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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Formations pour un &#233;cosocialisme r&#233;volutionnaire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gauche socialiste</dc:creator>


		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Formation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;coutez et visionnez les conf&#233;rences de l'&#201;cole &#201;cosocialiste 2013 de l'Institut internationale de recherche et de formation (IIRE) bas&#233; &#224; Amsterdam. Un regard anticapitaliste, &#233;cologiste et f&#233;ministe sur la profonde crise &#233;conomique et la catastrophe &#233;cologique du monde capitaliste. &lt;br class='autobr' /&gt; La deuxi&#232;me &#171; &#233;cole &#233;cosocialiste &#187; organis&#233;e par l'IIRF connut un vrai succ&#232;s et fut une rencontre vraiment internationale. Notre plus grande activit&#233; de formation annuelle est cette &#233;cole de trois semaines (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Formation-internationale-" rel="directory"&gt;Formation internationale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Marxisme-+" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Feminisme-+" rel="tag"&gt;F&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecosocialisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Formation-+" rel="tag"&gt;Formation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;coutez et visionnez les conf&#233;rences de l'&#201;cole &#201;cosocialiste 2013 de l'Institut internationale de recherche et de formation (IIRE) bas&#233; &#224; Amsterdam. Un regard anticapitaliste, &#233;cologiste et f&#233;ministe sur la profonde crise &#233;conomique et la catastrophe &#233;cologique du monde capitaliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La deuxi&#232;me &#171; &#233;cole &#233;cosocialiste &#187; organis&#233;e par l'IIRF connut un vrai succ&#232;s et fut une rencontre vraiment internationale. Notre plus grande activit&#233; de formation annuelle est cette &#233;cole de trois semaines pour des activistes politiques.. Nous avions &#233;labor&#233; il y a quelques ann&#233;es, un nouveau programme qui refl&#232;te l'importance grandissante de la question &#233;cologique pour des activistes progressistes et renomm&#233; en cons&#233;quence l'&#233;cole &#171; &#233;cosocialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt quatre personnes ont particip&#233; &#224; la formation en trois modules chacun d'une semaine. Le premier module faisait une analyse des diff&#233;rents aspects de la crise capitaliste, le second module se concentrait sur la question de l'&#233;cologie, changement climatique et crise alimentaire. L'&#233;cole finissait par une discussion des diff&#233;rents mouvements sociaux dans diff&#233;rentes r&#233;gions du monde et par le d&#233;veloppement de strat&#233;gies pour changer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des participants venaient de pays du Sud, Am&#233;rique Latine, Afrique, Asie du Sud mais il y avait &#233;galement des participants europ&#233;ens. La crise &#233;conomique dans la zone euro, les turbulences politiques dans la r&#233;gion arabe et les &#233;volutions de la gauche latino-am&#233;ricaine formaient souvent l'arri&#232;re-fonds des d&#233;bats entre participants et avec les conf&#233;renciers. La participation la plus importante venait d'Am&#233;rique Latine. Elle &#233;tait le reflet de la croissance du nombre de contacts dans cette r&#233;gion du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discussions montraient &#233;galement la diversit&#233; des exp&#233;riences politiques des participants, allant d'activistes jeunes &#224; des syndicalistes et des activistes &#233;cologistes ou actifs dans les campagnes pour l'abolition des dettes ill&#233;gitimes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien que tr&#232;s divers en tant que groupe, beaucoup de questionnements &#233;taient communs. Apr&#232;s cinq ann&#233;es de crise, la gauche &#233;prouve toujours des difficult&#233;s &#224; formuler une r&#233;ponse. Entretemps, la recherche nous montre l'approfondissement de la crise climatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cole discutait aussi des le&#231;ons que nous pouvons tirer des luttes larges qui ont explos&#233; depuis 2011, tels que Occupy, Indignados, les r&#233;voltes Arabes et autres, quelles r&#233;ponses avons-nous &#224; de tels d&#233;fis et comment cr&#233;er un mouvement dans la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de participants disaient que l'&#233;cole &#233;tait une occasion unique pour discuter de ces probl&#232;mes dans un cadre vraiment international et ils disaient aussi que cette exp&#233;rience allait renforcer leur activisme &#224; leur retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#224; notre petite &#233;chelle, la diversit&#233; grandissante des participants &#224; nos formations et la recherche commune de r&#233;ponses, montrent qu'il est possible de construire un mouvement vraiment international. Les r&#233;actions tr&#232;s positives des participants et leur enthousiasme pour continuer la collaboration, nous aideront &#224; continuer d'am&#233;liorer nos formations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir les vid&#233;os des conf&#233;rences : sur le&lt;a href=&#034;http://iire.org/fr/activites/ecole-ecosocialiste/item/520-red-meets-green-in-the-ecosocialist-school-2013.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;site de l'IIRF&lt;/a&gt; (en anglais).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Formation marxiste et r&#233;volutionnaire</title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Formation-marxiste-et-revolutionnaire</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.lagauche.ca/Formation-marxiste-et-revolutionnaire</guid>
		<dc:date>2012-01-21T03:15:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gauche socialiste</dc:creator>


		<dc:subject>Mouvement altermondialisation</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>
		<dc:subject>F&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Formation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;coutez et visionnez les conf&#233;rences de l'&#201;cole Altermondialiste 2011 de l'Institut internationale de recherche et de formation (IIRE) bas&#233; &#224; Amsterdam. Un regard anticapitaliste, &#233;cologiste et f&#233;ministe sur les grands enjeux mondiaux actuels. &lt;br class='autobr' /&gt; L'IIRE d'Amsterdam est fier de pouvoir vous pr&#233;senter les enregistrements en streaming vid&#233;o et audio des expos&#233;s de l'&#201;cole Altermondialiste de 2011. Vous trouverez les liens pour chaque expos&#233; ainsi que les mat&#233;riels de lecture dans l'espace en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Formation-internationale-" rel="directory"&gt;Formation internationale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Mouvement-altermondialisation-+" rel="tag"&gt;Mouvement altermondialisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Marxisme-+" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecosocialisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Formation-+" rel="tag"&gt;Formation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH150/arton3272-1992c.png?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;coutez et visionnez les conf&#233;rences de l'&#201;cole Altermondialiste 2011 de l'Institut internationale de recherche et de formation (IIRE) bas&#233; &#224; Amsterdam. Un regard anticapitaliste, &#233;cologiste et f&#233;ministe sur les grands enjeux mondiaux actuels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'IIRE d'Amsterdam est fier de pouvoir vous pr&#233;senter les enregistrements en streaming vid&#233;o et audio des expos&#233;s de l'&#201;cole Altermondialiste de 2011. Vous trouverez les liens pour chaque expos&#233; ainsi que les mat&#233;riels de lecture dans l'espace en bas. Vous choisissez ou bien la langue originale ou bien une des deux traductions en simultan&#233;. Les langues utilis&#233;es sont l'anglais, le fran&#231;ais et l'espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://iire.org/fr/component/content/article/248-video-and-audio-&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;SUIVEZ LE LIEN&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; &#201;cosocialisme &#187; : L'alternative radicale &#224; la catastrophe &#233;cologique capitaliste </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Ecosocialisme-L-alternative-radicale-a-la-catastrophe-ecologique-capitaliste</link>
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		<dc:date>2011-11-22T14:43:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michael L&#246;wy</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;cosocialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme est un courant politique fond&#233; sur une constatation essentielle : la sauvegarde des &#233;quilibres &#233;cologiques de la plan&#232;te, la pr&#233;servation d'un environnement favorable aux esp&#232;ces vivantes &#8211; y compris la n&#244;tre &#8211; est incompatible avec la logique expansive et destructrice du syst&#232;me capitaliste. La poursuite de la &#171; croissance &#187; sous l'&#233;gide du capital nous conduit, &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance &#8211; les prochaines d&#233;cennies &#8211; &#224; une catastrophe sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire de l'humanit&#233; : le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/-Ecologie-" rel="directory"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecosocialisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L105xH150/arton3259-fc899.jpg?1630020319' class='spip_logo spip_logo_right' width='105' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;cosocialisme est un courant politique fond&#233; sur une constatation essentielle : la sauvegarde des &#233;quilibres &#233;cologiques de la plan&#232;te, la pr&#233;servation d'un environnement favorable aux esp&#232;ces vivantes &#8211; y compris la n&#244;tre &#8211; est incompatible avec la logique expansive et destructrice du syst&#232;me capitaliste. La poursuite de la &#171; croissance &#187; sous l'&#233;gide du capital nous conduit, &#224; br&#232;ve &#233;ch&#233;ance &#8211; les prochaines d&#233;cennies &#8211; &#224; une catastrophe sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire de l'humanit&#233; : le r&#233;chauffement global.