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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Jean Ferrat &#8211; Au pays d'Aragon</title>
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		<dc:subject>Culture</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;FERRAT Jean, Naoufel, VOLSON Jo&#235;l F., FAVIERES Laure * Paru dans Rouge n&#176; 1921, 03/05/2001 . _____________________________ &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Ferrat est sans conteste l'un des grands de la chanson fran&#231;aise. N&#233; &#224; Vaucresson en 1930, il travaille dans un laboratoire de chimie, avant de se mettre au th&#233;&#226;tre et &#224; la guitare, puis de chanter dans les cabarets parisiens. Il encha&#238;nera vite les succ&#232;s, parfois contest&#233;s, dans ces colonnes notamment, mais en demeurant fid&#232;le &#224; une certaine id&#233;e de l'humanit&#233;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Societe-" rel="directory"&gt;Soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;FERRAT Jean, Naoufel, VOLSON Jo&#235;l F., FAVIERES Laure&lt;br class='autobr' /&gt;
* Paru dans Rouge n&#176; 1921, 03/05/2001 .&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Jean Ferrat est sans conteste l'un des grands de la chanson fran&#231;aise. N&#233; &#224; Vaucresson en 1930, il travaille dans un laboratoire de chimie, avant de se mettre au th&#233;&#226;tre et &#224; la guitare, puis de chanter dans les cabarets parisiens. Il encha&#238;nera vite les succ&#232;s, parfois contest&#233;s, dans ces colonnes notamment, mais en demeurant fid&#232;le &#224; une certaine id&#233;e de l'humanit&#233;. Son dernier disque, &#171; Ferrat 95 &#187;, r&#233;unit 16 po&#232;mes d'Aragon, le po&#232;te qui l'inspira sa vie durant.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de la chanson fran&#231;aise actuelle ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean Ferrat - Je d&#233;plore qu'il faille &#234;tre dans un certain moule, un &#171; moule tendance &#187;, pour avoir acc&#232;s &#224; la diffusion. Aujourd'hui, la mode est au rap, &#231;a pla&#238;t aux jeunes et ce sont les jeunes qui ach&#232;tent les disques, alors... Mais de fortes personnalit&#233;s, qui existent et chantent de beaux textes sont syst&#233;matiquement exclues de la diffusion, des antennes, des plus grandes aux plus petites radios, et en particulier des radios de service public qui devraient pourtant avoir l'obligation de les faire conna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est pas vraiment nouveau, vous aviez aussi rencontr&#233; des formes de censure m&#233;diatique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - A mon &#233;poque, on pouvait conna&#238;tre ce genre de probl&#232;mes, pour des raisons politiques ; Perret, lui, les a connus pour des raisons &#171; de m&#339;urs &#187;, du langage. Mais c'&#233;tait tout &#224; fait diff&#233;rent, et beaucoup plus rare. Aujourd'hui, il y a une concentration de la production, de la diffusion et de la vente, qui devient extr&#234;mement coercitive et discriminatoire pour les gens qui ne sont pas dans le moule et n'ont pas acc&#232;s au circuit. Et s'ils arrivent &#224; trouver une production ind&#233;pendante, ensuite ils ne vont pas &#234;tre diffus&#233;s ni vendus. Plus de 90% de la vente des disques passent par les grandes surfaces, qui se ravitaillent aupr&#232;s de grossistes et leur ach&#232;tent les dix, vingt, trente titres qui marchent. Si tu es en dehors de ce classement de valeur -de valeur marchande- tu es cuit, tu n'as acc&#232;s ni &#224; la diffusion ni &#224; la vente. Dans une ville de province, voire &#224; Paris, on ne peut pas trouver ou m&#234;me commander certains artistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement 3% des