; par le haut &#187;, en des termes &#233;minemment pratiques, rationnels et imm&#233;diats. Du fait de l'urgence, en effet, il est possible de toucher directement le sens &#233;thique, la conscience et la raison de larges masses de gens sur des questions fondamentales telles que l'indispensable n&#233;cessit&#233;, pour combattre efficacement le CC, de mettre en &#339;uvre tous les moyens pertinents disponibles, ind&#233;pendamment de leur co&#251;t ; de consid&#233;rer l'atmosph&#232;re, l'eau, le sol, les ressources g&#233;n&#233;tiques, le rayonnement solaire et l'&#233;nergie en g&#233;n&#233;ral comme des biens communs de l'humanit&#233; ; de redistribuer les richesses et de d&#233;velopper le secteur public pour mobiliser tous les moyens disponibles. Il est possible de le faire avec une grande autorit&#233;, en s'appuyant de fa&#231;on critique sur les conclusions scientifiques des experts, ce qui conf&#232;re une l&#233;gitimit&#233; suppl&#233;mentaire &#224; l'alternative anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du projet socialiste, dont le bilan &#233;cologique tr&#232;s n&#233;gatif du &#171; socialisme r&#233;el &#187; constitue un &#233;l&#233;ment incontournable, p&#232;se lourdement sur les capacit&#233;s de r&#233;sistance et de contre-attaque des exploit&#233;s et des opprim&#233;s. En utilisant pleinement les possibilit&#233;s qu'offre le CC de refonder la perspective anticapitaliste tout en l'enracinant dans une probl&#233;matique totale, &#224; la fois &#233;cologique et sociale, les marxistes r&#233;volutionnaires peuvent contribuer &#224; la recomposition du mouvement ouvrier international autour d'un projet global de soci&#233;t&#233;, et m&#234;me de civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;38. La saturation du cycle du carbone et l'&#233;puisement de ressources non renouvelables signifient que, &#224; la diff&#233;rence du pass&#233;, l'&#233;mancipation des travailleurs n'est plus concevable sans prise en compte des principales contraintes naturelles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition &#224; la croissance, en soi, ne constitue ni un projet de soci&#233;t&#233; ou de civilisation, ni une strat&#233;gie pour la mobilisation sociale large en faveur d'une autre soci&#233;t&#233; (surtout pas si la d&#233;croissance se mesure par la diminution du Produit Int&#233;rieur Brut , qui ne consid&#232;re que la quantit&#233; de valeur, ind&#233;pendamment de la qualit&#233; des besoins humains et &#233;cologiques). La diminution de la production et de la consommation mat&#233;rielle est imm&#233;diatement n&#233;cessaire au sauvetage du climat, parce que le capitalisme a entra&#238;n&#233; l'humanit&#233; trop loin dans une voie sans issue. D'une part, elle ne pr&#233;juge en rien des possibilit&#233;s de d&#233;veloppement futures, une fois que le syst&#232;me climatique aura &#233;t&#233; stabilis&#233;. D'autre part, elle ne constitue qu'un crit&#232;re quantitatif de la transition n&#233;cessaire vers une &#233;conomie sans carbone fossile. Sous peine de d&#233;boucher sur des conclusions r&#233;actionnaires, ce crit&#232;re quantitatif doit &#234;tre combin&#233; &#224; des crit&#232;res qualitatifs : redistribution des richesses, r&#233;duction du temps de travail sans perte de salaire, d&#233;veloppement du secteur public. Si ceux-ci sont satisfaits, et pour peu qu'elle cible les productions inutiles ou nuisibles, la r&#233;duction de la production mat&#233;rielle est compatible avec la croissance du bien-&#234;tre, de la richesse et de la qualit&#233; de vie de l'immense majorit&#233; de l'humanit&#233;, via des investissements sociaux dans les secteurs de l'&#233;ducation, de la sant&#233;, de la culture, de la vie associative, des transports en commun, de l'am&#233;nagement du territoire, et la gratuit&#233; des services vitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me capitaliste est certes ins&#233;parable de la croissance de la production et de la consommation mat&#233;rielles, mais celle-ci constitue un effet, pas une cause. C'est la production de valeur, en tant que forme abstraite des valeurs d'&#233;change, qui entra&#238;ne la tendance permanente &#224; l'accumulation sans limites de la richesse &#224; un p&#244;le, et provoque en m&#234;me