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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>DENIS, Serge. Social-d&#233;mocratie et mouvements ouvriers : la fin de l'histoire ? </title>
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		<dc:date>2003-10-27T03:54:21Z</dc:date>
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		<dc:creator>Daniel Dompierre</dc:creator>


		<dc:subject>Livres</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#192; l'origine, la social-d&#233;mocratie (SD) repr&#233;senta l'&#233;l&#233;ment central de la formation du mouvement ouvrier et de son action politique. Suivant la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre, elle demeurait encore un v&#233;hicule des aspirations pour le changement social et des luttes pour la transformation du capitalisme. Apr&#232;s avoir nourri et canaliser ces id&#233;aux au cours des mobilisations des ann&#233;es 60, 70 et 80 dans le sillage de leur accession ou participation au pouvoir, les partis de la SD furent incapables de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'origine, la social-d&#233;mocratie (SD) repr&#233;senta l'&#233;l&#233;ment central de la formation du mouvement ouvrier et de son action politique. Suivant la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre, elle demeurait encore un v&#233;hicule des aspirations pour le changement social et des luttes pour la transformation du capitalisme. Apr&#232;s avoir nourri et canaliser ces id&#233;aux au cours des mobilisations des ann&#233;es 60, 70 et 80 dans le sillage de leur accession ou participation au pouvoir, les partis de la SD furent incapables de r&#233;pondre aux espoirs qu'ils suscit&#232;rent. En lieu et place, la SD prit en charge la gestion de l'aust&#233;rit&#233; capitaliste puis se fit le relais, sur une base distinctive, des politiques &#233;conomiques du n&#233;olib&#233;ralisme. Voil&#224; maintenant que l'on parle de &#171; 3e voie &#187; ou de &#171; nouveau centre &#187; . Pas de r&#233;f&#233;rence &#224; la classe ouvri&#232;re ni &#224; ses luttes. En fait, la SD n'est plus le lieu d'une r&#233;f&#233;rence identitaire pour la masse des salari&#233;s et il y a belle lurette qu'elle ne joue plus son r&#244;le de &#171; vecteur constitutif de classe &#187; . La SD a ainsi franchi un &#171; seuil qualitatif qui implique une brisure &#187; vis-&#224;-vis sa place traditionnelle dans la formation du mouvement ouvrier. C'est l'aboutissement de cette trajectoire que Serge Denis analyse ainsi avec finesse, combinant des &#233;l&#233;ments d'histoire &#224; une int&#233;ressante discussion sur les d&#233;terminations du ph&#233;nom&#232;ne social-d&#233;mocrate et les outils conceptuels de sa compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En abandonnant ainsi sa fonction historique d'origine, la SD entreprend donc un changement de nature en regard des int&#233;r&#234;ts auxquels elle s'identifiait depuis sa gen&#232;se. Ce proc&#232;s politique, &#171; l'&#233;puisement programmatique &#187; de la social-d&#233;mocratie qui marque la &#171; la fin de l'une des plus importantes r&#233;alit&#233;s de la modernit&#233; industrielle &#187; selon l'auteur, est en fait l'objet central de sa d&#233;monstration. Cette &#233;volution, qui voit aujourd'hui un d&#233;bouch&#233; dans un nouvelle trajectoire id&#233;ologique, se traduit par une &#171; disjonction &#187; entre les choix et orientations politiques de la SD et les attentes de ses bases sociales historiques. Les tensions et ruptures que cela devait entra&#238;ner au sein et &#224; la p&#233;riph&#233;rie des partis de la SD trouveront une correspondance dans la volatilit&#233; de l'&#233;lectorat et la persistance de l'expression d'un fort m&#233;contentement plus visible sur le terrain des luttes sociales. C'est l&#224; la sanction que trouvent la d&#233;sorientation politique de la SD, son incapacit&#233; et son refus, finalement, &#224; assumer le r&#244;le qui lui est attribu&#233; traditionnellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Serge Denis, il y a l&#224; un &#171; probl&#232;me d'arrimage &#187; entre