disques sont vendus chez des disquaires de quartier. Les petits disquaires qui subsistent ne peuvent pas commander directement aux maisons de production, ils doivent passer par des circuits de diffusion qui ne s'embarrassent pas de disques qui se vendent peu. Comme dans tous les domaines, la cr&#233;ation artistique et la chanson sont tributaires du march&#233;. Il y a quelques exceptions, qui se glissent, des exceptions qui confirment la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels chanteurs &#233;coutez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - J'&#233;coute souvent Allain Leprest, qui est un vrai auteur, un homme, un homme de caract&#232;re, qui a son style, son monde. J'&#233;coute Juliette, qui est un homme elle aussi [rires] ! Ces gens-l&#224; sont compl&#232;tement exclus des m&#233;dias, je n'ai jamais vu Leprest &#224; la t&#233;l&#233;vision. Et il y en a plein d'autres. C'est insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grosses maisons de production, les gros diffuseurs, les t&#233;l&#233;s qui ont aussi des filiales d'&#233;dition musicales, veulent tout. Si l'artiste, &#224; un bout de la cha&#238;ne, signe avec le producteur, qui signe avec le diffuseur, qui signe pour vous faire tant d'&#233;missions, on arrive &#224; se faire entendre. Mais si tu n'es pas dans cette cha&#238;ne, on ne t'entend pas. Il y a encore des circuits parall&#232;les, mais &#231;a fait vivoter. Allez dans la rue ou dans la France profonde, demandez qui est Allain Leprest : personne ne va savoir qui c'est. Pour certains chanteurs, &#231;a dure depuis 40 ans. On peut aimer ou non une fille comme Anne Sylvestre, mais il faut reconna&#238;tre ses qualit&#233;s d'&#233;criture formidables. Jamais, jamais, ses chansons n'ont &#233;t&#233; programm&#233;es &#224; la t&#233;l&#233;. C'est honteux. Je pourrais en citer des copains, des gens qui sont morts, qui n'ont jamais eu l'acc&#232;s aux m&#233;dias !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Colette Magny, par exemple. C'&#233;tait quelqu'un d'important pour vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Colette Magny, c'&#233;tait une grande. Mais elle avait un talent qui n'&#233;tait peut-&#234;tre pas tr&#232;s populaire. Sa fa&#231;on d'envisager sa carri&#232;re et ses choix de textes, c'&#233;tait une d&#233;marche difficile, pas tr&#232;s grand public. Elle aurait pu avoir une renomm&#233;e plus importante, elle avait une grande aura, mais elle avait de grandes exigences, dans ses textes comme dans les musiques. Ce n'&#233;tait pas de la chansonnette. Elle a choisi une voie originale, &#224; elle, un peu en dehors de la chanson fran&#231;aise. Francesca Solleville aussi , elle en a fait des disques, des concerts, mais jamais elle n'a &#233;t&#233; diffus&#233;e sur les radios, les t&#233;l&#233;s. Cela tient, peut-&#234;tre plus que Colette, &#224; son engagement politique. Jamais on ne lui a donn&#233; la possibilit&#233; de se faire entendre et conna&#238;tre d'un grand public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous constituez une exception, en conjuguant succ&#232;s populaire et engagement. Comment l'expliquez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Vous savez, j'ai chemin&#233;, par mes chansons et mes sujets, sur une voie particuli&#232;rement &#233;troite. Et j'ai r&#233;ussi &#224; devenir un chanteur populaire en faisant des choses qui en principe ne l'&#233;taient pas. On me disait &#171; Ah non &#231;a c'est pour les cabarets rive gauche, &#231;a plaira jamais, vous n'aurez jamais de public. &#187; J'ai peut-&#234;tre b&#233;n&#233;fici&#233; de ma voix, d'un c&#244;t&#233; charmeur. J'ai fait des chansons d'amour, parce que j'aime &#231;a, et elles plaisaient plus facilement que des textes politiques. Si