temps l'accumulation ininterrompue de mis&#232;re &#224; l'autre. Une politique climatique qui ne prendrait pas en compte cette double r&#233;alit&#233; serait presque certainement vou&#233;e &#224; l'&#233;chec. Le point crucial et le levier de l'alternative anticapitaliste restent donc fondamentalement ceux que le projet socialiste a d&#233;finis : la mobilisation des exploit&#233;s et des opprim&#233;s contre un syst&#232;me bas&#233; sur la course au (sur)profit, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, la production de marchandises, la concurrence et le salariat. Mais ce point crucial et ce levier ne suffisent plus &#224; d&#233;finir l'alternative. La saturation du cycle du carbone constitue en effet la d&#233;monstration la plus &#233;vidente et la plus globale du fait que, &#224; la diff&#233;rence du pass&#233;, l'&#233;mancipation des travailleurs n'est plus concevable sans prise en compte des principales contraintes naturelles : limites des stocks de ressources non renouvelables &#224; l'&#233;chelle historique, vitesse de reconstitution des ressources renouvelables, lois de conversion de l'&#233;nergie, conditions de fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes et des cycles biologiques, rythmes de ceux-ci. La courte d&#233;finition de L&#233;nine &#8211; le socialisme, c'est les soviets plus l'&#233;lectricit&#233; - est donc obsol&#232;te : une &#233;lectricit&#233; produite comment (&#224; partir de renouvelables ou de fossiles ?), en quelles quantit&#233;s, avec quels impacts environnementaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il veut constituer une alternative globale &#224; la hauteur du double d&#233;fi &#233;cologique et social &#8211; en r&#233;alit&#233; un seul et m&#234;me d&#233;fi &#233;cosocial - le projet socialiste doit &#233;lucider ces questions. Pour ce faire, il ne suffit pas d'affirmer que le socialisme doit int&#233;grer les questions &#233;cologiques, autrement dit que les socialistes doivent mieux comprendre les enjeux &#233;cologiques, d&#233;velopper des revendications &#233;cologiques et participer &#224; des mobilisations en d&#233;fense de l'environnement. Le v&#233;ritable d&#233;fi consiste plut&#244;t &#224; int&#233;grer le projet socialiste &#224; l'&#233;cologie globale du super-&#233;cosyst&#232;me terrestre. Cela signifie que le d&#233;veloppement doit &#234;tre con&#231;u non seulement dans le but de satisfaire les besoins humains mais aussi en fonction de sa soutenabilit&#233; par l'environnement, et en acceptant de surcro&#238;t que la complexit&#233;, les inconnues et le caract&#232;re &#233;volutif de la biosph&#232;re conf&#232;rent &#224; cette entreprise un degr&#233; d'incertitude irr&#233;ductible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;grer le socialisme &#224; l'&#233;cologie implique de la part des socialistes une &#171; r&#233;volution culturelle &#187;. Celle-ci est indispensable pour d&#233;passer la vision cloisonn&#233;e, utilitariste et lin&#233;aire de la nature comme la plateforme physique &#224; partir de laquelle l'humanit&#233; op&#232;re, comme le magasin o&#249; elle puise les ressources n&#233;cessaires &#224; la production de son existence sociale et comme la d&#233;charge o&#249; elle entrepose les d&#233;chets de cette activit&#233;. En r&#233;alit&#233;, la nature est tout &#224; la fois la plateforme, le magasin, la d&#233;chetterie et l'ensemble des processus vivants qui, gr&#226;ce &#224; l'apport ext&#233;rieur d'&#233;nergie solaire, font circuler la mati&#232;re entre ces p&#244;les en la r&#233;organisant constamment. Les d&#233;chets et leur mode de d&#233;p&#244;t doivent donc &#234;tre compatibles en qualit&#233; comme en qualit&#233; avec les capacit&#233;s et les rythmes de recyclage par les &#233;cosyst&#232;mes, afin de ne pas compromettre le bon fonctionnement de cette fine pellicule que repr&#233;sente la biosph&#232;re. Or, ce bon fonctionnement d&#233;pend du nombre et de la diversit&#233; des op&#233;rateurs, ainsi que de la qualit&#233; et de la complexit&#233; des multiples cha&#238;nes de relations qui les unissent, l'&#233;quilibre des flux d&#233;terminant en fin de compte l'approvisionnement de l'humanit&#233; en ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la notion de &#171; ma&#238;trise humaine sur la nature &#187;, pleine d'assurance positiviste, doit &#234;tre abandonn&#233;e. Le seul socialisme r&#233;ellement possible d&#233;sormais est celui qui satisfait les besoins humains r&#233;els (c'est-&#224;-dire d&#233;barrass&#233;s de l'ali&#233;nation marchande), d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s par les int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes, en prenant soin de s'interroger prudemment sur l'impact environnemental de ces besoins et de la mani&#232;re dont ils sont satisfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;39. L'erreur &#233;cologique majeure de Marx n'est pas d'avoir consid&#233;r&#233; la nature comme un r&#233;servoir illimit&#233; de ressources, mais de ne pas avoir appliqu&#233; son propre concept de &#171; gestion rationnelle des &#233;changes &#187; au domaine particulier de l'&#233;nergie, alors qu'il l'avait appliqu&#233; au domaine des sols.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au 19e si&#232;cle, les travaux de Liebig sur l'&#233;puisement des sols cons&#233;cutif &#224; la rupture du cycle des nutriments due &#224; l'urbanisation et &#224; l'internationalisation des march&#233;s agricoles avaient amen&#233; Marx &#224; poser que, le travail &#233;tant la m&#233;diation oblig&#233;e entre l'&#234;tre humain et la nature, la seule libert&#233; possible r&#233;sidait dans la gestion rationnelle des &#233;changes de mati&#232;res entre l'humanit&#233; et l'environnement. Cette id&#233;e que le &#171; m&#233;tabolisme &#187; entre la soci&#233;t&#233; et la nature est d&#233;termin&#233; historiquement et que le genre humain, parce qu'il produit consciemment son existence sociale, doit assumer la responsabilit&#233; d'une &#171; gestion rationnelle &#187; des &#233;changes avec la Terre, est d'une actualit&#233; remarquable et peut rivaliser avec les meilleures conceptualisations contemporaines de la probl&#233;matique &#233;cologique globale. Elle atteste que Marx, en d&#233;pit de certaines formulations ambigu&#235;s, n'&#233;tait pas ignorant des cycles naturels et qu'il avait conscience du caract&#232;re fini des ressources dans un environnement fini. S'agissant de la &#171; gestion rationnelle &#187; des sols, cette conscience trouvait une traduction programmatique forte : c'est en effet pour r&#233;tablir le cycle des nutriments, notamment, que Marx et Engels plaidaient pour abolir la s&#233;paration entre villes et campagnes. Cette revendication &#233;tait aussi importante &#224; leurs yeux que l'abolition de la s&#233;paration entre travail manuel et intellectuel, &#224; laquelle elle est d'ailleurs li&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'erreur &#233;cologique majeure de Marx n'est donc pas d'avoir consid&#233;r&#233; la nature comme un r&#233;servoir illimit&#233; de ressources &#224; exploiter, mais de ne pas avoir appliqu&#233; son propre concept de &#171; gestion rationnelle des &#233;changes &#187; au domaine particulier de l'&#233;nergie, alors qu'il l'avait appliqu&#233; au domaine des sols. Dans l'analyse de la R&#233;volution industrielle, Marx n'a pas saisi que le passage du bois &#224; la houille signifiait l'abandon d'une &#233;nergie de flux renouvelable au profit d'une &#233;nergie de stock &#233;puisable, dont l'exploitation ne pouvait que contrevenir &#224; la &#171; gestion rationnelle &#187; des &#233;changes de carbone entre la soci&#233;t&#233; et son environnement. Alors qu'ils avaient vu clairement la tendance capitaliste &#224; &#233;puiser les deux seules sources de toute richesse &#8211;&#171; la Terre et le travailleur &#187;, alors que cette grille de lecture leur avait permis d'anticiper magistralement la dynamique qui am&#232;nerait la grande industrie et l'agriculture capitalistes &#224; se donner la main pour appauvrir &#224; la fois l'ouvrier des villes, l'ouvrier des champs et la fertilit&#233; des sols, les auteurs du Manifeste Communiste n'ont pas vu que la ru&#233;e capitaliste sur les sources fossiles &#233;puisables entra&#238;nerait in&#233;vitablement l'humanit&#233; dans une voie &#233;nerg&#233;tique sans issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, les technologies n'&#233;chappent pas &#224; la r&#232;gle qui veut que les activit&#233;s