les bases des la SD, leurs mobilisations dans les conflits sociaux, et le &#171; positionnement &#187; des partis de la SD. L'auteur parle de &#171; d&#233;sengrenage &#187; ou de &#171; distanciation &#187; entre les dynamiques sociales et revendicatives d'une part, et l'affirmation politique des partis de la SD d'autre part. En fait, au cours du proc&#232;s d'&#233;puisement programmatique, le maintien ou le retour des partis de la SD sur la sc&#232;ne politique n'indiqueraient pas un tournant &#171; &#224; gauche &#187; de l'&#233;lectorat et un renforcement du mouvement ouvrier ; ils ne traduiraient pas non plus une croissance de leur organisation ni de leur influence dans les mouvements sociaux ; enfin, et c'est d&#233;terminant, ce ne serait pas le fruit d'une mont&#233;e de luttes revendicatives dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait remarquable li&#233; directement &#224; cette crise de repr&#233;sentation de la SD selon l'auteur et qui peut para&#238;tre paradoxal, c'est l'essor, observ&#233; notamment en France et en Italie depuis la fin des ann&#233;es 80, de nouvelles formes d'organisation dans les conflits sociaux, les fameuses &#171; coordinations &#187;. C'est en dehors du cadre organisationnel de la SD de m&#234;me qu'en opposition &#224; ses choix politiques que ces luttes de salari&#233;s et secteurs sociaux g&#233;n&#233;ralement associ&#233;s &#224; la SD, expriment plus clairement et radicalement des revendications ainsi que des aspirations &#224; l'unit&#233;. Car cette dynamique se d&#233;veloppe au-del&#224; des r&#233;f&#233;rences multiples &#224; diff&#233;rentes organisations, partis ou syndicats, contribuant &#224; fa&#231;onner une identit&#233; de classe dans l'action politique autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce divorce qui s'op&#232;re alors que la SD est appel&#233;e &#224; approfondir son d&#233;placement vers le centre entra&#238;nant ainsi la possible recomposition de nouvelles entit&#233;s politiques, l'auteur entrevoit deux grandes tangentes pour l'avenir du mouvement ouvrier. Soit pr&#233;domine encore le jeu d'int&#233;r&#234;ts particularistes confirmant l'&#233;clatement du salariat par secteurs et sensibilit&#233;s politiques, soit &#233;merge une lente reconstruction organisationnelle en symbiose avec la reconstitution du mouvement de classe en tant que sujet politique et dont l'exp&#233;rience des coordinations pourrait montrer une voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique Social-d&#233;mocratie et mouvements ouvriers repr&#233;sente une synth&#232;se remarquable accompagn&#233;e d'une r&#233;flexion bien men&#233;e, avec nuance, sur les transformations de la SD et son aboutissement, on demeure par moment sur notre faim. Ainsi, la contribution de Serge Denis s'attarde avant tout &#224; faire un constat, &#224; caract&#233;riser le compl&#233;ment d'une &#233;volution et sa signification politique, sous cet angle de la d&#233;finition de l'objet d'&#233;tude, on pourrait dire que c'est moins une &#233;tude syst&#233;matique sur la gen&#232;se d'un processus, sur les&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; pourquoi &#187; de cet &#233;puisement programmatique de la SD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, lorsqu'il s'agit de comprendre ce proc&#232;s politique avec la r&#233;currence des avanc&#233;es de la SD sur le plan &#233;lectoral ; les conditions renouvel&#233;es de sa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; relance &#187; et enfin sa capacit&#233; &#224; repr&#233;senter encore un d&#233;bouch&#233; politique. Pour une part, Serge Denis en cherche l'explication dans le maintien du poids du salariat dans les soci&#233;t&#233;s et la volont&#233; de certains secteurs &#224; exprimer une repr&#233;sentation ind&#233;pendante de leurs int&#233;r&#234;ts dans le champs politique. On vote utile &#224; gauche. De plus, m&#234;me s'il se traduit par une fiabilit&#233; relative ou ponctuelle de l'&#233;lectorat, le m&#233;contentement des diverses bases de la SD ne se traduit pas encore par une d&#233;fection massive et