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		<title>La r&#233;volution qui n'a pas eu lieu</title>
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		<dc:subject>Nicaragua</dc:subject>

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&lt;p&gt;5 septembre 2004 &lt;br class='autobr' /&gt;
Un matin &#224; l'aube, au d&#233;but de cette ann&#233;e, Manuel Salvador Monge, le Chirizo, est mort assassin&#233; &#224; coups de ba&#239;onnette au cours d'une rixe de cantine dans le quartier Monimb&#243; de Masaya. La victime avait la cinquantaine pass&#233;e ; au moment de son d&#233;c&#232;s, il discutait avec son agresseur, un adolescent qui ne le connaissait m&#234;me pas, pour savoir lequel des deux &#233;tait le plus un homme, dit la chronique polici&#232;re. L'adolescent ignorait qu'il avait tu&#233; l'un des membres du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;5 septembre 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un matin &#224; l'aube, au d&#233;but de cette ann&#233;e, Manuel Salvador Monge, le Chirizo, est mort assassin&#233; &#224; coups de ba&#239;onnette au cours d'une rixe de cantine dans le quartier Monimb&#243; de Masaya. La victime avait la cinquantaine pass&#233;e ; au moment de son d&#233;c&#232;s, il discutait avec son agresseur, un adolescent qui ne le connaissait m&#234;me pas, pour savoir lequel des deux &#233;tait le plus un homme, dit la chronique polici&#232;re. L'adolescent ignorait qu'il avait tu&#233; l'un des membres du commando qui sous la direction d'Ed&#233;n Pastora avait pris d'assaut le Palais national &#224; Managua, le 22 ao&#251;t 1978, l'un des faits d&#233;cisifs dans la chute de la dictature dynastique de la famille Somoza [1979, ndlr]. Un h&#233;ros, pauvre toute sa vie, et oubli&#233;, &#233;tait tomb&#233; dans une obscure dispute d'ivrognes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les h&#233;ros qui surv&#233;curent &#224; la lutte contre le dernier des Somoza ne sont pas les seuls &#224; sombrer dans l'oubli aujourd'hui. Ceux qui tomb&#232;rent alors en combattant sont en passe d'&#234;tre rel&#233;gu&#233;s, et leurs noms, dont la r&#233;volution triomphante a baptis&#233; des quartiers, des h&#244;pitaux, des march&#233;s, des &#233;coles, sont bannis ou partagent leur gloire avec les noms que ces lieux portaient sous la dictature. Ironies am&#232;res. Un quartier de Managua, qui s'appelait Colonia Salvadorita en l'honneur de l'&#233;pouse du premier des Somoza, avait &#233;t&#233; renomm&#233; Colonia Cristi&#225;n P&#233;rez, en hommage au martyr de la r&#233;sistance urbaine assassin&#233; &#224; Managua &#224; quelques mois de la victoire. Ce quartier r&#233;sidentiel est aujourd'hui connu sous le nom de Salvadorita-Cristi&#225;n P&#233;rez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un voyageur de retour au Nicaragua au terme de ces 25 ann&#233;es ou qui s'y rendrait pour la premi&#232;re fois, pourrait se demander s'il y a jamais eu de r&#233;volution ici. Pas de traces visibles, sinon dans la rh&#233;torique, de plus en plus confuse, du chef du Front sandiniste, Daniel Ortega, qui attaque, avec la m&#234;me virulence que dans le pass&#233;, l'imp&#233;rialisme &#233;tasunien et f&#233;licite amplement Fidel Castro pour son anniversaire, mais qui propose la candidature de son ancien adversaire, le cardinal Miguel Obando y Bravo, au Prix Nobel de la paix, tandis que ses d&#233;put&#233;s &#224; l'Assembl&#233;e nationale battent en retraite au moment de discuter une loi sur l'avortement, et que les fid&#232;les [les Sandinistes, ndlr] de la nouvelle alliance avec la hi&#233;rarchie de l'&#201;glise catholique rejettent encore l'avortement th&#233;rapeutique en cas de viols de mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'y a-t-il jamais eu une r&#233;volution ? Jamais auparavant la richesse n'a &#233;t&#233; plus mal redistribu&#233;e, ni aussi nombreux les pauvres qui grappillent dans les d&#233;charges d'Acahualinca survol&#233;es par les urubus, ou qui se regroupent