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	<title>La Gauche</title>
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		<title>La Gauche</title>
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		<title>Reconstruire les infrastructures de la contestation</title>
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		<dc:date>2012-01-24T13:59:28Z</dc:date>
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		<dc:creator>David McNally</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Conjoncture</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise financi&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans ce long entretien, David McNally, auteur de Global Slump (PM Press, 2010) revient sur les origines de la premi&#232;re grande crise du capitalisme du XXIe si&#232;cle et sur ses cons&#233;quences pour le d&#233;veloppement des r&#233;sistances. &lt;br class='autobr' /&gt; Les premiers signes de la crise &#233;conomique mondiale que ton livre analyse se sont clairement fait sentir il y a quatre ans, durant l'&#233;t&#233; 2007. En quoi est-il toujours pertinent de tenter de cerner les causes et cons&#233;quences de cette crise ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je crois qu'il est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.lagauche.ca/local/cache-vignettes/L150xH100/arton3279-c56bd.jpg?1629928024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans ce long entretien, David McNally, auteur de &lt;i&gt;Global Slump&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;traduction fran&#231;aise : &#171; Crise globale &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (PM Press, 2010) revient sur les origines de la premi&#232;re grande crise du capitalisme du XXIe si&#232;cle et sur ses cons&#233;quences pour le d&#233;veloppement des r&#233;sistances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les premiers signes de la crise &#233;conomique mondiale que ton livre analyse se sont clairement fait sentir il y a quatre ans, durant l'&#233;t&#233; 2007. En quoi est-il toujours pertinent de tenter de cerner les causes et cons&#233;quences de cette crise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il est important d'analyser cette crise et de comprendre ses racines profondes car plusieurs &#233;l&#233;ments indiquent que ce n'est pas une r&#233;cession comme les autres. Il s'agit d'une crise syst&#233;mique, en d'autre mot une p&#233;riode de profonde instabilit&#233; dans le processus d'accumulation du capital qui perdurera pendant plusieurs ann&#233;es, nonobstant les oscillations tant&#244;t positives, tant&#244;t n&#233;gatives de certains indicateurs &#233;conomiques. On a souvent tendance &#224; oublier que ce fut aussi le cas lors de la Grande D&#233;pression : il y eu une chute marqu&#233;e de l'activit&#233; &#233;conomique de 1929 &#224; 1933, suivie d'une reprise de quatre ans de 1933 &#224; 1937, avant que l'&#233;conomie ne chute &#224; nouveau. Mais nous sommes tous d'accord sur le fait que tous ces mouvements form&#232;rent tout de m&#234;me un ensemble, une p&#233;riode distincte au cours de laquelle le capitalisme fut incapable de d&#233;passer une s&#233;rie de contradictions. Depuis 2007, le capitalisme est entr&#233; dans un moment historique du m&#234;me type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre cela, nous devons analyser les causes profondes de la crise. Car s'il est vrai que nous avons pu assister &#224; une tr&#232;s faible reprise fin 2009 et d&#233;but 2010, elle s'est limit&#233;e &#224; une r&#233;cup&#233;ration de la profitabilit&#233; mais n'a eu des r&#233;percussions que tr&#232;s faibles sur l'embauche et les salaires. Si on replace cette crise dans la longue p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale qui a d&#233;but&#233; &#224; la fin de la r&#233;cession de 1982, il appara&#238;t que ce fut une p&#233;riode d'expansion qui a produit un profond probl&#232;me de suraccumulation que la r&#233;cession de 2008-2009 n'a pas r&#233;ussi &#224; r&#233;gler. Et, comme pour la p&#233;riode des ann&#233;es 1970 et des ann&#233;es 1930, il faudra plus ou moins une d&#233;cennie, pour que le capitalisme puisse r&#233;soudre le probl&#232;me. Bien s&#251;r notre espoir est qu'il ne pourra le faire par lui-m&#234;me et que des mouvements de r&#233;sistance vont &#233;merger pour faire &#233;merger une alternative au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les turbulences des derniers mois, li&#233;es aux crises de la dette souveraine de la Gr&#232;ce et d'autres pays europ&#233;ens tels que l'Irlande, le Portugal, l'Espagne et l'Italie laissent craindre que la crise puisse en effet perdurer. S'agit-il d'une nouvelle &#233;tape de la m&#234;me crise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sauvetage des banques qui a d&#233;but&#233; en 2008 et a mobilis&#233; plusieurs milliers de milliards de dollars n'est pas termin&#233;. Conjugu&#233; au effets d'une contraction &#233;conomique ayant r&#233;duit les revenus des gouvernements, ce sauvetage a contribu&#233; &#224; une forte hausse de la dette publique. Il se poursuit aujourd'hui via des &#171; plans d'aide &#187; aux &#201;tats faisant face &#224; une crise de la dette publique et qui s'accompagnent de coupes dans les caisses de retraite, dans l'&#233;ducation, les programmes sociaux et l'emploi public affectant la vie de millions d'individus. Fondamentalement, ces politiques visent &#224; transf&#233;rer des fonds publics vers les banques et la finance en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mi-2011, les banques allemandes avaient pr&#234;t&#233; l'&#233;quivalent d'environ 170 % de leur capital aux gouvernements grecs, irlandais, portugais et espagnol. L'&#233;quivalent d'environ 100 % du capital d&#233;tenu par les banques fran&#231;aises &#233;tait aussi expos&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les donn&#233;es rassembl&#233;es par Martin Wolf, &#171; The Eurozone after (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces chiffres augmentent consid&#233;rablement si on prend en compte l'Italie. Parall&#232;lement, les banques am&#233;ricaines sont en possession de titres de la dette publique de ces cinq &#233;conomies europ&#233;ennes &#224; hauteur de 700 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'un d&#233;faut de paiement de la part de la Gr&#232;ce semble in&#233;vitable, un tel sc&#233;nario va d&#233;clencher une s&#233;rie de crises et de nouveaux d&#233;fauts de paiement menant &#224; la faillite de certaines banques. Des pertes de plusieurs milliards de dollars pour les banques apparaissent aussi de plus en plus probables. C'est la raison pour laquelle les actions de banques telles que BNP Paribas et la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale ont chut&#233; si fortement au cours des derniers mois. Et c'est aussi pour cela que de tr&#232;s grandes soci&#233;t&#233;s, banques et autres fonds d'investissement ont retir&#233; leurs avoirs des banques europ&#233;ennes. Bref, nous sommes &#224; l'aube d'une nouvelle crise financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Banque centrale europ&#233;enne, le FMI et les grandes puissances europ&#233;ennes affirment vouloir sauver de la faillite des pays tels que la Gr&#232;ce, l'Irlande ou le Portugal. Mais la priorit&#233; demeure les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s des banques. Il faut suivre le chemin emprunt&#233; par l'argent octroy&#233; par l'Europe et le FMI : lorsque les gouvernements endett&#233;s re&#231;oivent des centaines de milliards en nouveaux pr&#234;ts, cet argent est imm&#233;diatement transf&#233;r&#233; vers les coffres des banques priv&#233;es afin de rembourser des dettes contract&#233;es par le pass&#233;. Les banques sont ainsi une fois de plus sauv&#233;es par le peuple. Tout comme lors de la crise des institutions financi&#232;res de 2008-2009, les profits des banques sont privatis&#233;s alors que leurs pertes sont assum&#233;es par les budgets publics. Il ne s'agit pas vraiment de libre-march&#233;. Mais c'est une excellente affaire pour les banquiers !