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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Formations pour un &#233;cosocialisme r&#233;volutionnaire</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Formations-pour-un-ecosocialisme-revolutionnaire</link>
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		<dc:date>2014-02-24T11:24:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gauche socialiste</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Formation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;coutez et visionnez les conf&#233;rences de l'&#201;cole &#201;cosocialiste 2013 de l'Institut internationale de recherche et de formation (IIRE) bas&#233; &#224; Amsterdam. Un regard anticapitaliste, &#233;cologiste et f&#233;ministe sur la profonde crise &#233;conomique et la catastrophe &#233;cologique du monde capitaliste. &lt;br class='autobr' /&gt; La deuxi&#232;me &#171; &#233;cole &#233;cosocialiste &#187; organis&#233;e par l'IIRF connut un vrai succ&#232;s et fut une rencontre vraiment internationale. Notre plus grande activit&#233; de formation annuelle est cette &#233;cole de trois semaines (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Formation-internationale-" rel="directory"&gt;Formation internationale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Marxisme-+" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecosocialisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Formation-+" rel="tag"&gt;Formation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;coutez et visionnez les conf&#233;rences de l'&#201;cole &#201;cosocialiste 2013 de l'Institut internationale de recherche et de formation (IIRE) bas&#233; &#224; Amsterdam. Un regard anticapitaliste, &#233;cologiste et f&#233;ministe sur la profonde crise &#233;conomique et la catastrophe &#233;cologique du monde capitaliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La deuxi&#232;me &#171; &#233;cole &#233;cosocialiste &#187; organis&#233;e par l'IIRF connut un vrai succ&#232;s et fut une rencontre vraiment internationale. Notre plus grande activit&#233; de formation annuelle est cette &#233;cole de trois semaines pour des activistes politiques.. Nous avions &#233;labor&#233; il y a quelques ann&#233;es, un nouveau programme qui refl&#232;te l'importance grandissante de la question &#233;cologique pour des activistes progressistes et renomm&#233; en cons&#233;quence l'&#233;cole &#171; &#233;cosocialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt quatre personnes ont particip&#233; &#224; la formation en trois modules chacun d'une semaine. Le premier module faisait une analyse des diff&#233;rents aspects de la crise capitaliste, le second module se concentrait sur la question de l'&#233;cologie, changement climatique et crise alimentaire. L'&#233;cole finissait par une discussion des diff&#233;rents mouvements sociaux dans diff&#233;rentes r&#233;gions du monde et par le d&#233;veloppement de strat&#233;gies pour changer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des participants venaient de pays du Sud, Am&#233;rique Latine, Afrique, Asie du Sud mais il y avait &#233;galement des participants europ&#233;ens. La crise &#233;conomique dans la zone euro, les turbulences politiques dans la r&#233;gion arabe et les &#233;volutions de la gauche latino-am&#233;ricaine formaient souvent l'arri&#232;re-fonds des d&#233;bats entre participants et avec les conf&#233;renciers. La participation la plus importante venait d'Am&#233;rique Latine. Elle &#233;tait le reflet de la croissance du nombre de contacts dans cette r&#233;gion du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discussions montraient &#233;galement la diversit&#233; des exp&#233;riences politiques des participants, allant d'activistes jeunes &#224; des syndicalistes et des activistes &#233;cologistes ou actifs dans les campagnes pour l'abolition des dettes ill&#233;gitimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que tr&#232;s divers en tant que groupe, beaucoup de questionnements &#233;taient communs. Apr&#232;s cinq ann&#233;es de crise, la gauche &#233;prouve toujours des difficult&#233;s &#224; formuler une r&#233;ponse. Entretemps, la recherche nous montre l'approfondissement de la crise climatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cole discutait aussi des le&#231;ons que nous pouvons tirer des luttes larges qui ont explos&#233; depuis 2011, tels que Occupy, Indignados, les r&#233;voltes Arabes et autres, quelles r&#233;ponses avons-nous &#224; de tels d&#233;fis et comment cr&#233;er un mouvement dans la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de participants disaient que l'&#233;cole &#233;tait une occasion unique pour discuter de ces probl&#232;mes dans un cadre vraiment international et ils disaient aussi que cette exp&#233;rience allait renforcer leur activisme &#224; leur retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#224; notre petite &#233;chelle, la diversit&#233; grandissante des participants &#224; nos formations et la recherche commune de r&#233;ponses, montrent qu'il est possible de construire un mouvement vraiment international. Les r&#233;actions tr&#232;s positives des participants et leur enthousiasme pour continuer la collaboration, nous aideront &#224; continuer d'am&#233;liorer nos formations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir les vid&#233;os des conf&#233;rences : sur le&lt;a href=&#034;http://iire.org/fr/activites/ecole-ecosocialiste/item/520-red-meets-green-in-the-ecosocialist-school-2013.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de l'IIRF&lt;/a&gt; (en anglais).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Daniel Bensa&#239;d, la r&#233;volution permanente : questions d'hier et d'aujourd'hui</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Daniel-Bensaid-la-revolution-permanente-questions-d-hier-et-d-aujourd-hui</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Daniel-Bensaid-la-revolution-permanente-questions-d-hier-et-d-aujourd-hui</guid>
		<dc:date>2012-01-30T21:04:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Rousset</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie et Socialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Version retravaill&#233;e et augment&#233;e de la contribution pr&#233;sent&#233;e au &#171; S&#233;minaire Bensa&#239;d &#187; organis&#233; &#224; Amsterdam par la Quatri&#232;me Internationale les 3, 14 et 15 janvier 2012, dans les locaux de l'Institut international de Recherche et de Formation (IIRF). Voir le texte complet sur le site ESSF.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-et-theorie-" rel="directory"&gt;Histoire et th&#233;orie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Marxisme-+" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Democratie-et-Socialisme-+" rel="tag"&gt;D&#233;mocratie et Socialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH100/arton3284-ea2c1.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Version retravaill&#233;e et augment&#233;e de la contribution pr&#233;sent&#233;e au &#171; S&#233;minaire Bensa&#239;d &#187; organis&#233; &#224; Amsterdam par la Quatri&#232;me Internationale les 3, 14 et 15 janvier 2012, dans les locaux de l'Institut international de Recherche et de Formation (IIRF). &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article24095&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Voir le texte complet&lt;/a&gt; sur le site ESSF.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>SOCIALISME MAINTENANT !</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/SOCIALISME-MAINTENANT</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/SOCIALISME-MAINTENANT</guid>
		<dc:date>2012-01-21T03:15:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Sabado</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La coh&#233;sion programmatique que nous avions au si&#232;cle dernier, ou peut &#234;tre que nous croyions avoir, et qui &#233;tait la force des trotskystes, chaque courant &#224; sa mani&#232;re, ne peut r&#233;pondre aux d&#233;fis du 21e si&#232;cle. Nous sommes confront&#233;s &#224; une certaine perte de substance, programmatique, politique, strat&#233;gique. Toutes sortes d'&#233;l&#233;ments fondamentaux pour construire une formation politique que l'acc&#233;l&#233;ration de l'histoire met &#224; mal aujourd'hui pour les r&#233;volutionnaires. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Le r&#233;sultat d'une crise (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-4-ieme-Internationale-" rel="directory"&gt;4 i&#232;me Internationale &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Marxisme-+" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La coh&#233;sion programmatique que nous avions au si&#232;cle dernier, ou peut &#234;tre que nous croyions avoir, et qui &#233;tait la force des trotskystes, chaque courant &#224; sa mani&#232;re, ne peut r&#233;pondre aux d&#233;fis du 21e si&#232;cle. Nous sommes confront&#233;s &#224; une certaine perte de substance, programmatique, politique, strat&#233;gique. Toutes sortes d'&#233;l&#233;ments fondamentaux pour construire une formation politique que l'acc&#233;l&#233;ration de l'histoire met &#224; mal aujourd'hui pour les r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le r&#233;sultat d'une crise longue et g&#233;n&#233;rale, c'est souvent de clarifier la carte du monde &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;- Fernand Braudel&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;1. La crise a d&#233;j&#224; plus de 4 ans et elle va durer. Elle est g&#233;n&#233;rale, globale. Elle est &#233;conomique, financi&#232;re sociale, &#233;cologique, mais sa sp&#233;cificit&#233;, c'est sa conjonction avec un basculement du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le premier point, c'est de prendre la mesure de ce basculement. Ce n'est pas un changement ou un d&#233;placement conjoncturel avec un retour &#224; la normale, apr&#232;s la crise&#8230; Pour mesurer l'ampleur du changement, on peut prendre comme r&#233;f&#233;rence les basculements o&#249; les centres de gravit&#233; de l'&#233;conomie mondiale changent, comme en 1760-1780 entre les Pays-Bas et l'Angleterre ou apr&#232;s l'entre deux guerre entre l'Angleterre et les USA&#8230; Sauf que l&#224;, c'est un changement non seulement continental mais un changement de monde au sens &#233;conomique, social, politique culturel&#8230; C'est un changement o&#249; l'Occident &#8212; Europe et Etats-Unis &#8212; qui a domin&#233; le monde depuis la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique perd son h&#233;g&#233;monie au profit de nouvelles puissances &#233;mergentes ou de vielles puissances qui retrouvent leur force 4 ou 5 si&#232;cles apr&#232;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Dans ces nouveaux rapports mondiaux, l'Europe d&#233;cline, les USA perdent leur h&#233;g&#233;monie &#233;conomique mais pas encore politico-militaire. Beaucoup d&#233;pend des d&#233;veloppements de la crise aux USA. Mais la part des pays du G7 dans le PIB mondial qui &#233;tait de 56 % du PIB au d&#233;but des ann&#233;es 1980 n'est que d'environ 40 % en 2010. Les pr&#233;visions indiquent que les courbes entre les ex G7 et les BRIC &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Br&#233;sil, Russie, Inde, Chine auxquels ont peut rajouter l'Afrique du Sud.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; vont, m&#234;me se croiser dans la d&#233;cennies et en termes de revenu moyen par habitant. Cela peut se faire dans les 2030-2040. Les indications de croissance de ces dix ou 15 derni&#232;res ann&#233;es &#8212; autour de 8 &#224; 12 % pour la Chine et l'Inde contre 1 &#224; 2 % pour l'Europe ou 2 &#224; 3 % pour les USA &#8212; ou en termes de r&#233;serves mondiales indiquent aussi des changements profonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ces rapports risquent d'&#234;tre confirm&#233;s par l'approfondissement de la crise aux USA et en Europe. Aux USA, l'endettement ne peut plus compenser la baisse des salaires. Sous consommation et surproduction se nourrissent, l'une et l'autre. Les tendances &#224; la surproduction dans une s&#233;rie de secteurs se confirment, et pas seulement dans l'immobilier, mais dans l'ensemble du secteur manufacturier. Le ch&#244;mage se maintient ou augmente. Les plans d'investissements d'Obama n'ont pas relanc&#233; la machine. Contrairement &#224; des d&#233;clarations, ici ou l&#224;, il n' y a pas eu de tournant keyn&#233;sien. Il n'y a pas eu de tournant keyn&#233;sien parce qu'il n' y a pas eu de rapport de forces avec un mouvement ouvrier suffisamment fort pour imposer des compromis sociaux aux capitalistes. Mais surtout, parce qu'il ne faut pas oublier que ce qui a relanc&#233; les USA et l'Europe apr&#232;s la crise des ann&#233;es 1929-1935, c'est la guerre et pas les recettes keyn&#233;siennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, malgr&#233; tous les discours sur la moralisation du capitalisme, c'est la financiarisation qui continue &#224; dominer, comme r&#233;ponse capitaliste &#224; la baisse du taux de profit industriel. R&#233;sultat, le processus de d&#233;sindustrialisation se poursuit. L'&#233;conomie USA tient, aujourd'hui, gr&#226;ce &#224; la force du dollar, au r&#244;le de la banque f&#233;d&#233;rale qui continue &#224; injecter des liquidit&#233;s et au fait que la monnaie am&#233;ricaine reste la r&#233;f&#233;rence pour l'achat des bons du tr&#233;sors et obligations par les fonds souverains chinois, japonais et des pays du Golfe. Enfin, les USA gardent l'h&#233;g&#233;monie politico-militaire mais avec un recul par rapport au d&#233;but des ann&#233;es 2000 &#8212; &#233;chec en Irak, en Afghanistan, moindre capacit&#233; d'intervention face aux r&#233;volutions arabes. Leur objectif, c'est maintenant de se pr&#233;parer &#224; renforcer leur pr&#233;sence comme puissance pacifique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Mais c'est en Europe que la crise peut prendre des formes de crise d'effondrement. Le fond ce sont des positions de faiblesses dans la comp&#233;tition mondiale. L'Allemagne reste un des principaux pays exportateur &#8212; 47 % du PIB, Japon 17%, Chine 15 % &#8212;, mais elle est aussi touch&#233;e par la contraction du march&#233; mondial. Aussi, pour r&#233;pondre &#224; la concurrence mondiale, les classes dominantes europ&#233;ennes veulent liquider ce qui reste du &#171; mod&#232;le social europ&#233;en &#187;. Il y a encore trop de social, il faut le d&#233;manteler. C'est l'explication de l'offensive sp&#233;culative sur les march&#233;s europ&#233;ens. Les &#171; march&#233;s &#187;, mais ce sont des r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles, les banquiers, les dirigeants de fonds pensions, les dirigeants des multinationales exigent l'augmentation du taux de plus-value, par la baisse des salaires, la liquidation de la s&#233;curit&#233; sociale et l'augmentation du temps de travail. D'o&#249; la brutalit&#233; des politiques d'aust&#233;rit&#233; &#8212; s'adapter au march&#233; mondial de la force de travail tir&#233; par les rapports sociaux des puissances &#233;mergentes &#8212; ce qui implique la baisse du pouvoir d'achat de 10 &#224; 15 points sur les ann&#233;es qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en plus , et c'est ce qui donne un caract&#232;re aigu&#235; , explosif &#224; la crise et qui peut d&#233;boucher sur l'effondrement, c'est le type de construction politique qu'a connu l'Europe : avec les divergences ou trajectoires de divergences &#233;conomiques entre divers p&#244;les de l'UE : Allemagne et cercle Allemagne-Pays-Bas, Autriche, nord Europe et la p&#233;riph&#233;rie du sud de l'Europe &#8212; les &#171; PIGS &#187; avec Irlande &#8212; avec la France au centre. Les rapports franco-allemands expriment la r&#233;alit&#233; &#233;conomique, politique et institutionnelle de l'Europe mais sans &#201;tat, sans direction, sans plan de d&#233;veloppement ni de r&#233;sistance &#224; la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation actuelle montre une fois de plus l'incapacit&#233; historique des bourgeoisies europ&#233;ennes &#224; unifier l'Europe. La dislocation est possible mais on r&#233;fl&#233;chit d&#233;j&#224; &#224; la vielle id&#233;e de Balladur, une Europe &#224; cercles concentriques : l'Allemagne et les pays les