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Michael L&#246;wy a publi&#233; il y a peu un petit livre bien inform&#233; intitul&#233; &#171; L'Ecosocialisme &#187; (Editions Fayard, Collection Les Petits Libres) dont nous reproduisons ci-dessous l'introduction.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;James Hansen, le climatologue de la NASA aux &#201;tats-Unis, un des plus grands sp&#233;cialistes mondiaux sur la question du changement climatique &#8211; l'administration Bush avait essay&#233;, en vain, de l'emp&#234;cher de rendre public ses diagnostics &#8211; &#233;crit ceci dans le premier paragraphe de son livre publi&#233; en 2009 : &#171; La plan&#232;te Terre, la cr&#233;ation, le monde dans lequel la civilisation s'est d&#233;velopp&#233;e, le monde avec les normes climatiques que nous connaissons et avec des plages oc&#233;aniques stables, est en imminent danger. L'urgence de la situation s'est cristallis&#233;e seulement dans les derni&#232;res ann&#233;es. Nous avons maintenant des preuves &#233;videntes de la crise [&#8230;]. La surprenante conclusion c'est que la poursuite de l'exploitation de tous les combustibles fossiles de la Terre menace non seulement les millions d'esp&#232;ces de la plan&#232;te mais aussi la survivance de l'humanit&#233; elle-m&#234;me &#8211; et les d&#233;lais sont plus courts que ce que nous pensions. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;James Hansen, Storms of my Grandchildren. The Truth about the coming climate (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat est largement partag&#233;. Dans son livre incisif et bien inform&#233; &#171; Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te &#187; (2007), Herv&#233; Kempf pr&#233;sente, sans euph&#233;mismes et faux-semblants, les sc&#233;narios du d&#233;sastre qui se pr&#233;pare : au-del&#224; d'un certain seuil, qu'on risque d'atteindre bien plus vite que pr&#233;vu, le syst&#232;me climatique pourrait s'emballer de fa&#231;on irr&#233;versible ; on ne peut plus exclure un changement soudain et brutal, qui ferait basculer la temp&#233;rature de plusieurs degr&#233;s, atteignant des niveaux insupportables. Devant ce constat, confirm&#233; par les scientifiques, et partag&#233; par des millions de citoyens du monde entier conscients du drame, que font les puissants, l'oligarchie de milliardaires qui domine l'&#233;conomie mondiale ? &#171; Le syst&#232;me social qui r&#233;git actuellement la soci&#233;t&#233; humaine, le capitalisme, s'arc-boute de mani&#232;re aveugle contre les changements qu'il est indispensable d'esp&#233;rer si l'on veut conserver &#224; l'existence humaine sa dignit&#233; et sa promesse. &#187; Une classe dirigeante pr&#233;datrice et cupide fait obstacle &#224; toute vell&#233;it&#233; de transformation effective ; presque toutes les sph&#232;res de pouvoir et d'influence sont soumises &#224; son pseudo-r&#233;alisme qui pr&#233;tend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle de la &#171; croissance &#187;. Cette oligarchie, obs&#233;d&#233;e par la comp&#233;tition somptuaire &#8211; comme le montrait d&#233;j&#224; Thorstein Veblen &#8211; est indiff&#233;rente &#224; la d&#233;gradation des conditions de vie de la majorit&#233; des &#234;tres humains et aveugle devant la gravit&#233; de l'empoisonnement de la biosph&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Herv&#233; Kempf, Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te, Le Seuil, 2007. Voir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; d&#233;cideurs &#187; de la plan&#232;te &#8211; milliardaires, managers, banquiers, investisseurs, ministres, parlementaires et autres &#171; experts &#187; &#8211; motiv&#233;s par la rationalit&#233; born&#233;e et myope du syst&#232;me, obs&#233;d&#233;s par les imp&#233;ratifs de croissance et d'expansion, la lutte pour les parts de march&#233;, la comp&#233;titivit&#233;, les marges de profit et la rentabilit&#233;, semblent ob&#233;ir au principe proclam&#233; par Louis XV : &#171; Apr&#232;s moi le d&#233;luge &#187;. Le d&#233;luge du XXIe si&#232;cle risque de prendre la forme, comme celui de la mythologie biblique, d'une mont&#233;e inexorable des eaux, noyant sous les vagues les villes de la civilisation humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectaculaire &#233;chec des conf&#233;rences internationales sur le changement climatique de Copenhague (2009) et Cancun (2010) illustre cet aveuglement : les puissants de ce monde, &#224; commencer par les USA et la Chine, ont refus&#233; tout engagement chiffr&#233; et concret, m&#234;me minimal, de r&#233;duction des &#233;missions de CO2. Les mesures jusqu'ici prises par les pouvoirs capitalistes les plus &#171; &#233;clair&#233;s &#187; &#8211; accords de Kyoto, paquet action-climat europ&#233;en, avec leurs &#171; m&#233;canismes de flexibilit&#233; &#187; et leurs march&#233;s de droits &#224; polluer &#8211; rel&#232;vent, comme le montre l'&#233;cologiste belge Daniel Tanuro, d'une &#171; politique de Gribouille &#187; incapable d'affronter le d&#233;fi du changement climatique ; le m&#234;me vaut, a fortiori, pour les solutions &#171; technologiques &#187; qui ont la pr&#233;f&#233;rence du pr&#233;sident Obama et des gouvernements europ&#233;ens : la &#171; voiture &#233;lectrique &#187;, les agro-carburants, le &#171; clean carbon &#187; et cette &#233;nergie merveilleuse, propre et s&#251;re : le nucl&#233;aire (c'&#233;tait avant Fukushima)&#8230; Comme l'avait pr&#233;vu Marx dans L'Id&#233;ologie allemande, les forces productives sont en train de devenir des forces destructives, cr&#233;ant un risque de destruction physique pour des dizaines de millions d'&#234;tre humain &#8211; un sc&#233;nario pire que les &#171; holocaustes tropicaux &#187; du XIXe si&#232;cle, &#233;tudi&#233;s par Mike Davis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc la solution alternative ? La p&#233;nitence et l'asc&#232;se individuelle, comme semblent le proposer tant d'&#233;cologistes ? La r&#233;duction drastique de la consommation ? Daniel Tanuro constate avec lucidit&#233; que la critique culturelle du consum&#233;risme propos&#233;e par les objecteurs de croissance est n&#233;cessaire, mais pas suffisante. Il faut s'attaquer au mode de production lui-m&#234;me. Seule une prise en charge collective d&#233;mocratique permettrait &#224; la fois de r&#233;pondre aux besoins sociaux r&#233;els, r&#233;duire le temps de travail, supprimer les productions inutiles et nuisibles, remplacer les &#233;nergies fossiles par le solaire. Ce qui implique des incursions profondes dans la propri&#233;t&#233; capitaliste, une extension radicale du secteur public et de la gratuit&#233;, bref un plan &#233;cosocialiste coh&#233;rent.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Tanuro, &#171; L'impossible capitalisme vert &#187;, Coll. &#171; Les Emp&#234;cheurs de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;misse centrale de l'&#233;cosocialisme, implicite dans le choix m&#234;me de ce terme, est qu'un socialisme non &#233;cologique est une impasse, et une &#233;cologie non-socialiste est incapable de confronter les enjeux actuels. Son projet d'associer le &#171; rouge &#187; &#8211; la critique marxiste du capital et le projet d'une soci&#233;t&#233; alternative &#8211; et le &#171; vert &#187;, la critique &#233;cologique du productivisme, n'a rien &#224; voir avec les combinaisons gouvernementales dites &#171; rouges-vertes &#187;, entre la social-d&#233;mocratie et certains partis verts, autour d'un programme social-lib&#233;ral de gestion du capitalisme. L'&#233;cosocialisme est donc une proposition radicale &#8211; c'est-&#224;-dire s'attaquant &#224; la racine de la crise &#233;cologique &#8211; qui se distingue aussi bien des variantes productivistes du socialisme du XXe si&#232;cle &#8211; que ce soit la social-d&#233;mocratie ou le &#171; communisme &#187; de facture stalinienne &#8211; que des courants &#233;cologiques qui s'accommodent, d'une fa&#231;on ou de l'autre, du syst&#232;me capitaliste. Une proposition radicale qui vise non seulement &#224; une transformation des rapports de production, de l'appareil productif et des mod&#232;les de consommation dominants, mais aussi &#224; cr&#233;er un nouveau paradigme de civilisation, en rupture avec les fondements de la civilisation capitaliste/industrielle occidentale moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le lieu ici de d&#233;velopper une histoire de l'&#233;cosocialisme. Rappelons cependant quelques jalons. Il sera question ici essentiellement du courant &#233;co-marxiste, mais on trouve dans l'&#233;cologie sociale d'inspiration anarchiste d'un Murray Bookchin, dans la version gauche de l'&#233;cologie profonde de Arne Naess, et dans certains &#233;crits des &#171; objecteurs de croissance &#187; (Paul Ari&#232;s), des analyses radicalement anti-capitalistes et des propositions alternatives qui sont proches de l'&#233;cosocialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'un socialisme &#233;cologique &#8211; ou d'une &#233;cologie socialiste &#8211; ne commence vraiment &#224; se d&#233;velopper qu'&#224; partir des ann&#233;es 1970, sous des formes tr&#232;s diverses, dans les &#233;crits de certains pionniers d'une r&#233;flexion &#171; rouge et verte &#187; : Manuel Sacristan (Espagne), Raymond Williams (Angleterre), Andr&#233; Gorz (France) et Barry Commoner (USA). Le terme &#171; &#233;cosocialisme &#187; apparemment ne commence &#224; &#234;tre utilis&#233; qu'&#224; partir des ann&#233;es 1980 quand appara&#238;t, dans le Parti Vert allemand, un courant de gauche qui se d&#233;signe comme &#171; &#233;cosocialiste &#187; ; ses principaux porte-paroles sont Rainer Trampert et Thomas Ebermann. Vers cette &#233;poque appara&#238;t le livre L'Alternative d'un dissident socialiste de l'Allemagne de l'Est, Rudolf Bahro qui d&#233;veloppe une critique radicale du mod&#232;le sovi&#233;tique et est-allemand, au nom d'un socialisme &#233;cologique. Au cours des ann&#233;es 1980, le chercheur nord-am&#233;ricain James O'Connor va d&#233;velopper ses travaux en vue d'un marxisme &#233;cologique, et fonder la revue Capitalism, Nature and Socialism, tandis que Frieder Otto Wolf, un d&#233;put&#233; europ&#233;en et dirigeant de la gauche du Parti Vert allemand, et Pierre Juquin, un ex-dirigeant communiste converti aux perspectives rouges/vertes, vont r&#233;diger ensemble le livre Europe's Green Alternative, (Black Rose, Montr&#233;al, 