cumulative du vote social-d&#233;mocrate. Par contre, selon l'auteur, cette distanciation politique trouve un d&#233;bouch&#233; plus satisfaisant sur le terrain des luttes sociales en dehors et contre les orientations politiques de la SD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le probl&#232;me qui surgit alors est d'&#233;valuer la place politique de ces bases aux nombreuse figures dans cette &#233;volution et discerner comment elles agissent encore sur cette dynamique. Mais qui sont-elles vraiment lorsque d&#233;sign&#233;es alternativement au fil des pages comme historiques, anciennes ou m&#234;me socialistes ? Quelle consistance conservent-elles encore aujourd'hui ? Comment se distinguent-elles de l'&#233;lectorat de la SD dans son ensemble ? Ces questions demeurent sans r&#233;ponses. Et cette &#171; base &#187; &#233;lectorale, ne peut-on pas penser qu'elle s'est transform&#233;e de fa&#231;on significative ? Moins stable, plus largement diss&#233;min&#233;e dans les divers secteurs ou couches de la soci&#233;t&#233;, plus &#233;clat&#233;e socialement et probablement moins li&#233;e structurellement aux cadres organisationnels de la SD. Quant &#224; la base plus traditionnelle, historique, de la SD, l&#224; encore l'&#233;volution de ses rapports aux partis compris sous le signe de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; l'&#233;rosion &#187; par l'auteur, n'est pas clarifi&#233;e dans le cadre de la double &#233;volution, politique et programmatique de la SD, reposant sur l'abandon de ses fonctions historiques au sein du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, en partant des processus &#171; d'&#233;rosion &#187;, de &#171; distanciation &#187;, de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; disjonction &#187; ou de &#171; dislocation &#187; retenus par l'auteur, on ne distingue pas comment s'agencent les nombreuses figures des bases de la SD et on ne per&#231;oit pas non plus vraiment quelle est leur place, leur r&#244;le, leur poids dans l'&#233;volution et la dynamique internes des partis de la SD au cours de leur &#233;puisement programmatique. On peut ainsi se demander dans quelle mesure ce proc&#232;s politique entre en r&#233;sonance avec les transformations de leurs propres bases ? Se pourrait-il donc qu' il y ait une sorte de dualisme entre l'effritement de la base historique de la SD et sa d&#233;sertion des appareils d'une part, et l'&#233;largissement de sa base &#233;lectorale d'autre part ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La structure, la composition et les formes d'organisation des mouvements ouvriers aujourd'hui ne s'articulent donc pas &#224; partir de la direction politique et du support organisationnel de la SD pour affirmer leur apparition autonome dans les luttes. Mais quel avenir est-il donc r&#233;serv&#233; &#224; la reproduction d'ensemble des fonctions ouvri&#232;res assum&#233;es au cours de ce si&#232;cle par la SD ? L'apparition de la forme &#171; coordination &#187; dans les conflits ouvriers est &#224; cet &#233;gard prometteuse mais cela exige une transcroissance dans la dur&#233;e et la profondeur pour esp&#233;rer frayer un chemin &#224; l'exercice plus large et durable de ces fonctions au sein du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les coordinations sociales n'interviennent pas simplement ou exclusivement en marge du cadre organisationnel de la SD. Ainsi, l'exemple fran&#231;ais des mobilisations de l'automne 1995 donne des indications dans ce sens. Tout comme les partis de la SD, le mouvement syndical et le Parti communiste se heurt&#232;rent &#224; la forme coordination d'organisation des luttes qui traversaient les fronti&#232;res partisanes et organisationnelles. C'est donc dire que la compr&#233;hension de son &#233;mergence et de sa signification politique ne r&#233;side pas simplement dans leur mise en perspective avec le proc&#232;s politique de la SD. Mais o&#249; r&#233;side donc la parent&#233; entre ces traditions organisationnelles diff&#233;rentes ? Qu'ont-elles en commun pour se situer dans l'axe d'une m&#234;me trajectoire politique