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les obstacles &#224; une &#171; cr&#233;ation destructive &#187; qui pourrait mener &#224; une reprise &#233;conomique soutenue ? Tu as mentionn&#233; les ann&#233;es 1970. Un des facteurs d&#233;terminants ayant permis de sortir de cette crise a &#233;t&#233; le choc mon&#233;taire de Volcker et la d&#233;faite politique des travailleur&#183;ses dans les pays du Nord. Est-ce qu'un tel &#171; rem&#232;de &#187; pourrait &#224; nouveau &#234;tre ass&#233;n&#233; &#224; cette classe et serait-il suffisant pour relancer le processus d'accumulation de fa&#231;on soutenue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, la classe des travailleur&#183;ses subit &#224; nouveau un assaut d'une grande ampleur. Il suffit d'observer ce qui se passe aux &#201;tats-Unis o&#249; l'organisation du mouvement ouvrier est la plus faible par rapport aux autres pays du Nord : il y a eu des destructions massives d'emploi, mais aussi une &#233;norme augmentation de la productivit&#233; du travail qui se traduit par une chute du co&#251;t unitaire de production d'environ 5 % en 2009, ce qui signifie qu'il en co&#251;te environ 5 % moins aux capitalistes pour produire un bien ou un service donn&#233;. C'est une diminution &#233;norme. Plusieurs des m&#233;thodes n&#233;o-lib&#233;rales &#8211; augmentation du rythme du travail, production &#171; juste-&#224;-temps &#187;, etc. &#8211; que les capitalistes ont utilis&#233;es depuis 30 ans s'intensifient. Les travailleur&#183;ses doivent faire face &#224; cette reconfiguration des processus de travail alors m&#234;me que, dans la plupart des pays du Nord , leur organisation collective s'est consid&#233;rablement affaiblie par rapport &#224; ce qu'elle &#233;tait lors de la crise des ann&#233;es 1970. &#201;videmment, le capital profite de cette position de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on oublie souvent que le capitalisme ne peut se sortir d'une crise simplement en intensifiant l'exploitation du travail. Cela peut restaurer les profits et mettre fin &#224; la s&#233;rie de faillites d'entreprises li&#233;e &#224; la crise. Mais pour se sortir d'une crise dont les germes se trouvent dans la longue p&#233;riode de croissance qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e, le capitalisme a besoin de d&#233;truire beaucoup de capital suraccumul&#233; &#8211; c'est-&#224;-dire qu'il doit se d&#233;partir de beaucoup d'usines, de mines, de tours &#224; bureaux, de centre commerciaux, etc., qui ne peuvent plus &#234;tre utilis&#233; de mani&#232;re profitable. C'&#233;tait l&#224; un des probl&#232;mes auxquels voulait r&#233;pondre le choc mon&#233;taire de Volcker en 1979 : face &#224; la hausse massive des taux d'int&#233;r&#234;ts, les capitalistes qui ne pouvaient payer leurs dettes ont fait faillite et une restructuration du capital a &#233;t&#233; ainsi impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la crise actuelle, nous n'avons eu pour l'instant qu'une restructuration de ce genre tr&#232;s r&#233;duite et limit&#233;e &#224; certaines parties des &#201;tats-Unis. Quelques usines automobiles ont ferm&#233;, mais, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, tr&#232;s peu a &#233;t&#233; fait pour restructurer le capital. En Europe et au Japon il n'y a pratiquement pas eu de destruction de capital exc&#233;dentaire. Il n'y en a pas eu davantage en Chine o&#249;, au contraire, des investissements massifs ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s venant encore aggraver le probl&#232;me. Les grandes restructurations restent donc devant nous : en plus d'une augmentation de l'exploitation des travailleur&#183;ses, de nombreuses fermetures d'usines seront n&#233;cessaire avant que le syst&#232;me puisse retrouver une croissance &#233;conomique prolong&#233;e et soutenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une simple statistique permet d'illustrer le probl&#232;me. Le programme de relance &#233;conomique chinois a &#233;t&#233;, toutes proportions gard&#233;es, beaucoup plus important que celui de Bush et d'Obama aux &#201;tats-unis. Parmi les mesures comprises dans ce programme, certaines ont conduit &#224; une augmentation des capacit&#233;s annuelles de production d'acier de 15 millions de tonnes. La Chine poss&#233;dait d&#233;j&#224; une surcapacit&#233; de 150 millions de tonnes, leurs capacit&#233;s exc&#233;dentaires atteignent d&#233;sormais 200 millions de tonnes, soit autant que l'ensemble des capacit&#233;s de production de l'Union Europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penchons-nous maintenant sur les causes de la crise. La Grande D&#233;pression des ann&#233;es 1930 a &#233;t&#233; associ&#233;e &#224; la sp&#233;culation financi&#232;re, au crash financier du &#171; Lundi noir &#187; d'octobre 1929, qui a marqu&#233; l'imagination collective. Et la m&#234;me chose semble se produire avec la pr&#233;sente crise &#233;conomique. Pourquoi penses-tu que les explications de la crise identifiant la sp&#233;culation financi&#232;re comme cause premi&#232;re, voire unique, sont insatisfaisantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs raisons. Une premi&#232;re est simplement empirique. Les historiens de la Grande D&#233;pression nous montrent que la production industrielle a commenc&#233; &#224; chuter en 1928, avant m&#234;me l'effondrement boursier de 1929. Il y eu d'autres chocs financiers, dans les ann&#233;es 1920, par exemple en 1927, qui n'enclench&#232;rent pas de grandes r&#233;cessions, parce que la profitabilit&#233; demeurait robuste &#224; ce moment. De fa&#231;on similaire, en ce qui concerne la crise actuelle, on peut noter que les taux de profits ont plafonn&#233; d&#232;s 2006 aux &#201;tats-Unis. Cela a fait en sorte que le syst&#232;me est devenu plus vuln&#233;rable &#224; un choc financier. Les indicateurs &#233;conomiques nous montrent aussi que le ralentissement de l'activit&#233; &#233;conomique est intervenu, dans le secteur manufacturier notamment, avant l'&#233;clatement de la bulle immobili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, l'&#233;clatement de cette bulle immobili&#232;re a d&#233;but&#233; dans les lieux o&#249; les effets de ce ralentissement de l'activit&#233; &#233;conomique se ressentaient d&#233;j&#224; fortement. D&#233;troit en est un excellent exemple. Les pertes d'emplois dans cette ville ont eu pour cons&#233;quence qu'un nombre croissant de d&#233;biteurs de subprimes n'&#233;taient plus en mesure de s'acquitter de leur dette. Ainsi, la hausse du ch&#244;mage, qui s'est amorc&#233;e en 2007 a nourri l'augmentation des d&#233;fauts de paiement. Les diff&#233;rents facteurs sont donc interconnect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, sur un plan th&#233;orique, je trouve insatisfaisante la th&#232;se selon laquelle la &#171; d&#233;r&#233;gulation &#187; financi&#232;re est la cause de la crise car elle pr&#233;sume que ce sont les politiques permettant cette d&#233;r&#233;gulation qui sont l'&#233;l&#233;ment d&#233;terminant dans l'&#233;volution &#233;conomique au cours de la p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale. Au contraire, comme je l'explique dans Global Slump, la d&#233;r&#233;gulation a suivi