<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.lagauche.ca/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>La Gauche</title>
	<link>https://www.lagauche.ca/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.lagauche.ca/spip.php?id_mot=108&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>La Gauche</title>
		<url>https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L144xH75/siteon0-d17a8.jpg?1629928024</url>
		<link>https://www.lagauche.ca/</link>
		<height>75</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>La crise d'octobre 1970 : un point tournant</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/La-crise-d-octobre-1970-un-point-tournant</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/La-crise-d-octobre-1970-un-point-tournant</guid>
		<dc:date>2010-10-08T01:21:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel Mill</dc:creator>


		<dc:subject>Qu&#233;bec</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet article de Michel Mill a &#233;t&#233; publi&#233; en octobre 1990 dans le journal Combat socialiste pour le vingti&#232;me anniversaire des &#233;v&#233;nements d'Octobre. Il nous dresse un panorama de la situation qui nous aide &#224; comprendre l'&#233;volution de la gauche avant et apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans les ann&#233;es 60, la gauche &#233;tait avant tout nationaliste et ind&#233;pendantiste et ses d&#233;bats portaient surtout sur la fa&#231;on d'arriver &#224; l'ind&#233;pendance. Son projet de soci&#233;t&#233; &#233;tait diffus, sinon confus. Bien que souvent (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Quebec-+" rel="tag"&gt;Qu&#233;bec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-254-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH85/arton3071-73471.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet article de Michel Mill a &#233;t&#233; publi&#233; en octobre 1990 dans le journal Combat socialiste pour le vingti&#232;me anniversaire des &#233;v&#233;nements d'Octobre. Il nous dresse un panorama de la situation qui nous aide &#224; comprendre l'&#233;volution de la gauche avant et apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 60, la gauche &#233;tait avant tout nationaliste et ind&#233;pendantiste et ses d&#233;bats portaient surtout sur la fa&#231;on d'arriver &#224; l'ind&#233;pendance. Son projet de soci&#233;t&#233; &#233;tait diffus, sinon confus. Bien que souvent impliqu&#233;e dans certaines formes de solidarit&#233; internationale, cette gauche n'avait pas r&#233;ellement de r&#233;f&#233;rents internationaux ni de r&#233;f&#233;rents historiques. Sur le plan th&#233;orique, elle se r&#233;clamait autant des structuralistes, des existentialistes ou des tiers mondistes - que des marxistes de quelque courant que ce soit. Et son champ d'action se limitait strictement au Qu&#233;bec sans aucune pr&#233;occupation par rapport au Canada anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es apr&#232;s la crise d'octobre, la gauche qu&#233;b&#233;coise &#233;tait beaucoup plus structur&#233;e et sa majorit&#233; avait rejet&#233; le b&#233;b&#233; avec l'eau sale, l'ind&#233;pendantisme avec le PQ. La quasi-totalit&#233; des courants de cette gauche se disaient marxistes orthodoxes et avait des projets de soci&#233;t&#233; plus ou moins clairs avec des r&#233;f&#233;rents internationaux et historiques explicites. Toutes les organisations se voulaient pancanadiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vaste majorit&#233; des militantes et militants de gauche des ann&#233;es 1960 venaient de quatre sources : le Rassemblement pour l'Ind&#233;pendance Nationale (RIN,1960 -1968), le Parti Socialiste du Qu&#233;bec (PSQ, scission du NPD &#8211; 1962-1967), la mouvance autour des revues Parti Pris et R&#233;volution Qu&#233;b&#233;coise (1963 &#8211; 1967), ind&#233;pendantistes de gauche qui cr&#233;ent le Mouvement de Lib&#233;ration Populaire, (MLP - 1975 1966) et l'Union G&#233;n&#233;rale des &#201;tudiants Qu&#233;b&#233;cois (UGEQ - 1965 - 1969). Plusieurs, sinon la majorit&#233;, des militant-e-s appartenaient, en succession ou simultan&#233;ment, &#224; plus d'un de ces mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centrales syndicales avaient une pr&#233;sence sociale r&#233;elle (c'&#233;tait la p&#233;riode de la syndicalisation du secteur public et parapublic devenu &#233;norme suite &#224; la soi-disant r&#233;volution tranquille) mais leurs directions majoritaires &#233;taient directement inf&#233;od&#233;es au Parti Lib&#233;ral du Qu&#233;bec. Elles &#233;taient farouchement hostiles &#224; l'ind&#233;pendance. Marcel Pepin et Louis Laberge n'h&#233;sitaient pas, alors, &#224; d&#233;battre en public avec les tenants de l'ind&#233;pendance que ce soit Pierre Bourgault ou Pierre Valli&#232;res (avant son passage au FLQ). Laberge est m&#234;me all&#233; jusqu'&#224; s'opposer &#224; une r&#233;solution pour le droit du Qu&#233;bec &#224; l'autod&#233;termination lors d'un congr&#232;s f&#233;d&#233;ral du NPD en 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, il y avait un courant ind&#233;pendantiste et socialiste au sein des centrales principalement regroup&#233;es autour du PSQ (Fernand Daoust, Jean-Marie B&#233;dard, Henri Gagnon et &#201;mile Boudreau &#224; la FTQ, ou Pierre Vadboncoeur, Pamphile Johnny Pich&#233;, Hild&#232;ge Dupuis et Michel Chartrand &#224; la CSN en autres, par exemple). Mais ce courant n'avait pas d'assises programmatiques ou internationales claires ce qui faisait que la majorit&#233; de ses repr&#233;sentants se sont faits happer par le Parti Qu&#233;b&#233;cois d&#232;s sa fondation et on fait la paix avec leurs anciens adversaires dans l'appareil syndical au d&#233;but des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le gros des effectifs militants de la gauche venait du mouvement &#233;tudiant. En 1967, l'UGEQ adopte des positions en faveur de l'ind&#233;pendance et du socialisme et organise des manifestations non seulement sur des questions &#233;tudiantes mais aussi de solidarit&#233; avec le Vietnam (1967) et d'opposition &#224; l'invasion sovi&#233;tique en Tch&#233;coslovaquie (1968).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation du Mouvement Souverainet&#233; - Association en 1967 et sa transformation en Parti Qu&#233;b&#233;cois en 1968 absorbe l'&#233;crasante majorit&#233; des militantes et des militants ind&#233;pendantistes, m&#234;me de gauche. Mais la gauche du PQ continuera pendant plusieurs ann&#233;es &#224; participer aux actions extraparlementaires qui connaissent une mont&#233;e spectaculaire &#224; partir des gr&#232;ves &#233;tudiantes avec occupation de l'automne 1968 et de la manifestation pour un McGill fran&#231;ais en mars 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de l'UGEQ au printemps 1969 (suite &#224; un congr&#232;s o&#249; aucune des trois tendances en pr&#233;sence n'a eu de majorit&#233;) lib&#232;re des &#233;nergies consid&#233;rables qui vont organiser le mouvement et les manifestations de rues les plus massifs que le Qu&#233;bec a connu jusqu'aux luttes du Front commun intersyndical en 1972 : la lutte contre le bill 63 (projet de loi &#233;tablissant la l&#233;galit&#233; et l'&#233;galit&#233; de l'enseignement anglais au sein du syst&#232;me scolaire qu&#233;b&#233;cois) en octobre 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le Front du Qu&#233;bec Fran&#231;ais (FQF) compos&#233; du PQ, des centrales syndicales et des organisations nationalistes &#171; respectables &#187; telle que la soci&#233;t&#233; Saint-Jean Baptiste, chapeaute officiellement ce mouvement, en r&#233;alit&#233; c'est la Coordination des groupes de gauche qui organise la mobilisation dans les rues. Ce comit&#233; regroupe en plus des individus, la Ligue des Jeunes Socialistes (trotskiste), le Front de Lib&#233;ration Populaire (FLP) et le Comit&#233; Ind&#233;pendance &#8211; Socialisme, tous deux issus du courant de gauche dans le RIN qui a refus&#233; d'adh&#233;rer au PQ, le Mouvement Syndical Populaire (MSP), courant &#233;tudiant spontan&#233;iste et gauchiste issu de l'UGEQ et la Ligue pour l'int&#233;gration scolaire qui avait organis&#233; des luttes linguistiques &#224; Ville Saint-L&#233;onard. Aucune de ces organisations ne repr&#233;sente plus de 50 &#224; 75 militants militants actifs mais la mobilisation atteint plus de 35 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 1970, la quasi-totalit&#233; de l'&#233;nergie des militantes et militants est r&#233;cup&#233;r&#233;e par la campagne &#233;lectorale du Parti qu&#233;b&#233;cois. Les r&#233;sultats &#233;lectoraux (plus de 25 % des votes, mais seulement 7 d&#233;put&#233;s) r&#233;v&#232;lent le vide du jeu &#233;lectoral provoquant deux ph&#233;nom&#232;nes &#224; court terme : la d&#233;moralisation du gros des effectifs et des r&#233;actions de d&#233;sespoir qui vont acc&#233;l&#233;rer l'entr&#233;e en action du FLQ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des organisations et courants de gauche vivent au cours des ann&#233;es 1970 une crise de perspective. La LIS, le CIS et le MSP disparaissent. Le FLP est divis&#233; en plusieurs courants dont un favorable au FLQ. La ligue des Jeunes Socialistes (et son organisation en m&#232;re, la Ligue socialiste Ouvri&#232;re) conna&#238;t une lutte fractionnelle paralysante qui va aboutir en 1972 au d&#233;part de la majorit&#233; des membres francophones qui cr&#233;ent le Groupe Marxiste R&#233;volutionnaire, pr&#233;d&#233;cesseur de Gauche socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, des militantes faisant le bilan amer du r&#244;le auquel les hommes les ont confin&#233;es dans les mouvements &#233;tudiants, linguistiques et syndicaux, commencent &#224; organiser le Front de Lib&#233;ration des Femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche p&#233;quiste, beaucoup de militantes et de militants des groupes populaires et le mouvement syndical (surtout la CSN) de Montr&#233;al consacrent leur &#233;nergie &#224; la campagne &#233;lectorale de novembre 1970 contre le r&#233;gime du maire montr&#233;alais, Jean drapeau. Ils cr&#233;ent le Front d'Action Politique qui organise des comit&#233;s d'action politique (CAP) dans chaque quartier &#233;lectoral de Montr&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la syndicalisation rapide du secteur public qu&#233;b&#233;cois et &#224; la difficult&#233; de n&#233;gocier secteur par secteur, h&#244;pital &#224; h&#244;pital, commissions scolaire par commissions scolaire, les 3 grandes centrales : CEQ, la CSN et la FTQ commencent &#224; discuter, au cours de l'&#233;t&#233;, de la mise sur pied d'un front commun pour n&#233;gocier en bloc les prochaines conventions collectives des 210 000 employ&#233;-e-s de l'&#201;tat qu&#233;b&#233;cois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1970, tout le monde dans la gauche savait que quelque chose allait se passer. &#199;a se chuchotait partout. Et la crise a eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul le mouvement &#233;tudiant se mobilise en tenant des &#171; teach in &#187; &#224; l'Universit&#233; de Montr&#233;al et &#224; la nouvelle universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al. Les directions syndicales rejoignent la direction du PQ et du FRAP en condamnant le FLQ. La gauche syndicale r&#233;ussit &#224; nuancer un peu cette condamnation (prenant position pour le manifeste mais contre les actions tactiques du FLQ) et, apr&#232;s le d&#233;cret des mesures de guerre &#224; mobiliser contre ce d&#233;ni &#233;vident des droits d&#233;mocratiques &#233;l&#233;mentaires de la population qu&#233;b&#233;coise (y compris l'arrestation du pr&#233;sident du Conseil central de Montr&#233;al de la CSN, Michel Chartrand) et contre l'occupation militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations de gauche sont temporairement d&#233;capit&#233;es par la r&#233;pression. La plupart des dirigeants sont soit en prison soit cach&#233;s. Les femmes organisent des manifestations symboliques mais tr&#232;s marquantes. Le FRAP et ses CAP maintiennent leur campagne &#233;lectorale contre Drapeau et r&#233;alise un score assez respectable dans le contexte (pr&#232;s de 20 % des votes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les prochaines ann&#233;es sont surtout marqu&#233;es par des d&#233;bats et des r&#233;alignements. Le Parti qu&#233;b&#233;cois renforce sa capacit&#233; de r&#233;cup&#233;rer &#233;lectoralement le mouvement nationaliste extraparlementaire de masse qui ne r&#233;appara&#238;t plus dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement syndical conna&#238;t une radicalisation de son action revendicatrice avec les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales du front commun en avril et en mai 1972 et avec le front des gr&#232;ves du secteur priv&#233; en 1973. Simultan&#233;ment les centrales rehaussent le ton au niveau de l'analyse socio-&#233;conomique et adoptent un discours radicalement anticapitaliste sans pour autant sauter sur le terrain politique. En pratique, le mouvement ouvrier qu&#233;b&#233;cois, &#224; son plus militant, au moment de ses plus fortes mobilisations, d&#233;laisse le terrain politique et permet au PQ de l'occuper au complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte de, la majorit&#233; de la gauche, peu form&#233;e et essentiellement activiste auparavant, commence &#224; voir dans la question nationale (qu'elle aussi identifie au PQ) un obstacle &#224; l'unit&#233; et &#224; l'ind&#233;pendance de la classe ouvri&#232;re. &#192; partir des restants des organisations comme le FLP, le CIS de la gauche et de la gauche du PQ, des CAP du FRAP, des gens du FLQ une fois sortis de prison, des anciens militantes et militants &#233;tudiants et des organisations mao&#239;stes auparavant peu ou pas pertinentes telles que le Parti communiste marxiste-l&#233;niniste du Canada et le Parti du travail du Canada, le courant mao&#239;ste et stalinien se cristallise dans des organisations comme En lutte !, la Ligue communiste marxiste-l&#233;niniste du Canada et Mobilisation (ces deux derni&#232;res &#233;tant &#224; l'origine du Parti communiste ouvrier (PCO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le courant trotskiste, une minorit&#233; de Mobilisation, des chr&#233;tiens de gauche et des individus ici et l&#224; r&#233;sistent &#224; ce rejet de l'ind&#233;pendance et &#224; cette stalinisation mais ils restent minoritaires et contre le courant dans la gauche qu&#233;b&#233;coise, tandis que la majorit&#233; de celle-ci sera totalement non pertinente et m&#234;me n&#233;faste malgr&#233; quelques ann&#233;es d'apparence de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une histoire &#224; ne pas r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'apport de Rosa Luxemburg</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/L-apport-de-Rosa-Luxemburg</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/L-apport-de-Rosa-Luxemburg</guid>
		<dc:date>2010-09-22T01:23:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Bensa&#239;d</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire et th&#233;orie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par David Muhlmann pour son livre consacr&#233; &#224; Rosa Luxemburg : &#171; R&#233;concilier marxisme et d&#233;mocratie &#187; paru aux &#233;ditions du Seuil (collection &#171; non conforme &#187;) en mai 2010. &lt;br class='autobr' /&gt; D. MUHLMANN : Daniel, vous &#234;tes l'un des penseurs et organisateurs les plus influents de l'extr&#234;me gauche fran&#231;aise et du mouvement trotskyste mondial, &#224; la direction de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire (Section fran&#231;aise de la Quatri&#232;me Internationale) puis du Nouveau Parti (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Strategie-" rel="directory"&gt;Strat&#233;gie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-et-theorie-313-+" rel="tag"&gt;Histoire et th&#233;orie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L140xH150/arton3026-2b1b3.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='140' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; par David Muhlmann pour son livre consacr&#233; &#224; Rosa Luxemburg : &#171; R&#233;concilier marxisme et d&#233;mocratie &#187; paru aux &#233;ditions du Seuil (collection &#171; non conforme &#187;) en mai 2010.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. MUHLMANN&lt;/strong&gt; : Daniel, vous &#234;tes l'un des penseurs et organisateurs les plus influents de l'extr&#234;me gauche fran&#231;aise et du mouvement trotskyste mondial, &#224; la direction de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire (Section fran&#231;aise de la Quatri&#232;me Internationale) puis du Nouveau Parti anticapitaliste. Le premier point que je souhaitais aborder avec vous est celui de votre rapport g&#233;n&#233;ral, intellectuel et militant, &#224; Rosa Luxemburg. Son nom constitue-t-il pour vous un point de r&#233;f&#233;rence dans l'histoire du socialisme international, au m&#234;me titre qu'un L&#233;nine ou Trotsky ? Tient-elle une place particuli&#232;re dans votre propre trajectoire politique ? Je me souviens d'un de vos articles sur Rosa Luxemburg et la question du Parti et de l'organisation, publi&#233; dans une livraison de la revue Partisans intitul&#233;e &#171; Rosa Luxemburg vivante &#187;, en 1969&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur ESSF : A propos de la question de l'organisation : L&#233;nine et Rosa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ... Aujourd'hui, que retenez-vous comme &#233;tant son h&#233;ritage, tant sur le plan de la th&#233;orie marxiste que sur celui de la pratique r&#233;volutionnaire &#224; construire ? Je pense en particulier &#224; l'exigence de &#171; spontan&#233;it&#233; &#187; ouvri&#232;re - m&#234;me si je n'aime pas ce terme - qu'elle a pos&#233;e comme probl&#232;me critique pour toute avant-garde ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D. BENSA&#207;D&lt;/strong&gt; : Avant tout, nous pouvons nous f&#233;liciter qu'il y ait une actualit&#233; ou une r&#233;-actualit&#233; de Rosa Luxemburg - pas du point de vue d'une satisfaction pieuse, mais parce qu'elle r&#233;v&#232;le un moment politique : ce n'est pas un hasard si cela tombe maintenant. Cela dit, pour moi, et je dirais m&#234;me pour nous - m&#234;me si le &#171; nous &#187; est un peu vague et englobe une dimension g&#233;n&#233;rationnelle et militante &#224; travers ceux qui sont entr&#233;s en dissidence dans la jeunesse du Parti communiste des ann&#233;es soixante -, elle a toujours fait partie du patrimoine. C'est-&#224;-dire que, lorsque l'on &#233;tait en qu&#234;te de nourritures th&#233;oriques &#224; l'&#233;poque, Rosa n'&#233;tait certes pas au premier rang du communisme orthodoxe que l'on nous transmettait, mais elle n'&#233;tait pas non plus &#171; en enfer &#187;, &#224; la diff&#233;rence de Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il y avait toujours une &#171; possibilit&#233; d'acc&#232;s &#187; &#224; Rosa Luxemburg. Par ailleurs, notre courant politique a &#233;t&#233; en partie influenc&#233; par sa pens&#233;e. Notre &#233;tiquette &#233;tait trotskyste, par d&#233;fi et par diff&#233;renciation d'avec d'autres courants, mais je pense &#224; un trotskyste comme Ernest Mandel qui &#233;tait un grand admirateur de Rosa Luxemburg, parfois peut-&#234;tre plus que de Trotsky. Il en &#233;tait m&#234;me proche presque biographiquement : dans sa petite maison &#224; Bruxelles, il avait la collection reli&#233;e de la Neue Zeit, qui lui avait &#233;t&#233; transmise par son p&#232;re. C'&#233;tait donc pratiquement de l'Histoire imm&#233;diate, et la m&#233;moire du spartakisme qui s'est transmise ainsi. De plus - et ce n'est pas pour s'envoyer des fleurs, mais afin de mieux comprendre l'histoire -, si l'on consid&#232;re ce que l'on a essay&#233; de faire dans les &#233;coles de formation de la Ligue [Ligue communiste r&#233;volutionnaire], nous avons toujours eu davantage le souci non de transmettre l'orthodoxie marxiste, mais de restituer les controverses de l'Histoire du mouvement ouvrier. On donnait &#224; lire du Kautsky, du Bernstein ... Il s'agissait de reconstituer la sc&#232;ne d'un d&#233;bat, dans lequel Rosa Luxemburg a jou&#233; un tout premier r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle occupe donc une place &#233;minente, mais pas mythique pour autant, pas plus que Trotsky d'ailleurs. Il y a des livres de Trotsky qui sont &#233;pouvantables, Terrorisme et Communisme notamment (Trotsky, 1920) : on peut comprendre le contexte de la guerre civile russe, mais de l&#224; &#224; th&#233;oriser l'&#233;tat d'exception au-del&#224; de l'exception, justement, c'est autre chose. Sur Rosa, il y a une facilit&#233; et un anachronisme &#224; relire ses textes critiques sur L&#233;nine et le Parti &#224; travers le prisme du ph&#233;nom&#232;ne bureaucratique et stalinien, survenu ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est vrai, au-del&#224; du contexte russe, que Rosa s'est montr&#233;e particuli&#232;rement sensible au probl&#232;me de la mont&#233;e de la bureaucratie dans les appareils de direction du mouvement ouvrier, &#224; son &#233;poque. Elle &#233;tait confront&#233;e en Allemagne au laboratoire du ph&#233;nom&#232;ne bureaucratique - et ce n'est pas un hasard si le livre de RobertMichels sur les partis politiques est paru &#224; la m&#234;me &#233;poque (Michels, 1914). C'est l&#224; le premier ph&#233;nom&#232;ne de parti de masse adoss&#233; &#224; des syndicats de masse, qui b&#233;n&#233;ficie d'une p&#233;riode relative de l&#233;galit&#233;, et qui donne naissance &#224; un gros appareil, ce qui n'&#233;tait pas le cas du Parti bolchevik clandestin, que l'on mythifie a posteriori mais qui a toujours &#233;t&#233; un gigantesque bordel, m&#234;me parfois un tout petit bordel, compte tenu de la pr&#233;carit&#233; des conditions de lutte. Elle a donc incontestablement cette sensibilit&#233;-l&#224;. Vous avez h&#233;sit&#233; sur le mot de &#171; spontan&#233;it&#233; &#187;. Il y a deux choses. Pour moi, le d&#233;bat sur la gr&#232;ve de masse en 1905-1906 est fondateur, parce qu'&#233;videmment c'est faire la part de l'&#233;v&#233;nement, ce qui revient &#224; poser - m&#234;me si cela n'est pas explicite, mais on peut travailler autour - l'id&#233;e d'une autre temporalit&#233; politique : ce n'est pas l'accumulation graduelle des conqu&#234;tes &#233;lectorales des positions qui fait l'Histoire i il reste la part de l'impr&#233;vu, de l'impromptu. On peut appeler cela &#171; spontan&#233;it&#233; &#187; ou pas, mais il y a en tout cas l'&#233;v&#233;nement, un &#233;v&#233;nement qui constitue une irruption d'en bas, incontestablement, avec les formes d'organisation g&#233;n&#233;rale qui sont les siennes. Ensuite, il y a le fait que l'exp&#233;rience de 1905 permet &#224; Rosa Luxemburg d'&#234;tre tout de m&#234;me l'une des premi&#232;res &#8211; peut &#234;tre m&#234;me la premi&#232;re, bien avant L&#233;nine, et peut-&#234;tre justement parce que l'Allemagne &#233;tait le laboratoire privil&#233;gi&#233; pour cela &#8211; &#224; percevoir dans le d&#233;bat avec Bernstein que la polarisation de classe n'est pas lin&#233;aire, que les classes moyennes se reconstituent, que les crises et l'effondrement ne sont pas m&#233;caniques. Bref, d'avancer une vision de l'histoire qui n&#233;cessite un certain volontarisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est en ce sens la premi&#232;re &#224; expliciter en quoi la &#171; spontan&#233;it&#233; &#187; doit signifier de nouvelles orientations de strat&#233;gie politique, radicales, car dirig&#233;es essentiellement contre la bureaucratie dans le mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or je crois que cette force est devenue une faiblesse, d'une certaine mani&#232;re. L'une des trag&#233;dies pour la R&#233;volution allemande de 1918, dont elle fut l'une des premi&#232;res victimes, &#233;tait le caract&#232;re tardif, et finalement assez bricoleur, de la s&#233;paration avec les deux ailes majoritaires de la social-d&#233;mocratie. Si l'on fait l'&#233;quivalent avec la Russie, il faut bien reconna&#238;tre que la conception qu'a eue L&#233;nine du Parti lui a permis de faire le tournant dit des &#171; Th&#232;ses d'avril &#187; (L&#233;nine, 1917), et de se heurter sans concession &#224; la majorit&#233; des t&#234;tes du Parti. Je comprends bien la difficult&#233; en Allemagne pour Rosa et Liebknecht &#224; envisager et &#224; assumer la rupture avec les organisations de masse, ce n'&#233;tait certainement pas simple, mais on peut imaginer quelles batailles auraient pu alors &#234;tre men&#233;es dans la social-d&#233;mocratie ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Rosa et Liebknecht craignaient avant tout de constituer une &#171; secte communiste &#187;. Il fallait &#171; coller &#187; aux masses. Je me souviens que Rosa Luxemburg disait quelque chose comme : &#171; il vaut mieux se battre dans un parti ouvrier qui a tort, que d'avoir raison entre nous &#187; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; J'entends bien. Mais je tends aussi &#224; penser que L&#233;nine - qui est devenu aujourd'hui le vilain de l'Histoire et que l'on ne relit donc plus - est &#224; mon avis celui qui a r&#233;volutionn&#233;, d'une certaine mani&#232;re, la conception de la politique, qui a inaugur&#233; une pens&#233;e strat&#233;gique en politique. Elle n'existe pas vraiment chez Marx, et tous ces cadres de la social-d&#233;mocratie allemande que fr&#233;quentait Rosa Luxemburg &#233;taient finalement assez proches &#171; culturellement &#187; de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Ils pariaient sur la &#171; maturation &#187; r&#233;volutionnaire, la &#171; progression &#187; du socialisme ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; Oui, la maturation sociologique : il y a une classe qui va se concentrer, se d&#233;velopper, et ce d&#233;veloppement a pour cons&#233;quence un lien organique entre la conscience politique et l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Marx, le parti n'appara&#238;t que de mani&#232;re intermittente, c'est un outil conjoncturel, alors que L&#233;nine en fait un v&#233;ritable op&#233;rateur strat&#233;gique, qui organise les retraites, les avanc&#233;es, qui prend l'initiative. Il y a l&#224; une conception diff&#233;rente. C'est pour cela que l'on peut voir toute la pertinence de la critique de Rosa sur le p&#233;ril bureaucratique naissant et, en m&#234;me temps, le fait que cette confiance dans le &#171; m&#251;rissement &#187; d'un processus quasi naturel, en fin de compte, pose aussi probl&#232;me ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Ce dilemme entre le fait de &#171; coller &#187; aux masses - au risque de l'inertie - et la rupture l&#233;niniste - au risque du sectarisme partisan - a-t-il sa pertinence aujourd'hui, ou ne s'agit-il que d'une question historique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; Cela m'int&#233;resse au pr&#233;sent, avec des conditions fort diff&#233;rentes. Apr&#232;s un si&#232;cle d'exp&#233;rience du mouvement ouvrier, nous sommes bien plac&#233;s pour savoir que les formes de regroupements, sociaux ou politiques, sont beaucoup plus fluctuantes, compliqu&#233;es, divis&#233;es. &#192; l'&#233;poque de Rosa, il y avait quand m&#234;me quelque part chez les socialistes un postulat d'homog&#233;n&#233;it&#233; -l'unicit&#233; de la classe ouvri&#232;re -, qui a &#233;t&#233; largement d&#233;menti. C'est l'un des paradoxes du capitalisme ; &#224; la fois l&#224; tendance &#224; l'organisation, mais en m&#234;me temps un march&#233; du travail qui g&#233;n&#232;re la concurrence, donc des divisions, des diff&#233;renciations permanentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est aujourd'hui acquis, de m&#234;me la complexit&#233; des soci&#233;t&#233;s actuelles, qui sont plus composites&#034;plus diff&#233;renci&#233;es, avec leurs ph&#233;nom&#232;nes d'individualisation qui ont leurs aspects contradictoires -la culture plus d&#233;mocratique, d'un certain c&#244;t&#233;, et &#233;ventuellement le basculement vers l'individualisme, au sens p&#233;joratif. C'est &#224; partir de l&#224; qu'il faut penser les probl&#232;mes li&#233;s &#224; la forme &#171; parti &#187;, les questions du comment organiser aujourd'hui du collectif, de la solidarit&#233;, de la coordination, etc. Mais le probl&#232;me est qu'aujourd'hui, &#224; gauche, la discussion sur la forme sert quelque peu d'&#233;cran aux discussions sur le contenu ... Et surtout, on a tendance &#224; croire que le ph&#233;nom&#232;ne bureaucratique est une s&#233;cr&#233;tion de la forme partisane en tant que telle, alors qu'il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne sociologique majeur, qui se manifeste dans le plus grand nombre des organisations sociales, dans l'appareil d'&#201;tat, les syndicats, les ONG ... C'est bien l&#224; un probl&#232;me majeur qui d&#233;borde celui du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Pour la gauche communiste et r&#233;volutionnaire, le fait de rester dans une organisation de masse bureaucratis&#233;e ou la quitter pour la refonder sur des principes plus purs a &#233;t&#233; un probl&#232;me constant. .. L&#224;-dessus, je pense que Rosa a incarn&#233; une position tr&#232;s juste et remarquable : elle fut critique du l&#233;ninisme, sans aucun doute, en rupture avec la social-d&#233;mocratie majoritaire, et en m&#234;me temps elle n'a jamais vers&#233; dans le gauchisme facile qui consistait &#224; rejeter par principe la forme parti, comme le faisaient les Linksradikale de son &#233;poque, les R&#252;hle ou Gorter ... Quand on oppose Rosa &#224; L&#233;nine sur la question de l'organisation ouvri&#232;re, on oublie trop souvent que Rosa Luxemburg a tout de m&#234;me fond&#233; le Parti communiste d'Allemagne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; Je suis d'accord. C'est un d&#233;bat qui nous a hant&#233;s, qui m'a personnellement hant&#233;. J'&#233;tais personnellement trop jeune pour &#234;tre enti&#232;rement conscient des enjeux, mais nous avons &#233;t&#233; formellement exclus du Parti communiste, ou des &#201;tudiants communistes, en 1965-1966, je crois en r&#233;alit&#233; que c'&#233;tait &#224; moiti&#233; une exclusion et un d&#233;part volontaire, d'une certaine mani&#232;re. Mais, par insouciance ou inconscience juv&#233;nile, nous ne nous sommes pas pos&#233; la question. C'&#233;tait absolument insens&#233; de partir &#224; deux cents ou trois cents du &#171; grand Parti des fusiliers &#187; ; aujourd'hui cela ne repr&#233;sente plus grand-chose, mais &#224; l'&#233;poque ... J'en &#233;tais malade quand nous sommes partis, je venais d'un milieu communiste, post-guerre d'Espagne, r&#233;sistant MOI [Francs-tireurs et partisans-Main-d'&#339;uvre immigr&#233;e]. On nous a sorti le chapelet de tous ceux qui avaient quitt&#233; le parti pour finir dans les poubelles de l'Histoire et ainsi de suite. Nous &#233;tions jeunes, nous n'avons donc pas eu &#224; nous poser de probl&#232;me mais si nous l'avions fait, nous aurions toujours trouv&#233; des raisons de rester. Nos alter ego camarades italiens, qui &#233;taient d'un parti plus tol&#233;rant et plus poreux aux autres courants, n'ont pas eu &#224; partir, et ils y sont rest&#233;s enlis&#233;s ... Quel est le moment pour sortir ? Qu'y perd-on et qu'y gagne-t- on ? Quel en est le risque ? Ces questions sont actuelles, je n'imagine pas, par exemple, que M&#233;lenchon ne s'est pas longuement interrog&#233; quand il a quitt&#233; le PS pour fonder le Front de gauche. Et je crois que le risque de la scission, personne n'y &#233;chappe, c'est d'ailleurs l&#224; que le souci de Rosa est l&#233;gitime : on a observ&#233; des pathologies minoritaires, qui peuvent rendre fou. Certains le sont devenus : il y en a, et de tr&#232;s brillants, comme Bordiga ou Posadas &#8211; qui a fini par construire des abris anti-atomiques ... Nous avons l&#224; affaire &#224; des cas extr&#234;mes, mais dont l'histoire de la Quatri&#232;me Internationale n'est pas exempte : quand Pablo a r&#233;dig&#233; des lettres ouvertes au prol&#233;tariat mondial, au pr&#233;sident Mao, &#224; Tito, et ainsi de suite ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Il y a une logique parano&#239;aque aussi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; Il y a une logique parano&#239;aque, &#233;videmment. On a l'impression d'avoir raison, de ne pas &#234;tre reconnus, de ne pas &#234;tre entendus, de parler aux masses par-dessus la r&#233;alit&#233; ... Tout cela guette bien entendu. Et ce n'est pas r&#233;solu aujourd'hui. C'est toutefois moins douloureux &#224; pr&#233;sent, parce que nous ne sommes finalement pratiquement plus confront&#233;s, en Europe, &#224; des partis de masse, de gauche, qui soient des organisateurs collectifs. On pourrait dire qu'il y a aujourd'hui un espace politique plus ouvert, il y a de la vie ailleurs, nous ne sommes pas condamn&#233;s &#224; devenir dingues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#234;tre victime de d&#233;lires ou de bouff&#233;es, mais le fait d'&#234;tre en dehors de ces grands partis, ou de ce qu'il en reste, ne coupe pas les ponts avec la r&#233;alit&#233; ! [Rires]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Ne pensez-vous pas que ces probl&#232;mes classiques d'articulation entre l'organisation militante et les luttes &#233;mergentes trouvent aujourd'hui une nouvelle actualit&#233; li&#233;e &#224; la crise ? Regardons les &#233;v&#233;nements sociaux r&#233;cents en France : gr&#232;ves spontan&#233;es, dynamique de d&#233;bordement des appareils syndicaux, auto-organisation des luttes, passage &#224; l'acte et violence directe (s&#233;questrations, destructions de mat&#233;riel, etc.). Comment se positionner face &#224; ces ph&#233;nom&#232;nes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; Oui. Mais justement, vous &#233;tiez r&#233;ticent par rapport au terme de &#171; spontan&#233;it&#233; &#187;. Or on peut penser, auquel cas on reste &#224; un certain niveau de g&#233;n&#233;ralit&#233;, qu'il y a toujours des ph&#233;nom&#232;nes &#233;mergents, de mobilisation et d'organisation, qui sont irr&#233;ductibles &#224; ce qui est d&#233;cid&#233;, planifi&#233; et organis&#233; par des appareils. Cela se d&#233;roule aujourd'hui dans une situation particuli&#232;re - en France notamment, dans la m&#234;me mesure probablement en Italie et en Espagne, mais de mani&#232;re quelque peu diff&#233;rente en Europe du Nord. En m&#234;me temps, cela est compliqu&#233;, car il est par cons&#233;quent possible de sous-estimer l'influence r&#233;elle des syndicats, qui reste tout de m&#234;me mesurable par les &#233;lections professionnelles, ou par le fait que, dans toutes les luttes - m&#234;me spontan&#233;es, &#233;videmment -, lorsqu'il s'agit de prendre la parole, d'organiser, on retrouve souvent les repr&#233;sentants syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'on pourrait en tirer, mais cela rel&#232;ve plus de la strat&#233;gie, c'est que, m&#234;me avec un mouvement syndical fort, la lutte se d&#233;veloppe dans les secteurs qui ne sont pas forc&#233;ment les plus organis&#233;s. Ceux-ci peuvent souvent se montrer les plus audacieux, justement parce qu'ils ne calculent pas. Quand une lutte prend une dimension r&#233;elle, on doit encourager son invention de formes propres qui sont irr&#233;ductibles aux formes existantes. On l'a vu avec les coordinations d'infirmi&#232;res. Il y a une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, mais pas de recette type, au sens d'une forme type du mouvement : tout mouvement de masse cr&#233;e finalement ses propres organes sp&#233;cifiques &#8211; parfois de mani&#232;re conflictuelle avec certains appareils. Prenez le mouvement social en Guadeloupe, r&#233;cemment : il a &#233;t&#233; dit que le mouvement &#233;tait tr&#232;s fort et unitaire, mais on oublie souvent de dire que 80% des syndicats en Guadeloupe sont des syndicats locaux ind&#233;pendants des appareils de la m&#233;tropole. Ils ont leur propre logique, et c'est ce qui a fait leur efficacit&#233; ; ils n'ont pas &#233;t&#233; index&#233;s sur le rythme des journ&#233;es d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Mais cela veut dire que, d'un point de vue strat&#233;gique, comme vous dites, il faut &#234;tre sensible &#224; cela, et encourager ces formes &#233;mergentes d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; Cela est syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Il y a beaucoup de militants qui, dans une vieille tradition l&#233;niniste, cherchent plut&#244;t &#224; encadrer, &#224; r&#233;gimenter... Ce que vous dites rel&#232;ve d'un point de vue qui ne va pas de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; C'est pour moi un point de vue quasi principiel. Aujourd'hui, il semble assez banal d'insister sur la l&#233;gitimit&#233; pour les militants syndicaux d'avoir des propositions, une organisation syndicale et ainsi de suite, mais finalement la d&#233;mocratie d'assembl&#233;e doit primer sur la d&#233;mocratie syndicale. Cet apprentissage dans les luttes est important, tant il pr&#233;figure l'id&#233;e que l'on peut se faire, m&#234;me &#224; titre d'&#233;bauche, de ce que serait le fonctionnement d'organes de pouvoir d&#233;mocratiques, dans l'entreprise et ailleurs. Qui dit d&#233;mocratie d'assembl&#233;e dit naturellement respect des principes de pluralisme et de d&#233;bat, et je pense &#224; ce propos que L&#233;nine contribue &#224; penser ces exigences d&#233;mocratiques -lui qui est aujourd'hui si facilement rang&#233; sous l'&#233;tiquette du despotisme ou de la tyrannie. Car, d&#232;s lors que l'on dit, avec L&#233;nine, que le Parti n'est pas la classe, que les deux ne se confondent pas parce qu'il existe un terrain politique sp&#233;cifique, alors s'ouvre pr&#233;cis&#233;ment le champ de la politique : il peut y avoir la place pour plusieurs partis. Je ne dis pas qu'il va jusque l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il fait un petit pas dans cette direction : d&#232;s lors qu'il n'y a plus confusion entre parti et classe, pourquoi n'y aurait-il pas plusieurs partis, interpr&#233;tant, se r&#233;f&#233;rant, ou essayant de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts d'une m&#234;me classe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se traduit chez L&#233;nine au moins par un point, c'est sa position qui est de loin, &#224; mon avis, la plus sage, dans le d&#233;bat sur les syndicats en 1921 : contre Trotsky et la militarisation des syndicats, de mani&#232;re assez pragmatique - je ne dis pas qu'il le th&#233;orise, ce serait absurde - il comprend bien que l'ind&#233;pendance des syndicats, si l'on veut savoir ce qui se passe dans les consciences, est un &#233;l&#233;ment qui fait vivre l'espace public, m&#234;me s'il n'aurait pas appel&#233; cela ainsi. Je crois qu'il y a une lecture de L&#233;nine qui est beaucoup plus compliqu&#233;e que ce que l'on en dit habituellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; O&#249; en est-on aujourd'hui, dans la gauche r&#233;volutionnaire, sur ces questions du rapport entre socialisme et d&#233;mocratie ? Quels sont les points de vue et les objectifs sur un d&#233;passement de la d&#233;mocratie &#171; bourgeoise &#187;, parlementaire et repr&#233;sentative ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; Socialisme et d&#233;mocratie sont indissociables, &#233;videmment, d&#233;j&#224; parce que nous avons fait l'exp&#233;rience de l'irrationalit&#233; d'une gestion bureaucratique dans les anciens pays staliniens. Voil&#224; qui nous ram&#232;ne &#224; Rosa et &#224; sa fameuse critique dans La R&#233;volution russe. Tout son discours sur la vitalit&#233; d&#233;mocratique, la soci&#233;t&#233; qui doit &#234;tre irrigu&#233;e par le d&#233;bat, par la controverse, par la presse, par la contradiction, voil&#224; une le&#231;on fondatrice et fondamentale pour nous. Le point de d&#233;part r&#233;side dans la question &#171; &#234;tre r&#233;volutionnaire aujourd'hui &#187;. Malheureusement, l'imagerie dominante &#8211; et on le constate y compris chez les nouveaux militants - consid&#232;re la r&#233;volution comme synonyme de violence. Mais, que l'on utilise le mot ou pas, nous pensons qu'&#234;tre r&#233;volutionnaires, vouloir changer la soci&#233;t&#233; aujourd'hui, passe par une logique o&#249; la soci&#233;t&#233; ne sera plus pilot&#233;e par le march&#233; et la concurrence anarchique de quelques uns. Par quoi doit-elle &#234;tre pilot&#233;e ? Forc&#233;ment par une volont&#233; politique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Vous n'&#233;voquez pas la phase postr&#233;volutionnaire de dictature du prol&#233;tariat...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; C'est incompr&#233;hensible aujourd'hui cette id&#233;e de dictature du prol&#233;tariat. Je ne l'utilise plus, et nous l'avons &#233;vacu&#233;e ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Au niveau de la terminologie ou sur le fond ? Comment &#234;tre r&#233;volutionnaire sans penser la n&#233;cessit&#233; d'un &#233;tat d'exception, d'un moment historique de r&#233;pression des repr&#233;sentants minoritaires de l'ancien monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; C'est au niveau de la terminologie que cela s'est jou&#233;, il y a environ cinq, six ans dans la Ligue. Nous avons enlev&#233; ce terme, qui &#233;tait dans les statuts, &#224; la majorit&#233; des deux tiers. &#192; mon avis, il fallait le faire, car les gens sentent bien que la &#171; dictature &#187; aujourd'hui, apr&#232;s Franco ou Pinochet, est devenue un mot impronon&#231;able, ce qui n'&#233;tait pas le cas au XI Xe si&#232;cle, o&#249; le terme p&#233;joratif &#233;tait &#171; tyrannie &#187;. Mais on a enlev&#233; l'expression sans mener le d&#233;bat qui aurait d&#251; avoir lieu en aval, car c'&#233;tait quand m&#234;me une r&#233;ponse &#224; un probl&#232;me, qui &#233;tait justement de donner un nom &#224; ce pouvoir d'exception, qui hante les r&#233;volutions depuis la R&#233;volution fran&#231;aise ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Quelle est votre r&#233;ponse &#224; ce probl&#232;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; Ce que je d&#233;fends - et je ne dis pas que tout le monde est d'accord avec cela au NPA [Nouveau Parti anticapitaliste] -, c'est qu'il faut une hypoth&#232;se strat&#233;gique qui consiste &#224; reconna&#238;tre l'existence &#224; venir d'une &#233;preuve de force, d'une discontinuit&#233; dans l'ordre du droit, et d'une double l&#233;gitimit&#233; ou dualit&#233; de pouvoir entre les institutions existantes - m&#234;me si certaines sont r&#233;formables - et le pouvoir &#233;mergent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne sait comment changer la soci&#233;t&#233; au XXIe si&#232;cle, il ne faut pas se raconter de salades. Disons que deux logiques s'affrontent : une logique de solidarit&#233;, d'appropriation sociale, de biens communs, et une logique de comp&#233;tition, de concurrence marchande, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui peut l'emporter ? On peut dire que si les choses continuent sur la m&#234;me voie, on va &#224; la catastrophe sociale et &#233;cologique. Le march&#233; ne peut pas g&#233;rer la temporalit&#233; de l'&#233;cologie et le renouvellement naturel. Mais cela ne veut pas dire que l'autre voie est une garantie absolue et que l'on r&#233;soudra tous les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc si l'on pr&#233;sente ces deux logiques, en avan&#231;ant que l'on ne passe pas de l'une &#224; l'autre sans conflit, qu'est-ce qui l'emporter ? Personne ne le sait. Mais si nous n'avons pas cela comme horizon, il n'y a pas plus de crit&#232;res ni de boussole, y compris pour &#233;valuer les compromis positifs qui sont compatibles avec le but que l'on recherche et ceux qui, au contraire, lui tournent le dos. Ce serait faire de la politique et de la tactique au jour le jour, si l'on n'a pas une telle hypoth&#232;se strat&#233;gique .