en bandes pr&#232;s des feux de signalisation dans les rues de Managua pour y vendrent de tout, de petits animaux expuls&#233;s des for&#234;ts qui reculent devant l'impitoyable d&#233;pr&#233;dation des maffias du bois, de la bijouterie et des articles de contrebande, et qui, &#224; la nuit tombante, retournent dans leurs quartiers aux maisons improvis&#233;es avec des d&#233;bris et des d&#233;chets d'emballage, et qui se multiplient quotidiennement, donnant &#224; la ville, loin des lumi&#232;res des centres d'achat magiques, l'aspect d'un &#233;norme campement de damn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les id&#233;aux ? Disparus sous une avalanche de d&#233;sespoir, de frustrations, de confusion id&#233;ologique, de rh&#233;torique vide, et, encore une fois, d'oubli. Soixante-dix pour cent de la population actuelle du Nicaragua ne d&#233;passe pas 30 ans, aussi le souvenir que les jeunes ont de la r&#233;volution est-il pr&#233;caire ; on n'enseigne pas beaucoup non plus &#224; son propos dans les &#233;coles, et les jugements de ceux qui l'ont v&#233;cue demeurent aussi polaris&#233;s qu'avant. Une aube radieuse pour les uns, une nuit sombre pour les autres, selon l'expression forg&#233;e par le pape Jean-Paul II lors de sa seconde visite de 1996 au Nicaragua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 90, apr&#232;s la d&#233;faite &#233;lectorale du sandinisme, les id&#233;aux de solidarit&#233; et de d&#233;vouement envers les plus pauvres et les plus n&#233;cessiteux ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par le culte exacerb&#233; de l'individu. Le royaume promis aujourd'hui aux jeunes est celui des opportunit&#233;s personnelles, et la nouvelle philosophie incontest&#233;e dit que je suis mon propre prochain. &#201;videmment, le sauve-qui-peut fleurit actuellement en Am&#233;rique latine ; mais seul le Nicaragua a connu une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et seul le Nicaragua s'est obstin&#233; &#224; proclamer sur le continent son droit de petit pays &#224; l'ind&#233;pendance politique, loin de l'ombre traditionnelle des Etats-Unis pr&#233;sents dans l'histoire depuis que William Walker, le flibustier du sud, se proclama pr&#233;sident du pays vers le milieu du XIXe si&#232;cle, domination qui apr&#232;s des interventions militaires r&#233;p&#233;t&#233;es a dur&#233; jusqu'&#224; la fin du r&#232;gne de la famille Somoza. Cette d&#233;fense de la souverainet&#233;, partie des id&#233;aux de salut de la nation, conduisit &#224; l'extr&#233;mit&#233; de la confrontation et de l'agression sous l'&#232;re de Ronald Reagan. Aujourd'hui, le sentiment de souverainet&#233; para&#238;t se dissoudre en obs&#233;quieuse complaisance, comme aux pires &#233;poques, et il en est qui pensent &#224; nouveau que le destin manifeste du Nicaragua est de devancer les d&#233;sirs de Washington. L'envoi d'une petite troupe en Irak, op&#233;ration pour laquelle le gouvernement a d&#251; chercher son propre financement, en est l'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que sont devenues les transformations r&#233;volutionnaires ? La s&#233;v&#232;re hostilit&#233; de Reagan, qui a mis en branle la machine de l'empire contre un petit pays en r&#233;volte comme s'il s'agissait d'une puissance mondiale, a conduit le gouvernement sandiniste &#224; concentrer tous ses efforts sur la guerre, et laisser en chemin ses meilleures ambitions de transformation de la soci&#233;t&#233;. La devise de la Croisade nationale d'alphab&#233;tisation, &#034; transformer l'obscurit&#233; en clart&#233; &#034;, qui a permis de rassembler le pays en 1980 pour que des milliers de jeunes aillent enseigner sur tout le territoire, dut c&#233;der le pas &#224; son contraire : &#034; tout pour les fronts de guerre &#034;. L'engagement dans la guerre a consum&#233; les ressources et fait flamber la d&#233;pense publique au-del&#224; de toute possibilit&#233; mat&#233;rielle, et provoqu&#233; le collapsus de l'&#233;conomie pr&#233;caire, avec de