l'internationalisation de la finance, plut&#244;t qu'elle ne l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e. Au moment o&#249; la d&#233;r&#233;gulation s'est vraiment mise en branle, les corporations multinationales qui doivent s'adonner &#224; des activit&#233;s financi&#232;res dans divers march&#233;s nationaux et diverses juridictions et zones mon&#233;taires, misaient d&#233;j&#224; sur les avantages que leur procuraient la finance off-shore. &#192; partir des ann&#233;es 1960, elles &#233;changeaient d&#233;j&#224; sur le march&#233; des eurodollars (op&#233;rations en dollars en Europe qui &#233;chappent tant &#224; la r&#233;gulation du gouvernement am&#233;ricain qu'&#224; celle des autorit&#233;s europ&#233;ennes). Cela n'&#233;tait pas le r&#233;sultat d'une lib&#233;ralisation des march&#233;s financiers. Cela d&#233;coulait du r&#244;le central du dollar am&#233;ricain dans l'&#233;conomie mondiale et du fait qu'il circulait massivement hors des fronti&#232;res des &#201;tats-Unis. Les firmes multinationales ont alors cherch&#233; &#224; obtenir des financements &#224; des taux plus int&#233;ressant que ceux pratiqu&#233;s aux &#201;tats-Unis ou au Royaume-Uni. Ce fut seulement lorsque les banques op&#233;rant dans le cadre r&#233;gul&#233; des juridictions nationales r&#233;alis&#232;rent leur d&#233;savantage face &#224; celles intervenant sur le march&#233; des eurodollars qu'elles commenc&#232;rent &#224; exiger des politiques de d&#233;r&#233;gulation. La plus grande partie de cette d&#233;r&#233;gulation a r&#233;ellement d&#233;but&#233; &#224; la toute fin des ann&#233;es 1970 et n'a pris son v&#233;ritable envol qu'au cours des ann&#233;es 1980. Ma position est donc que cette d&#233;r&#233;gulation est une r&#233;action &#224; cette mondialisation du capital manufacturier et financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu critiques les analyses qui, comme celle d&#233;velopp&#233;e par Robert Brenner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Brenner, The Economics of Global Turbulence, Verso Books, New York, 2006.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pr&#233;sentent la crise actuelle comme l'aboutissement d'une chute du taux de profit menant &#224; un ralentissement &#233;conomique remontant aux ann&#233;es 1970. En quoi ta propre compr&#233;hension de la p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale du capitalisme diverge-t-elle d'une telle lecture de l'&#233;volution &#233;conomique des derni&#232;res d&#233;cennies ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Ce n'est pas que je crois que l'&#233;volution du taux de profit ne soit pas importante &#8211; je crois au contraire que c'est un &#233;l&#233;ment essentiel. Mais il existe une s&#233;rie de probl&#232;mes associ&#233;s au type d'analyses produites par Brenner et par d'autres. Le premier est qu'on peut constater, &#224; partir de donn&#233;es recueillies par Brenner lui-m&#234;me, une remont&#233;e du taux de profit &#224; partir de 1982. Il y a eu une chute aux alentour de 1987 et ensuite une nouvelle remont&#233; jusqu'aux abords de la crise actuelle, en 2006. La raison pour laquelle Brenner et d'autres analystes insistent sur la faiblesse probl&#233;matique du taux de profit au cours de cette p&#233;riode d&#233;coule du fait qu'ils le comparent &#224; celui qui pr&#233;valait au cours des ann&#233;es 1950 et au d&#233;but des ann&#233;es 1960. De leur point de vue, si les taux actuels ne sont pas aussi &#233;lev&#233;s que ceux d'alors, c'est qu'il y a crise. Je crois quant &#224; moi qu'il s'agit l&#224; d'un raisonnement a-historique. La p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre a &#233;t&#233; exceptionnelle et pr&#233;c&#233;d&#233;e du plus grand &#233;pisode de destruction de capitaux de l'histoire du syst&#232;me sous l'effet combin&#233; de la Grande D&#233;pression et de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, qui ont &#233;t&#233; suivies d'une p&#233;riode d'expansion &#233;conomique spectaculaire au cours de laquelle le capital a d&#251; &#234;tre reconstruit &#224; l'&#233;chelle mondiale. Cette p&#233;riode d'expansion exceptionnelle ne peut servir de point de r&#233;f&#233;rence pour juger des la profitabilit&#233; des derni&#232;res d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, affirmer qu'il y aurait eu une crise au cours des quarante derni&#232;res ann&#233;es nous fait perdre de vue le dynamisme du capitalisme au cours de cette p&#233;riode. Ceci ne correspond pas &#224; notre exp&#233;rience historique pour plusieurs raisons. D'abord, nous avons v&#233;cu, au cours de ces d&#233;cennies, une r&#233;volution technologique, surtout articul&#233;e &#224; la micro&#233;lectronique et &#224; l'ordinateur digital, qui a notamment profond&#233;ment transform&#233; les processus de production, mais aussi la vie quotidienne qui est envahie pour toute une s&#233;rie d'appareil &#233;lectroniques (t&#233;l&#233;phones portables, iPads, ordinateurs portables, etc.). Ensuite, l'analyse de Brenner passe sous silence le fait qu'une r&#233;gion enti&#232;re du globe est devenue un nouveau p&#244;le d'accumulation : l'Asie de l'Est, et tout particuli&#232;rement la Chine. Jusqu'&#224; l'&#232;re n&#233;o-lib&#233;rale, on peut dire que le Japon &#233;tait une exception dans cette r&#233;gion. Ce n'est plus le cas, la r&#233;gion dans son ensemble est devenue le p&#244;le d'accumulation capitaliste le plus dynamique du monde. En ne consid&#233;rant que les &#201;tats-Unis, l'Allemagne et le Japon, Brenner tend &#224; ignorer l'essor de cette nouvelle zone d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a &#233;t&#233; tr&#232;s dynamique au cours de la p&#233;riode 1982-2007, ce qui ne veut pas dire qu'il n'a pas connu de crises. Le syst&#232;me a travers&#233; des crises &#8211; et il n'y a l&#224; rien de surprenant tant dynamisme et instabilit&#233; du capitalisme vont de pair &#8211; mais il a aussi connu un processus de restructuration technologique et g&#233;ographique en profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu mentionnes dans ton livre que le capitalisme n&#233;o-lib&#233;ral comporte trois dimensions fondamentales : la cr&#233;ation du nouveau p&#244;le d'accumulation que tu viens de mentionner, la d&#233;faite politique de la classe des travailleur&#183;ses et l'intensification de son exploitation, ainsi qu'un transfert massif de richesses des pays du Sud vers ceux du Nord. Ces trois facteurs r&#233;unis ont permis une reprise de la croissance qui, &#224; son tour, a jet&#233; les bases d'une nouvelle crise, dans laquelle nous sommes plong&#233;s depuis 2007. Comment expliques-tu cette imbrication de la croissance et de la tendance &#224; la r&#233;surgence d'une crise la compromettant ? En quoi Marx est-il utile pour comprendre cette relation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partir de Marx est crucial pour r&#233;pondre &#224; cette question. Marx constate que la marchandise a un double caract&#232;re. Il s'agit tout &#224; la fois d'une valeur d'usage, qui satisfait un besoin humain, et d'une valeur, ou valeur d'&#233;change, qui peut &#234;tre &#233;chang&#233;e contre de l'argent. Le capitalisme implique donc ce ph&#233;nom&#232;ne tr&#232;s contradictoire suivant lequel on ne peut obtenir les valeurs d'usages qui permettent le maintien de la vie humaine que sous la forme de valeurs d'&#233;changes. C'est-&#224;-dire qu'on doit acc&#233;der au march&#233; pour se les procurer. Il s'agit l&#224; du r&#233;sultat des processus de d&#233;possession associ&#233;s au capitalisme qui d&#233;tachent les gens des moyens n&#233;cessaires pour produire par eux-m&#234;mes ces