1992), une sorte de tentative de manifeste &#233;cosocialiste europ&#233;en. Parall&#232;lement, en Espagne, autour de la revue de Barcelone, Mientras Tanto, des disciples de Manuel Sacristan comme Francisco Fernandez Buey vont eux-aussi d&#233;velopper une r&#233;flexion &#233;cologique socialiste. En 2001, un courant marxiste/r&#233;volutionnaire pr&#233;sent dans des nombreux pays, la Quatri&#232;me Internationale, adopte un document, &#201;cologie et R&#233;volution socialiste, d'inspiration clairement &#233;cosocialiste. En cette m&#234;me ann&#233;e, Joel Kovel et l'auteur du pr&#233;sent ouvrage publient un Manifeste &#233;cosocialiste, qui servira de r&#233;f&#233;rence pour la fondation, &#224; Paris en 2007, du R&#233;seau &#201;cosocialiste International &#8211; qui distribuera, lors du Forum Social Mondial de Belem (Br&#233;sil) la D&#233;claration de Belem, un nouveau manifeste &#233;cosocialiste au sujet du r&#233;chauffement global. Ajoutons &#224; cela les travaux de John Bellamy Foster et ses amis de la revue de gauche am&#233;ricaine bien connue Monthly Review, qui se r&#233;clament d'une r&#233;volution &#233;cologique avec un programme socialiste ; les &#233;crits des &#233;cosocialistes f&#233;ministes Ariel Salleh et Terisa Turner ; la revue Canadian Dimension, anim&#233;e par les &#233;cosocialistes Ian Angus et Cy Gornik ; les r&#233;flexions du r&#233;volutionnaire p&#233;ruvien Hugo Blanco sur les rapports entre indig&#233;nisme et &#233;cosocialisme ; les travaux du chercheur belge Daniel Tanuro sur le changement climatique et les impasses du &#171; capitalisme vert &#187; ; les recherches d'auteurs fran&#231;ais proches du courant altermondialiste comme Jean-Marie Harribey et Jean-Paul D&#233;l&#233;age ; les r&#233;seaux &#233;cosocialistes du Br&#233;sil et de la Turquie ; les conf&#233;rences &#233;cosocialistes qui commencent &#224; s'organiser en Chine, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les convergences et les d&#233;saccords entre l'&#233;cosocialisme et le courant de la d&#233;croissance, dont l'influence en France n'est pas n&#233;gligeable ? Rappelons tout d'abord que ce courant, inspir&#233; par les critiques de la soci&#233;t&#233; de consommation &#8211; Henri Lefebvre, Guy Debord, Jean Baudrillard &#8211; et du &#171; syst&#232;me technicien &#187; (Jacques Ellul) est loin d'&#234;tre homog&#232;ne ; il s'agit d'une mouvance plurielle, polaris&#233;e par deux p&#244;les assez distants : d'une part des anti-occidentalistes tent&#233;s par le relativisme culturel (Serge Latouche), d'autre part des &#233;cologistes r&#233;publicains/universalistes (Vincent Cheynet, Paul Ari&#232;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serge Latouche est sans doute le plus controvers&#233; des &#171; d&#233;croissants &#187;. Certes, une partie de ces arguments est l&#233;gitime : d&#233;mystification du &#171; d&#233;veloppement durable &#187;, critique de la religion de la croissance et du progr&#232;s, appel &#224; un changement culturel. Mais son refus en bloc de l'humanisme occidental, de la pens&#233;e des Lumi&#232;res et de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative ; son relativisme culturel et son &#233;loge immod&#233;r&#233; de l'&#226;ge de pierre sont tr&#232;s discutables. Quant &#224; sa d&#233;nonciation des propositions d'ATTAC (Jean-Marie Harribey) pour les pays du Sud &#8211; d&#233;velopper les r&#233;seaux d'abduction de l'eau, les &#233;coles et les centres de soin &#8211; comme &#171; ethnocentriques &#187;, &#171; occidentalistes &#187; et &#171; destructrices des modes de vie locaux &#187;, elle est difficilement supportable. Enfin, son argument pour ne pas parler du capitalisme &#8211; c'est enfoncer une porte ouverte puisque cette critique &#171; a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; faite et bien faite par Marx &#187; &#8211; n'est pas s&#233;rieux : c'est comme si l'on n'avait pas besoin de d&#233;noncer la destruction productiviste de la plan&#232;te puisque Gorz l'avait d&#233;j&#224; faite, &#171; et bien faite &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus int&#233;ressant est le courant universaliste, repr&#233;sent&#233; notamment par la revue La D&#233;croissance, m&#234;me si l'on peut critiquer les illusions &#171; r&#233;publicaines &#187; de Cheynet et Ari&#232;s. Contrairement au premier, ce deuxi&#232;me p&#244;le a des nombreux points de convergence &#8211; malgr&#233; les pol&#233;miques &#8211; avec les altermondialistes d'ATTAC, les &#233;cosocialistes et la gauche de la gauche (PG et NPA) : extension de la gratuit&#233;, pr&#233;dominance de la valeur d'usage sur la valeur d'&#233;change, r&#233;duction du temps de travail et des in&#233;galit&#233;s sociales, &#233;largissement du &#171; non-marchand &#187;, r&#233;organisation de la production selon les besoins sociaux et la protection de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un ouvrage r&#233;cent, St&#233;phane Lavignotte esquisse un bilan du d&#233;bat entre les &#171; objecteurs de croissance &#187; et les &#233;cosocialistes. Faut-il privil&#233;gier la critique des rapports sociaux de classe et le combat contre les in&#233;galit&#233;s, ou la d&#233;nonciation de la croissance illimit&#233;e des forces productives ? L'effort doit-il porter sur les initiatives individuelles, les exp&#233;rimentations locales, la simplicit&#233; volontaire, ou sur le changement de l'appareil productif et de la &#171; m&#233;ga-machine &#187; capitaliste ? L'auteur refuse de choisir, et propose plut&#244;t d'associer ces deux d&#233;marches compl&#233;mentaires. Le d&#233;fi, &#224; son avis, c'est de combiner le combat pour l'int&#233;r&#234;t &#233;cologique de classe de la majorit&#233;, c'est &#224; dire des non-propri&#233;taires de capital, et la politique des minorit&#233;s actives pour un changement culturel radical. En d'autres termes, r&#233;ussir &#8211; sans cacher les divergences et les d&#233;saccords in&#233;vitables &#8211; une &#171; composition politique &#187; de tous ceux qui savent qu'une plan&#232;te et une humanit&#233; vivables sont contradictoires avec le capitalisme et le productivisme, et qui cherchent le chemin pour sortir de ce syst&#232;me inhumain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Lavignotte, La d&#233;croissance est-elle souhaitable ?, Textuel, 2010.4&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons, pour conclure cette br&#232;ve pr&#233;face, que l'&#233;cosocialisme est un projet d'avenir, une utopie radicale, un horizon du possible, mais aussi, et ins&#233;parablement, une action hic et hunc, ici et maintenant, autour d'objectifs et de propositions concr&#232;tes et imm&#233;diates. Le seul espoir pour le futur sont des mobilisations comme celle de Seattle en 1999, qui a vu la convergence de &#233;cologistes et syndicalistes, ainsi que la naissance du mouvement altermondialiste ; les protestations de cent mille personnes &#224; Copenhague en 2009, autour du mot d'ordre &#171; Changeons le syst&#232;me, pas le climat &#187; ; ou la Conf&#233;rence des Peuples sur le Changement Climatique et la D&#233;fense de la M&#232;re Terre, &#224; Cochabamba en avril 2010, rassemblant plus de trente mille d&#233;l&#233;gu&#233;s de mouvements indig&#232;nes, paysans et &#233;cologistes du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;cosocialisme, par Micha&#235;l Lowy. &#201;ditions Fayard, Collection : Les Petits Libres. Code ISBN / EAN : 9782755506174 / Hachette : 4206587&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;James Hansen, Storms of my Grandchildren. The Truth about the coming climate catastrophe and our last chance to save humanity, Bloomsbury, New York, 2009, p. IX.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Herv&#233; Kempf, Comment les riches d&#233;truisent la plan&#232;te, Le Seuil, 2007. Voir aussi son autre ouvrage tout aussi int&#233;ressant, Pour sauver la plan&#232;te, sortez du capitalisme, Le Seuil, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Tanuro, &#171; L'impossible capitalisme vert &#187;, Coll. &#171; Les Emp&#234;cheurs de penser en rond &#187;, La D&#233;couverte, 2010. Cf. le recueil collectif, organis&#233; par Vincent Gay, Pistes pour un anticapitalisme vert, Syllepse, 2010, avec des collaborations de Daniel Tanuro, Fran&#231;ois Chesnais, Laurent Garrouste, et autres. On trouve aussi une critique argument&#233;e et pr&#233;cise du capitalisme vert dans les travaux des &#233;co-marxistes nord-am&#233;ricains : Richard Smith, &#171; Green capitalism : the god that failed &#187;, Real-world Economic Review, n&#176; 56, 2011 et John Bellamy Foster, Brett Clark and Richard York, The Ecological Rift, Monthly Review Press, New York, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;St&#233;phane Lavignotte, La d&#233;croissance est-elle souhaitable ?, Textuel, 2010.4&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'auteur : N&#233; au Br&#233;sil et vivant &#224; Paris depuis 1969, Michael L&#246;wy est actif dans le R&#233;seau &#201;cosocialiste International et directeur de recherche &#233;m&#233;rite au CNRS. Parmi ses ouvrages : &#171; La Guerre des dieux, religion et politique en Am&#233;rique latine &#187; (&#201;ditions du F&#233;lin, 2000) et &#171; Walter Benjamin. Avertissement d'incendie &#187; (PUF, 2001). Il a co&#173;&#233;crit &#171; Che Guevara, une braise qui br&#251;le encore &#187; avec Olivier Besancenot (Mille et une nuits, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tir&#233; du site &lt;a href=&#034;http://www.lcr-lagauche.be&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.lcr-lagauche.be&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Les fondements d'une strat&#233;gie &#233;cosocialiste </title>
		<link>https://www.lagauche.ca/Les-fondements-d-une-strategie-ecosocialiste</link>