qui d&#233;voile les difficult&#233;s d'exercice de leurs fonctions ouvri&#232;res. La r&#233;ponse &#224; ces questions ou d&#251; moins le d&#233;veloppement des &#233;l&#233;ments d'une probl&#233;matique centr&#233;e autour de l'organisation diff&#233;renci&#233;e des travailleurs et de l'incapacit&#233; commune de leurs programmes et directions &#224; pouvoir orienter les luttes cons&#233;quentes contre les fondements et les effets des politiques n&#233;olib&#233;rales ne peut se r&#233;soudre de fa&#231;on satisfaisante dans le cadre de l'analyse du proc&#232;s d'&#233;puisement programmatique de la SD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de ce probl&#232;me politique comme un d&#233;nominateur commun au r&#244;le des organisations du mouvement ouvrier dans la p&#233;riode actuelle, on peut se demander ce qui donne prise &#224; cette d&#233;fiance envers les appareils traditionnels mais tout tout en ne pr&#233;cipitant pas leur disparition ou marginalisation. Et c'est justement cet aspect de la &#171; probl&#233;matique du rapport entre organisations constitutives [du mouvement ouvrier] et les dynamique sociales &#187; identifi&#233;e par l'auteur qui ne fait pas 'objet d'un d&#233;veloppement &#233;clairant. Il expose certes brillamment les &#233;l&#233;ments du proc&#232;s de formation du mouvement ouvrier organis&#233; et de la SD en particulier. Par contre, il ne pose pas plus loin les jalons th&#233;oriques et l'analyse historique pour une compr&#233;hension de l'&#233;volution et de la transformation de l'ensemble des organisations ouvri&#232;res vis-&#224;-vis la capacit&#233; &#224; assumer leurs fonctions d'origines. Entre autre, les dimensions politiques que cela recouvre dans le rapport des organisations aux couches du salariat que partis et syndicats tentent de regrouper sont occult&#233;es. Il est surprenant que l'argument principal, l'&#233;puisement programmatique de la SD, ne soit pas mis alors en r&#233;sonance avec les crises et les difficult&#233;s des autres organisations ouvri&#232;res pour ainsi introduire une r&#233;flexion plus large combinant les &#233;l&#233;ments d'une th&#233;orie du mouvement ouvrier et de la sociologie politique de organisations et de leurs appareils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le constatera, Social d&#233;mocratie et mouvements ouvriers soul&#232;ve de nombreuse questions importantes sur l'aboutissement des trajectoires politiques des grandes organisations ouvri&#232;res. L'ouvrage apporte un &#233;clairage au spectre peut-&#234;tre moins large qu'on ne le voudrait mais en insistant sur la centralit&#233; de la conjugaison entre organisation, conscience politique et programme, il nous m&#232;ne aux d&#233;fis incontournables qui confrontent la gauche aujourd'hui. Face &#224; la d&#233;sorientation des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier et &#224; la persistance de leur place dans le champs politique, comment d&#233;finir et construire les alternatives ? Comment assurer la reproduction &#233;largie des fonctions d'organisation, de repr&#233;sentation, de d&#233;fense, de r&#233;sistance et de m&#233;moire au sein du mouvement ouvrier soumis aux pressions &#233;normes du n&#233;olib&#233;ralisme et du d&#233;senchantement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Dompierre octobre 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montr&#233;al, Bor&#233;al, 2003, 226p. $24.95&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le si&#232;cle sovi&#233;tique.</title>