humaines sont d&#233;termin&#233;es socialement et historiquement. On citera notamment le fait que Marx lui-m&#234;me a d&#233;nonc&#233; violemment le caract&#232;re de classe du machinisme capitaliste. Cependant, le fait de ne pas avoir not&#233; l'importance du passage du bois &#224; la houille l'a amen&#233; &#224; laisser dans le flou la question du caract&#232;re de classe des sources d'&#233;nergie. A l'&#233;poque de la R&#233;volution industrielle, ce flou ne pr&#234;tait gu&#232;re &#224; cons&#233;quences pratiques : les m&#234;mes machines &#224; vapeur &#233;taient employ&#233;es pour transformer l'&#233;nergie chimique du bois et de la houille en &#233;nergie m&#233;canique et en chaleur. Mais la donne a chang&#233; avec l'utilisation du p&#233;trole, et surtout avec l'&#233;nergie nucl&#233;aire. Celle-ci oblige en effet &#224; se prononcer clairement : soit la technologie est &#224; rejeter, et les sources &#233;nerg&#233;tiques ne sont pas neutres ; soit les sources &#233;nerg&#233;tiques sont neutres et les technologies pour les exploiter ne sont pas &#224; rejeter en tant que telles. Dans le second cas, on se met en contradiction avec la th&#232;se de d&#233;part sur la d&#233;termination historique/sociale des technologies, ce qui revient &#224; dire qu'on fait rentrer par la fen&#234;tre le technocratisme que Marx avait fait sortir par la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les successeurs de Marx portent une responsabilit&#233; importante pour le fait que le concept de &#171; gestion rationnelle des &#233;changes de mati&#232;res entre l'humanit&#233; et la nature &#187; et la probl&#233;matique connexe de la s&#233;paration entre villes et campagnes aient sombr&#233; dans l'oubli au 20e si&#232;cle. A partir de la fin du 19e, l'invention des engrais de synth&#232;se semblait avoir r&#233;solu le probl&#232;me de la fertilit&#233; des sols, &#233;l&#233;ment cl&#233; de la r&#233;flexion &#233;cologique men&#233;e dans Le Capital. Or, aucun auteur marxiste ne s'est pr&#233;occup&#233; de savoir si cette solution &#233;tait compatible avec la &#171; gestion rationnelle des &#233;changes de mati&#232;res &#187; entre l'humanit&#233; et la nature. Surtout, aucun d'eux, y compris parmi les r&#233;volutionnaires, ne s'est empar&#233; des concepts que Marx avait appliqu&#233;s &#224; la question des sols pour analyser la combustion des combustibles fossiles (ou le pillage d'autres ressources non renouvelables) sous l'angle du &#171; m&#233;tabolisme social &#187;. Les causes de cette carence &#233;tonnante restent &#224; analyser en d&#233;tails. L'arri&#233;ration de la Russie, la contre-r&#233;volution stalinienne, le productivisme social-d&#233;mocrate et une certaine prise de distance des marxistes du 20e si&#232;cle par rapport &#224; l'&#233;volution des sciences de la nature ont jou&#233; un r&#244;le. Mais il faut critiquer aussi un optimisme exag&#233;r&#233;, un espoir irrationnel que les sciences et les techniques permettront toujours de trouver une issue &#171; par le haut &#187; aux impasses &#233;cologiques capitalistes. Le changement climatique questionne radicalement cette foi dans le progr&#232;s, qui est la raison la plus importante pour laquelle les marxistes, depuis les ann&#233;es 70 du si&#232;cle dernier, ont eu et continuent d'avoir des difficult&#233;s consid&#233;rables &#224; se positionner par rapport aux d&#233;fis environnementaux. C'est pourquoi int&#233;grer le projet socialiste &#224; l'&#233;cologie conditionne fondamentalement la vitalit&#233; r&#233;volutionnaire du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;40. La question &#233;nerg&#233;tique est au centre de l'alternative. La perspective d'un &#171; communisme solaire &#187; s'inscrit dans la continuit&#233; de la pens&#233;e de Marx sur le &#171; m&#233;tabolisme social &#187; tout en l&#8216;approfondissant et en en tirant des conclusions nouvelles. Cet approfondissement justifie substantiellement l'usage du concept nouveau d'&#233;cosocialisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question &#233;nerg&#233;tique est au centre du d&#233;fi climatique et de l'alternative. Il est donc d&#233;cisif pour les marxistes de d&#233;passer les ambigu&#239;t&#233;s et les impasses