je suis content d'une chose, c'est d'avoir r&#233;ussi &#224; chanter de beaux textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; marqu&#233;, &#224; la Lib&#233;ration, par les chansons de Pr&#233;vert et Kosma, celles de Lemarque, le r&#233;pertoire de Montand. Il y avait une &#233;quipe qui arrivait &#224; faire de la chanson populaire avec de grands textes. Cela a constitu&#233; un exemple &#224; suivre, et j'y suis parfois arriv&#233;. Certains textes d'Aragon faisaient peur aux gens : il ne faut pas faire peur, il faut leur faire faire de la po&#233;sie comme monsieur Jourdain faisait de la prose, sans s'en apercevoir. Ensuite, &#231;a leur plait ou pas, peu leur importe que ce soit de la po&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le contexte politique, la force du Parti communiste, expliquent aussi ce succ&#232;s...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Peut-&#234;tre, mais les chansons qui sont devenues des succ&#232;s populaires, ce sont des chansons d'amour ou des textes d'Aragon, pas les chansons politiques. &#171; Que serais-je sans toi &#187;, &#171; Nous dormirons ensemble &#187;, &#171; Heureux celui qui meurt d'aimer &#187;... A c&#244;t&#233; de &#231;a, il y avait des chansons que des gens appr&#233;ciaient, mais qui n'ont pas rencontr&#233; le m&#234;me succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu la chance d'avoir deux chansons qui m'ont fait conna&#238;tre. La premi&#232;re c'est &#171; Ma m&#244;me &#187;. Les gens l'ont souvent consid&#233;r&#233;e comme une chanson d'amour, mais ma d&#233;marche &#233;tait politique. C'&#233;tait l'&#233;poque des vedettes, de Saint-Trop', des lunettes de soleil, de Brigitte Bardot. J'ai voulu dire, moi, ma m&#244;me, c'est pas &#231;a, c'est le contraire. On m'a dit que c'&#233;tait du populisme, mais &#231;a ne l'&#233;tait pas. Elle a eu ce succ&#232;s parce que c'&#233;tait aussi une chanson d'amour, dans laquelle les gens pouvaient se reconna&#238;tre ; mais une id&#233;e peut en cacher une autre, et c'&#233;tait une chanson politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me chanson &#233;tait vraiment une chanson d'amour, &#171; Deux Enfants au soleil &#187; -&#171; la mer sans arr&#234;t roulait ses galets &#187;-, qu'avait d&#233;j&#224; chant&#233; avec un grand succ&#232;s Isabelle Aubret. Apr&#232;s il y a eu &#171; C'est beau la vie &#187;, puis, pav&#233; dans la mare, &#171; Nuit et Brouillard &#187;. C'est le genre de chanson sur lequel personne n'aurait mis&#233; un centime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Moi non plus ! J'avais commenc&#233; ce texte des ann&#233;es auparavant, parce que cela tenait &#224; ma vie. Mon p&#232;re avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, d&#233;port&#233; et il n'est jamais revenu. Je pensais aussi qu'elle ne marcherait pas, mais j'avais besoin de faire cette chanson. Le succ&#232;s de &#171; Nuit et Brouillard &#187; m' a &#233;norm&#233;ment surpris, et il m'a encourag&#233; &#224; &#233;crire ce dont j'avais envie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez rencontr&#233; le m&#234;me type de r&#233;action avec &#171; Potemkine &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - &#171; Potemkine &#187;, c'&#233;tait une chanson plus facile, une chanson sur la r&#233;volte, contre l'injustice. Sa dramatisation musicale et son texte me donnaient l'impression qu'elle pouvait &#234;tre re&#231;ue plus facilement. On ne peut pas faire de parall&#232;le. Ce sont deux moments de l'histoire. L'un reste comme un moment de d&#233;ch&#233;ance de l'humanit&#233;, une abomination qui nous suit encore, qui n'est pas pr&#232;s d'&#234;tre oubli&#233;e. Disons que &#171; Potemkine &#187; c'est plus anecdotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez commenc&#233; &#224; chanter avec Aragon, et c'est aussi votre dernier disque...