plus riches, le sud et certains pays d'Europe de l'Est ou du Sud-Est. Le probl&#232;me, c'est la France et l'Italie, car si l'Italie l&#226;che, c'est l'Europe qui l&#226;che. Ils veulent les arrimer &#224; l'Allemagne, ce qui exige des plans d'aust&#233;rit&#233; d'une grande brutalit&#233;&#8230; Mais cette situation annonce un enfoncement dans la crise , avec une croissance autour de 1 point. Cela va durer mais avec des risques d'explosions sociales de situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires comme en Gr&#232;ce. D'autant que, sur le plan politique, le caract&#232;re anti-d&#233;mocratique de l'UE se double avec le d&#233;veloppement de tendances autoritaires organiquement li&#233;es &#224; l'intervention des march&#233;s financiers. Les chefs de gouvernement impos&#233;s par l'UE en Italie et en Gr&#232;ce en sont ainsi une indication. Les renforcements des droites et de l'extr&#234;me droite expriment cette marche vers des solutions autoritaires. On ne peut plus exclure des alliances des partis de la droite parlementaire ou des secteurs de celle-ci et de l'extr&#234;me droite. Plus que jamais le march&#233;, ce n'est pas la d&#233;mocratie, au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, j'aborde d&#233;j&#224; un probl&#232;me d'orientation sur la politique vis-&#224;-vis de L'UE. Dans ce contexte, il faut combiner une politique de rupture avec l'UE, de d&#233;sob&#233;issance aux trait&#233;s et pas de r&#233;forme de l'UE. Le probl&#232;me, c'est de savoir ce qu'on oppose &#224; cette crise de l'Europe : la d&#233;mondialisation, le protectionnisme national ou europ&#233;en, la sortie de l'euro ou bien la rupture et un processus constituant avec une nouvelle politique internationaliste sociale, d&#233;mocratique au service des travailleurs. Reprendre la perspective des Etats-Unis socialistes d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce positionnement g&#233;n&#233;ral ne r&#232;gle pas le probl&#232;me. Exemple en Gr&#232;ce : L'explosion de la Gr&#232;ce et la sauvagerie des attaques de l'UE conduisent &#224; analyser ce pays de la p&#233;riph&#233;rie comme une nouvelle colonie et du coup, l'absence de solidarit&#233; europ&#233;enne avec les Grecs plus les traditions historiques nationalistes de la gauche grecque d&#233;bouchent aujourd'hui sur le fait que la gauche grecque &#8212; gauche Syrisa et Antarsya &#8212; demandent la sortie de l'euro int&#233;gr&#233;e dans un programme anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Dans cette &#233;conomie mondiale int&#233;gr&#233;e, est ce que la Chine peut sauver l'&#233;conomie mondiale ? Il y a-t-il d&#233;couplage entre le d&#233;veloppement chinois et l'&#233;conomie mondiale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;visions de d&#233;veloppement du PIB croiseront, entre 2020 et 2030, celui des USA. C'est consid&#233;rable. D&#233;j&#224;, deuxi&#232;me &#233;conomie mondiale avant le Japon, elle est devenue, en 2010, la premi&#232;re puissance manufacturi&#232;re du monde avant les USA (production de 19,8 % de la production de la plan&#232;te pour la Chine et 19,4% pour les USA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le PIB par habitant, il faut diff&#233;rencier les diff&#233;rentes zones de la Chine. Les r&#233;gions c&#244;ti&#232;res qui sont d&#233;j&#224; &#224; un niveau du PIB par habitant (pour comparer, le PIB du Br&#233;sil est de 10 000 dollars par habitant) entre 5 000 et 10 000 dollars par habitant, P&#233;kin et Shanga&#239; sont &#224; 10 000 dollars par habitant, le centre est &#224; moins de 5000 dollars par habitant. Le PIB total de la Chine se monte &#224; 6000 milliards de dollars. Mais la Chine est une puissance imp&#233;rialiste en formation, sur le plan militaire, sur le plan de l'exportation des capitaux, sur l'&#233;change in&#233;gal avec les pays d'Afrique ou d'Am&#233;rique latine, en particulier l'achat de millions d'hectares de terres agricoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette force de la Chine n'est pas suffisante pour relancer l'&#233;conomie mondiale ou am&#233;ricaine par une production de masse et consommation de masse autour de tel ou tel secteur de productions. L'&#233;conomie chinoise reste tr&#232;s d&#233;s&#233;quilibr&#233;e entre un taux de consommation/PIB tr&#232;s bas (35 % du PIB) alors que les USA , c'est 70 % , l'Inde 60 %, la moyenne mondiale 60% et un taux d'investissement de 45 % (les USA ne sont qu' &#224; 15 % la moyenne mondiale est de 22%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, la Chine reste tr&#232;s d&#233;pendante du march&#233; mondial et de l'exportation, sa priorit&#233; c'est de constituer son march&#233; int&#233;rieur, avec la n&#233;cessit&#233; d'augmentation des salaires, et un minimum de s&#233;curit&#233; sociale. D'o&#249; un processus de luttes pour les salaires, pour la d&#233;fense de meilleures conditions d'habitat qui commence en Chine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question du d&#233;couplage, il faut l&#224; aussi prudent, vu l'interd&#233;pendance des &#233;conomies nationales dans la globalisation, mais l&#224; aussi, jusqu' &#224; ce jour la crise &#224; l'ouest, peut ralentir ou baisser de 1 &#224; 3 point les taux de croissance mais ne remet pas en cause la tendance lourde du d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux remarques conclusives :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;conomie chinoise ne peut encore remplacer l'Europe et les USA. Elle reste trop d&#233;s&#233;quilibr&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mais , en tendance lourde, la croissance est encore autour de taux de 10 points ce qui accroit l'&#233;cart de d&#233;veloppemnt avec les autres continents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Dans cette crise, la carte du monde se redessine ; la comp&#233;tition fait rage. On ne peut pas expliquer la crise europ&#233;enne sans ce basculement du monde. Ils veulent aligner le march&#233; du travail europ&#233;en sur le march&#233; mondial. De nouveaux rapports mondiaux &#233;mergent. Nous avons parl&#233; des rapports entre la Chine et les USA, mais l'Am&#233;rique latine est marqu&#233;e aujourd'hui par la puissance br&#233;silienne, et secondairement argentine. Le retour sur la notion de sous-imp&#233;rialisme traduit cette mont&#233;e en force du Br&#233;sil. Ce pays est aujourd'hui le pivot de l'&#233;conomie latino-am&#233;ricaine avec ses grandes multinationales, Petrobras, Gerdau, avec ses grands projets hydro-&#233;lectriques, avec ses puissances financi&#232;res. Dans les rapports imbriqu&#233;s mais conflictuels entre les USA et le Br&#233;sil, le Br&#233;sil a marqu&#233; une s&#233;rie de points. Dans les rapports entre les 3 grandes voies ou type de r&#233;gime : droite r&#233;actionnaire avec la Colombie et le Mexique, la voie nationaliste anti-imp&#233;rialiste (V&#233;n&#233;zuela, &#201;quateur, Bolivie) et l'autre Am&#233;rique de Lula et Kirchner, c'est cette derni&#232;re qui domine largement. On ne pouvait pas le dire il y a 7-8 ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Dans ce contexte quelle est la situation du mouvement ouvrier, de la gauche ? A cette &#233;tape, plus de 4 ann&#233;es de crise, il n'y a pas eu de riposte &#224; la hauteur des attaques capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la crise provoque, r&#233;actions, r&#233;sistances, luttes, gr&#232;ves voire situations pr&#233;-r&#233;volutionnaires comme en Gr&#232;ce. Il y a de nouveaux mouvements comme les Indign&#233;s mais il y a un d&#233;calage entre l'explosivit&#233; de la situation et la traduction politique, organique de ces mouvements : pas de renforcement des syndicats, des partis r&#233;formistes, de la gauche radicale, de la gauche r&#233;volutionnaire ou de courants de gauche dans les organisations ou alors, ni m&#234;me &#233;mergence de nouvelles organisations. Il y a de nouvelles formes d'organisation, mais elles sont pour le moment trop instables. Plus, c'est-&#224;-dire depuis le d&#233;but des crises capitalistes, il n'y a jamais eu, en m&#234;me temps, une crise aussi profonde du syst&#232;me capitaliste et, un mouvement ouvrier aussi faible face &#224; ce type de crise, &#224; l'exception des conjonctures o&#249; le mouvement ouvrier est physiquement liquid&#233; par le fascisme ou les dictatures militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs facteurs p&#232;sent sur la situation du mouvement ouvrier :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;a) Les contre r&#233;formes lib&#233;rales, depuis la fin des ann&#233;es 1970, &#224; l'&#233;chelle mondiale ont provoqu&#233; un processus de restructuration de la force de travail, son individualisation, sa pr&#233;carisation, le recul des droits collectifs, l'affaiblissement des organisations syndicales. La d&#233;sindustrialisation a liquid&#233; des dizaines de concentrations ouvri&#232;res. Sans compter le secteur dit &#171; informel &#187;. Les ouvriers et les employ&#233;s forment plus de 60 % de la population active mais ce n'est pas la m&#234;me structure sociale. En Chine ou dans d'autres pays d'Asie, l'industrialisation conduit &#224; une expansion sans pr&#233;c&#233;dent du prol&#233;tariat mais nous ne sommes qu'au d&#233;but d'une organisation de mouvements ind&#233;pendant du salariat, et l&#224; aussi, &#224; cette &#233;tape, il n'y a pas de synchronisation des syndicats ou associations ou partis en Europe, USA et en Asie. L&#224;, il y a reculs &#224; l'Ouest et seulement d&#233;buts fragiles &#224; l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Le bilan du si&#232;cle pass&#233;, notamment celui du stalinisme ou pour des millions de gens, il y a eu identification du stalinisme avec le communisme. Le 20e si&#232;cle s'est termin&#233; sur la globalisation capitaliste n&#233;olib&#233;rale. Cela p&#232;se sur les probl&#232;mes d'une formation d'une conscience socialiste r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) L'&#233;volution des partis et organisations sociaux-d&#233;mocrates qui connaissent une mutation social lib&#233;rale. Elles gardent des liens historiques avec la socual-d&#233;mocratie. Elles sont des forces d'alternance donc elles doivent se distinguer des partis de droite, en fonction l&#224; aussi des sp&#233;cificit&#233;s nationales, mais elles sont totalement int&#233;gr&#233;s &#224; la gestion de la crise. Il n' y a pas de diff&#233;rences entre un Hollande, un Papandreaou, Zapatero, Socrates, et les dirigeants de la droite europ&#233;enne. Les processus de primaires et les ressemblances avec le parti d&#233;mocrate nord am&#233;ricain vont dans le m&#234;me sens. Des partis de moins en moins ouvriers et de plus en plus bourgeois. Quand aux partis post-staliniens, ils sont r&#233;duits &#224; suivre les partis sociaux-d&#233;mocrates ou de r&#233;sister en essayant d'avoir une politique, dite &#171; antilib&#233;rale &#187; mais de gestion de l'&#233;conomie et des institutions capitalistes. Mais comme le PS va tellement &#224; droite, il laisse un espace pour ces formations qui peuvent jouer un r&#244;le tant qu'elles ne sont pas oblig&#233;es d'aller directement au gouvernement : Voir r&#233;sultats de la gauche unie en Espagne, demain les r&#233;sultats du KKE et de Syriza ou du PCP ou du front de gauche en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) Cette combinaison d'affaiblissement du mouvement ouvrier face &#224; plus de trois d&#233;cennies d'attaques n&#233;olib&#233;rales + la politiques des directions de la gauche donne les marges de man&#339;uvre &#224; la bourgeoisie mondiale pour &#171; g&#233;rer la crise &#187; en augmentant les positions des march&#233;s financiers et en approfondissant les attaques contre les classes populaires voire m&#234;me, dans les BRIC, en am&#233;liorant la situation mat&#233;rielle de millions de gens. On ne peut pas comprendre, par exemple, le d&#233;veloppement de la puissance br&#233;silienne sans la mutation qualitative du PT en parti social-lib&#233;ral avec Lula. Et, r&#233;ciproquement, le fait que le PT tienne les r&#234;nes du pouvoir br&#233;silien ne s'explique pas sans l'&#233;mergence de la puissance br&#233;silienne. Il y a toujours, pour le capital, une issue pour sortir de la crise s'il n'y a pas de solutions ouvri&#232;res. Le probl&#232;me c'est que le co&#251;t social, &#233;cologique, humain est de plus en plus terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e) C'est aussi dans ce cadre, que je voudrais revenir sur les processus r&#233;volutionnaires dans le monde arabe. D'abord ce sont des r&#233;volutions, dans le sens, o&#249; les &#171; masses vont irruption sur la sc&#232;ne sociale et politique &#187;, des r&#233;volutions d&#233;mocratiques et sociales. Mais l&#224; aussi, il y a un d&#233;calage entre le processus r&#233;volutionnaire et sa traduction politique &#171; d&#233;mocratique et sociale &#187;. La pouss&#233;e des masses est l&#224;, et elle va continuer, mais la conjonction de la destruction de d&#233;cennies de dictature, les d&#233;faites du nationalisme arabe et des gauches nationalistes ou socialisantes, les effets des r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales, l'accumulation de forces par les mouvements islamistes. Tout cela d&#233;bouche, &#224; cette &#233;tape, sur les victoires &#233;lectorales des islamistes, avec la bienveillance ou le soutien des puissances imp&#233;rialistes et l'intervention active des pays du Golfe, comme le Quatar. Mouvements islamistes qui connaissent aussi des processus de diff&#233;renciation entre les tenants du mod&#232;le AKP turc et les salafistes, il y a toute une gamme de courants r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la pouss&#233;e d&#233;mocratique est l&#224;. Elle va continuer &#224; travailler dans le monde arabe. Elle donne naissance &#224; de nouvelles organisations syndicales ind&#233;pendantes comme en &#201;gypte. ou &#224; un regain de force &#224; la gauche. Mais cela p&#232;se beaucoup moins dans la balance du rapport de forces que les mouvements islamistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;f) Mais ces &#171; d&#233;calages &#187; ou &#171; d&#233;synchronisations &#187; entre la r&#233;sistance sociale et la faiblesse de forces de gauche radicale, n'est elle pas une donn&#233;e de la nouvelle p&#233;riode que nous vivons. Si nous posons les probl&#232;mes en termes de basculement du monde dans une nouvelle p&#233;riode historique apr&#232;s plusieurs si&#232;cles de domination de l'Europe et des USA, s'il y a des changements structurels du capital &#224; l'&#233;chelle mondiale, une nouvelle place des &#233;tats-nations dans la globalisation, une crise structurelle de la d&#233;mocratie parlementaire, une tendance &#224; l'int&#233;gration des syndicats &#8212; Trotsky &#233;voquait d&#233;j&#224; cette tendance en 40 &#8212; une marche vers des r&#233;gimes autoritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela ne peut-il pas ne pas avoir des cons&#233;quences sur la r&#233;alit&#233; du mouvement ouvrier, la place des partis ? N'y a t-il pas une fin de cycle historique pour le mouvement ouvrier europ&#233;en tel qu'il s'est configur&#233; &#224; la fin du XIXe si&#232;cle et tout au long du 20e si&#232;cle ? La globalisation et la crise de l'&#201;tat nation ne sapent-elles pas la base des partis et syndicats tels qu'ils se sont form&#233;s au cours de ces d&#233;cennies ? Nous sommes toujours et plus que jamais au temps du capital, temps du capital qui nourrit la luttes de classes, ses r&#233;sistances , ses organisations, mais le plus probable, c'est que vont &#233;merger de nouvelles organisations qui auront bien entendu des liens avec le vieux mais seront fondamentalement nouvelles et surtout form&#233;es de nouvelles g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;g) Et, il y a aussi une responsabilit&#233; historique des r&#233;volutionnaires, et plus particuli&#232;rement des trotskystes : Nous avons pr&#233;serv&#233; une ligne de r&#233;sistance, de front unique contre la crise ou l'aust&#233;rit&#233;, des r&#233;f&#233;rences au programme r&#233;volutionnaire. Mais nous sommes tiraill&#233;s entre le retour &#224; la gauche r&#233;volutionnaire classique &#8212; l'extr&#234;me gauche des ann&#233;es 1960 ou le maintien de mouvements issus des ann&#233;es 1930 &#8212; et la pression d'organisations ou