de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs (y compris Marx) en cette mati&#232;re. La notion de syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique - d&#233;fini comme le mode de production vu sous l'angle de la conversion de l'&#233;nergie &#8211; permet de poser que le syst&#232;me capitaliste se caract&#233;rise par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(i) l'appropriation quasi-totale des sources d'&#233;nergie, des convertisseurs ainsi que des vecteurs, et leur transformation en marchandises (y compris la marchandisation de la force de travail mise &#224; disposition des employeurs par les convertisseurs humains) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ii) l'utilisation pr&#233;pond&#233;rante des combustibles fossiles g&#233;n&#233;rateurs de rente et de gaz &#224; effet de serre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iii) la centralisation et la concentration du capital propri&#233;taire des sources ainsi que des convertisseurs, d&#233;bouchant sur une centralisation de plus en plus pouss&#233;e du syst&#232;me lui-m&#234;me ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(iv) une efficience &#233;nerg&#233;tique m&#233;diocre et un gaspillage important, dus &#224; la recherche prioritaire du profit, mais aussi &#224; la structure centralis&#233;e, &#224; la s&#233;paration des sites de production d'avec les principaux march&#233;s, aux productions inutiles, au manque de planification &#233;conomique entre secteurs, &#224; la m&#233;canisation &#224; outrance ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(v) la mondialisation de l'approvisionnement, la protection militaire des voies d'acc&#232;s aux sources &#233;nerg&#233;tiques et la volont&#233; de tutelle imp&#233;rialiste sur les pays producteurs ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(vi) la formation de r&#233;seaux de plus en plus interconnect&#233;s et centralis&#233;s ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(vii) la constitution autour des sources fossiles, principalement du p&#233;trole, d'un puissant complexe &#233;nerg&#233;tico-industriel regroupant l'automobile, l'a&#233;ronautique, la construction navale ainsi que la p&#233;trochimie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(viii) l'int&#233;gration croissante de l'agrobusiness &#224; ce complexe par le biais des engrais, de la production de biomasse &#233;nerg&#233;tique et de la mise en &#339;uvre des technologies de &#171; g&#233;nie g&#233;n&#233;tique &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ix) la tendance, inh&#233;rente &#224; la logique d'accumulation du capital, &#224; augmenter sans cesse l'offre et la demande, ce qui se traduit dans le domaine &#233;nerg&#233;tique par le recours &#224; la technologie nucl&#233;aire, notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;r&#233;e du point de vue &#233;nerg&#233;tique, la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233; n&#233;cessite imp&#233;rativement la destruction de ce syst&#232;me centralis&#233;, anarchique, gaspilleur, inefficient, intensif en travail mort, bas&#233; sur des sources non renouvelables, et orient&#233; vers la surproduction tendancielle de marchandises. Il doit &#234;tre remplac&#233; par un syst&#232;me d&#233;centralis&#233;, planifi&#233;, &#233;conome, efficient, intensif en travail vivant, bas&#233; exclusivement sur l'&#233;nergie solaire et orient&#233; vers la production d'utilit&#233;s r&#233;elles, durables, recyclables et r&#233;utilisables. Cette transformation ne concerne pas seulement la &#171; production &#187; d'&#233;nergie au sens &#233;troit mais l'ensemble de l'appareil industriel, l'agriculture, les transports, les loisirs et l'am&#233;nagement des territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fi &#233;nerg&#233;tique/climatique am&#232;ne &#224; concevoir la r&#233;volution socialiste non seulement comme destruction du pouvoir d'Etat bourgeois, cr&#233;ation d'un Etat prol&#233;tarien qui commence &#224; d&#233;p&#233;rir d&#232;s sa formation et instauration progressive de l'autogestion par les masses, mais aussi comme amorce d'un processus de destruction du vieil appareil productif capitaliste et de remplacement par un appareil alternatif, mettant en &#339;uvre d'autres technologies