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		<dc:creator>Daniel Tanuro</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le fait que le d&#233;veloppement des forces productives mat&#233;rielles ait commenc&#233; &#224; nous &#233;loigner objectivement d'une alternative socialiste constitue le fait majeur qui fonde et justifie le concept nouveau d'&#233;cosocialisme. Une ligne de d&#233;marcation entre l'&#233;cosocialisme, d'une part, l'&#233;cologie politique et la d&#233;croissance, d'autre part, est l'attitude face &#224; la lutte des classes. Nous restons fermement convaincus que les exploit&#233;Es apprennent par l'exp&#233;rience des luttes collectives, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecologie-224-+" rel="tag"&gt;&#201;cologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Ecosocialisme-+" rel="tag"&gt;&#201;cosocialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le fait que le d&#233;veloppement des forces productives mat&#233;rielles ait commenc&#233; &#224; nous &#233;loigner objectivement d'une alternative socialiste constitue le fait majeur qui fonde et justifie le concept nouveau d'&#233;cosocialisme. Une ligne de d&#233;marcation entre l'&#233;cosocialisme, d'une part, l'&#233;cologie politique et la d&#233;croissance, d'autre part, est l'attitude face &#224; la lutte des classes. Nous restons fermement convaincus que les exploit&#233;Es apprennent par l'exp&#233;rience des luttes collectives, qui commencent par la d&#233;fense des salaires, de l'emploi et des conditions de travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les fondements d'une strat&#233;gie &#233;cosocialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que sugg&#232;re la fausse mais tr&#232;s populaire m&#233;taphore de l'&#238;le de P&#226;ques propos&#233;e par Jared Diamond &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jared Diamond, Collapse. How Societies Choose to Fail or Survive, London, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les d&#233;gradations environnementales que nous observons aujourd'hui ne sont en rien comparables &#224; celles qui ont pu se produire &#224; d'autres p&#233;riodes historiques. Les diff&#233;rences sont non seulement quantitatives (la gravit&#233; et la globalisation des probl&#232;mes &#233;cologiques), mais aussi et surtout qualitatives : alors que toutes les crises environnementales du pass&#233; d&#233;coulaient des tendances sociales &#224; la sous-production chronique, donc de la crainte de la p&#233;nurie, les probl&#232;mes actuels trouvent au contraire leur origine dans la tendance inverse &#224; la surproduction et &#224; la surconsommation, qui est sp&#233;cifique &#224; la production g&#233;n&#233;ralis&#233;e de marchandises. Par cons&#233;quent, l'expression &#171; crise &#233;cologique &#187; est impropre. Ce n'est pas la nature qui est en crise, mais la relation historiquement d&#233;termin&#233;e entre l'humanit&#233; et son environnement. Cette crise n'est pas due aux caract&#233;ristiques intrins&#232;ques de l'esp&#232;ce humaine mais au mode de production devenu dominant il y a deux si&#232;cles environ &#8211; le capitalisme &#8211; et aux modes de consommation et de mobilit&#233; qui en d&#233;coulent. Les atteintes graves aux &#233;cosyst&#232;mes (changements climatiques, pollution chimique, d&#233;clin rapide de la biodiversit&#233;, d&#233;gradation des sols, destruction de la for&#234;t tropicale, etc.) constituent une dimension de la crise syst&#233;mique globale. Ensemble, elles expriment l'incompatibilit&#233; entre le capitalisme et le respect des limites naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Productivisme sans limites&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La raison fondamentale de cette incompatibilit&#233; est simple : sous le fouet de la concurrence, tout propri&#233;taire de capitaux cherche en permanence &#224; remplacer du travail vivant par du travail mort, autrement dit des travailleurs par des machines plus productives, car celles-ci lui procurent un surprofit en plus du profit moyen. Il va de soi que cette op&#233;ration n'aurait pas de sens pour le capitaliste si elle ne s'accompagnait pas d'une tentative d'&#233;limination de ses concurrents les plus faibles, par l'augmentation de la masse de marchandises mises sur le march&#233; &#224; bas prix. L'innovation, dans ce mode de production, n'est pas au service de l'all&#232;gement de la charge de travail mais de l'accumulation incessante du capital. D&#232;s lors, sa recherche constante de nouveaux champs de valorisation am&#232;ne celui-ci &#224; produire une quantit&#233; sans cesse croissante de marchandises inutiles et nuisibles, dont la plus-value, pour &#234;tre r&#233;alis&#233;e, implique que soient constamment cr&#233;&#233;s des d&#233;bouch&#233;s et des besoins, de plus en plus artificiels. Le &#171; productivisme &#187; &#8211; produire pour produire &#8211; implique obligatoirement &#171; consommer pour consommer &#187; et fait partie du code g&#233;n&#233;tique de ce mode de production, au m&#234;me titre que le f&#233;tichisme de la marchandise. &#171; Le capitalisme, non seulement n'est jamais stationnaire, mais ne pourrait jamais le devenir &#187;, disait Schumpeter &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et d&#233;mocratie, Paris, Petite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, pour qu'un capitalisme puisse &#234;tre stationnaire, il faudrait abolir la concurrence entre les capitaux nombreux qui composent le Capital, ce qui est &#233;videmment absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui mais, objectera-t-on, si l'efficience dans l'utilisation des ressources augmentait plus vite que la masse de marchandises produites, la reproduction &#233;largie du capital ne s'accompagnerait pas d'une ponction accrue sur les ressources naturelles. Le capitalisme serait alors soutenable &#233;cologiquement. En effet. C'est la th&#232;se du d&#233;couplage entre la croissance du PIB et l'empreinte &#233;cologique. Elle est illustr&#233;e par la courbe en cloche dite &#171; de Kuznets &#187;, selon laquelle l'impact environnemental d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e augmenterait jusqu'&#224; un pic, puis diminuerait en fonction de sa richesse, donc du d&#233;veloppement de ses forces productives. Il est vrai que, de tous les modes de production qui ont exist&#233; dans l'histoire, le capitalisme est celui qui a augment&#233; le plus spectaculairement la productivit&#233; du travail, donc aussi l'efficience dans l'utilisation des ressources. Il en est ainsi parce que la qu&#234;te du surprofit qui pousse &#224; la m&#233;canisation favorise en m&#234;me temps une &#233;conomie croissante dans l'utilisation des richesses naturelles. Pourtant, ce constat ne remet pas en cause la nature &#233;cocidaire du syst&#232;me, et la courbe de Kuznets est fausse. En effet, d'une part, la hausse de l'efficience est forc&#233;ment une asymptote, pas une fonction lin&#233;aire de l'augmentation du capital fixe &#8211; sans quoi on aboutirait &#224; la conclusion que le mouvement perp&#233;tuel est possible, puisque, &#224; la limite, un travail pourrait &#234;tre effectu&#233; sans d&#233;perdition d'&#233;nergie (cette erreur grossi&#232;re a &#233;t&#233; commise par les experts qui ont &#233;valu&#233; la part de la consommation europ&#233;enne d'&#233;lectricit&#233; possiblement couverte par le projet Desertec d'exploitation du rayonnement solaire dans le Sahara) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Possoz et H. Jeanmart, Comments on the electricity demand scenario in two (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, on constate empiriquement que l'augmentation du volume de la production fait plus que compenser la hausse de l'efficience, qui n'est donc que relative. Le cas de l'automobile est frappant : la sobri&#233;t&#233; des moteurs augmente, mais les besoins globaux en hydrocarbures et les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre des transports explosent, par suite du nombre sans cesse croissant de v&#233;hicules. Boulimique, la croissance capitaliste implique in&#233;vitablement une consommation croissante de ressources, inconciliable avec la finitude de celles-ci ainsi qu'avec leurs rythmes de renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la multiplication angoissante de probl&#232;mes &#233;cologiques graves, nous sommes amen&#233;s &#224; nous interroger : quelles sont les limites th&#233;oriques de la croissance capitaliste, et par cons&#233;quent de la d&#233;gradation capitaliste de l'environnement ? R&#233;pondre implique de bien saisir que le capital n'est pas une chose : c'est un rapport social d'exploitation, dont le d&#233;veloppement fut rendu historiquement possible du fait de l'appropriation pr&#233;alable des ressources naturelles (terre, eau, for&#234;ts&#8230;) par les classes dominantes, au nom du profit. Cette appropriation entra&#238;na ensuite celle de la force de travail, transform&#233;e en marchandise salari&#233;e. Pillage des ressources et exploitation du travail &#8211; quand celle-ci est consid&#233;r&#233;e du point de vue social &#8211; sont donc les deux faces d'une m&#234;me m&#233;daille. Mais, en laissant de c&#244;t&#233; sa composante sociale (la coop&#233;ration et ses formes), la force de travail humaine peut aussi &#234;tre consid&#233;r&#233;e sous l'angle thermodynamique, comme une ressource naturelle parmi d'autres (le corps humain est un convertisseur &#233;nerg&#233;tique). Dans ce cas, pillage et exploitation ne sont en fait qu'un seul et m&#234;me processus de destruction, et le surtravail peut &#234;tre d&#233;crit comme une quantit&#233; d'&#233;nergie accapar&#233;e par le patronat. Ceci &#233;tant pos&#233;, on peut r&#233;pondre &#224; la question sur les limites th&#233;oriques du capital. D'une part, l'expropriation des producteurs et productrices directEs, leur ali&#233;nation d'avec la terre nourrici&#232;re, a cr&#233;&#233; une classe sociale dont l'unique moyen de subsistance est la vente de sa force de travail contre un salaire. D'autre part, le travailleur ou la travailleuse embauch&#233;E comme salari&#233;E trouve tout pr&#234;ts, mis &#224; sa disposition par l'employeur, les &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; son activit&#233; productive &#8211; outils, b&#226;timents et &#233;nergie &#8211; qui proviennent, directement ou indirectement, de ressources pr&#233;lev&#233;es dans la nature par le travail ou transform&#233;es par lui. Dans ce contexte, et tenant compte du fait que la hausse de l'efficience n'est que relative, il va de soi que la qu&#234;te incessante du surprofit par le productivisme capitaliste p&#232;se &#224; la fois sur les fractions variable et constante du capital, de sorte que celui-ci doit fatalement consommer une quantit&#233; absolue toujours plus grande de force de travail et de ressources naturelles, et ce bien qu'il favorise leur &#233;conomie relative. La formule &#233;nigmatique de Marx disant que le capital n'a d'autre limite que le capital lui-m&#234;me s'&#233;claire ainsi : elle signifie tout simplement que ce mode de production ne s'arr&#234;tera de lui-m&#234;me qu'apr&#232;s avoir &#233;puis&#233; les deux seules sources de &lt;i&gt;&#171; toute richesse : la terre et le travailleur &#187;&lt;/i&gt; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Capital, Paris, &#201;ditions sociales, Livre premier, Tome II, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conclusion laisse si peu de place &#224; l'optimisme que certains s'accrochent &#224; tout prix &#224; l'id&#233;e qu'un m&#233;canisme endog&#232;ne non encore identifi&#233; pourrait bloquer le syst&#232;me avant qu'il n'ait atteint cette limite th&#233;orique. Il faut pourtant se r&#233;signer &#224; constater qu'il n'existe et ne peut exister rien de ce genre. La raison, encore une fois, est simple et renvoie aux lois fondamentales du capitalisme : ce mode bas&#233; exclusivement sur la loi de la valeur-travail a pour seul but la production de valeurs d'&#233;change, et non de valeurs d'usage. Or, la valeur &#233;tant d&#233;termin&#233;e par le temps de travail socialement n&#233;cessaire &#224; la production, il est &#233;vident que le capital ne dispose d'aucun moyen lui permettant de prendre spontan&#233;ment en compte l'&#233;tat des richesses que la nature met gratuitement &#224; disposition de l'humanit&#233;. Symbole et essence de la valeur, la forme argent, par son abstraction m&#234;me et du fait du renversement complet de perspective qu'elle engendre (l'argent semble donner leur valeur aux marchandises, alors que ce sont les marchandises qui donnent sa valeur &#224; l'argent) cr&#233;e l'illusion qu'une accumulation mat&#233;rielle illimit&#233;e serait possible. Il convient de pr&#233;ciser que le capital, bien qu'il compte et mesure tout, est non seulement incapable de prendre les richesses naturelles en compte qualitativement, mais aussi quantitativement, comme le montre l'insouciance l&#233;g&#232;re avec laquelle il d&#233;truit irr&#233;versiblement des stocks de nombreuses ressources, en d&#233;pit des avertissements de toutes sortes. Cette folie a m&#234;me trouv&#233; ses th&#233;oriciens, en la personne des ultralib&#233;raux qui d&#233;fendent, contre toute &#233;vidence, la th&#232;se absurde de la substituabilit&#233; int&#233;grale des ressources naturelles par des produits de l'activit&#233; humaine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une r&#233;ponse politique ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certes, DES capitaux s'investissent massivement dans le secteur vert de l'&#233;conomie, car les profits y sont attractifs, notamment gr&#226;ce aux subsides publics. Mais LE &#171; capitalisme vert &#187;, en tant que tel, est un oxymore. La seule question digne d'int&#233;r&#234;t consiste &#224; se demander dans quelle mesure l'aveuglement &#233;cologique du mode de production marchand pourrait &#234;tre compens&#233; par des mesures politiques, exog&#232;nes &#224; la sph&#232;re &#233;conomique proprement dite. Au vu de ce qui a &#233;t&#233; dit plus haut, la r&#233;ponse est &#233;vidente : l'efficacit&#233; des politiques &#233;cologiques d&#233;pend enti&#232;rement de la d&#233;termination avec laquelle celles et ceux qui les pr&#244;nent osent contester la libert&#233; du capital, donc construire le rapport de forces social n&#233;cessaire &#224; leur imposition (ce qui implique &#224; son tour de lier la solution de la question &#233;cologique aux combats des exploit&#233;.e.s : la lutte contre le ch&#244;mage, la mis&#232;re, l'in&#233;galit&#233; sociale, les discriminations et la d&#233;gradation des conditions de travail). Et c'est ici que le b&#226;t blesse. Tim Jackson, par exemple, est probablement un des auteurs non marxistes qui appr&#233;hende le mieux la logique productiviste capitaliste comme la cause fondamentale des d&#233;gradations environnementales. Dans Prosp&#233;rit&#233; sans croissance, tournant le dos aux explications superficielles, il &#233;crit pertinemment que &#171; cette soci&#233;t&#233; qui balance tout &#224; la poubelle n'est pas tant une cons&#233;quence de la gloutonnerie des consommateurs qu'une condition de survie du syst&#232;me &#187;, car celui-ci a besoin de &#171; vendre plus de biens, d'innover en permanence &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tim Jackson, Prosp&#233;rit&#233; sans croissance, Bruxelles, Etopia, 2010.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais Jackson esquive la conclusion &#224; tirer de sa propre analyse : plut&#244;t que de contester le mode de production, il d&#233;vie malgr&#233; tout dans la mise en cause d'un &#171; d&#233;sir de nouveaut&#233; et de consommation &#187; qui rel&#232;verait, selon lui, de la nature humaine. Du coup, la montagne accouche d'une souris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur le versant &#233;cologique, Prosp&#233;rit&#233; sans croissance plaide pour que le pouvoir politique fixe des limites s&#233;v&#232;res &#224; l'utilisation des ressources, en fonction des seules contraintes environnementales. C'est effectivement ce qu'il conviendrait de faire&#8230; Toutefois, on ne peut, sous peine d'impuissance, feindre d'ignorer, comme Jackson, que le monde des affaires s'oppose avec succ&#232;s &#224; toute r&#233;gulation environnementale drastique, m&#234;me dans les cas o&#249; la n&#233;cessit&#233; de celle-ci est la moins contest&#233;e ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Sur le plan social, Jackson a le m&#233;rite de plaider pour la r&#233;duction du temps de travail, mais cette mesure est subordonn&#233;e chez lui au maintien de la comp&#233;titivit&#233; des entreprises, de sorte qu'elle n'est pas chiffr&#233;e. Pour lui, la r&#233;duction du temps de travail est en fait une forme de flexibilit&#233;, pas une r&#233;ponse collective imm&#233;diate au ch&#244;mage, ni un outil pour la redistribution de la richesse produite (par le maintien des salaires). Il ne l'envisage d'ailleurs qu'en dernier recours, au cas o&#249; la conversion des &#233;conomistes &#224; un nouveau &#171; mod&#232;le macro&#233;conomique &#187; ne suffirait pas &#224; &#171; d&#233;placer simplement le point focal de l'activit&#233; &#233;conomique du secteur productif de valeur vers des services d&#233;mat&#233;rialis&#233;s &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Tanuro : &#171; Prosp&#233;rit&#233; sans croissance &#187; : un ouvrage sous tension&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, toutes les propositions mises en avant pour corriger politiquement la nature &#233;cocidaire du capital butent sur les m&#234;mes obstacles : la logique du profit et la nature de classe des institutions &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il en est ainsi notamment de la proposition d'indicateurs alternatifs ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mirage de l'internalisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Einstein aurait dit un jour : &#171; On ne peut pas r&#233;soudre un probl&#232;me avec le type de pens&#233;e qui a conduit au probl&#232;me &#187;. Ce th&#233;or&#232;me s'applique parfaitement &#224; l'id&#233;e que le capitalisme pourrait s'engager sur la voie de la soutenabilit&#233; si des instances politiques attribuaient un prix aux ressources naturelles. Puisque la crise &#233;cologique est une cons&#233;quence de la production g&#233;n&#233;ralis&#233;e de marchandises, ce n'est pas en &#171; marchandisant &#187; l'eau, l'air, le carbone, les g&#232;nes ou toute autre richesse naturelle que la destruction de l'environnement pourra &#234;tre arr&#234;t&#233;e. Non seulement cette &#171; internalisation des externalit&#233;s &#187; ne nous rapproche pas d'une solution, mais elle nous en &#233;loigne au contraire. En effet, il va de soi que la transformation des richesses naturelles en marchandises implique leur appropriation par le capital. D&#232;s lors, l'affaire est entendue car celui-ci, en les soumettant &#224; la loi de la valeur-travail, tend &#224; les soustraire du m&#234;me coup &#224; tout crit&#232;re de gestion autre que le profit. De toute mani&#232;re, ind&#233;pendamment de ces consid&#233;rations, et plus fondamentalement encore, les tentatives de donner un prix aux richesses naturelles se heurtent &#224; une difficult&#233; th&#233;orique insurmontable : comment &#233;valuer en termes mon&#233;taires des biens dont la production n'est pas mesurable en heures de travail, qui n'ont donc pas de valeur, et dont la destruction est, de plus, diff&#233;r&#233;e dans le temps ? Pour toute r&#233;ponse &#224; ce casse-t&#234;te, les &#233;conomistes lib&#233;raux se chamaillent sur le taux d'actualisation et interrogent la disponibilit&#233; des consommateurs &#224; payer pour l'environnement, ou &#224; en accepter la d&#233;gradation. Le prix des richesses naturelles varie alors selon que les personnes interrog&#233;es sont riches ou mis&#233;rables&#8230; Pouss&#233;e &#224; la limite, cette m&#233;thode r&#233;v&#232;le clairement son absurdit&#233; : quelle valeur marchande conviendrait-il de donner au rayonnement solaire, sachant que la vie sur Terre en d&#233;pend ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impasse du calcul marchand appara&#238;t clairement dans la proposition d'une taxe carbone pour rendre les &#233;nergies fossiles plus ch&#232;res que les renouvelables et r&#233;duire par cons&#233;quent les &#233;missions de gaz carbonique. Comme on le sait, pour avoir une chance raisonnable de ne pas trop d&#233;passer 2 &#176;C de hausse de la temp&#233;rature par rapport &#224; la p&#233;riode pr&#233;industrielle, il convient que ces &#233;missions diminuent d'ici 2050 de 80 &#224; 95 % dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s, et de 50 &#224; 85 % au niveau mondial, le point d'inflexion devant se situer au plus tard en 2015 &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;GIEC, Contribution du Groupe de travail III au rapport 2007, page 776.