valeurs d'usage &#8211; notamment l'expropriation des paysans de leur terre avec les enclosures qui les priv&#232;rent d'acc&#232;s aux terres communes. Une fois mis en place, ce syst&#232;me contradictoire fait en sorte que la force motrice du mode de production devient la profitabilit&#233; et l'accumulation d'argent. La comp&#233;tition pousse les capitalistes &#224; accumuler de fa&#231;on syst&#233;matique, faute de quoi ils seront pouss&#233;s &#224; la faillite, surpass&#233;s par leurs concurrents devenu plus performants car ils ont davantage investi. Tous les capitalistes tentent donc de battre la comp&#233;tition en puisant dans leurs profits afin de les r&#233;investir et de les transformer en de nouveaux moyens de production, en se procurant la technologie la plus avanc&#233;e afin de produire les m&#234;me biens et services un peu plus rapidement et &#224; des co&#251;ts un peu moindre que leurs concurrents. Mais, bien s&#251;r, s'ils et elles font tout cela, et si tout ce qui les int&#233;resse n'est pas la valeur d'usage qui satisfait des besoins humains, mais bien la production pour le profit, on peut alors facilement comprendre qu'apr&#232;s un long cycle d'accumulation les capitalistes vont se retrouver dans une situation o&#249; ils ont cr&#233;&#233; trop d'usines, de mines, de centres d'achat, de McDonalds, etc. dont les produits ne peuvent plus &#234;tre absorb&#233;s par le march&#233;. C'est une situation classique de suraccumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre aspect du probl&#232;me, est la propension &#224; la m&#233;canisation de la production qui implique une forme de course &#224; la technologie la plus avanc&#233;e. Celle-ci tend &#224; remplacer des travailleur&#183;ses par des machines. Je ne veux pas dire que &#231;a implique n&#233;cessairement une r&#233;duction absolue de la main-d'&#339;uvre &#8211; bien que ce soit possible, comme le montre la vague de d&#233;sindustrialisation qui a frapp&#233; le Canada, les &#201;tats-Unis ainsi que certains pays europ&#233;ens au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Mais, en tous cas, cette main-d'&#339;uvre aura tendance &#224; cro&#238;tre moins rapidement que ce que Marx appelle le capital constant &#8211; la machinerie, l'&#233;quipement de production, les &#233;difices, etc.. Comme seul le travail vivant produit de nouveaux profits, ironiquement, &#224; travers cette comp&#233;tition maniaque pour la saisie de parts de march&#233;, les capitalistes sapent ce qui sous-tend la profitabilit&#233;. Ceci produit donc une autre tendance qui pressurise les profits &#224; la baisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'analyse de Marx est beaucoup plus complexe que ne laisse croire le r&#233;sum&#233; que je viens d'en faire. Il identifie avec raison toute une vari&#233;t&#233; de contre-tendances qui contribuent &#224; renforcer les taux de profit. Toutes ces tendances et contre-tendances agissent simultan&#233;ment et sont inter-reli&#233;es, mais &#224; certains moments une tendance ou une autre devient dominante. Sur une longue p&#233;riode d'accumulation, il existe des p&#233;riodes-charni&#232;res aux cours desquelles la tendance &#224; la r&#233;duction relative du travail vivant utilis&#233; dans la production tend &#224; dominer, ce qui m&#232;ne &#224; une baisse de profitabilit&#233;. En parall&#232;le, la tendance &#224; la suraccumulation pressurise aussi les profits, puisqu'elle force les capitalistes &#224; tenter d'augmenter leurs ventes fr&#233;n&#233;tiquement. Ainsi, quelqu'un voulant acheter une automobile en ce moment sera bombard&#233; d'offres et autres rabais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux tendances &#8211; &#224; la suraccumulation et &#224; la baisse relative du travail vivant utilis&#233; dans la production &#8211; sont donc des &#233;l&#233;ments imbriqu&#233;s des contradictions du capitalisme. L'analyse de Marx demeurent pertinente dans la mesure o&#249; elle est la seule qui permet r&#233;ellement de saisir le caract&#232;re contradictoire inh&#233;rent de l'accumulation capitaliste. Mais aussi parce qu'elle &#233;claire des &#233;v&#233;nements tels que la derni&#232;re crise davantage que toute autre th&#233;orie disponible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu expliques dans ton livre que ces tendances d&#233;bouchant p&#233;riodiquement sur des probl&#232;mes de profitabilit&#233; sont aussi &#224; relier &#224; une transformation structurelle de la finance au cours des derni&#232;res d&#233;cennies. Peux-tu nous expliquer plus en d&#233;tail la nature de cette transformation ainsi que ses cons&#233;quences ? En quoi est-ce que ta position sur ce probl&#232;me diverge de la th&#232;se de l'h&#233;g&#233;monie du capital financier d&#233;velopp&#233;e par Dum&#233;nil et L&#233;vy ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis d'accord avec l'id&#233;e qu'un processus de financiarisation est advenu au cours de la p&#233;riode n&#233;o-lib&#233;rale. Mais, je ne crois pas que la th&#232;se de la &#171; d&#233;r&#233;gulation &#187; soit tr&#232;s convaincante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plus grande partie de l'histoire du capitalisme, la monnaie, et particuli&#232;rement la monnaie mondiale, la devise mondialement dominante, a &#233;t&#233; rattach&#233;e &#224; une marchandise ou une autre. Le plus souvent, ce fut l'or. &#199;a n'a pas &#224; &#234;tre l'or, et Marx en &#233;tait bien conscient. Mais &#224; partir des ann&#233;es 1850, le capitalisme avait clairement opt&#233; pour l'&#233;talon-or. Au cours du si&#232;cle qui a suivi, il pr&#233;serva de diff&#233;rentes mani&#232;res cet &#233;talon-or. Apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, la devise dominante &#8211; le dollar am&#233;ricain &#8211; pouvait &#234;tre &#233;chang&#233;e pour de l'or : les banques centrale hors des &#201;tats-Unis pouvaient obtenir de l'or en &#233;change des dollars qu'elles d&#233;tenaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci changea en 1971 lorsque les &#201;tats-Unis ne purent plus se permettre d'assurer la conversion de dollars en or, dans la mesure o&#249; leurs r&#233;serves d'or &#233;taient insuffisantes pour satisfaire les demandes de conversion dont le rythme s'acc&#233;l&#233;rait. Nixon a alors mis fin &#224; cette convertibilit&#233;, et a annonc&#233; que le dollar ne serait plus rattach&#233; &#224; la valeur de l'or. Ceci eut plusieurs cons&#233;quences, mais la plus importante, selon moi, fut que les valeur des devises sont alors devenues beaucoup plus volatiles qu'auparavant. Le syst&#232;me de l'&#233;talon-or de Bretton Woods assurait que les devise demeuraient dans un rapport tr&#232;s stable entre elles sur de longues p&#233;riodes. Ceci signifiait qu'une personne transf&#233;rant son capital d'un pays &#224; l'autre n'avait pas &#224; se soucier du risque qu'une d&#233;valuation soudaine puisse brutalement d&#233;valoriser son investissement. Apr&#232;s 1971, il n'y avait plus de telles garanties. En cons&#233;quence, on a assist&#233; &#224; un &#233;norme processus d'ing&#233;nierie financi&#232;re ; les banques et d'autres institutions financi&#232;res se sont mises &#224; d&#233;velopper des instruments visant &#224; limiter les risques li&#233;s &#224; cette volatilit&#233;. En clair, je peux maintenant acheter une forme de police d'assurance qui me prot&#232;ge des variations importantes d'une devise ou d'une autre. Quelqu'un peut me garantir, par exemple, que je pourrai racheter mes dollars en yen , ou en euros, etc. &#224; un prix fixe, peu importe les fluctuations de la valeur de ces devises sur les march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces instruments financiers sont appel&#233;s produits d&#233;riv&#233;s et il faut bien s&#251;r payer pour les obtenir. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il s'agit d'une police d'assurance peu co&#251;teuse. Mais certains investisseurs ont rapidement d&#233;couvert que ces instruments con&#231;us pour r&#233;duire le risque, qui sont en fait des paris sur le futur, pouvaient &#234;tre utilis&#233;s pour sp&#233;culer. On peut ainsi faire des paris &#233;normes sur le mouvement de devises, mais aussi sur l'or, le p&#233;trole, les denr&#233;es alimentaires, et sur n'importe quelle marchandise. Et pas seulement des marchandises : Enron &#224; la fin des ann&#233;es 1990 s'est mis &#224; faire des affaires en or gr&#226;ce &#224; des produits d&#233;riv&#233;s li&#233;s &#224; la m&#233;t&#233;o. En effet, la m&#233;t&#233;o affecte la production d'oranges en Floride ou la quantit&#233; d'hydro-&#233;lectricit&#233; n&#233;cessaire pour alimenter l'air climatis&#233; durant l'&#233;t&#233; en Californie, ce qui a aussi un impact sur le prix du p&#233;trole...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc vrai que la cr&#233;ation de ces instruments financiers a engendr&#233; beaucoup de sp&#233;culation, ce que l'on nomme souvent la &#171; financiarisation &#187;. Et je suis d'accord avec l'id&#233;e selon laquelle le secteur financier est devenu beaucoup plus vaste et qu'il concentre une plus grande part des profits totaux. Mais je rejette l'id&#233;e que ce soit la cons&#233;quence d'un &#171; coup de force &#187; foment&#233; par la finance, comme l'affirment notamment Dum&#233;nil et L&#233;vy. Je crois plut&#244;t que la cause fondamentale de cette financiarisation est la fin de la convertibilit&#233; du dollar en or et la volatilit&#233; des diff&#233;rentes devises nationales qui en a r&#233;sult&#233; et qui a men&#233; au d&#233;veloppement de tous les d&#233;riv&#233;s qui existent aujourd'hui. Je ne crois donc pas qu'on puisse dire que les capitalistes financiers aient impos&#233; leur h&#233;g&#233;monie. En fait, des firmes manufacturi&#232;res majeures se sont elles aussi lanc&#233;es dans cette orgie de sp&#233;culation. Ford, General Motors, General Electrics, Volkswagen, etc., investissent toutes dans les produits d&#233;riv&#233;s. Le probl&#232;me ne r&#233;side pas tant dans le capital financier en lui-m&#234;me qu'en des changements structuraux du capitalisme qui ont rendu certaines formes de profits sp&#233;culatifs plus faciles &#224; r&#233;aliser. Ce n'est bien entendu pas fortuit qu'elle ait d&#233;but&#233; dans le secteur financier, au sein du march&#233; des pr&#234;ts hypoth&#233;caires aux &#201;tats-Unis. Tr&#232;s rapidement, les banques et autres institutions financi&#232;res qui vendaient ces instruments financiers sophistiqu&#233;s ont d&#233;couvert qu'on pouvait faire la m&#234;me chose avec des pr&#234;ts hypoth&#233;caires, ce qui a plu aux investisseurs qui percevaient alors l'investissement immobilier comme un investissement s&#251;r. Ceci, on le sait, a men&#233; &#224; la plus grande bulle immobili&#232;re de l'histoire, dont l'explosion a laiss&#233; de nombreuses personnes qui croyaient que cette bulle ne pouvait pas exploser en possession d'actifs financiers toxiques. Les grandes banques d'investissement ne furent pas toutes &#233;pargn&#233;es puisque certaines furent contraintes &#224; la faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu tentes d'explorer la relation dialectique, la relation interne, qui existe entre cette tendance &#224; la financiarisation, &#224; l'essor de bulles sp&#233;culatives, d'une part, et la tendance &#224; la suraccumulation et &#224; la baisse du taux de profit, d'autre part. Peux-tu nous parler de la fa&#231;on dont tu per&#231;ois cette relation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Durant le boom &#233;conomique de 1982-2007, on a pu observer une remont&#233;e prolong&#233;e du taux de profit sur les nouveaux investissements de capitaux, parall&#232;lement &#224; une profonde restructuration de la production avec le d&#233;veloppement et l'usage de nouvelles technologies. Les &#201;tats-Unis, par exemple , ont perdu 300 000 emploies dans l'industrie de l'acier, alors que cette industrie continue de produire des quantit&#233;s massive d'acier. On obtient donc une production de biens beaucoup plus &#233;lev&#233;e relativement &#224; la main-d'&#339;uvre utilis&#233;e pour la r&#233;aliser. On a ensuite un boom d'investissements associ&#233; aux nouvelles technologies dans les pays du Nord et un mouvement massif de capitaux vers les r&#233;gions &#224; bas salaires des pays du Sud. La Chine fut le pays central dans ce mouvement, mais il faut aussi consid&#233;rer les maquilladoras du Mexique, ainsi que les investissement allemands, par exemple, en ancienne R&#233;publique d&#233;mocratique allemande et dans l'ancien Bloc de l'Est, ou encore les zones franches &#233;mergeant au Proche et Moyen-Orient, par exemple en &#201;gypte. Il s'agit l&#224; d'une r&#233;organisation g&#233;ographique du capitalisme et du d&#233;veloppement de nouveaux centres d'accumulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un nouveau cycle de suraccumulation peut facilement &#233;merger de ces transformations. Tout le monde se rue dans la m&#234;me direction : Volkswagen, Ford, General Motors, Toyota, Microsoft, Dell, Samsung, etc. se dirigent toutes vers la Chine pour construire de nouvelles usines. La plupart du temps elles font cela sans fermer leurs installations dans leur pays d'origine. T&#244;t ou tard, on obtient donc une capacit&#233; de production excessive. Il s'agit l&#224; de la premi&#232;re partie de l'histoire &#8211; une suraccumulation de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r, en parall&#232;le, on a aussi une destruction massive d'emplois li&#233;e aux nouvelles technologies et &#224; l'informatisation de la production. Ceci est &#224; relier &#224; la production &#171; juste-&#224;-temps &#187; et &#224; la &#171; lean production &#187; dont l'objectif est de minimiser le travail n&#233;cessaire pour la fabrication d'un produit. Une telle logique d'&#233;conomie de travail finit par conduire &#224; une pression &#224; la baisse sur les profits. Et les taux de profits aux &#201;tats-Unis ont en effet atteint un sommet en 2006, avant de chuter. Cela a plusieurs cons&#233;quences. D'abord, les firmes les moins performantes et les moins profitables sont fragilis&#233;es. Deuxi&#232;mement, cela les encourage &#224; contracter des dettes afin de demeurer comp&#233;titives. Mais d&#232;s que les march&#233;s financiers et les march&#233;s du cr&#233;dit font face &#224; une temp&#234;te, les banques, qui ont besoin de revenus pour se recapitaliser, refusent de faire rouler les cr&#233;dits qu'elles accordent habituellement aux firmes. Les entreprises les plus vuln&#233;rables sont alors dans l'incapacit&#233; de rembourser leurs dettes, entra&#238;nant des faillites en cascade. Ce ne sont pas simplement les banques qui ont provoqu&#233; la crise actuelle. On doit garder &#224; l'esprit que Chrysler et General Motors &#233;taient en faillite &#224; l'automne 2008 et que ceci &#233;tait directement li&#233; &#224; la dynamique que je viens de d&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent, lorsque les gens lisent Marx, elles et ils voient d'un c&#244;t&#233; une analyse de la suraccumulation et d'un autre c&#244;t&#233; une analyse de la tendance &#224; la baisse du taux de profit. Je consid&#232;re qu'il est impossible de s&#233;parer ces &#233;l&#233;ments. Il s'agit de diff&#233;rentes dimensions d'un m&#234;me processus &#8211; le