et d'autres fili&#232;res au service de buts d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s. Ce bouleversement historique extr&#234;mement profond ne peut commencer r&#233;ellement qu'apr&#232;s la victoire de la r&#233;volution socialiste au niveau mondial, une fois que l'abolition des principales in&#233;galit&#233;s de d&#233;veloppement aura permis de satisfaire le droit fondamental de chaque &#234;tre humain &#224; une existence digne de ce nom. Il postule notamment la r&#233;alisation pr&#233;alable de l'autonomie alimentaire et de l'autonomie &#233;nerg&#233;tique des diff&#233;rents pays. Loin d'&#234;tre synonyme de stagnation, ou d'arr&#234;t du d&#233;veloppement humain, il implique au contraire un progr&#232;s important des sciences et des techniques ainsi que de la capacit&#233; sociale de les mettre en &#339;uvre d&#233;mocratiquement, avec la participation active de toutes et tous, dans le cadre d'une culture du &#171; prendre soin avec prudence &#187; de la biosph&#232;re pour laquelle l'apport des communaut&#233;s indig&#232;nes sera pr&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme r&#233;volutionnaire a g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233; que, une fois satisfaits les besoins humains fondamentaux, le d&#233;veloppement qualitatif de l'humanit&#233; prendrait le pas sur le d&#233;veloppement quantitatif. Cette conception est coh&#233;rente avec celle de Marx, pour qui la vraie richesse r&#233;side dans le temps libre, les relations sociales et la compr&#233;hension du monde. La perspective d'un &#171; communisme solaire &#187; s'inscrit dans la continuit&#233; logique de cette pens&#233;e non productiviste tout en l&#8216;approfondissant et en en tirant des conclusions nouvelles en termes de revendications, de t&#226;ches et de programme. Cet approfondissement justifie substantiellement l'usage du concept nouveau d'&#233;cosocialisme. Expression concentr&#233;e du combat commun contre l'exploitation du travail humain et contre la destruction des ressources naturelles par le capitalisme, l'&#233;cosocialisme ne proc&#232;de pas d'une vision id&#233;aliste et chim&#233;rique sur &#171; l'harmonie &#187; &#224; &#233;tablir entre l'humanit&#233; et la nature mais de la n&#233;cessit&#233; mat&#233;rialiste de g&#233;rer les &#233;changes de mati&#232;re entre la soci&#233;t&#233; et l'environnement selon la raison &#233;cologique, c&#224;d. de la mani&#232;re la plus compatible possible avec le bon fonctionnement des &#233;cosyst&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TANURO Daniel&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] SPM, IPCC 2007. NB : les &#233;carts de temp&#233;rature sont donn&#233;s par rapport &#224; 1999 et doivent donc &#234;tre augment&#233;s de 0,7&#176;C pour indiquer l'&#233;cart par rapport &#224; la p&#233;riode pr&#233;-industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] PNUD, rapport mondial sur le DH, 2007/2008 .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Les &#171; &#233;quivalents CO2 &#187; prennent en compte l'ensemble des gaz &#224; effet de serre en faisant comme s'il s'agissait de CO2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Une &#171; d&#233;viation substantielle &#187; correspond &#224; un &#233;cart de 15 &#224; 30% par rapport au sc&#233;nario de r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] L'intensit&#233; en &#233;nergie et l'intensit&#233; en carbone d&#233;signent respectivement la quantit&#233; d'&#233;nergie consomm&#233;e et la quantit&#233; de carbone &#233;mise sous forme de gaz pour produire une unit&#233; de PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Il convient d'ajouter la g&#233;othermie, seule source &#233;nerg&#233;tique non solaire, mais son potentiel est marginal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Objectif port&#233; &#224; 30% en cas d'accord international comportant des r&#233;ductions analogues de la part des autres pays industrialis&#233;s et une participation significative &#224; l'effort de la part des pays &#233;mergents. Cet objectif resterait cependant dans la partie basse de la fourchette de recommandations des experts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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