courants r&#233;formistes de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous avions d&#233;j&#224; discut&#233; la n&#233;cessit&#233; historique de sortir d'une situation o&#249; nous nous consid&#233;rions comme &#171; l'opposition de gauche au stalinisme &#187;. Le stalinisme s'est effondr&#233;, mais attention, il y a encore des partis post-staliniens m&#234;me s'ils sont consid&#233;rablement affaiblis. Mais nous n'arrivons pas &#224; sortir de conceptions marqu&#233;es par cette situation d'opposition de gauche. Nous avons du mal &#224; prendre toute la dimension d'une r&#233;organisation d'ensemble du mouvement ouvrier et social. Nous avons des difficult&#233;s &#224; red&#233;finir un projet ind&#233;pendant et qui en m&#234;me temps nous permette de faire de la politique. Nous avons du mal &#224; formuler un projet ind&#233;pendant sur le long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela renvoie aussi &#224; repenser un programme pour le 21e si&#232;cle : La IVe Internationale a commenc&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir sur la n&#233;cessit&#233; d'un nouveau programme &#233;cosocialiste. Nous en sommes au d&#233;but et on voit les r&#233;percussions d'une telle d&#233;marche sur la sortie du nucl&#233;aire, par exemple. Quelles implications pour reformuler un programme de transition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprendre la discussion sur la question de la d&#233;mocratie, les rapports entre d&#233;mocratie directe et d&#233;mocratie repr&#233;sentative, entre la d&#233;mocratie des usines et celle des communes et sur les axes strat&#233;giques d'une conqu&#234;te du pouvoir par les travailleurs, bref les grandes lignes d'un projet d'&#233;mancipation, avec au centre l'auto-activit&#233; des travailleurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coh&#233;sion programmatique que nous avions au si&#232;cle dernier, ou peut &#234;tre que nous croyions avoir, et qui &#233;tait la force des trotskystes, chaque courant &#224; sa mani&#232;re, ne peut r&#233;pondre aux d&#233;fis du 21e si&#232;cle. Nous sommes confront&#233;s &#224; une certaine perte de substance, programmatique, politique, strat&#233;gique. Toutes sortes d'&#233;l&#233;ments fondamentaux pour construire une formation politique que l'acc&#233;l&#233;ration de l'histoire met &#224; mal aujourd'hui pour les r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de questions que de r&#233;ponses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Br&#233;sil, Russie, Inde, Chine auxquels ont peut rajouter l'Afrique du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Formation marxiste et r&#233;volutionnaire</title>
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		<dc:subject>Mouvement altermondialisation</dc:subject>
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		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Formation</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#201;coutez et visionnez les conf&#233;rences de l'&#201;cole Altermondialiste 2011 de l'Institut internationale de recherche et de formation (IIRE) bas&#233; &#224; Amsterdam. Un regard anticapitaliste, &#233;cologiste et f&#233;ministe sur les grands enjeux mondiaux actuels. &lt;br class='autobr' /&gt; L'IIRE d'Amsterdam est fier de pouvoir vous pr&#233;senter les enregistrements en streaming vid&#233;o et audio des expos&#233;s de l'&#201;cole Altermondialiste de 2011. Vous trouverez les liens pour chaque expos&#233; ainsi que les mat&#233;riels de lecture dans l'espace en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Formation-internationale-" rel="directory"&gt;Formation internationale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Mouvement-altermondialisation-+" rel="tag"&gt;Mouvement altermondialisation&lt;/a&gt;, 
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		<title>R&#233;ponses aux questions des camarades russes de Vpered</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Reponses-aux-questions-des-camarades-russes-de-Vpered</link>
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		<dc:creator>Daniel Bensa&#239;d</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;29 d&#233;cembre 2006 &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Quels sont les aspects de l'h&#233;ritage marxiste qui appartiennent d&#233;finitivement au pass&#233;, et quels sont ceux qui vous semblent toujours aussi pertinents aujourd'hui ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je voudrais commencer par nuancer ou diff&#233;rencier l'id&#233;e m&#234;me d'h&#233;ritage. Il n'y a pas un h&#233;ritage, mais plusieurs : un marxisme &#171; orthodoxe &#187; (d'Etat ou de Parti) et des marxismes &#171; h&#233;t&#233;rodoxes &#187;, un marxisme scientiste (ou positiviste) et un marxisme critique (ou dialectique), ou encore ce que le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Strategie-" rel="directory"&gt;Strat&#233;gie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Marxisme-+" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;29 d&#233;cembre 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Quels sont les aspects de l'h&#233;ritage marxiste qui appartiennent d&#233;finitivement au pass&#233;, et quels sont ceux qui vous semblent toujours aussi pertinents aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais commencer par nuancer ou diff&#233;rencier l'id&#233;e m&#234;me d'h&#233;ritage. Il n'y a pas un h&#233;ritage, mais plusieurs : un marxisme &#171; orthodoxe &#187; (d'Etat ou de Parti) et des marxismes &#171; h&#233;t&#233;rodoxes &#187;, un marxisme scientiste (ou positiviste) et un marxisme critique (ou dialectique), ou encore ce que le philosophe Ernst Bloch appelait des &#171; courants froids &#187; et des &#171; courants chauds &#187; du marxisme. Il ne s'agit pas de simples diff&#233;rences de lecture et d'interpr&#233;tation, mais de discours th&#233;oriques qui sous-tendent parfois des politiques antagoniques. Comme le r&#233;p&#233;tait souvent Jacques Derrida, l'h&#233;ritage n'est pas un bien que l'on transmet et que l'on conserve. Il est ce qu'en font les h&#233;ritiers, et ce qu'ils en feront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ce qui est p&#233;rim&#233;, dans la th&#233;orie de Marx ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je dirais d'abord un certain optimisme sociologique : l'id&#233;e que le d&#233;veloppement capitaliste entra&#238;ne de mani&#232;re presque m&#233;canique le d&#233;veloppement d'une classe ouvri&#232;re toujours plus nombreuse et concentr&#233;e, toujours mieux organis&#233;e, et toujours plus consciente. Un si&#232;cle d'exp&#233;riences a montr&#233; l'importance des divisions et des diff&#233;renciations dans les rangs du prol&#233;tariat. L'unit&#233; des classes exploit&#233;es n'est pas une donn&#233;e naturelle, mais un combat et une construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ensuite, je pense qu'il faudrait reprendre une r&#233;flexion de fond sur les notions de dictature du prol&#233;tariat et de d&#233;p&#233;rissement de l'Etat. C'est une question compliqu&#233;e, car les mots n'ont pas aujourd'hui le m&#234;me sens qu'ils pouvaient avoir sous la plume de Marx. A l'&#233;poque, la dictature, dans le vocabulaire des Lumi&#232;res, s'opposait &#224; la tyrannie ; elle &#233;voquait une v&#233;n&#233;rable institution romaine : un pouvoir d'exception d&#233;l&#233;gu&#233; pour un temps limit&#233;, et non pas un pouvoir arbitraire illimit&#233;. Il est &#233;vident qu'apr&#232;s les dictatures militaires et bureaucratiques du XXe si&#232;cle, le mot n'a plus cette innocence. Pour Marx il d&#233;signait une grande nouveaut&#233; : un pouvoir d'exception pour la premi&#232;re fois majoritaire, dont la Commune de Paris repr&#233;senta, selon ses propres mots, &#171; la forme enfin trouv&#233;e &#187;. C'est donc de cette exp&#233;rience de la Commune (et de toutes les formes de d&#233;mocratie &#171; d'en-bas &#187;) qu'il faudrait parler aujourd'hui. La notion de dictature du prol&#233;tariat ne d&#233;finissait donc par pour Marx un r&#233;gime institutionnel d&#233;fini. Elle avait plut&#244;t un sens strat&#233;gique, celui de souligner la rupture de continuit&#233; entre un ordre social et juridique ancien et un ordre nouveau : &#171; entre deux droits oppos&#233;s, c'est la force qui tranche &#187;, &#233;crivait-il dans le Capital. De ce point de vue, la dictature du prol&#233;tariat serait la forme prol&#233;tarienne de l'&#233;tat d'exception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, on entend souvent dire que Marx aurait pu &#234;tre (ou a &#233;t&#233;) un bon &#233;conomiste, ou un bon philosophe, mais un pi&#232;tre politique. Je crois que c'est faux. Marx est au contraire un penseur de la politique, mais pas comme on l'enseigne dans les &#171; sciences &#187; dites politiques, pas comme une technologie institutionnelle (d'ailleurs, au XIXe si&#232;cle, il n'y avait gu&#232;re de r&#233;gimes parlementaires en Europe - Grande-Bretagne mise &#224; part - ni de partis politiques sous la forme moderne que nous connaissons). Il pense plut&#244;t la politique comme &#233;v&#233;nement (les guerres et les r&#233;volutions) et comme invention de formes. C'est ce que j'appelle &#171; une politique de l'opprim&#233; &#187; : la politique de ceux qui sont exclus de la sph&#232;re &#233;tatique &#224; laquelle la pens&#233;e bourgeoise r&#233;duit la politique professionnelle. Si cette autre id&#233;e de la politique reste aujourd'hui tr&#232;s importante, il n'en reste pas moins des points aveugles chez Marx, qui peuvent favoriser un court circuit entre le moment de l'exception (la &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187;) et la perspective d'un rapide d&#233;p&#233;rissement de l'Etat (et du droit !). Ce court-circuit me para&#238;t pr&#233;sent chez L&#233;nine (notamment dans L'Etat et la R&#233;volution), ce qui n'aide gu&#232;re &#224; penser la transition sous ses aspects institutionnels et juridiques. Or, toutes les exp&#233;riences du XXe si&#232;cle nous obligent d&#233;sormais &#224; penser durablement la distinction entre partis, mouvements sociaux, institutions &#233;tatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'actualit&#233; de l'h&#233;ritage, elle semble &#233;vidente : L'actualit&#233; de Marx, c'est celle du Capital et de la critique de l'&#233;conomie politique, celle de la compr&#233;hension de la logique intime et impersonnelle du capital comme &#171; social killer &#187;. C'est aussi celle de la globalisation marchande. Marx a eu sous les yeux la globalisation victorienne : le d&#233;veloppement des transports et des communications (les chemins de fer et le t&#233;l&#233;graphe), de l'urbanisation et de la sp&#233;culation financi&#232;re, de la guerre moderne et de &#171; l'industrie du massacre &#187;. Nous vivons une &#233;poque qui lui ressemble beaucoup, avec une nouvelle r&#233;volution technologique (internet et l'astronautique, la sp&#233;culation et les scandales, la guerre globale, etc). Mais, l&#224; o&#249; la plupart des journalistes se contentent de d&#233;crire la surface des choses, la critique marxienne nous aide &#224; en comprendre la logique, celle de la reproduction &#233;largie et de l'accumulation acc&#233;l&#233;r&#233;e du capital. Elle nous aide surtout &#224; aller aux racines de la crise de civilisation : une crise g&#233;n&#233;rale de la mesure, une crise de d&#233;r&#232;glement du monde, due au fait que la loi de la valeur - qui r&#233;duit toute richesse &#224; une accumulation de marchandise et mesure les hommes et les choses au temps de travail abstrait - devient de plus en plus &#171; mis&#233;rable &#187; (le mot est de Marx dans les Grundrisse). De sorte que la rationalisation partielle du travail et de la technique se traduit par une irrationnalit&#233; globale croissante. La crise sociale (la productivit&#233; g&#233;n&#232;re de l'exclusion et de la pauvret&#233;, et non du temps libre) et la crise &#233;cologique (il est impossible de g&#233;rer les ressources naturelles &#224; l'&#233;chelle de si&#232;cles et de mill&#233;naires par le biais des &#171; arbitrages &#187; instantan&#233;s de la Bourse ou du Nasdaq) en sont l'illustration criante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re cette crise historique, qui menace l'avenir de la plan&#232;te et celui de l'humanit&#233; en tant qu'esp&#232;ce, il y a les limites inh&#233;rentes aux rapports de propri&#233;t&#233; capitalistes. Alors que la socialisation du travail est plus importante que jamais, la privatisation du monde (non seulement des industries, mais des services, de l'espace, du vivant, du savoir) devient un frein au d&#233;veloppement et &#224; la satisfaction des besoins. Au contraire, la demande de services publics de qualit&#233;, le d&#233;veloppement de la gratuit&#233; de certains biens et services, la revendication d'un &#171; bien commun de l'humanit&#233; &#187; (en mati&#232;re d'&#233;nergies, d'acc&#232;s &#224; la terre, &#224; l'eau, &#224; l'air, au savoir), expriment l'exigence de nouveaux rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Quels sont les principaux probl&#232;mes th&#233;oriques que les marxises auraient aujourd'hui &#224; r&#233;soudre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parlerais de probl&#232;mes &#224; travailler, plut&#244;t qu'&#224; r&#233;soudre. Car leur solution n'est pas purement th&#233;orique, mais pratique. Si elle existe, elle sera le r&#233;sultat de l'imagination et de l'exp&#233;rience de millions et de millions de gens. En revanche, il y a des questions &#224; reprendre et &#224; travailler &#224; la lumi&#232;re d'un si&#232;cle d'exp&#233;riences que ni Marx, ni Engels, ni aucun des p&#232;res fondateurs ne pouvaient imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et d'abord, la question &#233;cologique. Il y a bien chez Marx une critique de la conception abstraite d'un progr&#232;s &#224; sens unique (dans les premi&#232;res pages des Grundrisse), et l'id&#233;e que, dans le cadre de rapports sociaux capitalistes, tout progr&#232;s a son revers de d&#233;g&#226;ts et de r&#233;gressions (&#224; propos de l'agriculture dans le Capital). Mais ni lui, ni Engels, ni L&#233;nine, ni Trotsky n'ont r&#233;ellement int&#233;gr&#233; les notions de seuil et de limites. La logique de leur pol&#233;mique contre les courants malthusiens r&#233;actionnaires les poussait &#224; parier sur l'abondance pour r&#233;soudre les difficult&#233;s. Or, le d&#233;veloppement des connaissances scientifiques nous a fait prendre conscience des risques d'irr&#233;versibilit&#233; et des diff&#233;rences d'&#233;chelle. Personne ne peut &#234;tre s&#251;r aujourd'hui que les d&#233;g&#226;ts inflig&#233;s &#224; l'&#233;co-syst&#232;me, &#224; la biodiversit&#233;, aux &#233;quilibres climatiques, seront r&#233;parables. Il faut donc corriger un certain orgueil prom&#233;th&#233;en et se souvenir que, comme le soulignait Marx dans les Manuscrits parisiens de 1844, si l'homme est &#171; un &#234;tre naturel humain &#187;, c'est d'abord un &#234;tre naturel, donc d&#233;pendant de sa niche &#233;cologique. Si la critique marxiste peut aujourd'hui se nourrir de travaux n&#233;s dans d'autres champs de recherche (comme ceux de Georgescu-R&#246;tgen), on voit ces derni&#232;res ann&#233;es se d&#233;velopper une importante &#171; &#233;cologie-sociale &#187; inspir&#233;e de la critique marxienne (Bellamy-Foster aux Etats-Unis, Jean-Marie Harribey ou Michel Husson en France, et bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ensuite, il para&#238;t important de penser les cons&#233;quences strat&#233;giques des changements en cours dans les conditions spatiales et temporelles de la politique. Il existe une litt&#233;rature th&#233;orique abondante sur la question du temps, aussi bien &#224; propos des rythmes &#233;conomiques (cycles, rotation du capital, mesure sociale, etc), qu'&#224; propos de la discordance des temps sociaux (ou de ce que Marx appelait d&#233;j&#224; le &#171; contretemps &#187; et Bloch la &#171; non-contemporan&#233;it&#233; &#187;), entre un temps politique, un temps juridique, un temps esth&#233;tique (auxquels il faudrait ajouter aujourd'hui un temps long de l'&#233;cologie). En revanche, en d&#233;pit du travail pionnier de Henri Lefebvre, la production sociale des espaces sociaux a suscit&#233; moins