graves cons&#233;quences de d&#233;sapprovisionnement et d'inflation et, surtout, de m&#233;contentements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'alphab&#233;tisation ne survit pas, ni le r&#234;ve de l'&#233;ducation populaire qui devait mener tous les &#233;tudiants de l'&#233;cole primaire jusqu'au quatri&#232;me degr&#233;. Les indices d'analphab&#233;tisme sont revenus aux niveaux d'hier, et un million d'enfants, la moiti&#233; de la population en &#226;ge scolaire, n'a pas d'&#233;coles o&#249; aller. Dans les h&#244;pitaux publics, les carences sont telles que les parents des patients doivent apporter le plasma, et jusqu'au fil de suture pour la chirurgie. Et de la r&#233;forme agraire, qui a pr&#233;tendu livrer la terre aux paysans, il ne reste que des d&#233;combres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, le gouvernement sandiniste pr&#233;tendit organiser avec la r&#233;forme agraire des unit&#233;s de production &#233;tatique, o&#249; les paysans seraient des h&#244;tes producteurs, suite &#224; la promesse faite pendant la lutte arm&#233;e de la livrer &#224; la propri&#233;t&#233;, ce qui conduisit &#224; de graves contestations, au point que beaucoup &#224; la campagne se joignirent aux forces de la &#034;contra&#034; [les contre-r&#233;volutionnaires, ndlr]. La rectification vint tardivement, quand la guerre s'&#233;tait intensifi&#233;e, et fut mauvaise, parce que les titres de propri&#233;t&#233; ne permettaient ni d'h&#233;riter ni de vendre la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s la d&#233;faite &#233;lectorale, avant le transfert du pouvoir au gouvernement de Violetta Chamorro, que ces titres vinrent &#224; &#234;tre accord&#233;s de mani&#232;re compl&#232;te, mais chaotique, donnant lieu &#224; un embrouillamini extraordinaire au sujet des droits de propri&#233;t&#233;, entre anciens et nouveaux propri&#233;taires, qui n'a pas encore fini d'&#234;tre r&#233;solu. Mais les paysans, abandonn&#233;s &#224; leur propre sort, sans cr&#233;dits ni ressources productives, ont vendu leurs terres &#224; prix d'ench&#232;res aux anciens propri&#233;taires ou aux nouveaux, voraces eux-aussi, et pour beaucoup d'entre eux sortis des propres rangs du sandinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'&#233;thique r&#233;volutionnaire, o&#249; est-elle aller s'&#233;chouer ? En m&#234;me temps que le chaos de la distribution des terres aux b&#233;n&#233;ficiaires de la r&#233;forme agraire, on a vu pendant la p&#233;riode de transition un partage massif de biens de l'&#201;tat, qui a favoris&#233; des dirigeants et des partisans du Front sandiniste &#224; tous les niveaux, pillage connu sous le nom de &#034;la pi&#241;ata&#034; qui venait contredire les principes moraux proclam&#233;s par la R&#233;volution. Partout en Am&#233;rique latine on trouve des corrompus, mais c'est seulement au Nicaragua qu'il y avait eu une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la deuxi&#232;me &#034;pi&#241;ata&#034; a &#233;t&#233; pire que la premi&#232;re, quand le Front sandiniste a consenti &#224; ce que le gouvernement de Violeta Chamorro privatise le gros des biens et des entreprises publics, en &#233;change de quoi 30 pour cent de ces biens et de ces entreprises passeraient aux mains des travailleurs, op&#233;ration qui n'a jamais eu lieu. Les v&#233;ritables b&#233;n&#233;ficiaires ont &#233;t&#233; des leaders syndicaux corrompus, qui, dans leur majorit&#233;, ont ensuite vendu leur participation, et des dirigeants du Front sandiniste lui-m&#234;me, qui font maintenant partie de l'&#233;lite des nouveaux riches du Nicaragua.