processus par lequel la croissance &#233;conomique capitaliste mine elle-m&#234;me les conditions qui la sous-tendent. C'est ce qui fait la richesse de la th&#233;orie de Marx, elle permet de saisir des tendances distinctes d'un m&#234;me processus social global. Et je crois qu'il s'agit toujours de l'approche la plus fertile pour comprendre ce qui s'est pass&#233; depuis 2006 et 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains sugg&#232;rent que cette crise va affaiblir la classe et le mouvement des travailleur&#183;ses, ainsi que la r&#233;sistance sociale de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale. Il existe bien s&#251;r de nombreux arguments pour soutenir une telle position. Mais tu affirmes aussi dans ton livre que les crises sont des p&#233;riodes au cours desquelles la subordination du travail au capital doit &#234;tre r&#233;organis&#233;e et au cours desquelles, cons&#233;quemment, de nouveaux espaces et de nouvelles formes de r&#233;sistance peuvent &#233;merger. Peux-tu d&#233;velopper ce point ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laisse-moi d'abord aborder le probl&#232;me de fa&#231;on empirique et historique. Je crois que les donn&#233;es historiques montrent que les travailleur&#183;ses se sont battu&#183;es face aux cons&#233;quences de la grande r&#233;cession qui a d&#233;but&#233; en 2007, en faisant preuve d'une combativit&#233; renouvel&#233;e. On a par exemple assist&#233; &#224; la premi&#232;re occupation d'usine depuis des d&#233;cennies aux &#201;tats-Unis, dans l'entreprise Republic Windows and Doors, en d&#233;cembre 2008, alors que la crise s'intensifiait. Dans le sud de l'Ontario, o&#249; j'habite, cinq usines de fabrications de pi&#232;ces d'automobiles ont &#233;t&#233; occup&#233;es en r&#233;ponse &#224; des menaces de licenciement et de fermeture. Il y a eu des occupation similaires en Irlande, en &#201;cosse, en Angleterre. En France, il y aussi eu des s&#233;questrations de patrons. On a assist&#233; &#224; une dizaine de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales en Gr&#232;ce. Il y a eu d'&#233;normes mobilisations de masse dans les rues fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme j'aime le rappeler aux gens des pays du Nord, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ayant eu le plus de succ&#232;s au cours des derni&#232;res ann&#233;es a eu lieu en Guadeloupe et en Martinique au d&#233;but de l'ann&#233;e 2009. Il s'agissait de soul&#232;vements formidables contre un capitalisme raciste et n&#233;o-colonial qui ont permis a des coalitions sociales men&#233;es par des syndicats d'obtenir des augmentations de salaire de l'ordre de 200 euros par mois pour les travailleur&#183;ses les plus pauvres, ainsi que toute une s&#233;rie d'autres avanc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, on a pu assister au renversement de r&#233;gimes par des mouvements sociaux. Ce fut par exemple le cas en Tunisie o&#249;, &#224; un stade avanc&#233; de la r&#233;volution, des &#233;l&#233;ments radicaux ont pu prendre le contr&#244;le de l'Union g&#233;n&#233;rale tunisienne du travail, non pas au niveau de la direction nationale, mais &#224; la base et au niveau local de l'organisation. Ils ont ainsi pu lancer des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales dans diverses villes. Les commentateurs qui ont vraiment suivi de pr&#232;s le processus r&#233;volutionnaire en Tunisie ont pu comprendre qu'il s'agissait l&#224; de l'&#233;l&#233;ment-cl&#233; dans la chute de Ben Ali. De la m&#234;me fa&#231;on, je ne crois pas que ce soit une co&#239;ncidence que la chute de Moubarak en &#201;gypte soit advenue au cours d'une semaine o&#249; a d&#233;but&#233; une vague de gr&#232;ves de masses. En fait, la r&#233;volution &#233;gyptienne trouve ses racines dans une vagues de luttes ouvri&#232;res qui remonte &#224; 2004. Au moment de la chute de Moubarak, des dizaines, et peut-&#234;tre des centaines, des milliers de travailleur&#183;ses n'&#233;taient pas simplement en gr&#232;ve, mais participaient aussi &#224; des sit-ins, &#224; des blocages de routes, &#224; des combats contre les escouades polici&#232;res anti-&#233;meute, &#224; des occupations d'usines et d'h&#244;pitaux, &#224; un blocage du syst&#232;me d'autobus public du Caire, etc. Ce &#224; quoi on a donc pu assister repr&#233;sente une renaissance de luttes politiques de classe dans diff&#233;rentes parties du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il faudra aussi bien s&#251;r surveiller de pr&#232;s et participer aux campements qui ont &#233;merg&#233; &#224; travers le monde &#224; la suite du mouvement Occupy Wall Street.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, cependant, est que la plupart de ces mouvements n'ont pas r&#233;ussi a hausser leur r&#233;sistance et leur combativit&#233; au niveau n&#233;cessaire pour r&#233;pondre aux attaques auxquelles ils font face. On sait que le capitalisme est entr&#233; dans une phase d'aust&#233;rit&#233;. On nous annonce une d&#233;cennie ou plus de coupes dans les programmes sociaux afin de payer pour le renflouement des banques. Dans ce contexte, la classe dominante a d&#233;cid&#233; qu'elle pouvait faire face &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales d'une journ&#233;e sans broncher. &#199;a ne lui pla&#238;t pas, mais elle peut y survivre. De telles mobilisations, en elle-m&#234;me, ne la feront pas reculer. Il faut rappeler que la gr&#232;ve g&#233;n&#233;ral en Guadeloupe a dur&#233; quarante et un jours, et plus de trente jours pour celle en Martinique. Pour &#234;tre couronn&#233;e de succ&#232;s, ces luttes ont pris la forme de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales illimit&#233;s accompagn&#233;es d'actions insurrectionnelles dans les rues, incluant l'&#233;rection de barricades, des occupations d'usines, la mise sur pied de comit&#233;s de quartiers, etc. Bref, le d&#233;veloppement, si je puis m'exprimer ainsi, de formes embryonnaires de dualit&#233; du pouvoir, qui commencent &#224; remettre en question le contr&#244;le que le capital exerce sur la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements sociaux li&#233;s au monde du travail font face &#224; des d&#233;fis majeurs. S'ils n'arrivent pas &#224; d&#233;velopper de nouvelles formes de r&#233;sistance, ils se retrouveront dans une situation d&#233;sastreuse. Les vieilles m&#233;thodes de luttes ne vont plus &#234;tre suffisantes. Comme je l'ai dit, les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales d'une journ&#233;e ne vont plus suffire. Ils auront besoin de d&#233;velopper des formes de r&#233;sistance plus combatives, plus radicales et plus prolong&#233;es pour pouvoir bloquer les programmes d'aust&#233;rit&#233;. Mais il y a des signes d'espoir, dont ceux que j'ai d&#233;crits. On peut aussi &#234;tre encourag&#233; par la lutte qui a eu lieu au Wisconsin. Il faut reconna&#238;tre le caract&#232;re exceptionnel d'un mouvement qui a rassembl&#233; des dizaines de milliers de personnes en soutien &#224; l'occupation d'un &#233;difice parlementaire organis&#233; par les syndicats et visant &#224; bloquer un processus politique et &#224; pr&#233;server des droits syndicaux. Il faut noter que lorsque que Michael Moore s'est rendu en face du Capitole &#224; Madison, au Wisconsin, pour faire un discours devant une foule de 70 000 personnes, il a parl&#233; de ces gens rassembl&#233;s en les pr&#233;sentant comme des travailleur&#183;ses et a utilis&#233; un discours de classe. Ce &#224; quoi cette foule &#224; r&#233;pondu par des applaudissements approbatifs. Il faut aussi noter que ce mouvement fut marqu&#233; par une gr&#232;ve ill&#233;gale