de travaux th&#233;oriques. Pourtant la globalisation produit aujourd'hui une r&#233;organisation des &#233;chelles spatiales, une redistribution des lieux de pouvoir, des modes nouveaux de d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233;. David Harvey a montr&#233; qu'il existait chez Marx des pistes int&#233;ressantes en ce sens, et il en a d&#233;velopp&#233; la pertinence &#224; propos des formes contemporaines de domination imp&#233;rialiste qui, loin d'aboutir &#224; un &#171; espace lisse &#187; et homog&#232;ne de l'Empire (comme le sugg&#232;re Toni Negri), perp&#233;tue et utilise le d&#233;veloppement in&#233;gal au profit de l'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un troisi&#232;me th&#232;me majeur serait celui du travail et de ses m&#233;tamorphoses, aussi bien du point de vue des techniques de gestion de la force de travail par les proc&#233;dures de contr&#244;le machinique, que par la recomposition du rapport entre travail intellectuel et travail manuel. Les exp&#233;riences du XXe si&#232;cle ont en effet montr&#233; que la transformation formelle des rapports de propri&#233;t&#233; ne suffisait pas pour en finir avec l'ali&#233;nation dans et par le travail. Certains en concluent que la solution consisterait dans la &#171; fin du travail &#187;, ou dans l'exode (la fuite ?) hors de la sph&#232;re de la n&#233;cessit&#233;. Il y a chez Marx une double compr&#233;hension du concept de travail : une compr&#233;hension anthropologique, au sens large, qui d&#233;signe le rapport de transformation (ou le &#171; m&#233;tabolisme &#187;) entre la nature et l'esp&#232;ce humaine ; et une compr&#233;hension sp&#233;cifique ou restreinte, qui entend par travail le travail contraint, et notamment la forme du travail salari&#233; dans une formation sociale capitaliste. Par rapport &#224; cette signification restreinte, on peut et on doit se fixer pour but de lib&#233;rer le travail et de se lib&#233;rer du travail, de socialiser le revenu pour aboutir au d&#233;p&#233;rissement de la forme salariale. Mais on ne peut &#233;liminer pour autant le &#171; travail &#187; (m&#234;me si on l'appelle autrement) au sens g&#233;n&#233;ral d'activit&#233; d'appropriation et de transformation d'un environnement naturel. Il s'agit donc de penser les formes sous lesquelles cette activit&#233; pourrait devenir cr&#233;atrice, car il est fort douteux que puisse exister une vie lib&#233;r&#233;e et &#233;panouie si le travail lui-m&#234;me demeure ali&#233;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une quatri&#232;me question majeure serait celle de la - ou des - strat&#233;gie(s) pour changer le monde. En effet, apr&#232;s un bref moment d'euphorie ou d'&#233;bri&#233;t&#233;, au lendemain de la chute du Mur de Berlin et de l'explosion de l'Union sovi&#233;tique, la grande promesse lib&#233;rale a vite perdu sa cr&#233;dibilit&#233;. Les d&#233;g&#226;ts sociaux et &#233;cologiques de la concurrence marchande &#171; non fauss&#233;e &#187; se r&#233;v&#232;lent chaque jour dans toute leur ampleur. L'&#233;tat de guerre et d'exception permanents ne sont que le revers logique de cette crise historique. La naissance des mouvements altermondialistes exprime un constat de faillite : le monde n'est pas &#224; vendre, le monde n'est pas une marchandise... Moins de quinze ans apr&#232;s la victoire annonc&#233;e d&#233;finitive du capitalisme (la fameuse &#171; fin de l'histoire &#187; selon Fukuyama), l'id&#233;e que ce monde du capitalisme r&#233;ellement existant est inhumain et inacceptable est largement partag&#233;e. En revanche, il existe un doute tr&#232;s fort sur les moyens de le changer sans reproduire les &#233;checs et les caricatures de socialisme du XX&#232; si&#232;cle. Il faut donc, sans renoncer &#224; la centralit&#233; de la lutte des classes dans les contradictions du syst&#232;me, penser la pluralit&#233; de ces contradictions, de ces mouvements, de ces acteurs, penser leurs alliances, penser la compl&#233;mentarit&#233; du social et du politique sans pour autant les confondre, reprendre la probl&#233;matique de l'h&#233;g&#233;monie et du front unique laiss&#233;e en chantier par les d&#233;bats de la IIIe Internationale ou par les Cahiers de Prison de Gramsci, approfondir les rapports entre citoyennet&#233; politique et citoyennet&#233; sociale... Vaste programme, qui ne peut avancer qu'avec l'apport de nouvelles exp&#233;riences de lutte et d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Bien s&#251;r - mais cela est d&#233;j&#224; implicite dans le point pr&#233;c&#233;dent - il faut pour cela mesurer toute l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne bureaucratique dans les soci&#233;t&#233;s modernes, et son enracinement profond dans la division sociale du travail. Une id&#233;e superficielle fait croire que le ph&#233;nom&#232;ne bureaucratique serait le r&#233;sultat exclusif de soci&#233;t&#233;s culturellement arri&#233;r&#233;es, ou le produit de formes d'organisation (dont l'organisation en &#171; partis &#187; politiques). En r&#233;alit&#233;, plus les soci&#233;t&#233;s se d&#233;veloppent et plus elles produisent de formes bureaucratiques vari&#233;es : bureaucraties d'Etat, bureaucraties administratives, bureaucraties du savoir et de l'expertise. Les organisations sociales (syndicats, organisations non gouvernementales) ne sont pas moins bureaucratis&#233;es que les partis. Au contraire, les partis (qu'on les appelle partis, mouvements, associations, peu importe) peuvent &#234;tre un moyen de r&#233;sistance collective &#224; la corruption par l'argent et &#224; la cooptation m&#233;diatique (car la bureaucratie m&#233;diatique est aussi une nouvelle forme de bureaucratisation). Il devient donc d&#233;cisif de penser les moyens de d&#233;professionnaliser le pouvoir et la politique, de limiter le cumul des mandats &#233;lectifs, de supprimer les privil&#232;ges mat&#233;riels et moraux, d'assurer la rotation des responsabilit&#233;s. Il n'y a pas en la mati&#232;re d'arme ou d'antidote absolue. Il s'agit de mesures de vigilance et de limitation des tendances bureaucratiques, mais les v&#233;ritables solutions d&#233;pendent &#224; long terme d'une transformation radicale de la division du travail et d'une r&#233;duction drastique du temps de travail contraint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour travailler ces questions, il existe d'importantes ressources - souvent m&#233;connues ou oubli&#233;es - chez Marx et dans la tradition marxiste. Mais il existe aussi d'importants outils de pens&#233;e venant d'autres courants de pens&#233;e, de l'&#233;conomie, de la sociologie, de l'&#233;cologie critiques, des &#233;tudes de genre, des &#233;tudes postcoloniales, de la psychanalyse. Nous n'avancerons qu'en dialoguant avec Freud, avec Foucault, avec Bourdieu, et bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Quels sont &#224; ton avis les penseurs marxistes les plus marquants des derni&#232;res d&#233;cennies et quelle est l'importance de leur contribution au d&#233;veloppement du marxisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exercice qui consisterait &#224; &#233;tablir un palmar&#232;s, un hit parade, ou un tableau d'honneur des &#233;tudes marxiennes serait assez st&#233;rile. D'une part, parce que la socialisation du travail intellectuel et l'&#233;l&#233;vation g&#233;n&#233;rale du niveau culturel font qu'il n'y a plus gu&#232;re de &#171; ma&#238;tres penseurs &#187; ou de &#171; grands intellectuels &#187; (comme le furent encore des Sartre, des Lukacs...). Et c'est plut&#244;t une bonne chose, un signe de d&#233;mocratisation de la vie intellectuelle et du d&#233;bat th&#233;orique. Il est donc difficile ou arbitraire de citer aujourd'hui de grandes figures. En revanche, il y a une couche beaucoup plus large de travaux et de recherches inspir&#233;es de Marx et des marxismes, dans les domaines et les disciplines les plus vari&#233;s, de la linguistique &#224; l'&#233;conomie, en passant par la psychologie, l'histoire, la g&#233;ographie... Il faudrait donc citer des dizaines de noms, souvent en pr&#233;cisant le domaine de comp&#233;tence des auteurs, car le r&#234;ve de &#171; l'intellectuel total &#187; est probablement devenu une illusion, mais &#171; l'intellectuel collectif &#187; y a gagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre raison qui rend plus difficile encore une r&#233;ponse pr&#233;cise &#224; votre question. Il suffit pour s'en rendre compte de citer quelques grands noms de l'histoire du mouvement socialiste et communiste : Marx, Engels, Kautsky, Pannekoek, Jaur&#232;s, Rosa Luxembourg, L&#233;nine, Trotsky, Boukharine, Gramsci... Tous ceux-l&#224; ont &#233;t&#233; des &#171; intellectuels organiques &#187; du mouvement social, des militants unissant th&#233;orie et pratique. Or, la r&#233;action stalinienne &#224; l'&#233;chelle internationale et les d&#233;faites du mouvement ouvrier ont eu pour r&#233;sultat un divorce durable entre la th&#233;orie et la pratique. C'est la question qui &#233;tait au centre du petit livre de Perry Anderson sur &#171; le marxisme occidental &#187;, paru dans les ann&#233;es 70. Pour pr&#233;server une libert&#233; de pens&#233;e et d'activit&#233; th&#233;orique, les intellectuels - &#224; quelques exceptions honorables pr&#232;s - se sont pour la plupart tenus &#224; distance prudente de l'engagement militant, et quand ils ont choisi cet engagement, ils ont souvent d&#251; sacrifier leur conscience et leur travail th&#233;orique. L'histoire des intellectuels fran&#231;ais dans leur rapport au mouvement communiste est l'histoire de cette trag&#233;die : celle de Paul Nizan, de Henri Lefebvre, des surr&#233;alistes, de Pierre Naville, d'Aragon, de nombreux &#171; compagnons de route &#187;. Dans les ann&#233;es 60, pour lib&#233;rer la recherche th&#233;orique de la tutelle et de l'orthodoxie partisane, Althusser en vint &#224; th&#233;oriser une rigoureuse division du travail entre th&#233;orie et pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons esp&#233;rer sortir aujourd'hui de cette p&#233;riode obscure. Le mouvement alter-mondialiste est l'occasion d'une nouvelle rencontre entre des mouvements sociaux renaissants et une recherche th&#233;orique vivante, sans complexes ni censures. C'est sans doute un nouveau rendez-vous &#224; ne pas manquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Peux-tu &#233;voquer ta position par rapport &#224; la question de la place de la dialectique dans la th&#233;orie marxiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est trop vaste, et elle a d&#233;j&#224; fait couler beaucoup trop d'encre, pour &#234;tre trait&#233;e dans une br&#232;ve r&#233;ponse &#224; une br&#232;ve question. Je me contenterai donc de quelques remarques g&#233;n&#233;rales. Alors que, au XIXe si&#232;cle, les Allemands les Italiens, a fortiori les Russes, avaient besoin pour accomplir leur &#233;mancipation nationale ou sociale, de la critique dialectique, l'id&#233;ologie conservatrice fran&#231;aise, apr&#232;s juin 1848 et la Commune, a tout fait pour s'en d&#233;barrasser. Le &#171; mat&#233;rialisme souterrain de la rencontre &#187;, joliment invoqu&#233; par Althusser dans ses derniers textes, &#233;tait battu en France avant m&#234;me la r&#233;ception de Marx. Et le &#171; marxisme introuvable &#187; de Guesde et de Lafargue, &#233;tait d'embl&#233;e teint&#233; de positivisme. Il lui &#233;tait difficile de passer d'une logique classificatoire des d&#233;finitions, &#224; une logique dynamique (dialectique) des d&#233;terminations, telle que Marx la met magistralement en &#339;uvre dans le Capital. Sous ses formes les plus rigides, le structuralisme &#224; la mode des ann&#233;es 60 a pu prolonger ce refoulement, en donnant &#224; penser des structures p&#233;trifi&#233;es, sans &#233;v&#233;nements ni subjectivit&#233;, et des syst&#232;mes d'autant plus priv&#233;s d'histoire que l'histoire r&#233;elle du si&#232;cle devenait douloureuse &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme orthodoxe, &#233;rig&#233; en raison d'Etat d&#232;s les ann&#233;es 30 par la bureaucratie stalinienne triomphante, a profit&#233; de cet &#233;tat de choses, pour &#233;tablir l'emprise de son &#171; diamat &#187;, dogmatis&#233; et canonis&#233;. Ce fut une seconde mise &#224; mort de la dialectique, une sorte de Thermidor dans la th&#233;orie, dont les pr&#233;misses &#233;taient &#233;videntes d&#232;s la condamnation de la psychanalyse et du surr&#233;alisme lors du sinistre congr&#232;s de Kharkov, et dont l'immortelle brochure de Staline Mat&#233;rialisme historique et mat&#233;rialisme dialectique, fixe la doctrine. La &#171; dialectique &#187; devint alors une m&#233;ta-logique formelle, une sophistique d'Etat bonne &#224; tout, et notamment &#224; briser les hommes. La dialectique de la conscience critique (celle de Lukacs, de Korsch) recule alors devant l'imp&#233;ratif de la Raison d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;action dans la th&#233;orie s'est combin&#233;e &#224; un autre processus, notamment en France. Sous pr&#233;texte de d&#233;fense -l&#233;gitime dans une certaine mesure et jusqu'&#224; un certain point - du rationalisme et des Lumi&#232;res contre les cr&#233;puscules mythologiques, une sorte de Front populaire en philosophie a compl&#232;t&#233; le Front populaire en politique, scellant un alliance anti-fasciste sous h&#233;g&#233;monie de la bourgeoisie. Cette apologie de la Raison non-dialectique, ce fut aussi la victoire posthume de la sainte M&#233;thode cart&#233;sienne sur le dialecticien Pascal. M&#234;me Lukacs, qui avait jusqu'&#224; son texte de 1926 (tout r&#233;cemment red&#233;couvert) en d&#233;fense d'Histoire et conscience de classe sur la spontan&#233;it&#233; et la conscience, r&#233;sist&#233; au tribunal de ses d&#233;tracteurs, a alors &#233;crit son livre, qui n'est pas son meilleur, sur la Destruction de la Raison (qui ne para&#238;tra qu'apr&#232;s la guerre). La victoire de la contre-r&#233;volution bureaucratique exigeait en effet une logique binaire (&#171; qui n'est pas avec moi... &#187;) du tiers exclu : pas de lutte possible, m&#234;me asym&#233;trique, sur deux fronts. Cette logique d'intimidation et de culpabilisation a fait bien des d&#233;g&#226;ts politiques (au moment des interventions en Hongrie, de la Tch&#233;coslovaquie, de la Pologne, et plus r&#233;cemment encore en Afghanistan).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre assistons-nous &#224; une renaissance de la pens&#233;e dialectique. Ce serait bon signe. Un signe que les vents tournent et que le travail du n&#233;gatif reprend vigueur contre la communication publicitaire qui nous somme de &#171; positiver &#187; &#224; tout prix, contre les rh&#233;toriques du consensus et de la r&#233;conciliation g&#233;n&#233;rale. Il y aurait de bonnes et fortes raisons pour qu'il en soit ainsi : un urgent besoin de pens&#233;e critique et dialectique, port&#233; par l'air du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une raison historique d'abord. Apr&#232;s les trag&#233;dies du si&#232;cle &#233;coul&#233;, nous ne pouvons plus nous baigner dans le fleuve tranquille du progr&#232;s &#224; sens unique et ignorer la redoutable dialectique benjaminienne du progr&#232;s et de la catastrophe. A fortiori dans la mutation incertaine du monde qui se dessine depuis une vingtaine d'ann&#233;es. Et ce besoin de dialectique s'exprime aussi dans le besoin d'une &#233;cologie critique capable de d'intervenir sur deux fronts, face aux b&#233;atitudes de la mondialisation marchande, mais aussi face aux tentations cr&#233;pusculaires de la deep ecology.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le renouvellement des cat&#233;gories d'une logique dialectique &#224; la lumi&#232;re des controverses scientifiques autour du chaos d&#233;terministe, de la th&#233;orie des syst&#232;mes, des causalit&#233;s holistiques ou complexes, des logiques du vivant et de l'ordre &#233;mergent (&#224; condition de circuler avec pr&#233;caution d'un domaine &#224; l'autre), mettent &#224; l'ordre du jour un dialogue renouvel&#233; entre diff&#233;rents champs de recherche et une mise &#224; l'&#233;preuve renouvel&#233;e des logiques dialectiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un besoin pressant de penser la mondialisation et la globalisation du point de vue de la totalit&#233; (d'une totalisation ouverte), pour comprendre les nouvelles figures de l'imp&#233;rialisme tardif et intervenir politiquement dans le d&#233;veloppement plus in&#233;gal et plus mal combin&#233; que jamais de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un besoin pressant de penser le si&#232;cle du point de vue d'un espace/temps discontinu, socialement produit, et de conceptualiser une temporalit&#233; politique sp&#233;cifique, de la non contemporan&#233;it&#233; et du contretemps, au lieu de penser paresseusement l'histoire selon les cat&#233;gories chronologiques lin&#233;aires du &#171; post &#187; et de l'&#171; ante &#187; (post-capitalisme, postcommunisme...