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - J'ai fait au moins trente chansons sur des textes d'Aragon, sur une p&#233;riode de quarante ans. Ma premi&#232;re chanson enregistr&#233;e, c'est &#171; les Yeux d'Elsa &#187;. Le dernier disque que j'ai fait, en 1995, regroupait 16 chansons sur des textes d'Aragon, que j'avais &#233;crites au cours des ans et conserv&#233;es dans des tiroirs. Toute ma vie, l'univers d'Aragon m'a poursuivi. Ce que j'ai fait est tr&#232;s limit&#233;, je dis toujours que c'est &#171; mon Aragon &#187;. Ce n'est pas la po&#233;sie d'Aragon, c'est ce que j'ai senti, aim&#233; chez lui. Ses textes &#233;taient particuli&#232;rement adapt&#233;s &#224; ce que je voulais faire et dire moi-m&#234;me : si je les ai chant&#233;s, c'est que ce sont les textes que j'aurais aim&#233; &#233;crire... J'ai aussi beaucoup travaill&#233; avec Henri Gougaud, dont les textes correspondaient &#224; ce que j'avais envie de chanter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai deux &#233;ditions compl&#232;tes des p&#232;mes d'Aragon, et j'ai mis des petits morceaux de papier dans les volumes, qui marquent des po&#232;mes que j'ai eu envie de chanter. Quand je travaillais, je les feuilletais, je tombais en arr&#234;t sur ces po&#232;mes. Quelquefois cela donnait un r&#233;sultat, quelquefois non. Pour le dernier disque, j'avais not&#233; &#171; les Oiseaux d&#233;guis&#233;s &#187;. Ce texte me plaisait, mais je ne trouvais rien, je me disais qu'il n'&#233;tait pas fait pour une chanson. Puis un jour la musique est venue, comme &#231;a, et c'est sans doute la chanson que je pr&#233;f&#232;re sur ce disque. Sur ce m&#234;me disque, &#171; Epilogue &#187; m'a pos&#233; de gros probl&#232;mes. Pour moi, ce po&#232;me, c'est la l&#233;gende du XXe si&#232;cle. Alors &#231;a ne pouvait pas tomber &#224; c&#244;t&#233; de la plaque ! Je suis souvent revenu dessus, j'ai mis du temps &#224; la faire. J'ai pris quatre vers pour faire un refrain, qui me semble-t-il permettait d'ouvrir le po&#232;me, de cr&#233;er une respiration dans ce texte tr&#232;s dense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles &#233;taient vos relations avec Aragon ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Aragon &#233;tait d'une autre g&#233;n&#233;ration, il &#233;tait un homme m&#251;r, un &#233;crivain c&#233;l&#232;bre et un homme politique important quand j'&#233;tais un jeune chanteur d&#233;butant. Nos rapports n'&#233;taient pas de copinage. J'allais le voir quand je le mettais en musique, il aimait bien la chanson, Elsa aussi. Il ne reconnaissait pas ses po&#232;mes, qui prenaient une autre dimension une fois chant&#233;s. Je me suis permis des libert&#233;s avec ses textes -que je lui soumettais d'ailleurs. Je supprimais des strophes, je prenais deux vers pour faire un refrain. J'en ai chant&#233; d'autres litt&#233;ralement. Mais il acceptait tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aragon a &#233;crit &#171; Je chante pour passer le temps &#187;, que Ferr&#233; a chant&#233;, et vous &#171; Je ne chante pas pour passer le temps &#187;. Quel est le sens de cette chanson ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Je crois que cela ne lui a pas trop plu [rires]... Mais ma d&#233;marche ne consistait pas &#224; aller contre la chanson que Ferr&#233; avait mise en musique. Aragon a &#233;crit &#171; Je chante pour passer le temps &#187; pendant la premi&#232;re guerre mondiale, de son lit d'h&#244;pital, o&#249; il r&#234;vait de la vie, de ce qu'il avait v&#233;cu... Moi, j'en ai fait une affirmation de mon &#233;criture, de ma fa&#231;on de chanter, de mon engagement dans la chanson, une