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; &#202;tre r&#233;volutionnaire, ce serait en quelque sorte avec le &#171; sens du conflit &#187;, des tensions existantes, et la conscience du basculement &#224; venir. .. Vous parlez d'un &#171; but que l'on recherche &#187;. Comment en parleriez-vous ? Quel serait ce &#171; contenu &#187; du socialisme, pour parler comme Castoriadis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; G&#233;rard Debreu, l'un des derniers prix Nobel fran&#231;ais d'&#233;conomie, avait avanc&#233; que le march&#233; constituait le seul &#171; ordinateur &#187; capable de traiter l'ensemble des donn&#233;es de nos soci&#233;t&#233;s complexes. Existerait- il un autre &#171; ordinateur &#187; qui puisse &#234;tre comp&#233;titif par rapport &#224; cela ? C'est l&#224; le pari d&#233;mocratique, celui du pluralisme, le va-etvient de l'information, la circulation des donn&#233;es entre le &#171; local &#187; et le &#171; central &#187;. Et curieusement, L&#233;nine &#233;tait conscient de cela : dans les textes de 1917, on trouve l'id&#233;e que la planification est forc&#233;ment d&#233;mocratique, que cela ne peut pas fonctionner autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, quel type de d&#233;mocratie ? C'est un d&#233;bat. Je ne partage pas la vision conseilliste radicale, par exemple. J'imagine, en gros, une d&#233;mocratie qui serait une esp&#232;ce de pyramide de conseils, d'entreprises, de lieux de travail, de quartiers : une sorte de citoyennet&#233; territorialis&#233;e. Mais ce qui est s&#251;r, c'est que le d&#233;bat entre d&#233;mocratie directe et repr&#233;sentative est un trompe-l'oeil, car une forme de d&#233;l&#233;gation et de repr&#233;sentation sera toujours &#224; l'&#339;uvre, m&#234;me dans ce que l'on appelle d&#233;mocratie directe. Par contre, les modes de repr&#233;sentation et de contr&#244;le peuvent varier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, d&#233;j&#224; dans la Commune de Paris, il y avait d&#233;bat. Une chose est d'insister sur le recours syst&#233;matique au contr&#244;le des d&#233;l&#233;gu&#233;s, jusqu'&#224; la r&#233;vocabilit&#233; ; autre chose est ce que le conseillisme radical veut : le mandat imp&#233;ratif. Cela &#233;quivaut &#224; une d&#233;mocratie corporative, o&#249; la d&#233;lib&#233;ration n'a pas d'enjeu : on vient exprimer sa position, et l'on repart avec. La d&#233;lib&#233;ration ne peut pas faire bouger les choses. Or si l'on veut d&#233;gager un int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, il faut &#233;videmment une &#171; mobilit&#233; &#187; des positions, quitte &#224; obliger les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; rendre compte de la raison d'un changement d'avis, &#233;ventuellement de remettre le mandat en jeu par des m&#233;canismes de type p&#233;tition r&#233;vocatoire, ou autres ; la reddition de comptes est tr&#232;s diff&#233;rente, pour moi, du mandat imp&#233;ratif. Dans le cadre d'une gr&#232;ve, le mandat imp&#233;ratif peut &#233;ventuellement se concevoir, mais d&#232;s qu'il s'agit d'&#233;laborer un projet &#224; l'&#233;chelle r&#233;gionale ou nationale, d'arbitrer dans des int&#233;r&#234;ts qui ne sont forc&#233;ment pas homog&#232;nes, cette possibilit&#233; de d&#233;lib&#233;ration devient n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; bizarrement l'id&#233;e, t&#226;tonnante aujourd'hui, et plus du tout l&#233;niniste, qui tourne autour de la d&#233;mocratie mixte. C'est une id&#233;e qui &#233;tait d&#233;j&#224; propos&#233;e &#224; l'&#233;poque par les austro-marxistes, qui avan&#231;aient la possibilit&#233; de deux assembl&#233;es, en mettant l'accent sur la dominance de l'une d'elles : soit les soviets, soit une forme parlementaire. On peut imaginer une forme d'&#233;quilibre durable du pouvoir, du moins une forme territoriale, de toute fa&#231;on au suffrage universel. Eux avaient d&#233;j&#224; propos&#233; un principe de pond&#233;ration de vote, pour surrepr&#233;senter l'ouvrier par rapport &#224; la masse paysanne. Aujourd'hui, dans les soci&#233;t&#233;s modernes, ce probl&#232;me ne se poserait m&#234;me pas, &#233;videmment. Il y a donc une citoyennet&#233; et un suffrage universels, je crois que l'on n'&#233;chappe pas &#224; la repr&#233;sentation territoriale, mais qu'il peut y avoir une forme de contrepouvoir, au lieu des formes s&#233;natoriales notabili&#232;res actuelles, et qui serait une sorte de &#171; Chambre sociale &#187;. Comme cela a exist&#233; au Nicaragua, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas un mod&#232;le, le pays &#233;tant tellement petit. Ce que les sandinistes appelaient le &#171; Conseil d'&#201;tat &#187; ressemblait &#224; quelque chose de cet ordre - il &#233;tait d'ailleurs interclassiste et incorporait le patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; Il s'agit d'inventer les modes d'articulation possibles entre deux types de d&#233;mocratie, si je comprends bien. En vous &#233;coutant, j'ai envie de vous interroger plus sp&#233;cifiquement sur le jeune NPA, qui prend le relais de la Ligue communiste r&#233;volutionnaire. Manifestement, la r&#233;flexion sur la d&#233;mocratie y est vivace et, de l'ext&#233;rieur, on a m&#234;me l'impression que son mode de construction a &#233;t&#233; structur&#233; par cette exigence : il semble avoir &#233;merg&#233; &#224; partir de &#171; comit&#233;s de base &#187;, de leur f&#233;d&#233;ration et de la repr&#233;sentation des divers courants et sensibilit&#233;s exprim&#233;es. 1'&#171; anticapitalisme &#187; d'aujourd'hui serait-il nourri, dans ses m&#233;thodes et ses objectifs, par une vigilance d&#233;mocratique nouvelle, apr&#232;s l'&#233;chec de l'exp&#233;rience sovi&#233;tique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; Oui, c'est clair. Sans remonter &#224; la pr&#233;histoire, c'est tout de m&#234;me utile de rappeler que le noyau qui a fait la Ligue - et qui aujourd'hui pass&#233; la main, car la transition g&#233;n&#233;rationnelle s'est faite au NPA- s'est constitu&#233; historiquement &#224; travers une bataille dans le Parti communiste, qui &#233;tait l'un des partis les plus rigides avec les PC grec et portugais. Cela a fait que nous avons eu une esp&#232;ce d'hypersensibilit&#233; d&#233;mocratique. Et nous avons eu des statuts qui rendaient toute exclusion pratiquement impossible, o&#249; la structure de base &#233;tait presque souveraine. D'o&#249; parfois de r&#233;els probl&#232;mes ! C'&#233;taient des proc&#233;dures infernales, le degr&#233; de garantie du droit de chacun &#233;tait paralysant. Il y a toujours eu cette culture du droit de tendance, de l'expression des minorit&#233;s, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; pr&#233;sent, dans la nouvelle g&#233;n&#233;ration des jeunes, ce sens de la d&#233;mocratie et de la libert&#233; est d'embl&#233;e accentu&#233; par la culture ambiante, la m&#233;fiance a priori pour tous les appareils quels qu'ils soient, l'image de l'URSS et ainsi de suite. Vous voyez, Olivier [Besancenot], par exemple, est repr&#233;sentatif de cela ; il est m&#234;me conseilliste - c'est l'une des discussions que j'ai avec lui, j'y pensais tout &#224; l'heure. Il se situe plus exactement entre le syndicalisme r&#233;volutionnaire et le conseillisme. Il est anti-institutionnel : participer aux &#233;lections, oui, mais finalement ne pas avoir d'&#233;lus, tant mieux. &#171; On y met le petit doigt, on y passe le bras. &#187; Je force un peu le trait, mais c'est bien de cette sensibilit&#233;-l&#224; qu'il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, il n'est pas du tout d'accord avec moi sur le mandat imp&#233;ratif. Selon lui, ce n'est pas seulement le droit de r&#233;vocation qu'il s'agit d'&#233;tablir, mais &#171; on contr&#244;le tout d'en bas &#187;. Cela a &#233;t&#233; le choix fait dans le processus de construction du NPA, peut-&#234;tre aussi pour des raisons d'opportunit&#233; : il fallait donner des garanties qu'il s'agissait d'une vraie d&#233;marche, qu'il ne s'agissait pas d'une autoreproduction de la Ligue, que l'on faisait place, effectivement, &#224; d'autres, quitte &#224; les surrepr&#233;senter et &#224; se mettre soi-m&#234;me en retrait. J'avoue avoir &#233;t&#233; assez estomaqu&#233; par le congr&#232;s, parce que, au travers de ce processus, nous sommes parvenus &#224; des textes pour chaque comit&#233;, et &#224; des tonnes d'amendements, des r&#233;unions marathon &#233;reintantes. Cela a march&#233; au final, mais je vois un danger pour l'avenir. L'&#233;miettement peut aussi servir &#224; noyer le poisson et &#234;tre force d'inertie. Au-del&#224; m&#234;me du souci ou de l'attachement l&#233;gitime et n&#233;cessaire &#224; la d&#233;mocratie, il y a des formes de basisme et de localisme qui peuvent susciter des effets pervers contraires &#224; l'intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis moi-m&#234;me dans l'un des comit&#233;s du vingti&#232;me arrondissement, et nous avons tout de m&#234;me mis deux mois &#224; savoir si une coordination des quatre comit&#233;s &#233;tait possible sur le vingti&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA a pris son mandat en janvier et, sur toutes les manifestations, notamment sur les Antilles, nous n'avions pas un drapeau, pas une banderole, parce qu'il fallait un processus pour d&#233;cider du logo - d'ailleurs mauvais - du sigle, etc. Tout cela constitue aussi un &#233;l&#233;ment de lenteur qui pr&#233;sente ses vertus et sa contrepartie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus pervers, c'est qu'in&#233;vitablement, pour le moment, cela a donn&#233; naissance &#224; une structure f&#233;d&#233;rative, ce qui est tr&#232;s positif pour la suite, mais extr&#234;mement hypertrophi&#233;e, parce qu'il y avait l'id&#233;e de repr&#233;senter g&#233;ographiquement toute la r&#233;alit&#233; du NPA, de tenir compte des trajectoires - Ligue ou non-Ligue -, de la parit&#233; homme-femme, de ne l&#233;ser aucune des sensibilit&#233;s constitutives, qu'elles viennent de la Ligue ou d'ailleurs. Nous avons abouti &#224; un corps hypertrophi&#233; de repr&#233;sentation qui compte cent soixante, cent soixante-dix personnes. Il y a l&#224; quasiment une question de technique de la d&#233;mocratie : tant de personnes qui se r&#233;unissent un jour et demi tous les trois mois ne d&#233;cident rien : elles &#233;changent des informations et font le point. La cons&#233;quence, c'est une m&#233;canique de d&#233;l&#233;gation &#224; des interm&#233;diaires, au nombre de trente ou trente-cinq, parmi lesquels des provinciaux - ce ne sont donc pas toujours les m&#234;mes qui peuvent venir. En somme, plus on force sur la d&#233;mocratie &#224; la base, plus on renforce le m&#233;canisme de d&#233;l&#233;gation, et comme la politique elle aussi a ses interpellations, son rythme propre, le risque est celui de la personnalisation, avec Olivier [Besancenot] qui intervient sur presque tout...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.M.&lt;/strong&gt; C'est paradoxal ..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D.B.&lt;/strong&gt; Oui. Ce sont des probl&#232;mes positifs et int&#233;ressants, li&#233;s &#224; une volont&#233; d&#233;mocratique. Quand un M&#233;lenchon sort du PS, le lendemain il a le logo, son parti, sa structure, etc. Pourquoi pas, d'ailleurs ? Quant &#224; nous, nous essayons d'&#234;tre coh&#233;rents avec une certaine conception de l'auto-organisation, et des formes d&#233;mocratiques internes, qui ont aussi leurs vertus. Il y a quand m&#234;me quelque chose de logique dans cette notion de pluralisme que nous posons comme &#233;tant principielle.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;BENSA&#207;D Daniel, MUHLMANN David&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir sur ESSF : A propos de la question de l'organisation : L&#233;nine et Rosa Luxemburg&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> De l'occultation &#224; la comm&#233;moration</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/De-l-occultation-a-la-commemoration</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/De-l-occultation-a-la-commemoration</guid>
		<dc:date>2005-01-28T03:19:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis la lib&#233;ration du camp d'Auschwitz par l'arm&#233;e Rouge, la fa&#231;on de s'en souvenir a chang&#233; plusieurs fois, au gr&#233; de l'&#233;volution de nos soci&#233;t&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a soixante ans, l'arm&#233;e Rouge entrait dans le camp d'Auschwitz, en Pologne, en lib&#233;rant les quelques centaines de prisonniers qui y restaient. Face &#224; l'avanc&#233;e sovi&#233;tique, les nazis avaient &#233;vacu&#233; le camp en soumettant les d&#233;tenus &#224; des marches forc&#233;es vers l'Ouest, qui furent la derni&#232;re &#233;tape de leur politique d'extermination. La (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis la lib&#233;ration du camp d'Auschwitz par l'arm&#233;e Rouge, la fa&#231;on de s'en souvenir a chang&#233; plusieurs fois, au gr&#233; de l'&#233;volution de nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a soixante ans, l'arm&#233;e Rouge entrait dans le camp d'Auschwitz, en Pologne, en lib&#233;rant les quelques centaines de prisonniers qui y restaient. Face &#224; l'avanc&#233;e sovi&#233;tique, les nazis avaient &#233;vacu&#233; le camp en soumettant les d&#233;tenus &#224; des marches forc&#233;es vers l'Ouest, qui furent la derni&#232;re &#233;tape de leur politique d'extermination. La v&#233;ritable d&#233;couverte, par l'opinion internationale, du syst&#232;me concentrationnaire nazi aura lieu quelques mois plus tard, &#224; la fin de la guerre. L'&#233;motion, la piti&#233; et l'indignation furent grandes, mais &#233;ph&#233;m&#232;res. Apr&#232;s la guerre, Auschwitz &#233;tait loin de dominer les d&#233;bats intellectuels et politiques. Ce n'&#233;tait qu'une des innombrables horreurs qui avaient accompagn&#233; la plus meurtri&#232;re des guerres de toute l'histoire de l'humanit&#233;. Le besoin de retrouver une vie normale, de reconstruire des pays compl&#232;tement ruin&#233;s, de go&#251;ter le bonheur de la paix &#233;tait trop fort pour s'arr&#234;ter sur les camps d'extermination et r&#233;fl&#233;chir sur leur place dans l'histoire. Ce sentiment se m&#234;lait &#224; l'euphorie de la Lib&#233;ration, v&#233;cue comme un nouveau triomphe des Lumi&#232;res, et &#224; la persistance d'un pr&#233;jug&#233; ancien, qui avait accoutum&#233; les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes &#224; l'exclusion et &#224; la pers&#233;cution des Juifs. Serr&#233; dans un &#233;tau d'incompr&#233;hension et d'indiff&#233;rence, Auschwitz ne pouvait qu'occuper une place marginale dans la culture de l'apr&#232;s-guerre, y compris dans la culture politique des forces qui avaient combattu le nazisme avec le plus de courage et de t&#233;nacit&#233;. La R&#233;sistance s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233;e incapable de comprendre la nature de l'antis&#233;mitisme nazi et n'avait pas su le combattre. Cela vaut pour toutes les forces de la R&#233;sistance, des mouvements chr&#233;tiens aux partis communistes, jusqu'aux trotskystes, qui perdirent dans les camps nazis un grand nombre de leurs militants. &#201;clips&#233; par le r&#233;cit des d&#233;port&#233;s politiques qui avaient conquis leur aura h&#233;ro&#239;que de combattants, le t&#233;moignage des rescap&#233;s de la Shoah n'&#233;tait gu&#232;re &#233;cout&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aboutissement du rationalisme occidental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Lib&#233;ration semblait r&#233;concilier l'histoire avec l'id&#233;e de progr&#232;s, en r&#233;duisant le nazisme &#224; une forme de barbarie oppos&#233;e &#224; la civilisation moderne. Rares, &#224; l'&#233;poque, &#233;taient ceux qui saisissaient, dans les camps d'extermination nazis, l'expression d'une barbarie moderne, engendr&#233;e par la civilisation occidentale elle-m&#234;me. &#192; contre-courant de cette vision, les philosophes marxistes Horkheimer et Adorno interpr&#233;taient le nazisme comme l'aboutissement extr&#234;me du rationalisme occidental, une dialectique n&#233;gative qui avait transform&#233; la raison d'instrument &#233;mancipateur en instrument de domination, et le progr&#232;s technique et industriel en r&#233;gression humaine et sociale. Adorno d&#233;finira la Shoah comme l'expression d'&#034; une barbarie qui s'inscrit dans le principe m&#234;me de la civilisation &#034;. Dans &#201;ros et civilisation (1954), Marcuse &#233;crira, quant &#224; lui, que &#034; les camps de concentration, les exterminations de masse, les guerres mondiales et les bombes atomiques ne sont pas une &#034;rechute dans la barbarie&#034;, mais les r&#233;sultats effr&#233;n&#233;s des conqu&#234;tes modernes de la technique et de la domination &#034;. Contre la tendance r&#233;confortante qui consiste &#224; voir le nazisme comme une l&#233;gitimation en n&#233;gatif de l'Occident lib&#233;ral, consid&#233;r&#233; comme le meilleur des mondes, les philosophes de l'&#233;cole de Francfort ont lanc&#233; une mise en garde s&#233;v&#232;re. Le totalitarisme est n&#233; au sein de la civilisation elle-m&#234;me, il en est le fils. Cette civilisation demeure la n&#244;tre et nous vivons toujours dans un monde dans lequel Auschwitz reste possible, m&#234;me si c'est sous d'autres formes ou avec d'autres cibles. &#192; soixante ans de distance, le paysage m&#233;moriel est fort diff&#233;rent. L'Holocauste est aujourd'hui au centre de la m&#233;moire collective. Le xxe si&#232;cle est devenu, &#224; posteriori, le si&#232;cle d'Auschwitz. Hier oubli&#233; ou quasi-ignor&#233; comme un non-&#233;v&#233;nement, le g&#233;nocide des Juifs a laiss&#233; la place &#224; une m&#233;moire pr&#233;sente dans l'espace public de mani&#232;re presque obs&#233;dante, jusqu'&#224; devenir un objet de t&#233;moignages, de recherches et de mus&#233;es. In&#233;vitablement, sa m&#233;moire a &#233;t&#233; r&#233;ifi&#233;e par l'industrie culturelle, se transformant ainsi en marchandise, en bien de consommation. Pour une bonne partie des habitants de la plan&#232;te, l'image des camps nazis est celle des films r&#233;alis&#233;s &#224; Hollywood. Selon l'historien Peter Novick, le souvenir d'Auschwitz est devenu une &#034; religion civile &#034; du monde occidental, avec ses dogmes (le &#034; devoir de m&#233;moire &#034;) et ses rituels (les comm&#233;morations, les mus&#233;es). Jadis ignor&#233;s et in&#233;cout&#233;s, les rescap&#233;s juifs de la Shoah sont aujourd'hui &#233;rig&#233;s en &#034; saints s&#233;culiers &#034; ; les r&#233;sistants d&#233;port&#233;s, quant &#224; eux, n'occupent plus le devant de la sc&#232;ne. Plusieurs d'entre eux, la plupart m&#234;me, ont &#233;t&#233; jug&#233;s coupables de se battre pour une cause plus que suspecte, une cause totalitaire, comme a essay&#233; de le prouver Fran&#231;ois Furet dans Le Pass&#233; d'une illusion, o&#249; il mettait l'antifascisme sur le banc des accus&#233;s, en le r&#233;duisant &#224; un produit d&#233;riv&#233; du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une m&#233;moire mal utilis&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, le risque aujourd'hui n'est pas d'oublier Auschwitz, mais plut&#244;t de faire, au bout de plusieurs d&#233;cennies de refoulement, un mauvais usage de sa m&#233;moire. Malheureusement, les exemples sont nombreux. Le plus ind&#233;cent est sans doute illustr&#233; par l'&#201;tat d'Isra&#235;l qui, en se r&#233;f&#233;rant &#224; Auschwitz pour d&#233;noncer une nouvelle menace d'an&#233;antissement, en a fait un pr&#233;texte pour l&#233;gitimer une politique d'oppression syst&#233;matique des Palestiniens. Un autre exemple d'usage douteux vient des &#201;tats-Unis - Susan Sontag l'avait d&#233;nonc&#233; avec force dans son dernier ouvrage. Face &#224; la douleur des autres - o&#249; la Shoah a &#233;t&#233; &#034; nationalis&#233; &#034; et transform&#233; en &#233;cran d'une politique de la m&#233;moire singuli&#232;rement oublieuse des crimes dans lesquelles l'Am&#233;rique n'a pas jou&#233; le r&#244;le du lib&#233;rateur mais plut&#244;t celui du pers&#233;cuteur. Washington, rappelle Sontag, abrite un mus&#233;e de l'Holocauste, pas un mus&#233;e de l'esclavage, du g&#233;nocide des Indiens ou de la destruction atomique d'Hiroshima et de Nagasaki. L'exemple le plus paradoxal est celui de l'Italie, o&#249; le pr&#233;sident de la R&#233;publique a institu&#233; une &#034; journ&#233;e de la m&#233;moire &#034; visant &#224; rappeler les Juifs d&#233;port&#233;s vers les camps de la mort, puis s'est rendu &#224; El Alamein pour comm&#233;morer les soldats tomb&#233;s en combattant dans la guerre fasciste. Auschwitz et El Alamein : la fin de l'oubli des victimes a donc co&#239;ncid&#233; avec la r&#233;habilitation de leurs pers&#233;cuteurs, dont les h&#233;ritiers sont aujourd'hui bien install&#233;s au gouvernement. En Allemagne, le pays o&#249; le travail de deuil a sans doute &#233;t&#233; le plus profond, les d&#233;bats tr&#232;s vifs autour de la construction, &#224; Berlin, d'un site m&#233;morial (faut-il le d&#233;dier aux seuls Juifs ou &#224; toutes les victimes du nazisme ?) indiquent que cette m&#233;moire renvoie toujours &#224; un &#034; pass&#233; qui ne veut pas passer &#034;. En France, la m&#233;moire d'Auschwitz a &#233;t&#233;, pendant la guerre d'Alg&#233;rie, un support essentiel du combat anticolonialiste, puis, au cours de ces derni&#232;res d&#233;cennies, un moteur puissant de la lutte contre le racisme. Aujourd'hui, sous l'impact d&#233;vastateur du conflit isra&#233;lo-palestinien, et lorsqu'elle s'identifie de plus en plus avec des institutions qui excluent, elle semble avoir perdu beaucoup de sa force f&#233;d&#233;ratrice. Le fait est que la m&#233;moire n'est jamais fig&#233;e ; elle vit toujours au pr&#233;sent, constamment r&#233;&#233;labor&#233;e en fonction des interrogations, des pr&#233;occupations et des conflits de nos soci&#233;t&#233;s. C'est dans le pr&#233;sent que nous construisons son avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enzo Traverso&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2005-01-27 20:53:54&lt;br class='autobr' /&gt;
(tir&#233; de Rouge)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#201;tats-Unis : &#224; Reagan, l'imp&#233;rialisme reconnaissant...</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Etats-Unis-a-Reagan-l-imperialisme-reconnaissant</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Etats-Unis-a-Reagan-l-imperialisme-reconnaissant</guid>
		<dc:date>2004-06-14T00:32:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La disparition de Ronald Reagan, pr&#233;sident des &#201;tats-Unis de 1981 &#224; 1989, survenue alors que l'actuel pr&#233;sident Bush paradait avec ses homologues d'un peu partout sur les plages du d&#233;barquement de juin 1944, a donn&#233; lieu &#224; un concert de louanges &#224; son adresse. Bush a annonc&#233; des obs&#232;ques nationales, Blair, Schr&#246;der et autres y sont all&#233;s de leurs qualificatifs enthousiastes, et Chirac a c&#233;l&#233;br&#233; un &#034;grand homme d'&#201;tat&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
On nous a ressorti les vieux clich&#233;s, dont celui de l'ex-cow-boy des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-et-theorie-" rel="directory"&gt;Histoire et th&#233;orie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Etats-Unis-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La disparition de Ronald Reagan, pr&#233;sident des &#201;tats-Unis de 1981 &#224; 1989, survenue alors que l'actuel pr&#233;sident Bush paradait avec ses homologues d'un peu partout sur les plages du d&#233;barquement de juin 1944, a donn&#233; lieu &#224; un concert de louanges &#224; son adresse. Bush a annonc&#233; des obs&#232;ques nationales, Blair, Schr&#246;der et autres y sont all&#233;s de leurs qualificatifs enthousiastes, et Chirac a c&#233;l&#233;br&#233; un &#034;grand homme d'&#201;tat&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a ressorti les vieux clich&#233;s, dont celui de l'ex-cow-boy des films de s&#233;rie B qui aurait incarn&#233; &#034;l'Am&#233;rique profonde&#034;. Ce n'est qu'une partie de la v&#233;rit&#233;. Parvenu &#224; la t&#234;te du syndicat des acteurs en 1947, et alors proche du Parti D&#233;mocrate, Reagan prit une telle part &#224; la chasse aux communistes (ou suppos&#233;s tels) men&#233;e par le s&#233;nateur McCarthy que les studios de la Metro Goldwyn Mayer le recrut&#232;rent comme conseiller en &#233;puration. Peu apr&#232;s, il fit merveille, dit-on, comme animateur grassement r&#233;mun&#233;r&#233; d'une &#233;mission hebdomadaire pour le compte de General Electric vantant la &#034;libre entreprise&#034; et s'en prenant &#224; ses &#034;ennemis&#034;. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; pressenti pour &#234;tre candidat du Parti D&#233;mocrate &#224; la Chambre des Repr&#233;sentants, c'est finalement comme R&#233;publicain qu'il se fit &#233;lire gouverneur de Californie, avant de succ&#233;der &#224; Carter en tant que 40e pr&#233;sident des &#201;tats-Unis en 1981.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre aux pauvres pour donner aux riches&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son installation, Reagan annon&#231;a un plan de r&#233;duction fiscale. Sous pr&#233;texte de relancer l'investissement, il r&#233;duisit fortement les imp&#244;ts des entreprises et des personnes physiques, dont les riches furent seuls b&#233;n&#233;ficiaires. Comme cela creusait le d&#233;ficit du budget, il argua alors de la situation qu'il avait lui-m&#234;me cr&#233;&#233;e pour &#034;r&#233;duire les d&#233;penses de l'&#201;tat&#034;... et sabra dans les d&#233;penses sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans-emploi en reconversion, handicap&#233;s et familles d&#233;pendant de l'aide alimentaire furent parmi ses premi&#232;res victimes. Il transf&#233;ra aux &#201;tats de l'Union la responsabilit&#233; de l'aide sociale et en profita pour r&#233;duire fortement sa dotation f&#233;d&#233;rale. En 1980, 40% des ch&#244;meurs &#233;taient encore indemnis&#233;s ; ils n'&#233;taient plus que 29% en 1984 car, entre-temps, pr&#232;s de deux millions d'entre eux avaient &#233;t&#233; priv&#233;s de toute aide. Quant &#224; ceux qui en percevaient encore, ils virent celles-ci &#234;tre tax&#233;es en totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son &#233;lection, Reagan d&#233;cida aussi de s'en prendre au mouvement ouvrier organis&#233;. Une gr&#232;ve avait &#233;clat&#233; en ao&#251;t 1981 parmi les contr&#244;leurs a&#233;riens. Intervenant aussit&#244;t &#224; la t&#233;l&#233;vision, Reagan la d&#233;clara ill&#233;gale et donna deux jours aux gr&#233;vistes pour reprendre le travail. Ils furent licenci&#233;s en masse et remplac&#233;s, un temps, par des militaires. Dans les mines de cuivre, des milliers de mineurs furent licenci&#233;s, le gouverneur de l'Arizona envoyant, avec l'approbation de Reagan, la Garde nationale, ses tanks et des h&#233;licopt&#232;res investir les localit&#233;s en gr&#232;ve. Les directions syndicales ne r&#233;agirent pas, ou alors de fa&#231;on symbolique. Pire, dans tous les secteurs, elles se servirent de ces exemples pour affirmer, apr&#232;s Reagan et le patronat, que &#034;la gr&#232;ve ne marche pas&#034; et en profit&#232;rent, dans les n&#233;gociations salariales, pour conclure partout des contrats plus d&#233;favorables aux travailleurs que les pr&#233;c&#233;dents. Les salaires r&#233;els des ouvriers continu&#232;rent &#224; baisser : ils perdirent 15% de leur pouvoir d'achat de 1973 &#224; 1987. La production se redressa un peu mais avec moins de travailleurs employ&#233;s, tandis que le ch&#244;mage explosait (on totalisa 15 millions de ch&#244;meurs en 1987). Et alors que les &#034;homeless&#034; (sans-abri) et les &#034;working poors&#034; (pauvres ayant un emploi) se rencontraient d&#233;sormais dans tout le pays, les journaux soulignaient l'explosion de la vente des voitures et habitations de grand luxe, car, crise ou pas, la bourgeoisie am&#233;ricaine restait bien d&#233;cid&#233;e &#224; accro&#238;tre ses profits, et Reagan &#224; l'y aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;penses d'armement et politique guerri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il usa largement du budget militaire. En d&#233;non&#231;ant d&#232;s 1983 ce qu'il appelait &#034;l'empire du Mal&#034; (l'Union sovi&#233;tique), Reagan jouait gagnant sur tous les tableaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, il donnait des gages aux secteurs les plus r&#233;actionnaires de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine (les m&#234;mes auxquels il destinait ses mesures restreignant le droit &#224; l'avortement et ses promesses de faire enseigner aux &#233;l&#232;ves les fadaises bibliques sur la cr&#233;ation divine du monde, ce que l'on a appel&#233; la &#034;r&#233;volution conservatrice&#034; ). En m&#234;me temps, cela lui servait de justification pour lancer des programmes d'armement, dont celui dit de &#034;la guerre des &#233;toiles&#034;. Ceux-ci allaient, en cinq ans, d&#233;verser pas moins de 500 milliards de dollars dans les caisses des plus grandes entreprises du pays (IBM, General Motors, Honeywell, Ford, Chrysler, AT&amp;T, etc.) et fournir de nouveaux pr&#233;textes, car ces subventions accroissaient le d&#233;ficit public, &#224; la poursuite des coupes claires dans les d&#233;penses sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela allait, aussi, servir &#224; la politique ext&#233;rieure de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain en maintes occasions. Il alla montrer ses muscles au Proche-Orient en bombardant la Libye du colonel Khadafi et en envoyant des GI au Liban. Il soutint ses compagnies p&#233;troli&#232;res, d'abord en armant l'Irak de Saddam Hussein contre l'Iran de Khomeyni, puis en vendant des armes en secret &#224; l'Iran (le fameux scandale de &#034;l'Irangate&#034;), entretenant une guerre de huit ann&#233;es qui fit un million de morts. C'est encore Reagan qui mena des guerres dans son arri&#232;re-cour d'Am&#233;rique latine menac&#233;e par &#034;la contagion castriste&#034;, directement en envahissant la petite &#238;le de Grenade ou indirectement en &#233;quipant, armant et subventionnant les &#034;contras&#034; au Nicaragua. Au Cambodge, il arma les Khmers Rouges que venaient de chasser les Vietnamiens alli&#233;s aux Sovi&#233;tiques. En Afghanistan, les dirigeants am&#233;ricains saisirent une occasion d'affaiblir l'URSS qui pataugeait dans ce bourbier sanglant rappelant, &#224; dix ans d'intervalle, ce que les USA avaient subi au Vietnam : ils arm&#232;rent donc la gu&#233;rilla afghane, tout particuli&#232;rement ses secteurs les plus r&#233;actionnaires et les plus anticommunistes, qui allaient devenir les talibans de sinistre m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant sa pr&#233;sidence, Reagan a men&#233; la guerre au service de sa bourgeoisie : &#224; l'ext&#233;rieur, partout o&#249; l'exigeaient ses int&#233;r&#234;ts, et &#224; l'int&#233;rieur, contre la classe ouvri&#232;re et les plus pauvres. Il n'y a pas &#224; chercher ailleurs les raisons de l'hommage que lui rendent les dirigeants am&#233;ricains et leurs homologues &#233;trangers qui, tel Chirac, vantent son &#034;engagement en faveur de la d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre LAFFITTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lutte Ouvri&#232;re n&#176;1871 du 11 juin 2004&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Changer le monde sans prendre le pouvoir ? </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Changer-le-monde-sans-prendre-le-pouvoir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Changer-le-monde-sans-prendre-le-pouvoir</guid>
		<dc:date>2003-12-15T03:04:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Phil Hearse</dc:creator>


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(&#224; propos de Change the World Without Taking Power, The Meaning of Revolution Today, de John Holloway) &lt;br class='autobr' /&gt; Il est utile de discuter les th&#232;ses avanc&#233;es dans le livre de John Holloway, non parce qu'il a des l&#233;gions de partisans d&#233;vou&#233;s, mais parce que beaucoup d'id&#233;es qu'il avance au sujet du changement social sont r&#233;pandues dans le mouvement altermondialiste (appel&#233; aussi, dans les pays anglo-saxons, &#171; mouvement pour une justice globale &#187;) et dans le mouvement contre la guerre, &#224; l'&#233;chelle (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-et-theorie-" rel="directory"&gt;Histoire et th&#233;orie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;(&#224; propos de Change the World Without Taking Power, The Meaning of Revolution Today, de John Holloway)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est utile de discuter les th&#232;ses avanc&#233;es dans le livre de John Holloway, non parce qu'il a des l&#233;gions de partisans d&#233;vou&#233;s, mais parce que beaucoup d'id&#233;es qu'il avance au sujet du changement social sont r&#233;pandues dans le mouvement altermondialiste (appel&#233; aussi, dans les pays anglo-saxons, &#171; mouvement pour une justice globale &#187;) et dans le mouvement contre la guerre, &#224; l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de refuser la prise du pouvoir a &#233;t&#233; r&#233;cemment popularis&#233;e par le sous-commandant Marcos, dirigeant des Zapatistes. Comme bien des choses qu'indique le sous-commandant, cette id&#233;e n'&#233;tait pas d&#233;nu&#233;e d'ambigu&#239;t&#233;s, car en aucun cas l'Arm&#233;e zapatiste de lib&#233;ration nationale (EZLN), repr&#233;sentant le peuple indig&#232;ne d'un petit coin du Mexique, ne peut pr&#233;tendre prendre le pouvoir - du moins seule. Cependant l'id&#233;e de base de transformer de mani&#232;re r&#233;volutionnaire les rapports sociaux sans conqu&#233;rir le pouvoir &#233;tait en l'air depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que Holloway formule quelques critiques &#224; l'&#233;gard de Tronti et d'Antonie Negri, les parents intellectuels des courants de l'autonomie italienne, ses principaux arguments viennent directement de cette source : n'affrontez pas les patrons dans le monde du travail, retirez vous de ce monde. Cr&#233;ez des espaces autonomes - autonomes vis-&#224;-vis des patrons et autonomes vis-&#224;-vis de l'&#201;tat capitaliste. Cela signifie bien s&#251;r la lutte, mais non les appareils raffin&#233;s des partis politiques ni la prise du pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines des choses dites par Holloway dans son argumentation sont aujourd'hui largement r&#233;pandues au sein des mouvements radicaux ; elles vont au c&#339;ur de la strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et explicitement c'est le marxisme r&#233;volutionnaire qui est la principale cible des pol&#233;miques d'Holloway.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer en revue son livre implique de le citer largement, de mani&#232;re &#224; ce que les lecteurs puissent juger les arguments eux-m&#234;mes. Mais il est utile, pour anticiper, d'en r&#233;sumer les principaux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Tant le r&#233;formisme que le marxisme r&#233;volutionnaire ont pour objectif strat&#233;gique la conqu&#234;te du pouvoir ; mais c'est un pi&#232;ge, car l'&#201;tat ne peut &#234;tre qu'une structure autoritaire (ce qui rel&#232;ve, par ailleurs, de l' anarchisme standard).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'&#201;tat n'est pas le lieu du pouvoir ; les rapports sociaux capitalistes concentrent le pouvoir. Les marxistes orthodoxes ne voient pas que l'&#201;tat est fermement soumis aux rapports sociaux capitalistes et que sa conqu&#234;te ne change pas grand chose, puisque les rapports sociaux autoritaires demeurent en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les rapports sociaux capitalistes peuvent &#234;tre chang&#233;s seulement par des pratiques sociales alternative produites par les opprim&#233;s eux-m&#234;mes au cours de la r&#233;sistance et de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le fondement th&#233;orique de cet argument est la cat&#233;gorie du f&#233;tichisme (de la marchandise) et de sa reproduction. Les rapports sociaux ne sont pas une structure ou une &#171; chose &#187; mais des rapports reproduits quotidiennement dans le processus de &#171; f&#233;tichisation &#187;. Mais cette reproduction n'est pas automatique et peut &#234;tre perturb&#233;e par des pratiques sociales alternatives de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La proclamation d'Engels et d'autres que le marxisme est une &#171; science &#187; g&#233;n&#232;re de mani&#232;re automatique une pratique autoritaire : les opprim&#233;s sont divis&#233;s entre ceux qui &#171; savent &#187; (l'avant-garde, le parti) et ceux qui ont une fausse conscience (les masses). Une pratique manipulatrice et substitutionniste r&#233;sulte automatiquement de cette conception. M&#234;me Lukacs et Gramsci ne furent pas capables de rompre avec cette fausse probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Il n'y a pas de garantie d'une fin heureuse ; tout ce qui est possible c'est la critique n&#233;gative et la r&#233;sistance, et nous verrons quels en seront les r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;tat &#171; assassin de l'espoir &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que pouvons-nous faire pour mettre un terme &#224; toute la mis&#232;re et &#224; l'exploitation ? (&#8230;) Il y a une r&#233;ponse pr&#234;te &#224; port&#233;e de la main. Faites-le par l'&#201;tat. Rejoignez un parti politique, aidez-le &#224; prendre le pouvoir gouvernemental, changez ainsi le pays. Ou, si vous &#234;tes plus impatient, plus r&#233;volt&#233;, plus dubitatif en ce qui concerne les possibilit&#233;s des moyens parlementaires, rejoignez une organisation r&#233;volutionnaire et aidez &#224; conqu&#233;rir le pouvoir d'&#201;tat par des moyens violents ou non-violents, et employez cet &#201;tat r&#233;volutionnaire pour changer la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Changer le monde par l'&#201;tat : c'est le paradigme qui a domin&#233; la pens&#233;e r&#233;volutionnaire durant plus d'un si&#232;cle. La discussion entre Rosa Luxembourg et &#201;douard Bernstein il y a cent ans sur &#034;r&#233;forme ou r&#233;volution&#034; a fix&#233; les limites qui ont domin&#233; la r&#233;flexion sur la r&#233;volution durant la majeure partie du XXe si&#232;cle (&#8230;). L'intensit&#233; des d&#233;saccords a oblit&#233;r&#233; le point d'accord fondamental : les deux approches se concentrent sur l'&#201;tat en tant que position avantageuse pour pouvoir changer la soci&#233;t&#233; (&#8230;) &#187; (1)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'&#233;tait un pi&#232;ge, car, poursuit Holloway :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le paradigme de l'&#201;tat fut le v&#233;hicule de l'espoir durant une grande partie du si&#232;cle, plus le si&#232;cle progressait, plus il s'av&#233;rait l'assassin de cet espoir (&#8230;). Durant plus d'un si&#232;cle l'enthousiasme r&#233;volutionnaire des jeunes a &#233;t&#233; endigu&#233; dans la construction du parti ou dans le maniement des armes &#224; feu ; durant plus d'un si&#232;cle les r&#234;ves de ceux qui voulaient un monde adapt&#233; &#224; l'humanit&#233; ont &#233;t&#233; bureaucratis&#233;s et militaris&#233;s, le tout pour la conqu&#234;te du pouvoir d'&#201;tat par un gouvernement qui pouvait &#234;tre accus&#233;, une fois en place, de &#034;trahir&#034; le mouvement qui l'a fait surgir (&#8230; ). Au lieu de voir dans tant de trahisons une explication, peut-&#234;tre devrions-nous interroger la notion m&#234;me de la possibilit&#233; de changer la soci&#233;t&#233; par la conqu&#234;te du pouvoir &#233;tatique. &#187; (2)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle erreur th&#233;orique se trouve &#224; l'origine de ce pi&#232;ge, se demande Holloway ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les mouvements r&#233;volutionnaires inspir&#233;s par le marxisme ont souvent eu une vue instrumentale de la nature capitaliste de l'&#201;tat. Ils ont vu l'&#201;tat en tant qu'instrument de la classe capitaliste. La notion d'&#034;instrument&#034; implique une relation d'ext&#233;riorit&#233; entre l'&#201;tat et la classe ; comme un marteau, l'&#201;tat serait utilis&#233; par la classe capitaliste pour r&#233;aliser ses int&#233;r&#234;ts propres, alors qu'apr&#232;s la r&#233;volution il pourrait changer de main et &#234;tre employ&#233; par la classe ouvri&#232;re dans son int&#233;r&#234;t. Une telle vision reproduit, inconsciemment peut-&#234;tre, l'isolement ou l'autonomisation de l'&#201;tat de son environnement social, dont la critique est le point de d&#233;part de la politique r&#233;volutionnaire (&#8230;) une telle vision f&#233;tichise l'&#201;tat : elle l'abstrait de l'encha&#238;nement des rapports de pouvoir dans lequel il est engonc&#233;. (&#8230;) L'erreur du mouvement marxiste r&#233;volutionnaire a &#233;t&#233; non de nier la nature capitaliste de l'&#201;tat, mais de ne pas comprendre le degr&#233; d'int&#233;gration de l'&#201;tat dans le r&#233;seau de rapports sociaux capitalistes. &#187; (3)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci conduit &#224; des cons&#233;quences d&#233;sastreuses pour le mouvement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui &#233;tait initialement n&#233;gatif (le rejet du capitalisme) est converti en quelque chose de positif (construction des institutions, construction du pouvoir). L'introduction de la conqu&#234;te du pouvoir introduit in&#233;vitablement le pouvoir lui-m&#234;me. Les initi&#233;s apprennent le langage, la logique et les calculs du pouvoir ; ils apprennent &#224; utiliser les cat&#233;gories d'une science sociale qui a &#233;t&#233; enti&#232;rement form&#233;e pour son obsession du pouvoir. &#187; (4)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;tons-l&#224; les citations du raisonnement d'Holloway &#224; propos de l'&#201;tat. Nous nous int&#233;resserons plus loin aux aspects subsidiaires. Cependant la critique du marxisme r&#233;volutionnaire pr&#233;sent&#233;e jusqu'ici est tr&#232;s radicale et soul&#232;ve beaucoup de questions sur la nature de la soci&#233;t&#233; capitaliste et sur les moyens de la transformer. Commen&#231;ons par quelques r&#233;flexions initiales sur le cas Holloway.