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un besoin pressant de penser le progr&#232;s effectif du point de vue du d&#233;veloppement (ou de la &#171; transcroissance &#187;, dans la terminologie de Trotsky), et non de l'accumulation ou de &#171; la croissance sans d&#233;veloppement &#187; que critiquait d&#233;j&#224; pertinemment Lefebvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Enfin, le d&#233;gel de la guerre froide et l'interf&#233;rence complexe de multiples conflits oblige &#224; sortir de la logique binaire des &#171; camps &#187; sous h&#233;g&#233;monie &#233;tatique d'une m&#232;re patrie (f&#251;t-elle celle du socialisme r&#233;ellement inexistant), et de r&#233;introduire le tiers exclu pour s'orienter strat&#233;giquement dans des conflits comme ceux des Balkans ou du Golfe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette actualit&#233; de la pens&#233;e dialectique se confirme, il faut s'attendre (et s'en r&#233;jouir) &#224; ce qu'apparaisse demain ou apr&#232;s-demain, apr&#232;s le Livre noir du Communisme et le Livre noir de la psychanalyse, un &#171; Livre noir de la dialectique &#187;. Cela signifierait que la contradiction antagonique n'a pas &#233;t&#233; neutralis&#233;e, ni dissoute dans une &#171; opposition non de contradiction, mais de corr&#233;lation &#187;. Cela signifierait aussi la mise en &#233;chec du f&#233;tichisme du fait accompli, de l'&#233;viction du possible au profit d'un r&#233;el appauvri. Et que la &#171; philosophie du non &#187;, le travail du n&#233;gatif, le point de vue de la totalit&#233;, les &#171; sauts &#187; impr&#233;visibles c&#233;l&#233;br&#233;s par L&#233;nine dans ses notes marginales &#224; la Logique de Hegel, n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;finitivement dompt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; travers la dialectique, c'est bien la R&#233;volution qui est vis&#233;e. Le Lukacs d'Histoire et Conscience de classe et de La pens&#233;e de L&#233;nine l'avait bien compris. C'&#233;tait, il est vrai, au c&#339;ur de la tourmente, pendant les ann&#233;es de crise qui sont, logiquement, des ann&#233;es d'intensit&#233; dialectique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. Dans les ann&#233;es 90, l'opinion &#233;tait largement r&#233;pandue, selon laquelle la contradiction entre travail et capital n'&#233;tait plus le conflit principal des soci&#233;t&#233;s contemporaines. Es-tu d'accord avec cette id&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs mani&#232;res d'aborder cette question. L'opinion r&#233;pandue tirait souvent argument d'une &#233;volution sociologique, et du constat, dans les pays d&#233;velopp&#233;s, d'un recul relatif de la part du prol&#233;tariat industriel dans la population active. Ce recul est r&#233;el (en France on est pass&#233; de 33% &#224; 25%) mais cela fait encore un quart de la population active ; et au niveau international il y aurait plut&#244;t un d&#233;veloppement global du prol&#233;tariat urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impression d'une chute, ou pire d'une disparition du prol&#233;tariat, se nourrit souvent d'une d&#233;finition restrictive, voire ouvri&#233;riste, des classes sociales &#224; partir de cat&#233;gories sociologiques classificatoires. Or, chez Marx, il ne s'agit pas de sociologie positiviste des classes, mais d'un rapport social dynamique, les classes n'existant que dans leur lutte. Si l'on consid&#232;re le rapport &#224; la propri&#233;t&#233; des moyens de production, la forme et le niveau de revenu salarial, la place dans la division sociale du travail, la grande majorit&#233; des salari&#233;s du secteur dit tertiaire (dont de plus en plus de femmes) sont des prol&#233;taires au sens initial que Marx donnait &#224; ce mot : en 1848, le prol&#233;tariat parisien dont il est question dans La lutte des classes en France n'&#233;tait gu&#232;re industriel, mais plut&#244;t proche de l'artisanat d'atelier. On confond donc souvent un affaiblissement de l'organisation et de la conscience de classe (comme cons&#233;quence de d&#233;faites politiques et sociales) avec un d&#233;clin irr&#233;versible de la lutte des classes. Ceci dit, il faut pr&#234;ter la plus grande attention aux obstacles qui existent d&#233;sormais &#224; cette organisation et &#224; cette conscience : privatisation et individualisation de la vie sociale, flexibilit&#233; du travail, individualisation du temps de travail et des formes de r&#233;mun&#233;ration, pression du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233;, d&#233;concentration industrielle et changements dans l'organisation de la production...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport capital/travail reste n&#233;anmoins central dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines. En revanche, je n'utiliserais par le terme de &#171; conflit principal &#187;, car il tend &#224; r&#233;duire les autres contradictions &#224; une place &#171; secondaire &#187;. Il y a plut&#244;t une s&#233;rie de contradictions qui ne rel&#232;vent pas de la m&#234;me temporalit&#233; (de la m&#234;me &#233;chelle historique), mais qui sont &#233;troitement imbriqu&#233;es (ou &#171; surd&#233;termin&#233;es &#187;, pour reprendre le vocabulaire d'Althusser, par la logique dominante du capital) : les rapports de genre (ou de sexe), les rapports entre nature et soci&#233;t&#233; humaine, les rapports entre l'individuel et le collectif. Le v&#233;ritable probl&#232;me est d'articuler ces contradictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les syndicats, les mouvements f&#233;ministes, les associations &#233;cologistes, les mouvements culturels, convergent aussi spontan&#233;ment dans les Forums sociaux ? C'est bien que le grand unificateur de ces diverses contradictions est le Capitallui-m&#234;me, et la marchandisation g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui impr&#232;gne la totalit&#233; des rapports sociaux. Mais cette convergence doit se faire dans le respect de la sp&#233;cificit&#233; des diff&#233;rents mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il y a une dimension de lutte id&#233;ologique dans cette question. Si l'on accepte l'id&#233;e des sociologues comme Bourdieu, selon laquelle les rapports sociaux ne sont pas seulement saisis &#224; l'&#233;tat naturel, mais construits par des repr&#233;sentations, encore faut-il que ces repr&#233;sentations aient un fondement r&#233;el. La repr&#233;sentation du social en termes de classes a de solides arguments, aussi bien th&#233;oriques que pratiques. Il est d'ailleurs &#233;tonnant que l'on s'interroge souvent sur l'existence ou non du prol&#233;tariat, mais jamais sur celle de la bourgeoisie ou du patronat : il suffit en effet d'&#233;tudier la distribution des b&#233;n&#233;fices et des rentes de situation pour en v&#233;rifier l'existence ! Mettre l'accent sur l'actualit&#233; de la lutte des classes a un enjeu &#233;vident : celui de construire des solidarit&#233;s par del&#224; les diff&#233;rences de races, de nations, de religions, etc. Ceux qui ne veulent plus entendre parler de lutte des classes auront en &#233;change la lutte des tribus et des ethnies, les guerres des religions, les conflits communautaires. Et ce serait une extraordinaire r&#233;gression, qui malheureusement est d&#233;j&#224; &#224; l'&#339;uvre dans le monde actuel. L'internationalisation de la lutte des classes est bien le fondement mat&#233;riel (et non purement moral) de l'internationalisme en tant que r&#233;ponse des opprim&#233;s &#224; la mondialisation marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Quels points de rencontre vois-tu aujourd'hui entre la th&#233;orie marxiste et les mouvements sociaux de masse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'en son noyau dur (la &#171; critique de l'&#233;conomie politique &#187; et de l'accumulation du capital), la th&#233;orie marxiste reste l'instrument le plus performant pour aborder la mondialisation lib&#233;rale et ses cons&#233;quences. Son actualit&#233;, je l'ai d&#233;j&#224; dit, est celle du Capital lui-m&#234;me. D'ailleurs, la plupart des mouvements sociaux s'en inspirent, m&#234;me quand ils ne le savent pas. L'historien Fernand Braudel soulignait d&#233;j&#224; combien les cat&#233;gories critiques du marxisme ont impr&#233;gn&#233; notre connaissance du monde contemporain, m&#234;me chez ses adversaires. Et le philosophe Jacques Derrida r&#233;sumait cette actualit&#233; en 1993 (pourtant une date peu favorable &#224; la th&#233;orie marxiste !) par la formule : &#171; Pas d'avenir sans Marx &#187;. Avec, contre, au-del&#224;... Mais pas &#171; sans &#187; ! Cette th&#233;orie n'est pas le dernier mot de la compr&#233;hension des soci&#233;t&#233;s contemporaines, mais elle en reste le passage oblig&#233;. Le paradoxe, c'est que les id&#233;ologues lib&#233;raux qui pr&#233;tendent traiter Marx comme &#171; un chien crev&#233; &#187;, d&#233;mod&#233;, obsol&#232;te, vieilli, n'ont &#224; lui opposer que le retour aux &#233;conomistes classiques ou &#224; la philosophie politique du XVIIe si&#232;cle, ou &#224; Tocqueville. Marx &#233;tait certes de son temps. Il en partageait certaines illusions, sur la science et le progr&#232;s. Mais par la nature de l'objet dont il a entrepris la critique - &#224; savoir l'accumulation du capital et sa logique - il d&#233;bordait sont temps et anticipait sur le n&#244;tre. C'est en cela qu'il reste notre contemporain, beaucoup plus jeune et stimulant que bien des pseudo-nouveaut&#233;s vieillies d&#232;s le lendemain de leur apparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7. Comment per&#231;ois-tu les mouvements socialistes larges contemporains et le fait qu'&#224; la diff&#233;rence des partis politiques ils semblent mieux &#224; m&#234;me de d&#233;velopper les luttes contre le capitalisme ? Que penses-tu de l'avenir des partis comme tels, et comme &#233;l&#233;ments pour construire une organisation internationale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait s'entendre sur ce que signifient ces &#171; mouvements socialistes larges &#187;. Nous sommes probablement au tout d&#233;but d'une reconstruction th&#233;orique et pratique des mouvements d'&#233;mancipation, apr&#232;s un si&#232;cle de terribles trag&#233;dies et d&#233;faites. Dans une certaine mesure, on a parfois l'impression d'un recommencement au point z&#233;ro. Un parti comme le Parti des travailleurs du Br&#233;sil, apparu au d&#233;but des ann&#233;es 80 au moment de la chute de la dictature militaire, produit de l'industrialisation rapide des ann&#233;es 70, pouvait ressembler &#224; la grande social-d&#233;mocratie allemande d'avant la guerre de 1914 : il avait un m&#234;me caract&#232;re de masse et un pluralisme id&#233;ologique comparable. Mais nous sommes au d&#233;but du 21&#232;me si&#232;cle, et le 20&#232;me a bien eu lieu, on ne l'effacera pas. Le PT a ainsi connu en moins d'un quart de si&#232;cle un processus de bureaucratisation acc&#233;l&#233;r&#233; et il a &#233;t&#233; pris dans le jeu des contradictions contemporaines, des rapports de puissance, de la place de l'Am&#233;rique latine dans la r&#233;organisation de la domination imp&#233;rialiste, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, pour les luttes de r&#233;sistance et d'opposition, les mouvements sociaux apparaissent plus efficaces et plus concrets que les organisations en partis. Leur apparition marque le d&#233;but d'un nouveau cycle d'exp&#233;riences sans quoi rien ne serait possible. Mais, de m&#234;me que Marx reprocha &#224; ses contemporains une &#171; illusion politique &#187;, consistant &#224; croire que la conqu&#234;te des libert&#233;s civiques et d&#233;mocratiques &#233;tait le dernier mot de l'&#233;mancipation humaine, nous pouvons constater aujourd'hui une &#171; illusion sociale &#187;, selon laquelle la r&#233;sistance sociale au lib&#233;ralisme serait, en l'absence d'alternative politique, notre horizon ind&#233;passable. C'est la versio &#171; de gauche &#187; de &#171; la fin de l'histoire &#187;. La crise du capitalisme est pourtant telle, les menaces qu'il fait peser sur l'avenir de l'humanit&#233; et de la plan&#232;te sont telles, qu'une alternative &#224; la hauteur des enjeux est urgente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il s'agit d'un probl&#232;me de projet et de strat&#233;gie politiques, port&#233;es par des forces d&#233;termin&#233;es. Soit nous nous battons s&#233;rieusement pour une telle alternative, soit nous nous contentons de faire pression sur les forces social-lib&#233;rales existantes, de &#171; r&#233;&#233;quilibrer &#187; des gauches de moins en moins de gauche, et alors nous ajouterons la d&#233;moralisation &#224; la d&#233;moralisation. Pour construire une alternative v&#233;ritable - et ce sera long, car la pente &#224; remonter est rude - il faut avoir de la patience, des convictions, de la fermet&#233; sans sectarisme, sinon nous serons d&#233;truits par des aventures sans lendemain, sous pr&#233;texte de r&#233;alisme, et par l'accumulation des d&#233;ceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la reconstruction d'un mouvement international, c'est une question encore plus vaste. Certains comparent aujourd'hui le mouvement altermondialiste, ses forums sociaux mondiaux ou continentaux, aux d&#233;buts de la Premi&#232;re internationale : une rencontre de syndicats, de mouvements sociaux, de courants politiques, peu d&#233;limit&#233;s. Il y a en effet de cela. Et la mondialisation capitaliste - c'est son c&#244;t&#233; positif - pousse &#224; une convergence internationale des mouvements (comme les expositions universelles du 19&#232;me si&#232;cle avaient donn&#233; l'occasion des r&#233;unions dont fut issue la Premi&#232;re internationale). Mais il y a une diff&#233;rence. C'est, l&#224; encore, que le 20&#232;me si&#232;cle a eu lieu. Que les clivages et courants politiques qui sont le produits de cette exp&#233;rience ne s'effaceront pas du jour au lendemain. On ne remettra pas les compteurs &#224; z&#233;ro. C'est pourquoi les convergences et rencontres comme celles des Forums sont positives et n&#233;cessaires. Nul ne peut pr&#233;dire aujourd'hui ce qui en sortira. Cela d&#233;pendra des luttes, des exp&#233;riences politiques en cours, comme en Am&#233;rique latine ou au Moyen-Orient. On est loin d'avoir &#233;puis&#233; cette premi&#232;re &#233;tape de reconstruction. Il y a des possibilit&#233;s d'extension en Asie, en Afrique. Mais la condition et la preuve de la maturit&#233; de ce mouvement sera sa capacit&#233; &#224; maintenir une unit&#233; dans l'action, &#224; l'&#233;largir m&#234;me, sans limiter ou censurer les d&#233;bats politiques n&#233;cessaires. Il est clair qu'une premi&#232;re phase de r&#233;sistance, ce que j'appelle un &#171; moment utopique &#187; (par analogie avec le mouvement socialiste naissant des ann&#233;es 1830-1840), s'ach&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule de &#171; changer le monde sans prendre le pouvoir &#187; a vite vieilli apr&#232;s avoir rencontr&#233; un certain &#233;cho (en Am&#233;rique latine notamment, mais pas seulement). Il s'agit aujourd'hui de prendre le pouvoir pour changer le monde. En Am&#233;rique latine, on imagine mal aujourd'hui la tenue d'un Forum social qui &#233;viterait les questions d'orientation politique et refuserait de tirer un bilan comparatif des exp&#233;riences br&#233;silienne, v&#233;n&#233;zu&#233;lienne, bolivienne, ... et cubaine ! Et on imagine mal un Forum europ&#233;en qui ne discuterait pas d'une alternative europ&#233;enne &#224; l'Union europ&#233;enne lib&#233;rale et imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, il