sorte de profession de foi. Ce n'&#233;tait pas une r&#233;plique. Mais tout en ne chantant pas pour passer le temps, dans mon m&#233;tier, dans ma d&#233;marche, je pouvais &#224; l'occasion chanter pour passer le temps. Je lui ai expliqu&#233; ! Evidemment, les gens pouvaient prendre &#231;a pour une contestation, mais ce n'&#233;tait pas du tout le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et vous en avez discut&#233; avec Ferr&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Non, je n'en ai pas parl&#233; avec lui. Catherine Sauvage, H&#233;l&#232;ne Martin ont chant&#233;, tr&#232;s bien, Aragon. Ferr&#233; &#233;tait plus anar que moi, c'est s&#251;r. Il avait des c&#244;t&#233;s qui me plaisaient bien, parfois c'&#233;tait plus dur. On &#233;tait tous les deux chez Barclay, et il avait fait une chanson o&#249; il prenait &#224; partie Coquatrix, les salauds de l'Olympia. Dans les studios, o&#249; j'enregistrais alors, j'avais entendu dire que Barclay voulait la passer &#224; l'as. J'ai dit aux gens du studio, gentiment, que je trouvais quand m&#234;me &#231;a fort de caf&#233;, et que si la chanson n'&#233;tait pas grav&#233;e je n'enregistrerai plus chez eux. Puis je n'ai plus entendu parler de rien, le disque est sorti. Un jour j'ai rencontr&#233; L&#233;o, qui m'est tomb&#233; dans les bras, en me disant que j'&#233;tais un fr&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moins, avec Barclay, on avait un interlocuteur, &#224; qui on pouvait dire qu'il d&#233;connait ou que tout allait bien. Aujourd'hui, j'ai plein d' enregistrements chez Vivendi-Universal... Voil&#224; comment va le monde monsieur... C'&#233;tait un avantage d'avoir une maison de disques comme &#231;a, avec des interlocuteurs qui ne changent pas tous les deux ans. Maintenant, l&#224; aussi, les gens sont sur des si&#232;ges &#233;jectables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi avez-vous &#233;crit &#171; le Bilan &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - &#171; Le Bilan &#187;, c'est tr&#232;s simple, ce fut une r&#233;action au concept &#233;mis par Georges Marchais, lors de je ne sais plus quel congr&#232;s du Parti communiste, de &#171; bilan globalement positif &#187; de l'Urss. J'ai d'abord r&#233;agi &#224; cela, puis j'ai voulu parler du stalinisme, de tous les d&#233;sastres qu'il avait produits. Faire cela en quatre couplets et un refrain, c'&#233;tait assez difficile...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles r&#233;actions a suscit&#233;es &#171; le Bilan &#187; au sein du PCF ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Certains ont dit &#171; Jean Ferrat a retourn&#233; sa veste &#187;, et d'autres, &#224; l'extr&#234;me gauche et au Parti communiste, ont eu du mal &#224; admettre cette chanson, parce que je remettais en cause l'id&#233;ologie. Je n'avais pas de relation avec le Parti, j'avais des relations avec des communistes, des amis, &#224; Ivry, &#224; Antraigues. Ils pouvaient &#234;tre &#224; la t&#234;te du Parti ou &#224; sa base. Personnellement, apr&#232;s cette chanson-l&#224;, je n'ai pas eu de r&#233;action d&#233;favorable. Roland Leroy a fait publier le texte dans l'Humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'avez pas eu de commentaires n&#233;gatifs de la part de dirigeants du PCF ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Non, mais je ne les voyais pas, et il n'y avait pas de relation d'autorit&#233; entre le Parti et moi. Les relations &#233;taient amicales, artistiques, mais pas d'ordre politique, m&#234;me si j'&#233;tais et je suis &#233;tiquett&#233; chanteur du PCF, m&#234;me si j'ai soutenu souvent le PCF &#224; bien des &#233;poques de son histoire, contre les guerres coloniales, pour la d&#233;fense de certaines