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, Holloway sait, mais il ne le souligne pas, que les marxistes-r&#233;volutionnaires ne luttent pas pour capturer l'&#201;tat capitaliste, mais pour le d&#233;truire. Pour lui, l'&#201;tat c'est l'&#201;tat - une cat&#233;gorie immuable qui n'autorise l'existence que d'un ensemble strictement limit&#233; de rapports sociaux. Sa critique se lit comme si L'&#201;tat et la r&#233;volution de L&#233;nine n'avait jamais &#233;t&#233; &#233;crit. Le concept marxiste de la r&#233;volution n'a jamais &#233;t&#233; que la classe ouvri&#232;re d&#233;truit l'&#201;tat juste pour le remplacer par un &#201;tat ouvrie qui s'attellera, lui, &#224; transformer les rapports sociaux. Notre concept d'&#171; &#201;tat &#187; ouvrier, socialiste, c'est celui de l'auto-organisation d&#233;mocratique des masses et non celui de la dictature du parti. En effet nous ne sommes pas (ou ne devrions pas &#234;tre) en faveur du monopole d'aucun parti unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on illogique, &#224; plusieurs reprises, Holloway se r&#233;f&#232;re positivement &#224; l'exemple de la Commune de Paris. C'est, bien s&#251;r, l'exemple qui a inspir&#233; L&#233;nine lorsqu'il &#233;crivit l'&#201;tat et la r&#233;volution.. L&#233;nine plaide en faveur de &#171; l'&#201;tat de la Commune &#187; ; ce fut le fondement de sa r&#233;flexion sur la question. Dans cette conception, les rapports sociaux sont modifi&#233;s, ou commencent &#224; &#234;tre modifi&#233;s, directement et imm&#233;diatement dans le processus de la r&#233;volution socialiste, pas simplement du fait du changement de la nature de l'&#201;tat, mais dans le changement des rapports sociaux qu'un tel processus enclenche. Dans les pays capitalistes avanc&#233;s au moins, il est impossible d'imaginer le niveau de la mobilisation sociale qu'exige le renversement de l'&#201;tat capitaliste sans qu'en m&#234;me temps - ou dans un d&#233;lai tr&#232;s court - les masses populaires de se saisissent du contr&#244;le d&#233;mocratique des usines, des bureaux et des entreprises. Notre concept de la r&#233;volution n'est pas simplement une &#171; capture &#187; de l'&#201;tat pour l'employer dans l'int&#233;r&#234;t des masses - ceci c'est une id&#233;e de la (veille) social-d&#233;mocratie ; notre alternative c'est la destruction de l'&#201;tat par un &#233;norme soul&#232;vement social et la d&#233;mocratisation des rapports du pouvoir, l'&#233;tablissement par les masses de leurs propres institutions de pouvoir au travers des- quelles elles s'auto-gouvernent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument de Holloway au sujet de la &#171; soumission &#187; de l'&#201;tat aux rapports sociaux capitalistes est correct, mais il est unilat&#233;ral. L'&#201;tat n'est pas seulement enseveli dans les rapports sociaux capitalistes, il est essentiel pour le fonctionnement du capitalisme. C'est l&#224; qu'est concentr&#233;e la prise de la plupart des d&#233;cisions essentielles et strat&#233;giques. C'est le m&#233;canisme crucial de d&#233;fense contre tout changement fondamental des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument de Holloway, c'est pour l'essentiel que, quel que soit le genre d'&#201;tat que vous avez, vous avez par l&#224;-m&#234;me l'oppression et le capitalisme. Il est facile de saisir le caract&#232;re illogique de cet argument. Changeons, pour les besoins de l'argumentation, la phras&#233;ologie traditionnelle du marxisme r&#233;volutionnaire. Abandonnons la formule de l'&#201;tat ouvrier et disons que nous voulons l'administration directe des affaires sociales par les masses organis&#233;es d&#233;mocratiquement. Naturellement pour ce faire les masses devront &#233;lire des fonctionnaires r&#233;vocables, tenir des r&#233;unions dans les entreprises, les bureaux et les &#233;coles et voter sur ce qu'il faut faire. Elles peuvent avoir besoin d'une sorte d'assembl&#233;e nationale et de fonctionnaires &#233;lus de cette assembl&#233;e pour exercer des fonctions ex&#233;cutives. Si l'on rejette tout cela, il est difficile d'imaginer comment le fonctionnement social de la soci&#233;t&#233; pourrait &#234;tre d&#233;cid&#233; et assur&#233;. Bizarrement (ou peut-&#234;tre sagement de son point de vue) Holloway ne s'aventure pas dans la discussion sur un quelconque aspect de la soci&#233;t&#233; post-r&#233;volutionnaire, sur la prise de d&#233;cisions en son sein ou sur les m&#233;canismes de son administration. Parce que si vous vous aventurez dans une telle r&#233;flexion, vous finissez par parler de quelque chose qui ressemble &#224; une forme de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduit &#224; un paradoxe &#233;trange dans son argumentation, que Holloway ne voit pas. Pour les besoins du raisonnement, disons que les communaut&#233;s de base zapatistes constituent un bon mod&#232;le de rapports sociaux diff&#233;rents et d'auto-gouvernement (d'autonomie). Et disons que nous voulons &#171; zapatistiser &#187; tout le Mexique. Dans le sch&#233;ma de Holloway cela est impossible, parce que de cette mani&#232;re vous &#233;tabliriez, dans le processus, un &#201;tat : &#171; l'&#201;tat zapatiste &#187;. Ce faisant vous &#233;vacuez le terrain de la lutte nationale (et internationale), vous vous concentrez sur le local et le particulier. Ce qui ne peut que conduire la classe capitaliste &#224; vous dire &#171; merci beaucoup ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La reproduction des rapports sociaux capitalistes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Holloway invente sa propre phras&#233;ologie pour d&#233;crire les rapports sociaux capitalistes. Le pouvoir capitaliste est ainsi le &#171; pouvoir-sur &#187; (&#171; power-over &#187;) qui confronte le &#171; pouvoir-de &#187; (&#171; power-to &#187;) et subjugue &#171; le flux social de l'agir &#187; (&#171; social flow of doing &#187;). Cela ne devrait pas trop nous tracasser, car le &#171; pouvoir-sur &#187; s'av&#232;re &#234;tre le &#171; pouvoir du fait accompli &#187;, c'est-&#224;-dire le pouvoir du capital accumul&#233; oppos&#233; &#224; la cr&#233;ativit&#233; du travail vivant. Le &#171; pouvoir-de &#187;, parfois d&#233;crit comme &#171; l'anti-pouvoir &#187;, peut affronter le &#171; pouvoir-sur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le mouvement du pouvoir-de, la lutte pour &#233;manciper le potentiel humain, qui fournit la perspective de briser le cercle de la domination. C'est seulement par la pratique de l'&#233;mancipation, de pouvoir-de, que le pouvoir-sur peut &#234;tre surmont&#233; (je souligne, PH). Ainsi le travail est central dans toute discussion sur la r&#233;volution, mais seulement si le point de d&#233;part n'est pas le travail-effort, le travail f&#233;tichis&#233;, mais le travail comme r&#233;alisation, comme cr&#233;ativit&#233; ou pouvoir-de qui existe comme, mais aussi contre-et-au-del&#224;, du travail-effort &#187; (5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci peut avoir &#224; se r&#233;aliser dans la perspective suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le processus de la lutte-contre, des rapports se nouent qui ne sont pas le reflet des rapports de pouvoir contre lesquels la lutte est dirig&#233;e : les rapports de camaraderie, de solidarit&#233;, d'amour, des rapports qui pr&#233;figurent le genre de soci&#233;t&#233; pour laquelle nous luttons. (&#8230;) [La lutte contre le capitalisme] et la lutte pour l'&#233;mancipation ne peuvent &#234;tre s&#233;par&#233;es, m&#234;me si ceux qui luttent ne sont pas conscients du lien. Les luttes les plus &#233;mancipatrices, cependant, sont certainement celles qui lient consciemment les deux, car ces luttes sont consciemment pr&#233;figuratives, la lutte y vise, par ses formes, &#224; ne pas reproduire les structures et les pratiques contre lesquelles elle est dirig&#233;e, mais plut&#244;t &#224; cr&#233;er le type de rapports sociaux d&#233;sir&#233;s. &#187; (6)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte Holloway mentionne par exemple les occupations d'usines qui ne sont pas seulement des actes de r&#233;sistance, mais dans lesquelles la production est poursuivie sous contr&#244;le social, en vue de buts socialement souhaitables. Mais Holloway conteste ce qui est &#171; politique &#187; et ce qui est &#171; l'anti-pouvoir &#187;, qu'il consid&#232;re comme t&#233;moignant de l'&#233;troitesse de vue de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'anti-pouvoir &#187; est dans la dignit&#233; de l'existence quotidienne. L'anti-pouvoir est dans les relations que nous nouons tout le temps, relations d'amour, d'amiti&#233;, de camaraderie, de communaut&#233;, de coop&#233;ration. Bien s&#251;r de telles relations sont travers&#233;es par le pouvoir &#224; cause de la nature de la soci&#233;t&#233; dans laquelle nous vivons, mais l'&#233;l&#233;ment d'amour, d'amiti&#233;, de camaraderie se trouve dans la lutte constante que nous menons contre le pouvoir, afin d'&#233;tablir ces rapports sur la base de la reconnaissance mutuelle, de la reconnaissance mutuelle de la dignit&#233; de l'autre (&#8230;). Penser l'opposition au capitalisme seulement en termes de militantisme manifeste, c'est ne voir que la fum&#233;e du volcan. La dignit&#233; (l'anti-pouvoir) existe partout o&#249; vivent les humains. L'oppression implique son contraire - la lutte pour vivre en tant qu'humains. Dans tout ce que nous vivons quotidiennement - la maladie, l'&#233;ducation, le sexe, les enfants, l'amiti&#233;, la pauvret&#233;, n'importe quoi - il y a une lutte pour faire les choses avec dignit&#233;, &#224; les faire bien. &#187; (7)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire bien des choses &#224; propos de ces id&#233;es. Holloway a certainement raison lorsqu'il souligne le constant rejet des effets du capitalisme, la lutte constante contre la p&#233;n&#233;tration du pouvoir capitaliste tant dans les petites que dans les grandes choses, et la lutte constante de larges secteurs d'opprim&#233;s pour cr&#233;er des rapports d'aide mutuelle avec les amis, la famille et les coll&#232;gues. Mais ce n'est qu'une des faces de la m&#233;daille. Beaucoup de petitesse, d'avarice, de jalousie, de concurrence, de violence, de racisme, de sexisme, de criminalit&#233; envers d'autres opprim&#233;s, etc. existe aussi parmi les opprim&#233;s. On peut discuter de l'&#233;quilibre pr&#233;cis entre les deux. L'enjeu, la question strat&#233;gique, consiste &#224; savoir si des rapports sociaux alternatifs (stables et permanents) peuvent &#234;tre g&#233;n&#233;r&#233;s par la pratique alternative de la r&#233;sistance quotidienne. Holloway tente de justifier son point de vue qu'elles le peuvent par un adroit mouvement th&#233;orique vers la question de la f&#233;tichisation. Selon lui les rapports sociaux f&#233;tichis&#233;s sont un processus et non une structure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La compr&#233;hension de la f&#233;tichisation en tant que processus est essentielle pour la r&#233;flexion sur le changement du monde sans prendre le pouvoir. Si nous abandonnons la f&#233;tichisation cAomme processus, nous abandonnons la r&#233;volution en tant qu'auto-&#233;mancipation. L'approche du f&#233;tichisme comme un f&#233;tichisme dur peut mener &#224; la conception de la r&#233;volution comme un changement du monde au nom des opprim&#233;s et cela conduit in&#233;vitablement &#224; se concentrer sur la prise du pouvoir. La prise du pouvoir est un but politique qui donne un sens &#224; la prise du pouvoir &#034;au nom de&#034; : une r&#233;volution qui n'est pas &#034;au nom de&#034; mais autonome n'a m&#234;me pas besoin de penser &#224; &#034;la prise du pouvoir&#034;. &#187; (8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la racine de cet argument il y a un gigantesque saut. La pr&#233;misse que la f&#233;tichisation est un processus ne conduit pas &#224; la conclusion strat&#233;gique que Holloway en tire. Regardons cet argumentation plus en d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports sociaux f&#233;tichis&#233;s sont-ils une structure ou un processus ? Les rapports sociaux capitalistes doivent &#234;tre constamment reproduits et dans ce sens il s'agit certainement d'un processus. Mais ils pr&#233;existent &#233;galement ; ils ont &#233;t&#233; &#233;tablis d&#233;finitivement et ne sont pas sujets &#224; des ruptures quotidiennes et &#224; l'effondrement (c'est pourquoi la notion de Holloway d'une crise permanente et d'une instabilit&#233; du capitalisme est fausse - j'y reviendrai). A chaque fois que les ouvriers viennent au travail, les rapports sociaux capitalistes n'ont pas besoin d'&#234;tre reconstruits ou r&#233;invent&#233;s ; ils sont reproduits, on peut dire qu'ils sont r&#233;it&#233;r&#233;s - mais c'est le processus normal de la reproduction capitaliste. En les regardant de l'autre c&#244;t&#233;, les rapports sociaux capitalistes ne sont pas quotidiennement d&#233;fi&#233;s, menac&#233;s ou remis en cause. Cela commence seulement &#224; se produire au moment d'une crise politique aigu&#235;, d'un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire ou pr&#233;-r&#233;volutionnaire. Comme il manque de toute notion du politique, Holloway doit rester litt&#233;ralement sans voix devant de tels &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est lors de tels moments de crise que la question du &#171; pouvoir &#187; devient actuelle. Qu'aurait eu &#224; dire Holloway, par exemple aux ouvriers r&#233;volutionnaires de Catalogne en 1936-1937 ? Cr&#233;ez des rapports sociaux alternatifs sur une base non capitaliste ? Mais c'est exactement ce qu'ils avaient commenc&#233; &#224; faire comme n'importe qui un tant soit peu au courant des &#233;v&#233;nements pass&#233;s pourra le lui dire. Les entreprises furent collectivis&#233;es, la terre fut prise par les paysans, les fondements d'un syst&#232;me d'administration populaire et alternative, bas&#233; sur les comit&#233;s et les collectifs pouvaient &#234;tre aper&#231;us dans ce cadre. Idem au Chili en 1971-1973. Idem au Portugal en 1974-1975. Et beaucoup d'autres exemples pourraient &#234;tre mentionn&#233;s. Mais que s'est-il produit ? Dans chacun de ces cas l'avant-garde r&#233;volutionnaire de masse fut incapable de saisir ou de consolider le pouvoir politique (d'&#201;tat) national, et elle a &#233;t&#233; d&#233;faite, isol&#233;e, &#233;cras&#233;e - en Espagne et au Chili avec des cons&#233;quences sanglantes terribles. En abandonnant le terrain du politique et du strat&#233;gique, les id&#233;es de Holloway laissent l'ar&#232;ne d&#233;cisive de la lutte aux forces capitalistes et pro-capitalistes qui l'occuperont in&#233;vitablement, emp&#234;chant le changement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais maintenant pr&#233;senter un cas, qui semble a priori fortement en faveur de la position de Holloway et contre ce que je viens d'&#233;crire. Un r&#233;cent article paru dans The Observer de Londres pr&#233;sente une description fascinante de la lutte dans les banlieues pauvres de Caracas, c&#339;ur de la &#171; r&#233;volution bolivarienne &#187; dans le Venezuela de Hugo Chavez. La population locale y a pris en main sa propre vie &#224; une &#233;chelle gigantesque. L'eau et l'&#233;lectricit&#233;, les &#233;coles, l'aide alimentaire aux plus pauvres - tous les aspects de l'administration locale ont &#233;t&#233; pris en main par le peuple lui-m&#234;me. Un des activistes locaux cit&#233; dit : &#171; Nous ne voulons pas un gouvernement - nous voulons &#234;tre le gouvernement &#187;. S&#251;rement, c'est exactement de ce genre d'activit&#233; que parle Holloway.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration de l'activiste local recouvre une attitude totalement progressiste et positive, une attitude r&#233;volutionnaire envers le capitalisme et l'&#201;tat capitaliste. Mais alors comment &#171; nous &#187; - le peuple, les pauvres, les exclus - pouvons-nous &#171; &#234;tre le gouvernement &#187; ? C'est le clou du probl&#232;me. N'importe qui, qui dirait &#224; ces activistes &#171; Faites exactement ce que vous faites. Point &#187; leur rendrait un tr&#232;s mauvais service. Leur capacit&#233; de commencer &#224; changer les rapports sociaux au niveau local d&#233;pend du processus politique national, de l'ensemble du processus &#171; bolivarien &#187; et de l'existence du gouvernement Chavez. Si Chavez &#233;tait renvers&#233; par la r&#233;action locale et par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, cette exp&#233;rience locale du pouvoir populaire serait &#233;cras&#233;e. C'est l&#224; la faiblesse d'une non int&#233;gration des processus locaux de changement du pouvoir dans le cadre d'une lutte nationale pour un &#201;tat national alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article mentionn&#233; pr&#233;sente d'int&#233;ressants cas de conflits entre les comit&#233;s bolivariens et certains activistes locaux, qui t&#233;moignent du ressentiment envers les &#171; politiciens &#187; locaux qui tentent d'imposer leurs vues. De tels conflits - qu'on a pu &#233;galement observer en Argentine - constituent une part normale et in&#233;vitable du changement r&#233;volutionnaire. Et il est naturel que pour certains activistes les projets grandioses de changement du gouvernement et de l'&#201;tat apparaissent parfois comme abstraits et utopiques, contrastant avec les t&#226;ches &#233;minemment pratiques visant &#224; r&#233;soudre les probl&#232;mes du peuple ici et maintenant. De telles attitudes ne peuvent qu'&#234;tre renforc&#233;es par les pratiques manipulatrices et bureaucratiques de certaines organisations de la gauche r&#233;volutionnaire et pas-si-r&#233;volutionnaire. Mais en fin de compte elles sont erron&#233;es et conduisent &#224; la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En acceptant que les rapports sociaux puissent &#234;tre directement transform&#233;s simplement par la pratique sociale des opprim&#233;s, Holloway abandonne le terrain de la strat&#233;gie et de ce fait celui de la politique &#233;galement. Les marxistes sont oblig&#233;s de lui dire que les r&#233;volutionnaires doivent, en quelque sorte, &#234;tre initi&#233;s au &#171; pouvoir &#187;, apprenant les tours et les tactiques des affaires tr&#232;s sordides de la politique. Cela n'est pas sans cons&#233;quences n&#233;gatives. Il serait bien mieux, en effet, de passer directement aux rapports sociaux alternatifs sans entrer dans ces affaires sombres et d&#233;go&#251;tantes de construction de partis et de lutte pour le pouvoir. Comme aurait pu le dire Ernest Mandel, c'est malheureusement impossible dans &#171; ce mauvais monde, dans lequel nous vivons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pure na&#239;vet&#233; de Holloway appara&#238;t clairement dans ce tr&#232;s int&#233;ressant paragraphe consacr&#233; &#224; la lutte de &#171; l'anti-pouvoir &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Regardez le monde autour de nous, regardez au-del&#224; des journaux, au-del&#224; des institutions du mouvement ouvrier et vous verrez le monde en lutte : les municipalit&#233;s autonomes du Chiapas, les &#233;tudiants de l'Universit&#233; nationale autonome de Mexico (UNAM), les dockers de Liverpool, la vague des manifestations internationales contre le pouvoir du capital-argent, la lutte des travailleurs migrants&#8230; Il y a tout un monde de lutte qui ne vise pas la conqu&#234;te du pouvoir, tout un monde qui lutte contre le pouvoir-sur&#8230; Il y a tout un monde de lutte qui (&#8230;) d&#233;veloppe des formes d'autod&#233;termination et qui d&#233;veloppe des conceptions alternatives de comment le monde devrait &#234;tre. &#187; (9)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, c'est vrai, en quelque sorte. Mais si nous regardons sous la surface des trois luttes particuli&#232;res mentionn&#233;es par Holloway, l'histoire semblera un peu diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord les dockers de Liverpool. Une lutte d'un petit groupe d'ouvriers, qui fut internationalis&#233;e de mani&#232;re exemplaire, avec des actions de solidarit&#233; des dockers et des marins sur diff&#233;rentes continents. Dans les coulisses, cependant, plusieurs organisations marxistes britanniques ont consacr&#233; du temps et une &#233;nergie consid&#233;rable pour construire cette lutte et cr&#233;er des liens internationaux. Cette lutte n'aurait pas &#233;t&#233; ce qu'elle fut sans cette intervention. Peut-&#234;tre Holloway ne conna&#238;t-il pas bien les faits, mais je peux lui citer les noms et les num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone des principaux permanents r&#233;volutionnaires impliqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, la longue lutte d'&#233;tudiants de l'UNAM contre les frais d'inscription en 1998-1999. John Holloway devrait mieux la conna&#238;tre, car il passe beaucoup de son temps au Mexique. Cette lutte fut dirig&#233;e (et aussi mal dirig&#233;e sous certains aspects) par une coalition de groupes marxistes plut&#244;t ultra-gauche. Pour le meilleur et pour le pire, ils pouvaient compter sur le soutien de cinq &#224; six mille gr&#233;vistes les plus d&#233;termin&#233;s, capables d'entra&#238;ner les autres. Il ne s'agissait pas d'une lutte sans direction politique ; cette direction veut en effet gagner le pouvoir, mais vu son caract&#232;re ultra-gauche semi-stalinien, n'a pas de chances de r&#233;ussir - du moins, c'est ce qu'on peut esp&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, quoi dire de l'inspiration principale de Holloway, des Zapatistes ? Les assembl&#233;es autonomes des villages sont en effet exemplaires, mais par rapport &#224; quoi sont-elles autonomes ? Certainement pas par rapport &#224; l'organisation et &#224; sa direction politique. Le mouvement zapatiste a trois ailes : l'EZLN, les combattants arm&#233;s ; les communaut&#233;s de base dans les villages montagnards ; le Front zapatiste (FZLN), l'organisation nationale de soutien. Le Comit&#233; indig&#232;ne r&#233;volutionnaire clandestin dirige politiquement les trois ailes. Sa composition exacte n'est pas connue (puisqu'il est clandestin), mais le sous-commandant Marcos en est la figure principale. Il s'agit ni plus ni moins que de la direction d'une organisation politique, qui n'est rien d'autre que le succ&#233;dan&#233; d'un parti politique et les d&#233;mentis du Sous-commandant et de ceux qui le suivent ne changent rien &#224; l'affaire. Vous pouvez avoir la certitude absolue que si les communaut&#233;s de base d&#233;battent d'une question importante, elle a d'abord &#233;t&#233; discut&#233;e au sein de la direction clandestine bas&#233;e dans la selva. La d&#233;mocratie villageoise n'est pas exactement spontan&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me le FZLN ne fait pas la moindre chose sans y &#234;tre autoris&#233; par le sous-commandant en personne. La d&#233;mocratie du FZLN n'est pas r&#233;ellement transparente. Et s'il n'est pas devenu un parti d'ampleur nationale, c'est en partie au moins parce que Marcos ne veut pas qu'il &#233;chappe &#224; son contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marxisme, science, conscience &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour anticiper un peu, pr&#233;sentons les points cl&#233;s de l'argumentation de John Holloway contre l'id&#233;e que le marxisme soit une quelconque sorte de science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Les marxistes apr&#232;s Engels ont estim&#233; que la science en g&#233;n&#233;ral et le marxisme en particulier cherchent la connaissance objective du monde r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Engels et les marxistes qui l'ont suivi ont fait du marxisme une t&#233;l&#233;ologie - c'est-&#224;-dire que l'histoire serait un processus avec le socialisme comme r&#233;sultat in&#233;vitable. Ceci r&#233;duit la valeur et &#233;limine le r&#244;le de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. En consid&#233;rant le parti (ou l'avant-garde prol&#233;tarienne) comme poss&#233;dant une connaissance que les masses ne poss&#232;dent pas, les marxistes orthodoxes ont &#233;tabli un rapport autoritaire et manipulateur entre le parti et les masses. La cat&#233;gorie de la fausse conscience doit &#234;tre rejet&#233;e, nous sommes tous victimes de la f&#233;tichisation, y compris les militants marxistes. La notion gramscienne de l'h&#233;g&#233;monie est ainsi erron&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. En indiquant une fin ou un but &#224; la lutte (c'est-&#224;-dire le socialisme ou le communisme), les marxistes orthodoxes essayent in&#233;vitablement de canaliser et de diriger les luttes des masses selon des finalit&#233;s pr&#233;con&#231;ues. La notion de la rupture r&#233;volutionnaire est impos&#233;e &#171; de l'ext&#233;rieur &#187; &#224; la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marxisme est-il une science ? La science fournit-elle la connaissance objective du monde ? Une telle connaissance est-elle possible ? Avant d'apporter quelques r&#233;ponses provisoires &#224; ces questions, il faut affirmer que la r&#233;ponse que Holloway y apporte - une bowdlerisation (10) des id&#233;es de l'&#201;cole de Frankfurt - n'est pas acceptable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le concept du f&#233;tichisme implique un concept n&#233;gatif de la science (&#8230;). Le concept du f&#233;tichisme implique donc qu'il y a une distinction radicale entre la science &#034;bourgeoise&#034; et la science critique ou r&#233;volutionnaire. La premi&#232;re assume la permanence des rapports sociaux capitalistes et prend l'identit&#233; pour garantie, traitant la contradiction comme le signe d'une contradiction logique. De ce point de vue la science est une tentative de comprendre la r&#233;alit&#233;. Dans le dernier cas, la science [r&#233;volutionnaire] ne peut qu'&#234;tre n&#233;gative, elle est une critique de la fausset&#233; de la r&#233;alit&#233; existante. Le but n'est pas de comprendre la r&#233;alit&#233;, mais de comprendre (et, en les comprenant, les intensifier) ses contradictions en tant qu'&#233;l&#233;ment de la lutte pour changer le monde. Plus nous comprenons la domination totale de la r&#233;ification et plus la science devient absolument n&#233;gative. Si tout est impr&#233;gn&#233; par la r&#233;ification, alors absolument tout est un lieu de la lutte entre l'imposition de la rupture de l'agir et la lutte critique-pratique pour la r&#233;cup&#233;ration de l'agir. Aucune cat&#233;gorie n'est neutre. &#187; (11)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral les arguments de Holloway pr&#233;sentent une alternative compl&#232;tement fausse. De tels arguments pourraient conduire &#224; postuler une rupture absolue entre la science &#171; bourgeoisie &#187; et la science &#171; r&#233;volutionnaire &#187; - les pires cons&#233;quences d'une telle id&#233;e ont &#233;t&#233; les produits bizarres de l'Acad&#233;mie sovi&#233;tique sous Staline (12). Si l'on suivait logiquement l'id&#233;e de la science que professe Holloway, on devrait rejeter Niels Bohr et Albert Einstein parce que leurs aper&#231;us des th&#233;ories des ondes et des corpuscules, ou de la relativit&#233;, n'&#233;taient pas une partie de la lutte pour changer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des marxistes argueraient que la science doit &#234;tre critique et &#171; dialectique &#187; pour produire la connaissance, essayant de comprendre les contradictions de la r&#233;alit&#233;, tant sociale que physique. Cette approche &#171; dialectique &#187; a &#233;t&#233; massivement facilit&#233;e par l'arriv&#233;e de la th&#233;orie du chaos, qui a frapp&#233; un coup fondamental contre les fausses dichotomies que la philosophie bourgeoise a ouvertes entre le d&#233;terminisme et l'ind&#233;terminisme. La th&#233;orie du chaos a prouv&#233; que les &#233;v&#233;nements peuvent &#234;tre d&#233;termin&#233;s, c'est-&#224;-dire ont des causes qui peuvent &#234;tre &#233;tablies, mais ont &#233;galement des r&#233;sultats ind&#233;termin&#233;s, impr&#233;visibles. Loin d'&#234;tre un rejet de la pens&#233;e dialectique, cet &#233;clairage en constitue une confirmation, ou plut&#244;t son approfondissement (13). Mais il est vrai que les &#233;clairages de la th&#233;orie du chaos sont incompatibles avec la vision de la pr&#233;visibilit&#233; scientifique avanc&#233;e par Engels dans son c&#233;l&#232;bre &#171; parall&#233;logramme de forces &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un certain nombre de cons&#233;quences concernant notre conception de la science en d&#233;coulent. Dire que la science peut produire la connaissance du monde r&#233;el n'est pas la m&#234;me chose que de dire que les r&#233;sultats de tous les &#233;v&#233;nements peuvent &#234;tre pr&#233;dits, non parce que nous manquons de connaissances suffisantes en ce qui concerne les causes, mais par d&#233;finition. La th&#233;orie du chaos a montr&#233; les limites de la pr&#233;vision, mais elles ne sont pas absolues. Toute une gamme des r&#233;sultats possibles de beaucoup de processus physiques et sociaux peut &#234;tre connue et pr&#233;vue &#224; l'avance. Si ce n'&#233;tait pas le cas, toute science serait inutile. Nous ne pourrions jamais construire un pont, d&#233;couvrir un nouveau m&#233;dicament ou nous promener dans une rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Holloway &#233;tabli une fausse polarit&#233; entre la science positive et n&#233;gative, entre connaissance et critique. Il est possible de produire une connaissance r&#233;elle du monde sans &#234;tre engag&#233; dans la lutte r&#233;volutionnaire. Il est &#233;galement possible de d&#233;velopper une connaissance r&#233;elle des processus sociaux, sans que cela implique que la r&#233;alit&#233; sociale soit r&#233;gie par des &#171; lois objectives &#187; imperm&#233;ables conduisant &#224; une fin in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, peu de marxistes diraient aujourd'hui que le socialisme est &#171; in&#233;vitable &#187;, que l'histoire a une fin ou des r&#233;sultats pr&#233;con&#231;us. Le socialisme est un objectif, un but pour lequel nous luttons, mais c'est le produit de la r&#233;flexion th&#233;orique. Et cette r&#233;flexion th&#233;orique est elle-m&#234;me le reflet des contradictions de la r&#233;alit&#233;, c'est-&#224;-dire de la lutte des classes dans la soci&#233;t&#233; capitaliste. Pour paraphraser Marx, la th&#233;orie tend vers la r&#233;alit&#233; et (si tout va bien) la r&#233;alit&#233; vers la th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marxistes pensent qu'ils poss&#232;dent la connaissance objective que les masses n'auraient pas, d&#233;nonce John Holloway :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La notion du marxisme en tant que science implique une distinction entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, une distinction entre ceux qui poss&#232;dent la conscience v&#233;ritable et ceux qui ont la fausse conscience (&#8230;). Le d&#233;bat politique devient alors centr&#233; sur la question de l'exactitude et de la &#034;juste ligne&#034;. Mais comment savons-nous (et comme le savent-ils ?) que la connaissance de ceux qui savent est correcte ? Comment ceux qui pr&#233;tendent au savoir (le parti, les intellectuels ou quiconque) peuvent-ils transcender les conditions de leur temps et de leur position sociale de fa&#231;on a obtenir le privil&#232;ge de la connaissance du mouvement de l'histoire ? Et sans doute encore plus important politiquement : si une distinction est faite entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas et si la compr&#233;hension ou la connaissance est per&#231;ue comme si importante pour diriger la lutte politique, quelle est alors la relation organisationnelle entre ceux qui savent et les autres (les masses) ? Est-ce que ceux qui savent doivent conduire et &#233;duquer les masses (comme dans le concept du parti d'avant-garde) ou bien la r&#233;volution communiste est-elle n&#233;cessairement la t&#226;che des masses elles-m&#234;mes (comme le soutiennent les &#034;communistes de gauche&#034; tels que Pannekoek) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; (&#8230;) La notion des lois objectives ouvre une s&#233;paration entre la structure et la lutte. Alors que la notion du f&#233;tichisme sugg&#232;re que tout est lutte, que rien n'existe s&#233;par&#233;ment des antagonismes des rapports sociaux, la notion des &#034;lois objectives&#034; sugg&#232;re la dualit&#233; entre un mouvement structurel ind&#233;pendant de la volont&#233; populaire, d'une part, et les luttes subjectives pour un monde meilleur, d'autre part. &#187; (14)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les marxistes disent que tel point de vue, ou telle suggestion de l'orientation de l'action, est &#171; correct &#187;, ils n'attribuent pas le statut d'absolu, de connaissance objective &#224; cette cat&#233;gorie - ou du moins ils ne devraient pas le faire. Toute connaissance est provisoire et sujette &#224; la r&#233;vision. En discutant d'une orientation de l'action, le terme &#171; correct &#187; est usuellement un raccourci du &#171; le plus appropri&#233; &#224; la situation &#187;. Mais d'autre part, lorsque les marxistes disent des choses comme &#171; l'invasion de l'Irak est un exemple de l'imp&#233;rialisme &#187; ils sugg&#232;rent en effet l'existence d'une cat&#233;gorie de la r&#233;alit&#233; sociale qui est &#224; la port&#233;e de la connaissance et est r&#233;v&#233;l&#233;e par l'abstraction th&#233;orique. Holloway doit admettre qu'un tel processus est possible, autrement il n'aurait pas &#233;crit son livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marxistes ne pr&#233;tendent pas avoir la &#171; vraie conscience &#187; (bien que cela soit possible) oppos&#233;e &#224; la fausse conscience des masses. Mais ils affirment que la th&#233;orie sociale critique est possible et qu'elle permet de d&#233;velopper des concepts qui nous aident &#224; comprendre le d&#233;veloppement du capitalisme et &#224; lutter contre lui. La suggestion de Holloway que c'est impossible, les marxistes &#233;tant eux-m&#234;mes des produits de moments et de situations sociales particuli&#232;res, est simplement ridicule. &#201;videmment qu'ils le sont et le marxisme est le produit de p&#233;riodes et de circonstances particuli&#232;res. Ses concepts sont temporaires (ce n'est pas la connaissance absolue). Ils fournissent un cadre pour comprendre le monde et pour agir. Cette compr&#233;hension n'est pas absolue ou &#171; objective &#187;, elle est partielle et fragmentaire. Son crit&#232;re doit &#234;tre si c'est utile pour comprendre le monde et pour agir en vue de le changer. Sa v&#233;rification se fait dans la pratique et dans la lutte. Si nous n'avons pas une telle attitude envers la th&#233;orie r&#233;volutionnaire, alors nous abandonnerons non seulement le terrain de la strat&#233;gie et de la politique, mais aussi la th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de Holloway, selon laquelle nous sommes tous le produit de la f&#233;tichisation et de la r&#233;ification ne devrait pas n&#233;cessairement le conduire &#224; rejeter la notion de la fausse conscience ; il pourrait aussi bien dire que nous avons tous une fausse conscience. Et il y aurait l&#224; un grain de v&#233;rit&#233;. Il est &#233;galement juste de dire que certains ont une conscience plus fausse que d'autres. Cela peut ressembler &#224; une plaisanterie, mais si Holloway le rejette, alors nous entrons vraiment dans le ridicule. John Holloway peut-il vraiment affirmer que le point de vue de quelqu'un qui est raciste et chauvin est aussi valable que celui d'un internationaliste r&#233;volutionnaire ? La th&#233;orie marxiste peut &#234;tre partielle et conditionnelle, mais il s'agit certainement d'une approximation de la compr&#233;hension du monde qui est critique envers les rapports sociaux existants et qui fournit un &#233;clairage de ses contradictions ainsi que des potentialit&#233;s pour le changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position de Holloway est &#233;galement lourde de dangers. En rejetant totalement l'id&#233;e de la fausse conscience, il rejette la notion de l'id&#233;ologie comme quelque chose de s&#233;par&#233; de (mais li&#233; &#224;) la r&#233;ification et du f&#233;tichisme. La sous-estimation de l'id&#233;ologie conduit &#224; un manque de compr&#233;hension des appareils id&#233;ologiques du capitalisme moderne, qui sont puissants et capables de g&#233;n&#233;rer et de r&#233;it&#233;rer les points de vue f&#233;tichis&#233;s, pro-capitalistes. Une cons&#233;quence possible d'une telle attitude peut &#234;tre l'absence de compr&#233;hension de la centralit&#233; de la lutte id&#233;ologique, de la n&#233;cessit&#233; d'un combat incessant - par l'agitation, la propagande aussi bien que par la &#171; th&#233;orie &#187; - contre les id&#233;es &#171; fausses &#187; quotidiennement r&#233;pandues par les m&#233;dias pro-capitalistes (et par les acad&#233;mies). Une telle lutte n'&#233;merge pas spontan&#233;ment &#224; quelque &#233;chelle nationale que ce soit. C'est ce que L&#233;nine tentait d'indiquer dans un de ses textes les plus mal interpr&#233;t&#233;s, &#233;crite en 1902. Mais c'est une autre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusions strat&#233;giques : un monde sans partis de gauche &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'issue de sa &#171; contribution th&#233;orique &#187;, John Holloway ne propose aucune conclusion strat&#233;gique et ne s'en excuse pas. Il n'y a, dit-il, &#171; aucune garantie pour une issue heureuse &#187;. Sur ce point, malheureusement, nous ne pouvons que l'approuver. Mais contrairement &#224; d'autres d&#233;tracteurs r&#233;cents des partis r&#233;volutionnaires, il ne met pas en avant des organisations alternatives - mouvements sociaux, ONG - comme concurrents pour la couronne du &#171; prince moderne &#187;. Il ne nie pas le besoin de la coordination pour des buts ou des luttes particuli&#232;res, ni le besoin de militants politiques. Il n'est simplement pas int&#233;ress&#233; par des organisations nouvelles ou alternatives. Nous devrions regarder le mouvement, propose-t-il, non comme une organisation, mais - inspir&#233;s par le cycle des manifestations anticapitalistes - comme &#171; une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements &#187;. C'est tout, point final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement les id&#233;es de Holloway, dont certaines sont fort r&#233;pandues, ne convaincront pas tout le monde. Si par un accident impr&#233;visible tel &#233;tait le cas, les cons&#233;quences en seraient catastrophiques. Cong&#233;diez les organisations de la gauche et les partis et cong&#233;diez les syndicats. Oubliez les &#233;lections et la lutte contre le gouvernement. Tout ce qui reste, c'est la lutte du &#171; pouvoir-de &#187; contre le &#171; pouvoir-sur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement ces id&#233;es ne deviennent pas h&#233;g&#233;moniques dans la gauche, mais il est structurellement impossible qu'elles le deviennent. Imaginez un instant, dans un monde d'o&#249; les partis auraient disparu, cinq ou six amis venant de diff&#233;rents coins d'un quelconque pays, engag&#233;s dans la coalitions anti-guerre, se rencontrant et discutant politique. Ils se rendront compte qu'ils tombent d'accord sur pas mal de choses - pas seulement la guerre, mais aussi le racisme, la pauvret&#233; et le pouvoir capitaliste. Ils d&#233;cident de se rencontrer r&#233;guli&#232;rement et d'en inviter d'autres. Puis ils produisent un petit bulletin qu'ils diffusent parmi leurs camarades de la coalition anti-guerre. En six mois ils d&#233;couvrent qu'une centaine de personnes viennent &#224; leurs r&#233;unions et d&#233;cident de tenir une conf&#233;rence. Voil&#224;, ils ont form&#233; un parti politique. Et - &#233;videmment - si personne d'autre &#224; gauche n'a form&#233; une alternative, leur parti aura des centaines de membres &#224; la fin de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis r&#233;volutionnaires ne peuvent &#234;tre &#233;limin&#233;s, du moins tant que le travail qu'ils ont &#224; faire reste encore &#224; faire. Plus vite il sera fait et mieux ce sera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Phil Hearse est r&#233;dacteur du mensuel britannique Socialist Resistance. (Traduit de l'anglais par J.M.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. John Holloway, Change the World Without Taking Power, The Meaning of Revolution Today (Changer le monde sans prendre le pouvoir, la signification de la r&#233;volution aujourd'hui), Pluto Press 2002, p. 11. &lt;br class='autobr' /&gt;
2. op. cit., p. 12. &lt;br class='autobr' /&gt;
3. op. cit., p. 13. &lt;br class='autobr' /&gt;
4. op. cit., p. 15. &lt;br class='autobr' /&gt;
5. op. cit., p. 153. &lt;br class='autobr' /&gt;
6. op. cit., p. 159. &lt;br class='autobr' /&gt;
7. op. cit., p. 156. &lt;br class='autobr' /&gt;
8. op. cit., p. 108. &lt;br class='autobr' /&gt;
9. op. cit., p. 156. &lt;br class='autobr' /&gt;
10. Du nom de Bowdler qui avait r&#233;&#233;crit les textes de Shakespeare pour les rendre plus &#171; acceptables &#187; : &#233;dulcoration, appauvrissement (ndt.) &lt;br class='autobr' /&gt;
11. op. cit., p. 118. &lt;br class='autobr' /&gt;
12. Ainsi, au nom de la &#171; science prol&#233;tarienne &#187; et de la lutte contre &#171; la science bourgeoise &#187;, Staline avait fait interdire la g&#233;n&#233;tique et la sociologie&#8230; Tout en piochant parfois dans la biblioth&#232;que anarchiste, John Holloway n'est pas sectaire et puise son inspiration aussi dans les &#233;lucubrations criminelles du &#171; petit p&#232;re des peuples &#187;&#8230; (ndt.) &lt;br class='autobr' /&gt;
13. Une discussion d&#233;velopp&#233;e de ces th&#232;mes peut &#234;tre trouv&#233;e dans le livre de Daniel Bensa&#239;d, Marx l'intempestif, Fayard 1995). &lt;br class='autobr' /&gt;
14. op. cit., p. 122.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; d'Inprecor no, 487)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#232;re Clinton : &#233;tait-ce vraiment un &#226;ge d'or ?</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/L-ere-Clinton-etait-ce-vraiment-un-age-d-or</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/L-ere-Clinton-etait-ce-vraiment-un-age-d-or</guid>