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&lt;p&gt;Cet ouvrage est le travail d'un historien du changement social qui nous propose une analyse vivante et rigoureuse de la nature du r&#233;gime qui se consolida en URSS. C'est en insistant sur l'analyse des bouleversements sociaux sous la p&#233;riode stalinienne que Moshe Lewin cherche d'abord &#224; comprendre les contradictions, les limites et l'&#233;volution de ce qu'il d&#233;signe comme un &#171; absolutisme bureaucratique &#187; . Tout en identifiant une rupture politique entre l&#233;ninisme et stalinisme notamment sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet ouvrage est le travail d'un historien du changement social qui nous propose une analyse vivante et rigoureuse de la nature du r&#233;gime qui se consolida en URSS. C'est en insistant sur l'analyse des bouleversements sociaux sous la p&#233;riode stalinienne que Moshe Lewin cherche d'abord &#224; comprendre les contradictions, les limites et l'&#233;volution de ce qu'il d&#233;signe comme un &#171; absolutisme bureaucratique &#187; . Tout en identifiant une rupture politique entre l&#233;ninisme et stalinisme notamment sur le plan strat&#233;gique et donc de la nature du r&#233;gime &#224; construire et de l'articulation de son pouvoir, l'auteur apporte aussi une r&#233;flexion fort int&#233;ressante sur le prolongement politique et culturel qu'ont repr&#233;sent&#233; tant l'&#201;tat tsariste que la nature &#171; pl&#233;b&#233;ienne &#187; de la r&#233;volution de 1917 pour l'av&#232;nement du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant la combinaison particuli&#232;re entre les conditions d'arri&#233;ration incontournables du pays et la d&#233;vastation mat&#233;rielle et humaine qui s'est install&#233;e dans le sillage de la guerre civile, la refondation strat&#233;gique du pouvoir bolchevique pens&#233;e par L&#233;nine ne r&#233;ussit pas &#224; &#233;chapper &#224; la d&#233;g&#233;n&#233;rescence interne du pouvoir et de ses appareils. En plus, nous dit Lewin, le poids du tsarisme p&#232;sera lourd dans ces circonstances pour red&#233;finir les fondements de l'&#201;tat. Il s'agit l&#224; d'un point important sur le plan de l'analyse car tout en renon&#231;ant &#224; voir dans le l&#233;ninisme le d&#233;miurge de l'exp&#233;rience sovi&#233;tique, l'auteur introduit une dimension de l'hypoth&#232;se culturaliste qui vient relativiser la singularit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne bureaucratique en URSS. Autrement dit, Moshe Lewin cherche &#224; souligner les limites de la rupture du nouveau r&#233;gime de 1917 vis-&#224;-vis les h&#233;ritages de la soci&#233;t&#233; tsariste non pas pour &#171; expliquer &#187; une quelconque tendance naturelle &#224; un esprit totalitaire ou &#224; contrario de soumission chez le peuple russe mais plut&#244;t pour comprendre certaines conditions qui ont donn&#233; prise &#224; l'essor du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant de cette option m&#233;thodologique, le livre de Lewin constitue &#233;galement une entreprise de d&#233;marcation tr&#232;s fructueuse. On comprendra que sa d&#233;marche veut se distinguer de certaines approches politistes qui rel&#232;vent plus &#224; son avis de la &#171; construction id&#233;ologique &#187; . Il d&#233;signe par l&#224; les diverses interpr&#233;tations qui abordent la soci&#233;t&#233; sovi&#233;tique en se centrant exclusivement sur la dimension &#171; totalitaire &#187; de son syst&#232;me politique et l'omnipotence de ses dirigeants. L'auteur reproche donc &#224; ces perspectives leur caract&#232;re herm&#233;tique qui ne prend pas en compte les tensions et transformations sociales auxquelles &#233;tait perm&#233;able le r&#233;gime en URSS. Lewin propose une autre vision, &#233;labor&#233;e avec profondeur sur le plan historique et social. Soulignons enfin que cette entreprise est aussi un exemple typique des chemins emprunt&#233;s, sur le plan de la recherche, &#224; la &#171; d&#233;couverte &#187; du pass&#233; de la Russie dans la derni&#232;re d&#233;cennie. Le travail de r&#233;flexion de Lewin repose ainsi sur l'utilisation importante d'archives et de rapports internes de toutes sortes. Dans diff&#233;rents chapitres, surtout en ce qui a trait au r&#244;le et &#224; la place de l'appareil politique r&#233;pressif, les chiffres et statistiques sont nombreux pour venir appuyer l'analyse du r&#233;gime et mieux &#233;valuer la port&#233;e de sa politique en ce domaine. L'ampleur du mat&#233;riel de premi&#232;re main qui nous est pr&#233;sent&#233; donne l'impression que Le si&#232;cle sovi&#233;tique ressemble parfois &#224; un collage pas aussi syst&#233;matique qu'on le