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces fourchettes de chiffres, dont il serait prudent de viser la partie sup&#233;rieure, impliquent d'abandonner les &#233;nergies fossiles en deux g&#233;n&#233;rations, alors que celles-ci couvrent 80 % de nos besoins &#233;nerg&#233;tiques (et que l'or noir est la mati&#232;re premi&#232;re de l'industrie p&#233;trochimique). En fait, l'ampleur des r&#233;ductions &#224; r&#233;aliser dans l'urgence et l'importance de la diff&#233;rence de co&#251;t entre fossiles et renouvelables sont telles que m&#234;me une taxe de 600 dollars la tonne ne suffirait pas (elle permettrait seulement de r&#233;duire les &#233;missions globales de moiti&#233; d'ici 2050, selon l'Agence internationale de l'&#233;nergie) &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AIE, Perspectives des technologies de l'&#233;nergie. Au service du plan d'action (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sachant que la combustion de mille litres de gazole produit 2,7 tonnes de CO2, on comprend qu'une telle mesure serait socialement inapplicable dans les faits : les employeurs ne pourraient s'y r&#233;signer que si elle &#233;tait int&#233;gralement transf&#233;r&#233;e sur les consommateurs finaux, tandis que la majorit&#233; de la population, exc&#233;d&#233;e par l'aust&#233;rit&#233; qui s&#233;vit depuis trente ans, s'opposera &#233;videmment &#224; une telle d&#233;t&#233;rioration de ses conditions d'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, en pratique, et en d&#233;pit de toutes les th&#233;ories sophistiqu&#233;es des &lt;i&gt;ecological economics&lt;/i&gt;, les propositions politiques d'internalisation des co&#251;ts des pollutions sont &#224; la fois insuffisantes &#233;cologiquement et insupportables socialement. &#192; supposer que les obstacles th&#233;oriques et pratiques puissent &#234;tre lev&#233;s, l'efficacit&#233; de l'internalisation resterait d'ailleurs al&#233;atoire, parce que le prix est un indicateur purement quantitatif, incapable de saisir les diff&#233;rences qualitatives entre les tonnes de CO2 &#233;vit&#233;es par des moyens aussi diff&#233;rents que l'isolement d'une habitation, l'installation de panneaux photovolta&#239;ques, une plantation d'arbres, ou la suppression d'un grand prix de Formule Un. Quantitativement, rien ne distingue en effet une tonne de CO2 d'une autre. Or, les diff&#233;rences qualitatives sont d&#233;cisives &#224; l'&#233;laboration de strat&#233;gies &#233;cologiques ad&#233;quates, dans lesquelles les moyens mis en &#339;uvre sont coh&#233;rents avec la fin &#8211; le passage sans casse sociale &#224; un syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique &#233;conome et d&#233;centralis&#233;, bas&#233; uniquement sur les sources renouvelables.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gestion rationnelle du m&#233;tabolisme et lutte des classes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re &#233;cocidaire du capital s'est concr&#233;tis&#233; d&#232;s les d&#233;buts de ce mode de production. Au XIXe si&#232;cle, le fondateur de la chimie des sols, Liebig, tirait d&#233;j&#224; la sonnette d'alarme : du fait de l'urbanisation capitaliste, les excr&#233;ments humains ne retournaient plus au champ, et cette rupture du cycle des nutriments mena&#231;ait de causer un grave appauvrissement des sols. Au fait de ces travaux, Marx hissa la probl&#233;matique sur le plan conceptuel en posant la n&#233;cessit&#233; g&#233;n&#233;rale d'une &#171; r&#233;gulation rationnelle des &#233;changes de mati&#232;res (ou m&#233;tabolisme) entre l'humanit&#233; et la nature &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, Le Capital, Moscou, &#201;ditions du Progr&#232;s, 1984 [1867], p. 855.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ensuite, arm&#233; de ce concept &#233;cologique avant la lettre, il revint &#224; la question des sols pour mettre en avant une perspective programmatique radicale : l'abolition de la s&#233;paration entre la ville et la campagne, compl&#233;ment indispensable &#224; ses yeux de la disparition progressive de la s&#233;paration entre travail manuel et intellectuel. Il convient d'y insister : l'expression &#171; gestion rationnelle &#187; ne doit pas pr&#234;ter &#224; confusion. La nature, pour Marx, est &#171; le corps inorganique de l'homme &#187;. Le bon m&#233;tabolisme de l'ensemble ne passe pas par une bureaucratie de technocrates verts mais par la suppression des classes sociales. En effet, la division de la soci&#233;t&#233; rend impossible toute ma&#238;trise consciente et organis&#233;e des &#233;changes de mati&#232;res avec l'environnement. Non seulement parce que la course au profit pousse les patrons &#224; piller les ressources naturelles, mais aussi parce que leur appropriation capitaliste fait que les ressources se dressent face aux exploit&#233;Es comme des forces hostiles dont ils et elles sont ali&#233;n&#233;.e.s. Ajoutons &#224; cela que la concurrence entre salari&#233;.e.s et la peur du ch&#244;mage incitent chacun.e individuellement &#224; souhaiter la bonne marche de &#171; son &#187; entreprise, et &#224; collaborer ainsi involontairement au productivisme. Enfin, &#224; partir d'un certain niveau de d&#233;veloppement du capital, la consommation de marchandises procure aux travailleurs et aux travailleuses un certain nombre de compensations mis&#233;rables pour l'ali&#233;nation de la production. Tous ces m&#233;canismes ne peuvent &#234;tre rompus que par le d&#233;veloppement toujours plus large de la solidarit&#233; de classe. C'est pourquoi, pour Marx, la gestion rationnelle du m&#233;tabolisme humanit&#233;-nature ne peut &#234;tre r&#233;alis&#233;e que par &#171; les producteurs associ&#233;s &#187;. Et Marx de pr&#233;ciser que c'est en cela que r&#233;side &lt;i&gt;&#171; la seule libert&#233; possible &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique L&#233;nine y ait fait r&#233;f&#233;rence dans certaines prises de position politiques relatives &#224; la question agraire &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vladimir I. L&#233;nine, La question agraire et les critiques de Marx, Moscou, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et que Boukharine en ait fait une pr&#233;sentation intelligente dans son pr&#233;cis sur le mat&#233;rialisme historique &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicholas Boukharine, La th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique. Manuel de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le concept marxien de r&#233;gulation rationnelle des &#233;changes de mati&#232;re tomba ensuite dans l'oubli. Aucun penseur marxiste ne lui accorda l'importance qu'il m&#233;rite et, surtout, aucun d'entre eux ne vit l'int&#233;r&#234;t de s'y r&#233;f&#233;rer lorsque la question &#233;cologique devint un probl&#232;me de soci&#233;t&#233;, &#224; partir des ann&#233;es 1960 du si&#232;cle pass&#233;. Ce n'est pas le lieu ici de s'interroger sur les raisons de cette solution de continuit&#233; dans le marxisme r&#233;volutionnaire &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Tanuro, &#171; Marxism, energy, and ecology : The moment of truth &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On se contentera de mettre le lecteur en garde contre des interpr&#233;tations simplistes : le stalinisme n'est pas seul en cause, bien qu'il ait signifi&#233;, dans ce domaine aussi, une terrible r&#233;gression th&#233;orique &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Tanuro, &#201;cologie : le lourd h&#233;ritage de L&#233;on Trotsky&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On mettra plut&#244;t l'accent sur le fait que &#171; l'&#233;cologie de Marx &#187; m&#233;rite de prendre d'urgence une place centrale dans la pens&#233;e th&#233;orique et l'&#233;laboration programmatique des marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique du r&#233;chauffement illustre cette n&#233;cessit&#233;. En effet, la saturation de l'atmosph&#232;re en CO2, due principalement &#224; la combustion des combustibles fossiles &#8211; c'est-&#224;-dire &#224; un court-circuit dans le cycle long du carbone &#8211; constitue un cas flagrant de gestion irrationnelle des &#233;changes de mati&#232;re, et cette irrationalit&#233; met l'humanit&#233; face &#224; un terrible dilemme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d'un c&#244;t&#233;, trois milliards de gens vivent dans des conditions indignes. Satisfaire leurs besoins l&#233;gitimes n'est possible qu'en augmentant la production mat&#233;rielle. Donc la transformation de ressources pr&#233;lev&#233;es dans l'environnement. Donc la consommation d'une &#233;nergie qui, aujourd'hui, est &#224; 80 % d'origine fossile, c'est-&#224;-dire source de gaz &#224; effet de serre ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de l'autre c&#244;t&#233;, le syst&#232;me climatique est au bord de l'infarctus. &#201;viter des catastrophes irr&#233;versibles (dont les victimes se compteront principalement parmi les trois milliards de gens qui aspirent &#224; une existence digne) impose de r&#233;duire radicalement les &#233;missions de gaz &#224; effet de serre. Donc la consommation des &#233;nergies fossiles n&#233;cessaires aujourd'hui &#224; la transformation des ressources pr&#233;lev&#233;es dans l'environnement. Donc la production mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le court d&#233;lai de 40 ans qui nous est imparti, selon le GIEC, et &#224; moins d'une r&#233;volution scientifique extraordinaire dans le domaine &#233;nerg&#233;tique, ce syst&#232;me d'&#233;quation ne peut tout simplement pas trouver de solution capitaliste acceptable. En effet, un syst&#232;me bas&#233; sur la concurrence pour le profit est strictement incapable de satisfaire massivement les besoins humains non solvables tout en r&#233;duisant durablement la consommation d'&#233;nergie ainsi que la production mat&#233;rielle. Atteindre ces objectifs s&#233;par&#233;ment est d&#233;j&#224; incompatible avec la logique du capital, que dire alors de les atteindre conjointement ? L'impossibilit&#233; de la chose appara&#238;t clairement &#224; l'examen des sc&#233;narios climatiques propos&#233;s par les gouvernements et les institutions internationales. Le sc&#233;nario Blue map de l'Agence internationale de l'&#233;nergie, par exemple, vise &#224; r&#233;duire les &#233;missions globales de 50 % d'ici 2050 &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AIE, op. cit.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'une part, cet objectif est plus que probablement insuffisant ; d'autre part, il ne serait atteint que moyennant le recours massif &#224; l'&#233;nergie nucl&#233;aire, aux agrocarburants et au soi-disant &#171; charbon propre &#187; (CCS) (sans parler du gaz de schiste et des sables bitumineux). Blue Map impliquerait de construire chaque ann&#233;e, pendant plus de quarante ans, 32 centrales nucl&#233;aires de 1 000 MW ainsi que 45 nouvelles centrales au charbon de 500 MW &#233;quip&#233;es de CCS. Inutile de s'attarder : la terrible catastrophe de Fukushima, au Japon, suffit &#224; montrer l'aberration de tels projets.