		<dc:date>2003-12-01T03:13:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>&#201;tats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour juger du niveau d'hostilit&#233; des lib&#233;raux &#224; l'&#233;gard de l'administration Bush, il suffit de jeter un coup d'&#339;il sur les listes des best-sellers. Tout en t&#234;te, nous trouvons les populistes lib&#233;raux que sont Michael Moore, Al Franken, Paul Krugman et Molly Ivins. Tous adressent des reproches sarcastiques &#224; Bush No 2 et, directement ou indirectement, ils sugg&#232;rent que Bush fait triste figure en comparaison avec son pr&#233;d&#233;cesseur imm&#233;diat au Bureau Ovale [Bill Clinton], tant en ce qui concerne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-International-" rel="directory"&gt;International&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Etats-Unis-+" rel="tag"&gt;&#201;tats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour juger du niveau d'hostilit&#233; des lib&#233;raux &#224; l'&#233;gard de l'administration Bush, il suffit de jeter un coup d'&#339;il sur les listes des best-sellers. Tout en t&#234;te, nous trouvons les populistes lib&#233;raux que sont Michael Moore, Al Franken, Paul Krugman et Molly Ivins. Tous adressent des reproches sarcastiques &#224; Bush No 2 et, directement ou indirectement, ils sugg&#232;rent que Bush fait triste figure en comparaison avec son pr&#233;d&#233;cesseur imm&#233;diat au Bureau Ovale [Bill Clinton], tant en ce qui concerne les faveurs offertes aux plus riches que le pillage de l'&#233;conomie au profit des int&#233;r&#234;ts de ces derniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aurait donc qu'&#224; aller chercher un d&#233;mocrate pour la Maison-Blanche, n'importe lequel, et le ciel s'&#233;clairerait &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais supposons qu'un examen moins indulgent des ann&#233;es Clinton r&#233;v&#232;le que ces ann&#233;es n'ont rien fait pour alt&#233;rer les r&#232;gles du jeu n&#233;olib&#233;ral mises en place sous le r&#232;gne de Reagan et Thatcher. Ces r&#232;gles du jeu qui avaient pour but de stimuler les b&#233;n&#233;fices des entreprises, de d&#233;placer le pouvoir de n&#233;gociation vers le monde des affaires au d&#233;triment des salari&#233;s, d'&#233;roder les protections sociales des travailleurs, de rendre les riches plus riches, de laisser ' dans le meilleur des cas ' la couche du milieu tranquille, et de rendre les pauvres plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, j'ai critiqu&#233; une pr&#233;sentation extr&#234;mement bienveillante, pour ne pas dire grossi&#232;rement flatteuse, de la politique &#233;conomique de Clinton (Clintonomics) faite par l'&#233;conomiste n&#233;olib&#233;ral Paul Krugman, un &#233;ditorialiste de renom du New York Times. Par chance, nous disposons aujourd'hui &#224; ce sujet d'une autre analyse pr&#233;cise, pas du tout complaisante celle-l&#224;, faite par Robert Pollin dans son livre Contours of Descent. US Economic Fractures and the Landscape of Global Austerity (Contours d'une Descente : Fractures &#233;conomiques US et le paysage de l'aust&#233;rit&#233; globale) publi&#233; par les &#233;ditions Verso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil de ces 238 pages, Pollin est extr&#234;mement clair. Il y dit : &#171; C'est sous Clinton que la distribution de la richesse est devenue aux Etats-Unis plus in&#233;gale que jamais au cours des 40 derni&#232;res ann&#233;es. Dans les Etats-Unis de Clinton, le rapport entre le salaire du travailleur moyen et la r&#233;mun&#233;ration des cadres est pass&#233; de 1 &#224; 113 en 1991 &#224; 1 &#224; 449 &#224; la fin de sa pr&#233;sidence. &#187; Entre 1980 et 1998, &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te (sans tenir compte de la Chine), l'in&#233;galit&#233; entre les 10 % de l'humanit&#233; les plus riches et les 10 % les plus pauvres a cr&#251; de 19 % ; et de 77 % si l'on consid&#232;re le 1 % des plus riches et des plus pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le tableau bross&#233; par Pollin : &#171; Pendant les huit ann&#233;es de la pr&#233;sidence de Clinton, m&#234;me avec la bulle qui alimentait l'investissement financier et la consommation des riches, les salaires moyens sont rest&#233;s 10 % inf&#233;rieurs &#224; ceux existant dans les meilleurs moments de la p&#233;riode Nixon-Ford[1968-1976], cela en d&#233;pit du fait que la productivit&#233; de l'&#233;conomie &#233;tait de 50 % plus &#233;lev&#233;e sous Clinton que sous Nixon et Ford. Quant au niveau de pauvret&#233; sous l'&#232;re Clinton, il n'a &#233;t&#233; qu'&#224; peine plus favorable que les tristes records enregistr&#233;s durant les ann&#233;es Reagan-Bush. &#187; Nous avons donc eu une bulle sp&#233;culative stimul&#233;e par les d&#233;penses de consommation des riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'&#232;re Clinton, le pouvoir du capital a augment&#233; inexorablement pour faire bosser les travailleurs et les faire trimer davantage pour des salaires r&#233;els inf&#233;rieurs. Les saccages sp&#233;culatifs ont re&#231;u le feu vert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la mar&#233;e bouillonnante de ces ann&#233;es a fait monter les bateaux, quoiqu'irr&#233;guli&#232;rement. Les yachts des riches se sont maintenus magnifiquement &#224; flot. Les petits bateaux, eux, sont mont&#233;s d'un pouce ou deux. Au cours de ces ann&#233;es, le business a eu besoin de plus de travailleurs et, pour une courte p&#233;riode, la p&#233;nurie de main-d''uvre a donn&#233; aux salari&#233;&#183;e&#183;s la possibilit&#233; de n&#233;gocier certaines augmentations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; la fin des huit ann&#233;es de la pr&#233;sidence Clinton, lorsque la mar&#233;e bouillonnante a reflu&#233;, qu'est-il rest&#233; aux travailleurs comme h&#233;ritage durable ? Pollin conclut lugubrement que Clinton &#171; n'a quasiment rien accompli dans le domaine des lois sur le travail, ni dans le domaine politique plus g&#233;n&#233;ral pour am&#233;liorer le sort des travailleurs. Pire, les conditions se sont p&#233;jor&#233;es sous Clinton pour ceux qui sont officiellement compt&#233;s parmi les pauvres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pollin n'est nulle part plus persuasif que lorsqu'il analyse les causes du passage, sous Clinton, d'un d&#233;ficit &#224; un exc&#233;dent budg&#233;taire. Ce qui amena en 2000 Al Gore, vice-pr&#233;sident de Clinton et candidat &#224; la pr&#233;sidence, &#224; promettre le remboursement de la totalit&#233; de la dette f&#233;d&#233;rale de 5,8 trillons de dollars. Est-ce que ce changement a &#233;t&#233; d&#251; &#224; la croissance &#233;conomique (produisant des revenus imposables plus &#233;lev&#233;s) et &#224; l'augmentation mod&#233;r&#233;e, d&#233;cid&#233;e en 1993, des taux d'imposition pour les riches ? S'il en &#233;tait ainsi, cela nous conduirait &#224; avoir un regard bienveillant sur la politique fiscale de Clinton. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, si ces surplus n'ont &#233;t&#233; obtenus qu'&#224; force de coupes dans les d&#233;penses sociales et dans le filet de la s&#233;curit&#233; sociale, ainsi que gr&#226;ce &#224; l'envol des rentr&#233;es fiscales sur les gains en capitaux, cons&#233;quence de la bulle boursi&#232;re, alors les candidats progressistes, et m&#234;me les D&#233;mocrates, ne devraient pas chanter si fort les louanges du mod&#232;le Clinton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une analyse originale et tranchante, Pollin montre que presque deux tiers des miracles fiscaux de Clinton sont &#224; mettre sur le compte de coupes dans les d&#233;penses gouvernementales en rapport au PIB (pour 54 %) et sur le compte des imp&#244;ts sur les gains en capitaux (pour 10 %). Pollin en vient alors &#224; la vraie question. Supposons que de vrais dividendes de la paix aient exist&#233; &#224; la fin de la guerre froide : nous aurions alors pu produire un peu moins d'armes, engager 100000 enseignants suppl&#233;mentaires, offrir 560000 bourses scolaires en plus et ouvrir 1400 nouvelles &#233;coles secondaires. Tout en continuant &#224; avoir un exc&#233;dent budg&#233;taire de 220 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Wall Street a applaudi &#224; ces exc&#233;dents budg&#233;taires et le peuple a fait les frais des coupes budg&#233;taires : moins d'enseignants et un environnement plus sale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensez-vous que le prochain candidat d&#233;mocrate va s'attaquer aux horreurs &#224; court et &#224; long termes engendr&#233;es par le credo n&#233;olib&#233;ral, auquel Clinton a &#233;t&#233; si loyal ? Bien s&#251;r que non. Que faudrait-il faire, au minimum ? Pollin ne se d&#233;robe pas &#224; la question et il propose des r&#233;ponses qui &#233;vitent la rh&#233;torique du protectionnisme commercial. Si nous voulons aller vers un monde o&#249; les familles ne doivent pas faire la queue devant les &#233;glises pour rester en vie, et o&#249; des jeunes ne doivent pas travailler pour 20 cents par jour dans des sweatshop du tiers-monde, nous avons alors besoin de politiques qui promeuvent le plein emploi et la s&#233;curit&#233; des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles politiques devraient comporter un renforcement des droits l&#233;gaux des travailleurs &#224; s'organiser et &#224; former des syndicats, ainsi qu'&#224; se battre sur le terrain et &#224; mener des gr&#232;ves. Pour parvenir &#224; un minimum d'&#233;quit&#233; et de stabilit&#233; dans le syst&#232;me financier, les institutions financi&#232;res devraient &#234;tre oblig&#233;es de respecter des exigences minimales en termes de r&#233;serves de capitaux, ce que Greenspan n'est pas parvenu &#224; imposer en septembre 1996. Ce m&#234;me instrument pourrait &#234;tre utilis&#233; pour orienter le cr&#233;dit vers des projets sociaux, tels que le logement pour les personnes avec de bas revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tous les efforts de nos leaders, les sentiments moraux des gens ne sont pas enti&#232;rement corrompus. Les consommateurs, par exemple, sont pr&#234;ts &#224; payer un peu plus cher si on peut leur assurer qu'ils ach&#232;tent des produits fabriqu&#233;s dans des conditions correctes. Les pays du tiers-monde ont besoin de survivre autrement qu'en &#233;tant le lieu d'implantation d'usines avec des conditions d'exploitation extr&#234;mes ' les sweatshops', une situation c&#233;l&#233;br&#233;e par Krugman et son coll&#232;gue au Times, Nicholas Kristof. Ces pays doivent pouvoir recourir &#224; certaines mesures de protection de leur march&#233; int&#233;rieur, comme cela fut le cas pr&#233;c&#233;demment dans le cadre de politiques de d&#233;veloppement, sans que des agences du gouvernement am&#233;ricain puissent d&#233;cr&#233;ter que tel r&#233;formateur ou tel organisateur syndical doive &#234;tre assassin&#233; par des escadrons de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d&#233;sol&#233;, mais vous n'entendrez pas ces id&#233;es exprim&#233;es par la bouche de Howard Dean [le candidat &#224; la candidature d&#233;mocrate pour les &#233;lections de 2004, qui est &#224; l'heure actuelle &#224; la t&#234;te des sondages et qui se donne une image &#171; progressiste &#187;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Alexander Cockburn anime avec Jeffrey St Clair la publication am&#233;ricaine &#171; Counterpunch &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(tir&#233; du site A l'encontre)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; NI D&#201;CALQUE, NI COPIE &#187; : CHE GUEVARA, OU LA RECHERCHE D'UN NOUVEAU SOCIALISME</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/NI-DECALQUE-NI-COPIE-CHE-GUEVARA-OU-LA-RECHERCHE-D-UN-NOUVEAU-SOCIALISME</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/NI-DECALQUE-NI-COPIE-CHE-GUEVARA-OU-LA-RECHERCHE-D-UN-NOUVEAU-SOCIALISME</guid>
		<dc:date>2003-10-23T15:01:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>Quatri&#232;me Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; en 1928, Jos&#233; Carlos Mariat&#233;gui - le v&#233;ritable fondateur du marxisme latino-am&#233;ricain - &#233;crivait les paroles suivantes : &#171; Nous ne voulons pas, en effet, qu'en Am&#233;rique latine le socialisme soit un d&#233;calque et une copie (&#171; calco y copia &#187;). Il doit &#234;tre une cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que. Nous devons donner vie, avec notre propre r&#233;alit&#233;, dans notre propre langage, au socialisme indo-am&#233;ricain. C'est l&#224; une mission digne d'une g&#233;n&#233;ration nouvelle &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son avertissement ne fut (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-et-theorie-" rel="directory"&gt;Histoire et th&#233;orie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Quatrieme-Internationale-18-+" rel="tag"&gt;Quatri&#232;me Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; en 1928, Jos&#233; Carlos Mariat&#233;gui - le v&#233;ritable fondateur du marxisme latino-am&#233;ricain - &#233;crivait les paroles suivantes : &#171; Nous ne voulons pas, en effet, qu'en Am&#233;rique latine le socialisme soit un d&#233;calque et une copie (&#171; calco y copia &#187;). Il doit &#234;tre une cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que. Nous devons donner vie, avec notre propre r&#233;alit&#233;, dans notre propre langage, au socialisme indo-am&#233;ricain. C'est l&#224; une mission digne d'une g&#233;n&#233;ration nouvelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son avertissement ne fut malheureusement pas &#233;cout&#233;. Cette m&#234;me ann&#233;e o&#249; il &#233;crivait ces lignes, le mouvement communiste latino-am&#233;ricain tombait sous l'influence du paradigme stalinien qui a impos&#233;, pendant pr&#232;s d'un demi-si&#232;cle, le d&#233;calque et la copie de l'id&#233;ologie de la bureaucratie sovi&#233;tique et de son d&#233;nomm&#233; &#171; socialisme r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas si le Che connaissait ce texte de Mariat&#233;gui, cela reste possible vu que sa compagne Hilda Gadea lui avait pr&#234;t&#233; des &#233;crits de Mariat&#233;gui pendant les ann&#233;es qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la R&#233;volution cubaine. De toute fa&#231;on, on peut consid&#233;rer qu'une bonne partie de sa r&#233;flexion et de sa pratique politique, surtout dans les ann&#233;es '60, avait comme objectif de sortir de la voie sans issue &#224; laquelle menait l'imitation servile du mod&#232;le sovi&#233;tique et est-europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses id&#233;es sur la construction du socialisme sont une tentative de &#171; cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que &#187; de quelque chose de nouveau, la recherche - interrompue et inachev&#233;e - d'un paradigme de socialisme distinct, et en de nombreux aspects oppos&#233;, &#224; la caricature bureaucratique &#171; r&#233;ellement existante &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1959 jusqu'&#224; 1967, la pens&#233;e du Che a consid&#233;rablement &#233;volu&#233;e. Il s'est sans cesse &#233;loign&#233; des illusions initiales sur le socialisme sovi&#233;tique et sur le mod&#232;le sovi&#233;tique - en r&#233;alit&#233; stalinien - du marxisme. Dans une lettre de 1965 &#224; un ami cubain, il critique durement le &#171; suivisme id&#233;ologique &#187; qui se manifeste &#224; Cuba envers l'&#233;dition de manuels sovi&#233;tiques d'enseignement du marxisme. Ces manuels - qu'il appelait les &#171; briques sovi&#233;tiques &#187; - &#171; ont l'inconv&#233;nient de ne pas te laisser penser : le Parti l'a d&#233;j&#224; fait pour toi et tu dois le dig&#233;rer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On per&#231;oit de mani&#232;re sans cesse plus explicite, surtout dans ses &#233;crits &#224; partir de 1963, le rejet du &#171; d&#233;calque et de la copie &#187; et la recherche d'un mod&#232;le alternatif, la tentative de formuler une autre voie au socialisme, plus radicale, plus &#233;galitaire, plus fraternelle, plus humaine et plus cons&#233;quente avec l'&#233;thique communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa mort en octobre 1967 va interrompre un processus de maturation politique et de d&#233;veloppement intellectuel autonomes. Son oeuvre n'est donc pas un syst&#232;me clos, une doctrine achev&#233;e qui donne r&#233;ponse &#224; tout. Sur de nombreuses questions - la d&#233;mocratie dans la planification, la lutte contre la bureaucratie - sa r&#233;flexion est rest&#233;e incompl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moteur essentiel de cette recherche d'un nouveau chemin - au-del&#224; des questions &#233;conomiques sp&#233;cifiques - est la conviction que le socialisme n'a pas de sens - et ne peut triompher - s'il ne signifie pas un projet de civilisation, une &#233;thique sociale, un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; totalement antagonique par rapport aux valeurs de l'individualisme mesquin, de l'&#233;go&#239;sme f&#233;roce, de la comp&#233;tition, de la guerre de tous contre tous incarn&#233;s dans la civilisation capitaliste - ce monde dans lequel &#171; l'homme est un loup pour l'homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La construction du socialisme est ins&#233;parable de certaines valeurs &#233;thiques, contrairement aux affirmations des conceptions &#233;conomicistes - de Staline &#224; Krouchtchev et ses successeurs - qui ne prennent en consid&#233;ration que le &#171; d&#233;veloppement des forces productives &#187;. Dans son fameux entretien avec le journaliste Jean Daniel (en juillet 1963), le Che d&#233;clarait, dans ce qui constituait d&#233;j&#224; une critique implicite du &#171; socialisme r&#233;el &#187;, que &#171; Le socialisme &#233;conomique sans la morale communiste ne m'int&#233;resse pas. Nous luttons contre la mis&#232;re, mais aussi en m&#234;me temps contre l'ali&#233;nation (...). Si le communisme passe au-dessus des faits de conscience, il pourra &#234;tre un mod&#232;le de r&#233;partition, mais il ne sera pas une morale r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le socialisme pr&#233;tend lutter contre le capitalisme et le vaincre sur son propre terrain, qui est celui du productivisme et du consum&#233;risme, en utilisant ses propres armes - la forme marchande, la comp&#233;tition, l'individualisme &#233;go&#239;ste - il est alors condamn&#233; &#224; l'&#233;chec. On ne peut affirmer que Guevara avait pr&#233;vu l'&#233;croulement de l'URSS, mais il a eu d'une certaine mani&#232;re l'intuition qu'un syst&#232;me &#171; socialiste &#187; qui ne tol&#232;re pas la divergence, qui ne signifie pas de nouvelles valeurs, qui tente d'imiter son adversaire et qui n'a pas d'autre ambition que de &#171; rattraper et de d&#233;passer &#187; la production des m&#233;tropoles capitaliste, n'a tout bonnement pas d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme, pour le Che, &#233;tait un projet historique d'une nouvelle soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur des valeurs d'&#233;galit&#233;, de solidarit&#233;, de collectivisme, d'altruisme r&#233;volutionnaire, de libre discussion et participation populaires. Ses critiques - croissantes - envers le &#171; socialisme r&#233;el &#187;, tout autant que sa pratique en tant que dirigeant et sa r&#233;flexion sur l'exp&#233;rience cubaine sont inspir&#233;s par cette utopie (dans le sens donn&#233; &#224; ce concept par Ernst Bloch) communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois aspects traduisent concr&#232;tement cette aspiration de Guevara et sa recherche d'un nouveau chemin : la discussion sur les m&#233;thodes de gestion &#233;conomique, la question de la libre expression des divergences et la perspective de la d&#233;mocratie socialiste. Le premier aspect occupait, de fait, une place centrale dans la r&#233;flexion du Che ; les deux autres - qui sont &#233;troitement interconnect&#233;s - sont beaucoup moins d&#233;velopp&#233;s, avec des lacunes et des contradictions. Mais ils ne laissent pas d'&#234;tre pr&#233;sents dans ses pr&#233;occupations et dans sa pratique politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#176; Les m&#233;thodes de gestion &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit ici du c&#233;l&#232;bre d&#233;bat des ann&#233;es 1963-1964 sur les divers aspects de la planification, en confrontation avec les partisans du mod&#232;le sovi&#233;tique - le Ministre du Commerce ext&#233;rieur, Alberto Mora, le directeur de l'Institut national de la r&#233;forme agraire Carlos Rafael Rodriguez - soutenus par l'&#233;minent &#233;conomiste marxiste fran&#231;ais Charles Bettelheim. Les positions d'Ernesto Guevara - qui ont re&#231;u l'appui de l'&#233;conomiste marxiste belge et dirigeant de la IVe Internationale Ernest Mandel, invit&#233; &#224; participer au &#171; d&#233;bat &#233;conomique &#187; cubain - constituent une critique radicale implicite, puis explicite, du &#171; socialisme r&#233;el &#187;. Les principales caract&#233;ristiques du mod&#232;le est-europ&#233;en auxquelles le Che s'opposait &#233;taient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La pr&#233;pond&#233;rance de la loi de la valeur comme loi objective des &#233;conomies de transition au socialisme - une th&#232;se de Staline d&#233;fendue par Bettelheim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La marchandise comme base du syst&#232;me productif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La comp&#233;tition - entre entreprises ou entre les travailleurs - comme facteurs de croissance de la productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les m&#233;thodes de stimulants et de r&#233;tributions beaucoup plus individuels que collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les privil&#232;ges &#233;conomiques en faveurs des g&#233;rants et des administrateurs d'entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les crit&#232;res marchands dans les relations &#233;conomiques entre pays dits socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son fameux &#171; Discours d'Alger &#187; (f&#233;vrier 1965), Ernesto Guevara appelait les pays qui se r&#233;clamaient du socialisme &#224; &#171; liquider leur complicit&#233; tacite avec les pays exploiteurs occidentaux &#187;, une complicit&#233; qui se traduisait dans les relations d'&#233;change in&#233;gal qu'ils assuraient avec les peuples en lutte contre l'imp&#233;rialisme. Pour le Che, &#171; le socialisme ne peut exister s'il ne s'op&#232;re pas dans les consciences un changement qui provoque une nouvelle attitude fraternelle face &#224; l'humanit&#233;, tant au niveau de l'impact individuel, dans la soci&#233;t&#233; qui construit le socialisme, qu'au niveau mondial par rapport &#224; tous les peuples qui souffrent de l'oppression imp&#233;rialiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant dans son essai de mars 1965 &#171; Le Socialisme et l'Homme &#224; Cuba &#187; les mod&#232;les de construction du socialisme en vigueur en Europe orientale, le Che rejetait la conception selon laquelle il fallait &#171; vaincre le capitalisme avec ses propres f&#233;tiches &#187; : &#171; en poursuivant la chim&#232;re de r&#233;aliser le socialisme &#224; l'aide des armes pourries l&#233;gu&#233;es par le capitalisme (la marchandise prise comme unit&#233; &#233;conomique, la rentabilit&#233;, l'int&#233;r&#234;t mat&#233;riel individuel comme stimulant, etc.) on risque d'aboutir &#224; une impasse. (...). Pour construire le communisme, il faut changer l'homme en m&#234;me temps que la base &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des principaux dangers du mod&#232;le import&#233; des pays de l'est-europ&#233;en est la croissance de l'in&#233;galit&#233; sociale et la formation d'une couche privil&#233;gi&#233;e de technocrates et de bureaucrates : dans ce syst&#232;me de r&#233;tributions, &#171; ce sont les directeurs qui gagnent sans cesse plus. Il suffit de voir le dernier projet de la RDA, l'importance qu'y acquiert la gestion du directeur, ou mieux dit, la r&#233;tribution de la gestion du directeur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fond du d&#233;bat consistait en une confrontation entre une vision &#233;conomiciste - la sph&#232;re &#233;conomique consid&#233;r&#233;e comme un syst&#232;me autonome, r&#233;gi par ses propres lois, telle que la loi de la valeur ou les lois du march&#233; - et une conception politique du socialisme, c'est &#224; dire la prise de d&#233;cisions &#233;conomiques - les priorit&#233;s productives, les prix, etc. - selon des crit&#232;res sociaux, &#233;thiques et politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les propositions &#233;conomiques du Che - la planification contre le march&#233;, le syst&#232;me budg&#233;taire de financement, les stimulants collectifs ou &#171; moraux &#187; - avaient comme objectif la recherche d'un mod&#232;le de construction du socialisme fond&#233;e sur ces crit&#232;res, distincts, donc, du mod&#232;le sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter que Guevara n'a pas eu une id&#233;e claire sur la nature du syst&#232;me bureaucratique stalinien. Il suivait, selon moi, une piste erron&#233;e en cherchant dans la NEP [1], plut&#244;t que dans le Thermidor stalinien, l'origine des probl&#232;mes et des limitations de l'exp&#233;rience sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2&#176; La libert&#233; de discussion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un aspect politique important de la discussion &#233;conomique de '63-'64 m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233; ; c'est l'existence m&#234;me de ce d&#233;bat ; soit le fait que l'expression publique de d&#233;saccords est normale dans un processus de construction du socialisme. En d'autres termes ; la l&#233;gitimation d'un certain pluralisme d&#233;mocratique dans la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette probl&#233;matique existe implicitement dans le d&#233;bat &#233;conomique. Guevara ne l'a jamais d&#233;velopp&#233; de mani&#232;re explicite ou syst&#233;matique, et, surtout, il ne l'a pas mise en relation avec la question de la d&#233;mocratie dans la planification. Mais son attitude, &#224; plusieurs occasions aux cours des ann&#233;es '60, est favorable &#224; la libert&#233; de discussion dans le camp r&#233;volutionnaire et au respect de la pluralit&#233; des opinions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple int&#233;ressant est son attitude envers les trotskistes cubains, dont il ne partageait absolument pas les analyses (qu'il a d'ailleurs durement critiqu&#233;s &#224; plusieurs occasions). En 1961, dans une entrevue avec l'intellectuel nord-am&#233;ricain Maurice Zeitlin, Guevara a d&#233;nonc&#233; la destruction par la police cubaine des plaques d'impression du livre &#171; La R&#233;volution permanente &#187; de Trotsky, en la qualifiant comme une &#171; erreur &#187; et comme quelque chose &#171; qui n'aurait pas d&#251; se passer &#187;. Des ann&#233;es plus tard, peu avant de quitter Cuba en 1965, il parvient &#224; faire sortir de prison le dirigeant trotskiste cubain Roberto Acosta Hechevarria, auquel il d&#233;clara en le quittant avec une accolade fraternelle ; &#171; Acosta, les id&#233;es ne se combattent pas &#224; coups de b&#226;ton &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus significatif est sa r&#233;ponse - dans un rapport de 1964 adress&#233; &#224; ses camarades du Minist&#232;re de l'Industrie - &#224; la critique de &#171; trotskisme &#187; que lui adressaient certains sovi&#233;tiques. &#171; Par rapport &#224; cela, je crois que : soit nous poss&#233;dons la capacit&#233; de d&#233;truire une opinion contraire avec arguments, soit nous devons la laisser s'exprimer (...). Il n'est pas possible de d&#233;truire une opinion avec la force, parce que cela bloque tout le libre d&#233;veloppement de l'intelligence. On peut &#233;galement apprendre une s&#233;rie de choses de la pens&#233;e de Trotski ; y compris si, comme je le crois, il s'est tromp&#233; dans ses concepts fondamentaux et si son action ult&#233;rieure fut erron&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est sans doute pas un hasard que la d&#233;fense la plus explicite de la libert&#233; d'expression et la critique la plus directe de Guevara &#224; l'encontre de l'autoritarisme stalinien se manifeste sur le terrain de l'art. Dans son c&#233;l&#232;bre essai sur &#171; Le Socialisme et l'Homme &#224; Cuba &#187;, il d&#233;nonce le &#171; r&#233;alisme socialiste &#187; de facture sovi&#233;tique comme l'imposition d'une seule forme d'art - la seule &#171; que comprennent les fonctionnaires &#187;. Avec cette m&#233;thode, souligne-t-il, on &#171; annule l'authentique investigation artistique &#187; et l'on place une v&#233;ritable &#171; camisole de force sur l'expression artistique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3&#176; La d&#233;mocratie socialiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que le Che n'ait jamais &#233;labor&#233; une th&#233;orie achev&#233;e sur le r&#244;le de la d&#233;mocratie dans la transition socialiste - sans doute la principale lacune dans son oeuvre - il rejetait les conceptions autoritaires et dictatoriales qui ont fait tant de mal au socialisme au XXe si&#232;cle. A ceux qui pr&#233;tendent, du haut, &#171; &#233;duquer le peuple &#187; - une doctrine fausse d&#233;j&#224; critiqu&#233;e par Marx dans les &#171; Th&#232;ses sur Fueurbach &#187; (&#171; qui &#233;duquera l'&#233;ducateur ? &#187;) - le Che r&#233;pondait dans un discours de 1960 : &#171; La premi&#232;re recette pour &#233;duquer le peuple... c'est de le faire entrer en r&#233;volution. Ne pr&#233;tendez jamais &#233;duquer un peuple au moyen de la seule &#233;ducation, et avec un gouvernement despotique par dessus le march&#233;, afin qu'il puisse apprendre &#224; conqu&#233;rir ses droits. Enseignez-lui, avant tout, &#224; conqu&#233;rir effectivement ses droits et ce peuple, lorsqu'il sera repr&#233;sent&#233; dans le gouvernement, apprendra tout ce que l'on enseignera et bien plus encore : il sera le ma&#238;tre de tous sans aucun effort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes ; la seule p&#233;dagogie &#233;mancipatrice est l'auto-&#233;ducation des peuples &#224; travers leur propre pratique r&#233;volutionnaire - ou, comme l'&#233;non&#231;ait Marx dans l'Id&#233;ologie Allemande, &#171; dans l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, le changement de soi-m&#234;me co&#239;ncide avec la modification des conditions &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me sens, les notes critiques de 1966 &#224; l'encontre d'un manuel d'&#233;conomie politique sovi&#233;tique contiennent cette formulation pr&#233;cise et nette : &#171; Le terrible crime de Staline a &#233;t&#233; d'avoir m&#233;pris&#233; l'&#233;ducation communiste et institu&#233; un culte illimit&#233; &#224; l'autorit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale limite est l'insuffisance de sa r&#233;flexion sur la relation entre la d&#233;mocratie et la planification de la production. Ses arguments en d&#233;fense de la planification et contre les cat&#233;gories marchandes sont tr&#232;s importantes et acqui&#232;rent une nouvelle actualit&#233; devant la vulgate n&#233;o-lib&#233;rale qui domine aujourd'hui avec sa religion du march&#233;. Mais elles laissent de c&#244;t&#233; la question politique cl&#233; : Qui planifie ? Qui d&#233;cide des grandes options sur le plan &#233;conomique ? Qui d&#233;termine les priorit&#233;s de la production et de la consommation ? Sans une v&#233;ritable d&#233;mocratie - c'est &#224; dire sans : a) le pluralisme politique ; b) la libre discussion sur les priorit&#233;s et c) la libre option de la population entre les diverses propositions et plates-formes &#233;conomiques propos&#233;es - la planification se transforme in&#233;vitablement en un syst&#232;me bureaucratique, autoritaire et inefficace de &#171; dictature sur les besoins &#187;, comme le d&#233;montre abondamment l'histoire de l'ex-URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit ; les probl&#232;mes &#233;conomiques de la transition au socialisme sont ins&#233;parables de la nature du syst&#232;me politique. L'exp&#233;rience cubaine de ces derni&#232;res 30 derni&#232;res ann&#233;es r&#233;v&#232;le, elle aussi, les cons&#233;quences n&#233;gatives de l'absence d'institutions d&#233;mocratico-socialistes - bien que Cuba soit parvenue &#224; &#233;viter les pires aberrations bureaucratiques et totalitaires des autres &#201;tats du &#171; socialisme r&#233;el &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat &#224; beaucoup &#224; voir, cela va de soi, avec le probl&#232;me des institutions de la r&#233;volution. Guevara rejetait la d&#233;mocratie bourgeoise, mais - malgr&#233; sa sensibilit&#233; anti-bureaucratique et &#233;galitaire - il est loin d'avoir une vision claire sur la d&#233;mocratie socialiste. Dans &#171; Le Socialisme et l'Homme et &#224; Cuba &#187;, l'auteur reconna&#238;t que l'Etat r&#233;volutionnaire peut se tromper et provoquer une r&#233;action n&#233;gative des masses qui l'oblige &#224; se rectifier (l'exemple qu'il cite est la politique sectaire du Parti communiste sous la direction d'Anibal Escalante en 1961-1962). Mais, souligne-t-il, &#171; il est &#233;vident que le m&#233;canisme ne suffit pas pour assurer une succession de mesures sens&#233;es et qu'il manque une connexion plus structur&#233;e avec les masses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, il semble trouver une solution dans une vague &#171; interrelation dialectique &#187; entre les dirigeants et les masses. Cependant, quelques pages plus loin, il avoue que le probl&#232;me est loin d'avoir trouv&#233; une solution ad&#233;quate, permettant un contr&#244;le d&#233;mocratique effectif : &#171; Cette institutionnalit&#233; de la r&#233;volution n'a pas encore &#233;t&#233; obtenue. Nous cherchons quelque chose de nouveau &#187; (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons que dans les derni&#232;res ann&#233;es de sa vie, Ernesto Guevara a grandement progress&#233; dans sa prise de conscience envers le paradigme sovi&#233;tique, dans son rejet du &#171; calco y copia &#187; du &#171; socialisme r&#233;el &#187;. Mais une bonne partie de ses derniers &#233;crits reste encore in&#233;dite, pour des raisons inexplicables. Parmi ces documents se trouve une critique radicale du Manuel d'Economie Politique de l'Acad&#233;mie des Sciences de l'URSS, r&#233;dig&#233;e &#224; Prague en 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; en 1996, Carlos Tablada - auteur d'un ouvrage important sur la pens&#233;e &#233;conomique du Che - cite quelques paragraphes de ce document, auquel il a pu avoir acc&#232;s (mais non l'autorisation de le publier int&#233;gralement) [[De nombreux extraits de ce texte in&#233;dit ont &#233;t&#233; entre-temps publi&#233;s dans un chapitre de l'ouvrage &#171; Che, el camino del fuego &#187; du Cubain Orlando Borrego (qui fut premier lieutenant dans la colonne de gu&#233;rilla du Che, puis son vice-ministre de l'Industrie). Ce chapitre peut &#234;tre consult&#233; (en espagnol) sur le site : &lt;a href=&#034;http://www.rebelion.org/argentina/notas190902.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.rebelion.org/argentina/notas190902.pdf&lt;/a&gt;. Le livre au complet : &lt;a href=&#034;http://www.rebelion.org/libros/borrego_che.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.rebelion.org/libros/borrego_che.pdf&lt;/a&gt;. L'un de ces passages est tr&#232;s int&#233;ressant parce qu'il d&#233;montre que dans ses derni&#232;res r&#233;flexions politiques, Guevara se rapprochait du concept d'une d&#233;mocratie socialiste, d'une planification d&#233;mocratique dans laquelle ce serait le peuple lui-m&#234;me, les travailleurs, &#171; les masses &#187; (selon sa terminologie), qui prendront les grandes d&#233;cisions &#233;conomiques :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En contradiction avec la conception du plan comme une d&#233;cision &#233;conomique des masses conscientes de leurs int&#233;r&#234;ts populaires, on offre un placebo dans lequel seuls les &#233;l&#233;ments &#233;conomiques d&#233;cident du destin collectif. C'est une mani&#232;re de proc&#233;der m&#233;caniste, anti-marxiste. Les masses doivent avoir la possibilit&#233; de diriger leur destin, de d&#233;cider quelle est la partie de la production qui ira &#224; l'accumulation du capital et quelle sera celle qui sera consomm&#233;e. La technique &#233;conomique doit op&#233;rer dans les limites de ces indications et la conscience des masses doit assurer son instauration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les balles des assassins de la CIA et de leurs alli&#233;s boliviens ont interrompu, en octobre 1967, ce travail de &#171; cr&#233;ation h&#233;ro&#239;que &#187; d'un socialisme r&#233;volutionnaire nouveau, d'un communisme d&#233;mocratique nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;NOTES :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Note du traducteur : NEP = Nouvelle politique &#233;conomique. Apr&#232;s la guerre civile et l'intervention &#233;trang&#232;re contre la R&#233;volution (1917-1921) qui ont ravag&#233; l'&#233;conomie russe, le pouvoir sovi&#233;tique a assouplit les mesures du &#034;communisme de guerre&#034; en r&#233;introduisant certains m&#233;canismes &#233;conomiques capitalistes : suppression des mesures de r&#233;quisition des r&#233;coltes &#224; la campagne, tol&#233;rance envers la petite et moyenne industrie priv&#233;e, r&#233;tablissement de la libert&#233; du commerce, ouverture sous contr&#244;le de l'Etat aux capitaux &#233;trangers, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michael L&#246;wy est membre du Comit&#233; Acad&#233;mique International de la &#171; C&#225;tedra Libre Ernesto Che Guevara &#187; de l'Universit&#233; populaire des M&#232;res de la Place de Mai. Parmi de nombreux autres ouvrages, il est l'auteur de &#171; La pens&#233;e de Che Guevara &#187; (1971, Maspero) et &#171; Le Marxisme en Am&#233;rique latine &#187; (1982, Maspero).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Universidad Popular Madres de Plaza de Mayo, Buenos Aires, Argentine. (Expos&#233; pr&#233;sent&#233; pour la premi&#232;re fois &#224; la Conf&#233;rence annuelle de la Fondation Ernesto Che Guevara, Italie, juin 2001).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction de l'espagnol : Ataulfo Riera.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un navet historique</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Un-navet-historique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Un-navet-historique</guid>
		<dc:date>2003-10-06T01:24:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#034;C'est &#224; Stalingrad que les gonds du destin ont tourn&#233;&#034; Winston Churchill &lt;br class='autobr' /&gt; Hier soir, le 4 octobre, sur la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision Quatre saisons, on a pu voir le film sur la bataille de Stalingrad : &#034;L'Ennemi aux portes&#034;, du cin&#233;aste fran&#231;ais Jean-Jacques Annaud. Pour r&#233;aliser ce film, une co-production euro-am&#233;ricaine, Jean-Jacques Annaud s'est inspir&#233; du livre de l'am&#233;ricain William Craig : &#034;Vaincre ou mourir &#224; Stalingrad&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai lu ce livre. C'est une fresque, soit dit en passant, d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Culture-26-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Russie-107-+" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#034;C'est &#224; Stalingrad que les gonds du destin ont tourn&#233;&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Winston Churchill&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Hier soir, le 4 octobre, sur la cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision Quatre saisons, on a pu voir le film sur la bataille de Stalingrad : &#034;L'Ennemi aux portes&#034;, du cin&#233;aste fran&#231;ais Jean-Jacques Annaud. Pour r&#233;aliser ce film, une co-production euro-am&#233;ricaine, Jean-Jacques Annaud s'est inspir&#233; du livre de l'am&#233;ricain William Craig : &#034;Vaincre ou mourir &#224; Stalingrad&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu ce livre. C'est une fresque, soit dit en passant, d'une envergure exceptionnelle (&#224; lire absolumnent), o&#249; on se rend compte que Jean-Jacques Annaud n'a pas respect&#233; &#034;&#224; la lettre&#034; les t&#233;moignages &#233;mouvants des principaux acteurs de cette sanglante histoire militaire. L&#224;-dessus, au risque de choquer les bonnes &#226;mes, j'en ai gros &#224; dire contre cette tentative &#034;cin&#233;matographique&#034; de refaire l'histoire de cette bataille sauvage et implacable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;&#233;criture manipulatrice de l'histoire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me pue au nez, c'est que Jean-Jacques Annaud tente de nous r&#233;sumer l'histoire de la bataille de Stalingrad en un affrontement entre deux dictateurs, Staline et Hitler. Il tente aussi de r&#233;duire l'histoire de la R&#233;sistance de tout un peuple (c'est-&#224;-dire de tous les peuples sovi&#233;tiques), &#224; un duel entre deux tireurs d'&#233;lite (et soi dit en passant, ce peuple en arme n'&#233;tait pas contraint &#224; se battre, comme veut &#034;historiquement&#034; nous faire croire le film, son combat &#233;tait un combat d'hommes et de femmes libres). En r&#233;alit&#233;, l'enjeu de la plus gigantesque et sans doute d&#233;cisive bataille de l'histoire de l'humanit&#233; ne passe pas, selon moi, par la fabrication de h&#233;ros mythiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette falsification de l'histoire et cette insignifiance intellectuelle n'honorent en rien le cin&#233;ma occidental et le cin&#233;aste qu'est Jean-Jacques Annaud. Je tiens ici &#224; souligner une chose : sans la victoire d&#233;cisive de l'Arm&#233;e Rouge &#224; Stalingrad, Jean-Jacques Annaud travaillerait s&#251;rement sous la houlette de quelque &#034;Toblis-Klang-Films&#034; et sans aucun doute au lieu de tourner et parler en Anglais, ses acteurs pr&#233;f&#233;r&#233;s seraient tous blond aux yeux bleus et parleraient en Allemand (un allemand impeccable et sans accent, comme disaient les nazis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revenons au livre &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compl&#232;tement d&#233;form&#233; dans le film, la v&#233;ritable histoire du jeune Sacha Fillipov m&#233;rite d'&#234;tre mieux connu. Le livre nous t&#233;moigne une tout autre version sur le r&#244;le jou&#233; par cet adolescent de 15 ans, pendu &#034;pour l'exemple&#034; par des soldats nazis, non pas devant une gare en ruine et abandonn&#233;, mais sur une place publique, avec une fillette et un gar&#231;onnet devant leurs propres parents et voisins de quartier. C'est un t&#233;moignage bouleversant, horrible, lorsqu'on imagine les parents voir leurs enfants marcher pied nu dans la neige au bout des ba&#239;onnettes fascistes vers la potence (pages 133, 220, 356). Sur le combat entre le tireur d'&#233;lite sovi&#233;tique Zaitsev et le major Konings venu sp&#233;cialement d'Allemagne pour l'abattre, on se rend compte encore une fois que l'histoire &#224; &#233;t&#233; compl&#232;tement d&#233;form&#233;e et tordu par le cin&#233;aste fran&#231;ais (lire, entre autre, les pages 168 &#224; 172).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une m&#233;moire irrespectueuse &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, qu'est-ce qui a fait tenir le peuple sovi&#233;tique ? Est-ce un peuple terroris&#233; par Staline et qui d&#233;fend sa m&#232;re patrie sous la contrainte ? Ou n'est-ce pas au contraire un peuple qui se l&#232;ve, r&#233;siste et se bat contre les nazis et leur projet de destruction des Slaves, des Tziganes, des Juifs et des communistes, consid&#233;r&#233;s par Hitler et ses assassins comme des &#034;sous-hommes&#034; ? Selon moi, ce peuple sovi&#233;tique compte dans l'histoire et les communistes, faut-il le rappeler, ont jou&#233; un r&#244;le essentiel et d&#233;terminant dans la guerre des peuples contre la barbarie fasciste. Et aujourd'hui encore, m&#234;me apr&#232;s le renversement et la disparition (pour combien de temps ?) de l'URSS, la propagande anticommuniste continu comme &#224; l'&#233;poque de la guerre froide : Dans ce film et autres &#034;am&#233;ricanisations&#034; de l'histoire, on veut d&#233;poss&#233;der les anciens sovi&#233;tiques et actuels communistes de cette fiert&#233; d'avoir lib&#233;r&#233; le monde de la menace hitl&#233;rienne. Et l&#224;-dessus, je ne p&#232;se pas mes mots : pour certains &#034;intellectuels&#034;, de gauche comme de droite, reconna&#238;tre aux sovi&#233;tiques et aux communistes du monde entier, par les temps qui coure une m&#233;moire respectueuse du r&#244;le qu'ils ont jou&#233;, cela est per&#231;u comme &#233;tant &#034;stalinien&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vent de l'histoire &#224; tourn&#233; &#224; l'Est &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit si bien le &#034;sovi&#233;tologue&#034; fran&#231;ais anti-stalinien et anti-communiste Marc Ferro : &#034;Le vent de l'histoire &#224; tourn&#233; &#224; l'Est, du c&#244;t&#233; des Sovi&#233;tiques qui brisent l'invincibilit&#233; allemande. &#192; Stalingrad, les Allemands font en effet l'exp&#233;rience d'une puissance de feu et d'une capacit&#233; technologique qui leur est sup&#233;rieur. Ils diront avoir &#233;t&#233; battus par l'hiver : ils l'ont surtout &#233;t&#233; par les chars et les canons fabriqu&#233;s par une industrie sovi&#233;tique qui a pris la rel&#232;ve de la vieille industrie russe et qui n'a pas baiss&#233; les bras&#034;. En conclusion, j'ajoute que le v&#233;ritable artisan et vainqueur de cette bataille, c'est le g&#233;n&#233;ral Tchouikov, totalement absent du film. Dans &#034;L'Ennemi aux portes&#034; de Jean-Jacques Annaud, rien de tout cela n'appara&#238;t et c'est bien dommage, car aux yeux d'un public averti, il passe pour un &#034;ti-coune&#034; du cin&#233;ma historique, surtout lorsqu'il nous fait sous-entendre que la vie humaine compte plus dans l'arm&#233;e nazie que dans l'Arm&#233;e Rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la petite histoire, c'&#233;tait &#224; la base un projet du tr&#232;s grand cin&#233;aste italien Sergio Leone de faire un film &#224; grand d&#233;ploiement sur cette bataille h&#233;ro&#239;que (avec au-del&#224; de 300 chars T-34, autant &#034;d'orgues de Staline&#034; et des milliers de figurants principalement arm&#233;s de la fameuse mitraillette PPSH-41, que l'on ne voit pas dans le film d'Annaud, et de fusils Mosin-Nagant &#034;pr&#234;t&#233;s&#034; par l'Arm&#233;e Rouge).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salutations communistes &lt;br class='autobr' /&gt;