revendications. J'&#233;tais souvent &#224; c&#244;t&#233; d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est une d&#233;marche tout &#224; fait politique que de figurer sur une liste du PCF comme vous l'avez fait lors des &#233;lections europ&#233;ennes, en 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Oui, la direction du Parti m'a demand&#233;, et j'ai accept&#233; pour leur faire plaisir -mais je ne leur ai pas port&#233; chance [rires] - et parce que j'&#233;tais d'accord avec leur d&#233;marche au sujet de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que le PCF a suffisamment dress&#233; son bilan ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Non, il ne l'a sans doute pas assez fait. Il y a des pesanteurs, des pesanteurs sociologiques, qui se manifestent encore. Le Parti est dans un &#233;tat de d&#233;s&#233;quilibre inqui&#233;tant pour lui. Il est pris entre l'enclume et le marteau si j'ose dire, pas entre la faucille et le marteau. C'est un des seuls partis communistes qui restent en Europe, c'est difficile &#224; porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; vient votre engagement ? De votre enfance, de la d&#233;portation de votre p&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Oui, j'ai ressenti un sentiment d'exclusion, pendant l'enfance. Cela m'a paru tellement incroyable, &#224; dix ans quand on m'a dit que mon p&#232;re devait aller se faire inscrire. Je ne savais m&#234;me pas ce que &#231;a voulait dire, &#234;tre juif, je n'en entendais jamais parler. Ma famille &#233;tait totalement ath&#233;e, mon p&#232;re n'&#233;tait pas religieux, on ne recevait pas d'amis juifs, ou alors ils ne se manifestaient pas comme tels. Mon p&#232;re ne faisait pas de politique. Il avait v&#233;cu en Russie jusqu'&#224; ses dix-huit ans, avant de venir en France. Je pense qu'il fuyait les pogroms qui ont eu lieu apr&#232;s la r&#233;volution de 1905, mais il n'en a jamais dit un mot, m&#234;me &#224; ma m&#232;re. Moi j'&#233;tais un petit gar&#231;on totalement fran&#231;ais, et tout d'un coup je me suis retrouv&#233; exclu, on devait mettre des &#233;toiles jaunes... Comme ma m&#232;re &#233;tait une auvergnate catholique, on ne les a pas mises, en esp&#233;rant que &#231;a passerait. On &#233;tait marqu&#233;s, comme au fer rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela, c'est sans doute une motivation importante dans mon engagement. Puis je suis d'une nature... comment dirais-je... rebelle. J'ai travaill&#233; &#224; 17 ans, et mon premier patron me disait : &#171; Vous, Tenenbaum, vous &#234;tes un raisonneur et j'aime pas &#231;a. &#187; Il avait fait mon portrait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez aussi &#233;crit deux c&#233;l&#232;bres chansons sur les &#171; gauchistes &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Il y a l&#224; une erreur totale d'interpr&#233;tation que je n'arr&#234;te pas de corriger, tout comme mon appartenance au PCF. &#171; Hou-Hou M&#233;fions-nous, les flics sont partout &#187;, c'&#233;tait une chanson sur les provocations polici&#232;res, contre les flics, c'&#233;tait pas contre les gauchistes. Si on relit le texte, il n'y a pas d'&#233;quivoque possible. Quant &#224; &#171; Pauvres Petits Cons &#187;, c'est une chanson que j'ai &#233;crite et chant&#233;e en 1967, avant Mai 68, et c'est une chanson sur la jeunesse dor&#233;e. Mais les chansons sont re&#231;ues diff&#233;remment selon l'&#233;poque. Quand je chantais &#171; Pauvres Petits Cons &#187; en 1967, les gens prenaient cette chanson pour ce qu'elle &#233;tait, une chanson contre les jeunes bourgeois &#224; la mode, et d'ailleurs elle ne les emballait pas. C'est une chanson qui allait dans le sens de &#171; Ma m&#244;me &#187;. Les petits jeunes bourgeois, ils nous