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-il rest&#233; alors de toute cette entreprise historique ? Loin des id&#233;aux d'origine, et sans qu'aucun des r&#234;ves de transformation de la r&#233;alit&#233; du pays ne soit accompli, il para&#238;trait n'y avoir aucun h&#233;ritage de ces ann&#233;es dramatiques qui ont &#233;mu le monde. Mais les vrais acquis et les vraies cons&#233;quences de la R&#233;volution, si on ne les remarque pas, c'est parce qu'ils font aujourd'hui partie de la substance du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avoir termin&#233; avec l'obsc&#232;ne dictature militaire de Somoza, c'est le premier des acquis. C'est le Front sandiniste qui a r&#233;ussi &#224; mobiliser le peuple dans cette lutte, surtout les jeunes de toutes les classes sociales, et il a d&#251; son habilet&#233; politique &#224; l'unit&#233; de toutes les forces du pays, &#224; la formation d'un front international de soutien, et au succ&#232;s des n&#233;gociations avec le gouvernement du pr&#233;sident James Carter pour que les &#201;tats Unis acceptent le d&#233;part de Somoza, ce qui a permis aussi, en derni&#232;re instance, la disparition de la Garde nationale cr&#233;&#233;e par les Etats-Unis en 1927.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si le premier fait important de la R&#233;volution a &#233;t&#233; la fin de la dictature, le dernier a &#233;t&#233; l'acceptation sans conditions de la d&#233;faite &#233;lectorale de 1990, la nuit-m&#234;me du 25 f&#233;vrier, et la remise du pouvoir trois mois plus tard au nouveau gouvernement &#233;lu dans les urnes. On a eu besoin de courage pour faire partir Somoza, et l'on en avait aussi besoin pour quitter le pouvoir conquis par les armes en acceptant sans h&#233;siter la sanction des votes, parce que le Front sandiniste ne renon&#231;ait pas simplement &#224; l'exercice du gouvernement, mais &#224; l'exercice du pouvoir r&#233;volutionnaire concentr&#233; sous son &#233;gide de parti h&#233;g&#233;monique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accepter la d&#233;faite a &#233;t&#233; cruciale dans un pays o&#249; les &#233;lections avaient &#233;t&#233; rares, et les fraudes et les coups d'&#201;tat la r&#232;gle commune, et la d&#233;mocratie est devenue irr&#233;versible &#224; partir de cette nuit-l&#224;. D'autres diront qu'il y a une d&#233;mocratie parce que la guerre des &#034;contras&#034; a forc&#233; le Front sandiniste &#224; organiser les &#233;lections qu'il a perdues. Mais nous avons aujourd'hui une d&#233;mocratie sans nom, loin de cette ligne de division id&#233;ologique entre d&#233;mocratie bourgeoise et d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, et l'arm&#233;e du Nicaragua et la Police nationale, institutions cr&#233;&#233;es par la r&#233;volution, soumises au pouvoir civil, r&#233;pondent &#224; cette d&#233;mocratie,. Il n'existe pas d'espionnage de la vie des citoyens, il n'y a ni d&#233;tentions arbitraires, ni disparitions, ni prisons secr&#232;tes, ni escadrons de la mort. Vivre libre de la crainte, et de la terreur, c'est d&#233;j&#224; une avanc&#233;e inappr&#233;ciable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne &#224; l'heure actuelle, quelle que soit sa couleur politique, n'&#233;changerait cette d&#233;mocratie pour une dictature militaire de droite, ni pour une autre de gauche inspir&#233;e par la majest&#233; universelle d'un parti. Imparfaite comme elle est, malheureusement avilie par la corruption tant de fois impunie, et menac&#233;e par l'autoritarisme, la d&#233;mocratie est devenue irrempla&#231;able, mais elle aura besoin d'un nouveau tour de vis qui la lib&#232;re de ses verrous. Et le verrou est double.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les figures de Daniel Ortega, caudillo sandiniste, et celle d'Arnoldo Alem&#225;n, caudillo lib&#233;ral, assombrissent les perspectives d&#233;mocratiques du Nicaragua parce que leurs accords interdisent toute participation politique qui ne serait pas celle de leurs propres partis ; et parce que ces m&#234;mes accords nourrissent les partages de pouvoir, facilitent la manipulation des tribunaux de justice et emp&#234;chent le d&#233;veloppement institutionnel, ils deviennent aussi responsables de la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre h&#233;ritage de la R&#233;volution, un caudillo qui partage avec un autre des quotes-parts de pouvoir