Pierre Kl&#233;pock&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Qu'est-ce que le socialisme-&#224;-partir-d'en-bas ? &#187;</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Qu-est-ce-que-le-socialisme-a-partir-d-en-bas</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Qu-est-ce-que-le-socialisme-a-partir-d-en-bas</guid>
		<dc:date>2003-07-28T16:34:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Histoire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comme beaucoup de membres de sa g&#233;n&#233;ration, au cours de la d&#233;pression &#233;conomique des ann&#233;es 1930, il s'est tourn&#233; vers le socialisme r&#233;volutionnaire. Il a rejoint les rangs de la Young Peoples Socialist League (YPSL), l'organisation de jeunesse du Parti socialiste (PS) aux Etats-Unis. Il s'opposa assez vite &#224; l'orientation de droite de la direction du PS. Au cours de cette lutte d'id&#233;es visant &#224; r&#233;orienter la pratique politique du PS, il se rapprocha du marxisme-r&#233;volutionnaire. C'est-&#224;-dire (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Histoire-et-theorie-" rel="directory"&gt;Histoire et th&#233;orie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Histoire-108-+" rel="tag"&gt;Histoire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme beaucoup de membres de sa g&#233;n&#233;ration, au cours de la d&#233;pression &#233;conomique des ann&#233;es 1930, il s'est tourn&#233; vers le socialisme r&#233;volutionnaire. Il a rejoint les rangs de la Young Peoples Socialist League (YPSL), l'organisation de jeunesse du Parti socialiste (PS) aux Etats-Unis. Il s'opposa assez vite &#224; l'orientation de droite de la direction du PS. Au cours de cette lutte d'id&#233;es visant &#224; r&#233;orienter la pratique politique du PS, il se rapprocha du marxisme-r&#233;volutionnaire. C'est-&#224;-dire d'une orientation socialiste radicale et, simultan&#233;ment, d'une opposition tout aussi fonci&#232;re au stalinisme. En 1937, Hal Draper est &#171; secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral &#187; de la YPSL. Cette derni&#232;re d&#233;cide de soutenir Trotsky dans le combat men&#233; contre le r&#233;gime criminel stalinien en URSS et les partis liges (&#171; partis communistes &#187;) qui lui servent de courroie de transmission l'&#233;chelle internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce choix conduit Hal Draper &#224; d&#233;fendre l'adh&#233;sion de la YPSL au Socialist Worker Party (SWP) am&#233;ricain, dont il sera membre de la direction en 1938-1939. Cette organisation avait &#233;t&#233; fond&#233;e par des anciens membres du Parti communiste des Etats-Unis (entre autres James P. Cannon, Joseph Hansen, Farrell Dobbs) qui avaient, tr&#232;s t&#244;t, compris l'&#233;volution tragique de l'URSS. Ces quelques membres de la direction du PC am&#233;ricain n'avaient succomb&#233; ni aux sir&#232;nes politiques, ni aux avantages mat&#233;riels comme &#224; la qui&#233;tude psychologique que pr&#233;tendait leur offrir la &#171; patrie du socialisme &#187;. Ce refus s'accompagnait d'un engagement dans les durs combats syndicaux, d'une d&#233;fense d'un socialisme d&#233;mocratique et d'une r&#233;sistance r&#233;solue face aux attaques conjointes de la classe dominante et des staliniens (PC am&#233;ricain).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'URSS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question &#171; qu'est-ce que l'URSS ? &#187; &#233;tait examin&#233;e dans un contexte marqu&#233; par les grands proc&#232;s de Moscou, par l'explosion de plus en plus visible du goulag (syst&#232;me p&#233;nitentiaire et de travail forc&#233; dont les origines remontent au tout d&#233;but des ann&#233;es 1920), par la diplomatie et la politique de l'URSS &#224; l'occasion de la r&#233;volution espagnole, mais aussi par le pacte Molotov-Ribbentrop 1 (dit pacte germano-sovi&#233;tique conclu le 23 ao&#251;t 1939), par les deux offensives militaires contre la Finlande (novembre 1939 et f&#233;vrier 1940), par l'invasion allemande et sovi&#233;tique de la Pologne (septembre 1940) et par l'occupation sovi&#233;tique des pays Baltes (juin 1940). Des &#233;v&#233;nements qui feront dire &#224; Trotsky, dans un des derniers &#233;crits avant son assassinat par Ramon Mercader le 20 ao&#251;t 1940 : &#171; Ils [les &#171; communistes &#187;.pr&#233;tendants &#224; la domination totalitaire] contemplent avec admiration et envie l'invasion par l'Arm&#233;e rouge de la Pologne, de la Finlande, des Pays baltes, de la Bessarabie, parce que cette invasion a rapidement conduit au transfert du pouvoir aux mains des staliniens locaux candidats &#224; la domination totalitaire. &#187;2 On est loin de l'hypoth&#232;se initiale de Trotsky que des soul&#232;vements populaires pourraient &#234;tre stimul&#233;s &#224; l'occasion du conflit militaire qui opposerait les oligarchies locales &#224; l'Arm&#233;e rouge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ce d&#233;bat, certains d&#233;fendent (et d&#233;fendront) l'id&#233;e que l'URSS garde des caract&#233;ristiques d'un &#171; Etat ouvrier &#187; issu d'une R&#233;volution prol&#233;tarienne, mais ayant subi des processus tr&#232;s profonds de d&#233;g&#233;n&#233;rescence bureaucratique et r&#233;pressive. D'autres, comme Hal Draper (et, avant tout, Max Shachtman, 1904-1972, figure leader du SWP), pensaient qu'il s'agissait d'un syst&#232;me o&#249; la bureaucratie &#233;tait devenue une classe dominante, exer&#231;ant exploitation et oppression, que la rupture avec la R&#233;volution de 1917 &#233;tait compl&#232;te. Pour Shachtman et Draper, il s'agissait d'un r&#233;gime de collectivisme bureaucratique que les travailleuses et travailleurs devaient &#171; abattre &#187;. Toutefois, cette formation sociale ne poss&#233;dait pas, selon eux, les traits et la dynamique d'un capitalisme d'Etat, position d&#233;fendue par des th&#233;oriciens marxistes tels que Karl Kautsky (1854-1938, directeur jusqu'en 1917 de l'organe th&#233;orique de la social-d&#233;mocratie allemande, &#171; Die Neue Zeit &#187;) ou, avec une finesse d'analyse sans commune mesure, Tony Cliff (Igael Gluckstein, de son vrai nom, 1917-2000, voir son ouvrage &#171; Le capitalisme d'Etat en URSS, de Staline &#224; Gorbatchev &#187;, EDI, Paris 1990).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, nous pensons que les deux options (Etat ouvrier bureaucratiquement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; et collectivisme bureaucratique) commenc&#232;rent, de fa&#231;on ambivalente, &#224; coexister dans les derniers &#233;crits de Trotsky. Une telle &#171; coexistence &#187; n'est pas rare dans la production d'un intellectuel exigeant qui initie, &#224; partir d'un examen des &#233;volutions en cours, une v&#233;rification de ses hypoth&#232;ses th&#233;oriques et grilles de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;bat &#233;crit qui s'initia au sein du SWP, d&#232;s 1937 - mais qui avait commenc&#233; d&#232;s 1920 dans les milieux socialistes-r&#233;volutionnaires - donna lieu &#224; une riche production th&#233;orique. Il ne cessa d'&#234;tre repris, sous diverses formes, jusque dans les ann&#233;es 1980, tant le &#171; poids &#187; de l'URSS (puis de la &#171; Chine de Mao &#187; et de ses d&#233;lires) et l'anticommunisme des classes dominantes des pays imp&#233;rialistes marqu&#232;rent le XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle discussion pouvait difficilement ne pas se conclure par une rupture politique si la divergence se cristallisait. Hal Draper, avec Shachtman et des intellectuels d'envergure, quitt&#232;rent le SWP am&#233;ricain et cr&#233;&#232;rent le Workers Party, une organisation qui d&#233;fendit un point de vue socialiste r&#233;volutionnaire, anticapitaliste et antistalinien radical jusqu'en 1948. Hal Draper perp&#233;tua cette tradition jusqu'&#224; la fin de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous publions ci-dessous une premi&#232;re partie d'un long article de Hal Draper dont la version finale parut en 1966 dans la revue &#171; New Politics &#187;. Cet article a &#233;t&#233; publi&#233; avec deux titres diff&#233;rents. L'un, &#171; Les deux &#226;mes du socialisme &#187;, l'autre, &#171; Qu'est-ce que le socialisme &#224; partir d'en bas &#187;, titre utilis&#233; pour la publication d'un recueil d'articles de Draper en 1992. Les sous-titres sont de la r&#233;daction. - C.-A. Udry&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font &lt;br class='autobr' /&gt;
size = 2&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res du IIIe Reich de 1938 &#224; 1945. Il fut condamn&#233; &#224; mort par le Tribunal de Nuremberg. Molotov, de son vrai nom Viatcheslav Mikha&#239;lovitch Skriabine, membre du Politburo d&#232;s 1926, commissaire du Peuple aux Affaires &#233;trang&#232;res de 1939 &#224; 1949, puis de 1953 &#224; 1957. Il fut &#233;cart&#233; du pouvoir en 1947 pour avoir particip&#233; &#224; une tentative d'&#233;limination de Khrouchtchev.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. L&#233;on Trotsky, Oeuvres, Tome 24, ILT, 1987, p. 313, article du 17 ao&#251;t 1940 &lt;/font&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L' actuelle crise du socialisme est une crise du sens du socialisme.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du monde [ce texte est &#233;crit en 1966 - ndt], il est possible qu'une majorit&#233; de ses habitants se d&#233;clare &#171; socialiste &#187; dans un sens ou dans un autre. Mais, simultan&#233;ment, il n'a jamais exist&#233; un moment historique au cours duquel cette &#233;tiquette a eu aussi peu de caract&#232;re informatif. L'&#233;l&#233;ment le plus proche d'un contenu commun aux divers &#171; socialismes &#187; est une n&#233;gation : l'anticapitalisme. En ce qui concerne la dimension positive, la vari&#233;t&#233; des id&#233;es incompatibles et en conflit qui s'autod&#233;finissent elles-m&#234;mes comme socialistes est plus ample que l'&#233;ventail des id&#233;es au sein du monde bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y compris l'anticapitalisme est de moins en moins un &#233;l&#233;ment commun. A l'extr&#234;me de l'arc-en-ciel &#171; socialiste &#187;, quelques partis socio-d&#233;mocrates ont quasi &#233;limin&#233; de leur programme toute revendication sp&#233;cifique socialiste, s'engageant &#224; maintenir l'entreprise priv&#233;e partout o&#249; cela est possible. En ce domaine, l'exemple le plus marquant est repr&#233;sent&#233; par la social-d&#233;mocratie allemande. &#171; En tant qu'id&#233;e, philosophie et mouvement social, le socialisme en Allemagne n'est pas, depuis d&#233;j&#224; fort longtemps, repr&#233;sent&#233; par un parti politique &#187;, voil&#224; ce que r&#233;sume fort bien Douglas Alan Chalmers dans son r&#233;cent livre, The Social Democratic Party of Germany (Yale Univ. Press, 1964). Ces partis socio-d&#233;mocrates ont redonn&#233; une d&#233;finition du socialisme &#224; partir de sa non-existence [en effet, depuis le congr&#232;s de Bad G&#246;desberg, en novembre 1959, la social-d&#233;mocratie allemande a qualifi&#233; de socialiste l'aboutissement de l'&#233;volution &#171; naturelle &#187; du capitalisme, sous la forme de l'&#171; &#233;conomie mixte &#187;, c'est-&#224;-dire d'un syst&#232;me d'&#233;conomie de march&#233;, de propri&#233;t&#233; priv&#233;e int&#233;grant un certain degr&#233; d'intervention &#233;tatique aux plans de quelques secteurs productifs ainsi que des services publics et d'une s&#233;curit&#233; sociale &#233;tendue - ndt] ; ce faisant, ils formalisaient seulement une tendance &#224; l'&#250;uvre pratiquement dans toute la social-d&#233;mocratie r&#233;formiste. D&#232;s lors, comment peut-on d&#233;finir ces partis comme &#171; socialistes &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'autre extr&#234;me de l'&#233;ventail, &#224; l'&#233;chelle internationale, existaient les Etats communistes dont l'affirmation d'&#234;tre socialistes reposait aussi sur une n&#233;gation : l'abolition du syst&#232;me capitaliste du profit privatis&#233; et le fait que la classe dominante ne soit pas constitu&#233;e de propri&#233;taires priv&#233;s. Toutefois, envisager sous l'angle positif ce syst&#232;me socio-&#233;conomique, qui avait remplac&#233; le capitalisme, n'aurait pas &#233;t&#233; reconnu comme socialiste par Marx. L'Etat &#233;tait propri&#233;taire des moyens de production, mais la question restait : qui &#171; poss&#232;de &#187; l'Etat ? Certainement pas la masse des travailleurs qui sont exploit&#233;s, assujettis et coup&#233;s de tout levier de contr&#244;le au plan social et politique. Une nouvelle classe domine, les patrons bureaucratiques. Elle r&#232;gne sur un syst&#232;me collectiviste : le collectivisme bureaucratique. A moins que l'&#233;tatisation soit m&#233;caniquement assimil&#233;e au &#171; socialisme &#187;, dans quel sens ces soci&#233;t&#233;s peuvent-elles &#234;tre &#171; socialistes &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le lien entre social-d&#233;mocratie et stalinisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc revenir &#224; la source. Les pages qui suivent se proposent d'&#233;claircir, au plan historique, le sens du socialisme ; et cela sous un angle nouveau. Il y a toujours eu diff&#233;rentes &#171; sortes de socialisme &#187; et, de fa&#231;on traditionnelle, elles ont &#233;t&#233; classifi&#233;es de fa&#231;on discriminatoire entre r&#233;formistes ou r&#233;volutionnaires, pacifiques ou violentes, d&#233;mocratiques ou autoritaires, etc. De telles divisions existent. N&#233;anmoins, la division sous-jacente s'ancre dans quelque chose de diff&#233;rent. Au travers de l'histoire des mouvements et des id&#233;es socialistes, la ligne de clivage fondamentale passe entre le socialisme &#224; partir d'en haut et le socialisme &#224; partir d'en bas [d'aucuns, signe d'inculture pour ne pas parler d'inconscient m&#233;taphorique, ont traduit cette derni&#232;re formule par : &#171; socialisme par en bas &#187; - ndt].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui unifie des formes fort diff&#233;rentes du socialisme &#224; partir d'en haut r&#233;side dans la conception que le socialisme - ou un fac-simil&#233; plus ou moins raisonnable de cela - doit &#234;tre octroy&#233; aux masses reconnaissantes, sous une forme ou une autre, par une &#233;lite dirigeante qui, dans les faits, n'est en aucune mesure sujette &#224; leur contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coeur du socialisme &#224; partir d'en bas r&#233;side dans l'entendement que le socialisme ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233; qu'au travers de l'auto-&#233;mancipation des masses [terme &#224; interpr&#233;ter au sens des diff&#233;rents secteurs du salariat et de ses alli&#233;s - ndt] s'affairant dans le cours d'un mouvement, dans la perspective de conqu&#233;rir la libert&#233; de leurs propres mains, mobilis&#233;es &#171; &#224; partir d'en bas &#187; dans un combat visant &#224; prendre en charge leur propre destin&#233;e ; et cela comme acteur (et non simplement comme sujet passif) agissant sur la sc&#232;ne de l'histoire. &#171; L'&#233;mancipation des classes laborieuses doit &#234;tre conquise par les classes laborieuses elles-m&#234;mes &#187;1 : voil&#224; la premi&#232;re phrase des statuts &#233;crits pour la Premi&#232;re Internationale par Marx. Et cela constitue le principe fondateur de l'ensemble de son &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la conception du socialisme &#224; partir d'en haut qui explique l'acceptation de la dictature communiste comme une forme de socialisme. C'est la vision du socialisme &#224; partir d'en haut qui concentre toute l'attention de la social-d&#233;mocratie sur les superstructures parlementaires de la soci&#233;t&#233; capitaliste et sur la manipulation des sommets dirigeants de l'&#233;conomie. Et, d&#232;s lors, qui rend cette social-d&#233;mocratie hostile aux actions des masses venant d'en bas. C'est le socialisme &#224; partir d'en haut qui constitue la tradition dominante dans le d&#233;veloppement du socialisme. Je vous prie de remarquer que cela n'est pas particulier au socialisme. Au contraire, l'aspiration &#224; une &#233;mancipation venant d'en haut est un principe qui sans cesse s'est diffus&#233; au cours des si&#232;cles d'existence d'une soci&#233;t&#233; de classes et d'une oppression politique. C'est en effet la promesse permanente articul&#233;e par chaque pouvoir dominant afin que le peuple dirige son regard vers le haut en esp&#233;rant une protection en lieu et place de se lib&#233;rer lui-m&#234;me d'un besoin externe de protection. Le peuple d&#233;posait sa confiance dans les mains des rois pour corriger les injustices commises par les seigneurs ; et il faisait confiance au Messie pour abattre la tyrannie des rois. Au lieu de s'engager dans la voie audacieuse de l'action de masse &#224; partir d'en bas, l'id&#233;e r&#232;gne qu'il est toujours plus s&#251;r et plus prudent de trouver un &#171; bon responsable &#187;, un &#171; bon guide &#187;, qui fera le Bien du Peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le de l'&#233;mancipation &#224; partir d'en haut a ses origines dans l'histoire de la civilisation et devait aussi &#233;merger dans le socialisme. Ce n'est que dans le contexte d'un mouvement socialiste moderne que la lib&#233;ration &#224; partir d'en bas pourrait devenir une aspiration r&#233;aliste. Au sein du socialisme, cette aspiration commence &#224; &#233;merger, mais seulement par intermittence et comme des tentatives qui &#233;closent. L'histoire du socialisme peut &#234;tre lue comme un effort continu, mais pour l'heure largement sans succ&#232;s, de se lib&#233;rer de la vieille tradition, cette tradition d'une &#233;mancipation par en haut. C'est avec la conviction que la crise pr&#233;sente du socialisme n'est compr&#233;hensible qu'en partant de cette &#171; Grande Division &#187; dans la tradition socialiste que nous examinerons quelques exemples des deux &#226;mes du socialisme. (A suivre)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;font &lt;br class='autobr' /&gt;
size = 2&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1. La traduction fran&#231;aise traditionnelle est la suivante : &#171; Consid&#233;rant que l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re doit &#234;tre l'&#250;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes ; que la lutte pour l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re n'est pas une lutte pour des privil&#232;ges et des monopoles de classe, mais pour l'&#233;tablissement des droits et devoirs &#233;gaux et pour l'abolition de toute domination de classe... &#187;, &#171; Statuts provisoires de l'Association Internationale des Travailleurs &#187; (AIT), in Le Conseil G&#233;n&#233;ral de la Premi&#232;re Internationale 1864-1866, Editions du Progr&#232;s, 1972. Ces statuts, r&#233;dig&#233;s par Marx, seront adopt&#233;s par le Conseil central de l'AIT le 1er novembre 1864.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques anc&#234;tres &#171; socialistes &#187; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous poursuivons la publication de l'&#233;tude de Hal Draper &#171; Qu'est-ce que le socialisme-&#224;-partir-d'en-bas ? &#187;. Elle porte aussi un autre titre : &#171; Les deux &#226;mes du socialisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hal Draper (1914-1990) &#233;tait un socialiste r&#233;volutionnaire qui v&#233;cut aux Etats-Unis.Apr&#232;s s'&#234;tre engag&#233; dans les jeunesses socialistes, il rejoint le mouvement marxiste-r&#233;volutionnaire am&#233;ricain. Au cours du d&#233;bat qui traversa ce mouvement dans les ann&#233;es 30, Draper prit position en faveur de ceux (entre autres Max Shachtman) qui caract&#233;risaient l'URSS comme relevant d'un syst&#232;me oppresseur et exploiteur qualifi&#233; de collectivisme bureaucratique. Voir &#224; ce propos l'introduction au texte de Draper dans le N&#176; 5 de &#171; &#224; l'encontre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;tude (dont la derni&#232;re version date de 1966), Hal Draper cherche &#224; d&#233;gager la tendance, forte, qui marque - jusqu'&#224; nos jours - les forces et partis se r&#233;clamant du socialisme, celle d'un paternalisme attribuant aux &#171; &#233;lites &#233;clair&#233;es &#187;, aux &#171; gouvernements salvateurs &#187; un r&#244;le pr&#233;dominant, pour ne pas dire d&#233;cisif, dans toute transformation radicale de la soci&#233;t&#233;, dans une perspective de socialisme &#224;-venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;tude n'a rien perdu de son actualit&#233;. Diverses contributions dans ce num&#233;ro de &#171; &#224; l'encontre &#187; l'indiquent : que ce soit le dossier sur la situation politique en France, sur les luttes ouvri&#232;res en Italie ou sur la situation en Argentine. - R&#233;d.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Kautsky [1854-1938], le th&#233;oricien de relief de la IIe Internationale, commen&#231;ait son livre sur Thomas More [saint Thomas More, chancelier d'Angleterre, 1478-1535, auteur de l'Utopie en 1516] avec l'observation selon laquelle les deux grandes figures qui marquent le d&#233;but de l'histoire du socialisme 1 sont Thomas More et Thomas M&#252;nzer [1489-1525, il prit la t&#234;te des r&#233;voltes paysannes ; voir &#224; ce sujet Ernst Bloch, Thomas M&#252;nzer, Coll. 10 / 18]. Tous les deux &#171; poursuivaient la longue lign&#233;e des socialistes allant de Lycurgue [l&#233;gislateur mythique de Sparte, IXe si&#232;cle avant J.-C., dont Plutarque parle dans les Vies parall&#232;les, Ed. Gallimard 2001] &#224; Pythagore [philosophe, math&#233;maticien, VI-Ve si&#232;cle avant J.-C.] en passant par Platon, les fr&#232;res Gracchus [Tiberius et Caius Gracchus, IIe si&#232;cle avant J.-C.], Catilina [homme politique romain, Ier si&#232;cle avant J.-C.] et le Christ &#187;. Cette liste des &#171; premiers socialistes &#187; est vraiment impressionnante, d'autant plus si l'on consid&#232;re que Kautsky devait certainement &#234;tre capable de reconna&#238;tre un socialiste lorsqu'il en rencontrait un. Mais ce qui est plus fascinant, pour ce qui a trait &#224; cette &#233;num&#233;ration, c'est la fa&#231;on dont elle se s&#233;pare en deux groupes assez diff&#233;rents, sous le feu d'un examen plus pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de Lycurgue par Plutarque a conduit les premiers socialistes &#224; en faire le fondateur du &#171; communisme de Sparte &#187;. Voil&#224; la raison pour laquelle Kautsky l'inclut dans sa liste. Toutefois, comme Plutarque le d&#233;crivait, le syst&#232;me en vigueur &#224; Sparte reposait sur une r&#233;partition &#233;gale de la terre, mais sous propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Ce n'&#233;tait en aucune mesure un ordre &#171; socialiste &#187;. Le sentiment &#171; collectiviste &#187; que l'on pouvait retirer de cette description du r&#233;gime de Sparte provenait d'une autre source tr&#232;s &#233;loign&#233;e : le propre mode de vie de la classe dominante spartiate, structur&#233; comme une garnison permanente et disciplin&#233;e, en &#233;tat de si&#232;ge continu. A cela il faut ajouter le r&#233;gime de terreur impos&#233; aux ilotes [esclaves d'Etat]. Je ne vois pas comment un socialiste moderne peut scruter le r&#233;gime de Lycurgue sans avoir le sentiment qu'il prend connaissance non pas d'un anc&#234;tre du socialisme, mais d'un pr&#233;curseur du fascisme. Il y a une certaine diff&#233;rence ! Mais comment fut-il possible que ce ph&#233;nom&#232;ne n'a pas eu d'effet sur un des th&#233;oriciens les plus renomm&#233;s de la social-d&#233;mocratie, Kautsky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pythagore a fond&#233; un ordre &#233;litaire qui agissait comme bras arm&#233; de l'aristocratie fonci&#232;re contre le mouvement pl&#233;b&#233;ien et d&#233;mocratique. Lui et son parti ont finalement &#233;t&#233; renvers&#233;s et expuls&#233;s par un soul&#232;vement populaire r&#233;volutionnaire. D&#232;s lors Kautsky semble &#234;tre du mauvais c&#244;t&#233; de la barricade. En outre l'ordre pythagoricien reposait sur un syst&#232;me autoritaire et tr&#232;s r&#233;glement&#233;. Malgr&#233; tout, Kautsky consid&#233;ra Pythagore comme un annonciateur du socialisme, parce qu'il croyait que les personnes organis&#233;es par Pythagore pratiquaient un mod&#232;le de consommation communaliste [&#171; partageur &#187;]. M&#234;me si cela avait &#233;t&#233; vrai (Kautsky d&#233;couvrit plus tard que ce n'&#233;tait pas le cas), l'ordre social et &#233;conomique pythagoricien aurait &#233;t&#233; tout autant communiste que l'est un quelconque monast&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons relever dans la liste de Kautsky un second pr&#233;curseur du totalitarisme 2. Il s'agit de Platon avec son ouvrage fort connu La R&#233;publique. Le seul &#233;l&#233;ment de &#171; communisme &#187; dans cet Etat id&#233;al r&#233;side dans le pr&#233;cepte d'une consommation monastique et communautaire pour une petite &#233;lite de &#171; Gardiens &#187; qui constitue une bureaucratie et une arm&#233;e. Cependant, le syst&#232;me social environnant est marqu&#233; par la structure de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et non pas par celle d'une appropriation socialis&#233;e. Et, ici &#224; nouveau, le mod&#232;le d'Etat de Platon est fait d'un gouvernement aux mains d'une &#233;lite aristocratique. L'argument de Platon insiste sur une donn&#233;e : la d&#233;mocratie in&#233;vitablement implique la d&#233;gradation et la ruine de la soci&#233;t&#233;. En fait, l'objectif politique de Platon &#233;tait la r&#233;habilitation et la purification de l'aristocratie dominante afin de combattre la pouss&#233;e d&#233;mocratique. Le qualifier d'anc&#234;tre du socialisme sous-tend une conception du socialisme qui rend hors de propos tout contr&#244;le d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'autre versant, Catilina et les fr&#232;res Gracchus n'ont pas de dimension collectiviste. Leurs noms sont associ&#233;s avec des mouvements de masse traduisant une r&#233;bellion populaire d&#233;mocratique contre l'establishment. Ils n'&#233;taient pas socialistes, certainement. N&#233;anmoins, ils &#233;taient du c&#244;t&#233; populaire de la lutte de classes dans le monde antique, du c&#244;t&#233; du mouvement populaire venant d'en bas. Or, il semble que tous rel&#232;vent de la m&#234;me cat&#233;gorie pour le th&#233;oricien social-d&#233;mocrate [Karl Kautsky].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, dans la pr&#233;histoire du sujet que nous traitons, il existait deux types de figures historiques toutes appr&#234;t&#233;es pour &#234;tre plac&#233;es dans le panth&#233;on du mouvement socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait des figures historiques avec un soup&#231;on de (pr&#233;tendu) collectivisme qui &#233;taient en r&#233;alit&#233; des &#233;litistes complets, autoritaristes et anti-d&#233;mocrates. Il y avait des figures sans aucune caract&#233;ristique collectiviste, mais qui &#233;taient associ&#233;es avec les combats de classe d&#233;mocratiques. Il existe donc une tendance collectiviste sans d&#233;mocratie. Et il existe une tendance d&#233;mocratique sans collectivisme. Personne, alors, ne fusionne ces deux courants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'avec Thomas M&#252;nzer, le dirigeant de l'aile gauche de la R&#233;forme allemande, que l'on trouve une premi&#232;re manifestation d'une telle convergence des deux courants. C'est-&#224;-dire, un mouvement social avec des id&#233;es de type communiste (celles de M&#252;nzer) qui &#233;tait de m&#234;me profond&#233;ment engag&#233; dans un intense combat populaire d&#233;mocratique venant d'en bas. En opposition &#224; ce courant, on peut citer Sir Thomas More. Le foss&#233; entre ces deux contemporains nous conduit au c&#339;ur de notre sujet. L'utopie de More dessine une soci&#233;t&#233; pleinement enr&#233;giment&#233;e, qui &#233;voque plus 1984 [r&#233;f&#233;rence au livre de George Orwell : 1984] que la perspective d'une d&#233;mocratie socialiste. C'est une approche &#233;litiste de part en part, y compris de type esclavagiste, un typique socialisme impos&#233; par le haut. Il n'est pas surprenant que, parmi ces deux &#171; anc&#234;tres socialistes &#187;, qui se situent au seuil du monde moderne, l'un (Thomas More) ex&#233;crait l'autre (Thomas M&#252;nzer), et a soutenu les bourreaux qui lui ont donn&#233; la mort, &#224; lui et &#224; son mouvement [M&#252;nzer a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233; en 1525 par les princes &#224; Frankenhausen].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les premiers socialistes modernes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme moderne est n&#233; au milieu du XIXe si&#232;cle. Plus exactement, il prend racine entre la Grande R&#233;volution fran&#231;aise et les R&#233;volutions de 1848 [en Europe : France, Allemagne, Suisse, etc.].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;merge donc dans le contexte d'une d&#233;mocratie moderne, mais les deux [socialisme et d&#233;mocratie] ne sont pas n&#233;s attach&#233;s l'un &#224; l'autre comme des fr&#232;res siamois. Ils ont voyag&#233;, tout d'abord, en empruntant chacun leur voie. Quand ces deux voies se sont-elles recoup&#233;es pour la premi&#232;re fois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;combres de la R&#233;volution fran&#231;aise ont surgi deux types de socialisme. Nous analyserons trois de leurs figures les plus importantes &#224; partir de l'&#233;clairage qu'impose notre interrogation initiale [la c&#233;sure entre socialisme &#224; partir d'en bas et socialisme &#224; partir d'en haut].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Babeuf [Fran&#231;ois No&#235;l, dit Gracchus Babeuf, 1760-1797]. Le premier mouvement socialiste moderne a &#233;t&#233; dirig&#233;, au cours de la derni&#232;re phase de la R&#233;volution fran&#231;aise, par Babeuf (la &#171; Conspiration des Egaux &#187;) : il &#233;tait con&#231;u comme une suite du jacobinisme r&#233;volutionnaire [par r&#233;f&#233;rence aux Jacobins, club politique dont Robespierre fut la figure de relief entre 1792 et 1794]. Il lui ajoute un objectif social plus coh&#233;rent : une soci&#233;t&#233; communiste &#233;galitaire. C'est la premi&#232;re fois au cours de l'&#233;poque moderne que l'id&#233;e du socialisme est intriqu&#233;e avec celle d'un mouvement populaire. Une combinaison qui ne durera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette combinaison pose imm&#233;diatement une question cruciale : quelle est, dans chaque cas, la relation concr&#232;te, et celle intrins&#233;quement con&#231;ue, entre l'id&#233;e socialiste et celle de mouvement populaire ? Cela constituera l'interrogation centrale pour le socialisme au cours des deux cents ans qui suivront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de masse populaire a &#233;chou&#233;, du moins tel que le concevaient les babouvistes [les partisans de Babeuf]. Les couches populaires semblaient avoir tourn&#233; le dos &#224; la r&#233;volution, mais elles souffraient toujours ; elles avaient toujours besoin du communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, nous [les babouvistes] le savons. La volont&#233; r&#233;volutionnaire du peuple a &#233;t&#233; battue par une conspiration de droite, d&#232;s lors, ce dont nous avons besoin, c'est d'une conjuration de gauche, afin de re-cr&#233;er un mouvement populaire qui rende efficiente la volont&#233; r&#233;volutionnaire. D&#232;s lors, il est n&#233;cessaire, pour nous, de nous emparer du pouvoir en leur nom [au nom du peuple], afin d'&#233;lever le peuple jusqu'&#224; ce niveau. Il en d&#233;coule la n&#233;cessit&#233; d'une dictature temporaire qui admet ouvertement &#234;tre celle d'une minorit&#233;, mais ce sera une &#171; Dictature Educative &#187;, visant &#224; cr&#233;er les conditions qui vont rendre possible le contr&#244;le d&#233;mocratique dans le futur (dans ce sens, nous sommes des d&#233;mocrates).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sera pas une dictature du peuple, comme le sera la Commune, et m&#234;me pas du prol&#233;tariat. C'est franchement une dictature sur le peuple - avec de tr&#232;s bonnes intentions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'essentiel des cinquante ann&#233;es futures, la conception d'une &#171; Dictature Educative &#187; sur le peuple reste le programme de la gauche r&#233;volutionnaire, cela au travers des trois B : de Babeuf &#224; Buonarotti [Filippo Buonarotti, n&#233; &#224; Pise en 1761, mort &#224; Paris en 1837, disciple de Babeuf, auteur de La conspiration pour l'&#233;galit&#233; dite de Babeuf], puis &#224; Blanqui [Louis Auguste Blanqui, 1805-1880]. Et, avec Bakounine [1814-1876], s'y est ajout&#233; le verbiage anarchiste. Le nouvel ordre sera offert au peuple souffrant par des cercles r&#233;volutionnaires. Ce socialisme &#224; partir d'en haut est la premi&#232;re forme primitive du socialisme r&#233;volutionnaire. Mais il y a encore aujourd'hui des admirateurs de Castro et de Mao qui pensent qu'il est le dernier mot du r&#233;volutionnarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Saint-Simon [1760-1825, Claude Henri de Rouvray, comte de Saint-Simon]. Emergeant de la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, un esprit brillant, Saint-Simon, s'engagea sur une voie totalement diff&#233;rente. Saint-Simon &#233;tait sous l'emprise d'une r&#233;pulsion pour la r&#233;volution, le d&#233;sordre, les &#233;meutes. Ce qui le fascinait r&#233;sidait dans les potentialit&#233;s de l'industrie et de la science. Sa vision n'avait rien &#224; voir avec quelque chose ressemblant &#224; l'&#233;galit&#233;, &#224; la justice, &#224; la libert&#233;, aux droits des &#234;tres humains ou &#224; des passions apparent&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il recherchait seulement la modernisation, l'industrialisation, la planification, tout cela s&#233;par&#233; des consid&#233;rations pr&#233;cit&#233;es. L'industrialisation planifi&#233;e &#233;tait la cl&#233; d'un nouveau monde. Et il allait de soi que les personnes aptes &#224; conduire &#224; bien ce projet &#233;taient les oligarchies financi&#232;res et les hommes d'affaires, les scientifiques, les techniciens et les gestionnaires. Lorsqu'il ne faisait pas appel &#224; eux, il r&#233;clamait Napol&#233;on ou son successeur, Louis XVIII, afin qu'ils mettent en &#339;uvre de tels sch&#232;mes pour une dictature royaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces sch&#232;mes variaient, mais tous &#233;taient absolument autoritaires, se d&#233;roulant de mani&#232;re planifi&#233;e jusqu'&#224; la derni&#232;re consigne. Saint-Simon &#233;tait un raciste syst&#233;matique et un militant imp&#233;rialiste. Il &#233;tait un ennemi furibond de toute id&#233;e d'&#233;galit&#233; et de libert&#233; qu'il ha&#239;ssait comme &#233;tant un sous-produit de la R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne fut qu'au cours de la derni&#232;re phase de sa vie (1825) que - d&#233;&#231;u par les r&#233;actions des &#233;lites naturelles face &#224; l'accomplissement de leur devoir et face aux modalit&#233;s avec lesquels s'imposait la nouvelle oligarchie modernisante - Saint-Simon op&#233;ra un tournant et fit appel aux travailleurs des derniers rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Nouveau Christianisme &#187; [la &#171; physiologie sociale &#187; de Saint-Simon d&#233;bouche sur le message d'un &#171; nouveau christianisme &#187;, titre utilis&#233; pour une s&#233;lection de ses textes, publi&#233;s en anglais en 1825] serait un mouvement populaire. Mais son r&#244;le consisterait simplement &#224; convaincre le pouvoir en place de tenir compte des conseils des planificateurs saint-simoniens. Les travailleurs devraient s'organiser afin de faire pression [p&#233;titionner, protester] pour demander aux capitalistes et aux patrons managers de s'emparer du pouvoir des &#171; classes oisives &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle &#233;tait sa conception de la relation entre la Soci&#233;t&#233; Planifi&#233;e et le mouvement populaire ? Le peuple, le mouvement pourrait &#234;tre utile comme une batterie de tambours command&#233;e par quelqu'un [Saint-Simon ou un de ses pairs]. En derni&#232;re instance, l'id&#233;e de Saint-Simon &#233;tait un mouvement venant d'en bas pour mettre en place un Socialisme venant d'en haut. Mais le pouvoir et le contr&#244;le doivent rester l&#224; o&#249; ils ont toujours demeur&#233; : en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les Utopistes. Un troisi&#232;me type de socialisme, qui a surgi au cours des g&#233;n&#233;rations post-r&#233;volutionnaires, fut celui des socialistes utopiques, au sens propre du terme : Robert Owen [1771-1858, manufacturier ; ses id&#233;es ont impr&#233;gn&#233; le mouvement chartiste], Charles Fourier [1772-1837], Etienne Cabet [1788-1856, en exil en Grande-Bretagne, il fut influenc&#233; par Owen ; il est l'auteur de Voyages en Icarie, 1840, et Colonie icarienne aux Etats-Unis d'Am&#233;rique, 1856], etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces socialistes utopistes &#233;tablirent les plans d'une colonie communaliste id&#233;ale, con&#231;ue dans ses plus petits d&#233;tails par le cerveau du Dirigeant, colonie qui devra &#234;tre financ&#233;e gr&#226;ce &#224; un riche philanthrope plac&#233; sous l'aile du Pouvoir Bienveillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Owen (sous beaucoup de traits le plus sympathique de cet ensemble) &#233;tait aussi cat&#233;gorique que chacun d'entre eux : &#171; Ce grand changement&#8230; doit &#234;tre et sera accompli par le riche et le puissant. Il n'y a aucun autre parti pour le faire. C'est une perte de temps, de talents et de moyens financiers pour le pauvre que de combattre, dans l'opposition, le riche et le puissant. &#187; Naturellement, il &#233;tait contre &#171; la haine de classe &#187;, la lutte de classe. Parmi tous ceux qui croyaient en ces id&#233;es, peu ont &#233;crit aussi nettement que le but de ce &#171; socialisme &#187; est &#171; de gouverner ou de traiter toute soci&#233;t&#233; comme les m&#233;decins les plus accomplis gouvernent et traitent leurs patients dans les meilleurs h&#244;pitaux faits pour les d&#233;ments &#187;, avec &#171; tol&#233;rance et gentillesse &#187;. Tout cela est accompli en faveur de ces infortun&#233;s qui sont &#171; devenus tels &#224; cause de l'irrationalit&#233; et de l'injustice produites par l'actuel et si d&#233;lirant syst&#232;me soci&#233;tal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; de Cabet pr&#233;voyait des &#233;lections, mais il n'y aurait pas de libres discussions. Et une presse contr&#244;l&#233;e, un endoctrinement syst&#233;matique et une uniformit&#233; produit d'un embrigadement complet occupaient une place privil&#233;gi&#233;e dans son ordonnance [m&#233;dicale].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces utopistes socialistes, quelle &#233;tait la relation entre les id&#233;es socialistes et le mouvement populaire ? Ce dernier &#233;tait un troupeau [une foule] dont s'occupait un bon berger. Il ne faut pas penser que le socialisme venant d'en haut implique n&#233;cessairement des intentions cruellement despotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension du socialisme venant d'en haut est loin d'avoir disparu. Au contraire, un &#233;crivain aussi moderne que Martin Buber [philosophe juif, n&#233; &#224; Vienne en 1878, d&#233;c&#233;d&#233; en 1975 &#224; J&#233;rusalem], dans son ouvrage Paths in Utopia [&#171; Sentiers dans l'utopie &#187;, publi&#233; en anglais en 1946], peut r&#233;ussir la remarquable prouesse de traiter des grands utopistes comme s'ils &#233;taient de grands d&#233;mocrates et &#171; libertaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mythe est assez r&#233;pandu et il met le doigt, une fois de plus, sur l'extraordinaire insensibilit&#233; des &#233;crivains et historiens socialistes face aux conceptions fortement enracin&#233;es du socialisme &#224; partir d'en haut qui recouvrent une part dominante des deux &#226;mes du socialisme. n (A suivre)&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
1. Kautsky a publi&#233; un ouvrage en deux volumes intitul&#233; Forl&#228;ufer des neueren Sozialismus en 1895.
&lt;p&gt;2. Voir sur le th&#232;me du totalitarisme l'ouvrage &#233;dit&#233; par Enzo Traverso, Le Totalitarisme, Le Seuil, Poche janvier 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qu'est-ce que le socialisme-&#224;-partir-d'en-bas ? &#187; (III)&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'apport de Marx&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La troisi&#232;me partie de l'&#233;tude de Hal Draper &#171; Qu'est-ce que le socialisme-&#224;-partir-d'en-bas ? &#187; est publi&#233;e ci-dessous.87&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premi&#232;re parties peuvent &#234;tre lues dans &#171; &#224; l'encontre &#187; n&#176; 5 et 6 et sont accessibles sur notre site &lt;a href=&#034;http://www.alencontre.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.alencontre.org&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rappel, Hal Draper (1914-1990) s'est engag&#233; dans les jeunesses socialistes aux Etats-Unis. Il rejoint dans les ann&#233;es 30 le mouvement marxiste-r&#233;volutionnaire. En son sein, fin des ann&#233;es 30, il adoptera une position favorable &#224; la caract&#233;risation de l'URSS comme un r&#233;gime bureaucratique collectiviste, exploiteur et r&#233;pressif. Parmi ses oeuvres, il faut mentionner son ouvrage en plusieurs volumes &#171; Karl Marx Theory of Revolution &#187; publi&#233; dans les ann&#233;es 70 et d&#233;but 80 par les &#233;ditions Monthly Review Press. Les th&#232;mes abord&#233;s par Hal Draper &#233;clairent sous un angle rafra&#238;chissant - par un lecteur minutieux de l'oeuvre compl&#232;te de Marx - des &#233;l&#233;ments constitutifs de la pens&#233;e marxienne. Cette oeuvre, dont on parle beaucoup, mais qui est tr&#232;s rarement lue est soumise, d&#232;s lors, &#224; la r&#233;p&#233;tition de quelques passages st&#233;r&#233;otyp&#233;s. En outre, l'ombre port&#233;e du stalinisme et de la social-d&#233;mocratie a recouvert les &#233;crits de Marx. Certains, qui les m&#233;connaissent, n'en cherchent pas moins &#224; s'en &#233;loigner en modernisant un vocabulaire. Le r&#233;sultat est clair : ils ventriloquent &#171; par en bas &#187; pour se dispenser de r&#233;fl&#233;chir &#171; par en haut &#187;. Cela revient au formalisme superficiel de la pens&#233;e critique critique dont Marx op&#232;re la critique dans ses &#233;crits sur Bruno Bauer, ce que Hal Draper met en lumi&#232;re. - R&#233;d.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
L'utopisme &#233;tait &#233;litiste et antid&#233;mocratique parce que, intrins&#232;quement, il &#233;tait utopique ; c'est-&#224;-dire parce qu'il envisageait des normes &#224; partir d'un mod&#232;le pr&#233;fabriqu&#233;, parce qu'il &#233;tablissait un plan r&#234;v&#233; dont l'existence devait &#234;tre impos&#233;e. Avant tout, il &#233;tait, en tant que tel, hostile &#224; toute id&#233;e de transformation de la soci&#233;t&#233; provenant d'une intervention d&#233;rangeante des masses laborieuses &#224; la recherche de leur lib&#233;ration. Et cela m&#234;me dans le cas de figure o&#249; l'utopisme acceptait le recours &#224; cet &#171; instrument &#187; du mouvement de masse afin de faire pression sur les sommets. Dans le mouvement socialiste tel qu'il s'est d&#233;velopp&#233; avant Marx, jamais l'orientation de l'id&#233;e socialiste ne recoupait celle de la d&#233;mocratie &#224; partir d'en bas.