jetaient de la poudre aux yeux et voil&#224;, c'&#233;tait de pauvres petits cons. Puis quand je l'ai chant&#233;e en 1969, je n'avais pas du tout les m&#234;mes r&#233;actions, des gens applaudissaient, d'autres sifflaient. Il faut relire ces textes en s'extrayant du contexte, et on comprend que c'est une erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, qu'est-ce qui vous met en col&#232;re, qu'est-ce qui fait de vous un raisonneur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Il y a tant de choses... Et elles se succ&#232;dent avec une telle constance. Ce qui se passe en ex-Yougoslavie. Au XXIe si&#232;cle, on a l'impression de revenir au premier &#226;ge de l'humanit&#233;. L'augmentation des in&#233;galit&#233;s dans le monde. On arrive &#224; un monde qui veut tout englober, et o&#249; les peuples se referment sur eux-m&#234;mes. Je crois que le monde est en grand danger, &#224; cause de ces in&#233;galit&#233;s. La Palestine et Isra&#235;l, o&#249; on ne peut plus faire appel &#224; la raison. L'intelligence, le raisonnement ne peuvent plus avoir de place. On arrive &#224; un point de non-retour Mais autoriser, aujourd'hui, des Isra&#233;liens &#224; aller fonder des colonies dans les territoires palestiniens me semble une aberration extr&#234;me, une provocation. Les dirigeants isra&#233;liens qui voulaient en th&#233;orie la paix autorisaient en m&#234;me temps les colons juifs &#224; s'implanter... C'est du double langage inadmissible, qui ne peut donner que des affrontements totaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on vous propose de signer un appel, vous faites une s&#233;lection ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Je signe toujours. Evidemment, depuis longtemps on se moque des p&#233;titionnaires. Mais si on m'inonde de demande, pour soutenir ceci, pour combattre cela, il y a une raison, c'est que &#231;a rend service. Je donne toujours mon accord pour les causes qui &#224; mon avis en valent la peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez des projets en cours ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Je devrais faire quelques &#233;missions, je vais sans doute pr&#233;parer un documentaire sur mon parcours... Peut-&#234;tre je ferai un disque, quand je jugerai que c'est assez bon [rires]. J'ai des textes, comme &#231;a, mais pas de vrai projet La sc&#232;ne, non, j'ai arr&#234;t&#233; depuis longtemps. Quoique quand je vois le succ&#232;s d'Henri Salvador, je me dis que j'ai le temps [rires].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la vie &#224; la campagne ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Je ne suis pas coup&#233; du monde. Je me demande souvent pourquoi les Parisiens ont cette fatuit&#233; de croire que la pens&#233;e s'arr&#234;te aux boulevards des Mar&#233;chaux... Il se passe des choses ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai un site Internet, depuis un mois je suis branch&#233;, entre guillemets non, sans guillemets. Je re&#231;ois &#233;norm&#233;ment de courrier, et je suis content parce que ce sont essentiellement des jeunes, &#224; partir de 15 ans. Cela me fait vraiment plaisir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donc vous n'&#234;tes pas seulement l'idole &#224; papa ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. Ferrat - Donc je suis l'idole &#224; grand-papa, &#224; papa, et au fiston [rires].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Naoufel, Jo&#235;l F. Volson et Laure Favi&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;FERRAT Jean, Naoufel, VOLSON Jo&#235;l F., FAVIERES Laure&lt;br class='autobr' /&gt;
* Paru dans Rouge n&#176; 1921, 03/05/2001 .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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