et entrave le d&#233;veloppement institutionnel ? Non seulement la culture autoritaire d'origine du sandinisme, inspir&#233;e du marxisme orthodoxe, mais la culture politique toute enti&#232;re du pays, depuis le XIX&#232;me si&#232;cle, favorise la figure du caudillo qui se nourrit, pr&#233;cis&#233;ment, du retard d&#233;mocratique et continue &#224; repr&#233;senter la vieille soci&#233;t&#233; rurale qui domine encore au Nicaragua en d&#233;pit des signes de modernisation. La R&#233;volution n'a-t-elle pas &#233;t&#233;, alors, facteur de modernisation ? Son impulsion pour transformer la soci&#233;t&#233; l'a &#233;t&#233;, mais non le sch&#233;ma politique vertical auquel, en termes id&#233;ologiques, certains de ses dirigeants militaires se sont accroch&#233;s presque jusqu'&#224; la fin. Ces sch&#233;mas ont &#233;t&#233; mis en &#233;chec par la r&#233;alit&#233;, mais pas dans leur esprit, de l&#224; vient que cet acte important d'accepter la d&#233;faite &#233;lectorale en 1990 s'est ensuite transform&#233; en motif de repentir, sous la proclamation imm&#233;diate de Daniel Ortega de &#034;gouverner depuis le bas&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coexistence d&#233;mocratique au Nicaragua a d&#233;pendu jusqu'&#224; pr&#233;sent du jugement tacite de la majorit&#233; de l'&#233;lectorat que le parti qui continue &#224; repr&#233;senter dans la soci&#233;t&#233; la vieille r&#233;volution d'il y a un quart de si&#232;cle, le Front sandiniste, peut prendre part au pouvoir, mais ne pas y revenir, entendu que son capital &#233;lectoral propre, vu sa force, le laisse toujours minoritaire. Le souvenir du parti qui, apr&#232;s avoir d'abord expropri&#233; les biens de Somoza, a fini par en confisquer d'autres de mani&#232;re indiscrimin&#233;e, et pas seulement aux propri&#233;taires fonciers, et qui a provoqu&#233;, avec le service militaire, des craintes capables d'envoyer des milliers de gens en exil, p&#232;se plus que le souvenir du parti qui a voulu un jour affirmer l'identit&#233; nationale, r&#233;cup&#233;rer le sens de la souverainet&#233;, enseigner &#224; lire &#224; tous et distribuer justement la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a fait qu'&#224; partir des &#233;lections de 1990, la volont&#233; &#233;lectorale se soit toujours d&#233;finie dans un sens n&#233;gatif, c'est-&#224;-dire en votant contre la personne de Daniel Ortega comme candidat, et contre tout le mal qu'il repr&#233;sente dans la m&#233;moire du pass&#233;, et non pas en faveur d'un quelconque programme de gouvernement, si attirant soit-il. La m&#233;moire de la peur, et la m&#233;fiance, finissent par s'imposer, et tout devient une question de cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'en d&#233;pit de la qualit&#233; de ses id&#233;aux, la R&#233;volution a divis&#233; la soci&#233;t&#233;, non pas entre riches et pauvres, comme je l'ai parfois r&#233;p&#233;t&#233;, mais de haut en bas : ce d&#233;chirement a travers&#233; tous les secteurs sociaux, et il a conduit &#224; une guerre de toute une d&#233;cennie. Souvenir toujours persistant que seul un Front sandiniste diff&#233;rent, avec une direction venant d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de jeunes, avec des id&#233;es neuves, pourrait effacer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, ce Front sandiniste de chefs vieillis, bien que propri&#233;taire d'un respectable pouvoir de convocation populaire, a cess&#233; d'incarner toute id&#233;e de r&#233;volution. Cette id&#233;e qui a conduit des hommes &#224; engager leur vie dans des actions audacieuses, des h&#233;ros anonymes comme Manuel Salvador Monge, le Chirizo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.sergioramirez.com&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.sergioramirez.com&lt;/a&gt;, juillet 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduction : Hapifil, pour RISAL.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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