de dizaines de milliers d'enseignant&#183;es du secteur public. Tout cela repr&#233;sente des d&#233;veloppements tr&#232;s importants. Je suis bien d'accord pour dire que &#231;a ne suffit pas. Mais &#231;a nous montre qu'il existe des capacit&#233;s r&#233;elles de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi garder &#224; l'esprit que les cinq premi&#232;res ann&#233;es de la Grande D&#233;pression des ann&#233;es 1930 furent caract&#233;ris&#233;es par une relative passivit&#233; du mouvement ouvrier en Am&#233;rique du Nord, alors m&#234;me qu'une offensive patronale majeure faisait rage et que le ch&#244;mage atteignait des sommets. Les syndicats furent broy&#233;s, les gr&#232;ves d&#233;faites et le mouvement dans son ensemble enregistra de forts reculs. Mais &#224; la suite du travail des quelques radicaux qui lanc&#232;rent et men&#232;rent quelques petites gr&#232;ves victorieuses, la situation commen&#231;a &#224; s'inverser au cours de la deuxi&#232;me moiti&#233; de la d&#233;cennie. En 1937 &#233;mergea le mouvement du &#171; sit-in &#187; au cours duquel des travailleurs occup&#232;rent leurs usines et obtinrent d'importants droits syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moments de crise peuvent donc &#234;tre des mouvements o&#249; le capital se r&#233;invente pour d&#233;velopper une nouvelle strat&#233;gie d'accumulation, mais aussi au cours desquels les formes et les strat&#233;gies de luttes se r&#233;inventent. Il n'existe bien s&#251;r aucune garantie. Une telle r&#233;invention ne peut qu'&#234;tre le r&#233;sultat d'un dur travail de militant&#183;es de gauche s'organisant &#224; la base des mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les luttes contre les politiques d'aust&#233;rit&#233; dans un contexte de crise &#233;conomique prolong&#233;e pourraient-elles servir &#224; d&#233;velopper des id&#233;es et &#233;ventuellement des mouvements qui pourraient en venir &#224; remettre en question l'organisation capitaliste de l'&#233;conomie et de la soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que ceci doit se faire a des niveaux multiples. En partie, il faut agir au niveau id&#233;ologique et politique o&#249; on doit &#224; nouveau rendre cr&#233;dible des id&#233;es telles que la propri&#233;t&#233; sociale des moyens de production, du contr&#244;le d&#233;mocratique de la production exerc&#233; par les travailleur&#183;ses, du d&#233;passement du march&#233; comme instrument d'organisation &#233;conomique, etc. Pour la gauche, ceci implique aussi de d&#233;velopper un nouveau vocabulaire et de nouvelles fa&#231;ons d'exprimer les id&#233;es anti-capitalistes qui soient adapt&#233;es au contexte politique et culturel au sein duquel nous sommes plong&#233;s. Nous sommes au d&#233;but d'un tel processus. Nous ne devons pas simplement assumer que les slogans du pass&#233; auront n&#233;cessairement un &#233;cho au sein de mouvements sociaux offensifs qui pourraient r&#233;&#233;merger apr&#232;s trente ans de d&#233;faites. Prenons l'exemple des plans de sauvetage des banques. La gauche doit arriver &#224; d&#233;velopper un discours qui insiste sur le fait qu'on utilise des fonds publics afin de sauver des entreprises priv&#233;es et que celles-ci devront donc devenir des institutions publiques qui ne fonctionneront plus suivant un mod&#232;le de maximisation des profits mais qui r&#233;aliseront des investissements r&#233;pondant &#224; l'int&#233;r&#234;t public afin, par exemple, de construire les logements sociaux dont nous avons besoin, de d&#233;velopper des sources d'&#233;nergie renouvelables et de reconvertir les usines automobiles qui seront ferm&#233;es afin qu'elles produisent, par exemple, des panneaux solaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ensuite d&#233;velopper des formes institutionnelles &#224; l'aide desquelles la gauche pourra propager ces id&#233;es dans une partie plus large de la population. Lors d'une p&#233;riode de d&#233;faite, toute une s&#233;rie d'espaces sociaux &#224; travers lesquelles la gauche d&#233;veloppait et diss&#233;minait ses id&#233;es sont d&#233;truites. Il faut donc reconstruire ce que mon ami Alan Sears appelle des &#171; infrastructures de contestation &#187; : tous ces groupes et r&#233;seaux de base tels que les syndicats locaux, les comit&#233;s de quartiers, etc. o&#249; les gens peuvent se rassembler et parler de politique, &#233;changer des id&#233;es et d&#233;velopper des strat&#233;gies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut d&#233;velopper, parall&#232;lement &#224; tout cela, une nouvelle culture de r&#233;sistance. Il s'agit de faire de la politique de la r&#233;sistance un moment culturel de la vie des gens. Ceci prendra une forme musicale et impliquera le d&#233;veloppement de nouvelles formes d'art public. Toutes les grandes p&#233;riodes de soul&#232;vement de la gauche ont &#233;t&#233; accompagn&#233;es par de tels d&#233;veloppements de th&#233;&#226;tres de rue, de productions cin&#233;matographiques, de musiques, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi r&#233;aliser que lorsque des individus se joignent &#224; de nouveaux mouvements de masse, elles et ils ne cherchent pas n&#233;cessairement &#224; acqu&#233;rir une carte de membre d'un groupe sp&#233;cifique. Elles et ils pensent plut&#244;t &#224; se joindre &#224; la lutte dans la rue, dans leurs lieux de travail et dans leurs quartiers afin de faire partie de cette exp&#233;rience, de ce processus excitant leur permettant de reprendre le contr&#244;le de leur vie. C'est ce qui est arriv&#233; par exemple sur la place Tahrir au Caire. Les gens ont pu observer un tout nouvel ensemble de relations sociales. Les gens qui s'y sont rassembl&#233;s ont pu d&#233;velopper une conscience de leur propre pouvoir. Les gens d&#233;veloppent ainsi leurs capacit&#233;s non pas parce qu'on leur dit qu'elles et ils ont ces capacit&#233;, mais parce qu'elles et ils les d&#233;couvrent en en faisant l'exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;velopper cette nouvelle gauche, il est n&#233;cessaire que des groupes d'activistes ayant une connaissance des luttes pass&#233;es puisse la propager. Il ne s'agit pas d'affirmer que ces exp&#233;riences pass&#233;es puissent fournir toutes les r&#233;ponses &#224; nos questions. Mais leur connaissance nous permet d'imaginer des formes d'organisation de masse que la gauche n'a pas pu d&#233;velopper depuis un long moment. La gauche doit donc r&#233;fl&#233;chir aux moyens de s'&#233;manciper des marges de la vie politique afin de commencer &#224; jouer un r&#244;le modeste dans des mobilisations de masse. Il faut d'autant plus &#234;tre pr&#234;t &#224; cela que la crise conduit &#224; l'&#233;mergence de telles mobilisations un peu partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le contexte actuel de crise &#233;conomique prolong&#233;e, pourquoi est-il utile et n&#233;cessaire, de penser et d'organiser notre r&#233;sistance en terme de lutte de classes comme tu tentes de le faire dans ton livre et sur &lt;a href=&#034;http://www.davidmcnally.