&lt;p&gt;Cette intersection, cette synth&#232;se, fut la plus grande contribution de Marx. En comparaison, l'enti&#232;ret&#233; du contenu de son Capital passe au second rang. Ce recoupement se trouve au coeur du marxisme : &#171; Cela est la loi, tout le reste n'est que commentaire. &#187; Le Manifeste communiste de 1848 marque les premiers pas de l'autoconscience du mouvement (selon les termes d'Engels) &#171; dont la conception &#233;tait, depuis le tout d&#233;but, que l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re doit &#234;tre mise en oeuvre par la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeune Marx a eu un parcours intellectuel qui s'est &#233;bauch&#233; depuis les &#233;tapes les plus &#233;l&#233;mentaires, au m&#234;me titre o&#249; embryon humain passe par le stade branchial. Ou, pour le pr&#233;senter diff&#233;remment, il a &#233;t&#233; vaccin&#233;, pour la premi&#232;re fois, lorsqu'il a attrap&#233; le microbe le plus r&#233;pandu, &#224; savoir l'illusion en un despote illumin&#233;. Lorsqu'il &#233;tait &#226;g&#233; de 22 ans, le vieil empereur est mort, et Fr&#233;d&#233;ric Guillaume IV a acc&#233;d&#233; au tr&#244;ne1 au milieu des hosannas [de l'h&#233;breu &#171; sauve-nous de gr&#226;ce &#187;, acclamations dans une procession religieuse] lanc&#233;s par les lib&#233;raux et des attentes de r&#233;formes d&#233;mocratiques venant d'en haut. Aucune de ces expectatives ne s'est concr&#233;tis&#233;e. D&#232;s lors, plus jamais Marx n'est retomb&#233; dans cette conception, qui a embrouill&#233; tout le socialisme &#224; partir de ses espoirs plac&#233;s dans des dictateurs-sauveurs ou des pr&#233;sidents-r&#233;dempteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx est entr&#233; en politique comme l'&#233;diteur de combat d'un journal qui &#233;tait l'organe de l'extr&#234;me gauche du courant d&#233;mocrate-lib&#233;ral de la Rh&#233;nanie industrialis&#233;e [&#233;diteur en 1842 de la Rheinische Zeitung]. Et rapidement, ce journal s'est transform&#233; en l'expression &#233;crite de la totalit&#233; du courant d&#233;mocratique radical de l'Allemagne. Le premier article qu'il publia &#233;tait une pol&#233;mique en faveur d'une libert&#233; de presse illimit&#233;e face &#224; toute censure de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le gouvernement imp&#233;rial le fit r&#233;voquer [du poste de r&#233;dacteur], il se tourna vers les nouvelles id&#233;es socialistes venant de France. D&#232;s lors, ce h&#233;raut reconnu de la d&#233;mocratie lib&#233;rale devint socialiste ; il continua &#224; se faire le champion de la d&#233;mocratie. Mais, pour lui, la d&#233;mocratie avait acquis un sens plus profond. Marx &#233;tait le premier penseur et dirigeant socialiste qui adh&#233;ra au socialisme au travers d'un combat pour la d&#233;mocratie lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les Manuscrits de 1842, il rejette le &#171; communisme vulgaire existant &#187; qui nie la personnalit&#233; de l'&#234;tre humain. Il &#233;tait &#224; la recherche d'un communisme qui serait un &#171; humanisme compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; &#187;. En 1845, lui et son ami Engels ont d&#233;velopp&#233; une argumentation contre l'&#233;litisme d'un courant socialiste repr&#233;sent&#233; par quelqu'un comme Bruno Bauer3. En 1846, ils commencent &#224; organiser les &#171; communistes d&#233;mocratiques &#187; allemands en exil &#224; Bruxelles. Engels &#233;criait alors : &#171; Dans notre &#233;poque, d&#233;mocratie et communisme ne font qu'un. [...] Seuls les prol&#233;taires sont capables de r&#233;ellement fraterniser sous le drapeau de la d&#233;mocratie communiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;laborant le premier point de vue qui unit la nouvelle id&#233;e communiste avec les nouvelles aspirations d&#233;mocratiques, Engels et Marx sont entr&#233;s en conflit avec les sectes communistes existantes, comme celle de Weitling 4, qui r&#234;vait &#224; une dictature messianique. Avant de s'unir au groupe qui se transformera en Ligue communiste - pour laquelle ils &#233;criront le Manifeste communiste - ils ont stipul&#233; qu'il fallait que l'organisation passe d'une &#233;lite conspirative d'un ancien style &#224; un groupe ouvert de propagande et que tout &#171; ce qui pouvait conduire &#224; un autoritarisme superstitieux soit &#233;limin&#233; des statuts &#187;. De plus, le comit&#233; dirigeant devait &#234;tre &#233;lu par l'ensemble des membres, cela contre la tradition des d&#233;cisions depuis le haut. Ils ont gagn&#233; la Ligue &#224; cette approche et, dans un journal en 1847, peu de mois avant la parution du Manifeste communiste, le groupe d&#233;clarait : &#171; Nous ne faisons pas partie de ces communistes qui aspirent &#224; d&#233;truire la libert&#233; personnelle, qui d&#233;sirent transformer le monde en une &#233;norme caserne ou en une vaste maison de correction. Il y a certainement des communistes qui, avec la conscience l&#233;g&#232;re, refusent d'admettre la libert&#233; personnelle et voudraient la faire dispara&#238;tre du monde, car ils consid&#232;rent qu'elle constitue un obstacle &#224; une harmonie compl&#232;te. Mais nous ne d&#233;sirons en aucune mesure &#233;changer la libert&#233; contre l'&#233;galit&#233;. Nous sommes convaincus... que dans aucun ordre social la libert&#233; personnelle ne sera plus assur&#233;e que dans une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur la propri&#233;t&#233; commune... [Commen&#231;ons] &#224; nous mettre au travail afin de participer &#224; l'&#233;tablissement d'un Etat d&#233;mocratique dans lequel chaque partie pourra par la parole ou l'&#233;crit gagner une majorit&#233; &#224; ses id&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Manifeste communiste, qui est le fruit de ces discussions, proclama que le premier objectif d'une r&#233;volution consistait &#224; &#171; gagner la bataille de la d&#233;mocratie &#187;. Lorsque, deux ans plus tard, et apr&#232;s le d&#233;clin des r&#233;volutions de 1848, la Ligue communiste scissionna, ce fut une fois de plus &#224; partir d'un conflit avec le putchisme du &#171; communisme vulgaire &#187;, qui d&#233;sirait substituer au mouvement de masse r&#233;el d'une classe ouvri&#232;re &#233;duqu&#233;e et consciente des groupes de r&#233;volutionnaires d&#233;termin&#233;s. Marx leur dit : &#171; La minorit&#233; fait de la simple volont&#233; la force motrice de la r&#233;volution en lieu et place des relations de force r&#233;elles. Tandis que nous disons aux travailleurs : &#171; Vous devrez traverser 15, 20 ou 50 ans de guerre civile [les auteurs de trouvent dans un contexte europ&#233;en d'affrontements et de guerres civiles - r&#233;d.] ou de guerre internationale [quelque 50 ans plus tard &#233;clatera la Premi&#232;re Guerre mondiale avec les crises de 1917 &#224; 1920 - r&#233;d.] non seulement afin de changer les conditions existantes, mais aussi pour vous changer vous-m&#234;mes afin d'&#234;tre aptes &#224; une h&#233;g&#233;monie [domination] politique &#187;, vous, sur l'autre versant, vous dites aux travailleurs : &#171; Nous devons obtenir le pouvoir d'un coup, de suite, autrement nous devons aller nous coucher. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Afin de vous changer vous-m&#234;mes afin d'&#234;tre aptes &#224; une h&#233;g&#233;monie [domination] politique &#187; : voil&#224; le programme de Marx pour le mouvement de la classe travailleuse et cela aussi bien contre ceux qui disent chaque dimanche que les travailleurs peuvent prendre le pouvoir que contre ceux qui affirment qu'ils ne le pourront jamais. Le marxisme est donc n&#233; dans un combat devenu conscient contre les avocats des dictatures &#233;ducatives, des dictateurs-sauveurs, des &#233;lites r&#233;volutionnaires, des communistes autoritaires que contre des bienfaiteurs philanthropiques [ce protestantisme caritativiste qui a marqu&#233; si fortement la gauche helv&#233;tique - r&#233;d.] et des bourgeois lib&#233;raux. Cela &#233;tait le marxisme de Marx et non pas cette monstruosit&#233; caricaturale qui est labellis&#233;e &#224; la fois par l'establishment acad&#233;mique - qui fr&#233;mit face &#224; l'esprit in&#233;branlable d'opposition r&#233;volutionnaire de Marx au statu quo capitaliste - et par les staliniens et n&#233;o-staliniens qui doivent cacher que Marx avait d&#233;clar&#233; une guerre &#224; leur mod&#232;le. &#171; Ce fut Marx qui a li&#233; ensemble les deux id&#233;es de socialisme et de d&#233;mocratie &#187;5, parce qu'il a d&#233;velopp&#233; une th&#233;orie qui a rendu possible cette synth&#232;se pour la premi&#232;re fois. Le &#171; noyau dur &#187; de cette th&#233;orie r&#233;side dans la proposition suivante : il existe une majorit&#233; sociale qui a un int&#233;r&#234;t et un mobile afin de changer le syst&#232;me ; et l'objectif du socialisme peut &#234;tre l'&#233;ducation et la mobilisation de cette masse majoritaire. Elle est constitu&#233;e de la classe des exploit&#233;s, de la classe laborieuse, d'o&#249; provient, en fin de compte, la force motrice d'une r&#233;volution. De l&#224; un socialisme &#224; partir d'en bas est possible, sur la base d'une th&#233;orie qui envisage les potentialit&#233;s r&#233;volutionnaires d'amples majorit&#233;s, m&#234;me si elles apparaissent attard&#233;es, &#224; certains moments et dans certaines r&#233;gions. Le Capital, apr&#232;s tout, n'est rien d'autre que la d&#233;monstration des fondements &#233;conomiques de cette proposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'une telle th&#233;orie d'un socialisme de la majorit&#233; salari&#233;e qui rend possible la fusion d'un socialisme r&#233;volutionnaire et d'une d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire. Nous ne voulons pas ici argumenter en quoi notre conviction de ce que nous croyons est justifi&#233;e. Nous insistons seulement, ici, sur l'alternative. Tous les socialistes ou les pr&#233;tendus r&#233;formistes qui rejettent cette approche doivent se ranger dans le camp du socialisme &#224; partir d'en haut, que ce soit sous les variantes r&#233;formistes, utopiques, bureaucratiques, stalinistes, mao&#239;stes ou castristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ans avant le Manifeste communiste, un r&#233;cent converti au socialisme, &#226;g&#233; de 23 ans, &#233;crivait dans la vieille tradition &#233;litiste : &#171; Nous pouvons recruter dans nos rangs dans ces classes [sociales] qui ont joui d'une assez bonne &#233;ducation, c'est-&#224;-dire dans les universit&#233;s et parmi les couches de commer&#231;ants... &#187; Le jeune Engels [car c'&#233;tait lui] a appris, par la suite, bien mieux. Mais cette sagesse obsol&#232;te continue &#224; nous accompagner plus que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mythe de l'anarchisme libertaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des autoritaires les plus convaincus dans l'histoire du radicalisme [au sens de la gauche] n'est autre que &#171; le p&#232;re de l'anarchisme &#187;, Proudhon [1809-1865] dont le nom est, p&#233;riodiquement, remis &#224; l'ordre du jour comme un mod&#232;le &#171; libertarien &#187;, &#224; cause de sa r&#233;p&#233;tition laborieuse du vocable &#171; libert&#233; &#187; et parce qu'il invoquait la &#171; r&#233;volution &#224; partir d'en bas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pourraient &#234;tre pr&#234;ts &#224; passer par-dessus son antis&#233;mitisme de type hitl&#233;rien (&#171; Le juif est l'ennemi de l'humanit&#233;. Il est n&#233;cessaire de renvoyer cette race en Asie ou de l'exterminer... &#187;). Ou m&#234;me d'omettre son racisme plus g&#233;n&#233;ral (il pensait qu'il &#233;tait correct que le sud des Etats-Unis maintienne les Noirs am&#233;ricains dans une situation d'esclavage dans la mesure o&#249; ces derniers se trouvaient &#224; l'&#233;chelle le plus bas des races inf&#233;rieures). Ou encore de se d&#233;sint&#233;resser de son exaltation de la guerre en tant que telle (sous une forme tr&#232;s similaire &#224; Mussolini). Ou encore d'oublier sa perception selon laquelle la femme n'avait aucun droit (&#171; Je lui d&#233;nie tout droit politique et toute v&#233;ritable capacit&#233; d'initiative. Pour la femme, la libert&#233; et le bien-&#234;tre ne r&#233;sident que dans le mariage, la maternit&#233;, et les devoirs m&#233;nagers. &#187;). Cela revient &#224; la formule &#171; Kinder-Kirche-K&#252;che &#187; des nazis. Il n'est pas possible de dissimuler son opposition violente non seulement aux syndicalistes, mais, y compris, au droit de gr&#232;ve (il a m&#234;me soutenu des actions de police brisant des gr&#232;ves) et &#224; toute et &#224; chaque id&#233;e ayant trait au droit de vote, au suffrage universel, &#224; la souverainet&#233; populaire ainsi qu'&#224; l'id&#233;e en soi de Constitutions (&#171; Toute cette d&#233;mocratie me d&#233;go&#251;te. Que ne donnerais-je pas pour voler dans les plumes, avec mon poing serr&#233;, de cette populace. &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses &#233;crits pour une soci&#233;t&#233; id&#233;ale int&#232;grent sp&#233;cialement la suppression de tout autre groupe [politique], de toute r&#233;union de plus de 20 personnes, de toute presse libre et de toute &#233;lection. Dans les m&#234;mes &#233;crits, il envisage une &#171; inquisition g&#233;n&#233;rale &#187; et la condamnation de &#171; plusieurs millions de personnes &#187; aux travaux forc&#233;s, &#171; une fois la r&#233;volution faite &#187;. En arri&#232;re-fond de ses vues, il y avait un m&#233;pris virulent pour les masses populaires, ce qui constitue le fondement n&#233;cessaire d'une conception du socialisme venant d'en haut, cela en contraste total avec le marxisme qui s'ancre dans une vision oppos&#233;e. Les masses sont corrompues et bonnes &#224; rien (&#171; J'adore l'humanit&#233;, mais je crache sur les &#234;tres humains ! &#187;). Les hommes ne sont &#171; que des sauvages que nous devons civiliser et cela sans en faire nos souverains &#187;, &#233;crit-il &#224; un ami qu'il reprend avec d&#233;dain : &#171; Vous croyez toujours dans le peuple. &#187; Le progr&#232;s, pour lui, ne peut &#234;tre atteint que par la ma&#238;trise que s'arroge une &#233;lite qui prend soin de n'accorder au peuple aucune souverainet&#233;. A certains moments, il fut &#224; la recherche de quelque dirigeant despotique comme pouvant &#234;tre le dictateur unique qui pourrait amener la r&#233;volution : Louis Bonaparte (il &#233;crivit un livre entier, en 1852, portant aux nues l'empereur, Napol&#233;on III, comme le vecteur de la R&#233;volution), puis le prince J&#233;r&#244;me Bonaparte et finalement le tsar Alexandre II [empereur de Russie d&#232;s 1855] &#224; propos duquel il &#233;crivit : &#171; N'oubliez pas que le despotisme du tsar est n&#233;cessaire &#224; la civilisation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait un candidat pour le travail de dictateur qui &#233;tait &#233;videmment plus proche de son domicile : lui-m&#234;me. Il a &#233;labor&#233; un sch&#233;ma d&#233;taill&#233; pour un syst&#232;me &#233;conomique mutualiste, &#224; la forme coop&#233;rative, qui pourrait se diffuser afin d'int&#233;grer tous les secteurs &#233;conomiques et, de l&#224;, l'Etat. Dans ses &#233;crits, Proudhon se donna le poste de g&#233;rant en chef (PDG), qui, naturellement, n'&#233;tait pas soumis &#224; un contr&#244;le d&#233;mocratique, qu'il m&#233;prisait tant. Il avait pris soin, &#224; l'avance, d'en dessiner tous les d&#233;tails : &#171; Etablissement d'un programme secret pour tous les g&#233;rants. Elimination irr&#233;vocable de la royaut&#233;, de la d&#233;mocratie, des propri&#233;taires,etc. &#187; &#171; Les g&#233;rants sont les repr&#233;sentants naturels du pays. Les ministres ne sont que des dirigeants sup&#233;rieurs ou des directeurs g&#233;n&#233;raux : comme ce sera le cas un jour... Lorsque nous serons les ma&#238;tres, la religion sera ce que nous voulons qu'elle soit ; il en ira de m&#234;me pour l'&#233;ducation, la philosophie, la justice, l'administration et le gouvernement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur qui serait plein d'illusions sur l'anarchisme &#171; libertarien &#187; pourrait poser la question : y avait-il quelque chose qui ne soit pas sinc&#232;re &#224; propos de son grand amour pour la libert&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas du tout : il est seulement n&#233;cessaire de saisir ce que la &#171; libert&#233; &#187; anarchiste signifie. Proudhon a &#233;crit : &#171; Le principe de libert&#233; est celui &#224; l'oeuvre dans l'abbaye de Th&#233;l&#232;me [par r&#233;f&#233;rence &#224; Rabelais] : faites ce que vous voulez. &#187; Et ce principe signifie : &#171; Toute personne qui ne peut pas faire ce qu'elle veut et rien de ce qu'elle veut a le droit &#224; la r&#233;volte m&#234;me seule contre le gouvernement, m&#234;me si le gouvernement &#233;tait form&#233; par tous les autres. &#187; Le seul homme qui dispose de ce genre de libert&#233; est le despote. Cela repr&#233;sente la brillante intuition de Dosto&#239;esvski expos&#233;e de la sorte par Shigalev [le plan pour le &#171; bonheur universel &#187; et la &#171; ville future &#187; de Shigalev est pr&#233;sent&#233; dans Les D&#233;mons en 1871] : &#171; En commen&#231;ant par la libert&#233; illimit&#233;e, j'arrive au despotisme illimit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire est similaire pour ce qui a trait au deuxi&#232;me &#171; p&#232;re de l'anarchisme &#187; Bakounine [1814-1876] dont les canevas pour la dictature et la suppression du contr&#244;le d&#233;mocratique sont mieux connus que ceux de Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison de fond de cette similarit&#233; est la m&#234;me : l'anarchisme n'est pas concern&#233; par la cr&#233;ation d'un contr&#244;le d&#233;mocratique venant d'en bas, mais seulement par la destruction de &#171; l'autorit&#233; &#187; sur l'individu, y compris l'autorit&#233; de la r&#233;gulation la plus d&#233;mocratique de la soci&#233;t&#233; qu'il soit possible d'imaginer. Cela a &#233;t&#233; expos&#233; de mani&#232;re tr&#232;s claire par les porte-parole les plus reconnus de l'anarchisme. Par exemple, George Woodcock6 : &#171; M&#234;me si la d&#233;mocratie &#233;tait possible, l'anarchiste ne la soutiendrait pas... Les anarchistes ne proposent pas la libert&#233; politique. Ce qu'ils proposent, c'est la libert&#233; par rapport &#224; la politique... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anarchisme est, par principe, fonci&#232;rement antid&#233;mocratique, dans la mesure o&#249; une autorit&#233; m&#234;me id&#233;alement d&#233;mocratique reste toujours une autorit&#233;. Mais, dans la mesure o&#249;, rejetant la d&#233;mocratie, il ne dispose d'autre moyen de r&#233;soudre les d&#233;saccords et les diff&#233;rences in&#233;vitables parmi les habitants de Th&#233;l&#232;me, la libert&#233; sans limites pour chaque individu non contr&#244;l&#233; est impossible &#224; distinguer du despotisme sans limite exerc&#233; par un tel individu. &#187; D&#232;s lors, la libert&#233; illimit&#233;e pour chaque individu hors de tout contr&#244;le devient impossible &#224; distinguer d'un despotisme sans limite exerc&#233; par ce type d'individu, cela aussi bien en th&#233;orie qu'en pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand probl&#232;me de notre &#233;poque r&#233;side dans l'ach&#232;vement d'un contr&#244;le d&#233;mocratique &#224; partir d'en bas sur le vaste pouvoir de l'autorit&#233; sociale moderne. L'anarchisme, qui est plus g&#233;n&#233;reux que tout autre en termes de verbiage sur &#171; quelque chose venant d'en bas &#187;, rejette cet objectif. C'est l'autre face de la m&#233;daille du despotisme bureaucratique, avec ses valeurs invers&#233;es. Mais ce n'est ni une solution ni une alternative &#224; ce despotisme.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;font &lt;br class='autobr' /&gt;
size = 2&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1. Il devient roi en 1840, doit c&#233;der devant l'insurrection populaire en 1848 et se voit offrir en mars 1849 par le Parlement de Francfort la couronne imp&#233;riale qu'il refuse, apr&#232;s un &#233;chec de constitution d'un empire il s'engagera dans une voie tr&#232;s autoritaire et r&#233;actionnaire. R&#233;d.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Textes r&#233;dig&#233;s par Marx en 1844, publi&#233;s sous le nom de Manuscrits de 1844. Le sous-titre donn&#233; par Emile Bottigelli, &#171; Economie politique et philosophie &#187; traduit les diverses facettes de ces textes. Editions sociales, 1962, pour la version fran&#231;aise. R&#233;d.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Voir l'ouvrage de Marx intitul&#233; La sainte famille, ou critique de la critique critique, contre Bruno Bauer et consorts. Ce texte est avant tout une &#250;uvre pol&#233;mique. Publication en fran&#231;ais : Editions sociales, 1969. R&#233;d.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. En janvier 1846, Wilhelm Weitling arrive &#224; Bruxelles &#224; partir de Londres. Sur la gen&#232;se et sur la Ligue des communistes, voir La Ligue des communistes - Documents constitutifs rassembl&#233;s par Bert Andreas, Aubier-Montaigne 1972. R&#233;d.&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Cette citation vient de l'autobiographie de H. G. Wells, l'inventeur des utopies les plus sombres du socialisme &#224; partir d'en haut dans toute la litt&#233;rature ; Wells, dans ce passage, d&#233;nonce Marx pour cette fusion historique. H.D.&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Ecrivain anarchiste n&#233; au Canada en 1912, d&#233;c&#233;d&#233; en 1995. Il fut partie prenante du mouvement anarchiste lors de la r&#233;volution espagnole en 1936-37. Son ouvrage L'anarchisme fut publi&#233; en 1962.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La social-d&#233;mocratie &#224; l'ombre de l'Etat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans cette quatri&#232;me partie de l'&#233;tude de Hal Draper - &#233;tude publi&#233;e en 1966 et aussi intitul&#233;e &#171; Les deux &#226;mes du socialisme &#187; -, l'auteur met en lumi&#232;re l'influence d'une conception &#233;tatiste du socialisme qui marquera la social-d&#233;mocratie d&#232;s sa naissance. Les influences de Lassalle ou des fabiens sont souvent m&#233;connues. Pourtant, on les retrouve dans la mise en &#250;uvre des choix strat&#233;giques de la social-d&#233;mocratie. - R&#233;d.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable mod&#232;le de la social-d&#233;mocratie moderne - c'est-&#224;-dire le Parti social-d&#233;mocrate allemand [au cours de la p&#233;riode allant de la fin du XIXe si&#232;cle aux ann&#233;es 50-60 du XXe] - est souvent pr&#233;sent&#233; comme s'il s'&#233;tait d&#233;velopp&#233; &#224; partir d'un fondement marxiste. Cela constitue un mythe comme beaucoup d'autres qui jalonnent l'histoire du socialisme. Certes, l'impact de Marx &#233;tait fort, y compris sur un certain nombre de dirigeants, tout au long d'une p&#233;riode historique.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, la politique de la social-d&#233;mocratie qui se d&#233;veloppa et impr&#233;gna finalement le parti provient, avant tout, de deux autres sources. La premi&#232;re remonte &#224; Ferdinand Lassalle1 qui a cr&#233;&#233; le socialisme allemand en tant que mouvement organis&#233; (en 1863, Lassalle fonde l'Allgemeiner deutscher Arbeiterverein - Association g&#233;n&#233;rale allemande des travailleurs). L'autre provient du mouvement fabien 2 anglais, qui a inspir&#233; le &#171; r&#233;visionnisme &#187; d'Eduard Bernstein 3.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ferdinand Lassalle est le prototype du socialiste d'Etat, c'est-&#224;-dire de quelqu'un qui vise &#224; atteindre le socialisme en quelque sorte par le biais d'un don qui serait effectu&#233; par l'Etat existant. Lassalle n'&#233;tait pas le premier exemple de ce type ; il y eut auparavant Louis Blanc [1811-1882, connu entre autres pour son initiative d'ateliers nationaux]. Toutefois, pour ce qui a trait &#224; Ferdinand Lassalle, il faut savoir que l'Etat existant &#233;tait celui du Kaiser sous le r&#232;gne de Bismarck.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat, disait Lassalle aux travailleurs, constitue un facteur qui &#171; pourra r&#233;aliser pour chacun d'entre nous ce qu'aucun d'entre nous ne peut r&#233;aliser pour lui-m&#234;me &#187;. Marx proposait exactement le contraire : la classe ouvri&#232;re (les salari&#233;s) devait mener &#224; bien, elle-m&#234;me, sa propre &#233;mancipation et, dans le cours de cette conqu&#234;te, abolir l'Etat existant. Eduard Bernstein avait raison en affirmant que Lassalle &#171; rendait un v&#233;ritable culte &#187; &#224; l'Etat. Devant un tribunal prussien, Lassalle d&#233;clara : &#171; Je d&#233;fends avec vous, contre ces modernes barbares [la bourgeoisie lib&#233;rale], l'Etat, cette vestale qui garde le feu imm&#233;morial de la civilisation. &#187; Cela faisait de Marx et de Lassalle des &#171; opposants fondamentaux &#187;, comme le souligne le biographe de Lassalle Footman 4 qui a mis en relief les positions pro-prussiennes, pro-nationalistes prussiennes, pro-imp&#233;rialistes prussiennes de Lassalle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lassalle organisa le premier mouvement socialiste allemand comme devant ob&#233;ir &#224; sa dictature personnelle. De fa&#231;on tr&#232;s consciente, il engagea sa construction comme un mouvement venant d'en bas pour construire un socialisme venant d'en haut. Son objectif &#233;tait de convaincre Bismarck de faire quelques concessions, particuli&#232;rement sur le terrain du suffrage universel. Sur cette base, un mouvement parlementaire, sous la conduite de Lassalle, aurait pu devenir un alli&#233; de masse de l'Etat bismarckien contre la bourgeoisie lib&#233;rale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce but, Lassalle a effectivement tent&#233; de n&#233;gocier avec le chancelier de fer. Lassalle envoya &#224; Bismarck les statuts - de type dictatorial - de son organisation, les pr&#233;sentant comme &#171; la constitution de mon royaume que peut-&#234;tre vous m'envierez &#187;. Lassalle continuait ainsi : &#171; Mais cet exemple miniature sera suffisant pour faire la d&#233;monstration de ce fait av&#233;r&#233; : la classe ouvri&#232;re ressent une inclination instinctive en faveur de la dictature, si elle peut &#224; juste titre se persuader que la dictature sera exerc&#233;e dans son int&#233;r&#234;t. Et, malgr&#233; les points de vue r&#233;publicains - ou pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause d'eux -, cette classe ouvri&#232;re serait d&#232;s lors encline, comme je vous l'ai dit il y a peu, &#224; voir dans la couronne, en opposition &#224; l'&#233;go&#239;sme de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, le repr&#233;sentant naturel de la dictature sociale, si la couronne, de son c&#244;t&#233;, pouvait se rendre &#224; l'id&#233;e - ce qui est certainement tr&#232;s improbable - d'avancer une orientation r&#233;ellement r&#233;volutionnaire et de se transformer elle-m&#234;me de monarchie en faveur d'ordres privil&#233;gi&#233;s en une monarchie sociale et r&#233;volutionnaire du peuple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que cette lettre secr&#232;te n'ait pas &#233;t&#233; connue &#224; l'&#233;poque, Marx avait parfaitement saisi la nature du lassallisme. Il lan&#231;a &#224; la face de Lassalle qu'il &#233;tait un &#171; bonapartiste &#187;. Il &#233;crivit de fa&#231;on pr&#233;monitoire que &#171; son attitude est celle d'un futur dictateur ouvrier &#187;. Il caract&#233;risa la tendance de Lassalle comme &#171; un socialisme royal prussien gouvernemental &#187; et d&#233;non&#231;a son &#171; alliance avec les opposants absolutistes et f&#233;odaux contre la bourgeoisie lib&#233;rale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au lieu d'envisager un processus r&#233;volutionnaire de transformation de la soci&#233;t&#233; &#187;, &#233;crivait Marx, Lassalle envisageait le socialisme comme issu &#171; de l'aide de l'Etat que ce dernier apporterait aux soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives de production, socialisme que l'Etat et non pas les travailleurs engendrerait &#187;. Marx ridiculisait cette perspective. Il &#233;crivait : &#171; En ce qui concerne les soci&#233;t&#233;s coop&#233;ratives actuelles, dans la mesure o&#249; elles sont concern&#233;es, elles poss&#232;dent une valeur seulement si elles sont des cr&#233;ations ind&#233;pendantes des travailleurs et non des structures prot&#233;g&#233;es du gouvernement ou de la bourgeoisie. &#187; On trouve ici une affirmation classique &#233;clairant le sens du terme ind&#233;pendant comme &#233;tant la pierre angulaire distinguant le socialisme &#224; partir d'en bas par rapport au socialisme &#233;tatique. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mod&#232;le fabien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Allemagne, derri&#232;re la figure de Lassalle, vont surgir une s&#233;rie de &#171; socialismes &#187; se d&#233;veloppant dans une direction qui m&#233;rite notre int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lesdits socialistes acad&#233;miques (les socialistes des chaires universitaires : Kathedersozialisten, un courant de l'establishment acad&#233;mique) pla&#231;aient leurs esp&#233;rances en Bismarck encore plus ouvertement que Lassalle. Mais leur conception d'un socialisme d'Etat n'&#233;tait pas, quant aux principes, &#233;loign&#233;e de celle de Lassalle. Si ce n'est que ce dernier se risquait &#224; promouvoir un mouvement de masse partant d'en bas pour mettre en &#250;uvre sa perspective ; risqu&#233; donc, parce qu'une fois enclench&#233;, ce mouvement pouvait lui &#233;chapper des mains, comme cela s'est produit plusieurs fois dans l'histoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bismarck lui-m&#234;me n'h&#233;sita pas &#224; pr&#233;senter ses mesures de politique &#233;conomique paternalistes comme une sorte de socialisme. Des livres ont &#233;t&#233; &#233;crits sur le &#171; socialisme monarchique &#187; ou encore le &#171; socialisme d'Etat bismarckien &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se d&#233;pla&#231;ant encore plus &#224; droite, on arrive au &#171; socialisme &#187; de Friedrich List 5, en quelque sorte un protonazi, pour atteindre finalement des cercles o&#249; l'anticapitalisme est une forme de l'antis&#233;mitisme (E. D&#252;hring 6, A. Wagner) qui forgeront des &#233;l&#233;ments du mouvement qui se qualifiera de socialiste sous Aldof Hitler. L'&#233;l&#233;ment qui r&#233;unit cet &#233;ventail, au-del&#224; de toutes les diff&#233;rences, consiste dans la conception d'un socialisme qui &#233;quivaut, pour l'essentiel, &#224; une intervention de l'Etat dans la vie &#233;conomique et sociale. Comme le d&#233;clarait Lassalle : &#171; Etat, prends en charge les choses. &#187; C'est ce socialisme qui est le propre de tout ce courant.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour cette raison que Schumpeter 7 observe avec justesse que l'&#233;quivalent britannique du socialisme d'Etat germanique est le socialisme de Sidney Webb 8, le &#171; fabianisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fabiens (plus exactement les webbiens) sont, dans l'histoire des id&#233;es socialistes, le courant socialiste moderne qui a consomm&#233; de la fa&#231;on la plus radicale son divorce avec le marxisme ; il est le plus &#233;loign&#233; du marxisme. C'&#233;tait un r&#233;formisme social-d&#233;mocrate presque chimiquement pur, sans aucun m&#233;lange, particuli&#232;rement avant la mont&#233;e du mouvement de masse et socialiste en Grande-Bretagne, mouvement que les fabiens ne d&#233;siraient pas et qu'ils n'ont pas aid&#233; &#224; construire (malgr&#233; un mythe tr&#232;s r&#233;pandu qui pr&#233;tend le contraire). Les fabiens constituent d&#232;s lors une exp&#233;rience tr&#232;s importante par rapport &#224; d'autres courants r&#233;formistes qui payaient leur tribut au marxisme, adoptant une partie de son langage, mais le distordant dans sa substance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les fabiens clairement issus des classes moyennes au plan de leur extraction sociale et de leur champ d'influence ne voulaient en aucune mesure construire un mouvement de masse et encore moins un mouvement de masse fabien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se pensaient comme une petite &#233;lite de conseillers intellectuels qui pourraient impr&#233;gner les institutions sociales existantes, influen&#231;ant ainsi les dirigeants r&#233;els aussi bien dans la sph&#232;re conservatrice que lib&#233;rale [allusion aux deux partis bourgeois conservateur et lib&#233;ral qui monopolisaient alors la sph&#232;re politique anglaise] en impulsant le d&#233;veloppement social en direction de son objectif collectiviste avec la force d'un &#171; gradualisme imparable &#187;. Dans la mesure o&#249; leur conception du socialisme reposait dans la seule intervention de l'Etat (au niveau national et municipal) et que leur th&#233;orie indiquait que le capitalisme lui-m&#234;me &#233;tait en train de d&#233;velopper des tendances collectivistes, rapidement, jour apr&#232;s jour, et qu'il devait poursuivre dans cette direction, leur fonction consistait simplement &#224; h&#226;ter ce processus [lune id&#233;e analogue r&#232;gne dans la social-d&#233;mocratie lors de l'adoption du programme dit de Bade Godesberg en Allemagne ou de Winterthour en Suisse, 1958-1959]. La soci&#233;t&#233; fabienne fut con&#231;ue en 1884 comme devant &#234;tre le poisson pilote d'un requin. Tout d'abord, le requin fut le Parti lib&#233;ral ; mais lorsque l'influence sur le lib&#233;ralisme &#233;choua mis&#233;rablement et que le Travail aboutit finalement &#224; constituer son propre parti de classe [Labour Party] malgr&#233; les fabiens, le poisson pilote rejoignit simplement ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a peut-&#234;tre aucune autre tendance socialiste qui, aussi syst&#233;matiquement et consciencieusement, a &#233;labor&#233; une th&#233;orie du socialisme &#224; partir d'en haut. La nature de ce mouvement a &#233;t&#233; identifi&#233;e tr&#232;s vite, m&#234;me si, par la suite, son caract&#232;re a &#233;t&#233; obscurci lorsque le fabianisme s'est int&#233;gr&#233; dans l'ensemble du r&#233;formisme travailliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dirigeant socialiste chr&#233;tien au sein de la Fabian Society attaqua une fois Webb comme un &#171; collectivisme bureaucratique &#187; (c'est peut-&#234;tre l&#224; la premi&#232;re utilisation de ce terme). Le livre, une fois fameux, de Hilaire Belloc 9, L'Etat servile, publi&#233; en 1912, fut largement provoqu&#233; par le &#171; collectivisme id&#233;al &#187; de Webb qui &#233;tait pour l'essentiel bureaucratique. G.D.H. Cole [historien anglais de renom du mouvement ouvrier, membre de la soci&#233;t&#233; fabienne] rappelait que &#171; les Webb &#224; cette &#233;poque aimaient &#224; dire que toute personne active en politique &#233;tait soit un &#171; a &#187;, soit un &#171; b &#187; - soit un anarchiste, soit un bureaucrate - et que eux &#233;taient des &#171; b &#187;. Ces caract&#233;risations servent tout juste &#224; transmettre le sens effectif du collectivisme des Webb qu'&#233;tait le fabianisme. C'&#233;tait une orientation compl&#232;tement dirigiste (manag&#233;riale), technocratique, &#233;litiste, autoritaire, &#171; planificatrice &#187;. Webb aimait &#224; utiliser le terme d'influence (de man&#250;uvre) comme synonyme de politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une publication du courant fabien &#233;crivait qu'ils voulaient &#234;tre &#171; les j&#233;suites du socialisme &#187;. Leur &#233;vangile &#233;tait l'Ordre et l'Efficacit&#233;. Le peuple, qui devait &#234;tre trait&#233; avec indulgence, n'&#233;tait apte qu'&#224; &#234;tre dirig&#233; par des experts comp&#233;tents. La lutte de classes, la r&#233;volution, les soul&#232;vements populaires relevaient de la folie, de la d&#233;mence. Dans l'ouvrage Le fabianisme et l'empire, l'imp&#233;rialisme &#233;tait lou&#233; et accept&#233;. Si une fois le mouvement socialiste a d&#233;velopp&#233; son propre courant collectiviste bureaucratique, ce fut bien dans ce cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu penser que le socialisme &#233;tait essentiellement un mouvement &#224; partir d'en bas, un mouvement de classe, &#233;crit un repr&#233;sentant du fabianisme, Sidney Ball, afin de d&#233;tourner de cette id&#233;e le lecteur ; mais, continue Ball, les socialistes maintenant &#171; abordent la question sous un angle scientifique plut&#244;t que populaire ; ce sont des th&#233;oriciens des classes moyennes &#187;, s'enorgueillent-ils. Il en arrive &#224; affirmer qu'il existe une claire rupture entre le socialisme de la rue et le socialisme de l'acad&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les s&#233;quelles de cela sont bien connues, quoique le plus souvent camoufl&#233;es. Alors que le courant fabien comme tendance sp&#233;cifique a disparu en 1918 dans le mouvement beaucoup plus large du r&#233;formisme travailliste, les dirigeants fabiens ont adopt&#233; une autre direction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi bien Sidney et Beatrice Webb que Bernard Shaw 10 - le trio le plus connu de la Fabian Society - devinrent des supporters par principe du totalitarisme stalinien des ann&#233;es 30. Ant&#233;rieurement Bernard Shaw, qui pensait que le socialisme n&#233;cessitait un superman, en avait trouv&#233; plus d'un. Il avait appuy&#233; Mussolini et Hitler en tant que despotes bienveillants devant faire cadeau du &#171; socialisme &#187; aux rustres. Il fut d&#233;&#231;u que ces despotes n'aient pas aboli effectivement le capitalisme. En 1931, Shaw d&#233;clara, apr&#232;s une visite en URSS, que le r&#233;gime de Staline &#233;tait le fabianisme mis en pratique. Les Webb de m&#234;me se rendirent &#224; Moscou et y trouv&#232;rent Dieu. Dans leur ouvrage Le communisme sovi&#233;tique : une nouvelle civilisation ?, ils prouvaient (&#224; partir des documents fournis par Moscou et des propres d&#233;clarations de Staline, minutieusement analys&#233;es) que la Russie &#233;tait la plus grande d&#233;mocratie du monde. Staline n'&#233;tait pas un dictateur. L'&#233;galit&#233; totale r&#233;gnait. La dictature du parti unique &#233;tait n&#233;cessaire. Le Parti communiste &#233;tait une &#233;lite compl&#232;tement d&#233;mocratique qui conduisait vers la civilisation les esclaves et les Mongols (mais pas les Anglais !). La d&#233;mocratie politique avait &#233;chou&#233; dans tous les pays d'Occident et il n'y avait aucune raison &#224; ce que les partis politiques doivent survivre dans notre &#233;poque. Ils appuy&#232;rent fermement Staline et les proc&#232;s de Moscou ainsi que le pacte Hitler-Staline, sans qu'aucune naus&#233;e puisse &#234;tre observ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils moururent en &#233;tant des pro-staliniens acritiques d'un type qu'aujourd'hui [Draper &#233;crit en 1966] on ne pourrait m&#234;me pas rencontrer au sein du bureau politique du Parti communiste de l'URSS.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme Bernard Shaw l'a expliqu&#233;, les Webb n'avaient que du m&#233;pris pour la R&#233;volution russe en tant que telle : &#171; Les Webb ont attendu jusqu'&#224; ce que le changement [r&#233;volution] se termine par la destruction et les ruines, jusqu'&#224; ce que les erreurs soient corrig&#233;es et que l'Etat communiste soit vraiment lanc&#233;. &#187; C'est-&#224;-dire qu'ils ont attendu jusqu'&#224; ce que les masses r&#233;volutionnaires aient &#233;t&#233; enferm&#233;es dans une camisole de force, que les dirigeants de la r&#233;volution aient &#233;t&#233; destitu&#233;s et que la tranquillit&#233; efficace de la dictature se soit impos&#233;e sur la sc&#232;ne, autrement dit que la contre-r&#233;volution soit fermement &#233;tablie. C'est alors que les Webb arrivent pour d&#233;clarer l'id&#233;al accompli.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela rel&#232;ve-t-il d'une incompr&#233;hension gigantesque, d'une erreur incompr&#233;hensible ? Ou bien les Webb n'avaient-ils pas raison de penser que cela [l'Etat stalinien] repr&#233;sentait ce &#171; socialisme &#187; qui entrait en correspondance avec leur id&#233;ologie, certes au prix d'un peu de sang. Le tournant du fabianisme - qui visait &#224; influencer les classes moyennes - en direction du stalinisme repr&#233;sentait le pivotement d'une porte autour de la charni&#232;re du socialisme &#224; partir d'en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;William Morris&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on jette un regard quelques d&#233;cennies avant le tournant du si&#232;cle qui vit le courant fabien se d&#233;velopper &#224; l'&#233;chelle internationale surgit une autre figure. C'est l'antith&#232;se des Webb. Cette personnalit&#233; du socialisme r&#233;volutionnaire, William Morris 11, devint un socialiste et un marxiste au cours des ann&#233;es 1880. Les &#233;crits de Morris expriment dans toutes ses dimensions l'esprit du socialisme &#224; partir d'en bas, au m&#234;me titre o&#249; chaque ligne des Webb traduit l'oppos&#233;. Cette orientation se fait peut-&#234;tre la plus claire dans son attaque d&#233;vastatrice du courant fabien, ainsi que dans sa d&#233;nonciation du &#171; marxisme &#187; britannique &#224; la Lassalle repr&#233;sent&#233; par le dictatorial H.M. Hyndman 12. Il en va de m&#234;me dans sa d&#233;nonciation du socialisme d'Etat et son aversion pour l'utopie bureaucratique collectiviste de Bellamy13, pr&#233;sent&#233; dans l'ouvrage Looking backward.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;crits socialistes de Morris sont travers&#233;s d'une insistance sur tous les aspects de la lutte de classes. Et pour ce qui a trait au socialisme futur, son News from nowhere fut &#233;crit comme une antith&#232;se &#224; l'ouvrage de Bellamy. Morris nous avertit que &#171; les individus ne peuvent pas se d&#233;faire des probl&#232;mes de la vie sur les &#233;paules d'une abstraction nomm&#233;e l'Etat, mais doivent faire face &#224; ces questions au travers d'une association consciente des uns avec les autres... La diversit&#233; vivante est tout autant un but pour un vrai communisme que l'&#233;galit&#233; en est une condition et... rien, si ce n'est l'unit&#233; de ces deux dimensions, ne pourra conduire &#224; une v&#233;ritable libert&#233;. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Y compris certains socialistes, note Morris, sont capables de confondre la machine coop&#233;rative vers laquelle tend la vie moderne avec l'essence du socialisme lui-m&#234;me. &#187; Il en d&#233;coule &#171; le danger que la communaut&#233; d&#233;g&#233;n&#232;re en bureaucratie &#187;. Ainsi, il exprimait sa crainte face &#224; une bureaucratie collectiviste se pointant dans le futur. R&#233;agissant violemment contre le socialisme d'Etat et le r&#233;formisme, il retourne &#224; une position antiparlementaire, mais il ne tombe pas dans le pi&#232;ge anarchiste : &#171; Les gens devront s'associer dans l'administration et, quelquefois, il y aura des diff&#233;rences d'opinion... Que faire ? Quel parti devra c&#233;der ? Nos amis anarchistes affirment que cela ne doit pas &#234;tre d&#233;cid&#233; par une majorit&#233;. Dans ce cas, la d&#233;cision rel&#232;vera d'une minorit&#233;. Et pourquoi ? Y a-t-il un droit divin en faveur des minorit&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces remarques visent le c&#250;ur de l'anarchisme beaucoup plus profond&#233;ment que l'opinion commune qui voudrait que l'inconv&#233;nient avec l'anarchisme r&#233;side dans son hyperid&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;William Morris contre Sidney Webb. Voil&#224; une fa&#231;on de r&#233;sumer cette histoire [des deux branches du socialisme &#224; partir d'en bas et du socialisme &#224; partir d'en haut].&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;font size = 2&gt;
1. Ferdinand Lassalle (1825-1864) &#233;tait en contact avec Marx. Des divergences &#233;clat&#232;rent, entre autres &#224; propos de l'orientation de Lassalle en direction de l'Etat prussien. 2. En octobre 1883, Edith Nesbit et Hubert Bland d&#233;cident de former un groupe de d&#233;bat socialiste avec leur ami quaker (groupement religieux protestant) Edward Peace. En janvier 1884 se formera la Fabian Society (les fabiens). Le nom fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'histoire romaine : le g&#233;n&#233;ral Quintus Fabius Maximus avait choisi contre le Carthaginois Hanibal la strat&#233;gie d'affaiblissement de l'opposition par des op&#233;rations de harc&#232;lement, &#233;vitant des batailles frontales. D&#232;s mars 1884, un nombre significatif d'intellectuels rejoignent la Fabian Society. Parmi eux, il faut mentionner Sidney et Beatrice Webb, George Bernard Shaw, Ramsay MacDonald. En 1889 sont publi&#233;s les Fabian Essays on Socialism (&#171; Essais fabiens sur le socialisme &#187;) qui incluent des chapitres &#233;crits par G. B. Shaw, S. Webb, Hubert Bland. Cet ouvrage deviendra une r&#233;f&#233;rence. En 1952, Clement Attlee affirmera qu'il s'agit du &#171; premier expos&#233; coh&#233;rent d'une philosophie gradualiste par opposition aux doctrines utopiques ou catastrophiques &#187;. Eduard Bernstein subira la forte emprise de cette doctrine &#171; fabienne &#187;.