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le choix strat&#233;gique est d&#232;s lors le suivant :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit on sort du capitalisme en restreignant radicalement la sph&#232;re et le volume de la production capitaliste, et il est possible de limiter au maximum les d&#233;g&#226;ts du r&#233;chauffement tout en garantissant un d&#233;veloppement humain de qualit&#233;, bas&#233; exclusivement sur les &#233;nergies renouvelables dans la perspective d'une soci&#233;t&#233; bas&#233;e sur une autre &#233;conomie du temps ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; soit on reste dans la logique capitaliste d'accumulation, le d&#233;r&#232;glement climatique restreint radicalement le droit &#224; l'existence de centaines de millions d'&#234;tres humains et les g&#233;n&#233;rations futures seront condamn&#233;es &#224; essuyer les pl&#226;tres de la fuite en avant dans des technologies dangereuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On choisira &#233;videmment la premi&#232;re solution, mais il convient d'insister sur le fait que la stricte contrainte environnementale soumet la transition au socialisme &#224; des conditions in&#233;dites. L'ampleur du d&#233;fi ne saurait &#234;tre surestim&#233;e. Dans l'Union europ&#233;enne, par exemple, r&#233;duire les &#233;missions de 60 % (or il faudrait les r&#233;duire de 95 % !) sans recourir &#224; l'atome n&#233;cessiterait de supprimer 40 % environ de la demande &#233;nerg&#233;tique finale &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wolfram Krevitt, Uwe Klann, Stefan Kronshage, Energy Revolution. A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est pas facile de mesurer l'implication en cascade sur la production mat&#233;rielle et les transports, mais il semble &#233;vident que l'objectif ne sera pas atteint simplement en &#233;liminant les productions inutiles et nuisibles (armement, publicit&#233;, yachts de luxe et avions priv&#233;s, etc.) en luttant contre l'obsolescence planifi&#233;e des produits, ou en supprimant la consommation ostentatoire des couches les plus riches de la classe dominante&#8230; Des mesures plus radicales seront n&#233;cessaires, qui auront des effets sur l'ensemble de la population, au moins dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s. En d'autres termes, la transition au socialisme doit se faire dans des conditions fort diff&#233;rentes de celles du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une indication est donn&#233;e par l'estimation de la part de l'agrobusiness dans le total des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre. Selon la campagne &#171; Ne mange pas le monde &#187;, en effet, de 44 &#224; 57 % des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre sont dues au mod&#232;le actuel de production, de distribution et de consommation des produits agricoles et forestiers. Ce chiffre est obtenu en additionnant les &#233;missions dues aux activit&#233;s strictement agricoles (11 &#224; 15 %), &#224; la d&#233;forestation (15 &#224; 18 %), &#224; la manutention, au transport et au stockage des aliments (15 &#224; 20 %) et des r&#233;sidus organiques (3 &#224; 4 %). &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rapport&#233; par Esther Vivas, &#171; Ne mange pas le monde &#187; : Une autre agriculture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La lutte pour la stabilisation du climat au meilleur niveau possible ne saurait par cons&#233;quent se limiter &#224; l'expropriation des expropriateurs-pollueurs-gaspilleurs : le changement des rapports de propri&#233;t&#233; ne constitue que la condition n&#233;cessaire &#8211; mais non suffisante &#8211; d'un changement social extr&#234;mement profond, impliquant la modification substantielle de modes sociaux de consommation et de mobilit&#233;. Ces modifications &#8211; se d&#233;placer autrement, manger moins de viande et consommer des l&#233;gumes de saison, par exemple &#8211; doivent &#234;tre mises en perspective d&#232;s maintenant, car il y a urgence et qu'elles ont des implications imm&#233;diates. Elles peuvent l'&#234;tre, car elles mettent en &#339;uvre des m&#233;canismes culturels et id&#233;ologiques qui ont une certaine autonomie par rapport &#224; la base productive de la soci&#233;t&#233;. Quoiqu'elles ne portent en elles aucun changement structurel, il convient de les consid&#233;rer comme partie int&#233;grante de l'alternative anticapitaliste. Dans la mesure o&#249; elles d&#233;bouchent sur des pratiques collectives, elles peuvent favoriser la prise de conscience et l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une p&#233;riode nouvelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Programme de Transition r&#233;dig&#233; par L&#233;on Trotsky en 1938 commence par l'affirmation que &#171; la pr&#233;misse &#233;conomique de la r&#233;volution prol&#233;tarienne est arriv&#233;e depuis longtemps au point le plus &#233;lev&#233; qui puisse &#234;tre atteint sous le capitalisme &#187;, et conclut que &#171; les pr&#233;misses objectives [&#8230;] ne sont pas seulement m&#251;res ; elles ont m&#234;me commenc&#233; &#224; pourrir. Sans r&#233;volution socialiste, et cela dans la prochaine p&#233;riode historique, la civilisation humaine tout enti&#232;re est menac&#233;e d'&#234;tre emport&#233;e dans une catastrophe &#187;. Certes, le fondateur de l'Arm&#233;e rouge r&#233;f&#232;re en premier lieu au contexte historique : la victoire du fascisme et du nazisme, l'&#233;crasement de la r&#233;volution espagnole et la guerre mondiale imminente. Son jugement sur la putr&#233;faction des conditions objectives semble pourtant avoir une port&#233;e historique plus vaste. Ce th&#232;me r&#233;appara&#238;tra d'ailleurs sous la plume d'Ernest Mandel : &#171; En fait, (&#224; partir d'un certain niveau) la croissance des forces productives et la croissance des relations marchandes-mon&#233;taires peut &#233;carter la soci&#233;t&#233; de son objectif socialiste au lieu de l'en rapprocher. &#187; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ernest Mandel, Ten Theses on the Social and Economic Laws Governing the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citation remarquable, dont les implications strat&#233;giques m&#233;riteraient d'&#234;tre explor&#233;es. Car telle est en fait la situation sans pr&#233;c&#233;dent &#224; laquelle nous sommes confront&#233;Es : au niveau des pays d&#233;velopp&#233;s, le capitalisme est all&#233; trop loin dans la croissance des forces productives mat&#233;rielles, de sorte qu'une alternative socialiste digne ne passe plus par une avanc&#233;e, mais par une forme de recul. (Nous parlons bien des forces mat&#233;rielles, le d&#233;veloppement des connaissances et de la coop&#233;ration entre producteurs n'est &#233;videmment pas en cause.) C'est cette conjoncture historique nouvelle qui s'exprime dans l'imp&#233;rieuse n&#233;cessit&#233; de produire et de transporter moins, afin de consommer radicalement moins d'&#233;nergie et de supprimer totalement les &#233;missions de CO2 fossile d'ici la fin du si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le d&#233;veloppement des forces productives mat&#233;rielles ait commenc&#233; &#224; nous &#233;loigner objectivement d'une alternative socialiste constitue le fait majeur qui fonde et justifie le concept nouveau d'&#233;cosocialisme. Loin de n'&#234;tre qu'une nouvelle &#233;tiquette sur la bouteille, ce concept introduit au moins cinq nouveaut&#233;s, que j'ai esquiss&#233;es dans mon livre L'impossible capitalisme vert, et que je rappellerai bri&#232;vement ici &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Tanuro, L'impossible capitalisme vert, Paris, La D&#233;couverte, 2010.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; La notion de &#171; ma&#238;trise humaine sur la nature &#187; doit &#234;tre abandonn&#233;e. La complexit&#233;, les inconnues et le caract&#232;re &#233;volutif de la biosph&#232;re impliquent un degr&#233; d'incertitude irr&#233;ductible. L'intrication du social et de l'environnemental doit &#234;tre pens&#233;e comme un processus en mouvement constant, comme une production de nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; La d&#233;finition classique du socialisme doit &#234;tre compl&#233;t&#233;e. Le seul socialisme possible d&#233;sormais est celui qui satisfait les besoins humains r&#233;els (d&#233;barrass&#233;s de l'ali&#233;nation marchande), d&#233;mocratiquement d&#233;termin&#233;s par les int&#233;ress&#233;s eux-m&#234;mes dans les limites des ressources et en s'interrogeant prudemment sur l'impact environnemental de ces besoins et de la mani&#232;re dont ils sont satisfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Il s'agit de d&#233;passer la vision cloisonn&#233;e, utilitariste et lin&#233;aire de la nature comme la plateforme physique &#224; partir de laquelle l'humanit&#233; op&#232;re, comme le magasin o&#249; elle puise les ressources n&#233;cessaires &#224; la production de son existence sociale et comme la d&#233;charge o&#249; elle entrepose ses d&#233;chets. La nature est tout &#224; la fois la plateforme, le magasin, la d&#233;chetterie et l'ensemble des processus vivants qui, gr&#226;ce &#224; l'apport d'&#233;nergie solaire, font circuler la mati&#232;re entre ces p&#244;les en la r&#233;organisant constamment. Les d&#233;chets et leur mode de d&#233;p&#244;t doivent donc &#234;tre compatibles en qualit&#233; comme en qualit&#233; avec les capacit&#233;s et les rythmes de recyclage par les &#233;cosyst&#232;mes. C'est-&#224;-dire que le bon fonctionnement de l'ensemble d&#233;pend de la biodiversit&#233;, qui doit &#234;tre prot&#233;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; Les sources &#233;nerg&#233;tiques et les m&#233;thodes de conversion employ&#233;es ne sont pas neutres socialement. Le socialisme, par cons&#233;quent, ne peut pas se d&#233;finir &#224; la mode de L&#233;nine comme &#171; les soviets plus l'&#233;lectricit&#233; &#187;. Le syst&#232;me &#233;nerg&#233;tique capitaliste est centralis&#233;, anarchique, gaspilleur, inefficient, intensif en travail mort, bas&#233; sur des sources non renouvelables et orient&#233; vers l'accumulation. Une transformation socialiste digne de ce nom n&#233;cessite son remplacement progressif par un syst&#232;me d&#233;centralis&#233;, planifi&#233;, &#233;conome, efficient, intensif en travail vivant, bas&#233; exclusivement sur les sources renouvelables et orient&#233; vers la production de valeurs d'usage durables, recyclables et r&#233;utilisables. Ceci ne concerne pas seulement la production d'&#233;nergie au sens &#233;troit mais l'ensemble de l'appareil industriel, l'agriculture, les transports, les loisirs et l'am&#233;nagement des territoires. Cette transformation extr&#234;mement profonde ne peut s'achever qu'au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; Le d&#233;passement du seuil &#224; partir duquel la croissance des forces productives mat&#233;rielles complique le passage au socialisme implique une attitude critique face &#224; la hausse de la productivit&#233; du travail. Dans un certain nombre de domaines, la mise en &#339;uvre d'une alternative anticapitaliste respectueuse des &#233;quilibres &#233;cologiques n&#233;cessite le remplacement du travail mort par du travail vivant. C'est manifestement le cas dans l'agriculture, o&#249; le syst&#232;me de l'agrobusiness ultra-m&#233;canis&#233;, gros consommateur d'intrants et d'&#233;nergie fossile, devra c&#233;der la place &#224; un autre mode d'exploitation, plus intensif en travail humain. La m&#234;me chose vaut pour le secteur de l'&#233;nergie, car la production d&#233;centralis&#233;e bas&#233;e sur les renouvelables n&#233;cessitera beaucoup de travail, de maintenance notamment. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la quantit&#233; de travail vivant doit augmenter radicalement dans tous les domaines li&#233;s directement &#224; l'environnement. Un parall&#232;le peut &#234;tre fait avec les soins aux personnes, l'enseignement, et d'autres secteurs dans lesquels la gauche consid&#232;re comme allant de soi de d&#233;velopper l'emploi public : l'intelligence et l'&#233;motion humaines, combin&#233;es &#224; une culture du &#171; prendre soin &#187;, sont en effet n&#233;cessaires dans les mati&#232;res qui rel&#232;vent directement de l'interaction avec la biosph&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des esprits dogmatiques craindront que ces r&#233;flexions ouvrent la porte &#224; une r&#233;vision du marxisme r&#233;volutionnaire, sous la forme de concessions &#224; l'offensive d'aust&#233;rit&#233; contre la classe ouvri&#232;re des pays d&#233;velopp&#233;s. Il n'en est rien. Il n'est pas question de c&#233;der la moindre parcelle de terrain aux discours culpabilisants qui utilisent la crise &#233;cologique pour tenter de d&#233;sarmer le monde du travail et ses repr&#233;sentants. Une ligne de d&#233;marcation entre l'&#233;cosocialisme, d'une part, l'&#233;cologie politique et la d&#233;croissance, d'autre part, est l'attitude face &#224; la lutte des classes. Nous restons fermement convaincus que les exploit&#233;Es apprennent par l'exp&#233;rience des luttes collectives, qui commencent par la d&#233;fense des salaires, de l'emploi et des conditions de travail. Toute lutte des travailleuses et des travailleurs, m&#234;me la plus imm&#233;diate, doit &#234;tre soutenue et consid&#233;r&#233;e comme une chance d'augmenter le niveau conscience pour l'orienter vers une perspective socialiste. Dans ce cadre strat&#233;gique, le constat que la transition socialiste doit s'op&#233;rer dor&#233;navant sous contrainte environnementale n'affaiblit pas les convictions anticapitalistes : il les renforce au contraire. Cependant, seule la v&#233;rit&#233; est r&#233;volutionnaire. On ne peut dissimuler le fait que la transformation socialiste impliquera fort probablement de renoncer &#224; certains biens, services et habitudes qui impr&#232;gnent profond&#233;ment la vie quotidienne de larges couches de la population, au moins dans les pays capitalistes d&#233;velopp&#233;s. Il s'agit donc de mettre en avant des objectifs capables de compenser cette perte par un progr&#232;s substantiel dans la qualit&#233; de vie. Deux pistes nous semblent devoir &#234;tre privil&#233;gi&#233;es : 1&#176; la gratuit&#233; des biens de base (eau, &#233;nergie mobilit&#233;) jusqu'&#224; un volume social moyen (ce qui implique l'extension du secteur public) ; 2&#176; la r&#233;duction radicale (50 %) du temps de travail, sans perte de salaire, avec embauche proportionnelle et avec diminution des cadences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Toute &#233;conomie se r&#233;sume en derni&#232;re instance &#224; une &#233;conomie du temps &#187;&lt;/i&gt;, disait Marx. Affirmer la n&#233;cessit&#233; de produire et de consommer moins, c'est revendiquer le temps de vivre, et de vivre mieux. C'est ouvrir un d&#233;bat fondamental sur la ma&#238;trise du temps social, sur ce qui est n&#233;cessaire &#224; qui, pourquoi et en quelles quantit&#233;s. C'est r&#233;veiller le d&#233;sir collectif d'un monde sans guerres, o&#249; l'on travaille moins et autrement, o&#249; l'on pollue moins, o&#249; on d&#233;veloppe les relations sociales, o&#249; on am&#233;liore substantiellement le bien-&#234;tre, la sant&#233; publique, l'&#233;ducation et la participation d&#233;mocratique. Un monde o&#249; les producteurs associ&#233;s r&#233;apprennent &#224; &#171; dialoguer &#187; collectivement avec la nature. Ce monde-l&#224; ne sera pas moins riche que le monde actuel &#8211; comme dit la droite, ni &#171; aussi riche pour la grande majorit&#233; de la population &#187; &#8211; comme dit une certaine gauche. Il sera infiniment moins futile, moins stress&#233;, moins press&#233; &#8211; en un mot : plus riche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jared Diamond, Collapse. How Societies Choose to Fail or Survive, London, Penguin Books, 2005. Des critiques de la th&#232;se de Diamond sont propos&#233;es notamment par Benny Peiser, &#171; From ecocide to genocide : the rape of Rapa Nui &#187;, Energy and Environment, vol. 16, n&#176; 3-4, 2005 ; par Terry L. Hunt, &#171; Rethinking Easter Island's ecological catastrophe &#187;, Journal of Archaeological Science, 2007, n&#176; 34, p. 485-502 ; et par Daniel Tanuro, &#171; Catastrophes &#233;cologiques d'hier et d'aujourd'hui : la fausse m&#233;taphore de l'&#238;le de P&#226;ques &#187;, Critique Communiste, n&#176; 185, d&#233;cembre 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et d&#233;mocratie, Paris, Petite Biblioth&#232;que Payot, 1942.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Possoz et H. Jeanmart, Comments on the electricity demand scenario in two studies from the DLR : MED-CSP &amp; TRANS-CSP, ORMEE &amp; MITEC engineering consultancy, Belgium, &lt;a href=&#034;http://www.dlr.de/tt/Portaldata/41/Resources/dokumente/institut/system/projects/csp/Critics-on-Electricity-Demand-Scenarios.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.dlr.de/tt/Portaldata/41/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, Le Capital, Paris, &#201;ditions sociales, Livre premier, Tome II, 1973 [1867], p. 181-182. Soulign&#233; par Marx.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tim Jackson, Prosp&#233;rit&#233; sans croissance, Bruxelles, Etopia, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Tanuro : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article18986&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Prosp&#233;rit&#233; sans croissance &#187; : un ouvrage sous tension&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il en est ainsi notamment de la proposition d'indicateurs alternatifs ou compl&#233;mentaires au PIB. Que le PIB ne mesure pas la qualit&#233; de l'environnement est une &#233;vidence, ce n'est pas son but, ni celui du capitalisme. Le PIB mesure l'accumulation du capital&#8230; Il est donc parfaitement adapt&#233; au capitalisme. Faire croire qu'il suffirait de changer d'instrument de mesure pour que le syst&#232;me change de logique rel&#232;ve soit de la na&#239;vet&#233;, soit de l'escroquerie intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;GIEC, Contribution du Groupe de travail III au rapport 2007, page 776.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;AIE, Perspectives des technologies de l'&#233;nergie. Au service du plan d'action du G8. Sc&#233;narios et strat&#233;gies &#224; l'horizon 2050, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, Le Capital, Moscou, &#201;ditions du Progr&#232;s, 1984 [1867], p. 855.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vladimir I. L&#233;nine, La question agraire et les critiques de Marx, Moscou, &#201;ditions du Progr&#232;s, 1973, chapitre IV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nicholas Boukharine, La th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique. Manuel de sociologie marxiste, Paris, Anthropos, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Tanuro, &#171; Marxism, energy, and ecology : The moment of truth &#187;, Capitalism Nature Socialism, de&#233;cembre 2010, p. 89-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Tanuro, &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article18418&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;cologie : le lourd h&#233;ritage de L&#233;on Trotsky&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;AIE, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Wolfram Krevitt, Uwe Klann, Stefan Kronshage, Energy Revolution. A Sustainable Pathway to a Clean Energy Future for Europe, Stuttgart, Institute of Technical Thermodynamics &amp; Greenpeace, septembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rapport&#233; par Esther Vivas, &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article15694&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Ne mange pas le monde &#187; : Une autre agriculture pour un autre climat&lt;/a&gt;, traduction fran&#231;aise d'un article dans le quotidien catalan Publico.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ernest Mandel, &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article20953&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ten Theses on the Social and Economic Laws Governing the Society Transitional Between Capitalism and Socialism&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Tanuro, L'impossible capitalisme vert, Paris, La D&#233;couverte, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;* A para&#238;tre dans les Nouveaux Cahiers du Socialisme, septembre 2011.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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