parfaitement compatible et compl&#233;mentaire de contribuer &#224; ces rassemblements large et de maintenir une m&#233;moire et un projet port&#233;s par un courant politique qui a sa propre histoire et ses propres structures organisationnelles. C'est m&#234;me une condition de clart&#233; et de respect des mouvements unitaires. Les courants qui n'assument pas publiquement leur propre identit&#233; politique sont les plus manipulateurs. S'il est vrai, comme le r&#233;p&#233;tait un philosophe fran&#231;ais, qu'en politique il n'y a pas de table rase, et qu'on &#171; recommence toujours par le milieu &#187;, alors on doit pouvoir s'ouvrir &#224; la nouveaut&#233; sans perdre le fil des exp&#233;riences acquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8. Une philosophie marxiste peut-elle exister dans le cadre de l'Universit&#233; bourgeoise ? Peux-tu nous dire quelque chose de ton exp&#233;rience &#224; ce propos ? Comment la bourgeoisie peut-elle tol&#233;rer une pr&#233;sence marxiste dans le cadre d'un de ses appareils id&#233;ologiques, tel que l'Universit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une question de rapports de forces dans la soci&#233;t&#233;. Le champ scolaire et universitaire n'est pas un champ clos, &#233;tanche aux contradictions sociales. C'est d'ailleurs le danger de la formule sur les &#171; appareils id&#233;ologiques d'Etat &#187; : de donner l'impression qu'il s'agit de simples rouages &#233;tatiques de la domination bourgeoise. En r&#233;alit&#233; l'&#233;cole (et l'universit&#233;) remplissent une double fonction, de reproduction de l'ordre social dominant, certes, mais aussi de transmission et d'&#233;laboration des savoirs. L'institution est donc travers&#233;e de rapports de forces. Avant et apr&#232;s 68 en France, il y a eu une influence significative (il ne faut pas l'exag&#233;rer en imaginant un &#171; &#226;ge d'or &#187; du marxisme en France) du marxisme dans l'Universit&#233; fran&#231;aise. Il y a eu des espaces importants de libert&#233; d'enseignement et d'exp&#233;rimentation p&#233;dagogique. Ces acquis relatifs ne sont pas irr&#233;versibles. Il est clair qu'avec la contre-offensive lib&#233;rale des ann&#233;es 80, la normalit&#233; acad&#233;mique et l'ordre p&#233;dagogique ont &#233;t&#233; largement r&#233;tablis. Cela se v&#233;rifie dans les programmes, dans les modalit&#233;s d'examen ou dans la gestion budg&#233;taire des universit&#233;s. Mais il reste quelque chose. Par exemple je suis totalement libre de d&#233;cider mes programmes d'enseignement chaque ann&#233;e. Cette ann&#233;e, je fais &#224; nouveau (je ne l'avais pas fait depuis une quinzaine d'ann&#233;es) un cours sur les lectures du Capital, un autre sur la guerre globale et l'&#233;tat d'exception permanent, un autre sur les philosophies de la mondialisation et le droit international... Le probl&#232;me c'est que &#171; la g&#233;n&#233;ration marxiste &#187; des ann&#233;es 60 (c'est une simplification car il s'est toujours agi d'une minorit&#233; significative) est en train de quitter la sc&#232;ne, et que les nouvelles g&#233;n&#233;rations se forment &#224; la pens&#233;e critique &#224; travers Foucault, Bourdieu, ou Deleuze - ce qui est bien - mais que la transmission de l'h&#233;ritage marxiste se rar&#233;fie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que les libert&#233;s universitaires relatives d&#233;pendent directement des rapports de forces sociaux existant au-del&#224; des murs de l'&#233;cole ou de l'Universit&#233;. D&#232;s que ces rapports se d&#233;gradent, d&#232;s que le mouvement social subit des d&#233;faites, on en ressent les cons&#233;quences dans l'ordre universitaire. Mais c'est un combat &#224; mener, dans et hors l'universit&#233;, car il y a aussi la possibilit&#233; de d&#233;velopper des canaux non officiels d'&#233;ducation populaire et associative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.europe-solidaire.org/&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La pens&#233;e &#233;conomique de Marx </title>
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		<dc:creator>Claude Serfati, Jean-Marie Harribey</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
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&lt;p&gt;A partir d'une conception philosophique mat&#233;rialiste (les hommes font leur propre histoire dans le cadre de leurs conditions &#233;conomiques et sociales mat&#233;rielles) et d'une critique de l'ali&#233;nation, Karl Marx (1818-1883) &#233;labore une critique de l'&#233;conomie politique n&#233;e un si&#232;cle plus t&#244;t. Dans la mesure o&#249; le mode de production capitaliste s'est aujourd'hui &#233;tendu &#224; la plan&#232;te enti&#232;re et &#224; toutes les activit&#233;s humaines, les concepts de Marx gardent toute leur pertinence. La critique de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A partir d'une conception philosophique mat&#233;rialiste (les hommes font leur propre histoire dans le cadre de leurs conditions &#233;conomiques et sociales mat&#233;rielles) et d'une critique de l'ali&#233;nation, Karl Marx (1818-1883) &#233;labore une critique de l'&#233;conomie politique n&#233;e un si&#232;cle plus t&#244;t. Dans la mesure o&#249; le mode de production capitaliste s'est aujourd'hui &#233;tendu &#224; la plan&#232;te enti&#232;re et &#224; toutes les activit&#233;s humaines, les concepts de Marx gardent toute leur pertinence. La critique de la marchandisation du monde fut pos&#233;e par Marx d&#232;s les premi&#232;res pages du Capital (1867) qui s'ouvre par l'analyse de la marchandise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Les concepts de Marx pour analyser le mode de production capitaliste (Jean-Marie Harribey)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trois questions sont abord&#233;es dans la premi&#232;re partie : la th&#233;orie de la valeur, la loi de l'accumulation et les crises, la d&#233;finition des classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#233;orie de la valeur comme critique des rapports sociaux &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx reprend une vielle distinction &#233;tablie par Aristote et adopt&#233;e plus tard par Adam Smith et David Ricardo : toute marchandise poss&#232;de une valeur d'usage et une valeur d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re signifie qu'un bien produit ne devient marchandise que s'il est utile, sans qu'il faille attacher un jugement normatif &#224; cette utilit&#233;. La valeur d'usage est une condition n&#233;cessaire pour que la valeur d'&#233;change puisse exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de la seconde, Marx se d&#233;marque subtilement de Smith et Ricardo : les marchandises-valeurs d'usage sont des &#171; porte-valeur &#187;. Elles s'&#233;changent, et par l&#224;, elles conf&#232;rent au travail priv&#233; qui les a cr&#233;&#233;es un caract&#232;re social validant. Cette validation est une abstraction : le travail &#233;chang&#233; abandonne ses caract&#233;ristiques concr&#232;tes pour devenir une fraction du travail de la soci&#233;t&#233;, abstraction faite de ses particularit&#233;s. Marx appelle ce travail &#171; travail indistinct &#187; ou &#171; abstrait &#187;, reflet des rapports sociaux. Ainsi, dans l'acte d'&#233;change, la valeur est la forme que prend ce travail abstrait ; r&#233;ciproquement le travail abstrait est la substance de la valeur. L'expression &#171; valeur d'&#233;change &#187; d&#233;signe alors le rapport quantitatif dans lequel deux marchandises s'&#233;changent : deux chaises contre une table. La principale difficult&#233; pour analyser le fait que le produit du travail devienne une marchandise provient du caract&#232;re fantastique, mystique, enchant&#233;, donc trompeur, sous lequel appara&#238;t l'&#233;change de marchandises. A travers cet &#233;change semble s'&#233;tablir un rapport entre des choses, alors que derri&#232;re cette apparence il y a un rapport social des hommes entre eux. Le f&#233;tichisme se trouve aggrav&#233; par le fait que la valeur des marchandises rev&#234;t la forme argent. En effet, quand on dit que deux chaises = une table, il n'y a pas grande difficult&#233; &#224; imaginer le travail humain derri&#232;re la marchandise. Si l'on dit que deux chaises = 100 euros, c'est d&#233;j&#224; moins imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la soci&#233;t&#233; f&#233;odale &#233;tait bas&#233;e sur la d&#233;pendance personnelle entre seigneur et serf, les rapports sociaux apparaissaient directement comme des rapports entre des hommes. Ce n'est plus le cas dans la soci&#233;t&#233; capitaliste o&#249; la valeur rev&#234;t la forme argent. La cons&#233;quence est qu'&#224; travers l'&#233;change de marchandises, l'exploitation du travail devient invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitaliste n'ach&#232;te pas le travail ni le produit du travail du prol&#233;taire salari&#233; mais sa force de travail. La particularit&#233; de cette marchandise particuli&#232;re est de pouvoir cr&#233;er une valeur sup&#233;rieure &#224; ce qu'elle co&#251;te. En d'autres termes, le capitaliste ach&#232;te une valeur d'usage qui peut cr&#233;er une valeur sup&#233;rieure &#224; la sienne propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle est la valeur d'&#233;change de la force de travail ? A cette question Marx donne deux &#233;l&#233;ments de r&#233;ponse : d'abord, la valeur de la force de travail est &#233;gale &#224; celle des marchandises n&#233;cessaires &#224; sa reproduction, quantit&#233; qui n'est pas biologique mais sociohistorique,et en cela Marx ne fait que reprendre ce que disaient Smith et Ricardo ; ensuite, cette valeur d&#233;pend aussi du rapport de forces entre capitalistes et salari&#233;s. La diff&#233;rence entre la valeur cr&#233;&#233;e par le prol&#233;taire et celle qu'il per&#231;oit constitue la plus-value qui repr&#233;sente donc l'origine du profit que percevra le capitaliste quand il aura vendu la marchandise. On voit ici comment Marx ach&#232;ve la th&#233;orie de la valeur-travail : le travail &#233;tant seul cr&#233;ateur de valeur nouvelle, le profit provient d'une exploitation du travail salari&#233; : le surtravail non pay&#233;. L'objectif de Marx est atteint : d&#233;voiler le rapport social qui se dissimule derri&#232;re l'apparence d'un &#233;change &#233;gal, salaire contre &#171; travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que, en &#233;conomie pr&#233;-capitaliste, les producteurs ind&#233;pendants vendent pour acheter, M(archandise) ---&gt; A(rgent) ---&gt; M'(archandise), les capitalistes ach&#232;tent pour vendre, A ---&gt; M ---&gt; A'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de chaque cycle de production, sous l'effet du travail productif, le capital argent grossit d'une plus-value. Le capital peut &#234;tre analys&#233; comme du travail accumul&#233;. Pour Marx, dans l'&#233;conomie capitaliste, est productif (sous-entendu de capital) le travail qui produit de la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur de la marchandise peut donc &#234;tre d&#233;compos&#233;e comme suit : C + V + P - C : valeur du capital consacr&#233; &#224; acheter les moyens de production (capital dit constant car il ne cr&#233;e pas de valeur nouvelle) ; - V : valeur du capital consacr&#233; &#224; payer les salaires (capital dit variable car la force de travail cr&#233;e une valeur nouvelle) ; - P : plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux d'exploitation de la force de travail se mesure par le taux de plus-value qui est le rapport P/V = surtravail/travail n&#233;cessaire &#224; l'entretien des salari&#233;s. Pour accro&#238;tre le taux de plus-value, les capitalistes doivent soit accro&#238;tre le num&#233;rateur, soit faire baisser le d&#233;nominateur, soit les deux &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1er cas : augmentation absolue de la plus-value (que Marx appelle la plus-value absolue) par l'augmentation de la dur&#233;e du travail ou la baisse des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2e cas : augmentation relative de la plus-value (que Marx appelle la plus-value relative) par la diminution de la valeur de la force de travail en baissant le prix des biens n&#233;cessaires &#224; son entretien sans pour autant baisser le pouvoir d'achat ; ce fut obtenu ainsi : au XIX e : abolition des corn laws en Angleterre ; au XXe : m&#233;canisation de l'agriculture et de l'industrie des biens de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus-value dite &#171; extra &#187; est celle obtenue &#224; la suite d'une innovation qui place un capitaliste temporairement en situation de monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer ce point, disons quelques mots de trois fausses objections &#224; propos de la loi de la valeur de Marx. En premier lieu, Marx aurait n&#233;glig&#233; ou ni&#233; l'utilit&#233;, le march&#233; ou la raret&#233; pour &#233;noncer sa loi de la valeur. C'est une fable. Pour Marx, le travail priv&#233; consacr&#233; &#224; produire telle marchandise trouve sa reconnaissance sociale par la vente sur le march&#233;. &#171; Enfin, aucun objet ne peut &#234;tre une valeur s'il n'est une chose utile. S'il est inutile, le travail qu'il renferme est d&#233;pens&#233; inutilement, et cons&#233;quemment ne cr&#233;e pas de valeur. &#187;1 D'ailleurs, la loi de la valeur est incluse dans la loi de la raret&#233; : le travail humain suppose l'existence de la raret&#233;, c'est-&#224;-dire celle-ci est la condition n&#233;cessaire de celui-l&#224;. En second lieu, la loi de la valeur &#233;nonce que les rapports d'&#233;change entre les marchandises refl&#232;tent la quantit&#233; de travail socialement n&#233;cessaire. Mais un probl&#232;me redoutable se pose que les &#233;conomistes classiques eux-m&#234;mes avaient soulev&#233; et que Marx a tent&#233; de r&#233;soudre. Les prix des marchandises sur le march&#233; ne correspondent pas exactement &#224; l'&#233;quivalent mon&#233;taire de leur contenu en travail. Pourquoi ? Parce que les secteurs capitalistes ne pr&#233;sentent pas tous la m&#234;me r&#233;partition du capital entre achat des moyens de production (capital constant) et achat de la force de travail (capital variable). La &#171; composition organique du capital &#187; diff&#232;re selon les secteurs. Or chaque capitaliste exige, sous peine de partir ailleurs, un taux de profit au moins &#233;gal &#224; la moyenne. De ce fait, le prix va comprendre le co&#251;t mon&#233;taire de production augment&#233; d'un profit au prorata du capital engag&#233;. Alors, par le biais de prix form&#233;s en int&#233;grant l'exigence moyenne de r&#233;mun&#233;ration du capital, les secteurs tr&#232;s capitalistiques (m&#233;canis&#233;s) - jouissant souvent d'une position dominante - captent au d&#233;triment des secteurs moins capitalistiques - souvent en position domin&#233;e - une part de l'&#233;quivalent-mon&#233;taire de la valeur-travail produite ailleurs qu'en leur sein.2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, troisi&#232;me objection souvent soulev&#233;e : quid de la valeur-travail aujourd'hui ? Cette th&#233;orie est-elle pertinente alors que le travail semble fuir la soci&#233;t&#233; contemporaine, et notamment la production industrielle ? Tous les prix des biens industriels ou des services dont la vocation est d'&#234;tre produits dans des conditions similaires &#224; celles de l'industrie, ont tendance &#224; long terme &#224; diminuer. Il n'y a aucune exception : produits alimentaires, habillement, appareils m&#233;nagers, automobiles, &#233;lectronique, ordinateurs, voyages, etc. Pourquoi cette tendance irr&#233;versible ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la productivit&#233; du travail augmente gr&#226;ce &#224; un meilleur savoir-faire, des &#233;quipements plus performants et une organisation du travail rationalis&#233;e. Dire que la productivit&#233; du travail augmente est synonyme de la baisse de la valeur des marchandises sur le moyen et le long terme. Il ne faut donc pas se laisser tromper par les apparences. Plus la productivit&#233; du travail progresse, plus l'&#233;conomie fournit de biens et services mesur&#233;s en termes physiques, c'est-&#224;-dire plus elle produit de valeurs d'usage, moins celles-ci ont de valeur d'&#233;change. La diminution des besoins en travail pour produire une