3. Eduard Bernstein (1850-1932) d&#233;veloppa sa vision &#171; r&#233;visionniste &#187; de la th&#233;orie marxiste dans une s&#233;rie d'articles de la revue du Parti social-d&#233;mocrate Die Neue Zeit entre 1896 et 1898, articles regroup&#233;s sous le titre Probleme des Sozialismus.
4. David Footman, The primrose path : a life of Ferdinand Lassalle, London, The Cresset Press, 1946.
5. Friedrich List (1789-1846), &#233;conomiste, homme politique, inspirateur du &#171; nationalisme &#233;conomique &#187;. Pour List, le libre-&#233;changisme servait &#224; camoufler les int&#233;r&#234;ts de l'imp&#233;rialisme britannique. List d&#233;veloppa toute une th&#233;orie de la nation et de son &#233;volution.
6. Eugen D&#252;hring (1833-1921) &#233;crivit deux ouvrages au d&#233;but des ann&#233;es 1870 - Kritische Geschichte der nationale Oekonomie und des Sozialismus et Cursus der Philosophie als streng wissenschaftlicher Weltanschauung und Lebensgestaltung - qui eurent un impact aupr&#232;s de dirigeants sociaux-d&#233;mocrates allemands tels qu'Eduard Bernstein et m&#234;me August Bebel. Karl Liebknecht demanda &#224; Engels d'engager une critique de ses oeuvres. Ce dernier le fit entre 1876 et 1878. Ses articles furent r&#233;unis et publi&#233;s en 1878 dans l'ouvrage actuellement connu sous le titre de L'anti-D&#252;hring.
7. Joseph Aloys Schumpeter (1883-1950). Draper fait ici allusion &#224; un des ouvrages les plus connus de cet &#233;conomiste de renom, Capitalisme, socialisme et d&#233;mocratie, publi&#233; en 1942.
8. Sidney Webb (1859-1947). Au sein de la Fabian Society il &#233;crit divers ouvrages, argumentant en faveur d'une r&#233;forme : Facts for Socialists, 1887, Facts for Londoners, 1888, The Eight Hour Day, 1891. Webb consid&#233;rait que l'inspirateur du socialisme anglais &#233;tait Robert Owen et non pas Karl Marx. En 1891, Beatrice Potter prend contact avec Sidney Webb &#224; propos des recherches qu'elle effectue sur le mouvemement coop&#233;ratif. Beatrice Potter &#233;pousera Sidney Webb. En 1932, les Webb visitent l'Union sovi&#233;tique et publient en 1935 l'ouvrage Soviet Communism : A New Civilization ? En 1942, ils publieront un nouvel ouvrage favorable &#224; l'URSS stalinienne, intitul&#233; The truth about Soviet Russia. Beatrice Webb meurt en 1943.
9. Hilaire Belloc (1870-1953) a &#233;t&#233; un auteur catholique tr&#232;s prolixe. Il dirigeait un hebdomadaire politique The Eye-Witness - auquel ont collabor&#233; G. B. Shaw et H.G. Wells. En 1911, il publia un livre intitul&#233; The Party System. Dans son ouvrage de 1912, L'Etat servile, il attaquait les r&#233;formes propos&#233;es par ses anciens amis de la soci&#233;t&#233; fabienne, d'un point de vue de droite.
10. George Bernard Shaw (1856-1950) est n&#233; &#224; Dublin. Il se rendra &#224; Londres en 1876 et adh&#233;rera aux id&#233;es socialistes au d&#233;but des ann&#233;es 1880. Il aura des liens avec William Morris, Eleanor Marx dans la F&#233;d&#233;ration sociale d&#233;mocratique. Puis dans le cadre de la Fabian Society, il collaborera &#233;troitement avec Webb. Il rejoindra le Parti travailliste en 1906 et restera attach&#233; aux id&#233;es socialistes jusqu'&#224; sa mort. Conjointement &#224; ses activit&#233;s politiques, &#224; son talent de vulgarisateur des id&#233;es socialistes, il a &#233;t&#233; un romancier, un critique litt&#233;raire et un auteur dramatique de premier plan.
11. William Morris (1834-1896) a eu une activit&#233; de po&#232;te, de romancier, de traducteur, de peintre, de r&#233;novateur des arts d&#233;coratifs. Il a jou&#233; un r&#244;le dans le mouvement socialiste anglais. Il s'engagea tout d'abord contre la guerre men&#233;e par le gouvernement conservateur d'Israeli contre la Russie entre 1876 et 1878. En 1983, Morris rejoint la F&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique qui sera tr&#232;s vite renomm&#233;e F&#233;d&#233;ration sociale d&#233;mocratique. En d&#233;cembre 1884, avec le soutien d'Engels, Morris sortira de cette organisation pour cr&#233;er la Ligue socialiste. Cette organisation sera clairement anti-parlementariste.
12. Henry Mayers Hyndman (1842-1922). Jusqu'en 1880, Hyndman a une position de d&#233;mocrate mais cultive des liens avec les conservateurs (Tories). Il adh&#233;rera &#224; la F&#233;d&#233;ration sociale d&#233;mocrate en 1881 apr&#232;s une lecture du Capital. En 1914, il sera un patriote ardent et sera favorable &#224; l'intervention imp&#233;rialiste contre la R&#233;volution russe.
13. Edward Bellamy (1850-1898), auteur de Looking backward 2000-1887, publi&#233; en 1888. Ce livre dit utopique a eu un succ&#232;s consid&#233;rable. William Morris, dans une conf&#233;rence &#224; propos de cet ouvrage, souligne que ce dernier &#171; ne devrait pas &#234;tre pris comme la bible socialiste de la reconstruction, un danger auquel peut-&#234;tre il n'&#233;chappera pas &#187;.&lt;/font&gt;
&lt;hr&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La devanture &#171; r&#233;visionniste &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous publions ici la suite de l'&#233;tude de Hal Draper intitul&#233;e Le socialisme &#224; partir d'en-bas ou Les deux &#226;mes du socialisme. Ce chapitre est consacr&#233;, pour l'essentiel, au d&#233;cryptage de l'&#250;uvre de Eduard Bernstein (1850-1932) &#224; partir de la ligne de partage introduite par Hal Draper entre les tenants d'un socialisme par en haut - qui se calent sur les institutions de l'Etat capitaliste et sur des structures organisationnelles des salari&#233;&#183;e&#183;s en syntonie avec ce projet - et les partisans du socialisme &#224; partir d'en bas qui misent sur &#171; l'autoactivit&#233; des masses &#187; et un processus de conscience et d'organisation qui rendent possible une rupture avec les diverses facettes de la domination bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eduard Bernstein s'est approch&#233; du marxisme en 1878-1879, apr&#232;s avoir lu l'Anti-D&#252;hring d'Engels. Il travaillait alors, &#224; Lugano, comme secr&#233;taire du philanthrope social-d&#233;mocrate allemand Karl H&#246;chberg. En 1879, il participa &#224; la r&#233;daction d'un article dans la revue de ce dernier, l'alors c&#233;l&#232;bre Jahrbuch f&#252;r Sozialwissenschaft und Sozialpolitik. Cet article, R&#252;cklibke auf die sozialistische Bewegung in Deutschland (R&#233;trospective sur le mouvement socialiste en Allemagne) laissait entrevoir une adh&#233;sion &#224; une version lib&#233;rale du socialisme. Ce qui lui valut une critique de Marx et Engels (Lettre adress&#233;e &#224; Bebel, Liebknecht etc. de septembre 1879). Par la suite, durant quelque 15 ans, Eduard Bernstein fit montre &#171; d'orthodoxie &#187; ; celle-ci reposait toutefois sur l'id&#233;e d'un socialisme produit par les &#171; lois de d&#233;veloppement du capitalisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1895-1896, il op&#233;re un tournant, clairement perceptible dans sa postface &#224; l'ouvrage de Louis H&#233;ritier sur la R&#233;volution de 1848 en France. L'approche de Bernstein se situe &#224; l'oppos&#233; de l'ouvrage de MarxLes luttes de classe en France, 1848-1850. Sur le fond, Bernstein condamne tout mouvement revendicatif qui heurte la bourgeoisie lib&#233;rale. On trouve l&#224; les &#233;l&#233;ments constitutifs de son ouvrage de r&#233;f&#233;rence, datant de 1899 : Les pr&#233;suppos&#233;s du socialisme et les devoirs de la social-d&#233;mocratie. Des extraits des textes des auteurs qu'analyse Hal Draper dans son essai seront reproduits dans la brochure que nous publierons. - R&#233;d.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eduard Bernstein, le th&#233;oricien du &#171; r&#233;visionnisme &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
social-d&#233;mocrate, a puis&#233; son inspiration dans le fabianisme dont il avait subi la forte influence au cours de son exil &#224; Londres 1. Il n'a pas invent&#233; la politique r&#233;formiste en 1896. Il devint simplement son porte-parole th&#233;orique. La direction bureaucratique du Parti social-d&#233;mocrate allemand n'avait pas de pr&#233;dilection pour la th&#233;orie : &#171; On ne le dit pas, on le fait &#187;, dit-elle &#224; Bernstein, signifiant par l&#224; que les orientations de la social-d&#233;mocratie allemande avaient &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;es du marxisme bien avant que ses th&#233;oriciens traduisent ce changement. Bernstein n'a donc pas &#171; r&#233;vis&#233; le marxisme &#187;. Son r&#244;le consista &#224; l'extirper tout en pr&#233;tendant en &#233;laguer les grosses branches dess&#233;ch&#233;es. Les fabiens ne ressentaient pas le besoin de s'embarrasser de tels pr&#233;textes ; mais, en Allemagne, il &#233;tait impossible de d&#233;truire le marxisme par un assaut frontal. Le retour au &#171; socialisme &#224; partir d'en haut &#187; (die alte Scheisse - &#171; la vieille gadoue &#187;2) devait &#234;tre expos&#233; comme une &#171; modernisation &#187;, une &#171; r&#233;vision &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, au m&#234;me titre que les fabiens, le &#171; r&#233;visionnisme &#187; avait extrait son socialisme du processus in&#233;luctable de collectivisation du capitalisme en tant que tel. Il envisageait le mouvement en direction du socialisme comme r&#233;sultant de la somme des tendances collectivistes inh&#233;rentes au capitalisme. Il comptait sur &#171; l'auto-socialisation &#187; du capitalisme par en haut qui s'op&#233;rerait au travers des institutions de l'Etat existant. L'identit&#233; entre &#233;tatisation et socialisme n'est pas une invention du stalinisme ; elle a &#233;t&#233; syst&#233;matis&#233;e par le courant fabien-r&#233;visionniste-socialiste-&#233;tatiste du r&#233;formisme social-d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des d&#233;couvertes actuelles qui d&#233;clarent que le socialisme est obsol&#232;te, parce que le capitalisme n'existe plus vraiment 3, peuvent d&#233;j&#224; &#234;tre d&#233;cel&#233;es chez Bernstein. Il &#233;tait &#171; absurde &#187; de caract&#233;riser l'Allemagne de Weimar 4 comme capitaliste, disait-il, cela &#224; cause des contr&#244;les exerc&#233;s sur les capitalistes. Il en d&#233;coule, selon une approche &#224; la Bernstein, que l'Etat nazi &#233;tait encore plus anticapitaliste que les nazis ne cherchaient &#224; le vendre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conversion du socialisme en un collectivisme bureaucratique est d&#233;j&#224; implicite dans les attaques port&#233;es par Bernstein contre la d&#233;mocratie ouvri&#232;re. En d&#233;nigrant l'id&#233;e du contr&#244;le ouvrier sur l'industrie, Bernstein prolonge sa red&#233;finition de la d&#233;mocratie. Est-ce &#171; le gouvernement par le peuple &#187; ? Il r&#233;cuse ce principe &#224; l'avantage d'une d&#233;finition en n&#233;gatif : &#171; l'absence d'un gouvernement de classe &#187;. D&#232;s lors, la perspective m&#234;me de d&#233;mocratie ouvri&#232;re comme &#233;tant une condition sine qua non du socialisme est balay&#233;e avec autant d'efficacit&#233; que les rus&#233;es red&#233;finitions de la d&#233;mocratie, usuelles dans les Acad&#233;mies communistes [staliniennes]. Ici, m&#234;me la libert&#233; politique et les institutions repr&#233;sentatives sont d&#233;laiss&#233;es : un r&#233;sultat th&#233;orique d'autant plus impressionnant que Bernstein lui-m&#234;me n'&#233;tait pas, au plan personnel, un adversaire de la d&#233;mocratie comme l'&#233;taient Lassalle ou Shaw 5. C'est la th&#233;orie du socialisme par en haut qui exige de telles formulations. Bernstein est le th&#233;oricien social-d&#233;mocrate principal non seulement de l'identit&#233; &#233;tatisation-socialisme, mais aussi de la s&#233;paration entre le socialisme et la d&#233;mocratie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, il &#233;tait logique que Bernstein doive en arriver &#224; la conclusion selon laquelle l'hostilit&#233; de Marx &#224; l'Etat relevait d'un &#171; anarchisme &#187; et que Lassalle &#233;tait dans le juste en comptant sur l'Etat afin de mettre en &#250;uvre le socialisme. &#171; La diff&#233;rence entre l'Etat pr&#233;sent et l'ensemble des institutions administratives dans un avenir pr&#233;visible ne sera qu'une question de degr&#233; &#187;, &#233;crivait Bernstein ; le &#171; d&#233;p&#233;rissement &#187; de l'Etat n'est rien d'autre que de l'utopisme, m&#234;me sous le socialisme. Par contre, Bernstein, lui, a beaucoup de sens pratique. Par exemple, lorsque l'Etat du Kaiser, loin de d&#233;p&#233;rir, se lance dans la ru&#233;e imp&#233;rialiste vers les colonies, Bernstein se manifeste promptement en faveur du colonialisme et du &#171; fardeau de l'homme blanc &#187; 6 : &#171; Seul peut &#234;tre reconnu un droit conditionnel des sauvages sur la terre qu'ils occupent ; en d&#233;finitive, la civilisation sup&#233;rieure peut revendiquer un droit pr&#233;&#233;minent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernstein a oppos&#233; sa propre conception de la voie au socialisme &#224; celle de Marx. Cette derni&#232;re &#171; donne l'image d'une arm&#233;e. Elle s'&#233;lance en serpentant entre les maquis et les &#233;boulis... Finalement, elle arrive au bord d'un gouffre profond. De l'autre c&#244;t&#233; se dresse l'attrayant but d&#233;sir&#233; : l'Etat &#224; venir, qui ne peut &#234;tre rejoint que par la mer, une mer Rouge comme certains l'ont dit. &#187; Au contraire, la conception de Bernstein n'&#233;tait pas rouge mais rose : la lutte des classes s'adoucit jusqu'&#224; l'harmonie alors qu'un Etat bienfaiteur transforme gentiment la bourgeoisie en de bons bureaucrates. Cela ne s'est pas produit de cette fa&#231;on. La social-d&#233;mocratie bernsteinis&#233;e a d'abord fusill&#233; la gauche r&#233;volutionnaire en 1919 7 et, ensuite, en r&#233;tablissant la bourgeoisie - qui ne s'&#233;tait pas encore reconstitu&#233;e - et les militaires au pouvoir, elle a contribu&#233; &#224; jeter l'Allemagne dans les mains des fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Bernstein fut le th&#233;oricien de l'identification du collectivisme bureaucratique avec le socialisme, ce fut alors son adversaire d'extr&#234;me gauche dans le mouvement ouvrier allemand qui devint le principal porte-parole au sein de la IIe Internationale d'un socialisme-&#224;-partir-d'en-bas r&#233;volutionnaire-d&#233;mocratique. C'&#233;tait Rosa Luxemburg qui, avec tant d'&#233;nergie, a plac&#233; sa foi et son esp&#233;rance dans le combat spontan&#233; d'une classe ouvri&#232;re libre, &#224; tel point que les faiseurs de mythes ont fabriqu&#233; &#224; son sujet une &#171; th&#233;orie de la spontan&#233;it&#233; &#187; qu'elle n'a jamais d&#233;fendue, une th&#233;orie dans laquelle est oppos&#233;e &#171; spontan&#233;it&#233; &#187; &#224; &#171; direction &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son propre mouvement, Rosa Luxemburg s'est battue fermement contre les &#233;litistes &#171; r&#233;volutionnaires &#187; qui red&#233;couvraient la th&#233;orie de la dictature p&#233;dagogique sur les ouvriers (qui est red&#233;couverte par chaque g&#233;n&#233;ration comme la toute derni&#232;re nouveaut&#233;). Elle a d&#251; &#233;crire : &#171; Sans la volont&#233; consciente et l'action consciente de la majorit&#233; du prol&#233;tariat, il ne peut y avoir aucun socialisme... [Nous] n'endosserons jamais un pouvoir gouvernemental hormis par la volont&#233; claire et sans ambigu&#239;t&#233; de la vaste majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re allemande. &#187; Et son c&#233;l&#232;bre aphorisme : &#171; Les erreurs commises par un mouvement ouvrier authentiquement r&#233;volutionnaire sont beaucoup plus fructueuses et utiles historiquement que l'infaillibilit&#233; du meilleur des comit&#233;s centraux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;font size=2&gt;
Rosa Luxemburg contre Eduard Bernstein : voil&#224; le chapitre allemand de cette histoire [des deux &#226;mes du socialisme].
&lt;p&gt;1. Bernstein r&#233;sida &#224; Londres de 1888 &#224; 1901. Ant&#233;rieurement, il habitait &#224; Zurich. Il s'&#233;tait vu confier d&#232;s 1881 la direction du journal du parti, Der Sozialdemokrat. D&#232;s le 21 octobre 1878 &#233;taient entr&#233;es en vigueur, dans l'empire allemand, les &#171; lois contre les vis&#233;es p&#233;rilleuses de la social-d&#233;mocratie &#187;. Ces lois seront prorog&#233;es jusqu'en janvier 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Hal Draper utilise cette formule en faisant r&#233;f&#233;rence, avec ironie, aux pol&#233;miques que Bernstein avait fait para&#238;tre dans Die Neue Zeit en 1893 contre les &#171; socialistes acad&#233;miques et d'Etat &#187; de l'&#233;cole de Lujo (Ludwig Josef) Brentano. La formule &#171; alte Scheisse &#187; se retrouve &#224; diverses reprises dans un &#233;crit de jeunesse de Marx et d'Engels, L'Id&#233;ologie allemande. &#171; Ce d&#233;veloppement des forces productives (qui implique d&#233;j&#224; que l'existence empirique actuelle des hommes se d&#233;roule sur le plan de l'histoire mondiale au lieu de se d&#233;rouler sur celui de la vie locale) est une condition pratique pr&#233;alable absolument indispensable, car, sans lui, c'est la p&#233;nurie qui deviendrait g&#233;n&#233;rale, et, avec le besoin, c'est aussi la lutte pour le n&#233;cessaire qui recommencerait et l'on retomberait fatalement dans la vieille m&#234;me gadoue &#187; (p. 64, Editions sociales, 1968). Marx utilise aussi cette formule par rapport &#224; la n&#233;cessaire &#171; transformation massive des hommes &#187;, &#224; leur &#171; conscience communiste &#187; afin que la r&#233;volution permette &#171; &#224; la classe qui renverse l'autre de balayer toute la pourriture du vieux syst&#232;me qui lui colle apr&#232;s et de devenir apte &#224; fonder une soci&#233;t&#233; sur des bases nouvelles &#187; (p. 68).&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Le texte de Hal Draper, dont la derni&#232;re version date de 1966, a &#233;t&#233; &#233;crit dans une atmosph&#232;re o&#249; la social-d&#233;mocratie, dans ses programmes de Bade Godesberg en Allemagne ou de Winterthour en Suisse, 1958-1959, annon&#231;ait que l'Etat social (aujourd'hui qualifi&#233; fallacieusement d'Etat providence) et l'&#233;largissement du secteur public conduisaient, avec une quasi-automaticit&#233;, au socialisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. R&#233;publique de Weimar (1919-1933). Apr&#232;s l'&#233;crasement du mouvement r&#233;volutionnaire qui avait pris son essor de novembre 1918 au d&#233;but de janvier 1919, les institutions de la R&#233;publique de Weimar - Etat capitaliste - assureront, sous direction social-d&#233;mocrate, la permanence du pouvoir bourgeois. Les institutions weimariennes seront de 1919 &#224; juin-octobre 1923, &#224; diverses occasions, propos&#233;es comme seule &#171; alternative d&#233;mocratique &#187; aux structures conseillistes (conseils ouvriers et de soldats).&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Voir &#224; l'encontre n&#176; 8, &#171; La social-d&#233;mocratie &#224; l'ombre de l'Etat &#187;, disponible sur le site &lt;a href=&#034;http://www.alencontre.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.alencontre.org&lt;/a&gt;, rubrique Archives.&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Le c&#233;l&#232;bre po&#232;me de l'&#233;crivain Rudyard Kipling (1865-1936, prix Nobel en 1907) est paru en f&#233;vrier 1899, dans McLure's Magazine, &#224; un moment critique de l'expansion coloniale de l'Occident :&#171; Take up the White Man's burden / The savage wars of peace / Fill full the mouth of Famine / And bid the sickness cease. &#187; &#171; Assumez le fardeau de l'homme blanc / Les sauvages guerres de la paix / Nourrissez la bouche de la famine / Et faites que cesse la mis&#232;re. &#187; Cette r&#233;f&#233;rence indirecte &#224; Kipling renvoie, entre autres, aux multiples d&#233;bats au sein de la social-d&#233;mocratie portant sur l'&#233;mergence de l'imp&#233;rialisme et la nouvelle &#171; politique mondiale &#187; qui en d&#233;coulait. Les affrontements interimp&#233;rialistes (Grande-Bretagne, France et Allemagne) s'exacerbaient. Ainsi, Karl Kautsky, le pape du SPD, &#233;crit &#224; ce propos : &#171; En lieu et place d'une exaltation d'une p&#233;riode de paix commerciale s'affirme une expansion plus &#233;nergique ; &#224; la place d'une cure doucereuse pour sauver les &#226;mes des n&#232;gres de l'Afrique s'affirme la pr&#233;occupation d'obtenir le plus vite possible une r&#233;partition des sph&#232;res d'influence ; en lieu et place de la po&#233;sie lyrique d'un Tennyson [1809-1892]s'affirme la po&#233;sie de caserne de Rudyard Kipling. &#187; Pour le mouvement ouvrier europ&#233;en, il s'agissait de d&#233;terminer, en quelque sorte, sa &#171; politique ext&#233;rieure &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
7. En novembre 1918, Rosa Luxemburg est lib&#233;r&#233;e de sa prison de Breslau. La social-d&#233;mocratie au pouvoir et la contre-r&#233;volution r&#233;clament sa t&#234;te. Le 1er janvier 1919, la gauche r&#233;volutionnaire se constitue en Parti communiste qui ne dispose pas des forces et de la qualit&#233; pour faire face &#224; la situation. Il se lance dans l'aventure le 5 janvier. La r&#233;pression tombera. Le gouvernement social-d&#233;mocrate Ebert-Scheiddemann placarde le 9 janvier une affiche : &#171; Sous peu, Berlin sera d&#233;livr&#233;e de cette canaille sanguinaire &#187;. Le 10-11 janvier, la bataille rang&#233;e se termine par un massacre. Le 15 janvier, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg seront arr&#234;t&#233;s, puis assassin&#233;s. A l'&#233;poque m&#234;me, l'historien socialiste fran&#231;ais Charles Andler &#233;crivait : &#171; Ainsi triompha la R&#233;publique bourgeoise en Allemagne. &#187; (Charles Andler, La d&#233;composition politique du socialisme allemand 1914-1919, Paris, 1919, p. 249-253).&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Six variantes du socialisme-&#224;-partir-d'en-haut&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous publions ici la derni&#232;re partie de l'&#233;tude de Hal Draper, &#171; Qu'est-ce que le socialisme-&#224;-partir-d'en-bas ? &#187; ou &#171; Les deux &#226;mes du socialisme &#187;. Dans cette partie conclusive, Hal Draper cherche &#224; &#233;tablir les diff&#233;rentes cat&#233;gories contemporaines - entre autres celles en vigueur dans les ann&#233;es fin 1950-d&#233;but 1960.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la lecture de ce texte, on per&#231;oit que l'arri&#232;re-fond qui pr&#233;side aux th&#232;ses d&#233;velopp&#233;es par Hal Draper est constitu&#233; par l'id&#233;e, alors fort r&#233;pandue, d'une certaine convergence des soci&#233;t&#233;s technico-industrielles, plac&#233;es sous le signe de l'emprise d'appareils administratifs. Ces th&#232;ses sont fort r&#233;pandues aux Etats-Unis. Dans le monde francophone, dans son ouvrage &#171; Trois essais sur l'&#226;ge industriel &#187; (Ed. Plomb 1966), Raymond Aron refl&#232;te cette &#232;re du temps. Les d&#233;veloppements des ann&#233;es 1970 et 1980 ont infirm&#233; cette hypoth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crit&#232;re de d&#233;marcation choisi par Hal Draper - socialisme-&#224;-partir-d'en-bas, socialisme-&#224;-partir-d'en-haut - trace des continuit&#233;s ou des similitudes qui, parfois, &#233;chappent au contexte socio-politique, aux rapports de force internationaux entre classes et Etats. Cette approche peut aussi avoir l'inconv&#233;nient d'&#233;vacuer des interrogations en termes de strat&#233;gie politique et de programme. C'est un sujet de d&#233;bat aujourd'hui, p&#233;riode o&#249; semblent s'articuler, d'un c&#244;t&#233;, la r&#233;affirmation de forces anticapitalistes (encore marginales) et, de l'autre c&#244;t&#233;, un mouvement social dans lequel ces derni&#232;res trouveraient des &#233;l&#233;ments programmatiques leur faisant d&#233;faut. Les formes sociales, politiques et institutionnelles possibles d'une crise aigu&#235; des soci&#233;t&#233;s capitalistes avanc&#233;es restent &#224; &#234;tre r&#233;fl&#233;chies, au m&#234;me titre que les perspectives d'appropriation sociale, d'&#233;mergence de nouvelles institutions d&#233;mocratiques, de droits et pouvoir collectif-d&#233;mocratique, et d'autonomie individuelle. - R&#233;d.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu qu'il y a plusieurs vari&#233;t&#233;s diff&#233;rentes ou courants distincts qui traversent le socialisme-&#224;-partir-d'en-haut. Ils sont habituellement m&#234;l&#233;s, mais s&#233;parons-en quelques-uns des principaux aspects pour les examiner de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Le philanthropisme. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme (ou la &#171; libert&#233; &#187;, ou ce que vous voudrez) sera accord&#233;, par pure bont&#233; d'&#226;me, depuis en haut, pour faire le bien du peuple, par les riches et les puissants. Comme l'&#233;crit le Manifeste communiste en pensant &#224; Richard Owen : &#171; Le prol&#233;tariat n'existe pour eux qu'en tant que la classe qui souffre le plus. &#187; Dans leur gratitude, les pauvres opprim&#233;s doivent surtout &#233;viter de devenir remuants et s'abstenir de toute ineptie &#224; propos de la lutte de classes ou encore de l'auto-&#233;mancipation. Ce courant peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un cas particulier de l'&#233;litisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. L'&#233;litisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; plusieurs exemples de cette conviction [opinion assur&#233;e] que le socialisme est l'affaire d'une minorit&#233; dirigeante, non capitaliste par nature et d&#232;s lors certifi&#233;e pure et qui impose sa propre domination soit temporairement (seulement pour une p&#233;riode historique), soit m&#234;me pour toujours. Dans les deux cas, cette nouvelle classe dominante envisagera probablement son r&#244;le comme devant &#234;tre l'exercice d'une dictature &#233;ducative sur les masses, &#233;videmment pour leur plus grand bien. Cette dictature sera exerc&#233;e par un parti d'&#233;lite qui supprimera tout contr&#244;le &#224; partir d'en bas, ou par des despotes bienveillants ou par des chefs-r&#233;dempteurs de tout genre, ou par les &#171; surhommes &#187; de George Bernard Shaw 1, par quelques manipulateurs eug&#233;nistes, par les g&#233;rants &#171; anarchistes &#187; de Proudhon [1809-1865] ou les technocrates de Saint-Simon [1760-1825]. Ou encore par leurs &#233;quivalents plus contemporains qui se parent de termes &#224; la mode et de faux-semblants verbaux salu&#233;s comme &#233;tant des th&#233;ories sociales r&#233;nov&#233;es &#224; opposer au &#171; marxisme du XIXe si&#232;cle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les partisans r&#233;volutionnaires-d&#233;mocratiques du socialisme-&#224;-partir-d'en-bas, eux aussi, n'ont sans &#233;t&#233; qu'une minorit&#233;. Mais comme nous l'avons vu dans le cas de Eugene Debs 2, la diff&#233;rence entre l'approche &#233;litiste et celle de &#171; l'avant-garde &#187; est tout &#224; fait cruciale. Pour Debs, comme pour Marx et Rosa Luxemburg, la fonction de l'avant-garde r&#233;volutionnaire est d'impulser la majorit&#233; des masses populaires &#224; se rendre capables de prendre le pouvoir &#224; leur propre compte, au moyen de leurs propres luttes. Il n'est pas question de nier l'importance d&#233;cisive des minorit&#233;s, mais d'&#233;tablir un rapport diff&#233;rent entre la minorit&#233; avanc&#233;e et les masses plus arri&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. Le planisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses termes-cl&#233;s en sont : l'efficience, l'ordre, la planification, le syst&#232;me et l'enr&#233;gimentement. Le socialisme est r&#233;duit &#224; une ing&#233;nierie sociale mise en &#8482;uvre par un pouvoir r&#233;gissant la soci&#233;t&#233;. Ici, &#224; nouveau, il ne s'agit pas de nier que le socialisme effectif exige une planification d'ensemble (ni que l'efficience et l'ordre sont de bonnes choses). Mais la r&#233;duction du socialisme &#224; la production planifi&#233;e rel&#232;ve d'une probl&#233;matique tout &#224; fait diff&#233;rente. Au m&#234;me titre, la v&#233;ritable d&#233;mocratie n&#233;cessite le droit de vote, mais la r&#233;duction de la d&#233;mocratie au droit de voter de temps en temps en fait une imposture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, il serait important de d&#233;montrer que la s&#233;paration de la planification d'un v&#233;ritable contr&#244;le &#224; partir d'en bas aboutit &#224; en faire une parodie de planification. En effet, les soci&#233;t&#233;s industrielles actuelles &#233;tant immens&#233;ment complexes, elles ne peuvent pas &#234;tre effectivement planifi&#233;es par les oukases d'un comit&#233; central tout-puissant, qui inhibent et terrorisent le libre jeu de l'initiative et des corrections venant d'en bas. C'est exactement l&#224; que r&#233;side la principale contradiction du nouveau type de syst&#232;me social exploiteur que repr&#233;sente le collectivisme bureaucratique sovi&#233;tique. Mais nous ne pouvons pas plus d&#233;velopper ce th&#232;me ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
La substitution du socialisme par le planisme a une histoire d&#233;j&#224; longue, ind&#233;pendamment de son incarnation dans le mythe sovi&#233;tique, qui tire un signe d'&#233;galit&#233; entre &#233;tatisation et socialisme. Cet &#233;l&#233;ment de doctrine avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; initialement syst&#233;matis&#233;, comme nous l'avons vu, par le r&#233;formisme social-d&#233;mocrate ; en particulier par Bernstein et les Fabiens 3. Dans les ann&#233;es 1930, la mystique du &#171; Plan &#187;, emprunt&#233;e en partie &#224; la propagande sovi&#233;tique, avait acquis une place significative au sein de l'aile droite de la social-d&#233;mocratie o&#249; Henri de Man 4 &#233;tait salu&#233; comme son proph&#232;te et comme le successeur de Marx. Par la suite, Henri de Man s'&#233;clipsa et est aujourd'hui oubli&#233; parce qu'il eut la mauvaise id&#233;e d'injecter ses th&#233;ories r&#233;visionnistes d'abord dans le corporatisme, puis dans une collaboration avec les nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abstraction faite de son &#233;laboration th&#233;orique, le planisme appara&#238;t dans le mouvement socialiste sous les traits personnifi&#233;s d'un certain type psychologique de militants radicaux [de gauche]. Il faut rendre &#224; C&#233;sar ce qui appartient &#224; C&#233;sar, un des premi&#232;res descriptions de cette figure se trouve dans le livre L'Etat servile de Hilaire Belloc (1912) 5 qui visait les Fabiens. Ce type de personne, &#233;crit Belloc, &#171; aime l'id&#233;al collectiviste pour lui-m&#234;me... car c'est une forme de soci&#233;t&#233; bien r&#233;gl&#233;e et normalis&#233;e. Il aime &#224; contempler l'id&#233;al d'un Etat dans lequel la terre et le capital seront dans les mains de fonctionnaires qui soumettront d'autres hommes &#224; leur autorit&#233;, les pr&#233;servant de la sorte des cons&#233;quences de leur vice, de leur ignorance et de leur b&#233;vue. &#187; Belloc poursuit : &#171; Pour elle, l'exploitation de l'homme ne suscite aucune indignation. En v&#233;rit&#233;, pour cette figure, l'indignation ou toute autre passion vive lui est &#233;trang&#232;re... [Belloc a ici les yeux fix&#233;s sur Sidney Webb - H.D.] ... la perspective d'une vaste bureaucratie au sein de laquelle l'enti&#232;ret&#233; de la vie sera programm&#233;e et r&#233;gl&#233;e selon quelques recettes simples... procure &#224; son petit estomac une satisfaction compl&#232;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour qui veut en trouver des exemples contemporains [ann&#233;es 1960] &#224; coloration pro-stalinienne, les pages du magazine Monthly Review, dirig&#233; par Paul Sweezy 6, lui en fourniront &#224; gogo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un article de 1930 consacr&#233; aux &#171; structures motrices du socialisme &#187;, Max Eastman 7 - lorsqu'il se pr&#233;tendait encore l&#233;niniste - qualifiait ainsi ce type de personnages : absorb&#233; par &#171; l'efficacit&#233; et l'organisation intelligente... une v&#233;ritable passion pour un plan... l'organisation de type entrepreneurial &#187;.Eastman remarquait que la Russie de Staline produisait une fascination sur ce type de personnes : &#171; C'est l&#224; une r&#233;gion qui, dans d'autres pays, sera excus&#233;e pour le moins, et qui certainement ne sera pas d&#233;nonc&#233;e &#224; partir de ce point de vue que constitue le r&#234;ve fou de l'&#233;mancipation des travailleurs et par eux de toute l'humanit&#233;. Or, chez ceux qui ont construit le mouvement marxiste et qui ont organis&#233; sa victoire en Russie, ce r&#234;ve fou &#233;tait pourtant leur motivation centrale. Ce que certains tendent &#224; oublier aujourd'hui, c'est que ces derniers &#233;taient des rebelles extr&#234;mes contre l'oppression. Quand l'&#233;motion autour de ses id&#233;es sera retomb&#233;e, L&#233;nine appara&#238;tra peut-&#234;tre comme le plus grand rebelle de l'histoire. Sa grande passion fut de rendre les hommes libres... si un seul concept devait &#234;tre choisi pour r&#233;sumer le but de la lutte de classes tel que le d&#233;finissent les &#233;crits marxistes, et particuli&#232;rement ceux de L&#233;nine, ce serait celui de la libert&#233; humaine... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela on pourrait ajouter que, plus d'une fois, L&#233;nine a d&#233;nonc&#233; la pouss&#233;e vers la planification totale comme une &#171; utopie bureaucratique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut prendre en compte une sous-cat&#233;gorie du planisme qui doit &#234;tre caract&#233;ris&#233;e : qualifions-la le &#171; productionnisme &#187;. Bien entendu, tout le monde est &#171; pour &#187; la production, au m&#234;me titre o&#249; tout le monde est en faveur de la vertu et de la bonne vie. Mais pour les partisans du productionnisme, la production constitue simultan&#233;ment le principal test et la finalit&#233; centrale d'une soci&#233;t&#233;. Le collectivisme bureaucratique russe est &#171; progressiste &#187; &#224; la lumi&#232;re de ses statistiques de production de fonte. Les m&#234;mes tenants du &#171; productionnisme &#187; de gauche n&#233;gligent g&#233;n&#233;ralement les statistiques impressionnantes de production accrue de fonte du capitalisme nazi ou japonais. Il est acceptable d'&#233;craser ou d'interdire des syndicats libres sous Nasser [au pouvoir de 1954 &#224; 1970 en Egypte], Castro [au pouvoir depuis la r&#233;volution cubaine de 1959], Ahmed Soukarno [pr&#233;sident de l'Indon&#233;sie de 1949 &#224; 1967] ou Kwame Nkrumah [premier ministre d&#232;s 1957 et pr&#233;sident du Ghana de 1960 &#224; 1966] parce que quelque chose &#233;tiquet&#233; de &#171; d&#233;veloppement &#233;conomique &#187; est plus important que les droits humains. Ce point de vue de dur &#224; cuir n'a bien s&#251;r pas &#233;t&#233; invent&#233; par ces &#171; militants de gauche &#187;, mais par les exploiteurs impitoyables du travail lors de la r&#233;volution industrielle capitaliste. Le mouvement socialiste a pris naissance en combattant bec et ongles contre ces th&#233;oriciens de l'exploitation &#171; progressiste &#187;. Sur ce plan aussi, les apologistes des r&#233;gimes autoritaires &#171; de gauche &#187; modernes prennent pour la derni&#232;re r&#233;v&#233;lation de la sociologie cette doctrine ressass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. Le &#171; communisme &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son article de 1930, Max Eastman faisait r&#233;f&#233;rence &#224; ce &#171; mod&#232;le de la fraternit&#233; unie &#187; des &#171; socialistes gr&#233;gaires ou de l'humaine solidarit&#233; &#187;, c'est-&#224;-dire &#171; ceux qui avec un m&#233;lange de mysticisme religieux et d'esprit gr&#233;gaire animal ont soif de solidarit&#233; humaine &#187;. Il ne faudrait pas confondre cela avec l'id&#233;e de la solidarit&#233; au cours de gr&#232;ves, etc. Et de m&#234;me ne pas le confondre n&#233;cessairement avec ce qui est commun&#233;ment appel&#233; la camaraderie dans le mouvement socialiste ou &#171; le sens de la communaut&#233; &#187; ailleurs. Selon Eastman, son contenu sp&#233;cifique est &#171; la qu&#234;te d'une immersion dans un tout, en cherchant &#224; se perdre soi-m&#234;me dans le sein d'un substitut de Dieu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eastman visait l&#224; l'&#233;crivain du Parti communiste am&#233;ricain Mike Gold. Un autre exemple excellent est Harry F. Ward, le vaillant compagnon de route vigoureusement cl&#233;rical du PC, dont les livres th&#233;orisent cette sorte d'aspiration &#171; oc&#233;anique &#187; &#224; se d&#233;pouiller de son individualit&#233;. Les carnets de notes de Bellamy 8 r&#233;v&#232;lent en lui un cas classique. Il expose son d&#233;sir &#171; d'une absorption dans la grande omnipotence de l'univers &#187;. Sa &#171; religion de la solidarit&#233; &#187;refl&#232;te sa m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de l'individuation de la personnalit&#233;, son d&#233;sir insatiable de dissoudre le Moi dans la communion avec quelque chose de plus grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type de suj&#233;tion est tr&#232;s prononc&#233; chez certains des repr&#233;sentants les plus autoritaires du socialisme-&#224;-partir-d'en-haut. Et il n'est pas rare de la rencontrer, sous une forme plus mod&#233;r&#233;e, chez des &#233;litistes philanthropiques aux id&#233;es socialistes chr&#233;tiennes. Tout naturellement, ce genre de socialisme &#171; communioniste &#187; est toujours salu&#233; comme un &#171; socialisme &#233;thique &#187; et lou&#233; pour avoir en horreur la lutte de classes, car il ne saurait y avoir de conflit &#224; l'int&#233;rieur de la ruche des abeilles. Ce courant tend &#224; opposer p&#233;remptoirement &#171; collectivisme &#187; &#224; &#171; individualisme &#187; - ce qui est une opposition erron&#233;e d'un point de vue humaniste ; mais ce qu'il conteste r&#233;ellement, c'est l'individualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5. L'assimilationnisme-infiltrationnisme.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme-&#224;-partir-d'en-haut se pr&#233;sente sous diverses formes pour la simple raison qu'il existe toujours de nombreuses alternatives &#224; l'auto-mobilisation des masses &#224; partir d'en bas. N&#233;anmoins les exemples discut&#233;s ici tendent &#224; se subdiviser en deux ordres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier se fonde sur la perspective de renverser la soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchique capitaliste actuelle dans le but de la remplacer par un nouveau type de soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchique non-capitaliste bas&#233;e sur un nouveau type d'&#233;lite en tant que classe dominante. Dans les histoires du socialisme ces vari&#233;t&#233;s-l&#224; sont g&#233;n&#233;ralement catalogu&#233;es comme &#171; r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second a pour perspective d'infiltrer les centres du pouvoir de la soci&#233;t&#233; existante dans le but de la m&#233;tamorphoser - graduellement mais in&#233;luctablement - en un collectivisme &#233;tatis&#233;, peut-&#234;tre mol&#233;cule par mol&#233;cule de la m&#234;me mani&#232;re que le bois se p&#233;trifie petit &#224; petit en agate. C'est l&#224; la marque caract&#233;ristique des vari&#233;t&#233;s r&#233;formistes social-d&#233;mocrates de socialisme-&#224;-partir-d'en-haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme m&#234;me d'assimilationnisme-infiltrationnisme (en anglais permeationism) a &#233;t&#233; invent&#233; &#224; des fins d'autoportrait par le fabianisme de Sidney Webb que nous avons d&#233;crit comme la vari&#233;t&#233; &#171; la plus pure &#187; de r&#233;formisme jamais aper&#231;ue. Tout l'infiltrationnisme-assimilationnisme social-d&#233;mocrate se base sur une th&#233;orie de l'in&#233;vitabilit&#233; m&#233;canique : l'in&#233;luctable auto-collectivisation du capitalisme &#224; partir-d'en-haut est assimil&#233;e au socialisme. La pression venue &#224; partir d'en bas (quand elle est jug&#233;e recevable) peut acc&#233;l&#233;rer et remettre d'aplomb le processus, &#224; condition de la maintenir sous contr&#244;le pour &#233;viter d'effrayer les auto-collectiviseurs capitalistes. C'est pourquoi les assimilationnismes-infiltrationnistes sociaux- d&#233;mocrates ne sont pas seulement pr&#234;ts &#224; &#171; rejoindre l'Establishment &#187; plut&#244;t que de le combattre, mais litt&#233;ralement impatients de le faire, et cela &#224; quelque titre que ce soit, comme mousses ou comme ministres du gouvernement. De mani&#232;re tr&#232;s caract&#233;ristique, la fonction du mouvement &#224; partir d'en-bas qu'ils organisent vise avant tout &#224; exercer un chantage sur les dominants afin qu'ils se voient offrir des occasions d'exercer cette infiltration-assimilation.