souhaiterait dans sa composition. Ainsi, selon les chapitres, les dimensions empiriques ou descriptives alternent avec des d&#233;veloppements analytiques. L'int&#233;gration des &#233;l&#233;ments de r&#233;flexion de l'auteur s'en trouve de cette fa&#231;on amoindrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on surprenante, l'auteur souligne que le Parti communiste sous Staline se d&#233;politise m&#234;me si son contr&#244;le sur la soci&#233;t&#233; se veut omnipr&#233;sent. En fait, sa fonction d'origine se transforme. Moshe Lewin &#233;labore ici une r&#233;flexion int&#233;ressante. Staline et son entourage s'isole de la soci&#233;t&#233;, le Parti n'est plus le m&#234;me alors que ses politiques pavent la voie &#224; un pouvoir personnalis&#233;. C'est alors que se met en branle une dangereuse spirale o&#249; l'accentuation du contr&#244;le politique est &#224; la mesure du ph&#233;nom&#232;ne qui &#233;chappe progressivement &#224; la direction stalinienne. C'est pour cette raison que le Parti entre dans une&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; phase d'apparatisation &#187; , selon les termes de l'auteur, en tentant de contenir les effets politiques de la modernisation sur le r&#233;gime et en intervenant directement dans la gestion de l'&#233;conomie. Lewin insiste donc sur les bouleversements sociaux majeurs qui pr&#233;sideront &#224; l'instauration du stalinisme dans les ann&#233;es trente introduisant par le fait m&#234;me des pressions limitant l'articulation de son pouvoir. Successivement, l'urbanisation et le gonflement des appareils administratifs ; la d&#233;ruralisation et la collectivisation des campagnes ; l'expansion de l'industrie lourde et enfin les vastes purges politiques tout cela intervient alors que parall&#232;lement la personnalisation du r&#233;gime politique cherche &#224; s'approfondir. Mais les faits sont l&#224; et bien expos&#233;s par Lewin, les capacit&#233;s r&#233;pressives des organes administratifs et judiciaires n'arrivent pas &#224; &#233;radiquer la persistance du m&#233;contentement, des insatisfactions et des critiques mettant en cause le Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc nous dit l'auteur, ce ne sont pas les pr&#233;tentions du pouvoir stalinien &#224; &#233;tablir un contr&#244;le absolu sur la soci&#233;t&#233; qui devraient attirer notre attention mais au contraire les r&#233;sistances, limites ou blocages m&#234;me, face &#224; ce pouvoir. De plus, le Parti n'arrive pas &#224; endiguer le pouvoir concurrent qui se nourrit de l'expansion de la gestion administrative de l'&#233;conomie dans les entreprises et l'&#201;tat. Pour Lewin, il y a l&#224; un ph&#233;nom&#232;ne d&#233;terminant dans la compr&#233;hension de l'exp&#233;rience sovi&#233;tique. Ainsi, tout au long de son argumentation, il tente de mettre en lumi&#232;re l'&#233;mergence et les transformations de ce groupe social qui allait se constituer et qui comprenait, grosso modo, les administrateurs de la planification &#233;conomique et ses ex&#233;cutants dans les entreprises. Cette&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; bureaucratie &#187; repr&#233;senterait un &#233;l&#233;ment moteur de l'histoire sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les d&#233;cennies qui suivront la mort de Staline, il s'op&#232;re une sorte de symbiose o&#249; le Parti se fond litt&#233;ralement dans cet ensemble social plus large et complexe qu'est la bureaucratie au sein de l'&#201;tat et de l'appareil de production. &#201;mancip&#233;e du carcan politique stalinien, ce groupe tente alors de faire valoir ses int&#233;r&#234;ts et se constitue progressivement en une force autonome. Aux tentatives de contr&#244;le politique par le Parti, &#224; ses ordres imp&#233;ratifs et d&#233;cisions ex&#233;cutoires, se substitue un marchandage perp&#233;tuel dans la r&#233;alisation du plan &#233;conomique qui devrait en principe d&#233;finir la nature des &#233;changes entre entreprises et en d&#233;terminer la destination. Mais ce compromis fonctionnel entre bureaucratie et parti finira par &#233;puiser les potentialit&#233;s