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ton blog&lt;/a&gt;, en analysant les mouvements sociaux qui ont &#233;merg&#233; en Bolivie, &#224; Oaxaca au Mexique, en Tunisie et en &#201;gypte au cours des derni&#232;res ann&#233;es ? En quoi le concept de classe est-il &#224; relier &#224; d'autres formes d'oppression dans la p&#233;riode actuelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une conclusion tr&#232;s importante qui doit ressortir de ce que j'ai dit pr&#233;c&#233;demment est que la gauche doit toujours remettre en question sa propre compr&#233;hension de ce que sont les classes. Trop souvent, la gauche pense &#224; partir de conceptions p&#233;rim&#233;es tir&#233;es d'une p&#233;riode historique sp&#233;cifique et nous agissons comme si ces construits historiques particuliers pouvaient &#234;tre extraits de leur contexte historique et comme si ces entit&#233;s &#8211; la classes des travailleur&#183;ses des ann&#233;es 1970, ou encore celle de 1937 ou de 1968 &#8211; existaient toujours aujourd'hui. Les classes sont des formations sociales historiques. J'aime toujours faire remarquer que la classe des travailleur&#183;ses d'aujourd'hui est plus globale, plus multi-ethnique, et plus genr&#233;e que jamais. Elle n'est pas form&#233;e en majorit&#233; de vieux hommes blancs. Les hommes blancs forme une tr&#232;s petite majorit&#233; de cette classe &#224; l'&#233;chelle mondiale. Au cours des vingt-cinq derni&#232;res ann&#233;es, la classe ouvri&#232;re est-asiatique est pass&#233; d'environ cent millions &#224; neuf cent millions de personnes. Les effectifs de cette classe ont au moins doubl&#233; &#224; l'&#233;chelle mondiale. On peut maintenant observer de nouvelles classes des travailleur&#183;ses massives en Indon&#233;sie, en Malaisie, en Chine, en Bolivie, en Argentine, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette &#233;volution, il m'appara&#238;t inimaginable qu'on puisse d&#233;velopper une analyse de classe qui ne soit pas &#224; la fois anti-raciste et f&#233;ministe. Nous devons par exemple &#234;tre conscient de l'oppression sp&#233;cifique des travailleur&#183;ses de couleur ici &#224; Toronto, qui forment maintenant une majorit&#233; de la classe de cette ville. Il y a aussi des secteurs entiers de l'&#233;conomie mondiale o&#249; les femmes forment une majorit&#233; de la main-d'&#339;uvre, et c'est parfois le cas dans certaines partie des pays du Nord. En cons&#233;quence, l'oppression de genre et son impact sp&#233;cifique sur le march&#233; du travail, sur les salaires, la s&#233;curit&#233; d'emploi, les cong&#233;s de maternit&#233;, etc. doit faire partie de la fa&#231;on dont nous comprenons et construisons notre politique de lutte des classes. C'est donc le premier point &#224; consid&#233;rer : la classe des travailleur&#183;ses a chang&#233; et la fa&#231;on dont nous la conceptualisons doit donc aussi changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas de doute que l'anti-racisme, l'anti-imp&#233;rialisme et le f&#233;minisme auraient toujours d&#251; faire partie de l'engagement politique de la gauche et certaines sections de la gauche ont effectivement toujours tent&#233; d'int&#233;grer ces &#233;l&#233;ments. Il me semble donc qu'il est important aujourd'hui de relire des auteur&#183;es comme C.L.R. James sur les dimensions anti-coloniales et anti-racistes de la lutte des classes. Il &#233;tait de plusieurs fa&#231;on en avance sur son temps sur toutes ces questions. Il faut red&#233;couvrir toute ces grandes figures de la gauche qui avaient une longueur d'avance et qui ont anticip&#233; plusieurs ph&#233;nom&#232;nes qui se sont g&#233;n&#233;ralis&#233;s dans le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre l'imbrication des relations de classes et d'autres formes de relations sociales et de rapports d'oppression ne signifie pas que les classes soient une r&#233;alit&#233; moins importante dans la soci&#233;t&#233; contemporaine. Il s'agit simplement de reconna&#238;tre qu'il n'existe pas de classe, comprise comme une formation sociale, qui ne soit pas racialis&#233;e, qui ne soit pas genr&#233;e ou qui ne soit pas organis&#233;e sur la base d'un syst&#232;me dominant de r&#233;gulation sexuelle, etc. Il faut donc retourner &#224; cette notion dialectique voulant que tout ph&#233;nom&#232;ne est une unit&#233; de divers aspects, comme le dit Marx dans l'introduction des Grundrisse, et que la classes des travailleur&#183;ses ne prend donc jamais une forme unique. Les travailleur&#183;ses sont uni&#183;es au-del&#224; de leur diversit&#233;, mais cette diversit&#233; est aussi un &#233;l&#233;ment crucial &#224; consid&#233;rer. Les exp&#233;riences sp&#233;cifiques d'oppression ne se r&#233;sument pas aux contradictions de classe mais, heureusement, dans la mesure o&#249; nous partageons cette condition de classe, nous avons un espace &#8211; le mouvements des travailleur&#183;ses &#8211; au sein duquel nous pouvons d&#233;velopper une politique partag&#233;e de r&#233;sistance anti-raciste, f&#233;ministe et pro-queer. Ce que tou&#183;tes les travailleur&#183;ses ont en commun, c'est leur d&#233;possession et la marchandisation de leur force de travail. C'est en luttant contre cette situation qu'on d&#233;couvre notre unit&#233; r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Xavier Lafrance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;traduction fran&#231;aise : &#171; Crise globale &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir les donn&#233;es rassembl&#233;es par Martin Wolf, &#171; The Eurozone after Strauss-Kahn &#187;, &lt;i&gt;The Financial Times&lt;/i&gt;, 17 mai 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert Brenner, &lt;i&gt;The Economics of Global Turbulence&lt;/i&gt;, Verso Books, New York, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.contretemps.eu/interviews/reconstruire-infrastructures-contestation&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Contretemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>C&#233;dric Durand a offert cette conf&#233;rence suite &#224; la publication de son dernier livre &#171; Le Capitalisme est-il ind&#233;passable ? &#187; </title>
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		<dc:subject>&#201;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;C&#233;dric Durand a offert cette conf&#233;rence suite &#224; la publication de son dernier livre &#171; Le Capitalisme est-il ind&#233;passable ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; C&#233;dric Durand est membre du Nouveau Parti Anticapitaliste de France. Cette conf&#233;rence a &#233;t&#233; donn&#233;e le 16 juin 2010, &#224; Qu&#233;bec. Elle a &#233;t&#233; organis&#233;e par le collectif Gauche Socialiste et par l'association qu&#233;b&#233;coise d'Alternative Socialise, avec la coop&#233;ration de Qu&#233;bec solidaire - Capitale-Nationale et Qu&#233;bec solidaire - Universit&#233; Laval. &lt;br class='autobr' /&gt;
C&#233;dric Durand a offert (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Economie-+" rel="tag"&gt;&#201;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.lagauche.ca/+-Capitalisme-+" rel="tag"&gt;Capitalisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C&#233;dric Durand a offert cette conf&#233;rence suite &#224; la publication de son dernier livre &#171; Le Capitalisme est-il ind&#233;passable ? &#187;&lt;/p&gt;
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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C&#233;dric Durand est membre du Nouveau Parti Anticapitaliste de France. Cette conf&#233;rence a &#233;t&#233; donn&#233;e le 16 juin 2010, &#224; Qu&#233;bec. Elle a &#233;t&#233; organis&#233;e par le collectif Gauche Socialiste et par l'association qu&#233;b&#233;coise d'Alternative Socialise, avec la coop&#233;ration de Qu&#233;bec solidaire - Capitale-Nationale et Qu&#233;bec solidaire - Universit&#233; Laval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;dric Durand a offert cette conf&#233;rence suite &#224; la publication de son dernier livre &#171; Le Capitalisme est-il ind&#233;passable ? &#187; (&#233;diteur Textuel, 3 f&#233;vrier 2010, ISBN : 978-2-84597-359-6).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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