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tendance vers une collectivisation du capitalisme n'est que trop r&#233;elle. Comme nous l'avons vu, elle signifie la collectivisation bureaucratique du capitalisme. Au fur et &#224; mesure que ce processus s'est d&#233;roul&#233;, la social-d&#233;mocratie actuelle a elle-m&#234;me connu une m&#233;tamorphose. Aujourd'hui, le principal th&#233;oricien de ce n&#233;o-r&#233;formisme, C.A.R. Crosland 9, d&#233;nonce comme &#171; extr&#233;miste &#187; le passage mod&#233;r&#233; du programme du parti travailliste britannique favorisant les nationalisations qu'avait r&#233;dig&#233; &#224; l'origine nul autre que Sidney Webb en personne, avec Arthur Henderson 10 ! Le nombre de partis sociaux-d&#233;mocrates europ&#233;ens qui ont aujourd'hui purg&#233; leurs programmes de tout contenu anticapitaliste explicite, un ph&#233;nom&#232;ne tout nouveau dans l'histoire socialiste, refl&#232;te &#224; quel point le processus de collectivisation bureaucratique du capitalisme en cours est accept&#233; comme un premier &#233;pisode de ce r&#233;cit : le &#171; socialisme &#187; p&#233;trifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'inflitration-assimilation envisag&#233;e comme une grande strat&#233;gie. Bien s&#251;r, elle guide aussi la tactique politique. C'est un sujet que nous ne pouvons traiter ici sans mentionner que son actuelle concr&#233;tisation la plus visible aux Etats-Unis : la politique qui consiste &#224; soutenir le Parti d&#233;mocrate et la coalition dite &#171; lib-lab &#187; [la dite gauche des D&#233;mocrates et l'aile syndicale-social-d&#233;mocrate au sein Parti d&#233;mocrate] organis&#233;e autour du &#171; Consensus Johnson &#187; 11, ainsi que celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e et qui lui ont succ&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distinction entre ces deux &#171; familles &#187; du socialisme-&#224;-partir-d'en-haut s'applique &#224; des socialismes marqu&#233;s par des sp&#233;cificit&#233;s nationales, de Babeuf en passant par Harold Wilson 12. Soit des socialismes dont la base sociale s'enracine &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me national, qu'il s'agisse de l'aristocratie ouvri&#232;re, d'&#233;l&#233;ments d&#233;class&#233;s ou autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cas des &#171; socialismes-&#224;-partir-de-l'ext&#233;rieur &#187;, repr&#233;sent&#233;s par les partis communistes contemporains, est quelque peu diff&#233;rent, car leur strat&#233;gie et leur tactique d&#233;pendent, en derni&#232;re instance, d'un pouvoir ext&#233;rieur aux couches sociales du pays donn&#233;, &#224; savoir celui les classes dominantes collectivistes bureaucratiques des pays de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis communistes se sont montr&#233;s diff&#233;rents de mani&#232;re originale de par leur capacit&#233; &#224; alterner ou &#224; combiner aussi bien la tactique &#171; r&#233;volutionnaire &#187; et oppositionnelle que la tactique infiltrationniste, selon leur convenance. C'est ainsi que le Parti communiste am&#233;ricain a pu basculer de sa &#171; troisi&#232;me p&#233;riode &#187; ultragauche aventuriste de 1928-1934 &#224; sa tactique ultra-infiltrationniste au cours de la phase de &#171; Front populaire &#187; 13, pour revenir &#224; un &#171; radicalisme r&#233;volutionnaire &#187; incendiaire durant la p&#233;riode du pacte Hitler-Staline [ao&#251;t 1939], et, enfin, au cours des hauts et des bas de la guerre froide, combiner ses deux tactiques &#224; des degr&#233;s divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui que les communistes [les membres des PC] se sont divis&#233;s entre Moscou et P&#233;kin 14, les &#171; Krouchtcheviens &#187; et les mao&#239;stes tendent &#224; incarner s&#233;par&#233;ment chacune de ces deux tactiques qui par le pass&#233; alternaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, en mati&#232;re de politique int&#233;rieure, le parti communiste officiel et les sociaux-d&#233;mocrates tendent &#224; converger dans une politique d'infiltration-assimilation, quoiqu'&#224; partir d'une approche diff&#233;rente du socialisme par en haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6. Le socialisme &#224; partir de l'ext&#233;rieur.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les variantes de socialisme par haut que nous avons examin&#233;es jusqu'&#224; pr&#233;sent se pr&#233;occupent du pouvoir situ&#233; au fa&#238;te la soci&#233;t&#233;. Venons-en maintenant aux espoirs plac&#233;s dans une aide en provenance de l'ext&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le culte des soucoupes volantes en est une forme pathologique ; le messianisme en constitue une autre, plus traditionnelle, si la notion de &#171; au dehors &#187; fait r&#233;f&#233;rence &#224; un monde autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour ce qui soutient notre attention ici, &#171; ext&#233;rieur &#187; signifie : hors des luttes sociales internes au pays. Pour les communistes d'Europe de l'Est au sortir de la Deuxi&#232;me guerre mondiale, l'Ordre Nouveau avait d&#251; &#234;tre import&#233; &#224; la pointe des ba&#239;onnettes russes. Quant aux sociaux-d&#233;mocrates allemands en exil, la lib&#233;ration de leur propre peuple ne pouvait finalement &#234;tre imagin&#233;e que par la gr&#226;ce d'une victoire militaire &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En temps de paix, cette variante peut &#234;tre qualifi&#233;e de socialisme dict&#233; par un mod&#232;le. Ce fut aussi le propre des anciens utopistes qui construisaient leurs colonies mod&#232;les dans les contr&#233;es inexploit&#233;es de l'Am&#233;rique afin de d&#233;montrer la sup&#233;riorit&#233; de leur syst&#232;me et de convertir les incr&#233;dules. Aujourd'hui, c'est le mouvement communiste &#224; l'Ouest qui place de plus en plus tout son espoir dans ce substitut aux luttes sociales ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le arch&#233;type est fourni par la Russie (ou par la Chine pour les mao&#239;stes). Mais comme il est difficile de rendre le sort des prol&#233;taires russes ne serait-ce qu'&#224; demi attractif aux yeux des travailleuses et travailleurs occidentaux, m&#234;me avec un assaisonnement g&#233;n&#233;reux de mensonges, deux autres d&#233;marches peuvent laisser esp&#233;rer plus de r&#233;ussite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a.La position relativement privil&#233;gi&#233;e qu'occupent les &#233;l&#233;ments gestionnaires, bureaucratiques et autres larbins intellectuels dans le syst&#232;me collectiviste russe peut &#234;tre oppos&#233;e, de mani&#232;re d&#233;monstrative, &#224; celle occup&#233;e &#224; l'Ouest par ces m&#234;mes &#233;l&#233;ments qui se trouvent subordonn&#233;s aux propri&#233;taires du capital et aux d&#233;tenteurs de la richesse. Sur ce plan, le pouvoir de s&#233;duction du syst&#232;me sovi&#233;tique d'&#233;conomie &#233;tatis&#233;e entre en r&#233;sonance avec l'attraction historique qu'exercent les socialismes de type classe moyenne sur tous ces &#233;l&#233;ments m&#233;contents parmi les intellectuels, les ing&#233;nieurs, les scientifiques et leurs employ&#233;s techniques, les bureaucrates administratifs et les hommes d'organisation de tout acabit. Ces derniers peuvent plus facilement s'identifier avec une nouvelle classe dominante bas&#233;e sur le pouvoir de l'Etat plut&#244;t que sur celui de l'argent et de la propri&#233;t&#233;. Ils peuvent de la sorte se contempler eux-m&#234;mes comme les nouveaux d&#233;positaires du pouvoir dans un syst&#232;me non-capitaliste, mais &#233;litiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b. Les Partis communistes officiels, eux, sont tenus de pr&#233;server une fa&#231;ade d'orthodoxie, pr&#233;sent&#233;e sous le label de &#171; marxisme-l&#233;ninisme &#187;. D&#232;s lors, il est plus courant que des th&#233;oriciens s&#233;rieux du n&#233;o-stalinisme - qui eux ne sont pas li&#233;s au parti - se lib&#232;rent de ce faux-semblant. Il en d&#233;coule une renonciation avou&#233;e &#224; toute perspective de victoire au travers d'une lutte sociale au sein pays capitalistes. Ce qu'ils qualifient de &#171; r&#233;volution mondiale &#187; est assimil&#233; simplement &#224; la d&#233;monstration de leur sup&#233;riorit&#233; par les Etats communistes. C'est ce que viennent de formuler th&#233;oriquement deux &#233;minents th&#233;oriciens du n&#233;o-stalinisme : Paul Sweezy et Isaac Deutscher 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre r&#233;cemment paru [1966 en anglais ; 1968 en fran&#231;ais] de Paul A. Baran et Paul M. Sweezy Le capitalisme monopoliste rejette cat&#233;goriquement &#171; la r&#233;ponse de l'orthodoxie marxiste traditionnelle, &#224; savoir que le prol&#233;tariat industriel devra finalement s'insurger au cours d'une r&#233;volution contre ses oppresseurs capitalistes. &#187; M&#234;me chose pour tous les groupes sociaux marginalis&#233;s : les ch&#244;meurs, les ouvriers agricoles, les masses des ghettos, etc. &#171; Ils ne peuvent pas constituer une force coh&#233;rente dans la soci&#233;t&#233;. &#187;Il ne reste donc personne. Le capitalisme ne peut pas &#234;tre d&#233;fi&#233; avec efficacit&#233; de l'int&#233;rieur. Quoi alors ? Les auteurs expliquent, &#224; la derni&#232;re page de leur livre, qu'un jour &#171; peut-&#234;tre m&#234;me au cours de ce si&#232;cle &#187;, lorsque les gens ne nourriront plus d'illusions sur le capitalisme au moment o&#249; &#171; la r&#233;volution mondiale progressant et les pays socialistes indiquant par leur exemple qu'il est possible &#187; de &#171; construire une soci&#233;t&#233; rationnelle &#187; [p. 321, trad. fr]. C'est tout.&lt;br class='autobr' /&gt;
La phras&#233;ologie marxiste - qui remplit les 341 [&#233;d. fran&#231;aise] autres pages du livre - devient de la sorte une simple incantation comme la lecture du Sermon sur la montagne &#224; la cath&#233;drale Saint Patrick de New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re moins abrupte, Isaac Deutscher 16, qui est un &#233;crivain faisant usage de la p&#233;riphrase, pr&#233;sente la m&#234;me perspective dans son livre The Great Contest [Oxford University Press, 1960 ; &#233;dition am&#233;ricaine 1961 - Le grand combat]. Deutscher se fait le porte-parole de la nouvelle th&#233;orie sovi&#233;tique qui implique &#171; que le capitalisme occidental ne succombera pas tellement, ou pas directement, de par ses propres crises et contradictions que par son incapacit&#233; &#224; &#233;galer les r&#233;alisations du socialisme [c'est-&#224;-dire les Etats communistes - H. D]. &#187; Et de compl&#233;ter : &#171; On peut dire que, dans une certaine mesure, cela a remplac&#233; la perspective marxiste d'une r&#233;volution sociale permanente. &#187; Nous assistons donc une rationalisation th&#233;orique de ce qui a &#233;t&#233; depuis longtemps la fonction du mouvement communiste en Occident : agir comme un garde-fronti&#232;re et comme un parrain des milieux dirigeants rivaux &#224; l'Est. En fin de compte, la perspective du socialisme-&#224;-partir-d'en-bas devient aussi &#233;trang&#232;re &#224; ces professeurs de collectivisme bureaucratique qu'aux apologistes du capitalisme qui remplissent les acad&#233;mies am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type-l&#224; d'id&#233;ologue n&#233;o-stalinien est souvent un critique du r&#233;gime sovi&#233;tique actuel. Isaac Deutscher en fournit un bon exemple, lui qui se tient aussi loin que possible d'une apologie acritique de Moscou tel que l'exercent les communistes officiels. En r&#233;alit&#233;, il faut les concevoir comme des infiltrationnistes par rapport au collectivisme bureaucratique. Ce qui appara&#238;t comme un &#171; socialisme-&#224;-partir-de-l'ext&#233;rieur &#187;, quand on l'observe &#224; partir du monde capitaliste, devient une sorte de fabianisme lorsqu'il est saisi de l'int&#233;rieur de la structure du syst&#232;me communiste. Replac&#233; dans ce contexte, le changement &#224; partir d'en haut est un principe aussi ferme qu'il l'&#233;tait pour Sidney Webb. Cela a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; entre autres par la mani&#232;re hostile avec laquelle Deutscher a r&#233;agi &#224; la r&#233;volte est-allemande de 1953 et &#224; la r&#233;volution hongroise de 1956 17 ; position justifi&#233;e de la mani&#232;re la plus classique par la crainte que de tels soul&#232;vements &#224; partir d'en bas effrayeraient l'establishment sovi&#233;tique et le d&#233;tourneraient de son cours de &#171; lib&#233;ralisation &#187;, engag&#233; avec la dynamique d'un gradualisme inexorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quel camp vous situez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue des intellectuels qui ont le choix du r&#244;le qu'ils entendent jouer dans la lutte sociale, la perspective du socialisme-&#224;-partir-d'en-bas, historiquement, n'a eu peu d'attraction. M&#234;me &#224; l'int&#233;rieur du mouvement socialiste, le socialisme-&#224;-partir-d'en-bas a compt&#233; qu'un petit nombre d'interpr&#232;tes coh&#233;rents, et gu&#232;re plus d'incons&#233;quents. Hors du mouvement socialiste, bien entendu, la posture courante conclut de ces id&#233;es qu'elles sont d&#233;lirantes, sans valeur pratique aucune, irr&#233;alistes, &#171; utopiques &#187; ; id&#233;alistes peut-&#234;tre id&#233;alistes, mais tout &#224; fait donquichottesques. La grande majorit&#233; du peuple est cong&#233;nitalement stupide, corrompue, apathique et en g&#233;n&#233;ral d&#233;sesp&#233;rante. Les transformations progressistes doivent venir de gens sup&#233;rieurs du type (tiens donc !) de l'intellectuel qui exprime ce genre de perceptions. Ceci se traduit en th&#233;orie par la dite Loi d'airain de l'oligarchie 18, ou est-ce plut&#244;t la loi de fer blanc de l'&#233;litisme ? Mais, quoi qu'il en soit, cela implique une th&#233;orie grossi&#232;re de l'in&#233;vitabilit&#233;, &#224; savoir l'in&#233;luctabilit&#233; d'un changement qui ne peut provenir qu'&#224; partir d'en haut.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans pr&#233;tendre passer en revue en quelques mots les arguments pour et contre une opinion si r&#233;pandue, nous pouvons relever sa fonction sociale, en tant que rituel autojustificateur de l'&#233;litiste. En temps &#171; ordinaires &#187;, quand les masses ne bougent pas, il suffit &#224; cette th&#233;orie d'adopter une posture de m&#233;pris, tout en balayant toute cette histoire de r&#233;volution et de soul&#232;vement social comme obsol&#232;te. Mais, la r&#233;currence des soul&#232;vements r&#233;volutionnaires et des troubles sociaux - qui se caract&#233;risent pr&#233;cis&#233;ment comme l'ing&#233;rence sur la sc&#232;ne de l'histoire des masses, auparavant passives - ainsi que les traits des p&#233;riodes au cours desquelles le changement social fondamental est &#224; l'ordre du jour sont tout aussi &#171; ordinaires &#187; dans l'histoire que les p&#233;riodes de conservatisme qui les s&#233;parent. Quand le th&#233;oricien &#233;litiste doit, d&#232;s lors, abandonner son attitude d'observateur scientifique qui ne fait que pr&#233;dire que la grande majorit&#233; du peuple restera toujours inerte, quand il doit affronter la r&#233;alit&#233; inverse d'une masse r&#233;volutionnaire qui menace de subvertir la structure du pouvoir, il n'est pas en retard pour adopter une tout autre posture. Elle se r&#233;sume &#224; d&#233;noncer l'intervention des masses &#224; partir d'en bas comme intrins&#232;quement mauvaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait que le choix entre le socialisme-&#224;-partir-d'en-haut et le socialisme-&#224;-partir-d'en-bas est pour l'intellectuel fonci&#232;rement un choix moral ; alors qu'elle rel&#232;ve de la n&#233;cessit&#233; pour les masses travailleuses qui, elles, n'ont aucune alternative sociale. L'intellectuel peut, lui, avoir le choix de &#171; se rallier &#224; l'establishment &#187; alors que ce n'est pas le cas pour le travailleur. La m&#234;me option s'offre aux dirigeants ouvriers qui, tandis qu'ils s'&#233;l&#232;vent au-dessus de la classe dont ils sont issus, sont confront&#233;s &#224; un choix qui n'existait pas auparavant. La pression &#224; se conformer aux m&#8482;urs de la classe dominante, la pression &#224; s'embourgeoiser, devient plus forte dans la mesure o&#249; se rel&#226;chent les liens personnels et organisationnels avec la base ouvri&#232;re. Il n'est pas difficile pour un intellectuel ou pour un bureaucrate de se convaincre qu'infiltrer le pouvoir en place et de s'y adapter est une fa&#231;on habile d'atteindre ses buts, surtout si (comme il arrive) cela permet de recevoir sa part des avantages de l'influence et de la prosp&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, il est fort ironique que la &#171; Loi d'airain de l'oligarchie &#187; offre une armure &#224; toute &#233;preuve surtout aux intellectuels qui l'ont &#233;bauch&#233;e. En tant que couche sociale (c'est-&#224;-dire hormis certains individus exceptionnels), les intellectuels n'ont jamais &#233;t&#233; r&#233;put&#233;s pour se rebeller contre le pouvoir &#233;tabli, &#224; l'oppos&#233; de la classe ouvri&#232;re moderne qui l'a fait &#224; maintes reprises, au fil de sa relativement br&#232;ve histoire. Fonctionnant de mani&#232;re caract&#233;ristique comme les laquais id&#233;ologiques des ma&#238;tres en place de la soci&#233;t&#233;, le secteur des classes moyennes non-propri&#233;taires dont la force de travail est le cerveau est toutefois port&#233; au m&#233;contentement et &#224; la mauvaise humeur par son inconfortable position. Comme beaucoup d'autres serviteurs, cet Admirable Crichton 19 se dit &#171; Je suis un meilleur homme que mon ma&#238;tre et si les choses &#233;taient diff&#233;rentes, on verrait bien qui devrait plier l'&#233;chine devant l'autre. &#187; De nos jours, plus que jamais, quand le prestige du syst&#232;me capitaliste est en train de se d&#233;sint&#233;grer dans le monde entier, cet intellectuel est facilement port&#233; &#224; r&#234;ver d'une forme de soci&#233;t&#233; qui ferait son affaire. Une soci&#233;t&#233; dans laquelle c'est le Cerveau qui disposerait du pouvoir, et non pas les Mains ou l'Argent ; une soci&#233;t&#233; dans laquelle lui et ses semblables seraient d&#233;barrass&#233;s de l'ascendant de la propri&#233;t&#233; par l'abolition du capitalisme et d&#233;livr&#233;s de la pression des masses plus nombreuses par l'abolition de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul besoin pour lui de r&#234;veries extravagantes, car il semble bien que des formes d'une telle soci&#233;t&#233; existent d&#233;j&#224; sont sous ses yeux : les collectivismes de l'Est. M&#234;me s'il rejette ces versionspour diverses raisons, dont la guerre froide, il peutth&#233;oriser sa propre version d'un &#171; bon &#187; mod&#232;le de collectivisme bureaucratique, qui pourra s'appeler aux Etats-Unis&#171; m&#233;ritocratie &#187;ou&#171; managerialisme &#187; ou &#171; industrialisme &#187; ou ce que vous voudrez ; ou &#171; socialisme africain &#187; au Ghana ; ou encore &#171; socialisme arabe &#187; au Caire ; ou encore d'autres sortes de socialisme dans d'autres parties du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du choix entre le socialisme par-en-haut et le socialisme-&#224;-partir-d'en-bas ressort avec une particuli&#232;re nettet&#233; &#224; propos d'une question qui, dans une large mesure, suscite une entente parmi les intellectuels lib&#233;raux, sociaux-d&#233;mocrates et stalino&#239;des. Il s'agit du pr&#233;tendu caract&#232;re in&#233;vitable des dictatures autoritaires (des despotismes &#233;clair&#233;s) dans les nouveaux pays en d&#233;veloppement, en particulier en Afrique et en Asie, c'est-&#224;-dire Nkrumah, Nasser, Soukarno et autres. Ces dictatures brisent les syndicats ind&#233;pendants de m&#234;me que toute opposition politique et s'organisent pour maximiser l'exploitation du travail de fa&#231;on &#224; extraire de la sueur des masses laborieuses assez de capital pour acc&#233;l&#233;rer l'industrialisation au rythme voulu par les nouveaux ma&#238;tres. D&#232;s lors, on voit - &#224; un degr&#233; sans pr&#233;c&#233;dent - des cercles &#171; progressistes &#187;, qui auraient par le pass&#233; protest&#233; contre l'injustice d'o&#249; qu'elles viennent, se faire les apologistes automatiques de tout autoritarisme, pourvu qu'il soit consid&#233;r&#233; non-capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis &#224; part l'argumentation &#233;conomico-d&#233;terministe habituellement donn&#233;e pour justifier cette position, deux aspects de cette question permettent d'en &#233;clairer g&#233;n&#233;ralement l'enjeu.&lt;br class='autobr' /&gt;
1.L'argument &#233;conomique afin de justifier la dictature - qui pr&#233;tend &#233;tablir la n&#233;cessit&#233; d'une industrialisation &#224; un tempo casse-cou - est sans conteste d'un grand poids aux yeux des nouveaux ma&#238;tres bureaucratiques, qui entre-temps ne fixent pas de bornes ni &#224; leurs revenus, ni &#224; leur enrichissement. Toutefois, cet argument est incapable de persuader l'ouvrier tout en bas de l'&#233;chelle que lui et sa famille doivent se plier &#224; la surexploitation et &#224; un travail super-harasssant, durant plusieurs g&#233;n&#233;rations &#224; venir, dans l'int&#233;r&#234;t de l'accumulation rapide du capital. En fait, c'est bien pour cette raison que l'industrialisation &#224; marche forc&#233;e requiert un contr&#244;le dictatorial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette argumentation &#233;conomico-d&#233;terministe n'est autre qu'une rationalisation effectu&#233;e d'un point de vue de classe dominante. Il ne fait sens, au plan humain, que sous l'angle des int&#233;r&#234;ts d'une classe dominante qui, comme de bien entendu, identifie ses vis&#233;es aux besoins de la &#171; soci&#233;t&#233; &#187;. Il est tout aussi sens&#233; que les travailleurs du rang doivent se mobiliser pour combattre cette super-exploitation, afin de d&#233;fendre leur dignit&#233; humaine &#233;l&#233;mentaire et leur bien-&#234;tre. Il en &#233;tait d&#233;j&#224; ainsi au cours de la R&#233;volution industrielle capitaliste, lorsque les &#171; nouveaux &#233;tats en d&#233;veloppement &#187; &#233;taient en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit l&#224; pas simplement d'une discussion de science &#233;conomique, mais de camps en pr&#233;sence dans une lutte de classes. La question pos&#233;e est : dans quel camp vous situez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
2.On pr&#233;tend que la masse du peuple dans ces pays est trop arri&#233;r&#233;e pour contr&#244;ler la soci&#233;t&#233; et son gouvernement. C'est sans nul doute vrai, mais pas seulement dans ces pays. Et alors, que faut-il en conclure ? Comment un peuple ou une classe deviennent-ils capables de gouverner en leur propre nom ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Uniquement en luttant pour y acc&#233;der ; exclusivement en menant leur combat contre l'oppression - l'oppression exerc&#233;e par ceux qui leur disent qu'ils ne sont pas aptes &#224; gouverner. Ce n'est qu'en luttant pour un pouvoir d&#233;mocratique qu'ils s'&#233;duquent eux-m&#234;mes et se hissent au niveau exig&#233; afin d'exercer ce pouvoir. Il n'a jamais exist&#233; aucune autre voie pour aucune classe sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que nous ayons consid&#233;r&#233; un ensemble particulier d'arguments, les deux th&#232;mes qui ressortent s'appliquent, en fait, au monde entier, &#224; tous les pays, qu'ils soient avanc&#233;s ou en voie de d&#233;veloppement, capitalistes ou staliniens. Quand les manifestations et les boycotts des Noirs des Etats du Sud des Etats-Unis ont menac&#233; d'embarrasser le pr&#233;sident Johnson, &#224; l'approche d'une &#233;lection, la question fut : dans quel camp vous situez-vous ? Quand le peuple hongrois s'est soulev&#233; contre l'occupant russe, la question &#233;tait : ans quel camp vous situez-vous ? Quand le peuple alg&#233;rien se battait pour sa lib&#233;ration contre le gouvernement &#171; socialiste &#187; de Guy Mollet 20, la question &#233;tait : dans quel camp vous situez-vous ? Quand Cuba fut envahi par les marionnettes de Washington 21, la question &#233;tait : dans quel camp vous situez-vous ? Et quand les syndicats cubains ont &#233;t&#233; pris en mains par les commissaires de la dictature, la question est aussi : dans quel camp vous situez-vous ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis l'aube des soci&#233;t&#233;s, il n'a pas manqu&#233; de th&#233;ories pour &#171; prouver &#187; que la tyrannie est in&#233;vitable et que la libert&#233; en d&#233;mocratie est impossible. Il n'y a gu&#232;re d'id&#233;ologie plus commode pour une classe dominante et ses larbins intellectuels. Ces th&#233;ories rel&#232;vent des pr&#233;dictions auto-r&#233;alisantes, dans la mesure o&#249; elles ne restent vraies que tant qu'on les consid&#232;re comme telles. En derni&#232;re analyse, la seule mani&#232;re d'en d&#233;montrer la fausset&#233; r&#233;side dans la lutte elle-m&#234;me. Cette lutte &#224;-partir-d'en-bas n'a jamais &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e par des th&#233;ories &#224;-partir-d'en-haut et elle a chang&#233; le monde &#224; plusieurs reprises. Choisir une des vari&#233;t&#233;s de socialisme-&#224;-partir-d'en-haut, c'est regarder vers l'ancien monde, vers la &#171; vieille gadoue &#187;. Choisir la voie du socialisme-&#224;-partir-d'en-bas, c'est affirmer le commencement d'un monde nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;___&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;font &lt;br class='autobr' /&gt;
size = 2&gt; 1. Voir les n&#176; pr&#233;d&#233;cents de &#224; l'encontre, disponibles sur le site &lt;a href=&#034;http://www.alencontre.org&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.alencontre.org&lt;/a&gt;, rubrique Archives.&lt;br class='autobr' /&gt;
2. Eugene Victor Debs(1855-1926) est l'un des fondateurs de l'American Railroad Union (ARU). En 1894, l'ARU comptait 150 000 membres, plus que tous les autres syndicats du secteur des chemins de fer. Les Noirs n'avaient pas le droit de s'organiser (voir American Social History Project. Who Built America ? Vol. 2, p. 140-143, Pantheon Books, 1992). D&#232;s mai 1894, Debs organise la gr&#232;ve des travailleurs de l'entreprise de George Pullman, apr&#232;s que l'ARU eut gagn&#233; contre la Great Northern Rail Road au d&#233;but de l'ann&#233;e. Pullman avait baiss&#233; les salaires de 25 &#224; 40%. Debs d&#233;veloppe une conception d'un syndicat centralis&#233; au plan organisationnel avec des repr&#233;sentants de sections locales. Il est favorable aux gr&#232;ves de solidarit&#233; avec d'autres secteurs. La puissante gr&#232;ve de Pullman en 1894 sera combattue au moyen des tribunaux dont les d&#233;cisions ouvrent la porte &#224; l'intervention de l'arm&#233;e. La r&#233;pression et son arrestation ne changent pas l'optique de Debs &#171; qui vise &#224; la formation de syndicats industriels au sein desquels les travailleurs pourraient former un solide front unique face aux entreprises ainsi qu'au d&#233;veloppement d'une action politique &#224; une &#233;chelle de masse &#187; (Farrell Dobbs, Revolutionary Continuity, Monad Press, 1980). Le Parti socialiste (Socialist Party of America), cr&#233;&#233; en 1901, aura une forte base ouvri&#232;re. Il gagne de nombreuses &#233;lections municipales. En 1912, il compte 118 000 membres cotisants et Debs obtient 900 000 suffrages lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle (un ratio qui indique l'emprise du Parti d&#233;mocrate). Debs est convaincu qu'une appropriation collective de l'industrie assurera la d&#233;mocratie. Il &#233;crit : &#171; Je suis pour le socialisme, car je suis pour l'humanit&#233;. &#187; Debs &#233;tait tr&#232;s critique face &#224; l'AFL (American Federation of Labor). Il participe en 1905 &#224; la cr&#233;ation de l'Industrial Workers of the World (IWW), une organisation tr&#232;s &#233;galitaire qui a inclus femmes et hommes, qualifi&#233;&#183;e&#183;s et non qualifi&#233;&#183;e.s, Noirs et Mexicains. L'IWW adoptera une position claire lors de la premi&#232;re guerre mondiale en soulignant qu'elle est provoqu&#233;e par les antagonismes interimp&#233;rialistes. Le Parti socialiste fera de m&#234;me dans une d&#233;claration du 12 ao&#251;t 1914. Toutefois, le courant r&#233;formiste (Morris Hillquit), national-chauvin, prit de l'influence dans le PS. Debs proposait une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la guerre et une unit&#233; des forces r&#233;volutionnaires. Debs sera arr&#234;t&#233; en 1918 et condamn&#233; &#224; 10 ans de r&#233;clusion. Il sera lib&#233;r&#233; en 1921.&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Voir &#224; l'encontre, N&#176; 8, cf. site.&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Henri de Man(1885-1953), au cours de la d&#233;cennie ant&#233;rieure &#224; la premi&#232;re guerre mondiale, est consid&#233;r&#233; comme un socialiste r&#233;volutionnaire. L&#233;nine loue les travaux de H. de Man (&#338;uvres, Tome 17, p. 162). En fait, de Man syst&#233;matise bien le fatalisme optimiste (d&#233;terminisme &#233;conomique) et le positivisme d'un Kautsky. Sous le choc de la guerre, H. de Man va s'&#233;loigner de ce marxisme et du marxisme en g&#233;n&#233;ral. Il l'explique dans Apr&#232;s coup(Bruxelles, 1941, p. 87). Selon de Man, l'incapacit&#233; du marxisme &#224; expliquer &#171; l'engagement des masses &#187; dans la guerre - en 1914, il &#233;tait traducteur au Bureau de l'Internationale socialiste, structure t&#233;tanis&#233;e - est ce qui motive sa rupture avec le marxisme. Pour lui, &#171; la guerre est un conflit mettant aux prises tous les peuples se gouvernant eux-m&#234;mes avec les derniers gouvernements de droit divin &#187; (La Le&#231;on de la guerre, Bruxelles, 1920, p. 16). Il va rompre, pan par pan, avec les concepts de valeur, d'exploitation, de classe, pour aboutir &#224; l'id&#233;e &#171; d'un salaire &#233;quitable pour un travail quotidien &#233;quitable &#187; (Au-del&#224; du marxisme, Bruxelles, 1927, p. 380). La combinaison entre un m&#233;pris pour une classe ouvri&#232;re incapable de lutter, un socialisme d&#233;tach&#233; de la classe ouvri&#232;re (Le socialisme constructif, Paris, 1933, p. 4 et 68), la conception du r&#244;le autonome des intellectuels, le refus du parlementarisme et un plan &#224; ex&#233;cuter par l'Etat aboutit &#224; sa position en faveur d'un Etat fort. Apr&#232;s ses affinit&#233;s avec les r&#233;gimes corporatistes, en 1946, H. de Man gratifiera l'URSS de Staline d'une reconnaissance : &#171; ...la Russie bolcheviste travaille &#224; l'&#233;dification d'un ordre social o&#249; la supr&#233;matie des capitalistes est... remplac&#233;e par la domination des travailleurs &#187;(Au-del&#224; du nationalisme, Gen&#232;ve, 1946, p. 262).&lt;br class='autobr' /&gt;
5. Voir &#224; l'encontre, N&#176; 8, cf. site.&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Paul Sweezy (1910-) a fait ses &#233;tudes &#224; Exter et Harvard University, puis &#224; la London School of Economics. De 1934 &#224; 1942, il a travaill&#233; pour de nombreuses agences mises en place lors du New Deal. Il sera &#224; Londres et Paris en 1943-1944. En 1949, il fonde, avec Leo Huberman, la Monthly Review, revue qui connut son plus haut tirage dans les ann&#233;es 1970 (quelque 11 000 copies). Sur l'URSS et la Chine, les positions de Sweezy ont oscill&#233; et &#233;volu&#233;, &#224; partir d'un point de d&#233;part qui mettait l'accent sur le plan central et l'appropriation publique des grandes ressources, ce qui l'inclinait &#224; caract&#233;riser l'URSS comme socialiste. L'&#233;volution de sa r&#233;flexion peut se voir dans son recueil d'articles : Post-Revolutionnary Society (Monthly Review Press, 1980). On peut lire en fran&#231;ais un &#233;change entre Sweezy et Charles Bettelheim, Lettres sur quelques probl&#232;mes actuels du socialisme (Maspero, 1970). Sa position en faveur de la &#171; r&#233;volution culturelle &#187; (1966-1969) y ressort bien (p. 16) ; cette position sera maintenue. Dans ses essais, apr&#232;s avoir pris ses distances avec l'URSS, il incline fortement &#224; voir dans la Chine de Mao un nouveau mod&#232;le de socialisme ; puis il d&#233;chantera.&lt;br class='autobr' /&gt;
7. Max Eastman (1883-1969). Avant la premi&#232;re guerre mondiale, il sera l'&#233;diteur de la c&#233;l&#232;bre revue The Masses. Au d&#233;but des ann&#233;es 1920, sympathisant du PC am&#233;ricain puis de l'Opposition de gauche, il a traduit de nombreux ouvrages de Trotsky en anglais. Il va rompre avec le marxisme et deviendra l'&#233;diteur d'un magazine farouchement anticommuniste Reader's Digest.&lt;br class='autobr' /&gt;
8. Edward Bellamy (1850-1898). Fils d'un pasteur baptiste, n&#233; dans le Massachusetts, il &#233;tudie le droit, puis devint &#233;crivain et journaliste au New York Post. Son roman Looking Backward : 1887-2000, publi&#233; en 1888, sera un &#233;norme succ&#232;s. Le h&#233;ros, Julian West, tomb&#233; dans un sommeil hypnotique, se r&#233;veille en 2000 pour d&#233;couvrir qu'il vit dans une &#171; utopie socialiste &#187;, o&#249; les gens coop&#232;rent et ne se font pas la comp&#233;tition. Bellamy est favorable &#224; la nationalisation de services publics. Il r&#233;pondra &#224; ses critiques en 1897 dans un ouvrage intitul&#233; : Equality.&lt;br class='autobr' /&gt;
9. C.A.R Crosland (1918-1977). Fabien d'origine politique, ce membre du Parti travailliste occupera de nombreux postes minist&#233;riels apr&#232;s l'&#233;lection de H. Wilson en 1964.&lt;br class='autobr' /&gt;
10. Arthur Henderson (1863-1935). Ce syndicaliste symbolise la trajectoire d'int&#233;gration des &#171; sommets &#187; de la bureaucratie. Apr&#232;s avoir lanc&#233; un appel &#224; manifester contre la guerre le 1er ao&#251;t 1914, il ralliera &#224; la fin du m&#234;me mois le premier ministre et le leader de l'opposition pour une campagne de recrutement &#224; l'arm&#233;e. Voir sur ce type de socialisme parlementaire : Parliamentary Socialism de Ralph Miliband, Merlin Press, 1973.&lt;br class='autobr' /&gt;
11 &#171; Consensus Johnson &#187;. Le pr&#233;sident Lyndon B. Johnson (1908-1973), vice-pr&#233;sident, acc&#232;de &#224; la pr&#233;sidence suite &#224; l'assassinat de John F. Kennedy en fin 1963. Il est &#233;lu en 1964. En ao&#251;t 1964, il monte la provocation du Golfe du Tonkin (pr&#233;tendue attaque contre le destroyer Maddox) pour se voir attribuer tous les pouvoirs afin de bombarder le Nord Vietnam et d'envoyer massivement des troupes au Sud Vietnam. Sur le plan int&#233;rieur, il cherche &#224; canaliser la mont&#233;e du mouvement des Noirs pour les droits civiques et d&#233;veloppe un vaste programme anti-pauvret&#233; (la Grande Soci&#233;t&#233;). Voir &#224; ce sujet la traduction toute r&#233;cente du remarquable ouvrage de Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 &#224; nos jours, Ed. Agone, 2002.&lt;br class='autobr' /&gt;
12. Harold Wilson (1916-1995) est &#233;lu premier ministre en 1964. Son &#233;lection suscite de grands espoirs dans la gauche socialiste europ&#233;enne. Andr&#233; Gorz, dans le France Observateur (anc&#234;tre du Nouvel Observateur), parlait, alors, de socialisme &#224; venir en Grande-Bretagne. L'esp&#233;rance ne durera pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
13. P&#233;riode ultragauche de l'Internationale stalinis&#233;e de 1928 &#224; 1934 : la social-d&#233;mocratie est pr&#233;sent&#233;e comme le principal danger face au fascisme. Elle est caract&#233;ris&#233;e de &#171; social-fasciste &#187;. Des syndicats &#171; rouges &#187; ultraminoritaires sont cr&#233;&#233;s. Trotsky critiquera avec une grande pertinence cette politique et montrera en quoi elle facilita la victoire des nazis. La p&#233;riode de Front populaire, th&#233;oris&#233;e officiellement par Georges Dimitrov, commence en 1934. L'unit&#233; doit se faire avec les secteurs bourgeois et pour cela la mobilisation ouvri&#232;re doit &#234;tre contenue, comme en juin 1936 en France. Voir Pierre Frank, Histoire de l'Internationale communiste, 2 vol., Ed. La Br&#232;che, 1979.&lt;br class='autobr' /&gt;
14. Conflit sino-sovi&#233;tique : depuis 1959, ouvertement, les deux castes bureaucratiques au pouvoir en URSS et en Chine s'engagent dans un conflit de &#171; mots &#187; recouvrant des int&#233;r&#234;ts particuliers, au plan &#233;conomique, des relations internationales. Ce &#171; conflit &#187; servira de r&#233;f&#233;rence &#224; des courants des PC pour opter en faveur de l'une ou de l'autre caste, ou pour insister sur la &#171; voie nationale &#187; (direction du PC italien). Le voyage de Kissinger &#224; P&#233;kin en 1971, en pleine guerre du Vietnam, ne servira pas &#224; d&#233;ciller les mao&#239;stes. La direction du PC chinois soutiendra Mobutu et Pinochet. Pour les mao&#239;stes, le soutien &#224; Mao se poursuivra avec celui accord&#233; &#224; Pol Pot.&lt;br class='autobr' /&gt;
15. Paul A. Baran (1910-1964) est un des animateurs de la Monthly Review. Il publiera en 1957 un ouvrage qui sera longtemps une r&#233;f&#233;rence, Economie politique de la croissance (traduction fran&#231;aise en 1967 chez Maspero). Un recueil de ses essais sera publi&#233;, sous la direction de Sweezy, en 1969, The Longer View, Monthly Review Press. Il y d&#233;veloppe entre autres sa vision du plan.&lt;br class='autobr' /&gt;
16. Isaac Deutscher (1907-1967). H. Draper est ici certainement sous le choc de la publication de l'&#233;dition am&#233;ricaine (Ballantine Books, 1961) de The Great Contest. Dans sa postface de septembre 1961, Deutscher - biographe de Trotsky et ancien membre de l'opposition de gauche du PC polonais - s'emballe sur &#171; la mont&#233;e industrielle continue de l'URSS, exemplifi&#233;e par les triomphes de la conqu&#234;te de l'espace &#187; (p. 127). A la page suivante, il insiste sur &#171; l'exceptionnelle et rapide croissance de la richesse technologique moderne, sur les avantages de l'&#233;conomie appropri&#233;e publiquement et planifi&#233;e et sur la puissante impulsion qu'un nouveau syst&#232;me social donne &#224; l'esprit aventureux de l'homme &#187;. Avec les r&#233;serves d'usage, il cautionne les programmes de croissance folle de Krouchtchev (p. 131) et envisage une accentuation de la &#171; d&#233;stalinisation &#187;. Cette vision explique son attitude assez r&#233;serv&#233;e face au soul&#232;vement ouvrier de Berlin (1953) et &#224; la R&#233;volution hongroise de 1956. Durant ces ann&#233;es, l'optimisme sur le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie de l'URSS &#233;tait r&#233;pandu, y compris dans les rangs de marxistes-r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
17. Sur ces deux affrontements ouvriers contre la caste bureaucratique, voir la revue mensuelle Page 2, N&#176; 2, juin 1996, p. 47-48, et N&#176; 5, cotobre 1996, p. 45-48, qui pr&#233;sentent aussi les positions prises, &#224; ces occasions, par la gauche (PS et Parti du Travail) helv&#233;tique. On peut aussi consulter l'ouvrage des historiens hongrois, sous la dir. de Gy&#246;rgy Litvan, The Hungarian Revolution of 1956. Reform, Revolt and Repression, 1953-1963(Longman, 1996).&lt;br class='autobr' /&gt;
18. Robert Michel (1876-1936) d&#233;veloppe ladite &#171; loi d'airain de l'oligarchie &#187; dans ce qui se veut une double d&#233;monstration : lorsqu'une classe restreinte est unie par des int&#233;r&#234;ts communs, elle s'impose &#224; coup s&#251;r face &#224; la volont&#233; du peuple ; en outre, une concurrence pour le pouvoir s'exerce au sein m&#234;me de l'&#233;lite, avec une dynamique de concentration.&lt;br class='autobr' /&gt;
19. Admirable Crichton : r&#233;f&#233;rence &#224; un courtisan &#233;cossais du XVIe si&#232;cle sachant s'attirer les gr&#226;ces des dominants.&lt;br class='autobr' /&gt;
20. Guy Mollet (1905-1975), secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la SFIO (section fran&#231;aise de l'internationale ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire du Parti social-d&#233;mocrate) de 1946 &#224; 1969. Il est pr&#233;sident du Conseil en 1956 et 1957, c'est-&#224;-dire au moment de la &#171; guerre d'Alg&#233;rie &#187; et de la &#171; crise de Suez &#187;, qui r&#233;v&#232;lent, une fois de plus, le penchant pro-imp&#233;rialiste de la social-d&#233;mocratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
21. En avril 1961, quelque 20 000 mercenaires cubains, appuy&#233;s par les services am&#233;ricains, d&#233;barquent &#224; Cuba (baie des Cochons). Ils seront battus sans coup f&#233;rir.&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site &#192; l'Encontre&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