de la planification d'&#201;tat dans une &#233;conomie en d&#233;clin et en proie &#224; l'&#233;clatement &#224; la fin de la p&#233;riode brejn&#233;vienne. De plus en plus, c'est en dehors du plan que les &#233;changes &#233;conomiques chercheront &#224; se r&#233;aliser : les march&#233;s parall&#232;les se multiplient, l'&#233;conomie informelle se g&#233;n&#233;ralise, la bureaucratie cherche &#224; disposer &#224; sa guise des moyens de production, une sorte de &#171; protocapitalisme &#187; &#233;merge selon Lewin. C'est donc avant tout de l'int&#233;rieur, sans que le carcan politique ou sa simple ossature plut&#244;t ne disparaisse, que progressait la dynamique qui allait prendre le relais dans la refondation des structures politiques, &#233;conomiques et sociales dans les ann&#233;es 90. Pour Lewin, cette &#233;volution interne vient donc &#233;clairer la nature de l'implosion qui a men&#233; &#224; l'effondrement pr&#233;cipit&#233; du pouvoir du Parti communiste apr&#232;s Gorbatchev et &#224; la reconversion d'une frange de son personnel au sein de l'&#233;conomie en voie de privatisation sous la Russie d'Eltsine et de Poutine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, disons que ce sont les contradictions internes et les tendances de fond travaillant au sein de cette soci&#233;t&#233; qui pr&#233;occupe la d&#233;marche stimulante de Moshe Lewin. Elle r&#233;sume bien l'interaction entre soci&#233;t&#233; et pouvoir politique dans la complexit&#233;. D'embl&#233;e, Le si&#232;cle sovi&#233;tique nous dessine plusieurs regards sur le plan de la r&#233;flexion et &#233;largi notre compr&#233;hension de cette exp&#233;rience pour mieux en cerner le bilan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Dompierre octobre 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, Fayard, 2003, $44.95&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Parutions automne 2003</title>
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		<dc:subject>Livres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;BENSA&#207;D, Daniel. Un monde &#224; changer. Textuel. &lt;br class='autobr' /&gt;
BROU&#201;, Pierre. Communistes contre Staline. Fayard &lt;br class='autobr' /&gt;
BOLTANSKI, Luc. La gauche et la r&#233;volution totale. &#201;ditions de l'Aube. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cultures communistes au XXi&#232;me si&#232;cle. La Dispute &lt;br class='autobr' /&gt;
HUSSON, Michel. Les casseurs de l'&#233;tat social. La D&#233;couverte. &lt;br class='autobr' /&gt;
NA&#207;R, Sami. Le nouveau monde : l'empire face &#224; la diversit&#233;. Hachette. &lt;br class='autobr' /&gt;
SALESSE, Yves. Manifeste pour une autre Europe. &#201;ditions du F&#233;lin. &lt;br class='autobr' /&gt;
VAKALOULIS, Michel ; VINCENT, Jean-Marie et Pierre ZARKA. Vers un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Culture-26-" rel="directory"&gt;Culture&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;BENSA&#207;D, Daniel. Un monde &#224; changer. Textuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BROU&#201;, Pierre. Communistes contre Staline. Fayard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BOLTANSKI, Luc. La gauche et la r&#233;volution totale. &#201;ditions de l'Aube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cultures communistes au XXi&#232;me si&#232;cle. La Dispute&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HUSSON, Michel. Les casseurs de l'&#233;tat social. La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NA&#207;R, Sami. Le nouveau monde : l'empire face &#224; la diversit&#233;. Hachette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SALESSE, Yves. Manifeste pour une autre Europe. &#201;ditions du F&#233;lin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VAKALOULIS, Michel ; VINCENT, Jean-Marie et Pierre ZARKA. Vers un nouvel anticapitalisme : pour une politique d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VANEIGEM, Raoul. Rien n'est sacr&#233;, tout peut se dire. La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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