m&#234;me quantit&#233; de biens et services n'est en aucune mani&#232;re une infirmation, mais est au contraire une confirmation de la justesse de cette th&#233;orie dite de la valeur-travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la loi de la valeur-travail comme expression des rapports sociaux capitalistes n'a rien perdu de sa pertinence puisqu'elle rend compte des deux grandes caract&#233;ristiques de la soci&#233;t&#233; moderne : l'exploitation du travail et la dynamique de l'accumulation du capital. On voit alors se dessiner le projet de Marx : critiquer l'&#233;conomie politique qui refuse de consid&#233;rer le caract&#232;re social et historique du mode de production capitaliste. La marchandise op&#232;re une double dichotomie : les travaux priv&#233;s ne sont pas imm&#233;diatement utiles socialement sans m&#233;diation de l'&#233;change ; les travaux &#233;chang&#233;s ne sont pas des travaux distincts concrets mais du travail abstrait contre du travail abstrait. Quel int&#233;r&#234;t pr&#233;sente alors l'&#233;change ? Il est double : parce que ces travaux abstraits sont mat&#233;rialis&#233;s dans des objets diff&#233;rents et parce que ces travaux abstraits constituent la substance d'un ph&#233;nom&#232;ne, la valeur, qui s'exprime mon&#233;tairement dans l'&#233;change, et dont le terme du parcours est une quantit&#233; de monnaie venant grossir le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que la monnaie est la forme par excellence de la valeur, c'est-&#224;-dire la forme du travail abstrait : la monnaie peut tout acheter, surtout la force de travail, cette capacit&#233; &#233;nerg&#233;tique, physique et intellectuelle, &#224; engendrer une nouvelle valeur. La monnaie est donc d&#233;sir&#233;e, demand&#233;e pour elle-m&#234;me, comme dira Keynes plus tard, parce qu'elle constitue un droit d'achat permanent (pr&#233;sent et &#224; venir) sur du travail social ou sur de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, Marx permet de rep&#233;rer les deux failles de l'&#233;conomie politique classique qui deviendront des impasses pour la science &#233;conomique moderne : - L'&#233;conomie politique n'a pas su penser la monnaie autrement que comme un instrument supprimant les inconv&#233;nients du troc. En ne distinguant pas la valeur en tant que ph&#233;nom&#232;ne et la valeur d'&#233;change en tant que forme, elle s'interdit de comprendre les crises qui naissent de la possibilit&#233; de rupture dans le passage de la marchandise &#224; l'argent, le fameux &#171; saut p&#233;rilleux &#187;3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; L'&#233;conomie politique ayant cru que le travail procurait naturellement, automatiquement, une valeur aux biens, et que le travail &#233;tait lui-m&#234;me naturellement une marchandise, elle a accr&#233;dit&#233; l'id&#233;e que le capitalisme &#233;tait un syst&#232;me naturel, dans l'ordre des choses, accomplissant la nature humaine, &#233;ternelle, rationnelle et &#233;changiste. Dans ces conditions, le capitalisme pouvait &#234;tre, selon les lib&#233;raux, la fin de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'accumulation du capital et les crises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme conna&#238;t une tendance permanente &#224; l'accumulation du capital, c'est-&#224;dire &#224; la r&#233;introduction permanente de la plus-value dans le circuit de production sous forme de capital nouveau. La reproduction du syst&#232;me exige son &#233;largissement, et la tendance &#224; l'accumulation rend les crises de surproduction possibles pour deux raisons li&#233;es. - Parce que la concurrence et le progr&#232;s technique obligent les capitalistes &#224; mettre au rebut des &#233;quipements avant qu'ils ne soient physiquement us&#233;s : c'est le ph&#233;nom&#232;ne de l'obsolescence. De ce fait, la rotation du capital, qui suit le cycle d&#233;crit par le circuit du capital, est interrompue avant que le capital ait &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233; ; il s'ensuit un d&#233;s&#233;quilibre entre la section qui produit les moyens de production et celle qui produit les biens de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Parce que la recherche de gains de productivit&#233; du travail conduit &#224; l'&#233;l&#233;vation de la composition organique du capital C/V. Or le taux de profit P C V P V CV + = + 1 Ce rapport diminue quand C/V augmente si P/V n'augmente pas suffisamment pour compenser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx en conclut que le capitalisme doit conna&#238;tre une baisse tendancielle du taux de profit : les crises p&#233;riodiques ne peuvent aller qu'en s'aggravant. Cependant, la baisse du taux de profit n'est pas in&#233;luctable et Marx &#233;num&#232;re six facteurs pouvant inverser la tendance : - augmentation de l'exploitation du travail par l'augmentation de la dur&#233;e du travail ou de l'intensit&#233; de celui-ci ; - baisse du salaire ; - baisse du prix des &#233;l&#233;ments du capital constant ; la recherche de gains de productivit&#233; concerne aussi bien la section des biens de production que celle des biens de consommation : la d&#233;valorisation des biens d'&#233;quipement qui en r&#233;sulte entra&#238;ne une baisse de la composition en valeur du capital alors que, dans le m&#234;me temps, la composition technique, c'est-&#224;-dire en volume, peut augmenter. - surpopulation relative (ch&#244;mage) ; - commerce ext&#233;rieur ; - accroissement du capital-actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on observe le capitalisme contemporain, on constate que la fin des ann&#233;es 1960 et le d&#233;but des ann&#233;es 1970 furent marqu&#233;s par une baisse du taux de profit dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, sans doute due &#224; un ralentissement des gains de productivit&#233;. Cette baisse du taux de profit ne fut enray&#233;e que par un renforcement de l'exploitation de la force de travail au moyen du ch&#244;mage et de la pr&#233;carit&#233;. La remont&#233;e du taux de profit fut ind&#233;niable au cours des d&#233;cennies 1980 et 1990 mais sans qu'elle se traduis&#238;t par une v&#233;ritable relance durable de l'accumulation, sauf aux Etats-Unis mais de courte dur&#233;e. La raison en est que la demande sociale s'exprime de plus en plus en direction de services dans lesquels les gains potentiels de productivit&#233; - et donc les perspectives de profit - sont moindres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les classes sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le prol&#233;tariat se d&#233;finit comme l'ensemble des individus vendant leur force de travail manuelle et intellectuelle contre salaire aux d&#233;tenteurs de capital, alors le prol&#233;tariat ne peut que s'&#233;tendre avec l'extension du capitalisme lui-m&#234;me qui est fond&#233; sur le rapport social salarial. Un gigantesque contresens a toujours &#233;t&#233; commis par les n&#233;gationnistes du prol&#233;tariat. Ce concept avait &#233;t&#233; d&#233;fini par Marx au temps o&#249;, objectivement, les choses &#233;taient assez simples : prol&#233;taire, salari&#233; et ouvrier &#233;taient synonymes. Tous les salari&#233;s vendaient leur force de travail et pratiquement tous participaient, de fa&#231;on manuelle, &#224; la production mat&#233;rielle et concouraient directement &#224; la production de plus-value. De ce fait, l'habitude fut prise d&#232;s l'origine d'identifier le prol&#233;tariat &#224; la classe ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire, &#224; l'&#233;poque, aux ouvriers. Au XXe si&#232;cle, l'approfondissement de la division du travail, la diversification des niveaux de qualification et des cat&#233;gories de salari&#233;s, le d&#233;veloppement d'activit&#233;s donnant lieu &#224; une production immat&#233;rielle de services, sont venus rompre l'identification entre prol&#233;taires salari&#233;s et ouvriers. Le contresens consiste &#224; d&#233;finir le prol&#233;tariat non plus comme il se doit avec son crit&#232;re de d&#233;finition - la vente de la force de travail - mais par un exemple, ce qui constitue une nouvelle faute de logique, et, qui plus est, par un exemple ne correspondant qu'&#224; une &#233;poque d&#233;termin&#233;e et d&#233;pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;renciations au sein du prol&#233;tariat ont &#233;t&#233; amen&#233;es par la succession de r&#233;volutions industrielles et de transformations du capitalisme. La premi&#232;re r&#233;volution industrielle impuls&#233;e par la machine &#224; vapeur, mise en &#339;uvre dans le textile puis dans la sid&#233;rurgie et le chemin de fer, avait produit la &#171; classe ouvri&#232;re &#187; au premier sens strict, c'est&#224;- dire qui se confondait avec les ouvriers. La seconde r&#233;volution industrielle amen&#233;e par l'&#233;lectricit&#233; et le moteur &#224; explosion et d&#233;velopp&#233;e dans les industries chimiques puis automobiles avait engendr&#233; &#224; la fois le travail taylorien des OS (ouvriers sp&#233;cialis&#233;s) et le travail des techniciens. La troisi&#232;me r&#233;volution industrielle propuls&#233;e par l'automatisation et l'informatisation produit sous nos yeux la multiplication des employ&#233;s, des techniciens productifs et commerciaux, en m&#234;me temps que la tertiarisation de l'&#233;conomie et la lente diminution absolue et relative des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, lors de chaque grande transformation technique, un double mouvement de diff&#233;renciation et d'unification ou de massification. Mais quelle diff&#233;rence de classe y a-t-il entre un ouvrier d'usine et une caissi&#232;re de supermarch&#233; ? Quelle diff&#233;rence de classe y a-t-il entre un op&#233;rateur sur une machine &#224; commande num&#233;rique et une employ&#233;e de banque pench&#233;e sur une machine &#224; lecture optique des ch&#232;ques ? Quelle diff&#233;rence de classe entre le travailleur d'usine et celui qui sera chez lui, devant son poste de t&#233;l&#233;-travail, dont la productivit&#233; et le moindre geste seront contr&#244;l&#233;s par l'employeur et qui sera harcel&#233; jusque dans sa sph&#232;re la plus intime par le t&#233;l&#233;phone portable ? Les &#233;tudes portant sur l'&#233;volution de la population active salari&#233;e en France aujourd'hui montrent une tr&#232;s grande stabilit&#233; de la part des cat&#233;gories populaires dans l'ensemble de la population active : pr&#232;s de 60% de celle- ci sont constitu&#233;s d'ouvriers et d'employ&#233;s dont les conditions de travail et de salaires pr&#233;sentent de nombreux points communs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Financiarisation du capitalisme et classes sociales (Claude Serfati)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux th&#232;mes sont d&#233;velopp&#233;s dans cette partie. La trajectoire du capitalisme contemporain (la &#171; mondialisation &#187;) ne peut &#234;tre analys&#233;e sans prendre en compte le r&#244;le des classes sociales et des forces politiques (dont l'Etat est la repr&#233;sentation principale mais &#233;videmment pas unique). On analyse ensuite les effets de la mondialisation sur les classes dominantes et sur les classes exploit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'universalisation du capitalisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme est un mode de domination sociale autant qu'un mode d'organisation de la production mat&#233;rielle. Le r&#244;le des rapports sociaux, des classes sociales est donc d&#233;terminant. Ainsi, lorsqu'on veut analyser les processus de mondialisation du capital, on ne peut se contenter d'observer que la p&#233;riode actuelle prolonge un mouvement s&#233;culaire d'internationalisation du capital. De m&#234;me, s'arr&#234;ter &#224; l'observation de Marx que &#171; le march&#233; mondial est contenu dans la notion m&#234;me de capital &#187; pourrait conduire &#224; un &#171; d&#233;terminisme &#233;conomique &#187; qui a longtemps domin&#233; le marxisme. On s'&#233;pargnerait beaucoup de discussions sur les relations chez Marx entre les (pr&#233;tendues) &#171; lois de l'&#233;conomie &#187; et l'action des individus organis&#233;s en classes et en partis lorsqu'on lit Le Capital mais aussi (par exemple) Le coup d'Etat du 18 brumaire de Louis Bonaparte. Dans ce dernier ouvrage, la configuration des classes sociales en France est analys&#233;e avec minutie, de m&#234;me que la fa&#231;on dont la bureaucratie d'Etat se constitue en groupe social uni par des int&#233;r&#234;ts communs &#171; bouche tous les pores du corps de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de saisir la configuration pr&#233;cise des forces sociales dans la p&#233;riode de mondialisation du capital qui a commenc&#233; avec la d&#233;cennie 80. Cette configuration est marqu&#233;e de fa&#231;on d&#233;terminante par la reconstitution d'un puissant capital financier. Le capital financier d&#233;signe selon moi deux r&#233;alit&#233;s. Il correspond d'abord &#224; un processus (un mouvement) du capital, dans lequel &#171; l'argent produit de l'argent, une valeur se mettant elle-m&#234;me en valeur, sans aucun proc&#232;s (de production) qui serve de m&#233;diation &#187;4. Cet argent qui produit plus d'argent est compos&#233; d'actions et de titres de cr&#233;ances (obilgations, pr&#234;ts) qui sont les principaux actifs financiers. Le capital financier d&#233;signe &#233;galement un ensemble de formes organisationnelles (et donc sociales). Ainsi, les fonds de placement financier (fonds de pension, fonds mutuels) ont pris une importance d&#233;cisive depuis deux d&#233;cennies. Ils ne se substituent pas pour autant aux banques et institutions de cr&#233;dit qui dessin&#232;rent une partie des contours organisationnels du capital financier analys&#233; par les marxistes au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance retrouv&#233;e du capital financier &#224; la fin du vingti&#232;me si&#232;cle s'est accompagn&#233;e d'une mont&#233;e sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du capitalisme, des d&#233;tenteurs de titres de propri&#233;t&#233; et de cr&#233;ances. Cette mont&#233;e se mesure par le nombre des foyers d'accumulation financi&#232;re, leur richesse en niveau nominal de capitalisation et leur force en termes de levier de pouvoir &#233;conomique et politique5. La bourgeoisie financi&#232;re et les couches sociales qu'elle associe &#224; ce mode de r&#233;mun&#233;ration disposent de puissants moyens d'appropriation de la plus-value cr&#233;&#233;e dans la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation du capital marque bien une extension de l'espace des rapports sociaux capitalistes. Cet espace est territorial - par exemple les anciennes &#233;conomies planifi&#233;es sont int&#233;gr&#233;es dans cet espace - mais il englobe &#233;galement de nouvelles sph&#232;res de mise en valeur - les ressources environnementales, l'air, l'eau - au moyen de la privatisation et de la cr&#233;ation de march&#233;s. Des droits de propri&#233;t&#233; sont cr&#233;&#233;s sur ces biens qui deviennent d&#232;s lors des marchandises, pendant que les droits de propri&#233;t&#233; font eux-m&#234;mes l'objet de n&#233;gociations sur les march&#233;s financiers d&#233;j&#224; existants ou cr&#233;&#233;s pour l'occasion. C'est ainsi que l' &#171; &#233;puisement de la nature &#187; (Marx), les atteintes &#224; l'environnement deviennent de nouveaux &#034;champ d'accumulation&#034; pour les propri&#233;taires du capital (par exemple les march&#233;s des droits &#224; polluer). Loin du &#171; processus de destruction cr&#233;atrice &#187; d&#233;crit par Schumpeter, la cr&#233;ation de nouveaux march&#233;s de droits de propri&#233;t&#233; se traduit par la destruction des richesses dans de nombreux pays et m&#234;me r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pleinement appr&#233;cier l'interaction entre l'attitude de la bourgeoisie financi&#232;re et la trajectoire du capitalisme de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es qui a produit ce qu'on appelle la &#171; mondialisation &#187; - et que E.M. Wood appelle plus judicieusement &#171; l'universalisation &#187; du capitalisme6. Depuis la fin des ann&#233;es soixante-dix, en tant qu'appui au capital financier et &#224; sa position dominante, les &#171; march&#233;s financiers &#187; sont devenus des institutions centrales du capitalisme des ann&#233;es quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Ils ont permis au capital de concentrer sa puissance face au travail, et offert &#224; la bourgeoisie et aux classes renti&#232;res un enrichissement consid&#233;rable. Le capital financier a b&#233;n&#233;fici&#233; de l'appui inconditionnel des politiques n&#233;olib&#233;rales. Cependant, ni l'&#233;l&#233;vation consid&#233;rable du taux d'exploitation de la main-d'&#339;uvre cons&#233;cutive &#224; l'offensive du capital contre le travail, ni l'ouverture de nouveaux march&#233;s en URSS et dans les pays de l'est, n'ont produit &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te une augmentation significative de l'accumulation du capital, c'est-&#224;-dire une reproduction &#233;largie de la valeur cr&#233;&#233;e. Cette situation indique qu'il faut plus que jamais distinguer, d'une part l'extension de la domination du capital et des rapports de propri&#233;t&#233; sur lesquels il est fond&#233; - soit au sens strict, l'extension de l'espace de la reproduction des rapports sociaux - et d'autre part, une augmentation v&#233;ritable de l'accumulation du capital, c'est-&#224;-dire une reproduction &#233;largie de la valeur cr&#233;&#233;e. La &#171; mondialisation du capital &#187; combine ces deux caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle manifeste la supr&#233;matie d'un mode de domination sociale dans lequel les formes d'appropriation de la valeur par la rente ou la pure pr&#233;dation gr&#226;ce &#224; une extension des rapports de propri&#233;t&#233; (territoriale mais aussi sur la nature, l'air, etc.) l'emportent sur sa cr&#233;ation massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une bourgeoisie financi&#232;re mondiale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation du capital se traduit-elle sur le plan social par la formation d'une bourgeoisie mondiale7 ? La tentation de r&#233;pondre positivement est d'autant plus grande que dans l'histoire du capitalisme, la classe des financiers est souvent pr&#233;sent&#233;e comme la plus &#171; cosmopolite &#187; , celle dont les int&#233;r&#234;ts sont les plus d&#233;tach&#233;es des pr&#233;occupations nationales (cf. les analyses de Polanyi). Il est certain que des tendances &#224; la constitution d'une bourgeoisie mondiale existent. D'abord, les groupes financiers multinationaux, ont &#224; leur t&#234;te des dirigeants qui partagent les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et la m&#234;me &#171; culture &#187;. Leur proximit&#233; repose sur un mode de r&#233;mun&#233;ration qui est fond&#233; pour une part importante sur des actifs financiers (stock-options). Ils forment une composante de la bourgeoisie financi&#232;re. Un autre facteur favorable &#224; la &#171; mondialisation &#187; de la bourgeoisie financi&#232;re et renti&#232;re est fournie par l'int&#233;r&#234;t commun que les d&#233;tenteurs d'actifs financiers (de droits de propri&#233;t&#233; et cr&#233;ances) prennent &#224; la mise en &#339;uvre de politiques similaires. Ils sont persuad&#233;s que leur argent doit produire plus d'argent &#171; tout aussi naturellement que le poirier produit des poires &#187; (Marx). Ils sont indiff&#233;rents aux conditions dans lesquelles la valeur va &#234;tre cr&#233;&#233;e et &#224; la fa&#231;on dont une partie va leur &#233;choir (imp&#244;ts pour payer la dette publique, licenciements, fermetures de sites de production pour toucher les dividendes de leurs actions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'en remettent aux politiques n&#233;olib&#233;rales et aux institutions internationales. Celles-ci imposent &#224; l'&#233;chelle mondiale les m&#234;mes th&#233;rapeutiques (r&#233;duction des d&#233;penses sociales, d&#233;r&#233;glementation/privatisation des industries et des march&#233;s, etc.) qui sont dirig&#233;es vers un m&#234;me objectif. On comprend que de telles politiques &#233;conomiques soient soutenues par les bourgeoisies financi&#232;res et renti&#232;res, y compris celle des pays &#233;mergents et du sud, alors m&#234;me que ces politiques conduisent &#224; la d&#233;sint&#233;gration &#233;conomique et &#224; la d&#233;tresse sociale de leur pays (exemple de l'Argentine d'o&#249; les &#233;lites ont pu faire sortir leurs capitaux).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la constitution au plan politique, militaire et id&#233;ologique d'un &#171; bloc transatlantique &#187; uni par des &#171; valeurs communes &#187;, ceux de la &#171; d&#233;mocratie de march&#233; &#187; est un facteur d'homog&#233;n&#233;isation des classes dominantes, en tout cas de leur &#034;transatlantisation&#034;. La protection militaire des droits de propri&#233;t&#233; est centrale dans la mondialisation du capital. Cependant, il existe des contre-tendances tr&#232;s fortes &#224; la formation d'une bourgeoisie mondiale. Les classes dominantes des pays d&#233;velopp&#233;s ne peuvent &#234;tre r&#233;duits &#224; de purs op&#233;rateurs &#233;conomiques. Leur domination ne peut se concevoir hors du pouvoir politique qu'elles d&#233;tiennent. Il est certes bien connu que dans le capitalisme, &#224; la diff&#233;rence des autres modes de production et soci&#233;t&#233;s, le politique et l'&#233;conomie constituent deux sph&#232;res d'activit&#233;s distinctes. La coercition physique n'est en principe pas n&#233;cessaire pour permettre au proc&#232;s de production de se poursuivre. A la diff&#233;rence de soci&#233;t&#233;s esclavagistes et de servage, l&#224; o&#249; domine le capitalisme, la &#171; libert&#233; &#187; - naturellement toute relative - de celui qui propose sa force de travail (le salari&#233; producteur) doit en principe suffire pour le contraindre &#224; le faire, puisqu'il ne dispose pas d'autres moyens pour vivre. Toutefois, la s&#233;paration de l'&#233;conomique et du politique ne signifie pas leur ind&#233;pendance. Car un mode de production n'est pas seulement une technologie mais plus fondamentalement une relation de pouvoir, et les droits de propri&#233;t&#233; doivent &#234;tre prot&#233;g&#233;s lorsqu'ils sont attaqu&#233;s (il ne suffit pas de cr&#233;er des droits de propri&#233;t&#233;, il fautles d&#233;fendre). Les classes dominantes doivent asseoir et consolider leur domination politique, elles ont besoin pour cela des Etats, au sein desquelles ces instruments de domination et de coercition se sont forg&#233;s et renforc&#233;s. Ce qui n'emp&#234;che pas ces Etatsnations de confronter et joindre leurs politiques dans le cadre d'Institutions internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette partition nationale des classes dominantes demeure fondamentale, en particulier pour les bourgeoisies les plus puissantes qui ont pu maintenir, gr&#226;ce &#224; leur pass&#233; imp&#233;rialistes une place significative dans les &#171; affaires du monde &#187;. Ceci est &#233;videmment tout aussi valable pour la bourgeoisie am&#233;ricaine, dont l'Etat est plus que jamais indispensable &#224; la d&#233;fense et &#224; l'extension de ses int&#233;r&#234;ts propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les bourgeoisies des pays d&#233;velopp&#233;s se livrent &#224; une concurrence qui n'est pas att&#233;nu&#233;e, mais exacerb&#233;e par la mondialisation du capital. Celle-ci n'est pas une &#233;tape &#034;sup&#233;rieure&#034; dans le d&#233;veloppement du capitalisme qui serait pacifi&#233;. Au contraire, l'&#233;tat de crise &#233;conomique end&#233;mique aiguise les rivalit&#233;s intercapitalistes et interimp&#233;rialistes. On peut prendre le cas de la bourgeoisie fran&#231;aise comme exemple de ces processus contradictoires concernant la bourgeoisie financi&#232;re. L'obstination des classes dirigeantes fran&#231;aises et des gouvernements &#224; mettre en place des &#034;fonds de pension &#224; la fran&#231;aise&#034; t&#233;moigne &#224; la fois du mouvement de mondialisation du capital domin&#233; par la finance mais &#233;galement au sein de celle-ci, de la persistance des fragmentations nationales. La cr&#233;ation de fonds de pension r&#233;pond &#224; plusieurs objectifs, dont celui de diminuer le co&#251;t salarial et d'&#233;lever le taux d'exploitation de la main-d'&#339;uvre. En cherchant &#224; imposer les fonds de pension, la bourgeoisie fran&#231;aise participe pleinement &#224; la mondialisation du capital et &#224; son essence fortement renti&#232;re. En ce sens, elle partage des int&#233;r&#234;ts communs avec les bourgeoisies financi&#232;res des autres pays imp&#233;rialistes. Mais les classes dirigeantes fran&#231;aises cherchent tout autant &#224; pr&#233;server leur contr&#244;le sur la production de plus-value de &#171; leurs &#187; salari&#233;s face &#224; la concurrence des fonds anglo-saxons qui ont s&#233;rieusement augment&#233; leur pr&#233;sence dans les groupes cot&#233;s au CAC 40. Les classes dirigeantes esp&#232;rent qu'autour du caract&#232;re &#171; fran&#231;ais &#187; des fonds de pension, elles pourront r&#233;aliser un consensus, et obtenir la participation des salari&#233;s &#224; leur propre explication au nom de l'int&#233;r&#234;t national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le statut des classes exploit&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx consid&#233;rait que la domination du capitalisme est la mieux assur&#233;e lorsque le capital est capable de faire travailler les producteurs dans des conditions o&#249; se g&#233;n&#233;ralise la production de plus-value relative plut&#244;t que de plus-value absolue. La plus-value relative est obtenue par l'augmentation de la productivit&#233; et de l'intensit&#233; du travail, elle exige donc &#171; un emploi conscient des sciences naturelles de la m&#233;canique, de la chimie, etc., appliqu&#233;es &#224; des fins technologiques d&#233;termin&#233;es, et gr&#226;ce &#224; tout ce qui se rattache au travail effectu&#233; &#224; grande &#233;chelle &#187;8. La plus-value absolue est principalement produite par l'allongement de la dur&#233;e de travail ou la r&#233;duction pure et simple du salaire. Les d&#233;cennies qui ont suivi la seconde guerre mondiale ont sembl&#233; marquer le triomphe du mode de production de la plusvalue relative dans les pays d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait erron&#233; de consid&#233;rer que la mondialisation du capital va simplement &#233;largir au plan mondial les processus de constitution des classes ouvri&#232;res produites par le d&#233;veloppement du capitalisme industriel au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle et promouvoir &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te une forme de croissance fond&#233;e sur le machinisme technologique. Le capitalisme ne produit pas la convergence, mais l'in&#233;galit&#233;. Au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, l'expansion mondiale du capitalisme ne s'est pas r&#233;alis&#233;e sous la forme d'une sorte de g&#233;n&#233;ralisation aux colonies d'un type d'industrialisation similaire &#224; celui mis en place dans les pays colonisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, le maintien de structures pr&#233;-capitalistes a permis une exploitation sans limite des populations, le siphonnage des richesses cr&#233;&#233;es par les communaut&#233;s vivant en dehors du mode de production capitalise au moyen d'imp&#244;ts collect&#233;s par les fonctionnaires ont coexist&#233; avec la cr&#233;ation de structures fond&#233;es sur le rapport capitaliste dans certains secteurs industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai propos&#233; l'hypoth&#232;se que la domination contemporaine du capital financier renforce les traits rentiers et pr&#233;dateurs du mode de domination capitaliste. La mondialisation provoque dans certaines r&#233;gions de la plan&#232;te l'exclusion de centaines de millions d'individus qui sont en &#171; surnombre &#187;, elle met m&#234;me en p&#233;ril les conditions de simple reproduction des populations, comme cela est &#233;tabli par le PNUD. Ailleurs, la mondialisation s'est traduite par la cr&#233;ation de poches d'accumulation du capital industriel et l'utilisation d'une force de travail dans des conditions qui s'apparentent de plus en plus &#224; la cr&#233;ation de plus-value absolue9. Sous le nom de &#171; travail informel &#187;, la dur&#233;e de travail n'est limit&#233;e par aucune l&#233;gislation, le niveau de r&#233;mun&#233;ration est insuffisant pour permettre la reproduction des producteurs et celle de leur famille, qui n'est assur&#233;e que pour autant que subsistent des formes traditionnelles de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays d&#233;velopp&#233;s, la volont&#233; de d&#233;sint&#233;grer le salariat comme collectif d'individus (comme classe) passe par la tentative de ramener les salari&#233;s &#224; un statut de &#171; louage de services &#187; qui existait avant l'essor du capitalisme industriel. L'individualisation des salaires, la flexibilit&#233;, la transformation de la relation capital-travail en une relation de type commercial, sont quelques unes des mesures prises pour faciliter l'allongement de la dur&#233;e du travail et la baisse pure et simple du salaire. Les mesures sereinement mises en &#339;uvre ou pr&#233;par&#233;es par le patronat confirment que le capitalisme n'est pas porteur de progr&#232;s tendanciel, elles indiquent quel point le capital veut revenir loin en arri&#232;re. Le sousbassement id&#233;ologique n'est plus comme avec la loi Le Chapelier de faire obstacle aux &#171; coalitions &#187; (aux syndicats ouvriers), mais de permettre &#224; chaque individu, pris comme un agent &#233;conomique souverain, de faire fructifier son &#171; capital humain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Par 1 . K. Marx [1965, p. 568]&lt;br class='autobr' /&gt;
2 . Cette question, tr&#232;s technique et tr&#232;s controvers&#233;e, n'est pas d&#233;velopp&#233;e ici. Voir P. Salama, T. Hai Hac [1992], ou pour une approche simple J.M. Harribey [2002].&lt;br class='autobr' /&gt;
3 . Marx [1965, p. 645]&lt;br class='autobr' /&gt;
4. K. Marx, Le Capital, livre 3, chapitre 25. &lt;br class='autobr' /&gt;
5. Voir A. Orl&#233;an, Le pouvoir de la finance, O. Jacob, 1999, et F. Lordon, Fonds de pension, pi&#232;ge &#224; cons ? Mirage de la d&#233;mocratie actionnariale, Raisons d'Agir, 2000. &lt;br class='autobr' /&gt;
6. E.M. Wood, Democracy Against Capitalism, Reviewing Historical Materialism, Cambridge University Press, 1995. &lt;br class='autobr' /&gt;
7. Voir C. Serfati, &#171; Une bourgeoisie mondiale pour un capital financier mondialis&#233; ? &#187; dans S. de Brunhoff et al. [2001].&lt;br class='autobr' /&gt;
8. K. Marx, Un chapitre in&#233;dit du Capital, 10/18, page 200. 9. Voir sur l'analyse des facteurs du retour de formes de plus-value absolue en Am&#233;rique latine, P. Salama &#171; La financiarisation excluante : les le&#231;ons des &#233;conomies latino-am&#233;ricaines &#187;, dans F. Chesnais [1996].&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bibliographie succincte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvrages fondamentaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Marx, Le Capital, Gallimard, La Pl&#233;iade, tomes 1 et 2, 1965 et 1968, ou Ed. Sociales (8 volumes). K. Marx, F. Engels, Le Manifeste communiste, Gallimard, La Pl&#233;iade, tome 1, 1965, ou Ed. Sociales, 1973, ou PUF, 1991, ou UGE, 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrages d'initiation ou d'actualisation :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. de Brunhoff, I. Caro, C. Serfati, A.C. Wagner, P.P. Zalio, Bourgeoisie : &#233;tat d'une classe dominante, Syllepse, 2001. F. Chesnais (coord.), La mondialisation financi&#232;re, Gen&#232;se, co&#251;t et enjeux, Syros, Alternatives &#233;conomiques, 1996. G. Dum&#233;nil, D. L&#233;vy (sous la dir. de), Le triangle infernal, Crise, mondialisation, financiarisation, PUF, 1999. J.M. Harribey, La d&#233;mence s&#233;nile du capital, Fragments d'&#233;conomie critique, Ed. du Passant Ordinaire, 2002. P. Salama, T. Hai Hac, Introduction &#224; l'&#233;conomie de Marx, La D&#233;couverte, Rep&#232;res, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universit&#233; d'&#233;t&#233; Arles 2002&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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